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14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 03:18

« Est-ce qu’un jour j’aurai l’occasion de servir mon pays dans la politique nationale ? Peut-être… Si c’est le cas, j’en serai heureux. » (Édouard Philippe, le 12 septembre 2021 sur TF1).


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Dans le paysage politique français, l’ancien Premier Ministre Édouard Philippe jouit d’une position très singulière. D’abord, parce qu’il est un ancien Premier Ministre justement, et qu’il connaît toute la rudesse du pouvoir, et aussi toute son ivresse. Les rouages de l’État, la stress du pouvoir, la complexité des situations. Ensuite parce qu’il est à un âge (50 ans) qui permet de laisser penser qu’on a un avenir encore à construire.

C’est simple, avant lui, tous ses prédécesseurs encore en vie (ils sont onze) ont renoncé à faire de la politique active. Cultivé, sportif (la boxe), il nourrit ces deux branches qui permettent un esprit sain dans un corps sain. Subtil et intellectuel, Édouard Philippe est souvent introspectif et humble, mais cela  n’enlève pas une autorité naturelle qui est celle du bosseur sympathique.

Tellement sympathique qu’il peut se compromettre dans quelques fantaisies comme ses messages subliminaux qu’il transporte pendant toute la journée par l’intermédiaire de ses boutons de manchette (à son départ de Matignon, il a porté ceux qu’on lui avait offerts pour l’occasion, des tongs !). Autre fantaisie qu’il assume bien que très involontaire, sa barbe à moitié blanche, résultat d’une maladie qui n’est pas grave (« ni contagieuse » !) mais qui se voit et qu’il doit effectivement expliquer.

Remercié de Matignon par le Président Emmanuel Macron, Édouard Philippe ne pouvait pas rester silencieux trop longtemps avec la perspective de l’élection présidentielle de 2022. Il s’est confié à la journaliste Audrey Crespo-Mara dans un portrait diffusé au cours de l’émission "Sept à Huit" sur TF1 ce dimanche 12 septembre 2021.

Autant le dire tout de suite, pas de scoop sur son éventuelle candidature, ni en 2022, bien sûr, ni non plus en 2027, bien trop lointain : « Je vais dire les choses le plus clairement possible pour l’élection présidentielle de 2022. Je soutiendrai le Président de la République. Je pense, j’espère qu’il sera candidat et je le soutiendrai pour trois raisons. ». Trois raisons : Édouard Philippe, formé dans les plus hautes écoles, est un homme très structuré et ses exposés sont toujours construits avec une rigueur qui se fait de plus en plus rare dans le discours politique. Ces trois raisons sont la loyauté (« Pour moi, ça compte ! »), la cohérence (il a été son Premier Ministre pendant trois ans).

Et sa troisième raison est plus subtile. En gros, il n’y a qu’Emmanuel Macron "en magasin" pour assurer la mission extrêmement difficile du Président de la République : « [Emmanuel Macron est fait] d’un métal dont je ne vois pas beaucoup la trace dans tous ceux qui sont aujourd’hui candidats à l’élection présidentielle. ». Cela rejoint la confidence de Xavier Bertrand à Éric Zemmour (qui a cafté dans son prochain livre) : « Je sais bien que je n’ai pas le niveau, mais plus personne ne l’a aujourd’hui. La présidentielle, ce n’est pas un examen, c’est un concours. ». En fait, à mon humble avis, deux ont le niveau, actuellement…

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L’objectif d’Édouard Philippe serait plutôt de restructurer la majorité présidentielle : « Si, comme je l’espère, le Président de la République est élu, il aura besoin demain d’une nouvelle majorité (…). Moi, je veux participer à la constitution de cette majorité, de cette nouvelle offre politique. Cela me paraît indispensable. Je ne demande pas une place. j’ai été Premier Ministre. J’ai aimé ça. Ce n’est pas le sujet. ».

Pas question donc de penser à 2027 (ce serait « déplacé et absurde »), il aura 56 ans à l’élection présidentielle de 2027. Toutefois, il veut penser à l’horizon 2050, pas en politique politicienne, mais en vision de la France et du monde.

La première phrase citée de l’ancien Premier Ministre, en haut de l’article, semble reprendre la fameuse formule de Georges Pompidou répondant à Jean Dumur de la télévision de la Suisse romande le 13 février 1969 à Genève : « Je ne crois pas avoir ce qu’on appelle un avenir politique. J’ai un passé politique. J’aurai peut-être, si Dieu le veut, un destin national, mais c’est autre chose. J’ai dit, le premier, que le Général De Gaulle est à l’Élysée et que son mandat expire en 1972. Il n’y a donc pas de problème de succession. Ceci étant dit, il y aura bien un jour une élection à la Présidence de la République. ».

Édouard Philippe a délaissé les sources divines pour ne se reposer que sur lui-même : « Lorsqu’on veut servir son pays, il n’est pas inutile de s’y préparer intellectuellement, politiquement, avant de donner le meilleur de soi-même. Cela me paraît indispensable. ». Et il a oublié d’ajouter qu’il s’y prépare aussi physiquement, car la politique est un métier physique, à tel point qu’en trois ans de Matignon, il a vieilli de dix ans ! Il a d’ailleurs expliqué que l’événement qui l’a le plus marqué émotionnellement à Matignon (« le pire moment ») fut la catastrophe de Millas le 14 décembre 2017 (un car scolaire percuté par un train à un passage à niveau, six adolescents tués et quatorze blessés).

Cette remarque sur son avenir n’est pas si éloignée de celle qu’il faisait déjà à Tugdual Denis, directeur adjoint de la rédaction de "Valeurs actuelles", dans un livre d’entretien, "La vérité sur Édouard Philippe" sorti le 9 septembre 2021 : « Il n’y a pas marqué sur mon front que j’ai vocation à être numéro 1 et que je ne peux pas accepter d’être numéro 2. Ni que j’ai vocation à toujours rester numéro 2, je vous le garantis. Si un jour je suis élu, c’est moi qui fixerai le cap, croyez-moi ! ».

Concrètement, Édouard Philippe a déjà réuni à Fontainebleau le 29 août 2021 une quarantaine de maires de la droite modérée et du centre qui lui sont proches, pour porter sur les fonts baptismaux une future formation politique. Parmi eux, on peut citer Christian Estrosi (Nice), Hubert Falco (Toulon), Jean-Luc Moudenc (Toulouse), Arnaud Robinet (Reims), Christophe Béchu (Angers), Alain Chrétien (Vesoul), Frédéric Valletoux (Fontainebleau), Arnaud Péricard (Saint-Germain-en-Laye), etc.

Le prochain rendez-vous aura lieu le samedi 9 octobre 2021 au Havre, où ce courant se structurera au cours d’un congrès fondateur. Si aucune ambition présidentielle n’est revendiquée, une autre ambition sera, elle, affichée : celle de peser sur la majorité présidentielle de demain, et donc, celle d’avoir une influence aux élections législatives de juin 2022. Ce ne sera peut-être pas seulement une force d’appoint, car la capacité des députés LREM sortants à se faire réélire est aujourd’hui largement sujet à caution après les échecs répétés de la structure présidentielle aux élections municipales de 2020 et régionales de 2021, montrant la très faible implantation locale des élus de la majorité, souvent novices en politique.

Et l’avantage compétitif de cette nouvelle formation sur les autres, ce qui est un point essentiel sous la Cinquième République, c’est qu’elle aura déjà en son sein un présidentiable tout naturel, le moment venu. Et cela, chez les autres formations politiques, cela manque énormément, tant à droite qu’à gauche…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Édouard Philippe.
Emmanuel Macron.
Jean Castex.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Que va faire Édouard Philippe ?
Le grand atout d’Emmanuel Macron.
Antoine Rufenacht.
Alain Juppé.
5 ans d’En Marche.
Cédric Villani.
Alexandre Benalla.

_yartiPhilippeEdouardL02




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210912-edouard-philippe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-destin-national-d-edouard-235755

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/13/39132519.html









 

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6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 03:47

« La remontada de la France vient de l’idée que par la politique, les Français ont le pouvoir de faire de grandes choses ensemble pour la France et pour eux. Dans le fracas du monde et le brouhaha politicien, pour comprendre la nécessité d’un tel projet et le rendre possible, il faut faire preuve de courage, de constance, de lucidité et tendre l’oreille. » (Arnaud Montebourg, 2021).



