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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 13:04

Voici un texte très émouvant de Guy Carlier que je reproduis ici.

Le texte d'origine est à ce lien.

La jeune fille au violoncelle, par Guy Carlier

«On ne le dénoncera jamais assez, et pourtant cela ne cesse toujours pas; la bête est partout. Elle hurle, elle tue et le monde lui trouve encore des excuses ! » C'est en ces termes que Léon Cherc introduit ce petit chef-d'oeuvre de Guy Carlier, qu'il adresse à notre correspondante, Roseline L., laquelle en fait profiter notre site et ses internautes. Oui, "La jeune fille au violoncelle est un texte aussi poignant que superbe. Moi, il m'a tiré des larmes... Puisse-t-il embuer les yeux et percer les coeurs de millions d'hommes et de femmes droits et sincères, de par le monde et contribuer à ce que le "plus jamais ça" devienne une réalité. (Menahem Macina).

Février 1942

Une jeune femme, encombrée d’un étui de violoncelle qu’elle serre maladroitement contre elle, monte dans le tramway de Pessac à Bordeaux. Elle se dirige vers l’avant du tram, là où restent toujours des places libres, en provoquant sur son passage les quolibets obscènes des ouvriers de la base de sous-marins et les grognements des autres passagers, endormis et frigorifiés, qu’elle heurte de son volumineux bagage.

Elle finit par s’asseoir près de la fenêtre, tenant toujours son étui de violoncelle serré contre son corps. En face d’elle, un jeune homme portant des lunettes de myope l’a observée pendant qu’elle s’asseyait mais, par timidité, il a détourné la tête dès que le regard de la jeune femme a croisé le sien et il semble maintenant complètement absorbé par la banlieue bordelaise qui défile.

A son tour, elle l’observe et, très vite, s’aperçoit que le jeune homme la regarde dans le reflet de la vitre du tramway. Par jeu et par défi, elle le regarde à son tour dans le même reflet et lui sourit. Le garçon rougit mais continue à faire semblant de regarder dehors. Alors, de son index ganté de laine, sur la buée de la vitre, juste à la hauteur des yeux du jeune homme, elle écrit son prénom: Clara.

Lui, écarlate, parvient à rester imperturbable, et ne la regarde même pas lorsque, arrivée au conservatoire, elle descend du tramway.

Le lendemain matin, les ouvriers de la base de sous-marins reprennent de plus belle leurs commentaires grossiers sur le passage de Clara. L’un d’entre eux, un petit bonhomme à casquette, aux joues couperosées, écarte de façon obscène ses jambes en bleu de travail pour imiter la position des violoncellistes.

Mais Clara est déjà assise en face du jeune homme aux lunettes de myope. Juste au moment où il va recommencer son manège de la veille et se mettre à regarder le paysage, elle lui dit bonjour d’une voix enjouée.


Alors il la regarde. Alors ils se regardent. Interminablement. Et sans dire un mot, juste dans ce regard échangé, ces deux-là se racontent, ils s’offrent leur enfance, ils ne se connaissent pas mais il se savent déjà et se boivent des yeux.

 


Elle bouge la première comme on brise un cristal. Elle lui tendit la main mais, en faisant ce mouvement, le bras de l’étui de violoncelle se déplaça et l’étoile apparut.

Le jeune homme rougit en lui serrant la main, comme s’il l’avait vue nue.

Gênée de le gêner, elle lui parla.

Elle étudiait le violoncelle au conservatoire de Bordeaux et avait constitué avec d’autres élèves un orchestre à cordes. Elle lui montra la partition de l’œuvre sur laquelle elle travaillait.

Il ne connaissait rien à la musique, alors elle lui expliqua qu’il s’agissait d’un quatuor de Haydn, appelé L’Empereur, devenu l’hymne allemand.

A cette évocation, il ne put s’empêcher de regarder l’étoile jaune, et lui dit: «Ça doit être un très beau morceau pour que vous l’aimiez malgré tout…»

Elle répondit : «Il n’y a pas d’autre mélodie au monde».

Elle était arrivée.

Comme elle allait se lever, il lui attrapa la main, dans un geste de brutale tendresse, en criant presque : «Attendez…»

Il avait trop de choses essentielles à lui dire, alors il balbutia : «Je veux que vous sachiez… j’aimerais tant vous regarder dormir…». Elle sourit en essayant de dégager sa main, mais il s’accrochait à elle comme un noyé et, juste pour prolonger l’instant, il continua bêtement sa phrase: «J’aimerais vous regarder dormir, et puis… et puis, tout doucement, soulever votre visage, retourner votre oreiller et vous reposer tout doucement du côté frais…»

C’était puéril… c’était puéril, mais Clara était en larmes en descendant du tramway.

Le lendemain, le jeune homme entendit roter puis rire les ouvriers de la base sous-marine, mais attendit en vain la jeune fille.

Il ne la vit pas non plus le lendemain…

Ni les jours suivants.

Au bout d’une semaine, il descendit du tramway à l’arrêt du conservatoire et alla demander au concierge s’il connaissait une amie à lui, qui se prénommait Clara et jouait au violoncelle.

Le vieux monsieur lui expliqua que les miliciens étaient venus et qu’ils avaient emmené les juifs, même des enfants, mais ils avaient un ordre officiel signé Papon, précisa-t-il.

Le jeune homme, dévasté, se fit la remarque idiote que la loge sentait l’urine de chat.

«Vous êtes de la famille de Clara Kaplan ?» lui demanda le concierge.

Il s’entendit répondre: «Nous allions nous marier».

Alors, le vieux monsieur qui sentait l’urine de chat lui remit le violoncelle dans son étui.

Après avoir eu les mains brisées par les gardiennes polonaises, Clara Kaplan mourut à Ravensbrück en avril 1944.

L’autre soir, à la télévision, on nous montra l’arrivée en hélicoptère de Maurice Papon à la prison de Fresnes. Dans la foule massée devant la maison d’arrêt, on voyait un vieux monsieur portant des lunettes de myope, qui attendait, anachronique, face aux Terminators du cordon de C.R.S.

Quand l’hélicoptère amenant l’immonde se posa dans la cour sous les huées des voleurs d’autoradios, le vieux monsieur leva les bras et tendit très haut un carton sur lequel, d’une écriture appliquée, avec des pleins et des déliés, il avait juste écrit : «Clara».

Et je vous jure qu’à cet instant, devant ma télévision, j’ai entendu un violoncelle qui jouait l’hymne allemand et une voix de jeune fille qui disait : «Il n’y a pas d’autre mélodie au monde».

Guy Carlier





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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 08:50

OLj

OLj

 

Olivier Lejeune, le jeune entrepreneur innovant du modem.

 

 

 

 

Il y a exactement vingt ans, le 4 mars 1988, disparaissait un ami. Témoignage en croisement pour lui rendre hommage.

  

Quelques mots, quelques lieux, une unité de temps : modem, télécommunications, électronique, informatique, innovation, Nancy, triangle entre Melun, Fontainebleau et Montereau, et... il y a deux décennies.


Un produit technologique parmi d'autres

L'antenne intérieure Wi-Fi directionnelle, à polarisation verticale, compatible avec tous les équipement sans fil 2,4 GHz et supportant tous les standards, augmente la portée du réseau et supprime les obstacles.

Un des nouveaux produits de télécommunication fabriqués en France.


Études inachevées

Il y a déjà très longtemps, j'intégrais pour mes études une école supérieure à Nancy.

La rentrée se faisait en début octobre. Très classiquement, l'école (qui avait innové quelques décennies avant dans le téléenseignement) proposait une scolarité à base de cours en amphi, de travaux dirigés et de travaux pratiques.

Peut-être par conservatisme, les places dans l'amphi n'étaient pas variables. Et donc, par les hasards des premières heures, je me retrouvais à côté d'un camarade fort sympathique.

Réservé, calme, posé, il était un voisin très agréable, bien que sa motivation me parût assez faible pour suivre les tracas habituels de la scolarité.

Autre hasard des découpages de la promo en groupes, je me retrouvais également avec lui pour quelques activités technologiques, et là aussi, sa bonne humeur s'associait à une sorte de distraction générale.

Son esprit était visiblement ailleurs.

Toujours souriant, jamais agacé, un peu dans la lune.

Ses notes aux (nombreux) contrôles continus pas forcément au rendez-vous.

Puis, après Noël, la place à ma droite était devenue vide. Il avait renoncé à poursuivre. Il avait autre chose à faire.


Vol écourté

À l'aéroport d'Essey-lès-Nancy, une ancienne élève de mon lycée accourut toute essoufflée. Hélas pour elle, son réveil ne s'était pas déclenché et elle rata son vol. Bien gênant car elle devait faire ce vol dans le cadre d'un stage pour devenir hôtesse de l'air.

Cela se passait tôt le matin du vendredi 4 mars 1988.

L'avion, c'était un Fokker F27 (Fairchild FH-227B) de la compagnie Transport Aérien Transrégional pour le vol entre l'aéroport de Nancy-Essey et celui de Paris-Orly (vol 230).

L'appareil avait été construit en 1967 et avait volé 33 142 heures.

Trois membres d'équipage accompagnaient les vingt passagers. Vingt-trois destinées particulières, riches, irremplaçables. Une jeune fille pleine d'avenir avec son papa. Et aussi un jeune homme de vingt-et-un ans.

À 05 heures 53, l'avion décolla donc pour atteindre une altitude moyenne de 4 270 mètres puis, à 06 h. 26, commença sa descente jusqu'à 2 135 mètres.

Lorsqu'il fut en dessous de 1 830 mètres, le contrôle aérien perdit son contact.

