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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 03:20

« Mon écologie à moi est votre écologie ! » (Sandrine Rousseau, le 19 septembre 2021).



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Les écologistes d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) ont organisé une primaire ouverte pour la désignation de leur candidat à l’élection présidentielle de 2022. Pour pouvoir voter, n’importe quel Français de plus de 16 ans pouvait s’inscrire avant le 12 septembre 2021, sous réserve de payer 2 euros et d’approuver une charte des valeurs écologistes qui ne mangeait pas de pain.

Cinq candidatures ont été retenues et les inscrits pouvaient voter par voie électroniquement (avec tout ce que cela implique) du 16 au 19 septembre 2021. C’est ce dimanche 19 septembre 2021 vers 17 heures 30 que le secrétaire national de EELV, Julien Bayou a annoncé les résultats de ce premier tour. Le second tour aura lieu du 25 au 28 septembre 2021.

C’est incroyable comment les journalistes ont pris pour argent comptant les affirmations des responsables écologistes. Car au contraire de ce qu’ils prétendent, jamais la situation n’a été aussi mauvaise pour les écologistes que ces résultats qui ont mis les quatre principaux candidats dans un mouchoir de poche. Jamais la famille écologiste n’a été aussi divisée tant du point de vue des personnes que de leur programme.


1. C’est une forte participation ? Tout est relatif !

L’idée de penser que cette primaire EELV a eu une forte participation est une sorte de matraquage de la méthode Coué : plus on le dit, plus on y croit. Pire : ils sont capables de dire, avec les résultats du premier tour, "La société est portée à plus de…" alors que seulement 122 675 Français se sont inscrits à cette primaire. Certes, il y a eu une forte participation (c’est-à-dire le rapport entre ceux qui ont voté et ceux qui se sont inscrits), 86,91% mais pourquoi se serait-on inscrit pour ne pas voter (surtout que l’inscription était payante) ?

Certes (aussi), l’objectif était de 100 000 inscriptions et quelques jours avant la fin des inscriptions, il n’y en avait que 75 000. C’est beaucoup plus que la précédente primaire EELV, celle d’octobre 2016, qui n’avait reçu que 17 146 inscriptions.

Mais il faut un peu se réveiller : il s’agit d’élire le Président de la République d’une nation qui compte plus de 68 millions d’habitants. Ces 122 675 inscrits ne représentent même pas 0,2% de la population ! À l’élection présidentielle de 2017, il y avait plus de 48 millions d’électeurs inscrits. Probablement plus en 2022. 122 675, c’est finalement le corps électoral pour une ou quelques circonscriptions des 577 que compte la France.

La meilleure comparaison reste les primaires des autres. Celle de LR en novembre 2016, ils étaient plus de 4,4 millions de Français à avoir participé au choix du candidat LR. Chez les socialistes, ils étaient plus de 2 millions à avoir voté à la primaire PS de janvier 2017.

Comme on le voit, 122 675 inscriptions, c’est dérisoire comme masse électorale. Ils disent que c’est un grand succès parce qu’ils n’étaient que 7 fois moins en 2016, mais ils sont encore ridiculement faibles dans leur capacité à mobiliser leur électorat. En clair, ils ont mobilisé leurs militants, mieux que les précédentes fois, mais cela ne reste que des militants.


2. Les deux candidats du second tour pavoisent

Il n’y a pas de quoi pavoiser et je suis même surpris de la surprise des journalistes. Ce second tour était finalement assez prévisible : un candidat écolo-modéré, très médiatisé et connu des médias, qui a montré ses preuves de leadership aux élections européennes de mai 2019, Yannick Jadot (54 ans), soutenu par Alain Lipietz, Matthieu Orphelin, Laurence Abeille et David Belliard, avec 29 534 voix, soit 27,7%, et une candidate de la base, très apprécié par les militants, très gauchiste, écolo-féministe (terme à définir), Sandrine Rousseau (49 ans), soutenue par Alice Coffin, Adèle Haenel, Jane Fonda, Salomé Lelouch, Jean-Luc Moreau, Lio, Bruno Solo et Éric Métayer, avec 26 801 voix, soit 25,14%.

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Bref, le second tour donnera le clivage attendu entre une ligne pragmatique et une ligne idéaliste, cela pour être avec un vocabulaire gentil. Le vocabulaire moins gentil, ce serait : une ligne opportuniste versus une ligne dogmatique. Ou encore : rose bonbon vs rouge foncé. Sandrine Rousseau est plus imaginative : "écologie d’accompagnement" vs "écologie de transformation".

Certains imaginaient que Yannick Jadot serait élu dès le premier tour. C’était impossible. Du reste, c’est le risque d’une éventuelle primaire LR où seule, participerait comme "grande" candidate Valérie Pécresse. Dans les débats télévisés (deux débats télévisés, sur France Inter le 5 septembre 2021 et sur LCI le 8 septembre 2021), Yannick Jadot se montrait très condescendant, s’affichant comme favori et voulant apprendre aux autres comment faire campagne et être aimé des médias.

Sandrine Rousseau a été beaucoup plus dans le concret, dans le fond, et finalement, cela ne lui a pas trop mal réussi. Et Yannick Jadot a un problème de crédibilité : ira-t-il jusqu’au bout, cette fois-ci ? Car il a été choisi par la primaire EELV de 2016 et finalement, il s’est désisté en faveur de Benoît Hamon, qui a lui-même fait un score misérable en 2017.


3. Éric Piolle quasiment dernier

Arrivé en quatrième position avec 23 767 voix, soit 22,29%, Éric Piolle (48 ans), proche de François Ruffin et soutenu par Eva Joly, Esther Benbassa, Aurélien Taché, David Cormand et Guillaume Gontard, aurait étonné, par son résultat médiocre, quelques analystes politiques qui croyaient encore en ses chances. Il aurait même eu des cours de relations internationales pour prendre une stature présidentielle ! Mais cela ne suffit pas. On disait surtout qu’il était le représentant d’une ville (Grenoble) et qu’il pouvait ainsi montrer ses réalisations. Sauf qu’elles restent relativement limitées et un bon maire (ce qui reste à voir, même s’il a été réélu, loin d’être plébiscité comme certains l’ont clamé, il a eu 46,7% au premier tour avec 57,8% d’abstention et 53,1% au second tour en 2020 avec 64,2% d’abstention, c’est loin d’un raz-de-marée !) n’a pas forcément vocation à être un bon candidat à l’élection présidentielle, encore moins à être un bon Président de la République.


4. Delphine Batho numéro trois

La vraie surprise, c’est de trouver Delphine Batho (48 ans), soutenue par Cédric Villani et Dominique Bourg, en troisième position avec 23 801 voix, soit 22,32%. Devenue présidente de Génération Écologie (parce que cette marque était laissée en jachère), elle est avant tout une militante socialiste et ancienne ministre avec la même étiquette sous François Hollande. Autant dire qu’on imaginait mal qu’elle fût acceptée comme écologiste quelques années plus tard. Cette primaire EELV lui donne donc cette consécration. Sans plus. Son thème de la "décroissance" ressemble à celui de la "démondialisation" longtemps invoqué par Arnaud Montebourg. Préemption sémantique.

En fait, ce n’est pas si surprenant que cela. Elle a été à l’école de Julien Dray, elle a été capable de mobiliser beaucoup de militants, probablement des étudiants de l’UNEF, et elle démontre ainsi la réalité de cette primaire EELV qui n’a rien de populaire (pour l’être, il faudrait y avoir plusieurs millions d’inscrits, comme chez LR ou au PS en 2016-2017). Il s’agit d’abord d’une course aux militants, et chaque candidat est en fait le pôle attractif de certaines chapelles de militants écologistes.

Pour preuve, il y en a un qui s’est trompé d’endroit. Le très sympathique Jean-Marc Governatori (62 ans), au nom prédestiné pour une candidature présidentielle, lui, n’a pas été soutenu par une base militante, le résultat n’en est que plus sévère pour lui. Alors qu’il croyait pouvoir convaincre "l’opinion publique", qui est certainement plus proche de lui que de la plupart de ses concurrents, l’écologiste centriste, simple conseiller municipal de Nice, n’a eu que 2 501 voix, soit 2,35%, classé cinquième et dernier, très loin derrière les quatre autres qui représentent à peu près chacun un quart des votants.


Et le second tour ?

Un unique débat sera organisé entre les deux candidats restants sur LCI le 22 septembre 2021 à 20 heures 45. Si l’on s’en tient au clivage pragmatiques vs idéalistes, il n’y a pas photo, Sandrine Rousseau devrait largement être désignée candidate dans une dizaine de jours. Peut-être que certains électeurs de candidats qui ont échoué au premier tour souhaiteraient privilégier la capacité à faire beaucoup de voix plutôt que celle à se faire plaisir avec un programme écolo-total. Daniel Cohn-Bendit, lui aussi, a déjà imaginé cette issue : « Je suis déçu, je pense que Sandrine Rousseau va gagner, je crois que c’est une mauvaise nouvelle pour l’écologie. ». Il faut reconnaître que EELV a toujours choisi ses candidats les moins rassembleurs (Alain Lipietz vs Noël Mamère en 2002, Eva Joly vs Nicolas Hulot en 2012, Yannick Jadot vs Cécile Duflot en 2017). C’est Anne Hidalgo qui va se frotter les mains et voir son horizon électoral se dégager.

L’élément certain, c’est que cette primaire EELV n’est pas une primaire populaire. C’est une primaire militante. Cela n’a rien de péjoratif mais cela montre le grand danger par exemple d’un référendum d’initiative citoyenne : seuls les militants et les clivés s’exprimeront. Les autres, ils auront d’autres choses à faire dans cette vie si compliquée…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (5) : profondes divisions chez les écologistes.
Grégory Doucet.
René Dumont.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210919-primaire-eelv.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-5-profondes-divisions-235905

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/19/39141591.html












 

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 03:54

« L’exercice intellectuel auquel elle se livrait était bien éloigné de la réalité d’une existence où l’on attend toujours la prochaine paie et où une facture de vétérinaire ou une hausse imprévue du loyer peut déclencher un effet domino et menacer de détruire la vie qu’on s’est bâtie. » (Greer Hendricks et Sarah Pekkanen, "Anonymat garanti", 2018).



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En annonçant formellement sa candidature à l’élection présidentielle de 2022 le dimanche 12 septembre 2021 à Rouen, la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo n’a fait que confirmer ce qu’elle disait tout bas depuis plusieurs mois. À 62 ans (l’âge de Jacques Chirac quand il a été élu Président de la République au bout de la troisième tentative), Anne Hidalgo se découvre donc une vocation de candidate.

Le fait qu’elle soit une femme ou qu’elle soit d’origine espagnole ne me paraît pas de nature à modifier l’opinion qu’auront d’elle ses éventuels futurs électeurs. Ce ne sont ni des avantages (une femme à l’Élysée, une représentante d’une intégration réussie), ni des inconvénients (la misogynie diminue au fil du temps, la diversité devient plus indifférente). On vote pour une personne donnée, pas pour un sexe ni une origine, plutôt pour ce qu’elle représente et ce qu’elle propose.

On se demandait si le PS existerait encore en 2022, après être descendu bien bas en 2017. Alors que les candidats à la candidature socialiste étaient nombreux dans les précédents scrutins, le scrutin de 2022 est un désert socialiste. Il est loin le temps où François Mitterrand, Michel Rocard, Pierre Mauroy, Jean-Pierre Chevènement et Laurent Fabius s’affrontaient pour un vrai enjeu, un parti en ordre de marche, un parti voué à être un parti de gouvernement, avec ses élus, ses experts, son programme, et même son trésor de guerre.

En 2021, c’est morne plaine. Que fait Stéphane Le Foll ? Que fait Bernard Cazeneuve ? Que fait Olivier Faure ? Que fait Manuel Valls ? Que fait Martine Aubry ? Que fait Ségolène Royal ? Que fait François Hollande ? Tous ont renoncé. Tous ont capitulé avant de combattre. Tous ceux-là ont le sens du ridicule. Il en fallait donc bien un, une, c’est encore mieux, pour maintenir une présence du PS à l’élection présidentielle, dans ce cadre d’acharnement thérapeutique.

Il faut dire que l’épisode de 2017 en a refroidi plus d’un. Choisir à la primaire de janvier 2017 le plus mauvais des candidats possibles, Benoît Hamon, qui, malgré le désistement avant le premier tour du candidat écologiste Yannick Jadot, a laborieusement récolté 6% des voix. Rappelons qu’au moment où il a été choisi à la primaire, les sondages lui attribuaient 18% d’intentions de vote contre 9% à Jean-Luc Mélenchon. Un mauvais candidat, c’est celui qui dilapide de 18% à 6% son capital électoral. Un mauvais candidat, c’est aussi celui qui, choisi par son parti pour concourir, le quitte quelques jours après l’avoir conduit dans l’impasse.

Anne Hidalgo sera-t-elle une mauvaise candidate ? Pourra-t-elle faire pire que Benoît Hamon ? En tout cas, après toutes les défections du PS, elle avait un boulevard pour imposer sa candidature aux socialistes qui sont bien contents qu’elle existe, faute de mieux. Pour l’instant, sa déclaration de candidature ne change aucune donne dans les sondages, elle reste autour de 7% d’intentions de vote.

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Lors des précédentes primaires socialistes, Anne Hidalgo a toujours misé sur les mauvais "chevaux" : en 2006 pour Dominique Strauss-Kahn, en 2011 pour Martine Aubry, en 2017 pour Vincent Peillon. Finalement, à la dernière élection présidentielle, elle a soutenu loyalement au premier tour le candidat socialiste Benoît Hamon dont elle ne soutenait pas le programme, et au second tour, le candidat indépendant Emmanuel Macron.

On oubliera les très nombreuses contradictions de cette dame qui a toujours raté de se faire élire députée et qui n’a d’expérience que de gérer d’une main de fer la mairie de Paris à faire fuir tout le peuple dans les banlieues. Contradiction d’avoir assuré ses électeurs de 2020 qu’elle resterait maire de Paris et qu’elle ne se présenterait pas à l’élection présidentielle (heureusement, ces mêmes électeurs ont toujours la mémoire courte). Contradiction de vouloir représenter la France alors qu’elle représente très mal Paris, et qu’elle ne connaît pas beaucoup le reste de la France. Pas étonnant de vouloir s’entourer d’élus territoriaux, mais dont la notoriété nationale est si faible qu’ils ne vont pas beaucoup l’aider dans cette aventure hasardeuse.

Gérer Paris depuis sept ans n’est certes pas une mince affaire. La plus puissante collectivité territoriale. Budget (12 milliards d’euros), employés (55 000 agents), population (2,2 millions d’habitants)… et endettement (7,2 milliards d’euros !). On n’en fera pas d’analyse ici car l’élection présidentielle n’est pas une élection municipale et de toute façon, on n’est jamais élu sur son bilan mais sur son projet d’avenir. On peut néanmoins observer que la dette a augmenté de 71% depuis 2014, depuis qu’Anne Hidalgo est maire (l’endettement doit être comparé à la recette fiscale qui est de 6,5 milliards d’euros en 2021 !). Une propension à dépenser sans compter (beaucoup de travaux peu urgents et pas nécessaires) qui pourrait faire froid dans le dos si elle arrivait à la tête de l’État (on le verra avec ses propositions).

