Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 06:24

Hommage à un homme de science aussi soucieux de créer de nouvelles connaissances que de les transmettre.

 

yartiMariRoger04Il y a tout juste un an, le 17 juin 2009, disparaissait le professeur Roger Mari à 77 ans. Roger Mari n’avait sans doute pas la notoriété de bien des scientifiques en France, mais son nom, au fil des ans, fut associé au destin de l’Institut des sciences et technologies de Nancy (ISIN, à l’origine Institut des spécialités industrielles de Nancy) devenu en 1985 l’École supérieure des sciences et technologies de l’ingénieur de Nancy (ESSTIN), issu de la Faculté des Sciences de Nancy.


Un parcours qui commence brillamment

Né en 1931, Roger Mari est diplômé de l’École nationale supérieure des industries chimiques de Nancy (ENSIC) et a soutenu sa thèse de doctorat en chimie en 1960 sur le thème suivant : « Étude théorique et expérimentale de la vitesse et du mécanisme d’oxydation lente du méthane ».

Tout juste diplômé, il fut nommé professeur de physique-chimie à l’ISIN dès sa création à laquelle il participa aux côtés de son premier directeur, Marcel Bonvalet. Il enseigna les généralités de base de la physique (mécanique et électromagnétisme) jusqu’en 2000, année de sa retraite.


L’ISIN, "son" école

yartiMariRoger05L’ISIN venait en effet d’ouvrir ses portes et avait pour but d’accueillir des bacheliers n’ayant pas les moyens de suivre les classes préparatoires aux grandes écoles au cours d’un cycle d’études de cinq ans pour former des ingénieurs généralistes avec classe préparatoire intégrée. Une formule relativement identique à celle de l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon ou de la future Université technologique de Compiègne (UTC).

Aujourd’hui, l’ESSTIN (ex-ISIN) accueille huit cents étudiants, cent enseignants-chercheurs et autant de personnalités associées issues du monde industriel et a déjà formé trois mille huit cents ingénieurs dont certains sont déjà à la retraite.

En 1967, il fut nommé directeur de l’ISIN et y resta exceptionnellement longtemps, vingt-deux ans, jusqu’en début 1990 où il céda la place au professeur Robert Mainard, alors président de l’Université Henri-Poincaré (Nancy I).


Une discussion "musclée"

La petite histoire raconte qu’en 1968-1969, lorsqu’à la suite de mai 1968, le radical Edgar Faure fut nommé Ministre de l’Éducation nationale, il était question de supprimer cette école d’ingénieurs, dans le cadre d’une restructuration des pôles universitaires scientifiques nancéiens.

Roger Mari alla alors le rencontrer et, avec sa fougue habituelle, tapa du poing sur le bureau du ministre en lui demandant de sauver l’école à la condition que les anciens élèves le soutinssent. L’école fut ainsi sauvée de justesse à la suite d’une assemblée générale des anciens élèves mobilisés par lui pour la cause.


Un chercheur en chimie organique

D’abord chimiste, Roger Mari fit entre autres des travaux dans l’élaboration de nouveaux carburants et il n’était pas rare que ses élèves sentissent le houblon par exemple lors de quelques essais.

Il déposa beaucoup de brevets (par exemple : "Process for making nitroparaffins by nitration of ethane in the gaseous phase" le 14 novembre 1979, "Process and installation for manufacturing nitromethane" le 25 janvier 1985, ou encore, plus surprenant : "Device for protecting light fittings against vandalism" le 14 mai 1993).


Un enseignant novateur

Roger Mari était aussi un pédagogue. Il mit place une forme très innovante de pédagogie axée sur les nouvelles technologies : dès 1960, circuit de télévision interne avec caméra pour vidéoconférences ; et dans les années 1980, chaque élève avait accès, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours sur trois cent soixante-cinq, à un ordinateur individuel, et au traitement de texte de l’époque, Word 2, relié à une imprimante laser.

Il a rédigé quelques manuels universitaires avec une méthode très originale de vérification des acquis par des exercices simples mais subtils (aux éditions Masson : "Comprendre et appliquer la mécanique", "Chimie générale", "Chimie organique" etc.).


Former des ingénieurs "dès le plus jeune âge"

Bien que directeur et chercheur expérimenté, il souhaitait absolument former avant tout les étudiants arrivés tout droit du baccalauréat alors que des collègues du même background auraient préféré évidemment s’occuper des Troisièmes cycles.

Il faisait cours aux Premières années tous les jours, du lundi au samedi, de huit heures à dix heures du matin. Il venait quasiment les mains vides et commençait à griffonner sur le grand tableau noir beaucoup de petits hiéroglyphes à peine lisibles. Un jour, après la pause de neuf heures, il effaça toutes ses équations en reconnaissant qu’il avait commis une erreur et en maugréant son auditoire qui ne l’avait pas décelée.

Ses méthodes étaient sévères pour des étudiants encore très scolaires sortis du lycée : il n’acceptait aucun retard ni aucune absence non excusée, et pour lui, l’excuse, dans le cas d’un retard dû par exemple le lundi matin par la SNCF (beaucoup d’étudiants n’étant pas nancéiens) n’était valable que si l’étudiant avait rédigé une lettre de protestation en trois exemplaires contre la direction de la SNCF.

Le retard était aussi sous un cadre particulier : la porte de l’amphithéâtre comportait une poignée bouton qui pouvait se verrouiller de l’intérieur. Roger Mari verrouillait alors la porte à huit heures pile et refusait l’entrée des retardataires. Un peu sournoisement, l’horloge avait une ou deux minutes d’avance.

D’une silhouette imposante, Roger Mari impressionnait beaucoup les étudiants par ses petits yeux cachés derrière des lunettes de grand myope qui approfondissaient énormément son regard.


Tester les connaissances et leur présentation

Ses cours étaient de véritables leçons de choses et faisaient appel avant tout à l’intelligence et pas au bachotage. Tout était épreuve de caractère avec lui.

Régulièrement, il faisait faire lui-même une série de colles (interrogations orales) qui pouvaient être de rudes moments pour les étudiants.

Pendant deux heures, dans un ordre pas forcément prévisible, il appelait, par séries, une dizaine d’étudiants qu’il plaçait dans une dizaine de petites salles de cours qui communiquaient les unes avec les autres et leur donnait un problème concret à résoudre. Il passait et repassait de salles en salles, parfois sans faire de commentaire, pour voir la manière de travailler de chacun.

Exemple type d’un étudiant qui avait développé correctement un sujet sur le tableau noir. Le regard interloqué et silencieux de Roger Mari chaque fois qu’il passait et repassait déstabilisa la confiance de l’étudiant persuadé qu’il avait tout faux. Ne sachant où se situait l’erreur, l’étudiant venait de tout effacer quand le professeur-directeur fit éruption et le réprimanda en disant que tout était pourtant juste, mais qu’on ne demandait pas seulement aux ingénieurs de résoudre correctement un problème, mais aussi de le vendre, et donc, d’avoir confiance en eux.

Belle leçon qui présentait un véritable gap dans l’esprit très scolaire des bacheliers. Autre exemple : les devoirs surveillés étaient corrigés par lui-même (et pas par un assistant) avec trois notes possibles : zéro, dix ou vingt sur vingt. Deux résultats étaient attendus. Pour lui, soit c’était juste, et c’était le maximum des points, soit c’était faux, et cela valait zéro pour un ingénieur : soit le pont tient, soit il cède, il n’y a pas de demi-mesure.

Il n’était cependant pas dupe de son enseignement puisqu’il reconnaissait que certains étudiants de Cinquième année (niveau master 2) à qui il faisait cours parfois pouvaient être capables de sombrer dans des erreurs que des Premières années n’auraient jamais faites. Preuve que l’acquisition des connaissances est toujours une opération de longue haleine.

Ses punitions aux étudiants récalcitrants leur engendraient de terribles soirées puisqu’il leur ordonnait de calculer pour le lendemain des intégrales incalculables !

Sévère mais juste : Roger Mari acceptait toujours les absences des étudiants qui étaient obligés de travailler pour se payer leurs études ou pour d’autres raisons. Cette tolérance montrait à quel point il comprenait l’importance de l’ascenseur social dans le monde ouvrier, même si l’évolution de l’école apporta une sociologie de plus en plus aisée (malgré les efforts des directions successives).

La sévérité n’était d’ailleurs pas réservée qu’aux seuls étudiants mais aussi à ses collègues enseignants et il refusait tout recrutement d’un professeur qui n’était pas capable de lui écrire sur le champ les quatre équations de Maxwell (en électromagnétisme), même si la discipline enseignée n’aurait eu rien à voir. Il considérait qu’il y avait un minimum de culture scientifique général à avoir pour enseigner dans son école.


Évolution de l’ESSTIN

Passionné par l’évolution de l’école, Roger Mari créa à Nice-Sophia-Antipolis une antenne plus axée sur la maintenance et la communication qui ouvrit ses portes en 1988 dans un site ouvert aux nouvelles technologies de l’information, et à Blois (sur la maintenance industrielle) l’année suivante. Ces deux succursales sont devenues par la suite des écoles à part entière, l’École supérieure d’ingénieurs de Nice-Sophia-Antipolis (ESINSA) et l’École d’ingénieurs du Val de Loire (EIVL).

Cette extension entraîna un concours commun d’admission dès 1992 (avec six écoles) puis, en 2009, le concours GEIPI-Polytech (groupement des écoles d’ingénieurs à préparation intégrée) qui regroupe actuellement vingt-trois écoles publiques d’ingénieurs.

Roger Mari considérait que le recrutement des étudiants étaient un élément-clef dans l’excellence des futurs diplômés et chaque année, il regardait de très près les opérations du concours d’admission. À l’issue de ses mandats de directeur de l’école, il fut même le responsable attitré du service concours où il réalisa le regroupement évoqué avec d’autres écoles.


Un caractère bien trempé

Bien qu’officier dans l’ordre des Palmes académiques et chevalier dans l’ordre national du Mérite, Roger Mari s’intéressait peu aux honneurs et à l’apparat, à tel point que dans les grandes cérémonies pour attribuer un titre de docteur honoris causa à une personnalité à Nancy, il était le seul, sur la photographie, à arborer le simple complet veston, sans avoir mis la toge un peu grotesque des universitaires.

Lors d’une remise de diplômes, dans les années 1980, il avait joué un peu le Claude Allègre d’avant l’heure, avec son aisance intellectuelle et sa franchise tonitruante, en contestant les premières alarmes écologistes sur le réchauffement climatique. Il avait réalisé un calcul assez long sur la faible corrélation entre l’augmentation de deux degrés Celsius de la température moyenne à la surface de la planète et l’augmentation du niveau des eaux en prenant en compte les données thermodynamiques de la planète Terre. Une démonstration qui avait laissé sans voix les auditeurs et qui avait convaincu beaucoup d’entre eux.

Sa franchise tonitruante, c’était aussi ses colères, parfois justifiées, aussi bien contre des étudiants « sybarites » qui paressaient un peu trop à son goût, que contre les ayatollahs de Téhéran. La virulence se déclinait surtout en ironie.

Une fois à la retraite, Roger Mari continua à travailler pour aider les étudiants en leur proposant un soutien scolaire en physique et chimie de niveau lycée et Premier cycle universitaire.


Un engagement municipal

Son caractère bien trempé l’avait aussi conduit à s’engager politiquement à Villers-lès-Nancy (ville d’environ vingt mille habitants en banlieue ouest de Nancy) en mars 1989, à la tête d’une liste divers droite sur laquelle figurait son collègue Robert Mainard. Il fut élu à plusieurs reprises conseiller municipal jusqu’en 2008 (avec une interruption entre 2001 et 2003).

C’est dans ces conditions électives que j’avais dû le rencontrer l’une des dernières fois à la Cité judiciaire de Nancy où se déroulent habituellement les élections sénatoriales en Meurthe-et-Moselle.


Le recteur Marcel Bonvalet

yartiMariRoger80bonvaletPar un triste hasard, son prédécesseur à la direction de l’ISIN, Marcel Bonvalet, disparaissait quelques jours plus tard, à 81 ans le 28 juin 2009. Professeur de mécanique, Marcel Bonvalet fut le directeur de l’ISIN de 1960 à 1967, puis le directeur de l’INSA de 1967 à 1969, et le directeur de Normale sup. de Cachan entre 1985 et 1989. Entre temps, il fut recteur à Madagascar puis à Amiens où il participa à la création de l’UTC à Compiègne et de beaucoup d’autres écoles d’ingénieurs en Afrique.


Les 50 ans de l’ESSTIN

Ces deux directeurs Marcel Bonvalet et Roger Mari recevront un hommage solennel à l’occasion du cinquantenaire de l’ESSTIN, qui aura lieu dans un peu plus d’une semaine, le 26 juin 2010. L’hommage (prévu à 11h30 à l’ESSTIN) sera suivi d’une conférence du célèbre astrophysicien Hubert Reeves (à 15h00 au Parc des Expositions de Nancy).

La rigueur et l’exigence de Roger Mari ont fait que ses anciens étudiants ne l’oublieront pas de si tôt. Puisse sa mémoire rester intacte auprès des nouvelles promotions de son école.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juin 2010)


Pour aller plus loin :

La disparition de Roger Mari.
Roger Mari au conseil municipal de Villers-lès-Nancy.
La disparition du recteur Bonvalet.
Olivier Lejeune.
L’ESSTIN fête ses 50 ans.

yartiMariRoger52

 


http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/roger-mari-un-universitaire-qui-76988

 

http://www.lepost.fr/article/2010/06/17/2117198_roger-mari-un-universitaire-qui-aura-marque-plusieurs-generations-d-etudiants.html

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-192

 

 

 

 




Partager cet article
Repost0
11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 05:24

La décentralisation, le Futuroscope, le département de la Vienne et le Sénat : tels furent les dadas d’un homme politique français très atypique qui a mélangé tradition républicaine modérée et modernisme technologique entrepreneurial. Troisième et dernière partie. 

 

yartiMonory10Il y a un an, dans la nuit du 10 au 11 avril 2009, celle du vendredi saint, le centriste René Monory s’éteignait à 85 ans et demi. Voici un hommage que le week-end pascal de l’an dernier m’avait empêché de rendre.

Dans le premier article, j'avais évoqué l'arrivée de René Monory parmi les plus grands responsables de la République. Dans le deuxième article, la retraite obligatoire du Président du Sénat. Pour terminer, je cite les échos de la classe politique à l'annonce de sa disparition.


Concert de louanges

La disparition de René Monory le 11 avril 2009 a profondément ému la classe politique (elle a même provoqué quelques étranges confusions sur le site Internet d’une radio) et a apporté un concert pour ne pas dire un concours de louanges.