Une panne électrique se serait produite. L'avion descendit en chute libre sans que les pilotes pussent s'en apercevoir, les valeurs de l'altitude ni de la vitesse n'étant plus accessibles. Le pilotage automatique était débrayé.

L'avion heurta une ligne électrique, puis, à 06 h. 37, s'écrasa sur la commune de Machault, près de Fontainebleau et de Melun, en Seine-et-Marne.

Aucune survivant.

Des restes humains dans les champs.

Une messe à l'église Saint-Sébastien au centre ville de Nancy.


Une PME française de nouvelles technologies

Olitec est une société anonyme au capital social de 5,5 millions d'euros cotée en bourse depuis 1996.

En dix ans, la société est parvenue à devenir numéro un sur le marché français des modems.

Olitec est divisé en cinq départements de recherche et développement qui lui assurent son indépendance technologique : logiciel de communication, télécommunication par fils, télécommunication sans fils, recherche appliquée et diversification, nouvelles technologies (ADSL, DECT, Bluetooth etc.).

Pour conquérir ses marchés, l'entreprise a anticipé les besoins du marché en proposant de nombreuses innovations technologiques et commerciales.

Innovations technologiques...

1996 : premier fax-modem (Self Memory) permettant un ordinateur de recevoir des fax sans être allumé (vendu à plus d'un million d'unités en 1997).

1996 : compatibilité PC et Mac (Universal Self Memory).

1999 : premier modem compatible avec Linux.

1999 : premier modem sans fil (Wave Memory).

2000 : premier modem téléphone fax internet sans fil et autonome (Wave Phone).

2000 : premier modem ADSL.

2003 : premier modem ADSL Wi-Fi.

...et commerciales

L'entreprise, par sa bonne connaissance des réseaux de la grande distribution alors fermée à l'informatique, réussit à être référencée chez Carrefour, Auchan, Continent bien avant les autres et seule pendant longtemps.

La longue expérience d'acheteuse de la dirigeante a aussi réduit considérablement le coût des composants grâce à ses talents de négociatrice.

En 1997, Olitec double presque ses ventes en misant sur l'exportation, d'abord en Europe puis mondialement, grâce à un contrat avec le distributeur mondial de Netscape qui lui commande 150 000 modems.

Souplesse d'organisation

Le management s'est toujours exercé avec l'appui des salariés qui ont même soutenu activement leur présidente lors de sa mise en examen en 2003.

La bonne organisation de l'entreprise l'a rendue capable de fournir en vingt-quatre heures 2 000 modems spéciaux pour la Belgique par exemple.

Son credo (créativité, qualité, compétitivité) lui a permis de proposer sur le marché des produits toujours en avance accessibles au grand public.

Quelques chiffres

L'entreprise s'est développée jusqu'à employer 140 salariés (en 1999).

En 1996, avec 63 salariés, Olitec vendait 245 000 modems, pour 20,3 millions d'euros dont 5% à l'exportation, faisant un bénéfice de 1,1 million d'euros. En 1997, entrant dans le marché mondial, la société réalisait 42 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont 55% à l'exportation. En 1998, 805 000 modems étaient vendus.

En 2000, le CA était à 43 millions d'euros avec 120 collaborateurs. Puis, c'est la chute : 2001, 31 millions d'euro (100 salariés) ; 2002, 28,7 millions (72 sal.) ; 2003, 13,6 millions (62 sal.) ; 2004, 12,7 millions (50 sal.).

En 2005, l'entreprise comprenait 41 salariés (dont 6 pour la R&D et 12 pour la force commerciale) pour un CA de 8,9 millions d'euros et un résultat très négatif.

Résultat négatif également en 2006 pour 6,3 millions d'euros de CA.

En chute libre

Son différent avec France Télécom sur le marché de l'ADSL a considérablement fait chuter son chiffre d'affaires et a nécessité un plan social en 2001 réduisant de plus de 30% ses effectifs.

Depuis, la société a des difficultés à survivre et ne parvient pas à enrayer sa chute. Les chiffres de 2007 sont encore très mauvais (l'été 2007, baisse de plus de 40% de ses ventes).


Une légende à la Steve Jobs

Un jeune homme passionné d'électronique s'amusait durant son adolescence à bricoler des petits appareils électroniques.

Petit génie de l'informatique, il parvint à bidouiller dans le garage de ses parents un modem révolutionnaire.

L'élément clef était la possibilité de fabriquer un tel modem à bas coût, ce qui permettait de le rendre accessible au grand public pour le prix de 1 990 francs (303 euros) alors que les produits concurrents étaient vendus à l'époque à près de 10 000 francs (1 500 euros).

Ses parents lui offrirent alors pour son baccalauréat deux pages publicitaires dans une revue spécialisée (Micro Systèmes).

Grâce à l'interface gratuite qu'il proposa, il suscita beaucoup d'intérêt. Les commandes affluèrent alors qu'il n'avait pas encore commercialiser son bijou. Tout était prêt pour démarrer l'affaire.

Il abandonna ses études qu'il suivait nonchalamment, et créa son entreprise.


Olivier

Olivier Lejeune, ce cher camarade qui plongea naturellement dans la vie économique, venait de créer l'une des entreprises françaises les plus innovantes des dernières décennies.

Le 3 mars 1988, alors qu'il devait se rendre à Paris le lendemain pour un rendez-vous commercial, il avait fortement hésité entre l'avion et le train et avait finalement opté pour la voie aérienne pour perdre le moins de temps possible.

Sa mère Jacqueline, pour continuer son œuvre humaine et technologique (une vingtaine d'employés à l'époque), prit sa succession, transforma en 1989 la SARL en société anonyme tout en implantant l'outil de production, et poursuivit son développement en gardant les mêmes challenges qu'Olivier. Ce qui lui valut plusieurs prix d'économie.

Olivier Lejeune, parmi d'autres, fut un innovateur passionné qui alla jusqu'au bout de ses idées technologiques.

Bravo à toi.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 mars 2008)


NB :

Madame Lejeune a eu il y a quelques années des déboires judiciaires dont je ne connais quasiment rien à part les courtes dépêches de presse. Il est entendu que ces événements sont sans rapport avec cet article.

Par ailleurs, les propos ici n'ont pas pour but de faire du publi-reportage. Je suis incapable personnellement de savoir si les produits Olitec sont meilleurs, ou pas, que ceux de ses concurrents.

 

 




===

Quelques mots, quelques lieux, une unité de temps : modem, télécommunications, électronique, informatique, innovation, Nancy, triangle entre Melun, Fontainebleau et Montereau, et… il y a deux décennies.


Un produit technologique parmi d’autres

L’antenne intérieure Wi-Fi directionnelle, à polarisation verticale, compatible avec tous les équipement sans fil 2,4 GHz et supportant tous les standards, augmente la portée du réseau et supprime les obstacles.

Un des nouveaux produits de télécommunication fabriqués en France.


Études inachevées

Il y a déjà très longtemps, j’intégrais pour mes études une école supérieure à Nancy.

La rentrée se faisait en début octobre. Très classiquement, l’école (qui avait innové quelques décennies avant dans le téléenseignement) proposait une scolarité à base de cours en amphi, de travaux dirigés et de travaux pratiques.

Peut-être par conservatisme, les places dans l’amphi n’étaient pas variables. Et donc, par les hasards des premières heures, je me retrouvais à côté d’un camarade fort sympathique.

Réservé, calme, posé, il était un voisin très agréable, bien que sa motivation me parût assez faible pour suivre les tracas habituels de la scolarité.

Autre hasard des découpages de la promo en groupes, je me retrouvais également avec lui pour quelques activités technologiques, et là aussi, sa bonne humeur s’associait à une sorte de distraction générale.

Son esprit était visiblement ailleurs.

Toujours souriant, jamais agacé, un peu dans la lune.

Ses notes aux (nombreux) contrôles continus pas forcément au rendez-vous.

Puis, après Noël, la place à ma droite était devenue vide. Il avait renoncé à poursuivre. Il avait autre chose à faire.


Vol écourté

À l’aéroport d’Essey-lès-Nancy, une ancienne élève de mon lycée accourut toute essoufflée. Hélas pour elle, son réveil ne s’était pas déclenché et elle rata son vol. Bien gênant car elle devait faire ce vol dans le cadre d’un stage pour devenir hôtesse de l’air.

Cela se passait tôt le matin du vendredi 4 mars 1988.

L’avion, c’était un Fokker F27 (Fairchild FH-227B) de la compagnie Transport Aérien Transrégional pour le vol entre l’aéroport de Nancy-Essey et celui de Paris-Orly (vol 230).

L’appareil avait été construit en 1967 et avait volé 33 142 heures.

Trois membres d’équipage accompagnaient les vingt passagers. Vingt-trois destinées particulières, riches, irremplaçables. Une jeune fille pleine d’avenir avec son papa. Et aussi un jeune homme de vingt-et-un ans.

À 05 heures 53, l’avion décolla donc pour atteindre une altitude moyenne de 4 270 mètres puis, à 06 h. 26, commença sa descente jusqu’à 2 135 mètres.

Lorsqu’il fut en dessous de 1 830 mètres, le contrôle aérien perdit son contact.

Une panne électrique se serait produite. L’avion descendit en chute libre sans que les pilotes pussent s’en apercevoir, les valeurs de l’altitude ni de la vitesse n’étant plus accessibles. Le pilotage automatique était débrayé.

L’avion heurta une ligne électrique, puis, à 06 h. 37, s’écrasa sur la commune de Machault, près de Fontainebleau et de Melun, en Seine-et-Marne.

Aucune survivant.

Des restes humains dans les champs.

Une messe à l’église Saint-Sébastien au centre ville de Nancy.


