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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 06:49

PMF, jeune prodige de la politique française, dans la lignée des Gambetta, Ferry, Clemenceau et Jaurès, héritier de Poincaré, Blum et De Gaulle, a incarné plus que tout autre, parfois à ses dépens, la conscience républicaine de la nation. Nombreux sont ceux qui se réclament de lui aujourd’hui. Première partie.


yartiPMF21Le 18 octobre 1982, Pierre Mendès France s’était éteint à Paris à l’âge de 75 ans à Paris. Salué comme il le méritait avec les honneurs de la République, cet homme politique considéré comme un sage et comme une référence morale à bien des personnalités de la classe politique actuelle est de nouveau célébré aujourd’hui pour le trentenaire de sa disparition. Des colloques, notamment organisés par l’Institut Pierre-Mendès-France, perpétuent ainsi sa mémoire. L’un des anciens présidents de cet institut (entre 1987 et 1991), Claude Cheysson (1920-2012), vient lui-même de disparaître le 15 octobre 2012.


Souvenirs furtifs

Mon souvenir de pseudo-contemporain est bien vague. J’ai par exemple comme dernier souvenir celui de l’avoir écouté comme invité au journal de 13 heures sur TF1 vers 1981-1982 (peu avant sa mort), à une époque où il m’était possible de regarder le journal télévisé entre midi et deux heures.

Mais une image très claire, la plus nette, revient maintenant à mon esprit. Le jeudi 21 mai 1981, lorsque François Mitterrand (1916-1996) fut investi Président de la République française, après son allocution, il alla saluer ses invités dans le salon d’honneur. Lorsqu’il arriva au niveau de Pierre Mendès France, l’émotion a jailli entre les deux hommes et ils se sont fait l’accolade.


Mitterrand et Mendès France

L’émotion était historique. Vingt-trois ans dans l’opposition commune. Ces deux hommes étaient près d’une génération dans l’opposition acharnée contre De Gaulle et ses héritiers. Eux, hommes de la IVe République, ils avaient choisi l’opposition systématique à la Ve République. Pendant ces deux décennies (1958-1981), l’un faisait figure de polémiste arriviste, l’autre de sage réfléchi, calme et éloigné de la politique politicienne. Pourtant, l’un comme l’autre auraient pu être de dociles héritiers du gaullisme historique.

L’un aura battu tous les records de longévité à la tête de l’État depuis Napoléon III ; l’autre n’aura gouverné que sept mois et dix-sept jours. L’un aura une postérité contrastée, contestée, controversée ; l’autre restera définitivement comme une conscience morale dans le jeu impitoyable et tragique de la politique.

Car lorsqu’il a embrassé François Mitterrand, ce 21 mai 1981, Pierre Mendès France lui donna en quelques sortes quitus, lui apporta sa caution morale, reconnut que c’était l’ambitieux qui avait gagné la partie. Bien plus tard, Nicolas Sarkozy a tenté maladroitement de refaire la même accolade symbolique avec Simone Veil le jour de son investiture le 16 mai 2007.

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Je me souviens aussi de l’hommage rendu par l’Assemblée Nationale à l’un de ses élus, le 27 octobre 1982. Un portrait géant recouvrait la façade du Palais-Bourbon, dans la cour d’honneur. Le Président François Mitterrand y prononça l’éloge funèbre : « Il faudrait être bien inattentif pour croire que l’action de Pierre Mendès France fut limitée aux quelques sept mois et dix-sept jours passés (…) à la tête du gouvernement de la République. Un été, un automne et quelques jours. L’histoire ne fait pas ces comptes-là. Léon Blum, pour un an. Gambetta et Jaurès, pour si peu, pour jamais, pour toujours. » puis, il rappela la chute du gouvernement le 5 février 1955 : « J’ai vécu avec lui ce moment et j’entends encore son cri : "Le devoir interdit tout abandon". Tout Mendès était dans ce double aveu : la peine qu’il ressentait à se voir privé du moyen de poursuivre la politique qu’il croyait bonne pour le pays, la conviction qu’une politique juste serait tôt ou tard reprise par d’autres, après lui. ».


Poincaré, Blum, De Gaulle …et Herriot

Pierre Mendès France n’est pourtant pas vraiment la conscience de la seule gauche. Il était avant tout radical, proche du ministre radical Georges Bonnet (1889-1973) dont il avait été le stagiaire et qui avait préfacé sa thèse sur "L’œuvre financière du gouvernement Poincaré" qu’il admirait beaucoup, proche aussi d’Édouard Daladier (1884-1970) qui fut témoin à son premier mariage (en décembre 1933).

Ses trois marqueurs politiques furent Raymond Poincaré (1860-1934), Léon Blum (1872-1950) et Charles De Gaulles (1890-1970).

En réponse à l’envoi de sa thèse soutenue le 3 mars 1928 où il terminait ainsi : « Une fois de plus, hélas, notre République politiquement démocratique n’a pas été économiquement équitable. (…) Demain, sur le nouveau terrain du franc restauré, de finances rétablies, il faudra donc reprendre le programme qui réalisera enfin, jusque dans le domaine de l’économique, la vraie République égale et sociale. », Raymond Poincaré lui écrivit simplement ces quelques mots : « Je ne fais aucune difficulté de reconnaître les imperfections de l’œuvre accomplie. » (lettre du 15 mars 1928).

De Léon Blum qui le nomma à son deuxième gouvernement, Pierre Mendès France le décrivait, le 3 juin 1953 à l’Assemblée Nationale, ainsi : « Une vague d’enthousiasme populaire exaltait sa générosité et son intelligence. ».

Quant à De Gaulle, Pierre Mendès France fut toujours admiratif de l’épopée gaulliste. En poste à Matignon, il prononça cet hommage le 9 novembre 1954 : « Le Général De Gaulle a incarné la France au combat dans une coïncidence si complète avec le sentiment national le plus profond qu’il n’a jamais séparé la République à rétablir de l’indépendance à recouvrer. Dès l’origine, ses premiers appels dénonçaient à la fois les deux formes liées d’une même abdication qui renonçait à la lutte en même temps qu’à la légalité républicaine. Au principe de son action, la Résistance posait la souveraineté nationale, revendiquée dans la liberté des frontières aussi bien que dans celle des institutions démocratiques. ».

Plus tard, réagissant à la disparition de De Gaulle, Mendès France écrivit un article dans "Le Monde" du 12 novembre 1970 où il opposait le De Gaulle de 1940 au De Gaulle de 1958. Le premier avait « un moment, en effet, été la France » ainsi que « l’interprète et l’instrument de la nation en son vrai destin » tandis que le second s’était comporté avec « une sorte de trahison de sa vocation historique ». Jean-Marcel Jeanneney (1910-2010) commenta amèrement cet article : « Il critiquait de bout en bout toute l’œuvre du Général De Gaulle à partir de 1945. (…) Cette injuste hostilité n’était-elle pas du dépit amoureux ? ».

Quant à Édouard Herriot (1872-1957), chef perpétuel des radicaux, Mendès France reconnut en lui un grand républicain le 8 mars 1955 : « Il demeurait fidèle à un style qui ne correspondait plu à toutes les exigences de la vie moderne. Cependant, il a encouragé ma tentative à la tête du gouvernement et je garde un souvenir reconnaissant de l’appui qu’il m’a apporté lorsque j’essayais de ranimer et de rajeunir le parti radical. Je reste persuadé que ses convictions fondamentales ont toujours été tournées vers la gauche, sa volonté vers la justice et le progrès. ».


Une conscience qui a parfois eu tort historiquement

Pierre Mendès France s’est cependant trompé sur quelques sujets majeurs. Il a voté contre la ratification des Traités de Rome le 9 juillet 1957. Il a voté contre l’investiture de De Gaulle le 1er juin 1958. Il a voté contre la Constitution de la Ve République le 28 septembre 1958.

Il n’a d’ailleurs rien compris aux institutions de cette république semi-présidentielle (comme la qualifient certains éminents constitutionnalistes), en refusant le principe de l’élection présidentielle dont il a fermement désapprouvé le suffrage direct le 28 octobre 1962 (François Mitterrand, lui, a compris très vite). Enfin, en se proposant de faire un ticket avec Gaston Defferre (1910-1986), ce dernier à l’Élysée et lui à Matignon, pour l’élection présidentielle du 1er juin 1969, il a également montré qu’il n’avait pas intégré toutes les subtilités de la nouvelle constitution qui déplaçait la réalité du pouvoir de Matignon à l’Élysée (5,0% au final).


Seul parmi ses pairs

De tout le personnel politique de la IVe République, nul doute que s’il devait rester un seul nom, ce serait celui de Pierre Mendès France, pourtant bien minoritaire dans son mode de pensée par rapport à ses contemporains. Il chasserait de la mémoire collective les René Coty, Antoine Pinay, Edgar Faure, Henri Queuille, Joseph Laniel, Georges Bidault et autres Guy Mollet qui occupèrent le champ ministériel de ce régime instable.

Dans son "Bloc Notes" du 26 décembre 1966, François Mauriac regrettait que les qualités exceptionnelles de Mendès France ne fussent pas mieux "utilisées" : « La conjonction de Pierre Mendès France et de De Gaulle eût été ce qui aurait pu arriver de plus heureux pour la nation. L’impossibilité en est inscrite dans la nature même de Pierre Mendès France, dans cette inflexibilité qui fait sa grandeur, mais qui aura fait aussi sa destinée et l’aura condamné à ne pas servir autrement que par l’action toute spirituelle. Pourtant, Pierre Mendès France est plus proche de De Gaulle, je serais tenté de dire infiniment plus proche, que de Mitterrand, que de Guy Mollet ou que des chef communistes. De Gaulle et Mendès, chacun de son côté, se sont fait de la France une idée qui, au fond, et quoi qu’ils en pensent, est la même : une France indépendante dans le siècle et dans les cieux et maîtresse d’indépendance et de liberté pour tous les peuples et d’abord pour ceux que nous avons dominés. ».


Dans le prochain article, je reviendrai plus précisément sur la brillante trajectoire de Pierre Mendès France.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu

(Source principale : Assemblée Nationale).

Pour aller plus loin :

Parmi les nombreuses biographies, on retiendra celle de Jean Lacouture (1981) et celle d’Éric Roussel (2007), président de l’Institut Pierre-Mendès-France depuis 2007.

Radioscopie du 16 décembre 1977.
François Mitterrand le 10 mai 1981.
Claude Cheysson.
Général De Gaulle.
Accords de Genève pour la paix en Indochine.
Activité parlementaire de Pierre Mendès France (1932-1968).

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 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-mendes-france-1-4-une-124426 

 

 

 

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 07:15

L’ancien ministre s’est éteint dans la nuit du 17 au 18 juillet 2012 après une existence bien remplie au service de la construction européenne et des relations économiques entre la France et le reste du monde.


yartiJFP01L’annonce publique de la disparition a été faite de façon très inhabituelle. L’ancien Premier Ministre François Fillon a donné cette triste nouvelle au cours d'un bureau politique ordinaire de l’UMP le mercredi 18 juillet 2012. Dans la nuit précédente, Jean François-Poncet s’est en effet éteint à 83 ans, hospitalisé au Val-de-Grâce le 15 juillet 2012 à la suite d’un AVC.

Né le 8 décembre 1928 à Paris, Jean François-Poncet a fait partie de ces personnalités brillantes où l’acquis a conforté l’inné. De brillantes études qui l’ont conduit à l’ENA et à la profession de diplomate, il a fait un passage dans la direction d’une entreprise avant de s’engager en plein jour dans la vie politique avec deux passions, la diplomatie et la vie économique.

Bien né et bien marié, certains pourraient le dire, ce qui n’enlève rien au mérite personnel même si cela le facilite quand même : fils de ministre, beau-frère doublement de ministres, futur oncle de ministre, gendre de l’héritière De Wendel, cela a forcément donné un environnement propice.

Fils d’André François-Poncet (1887-1978), célèbre diplomate, ministre et parlementaire sous la IIIe République, il s’est en effet marié à Marie-Thérèse de Mitry (née en 1933), fille de Marguerite de Wendel (1907-1976), sœur d’Hélène Missoffe (née en 1927), elle-même mariée à François Missoffe (1919-2003), ministre et ambassadeur, parents de Françoise de Panafieu (née en 1948), ces trois derniers ayant été parlementaires et ministres.


Un Européen convaincu

Ce n’est pas étonnant de retrouver donc Jean François-Poncet dans la diplomatie européenne et surtout, dans la réalisation d’une Europe concrète. Son père, agrégé d’allemand et blessé à Verdun, avait été entre autres chef des services de renseignement économique en Allemagne en 1923 puis ambassadeur à Berlin de 1931 à 1938 après avoir amorcé une carrière politique, puis ambassadeur à Rome en 1938 et premier ambassadeur de France à Bonn en 1955, premier acteur de la future amitié franco-allemande.