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Alors, tendons l’oreille ! Et jaugeons la constance. La grande nouvelle du week-end, pour ceux qui auraient mal suivi, c’est la venue de l’ancien ministre Arnaud Montebourg dans sa ville natale de Clamecy, dans la Nièvre, et sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 2022. On l’avait oublié, celui-là. Ce n’est pas nouveau : il se réveille tous les cinq ans. Une fringale présidentielle, sans doute.

En fait, je ne l’avais pas tout à fait oublié, j’avais bien suivi que les chevènementistes l’appréciaient. Le 29 août 2021, Jean-Luc Laurent, maire du Kremlin-Bicêtre et président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) qui avait été créé par Jean-Pierre Chevènement, avait apporté « un soutien enthousiaste » à Arnaud Montebourg dont la candidature, ce samedi 4 septembre 2021, serait « une décision salutaire pour la France ». Le MRC avait déjà appelé à la candidature de l’ancien Ministre du Redressement productif le 14 avril 2021. Et ce mouvement sera présent à la fête de la rose à Frangy-en-Bresse le 25 septembre 2021, où Arnaud Montebourg devrait rassembler tous les montebourgeois de France et de Navarre. Arnaud Montebourg est aussi l'invité de la matinale de France Inter ce mardi 7 septembre 2021.

Ces affinités chevènementistes n’étaient pas nouvelles. Déjà, le 16 décembre 2015 dans la (fameuse) Salle Colbert de l’Assemblée Nationale, Jean-Pierre Chevènement avait organisé un colloque avec, à la tribune, notamment l’écrivain Régis Debray. Dans l’assistance, on pouvait apercevoir Arnaud Montebourg et Marie-France Garaud, qui étaient intervenus au cours de la soirée. Ainsi que le communiste Jean-Paul Brard. Beaucoup des auditeurs, dont la moyenne d’âge paraissait élevée, voyaient alors en Arnaud Montebourg un futur Chevènement bis.

Le maître mot de la déclaration de candidature d’Arnaud Montebourg est "la remontada". C’est étrange de vouloir prendre un mot espagnol pour montrer son amour de la France, mais je suis mauvaise langue puisque ce mot a été inclus dans l’édition 2021 du dictionnaire Larousse. Si on va voir sur son site Internet, soit j’ai eu une omerta contre moi, soit les liens permettant d’obtenir des informations ont été tout simplement oubliés. Le seul lien qui fonctionne, c’est bizarrement celui qui renvoie vers son livre sur l’engagement. Enfin, un livre-parti, on ne sait pas trop bien.

À tout le moins, on peut dire qu’Arnaud Montebourg, qui va avoir 59 ans dans quelques semaines, ne jouit pas d’un trésor de guerre faramineux. Même l’éclairage de son estrade laissait à désirer, et je salue les quelques journalistes venus dans la Nièvre profonde pour entendre l’un des arrivistes les plus connus de France.

Car arriviste, il l’est. Il l’a toujours été, avec un cynisme qui se sent à longue portée, des serrages de mains (même en période covid-19, bonjour les gestes barrières) qui ont un goût de faux et d’artificiel. Sa stature très grande l’avantage physiquement (car oui, le physique compte dans une campagne électorale, même si on n’élit pas un gendre ou un beau-frère, d’autres sont moins bien pourvus et cela peut être un handicap), son intelligence qu’il a sans aucun doute aussi, mais son arrivisme emporte tout sur son passage.

Rappelons d’ailleurs celui qui lui a mis le pied à l’étrier, étrier d’avocat comme étrier d’homme politique, Roland Dumas, le 29 novembre 2013 dans "Le Nouvel Obs" : « Jeune avocat, il était venu me voir. Il était très révérencieux. Je (…) l’ai aidé à trouver une circonscription. ». Mais quelques années plus tard, comme un ingrat, Arnaud Montebourg a réclamé la démission de l’ancien Président du Conseil Constitutionnel pour se donner une réputation de chevalier blanc : « C’est un garçon qui a besoin de se faire de la publicité. À l’époque, n’en trouvant pas par lui-même, il s’en est fait sur le dos de plus connus que lui. C’est malheureusement banal. ».

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Le PS sera bien en peine d’y voir une concurrence à la non-candidature d’un socialiste pour 2022. Arnaud Montebourg part seul, en dehors du microparti MRC, de trois sénateurs socialistes (dont Laurence Rossignol), d’Emmanuel Todd et de Thomas Guénolé, et n’aura aucune caisse de résonance. Pourquoi celui qui, depuis dix ans, veut être candidat à l’élection présidentielle a-t-il voulu partir alors qu’il est sous les radars des sondages (moins de 2%) ? Un ego ? un livre ? une sincère volonté d’apporter sa contribution au débat démocratique ? Sans doute un peu les trois. Ce sont des questions qu’on pourrait d’ailleurs poser à tous les candidats déclarés ou potentiels. Candidat aux deux primaires du PS, en octobre 2011 et en janvier 2017, il n’a pas dépassé le seuil des 20% et surtout, le seuil du premier tour. Parfois, je me dis que les électeurs ont du bon sens que les journalistes n’ont pas toujours. Cette fois-ci, occupés à des affaires bien plus importantes, l’écho médiatique de cette déclaration a fait flop ! Personne ne l’attendait. À part le président du MRC.

Parler de remontada, c’est dire que la France est dans un piteux état et que lui, homme providentiel (qui, pourtant, avait commencé sa carrière sur la détestation de ce régime d’homme présidentiel qu’est la Cinquième République), serait capable de remettre la France à sa place, en haut du tableau. Pourtant, il faut bien dire qu’Arnaud Montebourg fait partie de ces politiciens qui pensent que les électeurs ont la mémoire courte.

Par exemple, qu’ils ont oublié que le Ministre de l’Économie et de l’Industrie, c’était lui entre 2012 et 2014, et que ses déclarations publiques avaient particulièrement dégradé la réputation économique de la France aux yeux des investisseurs étrangers. Heureusement, grâce à l’élection du Président Emmanuel Macron, la France est devenue le pays européen le plus attractif des investisseurs français, mais ce n’est certainement pas grâce à Arnaud Montebourg. La remontada, c’est Emmanuel Macron qui l’a faite.

Le patriotisme, c’est d’être fier de son pays, d’être fier de son attractivité économique, et pas être défaitiste en affirmant mollement et sans conviction : « La France est à un moment crucial de son histoire, où elle risque une élimination lente, insensible mais douloureuse et fatale. ». Il se croit encore en 2016, à la fin du quinquennat de François Hollande qui a considérablement dégradé la France, au point de ne même pas pouvoir se représenter.

Pour dire à quel point il a été un Ministre de l’Économie "léger", c’est la première fois qu’un tel ministre suit des cours d’économie après avoir été ministre, pas avant, pour savoir ce qu’est une entreprise (à l’INSEAD en automne 2014 à Fontainebleau). Du reste, il s’est pris au jeu et a créé sa propre entreprise de fabrication de miel après avoir été vice-président du groupe Habitat. Après avoir annoncé qu’il quittait la vie politique le 30 décembre 2014, il est revenu à la politique en déclarant sa candidature le 2 août 2016, puis a requitté la vie politique après son échec à la primaire du PS du 22 janvier 2017 (il a aussi quitté le PS), pour revenir une nouvelle par la porte de service pour déclarer de nouveau sa candidature.

Il pourrait presque inspirer de la pitié tant il avait un boulevard au sein du parti socialiste, mais son égoarrivisme l’a politiquement meurtri. Car la question reste toujours la même : comment peut-il convaincre qu’il est capable de rassembler les Français alors qu’il n’a même pas eu la possibilité de créer un courant au PS pour rassembler ses propres amis ?

Quant aux déclarations contre Emmanuel Macron, puisque le point commun de tous les candidats moins un de l’élection présidentielle de 2022, ce sera évidemment de tirer sur l’action, le bilan et le projet d’Emmanuel Macron (c’est de bonne guerre quand on est sortant, mais il faudra que ses opposants se rappellent qu’il a dû gérer probablement la crise la plus grave depuis la dernière guerre mondiale), il faudra que les électeurs potentiels d’Arnaud Montebourg se rappellent que si Arnaud Montebourg, ministre, n’avait pas manqué de respect à François Hollande, Président de la République, Emmanuel Macron ne serait pas devenu son successeur à la suite de son éviction du gouvernement et qu’il n’aurait jamais été question de la candidature d’Emmanuel Macron et encore moins de l’élection de ce dernier en 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (2) : et Arnaud Montebourg entra dans la course !
Arnaud Montebourg éliminé le 22 janvier 2017 à la primaire du PS.
Arnaud Montebourg plonge la France dans la fange.
Arnaud Montebourg contre les moulins marseillais.
Montebourg en primaire.
Vous avez dit démondialisation ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210904-montebourg.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-2-et-arnaud-montebourg-235585

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/05/39122293.html







 

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 03:38

« C’est quand votre ligne est la plus droite que l’adversaire vous attend au tournant. » (Robert Sabatier, 1991).