La seule chose que je retiendrai de sa gestion de la ville de Paris, c’est la circulation à Paris, inspiré par un écologisme mal compris. En voulant à tout prix décourager l’utilisation de l’automobile à Paris, elle a renforcé la pollution et les bouchons. On ne s’improvise pas expert en mécanique des fluides (méca flotte pour les connaisseurs).

Ce qui est certain, c’est que les automobilistes qui roulent dans Paris, s’ils le font, c’est qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Ce n’est pas juste pour chercher le pain à 300 mètres de chez eux. S’ils utilisent leur voiture, avec les promesses d’embouteillages, c’est à contre-cœur. Généralement, c’est parce qu’il n’y a pas l’offre de transport en commun avec la bonne unité de lieu et la bonne unité de temps. D’ailleurs, ce sont rarement des Parisiens mais des Franciliens, qui doivent traverser Paris faute de liaison adaptée à leurs nécessités, des lignes souvent en étoile et rarement périphériques.

C’est sûr que pour celui qui habite à Paris et qui travaille à Paris (quand il travaille encore), vouloir bouter les automobiles à l’extérieur du boulevard périphérique est très populaire et à la limite de la démagogie pour se faire réélire. Mais comment faire pour ramener ou chercher des personnes âgées, des personnes en situation de handicap, ou simplement des personnes qui doivent transporter des choses lourdes si on ne peut plus passer à Paris en voiture ?

Oui, la ville ne doit plus être offerte aux automobiles comme cela a été le cas au début des années 1970. Il faut que la ville soit pour les piétons avant tout. Pourquoi pas 30 kilomètres par heure, en vitesse limite, quand on sait que la vitesse moyenne ne dépasse pas la moitié, de toute façon (même si la nuit, quand il n’y a personne, c’est dur de ne pas dépasser, mais on disait déjà cela pour le périph avec la limitation à 70 kilomètres par heure). Il faut donc effectivement proposer des liaisons principales pour les voitures et limiter les petites rues aux déplacements très locaux.

Cette gestion de la circulation parisienne par Anne Hidalgo montre une évidence : elle se limite à l’intérêt des seuls résidents à Paris (ses électeurs) mais pas à l’intérêt général, dans la mesure où Paris est la ville des 10 millions de Franciliens, pas seulement des 2 millions de Parisiens. Il me paraît donc stupide de laisser encore l’attribution de la circulation automobile dans Paris à la seule ville de Paris alors qu’elle devrait revenir, exceptionnellement, à la région-agglomération de Paris, l’Île-de-France et à une grande partie des communes qui la composent.

Bref, tout cela pour dire : si Anne Hidalgo n’est pas capable de coopérer avec tous les acteurs de la région parisienne pour la circulation à Paris, comment peut-on imaginer qu’elle soit capable de coopérer en situation diplomatique, pour raffermir l’Europe, pour amener des pays belligérants à se réconcilier, etc. ? La coopération est un élément majeur dans le processus politique. Coopération et concertation.

Plus intéressant, c’est d’avoir une partie de son programme. Le peu qu’il en ressort est de la franche rigolade. Anne Hidalgo propose par exemple de doubler le salaire des enseignants. Mesure intéressante mais ô combien clientéliste. L’enseignement fut un secteur fort du socle électoral du PS. Enfin, dans les temps anciens. Une mesure qui coûterait 300 milliards d’euros sur un quinquennat !

C’est sûr que raser gratis a encore ses adeptes, mais les Français sont-ils si stupides que cela quand on connaît le niveau d’endettement et le niveau d’imposition de la France ? Il n’y a pas beaucoup de marges de manœuvre. Même Jean-Luc Mélenchon trouve cette proposition irréaliste et démagogique, lui qui en est pourtant très friand !

Ce qui m’étonne, c’est que beaucoup de journalistes et d’éditorialistes ont pris au sérieux cette proposition et plus généralement, la candidature d’Anne Hidalgo. Peut-être en sont-ils encore restés à ce parti socialiste puissant auquel il faut faire allégeance, ce parti hégémonique, majoritaire dans toutes les allées du pouvoir comme cela avait été le cas en 2012. Mais les temps ont changé et cette petite élite qui est composée de faiseurs d’opinions devrait remettre à jour son logiciel d’analyse.

Avec cette proposition démagogique, qui ne s’intègre pas dans un programme d’ensemble, une vision cohérente de la France dans vingt ans, des valeurs, des exigences, des principes, on voit bien que cette dame ne cherche pas à se faire élire (elle n’a pas le niveau et le sait très bien) mais cherche simplement à sauver financièrement le PS. À sauver les meubles et les apparences.

En effet, des mesures aussi démagogiques que cela ne permettent généralement pas de gagner une élection présidentielle (les électeurs ont du bon sens), mais permet de faire le plein des voix dans certaines niches électorales. L’objectif du PS, c’est de faire au moins 5%, voire plus, car toute voix correspond à une dotation publique pour le parti pour les cinq prochaines années. L’enjeu financier est colossal quand l’existence même de ce parti, qui a dû revendre son siège historique de la rue de Solferino, est en cause malgré encore une bonne implantation électorale dans tous les territoires.

Dès lors qu’elle ne cherche pas à faire des propositions réalistes, Anne Hidalgo fait clairement savoir qu’elle n’a aucune intention de gouverner et qu’elle veut simplement racoler des voix sur la place publique. Après tout, Florian Philippot, à  une plus petite échelle, en fait autant en choisissant de se servir dans le vivier électoral des antivax, une niche qui ne lui permettrait jamais de gagner une élection mais qui pourrait lui offrir des militants et un petit trésor de guerre pour les cinq prochaines années…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La catastrophe bobo de Paris.
Anne Hidalgo.
Michel Jobert.
Arnaud Montebourg.
Roland Dumas.
Bernard Tapie.
Laurent Fabius.
Louis Mermaz.
Marie-Noëlle Lienemann.
Jean-Luc Mélenchon.
Danièle Obono.
François Ruffin.
François Mitterrand.
François de Grossouvre.
Le congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920.
Le congrès du PS à Épinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971.
Le congrès du PS à Metz du 6 au 8 avril 1979.
Le congrès du PS à Rennes du 15 au 18 mars 1990.
Le congrès du PS à Reims du 14 au 16 novembre 2008.
Édith Cresson.
Pierre Joxe.
Patrick Roy.
Raymond Forni.
Georges Frêche.
Michel Delebarre.
Pierre Moscovici.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210912-anne-hidalgo.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-4-anne-hidalgo-235758

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/14/39135087.html








 

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 03:11

« La société française ne semble plus capable de secréter en son sein des sauveurs. L’école de la République n’enseigne même plus leur histoire. Comme des sales gosses nihilistes, nous prenons plaisir à casser le moule de notre grandeur passée. » (Éric Zemmour, le 7 mars 2012 dans "Le Bûcher des vaniteux", éd. Albin Michel).


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Depuis quelques semaines, une nouvelle question torture le cerveau des éditorialistes politiques : l’un de leurs collègues, Éric Zemmour sera-t-il candidat à l’élection présidentielle de 2022 ? Et si oui, pourrait-il être élu ?

Cela semble s’accélérer pour Éric Zemmour. D’où l’emploi du mot "virus" dans mon titre, parce que c’est une candidature typiquement virale. Il fait partie des candidats possibles dans les sondages d’intentions de vote, ce qui permet de voir qu’il représente une part non négligeable de l’électorat dit de droite.

L'un des derniers sondages, réalisé par Ispos-Sopra Steria pour franceinfo et "Le Parisien/Aujourd’hui" publié le 3 septembre 2021, a montré un score flatteur pour celui qui n’a pas encore déclaré sa flamme. Il obtiendrait 8% d’intentions de vote, ce qui, pour une candidature "à froid" serait déjà un socle remarquable.

On pensait au départ qu’il irait manger sur l’électorat de Marine Le Pen, puis on s’est dit qu’au contraire, ils rognerait sur l’électorat de LR. En fin de compte, et quel que soit le candidat soutenu par LR, du moins les deux principaux, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse (j’y reviendrai), Éric Zemmour handicaperait autant Marine Le Pen que LR, mais plus encore Nicolas Dupont-Aignan qui se verrait reléguer à un score de microcandidat (de l’ordre de 2%). En effet, Éric Zemmour prendrait 2% d’intentions de vote tant à Marine Le Pen qu’au candidat LR et 4% à Nicolas Dupont-Aignan, disparaissant ainsi du paysage présidentiel.

Un autre sondage réalisé par Harris Interactive pour "Challenges" publié le 14 septembre 2021 place même le polémiste à 10% en prenant 3 points à Marine Le Pen et 1 point au candidat LR.

Répétons-le, ce ne sont que des sondages, c’est-à-dire des photographies furtives et immédiates d’une "opinion publique" particulièrement hésitante et instable, mais on voit à quel point ce sont des outils indispensables aux partis et aux candidats hésitants pour déterminer leur stratégie. Surtout lorsque l’idée de primaire peut être synonyme d’échec et de divisions.

Pour Éric Zemmour, ce sondage, comme les autres qui donnent à peu près les mêmes enseignements du moment, c’est plutôt encourageant. À 63 ans, c’est en effet la dernière occasion sérieuse de participer au débat électoral. Éric Zemmour a des idées, et voudrait contribuer à élargir la campagne présidentielle. D’un point de vue politique, l’électorat ne semble pas surpris de cette perspective.

Des jeunes zemmouriens avaient étonné au lendemain des dernières élections régionales en collant des affiches pour souhaiter la candidature d’Éric Zemmour : que cela fût concerté ou à la propre initiative de ces jeunes zélateurs (qui se font du coup appeler la génération Z, ce qui fait un tantinet Zorglub !), cette action a permis de diffuser très progressivement l’idée d’une candidature Zemmour.

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Il y a aussi une autre caractéristique qui compte : Éric Zemmour déteste Marine Le Pen et pour lui, elle ne gagnera jamais une élection présidentielle car elle a montré ses limites lors du débat de second tour le 3 mai 2017. Il serait ainsi partisan plutôt du TSMLP : tout sauf Marine Le Pen ! Donc Éric Zemmour.

Laurent Wauquiez, qui n’était déjà plus président de LR, doit se mordre les doigts d’avoir laissé entendre à Éric Zemmour qu’il avait toute sa place dans la grande famille de la droite, lors de la "Convention de la droite" organisée le 28 septembre 2019. Car aujourd’hui, Éric Zemmour pourrait lui répondre qu’il a tout sa place dans la planète Zemmour. Encouragés par Laurent Wauquiez, les électeurs traditionnels de LR pourraient considérer que le journaliste est un membre de la droite comme un autre.

Dans un certain nombre de médias, il n’est pas du tout qualifié de droite, mais d’extrême droite, placé bien plus à droite que Marine Le Pen (qui fait figure de gauchiste comparée à lui). C’est cela qui est un peu paradoxal. La personnalité est plus "modérée" que les idées.

Quand, il y a quelques mois, François Bayrou, dont on ne pourra pas soupçonner un seul doute sur ses idées contre l’extrême droite, fut interrogé sur l’éventualité d’une candidature d’Éric Zemmour, il ne l’a pas chargé comme un méchant extrémiste. Il était resté assez neutre, assez discret, refusant d’entrer dans la polémique. C’est qu’Éric Zemmour est bien connu des centristes, il était même chargé de couvrir le parti centriste il y a une trentaine d’années et des sympathies se sont nouées. Comme d’ailleurs Nicolas Dupont-Aignan, qui a voté pour François Bayrou en 2007 et qui avait été son chef de cabinet lorsqu’il était ministre.

Ce qui est certain, c’est que l’éditorialiste jouit d’une belle culture historique, mais il la met au service d’une idéologie qui en fait des interprétations erronées, ce que de nombreux historiens ont dit ou au contraire refusé de dire car la loi de Brandolini s’applique aussi à lui. Napoléon, Pétain, De Gaulle… revisités à en faire froid dans le dos.

Qu’importe ! Éric Zemmour a trouvé son lectorat. Il l’avait testé dans les médias : sa notoriété a grimpé lors de sa participation à l’émission de Laurent Ruquier le samedi soir sur France 2, une émission à forte audience. Bon "produit" de communication, il a été recruté par d’autres chaînes après son éviction du service public et déjà quelques affaires en justice, aujourd’hui encore, il est sur CNews et comme ses idées sont clivantes, il provoque soit une forte détestation, soit au contraire un soutien très fort, selon l’opinion des uns et des autres. Le journaliste Éric Dupin l’a défini ainsi le 2 février 2017 : « Enivré par ses succès télévisuels, le gaulliste anticonformtiste qu’il était il n’y a pas si longtemps s’est mué en démagogue d’extrême droite. ». Au point que certains le comparent maintenant à Charles Maurras !

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a décidé le 8 septembre 2021 que son temps de parole serait décompté à partir du lendemain pour maintenir tous les candidats dans une situation d’égalité. Éric Zemmour a pour l'occasion quitté temporairement "Le Figaro" pour faire sa future campagne (électorale ou de promotion éditoriale) et CNews vient, le 13 septembre 2021, de le renvoyer provisoirement pour se conformer au CSA. Imagine-t-on Jean-Luc Mélenchon ou Yannick Jadot ou Anne Hidalgo tenir une chronique quotidienne dans un grand média à forte audience et trouver cela normal alors qu'ils sont candidats à l'élection présidentielle ? La conséquence, c'est qu'Éric Zemmour n'est plus sur CNews mais il est partout ailleurs, France 2, RTL, LCI, BFM-TV, etc. Il y a même gagné en couverture médiatique !

Il est donc assez risible de voir comment Éric Zemmour se victimise à cet égard, évoquant la liberté d'expression dévoyée, alors qu'il est juste que tout candidat potentiel puisse jouir d'une exposition médiatique sensiblement équivalente. Du reste, un polémiste doit toujours s'attendre à des réactions hostiles, mais ici, c'est la simple règle de l'égalité entre les candidats qui est en cause. D'ailleurs, il avait déjà habitué son public à cette défense de la liberté d'expression lorsqu'il avait dû rendre des comptes à la justice pour certaines déclarations publiques (que je ne détaille pas ici, le lecteur intéressé saura où trouver). Et la défense de la liberté, elle n'est que dans un sens, pour sa liberté à lui, pas pour la liberté des parents par exemple à choisir le prénom de leur enfant (j'y reviendrai).