En 1955, justement, Jean François-Poncet, comme secrétaire d’ambassade, puis secrétaire général de la délégation française en 1957, il participa activement aux négociations du Traité de Rome qui donna naissance à la Communauté Économique Européenne puis à l’Union Européenne. Il fut donc l'un des rédacteurs historiques de ce traité fondateur, et dirigeait le cabinet du jeune ministre en charge de ces questions, Maurice Faure (grand ami de François Mitterrand).

En 2007, Jean François-Poncet esquissait une sorte de testament spirituel : « Nous voulions (…), et nous voulons encore aujourd’hui, en rassemblant les Européens, leur permettre de devenir un des principaux acteurs sur la scène internationale. Il faut dire à nos jeunes, si vous voulez participer à un ensemble qui fasse jeu égal avec les États-Unis, demain avec la Chine, avec l’Inde, avec le Brésil, il faut que l’Europe se poursuive., il faut que cette construction s’achève, il faut avoir des institutions uniques qui puissent dialoguer à égalité avec les autres grands personnages qui décident des destinées de la planète. ».


Au service de Valéry Giscard d’Estaing

Au début des années 1970, il fit une courte expérience dans le privé en dirigeant une entreprise industrielle avant d’être nommé par le Président Valéry Giscard d’Estaing Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, très brièvement puisque seulement du 12 janvier au 27 juillet 1976, date à laquelle il fut nommé Secrétaire Général de l’Élysée jusqu’au 29 novembre 1978. Valéry Giscard d’Estaing le désigna ensuite comme Ministre des Affaires étrangères du 29 novembre 1978 au 13 mai 1981 dans le dernier gouvernement dirigé par Raymond Barre.

La nomination d'un homme considéré comme un Européen de toujours fut très symbolique pour préparer les premières élections européennes au suffrage universel direct du 10 juin 1979 (et elle est intervenue trois jours après le grave accident de voiture dont a été victime Jacques Chirac et qui lui fit lancer, quelques jours plus tard de sa chambre d'hôpital, le fameux appel de Cochin : « Comme toujours quand il s'agit de l'abaissement de la France, le parti de l'étranger est à l'œuvre avec sa voix paisible et rassurante. »).

Dans son ministère, Jean François-Poncet faisait régner la terreur par ses colères et il s'en expliquait ainsi : « C'est que je n'avais aucune raison de me mettre en colère à l'Élysée, alors qu'au Quai d'Orsay, tout, les pesanteurs, les pusillanimités, les personnels aussi, tout m'y conduit ! » (26 juin 1979, cité par Michèle Cotta).

Michèle Cotta l'a décrit, à l'occasion d'un dîner pris avec lui le 27 février 1980, ainsi : « Jean François-Poncet, que je ne sens pas habité par un goût irréfréné du plaisir, reste impavide devant ces merveilles de la gastronomie (...). ».

Le secrétariat général de l’Élysée puis le Quai d’Orsay, une trajectoire qu’effectua après lui un certain Dominique de Villepin

Dès sa nomination de ministre, Jean François-Poncet a rejoint l’UDF, nouvelle formation destinée à consolider le giscardisme face au RPR de Jacques Chirac. Plutôt en dehors des querelles d’appareil, il a choisi les "adhérents directs", structure permettant d’être membre de la confédération sans passer par un parti membre (comme le PR ou le CDS).


Un sénateur très actif

Après la victoire de François Mitterrand, Jean François-Poncet s’est investi dans une carrière politique assez classique.

yartiJFP02Élu sénateur du Lot-et-Garonne le 25 septembre 1983, réélu le 27 septembre 1992 et le 23 septembre 2001, il a exercé jusqu’au 30 septembre 2011 une activité parlementaire remarquable et prolifique, multipliant les missions (essentiellement autour du monde) et les rapports sur quelques sujets de prédilection, en particulier la vie économique dans le monde qui bouge, que ce soit dans les pays sous influence de l’ex-Union Soviétique, en Chine, en Inde, que dans l’Union Européenne, et aussi, bien sûr, en France où il se focalisa particulièrement sur l’aménagement du territoire.

Il a présidé la Commission des affaires économiques et à la fin de son dernier mandat, il fut vice-président de la Commission des affaires étrangères et vice-président de la Commission des affaires européennes.

Il avait en effet effectué dès février 1990, soit quelques semaines après la chute du mur de Berlin, une mission à Prague, Budapest, Varsovie et Moscou pour mieux anticiper les évolutions des relations économiques et commerciales des pays d’Europe centrale et orientale avec la France, en septembre 1994 en Chine et en septembre 1997 en Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan et Turkménistan) avec les mêmes objectifs de réflexion. Il fut également le rapporteur de la ratification du Traité de Lisbonne au Sénat.

Son dernier rapport (déposé le 25 septembre 2009), qui l’a conduit à l’âge de 80 ans à faire sept déplacements au Moyen-Orient avec près de quatre cents entretiens en six mois, a porté sur le Moyen-Orient à l’heure nucléaire. Il insistait en particulier sur le retour du religieux dans cette partie essentielle du monde : « Ne soyons pas dupes : le phénomène religieux exprime une quête identitaire. Derrière le voile, la quête de soi. Derrière la barbe, la politique. L’islam s’est imposé parce qu’il est devenu le territoire de la dignité des populations arabe, l’ultime sanctuaire de leur propre estime. ».

Deux ans et demi ministre, vingt-huit ans sénateur, Jean François-Poncet fut également pendant trente ans le président du Conseil général du Lot-et-Garonne, de mars 1978 à mars 1994 et de mars 1998 à mars 2004.


Un centriste giscardo-barriste européen

D’un point de vue politique, Jean François-Poncet s’était inscrit au Sénat dans le groupe de la Gauche démocratique, devenu par la suite groupe RDE (Rassemblement démocratique et européen), un groupe charnière qui fait coexister des sénateurs de centre droit et des sénateurs de centre gauche (encore aujourd’hui). Cependant, lors de la création de l’UMP, il rejoignit le groupe UMP du Sénat.

Favorable à la candidature de Raymond Barre à l’élection présidentielle du 24 avril 1988, Jean François-Poncet faisait partie, avec Jean-Pierre Soisson et Pierre Méhaignerie, des premiers-ministrables de Raymond Barre.

Reprenant au physicien Louis Leprince-Ringuet en 1991 la section française du Mouvement européen, association qui fait la promotion de la construction européenne depuis 1949, Jean François-Poncet relança l’activité de l’organisation à l’occasion du référendum sur le Traité de Maastricht. Centriste et européen, ce mouvement fut ensuite présidé par Jean-Louis Bourlanges, Anne-Marie Idrac, Pierre Moscovici, Sylvie Goulard (proche de François Bayrou), Christian Philip et est actuellement dirigé par l’ancien journaliste Jean-Marie Cavada avec un bureau comprenant notamment l’ancienne maire centriste de Strasbourg Fabienne Keller, la nouvelle ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem et le nouveau député NC Damien Abad.


La diplomatie au service de la politique

Des diplomates qui ont eu une action majeure dans la politique française sont assez finalement assez rares : avant Jean François-Poncet, on peut compter Maurice Couve de Murville et Alain Peyrefitte ; après lui, Jean-François Deniau, Dominique de Villepin et Bruno Le Maire.

Lors du cinquantième anniversaire du Traité de Rome, Jean François-Poncet expliquait : « Les anniversaires ont toujours cette importance, pour réaffirmer notre foi et notre volonté de construire l’Europe, et de rappeler pour quelles raisons nous voulons la construire. ».

Par sa passion pour la chose politique, Jean François-Poncet a su apporter sa pierre dans le grand édifice de la construction européenne. Et même si elle est évidemment perfectible, cette Europe-là nous a préservés de la guerre depuis près de soixante-dix ans, ce qui est sans précédent sur ce …vieux continent.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les principaux rapports parlementaires de Jean François-Poncet (à télécharger).
La construction européenne.
Pax Europeana.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-francois-poncet-1928-2012-du-120199

 




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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 09:59

Résistant, ingénieur dans les secteurs du pétrole, du nucléaire et de l’informatique, ministre et homme politique, un grande figure du gaullisme (comme on se plaît à le dire) et de Troyes vient de mourir.


yartiGalleyR01L’ancien ministre gaulliste Robert Galley s’est éteint ce vendredi 8 juin 2012 dans sa ville de Troyes à 91 ans. Dans les nombreuses dépêches qui ponctuent sa disparition, il est surtout considéré comme l’un des artisans de l’indépendance énergétique de la France.

Né le 11 janvier 1921 à Paris, Robert Galley est l’exemple type du gaulliste de la Résistance, grand serviteur de l’État après la Libération, que De Gaulle a voulu impliquer au gouvernement et qui est devenu par la suite un homme politique classique jusqu’à être s’être identifié pendant plusieurs décennies à une ville, Troyes, et à un homme, De Gaulle, dont il était l’un des derniers barons survivants avec Yves Guéna et Jean Charbonnel. Il faisait partie de la garde d’excellence républicaine du gaullisme au même titre que d’autres hauts fonctionnaires (ou militaires) qui n’avaient pas comme vocation première l’action politique, comme Pierre Messmer, Alain Peyrefitte, Georges Pompidou, Maurice Couve de Murville, Jean-Marcel Jeanneney, Jean Foyer


Résistant parce que Français humilié

Sorti de brillantes études secondaires et préparant les difficiles concours de maths-spé, à 19 ans, Robert Galley, très meurtri par la débâcle (il s’est senti humilié par le discours du maréchal Pétain le 17 juin 1940), n’a pas hésité à abandonner sa famille et son avenir professionnel (« alors que la plupart de mes camarades de classe, pensant d’abord à leur concours, à leurs petits problèmes, étaient restés sans se rendre compte que le monde, leur monde était en train de basculer ») pour franchir le pas dès le 20 juin 1940 et rejoindre De Gaulle à Londres au bord d’un paquebot polonais (le "Sobieski") qu’il a pris à Bayonne (bien qu’il n’eût pas entendu l’appel du 18 juin).

yartiGalleyR02Il a fait comme d’autres jeunes, refusant la défaite, comme par exemple, Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin, et qui ont vu pour la première De Gaulle à Londres en début juillet 1940 avec une extrême exigence : « Il était non pas hautain, mais lointain. Il gardait la distance qui convient entre l’officier supérieur qu’il était et nous, qui n’étions que de jeunes incorporés. Même si nous avions traversé la Manche dans des conditions un peu périlleuses pour le rejoindre. ». Ses premiers échanges avec De Gaulle, qui voulaient rencontrer personnellement les recrues qui faisaient des études supérieures pour mieux les connaître, avaient été très froids. De Gaulle lui demanda : « Vous n’êtes pas parti pour vous sauver au moins ? », ce qui a indigné le jeune étudiant engagé : « Évidemment, non ! ».

Enrôlé aux Forces françaises libres dès le 6 juillet 1940 (numéro 596), Robert Galley participa activement à la Seconde guerre mondiale notamment au Gabon, dans l’Érythrée, en Syrie, en Égypte, en Libye, en Tunisie, puis en France en été 1944 pour reconquérir tout le territoire occupé, dans l’Orne, puis à Paris, puis Longjumeau, Massy, Antony, puis en Lorraine, en Alsace et enfin à Berchtesgaden, en Allemagne, le 4 mai 1945 (au nid d’aigle d’Hitler).

Au fil des batailles, il fut promu lieutenant puis placé à la tête d’une compagnie de chars. Le 24 mars 1945, De Gaulle le fit compagnon de la Libération tandis qu’il épousa (en 1960) l’une des filles du Général Leclerc dans la division duquel il combattit dès 1943.

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Ingénieur dans des secteurs-clefs de l’avenir industriel

Après la guerre, Robert Galley retourna à ses études pour devenir ingénieur dans le secteur énergétique. D’abord spécialisé dans le pétrole (au Maroc), il contribua ensuite, à partir de 1955 au sein du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), à la mise en place de la filière nucléaire de la France, en particulier en supervisant la construction de la centrale de Marcoule puis, en 1958, de Pierrelatte.

En 1966, il fut nommé Délégué général à l’informatique auprès de Georges Pompidou avant de présider l’année suivante l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA). Surnommé "Monsieur Calcul", Robert Galley avait initié un plan ambition de d’investissement en "calculateurs électroniques" dans toute la France : « Le gaullisme, c’est de rester fidèle à l’idéal et de savoir s’adapter aux situations nouvelles sans référence excessive au passé. ».


Une carrière politique très riche

Robert Galley entra par effraction dans la vie politique le 31 mai 1968, juste après le mois des contestations étudiantes, par la décision du Premier Ministre Georges Pompidou de le nommer Ministre de l’Équipement et du Logement dans son dernier gouvernement (il choisit alors Georges Pébereau pour diriger son cabinet).