Nicolas Sarkozy, Président de la République, a souligné « le respect intransigeant des valeurs humanistes » de celui qui « gravit un à un les échelons de la méritocratie républicaine ».

François Fillon, Premier Ministre, a parlé de « cet exemple remarquable de réussite individuelle au service de la France ».

Valéry Giscard d’Estaing, ancien Président de la République, fut très ému par la disparition d’un « homme attachant au profil exceptionnel dans la vie publique française ».

Même émotion perceptible chez Jacques Chirac, l’autre ancien Président de la République, qui a relaté « une figure de la vie politique et parlementaire de la Ve République » qui a « fait preuve d’action et d’imagination et défendu avec clairvoyance les intérêts de la France et des Français ».

Christian Poncelet, ancien Président du Sénat, a évoqué son ancien adversaire ainsi : « En dehors de la compétition politique, nous avions beaucoup de points communs et un parcours partagé : enfants de la République, nous sommes tous les deux issus d’un milieu modeste. ».

Gérard Larcher, Président du Sénat, fut honoré d’avoir été l’un de ses vice-présidents et a vu en lui « l’image d’un homme d’une curiosité insatiable ».

Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée Nationale, a rappelé que René Monory avait souhaité « faire yartiMonory38profiter le plus grand nombre » des nouvelles technologies.

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier Ministre, a été très peiné par la maladie puis la mort de ce « grand entrepreneur politique » : « René Monory était au XXe siècle un honnête homme du XXIe ».

François Bayrou, président du MoDem, a loué sa grande indépendance d’esprit : « La liberté de penser se mariait avec la force de l’action. (…) [Il] n’était pas prisonnier des moules habituels. Il s’était forgé lui-même une vision du monde et avait le courage et l’audace de la mettre en œuvre contre bien des réticences. ».

Pierre Méhaignerie, ancien Ministre de la Justice et ancien président du CDS, conservera de lui « son humanisme et sa passion pour la réussite économique de notre pays ».

Michèle Alliot-Marie, Ministre de l’Intérieur (à l’époque), a évoqué celui qui « s’est consacré pleinement au développement économique de la France ainsi qu’à l’indépendance énergétique de notre pays à travers le dossier nucléaire » et qui fut un « symbole de la promotion républicaine ».

Valérie Pécresse, Ministre de la Recherche, a timidement rappelé qu’il « fut un des artisans de la première tentative de réforme des universités en 1986 ».

Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, a préféré insister sur ses grandes qualités qui « lui ont permis de transformer ses idées en projets ambitieux et réalistes ».

Alain Marleix, Secrétaire d’État aux Collectivités territoriales, l’a qualifié de « l’un des hommes politiques marquants de la Ve République ».

Jean Arthuis, ancien Ministre des Finances et président de la Commission des finances du Sénat, a parlé « d’un homme politique d’exception, (…) d’un visionnaire lucide et courageux ».

Hervé Morin, Ministre de la Défense et président du Nouveau centre, a rendu hommage à une « grande figure de la famille centriste (…) [qui] incarnait l’idéal républicain fondé sur l’égalité des chances ».

Martine Aubry, première secrétaire du PS, n’a pas lésiné en le nommant « infatigable créateur de la modernité politique » devenu « pour les jeunes de France le symbole d’une promesse républicaine fondamentale, celle de la promotion sociale ».

Ségolène Royal, présidente du Conseil régional du Poitou-Charentes, fut beaucoup moins emphatique (elle « salue la carrière politique de cet autodidacte ») et n’assista pas à ses obsèques pour raison d’agenda (elle s’y fit représenter et y fit déposer une gerbe).

Dominique Paillé, porte-parole de l’UMP et ancien secrétaire général du groupe centriste au Sénat, a exprimé sa « ténacité » et sa « clairvoyance hors du commun » : « Il a toujours su anticiper les évolutions de la société. » tout en rappelant : « Il a su porter au plus haut les convictions de la famille démocrate-chrétienne. Cela fait de lui un vrai centriste. (…) Pour avoir longuement travaillé avec lui, je sais que plus que quiconque dans la famille centriste, il a toujours su mérité respect et considération. ».

Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille, s’est surtout souvenu des « nombreuses batailles avant-gardistes qu’il a su mener, avec conviction, tout au long de sa carrière ».

Henri de Raincourt, à l’époque président du groupe UMP au Sénat (et maintenant ministre), a rendu hommage au « grand serviteur de l’intérêt général, élu local visionnaire, [qui] fut un Président du Sénat humaniste, pragmatique et moderne ».

Dominique Hummel, actuel président du directoire du Futuroscope (depuis fin 2002), a fait cet éloge : « Tout René Monory se résume dans la capacité de surprendre et de frapper fort. Bref, d’avoir toujours un temps yartiMonory39d’avance. ».

Les obsèques de René Monory ont été célébrées le 16 avril 2009 en l’église Saint-Pierre de Loudun par l’archevêque de Poitiers Albert Rouet, en présence notamment de Nicolas Sarkozy, François Fillon, François Bayrou, Gérard Larcher, Christian Poncelet, Valéry Giscard d’Estaing, Jean-Pierre Raffarin, Simone Veil, Yves Guéna et Roger Karoutchi.


Un homme authentique détestant la langue de bois

Dans les années 1980 et 1990, j’avais eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises, notamment "chez lui" au Futuroscope. J’avais été impressionné par sa grande carrure, un peu hésitante par la fatigue et par l’âge, mais toujours très dynamique dans la réflexion et la discussion. Sous une carapace d’apparence vieillissante logeait un esprit d’une étonnante vivacité.

Il avait quelques idées phares : l’esprit d’entreprise, le développement pour tous des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), la décentralisation par l’harmonisation du territoire national (ferme partisan du département, il est peu probable qu’il aurait soutenu la réforme actuelle des collectivités territoriales).


Chapeau l’artiste !

Succéder avec un simple brevet industriel à Raymond Barre ("le meilleur économiste de France") au Ministère de l’Économie et de Finances puis le transmettre à Jacques Delors, créer ex nihilo, dans des champs de betteraves, le Futuroscope (2e parc d’attraction français) alors que personne n’y croyait, et être le dernier Président centriste du Sénat : trois "exploits" qui résument assez bien la destinée exceptionnelle de cet élu local lié à son terroir mais parallèlement attaché aux perspectives du futur.

« Homme de bon sens, pragmatique et généreux, avisé et compétent qui a formidablement incarné notre Haute Assemblée » : paroles qui pourraient décrire René Monory mais qui furent prononcées par ce même René Monory le 10 décembre 1996 pour rendre hommage à son prédécesseur, Alain Poher.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 avril 2010)


Pour aller plus loin :

Dépêches sur la disparition de René Monory.
Élection du Président du Sénat (séance du 1er octobre 1998).
Alain Poher (1968-1992).
Christian Poncelet (1998-2008).
Gérard Larcher (depuis 2008).
L’élection des Présidents du Sénat.
Plus d’informations sur le Sénat.




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/rene-monory-le-bon-sens-de-la-73098

http://www.lepost.fr/article/2010/04/09/2025738_rene-monory-le-bon-sens-de-la-france-d-en-bas-au-sommet-de-l-etat-3.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-173


http://www.centpapiers.com/rene-monory-le-bon-sens-de-la-france-d%e2%80%99en-bas-au-sommet-de-l%e2%80%99etat-2/12382/

 

 

 








Partager cet article
Repost0
10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 05:45

La décentralisation, le Futuroscope, le département de la Vienne et le Sénat : tels furent les dadas d’un homme politique français très atypique qui a mélangé tradition républicaine modérée et modernisme technologique entrepreneurial. Deuxième partie. 

 

yartiMonory70Il y a un an, dans la nuit du 10 au 11 avril 2009, celle du vendredi saint, le centriste René Monory s’éteignait à 85 ans et demi. Voici un hommage que le week-end pascal de l’an dernier m’avait empêché de rendre.

Dans le premier article consacré à René Monory, j'évoquais son origine et sa montée politique dans la "cour des grands". Grandeur et décadence.

 

Coup de poignard dans les couloirs feutrés

Si sa réélection ne fut qu’une formalité le 2 octobre 1995 malgré la défection de trente-neuf sénateurs de la majorité sénatoriale, René Monory voulait accomplir un troisième mandat à la tête du Sénat mais il fut victime, à son tour, de la "pohérisation" de sa fonction d’autant plus que le groupe RPR ne cessait de se rééquilibrer en défaveur des sénateurs UDF.

Malgré son élan de modernisation, l’âge de René Monory l’avait considérablement fragilisé tant physiquement que politiquement. Son hommage à Maurice Schumann, mort le 9 février 1998, fut un véritable calvaire d’élocution. L’image qu’il présentait du Sénat s’était effectivement "pohérisée" malgré lui.

Quelques mois avant l’élection, René Monory se croyait incontournable et n’imaginait pas qu’on pût le défier. Son ami Jacques Chirac resta pourtant neutre dès qu’apparut la candidature du sénateur RPR des Vosges Christian Poncelet alors qu’une nouvelle génération de sénateurs sous la houlette de Jean Arthuis commencèrent à se réunir pour réfléchir sur le fonctionnement du Sénat.

Le 16 juin 1998, René Monory déclara à la télévision (FR3) avec bluff : « Tous les présidents de groupe de la majorité RPR-UDF m’ont demandé de me représenter ». Mais il fut démenti par le patron des sénateurs RPR Josselin de Rohan et celui des sénateurs RI Henri de Raincourt (actuellement ministre) qui préféraient attendre les résultats des élections sénatoriales avant de se prononcer.

Le 17 septembre 1998 à Bordeaux, lorsque François Bayrou succéda à François Léotard à la présidence de l’UDF, René Monory voulut se réclamer de l’union et de Jacques Chirac mais ce dernier fit annoncer qu’il ne souhaitait « intervenir ni de près ni de loin dans l’élection du Président du Sénat » (une attitude qu’adopta aussi le Président Nicolas Sarkozy en 2008).

Pendant ce temps, Christian Poncelet continua discrètement sa campagne, évita de se dire trop gaulliste pour ne pas froisser les centristes qui pourraient le soutenir et utilisa surtout sa position stratégique de président de la Commission des finances du Sénat d’où il pouvait utiliser la "réserve parlementaire" en pratiquant du clientélisme. À la buvette du Sénat, juste avant le vote, Christian Poncelet répondait même en rigolant aux sénateurs venus le rejoindre : « Je n’ai plus d’argent. J’ai tout donné ! ».

Le 1er octobre 1998, René Monory fut devancé de seize voix par Christian Poncelet au premier tour. C’est Jean-Pierre Raffarin qui lui annonça les résultats : lui cent deux voix, son rival RPR cent dix-huit, soit dix-neuf de plus que le nombre de sénateurs RPR. Dix-neuf "traîtres", surtout dans les rangs des Républicains indépendants (libéraux).

Les centristes et les RI demandèrent de nombreuses suspensions de séance pour préparer le second tour. On peut relire avec intérêt le compte-rendu des débats ici.

Pour René Monory, la messe était dite : il jeta l’éponge et se désista en faveur du centriste Daniel Hoeffel (69 ans), désigné candidat UDF pour le deuxième tour avec cinquante et une voix contre Henri de Raincourt (RI) quarante-neuf. Malgré la présence de François Bayrou (président de l’UDF), Hoeffel fut devancé par Poncelet de toujours seize voix. Philippe Séguin (président du RPR) était lui aussi venu mobiliser les sénateurs RPR.

Christian Poncelet fut finalement élu Président du Sénat au troisième tour. Étrangement, lui aussi était autodidacte et sans diplôme. Lui aussi ouvrit le Sénat aux forces vives de la nation (aux entreprises, à l’innovation, aux laboratoires de recherche etc.) mais lui aussi se "pohérisa" quelques années plus tard.

Dix ans plus tard, le 24 septembre 2008, l’un des héritiers politiques de René Monory, l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, échoua face au gaulliste Gérard Larcher dans sa tentative de redonner au centre droit la Présidence du Sénat.


Une retraite bien méritée

Dans un bilan de session qu’il prononça le 25 juin 1998, René Monory avait invité le gouvernement à réfléchir sur « l’association de ces trois mots : mondialisation, exclusion, formation ». Après avoir clos la session quelques jours après, René Monory ne fit plus aucune intervention publique au Sénat (il resta sénateur jusqu’en 2004 et ne participa qu’aux votes des lois).

yartiMonory10En décembre 2002, il rejoignit beaucoup de ses collègues centristes dans le groupe UMP du Sénat. Le 14 mars 2005, le Président de la République Jacques Chirac le décora de la Légion d’honneur, une accolade qui résumait aussi les liens amicaux qu’entretenaient les deux hommes depuis le début des années 1970.

2004 fut l’année de sa retraite politique : « J’ai décidé d’arrêter. J’ai atteint le maximum. ». Il ne renouvela aucun de ses mandats de conseiller général et de sénateur (il avait quitté la mairie de Loudun en 1999).

En tout, René Monory a cumulé quarante-huit ans conseiller municipal de Loudun (dont quarante ans maire), quarante-trois ans conseiller général de la Vienne (dont vingt-sept ans président du Conseil général), trente ans sénateur (dont six ans Président du Sénat), seize ans conseiller régional (dont un an président du Conseil régional) et six ans ministre (Industrie, Finances et Éducation), soit une vie politique de… cent quarante-trois ans de mandats (dont quatre-vingts ans d’exécutif) !



Dans le troisième et dernier article consacré à René Monory, les principales réactions à l'annonce de sa disparition.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 avril 2010)


Pour aller plus loin :

Dépêches sur la disparition de René Monory.
Élection du Président du Sénat (séance du 1er octobre 1998).
Alain Poher (1968-1992).
Christian Poncelet (1998-2008).
Gérard Larcher (depuis 2008).
L’élection des Présidents du Sénat.
Plus d’informations sur le Sénat.

 


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/rene-monory-le-bon-sens-de-la-73097


http://www.lepost.fr/article/2010/04/09/2025734_rene-monory-le-bon-sens-de-la-france-d-en-bas-au-sommet-de-l-etat-2.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-171

http://www.centpapiers.com/rene-monory-le-bon-sens-de-la-france-d%e2%80%99en-bas-au-sommet-de-l%e2%80%99etat-2/12382/









Partager cet article
Repost0
9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 08:24

La décentralisation, le Futuroscope, le département de la Vienne et le Sénat : tels furent les dadas d’un homme politique français très atypique qui a mélangé tradition républicaine modérée et modernisme technologique entrepreneurial. Première partie. 

