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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 20:03

Un portrait des deux frères Kahn, Jean-François et Axel paru dans "Le Monde".

Frères et sœurs (9/15)


Pour ses 70 ans, Jean-François Kahn s'est offert le Bataclan, à Paris. Parce que le temps passe et qu'il n'est "pas sûr de fêter ses 80 ans". Le 12 juin, 576 personnes se sont réunies dans cette salle de concert parisienne, à deux pas de son domicile. Il voulait que tous ceux qui ont participé à ses "aventures journalistiques" de ces trente dernières années (Les Nouvelles littéraires, L'Evénement du jeudi, Marianne) "se revoient". Confrères et consoeurs étaient là, mais aussi sa famille.

"Il a fallu que l'on déjeune ensemble pour que je lui fournisse les adresses familiales", relève son frère, Axel Kahn. Ce fut la fête en chansons jusque tard dans la nuit. Axel, lui, est rentré tôt. "C'était sympa mais surtout professionnel", résume-t-il, un brin moqueur. Il y a trois ans, Axel avait préféré fêter ses 60 ans à la campagne, en petit comité, dans la maison familiale de Mussy-sur-Seine (Aube) avec "pique-nique et promenade à cheval". "Je déteste les mondanités et le Tout-Paris", dit-il.

Pourtant, ce généticien passionné par la réflexion éthique est, comme son frère, un habitué des médias et du débat public. "L'émulation intellectuelle est, chez nous, une deuxième manière d'être, on ne cède jamais", reconnaît Axel. Les frères Kahn débattent tout le temps, s'estiment assez, se taquinent souvent, se jalousent parfois. Le journaliste est volubile, le scientifique impétueux ; deux intellectuels, mais des bons vivants au rire franc qui ont le goût des belles choses et de la bonne chère.

"Ma mère avait une passion pour le travail de Jean-François, elle découpait tous ses articles"
, raconte Axel. En revanche, elle ne comprenait pas grand-chose aux recherches scientifiques de son petit dernier ni à celles d'Olivier, le frère cadet, grand spécialiste des molécules. Mort d'une crise cardiaque à 59 ans en 1999, ce chimiste "pur" était "le pont" entre Axel et Jean-François. "Olivier était un génie dans sa discipline. J'avais proposé à Jean-Marie Cavada, à l'époque de son émission "La marche du siècle", de nous réunir tous les trois. Je lui en veux de ne pas l'avoir fait", dit Jean-François.

Au moins, il y aura eu le livre, Comme deux frères (Stock, 2006). Une longue conversation où se mêlent histoire familiale et histoire de France. Ils y dressent le portrait d'une dynastie Kahn aux racines multiples. On y croise un grand-père paternel juif alsacien admirateur de Georges Clemenceau et de sa laïcité, une grand-mère maternelle "excessivement antisémite" qui alla jusqu'à refuser de rencontrer leur père, Jean Kahn. Ils expliquent comment ils sont devenus agnostiques, évoquent leur passé communiste, les illusions de mai 1968, les espoirs de mai 1981...

Ce livre, ce n'était pas leur idée, mais celle d'un éditeur. Ils s'y sont mis à reculons, persuadés que cela n'intéresserait personne, et puis l'ouvrage s'est vendu. Bien. Ils ont écumé les plateaux télé. Jean-François était alors patron de Marianne et Axel à la tête de l'Institut Cochin. Depuis, l'un est officiellement à la retraite et l'autre président d'université. Débordé par un agenda qu'il surcharge sans déplaisir, Axel Kahn reçoit tôt le matin dans son bureau de l'université Descartes, boulevard Saint-Germain. Jean-François Kahn choisit l'une de ses brasseries parisiennes préférées, pour un long déjeuner où il prend soin de conseiller les meilleurs plats et de se régaler d'un bon vin. "Il en fait trop, Axel", dit Jean-François, qui aime dormir et sortir.

Axel a toujours été le très bon élève. Celui qui fait tout bien, tout le temps, qui a les adresses, la généalogie de la famille, qui travaille vite et dort peu. Jean-François serait plutôt le cancre - au sens affectueux du terme - sans bagage universitaire ; celui qui n'a ni téléphone portable ni Internet, celui qui, enfant, faisait trois fautes d'orthographe par ligne, mais qui savait chanter, peindre, dessiner. Le livre les a rapprochés. "Vingt-quatre heures de dialogue, on ne s'était jamais autant parlé", constate Axel. Les frères ne se sont pas retrouvés mais "trouvés". Leur différence d'âge, les cinq premières années d'Axel passées en nourrice, le divorce de leurs parents qui amena Jean-François à vivre avec son père et Axel et Olivier avec leur mère, tout avait contribué à les éloigner. "Nous n'avons passé que huit années tous les trois ensemble", calcule Jean-François.

Chacun a construit son itinéraire professionnel dans une famille... qui n'était pas très famille. Axel s'est "édifié" aux côtés d'Olivier, dans "le même moule scientifique". C'était à celui qui obtiendrait les meilleures notes. "Ils avaient pour moi de la tendresse, un mélange de considération et d'un peu de mépris par rapport à mon métier de journaliste. J'étais comme dans "un autre monde"", explique Jean-François Kahn. Aujourd'hui encore, le scientifique fait ressentir au journaliste sa supériorité. "Il abuse de son avantage, le spécialiste, c'est toujours lui", s'amuse Jean-François. Axel a suivi la carrière de son grand frère, se souvient même du sujet de son premier article dans Paris-Presse. "Je ne suis pas certain que le contraire soit vrai." Effectivement.

Il y a un avant et un après la publication de Comme deux frères. Mais surtout un avant et un après le suicide de leur père. Jean Kahn, professeur de philosophie, auquel ils vouent une admiration infinie et qui les obsède encore. Ce père, juif athée, devenu communiste pendant la Résistance puis gaulliste, qui considérait Cyrano comme un roman de gare, qui interdisait à Jean-François de lire des bandes dessinées et qui était capable d'écouter pendant un quart d'heure la même note de musique.

Jean Kahn s'est jeté d'un train ; a laissé sur la banquette une lettre pour Axel. "Sois raisonnable et humain", concluait-il. Bientôt quarante ans que cette phrase torture son fils. En cette soirée maudite de 1970, Jean-François devait recevoir des amis. Il n'a pas décommandé le repas alors qu'il venait d'apprendre que son père s'était donné la mort. Pourquoi ? Cela le tourmente encore. Quelques mois auparavant, Jean lui avait, pour la première fois, emprunté de l'argent. Il culpabilise de ne pas y avoir porté davantage d'attention.

Ils évoquent sans arrêt la figure du père, son impressionnante érudition, son sens de la pédagogie. Ils se sont nourris de lui. Mais Jean-François ne voulait pas ressembler à "ce génie étouffé par son intellectualisme" et, comme par réaction, a combattu l'élitisme et s'est passionné pour l'opérette et la chanson. "L'anti-intellectualisme affiché de mon frère doit beaucoup à l'attitude de notre père", dit Axel. Le scientifique - qui a su il y a peu de temps "qui est Alain Souchon", s'amuse Jean-François - garde précieusement les nombreux écrits de leur père. Il les relit sans cesse, n'en comprend pas encore tout le sens. Tous deux parlent plus rarement de leur mère, Camille. "Elle était sentimentalement très attachée à Olivier et plus proche de moi, surtout à cause de notre passion commune pour la chanson", considère Jean-François. Inconditionnelle de Lionel Jospin, Camille n'hésitait pas à interpeller vertement son fils quand elle n'était pas d'accord avec ses articles.

Avec l'âge, les frères ont scellé leur rapprochement idéologique. Le journal de Jean-François a relayé la colère d'Axel contre la prétendue prédisposition génétique à la pédophilie et au suicide, affirmée par le candidat Sarkozy. Ils ont tous les deux voté pour François Bayrou en 2007, combattu le projet de test ADN pour le regroupement familial des immigrés. Ils rêvent tous deux de laisser une trace, une empreinte. Leur père aurait pu être "un immense écrivain", leur frère Olivier aurait pu "avoir le prix Nobel". Et eux... ?

Sandrine Blanchard

Article paru dans l'édition du 24.07.08.

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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 02:03

Intellectuel, historien, dissident, syndicaliste, député, ministre, ami de la France, Borislaw Geremek était avant tout le héros de la réconciliation européenne.


C’est hélas fréquent qu’on meurt d’un accident automobile.

Même des personnalités qui ont fait parler d’elles. On se souvient de la triste fin du cardinal François Marty (ancien archevêque de Paris), ou de celle du grand écrivain Albert Camus, des humoristes Fernand Reynaud et Coluche, des princesses Grâce de Monaco et Lady Diana, des acteurs James Dean et Françoise Dorléac.

Et en politique française, la disparition accidentelle de l’ancien ministre giscardien Michel d’Ornano ou encore celle du ‘faucon’ et numéro deux du Front National Jean-Pierre Stirbois, le ‘loup de Dreux’.

Le 13 juillet 2008, le sort s’est jeté sur l’un des derniers héros survivants du XXe siècle. Borislaw Geremek s’est hélas tué à 76 ans dans un accident de la route alors qu’il se rendait à Bruxelles en tant que député européen. Sur une route polonaise (la circulation automobile en Pologne reste toujours très dangereuse).

Un banal accident pour un homme exceptionnel.

Comment ne pas s’associer au concert de louanges et d’émotions qui a suivi cette brutale disparition ?


Geremek, un symbole historique de l’Europe

En juillet 2004, François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit, entre autres, avaient souhaité porter Borislaw Geremek à la Présidence du Parlement européen. Un symbole politique fort pour accueillir avec enthousiasme les nouveaux adhérents issus du Bloc soviétique.

Hélas, en raison du positionnement politique trop centriste de Geremek, le rouleau compresseur des accords traditionnels entre le PPE (UMP en France) et le PSE (PS en France) avait encore vaincu (pour chaque mandat de cinq ans, présidence partagée par moitié au PPE et au PSE). Geremek avait réussi, malgré le verrouillage des appareils politiques, à réunir 208 parlementaires européens sur son nom (contre 388 au socialiste catalan Josep Borrell (soit 78 de plus que ses soutiens politiques).

Dans le même ordre d’idée, j’avais imaginé que sa désignation (certes, d’autant plus improbable qu’il était déjà très âgé) à la première Présidence du Conseil européen issue du Traité de Lisbonne (dont l’application reste en suspens depuis le non irlandais) aurait constitué un signal fort de la réconciliation européenne.


Des propositions récentes pour sortir l’Europe de la paralysie

Un ‘non irlandais’ qui avait d’ailleurs été très bien analysé par Geremek il y a seulement quelques jours. Dans une tribune, le sage polonais avait convenu que les populations européennes ne comprenaient plus la construction européenne réalisée sans eux, mais qu’il était nécessaire de réformer les institutions européennes sous peine d’enlisement, évoquant à cette occasion, en tant qu’historien, que le principe de l’unanimité fut la principale raison de la triple perte d’indépendance de la Pologne en 1772, 1793 et 1795.