Sans le savoir, il entama à 47 ans l’une des carrières ministérielles les plus longues de la Ve République (à l’instar de Robert Boulin et de Michèle Alliot-Marie), avec presque treize années au gouvernement sans discontinuité, sous trois Présidents de la République (jusqu’au 13 mai 1981). De nombreuses dépêches indiquent quatorze ans, ce qui est faux, reprenant sans doute l’erreur d’un seul et ne vérifiant rien.

C’est donc tout naturellement que Robert Galley s’engagea dans la bataille politique aux élections législatives qui suivirent la dissolution, en juin 1968, où il fut élu à Troyes, puis constamment réélu député de l’Aube jusqu’en juin 2002 (il avait alors 81 ans). Il fut même élu sénateur de l’Aube en septembre 1980 mais ne siégea que quelques jours au Sénat à cause de ses responsabilités ministérielles.

La victoire gaulliste de juin 1968 acquise, le Général De Gaulle n’avait pas l’intention de reconduire Georges Pompidou à Matignon et avait envisagé la désignation de Robert Galley. Finalement, c’est un autre ministre commis de l’État qui fut choisi, Maurice Couve de Murville et Robert Galley fut affecté du 12 juillet 1968 au 20 juin 1969 à la Recherche scientifique et aux Questions atomiques, sujets qu’il connaissait particulièrement bien pour raisons professionnelles.

De Gaulle parti, ses compétences furent sans arrêt louées par ses deux successeurs Pompidou et Giscard d’Estaing et utilisées aux Postes et Télécommunications (22 juin 1969 au 5 juillet 1972), aux Transports (6 juillet 1972 au 28 mars 1973), aux Armées (5 avril 1973 au 27 mai 1974), à l’Équipement (28 mai 1974 au 25 août 1976), à la Coopération (27 août 1976 au 22 décembre 1980) où il donna par sa présence la caution de la France à l’invraisemblable "sacre" de Jean-Bedel Bokassa, et enfin à la Défense (du 22 décembre 1980 au 13 mai 1981) où il succéda à Yvon Bourges.


Chiraquien par gaullisme

Après la victoire de François Mitterrand en 1981, Robert Galley a soutenu les ambitions présidentielles de Jacques Chirac, ce qui l’a amené à devenir trésorier du RPR entre 1984 et 1990 dans une période où Pierre Messmer présidait le groupe des députés RPR (entre 1986 et 1988). Jacques Chirac avait alors réussi à rassembler au sein du RPR tous les barons gaullistes qui avaient pourtant marqué beaucoup de réticence à son égard sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. C’est en raison de cette fonction de trésorier qu’il fut mis en examen en 1998 puis condamné en appel le 1er décembre 2004 à neuf mois de prison avec sursis pour complicité et recel dans l’affaire des emplois fictifs du RPR.


L'homme fort de Troyes

Son implication locale l’a conduit aussi à siéger au conseil général de l’Aube pendant presque vingt ans (mars 1970 à octobre 1988), et surtout pendant trente ans (1971-2001), au conseil municipal de Troyes dont il fut maire de 1972 (adjoint de mars 1971 à 1972) à juin 1995, date à laquelle il s’effaça au profit de François Baroin, jeune secrétaire d’État chiraquien de 30 ans, comme Jacques Chaban-Delmas s’était effacé à Bordeaux au profit d’Alain Juppé.

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Rober Galley conserva néanmoins la présidence de la communauté du Grand Troyes (crée le 23 décembre 1993 sous l’appellation féline : CAT, Communauté d’agglomération troyenne) qu’il abandonna seulement en mars 2001 (à l’âge de 80 ans).


Retraité mais toujours passionné

Robert Galley prit donc tout doucement sa retraite, d’abord en 1995 en renonçant à la mairie, en 2001 à la présidence du Grand Troyes et en 2002 en ne se représentant pas aux législatives après une longue carrière parlementaire et ministérielle. J’ajouterais toutefois que sa retraite politique définitive a eu lieu en 2004 avec le verdict en appel du procès sur les emplois fictifs du RPR.

Très sensibilisé aux thèmes environnementaux, l’un de ses derniers engagements comme parlementaire fut son combat pour prévenir des inondations. Il fut même nommé le 26 octobre 2001 président de la commission d’enquête sur les causes, les conséquences et la prévention des inondations.

Jusqu’à la fin de sa vie, Robert Galley avait gardé l’esprit encore alerte et une passion toujours aussi fraîche pour son dévouement patriotique et ne cessait de rappeler les heures sombres de 1940 et l’importance de revenir toujours aux fondamentaux. Il l’avait encore redit à Michel Colomès, journaliste du journal "Le Point", qui l’avait interviewé en avril 2012.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 juin 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’activité parlementaire et ministérielle de Robert Galley.
Interview au journal "Le Point".
Le gaullisme.
Général De Gaulle.
L’héritage politique de De Gaulle.
Georges Pompidou.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
François Baroin.

yartiGalleyR05
 

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/robert-galley-1921-2012-l-118222

 

 

 

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 07:28

Députée guyanaise depuis presque vingt ans, Garde des Sceaux depuis une semaine, "tombeuse" de Jospin en 2002, l’ancienne première vice-présidente du parti radical de gauche semble subir un baptême ministériel particulièrement odieux en cristallisant contre elle une haine disproportionnée à ses états de service.


yartiTaubira01Le 21 mai 2012, alors qu’elle visitait une prison, Christiane Taubira, nouvelle locataire de la place Vendôme, a salué quelques prisonniers. Pendant cette entrevue, l’un d’eux a pris la poudre d’escampette. Cette malencontreuse évasion va risquer de marquer longtemps son action de ministre à tel point que des humoristes ont déjà trouvé une jolie expression pour la désigner : "Taubira pas de fermer la porte" !

Le meilleur moyen de voir que des attaques sont ad nominem, c’est d’abord d’observer que l’on fustige une personnalité alors qu’elle n’a encore rien fait. C’est le cas de la numéro quatre du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Le 22 mai 2012 dans une conférence de presse, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, en passe de devenir le prochain patron de son parti grâce à l’horizon dégagé de l’échec présidentiel (prévu de longue date), a déclaré de manière très éloquente en direction de l’électorat du rassemblement bleu marine : « Quand on vote FN, on a la gauche et on a Taubira ! ».

Cette affirmation est à peine voilée d’un "antitaubirisme" primaire qui fait mal à entendre dans un pays aux valeurs républicaines.

Car qui est Christiane Taubira ? C’est la nouvelle Ministre de la Justice nommée le 16 mai 2012 par le nouveau Président. Elle a 60 ans, n'est pas très grande mais nourrit beaucoup de dynamisme et certains soupçonnent cependant qu’on l’aurait nommée à ce poste parce qu’elle serait d’abord une femme et en plus qu’elle ferait partie "d’une minorité visible", non, l’expression serait plutôt : qu’elle ferait partie de la "diversité" (mot sans vraiment de signification sinon d’un peu de coloration). Bertrand Delanoë et André Vallini convoitaient pourtant le poste (ce dernier s’y est préparé depuis une bonne décennie).

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Et c’est clair que les sites extrémistes y vont fort depuis quelques jours sur Internet pour houspiller celle qui est à l’origine de la loi 2001-434 du 10 mai 2001 qui rend l’esclavage crime contre l’humanité (et donc, jamais prescriptible). Son origine guyanaise et son militantisme dans les mouvements autonomistes n’ont pas dû arranger sa réputation auprès de ces soi-disant nationalistes bornés. Le racisme, la misogynie également, sont les renforts d’une opposition politisée déjà très accentuée.

Pourtant, Christiane Taubira n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler une égérie rouge. Au contraire, le FN devrait même lui ériger une statue pour avoir octroyé au vieux patriarche son ticket pour le second tour de l’élection présidentielle. En effet, avec 2,3% des voix, Christiane Taubira, candidate du parti radical de gauche de Jean-Michel Baylet, avait rassemblé 660 447 voix le 21 avril 2002, soit bien plus du triple que les quelques 194 601 voix qu’il a manqué à Lionel Jospin pour accéder au second tour.

Mais même au début de sa vie parlementaire (elle a été élue pour la première fois le 28 mars 1993 et a été réélue constamment jusqu’à maintenant), il serait difficile de la placer très à gauche : Christiane Taubira était une députée non inscrite et avait même voté la confiance au gouvernement d’Édouard Balladur. Quelques mois plus tard, elle a suivi Bernard Tapie et s’est retrouvée en quatrième position sur sa liste "Énergie radicale" aux élections européennes du 12 juin 1994. À partir de cette élection-là, elle a toujours été au PRG mais n’a pas hésité à soutenir Arnaud Montebourg dès le 14 décembre 2010 pour la primaire socialiste du 9 octobre 2011, ce qui lui a donné une certaine cohérence avec son "non" au référendum du 29 mai 2005 sur le Traité constitutionnel européen.

Bien que partie prenante de la campagne de Ségolène Royal après son ralliement à la candidate socialiste le 20 janvier 2007, Christiane Taubira aurait même résisté aux sirènes de l’ouverture sarkozyenne en mai 2007 puisqu’elle aurait été approchée, selon elle (sur RFO le 14 juin 2007), par le Président Nicolas Sarkozy pour faire partie du premier gouvernement de François Fillon.

Parce que le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé sur France 2 le 16 mai 2012 que les ministres qui seraient battus aux élections législatives des 10 et 17 juin 2012 ne seraient pas reconduits au gouvernement, c’est avec grand "courage" que Christiane Taurira, comme Najat Vallaud-Belkacem à Lyon, a décidé de renoncer à se présenter pour le scrutin législatif. On pourrait s’étonner que des ministres refusassent cette épreuve du feu, tout particulièrement pour une députée chevronnée (dix-neuf ans de mandats !) qui, c’est vrai, a été battue largement le 21 mars 2010 aux élections régionales en Guyane (elle a mené au second tour une liste d’union de la gauche qui n’a obtenu que 43,9% face aux 56,1% de la liste UMP).

Fait-elle partie des ministres exemplaires qui n’ont jamais été condamnés ? Pas forcément même si ce que la justice lui a reproché est mineur par rapport aux enjeux nationaux : elle a en effet été condamnée le 27 septembre 2004 par les prud’hommes de Paris pour licenciement abusif de son ancienne assistante parlementaire à lui payer quelques milliers d’euros d’indemnités supplémentaires.

Les enjeux nationaux sont très nombreux et la première loi qu’elle va probablement soumettre dès l’été à la nouvelle Assemblée Nationale (sous réserve d’avoir une majorité parlementaire), c’est une nouvelle loi sur le harcèlement sexuel et moral, étant donné que l’ancienne vient d’être annulée le 7 mai 2012 par le Conseil Constitutionnel en raison de son imprécision (via une question prioritaire de constitutionnalité).

Christiane Taubira a publié le 18 mars 2012 son cinquième essai : "Mes météores : combats politiques au long cours" (éd. Flammarion). Dans le sens figuré, météore se rapporte aussi à une « personne qui brille d’un éclat très vif mais passager » (Petit Larousse). Serait-ce son cas ?

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Il semble en tout cas probable que celle qui va s’occuper des réformes sur la justice sera surtout sa ministre déléguée. Delphine Batho, 39 ans, ancienne proche de Julien Dray et dauphine de Ségolène Royal dans sa circonscription de Melle, en cours de déménagement de son appartement parisien, ne manque en effet ni d’énergie ni d’ardeur et promet déjà une belle trajectoire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mai 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Présidence Hollande.
Le gouvernement Ayrault.
Vous avez dit "races" ?

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/christiane-taubira-ministre-117286

 

 

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 06:58

La personnalité politique qui monte en ce moment est une trentenaire qui a déjà une belle expérience ministérielle, qu’elle vient d’interrompre.


yartiNKMA01Le choix, plutôt étonnant, a de quoi déconcerter les plus fidèles lieutenants du Président. Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) a été nommée le samedi 18 février 2012 porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy.

Pour cette raison, elle vient de démissionner du gouvernement ce mercredi 22 février 2012, dans la soirée. La passation des pouvoirs est prévue le lendemain à onze heures à Matignon, puisque c’est le Premier Ministre lui-même qui assurera l’intérim de son grand Ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement qu’elle avait "hérité" de Jean-Louis Borloo le 14 novembre 2010.

Numéro trois du gouvernement (juste après les deux poids lourds politiques François Fillon et Alain Juppé), première femme du gouvernement, cette chiraquienne de 38 ans a sans aucun doute un grand avenir politique, quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle de 2012.

Positionnée à l’aile gauche de l’UMP (l’aile du gaullisme social), favorable à un "front républicain" pour barrer la route à un candidat du FN, elle a publié le 9 juin 2011 un livre pour s’opposer magistralement aux idées de Marine Le Pen, "Le front antinational" (éd. du Moment) qui a cependant fait un "flop" éditorial.