 

yartiMonory77Il y a un an, dans la nuit du 10 au 11 avril 2009, celle du vendredi saint, le centriste René Monory s’éteignait à 85 ans et demi. Voici un hommage que le week-end pascal de l’an dernier m’avait empêché de rendre.

Très malade depuis son hospitalisation du 3 août 2008 (à tel point que certaines rumeurs le disaient sur le point de décéder), René Monory avait tenu une place très particulière dans le paysage politique français. Comme Pierre Bérégovoy, il ne faisait pas partie de l’élite intellectuelle du pays. Il n’a fait aucune des grandes écoles du mérite républicain (ENA, X, Normale Sup, Science Po, HEC etc.) mais n’a jamais perdu son bon sens paysan. Il s’en vantait même.

Pour ceux qui ont eu la chance de l’approcher, René Monory était une personne plutôt avare de ses mots, surtout à l’écoute. Son élocution lente et cahoteuse (qui pouvait faire penser à celle de Gaston Defferre), ses sourcils sévères, son visage de Michel Galabru et sa corpulence faite d’un seul roc ne devaient cependant pas faire perdre à l’esprit qu’il a été parmi les rares hommes politiques à avoir entrepris avec succès et à s’être débarrassé des "moules de la pensée unique". Une indépendance d’esprit qui pourrait faire penser à Philippe Séguin, aujourd’hui disparu.


Autodidacte entre ouvrier et chef d’entreprise

Né le 6 juin 1923, René Monory a souvent été représenté comme "le garagiste de Loudun". Ce qui est un peu vrai et un peu faux. Il a hérité du garage paternel qui est devenu, grâce à lui, une prospère concession d’automobiles et de machines agricoles.

Apprenti à 15 ans, René Monory devenait propriétaire de son garage à 25 ans : « Pour les bourgeois, j’étais encore un ouvrier. Pour les ouvriers, j’étais devenu un bourgeois. ».


Notable local et élu national

Besoin de reconnaissance ? C’est comme notable qu’il est élu conseiller municipal en mars 1953 puis maire de Loudun à 35 ans en mars 1959, et conseiller général en mars 1961. Il accumula les mandats locaux. Il créa et présida pendant presque trente ans la communauté de communes de Loudun et initia le premier jumelage nord-sud en associant Loudun à Ouagadougou. Il devint président du Conseil général de la Vienne en 1977 (jusqu’en 2004) et fut même furtivement président du Conseil régional de Poitou-Charentes (de 1985 à 1986), poste qui fut ensuite occupé par Jean-Pierre Raffarin puis Ségolène Royal.

Dans la continuité de sa "carrière" d’élu local, il fut le suppléant du député-maire centriste de Châtellerault Pierre Abelin (en 1962 puis 1967) et fut élu sénateur le 22 septembre 1968 en battant un sénateur sortant. Quelques jours après, Alain Poher devenait Président du Sénat. Dans sa profession de foi sénatoriale, René Monory insistait déjà sur l’adaptation du pays aux mutations économiques, la nécessaire décentralisation et la promotion du Sénat comme institution législative au contact avec les collectivités locales (De Gaulle ayant préparé un projet réformant complètement le Sénat et faisant l’objet du référendum de 1969).

Si son engagement partisan était très feutré, il faisait toutefois partie de grands barons du Centre des démocrates sociaux et de l’UDF, sans doute par tradition et fidélité à son parrain politique, Pierre Abelin, ancien ministre, homme politique important de la Vienne à la mort duquel il avait succédé à la tête du département (et père de l’actuel député-maire centriste de Châtellerault Jean-Pierre Abelin). Il était centriste aussi pour son attachement à l’Europe, à la décentralisation et à l’aménagement du territoire.


Ministre de Raymond Barre

C’est en tant que rapporteur général du budget au Sénat (souvent sévère dans ses analyses) qu’il fut remarqué par yartiMonory14le Premier Ministre Raymond Barre qui le nomma Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat dans son deuxième gouvernement le 29 mars 1977 puis Ministre de l’Économie et des Finances dans son troisième gouvernement le 31 mars 1978, jusqu’au 13 mai 1981, après l’échec présidentiel de Valéry Giscard d’Estaing. L’ancien Président de la République expliqua son choix : « C’était un homme très indépendant, un esprit très concret, modéré, raisonnable. Je me suis dit pour succéder à Michel d’Ornano au Ministère de l’Industrie, voilà un homme qui a géré une entreprise, qui a du bon sens, de l’équilibre et qui connaît le terrain. ».

Parmi les "actions" mémorables de René Monory rue de Rivoli, on peut citer la création des sicav Monory qui fut les premiers produits financiers d’épargne de ce type accessibles au grand public et un levier pour le financement des entreprises.

L’autre décision clef de René Monory au Ministère de l’Économie fut la libéralisation des prix, qu’il parvint à imposer avec pérennité.

Il a par ailleurs négocié avec brio avec des employés d’EDF en grève (à l’époque, les grèves engendraient de longues coupures d’électricité chez les particuliers).


Un des leaders politiques qui comptent

Réélu sénateur en juillet 1981 et siégeant désormais dans l’opposition au gouvernement socialo-communiste, René Monory combattit sans relâche les nationalisations et la politique budgétaire déficitaire de Pierre Mauroy. Il se comporta comme l’un des leaders de centre droit les plus écoutés de l’opposition et refusa catégoriquement toute alliance avec le Front national.

Avant mars 1986, alors que les socialistes n’envisageaient que leur défaite aux législatives et que la cohabitation pointait son nez, René Monory faisait partie des premiers ministrables au même titre que Valéry Giscard d’Estaing (dans le cas où l’UDF aurait plus de députés que le RPR), Alain Peyrefitte, Jacques Chaban-Delmas et bien sûr Jacques Chirac (dans le cas contraire).


Ministre de Jacques Chirac

Finalement, le 20 mars 1986, René Monory fut nommé Ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac (jusqu’au 10 mai 1988). Lors des manifestations étudiantes contre la loi Devaquet (du nom de son Ministre délégué aux Universités Alain Devaquet), il était partisan avec Édouard Balladur (Finances) de la position "dure", celle de ne pas céder à la rue, au contraire de Charles Pasqua (Intérieur), de François Léotard (Culture) et d’Alain Devaquet lui-même qui estimaient que la réforme devait être politiquement abandonnée. La mort tragique de Malik Oussekine le 6 décembre 1986 donna un point final à la première tentative de réforme des universités.


Futuroscope, un projet au présent

L’Éducation nationale fut sa dernière mission gouvernementale. Il se consacra alors personnellement, en tant que yartiMonory23président du Conseil général de la Vienne, à la création du Futuroscope de Poitiers (à partir du 24 octobre 1983) autour duquel un pôle d’excellence en communication et technologies innovantes s’est développé. Son objectif, c’était de faire du Poitou-Charentes, coincé entre Paris, Tours et Bordeaux, un pôle attractif pour les touristes, les étudiants et les industriels, et la mission a, semble-t-il, était remplie, bénéficiant rapidement d’une ligne TGV. Le projet Vulcania de Valéry Giscard d’Estaing n’a pas connu le même succès pour développer l’Auvergne dont il a été président du Conseil régional.

Le Futuroscope (inauguré le 31 mai 1987 par Jacques Chirac) était son véritable "bébé" dont il était très fier avec ses presque quarante millions de visiteurs jusqu’en 2009. Il en a profité également pour promouvoir dans son département Internet et l’informatique en général, voulant donner aux enfants du primaire les moyens matériels de l’apprentissage de ces nouvelles technologies. Il fréquenta de nombreux pôles de haute technologie à l’étranger, en Californie (la Silicon Valley), en Chine, au Japon, en Corée du Sud, et s’afficha même avec Bill Gates le 5 février 1997 : « René Monory ? c’est la IIIe République plus les logiciels » ! D’autres maires l’imiteront dans cette passion de l’informatique et des télécommunications, notamment Jean-Marie Rausch à Metz et André Santini à Issy-les-Moulineaux.


Sénateur avant tout

Réélu sénateur en septembre 1988, René Monory fut un opposant intransigeant aux gouvernements socialistes de Michel Rocard puis d’Édith Cresson élue maire de Châtellerault (de 1983 à 1997).

En fin septembre 1989, alors qu’Alain Poher était vieillissant, ses amis centristes lui cherchèrent un successeur au plateau. Jean Arthuis osa défier au premier tour le Président sortant du Sénat, et René Monory au second tour, mais Alain Poher fut réélu au troisième tour grâce au soutien intéressé de Charles Pasqua et de son groupe RPR dans l’optique de la prochaine élection.

L’élection suivante, justement, le 1er octobre 1992, dix jours après le référendum sur le Traité de Maatricht, le poste de Président du Sénat était désormais ouvertement à pourvoir. Bien que séparés en trois groupes, les sénateurs de l’UDF organisèrent en leur sein une primaire entre René Monory (CDS/Union centriste), Pierre-Christian Taittinger (PR/Républicain indépendant) et Daniel Hoeffel (CDS/UC). René Monory l’emporta au second tour sur Pierre-Christian Taittinger. Puis l’emporta au moment fatidique de l’élection sur Charles Pasqua dont les troupes RPR étaient encore trop peu nombreuses.

Le 2 octobre 1992, René Monory fut donc élu Président du Sénat à l’âge de 69 ans. Il remplaça un homme de 83 yartiMonory70ans qui resta vingt-quatre ans dans cette fonction. Il donna une meilleure place médiatique en acceptant de participer à des émissions politiques au contraire de son prédécesseur. Son but était de médiatiser le Sénat, de montrer aux citoyens son rôle régulateur et d’imposer certains thèmes qui lui étaient chers : la décentralisation et la déconcentration, la formation professionnelle, la construction européenne et la monnaie unique. Il a eu à réagir aux attaques de Lionel Jospin, Premier Ministre de cohabitation, sur une supposée « anomalie parmi les démocraties » en avril 1998.

Modernisateur, il l’a été sans aucun doute en ouvrant le site Internet du Sénat en octobre 1995 qui donne un accès immédiat aux citoyens à tous les documents parlementaires. René Monory fut aussi à l’origine de l’ouverture du Sénat sur le "monde réel" (économie, recherche, social, jeunesse etc.) avec de nombreuses manifestations, ouverture poursuivie par son successeur Christian Poncelet. C’est aussi lui qui imagina avec Philippe Séguin, Président de l’Assemblée Nationale, une chaîne de télévision parlementaire.

L’automne 1994 fut pour les Français, et plus particulièrement pour René Monory, celui de toutes les rumeurs : la santé du Président François Mitterrand était de plus en plus fragile et le Premier Ministre Édouard Balladur se préparait déjà à une élection présidentielle anticipée tandis que René Monory s’imaginait devoir assurer l’intérim de la Présidence de la République.

À cette occasion, le bon sens de René Monory a pu être testé.

 

Dans le deuxième article consacré à René Monory, crime et châtiment dans les couloirs feutrés... avant le troisième et dernier article, requiem. 

 


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 avril 2010)


Pour aller plus loin :

Dépêches sur la disparition de René Monory.
Élection du Président du Sénat (séance du 1er octobre 1998).
Alain Poher (1968-1992).
Christian Poncelet (1998-2008).
Gérard Larcher (depuis 2008).
L’élection des Présidents du Sénat.
Plus d’informations sur le Sénat.




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/rene-monory-le-bon-sens-de-la-73094

http://www.lepost.fr/article/2010/04/09/2025724_rene-monory-le-bon-sens-de-la-france-d-en-bas-au-sommet-de-l-etat-1.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-169

 

http://www.centpapiers.com/rene-monory-le-bon-sens-de-la-france-d%e2%80%99en-bas-au-sommet-de-l%e2%80%99etat-1/12380/











Partager cet article
Repost0
5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 13:39

Il vient de disparaître à soixante-quatre ans. Connu pour ses positions tranchées, Jacques Marseille était à la fois observateur et force de proposition. Radical, il n’hésitait pas à révolutionner les perspectives économiques et sociales. Pour preuve, l’allocation universelle à 750 euros par mois pour tout le monde inconditionnellement.


yartimarseillejacques01Marseille à Paris. Ce n’est pas midi à quatorze heures pourtant.
Ni un match de foot OM-PSG.
 
C’est juste que l’historien de l’économie était parisien... L’un des promoteurs qui a le mieux argumenté l’allocation universelle pour tous les Français. « Une voie libérale vers le communisme, en somme ! » reconnaissait-il.
 
 
Libéral
 
Il avait de zélés adversaires. Peut-être étaient-ce ses anciens camarades du parti communiste ? On lui contestait son militantisme anti-syndicats, son intransigeance face aux abus de l’État, son souhait d’un monde qui encouragerait un peu plus l’initiative privée.
 
Les plus médisants pointaient même sur sa supposée avarice que rien de tangent n’a pu confirmer. Sur ses émoluments de professeur d’histoire économique et sociale à la Sorbonne (la chaire de Marc Bloch) dont les cent vingt-huit heures annuelles de cours (penser quand même aux heures pour les préparer) lui donnaient quelques créneaux horaires pour rédiger des bouquins, et aller dans les médias, des chroniques au "Point", à "L’Expansion", aux "Échos", des prestations sur Europe 1 et sur France 5 ("C dans l’air") entre autres, des activités qui pouvaient apporter un peu de beurre à ses épinards et une visibilité accrue de ses réflexions.
 
 
Inféodé au pouvoir ?
 
Bon, c’est vrai que Jacques Marseille n’avait jamais caché ses idées, qu’il professait moins d’État et mieux d’État. Mais de là à dire qu’il était inféodé au pouvoir en place, c’est se tromper sur ce qu’on pourrait appeler des intellectuels qui réfléchissent à voix haute. Leur ego est bien trop grand pour se résoudre à avaler sans raison des couleuvres de la pensée. Leurs réflexions les placent dans le rôle (enviable) de l’observateur, pas de l’acteur. Jacques Marseille avait ainsi condamné le simpliste slogan de campagne de Nicolas Sarkozy « Travailler plus pour gagner plus » qu’il assimilait à « un slogan datant manifestement du siècle dernier » et préférait le slogan : « vivre mieux » (quel que soit le travailler : plus, moins, autant) assez similaire à celui des défenseurs de la décroissance.
 
 
Dysfonctionnements
 
Jacques Marseille était surtout connu pour avoir pointé du doigt le fameux "Mal français" d’Alain Peyrefitte comme d’autres, comme Nicolas Bavarez ou Éric Le Boucher.
 