Ce qui est incontestable, c’est qu’Éric Zemmour vend beaucoup d’exemplaires de ses livres. "Le Suicide français", sorti le 1er octobre 2014 chez Albin Michel, a été un grand succès, qui s’est autoalimenté par la polémique, parce qu’Éric Zemmour est avant tout un polémiste, ce qui est nécessaire dans une vie intellectuelle saine. Entre 300 000 et 400 000 exemplaires du livre auraient été vendus en deux ans, peut-être plus.

Extrait du pamphlet : « L’idéologie de la mondialisation, antiraciste et multiculturaliste, sera au XXIe siècle ce que le nationalisme fut au XIXe siècle et le totalitarisme au XXe siècle, un progressisme messianique fauteur de guerres ; on aura transféré la guerre entre nations à la guerre à l’intérieur des nations. ».

Le 22 novembre 2014, Alain de Benoist commentait ce succès ainsi : « L’un [des sondages] révèle que 37% des Français (20% à gauche, 53% à droite) sont d’accord avec Zemmour, qu’ils se reconnaissent dans ce qu’il dit, qu’ils découvrent dans son livre ce qu’ils n’osaient dire tout haut ou qu’ils ne formulaient que de façon confuse. (…) Ceux qui méprisent le peuple y verront la confirmation que l’ouvrage n’est qu’une accumulation de lieux communs et de propos de bistrots. Mais il ne faut pas s’y tromper ; cet adoubement populaire, c’est une consécration. ».

Qui gênerait Éric Zemmour à l’élection présidentielle ?

À l’évidence, aucun candidat se réclamant de gauche. C’est un bon point pour ces candidats de gauche : ils ont tous intérêt à renforcer la confusion à droite et à l’extrême droite. Éric Zemmour pourra donc compter sur des maires divers gauche si jamais il manquait de parrainages. Ces 500 parrainages, répartis de manière homogène sur tout le territoire, a un avantage : ils obligent le candidat à avoir une force de frappe locale, des équipes un peu partout en France pour collecter ces signatures. Pas la peine de se présenter si on n’est même pas capable de ce travail qui implique surtout de l’organisation militante.

Est-ce que son éventuelle candidature avantagerait Emmanuel Macron ? Oui et non, à l’heure actuelle. D’une part, en affaiblissant la principale adversaire, Marine Le Pen, Éric Zemmour valoriserait la candidature d’Emmanuel Macron… sauf si l’effet est amplifié et permet, d'autre part, au candidat LR de prendre la place du second tour promise à la candidate RN. Auquel cas, l’issue du duel LREM vs LR serait beaucoup plus incertaine et il n’y aurait plus le risque du RN, donc, plus de vote utile au second tour. Ni vote utile, ni vote forcé pour éviter l’extrême droite.

Du côté du RN, la candidature d’Éric Zemmour recentrerait radicalement celle de Marine Le Pen. Elle ne pourrait plus être la candidate de la transgression, mais elle s’en moquerait car son socle "transgressif" est solide et fidèle. En revanche, la quête de nouveaux électeurs ne pourraient se faire que parmi des plus modérés, et donc, le recentrage aurait l’avantage de rassurer ces électeurs que le vote Marine Le Pen ne serait plus un vote extrémiste. En d’autres termes, Éric Zemmour jouerait une sorte d’épouvantail qui rabattrait les électeurs modérés vers Marine Le Pen. Un peu comme Georges Marchais avait finalement réussi à faire de François Mitterrand le meilleur barrage, le plus rassurant, contre le communisme.

Enfin, Les Républicains sont partagés sur les conséquences d’une candidature d’Éric Zemmour. Lui-même candidat à la candidature LR, le député niçois Éric Ciotti a annoncé très stupidement qu’il choisirait Éric Zemmour face à Emmanuel Macron. En clair, il n’est plus candidat, car lorsqu’on est candidat, même si on ne pèse pas très lourd, la moindre des choses, c’est d’abord de vouloir voter pour soi. Si ce n’est pas le cas, pourquoi demander aux autres de faire ce qu’on ne ferait pas soi-même ?

Mais c’est un épiphénomène. Comme je l’ai écrit plus haut, la candidature d’Éric Zemmour pourrait réduire les chances de Marine Le Pen d’accéder au second tour, donc augmenter celles du candidat LR. Toutefois avec une condition qui risque d’être fatale lors du combat du second tour où le choix des électeurs centristes un peu en déshérence va beaucoup compter : la présence dans le débat présidentiel d’Éric Zemmour va hystériser les candidats LR vers des positions assez dures contre l’immigration. On le voit déjà, même le mesuré et posé Michel Barnier a demandé un gel total de l’immigration pendant plusieurs années, et lui-même sait très bien que c’est une mesure impossible à appliquer pour beaucoup de raisons et pas seulement humanitaires.

Dans son nouveau livre "La France n'a pas dit son dernier mot", Éric Zemmour cite une Américaine qui lui aurait dit : « Il faudrait en France la même chose que chez nous. Il vous faudrait le même que le Donald pour donner un grand coup de balai. (...) Le Trump français, c'est vous. ». Pas sûr que ce soit très flatteur pour un prétendu intellectuel !

Et il faut le croire sur parole, car c'est typiquement le genre d'information invérifiable puisqu'il ne donne pas le nom de la dite Américaine qui pourrait confirmer ...ou pas. Procédé classique des propos de bistrot. Le frère du voisin de l'ami qui a vu l'ours. Café du commerce. Ce genre d'extraits, publiés par "Le Figaro" le 9 septembre 2021, n'a rien à voir avec une analyse fouillée et rigoureuse de la société française. Un pilier de bar ferait aussi bien. Dommage car il peut mieux (ce que j'exprime vaut sauf si l'extrait est trompeur et que le nom de la personne est effectivement indiqué).

Dans la réflexion, il faut bien comprendre qu’Éric Zemmour, qui a dû changer d’éditeur à cause des perspectives militantes de sa candidature, va sortir ce livre programme (à l'extrait cité) ce jeudi 16 septembre 2021. Or, l’objectif est de réussir cette sortie éditoriale, plus il y aura d’attente avec une candidature associée, plus le livre se vendra. C’est d’ailleurs devenu un réel business, avant chaque élection présidentielle, tel leader plus ou moins connu qui laisse miroiter sa candidature pour vendre son bouquin. Il y a cela, et il y a en plus le business Zemmour lui-même qui fonctionne à fond.

Je crois néanmoins en la sincérité d’Éric Zemmour à vouloir réellement influer sur les débats et les thèmes de la campagne présidentielle. Ce serait même comme le morceau de sparadrap du capitaine Haddock, les débats seraient pollués par les propositions controversées du polémiste et on ne parlerait pas des choses les plus importantes (par exemple, comment avoir un emploi ? un logement ? une école qui apprend ?). Des propositions controversées et dérisoires quand on songe aux enjeux et aux attentes.

En revanche, je ne suis pas encore convaincu que cette éventuelle candidature irait jusqu’au bout. Pourquoi ? Parce que si Éric Zemmour est un bon débatteur sur un plateau de télévision, il est un très médiocre orateur dans un meeting. Il suffisait de l’écouter à la Convention de la droite le 28 septembre 2019 pour s’en rendre compte. Il lassera vite les éventuels électeurs intéressés. Éric Zemmour est un homme d’idées, pas un homme d’action. Il serait assez nul à gérer un établissement public, et surtout, cela ne l’intéresserait pas. Alors, gérer la France…

Une autre raison, c’est qu’un candidat à l’élection présidentielle ne peut pas être un candidat monomaniaque qui n’est obsédé que par un seul thème (ici l’immigration, mais cela peut être le climat pour le futur candidat EELV). Un candidat à l’élection présidentielle doit développer une vision globale de la société et avoir son avis sur tout, tant sur ses sujets de prédilection que tous les autres, jusqu’à la stratégie sanitaire contre la pandémie de covid-19.

Enfin, en dernière remarque, je rappelle qu’avoir des centaines de milliers de lecteurs (ce qui est un exploit éditorial dont peu d’auteurs peuvent s’enorgueillir) ne signifie pas savoir capter des dizaines de millions d’électeurs. Nicolas Sarkozy en a fait l’amère expérience lors de la primaire LR de novembre 2016, lui qui était pourtant une bête de scène, un homme politique aguerri plus qu’un écrivain célébré (et "cérébré").

Ce sera aux autres candidats de ne pas se faire préempter les thèmes de la campagne présidentielle. Après tout, Éric Zemmour n’est qu’un citoyen comme un autre, et il n’y a pas lieu que ses éventuels adversaires se mettent au garde-à-vous devant lui pour faire de la surenchère. Chers autres candidats, n’oubliez jamais la fameuse règle d’or de Jean-Marie Le Pen : les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210904-eric-zemmour.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-3-le-virus-zemmour-235577

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/05/39122286.html














 

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14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 03:18

« Est-ce qu’un jour j’aurai l’occasion de servir mon pays dans la politique nationale ? Peut-être… Si c’est le cas, j’en serai heureux. » (Édouard Philippe, le 12 septembre 2021 sur TF1).


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Dans le paysage politique français, l’ancien Premier Ministre Édouard Philippe jouit d’une position très singulière. D’abord, parce qu’il est un ancien Premier Ministre justement, et qu’il connaît toute la rudesse du pouvoir, et aussi toute son ivresse. Les rouages de l’État, la stress du pouvoir, la complexité des situations. Ensuite parce qu’il est à un âge (50 ans) qui permet de laisser penser qu’on a un avenir encore à construire.

C’est simple, avant lui, tous ses prédécesseurs encore en vie (ils sont onze) ont renoncé à faire de la politique active. Cultivé, sportif (la boxe), il nourrit ces deux branches qui permettent un esprit sain dans un corps sain. Subtil et intellectuel, Édouard Philippe est souvent introspectif et humble, mais cela  n’enlève pas une autorité naturelle qui est celle du bosseur sympathique.

Tellement sympathique qu’il peut se compromettre dans quelques fantaisies comme ses messages subliminaux qu’il transporte pendant toute la journée par l’intermédiaire de ses boutons de manchette (à son départ de Matignon, il a porté ceux qu’on lui avait offerts pour l’occasion, des tongs !). Autre fantaisie qu’il assume bien que très involontaire, sa barbe à moitié blanche, résultat d’une maladie qui n’est pas grave (« ni contagieuse » !) mais qui se voit et qu’il doit effectivement expliquer.

Remercié de Matignon par le Président Emmanuel Macron, Édouard Philippe ne pouvait pas rester silencieux trop longtemps avec la perspective de l’élection présidentielle de 2022. Il s’est confié à la journaliste Audrey Crespo-Mara dans un portrait diffusé au cours de l’émission "Sept à Huit" sur TF1 ce dimanche 12 septembre 2021.

Autant le dire tout de suite, pas de scoop sur son éventuelle candidature, ni en 2022, bien sûr, ni non plus en 2027, bien trop lointain : « Je vais dire les choses le plus clairement possible pour l’élection présidentielle de 2022. Je soutiendrai le Président de la République. Je pense, j’espère qu’il sera candidat et je le soutiendrai pour trois raisons. ». Trois raisons : Édouard Philippe, formé dans les plus hautes écoles, est un homme très structuré et ses exposés sont toujours construits avec une rigueur qui se fait de plus en plus rare dans le discours politique. Ces trois raisons sont la loyauté (« Pour moi, ça compte ! »), la cohérence (il a été son Premier Ministre pendant trois ans).

Et sa troisième raison est plus subtile. En gros, il n’y a qu’Emmanuel Macron "en magasin" pour assurer la mission extrêmement difficile du Président de la République : « [Emmanuel Macron est fait] d’un métal dont je ne vois pas beaucoup la trace dans tous ceux qui sont aujourd’hui candidats à l’élection présidentielle. ». Cela rejoint la confidence de Xavier Bertrand à Éric Zemmour (qui a cafté dans son prochain livre) : « Je sais bien que je n’ai pas le niveau, mais plus personne ne l’a aujourd’hui. La présidentielle, ce n’est pas un examen, c’est un concours. ». En fait, à mon humble avis, deux ont le niveau, actuellement…

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L’objectif d’Édouard Philippe serait plutôt de restructurer la majorité présidentielle : « Si, comme je l’espère, le Président de la République est élu, il aura besoin demain d’une nouvelle majorité (…). Moi, je veux participer à la constitution de cette majorité, de cette nouvelle offre politique. Cela me paraît indispensable. Je ne demande pas une place. j’ai été Premier Ministre. J’ai aimé ça. Ce n’est pas le sujet. ».

Pas question donc de penser à 2027 (ce serait « déplacé et absurde »), il aura 56 ans à l’élection présidentielle de 2027. Toutefois, il veut penser à l’horizon 2050, pas en politique politicienne, mais en vision de la France et du monde.

La première phrase citée de l’ancien Premier Ministre, en haut de l’article, semble reprendre la fameuse formule de Georges Pompidou répondant à Jean Dumur de la télévision de la Suisse romande le 13 février 1969 à Genève : « Je ne crois pas avoir ce qu’on appelle un avenir politique. J’ai un passé politique. J’aurai peut-être, si Dieu le veut, un destin national, mais c’est autre chose. J’ai dit, le premier, que le Général De Gaulle est à l’Élysée et que son mandat expire en 1972. Il n’y a donc pas de problème de succession. Ceci étant dit, il y aura bien un jour une élection à la Présidence de la République. ».

Édouard Philippe a délaissé les sources divines pour ne se reposer que sur lui-même : « Lorsqu’on veut servir son pays, il n’est pas inutile de s’y préparer intellectuellement, politiquement, avant de donner le meilleur de soi-même. Cela me paraît indispensable. ». Et il a oublié d’ajouter qu’il s’y prépare aussi physiquement, car la politique est un métier physique, à tel point qu’en trois ans de Matignon, il a vieilli de dix ans ! Il a d’ailleurs expliqué que l’événement qui l’a le plus marqué émotionnellement à Matignon (« le pire moment ») fut la catastrophe de Millas le 14 décembre 2017 (un car scolaire percuté par un train à un passage à niveau, six adolescents tués et quatorze blessés).

Cette remarque sur son avenir n’est pas si éloignée de celle qu’il faisait déjà à Tugdual Denis, directeur adjoint de la rédaction de "Valeurs actuelles", dans un livre d’entretien, "La vérité sur Édouard Philippe" sorti le 9 septembre 2021 : « Il n’y a pas marqué sur mon front que j’ai vocation à être numéro 1 et que je ne peux pas accepter d’être numéro 2. Ni que j’ai vocation à toujours rester numéro 2, je vous le garantis. Si un jour je suis élu, c’est moi qui fixerai le cap, croyez-moi ! ».

Concrètement, Édouard Philippe a déjà réuni à Fontainebleau le 29 août 2021 une quarantaine de maires de la droite modérée et du centre qui lui sont proches, pour porter sur les fonts baptismaux une future formation politique. Parmi eux, on peut citer Christian Estrosi (Nice), Hubert Falco (Toulon), Jean-Luc Moudenc (Toulouse), Arnaud Robinet (Reims), Christophe Béchu (Angers), Alain Chrétien (Vesoul), Frédéric Valletoux (Fontainebleau), Arnaud Péricard (Saint-Germain-en-Laye), etc.