Geremek avait alors proposé de demander l’avis des Européens en leur posant « une ou deux questions précises concernant le système de vote européen » dans une consultation dans tous les pays le même jour, par exemple aux prochaines élections européennes de juin 2009.

Une idée de référendum sur tout le territoire européen qu’avaient déjà proposé François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit (encore alliés) pour la ratification du Traité Constitutionnel Européen en 2005.


D’abord un historien marxiste

Né le 6 mars 1932 à Varsovie, Borislaw Geremek avait perdu son père, rabbin, à Auschwitz. Il réussit à s’enfuir du ghetto de Varsovie avec sa mère alors qu’il avait une dizaine d’années.

Par intérêt pour l’histoire et le marxisme, il adhéra tôt (à vingt ans) au Parti communiste polonais (PZPR) qu’il abandonna lors de l’invasion soviétique à Prague en 1968.

Il fit de brillantes études à Varsovie et à Paris, à la Sorbonne, et pour éviter une surveillance trop rude des communistes polonais, il étudia plus particulièrement la pauvreté et l’exclusion au Moyen-Âge, sujet qui ne prêtait pas à caution.


Puis un dissident aux côtés de Walesa

Intellectuel engagé dans les années 1970 en Pologne, il contribua à la création du premier syndicat indépendant Solidarité en conseillant Lech Walesa et en négociant avec le pouvoir polonais qu’il avait connu de l’intérieur (comme membre du PZPR).

Geremek n’a jamais cru à la version soft du général Jaruzelki dont le coup d’État du 13 décembre 1981 valut à l’historien au total près de trois ans d’emprisonnement. Selon le dictateur communiste polonais, ce dernier aurait réprimé les aspirations syndicales des ouvriers par « moindre mal », évitant l’intervention de Brejnev et des troupes soviétiques.

Avec l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev à Moscou, les organisations polonaises se recréèrent pour finalement aboutir à une table ronde entre Jaruzelski et Walesa qui permit la tenue des premières élections libres le 4 juin 1989 et la nomination le 24 août 1989 du premier gouvernement non-communiste dans le bloc soviétique, dirigé par le catholique Tadeusz Mazowiecki (désigné par Jaruzelski, contraint, le 19 août 1989). Geremek participa alors activement aux négociations avec le pouvoir.

Juin 1989, cinq mois avant la chute du Mur de Berlin… dix ans après la désignation du premier pape polonais, Jean-Paul II dont l’influence morale aura sans doute été décisive en Pologne.


L’intégrateur de la Pologne dans l’OTAN et dans l’Union Européenne

C’est à partir de ce moment historique que Borislaw Geremek entama une carrière politique plus classique, en se faisant élire à la Diète polonaise sous les couleurs de Solidarité puis, après son éclatement rapide, de son aile centriste.

Focalisé sur la normalisation de son pays au sein de la nouvelle Europe réunifiée, Geremek fut le Ministre polonais des Affaires Étrangères entre 1997 et 2000, période au cours de laquelle il négocia l’entrée de la Pologne dans l’OTAN (effective le 12 mars 1999) et dans l’Union Européenne (effective le 1er mai 2004 et son adhésion à l’espace de Schengen se concrétisa le 21 décembre 2007). Rappelons que la capitale de la Pologne fut longtemps associée aux ennemis de l’OTAN, avec les forces du Pacte de Varsovie.

En juin 2004, les Polonais votèrent donc pour la première fois aux élections européennes et y envoyèrent entre autres Borislaw Geremek.


Un homme qui n’a rien à prouver de son passé

Son passé de dissident contre le pouvoir communiste, son aura internationale et intellectuelle, sa participation historique aux accords de Gdansk aux côtés de Lech Walesa faisaient de Geremek un homme au-dessus de tout soupçon lorsqu’il s’agissait de détecter les agents ou sous-marins de l’ex-régime communiste. D’ailleurs, en 2004, Geremek avait dû signer une déclaration sur l’honneur attestant que son passé fut sans reproche.

Mais en 2007, les frères Kaczynski (Lech le Président et Jaroslav le Premier Ministre et chef du parti majoritaire) décidèrent d’obliger tous les fonctionnaires et tous les élus (soit sept cent mille personnes) à attester sur l’honneur que leur passé était irréprochable (ou à déclarer leur éventuelle implication avec la police secrète communiste).

Borislaw Geremek, furieux car il considérait cette mesure stupide et vengeresse, n’ayant rien à prouver, fut le seul parlementaire (européen) à refuser de signer (le même papier qu’en 2004). Il avait pourtant voté une loi similaire le 11 avril 1997, mais son opposition permettait aussi de s’attaquer politiquement aux jumeaux Kaczynski dont il contestait notamment les relents germanophobes qui lui faisaient penser à l’amère époque de Wladislaw Gomulka (numéro un du régime communiste de 1956 à 1970).

Le 19 avril 2007, date seuil pour la signature de cette déclaration, l’administration polonaise considérait que Geremek était déchu de son mandat. Une forte mobilisation française fut enclenchée pour défendre ce francophile célèbre. Le 25 avril 2007, François Bayrou, fort des 18% qu’il venait de recueillir trois jours avant, parla de « forfaiture ». Une pétition signée notamment par des hommes politiques comme Pierre Moscovici, Michel Barnier et Bernard Soulage, et par des universitaires de renom comme Jean-Louis Quermonne, circula pendant quelques semaines.

Finalement, le 11 mai 2007, la Cour constitutionnelle de la Pologne invalidait cette loi, supprimant l’incertitude qui pesait sur la poursuite du mandat européen de Borislaw Geremek.


Au revoir, sage Bronek !

C’est pourtant pour exercer ses fonctions de député européen qu’il se rendait à Bruxelles et que, hélas, un accident mortel l’arrêta définitivement près de Lubien, en Pologne occidentale.

Homme chaleureux, cultivé, enthousiaste, combatif, fumeur de pipe et arborant une belle barbe blanche, Geremek se rendait souvent en France où il enseignait au Collège de France et où il rencontrait ses amis politiques. J’ai même eu la chance d’assister à quelques uns de ses discours au français irréprochable et au charisme inébranlable.

Avec lui s’éteint l’un des rares visionnaires européens encore en exercice.

L’Europe est en deuil.
Et l’Histoire contemporaine également.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2008)


Pour aller plus loin :

Portrait de Borislaw Geremek (Le Monde du 15 juillet 2008).

Dernier article de Borislaw Geremek sur le non irlandais et le Traité de Lisbonne (27 juin 2008).

Intervention de Borislaw Geremek au colloque ‘Trajectoires de l’Europe, unie dans la diversité depuis 50 ans’ (16 mai 2007).







http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42316

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080717/tot-borislaw-geremek-le-symbole-de-la-re-89f340e.html



http://www.lepost.fr/article/2008/07/17/1225839_borislaw-geremek-le-symbole-de-la-reunification-politique-et-culturelle-de-l-europe.html

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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 01:33

Un simple témoignage parce que c’est l’occasion…


Ses parents étaient allemands et habitaient du côté de Freiburg. Pour chercher du travail, avant la Première Guerre Mondiale, ils sont allés à Bâle, l’un des grands centres industriels de la Confédération helvétique.

Son père trouva du travail comme agent des postes. Sa mère faisait quelques aides ménagères pour compléter le revenu familial.

Henri Benz, de nationalité suisse donc, n’a pas eu le choix de poursuivre ses études. Il contribuait jeune à augmenter les revenus du foyer en ramassant le crottin derrière les chevaux, mode de locomotion le plus répandu à l’époque.

Puis, très vite, Henri a été embauché à Bâle dans une entreprise française de transport de marchandises. Une compagnie (1) qui, depuis quelques années, avait exploité le fret aérien naissant, notamment pour des échanges entre la France et la Grande-Bretagne.

Alors qu’il ne connaissait ni l’anglais ni le français, Henri Benz a été envoyé au Havre, où se tenait l’une des antennes historiques du groupe depuis 1846. Il y séjourna un an, puis sa mission l’amena à Londres pendant six mois.

Il se levait chaque jour vers cinq heures du matin pour apprendre l’anglais.

De retour à Bâle, son employeur lui proposa soit d’aller travailler dans une ville un peu plus à l’est en Suisse, soit à Nancy, dans la capitale lorraine où la société était également présente.

Henri choisit Nancy. Il resta toute sa vie en Lorraine mais ne prit jamais la nationalité française. Peut-être par indifférence, par négligence, par attachement à la Suisse (bien que ce ne fût pas incompatible).

Peu avant le Front populaire, Henri Benz invita à danser une jeune demoiselle de dix-sept ans, fermement accompagnée de sa mère qui veillait sur sa fille. Il en avait déjà vingt-cinq ans.

Le 1er mai 1936, Henri Benz se maria devant monsieur le maire et le lendemain, devant l’autel de l’église. De cette union, naquirent quatre enfants (deux filles et deux garçons), huit petits-enfants (quatre garçons, quatre filles) et trois arrière-petits-enfants (deux garçons, une fille).

Henri était d’origine protestante et son épouse d’origine catholique, bien enracinée dans la Lorraine profonde. Même si aucune religion n’était vraiment essentielle à leur esprit, certains enfants ont reçu une éducation protestante et d’autres catholique.

Pour s’occuper des enfants, son épouse devint femme au foyer et réussit à passer le permis de conduire vers quarante ans en cachette, sans le dire à son mari, qui en restait aux vieux comportements machistes de son époque, ni plus ni moins.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la famille lorraine a dû fuir comme de nombreuses autres au sud-ouest de la France, embarquant dans son automobile enfants, belle-mère, sœurs, nièces…

Petit à petit, à la force du poignet, Henri Benz a réussi à atteindre au sein de son entreprise des niveaux managériaux très enviables.

À sa retraite, il poursuivit sa passion philatéliste qui lui permettait de restait en contact avec de nombreux correspondants du monde entier avec lesquels il avait eu des rapports professionnels très cordiaux. Il envoyait des bergamotes aux uns, des dragées aux autres. Les lettres qu’il écrivait à la main d’une écriture consciencieuse étaient en français, en allemand, en anglais voire en espagnol (je crois).

Henri Benz était surtout un homme silencieux durant sa longue retraite. Il ne parlait quasiment pas. Juste une présence.

Certes, il était intéressé par la passion des autres. Il me demandait par exemple comme je verrais le monde dans vingt ans. C’était il y a une vingtaine d’années et j’étais loin d’être visionnaire. En général, on redonne les tendances qu’on entend. C’est difficile de prévoir et d’anticiper les mouvements de fond : internet, numérique supplantant l’analogique, la génétique, l’informatisation à outrance, la globalisation du monde…

J’imaginais plutôt l’exploration martienne (on y est) ou quelques éléments de domotique (le film de Jacques Tati ‘Mon Oncle’ montrait fort plaisamment la vanité de la modernité d’anticipation, qui différencie fort mal les outils essentiels des gadgets sans lendemain).