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Ça y est, l’été est déjà terminé et la rentrée arrive. Autant dire qu’il n’y a plus qu’une courte "distance" avant la prochaine élection présidentielle, d’autant plus que pour des raisons de calendrier et de délai constitutionnel, le conseil des ministres du 13 juillet 2021 a dû fixer des dates quinze jours plus tôt que d’habitude : le premier tour aura lieu le 10 avril 2022 et le second tour le 24 avril 2022.

Il est vrai que la vie politique a été quelque peu perturbée par une série de crises plus ou moins graves : les gilets jaunes en 2018-2019, puis la pandémie de covid-19 depuis 2020 ont bousculé l’horloge du quinquennat, pas seulement celle du Président Emmanuel Macron mais aussi de ses éventuels concurrents de 2022.

La grave crie sanitaire, sa gestion tant sanitaire qu’économique et sociale, a montré que les programmes présidentiels ne valent rien lorsqu’on est au pouvoir. Les gouvernants d’aujourd’hui doivent faire systématiquement face à une série de crises et d’urgences qu’ils sont bien incapables de rendre compatibles avec des mesures concrètes imaginées plusieurs années auparavant.

La réforme des retraites n’a pas pu être faite pour diverses raisons, mais la question qui fera partie du débat présidentiel de demain est bien : Emmanuel Macron a-t-il eu raison ou tort d’y avoir renoncé pour se consacrer totalement au redémarrage de l’économie postcovid ? Ses opposants feront les deux : ils lui reprocheront de n’avoir fait aucune réforme des retraites …et d’en avoir préparé une qu’il ressortira après l’élection présidentielle.

Être à la tête de l’exécutif d’un grand pays comme la France, c’est d’abord créer des séries de mécontents, car toute décision crée des mécontents. C’est aussi être pragmatique, ne pas avoir d’idéologie, mais avoir quelques principes et réagir dans l’urgence, internationale, intérieure… tout en préparant l’avenir pour que les urgences d’aujourd’hui ne soient plus des urgences de demain.

Alors oui, plus que jamais, l’époque a besoin que le peuple choisisse une personnalité, un tempérament, un caractère, un dynamisme, plutôt qu’un programme politique qui sera périmé aussi vite que l’élection passera, plutôt qu’un parti qui ne donnera aucune clef pour comprendre l’avenir.

La situation de précampagne présidentielle est particulièrement floue. Des deux grands partis de gouvernement qui ont monopolisé le pouvoir pendant près de soixante ans, aucune personnalité ne se dégage clairement. Les Républicains se retrouvent dans un piège de candidatures, où le candidat supposé le plus efficace électoralement refuse de se soumettre à son ancien parti. Quant au préhistorique Parti socialiste dont on a oublié jusqu’à l’existence dans le débat politique, son salut résiderait plutôt à se désister en faveur du candidat écologiste, comme dans un retour d’ascenseur de 2017.

Malgré ces incertitudes, d’où pourrait sortir n’importe quelle personnalité, et certains parlent de l’éditorialiste Éric Zemmour, mais on pourrait en lister des pages entières, jamais la situation semble aussi figée que 2022. Tout porte à croire que les deux candidats du second tour de 2022 seraient les mêmes que ceux de 2017, et que l’issue de ce nouveau duel, au contraire de 1974/1981, resterait la même.

En clair, jamais un Président de la République sortant n’a eu autant de boulevards que maintenant. Emmanuel Macron a maintenu une certaine popularité grâce à sa gestion de la crise sanitaire qui a été approuvée par les gens (le militantisme anti-sanitaire est une véritable impasse politique). Pourtant, on disait aussi la même chose de Valéry Giscard d’Estaing en automne 1980, promis à une réélection triomphale.

Il y a une règle qui veut qu’aucun Président de la République élu au suffrage universel direct n’ait été réélu au suffrage universel direct, sauf en période de cohabitation où le Président ne gouverne plus en fin de mandat et peut donc être considéré plus comme un opposant qu’un sortant. Emmanuel Macron, qui a déjà fait exploser un certain nombre d’invariants politiques depuis 2017, pourrait rompre cette chaîne d’échecs électoraux.

Ce qui est curieux dans les sondages, c’est qu’une majorité de sondés rejette un duel entre les deux précédents adversaires du second tour de 2017, et "en même temps", ils ont l’intention en majorité de voter pour l’un ou l’autre de ces candidats.

Pour ceux qui ne veulent ni la droite extrême de Marine Le Pen ni la gauche extrême de Jean-Luc Mélenchon, la figure présidentielle d’Emmanuel Macron est aujourd’hui d’autant plus évidente qu’aucune autre personnalité, entre ces deux extrêmes, n’émerge de manière incontestable et consensuelle. Ces deux candidats professionnels, qui n’envisagent pas de ne plus être indispensables, sont en quelque sorte l’assurance-vie du Président Macron.

Le "dégagisme" a créé une situation nouvelle où le trop vide remplace le trop plein. Le risque d’une forte abstention est-il réel ? Je ne le crois pas. Les Français sont très attachés à l’élection de leur Président de la République et ils savent que c’est l’élection majeure, fondatrice, de la vie politique. Le Président sortant pourrait être victime de ce dégagisme, mais sa perpétuelle adversaire attitrée également, pour incompétence et incapacité à rassembler plus de la moitié des Français.

Du reste, le dégagisme n’est pas si flagrant qu’on ne le dit : aux dernières élections régionales, tous les sortants ont finalement été reconduits, parfois avec des scores flatteurs, à la tête des régions en métropole (les Outremers ont des situations intérieures très particulières).

À la différence de ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et François Hollande où la haine qu’a provoquée leur Présidence (c’était également le cas de Jacques Chirac, très impopulaire jusqu’à son départ), n’a jamais été compensée par un mouvement spontané de sympathie, Emmanuel Macron jouit d’une forte adhésion du peuple raisonnable, celui qui travaille et qui réfléchit, celui qui, pragmatique, anti-idéologique, veut la raison à la passion.

Le prochain Président de la République devra être structuré pour affronter de nouvelles crises dont l’idée n’a même pas germé dans les plus imaginatifs des cerveaux de romancier. Cela nécessite une bonne connaissance de l’État, une bonne culture générale, un dynamisme qui n’est pas celui d’un papy ou d’une mamy, et un don d’improvisation exceptionnel. Tout en acceptant que son ego soit noyé dans une boue d’insultes et de critiques dont les réseaux sociaux amplifient l’expression, voire dans des délires complètement stupides.

Je détaillerai dans de prochains articles une partie de l’offre politique qui s’annonce pour la campagne présidentielle de 2022.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Emmanuel Macron élu Président de la République le 7 mai 2017.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210830-elysee2022aa.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-1-un-peuple-d-235446

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/08/31/39115035.html








 

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 05:57

« Une gourgandine sans foi ni loi, sans doctrine, sans idéal. » (Jérôme Bourdon, directeur du "Rivarol", selon "Libération" du 19 novembre 2010).


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On a l’impression que la France revient de loin. Les étrangers le pensent peut-être plus que nous, les Français. La surmédiatisation de Marine Le Pen et des "idées" du Front national depuis cinq ans a laissé un goût de révolution nationale à la campagne présidentielle de 2017. La séquence est terminée et le monde médiatique respire à nouveau et semble repartir vers d’autres sujets après avoir adoré se faire peur. Évidemment, Marine Le Pen et le Front national sont toujours là, et aucun "danger" ne sera encore jamais écarté tant que les problèmes nationaux demeurent.

Après beaucoup d’hésitations, Marine Le Pen a annoncé au journal de 20 heures de TF1, le 18 mai 2017, qu’elle serait candidate aux élections législatives dans la circonscription d’Hénin-Beaumont qui avait voté à 59% pour elle à l’élection présidentielle. Ayant raté l’élection de quelques dizaines de voix en juin 2012, Marine Le Pen a de sérieuses chances de réussir là où Jean-Luc Mélenchon avait lamentablement échoué il y a cinq ans.