Le prochain rendez-vous aura lieu le samedi 9 octobre 2021 au Havre, où ce courant se structurera au cours d’un congrès fondateur. Si aucune ambition présidentielle n’est revendiquée, une autre ambition sera, elle, affichée : celle de peser sur la majorité présidentielle de demain, et donc, celle d’avoir une influence aux élections législatives de juin 2022. Ce ne sera peut-être pas seulement une force d’appoint, car la capacité des députés LREM sortants à se faire réélire est aujourd’hui largement sujet à caution après les échecs répétés de la structure présidentielle aux élections municipales de 2020 et régionales de 2021, montrant la très faible implantation locale des élus de la majorité, souvent novices en politique.

Et l’avantage compétitif de cette nouvelle formation sur les autres, ce qui est un point essentiel sous la Cinquième République, c’est qu’elle aura déjà en son sein un présidentiable tout naturel, le moment venu. Et cela, chez les autres formations politiques, cela manque énormément, tant à droite qu’à gauche…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Édouard Philippe.
Emmanuel Macron.
Jean Castex.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Que va faire Édouard Philippe ?
Le grand atout d’Emmanuel Macron.
Antoine Rufenacht.
Alain Juppé.
5 ans d’En Marche.
Cédric Villani.
Alexandre Benalla.

_yartiPhilippeEdouardL02




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210912-edouard-philippe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-destin-national-d-edouard-235755

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6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 03:47

« La remontada de la France vient de l’idée que par la politique, les Français ont le pouvoir de faire de grandes choses ensemble pour la France et pour eux. Dans le fracas du monde et le brouhaha politicien, pour comprendre la nécessité d’un tel projet et le rendre possible, il faut faire preuve de courage, de constance, de lucidité et tendre l’oreille. » (Arnaud Montebourg, 2021).



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Alors, tendons l’oreille ! Et jaugeons la constance. La grande nouvelle du week-end, pour ceux qui auraient mal suivi, c’est la venue de l’ancien ministre Arnaud Montebourg dans sa ville natale de Clamecy, dans la Nièvre, et sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 2022. On l’avait oublié, celui-là. Ce n’est pas nouveau : il se réveille tous les cinq ans. Une fringale présidentielle, sans doute.

En fait, je ne l’avais pas tout à fait oublié, j’avais bien suivi que les chevènementistes l’appréciaient. Le 29 août 2021, Jean-Luc Laurent, maire du Kremlin-Bicêtre et président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) qui avait été créé par Jean-Pierre Chevènement, avait apporté « un soutien enthousiaste » à Arnaud Montebourg dont la candidature, ce samedi 4 septembre 2021, serait « une décision salutaire pour la France ». Le MRC avait déjà appelé à la candidature de l’ancien Ministre du Redressement productif le 14 avril 2021. Et ce mouvement sera présent à la fête de la rose à Frangy-en-Bresse le 25 septembre 2021, où Arnaud Montebourg devrait rassembler tous les montebourgeois de France et de Navarre. Arnaud Montebourg est aussi l'invité de la matinale de France Inter ce mardi 7 septembre 2021.

Ces affinités chevènementistes n’étaient pas nouvelles. Déjà, le 16 décembre 2015 dans la (fameuse) Salle Colbert de l’Assemblée Nationale, Jean-Pierre Chevènement avait organisé un colloque avec, à la tribune, notamment l’écrivain Régis Debray. Dans l’assistance, on pouvait apercevoir Arnaud Montebourg et Marie-France Garaud, qui étaient intervenus au cours de la soirée. Ainsi que le communiste Jean-Paul Brard. Beaucoup des auditeurs, dont la moyenne d’âge paraissait élevée, voyaient alors en Arnaud Montebourg un futur Chevènement bis.

Le maître mot de la déclaration de candidature d’Arnaud Montebourg est "la remontada". C’est étrange de vouloir prendre un mot espagnol pour montrer son amour de la France, mais je suis mauvaise langue puisque ce mot a été inclus dans l’édition 2021 du dictionnaire Larousse. Si on va voir sur son site Internet, soit j’ai eu une omerta contre moi, soit les liens permettant d’obtenir des informations ont été tout simplement oubliés. Le seul lien qui fonctionne, c’est bizarrement celui qui renvoie vers son livre sur l’engagement. Enfin, un livre-parti, on ne sait pas trop bien.

À tout le moins, on peut dire qu’Arnaud Montebourg, qui va avoir 59 ans dans quelques semaines, ne jouit pas d’un trésor de guerre faramineux. Même l’éclairage de son estrade laissait à désirer, et je salue les quelques journalistes venus dans la Nièvre profonde pour entendre l’un des arrivistes les plus connus de France.

Car arriviste, il l’est. Il l’a toujours été, avec un cynisme qui se sent à longue portée, des serrages de mains (même en période covid-19, bonjour les gestes barrières) qui ont un goût de faux et d’artificiel. Sa stature très grande l’avantage physiquement (car oui, le physique compte dans une campagne électorale, même si on n’élit pas un gendre ou un beau-frère, d’autres sont moins bien pourvus et cela peut être un handicap), son intelligence qu’il a sans aucun doute aussi, mais son arrivisme emporte tout sur son passage.

Rappelons d’ailleurs celui qui lui a mis le pied à l’étrier, étrier d’avocat comme étrier d’homme politique, Roland Dumas, le 29 novembre 2013 dans "Le Nouvel Obs" : « Jeune avocat, il était venu me voir. Il était très révérencieux. Je (…) l’ai aidé à trouver une circonscription. ». Mais quelques années plus tard, comme un ingrat, Arnaud Montebourg a réclamé la démission de l’ancien Président du Conseil Constitutionnel pour se donner une réputation de chevalier blanc : « C’est un garçon qui a besoin de se faire de la publicité. À l’époque, n’en trouvant pas par lui-même, il s’en est fait sur le dos de plus connus que lui. C’est malheureusement banal. ».

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Le PS sera bien en peine d’y voir une concurrence à la non-candidature d’un socialiste pour 2022. Arnaud Montebourg part seul, en dehors du microparti MRC, de trois sénateurs socialistes (dont Laurence Rossignol), d’Emmanuel Todd et de Thomas Guénolé, et n’aura aucune caisse de résonance. Pourquoi celui qui, depuis dix ans, veut être candidat à l’élection présidentielle a-t-il voulu partir alors qu’il est sous les radars des sondages (moins de 2%) ? Un ego ? un livre ? une sincère volonté d’apporter sa contribution au débat démocratique ? Sans doute un peu les trois. Ce sont des questions qu’on pourrait d’ailleurs poser à tous les candidats déclarés ou potentiels. Candidat aux deux primaires du PS, en octobre 2011 et en janvier 2017, il n’a pas dépassé le seuil des 20% et surtout, le seuil du premier tour. Parfois, je me dis que les électeurs ont du bon sens que les journalistes n’ont pas toujours. Cette fois-ci, occupés à des affaires bien plus importantes, l’écho médiatique de cette déclaration a fait flop ! Personne ne l’attendait. À part le président du MRC.

Parler de remontada, c’est dire que la France est dans un piteux état et que lui, homme providentiel (qui, pourtant, avait commencé sa carrière sur la détestation de ce régime d’homme présidentiel qu’est la Cinquième République), serait capable de remettre la France à sa place, en haut du tableau. Pourtant, il faut bien dire qu’Arnaud Montebourg fait partie de ces politiciens qui pensent que les électeurs ont la mémoire courte.

Par exemple, qu’ils ont oublié que le Ministre de l’Économie et de l’Industrie, c’était lui entre 2012 et 2014, et que ses déclarations publiques avaient particulièrement dégradé la réputation économique de la France aux yeux des investisseurs étrangers. Heureusement, grâce à l’élection du Président Emmanuel Macron, la France est devenue le pays européen le plus attractif des investisseurs français, mais ce n’est certainement pas grâce à Arnaud Montebourg. La remontada, c’est Emmanuel Macron qui l’a faite.

Le patriotisme, c’est d’être fier de son pays, d’être fier de son attractivité économique, et pas être défaitiste en affirmant mollement et sans conviction : « La France est à un moment crucial de son histoire, où elle risque une élimination lente, insensible mais douloureuse et fatale. ». Il se croit encore en 2016, à la fin du quinquennat de François Hollande qui a considérablement dégradé la France, au point de ne même pas pouvoir se représenter.

Pour dire à quel point il a été un Ministre de l’Économie "léger", c’est la première fois qu’un tel ministre suit des cours d’économie après avoir été ministre, pas avant, pour savoir ce qu’est une entreprise (à l’INSEAD en automne 2014 à Fontainebleau). Du reste, il s’est pris au jeu et a créé sa propre entreprise de fabrication de miel après avoir été vice-président du groupe Habitat. Après avoir annoncé qu’il quittait la vie politique le 30 décembre 2014, il est revenu à la politique en déclarant sa candidature le 2 août 2016, puis a requitté la vie politique après son échec à la primaire du PS du 22 janvier 2017 (il a aussi quitté le PS), pour revenir une nouvelle par la porte de service pour déclarer de nouveau sa candidature.

Il pourrait presque inspirer de la pitié tant il avait un boulevard au sein du parti socialiste, mais son égoarrivisme l’a politiquement meurtri. Car la question reste toujours la même : comment peut-il convaincre qu’il est capable de rassembler les Français alors qu’il n’a même pas eu la possibilité de créer un courant au PS pour rassembler ses propres amis ?

Quant aux déclarations contre Emmanuel Macron, puisque le point commun de tous les candidats moins un de l’élection présidentielle de 2022, ce sera évidemment de tirer sur l’action, le bilan et le projet d’Emmanuel Macron (c’est de bonne guerre quand on est sortant, mais il faudra que ses opposants se rappellent qu’il a dû gérer probablement la crise la plus grave depuis la dernière guerre mondiale), il faudra que les électeurs potentiels d’Arnaud Montebourg se rappellent que si Arnaud Montebourg, ministre, n’avait pas manqué de respect à François Hollande, Président de la République, Emmanuel Macron ne serait pas devenu son successeur à la suite de son éviction du gouvernement et qu’il n’aurait jamais été question de la candidature d’Emmanuel Macron et encore moins de l’élection de ce dernier en 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (2) : et Arnaud Montebourg entra dans la course !
Arnaud Montebourg éliminé le 22 janvier 2017 à la primaire du PS.
Arnaud Montebourg plonge la France dans la fange.
Arnaud Montebourg contre les moulins marseillais.
Montebourg en primaire.
Vous avez dit démondialisation ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210904-montebourg.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-2-et-arnaud-montebourg-235585

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/05/39122293.html







 

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 03:38

« C’est quand votre ligne est la plus droite que l’adversaire vous attend au tournant. » (Robert Sabatier, 1991).




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Ça y est, l’été est déjà terminé et la rentrée arrive. Autant dire qu’il n’y a plus qu’une courte "distance" avant la prochaine élection présidentielle, d’autant plus que pour des raisons de calendrier et de délai constitutionnel, le conseil des ministres du 13 juillet 2021 a dû fixer des dates quinze jours plus tôt que d’habitude : le premier tour aura lieu le 10 avril 2022 et le second tour le 24 avril 2022.

Il est vrai que la vie politique a été quelque peu perturbée par une série de crises plus ou moins graves : les gilets jaunes en 2018-2019, puis la pandémie de covid-19 depuis 2020 ont bousculé l’horloge du quinquennat, pas seulement celle du Président Emmanuel Macron mais aussi de ses éventuels concurrents de 2022.

La grave crie sanitaire, sa gestion tant sanitaire qu’économique et sociale, a montré que les programmes présidentiels ne valent rien lorsqu’on est au pouvoir. Les gouvernants d’aujourd’hui doivent faire systématiquement face à une série de crises et d’urgences qu’ils sont bien incapables de rendre compatibles avec des mesures concrètes imaginées plusieurs années auparavant.

La réforme des retraites n’a pas pu être faite pour diverses raisons, mais la question qui fera partie du débat présidentiel de demain est bien : Emmanuel Macron a-t-il eu raison ou tort d’y avoir renoncé pour se consacrer totalement au redémarrage de l’économie postcovid ? Ses opposants feront les deux : ils lui reprocheront de n’avoir fait aucune réforme des retraites …et d’en avoir préparé une qu’il ressortira après l’élection présidentielle.

Être à la tête de l’exécutif d’un grand pays comme la France, c’est d’abord créer des séries de mécontents, car toute décision crée des mécontents. C’est aussi être pragmatique, ne pas avoir d’idéologie, mais avoir quelques principes et réagir dans l’urgence, internationale, intérieure… tout en préparant l’avenir pour que les urgences d’aujourd’hui ne soient plus des urgences de demain.

Alors oui, plus que jamais, l’époque a besoin que le peuple choisisse une personnalité, un tempérament, un caractère, un dynamisme, plutôt qu’un programme politique qui sera périmé aussi vite que l’élection passera, plutôt qu’un parti qui ne donnera aucune clef pour comprendre l’avenir.

La situation de précampagne présidentielle est particulièrement floue. Des deux grands partis de gouvernement qui ont monopolisé le pouvoir pendant près de soixante ans, aucune personnalité ne se dégage clairement. Les Républicains se retrouvent dans un piège de candidatures, où le candidat supposé le plus efficace électoralement refuse de se soumettre à son ancien parti. Quant au préhistorique Parti socialiste dont on a oublié jusqu’à l’existence dans le débat politique, son salut résiderait plutôt à se désister en faveur du candidat écologiste, comme dans un retour d’ascenseur de 2017.

Malgré ces incertitudes, d’où pourrait sortir n’importe quelle personnalité, et certains parlent de l’éditorialiste Éric Zemmour, mais on pourrait en lister des pages entières, jamais la situation semble aussi figée que 2022. Tout porte à croire que les deux candidats du second tour de 2022 seraient les mêmes que ceux de 2017, et que l’issue de ce nouveau duel, au contraire de 1974/1981, resterait la même.

En clair, jamais un Président de la République sortant n’a eu autant de boulevards que maintenant. Emmanuel Macron a maintenu une certaine popularité grâce à sa gestion de la crise sanitaire qui a été approuvée par les gens (le militantisme anti-sanitaire est une véritable impasse politique). Pourtant, on disait aussi la même chose de Valéry Giscard d’Estaing en automne 1980, promis à une réélection triomphale.

Il y a une règle qui veut qu’aucun Président de la République élu au suffrage universel direct n’ait été réélu au suffrage universel direct, sauf en période de cohabitation où le Président ne gouverne plus en fin de mandat et peut donc être considéré plus comme un opposant qu’un sortant. Emmanuel Macron, qui a déjà fait exploser un certain nombre d’invariants politiques depuis 2017, pourrait rompre cette chaîne d’échecs électoraux.