Une PME française de nouvelles technologies

Olitec est une société anonyme au capital social de 5,5 millions d’euros cotée en bourse depuis 1996.

En dix ans, la société est parvenue à devenir numéro un sur le marché français des modems.

Olitec est divisé en cinq départements de recherche et développement qui lui assurent son indépendance technologique : logiciel de communication, télécommunication par fils, télécommunication sans fils, recherche appliquée et diversification, nouvelles technologies (ADSL, DECT, Bluetooth etc.).

Pour conquérir ses marchés, l’entreprise a anticipé les besoins du marché en proposant de nombreuses innovations technologiques et commerciales.

Technologiques :

1996 : premier fax-modem (Self Memory) permettant un ordinateur de recevoir des fax sans être allumé (vendu à plus d’un million d’unités en 1997).

1996 : compatibilité PC et Mac (Universal Self Memory).

1999 : premier modem compatible avec Linux.

1999 : premier modem sans fil (Wave Memory).

2000 : premier modem téléphone fax internet sans fil et autonome (Wave Phone).

2000 : premier modem ADSL.

2003 : premier modem ADSL Wi-Fi.

Et commerciales :

L’entreprise, par sa bonne connaissance des réseaux de la grande distribution alors fermée à l’informatique, réussit à être référencée chez Carrefour, Auchan, Continent bien avant les autres et seule pendant longtemps.

La longue expérience d’acheteuse de la dirigeante a aussi réduit considérablement le coût des composants grâce à ses talents de négociatrice.

En 1997, Olitec double presque ses ventes en mise sur l’exportation, d’abord en Europe puis mondialement, grâce à un contrat avec le distributeur mondial de Netscape qui lui commande 150 000 modems.

Souplesse d’organisation

Le management s’est toujours exercé avec l’appui des salariés qui ont même soutenu activement leur présidente lors de sa mise en examen en 2003.

La bonne organisation de l’entreprise l’a rendue capable de fournir en vingt-quatre heures 2 000 modems spéciaux pour la Belgique par exemple.

Son credo (créativité, qualité, compétitivité) lui a permis de proposer sur le marché des produits toujours en avance accessibles au grand public.

Quelques chiffres :

L’entreprise s’est développée jusqu’à employer 140 salariés (en 1999).

En 1996, avec 63 salariés, Olitec vendait 245 000 modems, pour 20,3 millions d’euros dont 5% à l’exportation, faisant un bénéfice de 1,1 million d’euros. En 1997, entrant dans le marché mondial, la société réalisait 42 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 55% à l’exportation. En 1998, 805 000 modems étaient vendus.

En 2000, le CA était à 43 millions d’euros avec 120 collaborateurs. Puis, c’est la chute : 2001, 31 millions d’euro (100 salariés) ; 2002, 28,7 millions (72 sal.) ; 2003, 13,6 millions (62 sal.) ; 2004, 12,7 millions (50 sal.).

En 2005, l’entreprise comprenait 41 salariés (dont 6 pour la R&D et 12 pour la force commerciale) pour un CA de 8,9 millions d’euros et un résultat très négatif.

Résultat négatif également en 2006 pour 6,3 millions d’euros de CA.

En chute libre

Son différent avec France Télécom sur le marché de l’ADSL a considérablement fait chuter son chiffre d’affaires et a nécessité un plan social en 2001 réduisant de plus de 30% ses effectifs.

Depuis, la société a des difficultés à survivre et ne parvient pas à enrayer sa chute. Les chiffres de 2007 sont encore très mauvais (l’été 2007, baisse de plus de 40% de ses ventes).


Une légende à la Steve Jobs

Un jeune homme passionné d’électronique s’amusait durant son adolescence à bricoler des petits appareils électroniques.

Petit génie de l’informatique, il parvint à bidouiller dans le garage de ses parents un modem révolutionnaire.

L’élément clef était la possibilité de fabriquer un tel modem à bas coût, ce qui permettait de le rendre accessible au grand public pour le prix de 1 990 francs (303 euros) alors que les produits concurrents étaient vendus à l’époque à près de 10 000 francs (1 500 euros).

Ses parents lui offrirent alors pour son baccalauréat deux pages publicitaires dans une revue spécialisée (Micro Systèmes).

Grâce à l’interface gratuite qu’il proposa, il suscita beaucoup d’intérêt. Les commandes affluèrent alors qu’il n’avait pas encore commercialiser son bijou. Tout était prêt pour démarrer l’affaire.

Il abandonna ses études qu’il suivait nonchalamment, et créa son entreprise.


Olivier

Olivier Lejeune, ce cher camarade qui plongea naturellement dans la vie économique, venait de créer l’une des entreprises françaises les plus innovantes des dernières décennies.

Le 3 mars 1988, alors qu’il devait se rendre à Paris le lendemain pour un rendez-vous commercial, il avait fortement hésité entre l’avion et le train et avait finalement opté pour la voie aérienne pour perdre le moins de temps possible.

Sa mère Jacqueline, pour continuer son œuvre humaine et technologique (une vingtaine d’employés à l’époque), prit sa succession, transforma en 1989 la SARL en société anonyme tout en implantant l’outil de production, et poursuivit son développement en gardant les mêmes challenges qu’Olivier. Ce qui lui valut plusieurs prix d’économie.

Olivier Lejeune, parmi d’autres, fut un innovateur passionné qui alla jusqu’au bout de ses idées technologiques.

Bravo à toi.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 mars 2008)


NB :

Madame Lejeune a eu il y a quelques années des déboires judiciaires dont je ne connais quasiment rien à part les courtes dépêches de presse. Il est entendu que ces événements sont sans rapport avec cet article.

Par ailleurs, les propos ici n’ont pas pour but de faire du publi-reportage. Je suis incapable personnellement de savoir si les produits Olitec sont meilleurs, ou pas, que ceux de ses concurrents.

 

 http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=36942

 http://www.lepost.fr/article/2008/03/09/1112978_olivier-lejeune-le-jeune-entrepreneur-innovant-du-modem_1_0_1.html

Quelques mots, quelques lieux, une unité de temps : modem, télécommunications, électronique, informatique, innovation, Nancy, triangle entre Melun, Fontainebleau et Montereau, et… il y a deux décennies.

 

 

.Un produit technologique parmi d’autres

 

L’antenne intérieure Wi-Fi directionnelle, à polarisation verticale, compatible avec tous les équipement sans fil 2,4 GHz et supportant tous les standards, augmente la portée du réseau et supprime les obstacles.

 

antenne intérieure

http://www.olitec.com/produitreseau_antenne.html#direc

 

Un des nouveaux produits de télécommunication fabriqués en France.

 

 

.Études inachevées

 

Il y a déjà très longtemps, j’intégrais pour mes études une école supérieure à Nancy.

 

La rentrée se faisait en début octobre. Très classiquement, l’école (qui avait innové quelques décennies avant dans le téléenseignement) proposait une scolarité à base de cours en amphi, de travaux dirigés et de travaux pratiques.

 

Peut-être par conservatisme, les places dans l’amphi n’étaient pas variables. Et donc, par les hasards des premières heures, je me retrouvais à côté d’un camarade fort sympathique.

 

Réservé, calme, posé, il était un voisin très agréable, bien que sa motivation me parût assez faible pour suivre les tracas habituels de la scolarité.

 

Autre hasard des découpages de la promo en groupes, je me retrouvais également avec lui pour quelques activités technologiques, et là aussi, sa bonne humeur s’associait à une sorte de distraction générale.

 

Son esprit était visiblement ailleurs.

 

Toujours souriant, jamais agacé, un peu dans la lune.

 

Ses notes aux (nombreux) contrôles continus pas forcément au rendez-vous.

 

Puis, après Noël, la place à ma droite était devenue vide. Il avait renoncé à poursuivre. Il avait autre chose à faire.

 

 

.Vol écourté

 

À l’aéroport d’Essey-lès-Nancy, une ancienne élève de mon lycée accourut toute essoufflée. Hélas pour elle, son réveil ne s’était pas déclenché et elle rata son vol. Bien gênant car elle devait faire ce vol dans le cadre d’un stage pour devenir hôtesse de l’air.

 

Cela se passait tôt le matin du vendredi 4 mars 1988.

 

L’avion, c’était un Fokker F27 (Fairchild FH-227B) de la compagnie Transport Aérien Transrégional pour le vol entre l’aéroport de Nancy-Essey et celui de Paris-Orly (vol 230).

 

un Fokker F27

http://aviation-safety.net/photos/displayphoto.php?id=19880304-0&vnr=1&kind=PC

 

L’appareil avait été construit en 1967 et avait volé 33 142 heures.

 

Trois membres d’équipage accompagnaient les vingt passagers. Vingt-trois destinées particulières, riches, irremplaçables. Une jeune fille pleine d’avenir avec son papa. Et aussi un jeune homme de vingt-et-un ans.

 

À 05 heures 53, l’avion décolla donc pour atteindre une altitude moyenne de 4 270 mètres puis, à 06 h. 26, commença sa descente jusqu’à 2 135 mètres.

 

Lorsqu’il fut en dessous de 1 830 mètres, le contrôle aérien perdit son contact.

 

Une panne électrique se serait produite. L’avion descendit en chute libre sans que les pilotes pussent s’en apercevoir, les valeurs de l’altitude ni de la vitesse n’étant plus accessibles. Le pilotage automatique était débrayé.

 

L’avion heurta une ligne électrique, puis, à 06 h. 37, s’écrasa sur la commune de Machault, près de Fontainebleau et de Melun, en Seine-et-Marne.

 

s’écrasa sur la commune de Machault

http://aviation-safety.net/database/record.php?id=19880304-0

 

Aucune survivant.