Quelques jours auparavant, le 9 mai 2017, sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, très populaire parmi les militants du FN (osais-je préciser : les militants hommes ?), qui a beaucoup bossé durant ces cinq dernières années (au contraire de sa tante), a annoncé son retrait de la vie politique, retrait probablement provisoire, voulant se consacrer à une (vraie) vie professionnelle (on aurait aimé la même chose pour Tata Le Pen), et à son enfant (rappelons néanmoins que suivre une carrière professionnelle et tenir son rôle de parent reste toujours très périlleux pour les femmes).

Elle avait attendu la fin de l’élection présidentielle pour éviter de provoquer des effets électoraux, mais il y en aura inévitablement un : députée sortante, élue à 22 ans (née le 10 décembre 1989, un mois après la chute du mur de Berlin), elle ne se représentera donc pas dans sa circonscription du Vaucluse où elle avait de grandes chances d’être réélue. Au-delà de l’aspect personnel, ce départ du FN est avant tout un désaveu contre Marine Le Pen et la ligne tenue par Florian Philippot d’une "extrême droite gauchiste", rejetant l’euro et l’Europe, voulant la retraite à 60 ans, les protections sociales et contre la libération de l’économie. Une ligne qui fonctionne assez bien dans l’électorat du Nord de la France, très ouvrier, mais diamétralement opposée aux idées extrémistes de la Côte d’Azur, plutôt bourgeoises, qui voudraient redroitiser le FN et surtout, conclure des alliances avec l’aile droitière de LR, cette partie wauquiézienne de la droite plus trop modérée.

Pour l’heure, le FN espère gagner aux élections législatives bien plus que les deux sièges du 17 juin 2012. Le scrutin étant ce qu’il est, ce n’est pas évident, malgré les scores parfois très élevés dans certaines circonscription, que le FN puisse avoir matière à se réjouir le soir du 18 juin 2017, ne serait-ce que parce qu’avant de gagner, un candidat doit déjà passer le cap du second tour, avec 12,5% des électeurs inscrits (cela signifie donc, avec le risque de forte abstention, au moins 20%).

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Il est auparavant intéressant d’analyser la performance électorale de Marine Le Pen à cette dernière élection présidentielle. Elle-même a reconnu une faute politique dans la manière d’aborder son débat télévisé avec Emmanuel Macron, car ce duel médiatisé a révélé deux choses : la première, c’est qu’elle ne travaillait aucun des sujets pour lesquels elle scandait des slogans (incompétence), et la seconde, c’est qu’elle n’avait aucune intention de devenir Présidente de la République (bluff). Au dernier moment, son ambition, comme tétanisée par l’hypothèse, s’est rebiffée.

J’avais analysé la performance électorale d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle et, contrairement à certains qui auraient rêvé qu’il fût mal élu, j’avais démontré que son élection avait été assez large et très ordinaire en comparaison de ses autres prédécesseurs, qui ont toujours été élus par défaut puisque élus seulement au second tour (y compris De Gaulle).

Cela dit, ceux qui rêveraient de dire que Marine Le Pen a fait un très mauvais score à l’élection présidentielle de 2017 ne me paraissent pas, non plus, vraiment convaincant. C’est vrai que comparativement aux sondages, Marine Le Pen a fait des scores beaucoup plus faibles que "prévus".

Ainsi, au premier tour, les sondages depuis plus d’un an l’avaient placée largement en tête de tous les candidats, souvent avec une confortable avance et largement au-dessus de 25%, entre 25% et 30%. Or, le résultat du premier tour a forcément été décevant pour elle : elle n’a pas eu la première place, seulement la deuxième, avec un score assez médiocre, 21,30% et surtout, avec presque 3% de retard avec son concurrent du second tour. Néanmoins, cela lui a suffi quand même à franchir la première étape (de justesse, François Fillon n’était pas loin !).

Au second tour, les sondages donnaient un échec avec un rapport de forces de l’ordre de 40%/60%. Certains commentateurs parlaient encore de "plafond de verre" supposé "infranchissable". Les consignes pour le moins ambiguës de Jean-Luc Mélenchon (qui lui vaut aujourd’hui un effondrement de la popularité dans les sondages) et le ralliement sans condition, stupéfiant et imprévisible, de Nicolas Dupont-Aignan pouvaient même lui faire espérer de frôler les 45%. En apprenant la réalité électorale le soir du dimanche 7 mai 2017, celle des 33,90% des suffrages exprimés (22,36% des inscrits), Marine Le Pen avait des raisons d’être déçue. Douche froide, assez prévisible après le débat du 3 mai 2017. La fièvre du dimanche soir n’était pas si élevée que cela… ou alors, est retombée.

Concrètement, elle a mis onze jours à encaisser son échec. Et surtout, l’entendre de nouveau publiquement semble être devenu anachronique. L’avènement (est-ce le bon mot ?) du Président Emmanuel Macron a ouvert une nouvelle ère de modernité et de renouvellement politique. Un état de grâce. Au premier tour, il y avait environ 56% électeurs qui ont choisi des candidats qui étaient soit contre la construction européenne soit qui niaient la réalité de la mondialisation qui n’attend pas le quitus des Français pour exister. Et maintenant, les sondages évalueraient à 70% des sondés (en gros) ceux qui seraient satisfaits par la nomination du gouvernement d’Édouard Philippe qui doit être le premier à n’être composé à 100% que de partisans de la construction européenne et de ministres réalistes qui veulent que la France soit gagnante et pas perdante dans cette mondialisation dont elle ne contrôle pas le développement. Ce paradoxe est très fréquent dans un peuple français qui est à la fois responsable et râleur, à la fois légitimiste et révolutionnaire. La sagesse, heureusement, l’emporte souvent, si l’on n’abuse pas d’eux.

Pourtant, je ne considère pas que l’échec de Marine Le Pen a été une défaite magistrale. Je ne considère pas non plus qu’elle est victime d’un plafond de verre qui, de toute manière, l’empêcherait définitivement d’être élue un jour, elle, ou une personne de sa famille (j’allais préciser de sa famille politique mais peut-être faut-il rester seulement dans la génétique).

Bien sûr, Marine Le Pen n’a pas été élue. Bien sûr, elle a fait un score inférieur à ce qui était imaginé par les sondages. Mais il ne faut pas faire les comparaisons avec des mythes, il faut rester avec la réalité historique. Or, le fait historique, c’est que le 7 mai 2017 à 20 heures, il n’y a jamais eu autant d’électeurs en France pour un candidat d’extrême droite, tant en pourcentages (34,90%) qu’en absolu : 10 638 475 suffrages.

Déjà, il faut faire les comparaisons avec les dernières élections générales. Elles furent régionales, en décembre 2015. Au premier tour, le 6 décembre 2015, les listes FN avaient recueilli 6 018 904 suffrages, soit 27,73% de suffrages exprimés, le record historique (en raison d’une forte abstention, 50,09%). Au second tour, le 13 décembre 2015, elles avaient réuni 6 829 477 électeurs, soit 27,10%. Remontons encore aux élections européennes du 25 mai 2014 qui fut déjà un coup de semonce car les listes FN s’étaient placées en première place, avec 24,86% des suffrages exprimés (4 712 461 voix).

Même au second tour, avec un rassemblement (plus de 800 000 électeurs de gains entre le premier et second tour aux régionales de décembre 2015), le record historique du nombre de voix avant 2017 a été largement dépassé dès le premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017 avec 7 678 491 électeurs, soit un gain de 850 000 électeurs supplémentaires convaincus à la cause FN par rapport à décembre 2015.

Si les 21,30% ne sont pas un record pour le FN dans une élection, cela l’est dans une élection présidentielle, un scrutin plus difficile, plus concurrentiel et avec beaucoup de participation. Même par rapport aux inscrits, 16,14%, c’est un record pour une élection présidentielle. À l’époque de son père, Jean-Marie Le Pen, ce pourcentage par rapport aux inscrits étaient assez stable : 11,46% en 1988 ; 11,43% en 1995 ; 11,66% en 2002. La progression est venue de Marine Le Pen elle-même avec 13,95% en 2012. En gros, la progression par rapport aux inscrits se fait de 2% tous les cinq ans.

Entre 2012 et 2017, Marine Le Pen a gagné environ 1 250 000 électeurs. Ce qui est très important. Chaque fois, des centaines de milliers de nouveaux électeurs rejoignent un candidat du FN. Et cela en continu depuis l’élection de François Hollande.

Plus instructive est la capacité de rassembler au second tour.