Depuis un an, elle organise des colloques avec son think tank (club de réflexion) Action Durable Novatrice (ADN) qu’elle a créé.

Revenons plus précisément à sa trajectoire.

NKM est une jeune femme qui a en effet beaucoup pour elle : classes préparatoires à Louis-le-Grand, X (Polytechnique), ingénieure des eaux et forêts, députée à 29 ans (suppléante de l’UDF Pierre-André Wilzer), secrétaire d’État à 34 ans (à l’Écologie puis à l’Économie numérique), mariée à l’ancien maire socialiste de Villefontaine (dans le Nord-Isère) et mère de deux enfants (6 ans et 2 ans).

Elle est aussi la sœur aînée de Pierre, HEC, patron et cofondateur du site PriceMinister, la fille de François, polytechnicien et IEP, maire RPR de Sèvres, la petite-fille de Jacques, normalien, membre du Conseil d’État, universitaire, ambassadeur (il fut directeur de cabinet de Léon Blum, Vincent Auriol et Félix Houphouët-Boigny) avec qui elle a beaucoup discuté de politique lorsqu’elle habitait chez lui étudiante et aussi l’arrière-petite-fille d’André Morizet, qui fut le sénateur-maire SFIO de Boulogne-Billancourt (dont le père fut maire-adjoint de Reims). La chanteuse Karen Cheryl est une cousine de François Kosciusko-Morizet.

yartiNKMA02Issue donc d'une vieille famille très implantée politiquement, dotée de brillants diplômes, elle fait aussi partie de cette nouvelle génération de femmes politiques comme Chantal Jouanno, Rama Yade, Rachida Dati, mais aussi, à gauche, comme Clémentine Autain, Aurélie Filippetti, Delphine Batho ou Najat Vallaud-Belkacem qui sont à la fois des femmes ambitieuses et des femmes tout court, éventuellement des mères.

NKM l’avait déjà annoncé tout net dans son essai "Tu viens ?" (éd. Gallimard) sorti le 29 octobre 2009 : son ambition est d’être Présidente de la République ! Presque plus ambitieuse que Jean-François Copé qui attend pourtant son tour pour 2017 (l’homme aura alors 53 ans). Elle, serait-ce pour 2027 ? Sûrement pas : en 2017, NKM aura 44 ans, pas si loin de Valéry Giscard d’Estaing, élu à 48 ans en 1974.

Georges Tron (ancien ministre accusé dans une affaire de mœurs), patron de la fédération UMP de l’Essonne, craignait ses manœuvres de déstabilisation (elle est depuis le 16 mars 2008 maire de Longjumeau, dans l’Essonne), et sa faible implication aux élections régionales de mars 2010 (elle était tête de liste UMP dans l’Essonne) avait un peu déçu Valérie Pécresse, l’actuelle Ministre du Budget qui fut la patronne de l’UMP pour les régionales en l’Île-de-France.

Son écologisme lui vient de sa première mission : « J’étais haut fonctionnaire à Bercy en charge des dossiers environnement sous Jospin et je voyais Dominique Voynet, Ministre de l’Écologie, perdre systématiquement ses arbitrages pour des raisons politiciennes. L’usine de phosphates de Fabius, je l’ai encore en travers de la gorge ! ».

Son plus beau bébé politique, c’est la Chartre de l’environnement, dada de Jacques Chirac, dont elle fut la rapporteuse le 1er mai 2004.

Le 14 mai 2010 (jour de son anniversaire), Nathalie Kosciusko-Morizet était l’invitée de l’émission de LCP au titre très impudique "Déshabillons-les !". Elle était interrogée par la sémillante journaliste Hélène Risser, qui était chroniqueuse à l’époque de l’émission "Arrêt sur Image" présentée par Daniel Schneidermann sur France 5. L’émission de LCP a pour but d’analyser avec l’invité politique ses déclarations, ses images, son comportement. Décrypter sa communication politique.

Elle est habillée très classique avec un chignon très "Simone Veil". Elle aime les vêtements originaux mais avoue qu’en tant que ministre, elle ne peut pas porter de chemisiers trop transparents ou de robes trop courtes (qui lui iraient pourtant bien).

Ce qui est appréciable en elle, c’est qu’elle est très sincère dans ce qu’elle dit. Plus authentique que spontanée, d’ailleurs. Elle dit honnêtement et simplement qu’il y a un équilibre entre le discours réfléchi et calculé qui peut aller jusqu’à la langue de bois et le discours spontané qui peut choquer là où l’on ne s’attend pas (Elle avait effectivement choqué en lâchant un « c’est gonflé ! »).

Elle explique que certains mots peuvent faire sens et être très mal interprétés, si bien qu’il ne faut pas reprocher aux personnalités politiques de préparer leurs phrases, car avec Internet, le buzz peut aller vite sur une petite maladresse de vocabulaire.

Évidemment, tarte à la crème des interviews de femmes politiques, la perpétuelle question sur comment gérer à la fois la femme et mère et la femme politique. Et Nathalie Kosciusko-Morizet est assez ferme sur le sujet quand elle doit "subir" la pseudo-analyse d’une psychologue de pacotille qui cherche à trouver des significations là où il n’y en a pas.

Par exemple, cette psy reprochait à NKM d’aller au marché le dimanche matin avec son fils qui, donc, serrerait déjà les mains. NKM trouve cette réflexion d’autant plus stupide que le fils en question avait à l’époque 3 ans et dit qu’elle fait simplement ce que font toutes les mères, elles emmènent leurs gamins quand elles vont au marché.

Cette psy lui reprochait aussi d’avoir accepté de répondre à une interview sur sa gestion du temps entre mère et ministre. Là encore, NKM dit qu’elle s’était prêtée au jeu car sa vie fait sens à beaucoup de femmes qui travaillent, même si elle aurait pu effectivement répondre que c’était une question qu’on ne pose pas aux hommes. Elle ajoute en plus que cette interview était très particulière dans le cadre d’une rencontre sur les femmes (dans "Pluriel", il me semble, je ne sais plus).

Pareil dans sa relation avec la publicité concernant sa vie privée. Elle a refusé de montrer ses enfants et son mari, mais l’émission dévoile cependant deux photos de "Paris Match" (ou une revue du même genre) dont l’une est franchement ridicule, allongée comme dans une toile au milieu de la verdure avec une longue robe. Et son profil FaceBook et Twitter turbinent à plein pot.

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Sur Twitter (elle a maintenant près de cent vingt mille abonnés), elle n’a écrit que deux ou trois phrases personnelles qui sont (hélas pour elle) sans arrêt reprises (écrites pendant les vacances) alors que le reste de ses milliers messages sont politiques.

On lui a reproché d’avoir annoncé sa seconde grossesse sur FaceBook le 22 avril 2009 : « Alors, voilà, c’est vrai, je suis enceinte. Mon mari et moi sommes très heureux. J’accoucherai cet été. ». Là, elle doit encore dire qu’au moment où, effectivement, cela commençait à se voir, beaucoup de rumeurs bruissaient, des journaux qu’elle ne connaissait pas comme "Voici" ou "Gala" l’avaient placardée en couverture avec des titres affabulateurs. Bref, elle avait trouvé plus intelligent de couper l’herbe sous le pied de ces journaleux en communiquant elle-même sur sa grossesse une fois pour toute.

Nathalie Kosciusko-Morizet a gagné ses premiers galons en politique et en popularité le 8 avril 2008 lorsqu’elle a jeté un froid dans la majorité en évoquant « un concours de lâcheté et d'inélégance » de Jean-Louis Borloo et Jean-François Copé lors du vote raté de la loi sur les OGM : « J’en ai marre d’être confrontée à une armée de lâches ! ». L’affaire s’est enflée médiatiquement sans qu’elle n’ait pu rien contrôler et elle a dû finalement faire des excuses publiques à Jean-François Copé.

L’image est alors sans complaisance. On la voit à la sortie d’une réunion UMP encadrée par les deux chiens de garde du parti, Xavier Bertrand et Patrick Devedjian, comme si elle était en liberté surveillée. Aujourd’hui, NKM n’hésite plus à dire qu’elle était nulle et que cette déclaration était très langue de bois, mais elle raconte que son communiqué d’excuse a été rédigé de nombreuses fois (il y a des restes d’anciennes versions sur son ordinateur) et qu’on serait bien étonné sur ce qu’elle avait écrit au début.

Du coup, c’est un peu normal de voir une solidarité pas seulement féminine mais aussi politique avec Chantal Jouanno quand celle-ci s’est dit désespérée que Nicolas Sarkozy ait renoncé à la taxe carbone il y a deux ans. Elle aussi a subi les foudres présidentielles pour s’être un peu écartée du béniouiouisme.

De modèle, NKM n’en a pas car il y a une « insignifiance historique des femmes » mais elle apprécie Antigone car elle est démunie et seule à défier le pouvoir, à cela près qu’elle, elle ne veut pas mourir à la fin. Elle, elle veut gagner…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 février 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sarkozy candidat.
NKM veut être Présidente.
NKM annonce sa grossesse.
Une photographie un peu trop idyllique.
Blog de NKM.
Fondation ADN.

yartiNKMA04
 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nkm-une-antigone-qui-veut-gagner-110976

 

 

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 07:18

Le service de l’État comme religion, la nation comme Dieu, De Gaulle comme prophète, Michel Debré fait partie des plus proches disciples du gaullisme, passionné mais peu aimé, ardent défenseur de la natalité et d’un souverainisme libéral qui croyait au mythe de la France superpuissance mondiale hors de l’Europe. Première partie.


yartiDebreMichel10001Dimanche 15 janvier 2012 sera célébré le centième anniversaire de la naissance de Michel Debré, mort le 2 août 1996. Personnage majeur de la vie politique française, homme d'État, académicien, haut fonctionnaire, Michel Debré a été Premier Ministre et candidat à l’élection présidentielle, ce qui constitue les deux positions les plus importantes depuis 1958.

À l’instar des Jeanneney, des Joxe, ou des Cot, Michel Debré est issu d’une grande famille qui a donné à la France beaucoup de médecins, scientifiques, hommes politiques, à commencer par son illustre père, Robert Debré (1882-1978), fondateur de la pédiatrie mondiale, à l’origine des CHU et précurseur de l’INSERM, son frère Olivier Debré (1920-1999), peintre, son cousin, le grand mathématicien Laurent Schwartz (1915-2002), et aussi ses enfants, deux anciens ministres, Bernard Debré (67 ans), urologue et député de Paris, et Jean-Louis Debré (67 ans), ancien Président de l’Assemblée Nationale et actuel Président du Conseil Constitutionnel, ainsi qu’une belle-fille, Isabelle Debré (54 ans), qui a été réélue sénatrice des Hauts-de-Seine le 25 septembre dernier.

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Le 27 février 1976, Bernard Pivot avait même réuni sur son plateau de l’émission "Apostrophes" les trois générations Debré : Robert Debré, Michel Debré et François Debré, un fils journaliste (futur prix Albert-Londres) et écrivain, tous les trois auteurs de livres qui venaient d’être publiés. J’ai dû regarder cette émission lorsqu’elle fut rediffusée le 11 août 1978 à l’occasion de la disparition de Robert Debré quelques mois auparavant.

Un peu comme plus tard Dominique de Villepin avec son discours à l’ONU, l’action marquante de Michel Debré restera la rédaction de la Constitution de la Ve République, avant d’avoir été nommé à Matignon.


Une instruction républicaine

Né à Paris mais basé familialement en Indre-et-Loire, Michel Debré fit ses études à l’école laïque, fut marqué par les leçons de morale du "Tour de France par deux enfants" et influencé par "Les Catilinaires" de Cicéron.

Après être passé par Montaigne puis Louis-le-Grand, diplômé de l’école qui est devenue, par lui, Science Po Paris, Michel Debré a passé le 1er mars 1934 sa thèse de doctorat en droit sur "L’artisanat, classe sociale. La notion d’artisan, la législation artisane" (éd. Dalloz, 1934), comme plus tard son fils Jean-Louis (futur juge d’instruction).

Brillant élève, il intégra la même année sur concours le Conseil d’État, le plus prestigieux des corps de l‘État, ce qui lui valut un cadeau très précieux de la part de son père, un livre d’Ernest Renan "Qu’est-ce qu’une nation ?" issu de sa conférence à la Sorbonne du 11 mars 1882 : « L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une communauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister. » (éd. Presses pocket).


Haut fonctionnaire et résistant

Michel Debré entra au cabinet de Paul Reynaud, Ministre des Finances, en novembre 1938 comme chargé de mission devant mettre en application de la législation sur les 40 heures. C’était sa première expérience politique et le début d’une longue carrière.

yartiDebreMichel10003Pendant la guerre, après sa mobilisation comme lieutenant de cavalerie (il était sorti major de l’École de cavalerie de Saumur lors de son service militaire en 1932) et son évasion après avoir été fait prisonnier, il resta haut fonctionnaire et fut promu, le 4 août 1942, maître des requêtes au Conseil d’État, nomination qui lui rendait nécessaire de prêter serment au maréchal Pétain.