Pour Jacques Marseille, l’élection de 2007 était l’un des huit rendez-vous cruciaux de l’histoire de France : « après le choix de l’État contre les féodalités, celui de la tolérance religieuse contre le fanatisme, de l’ordre contre les privilèges, des institutions stables contre le désordre (Napoléon), le choix du marché contre le paupérisme (Napoléon III), celui de la résistance contre l’accommodement (De Gaulle), du grand large contre la nostalgie coloniale (encore De Gaulle), et le choix du courage contre l’égoïsme ». Là, on pourrait dire qu’il avait un peu exagéré.
 
L’un de ses derniers bouquins, paru avant l’élection présidentielle, précisait clairement son contenu avec son titre : "Les 100 chiffres pour ne pas voter nul en 2007".
 
L’objectif était de faire un état des lieux de la situation économique et sociale du pays qui pouvait un peu étonner. Certes, il y a eu des évolutions depuis trois ans, mais Jacques Marseille donnait quelques critères intéressants.
 
Par exemple, au lieu de parler du nombre de demandeurs d’emploi par nombre d’actifs, il vaudrait mieux calculer le rapport du nombre de demandeurs d’emploi sur le nombre des actifs tributaires de la conjoncture, à savoir les travailleurs du privé, en éliminant les sept millions de fonctionnaires ou assimilés (dont il était en tant qu’universitaire) qui, eux, n’ont pas à craindre de perdre leur emploi (même s’il peut y avoir d’autres problèmes). Et par conséquent, ce taux monterait non pas à 10% mais à plus de 20% ! Ceux qui, soumis au secteur marchand, recherchent un travail. Les 20% datent de 2007, nul doute que la crise aura fait exploser ce taux.
 
Jacques Marseille pestait aussi contre la fierté de d’affirmer que la France a une productivité horaire élevée : c’est vrai, mais par rapport aux autres pays, il y a beaucoup moins de gens qui travaillent en France, notamment entre 55-64 ans, seulement un tiers au lieu de la moitié ou des deux tiers dans d’autres pays européens.
 
 
Promoteur de l’allocation universelle
 
Jacques Marseille était cependant partisan d’une mesure radicale et révolutionnaire : l’allocation universelle. Verser 750 euros par mois à tous les Français âgés de plus de 18 ans et la moitié de la naissance à 18 ans. Les allocations familiales, c’est nettement moins que 375 euros : 120 euros par enfant par mois au-delà du deuxième enfant. Les bourses pour lycéens ou étudiants, c’est 400 euros, soit nettement moins que les 750 euros par mois. Cette prestation coûterait 510 milliards d’euros. Elle permettrait pour un couple de smicards de recevoir chaque mois pas 2000 euros nets mais 3500 euros net par mois.
 
Elle serait financée par la suppression de toutes les prestations sociales, y compris le système des retraites par répartition qui aurait, en 2050, 10 cotisants pour 8 retraités (en 1980, 4 cotisants pour 1 retraité et en 1945, 15 cotisants pour 1 retraité). Ce système se transformerait alors en système par capitalisation PLUS cette allocation universelle qui avantagerait les moins aisés et encouragerait à travailler (malgré le droit à ce revenu inconditionnel).
 
Seules, les prestations d’assurance maladie resteraient maintenues (de l’ordre de 160 milliards d’euros), ce qui augmenterait globalement de seulement 16% les dépenses de protection sociale, hausse qui pourrait être compensée par les économies réalisées par l’État dans la suppression de tous les dispositifs sociaux.
 
Bref, l’instauration d’une telle allocation ne coûterait pas plus cher. Sa démonstration développée dans un de ses livres paraît être assez convaincante.
 
Il est sûr que cette idée devrait être remise à jour, notamment pour la rendre compatible avec le financement de la dépendance (prochain dossier après les retraites) et sécuriser une retraite par capitalisation des risques que la crise financière a fait apparaître au grand jour.
 
 
Contre les idées simplistes
 
Jacques Marseille était contre les solutions simplistes consistant à prendre aux riches l’argent et le redistribuer aux pauvres.
 
Avec une petite démonstration mathématique assez facile à saisir : les 40 patrons du CAC 40 gagnent à eux seuls 200 millions d’euros par an (enfin, en 2007, sûrement plus aujourd’hui… Henri Proglio ferait "pâle figure" dans ce petit cercle). Si l’on voulait les redistribuer aux plus pauvres (en 2007, près de 4 millions de personnes sont en dessous du seuil de pauvreté), alors chaque "pauvre" n’aurait annuellement que… cinquante euros supplémentaires. Pas de quoi résoudre les choses. Alors que l’allocation universelle, elle, est un dispositif innovant qui accroîtrait notablement les plus bas revenus.
 
 
Dernier combat
 
Enfin, jusqu’à ce jeudi 4 mars 2010 matin, Jacques Marseille était également contre le cancer, pas seulement ce « cancer qui ronge le pseudo-modèle social français » (incohérences des interactions entre l’État et le secteur marchand) mais également le vrai, celui qui mine et abat même les hommes de soixante-quatre ans au sommet de leur art.
 
 
 
Sylvain Rakotoarison (5 mars 2010)
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
 
 
 
yartimarseillejacques08 
 



http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-marseille-liberal-et-71055

http://www.lepost.fr/article/2010/03/05/1972261_jacques-marseille-liberal-et-revolutionnaire.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-142

http://www.centpapiers.com/jacques-marseille-liberal…-et-revolutionnaire/11898/






Partager cet article
Repost0
24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 08:44

Parent pauvre de la politique nationale, Grenoble n’avait jusqu’à maintenant jamais porté depuis la guerre ses élus vers de hautes destinées sauf dans un cas bien malheureux.


yartiMigaud07Nouveau volet de l’ouverture selon Nicolas Sarkozy, le député socialiste de l’Isère Didier Migaud vient d’être nommé ce 23 février 2010 premier Président de la Cour des Comptes pour succéder à l’imposant Philippe Séguin. Une marque d’estime et de reconnaissance pour l’élu compétent, mais aussi un nouveau départ pour l’une des agglomérations les plus dynanmiques du pays.


Petit rappel historique


Hubert Dubedout, maire de Grenoble depuis 1965 et leader de la "nouvelle gauche" (celle de Pierre Mendès France et Michel Rocard), avait été proposé en 1981 Ministre du Logement par Pierre Mauroy à François Mitterrand, nouveau Président de la République. Finalement, Hubert Dubedout resta à Grenoble, laissant le portefeuille à Roger Quilliot (qui laissa alors son siège de sénateur à un conseiller du Président, Michel Charasse), et il perdit même la ville jugée pourtant imprenable.

À la fin des années 1980, le département de l’Isère et la ville de Grenoble étaient devenus RPR malgré une vieille tradition de gauche.


Alain Carignon


À l’origine de ce changement radical, Alain Carignon qui, après avoir obtenu un canton en 1976 à 27 ans, s’était emparé, dès le premier tour, de la mairie d’Hubert Dubedout en mars 1983 (à 34 ans), puis d’un mandat de député européen en juin 1984 et enfin, de la présidence du Conseil général de l’Isère en mars 1985, pourtant détenue par le Président de l’Assemblée Nationale de l’époque Louis Mermaz.

Mars 1986 marquait une étape essentielle dans la vie d’Alain Carignon puisque, élu député, il fut immédiatement nommé Ministre délégué à l’Environnement dans le gouvernement de Jacques Chirac. Son ambition était sans limite puisqu’il s’imaginait déjà parmi les futurs présidentiables.

Au printemps de 1988, après la réélection de François Mitterrand, Alain Carignon imaginait poursuivre sa carrière ministérielle en devenant ministre d’ouverture dans le gouvernement de Michel Rocard. Grenoble avait largement réélu François Mitterrand et dans la perspective de sa réélection à la mairie en mars 1989, Alain Carignon cherchait lui aussi à faire de l’ouverture (avec notamment Guy Névache, le responsable des socialistes grenoblois).

Réélu député et limité par le cumul, Alain Carignon décida de démissionner de son mandat national pour conserver ses deux mandats à la tête d’un exécutif : la mairie et le département. Alain Carignon eut quelques velléités d’indépendance rénovatrice en 1989 qui se soldèrent par un échec.

Malgré un bref retour au gouvernement d’Édouard Balladur, Alain Carignon s’enlisa dans les "affaires" jusqu’à en faire de la prison. Pendant la campagne présidentielle de 1995, aucun des deux candidats issus du RPR, ni Jacques Chirac ni Édouard Balladur, n’osa faire le déplacement.


Triumvirat socialiste

Juin 1995 rouvrait naturellement les portes de la mairie à la gauche : Michel Destot, l’opposant rocardien, avait réussi le tour de force d’éviter tout parachutage national (on parlait à l’époque de Jack Lang et de Bernard Kouchner) dans une grande ville prête à être cueillie.

Maire de Grenoble, Michel Destot (63 ans), député de Grenoble depuis juin 1988, fut de la même génération que Didier Migaud (57 ans), lui aussi élu à l’Assemblée Nationale depuis juin 1988 et futur maire de Seyssins. En 1995, la répartition des rôles laissa à Didier Migaud la présidence de la communauté d’agglomération (en 1995, il avait eu, lui aussi, des visées sur la ville de Grenoble et en 1998, sur le Conseil général qui n’était pas encore repassé à gauche).

Avec André Vallini (53 ans), jeune maire de Tullins (il avait à peine 30 ans) et devenu député à partir de juin 1997, les trois élus forment depuis une quinzaine d’années le triumvirat socialiste de l’agglomération. André Vallini a été élu président du Conseil général de l’Isère en mars 2001, si bien que chacun des trois députés avait "son" mandat à la tête d’un exécutif important.

Michel Destot, rocardien proche de Dominique Strauss-Kahn mais soutenant Bertrand Delanoë en novembre 2008, n’a jamais vraiment su avoir un écho national tandis que ses deux autres compères sont devenus des spécialistes parlementaires reconnus.

Proche de François Hollande, André Vallini, qui admire le gaullisme social et institutionnel, est un spécialiste de la justice et des institutions. Cela l’a conduit à diriger la commission parlementaire sur le procès d’Outreau et à être responsable au sein du Parti socialiste de ce thème.

Didier Migaud s’est spécialisé dans l’analyse budgétaire et a vite montré ses compétences tant auprès de ses collègues socialistes que de ses adversaires (comme Jacques Barrot à l’époque président de la Commission des finances).


Didier Migaud

Proche de Laurent Fabius dont il épouse presque le look, Didier Migaud a été très déçu de ne pas faire partie de la "dream team" de Lionel Jospin en 1997 : il comptait y faire son entrée comme Ministre du Budget et n’a été que rapporteur général du budget, poste qui lui permit cependant d’être au centre des débats budgétaires. C’est à ce titre qu’il fut, avec Alain Lambert, son alter ego du Sénat, le père de la LOLF, la loi organique n°2001-692 du 1er août 2001 relative aux lois de finances qui a pour but d’évaluer les politiques publiques.

Pendant la dernière campagne présidentielle, il fut désigné comme conseiller budgétaire de la candidate Ségolène Royal, pour remplacer en catastrophe… Éric Besson démissionnaire.

yartiMigaud26Fort habile en campagne, Nicolas Sarkozy avait réussi à reprendre l’idée de sa concurrente Ségolène Royal en promettant d’attribuer à l’opposition le poste de président de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale. Le 28 juin 2007, c’est donc tout naturellement que ses amis socialistes désignèrent Didier Migaud pour occuper ce poste.

Compétent, talentueux et sachant doser entre ses convictions et sa fonction, Didier Migaud a réussi à naviguer tant bien que mal, en présidant la commission dont il n’était pas majoritaire tout en critiquant politiquement certaines options du gouvernement (comme les heures supplémentaires du bouclier fiscal). Il a été désigné "député de l’année 2009" par le Trombinoscope pour être le député le plus actif de l’Assemblée Nationale.


La lourde succession de Philippe Séguin

La mort de Philippe Séguin a rendu nécessaire la désignation d’un nouveau premier Président de la Cour des Comptes par le Président de la République. Pour Nicolas Sarkozy, c’est une nomination délicate et pleine de sens politique.

Après avoir proposé à Alain Juppé et à François Hollande cette fonction très importante de contrepouvoir, et après des rumeurs concernant Anne-Marie Idrac ou encore Alain Lamassoure, Nicolas Sarkozy a opté finalement pour la compétence et l’ouverture politique en désignant Didier Migaud. L’objectif d’une République irréprochable est en bonne voie.

L’indépendance et la compétence de Didier Migaud, qui voit ainsi consacrer son action politique, ne peuvent mettre en doute la pertinence de cette nomination politique, tout comme le soutien de Nicolas Sarkozy à Dominique Strauss-Kahn pour le poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI).


Deux réactions parmi d’autres


Parmi les nombreuses réactions qu’a suscitées cette nomination, notons-en deux.

Celle du député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde, président exécutif du Nouveau centre : « En nommant M. Migaud à la tête de l’institution de contrôle des comptes publics, le Président de la République nous fait franchir un pas de plus vers une démocratie réelle, loin de ce que depuis 1958 certains ont pu appeler à juste titre la République des copains et des coquins. ».

Et celle discordante du député-maire de Vannes, François Goulard (ancien soutien de François Bayrou en 2007 et proche de Dominique de Villepin) qui craint une manœuvre politique par l’instrumentalisation de la haute institution : « Le problème est de nommer à la tête d’une juridiction un homme politique. Séguin était issu de la Cour des Comptes. ».

Parmi les prédécesseurs de Didier Migaud, il y a aussi l’ancien ministre Pierre Joxe qui quittera le 28 février 2010 le Conseil Constitutionnel dont le renouvellement est annoncé ce 24 février 2010.


Succession en Isère

Quant aux trois mandats que Didier Migaud abandonne en Isère, nul doute qu’une profonde réorganisation des rapports de force au sein des socialistes isérois va rapidement s’opérer, probablement au bénéfice d’André Vallini.

Son principal mandat, la présidence de la communauté d’agglomération de Grenoble, va être disputé certainement entre Michel Destot (député-maire de Grenoble), Geneviève Fioraso (députée, première adjointe de Grenoble et première vice-présidente), Christophe Ferrari (jeune maire de Pont-de-Claix), Marc Baïetto (maire d’Eybens et conseiller général, président des transports grenoblois) et Michel Issindou (député-maire de Gières).


Pas vassal de l’Élysée

Grenoble est sous les projecteurs de la politique nationale grâce aux performances d’un de ses plus talentueux élus, Didier Migaud, et à l’habile poursuite de l’ouverture politique décidée par Nicolas Sarkozy. On peut être sûr que Didier Migaud sera d’une indépendance à toute épreuve et ne sera pas le vassal de l’Élysée. Aussi indépendant que son prédécesseur. La Cour des Comptes en sort renforcée dans sa mission de contrôle de l’argent public. La République ne pourra qu’y gagner.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 février 2010)


Pour aller plus loin :

L’ouverture politique.