Pour l’élection présidentielle, on a seulement deux élections présidentielles au cours desquelles le candidat FN s’est maintenu au second tour. Dans la première élection de ce type, en 2002, Jean-Marie Le Pen n’a engrangé quasiment aucun nouvel électeur. Au premier tour, il avait obtenu 4 804 713 voix et il faut rajouter aussi les voix de son concurrent FN dissident Bruno Mégret (qui était initialement son dauphin, un peu trop pressé), soit 667 026. Le total correspond à quelques dizaines de milliers d’électeurs près, au score de Jean-Marie Le Pen au second tour de 2002, soit 5 525 032 voix (53 293 voix supplémentaires, exactement, soit un gain de même pas 1%). En pourcentage, comme il y a eu une participation accrue entre le premier et le second tour (passage de 71,6% à 79,7%), au contraire de 2017, Jean-Marie Le Pen a fait moins au second tour (17,79%) que le total du FN et FN dissident du premier tour (19,20%). Ces 17,79% correspondent à peu près au score de sa fille au premier tour en 2012 : 17,90% (6 421 426 voix).

En revanche, en 2017, la situation a été complètement différente. D’une part, il y a eu une hausse de l’abstention et du vote blanc ou nul (donc, très loin d’une mobilisation d’un front anti-FN). D’autre part, Marine Le Pen a su rassembler beaucoup plus largement que son propre électorat. Elle est passée, en effet, entre les deux tours, de 7 678 491 voix à 10 638 475 voix, soit un gain de presque 3 millions de voix. Exactement 2 959 984 voix, soit un gain de 38,5% : on est loin du 1% de son père. Si l’on prenait pour base le total (erroné) des voix de Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan au premier tour, soit 9 373 491 voix (erroné car selon certaines études, seulement 40% des électeurs de ce dernier auraient voté pour Marine Le Pen), on aurait encore un gain de plus d’un million d’électeurs, exactement 1 264 984 voix, soit encore 13,5% (plus de dix fois son père).

Faisons encore une comparaison en nombre de voix (en sachant que le corps électoral ne cesse de croître avec la démographie, bien sûr). 10 638 475 voix, c’est moins que le score de De Gaulle au premier tour de 1965 (10 828 523 voix), équivalent à celui de François Mitterrand au second tour de 1965 (10 619 735 voix) et au premier tour de 1988 (10 381 322 voix), et plus que celui de Georges Pompidou au premier tour de 1969 (10 051 816 voix) et de François Hollande au premier tour de 2012 (10 272 705 voix).

Cela signifie quoi ? Que Marine Le Pen, ou le FN, ou les deux, loin de susciter une réaction de barrage hostile, ont maintenant un pouvoir de rassemblement électoral entre les deux tours d’une élection présidentielle non négligeable. C’est nouveau, c’est menaçant. Ce pouvoir est resté encore trop faible pour pouvoir faire élire la présidente du FN dès 2017, mais il est croissant. Cela peut laisser entendre que si le quinquennat d’Emmanuel Macron échouait, Marine Le Pen aurait un boulevard. Je rappelle en effet les données : Marine Le Pen a eu au premier tour en 2012 ce que son père a eu au second tour de 2002, en pourcentage des suffrages exprimés. On peut imaginer que ceux qui ont voté pour Marine Le Pen au second tour de 2017 pourraient voter pour elle dès le premier tour en 2022, si leurs motivations de vote restaient valables. Dans ce cas, cela signifierait qu’en 2022, Marine Le Pen pourrait s’appuyer sur une base électorale de 33,90% ou, plus plutôt, de 10,6 millions d’électeurs, ce qui, pour un premier tour, est très élevé (seuls De Gaulle, Georges Pompidou et François Mitterrand ont fait autant en pourcentage au premier tour).

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Je ne crois donc pas au concept de plafond de verre. Il n’y en a eu aucun depuis 2012. Au contraire, si l’on regarde précisément sur tout le territoire national, la situation est loin d’être homogène pour le second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017. D’un côté, il y a eu les grandes villes qui ont voté à plus de 80% voire 90% pour Emmanuel Macron (un rapport très largement défavorable à l’extrême droite : 80%/20% voire 90%/10%), de l’autre côté, sur un territoire principalement rural ou rurbain, il y a eu un rapport de forces d’environ 50%/50%, ce qui a donné au niveau national un rapport de forces de 66%/34%. Cette capacité à rassembler hors des grandes villes donne au FN un potentiel de progression très élevé. Et une clef pour de futures démagogies.

Qu’en sera-t-il pour les élections législatives des 11 et 18 juin 2017 ?

On a pu voir aux élections législatives de juin 2012 que les deux seuls députés FN élus (Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard) l’ont été grâce au jeu des triangulaires et aucun candidat FN n’a réussi à réunir plus de 50% des suffrages exprimés (les deux cités ont réuni au second tour respectivement 42,1% et 42,8%). Cette incapacité à réunir une majorité absolue (ce qui n’empêche nullement l’élection de députés en raison de la possibilité de triangulaires voire quadrangulaires) a été la cause des échecs de toutes les élections législatives partielles entre 2012 et 2016. Pour la plupart (pas toutes), le candidat FN a pu se qualifier au second tour (souvent au détriment du candidat PS), mais a toujours été battu par son adversaire (souvent UMP/LR).

Néanmoins, il faut souligner que le candidat FN arrivé au second tour dans les élections partielles a pu rassembler énormément, passant souvent de 25% à 45% voire 48%, 49% des suffrages exprimés, en cas de duels au second tour. On est loin du "front républicain" qui plaçait le candidat FN en position de pestiféré. Au contraire, il est désormais capable de rassembler un grand nombre d’électeurs qui ne lui étaient pas acquis au premier tour, tant provenant de la droite parlementaire que de la gauche dure, selon l’étiquette de son adversaire.

Il sera donc très important d’observer les reports de voix du FN aux prochaines élections législatives, entre le premier et le second tour. En regardant le résultat de l’élection présidentielle, des dizaines de territoires correspondant à des circonscriptions législatives ont apporté une majorité absolue des suffrages exprimés à Marine Le Pen. C’est nouveau et cela donne un potentiel gigantesque.

Cette majorité se traduira-t-elle dans la réalité des urnes ? Ce n’est pas sûr, car traditionnellement, il y a une forte baisse de participation aux élections législatives consécutives à une élection présidentielle et seul, le camp qui a gagné l’élection présidentielle bénéficie d’une forte mobilisation électorale (donc ici La République En Marche). Gageons que les électeurs LR et UDI se mobiliseront également, soit parce qu’ils considèrent qu’avec l’échec de François Fillon, "on" leur a "volé" la victoire (mais une élection sert à cela, aucune élection ne doit jamais être considérée comme acquise), soit parce qu’ils se sentiront finalement dans le camp des vainqueurs, avec un gouvernement assez proche de leurs idées.

Le FN espère remporter une centaine de sièges aux élections législatives. Cela me paraît très optimiste. Même si le FN échouait lamentablement, avec très peu de gains en siège, il ne faudrait pas songer à l’enterrer trop vite. Que ce soit un effondrement dû au mode de scrutin ou à de profondes divisions sur la stratégie politique (clivage entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot), le FN a toujours su se regénérer. Aujourd’hui, Marine Le Pen reste, malgré sa contre-performance télévisuelle du 3 mai 2017, une candidate qui a un pouvoir d’attraction encore très fort et elle le restera tant que le chômage et la pauvreté restent à des niveaux insupportables.

La réalité, c’est que le Président actuel devra absolument réussir ses réformes, réussir à redonner la fierté d’être français, la compréhension que tous forment un grand peuple et un grand pays qui est écouté dans le monde et qui permet à tous de prospérer. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, d’autant plus que le pouvoir politique a de moins en moins de pouvoir, si ce n’est de régulation, face à des multinationales, qu’on devrait appeler transnationales, qui ont des chiffres d’affaire parfois plus élevés que le PIB de certains pays du monde.