Un jour, il me montra un petit carnet qui datait… d’avant son mariage. Il avait dû être content de le retrouver et j’avais l’impression d’être le seul qui s’intéressait vraiment à son histoire. Écrites à la main, des petites notes… des courses de vêtements, de chapeau… et aussi… des prénoms avec des heures à côté, des rendez-vous… que je ne pourrais confirmer galants, puisque l’intéressé lui-même avait oublié, plus de soixante ans après.

Il était vieux mais il tenait la barre. Il s’était bien conservé et d’ailleurs, il était plutôt coquet. Il avait bien eu une petite attaque cérébrale qui l’eût emporté si les secours avaient été prévenus un peu plus tard.

Puis, ce fut la descente aux enfers.

En début décembre, la santé était très fragile. Il ne pouvait plus se redresser du fond de son profond fauteuil. Ses jambes ne le portaient plus.

Noël et le Nouvel An se passèrent cependant tant bien que mal. Il venait d’atteindre ce qu’il avait toujours voulu : vivre en l’an 2000. L’an 2000, le mythe de tous. La but de tant de projets, de tant de logos. Artificiel mais rond.

Dès le début janvier, on l’hospitalisa. En pleine grève des internes, il a fallu batailler pour éviter qu’un nonagénaire restât alité plusieurs jours dans les courants d’air des couloirs. Après des journées en chambre d’hôpital, on l’envoya dans un centre de rééducation physique. C’était en début février. Parce qu’il n’arrivait plus à se tenir debout, à marcher. Il n’y avait plus de muscle aux jambes.

J’avais eu l’occasion de discuter avec lui quelques minutes sans personne d’autre. Je m’amusais de son tout beau fauteuil roulant. Lui demandais comment il fonctionnait. Lui m’expliquait qu’il n’arrivait pas à se mettre debout ni à marcher, mais le personnel lui disait qu’il ne faisait aucun effort. Il comptait retrouver l’usage de ses jambes. Il adorait ses longues jambes minces, qu’il faisait bronzer quelques années encore plus tôt dans son jardin.

Finalement, l’absence de progrès le renvoya à l’hôpital.

Un dimanche soir, avant de repartir pour Paris, je décidai cependant d’aller le visiter. Une jeune interne vint nous parler à l’écart. Je venais d’apprendre le malheur indicible.

Les métastases étaient dans les os. Il n’y avait rien à faire. Issu d’un autre mal qui n’a jamais été décelé. Il faudrait trouver une maison avec soins palliatifs. Il y avait peu de chambres disponibles. Une sorte de macabre liste d’attente.

Si j’avais croisé le chef de service, aurais-je eu des mots aussi crus ? Sans doute pas. Mais la vérité ne pouvait être que nue, dans un tel cas.

L’interne me déconseilla d’informer Henri. Selon elle, il ne cherchait pas à savoir son mal. Il pensait encore récupérer ses jambes. Manque d’effort, qu’ils disaient dans l’autre centre ! avec des métastases osseuses !!!

Évidemment, je lui rendis visite juste après cette mise au point glauque. Il avait été installé dans une chambre à deux lits. Son voisin était là, à moitié vivant. Henri nous raconta tout le mal qu’avait souffert son malheureux voisin. Ce dernier venait de subir une ponction lombaire.

Pendant toute la conversation, il n’était pas question de lui, de ses souffrances sûrement, mais de son voisin de chambre. Une compassion. Loin de tout égoïsme qui aurait pu être à l’origine de son silence si ancien mais qui ne devait être, finalement, qu’une faible capacité à communiquer. Étrange pourtant pour quelqu’un qui avait passé sa vie professionnelle à faire du commerce.

Finalement, la semaine suivante, il trouva une place en soins palliatifs. Comprenait-il ce qu’il se passait ? La morphine le rendait à moitié conscient. Mais encore suffisamment conscient pour reconnaître les siens.

J’ai eu juste le temps de lui dire au revoir et surtout, bon courage. Bon courage pour le passage.

Une nuit blanche. Une épouse qui s’est finalement décidé à ‘tout préparer’.

La nuit du 11 mars 2000, tout était fini. Tout était éteint.

Revenir revoir que le corps n’était plus qu’une écorce.


Cet homme, qui, s’il avait survécu, aurait fêté son centième anniversaire ce 12 juin 2008, eh bien, il était mon grand-père.

Et un homme ordinaire, très ordinaire, comme un autre.

Qui naît, qui vit et qui part.

Dans ce précipice de destinées et d’étoiles

Qui avait sa face cachée et son cœur caché.

Mais dont le courage et l’empathie des derniers instants ne pouvaient que racheter les quelques écarts qu’il aurait pu accomplir par ailleurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 juin 2008)


(1) Un grand groupe qui fut racheté il y a dix ans par la Deutsche Post puis qui fusionna, cinq ans plus tard, en 2003, avec DHL en tant que première entreprise du fret aérien et deuxième du fret maritime, présente dans cent cinquante pays.





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=40903





http://www.lepost.fr/article/2008/07/08/1221188_henri-benz-une-existence-comme-une-autre.html


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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 08:34

Avoir sauvé 2 500 vies humaines, c’est un bilan exceptionnel pour une seule existence. Surtout quand ces vies étaient des enfants dont la destinée était déjà inscrite en noir par les Nazis. Une grande dame qui, par ses actes héroïques qui lui valurent une condamnation à mort, restera un exemple pour l’humanité.


Le 12 mai 2008 à Varsovie disparaissait discrètement à 98 ans un petit bout de femme très modeste et usée par les années.


Au service des plus défavorisés

Fille d’un médecin socialiste qui aidait les plus défavorisés, habitant dans une banlieue ouvrière de Varsovie, Irena Krzyzanowska est née le 15 février 1910.

Devenue assistante sociale et épouse, Irena Sendler (ou Sendlerowa en polonais) se consacra pendant la Seconde Guerre Mondiale à aider les enfants juifs sous l’Occupation allemande.

Le 30 septembre 1939, Varsovie fut envahi par l’armée allemande et Adolf Hitler parada même dans les rues de Varsovie dès le 5 octobre 1939.

Les Nazis rassemblèrent les Juifs dans des quartiers fermés dans les principales villes polonaises : Varsovie, Lublin, Cracovie, Lodz... Le Ghetto de Varsovie comptait lors de sa création, le 12 octobre 1940, environ 380 000 Juifs sur les 1,3 millions d’habitants de la ville.


Résistante immédiatement

Dès octobre 1940, elle travailla non seulement dans le cadre légal du service d’aide sociale de la municipalité de Varsovie, qui lui permettait d’entrer et de ressortir du Ghetto de Varsovie, mais également clandestinement pour venir en aide aux enfants juifs, en leur fournissant des vivres, des vêtements et, aussi, des médicaments et des vaccins (contre le typhus et la tuberculose notamment). Elle avait obtenue l’autorisation de se rendre au Ghetto habillée en nourrice.

Elle risqua de cette manière sa vie, et renonça par exemple à rendre visite à sa mère mourante et à assister à l’enterrement de celle-ci. Son pseudonyme pour ses activités clandestines était Jolanta.

Dans le Ghetto de Varsovie, 5 000 personnes par mois mouraient de maladie et de malnutrition.

Le gouvernement polonais en exil à Londres se chargeait d’envoyer des fonds et en décembre 1942, créa Zegota, un mouvement clandestin d’aide aux Juifs dont fit partie Irena. Ce réseau sauva 75 000 Juifs polonais entre 1942 et 1945 (et délivra plus de 60 000 fausses identités).

Tout un système de faux papiers (avec faux actes de naissance, de baptême et fausses filiations) se mit en place pour replacer les enfants dans des familles chrétiennes ou dans des institutions chrétiennes (Irena expliquera elle-même : « J’ai placé la plupart des enfants dans des établissements religieux. (…) Je savais que je pouvais compter sur les Sœurs. »).

Les premières rafles des Nazis commencèrent eurent lieu du 22 juillet 1942 au 12 septembre 1942 par la déportation massive des Juifs (5 à 6 000 personnes par jour) au camp de la mort de Treblinka, à 80 kilomètres de Varsovie. Elles réduisirent la population du Ghetto à 70 000 l’automne 1942.


Séparer les enfants des parents pour les sauver

Pour les soustraire aux rafles, Irena s’acharna à prendre et à isoler les enfants juifs de leurs familles d’origine pour les sauver.

Elle avait grand mal à convaincre les parents ou grands-parents de les laisser partir, la séparation d’un enfant étant l’une des pires choses qui peut survenir à un parent (Irena, jeune mère, le savait bien et c’était pour elle une horrible tâche.).

Irena Sendler témoigna ainsi : « Nous avons assisté à des scènes terribles. Le père était d’accord, mais la mère non. Quelquefois, nous devions quitter ces familles malchanceuses sans prendre leurs enfants. Je revenais le lendemain, et souvent, je m’apercevais que tout le monde avait pris le train à Umschlagsplatz qui les avait acheminés aux camps d’extermination. » ajoutant encore : « Dans mes rêves, j’entends encore les cris des enfants quand ils quittèrent leur parents. ».

Pour passer les enfants, elle inventa toutes sortes de système : dans des sacs à pommes de terre, dans des boîtes à outils, pour les plus grands, par les égouts, et même, en utilisant une église à deux entrées, une dans la partie juive et l’autre dans la partie chrétienne de la capitale polonaise.

Elle avait réussi à recruter suffisamment de personnes pour recueillir les enfants juifs dans les institutions sociales de la municipalité et les faire assimiler à des enfants catholiques.

Pour ne pas oublier les identités de ces enfants, Irena inscrivit minutieusement tous les vrais noms associés à leurs fausses identités dans le but de leur rendre leur passé après la guerre. Elle mit la liste dans un bocal qu’elle enterra sous un pommier à Varsovie et qu’elle retrouva après la guerre. 2 500 noms y étaient énumérés.

Une seconde vague de déportations commença le 18 juin 1943 mais fut combattue avec héroïsme par la résistance des Juifs.

Le Ghetto de Varsovie fut cependant ‘liquidé’ le 16 mai 1943 après le soulèvement le 19 avril 1943 de 3 000 Juifs dont seulement 600 armés.

Ceux qui n’avaient pas été tués dans les combats, exécutés sur place (7 000 personnes) ou brûlés dans les incendies du Ghetto (6 000 personnes), se suicidèrent ou furent exterminés à Treblinka.


Torturée et condamnée à mort

Peu de mois après, le 20 octobre 1943, Irena Sendlerowa fut arrêtée par la Gestapo, puis emprisonnée, torturée et condamnée à mort. Elle parvint à ne trahir aucun complice de son réseau et réussit même à s’évader en soudoyant les gardiens de sa prison.

Jusqu’à la libération de Varsovie, elle s’occupa des enfants qu’elle avait sauvés en leur rendant visite régulièrement.

Après la guerre, elle continua à travailler dans l’aide sociale, en favorisant la construction de maisons pour les personnes défavorisées et les orphelins, et en améliorant les services d’urgence pour l’enfance.

Elle rechercha aussi les familles biologiques des enfants qu’elle avait sauvés, mais aucune d’elles n’avait survécu aux camps d’extermination.