Nominations au Conseil Constitutionnel.

L’amertume de Pierre Joxe.

Zoom sur le PS.

yartiMigaud66


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/didier-migaud-a-la-cour-des-70530

http://fr.news.yahoo.com/13/20100224/tot-didier-migaud-la-cour-des-comptes-gr-89f340e_1.html

Une Agoravox du 24 février 2010

http://www.lepost.fr/article/2010/02/24/1957585_didier-migaud-a-la-cour-des-comptes-grenoble-aussi-a-l-honneur.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-137

http://www.centpapiers.com/didier-migaud-a-la-cour-des-comptes-grenoble-aussi-a-l’honneur/11804/



 

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 23:57

Un homme de réflexion, d’une épaisseur politique et intellectuelle reconnue, à la pensée indépendante, mais d’un potentiel qui n’a jamais réussi à se transformer en victoire personnelle nationale. Une énigme de la vie politique française pour une figure majeure presque oubliée depuis une décennie.


yartiseguin200901La nouvelle initiée par RTL à huit heures a brusqué un matin couvert de neige sur Paris : Philippe Séguin est mort dans le 7 janvier 2010 à six heures quarante-cinq à Paris (15e) à la suite d’une crise cardiaque. Il était encore présent publiquement le 6 janvier 2010 à Matignon lorsque le Premier Ministre François Fillon présentait ses vœux pour 2010. Il sera enterré le 11 janvier prochain.


Un roc qui s’en va

Philippe Séguin a été l’une des personnalités majeures de la vie politique française depuis l’accession au pouvoir de François Mitterrand en 1981 jusqu’à la fin du premier mandat de Jacques Chirac en 2002. Et pourtant, même certains jeunes journalistes semblent montrer qu’il a été oublié par les médias, malgré quelques épisodiques coups de gueule contre la situation financière déplorable de l’État.

J’ai eu la chance de l’avoir rencontré à plusieurs reprises à partir du début des années 1990 et si son visage intimidant et sa silhouette très imposante pouvaient impressionner, c’était avant tout la densité de sa réflexion politique et son indépendance conquise dès le début de sa trajectoire qui apparaissaient en premier. Indépendance qui ne ménageait pas certaines susceptibilités et qui l’empêchèrent sans doute d’atteindre les plus hautes fonctions de l’État, à savoir Matignon et l’Élysée.

Principal axe de sa doctrine personnelle, le gaullisme social, qui se conjuguait par un souci de préserver la souveraineté nationale et la préoccupation d’une nécessaire solidarité nationale auprès des plus démunis. Rejetant les héritiers du gaullisme qu’il pouvait juger un peu trop libéraux (Jacques Chirac, Édouard Balladur, Alain Juppé), ses réflexions ont abouti à se placer comme le fer de lance du "non" lors du référendum sur le Traité de Maastricht en septembre 1992 (il dira par la suite que la monnaie unique européenne était finalement un succès et qu’il convenait de ne pas revenir au franc) et à souffler à Jacques Chirac le thème très porteur de la "fracture sociale" lors de la campagne présidentielle de 1995.

Il était capable de profondes transformations, même physique, puisqu’à partir de 1991, lorsqu’il a envisagé un destin présidentiel, il avait réussi une cure d’amaigrissement draconienne, et depuis son retrait de la vie politique, en juin 2002, il avait laissé pousser une courte barbe très à la mode chez les quinquagénaires.

Respecté comme un républicain incontestable, il était aussi craint et ses collaborateurs ont souvent fait les frais de ses grosses colères (capables de traumatiser les interlocuteurs).


Une jeunesse déracinée

Né à Tunis le 21 avril 1943, orphelin de père, Philippe Séguin mena avec succès des études de lettres et de sciences politiques à Aix-en-Provence puis réussit le concours de l’ENA (promotion Robespierre). Sorti parmi les meilleurs, il intégra en 1970 la prestigieuse Cour des comptes (mais il aurait préféré le Conseil d’État comme Jacques Attali, son condisciple).

Pendant les années 1970, il collabora dans différents cabinets ministériels, jusqu’à devenir chargé de mission à Matignon auprès du Premier Ministre Raymond Barre entre octobre 1977 et février 1978. Sa grande estime pour Raymond Barre rendit méfiant Jacques Chirac sur sa loyauté.

Parachuté dans une circonscription difficile à Épinal (il aurait préféré dans le Var), Philippe Séguin fut élu député en mars 1978 (à 34 ans) et fit partie de cette nouvelle génération de parlementaires (avec entre autres François Léotard) qui devinrent les principaux opposants aux gouvernements socialistes Mauroy et Fabius entre 1981 et 1986. Dans la lignée des gaullistes sociaux comme Robert Boulin, Philippe Séguin n’hésitait pas, quand il le fallait, à lutter férocement contre ses adversaires, pimentant quelques séances de l’Assemblée Nationale de son verbe résonnant.


Une volonté et un caractère affirmés

L’indépendance, c’était sa prise de position, très claire, en faveur de l’abolition de la peine de mort en septembre 1981 (Jacques Chirac aussi a été abolitionniste).

En mars 1983, Philippe Séguin fut élu maire d’Épinal, fonction qu’il fit renouveler jusqu’en 1997. Bien que membre du Conseil régional de Lorraine de 1979 à 1983, il n’a jamais voulu prendre le leadership politique de la région (ni du département des Vosges "réservé" à Christian Poncelet), préférant se consacrer entièrement à ses ambitions nationales.

À partir de 1984, la grande popularité de Raymond Barre rendit difficiles les relations entre Jacques Chirac et Philippe Séguin, soupçonné de barrisme rampant. Pourtant, Philippe Séguin n’allait pas cesser, par la suite, de faire acte de fidélité et d’allégeance à Jacques Chirac jusqu’à l’élection présidentielle de 1988.

Lors de la mise en place du gouvernement de Jacques Chirac au cours de la première cohabitation entre mars 1986 et mai 1988, ce fut tout naturel pour Philippe Séguin de se retrouver l’important Ministre des Affaires sociales et de l’Emploi. Rappelons que peu avant les élections législatives de 1986, Valéry Giscard d’Estaing avait rêvé, faute de Matignon, d’obtenir un grand Ministère de la Reconstruction nationale incluant les Finances et les Affaires sociales.

Gaulliste "de gauche", Philippe Séguin ne pouvait cependant voir d’un très bon œil les principales mesures du gouvernement Chirac comme la suppression administrative de licenciement (qu’il signa pourtant lui-même) ou la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes (rétabli après la réélection de François Mitterrand).

Paradoxalement, ces deux années au gouvernement furent les seules où Philippe Séguin était aux affaires. Il n’y revint plus malgré sa stature politique incontestable. Parmi ses collaborateurs, Roger Karoutchi (ancien ministre sous Nicolas Sarkozy), chargé de mission (puis chef de cabinet à l’hôtel de Lassay puis conseiller politique de Philippe Séguin à la présidence du RPR).


Un leadership autonome

Après l’échec cinglant de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de mai 1988, le doute au RPR était très fort. Philippe Séguin en profita pour prendre deux initiatives au sein de l’opposition UDF-RPR qui allaient échouer.

La première en avril 1989, en concertation avec François Bayrou, le plaça parmi les leaders des rénovateurs de l’opposition (en firent partie également François Fillon, Charles Millon et Philippe de Villiers). L’objectif clairement avoué était de changer de génération (en finir avec les "Chirac-Giscard-Barre" avec une échéance immédiate, les élections européennes de juin 1989, à la suite des élections municipales de mars 1989 qui furent un grand succès pour les jeunes têtes de l’opposition (Lyon, Grenoble, Toulouse, Annecy, etc.).

Si le mouvement des rénovateurs prit de l’ampleur grâce à la popularité de Michel Noir et de Dominique Baudis, il fut vite stoppé par les antagonismes européens entre un Philippe Séguin souverainiste et un François Bayrou fédéraliste.

L’échec de cette tentative qui n’eut aucun lendemain provenait aussi de l’absence d’implication des deux héritiers majeurs de l’époque, Alain Juppé (qui devint rapidement le rival récurrent de Philippe Séguin au sein de la Chiraquie) et François Léotard (qui se risqua à une seconde tentative de rénovation avec Michel Noir et Michèle Barzach une année plus tard sans aucun succès médiatique ni politique).

Seconde initiative sans lendemain organisée par Philippe Séguin, la mise en place d’un courant souverainiste au sein du RPR en fin 1990 dans une alliance interne avec Charles Pasqua, gaulliste "de droite" qui étonna beaucoup les observateurs. Dans ses mémoires publiées récemment, Pasqua affirma qu’à l’époque, ne croyant plus aux chances présidentielles de Jacques Chirac et surtout, à son identité gaulliste, il trouva en Philippe Séguin un futur présidentiable prêt à défendre un gaullisme authentique.

Dans ce courant, Philippe Séguin accueillit l’un de ses fidèles, François Fillon, ainsi que Michel Barnier, et le père de Nathalie Kosciusko-Morizet (actuelle secrétaire d’État). Ils n’obtinrent que 31% aux assises du RPR au Bourget le 11 février 1990.


Maastricht, tremplin pour une ambition présidentielle

yartiseguin200992Encouragé par Charles Pasqua, Philippe Séguin ne prit toute son envergure qu’à partir du débat sur le Traité de Maastricht proposant une monnaie unique européenne. Il réclama un référendum le 5 mai 1992 dans un discours à l’Assemblée Nationale qui fit date. Référendum finalement accordé par François Mitterrand.

Son talent d’orateur et ses arguments bien affûtés contre la construction européenne lui donnèrent un rôle prépondérant dans la campagne référendaire avec la consécration par le Président de la République François Mitterrand qui lui fit l’honneur d’un débat télévisé contradictoire à la Sorbonne le 2 septembre 1992.

Une consécration qui l’a piégé car la maladie de François Mitterrand, ses nombreuses pauses pour soulager ses souffrances l’avaient dissuadé d’attaquer trop fortement et il se montra finalement assez mou dans un débat fort policé (au grand dam de Charles Pasqua). Même si le "oui" l’avait emporté (de très peu), Philippe Séguin avait toutefois acquis une véritable stature de présidentiable.


Choc frontal contre Édouard Balladur et Alain Juppé

La victoire des élections législatives de mars 1993 permit à Philippe Séguin de devenir un Président de l’Assemblée Nationale respecté et apprécié (il a été élu au perchoir au second tour après un premier tour face à Dominique Baudis). Il choisit notamment Henri Guaino (actuel conseiller spécial à l’Élysée) comme chargé de mission, très brièvement puisque Charles Pasqua le nomma ensuite à son cabinet place Beauvau.

De mars 1993 à juin 1997, il a cherché à moderniser l’institution parlementaire en obligeant les députés à venir plus souvent en séance, refusant le vote des absents et très strict sur les temps de paroles (les Guignols de l’Info en fit alors un véritable cauchemar pour les députés).

Placé ainsi en position d’observateur, Philippe Séguin eut tout le loisir de combattre le gouvernement d’Édouard Balladur : « Balladur existe puisqu’il se trompe à chaque fois qu’il prend une décision » (cité par "Le Monde" du 8 janvier 2010) .Il employa même des termes très forts comme celui d’accuser le Premier Ministre de préparer un « Munich social ».

Alors que son ancien compère, Charles Pasqua, retrouva à Édouard Balladur quelques qualités (il le laissait tranquille au Ministère de l’Intérieur sans intervention de sa part), Philippe Séguin s’engagea pleinement dans la campagne présidentielle désespérée de Jacques Chirac, à l’instar de très rares responsables politiques (comme Alain Juppé, Jean-Louis Debré, Hervé de Charette, Charles Millon et Alain Madelin). Même François Fillon ne sut résister aux sirènes balladuriennes.

La victoire inespérée de Jacques Chirac en mai 1995 (alors qu’en janvier 1995, Nicolas Sarkozy imaginait même qu’Édouard Balladur serait élu dès le premier tour) ne fut pas à la hauteur des attentes de Philippe Séguin malgré sa part déterminante dans cette campagne. Son rival de toujours, Alain Juppé, fut nommé à Matignon et lui restait au perchoir, la victoire dérobée.


Il ne sera jamais Premier Ministre

Le 21 avril 1997, Jacques Chirac fit la première des deux bêtises de sa Présidence. À savoir, il décida de dissoudre une Assemblée Nationale qui lui était très majoritairement favorable, sur conseil peu avisé de Dominique de Villepin et d’Alain Juppé.

Pourtant, comme l’impopularité commencée avec les dures grèves de 1995 contre la réforme de la sécurité sociale désarmait surtout le gouvernement d’Alain Juppé, Jacques Chirac aurait plutôt dû choisir la seule option possible pour préparer les élections législatives prévues en mars 1998 : le changement de Premier Ministre et la nomination incontournable de Philippe Séguin à Matignon. C’est ce que Jacques Chirac a compris, mais trop tard, seulement entre les deux tours des législatives ("pour convenances personnelles") de juin 1997, où Alain Juppé renonçait dans tous les cas à diriger le gouvernement. Lionel Jospin bénéficia de cette véritable faute stratégique. Et pour cinq années d’une troisième cohabitation.


Patron éphémère du RPR

yartiseguin200938Philippe Séguin fut en juillet 1997 le recours irrésistible du RPR et des gaullistes ayant échoué (de nombreux députés sortants battus en voulurent à Jacques Chirac de ne même pas avoir été prévenus de la dissolution). Philippe Séguin devenait en quelques sortes le "Michel Rocard du gaullisme", à l’instar de Michel Rocard hissé à la tête du Parti socialiste après l’échec des législatives de mars 1993.

Ce fut donc un binôme qui se forma la tête du RPR : Philippe Séguin à la présidence et Nicolas Sarkozy au secrétariat général. Pendant vingt et un mois, ils travaillèrent ensemble en bonne entente malgré des options idéologiques, des alliances politiques et des personnalités très différentes. Parmi les actions entreprises, Philippe Séguin fit adopter le principe de l’élection directe par les adhérents du président du RPR. Michèle Alliot-Marie bénéficiera (seule) de cette mesure en 1999 (pour lui succéder).

L’échéance cruciale pour lui était les élections européennes de juin 1999 qui s’auguraient très mal : Charles Pasqua, battu car balladurien, en disgrâce définitive de la Chiraquie, et très déçu par Philippe Séguin, décida de monter une liste aux européennes avec les autres souverainistes, comme Philippe de Villiers qui avait eu de beaux scores en juin 1994 et avril 1995 (respectivement 12,3% et 4,7%). Le choc allait être lourd à gérer entre Séguin et Pasqua, anciens alliés.