Il est donc peu probable que la cote électorale de Marine Le Pen s’effondre à court terme, sauf accident, à moins que, comme le 3 mai 2017, soit mise à jour la réalité de cette probable future candidate, comme le disait le directeur du "Rivarol" (un journal qu’apprécie pourtant Papa Le Pen), à savoir : « Une gourgandine sans foi ni loi, sans doctrine, sans idéal. »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marine Le Pen et la fièvre du dimanche soir.
Second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017.
Nicolas Dupont-Aignan plonge dans la soupe extrémiste.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.
Choisis ton camp, camarade !
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Le nationalisme anti-européen de Marine Le Pen coûtera cher aux Français.
Marine Le Pen, est-elle si clean que ça ?
Que propose Marine Le Pen pour 2017 ?
Le programme de Marine Le Pen pour 2017 (à télécharger).
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.
Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marion Maréchal-Le Pen.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.
Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marine-le-pen-et-la-fievre-du-193386

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 19:51

« Le monde a besoin de ce que les Françaises et les Français lui ont toujours enseigné : l’audace de la liberté, l’exigence de l’égalité, la volonté de la fraternité. (…) Depuis des décennies, la France doute d’elle-même : elle se sent menacée dans sa culture, dans son modèle social, dans ses croyances profondes, elle doute de ce qui l’a faite. Voilà pourquoi mon mandat sera guidé par deux exigences. La première sera de rendre aux Français cette confiance en eux depuis trop longtemps affaiblie. (…) Tout ce qui concourt à la vigueur de la France et à sa prospérité sera mis en œuvre. Le travail sera libéré, les entreprises seront soutenues, l’initiative sera encouragée. La culture et l’éducation, par lesquelles se construit l’émancipation, la création et l’innovation seront au cœur de mon action. » (Emmanuel Macron, le 14 mai 2017, Palais de l’Élysée).



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Le nouveau Président de la République française Emmanuel Macron  a pris ses fonctions ce dimanche 14 mai 2017 dans la matinée. Pour l’occasion, la cérémonie en plusieurs étapes montre un faste particulier, un faste républicain, pour l’investiture du chef des armées. Et encore, le protocole a été très réduit depuis Valéry Giscard d’Estaing ; avant, il fallait porter un costume de pingouin pour pouvoir porter sur soi le collier de Grand-Croix de la Légion d’honneur.

On pourrait imaginer qu’un jour, on délaisserait la cravate, et pourquoi pas, se faire investir en tongs ? On n’y est pas encore, même si des palmes (non académiques) et un tuba auraient eu leur utilité ce dimanche pendant les grosses averses qui, comme lors de l’investiture de François Hollande le 15 mai 2012, ont salué le nouveau monarque !

Eh oui, la Ve République a quelques tendances à la monarchie (du reste, les républiques précédentes aussi). Cette cour (j’allais écrire cette cour des miracles qui permet par le réseau des carrières accélérées), ces invités triés sur le volet (dis-moi qui tu invites à ton investiture et je te dirai qui tu es), ces vingt et un coups de canons (on précise bien qu’avant la République, c’était cent un coups de canons pour saluer le nouveau roi), tous ces petits signes qui montrent qu’on fait partie ou pas de cette élite républicaine, donnent un petit air d’aristocratie avec ses barons, ses courtisans, ses allégeants, ses obligés...

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L’Élysée est un palais national qui appartient à tous les Français. Peut-être que certains, qui ne font pas partie de l’élite, ont pu y être invités, mais cela reste cependant un univers très fermé. Le Président Jacques Chirac, probablement le Président le plus proche des Français, avait ouvert l’accès de ce palais lors de la garden party chaque année au 14 juillet en invitant quelques classes d’écoliers à venir en profiter aussi.

Emmanuel Macron a raccompagné son prédécesseur jusqu’à sa voiture, avant son départ définitif. François Hollande se la jouait à la François Mitterrand en allant directement rue de Solferino faire une visite de courtoisie à son ancien parti socialiste aux côtés de Jean-Christophe Cambadélis. L’objectif était clair : marteler qu’il laisserait, selon lui, une France en meilleur état à la fin de son quinquennat qu’au début. Décidément, il n’aura jamais réussi à lire correctement une "courbe du chômage"… Décidément, on ne le regrettera pas…

_yartiMacron2017051402

Le protocole veut que le nouveau Président se fasse suivre par les principaux personnages de l’État : Gérard Larcher, Président du Sénat, Claude Bartolone, Président de l’Assemblée Nationale, qui ne se présentera plus aux législatives, et Bernard Cazeneuve, Premier Ministre, qui, lui aussi, va se retirer de la vie politique après les législatives (il va quand même participer à quelques meetings pour la campagne qui s’annonce). Enfin, Brigitte, l’épouse, brillante dans son tailleur bleu clair (diable, on ne parle que des vêtements des dames, c’est vrai ; disons aussi que le costume du mari était fort coquet).

Celui qui fut le maître de cérémonie est le Président du Conseil Constitutionnel, c’est-à-dire, petite ironie du sort, Laurent Fabius, 70 ans, nommé en février 2016 à cette fonction pour neuf ans. Laurent Fabius, qui a parlé sans aucune note (au contraire de son interlocuteur), a proclamé formellement les résultats officiels déjà publiés le 9 mai 2017, et s’est permis un petit commentaire personnel.

Rappelons qu’au-delà de la courtoisie, il a dû s’y trouver, moins visible, une petite pointe de jalousie pour cet animal politique, lui aussi énarque, qui, depuis 1976, a labouré le terrain politique, avant même la naissance de son interlocuteur. Laurent Fabius, en 2016, avait rappelé avec un certain mépris qu’à son âge (l’âge d’Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Économie), il était déjà Premier Ministre. Eh bien, oui, si à 39 ans, Laurent Fabius quittait Matignon le 17 mars 1986, Emmanuel Macron, au même âge, entre à l’Élysée le 14 mai 2017. Que reste-t-il de la carrière de Fabius ? Pas grand chose. Que restera-t-il d’Emmanuel Macron ? Il est encore bien trop tôt, évidemment, pour le dire, mais il va devoir faire ses preuves, bien plus que Laurent Fabius à Matignon.

Après l’allocution assez longue d’Emmanuel Macron, ce fut les traditionnelles poignées de mains avec les invités. Les poignées de main, ou même, les accolades, voire, parce que le nouveau Président paraît très dactyle, le toucher d’oreille pour les plus proches. Il y avait une petite gêne à voir Emmanuel Macron toucher ainsi l’oreille (entre autres) de Gérard Collomb, sénateur-maire PS de Lyon qui, tellement ému, en pleura même, François Patriat, ancien président PS du conseil régional de Bourgogne, qui faillit mourir dans un accident de la route en automne dernier, ou encore son grand organisateur Richard Ferrand, député PS et secrétaire général de La République En Marche. Même François Bayrou, l’allié centriste un peu encombrant, a rougi de s’être fait triturer l’oreille par le nouveau Président, mais il savait goûter avec une certaine satisfaction la victoire de son combat pour rompre le clivage droite/gauche.

_yartiMacron2017051404

Avec ce toucher d’oreille, ce n’est plus la République mais carrément l’Empire ! Emmanuel Macron a toujours montré, par son audace, sa jeunesse, son dynamisme, son intelligence et même ses nuits courtes, une certaine ressemblance avec Napoléon. Il ne lui reste plus qu’à choisir ses maréchaux avant d’amorcer sa révolution. Mais attention, Napoléon, c’est aussi Waterloo.

Parmi les invités, on peut citer en outre Lionel Jospin, probablement plus en qualité de membre du Conseil Constitutionnel que d’ancien Premier Ministre socialiste, Élisabeth Guigou, Marielle de Sarnez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse, Thierry Solère, Pierre Gattaz (la poignée de main fut furtive), Jean-Claude Mailly, Jean-Paul Delevoye, Jacques Toubon (comme Défenseur des droits), Jean-Pierre Jouyet, Bruno Julliard, Benjamin Griveaux, Jacqueline Gourault, Didier Migaud (comme Premier Président de la Cour des Comptes), Hélène Carrère d’Encausse (comme secrétaire perpétuelle de l’Académie française), Christophe Castaner, Laurence Haïm, Sylvie Goulard, François de Rugy, Roger-Gérard Schwartzenberg, Leïla Bekhti, Valérie-Anne Giscard d’Estaing, Renaud Dutreil, Michel Bouquet (le vieil acteur), Catherine Barbaroux (la présidente par intérim de La République En Marche), etc. La famille (le frère, les deux belles-filles Laurence et Tiphaine, les parents du Président, etc.) a évidemment participé à la fête.

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Un militant particulier était également présent : Daniel Cordier, vieillard qui va avoir 97 ans dans quelques semaines, l’un des derniers compagnons de la Libération encore en vie, a eu droit, lui aussi, à la palpation présidentielle de l’oreille. Dans le futur, Daniel Cordier sera peut-être à Emmanuel Macron le Pierre Mendès France de François Mitterrand le 21 mai 1981 ou le Pierre Mauroy de François Hollande le 15 mai 2012, ou encore la Simone Veil de Nicolas Sarkozy le 16 mai 2007.