Ce qui est curieux dans les sondages, c’est qu’une majorité de sondés rejette un duel entre les deux précédents adversaires du second tour de 2017, et "en même temps", ils ont l’intention en majorité de voter pour l’un ou l’autre de ces candidats.

Pour ceux qui ne veulent ni la droite extrême de Marine Le Pen ni la gauche extrême de Jean-Luc Mélenchon, la figure présidentielle d’Emmanuel Macron est aujourd’hui d’autant plus évidente qu’aucune autre personnalité, entre ces deux extrêmes, n’émerge de manière incontestable et consensuelle. Ces deux candidats professionnels, qui n’envisagent pas de ne plus être indispensables, sont en quelque sorte l’assurance-vie du Président Macron.

Le "dégagisme" a créé une situation nouvelle où le trop vide remplace le trop plein. Le risque d’une forte abstention est-il réel ? Je ne le crois pas. Les Français sont très attachés à l’élection de leur Président de la République et ils savent que c’est l’élection majeure, fondatrice, de la vie politique. Le Président sortant pourrait être victime de ce dégagisme, mais sa perpétuelle adversaire attitrée également, pour incompétence et incapacité à rassembler plus de la moitié des Français.

Du reste, le dégagisme n’est pas si flagrant qu’on ne le dit : aux dernières élections régionales, tous les sortants ont finalement été reconduits, parfois avec des scores flatteurs, à la tête des régions en métropole (les Outremers ont des situations intérieures très particulières).

À la différence de ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et François Hollande où la haine qu’a provoquée leur Présidence (c’était également le cas de Jacques Chirac, très impopulaire jusqu’à son départ), n’a jamais été compensée par un mouvement spontané de sympathie, Emmanuel Macron jouit d’une forte adhésion du peuple raisonnable, celui qui travaille et qui réfléchit, celui qui, pragmatique, anti-idéologique, veut la raison à la passion.

Le prochain Président de la République devra être structuré pour affronter de nouvelles crises dont l’idée n’a même pas germé dans les plus imaginatifs des cerveaux de romancier. Cela nécessite une bonne connaissance de l’État, une bonne culture générale, un dynamisme qui n’est pas celui d’un papy ou d’une mamy, et un don d’improvisation exceptionnel. Tout en acceptant que son ego soit noyé dans une boue d’insultes et de critiques dont les réseaux sociaux amplifient l’expression, voire dans des délires complètement stupides.

Je détaillerai dans de prochains articles une partie de l’offre politique qui s’annonce pour la campagne présidentielle de 2022.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Emmanuel Macron élu Président de la République le 7 mai 2017.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210830-elysee2022aa.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-1-un-peuple-d-235446

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/08/31/39115035.html








 

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 05:57

« Une gourgandine sans foi ni loi, sans doctrine, sans idéal. » (Jérôme Bourdon, directeur du "Rivarol", selon "Libération" du 19 novembre 2010).


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On a l’impression que la France revient de loin. Les étrangers le pensent peut-être plus que nous, les Français. La surmédiatisation de Marine Le Pen et des "idées" du Front national depuis cinq ans a laissé un goût de révolution nationale à la campagne présidentielle de 2017. La séquence est terminée et le monde médiatique respire à nouveau et semble repartir vers d’autres sujets après avoir adoré se faire peur. Évidemment, Marine Le Pen et le Front national sont toujours là, et aucun "danger" ne sera encore jamais écarté tant que les problèmes nationaux demeurent.

Après beaucoup d’hésitations, Marine Le Pen a annoncé au journal de 20 heures de TF1, le 18 mai 2017, qu’elle serait candidate aux élections législatives dans la circonscription d’Hénin-Beaumont qui avait voté à 59% pour elle à l’élection présidentielle. Ayant raté l’élection de quelques dizaines de voix en juin 2012, Marine Le Pen a de sérieuses chances de réussir là où Jean-Luc Mélenchon avait lamentablement échoué il y a cinq ans.

Quelques jours auparavant, le 9 mai 2017, sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, très populaire parmi les militants du FN (osais-je préciser : les militants hommes ?), qui a beaucoup bossé durant ces cinq dernières années (au contraire de sa tante), a annoncé son retrait de la vie politique, retrait probablement provisoire, voulant se consacrer à une (vraie) vie professionnelle (on aurait aimé la même chose pour Tata Le Pen), et à son enfant (rappelons néanmoins que suivre une carrière professionnelle et tenir son rôle de parent reste toujours très périlleux pour les femmes).

Elle avait attendu la fin de l’élection présidentielle pour éviter de provoquer des effets électoraux, mais il y en aura inévitablement un : députée sortante, élue à 22 ans (née le 10 décembre 1989, un mois après la chute du mur de Berlin), elle ne se représentera donc pas dans sa circonscription du Vaucluse où elle avait de grandes chances d’être réélue. Au-delà de l’aspect personnel, ce départ du FN est avant tout un désaveu contre Marine Le Pen et la ligne tenue par Florian Philippot d’une "extrême droite gauchiste", rejetant l’euro et l’Europe, voulant la retraite à 60 ans, les protections sociales et contre la libération de l’économie. Une ligne qui fonctionne assez bien dans l’électorat du Nord de la France, très ouvrier, mais diamétralement opposée aux idées extrémistes de la Côte d’Azur, plutôt bourgeoises, qui voudraient redroitiser le FN et surtout, conclure des alliances avec l’aile droitière de LR, cette partie wauquiézienne de la droite plus trop modérée.

Pour l’heure, le FN espère gagner aux élections législatives bien plus que les deux sièges du 17 juin 2012. Le scrutin étant ce qu’il est, ce n’est pas évident, malgré les scores parfois très élevés dans certaines circonscription, que le FN puisse avoir matière à se réjouir le soir du 18 juin 2017, ne serait-ce que parce qu’avant de gagner, un candidat doit déjà passer le cap du second tour, avec 12,5% des électeurs inscrits (cela signifie donc, avec le risque de forte abstention, au moins 20%).

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Il est auparavant intéressant d’analyser la performance électorale de Marine Le Pen à cette dernière élection présidentielle. Elle-même a reconnu une faute politique dans la manière d’aborder son débat télévisé avec Emmanuel Macron, car ce duel médiatisé a révélé deux choses : la première, c’est qu’elle ne travaillait aucun des sujets pour lesquels elle scandait des slogans (incompétence), et la seconde, c’est qu’elle n’avait aucune intention de devenir Présidente de la République (bluff). Au dernier moment, son ambition, comme tétanisée par l’hypothèse, s’est rebiffée.

J’avais analysé la performance électorale d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle et, contrairement à certains qui auraient rêvé qu’il fût mal élu, j’avais démontré que son élection avait été assez large et très ordinaire en comparaison de ses autres prédécesseurs, qui ont toujours été élus par défaut puisque élus seulement au second tour (y compris De Gaulle).

Cela dit, ceux qui rêveraient de dire que Marine Le Pen a fait un très mauvais score à l’élection présidentielle de 2017 ne me paraissent pas, non plus, vraiment convaincant. C’est vrai que comparativement aux sondages, Marine Le Pen a fait des scores beaucoup plus faibles que "prévus".

Ainsi, au premier tour, les sondages depuis plus d’un an l’avaient placée largement en tête de tous les candidats, souvent avec une confortable avance et largement au-dessus de 25%, entre 25% et 30%. Or, le résultat du premier tour a forcément été décevant pour elle : elle n’a pas eu la première place, seulement la deuxième, avec un score assez médiocre, 21,30% et surtout, avec presque 3% de retard avec son concurrent du second tour. Néanmoins, cela lui a suffi quand même à franchir la première étape (de justesse, François Fillon n’était pas loin !).

Au second tour, les sondages donnaient un échec avec un rapport de forces de l’ordre de 40%/60%. Certains commentateurs parlaient encore de "plafond de verre" supposé "infranchissable". Les consignes pour le moins ambiguës de Jean-Luc Mélenchon (qui lui vaut aujourd’hui un effondrement de la popularité dans les sondages) et le ralliement sans condition, stupéfiant et imprévisible, de Nicolas Dupont-Aignan pouvaient même lui faire espérer de frôler les 45%. En apprenant la réalité électorale le soir du dimanche 7 mai 2017, celle des 33,90% des suffrages exprimés (22,36% des inscrits), Marine Le Pen avait des raisons d’être déçue. Douche froide, assez prévisible après le débat du 3 mai 2017. La fièvre du dimanche soir n’était pas si élevée que cela… ou alors, est retombée.

Concrètement, elle a mis onze jours à encaisser son échec. Et surtout, l’entendre de nouveau publiquement semble être devenu anachronique. L’avènement (est-ce le bon mot ?) du Président Emmanuel Macron a ouvert une nouvelle ère de modernité et de renouvellement politique. Un état de grâce. Au premier tour, il y avait environ 56% électeurs qui ont choisi des candidats qui étaient soit contre la construction européenne soit qui niaient la réalité de la mondialisation qui n’attend pas le quitus des Français pour exister. Et maintenant, les sondages évalueraient à 70% des sondés (en gros) ceux qui seraient satisfaits par la nomination du gouvernement d’Édouard Philippe qui doit être le premier à n’être composé à 100% que de partisans de la construction européenne et de ministres réalistes qui veulent que la France soit gagnante et pas perdante dans cette mondialisation dont elle ne contrôle pas le développement. Ce paradoxe est très fréquent dans un peuple français qui est à la fois responsable et râleur, à la fois légitimiste et révolutionnaire. La sagesse, heureusement, l’emporte souvent, si l’on n’abuse pas d’eux.

Pourtant, je ne considère pas que l’échec de Marine Le Pen a été une défaite magistrale. Je ne considère pas non plus qu’elle est victime d’un plafond de verre qui, de toute manière, l’empêcherait définitivement d’être élue un jour, elle, ou une personne de sa famille (j’allais préciser de sa famille politique mais peut-être faut-il rester seulement dans la génétique).

Bien sûr, Marine Le Pen n’a pas été élue. Bien sûr, elle a fait un score inférieur à ce qui était imaginé par les sondages. Mais il ne faut pas faire les comparaisons avec des mythes, il faut rester avec la réalité historique. Or, le fait historique, c’est que le 7 mai 2017 à 20 heures, il n’y a jamais eu autant d’électeurs en France pour un candidat d’extrême droite, tant en pourcentages (34,90%) qu’en absolu : 10 638 475 suffrages.

Déjà, il faut faire les comparaisons avec les dernières élections générales. Elles furent régionales, en décembre 2015. Au premier tour, le 6 décembre 2015, les listes FN avaient recueilli 6 018 904 suffrages, soit 27,73% de suffrages exprimés, le record historique (en raison d’une forte abstention, 50,09%). Au second tour, le 13 décembre 2015, elles avaient réuni 6 829 477 électeurs, soit 27,10%. Remontons encore aux élections européennes du 25 mai 2014 qui fut déjà un coup de semonce car les listes FN s’étaient placées en première place, avec 24,86% des suffrages exprimés (4 712 461 voix).

Même au second tour, avec un rassemblement (plus de 800 000 électeurs de gains entre le premier et second tour aux régionales de décembre 2015), le record historique du nombre de voix avant 2017 a été largement dépassé dès le premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017 avec 7 678 491 électeurs, soit un gain de 850 000 électeurs supplémentaires convaincus à la cause FN par rapport à décembre 2015.

Si les 21,30% ne sont pas un record pour le FN dans une élection, cela l’est dans une élection présidentielle, un scrutin plus difficile, plus concurrentiel et avec beaucoup de participation. Même par rapport aux inscrits, 16,14%, c’est un record pour une élection présidentielle. À l’époque de son père, Jean-Marie Le Pen, ce pourcentage par rapport aux inscrits étaient assez stable : 11,46% en 1988 ; 11,43% en 1995 ; 11,66% en 2002. La progression est venue de Marine Le Pen elle-même avec 13,95% en 2012. En gros, la progression par rapport aux inscrits se fait de 2% tous les cinq ans.

Entre 2012 et 2017, Marine Le Pen a gagné environ 1 250 000 électeurs. Ce qui est très important. Chaque fois, des centaines de milliers de nouveaux électeurs rejoignent un candidat du FN. Et cela en continu depuis l’élection de François Hollande.

Plus instructive est la capacité de rassembler au second tour.

Pour l’élection présidentielle, on a seulement deux élections présidentielles au cours desquelles le candidat FN s’est maintenu au second tour. Dans la première élection de ce type, en 2002, Jean-Marie Le Pen n’a engrangé quasiment aucun nouvel électeur. Au premier tour, il avait obtenu 4 804 713 voix et il faut rajouter aussi les voix de son concurrent FN dissident Bruno Mégret (qui était initialement son dauphin, un peu trop pressé), soit 667 026. Le total correspond à quelques dizaines de milliers d’électeurs près, au score de Jean-Marie Le Pen au second tour de 2002, soit 5 525 032 voix (53 293 voix supplémentaires, exactement, soit un gain de même pas 1%). En pourcentage, comme il y a eu une participation accrue entre le premier et le second tour (passage de 71,6% à 79,7%), au contraire de 2017, Jean-Marie Le Pen a fait moins au second tour (17,79%) que le total du FN et FN dissident du premier tour (19,20%). Ces 17,79% correspondent à peu près au score de sa fille au premier tour en 2012 : 17,90% (6 421 426 voix).

En revanche, en 2017, la situation a été complètement différente. D’une part, il y a eu une hausse de l’abstention et du vote blanc ou nul (donc, très loin d’une mobilisation d’un front anti-FN). D’autre part, Marine Le Pen a su rassembler beaucoup plus largement que son propre électorat. Elle est passée, en effet, entre les deux tours, de 7 678 491 voix à 10 638 475 voix, soit un gain de presque 3 millions de voix. Exactement 2 959 984 voix, soit un gain de 38,5% : on est loin du 1% de son père. Si l’on prenait pour base le total (erroné) des voix de Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan au premier tour, soit 9 373 491 voix (erroné car selon certaines études, seulement 40% des électeurs de ce dernier auraient voté pour Marine Le Pen), on aurait encore un gain de plus d’un million d’électeurs, exactement 1 264 984 voix, soit encore 13,5% (plus de dix fois son père).

Faisons encore une comparaison en nombre de voix (en sachant que le corps électoral ne cesse de croître avec la démographie, bien sûr). 10 638 475 voix, c’est moins que le score de De Gaulle au premier tour de 1965 (10 828 523 voix), équivalent à celui de François Mitterrand au second tour de 1965 (10 619 735 voix) et au premier tour de 1988 (10 381 322 voix), et plus que celui de Georges Pompidou au premier tour de 1969 (10 051 816 voix) et de François Hollande au premier tour de 2012 (10 272 705 voix).