Modeste et tardive reconnaissance de son action

En 1958, Irena reçut la médaille du Ministère polonais de la Santé pour son action sociale.

En 1965, elle fut considérée comme l’une des premiers 21 758 ‘Justes parmi les Nations’, au mémorial israélien de Yad Vashem à Jérusalem. Mais elle n’a pu se rendre en Israël qu’en 1983, les autorités communistes lui ayant refusé tout voyage.

En 1991, Irena fut nommée citoyenne d’honneur d’Israël.

Ce n’est que bien plus tard, le 10 novembre 2003 (quarante ans plus tard !), que la l’État polonais honora cette femme exceptionnelle en lui remettant l’Ordre de l’Aigle blanc (Order Orla Bialego) qui est la plus haute distinction civile en Pologne.

Dernière survivante de son réseau clandestin, Irena accepta de rencontrer des jeunes pendant ses dernières années, malgré la faiblesse de son état de santé qui l’obligeait à rester dans un fauteuil roulant.

Le 14 mars 2007, lors de la séance du Sénat polonais qui reconnut à Irena Sendler la qualité d’héroïne nationale, en son absence (trop faible pour se déplacer), le Président de la Pologne Lech Kaczynski s’exprima ainsi : « Elle mérite un grand respect de la part de la nation toute entière. ».


Nobélisable

Par ailleurs, Lech Kaczynski préconisa la candidature de la résistante pour l’attribution du Prix Nobel de la Paix de 2007, parmi 180 autres "nominés".

Elle ne l’a pas obtenu en 2007. C’est Al Gore qui fut choisi avec beaucoup de regret pour les admirateurs d’Irena. Elle ne l’aura donc jamais, puisque ce prix ne peut pas être attribué à titre posthume.

L’attribution du Prix Nobel à Irena Sendler aurait pourtant été très symbolique car il aurait été le premier attribué pour une action en rapport avec l’Holocauste.

Mais qu’importe finalement les titres assez artificiels d’un panthéon terrestre.


Un exemple universel, hors du temps et de l’espace

Irena Sendler est partie sur la pointe des pieds, comme Germaine Tillion, en grande dame résistante et volontaire, dont l’action exemplaire donnera encore du courage à ceux qui doutent parfois de l’humanité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 juin 2008)



Pour aller plus loin :

Elisabeth Eidenbenz, une autre femme admirable.
Une vidéo sur la vie d’Irena Sendlerowa.

 


Quelques autres vidéos sur Irena Sendler et son action.






http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=40648

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080604/tot-la-grande-resistante-polonaise-irena-89f340e.html


 

http://www.lepost.fr/article/2008/06/05/1203361_la-grande-resistante-polonaise-irena-sendlerowa-n-aura-pas-le-prix-nobel-de-la-paix.html

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 07:00
La plupart des vidéos sont accessibles aux anglophones (sauf indications).



Sendler Irena Mother of the Holocaust Children

http://fr.youtube.com/watch?v=PzbiNJLM0s8




Irena Sendler RelatioNet

http://fr.youtube.com/watch?v=acUnGFr8f4U



Tribute to Irene Sendlerowa

http://fr.youtube.com/watch?v=ZiqOwD82AxM




I.Sendlerowa - Order of Smile/Order Usmiechu (en polonais)

http://fr.youtube.com/watch?v=uTFhoFtQQpQ




Irena Sendlerowa (en polonais)

http://fr.youtube.com/watch?v=iirzpxODXSI




Irena Sendler (en espagnol)

http://fr.youtube.com/watch?v=RXEp0h_i2gw





http://fr.youtube.com/watch?v=PK79cPKGtXw




Interview d'Irena Sendler - FŻP (en polonais)

http://fr.youtube.com/watch?v=JNGrdIhf3ng




Irena Sendler, a Catholic hero

http://fr.youtube.com/watch?v=ZXP5Gvxqgsg





http://fr.youtube.com/watch?v=1MjLwdcKTCg



 



 
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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 07:20

Qui honorait la télévision française le 1er mai 2008 ? Pierre Bérégovoy ? Non. Un homme qui est maintenant très oublié…


La semaine dernière, le jeudi 1er mai 2008 au soir, c’était un climat bien étrange à la télévision.

Il y avait quinze ans, vous vous souvenez, le 1er mai 1993 ? C’était le suicide de l’ancien Premier Ministre Pierre Bérégovoy. La télévision avait même fait un documentaire très élaboré au mois le 9 avril 2008 (‘Un Jour, un destin’, France 2).

Étrangement, ce 1er mai 2008, ce n’était pas Pierre Bérégovoy dont on retraçait la vie… mais Georges Marchais.

Vous vous souvenez de Georges Marchais ?

Évidemment, la réponse à la question dépend de votre âge.

Car non seulement il est mort il y a plus de dix ans (16 novembre 1997) mais en plus, il avait un peu disparu de la circulation depuis qu’il avait quitté la direction du Parti communiste français en 1994.

Georges Marchais, c’est les grandes heures du Parti communiste français. Celles de l’Union de la Gauche. Celle du déclin. Une personnalité à la Jean Gabin, beau jeune ouvrier, un ton percutant, un talent oratoire inégalé.

Sa période médiatique faste, c’était dans les années 1970, où son ton, sa nature chaleureuse et colérique, sa spontanéité faisaient les choux gras des médias, des imitateurs (Pierre Douglas et Thierry Le Luron) et surtout, des téléspectateurs.

C’est qu’il faisait de l’audience, le bougre !

Pas forcément dans le bon sens (cela pouvait être contreproductif), mais il était une véritable star de la télévision.

On revoit les débats qui l’avaient vu affronter Alain Peyrefitte, Valéry Giscard d’Estaing ou Jean-Pierre Fourcade, ou même le jeune Lionel Jospin, tout bouclé, qui rejetait son argument répété sans cesse selon lequel il était un ouvrier et qu’il représentait donc les vrais travailleurs du pays.

Dans l’émission qui retraçait cette vie médiatique, on revoyait donc avec presque de la tendresse les fameuses émissions ‘Cartes sur Table’ avec Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel, si jeunes et si fins à l’époque !

Elkabbach le reconnaissait sans détour : Georges Marchais avait contribué à sa carrière prestigieuse de journaliste (dont le dernier round fut l’annonce malencontreuse de la fausse mort de Pascal Sevran), mais Georges Marchais avait eu aussi besoin de lui pour se construire son image populaire.

Pourtant, le ‘parler popu’ de Georges Marchais, qui offrait quelques jolis mots croustillants au public, était très différent dans des échanges privés où la syntaxe et le calme reprenaient le pouvoir. (Un ‘parler popu’ repris aujourd’hui par Nicolas Sarkozy, voir l’article de Jean Véronis en annexe).

Georges Marchais, un acteur de la Comédie française ?

Parmi les rugosités du personnage, une naïveté ou une mauvaise foi lorsqu’il recracha les mêmes mots que Leonid Brejnev sur la nécessité de l’intervention soviétique en Afghanistan. Cela lui collera évidemment à la peau jusqu’à la fin de son existence. Comme son « globalement positif » du bilan de l’Union Sovétique.

Dans les années 1980, l’affaire différait. Georges Marchais jouait sa propre caricature, à tel point qu’on pourrait le comparer à Arlette Laguiller à partir de 1995… elle-même popularisée dans ses interventions médiatiques et se caricaturant elle-même aussi.

Ensuite, chute du Mur de Berlin aidant et déclin électoral des communistes devenant inéluctable, Georges Marchais s’écartait de plus en plus de la mode… remplacé d’ailleurs (en terme de ‘grande gueule’ de la politique) par… Jean-Marie Le Pen qui inspirait beaucoup plus la peur que lui.

L’émission était aussi un moyen de revoir un ancien porte-parole communiste (normalien et agrégé) qui s’était mis en dissidence du PCF en 1988 en se présentant à l’élection présidentielle contre André Lajoinie : Pierre Juquin (78 ans), aux traits désormais ridés, invisible depuis vingt ans (il avait adhéré ensuite aux Verts, puis avait soutenu Laurent Fabius en 2006 et avait refusé de soutenir Ségolène Royal).

Pierre Juquin constata d’ailleurs en fin d’émission avec beaucoup d’amertume que Georges Marchais a été complètement enlevé des mémoires (mêmes communistes : ‘L’Humanité’ a même humilié Georges Marchais à la fin de sa vie en publiant un article de lui sous forme de fausse interview et en dixième page)… un peu comme le PCF lui-même !… Un destin que semblerait déjà connaître de son vivant son successeur, Robert Hue.

D’autres proches de Georges Marchais trouvaient évidemment terrible et injuste la cinglante condamnation du journal ‘Libération’ à sa mort : « Globalement négatif ». (j’ajouterais que ce n’est pas fin de la part d’un journal de résumer la vie d’un homme à une seule facette de son existence, quel qu’il soit et quelle qu’elle soit).

L’émission était d’autant plus réussie que le dernier fils de Georges Marchais, Olivier, avait accepté de fournir quelques images privées qui montraient une autre perspective plus sympathique de l’homme : loin du communiste brutal le couteau entre les dents, Georges Marchais se montrait, avec ses proches, un père de famille heureux, attentionné, simple, faisant son jardin, sa cuisine, passant ses vacances à jouer à la pétanque, se désolant quand son fiston ne se souvenait plus des paroles d’une chanson qu’il avait apprise par cœur.

C’est d’ailleurs lors d’une de ses vacances, en été 1977, en Corse, que Georges Marchais apprit au journal télévisé une prise de position de François Mitterrand qui l’eut étranglé car elle signait la mort du programme commun de la gauche. Une occasion de dire à son épouse : « Liliane, fais les valises, on rentre à Paris ! », une phrase qui sera alors répétée de nombreuses fois et qui inquiétait même les ligues féministes (alors que sa femme était loin d’être une bobonne).

Oui, le téléspectateur qui regardait ce soir-là ce Georges Marchais, il ne faisait pas de politique, il ne doutait pas que le communisme, en France et dans le Monde, n’est qu’une idéologie idéaliste qui avait tourné très vite au totalitarisme et au carnage, mais il avait un peu de nostalgie pour cette époque…

Georges Marchais, miroir de la société française des années 1970 ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 mai 2008)


Pour aller plus loin :

Émission sur Georges Marchais (France 2, 1er mai 2008).

Excellent article de Jean Véronis sur Georges Marchais (23 novembre 2007).





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39540

http://www.centpapiers.com/Fais-les-valises-on-rentre-a-Paris,3695

http://www.lepost.fr/article/2008/05/06/1190033_fais-les-valises-on-rentre-a-paris.html



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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 00:09

D’un côté, un Sénat qui va désigner un probable nouveau Président en début octobre 2008, de l’autre côté, un Alain Juppé, 62 ans, redoré de l’onction du suffrage universel. De quoi faire cogiter bien des cerveaux…


La rumeur était déjà dans les tuyaux depuis plusieurs mois, mais la brillante réélection à la mairie de Bordeaux la remet au goût du jour.


L’intelligence est-elle bonne représentante ?