 

Des restes humains dans les champs.

 

Une messe à l’église Saint-Sébastien au centre ville de Nancy.

 

 

.Une PME française de nouvelles technologies

 

Olitec est une société anonyme au capital social de 5,5 millions d’euros cotée en bourse depuis 1996.

 

cotée en bourse

http://www.amf-france.org/documents/general/5773_1.pdf

 

 

 

En dix ans, la société est parvenu à devenir numéro un sur le marché français des modems.

 

Olitec est divisé en cinq départements de recherche et développement qui lui assurent son indépendance technologique : logiciel de communication, télécommunication par fils, télécommunication sans fils, recherche appliquée et diversification, nouvelles technologies (ADSL, DECT, Bluetooth etc.).

 

Pour conquérir ses marchés, l’entreprise a anticipé les besoins du marché en proposant de nombreuses innovations technologiques et commerciales

 

..Technologiques :

 

1996 : premier fax-modem (Self Memory) permettant un ordinateur de recevoir des fax sans être allumé (vendu à plus d’un million d’unités en 1997).

 

premier fax-modem

http://www.lexpansion.com/economie/valeur-a-decouvrir-olitec-champion-du-modem_7681.html

 

1996 : compatibilité PC et Mac (Universal Self Memory).

 

1999 : premier modem compatible avec Linux.

 

compatible avec Linux

http://www.aful.org/communiques/pr_olitec.html

 

1999 : premier modem sans fil (Wave Memory).

 

premier modem sans fil

http://www.paperjam.lu/archives/2001/05/389/index.html

 

2000 : premier modem téléphone fax internet sans fil et autonome (Wave Phone).

 

2000 : premier modem ADSL.

 

2003 : premier modem ADSL Wi-Fi.

 

..Et commerciales :

 

L’entreprise, par sa bonne connaissance des réseaux de la grande distribution alors fermée à l’informatique, réussit à être référencée chez Carrefour, Auchan, Continent bien avant les autres et seule pendant longtemps.

 

La longue expérience d’acheteuse de la dirigeante a aussi réduit considérablement le coût des composants grâce à ses qualités de négociatrice.

 

En 1997, Olitec double presque ses ventes en mise sur l’exportation, d’abord en Europe puis mondialement, grâce à un contrat avec le distributeur mondial de Netscape qui lui commande 150 000 modems.

 

..Souplesse d’organisation

 

Le management s’est toujours exercé avec l’appui des salariés qui ont même soutenu activement leur présidente lors de sa mise en examen en 2003.

 

soutenu activement leur présidente

http://www.01net.com/article/214905.html

 

La bonne organisation de l’entreprise l’a rendue capable de fournir en vingt-quatre heures 2 000 modems spéciaux pour la Belgique par exemple.

 

par exemple

http://www.lentreprise.com/archives/33944.html

 

Son credo (créativité, qualité, compétitivité) lui a permis de proposer sur le marché des produits toujours en avance accessibles au grand public.

 

..Quelques chiffres :

 

L’entreprise s’est développé jusqu’à employer 140 salariés (en 1999).

 

140 salariés

http://www.lexpress.fr/services/archives/consultation.asp?id=033510F

 

En 1996, avec 63 salariés, Olitec vendait 245 000 modems, pour 20,3 millions d’euros dont 5% à l’exportation, faisant un bénéfice de 1,1 million d’euros. En 1997, entrant dans le marché mondial, la société réalisait 42 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 55% à l’exportation. En 1998, 805 000 modems étaient vendus.

 

245 000 modems

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/article-imprim.php3?id_article=33240

 

805 000 modems

http://www.3dretreat.com/reviews/olitec/index.shtml

 

En 2000, le CA était à 43 millions d’euros avec 120 collaborateurs. Puis, c’est la chute : 2001, 31 millions d’euro (100 salariés) ; 2002, 28,7 millions (72 sal.) ; 2003, 13,6 millions (62 sal.) ; 2004, 12,7 millions (50 sal.).

 

En 2005, l’entreprise comprenait 41 salariés (dont 6 pour la R&D et 12 pour la force commerciale) pour un CA de 8,9 millions d’euros et un résultat très négatif.

 

En 2005

http://212.180.4.141/swim/files/fr/FR0000060410_01_Olitec_Rapport_Annuel_2005_1.82_Mo.pdf

 

Résultat négatif également en 2006 pour 6,3 millions d’euros de CA.

 

également en 2006

http://www.olitec.com/pubcombourse/chiffres-annuels-2006.pdf

 

..En chute brutale d’activité

 

Son différent avec France Télécom sur le marché de l’ADSL a considérablement fait chuter son chiffre d’affaires et a nécessité un plan social en 2001 réduisant de plus de 30% ses effectifs

 

différent avec France Télécom

http://www.eliotrope.fr/client.php?id=19&cp=1109

 

Depuis, la société a des difficultés à survivre et ne parvient pas à enrayer sa chute. Les chiffres de 2007 sont encore très mauvais (l’été 2007, baisse de plus de 40% de ses ventes).

 

ne parvient pas à enrayer sa chute

http://www.boursier.com/vals/FR/olitec-ete-catastrophique-pour-le-groupe-news-260445.htm

 

baisse de plus de 40%

http://www.olitec.com/pubcombourse/chiffre-affaires-du-troisieme-trimestre-2007.pdf

 

 

.Une légende à la Steve Jobs

 

Un jeune homme passionné d’électronique s’amusait durant son adolescence à bricoler des petits appareils électroniques.

 

Petit génie de l’informatique, il parvint à bidouiller dans le garage de ses parents un modem révolutionnaire.

 

 

 

L’élément clef était la possibilité de fabriquer un tel modem à bas coût, ce qui permettait de le rendre accessible au grand public pour le prix de 1 990 francs (303 euros) alors que les produits concurrents étaient vendus à l’époque à près de 10 000 francs (1 500 euros).

 

Ses parents lui offrirent alors pour son baccalauréat deux pages publicitaires dans une revue spécialisée (Micro Systèmes).

 

Grâce à l’interface gratuite qu’il proposa, il suscita beaucoup d’intérêt. Les commandes affluèrent alors qu’il n’avait pas encore commercialiser son bijou. Tout était prêt pour démarrer l’affaire.

 

Il abandonna ses études qu’il suivait nonchalamment, et créa son entreprise.

 

 

.Olivier

 

Olivier Lejeune, ce cher camarade qui plongea naturellement dans la vie économique, venait de créer l’une des entreprises françaises les plus innovantes des dernières décennies.

 

entreprises françaises les plus innovantes

http://www.cgm.org/rapports/internetetpme.pdf

 

Le 3 mars 1988, alors qu’il devait se rendre à Paris le lendemain pour un rendez-vous commercial, il avait fortement hésité entre l’avion et le train et avait finalement opté pour la voie aérienne pour perdre le moins de temps possible.

 

Sa mère Jacqueline, pour continuer son œuvre humaine et technologique (une vingtaine d’employés à l’époque), prit sa succession, transforma en 1989 la SARL en société anonyme tout en implantant l’outil de production, et poursuivit son développement en gardant les mêmes challenges qu’Olivier. Ce qui lui valut plusieurs prix d’économie.

 

Olivier Lejeune, parmi d’autres, fut un innovateur passionné qui alla jusqu’au bout de ses idées technologiques.

 

Bravo à toi.

 

 

 

Aussi sur le blog.

http://rakotoarison.over-blog.com/article-17314786.html

 

Sylvain Rakotoarison (4 mars 2008)

http://www.rakotoarison.eu

 

 

NB :

 

Madame Lejeune a eu il y a quelques années des déboires judiciaires dont je ne connais quasiment rien à part les courtes dépêches de presse. Il est entendu que ces événements sont sans rapport avec cet article.

 

Par ailleurs, les propos ici n’ont pas pour but de faire du publi-reportage. Je suis incapable personnellement de savoir si les produits Olitec sont meilleurs, ou pas, que ceux de ses concurrents.

 

 

http://adminv1.over-blog.com/trackback.php?Id=17314786

 

 

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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 20:26
Gaulliste de gauche, catholique social, Jean Mattéoli fut un homme qui, tout au long de son existence, s’est inspiré de son courage, de sa détermination et de son ouverture.


 

Jean Mattéoli est mort à 85 ans le dimanche 27 janvier 2008 à Paris d’un cancer.

L’homme fut peu connu des médias et pourtant, tant en politique qu’en économie, il fut l’un des acteurs majeurs des transformations sociales des trente dernières années.


La Résistance et la déportation

À 17 ans, en août 1940, alors étudiant en droit à Dijon, Jean Mattéoli s’engagea dans la Résistance au sein de réseaux menés par le chanoine Félix Kir (futur député-maire de Dijon). Il fabriquait de faux papiers grâce à sa nomination de rédacteur à la Préfecture de Dijon et faisait passer la ligne de démarcation entre la zone occupée et la zone libre à des prisonniers de guerre, des militaires anglais et des personnalités britanniques (jusqu’en novembre 1942). Il fut arrêté en avril 1944 et fut déporté au camp de Neuengamme puis de Bergen-Belsen. Il fut libéré par les forces britanniques en mai 1945.

En 1946, il se maria avec Christiane (née en 1923 à Dijon) qu’il avait rencontrée avant la guerre dans l’Action Catholique et qui l’accompagna dans la Résistance. Six enfants naquirent de leur union.


Une carrière administrative puis industrielle

En 1945, il travailla sur les questions économiques et financières pour le compte du gouvernement, d’abord en Bourgogne, puis en Allemagne (peu de temps après son retour des camps). Attiré par le monde de l’entreprise, il suivit en 1948 son patron d’alors (Émile Laffon) à Douai lorsque ce dernier prit la tête des Houillères du Bassin du Nord et du Pas de Calais où il fit une brillante carrière.