Cela signifie quoi ? Que Marine Le Pen, ou le FN, ou les deux, loin de susciter une réaction de barrage hostile, ont maintenant un pouvoir de rassemblement électoral entre les deux tours d’une élection présidentielle non négligeable. C’est nouveau, c’est menaçant. Ce pouvoir est resté encore trop faible pour pouvoir faire élire la présidente du FN dès 2017, mais il est croissant. Cela peut laisser entendre que si le quinquennat d’Emmanuel Macron échouait, Marine Le Pen aurait un boulevard. Je rappelle en effet les données : Marine Le Pen a eu au premier tour en 2012 ce que son père a eu au second tour de 2002, en pourcentage des suffrages exprimés. On peut imaginer que ceux qui ont voté pour Marine Le Pen au second tour de 2017 pourraient voter pour elle dès le premier tour en 2022, si leurs motivations de vote restaient valables. Dans ce cas, cela signifierait qu’en 2022, Marine Le Pen pourrait s’appuyer sur une base électorale de 33,90% ou, plus plutôt, de 10,6 millions d’électeurs, ce qui, pour un premier tour, est très élevé (seuls De Gaulle, Georges Pompidou et François Mitterrand ont fait autant en pourcentage au premier tour).

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Je ne crois donc pas au concept de plafond de verre. Il n’y en a eu aucun depuis 2012. Au contraire, si l’on regarde précisément sur tout le territoire national, la situation est loin d’être homogène pour le second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017. D’un côté, il y a eu les grandes villes qui ont voté à plus de 80% voire 90% pour Emmanuel Macron (un rapport très largement défavorable à l’extrême droite : 80%/20% voire 90%/10%), de l’autre côté, sur un territoire principalement rural ou rurbain, il y a eu un rapport de forces d’environ 50%/50%, ce qui a donné au niveau national un rapport de forces de 66%/34%. Cette capacité à rassembler hors des grandes villes donne au FN un potentiel de progression très élevé. Et une clef pour de futures démagogies.

Qu’en sera-t-il pour les élections législatives des 11 et 18 juin 2017 ?

On a pu voir aux élections législatives de juin 2012 que les deux seuls députés FN élus (Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard) l’ont été grâce au jeu des triangulaires et aucun candidat FN n’a réussi à réunir plus de 50% des suffrages exprimés (les deux cités ont réuni au second tour respectivement 42,1% et 42,8%). Cette incapacité à réunir une majorité absolue (ce qui n’empêche nullement l’élection de députés en raison de la possibilité de triangulaires voire quadrangulaires) a été la cause des échecs de toutes les élections législatives partielles entre 2012 et 2016. Pour la plupart (pas toutes), le candidat FN a pu se qualifier au second tour (souvent au détriment du candidat PS), mais a toujours été battu par son adversaire (souvent UMP/LR).

Néanmoins, il faut souligner que le candidat FN arrivé au second tour dans les élections partielles a pu rassembler énormément, passant souvent de 25% à 45% voire 48%, 49% des suffrages exprimés, en cas de duels au second tour. On est loin du "front républicain" qui plaçait le candidat FN en position de pestiféré. Au contraire, il est désormais capable de rassembler un grand nombre d’électeurs qui ne lui étaient pas acquis au premier tour, tant provenant de la droite parlementaire que de la gauche dure, selon l’étiquette de son adversaire.

Il sera donc très important d’observer les reports de voix du FN aux prochaines élections législatives, entre le premier et le second tour. En regardant le résultat de l’élection présidentielle, des dizaines de territoires correspondant à des circonscriptions législatives ont apporté une majorité absolue des suffrages exprimés à Marine Le Pen. C’est nouveau et cela donne un potentiel gigantesque.

Cette majorité se traduira-t-elle dans la réalité des urnes ? Ce n’est pas sûr, car traditionnellement, il y a une forte baisse de participation aux élections législatives consécutives à une élection présidentielle et seul, le camp qui a gagné l’élection présidentielle bénéficie d’une forte mobilisation électorale (donc ici La République En Marche). Gageons que les électeurs LR et UDI se mobiliseront également, soit parce qu’ils considèrent qu’avec l’échec de François Fillon, "on" leur a "volé" la victoire (mais une élection sert à cela, aucune élection ne doit jamais être considérée comme acquise), soit parce qu’ils se sentiront finalement dans le camp des vainqueurs, avec un gouvernement assez proche de leurs idées.

Le FN espère remporter une centaine de sièges aux élections législatives. Cela me paraît très optimiste. Même si le FN échouait lamentablement, avec très peu de gains en siège, il ne faudrait pas songer à l’enterrer trop vite. Que ce soit un effondrement dû au mode de scrutin ou à de profondes divisions sur la stratégie politique (clivage entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot), le FN a toujours su se regénérer. Aujourd’hui, Marine Le Pen reste, malgré sa contre-performance télévisuelle du 3 mai 2017, une candidate qui a un pouvoir d’attraction encore très fort et elle le restera tant que le chômage et la pauvreté restent à des niveaux insupportables.

La réalité, c’est que le Président actuel devra absolument réussir ses réformes, réussir à redonner la fierté d’être français, la compréhension que tous forment un grand peuple et un grand pays qui est écouté dans le monde et qui permet à tous de prospérer. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, d’autant plus que le pouvoir politique a de moins en moins de pouvoir, si ce n’est de régulation, face à des multinationales, qu’on devrait appeler transnationales, qui ont des chiffres d’affaire parfois plus élevés que le PIB de certains pays du monde.

Il est donc peu probable que la cote électorale de Marine Le Pen s’effondre à court terme, sauf accident, à moins que, comme le 3 mai 2017, soit mise à jour la réalité de cette probable future candidate, comme le disait le directeur du "Rivarol" (un journal qu’apprécie pourtant Papa Le Pen), à savoir : « Une gourgandine sans foi ni loi, sans doctrine, sans idéal. »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marine Le Pen et la fièvre du dimanche soir.
Second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017.
Nicolas Dupont-Aignan plonge dans la soupe extrémiste.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.
Choisis ton camp, camarade !
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Le nationalisme anti-européen de Marine Le Pen coûtera cher aux Français.
Marine Le Pen, est-elle si clean que ça ?
Que propose Marine Le Pen pour 2017 ?
Le programme de Marine Le Pen pour 2017 (à télécharger).
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.
Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marion Maréchal-Le Pen.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.
Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

_yartiLePen2017050704



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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 19:51

« Le monde a besoin de ce que les Françaises et les Français lui ont toujours enseigné : l’audace de la liberté, l’exigence de l’égalité, la volonté de la fraternité. (…) Depuis des décennies, la France doute d’elle-même : elle se sent menacée dans sa culture, dans son modèle social, dans ses croyances profondes, elle doute de ce qui l’a faite. Voilà pourquoi mon mandat sera guidé par deux exigences. La première sera de rendre aux Français cette confiance en eux depuis trop longtemps affaiblie. (…) Tout ce qui concourt à la vigueur de la France et à sa prospérité sera mis en œuvre. Le travail sera libéré, les entreprises seront soutenues, l’initiative sera encouragée. La culture et l’éducation, par lesquelles se construit l’émancipation, la création et l’innovation seront au cœur de mon action. » (Emmanuel Macron, le 14 mai 2017, Palais de l’Élysée).



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Le nouveau Président de la République française Emmanuel Macron  a pris ses fonctions ce dimanche 14 mai 2017 dans la matinée. Pour l’occasion, la cérémonie en plusieurs étapes montre un faste particulier, un faste républicain, pour l’investiture du chef des armées. Et encore, le protocole a été très réduit depuis Valéry Giscard d’Estaing ; avant, il fallait porter un costume de pingouin pour pouvoir porter sur soi le collier de Grand-Croix de la Légion d’honneur.

On pourrait imaginer qu’un jour, on délaisserait la cravate, et pourquoi pas, se faire investir en tongs ? On n’y est pas encore, même si des palmes (non académiques) et un tuba auraient eu leur utilité ce dimanche pendant les grosses averses qui, comme lors de l’investiture de François Hollande le 15 mai 2012, ont salué le nouveau monarque !

Eh oui, la Ve République a quelques tendances à la monarchie (du reste, les républiques précédentes aussi). Cette cour (j’allais écrire cette cour des miracles qui permet par le réseau des carrières accélérées), ces invités triés sur le volet (dis-moi qui tu invites à ton investiture et je te dirai qui tu es), ces vingt et un coups de canons (on précise bien qu’avant la République, c’était cent un coups de canons pour saluer le nouveau roi), tous ces petits signes qui montrent qu’on fait partie ou pas de cette élite républicaine, donnent un petit air d’aristocratie avec ses barons, ses courtisans, ses allégeants, ses obligés...

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L’Élysée est un palais national qui appartient à tous les Français. Peut-être que certains, qui ne font pas partie de l’élite, ont pu y être invités, mais cela reste cependant un univers très fermé. Le Président Jacques Chirac, probablement le Président le plus proche des Français, avait ouvert l’accès de ce palais lors de la garden party chaque année au 14 juillet en invitant quelques classes d’écoliers à venir en profiter aussi.

Emmanuel Macron a raccompagné son prédécesseur jusqu’à sa voiture, avant son départ définitif. François Hollande se la jouait à la François Mitterrand en allant directement rue de Solferino faire une visite de courtoisie à son ancien parti socialiste aux côtés de Jean-Christophe Cambadélis. L’objectif était clair : marteler qu’il laisserait, selon lui, une France en meilleur état à la fin de son quinquennat qu’au début. Décidément, il n’aura jamais réussi à lire correctement une "courbe du chômage"… Décidément, on ne le regrettera pas…

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Le protocole veut que le nouveau Président se fasse suivre par les principaux personnages de l’État : Gérard Larcher, Président du Sénat, Claude Bartolone, Président de l’Assemblée Nationale, qui ne se présentera plus aux législatives, et Bernard Cazeneuve, Premier Ministre, qui, lui aussi, va se retirer de la vie politique après les législatives (il va quand même participer à quelques meetings pour la campagne qui s’annonce). Enfin, Brigitte, l’épouse, brillante dans son tailleur bleu clair (diable, on ne parle que des vêtements des dames, c’est vrai ; disons aussi que le costume du mari était fort coquet).

Celui qui fut le maître de cérémonie est le Président du Conseil Constitutionnel, c’est-à-dire, petite ironie du sort, Laurent Fabius, 70 ans, nommé en février 2016 à cette fonction pour neuf ans. Laurent Fabius, qui a parlé sans aucune note (au contraire de son interlocuteur), a proclamé formellement les résultats officiels déjà publiés le 9 mai 2017, et s’est permis un petit commentaire personnel.

Rappelons qu’au-delà de la courtoisie, il a dû s’y trouver, moins visible, une petite pointe de jalousie pour cet animal politique, lui aussi énarque, qui, depuis 1976, a labouré le terrain politique, avant même la naissance de son interlocuteur. Laurent Fabius, en 2016, avait rappelé avec un certain mépris qu’à son âge (l’âge d’Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Économie), il était déjà Premier Ministre. Eh bien, oui, si à 39 ans, Laurent Fabius quittait Matignon le 17 mars 1986, Emmanuel Macron, au même âge, entre à l’Élysée le 14 mai 2017. Que reste-t-il de la carrière de Fabius ? Pas grand chose. Que restera-t-il d’Emmanuel Macron ? Il est encore bien trop tôt, évidemment, pour le dire, mais il va devoir faire ses preuves, bien plus que Laurent Fabius à Matignon.

Après l’allocution assez longue d’Emmanuel Macron, ce fut les traditionnelles poignées de mains avec les invités. Les poignées de main, ou même, les accolades, voire, parce que le nouveau Président paraît très dactyle, le toucher d’oreille pour les plus proches. Il y avait une petite gêne à voir Emmanuel Macron toucher ainsi l’oreille (entre autres) de Gérard Collomb, sénateur-maire PS de Lyon qui, tellement ému, en pleura même, François Patriat, ancien président PS du conseil régional de Bourgogne, qui faillit mourir dans un accident de la route en automne dernier, ou encore son grand organisateur Richard Ferrand, député PS et secrétaire général de La République En Marche. Même François Bayrou, l’allié centriste un peu encombrant, a rougi de s’être fait triturer l’oreille par le nouveau Président, mais il savait goûter avec une certaine satisfaction la victoire de son combat pour rompre le clivage droite/gauche.

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Avec ce toucher d’oreille, ce n’est plus la République mais carrément l’Empire ! Emmanuel Macron a toujours montré, par son audace, sa jeunesse, son dynamisme, son intelligence et même ses nuits courtes, une certaine ressemblance avec Napoléon. Il ne lui reste plus qu’à choisir ses maréchaux avant d’amorcer sa révolution. Mais attention, Napoléon, c’est aussi Waterloo.

Parmi les invités, on peut citer en outre Lionel Jospin, probablement plus en qualité de membre du Conseil Constitutionnel que d’ancien Premier Ministre socialiste, Élisabeth Guigou, Marielle de Sarnez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse, Thierry Solère, Pierre Gattaz (la poignée de main fut furtive), Jean-Claude Mailly, Jean-Paul Delevoye, Jacques Toubon (comme Défenseur des droits), Jean-Pierre Jouyet, Bruno Julliard, Benjamin Griveaux, Jacqueline Gourault, Didier Migaud (comme Premier Président de la Cour des Comptes), Hélène Carrère d’Encausse (comme secrétaire perpétuelle de l’Académie française), Christophe Castaner, Laurence Haïm, Sylvie Goulard, François de Rugy, Roger-Gérard Schwartzenberg, Leïla Bekhti, Valérie-Anne Giscard d’Estaing, Renaud Dutreil, Michel Bouquet (le vieil acteur), Catherine Barbaroux (la présidente par intérim de La République En Marche), etc. La famille (le frère, les deux belles-filles Laurence et Tiphaine, les parents du Président, etc.) a évidemment participé à la fête.

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Un militant particulier était également présent : Daniel Cordier, vieillard qui va avoir 97 ans dans quelques semaines, l’un des derniers compagnons de la Libération encore en vie, a eu droit, lui aussi, à la palpation présidentielle de l’oreille. Dans le futur, Daniel Cordier sera peut-être à Emmanuel Macron le Pierre Mendès France de François Mitterrand le 21 mai 1981 ou le Pierre Mauroy de François Hollande le 15 mai 2012, ou encore la Simone Veil de Nicolas Sarkozy le 16 mai 2007.

En revanche, n’étaient pas invités ni Jean-Yves Le Drian, ni Daniel Cohn-Bendit, ni Alain Minc, ni Jacques Attali, ni même Manuel Valls

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Alors qu’il a bénéficié d’un heureux soleil à l’Élysée, Emmanuel Macron a dû affronter, comme son prédécesseur, la grosse pluie Place de l’Étoile devant la tombe du soldat inconnu alors qu’une foule assez clairsemée l’avait longuement attendu aux Champs-Élysées.