Alain Juppé fait partie de ces hommes politiques un peu exceptionnels. Selon Jacques Chirac, « le meilleur d’entre nous » serait l’homme politique le plus intelligent de sa génération, un peu comme l’a été, pour la sienne, Valéry Giscard d’Estaing.

Alors que l’ancien Président de la République était X ENA, l’ancien Premier Ministre était Normale Sup. ENA.

Laurent Fabius pourrait sans doute contester le titre, mais qu’importe, un classement de l’intelligence a toujours été impossible à réaliser, trop subjectif, et surtout, l’intelligence est de moins en moins un critère pour être aimé des électeurs et surtout, pour les représenter.


Une carrière politique en dents de scie

Dauphin déclaré de longue date de Jacques Chirac, Alain Juppé a connu une belle ascension nationale : Ministre délégué au Budget (l’un des postes de renseignements les plus importants avec l’Intérieur) à 40 ans, Ministre des Affaires Étrangères à 47 ans, Premier Ministre à 49 ans (en mai 1995) après être devenu le président du plus grand parti de France. Il en profita pour conquérir la mairie de Bordeaux, chasse gardée d’un lointain prédécesseur, Jacques Chaban-Delmas, après sa carrière d’élu parisien (et un échec à Mont-de-Marsan aux législatives de mars 1978).

Hélas pour lui, cette belle trajectoire a été brisée à deux reprises.

Son impopularité naissant de son plan de réforme de la sécurité sociale (et de son peu de concertation) et des longues grèves de l’hiver 1995 aidée d’une antipathie très forte vis-à-vis de Philippe Séguin a engendré la désastreuse dissolution de 1997, encouragée par un Dominique de Villepin encore Secrétaire Général de l’Élysée. Cela a abouti à son départ de la présidence du RPR remplacé par… Philippe Séguin (qui était pourtant l’homme de la situation au printemps 1997) à la présidence et par… Nicolas Sarkozy au secrétariat général (à l’époque, encore en disgrâce pour cause de balladurisme).

Après la fin de la cohabitation avec Lionel Jospin, Alain Juppé a réussi à rebondir en fondant à la vitesse de l’éclair, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002, sous le coup de l’émotion de voir un Jean-Marie Le Pen présent au second tour, l’UMP, fusion du RPR et d’une partie de l’UDF (celle menée par Philippe Douste-Blazy et Pierre Méhaignerie).

Malgré une impopularité persistante (parallèle au cursus de Laurent Fabius sans doute), Alain Juppé tenait donc avant 2004, avec le contrôle de l’UMP, la clef du succès pour l’élection présidentielle de 2007. Normalement, ‘la sienne’.

Mais dès 2004 (30 janvier puis 1er décembre 2004), ses condamnations dans des affaires politico-financières (notamment une inéligibilité d’une année) lui imposa de renoncer à tous ses mandats électifs et à s’écarter de la vie politique. Il renonça aussi à la présidence de l’UMP qui fut ainsi reprise opportunément par Nicolas Sarkozy et il s’exila dans l’enseignement universitaire au Québec, comme le fera quatre années plus tard son ancien rival Philippe Séguin.

Voulant rebondir, Alain Juppé décida le 29 août 2006 de revenir dans la vie politique en provoquant une élection municipale à Bordeaux et en la gagnant dès le premier tour avec 56,2% et, réaliste avec la situation politique, découragea les chiraquiens à ne pas soutenir la candidature (devenue incontournable) de Nicolas Sarkozy.

Son come back national se fit le 18 mai 2007 par son retour au gouvernement comme unique Ministre d’État, chargé de l’Écologie, numéro deux après François Fillon.

Nouvelle brisure : le 17 juin 2007, Alain Juppé fut battu aux législatives (avec 49,1%), ce qui l’obligea à quitter le gouvernement. Il envisagea alors de nouveau d’abandonner la politique et hésita avant de se relancer dans la bataille des municipales.

Nouveau rebond : le 9 mars 2008, Alain Juppé fut brillamment réélu maire de Bordeaux dès le premier tour avec 56,6% (légèrement supérieur à 2006).


Alain Juppé, un nouveau recours de l'UMP ?

Depuis ce retour en grâce électorale, et parallèlement à une impopularité de plus en plus criante de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé laisserait dans l’esprit de bien des élus de l’UMP un arrière-goût d’homme providentiel.

Intéressant d’ailleurs de lire le billet qu’a écrit non sans humour Alain Juppé lui-même sur le sujet le 19 avril 2008 :

« On ne cesse de me demander: "Alors, maintenant, qu'est-ce que vous allez faire ? Qu'allez-vous choisir : le gouvernement ? l'UMP ? l'Europe ? le vaste monde ?"

Je réponds invariablement: "Bordeaux !"

Les questionneurs reviennent à la charge.

Alors, de guerre lasse, je m'en tire par une boutade : "Voyez Berlusconi, 71 ans, ou McCain 72 ans... J'ai tout le temps..."

Et cela devient : "Juppé s'intéresse à 2012."

Un peu d'imagination, que diable ! Il y a aussi 2017. Je n'aurai que 72 ans. Si Dieu le veut... »

Un peu d’humour avec un peu d’amertume.

Pourtant, d’autres hypothèses peuvent s’échafauder.


Rumeurs et hypothèses…

Évoquée très discrètement dans le blog très enrichissant d’un assistant parlementaire (Le Journal d’un assistant parlementaire, que je vous conseille de lire régulièrement tant il fourmille d’informations précises et parfois croustillantes), l’hypothèse d’un retour parlementaire d’Alain Juppé plus rapide que prévu n’est pas à exclure.

En effet, le département de la Gironde fera partie, le 21 septembre 2008, des départements renouvelables pour les élections sénatoriales. Une occasion en or pour Alain Juppé de retrouver une tribune nationale.

Mais un autre fait accréditerait une idée encore bien plus ambitieuse.


Une bataille du plateau à l’issue très incertaine

Actuellement, la bataille du plateau (l’équivalent sénatorial du perchoir) va être très disputée en automne. L’enjeu est à la fois protocolaire (le Président du Sénat est le deuxième personnage de l’État) et politique (fonction qui permettrait d’influencer éventuellement le Président de la République Nicolas Sarkozy sur certains sujets).

« Les manœuvres ne commenceront qu’après les élections municipales et cantonales. » avait déclaré Christian Poncelet.

J’avais déjà présenté ici quelques candidats.

Aujourd’hui, tout reste possible : l’actuel Président du Sénat Christian Poncelet, malgré ses 80 ans et sa promesse de ne faire que deux mandats (il finit son troisième mandat), semblerait vouloir prolonger ses fonctions en misant sur la division des autres prétendants.

Qui sont-ils ?


Raffarin versus Larcher… et les autres

L’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin et l’ancien Ministre du Travail Gérard Larcher (également maire de Rambouillet) qui a préféré refuser le Ministère de l’Agriculture au printemps 2007 pour se faire réélire sénateur. Les deux sénateurs sont déterminés et ont chacun des atouts.

Certains considéreraient d’ailleurs que cette rivalité ferait resurgir la bataille classique entre l’ex-UDF (dont est issu Jean-Pierre Raffarin qui poursuit activement le dialogue avec les 31 sénateurs centristes, dont 3 renouvelables seulement, qui pourraient bien faire la différence) et l’ex-RPR (dont est issu Gérard Larcher). Bataille qui avait déjà eu lieu pour la succession (tant attendue) d’Alain Poher en 1992 entre René Monory et Charles Pasqua puis en 1998 entre Christian Poncelet (soutenu par les balladuriens) et René Monory.

Certes, d’autres candidats pourraient se profiler comme Jean-Claude Gaudin (réélu de justesse maire de Marseille et qui pourrait avoir la préférence de Nicolas Sarkozy) ou Alain Lambert (qui avait déjà fait un essai en 2004), et surtout, les résultats des dernières élections municipales et cantonales pourraient renforcer le groupe socialiste au Sénat qui pourrait jouer également un rôle non négligeable dans le choix (le PS ne devrait pas obtenir cependant la majorité sénatoriale avant 2011 au moins).


Juppé candidat de la réconciliation ?

Alors, l’information publiée le 1er octobre 2007 n’est pas anodine. Lors de sa rentrée sénatoriale, Gérard Larcher (qui fut le benjamin du Sénat en 1986, élu à l’âge de 37 ans) a déclaré que « seule, une candidature d’Alain Juppé à la Présidence du Sénat pourrait lui faire retirer sa propre candidature ».

Évidemment, cette hypothèse n’avait jusque là jamais été émise publiquement, ni d’ailleurs reprise alors qu’Alain Juppé jouit maintenant de sa confortable réélection de maire.

Il ne peut s’agir, de la bouche de Gérard Larcher, que d’une boutade pour exprimer sa détermination. Ou d’une sonde pour évaluer l’impact de l’idée, Gérard Larcher n’étant dans ce cas que le ‘sous-marin’ pour tenir les positions et empêcher Jean-Pierre Raffarin de prendre le contrôle de la place.

Rumeur fondée ou pas, la situation sera vite éclaircie lors des dépôts de candidatures. Alain Juppé ne cesse aujourd’hui de répéter qu’il veut être maire de Bordeaux à plein temps, qu’il n’a qu’un souci de politique local et qu’il se garde bien d’intervenir au niveau national.


Amitiés centristes et doutes sénatoriaux

Pourtant, tout le monde avait observé à quel point Alain Juppé avait fait les yeux doux à François Bayrou et au MoDem, en faisant l’union UMP-MoDem à Bordeaux (contre une liste du Nouveau Centre !) et en soutenant la candidature de François Bayrou à Pau (malgré la forte opposition de l’UMP), ce dernier soutenant également la candidature du chiraquien (et ex-collaborateur) Xavier Darcos à Périgueux (Xavier Darcos, ancien sénateur comme François Fillon et Michel Barnier).

Beaucoup d’éléments écarteraient toutefois cette hypothèse : d’une part, jamais les sénateurs n’éliraient à leur tête un sénateur fraîchement élu, ils préfèrent une personnalité qui connaît très bien la maison.

D’autre part, une élection d’Alain Juppé au Sénat après son échec aux législatives de juin 2007 ne serait pas en mesure de redorer le blason du Sénat considéré trop souvent (et à juste titre) comme la chambre de rattrapage des échoués du suffrage universel direct.

L’élection en septembre 2004 de Dominique Voynet (qui cherchait un mandat, et qui, maintenant, persiste à cumuler avec la mairie de Montreuil, ce qui ne lui est pas juridiquement interdit), ainsi que les rumeurs qui feraient de Jean-Pierre Chevènement un nouveau sénateur après ses échecs législatifs de 2002 et 2007 (le Territoire de Belfort est un département renouvelable, mais cette opération ne pourrait être possible qu’en cas de retrait du sénateur sortant Michel Dreyfus-Schmidt) renforcent ce sentiment de ‘cour de la seconde chance’ aux élus battus.


Et Chirac dans tout ça ?