Cependant, dès février 1943, il décida de s’engager dans la Résistance (sous les noms de Fontevrault et François Pierre Jacquier) et devint commandant aux Forces françaises combattantes du 15 juin 1943 au 30 septembre 1944. On peut imaginer à quel point il est difficile pour un grand commis de l’État, passionné par le service de son pays, de devoir choisir de désobéir à l’État parce que le pouvoir politique ne correspondait plus aux valeurs associées à la nation.

De Gaulle profita de ce brillant collaborateur de 31 ans pour construire un réseau de préfets et préparer la structure administrative de la France libre qui fut mise en place dès août 1944. À l’époque, il y avait un triple risque : que la France fût sous administration américaine ; que les communistes, bien structurés, s’emparassent des principaux postes ; ou encore que les anciens hauts fonctionnaires fidèles à Pétain restassent en place faute de compétences.


Rencontre avec De Gaulle

La première rencontre de Michel Debré avec De Gaulle fut à Laval le 22 août 1944 : « Une voiture s’avance. Une grande silhouette en sort. Je m’approche et j’entends sa voix : Bonjour monsieur Jacquier. Mon cœur s’arrête, je suis heureux. ».

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Dans son livre "La République et son pouvoir" (éd. Nagel, 1950), Michel Debré livra ainsi sa vision de la situation : « La France est sortie d’un océan de catastrophes sans être asphyxiée ; de l’enfer elle est sortie libre ; d’une maladie qui était mortelle elle est revenue comme d’un long évanouissement. La France, pour ce miracle n’a aucune dette vis-à-vis du régime qui s’est effondré en 1940, ni de l’ersatz de régime qui a suivi. La France le doit, pour ne parler que des Français, à un général, à ses compagnons, à la France libre et combattante, à la forte et populaire Résistance. ».

Il décrivit également sa jeune génération : « Alors que, dans l’histoire d’un pays, la plupart des générations reçoivent toujours de leur patrie plus qu’elles ne peuvent lui donner, il en est d’autres à qui revient la charge de porter dans leurs bras, comme un enfant blessé, la patrie épuisée. La génération qui monte en France est de celles qui sont marquées de cet insigne destin. Elle ne peut lui échapper. » ("Refaire la France", éd. Plon, 1944, sous le pseudonyme de Jacquier avec Emmanuel Monick, gouverneur de la Banque de France et futur patron de ce qui deviendra Paribas).


Jeune préfet et père de l’ENA

Michel Debré fut brièvement commissaire de la République de la région d’Angers (l’équivalent de préfet de région) : « À le voir si jeune [32 ans] et si actif dans le grand bureau de la Préfecture où il nous reçoit, sa porte est ouverte à tous, on ne peut manquer d’évoquer les grandes figures des jeunes conventionnels qui firent la Ire République et dont il est à coup sûr le descendant et le continuateur. » (Ouest-France, 1944).

En 1945, Michel Debré fut rattaché auprès de De Gaulle comme chargé de mission dans son cabinet et fut le réel liquidateur du régime de Vichy et, avec le concours de Jean-Marcel Jeanneney (récemment disparu), le créateur de nouveaux outils pour le service de l’État : la nationalisation de son ancienne école en plusieurs IEP (Instituts d’études politiques) décentralisés et la fondation de l’École nationale d’administration, l’ENA (ordonnance du 9 octobre 1945), qui allait créer jusqu’à aujourd’hui toute l’élite dirigeante du pays (politique et économique). L’une des motivations de Michel Debré était d’ailleurs (avec Jean-Marcel Jeanneney), d’inclure dans le cursus une formation en économie, ce qui était très novateur.


Acteur politique

La débordante envie d’agir l’incita à s’engager également dans la vie politique. Après son départ de janvier 1946, De Gaulle lui conseilla de se rapprocher des radicaux : « Allez au Parti radical, Debré. Vous y trouverez les derniers vestiges du sens de l’État. ».

Il fut battu aux élections législatives du 10 novembre 1946. Après la création du RPF, ce fut sous cette étiquette que Michel Debré fut finalement élu sénateur d’Indre-et-Loire le 7 novembre 1948 puis le 19 juin 1955 (très exactement, membre du Conseil de la République, l’équivalent du Sénat sous la IVe République). Il s’inscrivit au groupe radical du Sénat (futur Gauche démocratique et RDE) jusqu’au 11 août 1951, date de la création du groupe RPF. En juillet 1955, il fut naturellement désigné comme président du groupe des Républicains sociaux (ex-RPF).

Pendant ces dix années (1948 à 1958), au sein de deux commissions (affaires étrangères et suffrage universel), Michel Debré utilisa pleinement son mandat de parlementaire comme une tribune pour s’opposer résolument aux combinaisons politiciennes qu’imposait la Constitution du 27 octobre 1946 et militer en faveur du retour de De Gaulle au pouvoir.


Parlementaire assidu de l’opposition

Parallèlement aux institutions, l’autre sujet qui tenait très à cœur le parlementaire Michel Debré, c’était l’Algérie qu’il souhaitait maintenir sous l’autorité française et il considérait que les gouvernements n’étaient pas assez fermes dans cet objectif.

Il fut très réticent vis-à-vis de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier, germe de l’Union Européenne), voulant la conditionner à la situation de la Sarre et la canalisation de la Moselle, et s’opposa fermement à la CED (Communauté européenne de défense) qui ne vit jamais le jour après d’âpres débats parlementaires.

Il suivit également avec beaucoup attention la réforme administrative dont il était l’auteur et en particulier, le système de recrutement dans la haute fonction publique par l’ENA (question orale n°114 du 28 février 1950), et il demanda à plusieurs reprises la suppression de l’examen du baccalauréat (entre autres, proposition du 22 novembre 1949).

Marque de son amour pour la République, il proposa par ailleurs d’ériger une statue de Léon Gambetta (fondateur de la IIIe République) au rond-point de La Défense (11 mars 1954).

En juillet 1955, Michel Debré rédigea le rapport sur la résolution adoptée à l’Assemblée Nationale le 24 mai 1955 (404 pour et 210 contre) qui avait pour but de poser le principe d’une révision de la Constitution (base juridique aux pleins pouvoirs de De Gaulle du 3 juin 1958) : « Les articles 17, 49, 50, 51 et 90 de la Constitution seront soumis à révision. Le titre VIII de la Constitution [sur l’Union française] sera soumis à révision. Les dispositions visées aux alinéas précédents pourront faire l’objet de rapports et de votes distincts. ».

Cette résolution a été adoptée par le Sénat le 19 juillet 1955 (245 pour et 70 contre) associée à cette motion (202 pour et 107 contre) : « Le Conseil de la République, conscient de l’urgente nécessité de procéder à la révision constitutionnelle, demande à l’Assemblée Nationale d’examiner par priorité la modification de l’article 90 afin de simplifier la procédure de révision. ».


Le retour du Général De Gaulle

Peu investi dans les structures du RPF et en désaccord avec la tactique de De Gaulle (il considérait comme Jacques Chaban-Delmas à la chambre des députés qu’il fallait jouer le jeu des institutions de la IVe République pour instaurer une nouvelle république), il s’est beaucoup investi à partir de 1953 à rassembler tous les gaullistes "orphelins", en organisant notamment des déjeuners réguliers à la Maison de l’Amérique latine avec Jacques Chaban-Delmas, Jacques Soustelle, Georges Pompidou, Jacques Foccart, Olivier Guichard et Roger Frey. Il fut même très actif pour créer les conditions du retour de De Gaulle lors de l’impuissance politique consécutive aux "événements" en Algérie.

Après la crise du 13 mai 1958 (voir notamment ici), De Gaulle forma le dernier gouvernement de la IVe République le 1er juin 1958 et appela Michel Debré au Ministère de la Justice qui pouvait déjà profiter de ses grandes compétences juridiques et d’une expérience parlementaire très féconde.

Le 2 juin 1958, il intervint au Sénat en tant que Garde des Sceaux pour défendre le projet de loi relatif à l’octroi des pleins pouvoirs au gouvernement (loi constitutionnelle du 3 juin 1958).


Dans une deuxième partie, j’évoquerai la partie la plus connue de son parcours, à savoir, la grande implication de Michel Debré dans la rédaction de la Constitution de la Ve République.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 janvier 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Apostrophes" avec les trois Debré du 27 février 1976 (vidéo INA).
De Gaulle.
Le gaullisme.
Le retour de De Gaulle.
Jean-Marcel Jeanneney.
Jacques Chaban-Delmas.
Georges Pompidou.

Sources documentaires du Sénat et de l’Assemblée Nationale.

À l’occasion du centenaire de Michel Debré, La Chaîne Parlementaire diffusera le film documentaire "Michel Debré, le dernier des gaullistes" d’Albert du Roy et de Jacques Morhan réalisé par Frédéric Le Clair le vendredi 13 janvier 2012 à 21h00, film qui sera rediffusé le dimanche 15 janvier 2012 à 01h00 et le mardi 17 janvier 2012 à 19h30.

yartiDebreMichel10009

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/michel-debre-l-inspirateur-107951

 

 

 

 

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 10:44

Né le 23 janvier 1922 à Paris, Pierre Lefranc, ancien réésistant, fut l'un des derniers survivants des barons du gaullisme. Le 11 novembre 1940, il a manifesté à Paris sur les Champs-Élysées contre l'occupant nazi. Après une arrestation et une évasion, il a rejoint la Résistance et rencontré De Gaulle à Gibraltar qui lui asséna : « Vous en avez mis, du temps, à venir ! Il nous reste beaucoup à faire. ». Il l'accompagna à Londres. Sorti de Saint-Cyr, il participa à la Libération de Paris puis alla jusqu'en Allemagne.

Pierre Lefranc fut ensuite proche collaborateur de De Gaulle, devenant son chef de cabinet à Matignon en 1958 puis conseiller à l'Élysée jusqu'en 1963 où il fut nommé préfet de l'Indre. Directeur de campagne de De Gaulle à l'élection présidentielle de 1965, Pierre Lefranc a organisé avec Pierre Juillet et Jacques Foccart la contre-manifestation du 30 mai 1968 après avoir pris la présidence de la Sofirad.

Pour illustrer la grande proximité avec De Gaulle, il faut rappeler par exemple que Pierre Lefranc fut chargé par Philippe De Gaulle (le fils de De Gaulle) d'aller transmettre le testament de De Gaulle au lendemain de sa disparition au Président Georges Pompidou. Il se consacra alors à l'Institut Charles De Gaulle qu'il créa avec André Malraux et essaya de défendre les valeurs du gaullisme.

Reprochant à Jacques Chirac le quinquennat et à Nicolas Sarkozy sa manière de gouverner, il a même soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement à l'élection présidentielle de 2002 et a signé l'appel républicain dans "Marianne" contre le Président Nicolas Sarkozy le 16 février 2008 aux côtés de François Bayrou, Jean-Pierre Chevènement, Ségolène Royal, Nicolas Dupont-Aignan, Dominique de Villepin, Bertrand Delanoë, Jean-Christophe Lagarde, Arnaud Montebourg, etc.

Le 7 janvier 2012, Pierre Lefranc est mort au Val de Grâce deux semaines avant ses 90 ans.

Sylvain Rakotoarison

 

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 07:19

Au Parti socialiste, il y a les "éléphants", qui concourent dans la cour des grands (aujourd’hui : Hollande, Aubry et Royal)… et les "jeunes lions", selon l’expression d’Arnaud Montebourg réélu de justesse député en juin 2007 et prêt à rénover le PS de l’intérieur.

yartiValls01Depuis qu’il est dans la "politique active" sur le plan national (2001), j’ai toujours "suivi" avec beaucoup d’intérêt le parcours du député-maire d’Évry, Manuel Valls. Je ne dis pas "jeune" député-maire, car on peut imaginer qu’à presque 49 ans (le 13 août prochain), on n’est plus tout jeune même si c’est une génération qui doit attendre que la précédente arrive au pouvoir, celle des François Hollande, Martine Aubry ou Ségolène Royal.

Cette génération, c’est celle de Vincent Peillon, Arnaud Montebourg ou encore Harlem Désir. Elle est en attente de responsabilités mais leurs aînés, privés de pouvoir depuis dix ans, en sont au même point. En cas d’échec du PS en 2012, un saut de génération va se faire inévitablement. D’autant plus qu’en face d’eux, ils auront affaire à des François Baroin, des Jean-François Copé, des Bruno Le Maire, des Xavier Bertrand qui ne seront pas inactifs dans le prochain quinquennat, quelle que soit l’issue de 2012.