Beaucoup de chiraquiens (comme Bernard Pons) ayant laissé entendre que les deux listes reflétaient les mêmes idées du RPR, Philippe Séguin démissionna de la présidence du RPR le 16 avril 1999 et renonça à sa candidature aux européennes, constatant « un contexte où la loyauté, la clarté et la transparence ne sont pas des vertus cardinales ».


Fin de carrière politique chaotique

D’un point de vue personnel, il n’a pas eu forcément tort puisque Nicolas Sarkozy, assurant l’intérim à la tête du RPR, a dû le remplacer très vite à la tête de la liste et s’est retrouvé seulement à égalité avec la liste Pasqua, un véritable échec. Mais aussi une estime réciproque entre Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy.

Michel Rocard a perdu politiquement lors des élections européennes de juin 1994. Sans combattre, Philippe Séguin a également perdu politiquement toute possibilité élyséenne lors des élections européennes de juin 1999.

Dans cette affaire, la responsabilité de Jacques Chirac ne fut pas vraiment nulle, car il pouvait craindre une candidature de Philippe Séguin pour l’élection présidentielle de 2002 en cas de succès aux européennes. Il n’en fut donc rien.

C’est pourtant Jacques Chirac qui remit en scelle Philippe Séguin pour les élections municipales à Paris en mars 2001 malgré les demandes d’investiture d’Édouard Balladur et de François de Panafieu (qui sera candidate officielle en mars 2008). Philippe Séguin, assez peu crédible par son ancienne étiquette de maire provincial, mena une campagne très mauvaise, desservie par la dissidence du maire sortant Jean Tibéri, l’absence de soutien clair de Jacques Chirac et quelques entêtements personnels sur le choix des candidats et des options du projet municipal qui aboutirent à l’élection (historique) du socialiste Bertrand Delanoë.

En juin 2002, Philippe Séguin renonça à se présenter aux élections législatives, ayant d’ailleurs opportunément compris qu’il avait droit à une retraite très généreuse (il a été député pendant vingt-deux ans). Il démissionna aussi du Conseil de Paris (où il présidait le groupe RPR) pour refuser d’adhérer à l’UMP. Il abandonna donc toute activité politique.

Cette retraite politique déçut beaucoup de ses proches et en particulier François Fillon qui l’aurait bien vu candidat à l’élection présidentielle en 2007 (il aura eu 64 ans, soit le même âge que François Mitterrand en 1981).


Le suprême commissaire aux comptes

Le 21 juillet 2004, il fut nommé Premier Président de la Cour des comptes, le bâton de maréchal pour un haut fonctionnaire de ce grand corps de l’État, succédant à quatre autres ministres, Pierre Joxe (1993-2001), Pierre Arpaillange (1990-1993), André Chandernagor (1983-1990) et Lucien Paye (1970-1972).

À ce poste, Philippe Séguin prit la posture qu’il préférait, celui de l’observateur donnant des mauvaises notes. Et l’État, avec ses déficits publics récurrents, sa dette épouvantable et ses gaspillages, était sa cible de choix, son cancre, au fil des rapports annuels qu’il publiait.

Toujours soucieux de la dépense publique et de l’intégrité des hommes, Philippe Séguin avait désapprouvé la nomination du député René André à la Cour des comptes, décidée au Conseil des ministres du 27 septembre 2006 pour permettre au ministre Philippe Bas de se présenter dans la circonscription du nouveau « conseiller maître en service extraordinaire » (comme l’a rappelé le chroniqueur Jean-Michel Aphatie).

Nicolas Sarkozy aurait proposé à Philippe Séguin de devenir Ministre de la Justice au printemps 2007 mais il aurait refusé en considérant que ministre était un poste trop incertain pour lui. En mars 2009, de nouvelles rumeurs faisaient encore état de son retour au gouvernement.

Passionné de football (il présidait même la commission Grands Stades pour l’Euro 2016), Philippe Séguin était un historien dans l’âme, passionné par la vie républicaine (il écrivit la vie des Présidents de l’Assemblée Nationale) et paradoxalement promoteur de la réhabilitation politique de Napoléon III dans un ouvrage qui fit en 1990 beaucoup de bruit médiatique, "Louis Napoléon le Grand".


La classe politique unanimement en deuil

Les réactions à la disparition de Philippe Séguin ont été évidemment nombreuses et élogieuses.

Le Président Nicolas Sarkozy a évoqué le « tempérament chaleureux et généreux » d’un homme qui « a consacré toute sa vie, toute l’étendue de ses talents et la force exceptionnelle de ses convictions à la chose publique ». Il a parlé aussi de son « souci constant de concilier sans jamais les opposer le progrès économique et la justice sociale, avec la préoccupation chevillée au corps d’une gestion rigoureuse des deniers publics ». (Il est cependant étrange d’observer que dans le communiqué de l’Élysée daté de 9:56, il y a une erreur, faisant élire Philippe Séguin au perchoir en 1995 au lieu de 1993, qui n’a été corrigée qu’entre 15:30 et 16:00).

Le Premier Ministre François Fillon a été très ému (jusqu’aux larmes) par la mort de l’un de ses deux parrains en politique, « déchirure avec des années de complicité politique, mais surtout personnelle ». François Fillon a décrit « cette ironie tendre, qu’il me réservait en me voyant assumer mes fonctions de Premier Ministre, lui qui me regardait toujours comme le jeune parlementaire qu’il avait choisi de prendre sous son aile ». Il a ajouté : « L’aura et la culture de Philippe Séguin s’imposaient à tous. Son autorité et son rayonnement intellectuel ne laissaient personne indifférent. Chacun pressentait que dans son patriotisme ombrageux, il y avait en quelques sorte une part de notre histoire nationale. ».

L’ancien Président Jacques Chirac a publié un communiqué où il a exprimé son émotion : « Avec [Philippe Séguin], les mots de République, de Nation et d’État prenaient tout leur sens. Je perds, pour ma part, un ami pour lequel j’avais un grand respect et une profonde affection. ».

Un de ses prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing, a observé, très cérébral : « Il était dans le sillon de ce que l’on appelle le gaullisme social ».

Un « parcours exemplaire de rigueur et d’honnêteté » pour le Président de l’Assemblée Nationale Bernard Accoyer. Une « personnalité forte, complexe, capable de résister, capable de dire non, mais, surtout, il y avait chez lui une certaine idée de la France, un grand respect de la République et, surtout, le désir ancré profondément de faire en sorte que la France, la nation française, soit respectée, forte et fière » pour le Président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré. Un « homme à caractère exceptionnel » pour l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin qui l’a ainsi décrit : « Il n’avait peur de personne, il résistait à tout, il avait de fortes convictions et beaucoup de courage, beaucoup d’audace. ». Et pour l’ancien Premier Ministre Alain Juppé (collègue d’enseignement au Québec), « ce n’était pas quelqu’un de facile, nous avons eu des divergences fortes, notamment sur l’Europe. C’était une intelligence, c’est une grande perte pour la République. ».

Selon son "complice" Charles Pasqua, « il n’avait pas d’ambition personnelle, mais une ambition pour la France. Il avait l’étoffe d’un chef d’État. ».

Beaucoup de gaullistes sociaux furent à son "école" comme la Ministre de la Recherche Valérie Pécresse (« une des plus grandes figures du gaullisme social, homme d’engagement, de caractère et d’action ») ou le Président du Sénat Gérard Larcher.

François Bayrou, son autre "complice" à l’époque des rénovateurs, a vu en lui un trait qu’il appréciait bien : « Il ne renonçait pas même s’il apparaissait seul contre tous. (…) Tout le monde entendait bien derrière son grand rire une trace de mélancolie. Cette fêlure sur fond de tristesse le rendait plus attachant aux yeux de ceux qui l’aimaient. ».

La gauche aussi a réagi de façon très consensuelle (sauf Lutte ouvrière).

Ainsi, la première secrétaire du PS Martine Aubry a déclaré : « Ces dernières années, grâce à son travail admirable à la Cour des comptes, il était devenu pour la République un sage dont la voix était une référence et une boussole. ». Beaucoup d’autres leaders sont intervenus également à chaud sur cette brutale disparition, comme les anciens Premiers Ministres Lionel Jospin, Laurent Fabius et Michel Rocard, les anciens candidats à l’élection présidentielle Jean-Pierre Chevènement et Ségolène Royal, et aussi l’ancien Ministre de la Justice Robert Badinter qui a expliqué ceci : « Il était l’un des rares qui maintenait au Parlement la tradition de l’éloquence. ».


Tristesse partagée…

Profonde tristesse donc, tant personnelle que nationale, pour la disparition d’un des derniers grands mastodontes politiques que la France ait connu dans sa période postgaulliste.

Sincères condoléances à la famille.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 janvier 2010)


Pour aller plus loin :

La disparition de Philippe Séguin (1).

La disparition de Philippe Séguin (2).

Réaction de Nicolas Sarkozy à la disparition de Philippe Séguin.

Réaction de François Fillon à la disparition de Philippe Séguin.

Autres réactions à la disparition de Philippe Séguin.

L'enterrement de Philippe Séguin aux Invalides.


yartiseguin200921 




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/philippe-seguin-l-encombrant-67821

http://fr.news.yahoo.com/13/20100108/tot-philippe-seguin-l-encombrant-gaullis-89f340e_1.html

http://www.lepost.fr/article/2010/01/08/1875935_philippe-seguin-l-encombrant-gaulliste-social-et-le-republicain-au-parcours-inacheve.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-108

http://www.centpapiers.com/philippe-seguin-l’encombrant-gaulliste-social-et-le-republicain-au-parcours-inacheve/11156/



Partager cet article
Repost0
27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 11:09

Diplomate, écrivain prolifique, homme politique au plus près du pouvoir, Alain Peyrefitte était un touche-à-tout rigoureux, à la fois fin observateur et acteur déterminé.


Il y a dix ans, le 27 novembre 1999, Alain Peyrefitte quittait ce monde. Homme de culture et de lettres, Alain Peyrefitte fut, avec Jean Lecanuet, parmi les personnalités politiques majeures des années 1960 à 1990 à avoir conservé une mauvaise réputation. Pourtant, Alain Peyrefitte fut un personnage original et constructif qui accompagna les premiers émois de la Ve République.


Un diplomate éclairé

Alain Peyrefitte est né le 26 août 1925.

Malgré sa mère qui fut hostile à l’institution religieuse, il se convertit au catholicisme et passa après le baccalauréat une année chez les dominicains dans un couvent corse. Pendant cette période de retraite, il écrivit son programme de vie avec une troublante précision : « 1948-1958 : vie diplomatique ; 1958-1968 : vie politique ; 1968-1978 : vie littéraire ».

Gabriel de Broglie étudia son caractère ainsi : « Alain Peyrefitte reste un émotif secret, un penseur absorbé. Entre des vocations qui paraîtraient s’exclure, il hésite à choisir, ou plutôt, son choix est de ne pas choisir. Est-ce un trait de son caractère, le sentiment d’un destin ? La vie se chargera de trier. ».

Il fut dès lors élève de Normale Sup. puis docteur d’État en lettres et sciences humaines. Après avoir échoué l’année précédente, il fit partie de la deuxième promotion de l’École Nationale d’Administration (ENA) créée en 1945 par Michel Debré pour doter le pays d’une haute fonction publique compétente. Il se dirigea vers la carrière de diplomate.

Nommé à Bonn (en Allemagne) en 1949, il travailla avec Jean-François Deniau sous l’égide de l’ambassadeur André François-Poncet, père du futur ministre giscardien Jean François-Poncet. En 1954, il fut éloigné à Cracovie (en Pologne) comme consul de France où il excella dans son talent d’observateur de la guerre froide. En 1956, il regagna le Quai d’Orsay comme chef de service des organisations européennes et fit partie des négociateurs du Traité de Rome avec Jean-François Deniau et Georges Vedel.


Jeune cadre de la République gaullienne

Alain Peyrefitte fut gaulliste dès le 21 mai 1940, quand il a entendu le colonel De Gaulle parler à la radio et prédire la victoire finale des forces motorisées blindées. Mais il ne rencontra la première fois De Gaulle qu’en 1959.

Lors des premières élections législatives de la Ve République, Alain Peyrefitte fut élu député à 33 ans en automne 1958 en Seine-et-Marne après avoir échoué à la cantonale de Bray-sur-Seine au printemps (sans étiquette).

Député gaulliste de 1958 à 1995, constamment réélu sauf en juin 1981 (mais il fut finalement réélu en janvier 1982 à la suite d’une invalidation), puis sénateur de 1995 à 1999, il fut élu au Conseil général de Seine-et-Marne de 1964 à 1988 (vice-président de 1982 à 1988) et maire de Provins de 1965 à 1997 (c’est le futur ministre chiraquien Christian Jacob qui reprit sa succession à partir de mars 2001).

Sa grande connaissance des Affaires européennes et son dynamisme le fit rapidement remarquer auprès du général De Gaulle qui en fit un collaborateur très proche (trente-cinq ans les séparaient) jusqu’à en devenir ministre le 14 avril 1962, d’abord comme Secrétaire d’État à l’Information puis brièvement Ministre des Rapatriés puis de nouveau Ministre de l’Information jusqu’en 1966.

Dans "C’était De Gaulle", il écrivit la grande chance d’avoir été, pendant quatre années, le porte-parole d’un si grand homme : « Les figures de proue nous mettent à l’abri de la médiocrité. Elles fendent les flots incertains. Elles nous élèvent au-dessus de nous-mêmes. ».


L’information, domaine encore réservé

À ce poste, Alain Peyrefitte fut le grand intermédiaire entre De Gaulle et les journalistes. Il a créé l’ORTF qui fut le précurseur, entre autres, de Radio France, qui visait à moderniser et à libéraliser l’audiovisuel public. Cependant, ses passages à la télévision en tant que ministre pour dire ce que devrait être le journal télévisé en a fait le symbole d’une information à la solde du pouvoir. Les historiens diront si l’information était moins libre en 1965 qu’en 2009.

Après la réélection de De Gaulle, Alain Peyrefitte fut nommé le 8 janvier 1966 à la Recherche scientifique et lança le programme de dissuasion nucléaire français.

À l’issue des élections législatives gagnées de justesse, Alain Peyrefitte siégea le 6 avril 1967 au Ministère de l’Éducation nationale, qu’il dut quitter le 28 mai 1968 en raison des événements de mai 1968 (écouter ses déclarations au cours de la semaine des barricades).