Une autre rumeur (encore plus farfelue) ferait état d’une candidature aux sénatoriales de Jacques Chirac lui-même en Corrèze (département aussi renouvelable avec un sénateur sortant qui ne se représenterait pas) qui pourrait ainsi postuler à la Présidence du Sénat.

Farfelue car Jacques Chirac n’a jamais semblé intéressé par la présidence d’une assemblée (il en avait la possibilité en mars 1993 pour mieux contrôler l’action d’Édouard Balladur) et aussi parce qu’il semble avoir vraiment tourné la page (Jacques Chirac aurait même dissuadé son épouse Bernadette de se présenter au Sénat). De plus, la Corrèze a des fortes probabilités de faire élire deux sénateurs socialistes (en raison du grand succès du PS aux municipales dans ce département).



Alors, Alain Juppé prochain Président du Sénat ?

Sans doute pas, mais qui sait ?
L’avenir n’est jamais écrit…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (2 mai 2008)


Pour aller plus loin :

Biographie illustrée par Le Monde (1eroctobre 2007).

Questionnaire de Proust (28 novembre 2006).


Alain Juppé contre la sinistrose ambiante (12 janvier 2007).


Blog d’Alain Juppé.





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39466

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080502/tot-alain-juppe-serait-il-le-prochain-pr-89f340e_1.html

http://www.centpapiers.com/France-Alain-Juppe-serait-il-le,3696


http://www.lepost.fr/article/2008/05/06/1190036_alain-juppe-serait-il-le-prochain-president-du-senat.html

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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 09:04

À quoi sert un ancien Président de la République ? À rien quand on se désintéresse désormais totalement de la vie politique. À moins que…


Un an après le premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2007, il y a un personnage politique très familier des Français, depuis plusieurs longues décennies, qui est désormais aphone, ou disons, silencieux : Jacques Chirac, 75 ans.


Une célébrité très discrète

À part quelques dépêches furtives dans les actualités judiciaires (
21 novembre 2007) ou médicales (11 avril 2008), l’ancien Président de la République Jacques Chirac est depuis un an d’une discrétion exceptionnelle.

À ce titre, il confirme ce que beaucoup d’observateurs refusaient de croire : bien que tombé dans la politique active à une trentaine d’années (en 1962 en collaborant avec Georges Pompidou à Matignon), Jacques Chirac n’a pas que la politique dans la vie !…

Étrangement, cette destinée pourrait aussi s’imaginer aisément pour son successeur, Nicolas Sarkozy, baigné pourtant dès 1974 dans la politique active (à 19 ans). Après un mandat présidentiel (ou plusieurs), Nicolas Sarkozy, surtout s’il restait impopulaire, pourrait faire bifurquer totalement son existence vers d’autres ‘aventures’ où le luxe, la gloire et la puissance seraient encore sans doute de mise (probablement dans le monde des affaires).


Un Homo Politicus impressionant

En fait, Jacques Chirac est l’archétype de l’homme politique, et plus particulièrement de l’homme politique de la Ve
République.

45 ans de vie politique, dont 40 ans de fonctions électives (dont 28 ans de mandats parlementaires rarement achevés), 11 ans de fonctions gouvernementales dont 4 ans comme Premier Ministre et 12 ans Président de la République.

Et contrairement à ce que sa boulimie du pouvoir aurait semblé indiquer, Jacques Chirac n’a pas été un collectionneur de mandats, comme le furent, entre autres, Edgar Faure, Jean Lecanuet, ou même Laurent Fabius (ancien Premier Ministre qui fut deux fois Président de l’Assemblée Nationale).

Par exemple, en 1993, non seulement il avait refusé Matignon, laissant le poste à son ami Édouard Balladur (ce qui faillit lui être fatal pour l’élection présidentielle de 1995), considérant que la cohabitation était trop dangereuse pour sa nouvelle candidature, mais aussi, il avait refusé de présider l’Assemblée Nationale, n’y voyant aucun intérêt pour se préparer à 1995 (laissant le perchoir à Philippe Séguin).


Giscard en roue libre depuis 27 ans

Autre collectionneur, Valéry Giscard d’Estaing, qui fut tout, sauf sénateur (ni Premier Ministre) : député, ministre, Président de la République, député européen, maire, conseiller général, conseiller régional… (et même académicien !).

Il est vrai qu’être un ancien Président de la République à 55 ans est assez inconvenant quand on n’a plongé tous sa vie dans la politique.

Il y eut certes un désir naturel de revanche électorale (vite abandonné avec les sondages d’après 1981), mais il y a eu aussi la certitude d’être encore utile à son pays. Ce qui a fait que dès mars 1982, soit moins d’un an après sa défaite présidentielle, Valéry Giscard d’Estaing se faisait élire conseiller général, reprenant une nouvelle carrière politique par la petite porte (la fin de sa vie élective sera marquée par son échec pour devenir maire de Clermont-Ferrand).


Mitterrand malade et De Gaulle vieillissant

Le cas de François Mitterrand après mai 1995 est assez particulier puisque très malade et même étonné lui-même d’avoir terminé son mandat (le Président du Sénat de l’époque, René Monory, en septembre 1994, se préparait à assurer l’intérim et le Premier Ministre Édouard Balladur se préparait à une élection présidentielle anticipée). Il a pourtant effectué un ou deux déplacements rue de Solferino (siège du Parti socialiste), pour faire une visite de courtoisie à ses compagnons de route socialistes avant d’en terminer avec sa maladie.

Le Général Charles De Gaulle, démissionnaire en avril 1969 et incapable à cause de l’âge de revanche ni de retour, se détourna de la politique française, allant même à s’expatrier pendant l’élection de son successeur Georges Pompidou. Son objectif était cependant bien naturel, puisqu’il voulait lutter contre le peu de temps qui lui restait pour terminer ses mémoires (c’est d’ailleurs ce qui l’avait fait hésiter à reprendre du service en mai 1958, ayant une conscience très élevée de sa disparition prochaine dès le début des années 1950).


Ancien Président, sans fonction fixe

En fait, le rôle d’ancien Président de la Ve
République n’est pas très bien défini dans la pratique pour un régime qui compte finalement des Présidences de presque 10 ans de longévité en moyenne.

Jacques Chirac semble donc reprendre le cours normal des républiques antérieures, celui d’un ‘sage’ qui ne s’ingèrent plus dans la vie politique intérieure.


Vincent Auriol et René Coty, emportés par la tempête gaullienne

Encore que les deux anciens Présidents de la IVe
République, Vincent Auriol (mort en 1966) et René Coty (mort en 1962) fussent parfois très partisans dans leur retraite post-présidentielle.

Le socialiste Vincent Auriol, par exemple, qui se refusait d’être un « Président soliveau » (et en ce sens, il ne l’a pas été avec sa fonction d’arbitre qui lui conférait une référence de stabilité face à l’instabilité ministérielle), quitta la SFIO en 1958 à cause de son désaccord avec Guy Mollet, s’occupa de rechercher des fonds pour son nouveau petit parti (PSA), et refusa de participer aux réunions du Conseil Constitutionnel (dont il était membre de droit et à vie) dès 1960 en raison de la gouvernance gaullienne. Il ne revint au Conseil Constitutionnel que le 6 novembre 1962 pour protester contre l’élection au suffrage universel direct du Président de la République (et contre la méthode jugée anticonstitutionnelle qu’employa De Gaulle à cette fin), et il prit très clairement position en faveur du candidat François Mitterrand en décembre 1965 (quelques jours avant sa mort).

Quant à l’indépendant René Coty, apprécié de tous et notamment pour avoir su humblement s’éclipser derrière De Gaulle, il se fit élire à l’Académie des Sciences morales et politiques et quelques jours avant sa mort, il prit nettement position contre l’initiative référendaire de De Gaulle sur l’élection du Président de la République au suffrage universel direct.


Une page tournée : la culture (enfin) avant la politique

Jacques Chirac, lui, semble avoir tourné définitivement la page.

Intellectuel Jacques Chirac ? Bien sûr. L’anecdote très connue est le contraire du ‘faux cultivé’ : lui cultivait justement l’image inverse, sans doute pour se montrer proche des Français. Dans un avion, il préférait recouvrir les livres ou revues qu’il lisait (sur l’art japonais par exemple) d’une couverture de Play-boy alors que souvent, les gens font l’inverse !

Comme De Gaulle (avec Anne), Jacques Chirac a une fille (Laurence) qui a eu beaucoup de problème de santé, ce qui peut aussi expliquer que la politique n’était pas, contrairement aux apparences, au sommet de ses priorités.

Maintenant, donc, Jacques Chirac se garde de donner des bons ou mauvais points, comme en général les anciens Premiers Ministres ou l’ancien Président Valéry Giscard d’Estaing ont coutume de faire une fois sortis du pouvoir. On peut se souvenir du bilan du gouvernement par Raymond Barre publié dans L’Express chaque année au début du premier septennat de François Mitterrand.

Jacques Chirac serait-il devenu sage ? À la grande déception de ses anciens fidèles (qui, eux, n’ont pas encore terminé leur carrière politique) ?

Avec l’élection de Nicolas Sarkozy, serait-il même regretté par
tous ces Français déçus parmi les 82% qui ont voté pour lui le 5 mai 2002 ?

Il est quand même cocasse que plusieurs députés socialistes, par exemple, s’en sont remis à la ‘sagesse’ de Jacques Chirac pour barrer la route à la
loi Hortefeux qui autorise le recours aux tests ADN.

Participant pour la première fois à une séance du Conseil Constitutionnel le 15 novembre 2007, aux côtés de Jean-Louis Debré (nommé Président en février 2007) et de Valéry Giscard d’Estaing (une photo quasi-surréaliste !), Jacques Chirac a sans doute appuyé de tout son poids ses convictions humanistes et ouvertes pour faire supprimer cette disposition qu’il avait jugée
inutile et blessante. En vain finalement.



Le silence politique de Jacques Chirac s’étend même sur toute la planète, puisqu’il a refusé les nombreuses sollicitations à tenir des conférences universitaires un peu partout dans le monde (job habituel des anciens Présidents américains ou même russe pour Gorbatchev).

Il faut dire qu’il n’en a pas vraiment besoin, financièrement parlant, avec une rémunération actuelle
estimée à 30 781 euros mensuels.


Une fondation toute nouvelle et même présente sur FaceBook

Le réel dada de Jacques Chirac, c’est désormais sa Fondation : Fondation Jacques Chirac pour le développement durable et le dialogue des cultures.

Jacques Chirac a réussi ainsi à réunir un beau panel de personnalités comme Kofi Annan, ancien Secrétaire Général de l’ONU, Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix (promoteur du microcrédit), Rigoberta Menchu, autre Prix Nobel de la Paix, Andres Pastrana, ancien Président de Colombie, et Fernando Cardoso, ancien Président du Brésil.

Se voulant moderne, la fondation a même un
groupe FaceBook dans le fameux site de réseau social international.

Si ses statuts ont déjà été publiés le 9 mai 2007 et si la fondation a été
reconnue d’utilité publique le 7 mars 2008, son lancement officiel ne se fera que le 9 juin 2008 au Musée du quai Branly.