En 1968, le gouvernement le nomma à des postes à responsabilités pour s’occuper de la réindustrialisation du Nord Pas-de-Calais puis des Ardennes.

En 1973, il fut désigné pour présider les Charbonnages de France, succédant à Yvon Morandat (son ami). Très à l’aise dans tous les milieux et bon communicateur, il s’impliqua dans la défense de la mine et du charbon et contribua à ouvrir Charbonnages de France sur le monde des entreprises.

De 1973 à 1979, il fut membre du Conseil Économique et Social s’occupant plus particulièrement des problèmes économiques généraux et de la conjoncture.

De 1985 à 1990, il fut le patron de la société Tréfilerie et Câblerie d’Alsace.


Un engagement politique au service du gaullisme

D’abord mendésiste, puis centriste en 1956 au sens mitterrandien du terme (UDSR), malgré sa fibre démocrate-chrétienne, il ne trouva pas au MRP un espace politique qui le mettait à l’aise (beaucoup de ‘démocrates-chrétiens’ gaullistes et anciens résistants étaient passés par le MRP avant de s’engager à l’UNR par fidélité au Général De Gaulle, comme Maurice Schumann et Edmond Michelet).

Jean Mattéoli adhéra (donc) au parti gaulliste en 1967 (alors UNR) et s’intégra à ses instances nationales : membre du conseil exécutif de l’UDR de 1971 à 1975, puis du comité central du RPR de 1977 à 1979.

En mars 1983, il fut élu adjoint au maire de Paris chargé du commerce et de l’artisanat, et devint conseiller régional d’Île-de-France de 1983 à 1986 (juste avant les premières élections régionales au suffrage direct consécutives aux lois Defferre sur la décentralisation).


Ministre du Travail sous Giscard

En novembre 1979, le Ministre du Travail Robert Boulin, personnalité politique RPR à l’avenir prometteur (on le disait possible futur Premier Ministre), fut retrouvé sans vie dans la forêt de Rambouillet (suicide ou assassinat, les doutes subsistent).

Pour lui succéder, le Premier Ministre Raymond Barre fit appel à Jean Mattéoli qui s’acquitta de sa tâche de Ministre du Travail et de la Participation jusqu’à la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing en mai 1981.

Promoteur de la participation, Jean Mattéoli fut notamment l’auteur d’une loi (en 1980) qui rendait optionnelle la distribution de 3% des actions de sociétés (au lieu d’être obligatoire), ce qui est, selon lui, plus dans l’esprit gaulliste de la participation.

Il fit également voter une loi pour renforcer la protection des salariés en cas d’accidents du travail ou de maladie professionnelle.


Un Président unanimement apprécié du Conseil Économique et Social

En avril 1987, Jean Mattéoli fut élu Président du Conseil Économique et Social pour succéder à Gabriel Ventejol qui ne souhaitait pas se représenter (à cette fonction depuis 1974, ancien résistant et fondateur de Force Ouvrière en 1950) et qui mourut peu de temps après. Il fut brillamment réélu en 1989, 1992,1994 et 1997 (pour des mandats de trente mois) et quitta sa présidence en septembre 1999 en devenant président d’honneur.

Ce fut dans ces fonctions que Jean Mattéoli a su participer au mieux à la réflexion nationale, notamment parce qu’il fut sollicité à plusieurs reprises par le gouvernement pour y apporter ses contributions.


Un rapport contesté sur l’emploi en France

En septembre 1993, à la demande du Premier Ministre Édouard Balladur, Jean Mattéoli présenta un rapport sur les obstacles structurels à l’emploi, dans le but de « recenser les phénomènes qui vont à l’encontre de la création d’emplois ». Il constitua alors un groupe de réflexion où se retrouvèrent notamment Patrick Devedjian, Philippe Vasseur, Michel Godet, Didier Pineau-Valencienne, Claude Bébéar et Alain Minc.

Le ‘rapport Mattéoli’ préconisait la baisse des charges pour les emplois les moins qualifiés et proposait le contrat d’insertion professionnelle (CIP) créé par la loi du 20 décembre 1993 et le décret du 23 février 1994 mais vite supprimé par le décret du 30 mars 1994 et la loi du 8 août 1994

En décembre 1995, le Premier Ministre Alain Juppé le choisit comme médiateur dans le conflit qui opposa le gouvernement et les salariés de la SNCF (grèves contre le plan Juppé et contestation du contrat de plan État-SNCF).


Une mission tant attendue sur les spoliations des biens des Juifs sous Vichy

En février 1997, Alain Juppé, toujours à Matignon, lui confia la délicate mission de comprendre comment les biens appartenant aux Juifs de France ont été confisqués ou volés, tant par l’occupant allemand que par les autorités de Vichy entre 1940 et 1944.

La ‘mission Mattéoli’, initiée par le fameux discours de Jacques Chirac au Vel d’Hiv le 16 juillet 1995, regroupa des personnalités comme François Furet, Jean Kahn, Jean Favier et Serge Klarsfeld, et acheva ses travaux le 17 avril 2000.

La mission présenta les principales estimations : 1,35 milliards d’euros de confiscations aux Juifs (hors pillages) ; 520 millions d’euros de spoliation financières (avoirs bancaires, boursiers, contrats d’assurance) ; 5,1 millions d’euros de prélèvements sur les entreprises et biens immobiliers ; 91 millions d’euros prélevés sur les internés des camps. Le rapport considéra qu’au moins 90% des biens et avoirs avient été déjà restitués depuis la fin de la guerre (ainsi que 45 000 des 100 000 œuvres d’art spoliées).

À cette occasion, Jean Mattéoli fit faire preuve de beaucoup d’écoute et d’ouverture.

Un exemple en effet : un sociétaire de la SACEM lui fit remarquer qu’aucune disposition sous Vichy n’interdisait aux Juifs d’exercer la profession d’auteur compositeur. Il précisa que la SACEM semblait pourtant être plus zélée que le régime, puisqu’elle menaçait même ses sociétaires auteurs et compositeurs « d'internement dans un camp de concentration » en cas de fausse « déclaration d'aryenneté ». Ce sociétaire a finalement convaincu Jean Mattéoli qui décida d’étendre les recherches de spoliations vers la SACEM.


Des hommages quasi-unanimes

Titulaire de plusieurs décorations militaires et civiles, Jean Mattéoli avait présidé la Fédération nationale des déportés et internés de la Résistance de 1987 à 1993 et avait contribué à fonder en 1993 la Fondation de la Résistance qu’il présida.

Comme à chaque disparition de grandes personnalités, les hommages se sont multipliés.

Le Président de la République Nicolas Sarkozy a salué « le grand résistant qui connut les souffrances de la déportation » et a dit que « la France a perdu un grand serviteur ».

Le Premier Ministre (et ancien successeur de Jean Mattéoli de 2002 à 2004) François Fillon  a fait l’éloge du « ministre courageux et efficace », « homme de grande valeur et qui inspirait à tous le plus profond respect », insistant sur le fait qu’il « était de ceux qui mettent leur expérience, leur intelligence et leurs qualités de cœur au service de leur pays ».

Son lointain successeur, le Ministre du Travail actuel, Xavier Bertrand, a déclaré qu’il avait « toujours su mener de front esprit de résistance et esprit de dialogue » ajoutant que Jean Mattéoli avait mené au gouvernement « une action pragmatique en faveur de l’emploi, faisant face à un contexte économique difficile » et qu’au Conseil Économique et Social, il avait su « faire jouer pleinement son rôle de concertation et de proposition ». Xavier Bertrand a affirmé également : « Grand résistant, Jean Mattéoli était de ces hommes qui savent affronter les épreuves de l'Histoire et qui, après avoir connu la déportation, choisissent de s'engager dans la reconstruction du pays et sa modernisation économique et sociale. ».

Le Secrétaire d’État aux Anciens combattants Alain Marleix a remarqué de son côté que Jean Mattéoli « compt[ait] parmi ces personnalités qui ont fait de la France, et de ses valeurs, plus qu’un idéal mais bien une réalité ».

Cependant, deux notes discordantes au tableau.

Le 5 août 1993, le journal L’Humanité critiquait en Jean Mattéoli « l’ex-ministre des licenciements », condamnant le fait qu’il s’était vanté d’avoir accepté de nombreux licenciements entre 1979 et 1981 : « Dans 70% des cas, je donne mon accord pour les licenciements ». À l’époque, il fallait en effet une autorisation administrative pour licencier, qui fut supprimée par Jacques Chirac lors du premier gouvernement de cohabitation en 1986 (aujourd’hui, les seuls licenciements soumis à l’autorisation de l’inspecteur du travail sont ceux des salariés protégés, à savoir notamment les membres des CE et des CHSCT).

Le même journal avait aussi raillé son encouragement, en 1980, à développer le temps partiel et sa volonté de « faciliter l’embauche des jeunes par des exonérations des charges sociales accordées aux entreprises » par des « pactes pour l’emploi » (on voit donc que tout ce vocabulaire n’est pas nouveau).


Un témoignage contesté dans le procès Papon

Mais le plus négatif fut le témoignage de Jean Mattéoli en faveur de la défense dans le procès de Maurice Papon le 25 février 1998 (et pas le « soutien » de Jean Mattéoli à Maurice Papon comme il a été trop souvent mal écrit dans les dépêches de presse).