En revanche, n’étaient pas invités ni Jean-Yves Le Drian, ni Daniel Cohn-Bendit, ni Alain Minc, ni Jacques Attali, ni même Manuel Valls

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Alors qu’il a bénéficié d’un heureux soleil à l’Élysée, Emmanuel Macron a dû affronter, comme son prédécesseur, la grosse pluie Place de l’Étoile devant la tombe du soldat inconnu alors qu’une foule assez clairsemée l’avait longuement attendu aux Champs-Élysées.

Tout cela n’est que le rituel républicain, nécessaire mais dérisoire. L’important, c’est la suite, les premiers actes du nouveau Président. Et en particulier, les premières nominations. Alexis Kohler est le nouveau Secrétaire Général de l’Élysée. La nomination du prochain Premier Ministre est très attendue, car elle va donner un véritable sens à son quinquennat. La logique voudrait qu’il penche plus à droite qu’à gauche, pour sortir définitivement du piège d’Emmanuel Hollande. Dimanche 14 mai 2017, c’était la journée d’Emmanuel Macron. Ce lundi 15 mai 2017, c’est prévu d’être celle du nouveau Premier Ministre…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

_yartiMacron2017051406


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170514-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-sacre-d-emmanuel-macron-193173

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/14/35285571.html

 

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 06:26

« Je vous servirai avec amour ! » (7 mai 2017)


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Depuis quelques jours, fleurit une idée reçue : le nouveau Président Emmanuel Macron serait mal élu. La cause ? Malgré ses 66,1% des suffrages exprimés, Emmanuel Macron, en raison d’une supposée forte abstention et de nombreux votes blancs ou nuls, n’a pas recueilli l’assentiment de la moitié des électeurs inscrits. Effectivement, il n’a recueilli que 43,6% des inscrits au second tour.

Considérer que les abstentionnistes ou que ceux qui ont voté blanc ou nul sont des électeurs qui se sont prononcés contre le Président élu, c’est un abus de langage. C’est un sophisme. Qui peut déterminer la motivation profonde de ceux qui n’ont pas voulu prendre part, activement (en allant voter quand même) ou pas au clivage du second tour ? Comment faire la différence entre celui qui a dû partir en catastrophe pour des raisons personnelles, ou professionnelles, et qui n’a pas eu le temps de faire une procuration (sans compter celui qui est décédé le jour même de l’élection) et celui qui s’est abstenu volontairement pour marquer sa protestation contre un tel second tour ?

On a aussi parlé d’élection par défaut. J’aurais tendance à dire que les bulletins de vote n’ont pas d’odeur : comment peut-on différencier les votes par adhésion des votes par défaut ? Sinon par des sondages dont la signification prêterait à caution ?

Dire qu’Emmanuel Macron est mal élu ou élu par défaut, c’est ne rien avoir compris aux institutions et au principe de l’élection présidentielle à deux tours. Jusqu’à maintenant, depuis 1965, aucun Président de la République n’a été élu au suffrage universel direct dès le premier tour. Même De Gaulle n’a recueilli que 44,7% des suffrages exprimés au premier tour en 1965 (au point d’envisager son retrait définitif, piqué au vif dans son amour-propre).

C’est donc normal que le Président élu seulement au second tour n’ait pas été élu par adhésion, sinon, il aurait été élu dès le premier tour. C’est une évidence ! S’il a fallu un second tour, c’est qu’il a fallu que le candidat élu ait pu rassembler au second tour des électeurs qui ne l’avaient pas choisi au premier tour. Cela a été valable dans toutes les élections, y compris celle dans laquelle participait De Gaulle. Dans certains pays, l'élection présidentielle se fait au suffrage universel direct à un seul tour, ce qui peut poser quelques problèmes de représentativité. Ce n'est pas le cas en France.

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Reprenons donc les résultats et analysons-les précisément pour savoir si, comme certains le prétendent, Emmanuel Macron aurait été mal élu.

Prenons d’abord le score par rapport aux inscrits. Emmanuel Macron n’a réuni au second tour que 43,6%, pas la majorité absolue. C’est un fait déjà évoqué plus haut. Est-ce dire qu’il y a une majorité absolue contre lui ? Non, bien sûr, car tous les électeurs inscrits avaient la possibilité de s’exprimer. Encore une fois, les motivations de la non expression de ces électeurs sont très diverses et variées. Il est impossible de donner une signification politique sauf lorsqu’il y a des différences notables, ce que j’évoquerai un peu plus bas.

Comparons plutôt avec ses prédécesseurs. Emmanuel Macron n’a pas à rougir de son 43,6% des inscrits. De Gaulle n’avait fait que 45,3% des inscrits en 1965. Seuls quatre Présidents, dont De Gaulle, ont fait un meilleur score par rapport aux inscrits : Jacques Chirac, bien sûr, avec 62,0% des inscrits en 2002, François Mitterrand 43,8% des inscrits en 1988 et Valéry Giscard d’Estaing aussi 43,8% des inscrits, en 1974.

En revanche, Emmanuel Macron a fait mieux que François Mitterrand en 1981, qui avait obtenu 43,2% des inscrits, bien mieux que ses deux prédécesseurs directs, François Hollande, 39,1% des inscrits en 2012, et Nicolas Sarkozy, 42,7% des inscrits en 2007, et mieux aussi que Jacques Chirac en 1995, avec 39,4% des inscrits, et que Georges Pompidou, 37,5% des inscrits en 1969.

A-t-on dit que François Mitterrand avait été mal élu en 1981 ? Pourtant, il a été moins bien élu qu’Emmanuel Macron en 2017. C’est un fait.

Si l’on prend les suffrages recueillis dans l’absolu, en sachant que le corps électoral s’accroît au fil des élections bien sûr, Emmanuel Macron a fait le deuxième score historique de l’histoire républicaine, en dépassant la barre des 20 millions de voix : 20 743 128 exactement. Seul Jacques Chirac a fait mieux en 2002 avec 25 537 956 voix. Emmanuel Macron a recueilli plus de 2,7 millions de voix de plus que François Hollande en 2012, alors que le corps électoral n’avait grossi que de 1,5 million d’électeurs inscrits (et Nicolas Sarkozy avait gagné en 2007 avec près d’un millions d’électeurs supplémentaires que François Hollande en 2012, malgré un corps électoral ayant 1,5 million d’électeurs en moins).

Autre manière de regarder le niveau d’élection, c’est de regarder aussi les résultats du premier tour. Entre un De Gaulle qui avait obtenu 44,7% des suffrages exprimés au premier tour en 1965 et Jacques Chirac 19,9% des suffrages exprimés au premier tour en 2002, il y a évidemment une différence notable, même si au second tour de 2002, Jacques Chirac a finalement rassemblé 82,2% des suffrages exprimés.

Avec seulement 24,0% des suffrages exprimés au premier tour, Emmanuel Macron se situe dans cette perspective parmi les moins bien élus, avant-dernier devant Jacques Chirac qui a fait moins tant au premier tour de 2002 qu’au premier tour de 1995 où il avait obtenu seulement 20,8% des suffrages exprimés.

Allons donc plus loin, et prenons le score du premier tour par rapport à l’ensemble du corps électoral. Emmanuel Macron a obtenu 18,2% des inscrits. C’est faible certes, mais à peine plus faible que François Mitterrand au premier tour de 1981 qui avait obtenu 20,6% des inscrits. Seul, Jacques Chirac a fait pire qu’Emmanuel Macron : 15,9% des inscrits en 1995 et 13,8% des inscrits en 2002. A-t-on dit pour autant que Jacques Chirac avait été mal élu ?

De Gaulle, en ce sens, a eu le plus d’adhésion dès le premier tour : 37,5% des inscrits en 1965. Notons pour l’anecdote que Valéry Giscard d’Estaing en 1974 et François Mitterrand en 1988, ont obtenu les mêmes scores par rapport aux inscrits pour les deux tours : 27,2% des inscrits au premier tour et 43,8% des inscrits au second tour.

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Laissons les comparaisons avec ses prédécesseurs et analysons encore les résultats de l’élection présidentielle de 2017.

En raison des consignes de vote blanc ou nul d’un (grand) candidat du premier tour, il était donc intéressant de regarder selon les votants. C’est-à-dire, j’insiste, en prenant en compte les votes blancs et les votes nuls. Donc, en prenant tous les votants. Et dans cette perspective, Emmanuel Macron n’a pas à rougir non plus : le 7 mai 2017, il a recueilli 58,5% des votants. Ce qui marque une élection claire et sans ambiguïté. Et cela en tenant compte de tous les votes blancs et nuls.