Mais dès aujourd’hui, Manuel Valls est candidat à la primaire des socialistes pour l’élection présidentielle de 2012. Ce n’est pas rien !


Une ambition très précoce

Manuel Valls s’est engagé au PS dès l’âge de 17 ans pour soutenir la Nouvelle gauche de Michel Rocard. C’était l’époque du fameux congrès de Metz qui vit la victoire de François Mitterrand sur Michel Rocard.

S’il n’a pas voté pour François Mitterrand le 10 mai 1981, c’est surtout parce qu’il n’a acquis sa nationalité française qu’en 1982. Notons en passant que si la primaire socialiste de 2011 avait eu lieu en 1979 ou 1980 pour départager Mitterrand et Rocard, Manuel Valls, bien que de nationalité espagnole, aurait pu participer au vote.

Cette citoyenneté très récente ne l’a pas empêché de s’investir politiquement au sein du Parti socialiste. Attaché parlementaire de 1983 à 1986 du député rocardien Robert Chapuis (PS) qui fut ensuite nommé dans le gouvernement Rocard de 1988 à 1991, Manuel Valls fut élu conseiller régional d’Île-de-France à l’âge de 23 ans et a été membre de cette instance pendant plus de vingt ans, de mars 1982 à novembre 2002, ce qui lui a assuré un revenu pour son activité politique. De 1998 à 2002, il fut d’ailleurs nommé premier vice-président du Conseil régional auprès de Jean-Paul Huchon, ancien directeur de cabinet de Michel Rocard à Matignon.

Son implantation dans le Val-d’Oise ayant échoué (il a été adjoint au maire d’Argenteuil de 1989 à 2000 et a été laminé dès le premier tour aux législatives de juin 1997 pourtant favorable au PS), il intégra les coulisses du pouvoir en devenant le conseiller en communication de Lionel Jospin à Matignon.

Ce qui lui a permis de rebondir dans la ville d’Évry par un parachutage plutôt réussi même s’il était sans trop d’incertitude : élu maire en mars 2001 puis député en juin 2002, il a été réélu en juin 2007 et en mars 2008 avec de bons scores, cumulant aux dernières municipales la présidence de la communauté d’agglomération de Évry Centre Essonne.

En avril 2002, il s’était tu par égard pour Lionel Jospin et regrette aujourd’hui de ne pas avoir suivi Vincent Peillon et Arnaud Montebourg dans leur demande de "rénovation" du PS.

Ce n’est qu’à partir de 2007 qu’il a adopté également cette attitude de défiance vis-à-vis d’abord de François Hollande puis de Martine Aubry, tous les deux successivement à la tête du PS. En 2006, il avait fait campagne en faveur de Ségolène Royal et l’a soutenue également pour le congrès de Reims en novembre 2008, jusqu’à menacer de déposer plainte contre ses camarades pro-Aubry soupçonnés de fraudes massives.


Animal politique et solitaire

Comme on le voit, Manuel Valls n’a jamais fait que de la politique comme beaucoup d’autres personnalités politiques très passionnées et très ambitieuses.

Depuis le 13 juin 2009, Manuel Valls roule même pour lui-même, annonçant sa candidature à la primaire socialiste sous réserve que Dominique Strauss-Kahn ne soit pas candidat. Candidature qu’il confirme donc le 7 juin 2011 après le début de l’affaire DSK au Sofitel de New York.

Son objectif, évidemment, n’est pas d’être le candidat socialiste en 2012 (les sondages lui donnent peu de chance de gagner la primaire, autour de 5%) mais d’être celui qui conduira les couleurs de la gauche gouvernementale en 2017. Une ambition assez parallèle à celle de Jean-François Copé et dont la "providence" proviendrait plus facilement de… l’échec de leur propre camp en 2012 !


Manuel Valls et l’Europe

Manuel Valls pourrait apparaître comme le symbole de l’aile droite du PS, la strauss-kahnienne, celle de Delors et de Rocard, celle qui est raisonnablement pro-européenne et favorable à l’économie de marché. Pourtant, paradoxalement, il avait pris position contre le Traité pour une Constitution européenne lors du référendum interne au PS du 1er décembre 2004. Une position d’ailleurs transformée en campagne référendaire pour le "oui" par discipline au parti.

Tant sa position d’origine (contre le TCE, ce qui semble assez étonnant) que son retournement complet (campagne en faveur du TCE pour le 29 mai 2005) montrent apparemment que Manuel Valls ne semble pas avoir une colonne vertébrale très affirmée sur un corps d’idées politiques même si son positionnement s’est stabilisé clairement en faveur de la construction européenne.

Le 4 février 2008, en tant que parlementaire, Manuel Valls a voté favorablement au Traité de Lisbonne et dès le 16 mai 2010, il a souhaité plus de gouvernance européenne, celle que propose la règle d’or budgétaire : « Dans le monde tel qu’il est, qui a besoin de grands ensembles, on a besoin davantage d’intégration de nos politiques économiques, davantage de coordination, c’est vrai sur le plan monétaire, c’est vrai sur le plan budgétaire et c’est vrai sur le plan fiscal. ».

Discipliné par ambition, capable de changer diamétralement de position, Manuel Valls a considéré que le sujet du TCE était mineur, probablement par rapport à ses objectifs personnels. Entre conviction et ambition, la balance paraît avoir déjà confirmé son penchant.


Manque de lisibilité

Et c’est sans doute sur ce registre que Manuel Valls est le plus critiquable. Certes, on peut dire qu’il a le courage de mettre sur la table quelques (bons) sujets politiques (un peu à la manière de Nicolas Sarkozy et de Jean-François Copé). Mais j’ai l’impression qu’il ne s’agit, chaque fois, que de quelques coups politiques, de singularités socialistes, dont le seul but, à peine caché, est de faire parler de lui.

Ainsi, il a tout un catalogue à la Prévert de positions qui détonent dans le paysage socialiste.

Favorable à la réforme des retraites (en tout cas, au principe du rallongement de la durée des cotisations et à la fin des régimes spéciaux), Manuel Valls n’hésite pas se référer à Bill Clinton ou à Tony Blair pour essayer d’entraîner ses amis socialistes dans le refus de l’assistanat, la remise en cause des 35 heures, et la convergence avec la pensée libérale tout en prônant l’augmentation de la TVA (impôt généralement considéré comme injuste pour les bas revenus).

Partisan du tout nucléaire, des expérimentations OGM et de tout ce que la technologie peut apporter à l’humain et à l’économie (Évry accueille depuis une dizaine d’années le Génopole, premier bioparc en génie génétique), Manuel Valls n’a cessé de prendre des positions plutôt conservatrices. Ainsi, il est totalement contre la dépénalisation du cannabis comme le proposent ses amis socialistes Daniel Vaillant et Julien Dray.

Très ambiguë également, sa position sur la laïcité : Manuel Valls a ferraillé contre une supérette pour qu’elle ne propose pas uniquement des aliments hallal (dans un quartier où il y avait beaucoup de demande hallal) mais il souhaite une révision de la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité. Même Nicolas Sarkozy n’avait pas osé le proposer mais visiblement, pour Manuel Valls, rien non plus n’est tabou. Il a donc dû être heureux que l’UMP ait organisé un débat sur l’islam qui est devenu un débat sur la laïcité après de vives protestations internes à l’UMP.

Son point de vue peut se comprendre mais risque d’être un peu trop naïf par rapport à un sujet ultra-brûlant : « Voilà un beau moyen de remettre l’idéal laïc au cœur de la société française et d’en faire une valeur partagée ! ». Même si elle a ses imperfections, la loi de 1905 est devenue une référence quasi-sacrée et ouvrir la boîte de Pandore serait, à mon sens, une véritable faute politique qui enflammerait une fois encore, et tout aussi inutilement, un pays qui a toujours eu beaucoup de mal à trouver un équilibre entre les cultes et l’État.


Guéguerre avec la direction du PS

Toutes ces positions très tranchées semblent avoir énervé entre autres Martine Aubry qui, du coup, a osé lui envoyer le 14 juillet 2009 une missive très désagréable pour lui dire de rentrer dans le rang ou d’en sortir complètement. La première secrétaire du PS a eu effectivement des mots assez durs : « On ne peut utiliser un parti pour obtenir des mandats et des succès, en s’appuyant sur la force et la légitimité d’une organisation collective, et s’en affranchir pour exister dans les médias à des fins de promotion personnelle. On n’appartient pas à un parti pour s’en servir mais pour le servir. ».

La logique aurait dû être sa démission du PS et la mise en place d’un nouveau parti, un équivalent de droite de ce qu’a fait Jean-Luc Mélenchon. Mais c’est oublier un peu trop vite à quel point le PS est une famille sociale très forte qui lie très solidement ses membres : ni Ségolène Royal (qui avait pourtant les moyens de transformer ses "Désirs d’avenir" en parti politique), ni Dominique Strauss-Kahn (qui aurait eu intérêt à quitter le PS pour proposer une union avec le centre et la gauche) n’ont jamais songé à quitter le PS.

Évidemment, ce n’est pas le soutien de Jean-Noël Guérini au sein du PS qui pourrait lui être d’une grande aide. Depuis ces deux années d’électron libre (alors qu’avant, il était l’apparatchik discipliné), Manuel Valls a critiqué autant Martine Aubry que Ségolène Royal ou encore François Hollande, un peu comme l’enfant insolent incapable de s’assagir.

Manuel Valls va même plus loin en proposant de changer l’appellation du Parti socialiste, qui date de 1969 et qui ne correspond plus aux perspectives d’avenir.

Pourtant, sa fidélité au PS est louable si on compare avec un Éric Besson. En 2007, Nicolas Sarkozy aurait proposé à Manuel Valls d’entrer au gouvernement et ce dernier l’aurait refusé.


Singularité collective ?

Manuel Valls adopte pourtant une combine qui est bien connue de la classe politique : pour se distinguer, se faire connaître, le cas échéant se faire apprécier, il faut toujours faire de la casse dans son propre camp : Philippe de Villiers, Charles Pasqua, Christine Boutin, Pierre Juquin, Jean-Luc Mélenchon, Bruno Mégret, Jean-Pierre Chevènement etc. l’ont déjà expérimenté.

Sa difficulté sera de rester coûte que coûte au PS et de le conquérir (car c’est nécessaire pour des raisons de financement) tout en réussissant à continuer sa stratégie d’électron libre.

Le problème, c’est que les Français se moquent un peu des querelles intestines. Il était
frappant d’écouter parler Manuel Valls dans l’excellente émission de "Public Sénat" animée par Hélène Misser "Déshabillons-les" diffusée le 9 novembre 2010 où l’on voit un homme qui est candidat à l’élection présidentielle et donc, qui veut s’adresser à l’ensemble des Français (il a même été responsable des institutions dans le projet socialiste) et passer la majeure partie de son temps à parler de ses difficultés avec le PS, à s’autojustifier dans des querelles internes dont tout le monde se moque.




Fort potentiel dans la danse des ego

Le potentiel politique de Manuel Valls est évidemment très élevé : spécialiste de la communication politique, il sait y faire ; mais il lui manque encore, à l’évidence, une véritable colonne vertébrale de conviction, un prêt-à-penser en toute cohérence, une vision globale de la société qui reste encore un peu floue dans ses petites phrases souvent assassines. En ce sens, ses aînés du PS sont beaucoup plus crédibles.

Ce qui est remarquable, c’est que Manuel Valls aussi souhaiterait rassembler dans sa
"mouvance" non seulement le PS mais des personnalités comme François Bayrou, Dominique de Villepin ou Corinne Lepage. Comme Ségolène Royal. Comme François Bayrou également. Le hiatus, c’est que chacun accepte de faire ce rassemblement sans bouger de son assise, et en demandant aux autres de venir vers eux. Conclusion, ce fameux grand centre, qui devrait être au gouvernail, celui de Raymond Barre, celui de Jacques Delors, celui de Michel Rocard, celui de François Bayrou… reste en jachère à cause de la danse trop excitante des ego.

Manuel Valls, en ce sens, même si son avenir est prometteur, ne déroge pas à la règle : il ne travaille pas pour un projet pour le peuple, mais bel et bien pour lui-même, et c’est dommage car il est l’un des rares socialistes (avec DSK) à comprendre ce qu’est une entreprise.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 août 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Déshabillons-les : Manuel Valls, rebelle ou bon élève" (9 novembre 2010).
Le PS en primaire.

Les trois visages du PS.
 




yartiValls02




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/manuel-valls-objectif-2017-pour-le-98731



 

 

 

 

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 08:31

Résistant, universitaire, sociologue, ethnologue, philosophe, inventeur de nombreux néologismes, auteur d’une grande quantité d’essais qui cherchent à construire la réalité à partir du monde extérieur et de l’esprit intérieur. Vous venez d’avoir 90 ans. Bon anniversaire !



yartiMorinEdgar01Cher Edgar Morin,

J’ai appris à vous connaître au détour d’une émission de TF1. C’est étrange mais c’est ainsi.