Tout cela n’est que le rituel républicain, nécessaire mais dérisoire. L’important, c’est la suite, les premiers actes du nouveau Président. Et en particulier, les premières nominations. Alexis Kohler est le nouveau Secrétaire Général de l’Élysée. La nomination du prochain Premier Ministre est très attendue, car elle va donner un véritable sens à son quinquennat. La logique voudrait qu’il penche plus à droite qu’à gauche, pour sortir définitivement du piège d’Emmanuel Hollande. Dimanche 14 mai 2017, c’était la journée d’Emmanuel Macron. Ce lundi 15 mai 2017, c’est prévu d’être celle du nouveau Premier Ministre…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170514-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-sacre-d-emmanuel-macron-193173

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/14/35285571.html

 

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 06:26

« Je vous servirai avec amour ! » (7 mai 2017)


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Depuis quelques jours, fleurit une idée reçue : le nouveau Président Emmanuel Macron serait mal élu. La cause ? Malgré ses 66,1% des suffrages exprimés, Emmanuel Macron, en raison d’une supposée forte abstention et de nombreux votes blancs ou nuls, n’a pas recueilli l’assentiment de la moitié des électeurs inscrits. Effectivement, il n’a recueilli que 43,6% des inscrits au second tour.

Considérer que les abstentionnistes ou que ceux qui ont voté blanc ou nul sont des électeurs qui se sont prononcés contre le Président élu, c’est un abus de langage. C’est un sophisme. Qui peut déterminer la motivation profonde de ceux qui n’ont pas voulu prendre part, activement (en allant voter quand même) ou pas au clivage du second tour ? Comment faire la différence entre celui qui a dû partir en catastrophe pour des raisons personnelles, ou professionnelles, et qui n’a pas eu le temps de faire une procuration (sans compter celui qui est décédé le jour même de l’élection) et celui qui s’est abstenu volontairement pour marquer sa protestation contre un tel second tour ?

On a aussi parlé d’élection par défaut. J’aurais tendance à dire que les bulletins de vote n’ont pas d’odeur : comment peut-on différencier les votes par adhésion des votes par défaut ? Sinon par des sondages dont la signification prêterait à caution ?

Dire qu’Emmanuel Macron est mal élu ou élu par défaut, c’est ne rien avoir compris aux institutions et au principe de l’élection présidentielle à deux tours. Jusqu’à maintenant, depuis 1965, aucun Président de la République n’a été élu au suffrage universel direct dès le premier tour. Même De Gaulle n’a recueilli que 44,7% des suffrages exprimés au premier tour en 1965 (au point d’envisager son retrait définitif, piqué au vif dans son amour-propre).

C’est donc normal que le Président élu seulement au second tour n’ait pas été élu par adhésion, sinon, il aurait été élu dès le premier tour. C’est une évidence ! S’il a fallu un second tour, c’est qu’il a fallu que le candidat élu ait pu rassembler au second tour des électeurs qui ne l’avaient pas choisi au premier tour. Cela a été valable dans toutes les élections, y compris celle dans laquelle participait De Gaulle. Dans certains pays, l'élection présidentielle se fait au suffrage universel direct à un seul tour, ce qui peut poser quelques problèmes de représentativité. Ce n'est pas le cas en France.

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Reprenons donc les résultats et analysons-les précisément pour savoir si, comme certains le prétendent, Emmanuel Macron aurait été mal élu.

Prenons d’abord le score par rapport aux inscrits. Emmanuel Macron n’a réuni au second tour que 43,6%, pas la majorité absolue. C’est un fait déjà évoqué plus haut. Est-ce dire qu’il y a une majorité absolue contre lui ? Non, bien sûr, car tous les électeurs inscrits avaient la possibilité de s’exprimer. Encore une fois, les motivations de la non expression de ces électeurs sont très diverses et variées. Il est impossible de donner une signification politique sauf lorsqu’il y a des différences notables, ce que j’évoquerai un peu plus bas.

Comparons plutôt avec ses prédécesseurs. Emmanuel Macron n’a pas à rougir de son 43,6% des inscrits. De Gaulle n’avait fait que 45,3% des inscrits en 1965. Seuls quatre Présidents, dont De Gaulle, ont fait un meilleur score par rapport aux inscrits : Jacques Chirac, bien sûr, avec 62,0% des inscrits en 2002, François Mitterrand 43,8% des inscrits en 1988 et Valéry Giscard d’Estaing aussi 43,8% des inscrits, en 1974.

En revanche, Emmanuel Macron a fait mieux que François Mitterrand en 1981, qui avait obtenu 43,2% des inscrits, bien mieux que ses deux prédécesseurs directs, François Hollande, 39,1% des inscrits en 2012, et Nicolas Sarkozy, 42,7% des inscrits en 2007, et mieux aussi que Jacques Chirac en 1995, avec 39,4% des inscrits, et que Georges Pompidou, 37,5% des inscrits en 1969.

A-t-on dit que François Mitterrand avait été mal élu en 1981 ? Pourtant, il a été moins bien élu qu’Emmanuel Macron en 2017. C’est un fait.

Si l’on prend les suffrages recueillis dans l’absolu, en sachant que le corps électoral s’accroît au fil des élections bien sûr, Emmanuel Macron a fait le deuxième score historique de l’histoire républicaine, en dépassant la barre des 20 millions de voix : 20 743 128 exactement. Seul Jacques Chirac a fait mieux en 2002 avec 25 537 956 voix. Emmanuel Macron a recueilli plus de 2,7 millions de voix de plus que François Hollande en 2012, alors que le corps électoral n’avait grossi que de 1,5 million d’électeurs inscrits (et Nicolas Sarkozy avait gagné en 2007 avec près d’un millions d’électeurs supplémentaires que François Hollande en 2012, malgré un corps électoral ayant 1,5 million d’électeurs en moins).

Autre manière de regarder le niveau d’élection, c’est de regarder aussi les résultats du premier tour. Entre un De Gaulle qui avait obtenu 44,7% des suffrages exprimés au premier tour en 1965 et Jacques Chirac 19,9% des suffrages exprimés au premier tour en 2002, il y a évidemment une différence notable, même si au second tour de 2002, Jacques Chirac a finalement rassemblé 82,2% des suffrages exprimés.

Avec seulement 24,0% des suffrages exprimés au premier tour, Emmanuel Macron se situe dans cette perspective parmi les moins bien élus, avant-dernier devant Jacques Chirac qui a fait moins tant au premier tour de 2002 qu’au premier tour de 1995 où il avait obtenu seulement 20,8% des suffrages exprimés.

Allons donc plus loin, et prenons le score du premier tour par rapport à l’ensemble du corps électoral. Emmanuel Macron a obtenu 18,2% des inscrits. C’est faible certes, mais à peine plus faible que François Mitterrand au premier tour de 1981 qui avait obtenu 20,6% des inscrits. Seul, Jacques Chirac a fait pire qu’Emmanuel Macron : 15,9% des inscrits en 1995 et 13,8% des inscrits en 2002. A-t-on dit pour autant que Jacques Chirac avait été mal élu ?

De Gaulle, en ce sens, a eu le plus d’adhésion dès le premier tour : 37,5% des inscrits en 1965. Notons pour l’anecdote que Valéry Giscard d’Estaing en 1974 et François Mitterrand en 1988, ont obtenu les mêmes scores par rapport aux inscrits pour les deux tours : 27,2% des inscrits au premier tour et 43,8% des inscrits au second tour.

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Laissons les comparaisons avec ses prédécesseurs et analysons encore les résultats de l’élection présidentielle de 2017.

En raison des consignes de vote blanc ou nul d’un (grand) candidat du premier tour, il était donc intéressant de regarder selon les votants. C’est-à-dire, j’insiste, en prenant en compte les votes blancs et les votes nuls. Donc, en prenant tous les votants. Et dans cette perspective, Emmanuel Macron n’a pas à rougir non plus : le 7 mai 2017, il a recueilli 58,5% des votants. Ce qui marque une élection claire et sans ambiguïté. Et cela en tenant compte de tous les votes blancs et nuls.

Regardons de plus près l’abstention. Là encore, on a dit que c’était une abstention record au second tour depuis 1969. En 2017, elle a été effectivement de 25,4% des inscrits (soit un quart). C’est important (12 millions d’inscrits), mais c’est encore assez faible (rappelons les sondages qui donnaient allègrement 35 voire 40% avant l’élection) et nettement inférieure à d’autres pays démocratiques (comme les États-Unis).

Mais en rester là ne donnerait pas une vision réellement correcte de la situation. Il est par exemple faux de dire que 12 millions d’électeurs ont refusé de prendre part au vote pour des raisons de refus du clivage proposé au second tour. Pourquoi ? Parce qu’il y a toujours eu une abstention résiduelle. Le meilleur moyen est de comparer avec le premier tour qui, avec onze candidats, offrait pourtant une large diversité dans les propositions politiques. Le 23 avril 2017, il y a eu 22,2% d’abstention, soit un peu plus de 10,5 millions d’inscrits. Ce n’était pas négligeable et ceux-là ne s’étaient pas abstenus parce qu’ils refusaient de départager Marine Le Pen et Emmanuel Macron, puisqu’il y avait d’autres offres électorales.

Le plus intéressant est donc de regarder la différence entre les deux tours, en considérant négligeable la différence du corps électoral entre les deux tours (environ 15 000 électeurs). Entre les deux tours, il y a eu un peu plus de 1,5 million d’abstentionnistes supplémentaires (exactement 1 522 811). Ceux-là sont, effectivement, significatifs du refus de prendre position au second tour. Rapportés aux inscrits du second tour, ils ont été 3,2%. C’est significatif, mais ce n’est pas énorme non plus.

Enfin, regardons de plus près les votes blancs et nuls du second tour. Ils ont été importants, avec un peu plus de 4 millions de personnes (votants qui ont refusé de s’exprimer). Notons pour information que la gestion de ces bulletins blancs et nuls est très longue au moment du dépouillement, car il faut répertorier chaque bulletin, l’agrafer à l’enveloppe, le faire parapher par tous les membres du bureau de vote et enfin, le conserver à la préfecture. Les bulletins nuls annotés pourraient faire l’objet d’une publication intéressante, à l’instar des perles du baccalauréat… Cette lenteur peut expliquer pourquoi la remontée des résultats du second tour a pu être aussi longue qu’au premier tour malgré un nombre très restreint de candidats.

Mais là encore, comme pour l’abstention, ces 4 millions ne sont pas les plus significatifs. Il faut aussi les comparer avec les blancs et nuls du premier tour. Le 23 avril 2017, il y a eu près d’un million de blancs et nuls (exactement 949 334), qui ne protestaient pas contre ce duel Le Pen vs Macron. C’est donc la différence entre ces deux tours qui est significative. Il en résulte qu’il y a eu un peu plus de 3 millions de votes blancs et nuls (exactement 3 136 390) supplémentaires entre les deux tours. Ces bulletins-là sont significatifs des consignes à voter blanc ou nul de Jean-Luc Mélenchon. Cela correspond à 8,8% des votants et à seulement 6,6% des inscrits. On est encore loin des 14,8% des inscrits qu’avait obtenus Jean-Luc Mélenchon au premier tour.

Alors, pour résumer : Emmanuel Macron a-t-il été mal élu ? Non. Il a été mieux élu que François Mitterrand en 1981 et Jacques Chirac en 1995, et un peu plus mal que De Gaulle en 1965. Bref, pas de quoi s’indigner.

Ceux qui diffusent ce genre de d’anathème (qui n’a aucun intérêt puisque seul compte de savoir qui a été élu) sont ceux qui refusent les règles démocratiques (ratifiées par référendum en 1958 et 1962) qui veulent que le Président élu le soit par la majorité absolue des suffrages exprimés. Ce sont donc des mauvais joueurs, et on peut aisément imaginer de quelle origine politique ils proviennent puisqu’à l’issue du premier tour, il y a eu un candidat qui avait montré une même mauvaise foi. Monsieur blanc et madame abstention n’étaient pas candidats à cette élection, donc même s’ils avaient recueilli la majorité absolue des inscrits, ils n’auraient pas été élus !

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J’en profite pour revenir aussi sur les premières heures et les premiers jours du Président Emmanuel Macron.

Ceux qui trouvent que c’était trop, deux cérémonies, le 8 mai 2017 pour fêter la victoire de 1945 et le 10 mai 2017 pour célébrer l’abolition de l’esclavage, où l’on a pu voir côte à côte François Hollande et son successeur, il faut bien aussi leur rappeler que le calendrier électoral des élections présidentielles font que les 8 mai et 10 mai se situent nécessairement entre la date du second tour et la date de la passation des pouvoirs. En 1995, François Mitterrand avait également honoré son successeur Jacques Chirac le lendemain de son élection le 8 mai 1995. Quant au 10 mai, cette date qui était alors symbolique pour la gauche (rappel de 1981) a été fixée par un autre gouvernement de gauche (Lionel Jospin) en 2001 (loi initiée par… Christiane Taubira).

Revenons aussi sur la soirée du 7 mai 2017. Contrairement au 23 avril 2017, Emmanuel Macron a su montrer la gravité qui, soudain, chargeait ses épaules. J’ai été ravi qu’il ait choisi le Louvre comme lieu symbolique pour fêter sa victoire. Musée le plus connu du monde, il a montré à quel point il était attaché à la culture française, mais aussi, à quel point il s’inscrivait dans une histoire française pas seulement républicaine, mais plus généralement nationale.

Sa marche silencieuse et solitaire dans la cour Napoléon a été sans doute un peu trop mise en scène et son discours devant la Pyramide du Louvre a laissé libre court à tous les délires sur Internet. Mais qu’importe ! J’ai goûté la joie d’écouter l’Hymne à la Joie de Beethoven (9e Symphonie) qui est l’hymne européen. C’est la première fois qu’au-delà des couleurs (les drapeaux), un Président de la République française avait également présenté un élément sonore de sa volonté de poursuivre la construction européenne. Elle n’est pas antinomique de l’amour de la France puisque la Marseillaise fut ensuite chantée à la fin de son discours. L’émotion était là, réelle, l’émotion nationale. Elle est rare, il faut la saluer.

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En revanche, j’ai déploré que des journalistes aient trouvé là une comparaison avec François Mitterrand et sa cérémonie d’investiture au Panthéon le 21 mai 1981, tout cela à cause de Beethoven et d’une pyramide en verre. Emmanuel Macron et François Mitterrand ne sont en effet absolument pas comparables : l’un a mis deux ans à se propulser au sommet de l’État, tandis que l’autre a mis quarante ans à arriver, avec des dizaines de milliers de journées de tractations, de réunions d’appareil, etc. François Mitterrand est justement le symbole de la vie politique qu’Emmanuel Macron voudrait renouveler.

La célébration au Louvre de la victoire pouvait plutôt être associée à Jacques Chirac (en 1995) et même à Valéry Giscard d’Estaing qui, comme Emmanuel Macron, a "cassé les codes" en 1974 comme en 2017, et qui a appris son élection en 1974 dans son bureau du Ministère de l’Économie et des Finances, qui se trouvait à l’époque au Louvre.