Un témoignage qui ressemble étrangement à celui de Raymond Barre (sur Agoravox), ce dernier très contesté. Sans doute parce qu’ils furent tous les trois collègues dans le même gouvernement et que les deux hommes (Raymond Barre et Jean Mattéoli) ont toujours cultivé ce sens du devoir au service de l’État. Jean Mattéoli avait en effet déclaré à propos de Maurice Papon : « Doit-on s'étonner de cette assistance donnée à la Résistance, concomitamment à son appartenance à l'administration ? ».

À l’époque (en 1998), ce témoignage de Jean Mattéoli avait été très contesté car il présidait en même temps la mission sur la spoliation des biens des Juifs sous Vichy.

En juillet 2001, Jean Mattéoli avait cosigné, avec notamment l’ancien Premier Ministre et ancien résistant Pierre Messmer (sur Agoravox), l’ancienne résistante Germaine Tillion (sur Agoravox) et l’ancien Ministre de la Justice Robert Badinter, une demande de remise en liberté de Maurice Papon (qui fut effective le 18 septembre 2002) où il réaffirma, à propos de Papon : « on fait supporter à ce seul fonctionnaire subalterne le poids de la responsabilité de la Fonction publique sous la contrainte de l'Occupation allemande ».
après de nombreuses manifestations d’étudiants et de salariés (en ce sens, cette crise fut nettement mieux gérée que celle du CPE au printemps 2006 par Dominique de Villepin, elle aussi à un an d’une élection présidentielle).

 

Une exigence de dialogue et de courage

Malgré cette tâche noire, Jean Mattéoli a montré tout au long de son existence qu’on pouvait renforcer la concertation et le dialogue sur les enjeux économiques et sociaux majeurs. Son gaullisme n’était pas partisan, plus social et participatif que politique, et répondait à cet esprit de résistance qui correspondrait à ce refus de la fatalité, celle par exemple que certains avaient cru déceler pour le chômage (« On a tout essayé », François Mitterrand).

Puisse son exemple inspirer les hommes politiques actuels dans la recherche de larges consensus sociaux d’autant plus nécessaires qu’il est indispensable de transformer en profondeur la société pour l’adapter au monde globalisé d’aujourd’hui.


Sylvain Rakotoarison


Documents :

Témoignage de Jean Mattéoli sur ses activités de résistants.

Biographie officielle de Jean Mattéoli sur le site du Conseil Économique et Social.






      Article paru sur Agoravox.






        Article paru aussi
        sur CentPapiers.












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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 00:35
Un homme indépendant, compétent, qui a connu la pauvreté dans sa jeunesse, et qui ne mâche jamais ses mots, peut-il réussir en politique ?



Jules Renard disait qu’il ne s’occupait pas de politique. Cette phrase a été reprise par Raymond Forni dans son livre autobiographique ‘Un Enfant de la République’ paru en 2002.

Il avait 66 ans et il a été hospitalisé au début de la semaine dernière. Le mercredi 2, il a été transféré à Paris en raison d’une « complication hépatique sérieuse ».

Raymond Forni est mort la nuit du 4 au 5 janvier 2008 d’une « leucémie foudroyante » selon les communiqués de presse (je m’étonne qu’une leucémie soit si rapide, mais peut-être une grande discrétion a été préservée auparavant).

J’appréciais beaucoup Raymond Forni, homme public. Je n’ai jamais eu l’honneur de le croiser personnellement, mais je l’écoutais toujours avec beaucoup de respect et d’admiration car ses propos, son comportement ont toujours respiré ce qu’on peut appeler intégrité ou honnêteté dans un monde politique parfois très hypocrite.

Son sommet politique, c’était quand Laurent Fabius acceptait de revenir au gouvernement, celui de son rival Lionel Jospin. Alors, tout naturellement, pour un poste très convoité, Raymond Forni fut élu le 29 mars 2000 à la Présidence de l’Assemblée Nationale. Fonctions qu’il occupa jusqu’au 18 juin 2002 et la débâcle socialiste.

Raymond Forni n’a pas eu un début de vie facile. Obligé de quitter l’école en première, pour devenir ouvrier chez Peugeot (son père est mort quand il avait onze ans), où il commença des activités syndicales. Puis il trouva un poste de surveillant d’un lycée technique pour reprendre ses études par correspondance.

Il réussit donc après beaucoup de volonté à passer le bac à vingt-et-un ans puis à faire de brillantes études de droit pour devenir avocat à vingt-sept ans.

Socialiste depuis 1964, il ne fut d’aucun courant (ce qui relève de l’exploit) mais soutenait tous les projets européens, se sentant européen dans ses tripes : « Fils d'immigrés italiens que la pauvreté avait fait fuir leur pays, je suis certes né dans ce pays, mais je n'ai pu en acquérir la nationalité qu'à l'âge de dix-sept ans. La France m'a tout donné. Et c'est peut-être pour cela que, mon sang et mon cœur se mêlant, je crois à l'Europe par dessus tout. ».

À trente-deux ans (en 1973), il est élu député de Belfort, au même moment que Jean-Pierre Chevènement dont il fut à la fois un proche ami et un rival. Raymond Forni venait alors de battre le nouveau maire gaulliste de Belfort, Jean-Marie Bailly, ancien Secrétaire d’État au Commerce et ancien député.

Il présida entre 1981 et 1985 la Commission des lois de l’Assemblée Nationale lors de l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Il s’occupa notamment de l’abolition de la peine de mort dont il fut le rapporteur de la loi (en 1981) et des lois Defferre sur la décentralisation (en 1982).

Entre 1978 et 1985, entre 1988 et 1991, et entre 1998 et 2000, il fut vice-président de la CNIL qu’il avait contribué à créer à l’Assemblée Nationale.

En 1985, il fut nommé par François Mitterrand à la Haute Autorité de l’audiovisuel qui fut démantelée en novembre 1986 avec la création de la CNCL (ces deux instances étant à l’origine de l’actuel Conseil Supérieur de l’Audiovisuel).

Sa probité le fit aussi participer à la Commission sur les privatisations opérées pendant la première cohabitation (1986-1988) en 1989 et à la Commission sur le financement des partis politiques et des campagnes électorales en 1991.

Ensuite, il connut des élections en dents de scie, en fonction de la conjoncture politique nationale : réélu en 1988, battu en 1993, réélu en 1997 et battu en 2002.

Élu de la région la plus touchée par le canal Rhin-Rhône, il a contesté l’utilité de cet ouvrage (ce qui est une erreur à mon sens) ce qui a encourage Lionel Jospin, alors Premier Ministre, à renoncer à ce projet.

En juin 2002, il avait été victime commune de sa rivalité avec Jean-Pierre Chevènement, chacun des deux ayant présenté un candidat dissident contre l’autre, ce qui valut à chacun un échec et l’élection d’un candidat de l’UMP (respectivement Damien Meslot et Michel Zumkeller qui furent réélus en juin 2007).

Longtemps conseiller général (pendant vingt ans), maire de Delle (peu éloigné de Belfort) depuis 1991, Raymond Forni réussit le 28 mars 2004 la conquête du Conseil régional de Franche-Comté dont il prit la présidence (le 2 avril 2004).

Pour la présidentielle de 2007, il avait soutenu en vain le retour de Lionel Jospin comme candidat socialiste et en juin 2007, il n’obtint pas l’investiture socialiste aux législatives. Peut-être à cause de ses déclarations en mai 2007 contre la direction du PS (notamment contre François Hollande et Jean-Marc Ayrault) dont il contestait l’immobilisme.

Une ancienne militante de l’UDF proche du courant de Henri Emmanuelli, en début 2007, Hélène Hassoun, disparue en mars dernier, convoitait d’ailleurs l’investiture socialiste pour cette ancienne circonscription de Raymond Forni (la première du Territoire de Belfort).

Étrangement, parlementaire chevronné, travailleur aux convictions bien affirmées et aux compétences reconnues de tous, Raymond Forni n’a jamais été ministre. La raison était cependant assez simple : François Mitterrand refusait de nommer au gouvernement deux représentants du Territoire de Belfort, or Jean-Pierre Chevènement, de 1981 à 1983, de 1984 à 1986 et de 1988 à 1991, y était déjà membre.

Père de cinq fils, il avait raconté sa vie difficile d’enfant d’immigrés italiens, lui permettant de comprendre la vie quotidienne de nombreux de ses contemporains.

Très respecté par l’ensemble des parlementaires, Raymond Forni a montré une manière différente de faire de la politique. Celle de dire les choses comme il le pensait, parfois de manière abrupte. Ce qui le faisait parfois craindre de ses collaborateurs et interlocuteurs.

Ainsi, en parlant des juges antiterroristes qui se prenaient pour des vedettes. Ou encore en demandant une minute de silence alors qu’il était au perchoir, pour protester contre la condamnation à deux ans d’inéligibilité de Maxime Gremetz qui s’était comporté assez grossièrement lors d’une inauguration à Amiens car selon lui, « en matière électorale, le seul juge, c’est l’électeur », ce qui est très contestable pour les nombreuses affaires politico-financières.

Jean-Marc Ayrault (maire de Nantes et président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale) a évoqué « un exemple de mérite, de rectitude et d’engagement (…) qui alliait l’indépendance d’esprit à la force des convictions ».

Les louanges affluent dans les heures et les jours qui suivent l’annonce de la disparition de Raymond Forni (qui sera enterré le 9 janvier 2007 à 14h30 à Besançon), et ce n’est ici que justice pour la mémoire d’un grand homme politique français.


Sylvain Rakotoarison



Pour aller plus loin :

Biographie de Raymond Forni à l’Assemblée Nationale.

Une autre biographie de Raymond Forni à l’Assemblée Nationale.

Fiche de Raymond Forni à l’Assemblée Nationale.