Il s’agissait de l’une des émissions les plus contestées du paysage audiovisuel français qui était diffusée en direct à vingt heures trente : "Droit de réponse" animé par Michel Polac. C’était à une époque où l’on pouvait fumer dans les studios de télévision, même devant les enfants, en toute impunité et où la modernité affichée (vidéo-disque, crayon numérique etc.) et le style décontracté (premier talk-show français) donnent désormais une petite odeur de nostalgie.

Vous étiez déjà invité à la première émission le 12 décembre 1981 (voir la vidéo de l’INA ici) mais la fois où je vous ai découvert, c’était à une autre émission, plutôt au milieu des années 1980. Vous parliez de la physique quantique.

À l’époque, je n’avais pas encore commencé mes études et je m’étais passionné pour la physique quantique. Je me disais qu’il était étrange qu’on n’en parlât pas beaucoup alors que cette branche de la science avait déjà plus de quatre-vingt ans (elle est née avec Planck puis Bohr etc.). C’est vrai qu’en France, à part Paul Langevin et quelques rares autres scientifiques français, elle a été enseignée seulement à partir des années 1950-1960.

Pourtant, les questions philosophiques qui sont abordées par la théorie quantique sont non seulement essentielles mais aussi très intéressantes, en particulier, ce principe d’indétermination d’Heisenberg (et pas d’incertitude contrairement aux mauvaises traductions de l’allemand Unbestimmtheit) ou ce chat de Schrödinger.

Le principe que l’observation transforme la réalité peut en effet être décliné dans toute réalité sociale (exemple : les séances de l’Assemblée Nationale lorsqu’elles sont filmées, avant qu’elles ne le soient systématiquement). Cela pouvait récemment donner des sueurs froides à ceux (dont moi) qui avaient refusé l’esprit binaire en 2007 et avaient difficulté, à un moment donné, à choisir malgré tout.

Vous avez appelé "complexité" cette non-binarité et vous l’avez explicitée dans votre dernier volume de "La Méthode 6" (2004) : « La morale non complexe obéit à un code binaire bien/mal, juste/injuste. L’éthique complexe conçoit que le bien puisse contenir un mal, le mal un bien, le juste de l’injuste, l’injuste du juste. ».

J’étais même à l’époque "enivré" par les expériences de 1982 d’Alain Aspect (sur qui je reviendrai probablement) et par cette extraordinaire idée de la complexité du monde, complexité qui croît sans cesse alors qu’à côté, beaucoup de personnalités publiques cherchent à la simplifier, la grossir, ou l’élaguer.

C’est d’ailleurs assez intéressant de voir que vous aviez imaginé (pas technologiquement mais en pensée) l’importance des expériences d’Aspect dès 1977 dans "La Méthode 1" où vous proposiez : « La réalité physique de l’information n’est pas isolable concrètement. Je veux dire qu’il n’y a pas, à notre connaissance et sur notre planète, d’information extra-biologique. L’information est toujours liée aux êtres organisés néguentropiquement que sont les vivants et les êtres métabiotiques qui se nourrissent de vie (société, idées). De plus, le concept d’information a un caractère anthropomorphe qui me semble non éliminables. ».

Je ne vous connaissais pas mais je savais que vous n’étiez pas physicien. Pourtant, vous aviez abordé avec précision la plupart des enjeux philosophiques de la physique quantique de telle manière que vous avez dû en apprendre beaucoup sur le sujet.

yartiMorinEdgar05Pour vous définir, vous préférez le terme sociologue à celui de philosophe, mais peut-être celui de savant vous conviendrait le mieux. Car il y a plusieurs siècles, à l’époque de Newton ou celle de Descartes, les philosophes étaient physiciens et réciproquement. Ils étaient aussi chimistes, historiens, latinistes, hellénistes etc. bref, ils avaient la Connaissance, le Savoir, enfin, celui de l’époque.

Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, les disciplines du savoir se sont démultipliées, les scientifiques de toute matière sont devenus dans le monde de gros bataillons de plusieurs centaines de milliers d’individus hyperspécialisés et hypercompétents dans leurs domaines d’études. Et vous, dans tout cela, vous avez compris qu’il fallait aussi des passerelles.

Vous êtes entré en 1950 au CNRS, qui est un organisme de recherches pour lequel la communauté scientifique internationale envie la France car il réunit en son sein de nombreuses disciplines très différentes et pourtant liées. Or, ce qu’il manque depuis longtemps, c’est justement ce ciment qui permet de tisser les différentes branches. Il y a des millions de découvertes scientifiques, petites ou grandes, qui peuvent soit révolutionner le monde soit juste mieux le comprendre, ce qui est déjà pas mal, mais il manque des personnes qui essaient de globaliser cette masse de savoirs.

Vous en faites justement partie. « Il faut développer à la fois le local et le global. » affirmez-vous dans l’un de vos derniers ouvrages ("La Voie", 2011).

Pour cela, j’ai appris que vous aviez en fait développé une méthode originale de travail. Vous avez auprès de vous une quarantaine d’experts de tous les domaines de la science qui vous permettent d’avoir une idée claire des enjeux de ceux-ci. Et votre job, en gros, c’est de synthétiser tout cela, de passer toutes ces informations, toutes ces données dans une sorte de moulinette de l’intelligence et d’essayer d’y trouver des lignes directrices.

Vous défendez le principe de la pensée complexe, celle qui ne vit que par la transdisciplinarité. Vous avez effectivement cherché à malaxer la physique, la biologie, l’informatique, la logique, l’anthropologie, la philosophie, le langage, la "paradigmatologie", l’information, l’éthique, l’art, etc.

Vous vous méfiez de la logique qui pourrait s’opposer à la créativité. Vous l’exposez dans "La Méthode 4" (1991) : « L’usage de la logique est nécessaire à l’intelligibilité, le dépassement de la logique est nécessaire à l’intelligence. La référence à la logique est nécessaire à la vérification. Le dépassement de la logique est nécessaire à la vérité. ».

Dans le cadre du CNRS, j’avais prévu de participer au début des années 1990 à l’une des universités d’été que vous aviez organisées à l’abbaye d’Arc-et-Senans (en voici un reportage). Malheureusement, une obligation imprévue m’en a empêché. Vous aimez en effet réfléchir et débattre avec beaucoup de monde. Vous n’hésitez pas à venir transmettre vos messages sur la complexité dans de nombreuses conférences.

Par exemple, le 11 décembre 2008, lors d’une conférence à Auxerre, vous délivriez votre interprétation de la crise financière en faisant référence à la précédente : « En 1929, la crise économique, conjuguée à l’humiliation des lendemains de la Première guerre a provoqué la venue au pouvoir de Hitler, par des voies démocratiques. Ce n’est pas d’un pays arriéré qu’est venue la barbarie, mais de ce qui était à l’époque la première puissance industrielle d’Europe, et qui était sur le plan culturel la plus avancée. ».

Par certains côtés, vous pouvez même être très pessimiste lorsque vous avez confié le même jour à Jean-François Dortier : « La réflexion sur le monde d’aujourd’hui ne peut s’émanciper d’une réflexion sur l’histoire universelle. Les périodes calmes et de prospérité ne sont que des parenthèses de l’histoire. Tous les grands empires et civilisations se sont crus immortels : les empires mésopotamien, égyptien, romain, perse, ottoman, maya, aztèque, inca… Et tous ont disparu et ont été engloutis. Voilà ce qu’est l’histoire : des émergences et des effondrements, des périodes calmes et des cataclysmes, des bifurcations, des tourbillons, des émergences inattendues. ».

Sans pour autant exclure une petite dose d’optimisme : « Au sein même des périodes noires, des graines d’espoir surgissent. Apprendre à penser à cela, voilà l’esprit de la complexité. ».

Vous avez eu une expérience politique malheureuse, communiste antistalinien, vous êtes vite exclu du PCF, et c’est tant mieux. Ensuite, vous vous raccrochez au PSU au début des années 1960… pour soutenir en 2007 la candidature de Ségolène Royal avec qui vous avez participé à plusieurs colloques.

Le 31 décembre 2007, vous avez compris que vous étiez suffisamment à la mode pour voir votre « politique de la civilisation » récupérée par le Président Nicolas Sarkozy. Avec ce dernier, vous expliquez pourtant que vous êtes en « désaccords très importants » sur « la politique inhumaine envers les immigrés » ("Libération", 9 janvier 2008).

Le 10 avril 2008, dans un entretien réalisé par Daniel Bougnoux et Bastien Engelbach, vous êtes revenu sur la physique quantique et le déterminisme. Vous disiez entre autres : « (…) Toutes les grandes avancées des sciences butent sur des problèmes fondamentalement philosophique. On peut dire que la grande avancée de la microphysique finit par buter sur le problème : "qu’est-ce que la réalité ?", à partir du moment où la particule se présente tantôt comme onde, de façon immatérielle, tantôt comme corpuscule, de façon matérielle. (…) Ce sont désormais des physiciens qui essaient de répondre à cette question vu la carence des philosophes : D’Espagnat avec "Le réel voilé", mais vous avez aussi David Bohm dont la conception retrouve presque une vision bouddhiste où notre réalité empirique n’est que l’écume sur un océan d’une profondeur indéterminée. Le problème de l’univers arrive à une aporie fondamentale où Kant déjà avait relevé : est-il éternel ou a-t-il un commencement ? les deux propositions étant à la fois logiques et absurdes. Et finalement, on arrive à l’idée d’un commencement explosif mais qui ne se ferait pas ex nihilo puisqu’il surgit d’un vide et que ce vide, selon les physiciens, est animé de frissons, de sorte de vibrations ; le vide ne serait rien d’autre qu’un infini énergétique. (…) Certains aujourd’hui essaient même d’explorer cet univers d’avant le temps et d’avant la matière. On ne sait rien mais on arrive à des limites de la pensée. ».

Je serais bien en peine de décrire votre œuvre monumentale, prolifique. Vous avez rédigé au moins soixante-seize livres (sans compter les publications), dont dix-huit les cinq dernières années malgré votre âge avancé.

Je tenais juste à vous exprimer, sans prétention, mon admiration devant vos travaux et à vous souhaiter un très bon 90e anniversaire, qu’il soit l’occasion pour vous de garder la force, le dynamisme et la motivation de les poursuivre.

Hasard du calendrier, ce 8 juillet 2011 est également le 390e anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine. Avoir trois cents ans de différence avec l’auteur des fameuses fables, c’est peut-être un signe ?

« "Qu’on me rende impotent, cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu’en somme
Je vive, c’est assez, je suis plus que content."
Ne viens jamais, ô Mort ; on t’en dit tout autant. »

(La Fontaine, "La Mort et le Malheureux", Livre I, fable 15).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 juillet 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Droit de réponse" du 12 décembre 1981 (vidéo INA).
Université d’été d’Arc-et-Senans avec Edgar Morin le 9 septembre 1990 (vidéo INA).

La démocratie est devenue quantique.

La réduction du paquet d’onde centriste.



yartiMorinEdgar03



http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/edgar-morin-introducteur-de-la-97279

 

 









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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 07:27

Continuateur de De Gaulle, auteur de la prospérité des années 1960 et 1970, symbole de la toute puissance de la croissance économique et de l’expansion industrielle. Et homme de goût pour les arts et les lettres.


yartiPompidou01Ce mardi matin, le Président de la République Nicolas Sarkozy se rend dans un petit village du Cantal, Montboudif, pour y célébrer l’un de ses prédécesseurs, le Président Georges Pompidou, qui y est né il y a exactement cent ans, le 5 juillet 1911.

C’est en quelque sorte le petit-fils spirituel de Pompidou qui reprend ses traces, par l’intermédiaire de l’héritier du pompidolisme, Jacques Chirac. À onze heures et demi, il devrait prononcer un discours pour rendre hommage au « visionnaire pragmatique » de la fin des Trente Glorieuses.

Nicolas Sarkozy avait déjà évoqué le 22 juin 2011 la part déterminante de Pompidou dans la relance de la construction européenne. Cette déclaration s’est tenue en marge d’un colloque sur Georges Pompidou auquel ont entre autres participé Édouard Balladur, qui fut son secrétaire général à l’Élysée, Éric Roussel, l’auteur d’une biographie en 1984 qui fait autorité, Bernard Accoyer, le Président de l’Assemblée Nationale, Jean-Bernard Raimond, ancien Ministre des Affaires étrangères, Bernard Esambert, haut fonctionnaire et industriel (X-Mines), ancien collaborateur de Pompidou, Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France, Alain Juppé, Ministre des Affaires étrangères, et Abdou Diouf, ancien Président de la République du Sénégal ayant succédé à Léopold Sédar Senghor qui fut le condisciple de Pompidou et d’Aimé Césaire à Normale Sup.