Il ne revint au pouvoir qu’à la fin de la Présidence de Georges Pompidou. L’occasion pour lui, entre temps, de présider entre 1968 et 1972 la Commission des affaires culturelles et sociales de l’Assemblée Nationale, puis de diriger le mouvement gaulliste de 1972 à 1973 (comme secrétaire général de l’UDR, à l’époque, il n’y avait pas de poste de président).


Alain Peyrefitte, écrivain et essayiste

C’est pendant cette période où il ne fut plus au pouvoir qu’il tira les meilleures réflexions, notamment au cours d’une mission parlementaire en Chine en juillet 1971 (rapport n°2544 déposé le 1er juillet 1972 à l’Assemblée Nationale) où il comprit l’exceptionnel potentiel du développement économique chinois (il publia en 1973 son fameux livre "Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera").

Gabriel de Broglie livra en 2002 son analyse de l’écrivain : « Au-delà de l’action, derrière les actes, il y a toujours le livre. C’est dans l’écriture qu’Alain Peyrefitte trouve les ressorts de sa réussite : une abondance de formules heureuses, saisissantes, souvent redoublées et efficaces comme un tir serré d’arguments ; la multiplication des angles de vue comme l’œil de la mouche dont les facettes donnent l’impression du relief ; le découpage en séquences courtes et simples d’une écriture cinématographique ; une dialectique irrésistible ; un étincelant crépitement d’idées. Ces caractères s’apparenteraient à un procédé si l’auteur n’exprimait, par surcroît, un ardent amour de la langue française. C’est par là qu’il a conquis son public et par là que je me sens le plus proche de lui. Le service de la langue française a ceci de commun avec la religion qu’il n’est pas nécessaire d’y réussir pour s’y consacrer, ni d’y briller pour s’y plaire. C’est un culte dont voici le temple, qui était à l’origine une église. (…) Alain Peyrefitte manie la langue d’une correction parfaite, d’une clarté souveraine, qui ne fait qu’un avec la pensée. La littérature n’est pour lui ni introspective ni symboliste. Elle consiste en un travail d’écriture, une justesse d’expression et une fermeté de conception. Il livre une œuvre rédigée debout, au sens propre puisqu’il a toujours écrit sur un lutrin pour éviter d’être surpris par le sommeil et au sens figuré, c’est-à-dire une œuvre pour démontrer, pour convaincre. ».

Parmi ses mentors, André Gide fut l’un de ses auteurs fétiches, trouvant n’importe quel prétexte pour aller le rencontrer plusieurs fois.

Albert Camus le parraina chez Gallimard pour son premier essai "Le Mythe de Pénélope", écrit à 21 ans et récompensé par l’Académie française. Cet essai, selon Claude Lévi-Strauss, « découvre dans la confiance, au lieu de l’absurde, le secret de la condition humaine. Une tradition légendaire qui veut qu’Ulysse eût été engendré par Sisyphe. En glorifiant Pénélope, vous opposerez la bru au beau-père. » (il s’adressait à Alain Peyrefitte).

Le 6 juin 1976, six semaines avant sa mort, l’écrivain Paul Morand invita Alain Peyrefitte à déjeuner. Ils ne se connaissaient. Jean Guitton et Claude Lévi-Strauss firent partie des convives, le premier comme futur parrain d’une candidature à l’Académie et le second, celui qui le recevrait sous la Coupole le 13 octobre 1977.

Le 10 février 1977, c’est effectivement au fauteuil de Paul Morand qu’Alain Peyrefitte fut élu à l’Académie française. Il venait de publier "Le Mal français" (qui fut un grand succès commercial) où il analysait les blocages de la société française et notamment son pessimisme, un essai encore d’actualité selon l'académicien Jean d’Ormesson.

Entre son élection et sa réception, Alain Peyrefitte est redevenu ministre, situation inédite depuis 1718, et Valéry Giscard d’Estaing assista à la séance. La présence du Président de la République, protecteur de l’Académie française, est exceptionnelle dans ce genre de cérémonie.

Son livre, en trois tomes, "C’était De Gaulle" publié entre 1994 et 2000, est devenu un précieux et dense témoignage sur le général De Gaulle et la réalité de ses états d’âme en rassemblant près de cinq mille pages de notes personnelles prises lorsqu’il travaillait à ses côtés (C’est Pompidou qui l’encouragea à les publier).


Devenu un "baron" du gaullisme

Son retour aux deux derniers gouvernements de Pierre Messmer (après la victoire des élections législatives) fut très furtif, aux Réformes administratives le 5 avril 1973 puis à la Culture et à l’Environnement le 1er mars 1974 (un mois avant la mort de Georges Pompidou).

En baron gaulliste, Alain Peyrefitte fit partie des soutiens de Jacques Chaban-Delmas à l’élection présidentielle de 1974 face à Valéry Giscard d’Estaing, ce qui alimenta une forte inimitié envers Jacques Chirac qui consacra toute son énergie à la victoire de Giscard d’Estaing (qui lui concéda alors Matignon).

Paradoxalement, c’est lors de la démission de Jacques Chirac l’été 1976 que les mêmes barons gaullistes, menés par Olivier Guichard, légitimistes donc respectueux du Président de la République, se rapprochèrent de Valéry Giscard d’Estaing et contestèrent la virulente opposition de Jacques Chirac pendant le reste du septennat giscardien.

Les six premiers mois du gouvernement de Raymond Barre avaient placé Olivier Guichard au sommet des ministres gaullistes mais sa mission de coordination entre giscardiens et chiraquiens s’était avérée impossible depuis la candidature et la victoire de Jacques Chirac à la mairie de Paris, véritable camouflet pour le Président de la République qui en avait fait une affaire personnelle.

Alain Peyrefitte revint au gouvernement dans le nouveau dispositif de Valéry Giscard d’Estaing le 30 mars 1977, à l’issue des élections municipales.

Jusqu’à la fin du septennat, Alain Peyrefitte fut Ministre de la Justice (pendant trois ans) où son nom resta associé à la loi "Sécurité et Liberté" promulguée en janvier 1981 (et vite abrogée par le gouvernement socialo-communiste qui lui succéda). Il est intéressant de revoir un résumé des débats parlementaires du 10 juin 1980 où François Mitterrand s’opposa lui-même à Alain Peyrefitte (revoir un extrait ici). La dualité sécurité/liberté reste encore aujourd’hui un enjeu politique majeur.


Relations tendues entre Peyrefitte et Chirac

Les relations entre Alain Peyrefitte, premier des ministres RPR, et Jacques Chirac, président du RPR, furent de plus en plus conflictuelles.

Pour preuve, cette réunion le matin du 8 novembre 1977 au siège du RPR où (à quatre mois des élections législatives) Alain Peyrefitte piqua une colère contre Jacques Chirac : « Tout cela arrive parce que ici, rue de Lille, vous n’arrêtez pas de critiquer le gouvernement. Lorsque toi, Jacques, tu dis : dans ce gouvernement, il n’y a qu’une bande de chiffes, figure-toi que je n’apprécie pas. Et le Premier Ministre pas davantage ! Renonce à tes agressions, tu seras moins souvent agressé ! ». Jacques Chirac aurait alors ponctué : « Alain, tais-toi ! ».

La cassure irrémédiable avec Jacques Chirac a eu lieu lors de l’appel de Cochin le 6 décembre 1978 où Jacques Chirac (influencé par Marie-France Garaud dont il se sépara après son échec de juin 1979) accusait Valéry Giscard d’Estaing d’être le parti de l’étranger pour avoir favorisé l’élection des députés européens au suffrage universel direct (la première élection eut lieu le 10 juin 1979).


Ministre de la Justice

Un peu comme la cavale de Jean-Pierre Treiber, arrêté le 20 novembre 2009 après son évasion du 8 septembre 2009, Alain Peyrefitte a dû subir l’affront de l’évasion du criminel Jacques Mesrine le 8 mai 1978 (il fut tué par la police le 2 novembre 1979, trois jours après la mort de Robert Boulin).

En novembre 1979, le nom d’Alain Peyrefitte est en effet mêlé à la mort de Robert Boulin, son collègue du gouvernement, tous les deux en position d’être nommés très prochainement Premier Ministre après l’hospitalisation de Raymond Barre pour surmenage (voir son témoignage sur l’Enfer de Matignon).

Alain Peyrefitte n’a jamais été accusé d’avoir "assassiné" Robert Boulin (à l’époque, tout le monde parlait de suicide) mais d’avoir peu soutenu, avant la mort de celui-ci, son collègue accusé d’une malversation. Alain Peyrefitte ne voyait pas comment intervenir sur le cours de la justice (le juge chargé de l’affaire était Renaud Van Ruymbeke).

Le 17 novembre 1979, à l’occasion d’un débat sur les crédits de la justice à l’Assemblée Nationale qui a dévié sur la peine de mort, Alain Peyrefitte proposa de déposer « un texte révisant l’échelle des peines, c’est-à-dire, revoyant le problème des peines les plus importantes pour les crimes les plus importants » ajoutant : « On ne peut pas examiner le problème de la peine de mort séparément de l’ensemble de ces peines et de l’ensemble de ces crimes ; c’est une affaire complexe et le gouvernement refuse de se laisser entraîner à un vote simpliste. » (l’écouter ici). Ce projet de loi n’a, semble-t-il, jamais été déposé.


Alain Peyrefitte, giscardien

À l’élection présidentielle de 1981, Alain Peyrefitte, comme d’autres ministres gaullistes, soutint Valéry Giscard d’Estaing dès le premier tour malgré la présence de trois candidats gaullistes, Jacques Chirac, Michel Debré et Marie-France Garaud.

Le 9 avril 1981, Alain Peyrefitte reçut à Provins (ville dont il était le maire) le "citoyen candidat" Valéry Giscard d’Estaing pour un meeting qui fut suivi, le soir même par un autre meeting à Troyes, dont le maire était Robert Galley, autre ministre gaullo-giscardien (à la Défense).

Une occasion pour Alain Peyrefitte d’apporter clairement son soutien à Giscard d’Estaing qu’il considérait comme le seul héritier possible de De Gaulle et d’inviter les électeurs gaullistes à ne pas disperser leur voix sur Chirac : « L’héritage gaulliste a été maintenu et au prix de quels efforts ! (…) La vraie question est de savoir si notre République saura résister aux assauts de ceux qui veulent la détruire. Votre seul adversaire est celui qui a combattu le général De Gaulle. C’est la Ve République qu’il veut abattre ! » (parlant de François Mitterrand).

Cependant, le soutien trop tardif des gaullo-giscardiens au cours de la campagne du premier tour n’a pas permis de compenser les attaques permanentes des partisans de Jacques Chirac, ni de réduire le conflit entre giscardiens et chiraquiens, Jacques Chirac ayant joué la politique de la terre brûlée pour conquérir le leadership de la droite après la victoire de François Mitterrand.


Dans l’opposition

Bien que battu aux élections législatives de juin 1981, Alain Peyrefitte regagna brillamment sa circonscription après une invalidation et l’organisation des élections législatives partielles du 17 janvier 1982 (Bruno Bourg-Broc, Pierre de Bénouville et Jacques Dominati furent élus en même temps que lui), une mini-victoire électorale qui annonça la fin de "l’état de grâce" du pouvoir mitterrandien et l’amorce d’une reconquête du pouvoir par le RPR.

En 1983, Alain Peyrefitte prit la direction du comité éditorial du journal "Le Figaro" (corrigeant de façon très pointilleuse les écrits des journalistes politiques) ; au cours de son existence, il a collaboré avec de nombreux journaux : "Le Monde", "Le Point", "L’Express", "La Revue des Deux Mondes", "Commentaire", "La Nef", "Les Cahiers du Sud", "La Revue de Paris"… et fut élu à l’Académie des sciences morales et politique le 1er juin 1987.

À la mort de Raymond Aron, le 17 octobre 1983, l’écrivain académicien Alain Peyrefitte a évoqué cet « esprit universel comme il en existe peu », à savoir qu’il « embrassait de son regard toutes les spécialités à la fois » en affirmant ceci : « Son grand message, ce sera un message de liberté de l’esprit, c’est-à-dire, de refus de l’esprit de système. Il a combattu toute sa vie l’esprit de système, les idéologies, parce qu’elles plaquent une abstraction sur la réalité vivante. » (l’écouter ici).


Matignon ?

L’approche des élections législatives du 16 mars 1986 et la défaite prévisible des socialistes de François Mitterrand ouvrait une période nouvelle avec la cohabitation entre un Président et un gouvernement de bord opposé.

En 1985, dans un essai politique "Encore un effort Monsieur le Président", Alain Peyrefitte avait pris position en faveur de la cohabitation (comme Édouard Balladur et Jacques Chirac, et contrairement à Raymond Barre qui considérait que la cohabitation était contraire à l’esprit des institutions), et avait même laissé entendre qu’il ne serait pas opposé au fait d’être nommé à Matignon.

À l’époque, les premier-ministrables étaient nombreux, de Jacques Chaban-Delmas (ami de François Mitterrand) à Valéry Giscard d’Estaing en passant par René Monory ou encore Simone Veil, mais Jacques Chirac, qui avait verrouillé le jeu à son profit, fut naturellement appelé à former le nouveau gouvernement, en tant que chef du parti majoritaire.

Le 15 décembre 1986, Alain Peyrefitte fut directement visé par un attentat mortel revendiqué par le groupe terroriste "Action directe" qui détruisit complètement sa voiture. Un employé municipal de Provins de 51 ans, Serge Langé, y perdit sa vie. Cette explosion faisait partie d’une vague d’attentats très durs qui entraîna l’assassinat de Georges Besse (patron de Renault) le 17 novembre 1986 et de l’ingénieur général de l’armement René Audran le 25 janvier 1985 (entre autres). Alain Peyrefitte avait été auparavant le cible de deux tentatives d’attentat en raison de ses fonctions de Garde des Sceaux.


En retrait progressif de la politique active

Alain Peyrefitte quitta l’Assemblée Nationale pour le Sénat en septembre 1995. Il démissionna de sa mairie de Provins en 1997 et s’éteignit le 27 novembre 1999 dans le 16e arrondissement de Paris d’une grave et rapide maladie. Il venait de subir un terrible deuil par la perte de sa fille. Sa devise était : « Encore un peu plus oultre », dépassement de soi et volonté de perfection dans l’action.


Une personnalité plus conviviale qu’il n’y paraît

Son aspect très austère, ses sourcils sévères, sa bouche qui avait du mal à esquisser un sourire, et si sourire il y avait, il ressemblait fort aux grimaces de Louis de Funès, ne doivent pas faire oublier l’homme de très grande culture mais aussi l’homme affable.