Biographie de Raymond Forni sur Wikipédia.

Biographie de Raymond Forni sur le Nouvel Observateur.

Dépêche de l’AFP du 5 janvier 2007.





      Article paru sur Agoravox.









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7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 09:46
Symbolisant l’ouverture et la décrispation de la vie politique, Jacques Pelletier a œuvré pour un renforcement de la coopération avec le sud et une meilleure prise en compte des enjeux de l’environnement.


Le sénateur radical Jacques Pelletier, ancien ministre, s’est éteint le 03 septembre 2007 à 78 ans au Val de Grâce après un accident vasculaire cérébral.

Il m’est peu agréable de rédiger une (nouvelle) note nécrologique mais la disparition d’un homme politique très humain est l’occasion pour moi de me souvenir de son action et, surtout, de la présenter à ceux qui ne le connaissent pas.

Jacques Pelletier fut d’abord un homme de terrain, agriculteur picard assumant d’importantes responsabilités syndicales, élu local, maire à 23 ans, président du conseil général de l’Aisne (de 1964 à 1979), et vice-président de l’association des maires de France (de 1983 à 1995).

Il a milité pour mieux prendre en compte les enjeux écologiques en créant dès le milieu des années 1970 les premiers Centres permanents d’initiatives pour l’environnement.

Parlementaire chevronné (4 ans député, 29 ans sénateur), Jacques Pelletier est aussi celui qui a su réunir les contraires en président au Sénat pendant une quinzaine d’années le groupe de la Gauche Démocratique puis du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE), sa nouvelle appellation.

Le groupe de la Gauche Démocratique, c’est un vieux groupe politique fondé en 1892 et qui regroupait les radicaux, devenant même le principal groupe au Sénat sous la IIIe République comptant jusqu’à 160 sénateurs (15 aujourd’hui).

Ont notamment siégé dans ce groupe 3 Présidents de la République (Gaston Doumergue, Paul Doumer, François Mitterrand), 6 chefs du gouvernement (Georges Clemenceau, Émile Combes, Henri Queuille, Édouard Herriot, Edgar Faure) et 1 Président du Sénat (Gaston Monnerville) et également des personnalités comme Jean François-Poncet (aujourd’hui membre de l’UMP), Étienne Dailly, Robert Vigouroux (quand il était maire de Marseille), et encore maintenant : Jean-Michel Baylet (président du PRG), Michel Thollière (maire de Saint-Étienne) et Pierre Laffitte (X-Mines fondateur de la technopole niçoise de Sofia-Antipolis).

Refusant le diktat de l’union de la gauche, qui engendra la division des radicaux en radicaux de gauche (MRG puis PRG) dirigés à l’époque par Robert Fabre (acceptant l’union avec les communistes) et en radicaux valoisiens (aujourd’hui coprésidés par André Rossinot et Jean-Louis Borloo), les sénateurs radicaux se retrouvent, aujourd’hui encore, dans un groupe assez singulier puisque cohabitent des parlementaires à la fois de la majorité et de l’opposition.

Jacques Pelletier personnifiait à merveille cette ouverture séculaire… ouverture à droite pour la gauche et à gauche pour la droite.

Il a créé ou présidé l’Alliance de la gauche pour l’initiative et la réforme, le Carrefour social-démocrate, Liberté et Démocratie (section française de l’Internationale libérale), l’Association des Démocrates, le Mouvement des Réformateurs.

Séduit par la démarche giscardienne à l’instar de Jean-Jacques Servan-Schreiber, il accepta d’être nommé Secrétaire d’État à l’Éducation dans le gouvernement de Raymond Barre de 1978 à 1980 et de faire partie de l’équipe de campagne de Valéry Giscard d’Estaing lors de l’élection présidentielle de 1981 (s’occupant des relations avec les élus locaux).

Soutenant François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle de 1988, Jacques Pelletier fut, avec Bruno Durieux, Jean-Marie Rausch, Michel Durafour et Jean-Pierre Soisson, l’un des principaux ministres d’ouverture des gouvernements de Michel Rocard, en devenant Ministre de la Coopération et du Développement de 1988 à 1991.

François Mitterrand le nomma en 1992 Médiateur de la République, mandat autonome qu’il remit à son successeur, lui aussi centriste, Bernard Stasi nommé par Jacques Chirac en 1998.

« La ferveur de son engagement en faveur de la coopération avec le sud n’[ayant] jamais faibli » et faisant bénéficier de ses compétences en agriculture et en coopération, Jacques Pelletier présida de 1993 à 2007 le Haut Conseil de la Coopération Internationale (appellation adoptée en 1999) et présida le groupe préparatoire du Sommet mondial de l’alimentation en 1997.



Article paru sur Agoravox.



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7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 09:00

MA

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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 20:03
Michel Serrault, Jean-Marie Lustiger, Henri Amouroux, Raymond Barre, Pierre Messmer… de nombreuses personnalités françaises de premier plan sont parties cet été.


Le jour même des funérailles de Raymond Barre au Val de Grâce, ce 29 août 2007, l’un de ses prédécesseurs à Matignon Pierre Messmer disparaissait dans le même hôpital à 91 ans et demi.

Que se passe-t-il cet été ? Serait-ce toute une génération politique qui est en train de quitter ce bas monde ? L’enterrement définitif des années 1960 et 1970 ? Ou seulement des coïncidences malheureuses ?

Pierre Messmer, il était d’abord un militaire, qui, au service de la France, et du Général De Gaulle, était devenu un homme politique influent.

Il fut l’un des principaux hommes politiques à la mort du Président Georges Pompidou, en avril 1974. Alors Premier Ministre depuis deux ans, pour éviter une rivalité entre Jacques Chaban-Delmas, Edgar Faure et Valéry Giscard d’Estaing qui aurait pu tourner à l’avantage de François Mitterrand, il se proposa pour faire l’unité de la majorité de l’époque.

L’initiative, maladroite et téléguidée par Jacques Chirac, avait échoué, mais avait néanmoins réussi dans son objectif inavoué : discréditer la candidature de Jacques Chaban-Delmas.

Pierre Messmer était très diplômé : l’École Nationale d’Outre-Mer, les Langues Orientales et un doctorat en droit à 23 ans.

Ancien de Saint-Cyr, d’abord sous-officier chez les tirailleurs sénégalais, il s’engagea alors dès juin 1940 aux Forces Françaises Libres à Londres, devenant officier de la Légion étrangère, participa très activement à la bataille de Bir-Hakeim, et affecté en 1944 auprès du maréchal Koenig, s’impliqua dans le débarquement en Normandie et dans la Campagne de France.

Il fut parachuté en Indochine en août 1945, s’évada une fois prisonnier du Viet Minh, et entama une brillante carrière d’administrateur de la France d’Outre-Mer qui l’amena à occuper des postes importants de gouverneur (Mauritanie, Côte d’Ivoire) et de haut commissaire de la République (Cameroun, Afrique équatoriale française, Afrique occidentale française).

Ancien directeur de cabinet du ministre socialiste Gaston Defferre, il poursuivit par une carrière ministérielle exceptionnelle, au service du gaullisme, comme Ministre des Armées pendant près d’une décennie et fut l’un des membres de gouvernement ayant eu le plus de longévité de la République (près de treize ans).

Homme plutôt réservé et peu communicant dans ses fonctions politiques (sa nomination à Matignon contrasta face à son prédécesseur Chaban-Delmas), Pierre Messmer se montra volontiers affable et plaisant dans sa longue retraite.

Après l’échec de sa candidature à l’élection présidentielle (mais il n’était pas très motivé pour cette ambition), Messmer se consacra surtout à ses mandats locaux, député (jusqu’en 1988, allant jusqu’à présider le groupe RPR à l’Assemblée Nationale pendant la première cohabitation), maire de Sarrebourg (jusqu’en 1989) et son mandat au conseil régional de Lorraine (qu’il présida en 1978) jusqu’en 1992, également conseiller général (en 1982) et député européen.

Gratifié de nombreuses distinctions et fonctions honorifiques, Pierre Messmer représenta le dernier carré du gaullisme, fidèle à la certaine idée de la France développée par De Gaulle (il réalisa l’indépendance militaire de la France en initiant la force de dissuasion nucléaire française), traduite dans les faits par une probité presque technocratique et caractérisée malgré la bonhomie du personnage par une absence patente de charisme.

Président de l’Institut Charles De Gaulle, membre de l’Académie Française (succédant au siège de Maurice Schumann) qui n’aura jamais été aussi peu complète, chancelier de l’Institut de France, secrétaire perpétuelle de l’Académie des Sciences morales et politiques, chancelier de l’Ordre de la Libération, président des amis de Michel Debré… sans compter de nombreuses décorations militaires et civiles.

Par ailleurs, témoin dans le procès de Maurice Papon, il s’évertua à demander la fin de la haine entre les Français, prônant l’orthodoxie gaulliste qui énonce que Vichy n’a jamais été la France, réfutant en cela la déclaration de Jacques Chirac de juillet 1995 reconnaissant la responsabilité de l’État français dans la Collaboration


Jeune résistant dynamique et enthousiaste, grand commis de l’État pour la France de l’Outre-Mer, homme politique plutôt terne et sans charisme, retraité chaleureux, humble, très agréable à écouter lorsqu’il racontait sa vie, des anecdotes, ou même une partie de la grande historie, Pierre Messmer était un personnage d’une grande finesse d’esprit.