Présidée par Michel Camdessus (qui apporta son soutien à François Bayrou en 2007), la fondation souhaite apporter des solutions à l’aide à l’emploi, au développement local, à la solidarité économique, et en priorité à l’accès à l’eau et aux médicaments, à la lutte contre la déforestation et à la mémoire des langues (en créant par exemple une banque de données audiovisuelles pour préserver les dialectes et langues vivantes en voie d’extinction, initiative qu’aurait applaudie le discret philologue Georges Dumézil disparu le 11 octobre 1986).


Un retrait de la vie politique bien négocié

Jacques Chirac met en devanture de ses nouvelles activités cette phrase :

« Avec un enthousiasme intact et la même passion d’agir pour vous, je continuerai à mener les combats qui sont les nôtres, les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, pour la paix, pour la grandeur de la France ».

Voilà bien pour Jacques Chirac une activité fort raisonnable qui apportera sûrement beaucoup au monde d’aujourd’hui.

Se créer une activité pour sa retraite et être utile à ses contemporains. Une sage décision à laquelle tout nouveau retraité se doit de réfléchir.


Je lui souhaite donc une bonne et dynamique retraite !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (22 avril 2008)


Pour aller plus loin :

Site officiel de la Fondation Jacques Chirac.





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39045

http://www.centpapiers.com/Elysee-la-retraite-post,3613

http://www.lepost.fr/article/2008/04/22/1184355_chirac.html



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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 09:19

Le 19 avril 2008, deux jours après un autre monstre sacré de l’écriture, Aimé Césaire, la résistante et ethnologue Germaine disparaissait à presque 101 ans à Saint-Mandé, près de Paris.



Il est assez étrange que l’annonce de la disparition de Germaine Tillion, une ‘grande dame’ de notre République ait été entourée d’une aussi grande discrétion, mais sans doute était-ce ce départ sur la pointe des pieds que Germaine Tillion voulait.

 

J’avais retracé très rapidement son existence bien remplie lors de son centième anniversaire, le 30 mai 2007 (aussi sur Agoravox). Je ne retiendrai aujourd’hui que deux images d’elle.

Avec Lucie Aubrac le 14 mars 2007, c’est aussi un grand symbole des femmes courageuse engagées dans la Résistance qui s’éteint.

Parmi les qualificatifs qui reviennent souvent au sujet de Germaine Tillion, il y a la passion de comprendre, la « tendresse sans borne qu’elle a toujours portée à ses semblables », l’humour, la malice et la dérision. Elle se définissait elle-même comme « une patriote de la justice, de la vérité et de la vie ».

La riche existence de Germaine Tillion pourrait, à mon sens, se résumer à deux facettes essentielles : l’ethnologie et la Résistance.


L’universitaire engagée

Après de brillantes études (notamment à l’École du Louvre et à la Sorbonne) de 1925 à 1932, elle se consacra à fond dans la voie de l’ethnologie avec de nombreux séjours en Algérie, en Mauritanie, au Niger, en Haute-Volta, en Libye, au Moyen-Orient et en Inde.

Elle étudia une ethnie berbère dans le cadre d’une thèse de doctorat, entre 1934 et 1940 puis poursuivit ses périples après 1954.

Elle porta la lutte sur tous les fronts de la dignité humaine, notamment dans les prisons françaises où elle a encouragé l’enseignement et en Algérie où elle s’est opposée à la torture (avec l’historien Pierre Vidal-Naquet disparu le 29 juillet 2006), à la condition déplorables des femmes et à la ‘clochardisation’ du peuple algérien avec la construction de centres sociaux.

Elle l’expliqua ce terme dans son livre ‘La Traversée du mal’ : « La clochardisation, c’est le passage sans armure de la condition paysanne (c’est-à-dire naturelle) à la condition citadine (c’est-à-dire moderne). J’appelle ‘armure’ une instruction primaire ouvrant sur un métier. En 1955, en Algérie, j’ai rêvé de donner une armure à tous les enfants, filles et garçons. ».

C’était un peu cela la ‘méthode Germaine Tillion’ : une recherche pertinente de diagnostic des maux qui rongent la société, et surtout, la mise en pratique de solution concrète.

C’est sans doute pour cette raison qu’un des rêves (irréalisés) de Germaine Tillion fut de modifier l’ordre de la devise républicaine en y plaçant ‘fraternité’ en tout premier.

Ses derniers combats furent un appel contre la torture en Irak en 2004 et son adhésion à un comité de sans-papiers.

Elle continua à recevoir des étudiants, universitaires, journalistes, intellectuels etc. jusqu’en 2004 (à 97 ans !).


La grande résistante

Peu encline à accepter la politique du Maréchal Pétain (« Ce fut pour moi un choc si violent que j’ai dû sortir de la pièce pour vomir. »), Germaine Tillion s’engagea ‘naturellement’ dans la Résistance dès 1940 et commanda en 1941 le réseau du Musée de l’Homme qui se focalisait sur le renseignement et l’aide à l’évasion des prisonniers.

Elle fut hélas arrêtée le 13 août 1942 sur dénonciation, détenue à Fresnes puis déportée le 21 octobre 1942 à Ravensbrück. Sa mère (également résistante) la rejoignit en 1944.

Elle perdit tous ses manuscrits pour sa thèse, mais continua à écrire en cachette une opérette pour préserver sa survie ‘Le Verfügbar aux enfers’ (publiée en 2005 et jouée pour la première fois au Châtelet à Paris le 2 juin 2007) : il s’agissait de présenter la difficile vie en détention avec un humour lyrique et populaire. Pour donner un exemple de cet humour, une future déportée parle d’un : « camp modèle, avec tout le confort, eau, gaz, électricité » et le chœur insiste alors : « gaz surtout ».

Son œil d’ethnologue lui a permis aussi de passer cette dure période : « Si j’ai survécu, je le dois à coup sûr au hasard, ensuite à la colère, à la volonté de dévoiler ces crimes et, enfin, à la coalition de l’amitié, car j’avais perdu le désir viscéral de vivre. ».

L’amitié notamment de Geneviève Anthonioz-De Gaulle (disparue le 14 février 2002), d’Anise Girard (épouse Postel-Vinay) et de Denise Jacob (épouse Vernay, la sœur de Simone Veil). Germaine Tillion était devenue « l’animatrice d’une sorte d’opération survie ».

Mais en mars 1945, peu de temps avant la libération des camps, elle y perdit sa mère, Émilie Cussac (qui fut aussi écrivaine), choc qu’elle n’a évidemment jamais pu oublier par la suite.

Après la guerre, pendant une dizaine d’années, Germaine Tillion enquêta sur les crimes de guerre allemands et les camps de concentration soviétiques.

En 1946, elle fut parmi les premiers anciens déportés à exprimer la vie des camps. Comme l’a rappelé Simone Veil dans son dernier livre (‘Une Vie’), les témoignages des anciens déportés étaient peu entendus, peu écoutés ou même peu crus.

Elle témoigna ainsi dans son ouvrage ‘À la recherche de la vérité’ qu’elle publia dès 1946 et qu’elle compléta en 1973 et en 1988 sous le titre ‘Ravensbrück’ en expliquant l’aspect économique des camps d’extermination.

Entre autres, le 21 avril 1982, face aux dérives révisionnistes de certains, Germaine Tillion fonda et présida l’Association pour l’étude des assassinats par gaz sous le régime national-socialiste dont le but fut de « rechercher et contrôler les éléments apportant la preuve de l’utilisation des gaz toxiques par les responsables du régime national-socialiste en Europe pour tuer les personnes de différentes nationalités » où l’on retrouve dans le bureau Geneviève Anthonioz-De Gaulle, Anise Poste-Vinay, Pierre Vidal-Naquet (attention : le lien présentant les statuts de cette association provient d’un site révisionniste).


Les réactions sur cette « femme d’exception »

Le Président Nicolas Sarkozy a rappelé « le courage, l’engagement et l’humanisme » de Germaine Tillion, « l’auteur prolixe et la femme engagée dans le combat politique pour l’émancipation des femmes et contre toutes les formes de torture ».

Le Premier Ministre François Fillon a évoqué son « parcours lumineux et courageux qui n’a jamais renoncé à aucune de ses valeurs ».

La Ministre de la Recherche Valérie Pécresse a parlé de « la figure scientifique majeure du XXe siècle » qui « a participé, en pionnière, à la fondation de l’ethnologie française », ajoutant que Germaine Tillion « mena tous ses combats avec toujours le souci de mettre les sciences de l’Homme au service d’une société plus juste et plus respectueuse ».

Le Secrétaire d’État Jean-Marie Bockel a, lui aussi, rendu hommage à cette « résistante de la première heure » à la « carrière dédiée à l’enseignement et à l’écrituren avec une œuvre riche et dense » en concluant ainsi : « Avec Germaine Tillion, s’éteint une conscience de notre siècle, une grande humaniste qui fut de tous les combats pour la justice et les droits de l’Homme au XXe siècle. ».


L’honneur de la République

Germaine Tillion est l’honneur de la République et l’honneur du XXe siècle.

Elle fut une grande dame qui mériterait sans doute le Panthéon, mais qui n’en aurait sans doute pas voulu (pas plus qu’Aimé Césaire). Qu’importe d’ailleurs, car ce fut déjà de son vivant qu’elle fut honorée par la France, l’une des cinq (uniques) femmes à avoir reçu la Grand-croix de la Légion d’honneur, et aussi bien d’autres décorations (dont la Croix de guerre et la médaille de la Résistance), ainsi que par la biographie que Jean Lacouture lui a consacrée en 2000 (‘Le Témoignage est un combat’).

« Je pense, de toutes mes forces, que la justice et la vérité comptent plus que n’importe quel intérêt politique. »

Une grande conscience du siècle dernier s’est éteinte ce week-end, brillante de son intelligence pratique, de son courage exceptionnel et de ses engagements éclairés.

Espérons que notre nouveau siècle nous offre également ces êtres de lumière avec la même intensité et la même détermination.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (21 avril 2008)


Pour aller plus loin :

France Culture lui consacrera ses soirées à 20 heures toute cette semaine.

Une exposition à ne pas manquer sur Germaine Tillion :
- Du 24 janvier 2008 au 4 mai 2008 au Musée de Bretagne (10 cours des Alliés à Rennes), puis
- Du 30 mai 2008 au 8 septembre 2008 au Musée de l’Homme (17 place du Trocadéro à Paris 16e).

Article sur France Télévision du 20 avril 2008.

Le siècle de Germaine Tillion.

(Article du Monde du 29 mai 2007 pour le centenaire de Germaine Tillion.)

Le site officiel sur Germaine Tillion.

Bibliographie sélective de Germaine Tillion.

 

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39008

http://www.centpapiers.com/Germaine-Tillion-l-ethnologue,3606

http://www.lepost.fr/article/2008/04/21/1183906_germaine-tillion-l-ethnologue-passionnee-de-la-dignite-vient-de-s-eteindre.html

 
http://www.lexpressiondz.com/article/8/2008-04-24/52010.html

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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 10:09

La disparition du poète et homme politique martiniquais Aimé Césaire a ému tout le monde. Une référence morale vient de partir. Mais déjà, certains veulent le ‘dépouiller’.