Et puisque nous en sommes aussi aux comparaisons, la comparaison avec John Kennedy ne me paraît pas non plus pertinente. L’arrivée au pouvoir de Kennedy, certes jeune, n’a rien à voir avec l’initiative éclair qui n’a duré qu’un ou deux ans chez Emmanuel Macron. La candidature de John Kennedy provient d’abord d’une volonté familiale, de son père, de peser sur le destin américain, elle est l’aboutissement d’une trentaine d’années d’implantation familiale. Rien à voir avec Emmanuel Macron qui n’a reçu aucun héritage politique de sa famille.

Ce qui est positif et qui montre que les Français ont une capacité de rénover leur propre démocratie, c’est qu’ils ont fait "mieux" que les citoyens des États-Unis. Lorsque Barack Obama a été élu Président des États-Unis, il était connu et reconnu nationalement seulement depuis quatre ans, mais il avait déjà derrière lui une carrière politique d’une douzaine d’années dans l’Illinois. Emmanuel Macron, lui, sans rajouter son âge (39 ans), a été deux ans Ministre des Finances, seulement connu du grand public depuis moins de trois ans, et jamais élu. Bravo l’artiste !

Qu’il reste vigilant, dans ses premiers actes, à prendre en considération l’ensemble de la communauté nationale pour qu’aucun citoyen ne se sente mis de côté, mis à l’écart du nouveau train qui va démarrer ce dimanche 14 mai 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 06:42

« J’adresse à tous ceux qui ont voté pour moi (…) un message d’amitié et de reconnaissance. (…) À l’occasion des élections législatives, ils auront la possibilité de faire entendre la voix de la droite et du centre. Ne vous dispersez pas. Restez unis. Restez déterminés. Croyez-moi, votre force va compter. La France en a besoin. En attendant, il nous faut choisir ce qu’il y a de préférable pour notre pays. Je ne le fais pas de gaîté de cœur, mais l’abstention n’est pas dans mes gènes, surtout lorsqu’un parti extrémiste s’approche du pouvoir. Le Front national, ce parti créé par Jean-Marie Le Pen, a une histoire qui est connue pour sa violence et pour son intolérance. Son programme économique et social mènerait notre pays à la faillite. Et à ce chaos, il faudrait ajouter le chaos européen avec la sortie de l’euro. Je vous l’assure, l’extrémisme ne peut qu’apporter malheurs et divisions à la France. Dès lors, il n’y a pas d’autre choix que de voter contre l’extrême droite. Je voterai donc en faveur d’Emmanuel Macron. J’estime de mon devoir de vous le dire avec franchise. Il vous revient maintenant en conscience de réfléchir à ce qu’il y a de mieux pour votre pays et pour vos enfants. » (François Fillon, le 23 avril 2017).


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Le candidat malheureux à l'élection présidentielle François Fillon a réuni, le 2 mai 2017 à la Mutualité de Paris, les parlementaires qui l'avaient soutenu et leur a vivement demandé de voter et faire voter en faveur d'Emmanuel Macron :  « Je l'ai dit et je le redis, le programme économique du Front national appauvrirait la Nation de façon irrémédiable ; la violence idéologique de ce parti diviserait les Français ; son hostilité obsessionnelle à l'égard de l'Europe nous isolerait. ». Ses électeurs, selon lui, doivent faire  « preuve de bon sens » :  « Je sais leur amertume, leur colère, je la ressens aussi, mais notre devoir est de penser d'abord à l'avenir de notre pays. L'avenir, c'est d'éviter de voir la France présidée par l'extrémisme. ».

Tout le monde peut se tromper et personne n’est madame Soleil. Lors d’une interview au "Journal du dimanche" du 16 avril 2017, à une semaine du premier tour, François Fillon avait imprudemment confié : « J’ai une forme de sérénité, qui m’étonne moi-même. Je sais que je serai au second tour. J’ai cette conviction profonde. ». Cette conviction, il l’a nourrie avec son ascension phénoménale lors de la dernière semaine de la campagne du premier tour de la "primaire de la droite et du centre". Il était convaincu que ce phénomène se reproduirait à l’élection présidentielle. Il n’en a rien été. Il n’a jamais réussi à redécoller vraiment de son étiage à 18-20% depuis deux mois.

C’est donc un échec important, total, même, si l’on considère que cette élection était "imperdable" par Les Républicains. C’est vrai qu’à l’époque, lorsqu’on disait cela, on dissertait encore sur la rivalité entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

C’est un échec car l’objectif du premier tour, c’était d’atteindre le second tour, et cette mission n’a pas été remplie. Inutile de rappeler ce qui a plombé sa campagne : non seulement l’affaire judiciaire, mais aussi un mauvais dimensionnement de son programme (la suppression de 500 000 postes de fonctionnaire a terrorisé un pays très respectueux de la fonction publique), une attitude de campagne peu rassembleuse humainement (sans liant entre ses soutiens, sans encouragement, sans motivation de ses troupes, comme savent si bien le faire non seulement Nicolas Sarkozy mais aussi …Emmanuel Macron), enfin, une stratégie de campagne erronée.

En quoi la stratégie de campagne de François Fillon a-t-elle été erronée ? C’était de faire une confiance aveugle aux sondages depuis trois ans, ce qui est un comble pour celui qui, justement, a su démentir les sondages en novembre 2016. Comme tous les médias, il considérait comme acquise la présence de Marine Le Pen au second tour, et convenait même qu’elle obtiendrait la première place au premier tour, comme cela a été lors du dernier test grandeur nationale, à savoir les élections régionales de décembre 2015.

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La conséquence de cela, c’était que pour obtenir la qualification pour le second tour, il fallait prendre la deuxième place et le seul qui, au départ, pouvait le concurrencer, c’était Emmanuel Macron. On a vu un peu plus tard qu’un second challenger a surgi brutalement, avec la très bonne campagne de Jean-Luc Mélenchon. En vertu de cette analyse erronée, François Fillon a principalement matraqué le candidat Emmanuel Macron, qui, pourtant, était le plus proche de tous les autres candidats, au point de l’appeler "Emmanuel Hollande", une expression récupérée par l’extrême droite entre les deux tours.

Or, la réalité électorale a montré que le concurrent direct de François Fillon au premier tour n’était pas Emmanuel Macron mais …Marine Le Pen elle-même ! Si François Fillon avait dépensé un peu plus d’énergie à combattre le programme dément de Marine Le Pen, il aurait peut-être pu concourir pour le second tour.

Car finalement, l’écart des voix est assez faible. Marine Le Pen a obtenu un résultat beaucoup plus faible que les sondages d’il y a plusieurs mois qui l’avaient placée entre 25% et 30%. Avec 21,3% des voix, Marine Le Pen n’a gagné que 3% par rapport à sa précédente candidature présidentielle le 22 avril 2012, et est très loin des 27,7% des élections régionales, même si elle a gagné 1,2 million de voix entre 2012 et 2017.

Concrètement, l’écart entre François Fillon et Marine Le Pen n’est que 1,3%, soit moins de 466 000 voix ! C’est très faible dans une campagne nationale. François Fillon aurait donc pu être qualifié au second tour, et il aurait probablement perdu face à Emmanuel Macron. Le résultat serait probablement revenu au même, sauf qu’il y aurait eu un véritable débat pendant deux semaines sur la nature des réformes réalistes à mettre en œuvre dans le pays.

Certains considèrent que la candidature de Nicolas Dupont-Aignan, qui a obtenu 4,70% des voix, a empêché la qualification de François Fillon pour le second tour. Je pense qu’ils se trompent. Au même titre que les candidatures de Christiane Taubira et de Jean-Pierre Chevènement n’ont pas plombé celle de Lionel Jospin. Tous ceux qui voulaient voter pour François Fillon l’ont fait, d’autant plus que sa qualification n’était pas acquise. Alors, ceux qui ont voté pour un autre candidat se seraient probablement abstenus si cet autre candidat ne s’était pas présenté. Le premier tour est un vote d’adhésion, et s’il n’y a pas adhésion à la candidature (à la personne, au programme), alors il n’y a pas vote pour le candidat et le vote ira ailleurs.

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Le 24 avril 2017 sur France 5, le politologue Pascal Perrineau a fait remarquer judicieusement que les 20,01% de François Fillon n’avait rien d’infâmant, en rappelant que Jacques Chirac avait obtenu ce niveau assez faible de voix au premier tour dans trois élections présidentielles (19,96% en 1988 ; 20,84% en 1995 ; 19,88% en 2002) et cela ne l’avait pas empêché d’être élu deux fois dans ces conditions.

Ce souvenir statistique ne doit pas évidemment masquer le fait qu’il a perdu dans une défaite historique puisque c’est la première fois dans l’histoire de la Ve République que le représentant du courant gaulliste qui est à l’origine de ces institutions et de ce mode d’élection n’est pas présent au second tour d’une élection présidentielle.

De plus, si "l’honneur" est sauf en étant arrivé en troisième position (comme les sondages l’avaient envisagé), ce fut d’extrême justesse, avec seulement 117 044 voix d’avance sur Jean-Luc Mélenchon et son programme de bouleversement généralisé (0,43% !).

François Fillon n’avait pas prévu initialement de participer à la réunion du comité politique de LR du 24 avril 2017 mais il est finalement venu dire aux responsables de son parti qu’il redeviendrait simple militant "de cœur" et qu’il ne mènerait évidemment pas ce parti pour la campagne des élections législatives. Il lui a fallu du courage à affronter tous ses collègues parfois en colère par cette défaite qu’on aurait pu imaginer évitable.

Son courage, il l’a prouvé aussi la veille, lors de la soirée du premier tour, quand il a reconnu son entière responsabilité (Lionel Jospin avait inauguré le rôle) et surtout, quand il a clairement appelé à voter pour Emmanuel Macron qui était pourtant son adversaire. Les valeurs de François Fillon ne pouvaient pas se satisfaire d’une ambiguïté et sa déclaration a été moralement irréprochable, impeccable. C’est aussi une réponse à tous ses contradicteurs qui le soupçonnaient d’être proche d’une droite intégriste liée au FN. François Fillon n’a jamais failli dans les valeurs républicaines, et il l’a prouvé, un peu à ses dépens, le 23 avril 2017 en acceptant sa défaite de manière "sportive".





D’autres responsables LR ont aussi clairement appelé à voter pour Emmanuel Macron, notamment Alain Juppé, Christian Estrosi, Bruno Le Maire, François Baroin, Thierry Solère, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Pierre Raffarin, Gérard Larcher, Xavier Bertrand, etc.

Même Nicolas Sarkozy a levé toute ambiguïté dans un message sur Facebook le 26 avril 2017 : « C’est un séisme politique. Je regrette profondément ce résultat (…). Je considère que l’élection de Marine Le Pen et la mise en œuvre de son projet entraîneraient des conséquences très graves pour notre pays et pour les Français. Je voterai donc au second tour de l’élection présidentielle pour Emmanuel Macron. C’est un choix de responsabilité qui ne vaut en aucun cas un soutien à son projet. ».

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Certains, en revanche, à LR, ont refusé d’appeler explicitement à voter pour Emmanuel Macron, en particulier Laurent Wauquiez, Pierre Lellouche (qui a démissionné le 26 avril 2017), Nadine Morano, etc. sans compter Jean-Frédéric Poisson qui a annoncé qu’il voterait blanc. Il y a donc une coupure entre ceux qui refusent absolument l’hypothèse d’une élection de la présidente du parti d’extrême droite et ceux qui penseraient plus à leur intérêt clanique plutôt qu’à l’intérêt national et qui essaieraient au maximum d’affaiblir Emmanuel Macron, au risque de l’impensable. Rappelons ici que c’est la trop faible mobilisation des électeurs démocrates qui a permis l’élection de Donald Trump en novembre 2016 alors qu’il avait réuni moins de suffrages que le candidat républicain de 2012.

Les responsables LR ont encore l’objectif de gagner les élections législatives, mais la question de l’unité de LR est posée. En effet, en cas d’élection d’Emmanuel Macron et de proposition à s’engager à ses côtés, des personnalités comme Bruno Le Maire et Christian Estrosi ont déclaré qu’elles étaient prêtes, alors que les appareils LR et UDI ont exclu toute entente électorale avec La République En Marche (Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, l’a confirmé le 24 avril 2017).

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Seule l’unité permettrait d’envisager une cohabitation entre un gouvernement LR-UDI et un Président Macron. Car si des élus LR sont prêts à se jeter dans les bras d’Emmanuel Macron, ce dernier pourrait facilement trouver une "majorité centrale" chère au cœur de François Bayrou. Pour l’instant, de manière assez curieuse, François Baroin s’est déclaré "disponible", le 26 avril 2017 sur CNews, pour devenir le Premier Ministre d’une cohabitation avec Emmanuel Macron : « Si les Français veulent une alternance sans équivoque, s’ils veulent tourner la page de Hollande et de Macron réunis (…), alors ils choisiront un gouvernement de droite et de centre droit et dans ce cas-là, je suis disponible pour le gouverner. ». En cas de majorité LR, ce serait alors un formidable retournement politique en moins de six mois, qui verrait ainsi l’ancien numéro deux du plan B de la candidature LR propulser à Matignon. Le 2 mai 2017, le bureau politique de LR a confirmé à l'unanimité que François Baroin (bien que sénateur) serait le chef de file de la campagne des législatives pour LR.

Le risque, en parlant trop vite des élections législatives, avant le second tour présidentiel, c'était de mettre la charrue avant les bœufs. Il y avait en effet, d’abord, une autre bataille, plus urgente, dramatique, qui était loin d’être gagnée, celle du second tour de l’élection présidentielle, et il était nécessaire de répéter que malgré les sondages, rien, absolument rien ne permettait d’assurer la certitude d’un échec de l’extrême droite le 7 mai 2017. Emmanuel Macron doit sa grande victoire du second tour (à 66,1%) non seulement à son propre talent, exceptionnel, mais aussi, en partie, à l'appel clair et déterminé de François Fillon à ses électeurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon, artisan de la victoire du Président Macron.
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Matignon en mai et juin 2017.
François Fillon et son courage.
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Macron ou Fillon pour redresser la France ?
François Fillon, le seul candidat de l’alternance et du redressement.
Programme 2017 de François Fillon (à télécharger).
La Ve République.
L’autorité et la liberté.
Un Président exemplaire, c’est…
Interview de François Fillon dans le journal "Le Figaro" le 20 avril 2017 (texte intégral).
Interview de François Fillon dans le journal "Le Parisien" le 19 avril 2017 (texte intégral).
Discours de François Fillon le 15 avril 2017 au Puy-en-Velay (texte intégral).
Discours de François Fillon le 14 avril 2017 à Montpellier (texte intégral).
Discours de François Fillon le 13 avril 2017 à Toulouse (texte intégral).
Tribune de François Fillon le 13 avril 2017 dans "Les Échos" (texte intégral).
Discours de François Fillon le 12 avril 2017 à Lyon (texte intégral).


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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170502-fillon.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-fillon-artisan-de-la-192497

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/10/35268099.html


 

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