C’est, avec Pierre Messmer, une nouvelle grande figure de la France qui vient de s’effacer dans les journaux et qui vient s’afficher dans les livres d’histoire.





http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/674.html

http://www.asmp.fr/fiches_academiciens/MESSMER.HTM

http://fr.news.yahoo.com/rtrs/20070829/tts-france-messmer-deces-ca02f96_3.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Messmer

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3382,36-949062,0.html?xtor=RSS-3208

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3382,36-949066@51-949054,0.html

http://www.humanite.fr/1997-10-17_Articles_-Dure-journee-pour-l-ancien-prefet-Maurice-Papon







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27 août 2007 1 27 /08 /août /2007 08:13
Gaston Thorn, ancien Premier Ministre Luxembourg, est mort ce 26 août. Précédant Jacques Delors à la Présidence de la Commission Européenne, Gaston Thorn fut souvent critiqué pour son manque d’impulsion politique. Pourtant, des éléments essentiels de la politique européenne ont été initiés sous sa direction.


L’Union Européenne et, plus particulièrement, la Commission Européenne ont été doublement endeuillées ce week-end avec la disparition non seulement de Raymond Barre (voir mon précédent article), ancien vice-président de la Commission Européenne (entre 1967 et 1973) et qui fut un grand promoteur de la construction européenne, mais également de Gaston Thorn, ancien président de la Commission Européenne entre 1981 et 1985, disparu ce 26 août 2007 à presque 79 ans.


Gaston Thorn a été une ‘grosse pointure’ de la vie politique du Luxembourg, et aussi de la politique européenne.

Adjoint au maire de Luxembourg à 22 ans, il se fit élire député dès 30 ans après des études d’avocat qu’il suivit à Montpellier, Lausanne et Paris.

Devenu président du parti libéral dès 1961, il entama une brillante carrière ministérielle dans son pays, de 1968 à 1980, s’occupant notamment des Affaires Étrangères et de l’Économie et devint même Premier Ministre du Luxembourg entre 1974 et 1979.

Sa nomination à la tête de la Commission Européenne (en 1981) a eu lieu dans un climat européen très incertain, avec la contestation permanente de la Britannique Margaret Thatcher, l’inquiétude sur la politique économique du nouveau Président français François Mitterrand et une réelle incapacité à faire renaître l’idée européenne après la triple avancée réalisée par Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schimdt quelques années auparavant (élection au suffrage direct des parlementaires européens, institution des Conseils européens réunissant les chefs d’État et du gouvernement régulièrement, mise en place du système monétaire européen).

Beaucoup ont même qualifié la présidence de Gaston Thorn de ‘dormante’, d’autant plus facilement qu’elle a précédé la présidence très active et dynamique de Jacques Delors (nommé entre 1985 et 1995).

Critiques renforcées par sa difficulté à maintenir une bonne cohésion entre les Commissaires européens, notamment en raison de la présence de fortes personnalités, comme le Belge Étienne Davignon (auteur d’un rapport important en 1970 qui fut la base de la politique étrangère commune), et le Français François-Xavier Ortoli (ce dernier ayant déjà présidé auparavant la Commission).

Cependant, il serait judicieux de lui reconnaître plusieurs avancées dans la construction européenne. En particulier, l’élargissement avec l’adhésion de la Grèce (en 1981), et de l’Espagne et du Portugal (en 1986), ces trois pays sortant alors très récemment de dictature dans les années 1970.

Le large développement économique de ces trois pays qui suivit leur adhésion européenne a d’ailleurs largement encouragé la volonté d’adhésion des anciens pays du bloc communiste de l’Europe centrale et orientale.

Une politique de restructuration de l’industrie européenne a également été mise en œuvre sous la présidence de Thorn, avec des décisions douloureuse pour l’industrie de l’acier, mais aussi des accords commerciaux importants avec les Etats-Unis, la Chine et le Japon.

La Commission Thorn a par ailleurs lancé le premier Programme-cadre européen de recherche et développement technologique (PCRD), aide européenne essentielle de coopération industrielle et scientifique, trop peu utilisée par les entreprises françaises et outil majeur pour la compétitivité de l’innovation européenne (la Commission a lancé récemment le 7e PCRD qui s’étend de 2007 à 2013).

Enfin, c’est sous la présidence de Thorn, très à l’écoute des parlementaires européens, que fut adopté au Parlement Européen le 14 février 1984 l’étonnant rapport d’Altiero Spinelli, étonnant car révolutionnaire puisqu’il fut le précurseur de l’Union Européenne, se fixant comme objectif ultime la réalisation d’une union fédérale européenne (cette initiative ne fut cependant pas suivie par les États).


Par ailleurs, Gaston Thorn présida la 30e Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (de 1975 à 1976).

Après sa Présidence de la Commission européenne, Gaston Thorn s’éloigna de la vie politique et devint patron de la maison-mère de RTL de 1987 à 2004 (Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion).

Poste auquel lui succéda Jacques Santer en 2004, lui-même également ancien Premier Ministre luxembourgeois (de 1984 à 1995) et ancien Président de la Commission Européenne (de 1995 à 1999).





Article paru sur Agoravox.



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25 août 2007 6 25 /08 /août /2007 17:40
Mémoire courte, hommages hypocrites… ou sincère reconnaissance d’une classe politique qui a toujours contesté celui qui s’y est toujours posé en dehors.


L'ancien Premier Ministre Raymond Barre est mort cette nuit, à l’aube du 25 août 2007.

Évidemment, cette nouvelle, qui suit plein d’autres mauvaises nouvelles du même genre, m’a profondément ému.

Son aura, sa stature, son intelligence, son courage politique… tout a fait pour que l’homme qui aurait pu présider la République Française de 1988 à 1995 soit regretté.

Surtout en comparaison avec la classe politique actuelle.

J’avais écrit déjà un article sur sa personnalité lors de son hospitalisation, en avril dernier, qui avait d’ailleurs été repris par Agoravox.

Certains rappellent des propos qui étaient inacceptables (sur le ‘lobby juif’), mais en oubliant toutes ses qualités, d’autres regrettent ses quelques phrases malheureuses tout en soulignant ses compétences et ses valeurs… mais tous lui rendent un hommage appuyé.

Et je crois rêver… tant d’hommages rendus par tant d’hommes politiques. La plupart étaient d’ailleurs pour lui de redoutables adversaires qui ne lui avaient fait aucun cadeau. Il y a presque de l’indécence dans ce bouquet d’éloges.

Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac pour ne citer qu’eux… Anciens Présidents de la République.

Pendant le premier septennat de François Mitterrand, les trois hommes, Barre, Chirac et Giscard, se disputaient le leadership de l’opposition : le premier était très populaire, le second avait un parti devenu véritable machine de guerre (Sarkozy l’utilisera à son avantage par la suite) et le troisième se croyait irremplaçable.

Un peu à la manière de ces luttes de rivalité qui opposaient dans le camp républicains, au début de la IIIe République, Jules Grévy, Jules Ferry et Léon Gambetta.

Aujourd’hui, beaucoup d’eau a coulé.

Comme si cette excessive compétition électorale de 1988 n’avait jamais existé. Tant mieux peut-être… mais toutes ces qualités, tous ces regrets… pourquoi ne pas l’avoir soutenu à l’époque ?

Par la suite, la guerre de succession à ces trois ‘grands’ n’aura réussi ni à Édouard Balladur (de la même génération), ni à Alain Juppé, ni à Philippe Séguin, ni même à François Léotard, et c’est finalement l’enfant terrible, plus jeune, Nicolas Sarkozy qui se montra le plus habile de tous (de son camp, je ne parle pas de la gauche).

Je n’insisterai jamais assez sur le fait que le maintien pendant plus d’une décennie de cette concurrence entre Giscard d’Estaing, Chirac et (dans une moindre mesure, jusqu’en 1988) Barre aura sacrifié justement cette génération des jeunes ‘quadra’ des années 1980 (Alain Juppé, François Léotard, Philippe Séguin, mais aussi Dominique Baudis, Bernard Bosson, Alain Madelin…) au bénéfice de la suivante (Nicolas Sarkozy, François Fillon, Jean-Louis Borloo, François Bayrou, Dominique De Villepin, Jean-Pierre Raffarin, et même Philippe Douste-Blazy…).

Et ce Jack Lang qui regrette maintenant en Raymond Barre un continuateur de Pierre Mendès France.

De ce dernier, Raymond Barre a eu certainement ce méchant pêché, celui de refuser de s’insérer dans les normes du jeu politique, voire politicien, celui d’être un extra-terrestre au microcosme parisien.

Comme son premier maître, membre de son jury d’agrégation, qui, en 1959, l’appela pour diriger son cabinet lorsqu’il fut nommé ministre : Jean-Marcel Jeanneney (fils de Jules, père de Jean-Noël), universitaire entré en politique par la grande porte, penseur et acteur, mais jamais vraiment inséré dans le sérail.

Raymond Barre avait écrit dans son dernier livre d’entretiens qu’il ne considérait pas comme incohérent le fait de gouverner avec des socialistes, car la France a besoin d‘être gouvernée au Centre. Un discours passionnément tenu par François Bayrou pendant la dernière campagne présidentielle (, ou encore ).

Franchissant même le pas, Jean-Marcel Jeanneney, le gaulliste historique, du haut de ses 96 ans, n’a pas hésité à soutenir (le jour même de l’hospitalisation de Raymond Barre) la candidature de Ségolène Royal.

Aujourd’hui, ce concert de louanges est la juste reconnaissance d’une vie intègre et honnête au service de l’État. Il va être honoré à la fois par la ville de Lyon et l’évêque de Lyon.

Comme une coïncidence, la disparition de Raymond Barre survient moins de trois semaines avec celle de son principal biographe, Henri Amouroux (ce lien, ou celui-ci).

La France est orpheline.



Article publié sur Agoravox.




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25 août 2007 6 25 /08 /août /2007 12:13
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