Le 17 avril 2008 à 11h20 (heure de Paris), hospitalisé depuis huit jours pour des problèmes de cœur, Aimé Césaire s’est éteint à presque 95 ans. Il allait fêter son anniversaire dans deux mois, le 26 juin.

Dès cette annonce, hélas prévisible, les médias ont très vite rappelé son brillant parcours et les symboles qu’il a représentés. Une très longue existence pour un homme à taille assez petite. Il avait déjà été fêté l’an dernier à l’occasion de son anniversaire notamment avec une lettre de Nicolas Sarkozy qui lui exprimait sa « profonde sympathie ».


Un écrivain au vocabulaire musclé

Il est communément appelé le « chantre de la négritude »
, qu’il a véritablement ‘élaborée’ entre autres avec son ami Léopold Sedar Senghor, futur Président du Sénégal, qu’il avait rencontré pour la première fois au lycée Louis-Le-Grand en… 1931 (Le Guyanais Léon-Gontran Damas faisait aussi partie de cette prodigieuse ‘équipée’).

La négritude, c’est un concept finalement assez flou, aussi littéraire que politique, favorable évidemment à la décolonisation, mais avant tout, qui visait à rappeler que les hommes de couleur sont autant capables d’atteindre les sommets intellectuels et littéraires que les ‘autres’. Une sorte de « fierté d’être nègre » et un rappel révolté contre l’Occident juché sur « le plus haut tas de cadavres de l’humanité ».

Ses mots sont particulièrement musclés, vifs, vibrants, dynamiques. Le rythme est original et soutenu, le style est très reconnaissable. Il peut heurter, il hurle parfois, il réveille toujours.


Un court exemple tiré d’un site qui lui est consacré.

« Et sur ce rêve ancien mes cruautés cannibales :

(...)
Je me cachais derrière une vanité stupide le destin m'appelait
J'étais caché derrière et voici l'homme par terre, sa très
fragile défense dispersée,
Ses maximes sacrées foulées aux pieds, ses déclamations
pédantesques rendant du vent par chaque blessure.

Voici l'homme par terre
Et son âme est comme nue
Et le destin triomphe qui contemple se muer
En l'ancestral bourbier cette âme qui le défiait. »


Un vieux briscard du paysage politique

Mais parallèlement à sa vie de poète et d’écrivain, Aimé Césaire était un vieux routier de la politique française et antillaise.

Engagé par le Parti communiste qui vit en lui l’espoir de la Martinique (avec pertinence), il le quitta très vite après la mort de Staline et resta très indépendant (fondant son propre parti) tout en s’étant rapproché petit à petit du Parti socialiste.

En fait, il était un véritable baron local : depuis la Libération, indéboulonnable maire de Fort-de-France pendant plus d’un demi-siècle (il quitta la mairie seulement en 2001, il avait déjà 87 ans !), insaisissable député de la Martinique pendant aussi près d’un demi-siècle (de la Libération à la seconde cohabitation) et impliqué également dans les collectivités locales martiniquaises (au Conseil général pendant presque vingt ans, au Conseil régional qu’il présida brièvement juste avant les nouveaux pouvoirs de la décentralisation aménagée par Gaston Defferre).

Toujours très estimé, peut-être pas toujours apprécié, parfois très en colère (notamment contre l’article 4 de la loi du 23 février 2005 à propos de la mémoire et de la décolonisation) et avec une langue rarement dans sa poche.

L’un de ses premiers engagements politiques fut de faire sortir la Martinique du stade colonial, notamment par sa départementalisation en 1946.


L’Antoine Pinay des Antilles

Au fil des décennies, il était devenu une sorte d’Antoine Pinay des Antilles, chez qui on se rend pour avoir son onction, ses avis, sa photo…

Il avait fini par accepter de recevoir Nicolas Sarkozy en mars 2006 (alors Ministre de l’Intérieur) où il voyait en lui, quand même, malgré son opposition, un dynamisme et un volontarisme exceptionnels (paroles qui furent compliments pour le futur candidat).

Mais, comme un autre illustre nonagénaire (l’ancien ministre gaulliste Jean-Marcel Jeanneney), son soutien pour l’élection présidentielle était allé naturellement vers Ségolène Royal qui passa une partie de son existence en Martinique, qu’il accompagna même, malgré sa santé fragile, à une réunion électorale à Fort-de-France le 26 janvier 2007, lui attribuant confiance et espérance. Il fut même le président d’honneur du comité de soutien de Ségolène Royal.

Plus tard, le Premier Ministre François Fillon le rencontra également lors de sa visite en Martinique le 5 janvier 2008 où il rappela que le premier maire noir de la métropole était le martiniquais Raphaël Élizé, élu en 1929 maire de… Sablé-sur-Sarthe, ville dont François Fillon a été maire pendant 21 ans.


Des éloges unanimes

Un dernier dialogue pour François Fillon avant son hommage d’hier : « Proche d’André Breton [qui s’installa en Martinique pendant la guerre], le poète Césaire ne craignait ni la force des images, ni leurs ruptures. Il laissait naître de sa colère des chants puissants et durs. Il mettait ses morts au service de la lutte pour la dignité humaine, en particulier celle des peuples colonisés et humiliés. »
.

Naturellement, toute la classe politique française (et évidemment au-delà, puisque Césaire était un ‘monstre sacré
’ à la fois de la vie culturelle et de la vie politique) a fait part de son émotion dans la plus grande des sincérités.

Le Président Nicolas Sarkozy a déclaré à Neufchâteau que « c’est toute la nation française qui est en deuil » ajoutant : « Par son appel universel au respect de la dignité humaine, à l’éveil et à la responsabilité, il restera un symbole d’espoir pour tous les peuples opprimés. »
.

Son prédécesseur Jacques Chirac a parlé d’un « homme de lumière » et l’ancien Président du Sénégal, Adbou Diouf, actuellement secrétaire général de la Francophonie, a fait part de la « très grande émotion de toute la famille francophone »
.

L’ancienne candidate socialiste, Ségolène Royal, a évoqué « un homme de conviction, de création, de témoignage, qui fut sa vie durant un éveilleur de conscience, un éclaireur de notre temps, un démineur d’hypocrisie, un porteur d’espoir pour tous les humiliés, un combattant inlassable de l’humaine dignité »
(avec un style d’ailleurs qui se rapproche bien d’Aimé Césaire lui-même).

Responsable de l’Outre-mer, la Ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a annoncé des obsèques nationales pour dimanche 20 avril 2008 et son Secrétaire d’État à l’Outre-mer Yves Jégo (maire de Montereau) est déjà parti hier pour participer aux trois jours d’hommage.

Le Président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer, a annoncé aux députés un hommage à leur ancien collègue pour le 29 avril 2008 en début de séance.

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë envisage déjà de donner le nom d’Aimé Césaire à un lieu de la capitale en hommage à ce « progressiste passionné, combattant de la fraternité universelle, éveilleur des âmes et des consciences »
.

Une salle d’étude du lycée Louis-Le-Grand portera d’ors et déjà le nom de l’ancien étudiant qui s’y réunissait souvent avec Senghor et Pompidou.


Sincérité et surenchère

Mais on commence à assister, lors de la disparition d’une personnalité hors du commun et finalement, à la fin de son existence, très consensuelle malgré son militantisme très marqué, à des sortes de surenchères pour exprimer son affliction, comme dans une sorte de concours à l’émotion dont le gagnant aurait la reconnaissance posthume de la personnalité.

Et dans ce cadre, la demande au Panthéon fait bien. Cela fait mode, et surtout, cela fait subtile.

Ainsi, Ségolène Royal est parmi les premiers à demander l’entrée au Panthéon du poète comme « éminent symbole d’une France métissée »
.

Le député centriste (et maire de Drancy) Jean-Christophe Lagarde (que j’apprécie par ailleurs) a également demandé cette ‘panthéonisation’ par une lettre adressée à Nicolas Sarkozy où il évoque « l’humanisme actif et concret »
d’Aimé Césaire.

Le député socialiste Victorin Lurel, président du Conseil régional de Guadeloupe et l’historien Claude Ribbe lui ont emboîté le pas.

Répondant très vite (sur RTL), la Ministre de la Culture Christine Albanel a même donné son accord de principe, car « Césaire aurait certainement sa place au Panthéon, qui rend hommage aux grands hommes qui ont servi notre patrie » tout en restant prudente en laissant l’initiative à Nicolas Sarkozy : « une décision, évidemment, qui doit être prise au plus haut niveau ».


Panthéoniser, pour quoi faire ?

Je ne doute évidemment pas de la sincérité des demandes, mais je ne doute pas non plus de leur ego suffisamment habile pour vouloir l’associer au destin d’un grand homme.

Le discours d’André Malraux lors du transfert des cendres du résistant Jean Moulin reste à jamais gravé dans la mémoire de la République française.

Sorte de sanctuaire républicain qui accueille les canonisés de la République
, le Panthéon est une sorte d’exposition des personnalités françaises marquantes.

À qui cela sert-il ? Aux disparus dont le corps est de toutes façons réduit en poussière dans l’humilité du deuil… ou aux vivants ? Pourquoi vouloir faire resurgir une sorte de vague religion républicaine ?

Ne faudrait-il pas plutôt gratifier les vivants méritants ? les honorer et les aider dans leurs engagements pour réaliser encore d’autres actions bénéfiques à la République plutôt que de se tourner sans arrêt à son livre d’images d’Épinal ?

Ce ne sont que des questions évidemment.


Humilité et enracinement

J’ai cependant la nette impression qu’Aimé Césaire, qui n’a pas semblé vouloir de l’Académie française (le jour même de sa mort, elle élisait l’évêque d’Angoulême, Mgr Claude Dagens, au fauteuil de René Rémond) dans laquelle son ami Senghor avait siégé (au fauteuil occupé maintenant par Valéry Giscard d’Estaing), était avant tout un homme humble et enraciné, attaché à sa terre martiniquaise, et qu’il n’aurait eu aucune envie de cette proposition presque indécente.

Il sera enterré sans cérémonie religieuse. Évitons toutes les cérémonies religieuses.


Laissons Aimé Césaire désormais reposer en paix chez lui et parmi les siens.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (18 avril 2008)


Pour aller plus loin :

Quelques textes d’Aimé Césaire à goûter avec saveur.



http://aliceadsl.lci.fr/infos/france/politique/0,,3824635-VU5WX0lEIDUzNg==,00-cesaire-pantheon-politiques-divisent-.html


http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=38913

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080418/tot-disparition-aime-cesaire-au-pantheon-89f340e.html

http://www.centpapiers.com/Disparition-Aime-Cesaire-au,3590

http://www.lepost.fr/article/2008/04/18/1183048_disparition-aime-cesaire-au-pantheon-ou-le-bal-des-vautours.html

http://www.come4news.com/index.php?option=com_content&task=view&id=15397



 

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