Un enfant de la IIIe République

Né un peu avant la Première guerre mondiale, Georges Pompidou fut, au même titre que Philippe Séguin ou François Bayrou, un enfant de la méritocratie républicaine. Fils de deux modestes instituteurs et petits-fils de paysans, le schéma typique des hussards de la IIIe République incitait la troisième génération à servir l’État comme fonctionnaires.

Brillant élève au lycée Lapérouse à Albi (premier prix au concours général de version grecque), puis en prépa à Louis-le-Grand, Pompidou a été reçu premier à l’agrégation de lettres (en 1934) après son cursus rue d’Ulm et fut aussi diplômé de la future Science Po Paris (comme Michel Debré et Jean-Marcel Jeanneney).


Un normalien qui sait écrire

Restant étrangement passif et neutre sous l’Occupation (aucun engagement dans la Résistance), Georges Pompidou a réussi cependant grâce à son réseau à rejoindre le cabinet de De Gaulle, chef du gouvernement, entre septembre 1944 et janvier 1946 comme chargé de mission pour l’Éducation nationale (il enseignait alors à Henri-IV). Il avait été recruté sur cette injonction : « Trouvez-moi un normalien qui sache écrire ! ».

Nommé ensuite maître des requêtes au Conseil d’État, il resta au service de De Gaulle pour préparer les réformes dans l’éventualité d’un retour au pouvoir de De Gaulle. De 1948 à 1953, Pompidou fut le chef de cabinet de De Gaulle et fut chargé notamment de s’occuper de la Fondation Anne-De-Gaulle.

De 1954 à 1958, il travailla pour la Banque Rothschild comme directeur général où il prit conscience de l’importance du développement industriel dans le bien-être d’une société.


Dans l’action au plus haut niveau (1958-1974)

Du 1er juin 1958 au 7 janvier 1959, Georges Pompidou fut le directeur de cabinet de De Gaulle revenu au pouvoir à la tête du dernier gouvernement de la IVe République. En initiant le Comité Pinay-Rueff, il influença de manière décisive la politique économique et industrielle de la France gaullienne des années 1960 (voir cet article). Il milita également pour l’application du Traité de Rome signé l’année précédente ce qui engagea la France dans une politique d’intégration européenne renforcée.

Le 8 janvier 1958, Georges Pompidou assista aux premières loges à l’investiture de De Gaulle à l’Élysée en étant dans la voiture présidentielle. Il fut nommé, de mars 1959 à avril 1962, membre du Conseil Constitutionnel, organisme nouveau chargé de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Pendant ce mandat, Pompidou fut chargé par De Gaulle de missions de confiance, notamment dans le cadre des négociations pour aboutir aux Accords d’Évian (indépendance de l’Algérie) signés le 18 mars 1962 et ratifiés par le référendum du 8 avril 1962.


Matignon

Ce fut la surprise générale quand De Gaulle décida de nommer à Matignon son ancien directeur de cabinet jamais encore élu. Georges Pompidou fut Premier Ministre du 14 avril 1962 au 10 juillet 1968, le chef du gouvernement le plus long de toutes les républiques. Paradoxalement, il fut le seul Premier Ministre censuré par l’Assemblée Nationale sous la Ve République, le 5 octobre 1962, à la suite de la décision d’organiser un référendum sur l’élection du Président de la République au suffrage universel direct (qui a eu lieu le 28 octobre 1962). De Gaulle a dissout alors l’Assemblée Nationale le 10 octobre 1962 et des élections législatives se déroulèrent les 18 et 25 novembre 1962 renforçant la majorité gaulliste.

D’un point de vue institutionnel, Pompidou a toujours reconnu la prédominance du Président de la République sur le Premier Ministre qui « n’est que le premier des ministres ». Cette citation a été de Pompidou après son élection mais également régulièrement dite par De Gaulle selon Alain Peyrefitte.


Anti-extrémiste

yartiPompidou02Il s’en expliqua plus précisément dans "Le Nœud gordien" en 1974 où il écrivit : « Il s’agit de savoir si ce sera en imposant une discipline démocratique garante des libertés ou si quelque homme fort et casqué tirera l’épée comme Alexandre », s’inquiétant du risque de l’extrême droite : « Le fascisme n’est pas si improbable ; il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste. ».

Ce qui fut une réflexion anticipant assez bien la chute du mur de Berlin et la montée du Front national et de tous les extrémismes des décennies suivantes (il décida de dissoudre "Ordre nouveau", l’un des mouvements précurseurs du Front national, au Conseil des ministres du 28 juin 1973 après des affrontements violents la semaine précédente à propos du sujet : "Halte à l’immigration sauvage"). 


La construction des grandes infrastructures

De très nombreuses réformes ont eu lieu pendant cette période, avec le lancement de grands projets industriels étatiques et le début d’un aménagement du territoire qui se concrétisa par la création, sous sa Présidence, des régions administratives, aussi la création des villes nouvelles (Évry, Marne-la-Vallée, Saint-Quentin-en-Yvelines etc.), la création de nouveaux départements franciliens et la.construction du périphérique parisien, des voies sur berge à Paris et du tunnel sous Fourvière à Lyon.


Conquête de l’UNR

Même si Pompidou avait sagement déclaré en novembre 1964 : « La succession du Général n’est pas ouverte et ne le sera pas de sitôt. », il croyait fermement que De Gaulle ne se représenterait pas et qu’il serait le futur candidat héritier à l’élection présidentielle du 5 décembre 1965. Finalement, De Gaulle fut réélu le 19 décembre 1965 après un ballottage qui l’a traumatisé.

Première fois candidat aux législatives des 5 et 12 mars 1967, Georges Pompidou a montré son talent de débatteur en menant une campagne très combative et en affrontant publiquement François Mitterrand à Nevers le 22 février 1967 et Pierre Mendès France à Grenoble le 27 février 1967. Ce fut à ces élections qu’il chercha à contrôler l’appareil de l’UNR (l’ancêtre du RPR) en encourageant les candidatures de Jacques Chirac, Jean Charbonnel, Bernard Pons et Pierre Mazeaud. Le 26 novembre 1967, Pompidou avait d’ailleurs réussi sa conquête du parti gaulliste, ayant compris qu’il fallait être maître d’un parti pour gager une élection présidentielle.


Disgrâce

La confiance entre De Gaulle et Pompidou s’effrita au cours de la crise de mai 1968. Au contraire de De Gaulle dépassé et inquiet, Pompidou garda son calme, sut gérer l’apaisement et imposa sa sortie de crise par de nouvelles élections législatives les 23 et 30 juin 1968 qui retourna largement la situation en faveur des gaullistes. Comble de l’ingratitude, l’homme clef du triomphe électoral fut remercié par De Gaulle et écarté du pouvoir (« en réserve de la République »), peut-être pour gagner une nouvelle virginité avant l’élection présidentielle prévue pour 1971.

La dernière année de la Présidence de De Gaulle fut l’indépendance politique pour Pompidou qui n’hésita pas à troubler l’Élysée en s’affirmant comme l’héritier officiel. Le 17 février 1969, il déclara à Rome : « Je ne pense pas avoir d’avenir politique ; j’ai un passé politique ; j’aurai peut-être un jour, si Dieu le veut, un destin national. » ou encore : « Si le Général De Gaulle venait à se retirer, je me porterais candidat à sa succession. (…) Ce n’est, je crois, mystère pour personne (…) mais je ne suis pas du tout pressé. ».

De telles déclarations rassurèrent l’électorat gaulliste ne comprenant plus le nouveau référendum de De Gaulle du 27 avril 1969. Le "non" de Valéry Giscard d’Estaing (l’allié exigeant) et la solution de rechange avec l’éventualité de la candidature de Pompidou renforcèrent les partisans du non. Non à la réforme des régions et du Sénat et non à De Gaulle.


Élysée

yartiPompidou03Le 15 juin 1969, Georges Pompidou fut élu Président de la République avec 58,2% des voix contre Alain Poher (qui a assuré l’intérim avant et après son mandat). Il fut investi le 20 avril 1969 en s’inscrivant clairement dans le sillage du Général De Gaulle : « Mon devoir m’est tracé par son exemple, comme il m’est dicté par la confiance que m’a manifestée le pays. ». Bien qu’opposé à un centriste, Pompidou est parvenu à fédérer sur son nom des centristes qui créèrent le CDP (Centre démocratie et progrès) à l’instar de Bernard Stasi.

Il nomma naturellement Jacques Chaban-Delmas à Matignon dont le dynamisme et l’ambition personnelle l’agacèrent, ce qui alimenta la longue tradition historique du couple chaotique Président de la République/Premier Ministre sous la Ve République qui se termina, pour Pompidou, par la nomination de Pierre Messmer à Matignon le 5 juillet 1972.

Sous sa Présidence, Pompidou poursuivit sa politique industrielle en lançant de nouveaux investissements : en particulier le TGV, Airbus, le nucléaire (à la place de la filière gaz et charbon), les autoroutes. Il nuança la politique européenne de De Gaulle en rompant avec l’isolement diplomatique et en proposant l’adhésion du Royaume-Uni dans la Communauté Économique Européenne (Traité du 22 janvier 1972 ratifiée par le référendum du 23 avril 1972).

Il entreprit également un début de libéralisation de la télévision et de la radio en créant notamment trois chaînes de télévision au sein de l’ORTF.


Anticiper la France du futur

Pompidou visionnaire, il l’a été pour bien des sujets.

Le 28 février 1970, il prononça un discours remarqué sur l’environnement à Chicago. Certes, les préoccupations étaient plus d’ordre esthétique (les usines devaient être belles !) que réellement conscientes de la nécessité de protéger la nature (c’était l’époque du tout pétrole et du tout automobile).

Il l’a été bien évidemment dans les investissements industriels d’avenir pour les décennies qui l’ont suivi. C’était également le cas sur l’art contemporain où son intérêt et son ouverture pour l’art moderne favorisa sa démocratisation : « L’art moderne doit pouvoir être vu et connu du plus grand nombre. », ce qui a abouti à la création du Centre Beaubourg en plein centre de Paris.

Il créa également le 3 janvier 1973 les fonctions de Médiateur de la République, fonctions récemment élargies (et constitutionnalisées) par la réforme du 23 juillet 2008 en Défenseur des droits et pour lequel Dominique Baudis vient d’être nommé le 22 juin 2011.

Il échoua en revanche dans sa réforme du quinquennat qui avait pour objectif d’hyperprésidentialiser l’Élysée. Ses quatre successeurs ne se privèrent cependant pas, quinquennat ou pas, de rendre incontournable l’Élysée dans toutes les décisions politiques, même les plus dérisoires.

Symbole du bon vivant, au parler simple et à la voix rocailleuse, Georges Pompidou s’éteignit le 2 avril 1974 rongé par la maladie. Après lui, François Mitterrand a également fait cohabiter maladie et gestion des affaires de l’État. Selon l’entourage de Georges Pompidou (en particulier Marie-France Garaud le 12 avril 2011), Pompidou n’aurait jamais failli dans ses responsabilités d’État et la semaine précédent sa mort, il avait présidé le Conseil des ministres avec énergie et esprit.


Comprenne qui voudra !

Normalien épris de poésie (il publia une "Anthologie de la poésie française" en 1961), Georges Pompidou a fini sa première conférence de presse du 22 septembre 1969 en réagissant à une question du journaliste Jean-Michel Royer (RMC) sur le tragique suicide de Gabrielle Russier (le 1er septembre 1969, condamnée pour avoir aimé son élève) d’une manière très énigmatique :

« Je ne vous dirai pas tout ce que j'ai pensé sur cette affaire. Ni même d'ailleurs ce que j'ai fait. Quant à ce que j'ai ressenti, comme beaucoup, eh bien…
Comprenne qui voudra !
Moi, mon remords, ce fut
la victime raisonnable
au regard d'enfant perdue,
celle qui ressemble aux morts
qui sont morts pour être aimés.
C'est de l'Éluard.
Mesdames et Messieurs, je vous remercie. »

Ces vers de Paul Éluard avait été publiés le 2 décembre 1944 en mémoire aux femmes tondues (« Je revois des idiotes lamentables tremblant de peur sous les rires de la foule. Elles n'avaient pas vendu la France, et elles n'avaient souvent rien vendu du tout. Elles ne firent, en tous cas, de morale à personne. »).

Le texte d’origine était le suivant :

« Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d'enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n'a pas compris
Qu'elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre. »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 juillet 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Hommage de Nicolas Sarkozy à Pompidou du 22 juin 2011.
De Gaulle.

Alain Poher.

Jacques Chaban-Delmas.

Pierre Messmer.

Conférence de presse du 22 septembre 1969 (INA).

Biographie officielle sur le site de l’Élysée.


yartiPompidou04

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/georges-pompidou-heritier-et-97077

 

 

 

 

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