Gabriel de Broglie, son successeur à l’Académie française, le décrivait ainsi : « Peut-on imaginer une existence plus riche de travaux et de lauriers que celle d’Alain Peyrefitte, normalien, énarque, chercheur, diplomate, député, ministre, écrivain, académicien, journaliste, chroniqueur ? » puis il évoquait « sa silhouette bien découplée, son vaste front, sous ses sourcils broussailleux son regard scrutateur, ses yeux qu’il plissait souvent, pour aiguiser son regard ou pour le retourner vers ses pensées, son sourire enfin, large et franc, mais qu’un léger déplacement des lignes pouvait rendre extrêmement volontaire ». Puis, parlant de ses rencontres professionnelles avec Alain Peyrefitte dans les allées du pouvoir, Gabriel de Broglie a « profondément admiré (…) le style qui présidait à la conduite des affaires de la France, style auquel le talent d’Alain Peyrefitte apportait une note de rigoureuse exigence et de haute qualité ».

Alain Peyrefitte prenait des notes tout le temps, avant et après ses rencontres. Il ne cessait de lire, même en marchant ou au bord d’un télésiège pendant ses vacances d’hiver, et écoutait la radio lorsqu’il faisait son jogging matinal au bois de Boulogne.

Sa culture était exceptionnelle. Il connaissait par cœur de nombreuses poésies françaises. Il correspondit en grec ancien avec le linguiste Georges Dumézil qui lui répondait en latin. Il entretenait des relations intellectuelles avec Maurice Clavel, Michel Foucault et Alain Touraine.

Je me souviens d'avoir écouté Alain Peyrefitte plusieurs heures dans l’émission du dimanche matin "L’oreille en coin" sur France Inter (je ne retrouve plus la date, entre 1984 et 1990), surprenant les animateurs par son humour de potache, racontant les quatre cents coups qu’il faisait avec ses camarades de Normale Sup. lorsqu’ils étaient étudiants.

Un homme qui fut un acteur majeur des débuts de la Ve République, de la même génération que Valéry Giscard d’Estaing, député précoce, diplomate fin et averti, écrivain reconnu et talentueux, une écriture incisive au service de la pensée, libre de tout système, fidèle aux idées de De Gaulle, mais aussi "Premier Ministre virtuel" à une ou deux occasions et une réputation de Garde des Sceaux strict et intraitable.

Voilà ce que pourrait avoir laissé Alain Peyrefitte comme trace dans l’histoire politique française.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2009)


Pour aller plus loin :

Notices institutionnelles d’Alain Peyrefitte.

Bibliographie sommaire d’Alain Peyrefitte.

Vidéos avec Alain Peyrefitte.

Éloge funèbre d’Alain Peyrefitte par Gabriel de Broglie.

Jean d’Ormesson sur "Le Mal français".

Discours de réception d’Alain Peyrefitte.

Réponse de Claude Lévi-Strauss.





http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alain-peyrefitte-le-diplomate-65723

http://www.lepost.fr/article/2009/11/27/1812528_alain-peyrefitte-le-diplomate-normalien-au-service-du-gaullisme-academique.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-97

http://www.centpapiers.com/alain-peyrefitte-le-diplomate-normalien-au-service-du-gaullisme/10773/



Partager cet article
Repost0
7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 09:18

Reconnu unanimement par les autorités civiles et religieuses de son vivant, le curé d’Ars attira de nombreuses foules de l’Europe entière qui voyaient en lui « un second Vincent de Paul dont la charité fait des prodiges ». Une vie épuisante de pauvreté, liberté, charité, humilité, méditation et œuvres sociales en faveur des plus nécessiteux.

 

Il y a quelques jours, ce mardi 4 août 2009 très ensoleillé, comme tous les 4 août, on fêtait les Jean-Marie. Mais avec une petite particularité cette année, on fêtait aussi les cent cinquante ans de la mort du saint qui les rattache, Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars, petite commune dans le diocèse de Belley, dans l’Ain, à la grande longévité (quarante et un ans).
 
L’existence exemplaire de ce "curé cancre" est connue de beaucoup de monde et mille et une anecdotes furent rapportées parmi les témoins de cet homme exceptionnel.
 
 
Réfractaire à l’autorité politique durant sa jeunesse
 
Né le 8 mai 1786 dans la banlieue lyonnaise (à Dardilly), il fut un enfant de la Révolution, au sein d’une famille rurale peu éduquée et très catholique.
 
Pendant la Terreur en 1793, puis en 1796, sa famille allait rarement à la messe pour éviter la répression et la première communion du garçon eut lieu dans la clandestinité.
 
Jean-Marie Vianney choisit d’entrer au séminaire de Lyon, mais sa nullité en latin et donc en philosophie enseignée en latin (il est jugé debilissimus) lui fit échouer ses études. Oublié des registres du séminaire (les futurs prêtres étaient exemptés de l’armée), il fut mobilisé le 28 octobre 1809 pour renforcer les troupes napoléoniennes contre l’Allemagne et l’Autriche. Comme il était hospitalisé à Roanne, il décida de déserter pour persévérer dans sa vocation sacerdotale. Une fuite qui pouvait aussi se justifier car Napoléon Ier avait été implicitement excommunié par le pape Pie VII en raison de l’invasion de Rome par ses troupes.
 
Que ce soit pendant la Révolution ou sous Napoléon, Jean-Marie Vianney se retrouvait en opposition avec le pouvoir politique pour vivre sa foi qu’il ressentait profondement.
 
Finalement, il finit laborieusement par devenir prêtre en août 1815 au séminaire de Grenoble et devint vicaire du curé d’Écully (dans la banlieue de Lyon), Charles Balley, prêtre réfractaire qui eut un rôle déterminant dans la trajectoire du jeune Jean-Marie Vianney, puis, à la mort de Charles Balley en 1818, il fut envoyé comme curé dans le petit village d’Ars, dans l’Ain, à quarante kilomètres de Lyon.
 
Ce fut durant son très long ministère dans ce village que ses qualités humaines et sociales se révélèrent.
 
 
Pauvreté et charité
 
Le père Vianney en effet montra très rapidement auprès ses fidèles qu’il menait une vie très austère et contemplative. Le moindre argent ou objet de richesse qu’il recevait était immédiatement donné à des plus pauvres que lui. On racontait ainsi qu’un ami aisé lui offrit de nombreuses montres que le curé s’empressait systématiquement à redonner à des miséreux, si bien que l’ami eut l’idée de ne plus lui donner mais de lui prêter une nouvelle montre afin qu’il la portât enfin au poignée. Dans sa maison, le curé logeait une dizaine de pauvres de passage. Son grand-père Pierre Vianney, déjà, avait accueilli saint Benoît-Joseph Labre, mendiant (saint patron des célibataires et des sans-logis, béatifié en 1860 et canonisé en 1881 par Léon XIII).
 
 
Œuvres sociales
 
Une vie contemplative car il restait de très longues heures seul dans son église à prier. Mais pas seulement contemplative. Aussi une vie très sociale et très active. Il se mettait d’accord avec les maires successifs du village, il allait voir chaque villageois comme le lui avait recommandé son évêque, et il devint rapidement un véritable homme d’écoute de la population. On disait qu’il lisait les âmes mais avant tout, il était fin psychologue et rendit à bien des personnes sérénité, comme à cette veuve de suicidé : « Si, il est sauvé ; il est en purgatoire et il faut prier pour lui. Entre le parapet du pont et l’eau, il a eu le temps de se repentir. ».
 
Le curé était capable de mobiliser les énergies et les moyens matériels et humains considérables autour de lui pour faire aboutir ses projets. Le sous-préfet Trévoux écrivait notamment au sujet de Jean-Marie Vianney : « Au seul point de vue matériel, c’est donc un homme éminemment utile. ». Un spécialiste du personnage, Philippe Boutry, estima que Jean-Marie Vianney était parvenu à faire financer presque une centaine de projets entre 1849 et 1859 pour un total équivalent à presque deux fois les gains de la loterie nationale de 1862.
 
Homme de joie, il considérait qu’il fallait organiser des fêtes pour faire vivre le village et renforcer le bonheur et la piété tout en faisant fermer les cabarets dont l’existence engendrait de nombreux drames humains (alcoolisme des pères de famille surtout : « Le cabaret, c’est le lieu où les ménages se ruinent, où les santés s’altèrent, où les disputent commencent et où les meurtres se commettent. »). Il lutta aussi très fermement contre le travail le dimanche, demandant notamment aux pères de famille de laisser leur épouse s’occuper d’autre chose que du travail domestique pour s’instruire et s’éveiller l’esprit.
 
Il ouvrit une école pour les jeunes filles qui devaient selon lui être instruites autant que les garçons et il encouragea le maire du village à diriger l’école des garçons.
 
 
Une notoriété croissante
 
Petit à petit, par le bouche à oreille, le curé d’Ars commença à être connu au-delà des frontières de son diocèse et se transforma à partir des années 1830 en « missionnaire immobile » recherché par tout le monde. Ses journées devenaient épuisantes jusqu’à dix-sept heures par jour de confessions, plusieurs dizaines de milliers de personnes voulaient lui parler, avec de longues files d’attente, ce qui favorisa dans le village la construction d’hôtels et de restaurants et de diverses activités annexes qui faisaient la joie des profiteurs sans scrupule (qu’on peut retrouver encore à Lourdes ou dans d’autres lieux de nos jours). Par exemple, cinq hôtels ont été construits entre 1847 et 1858, et soixante-quinze commerçants et artisans supplémentaires s’installèrent à Ars entre 1836 et 1846.
 
Parmi les pèlerins qui venaient le visiter, il y avait eu Henri-Dominique Lacordaire, célèbre prêtre dominicain, homme politique et futur académicien né en 1802, qui arriva à Ars incognito (mais fut tout de suite reconnu).
 
 
Canonisé presque de son vivant
 
Ses journées étaient si épuisantes que Jean-Marie Vianney voulait démissionner à plusieurs reprises (en 1843 et en 1853) pour se reposer et se retirer dans un monastère, mais il n’en avait jamais eu l’autorisation de l’évêque. Il ne mangeait qu’une fois par jour et ne prenait que deux ou trois heures de sommeil pour pouvoir s’occuper des gens qui venaient à sa rencontre. Il chercha parfois à s’extraire de la foule, se réfugiant en vain à Dardilly par exemple mais les pèlerins le surent et vinrent le rejoindre.
 
Ce fut l’un des rares saints à l’avoir été considéré de son vivant (un peu comme Mère Teresa qui n’est pas encore sainte mais qui le sera sans doute bientôt). Ce qui n’atteignait toutefois pas sa grande humilité : refus de la légion d’honneur proposée par Napoléon III en 1855 ou grincement de dents à l’annonce épiscopale de sa nomination de chanoine honoraire (« La comtesse des Garets le décrivit ainsi : « On eut dit un supplicié que l’on mène à l’échafaud, la corde à cou. »).
 
À sa mort le 4 août 1859 à deux heures du matin, à l’âge de 73 ans (« Qu’il fait bon de mourir quand on a vécu sur la croix. »), Jean-Marie Vianney fut rapidement reconnu par l’Église catholique comme saint patron des prêtres de France en 1905, puis saint patron de tous les curés du monde en 1929 et enfin en juin 2009 (par Benoît XVI), comme saint patron de tous les prêtres du monde. Béatifié en 1905 par Pie X, canonisé en 1925 par Pie XI (devant 70 000 personnes), le saint curé d’Ars fut célébré à Ars par le futur pape Jean XXIII en 1945 (Jean XXIII rédigea une encyclique sur son parcours en 1959), puis par le pape Jean-Paul II le 6 octobre 1986 lors d’une visite pontificale où il évoqua son « modèle extraordinaire de vie et de service sacerdotal ».
 
Depuis plus d’un siècle, une basilique a été construite à Ars et présente à la vue de tous les restes du sain curé, un corps qui ne s’est pas décomposé et un cœur séparé dans une châsse secondaire (mais comme pour tous les reliquaires, je trouve ce type d’exposition assez morbide et peu respectueux du disparu). La commune d’Ars est de nos jours un haut lieu de pèlerinage avec près d’un demi million de visiteurs chaque année.
 
 
Sans visage
 
Les représentations du curé d’Ars (très nombreuses dans les églises françaises) lui donnent une allure très maigre, longiligne au visage osseux un peu à la Voltaire. Cependant, aucune photographie ni portrait de lui n’a été réalisé de son vivant par refus d’utiliser son image. « Qui a fait cela ? » s’interrogea le curé auprès de quelqu’un qui voulait faire son portrait : « Vous m’avez désobéi. Dois-je vous pardonner ? ». Ce ne fut qu’un siècle après sa mort, en septembre 1959, qu’une équipe de la police scientifique (sous la direction du commissaire divisionnaire Chabot) établit le portrait robot de Jean-Marie Vianney.
 

Une commémoration républicaine méritée
 
Cette année, tant l’Église catholique que la République française ont voulu saluer en saint Jean-Marie Vianney l’homme de foi et l’homme d’action qui répandit bonté et espoir auprès d’une population sujette aux peurs de leur époque…
 
Ces peurs demeurent, d’une autre nature mais restent avant tout sociales. En revanche, on manque cruellement de nouveaux Jean-Marie Vianney
 
 
 
Sylvain Rakotoarison (7 août 2009)
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
 
 
 
 
 
 

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/jean-marie-vianney-un-cure-saint-59902

http://fr.news.yahoo.com/13/20090807/tot-jean-marie-vianney-un-cure-saint-et-89f340e.html

http://www.lepost.fr/article/2009/08/07/1649869_jean-marie-vianney-un-cure-saint-et-debrouillard.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/wp-admin/post.php?action=edit&post=69&message=6

http://www.centpapiers.com/jean-marie-vianney-un-cure-saint-et-debrouillard/9186/













Partager cet article
Repost0
18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 11:09

(communiqué)



L’Association des Ingénieurs ESSTIN a le regret de vous informer du décès de Monsieur le Professeur Roger MARI, Directeur de l'ISIN/ESSTIN de 1968 à 1990.

Monsieur Roger MARI a marqué l’Ecole de son empreinte en sa qualité de Professeur et a su -en tant que Directeur de l’Ecole- diriger l'ISIN - ESSTIN de telle sorte que les ingénieurs qui en sont issus, soient reconnus et appréciés dans le monde de l'Entreprise.

Nous présenterons à la famille toutes nos condoléances.

Ses obsèques se feront dans la plus stricte intimité familiale.

Le Président de l’Aie,
Pascal GAIRE



Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).