Regardons de plus près l’abstention. Là encore, on a dit que c’était une abstention record au second tour depuis 1969. En 2017, elle a été effectivement de 25,4% des inscrits (soit un quart). C’est important (12 millions d’inscrits), mais c’est encore assez faible (rappelons les sondages qui donnaient allègrement 35 voire 40% avant l’élection) et nettement inférieure à d’autres pays démocratiques (comme les États-Unis).

Mais en rester là ne donnerait pas une vision réellement correcte de la situation. Il est par exemple faux de dire que 12 millions d’électeurs ont refusé de prendre part au vote pour des raisons de refus du clivage proposé au second tour. Pourquoi ? Parce qu’il y a toujours eu une abstention résiduelle. Le meilleur moyen est de comparer avec le premier tour qui, avec onze candidats, offrait pourtant une large diversité dans les propositions politiques. Le 23 avril 2017, il y a eu 22,2% d’abstention, soit un peu plus de 10,5 millions d’inscrits. Ce n’était pas négligeable et ceux-là ne s’étaient pas abstenus parce qu’ils refusaient de départager Marine Le Pen et Emmanuel Macron, puisqu’il y avait d’autres offres électorales.

Le plus intéressant est donc de regarder la différence entre les deux tours, en considérant négligeable la différence du corps électoral entre les deux tours (environ 15 000 électeurs). Entre les deux tours, il y a eu un peu plus de 1,5 million d’abstentionnistes supplémentaires (exactement 1 522 811). Ceux-là sont, effectivement, significatifs du refus de prendre position au second tour. Rapportés aux inscrits du second tour, ils ont été 3,2%. C’est significatif, mais ce n’est pas énorme non plus.

Enfin, regardons de plus près les votes blancs et nuls du second tour. Ils ont été importants, avec un peu plus de 4 millions de personnes (votants qui ont refusé de s’exprimer). Notons pour information que la gestion de ces bulletins blancs et nuls est très longue au moment du dépouillement, car il faut répertorier chaque bulletin, l’agrafer à l’enveloppe, le faire parapher par tous les membres du bureau de vote et enfin, le conserver à la préfecture. Les bulletins nuls annotés pourraient faire l’objet d’une publication intéressante, à l’instar des perles du baccalauréat… Cette lenteur peut expliquer pourquoi la remontée des résultats du second tour a pu être aussi longue qu’au premier tour malgré un nombre très restreint de candidats.

Mais là encore, comme pour l’abstention, ces 4 millions ne sont pas les plus significatifs. Il faut aussi les comparer avec les blancs et nuls du premier tour. Le 23 avril 2017, il y a eu près d’un million de blancs et nuls (exactement 949 334), qui ne protestaient pas contre ce duel Le Pen vs Macron. C’est donc la différence entre ces deux tours qui est significative. Il en résulte qu’il y a eu un peu plus de 3 millions de votes blancs et nuls (exactement 3 136 390) supplémentaires entre les deux tours. Ces bulletins-là sont significatifs des consignes à voter blanc ou nul de Jean-Luc Mélenchon. Cela correspond à 8,8% des votants et à seulement 6,6% des inscrits. On est encore loin des 14,8% des inscrits qu’avait obtenus Jean-Luc Mélenchon au premier tour.

Alors, pour résumer : Emmanuel Macron a-t-il été mal élu ? Non. Il a été mieux élu que François Mitterrand en 1981 et Jacques Chirac en 1995, et un peu plus mal que De Gaulle en 1965. Bref, pas de quoi s’indigner.

Ceux qui diffusent ce genre de d’anathème (qui n’a aucun intérêt puisque seul compte de savoir qui a été élu) sont ceux qui refusent les règles démocratiques (ratifiées par référendum en 1958 et 1962) qui veulent que le Président élu le soit par la majorité absolue des suffrages exprimés. Ce sont donc des mauvais joueurs, et on peut aisément imaginer de quelle origine politique ils proviennent puisqu’à l’issue du premier tour, il y a eu un candidat qui avait montré une même mauvaise foi. Monsieur blanc et madame abstention n’étaient pas candidats à cette élection, donc même s’ils avaient recueilli la majorité absolue des inscrits, ils n’auraient pas été élus !

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J’en profite pour revenir aussi sur les premières heures et les premiers jours du Président Emmanuel Macron.

Ceux qui trouvent que c’était trop, deux cérémonies, le 8 mai 2017 pour fêter la victoire de 1945 et le 10 mai 2017 pour célébrer l’abolition de l’esclavage, où l’on a pu voir côte à côte François Hollande et son successeur, il faut bien aussi leur rappeler que le calendrier électoral des élections présidentielles font que les 8 mai et 10 mai se situent nécessairement entre la date du second tour et la date de la passation des pouvoirs. En 1995, François Mitterrand avait également honoré son successeur Jacques Chirac le lendemain de son élection le 8 mai 1995. Quant au 10 mai, cette date qui était alors symbolique pour la gauche (rappel de 1981) a été fixée par un autre gouvernement de gauche (Lionel Jospin) en 2001 (loi initiée par… Christiane Taubira).

Revenons aussi sur la soirée du 7 mai 2017. Contrairement au 23 avril 2017, Emmanuel Macron a su montrer la gravité qui, soudain, chargeait ses épaules. J’ai été ravi qu’il ait choisi le Louvre comme lieu symbolique pour fêter sa victoire. Musée le plus connu du monde, il a montré à quel point il était attaché à la culture française, mais aussi, à quel point il s’inscrivait dans une histoire française pas seulement républicaine, mais plus généralement nationale.

Sa marche silencieuse et solitaire dans la cour Napoléon a été sans doute un peu trop mise en scène et son discours devant la Pyramide du Louvre a laissé libre court à tous les délires sur Internet. Mais qu’importe ! J’ai goûté la joie d’écouter l’Hymne à la Joie de Beethoven (9e Symphonie) qui est l’hymne européen. C’est la première fois qu’au-delà des couleurs (les drapeaux), un Président de la République française avait également présenté un élément sonore de sa volonté de poursuivre la construction européenne. Elle n’est pas antinomique de l’amour de la France puisque la Marseillaise fut ensuite chantée à la fin de son discours. L’émotion était là, réelle, l’émotion nationale. Elle est rare, il faut la saluer.

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En revanche, j’ai déploré que des journalistes aient trouvé là une comparaison avec François Mitterrand et sa cérémonie d’investiture au Panthéon le 21 mai 1981, tout cela à cause de Beethoven et d’une pyramide en verre. Emmanuel Macron et François Mitterrand ne sont en effet absolument pas comparables : l’un a mis deux ans à se propulser au sommet de l’État, tandis que l’autre a mis quarante ans à arriver, avec des dizaines de milliers de journées de tractations, de réunions d’appareil, etc. François Mitterrand est justement le symbole de la vie politique qu’Emmanuel Macron voudrait renouveler.

La célébration au Louvre de la victoire pouvait plutôt être associée à Jacques Chirac (en 1995) et même à Valéry Giscard d’Estaing qui, comme Emmanuel Macron, a "cassé les codes" en 1974 comme en 2017, et qui a appris son élection en 1974 dans son bureau du Ministère de l’Économie et des Finances, qui se trouvait à l’époque au Louvre.

Et puisque nous en sommes aussi aux comparaisons, la comparaison avec John Kennedy ne me paraît pas non plus pertinente. L’arrivée au pouvoir de Kennedy, certes jeune, n’a rien à voir avec l’initiative éclair qui n’a duré qu’un ou deux ans chez Emmanuel Macron. La candidature de John Kennedy provient d’abord d’une volonté familiale, de son père, de peser sur le destin américain, elle est l’aboutissement d’une trentaine d’années d’implantation familiale. Rien à voir avec Emmanuel Macron qui n’a reçu aucun héritage politique de sa famille.

Ce qui est positif et qui montre que les Français ont une capacité de rénover leur propre démocratie, c’est qu’ils ont fait "mieux" que les citoyens des États-Unis. Lorsque Barack Obama a été élu Président des États-Unis, il était connu et reconnu nationalement seulement depuis quatre ans, mais il avait déjà derrière lui une carrière politique d’une douzaine d’années dans l’Illinois. Emmanuel Macron, lui, sans rajouter son âge (39 ans), a été deux ans Ministre des Finances, seulement connu du grand public depuis moins de trois ans, et jamais élu. Bravo l’artiste !

Qu’il reste vigilant, dans ses premiers actes, à prendre en considération l’ensemble de la communauté nationale pour qu’aucun citoyen ne se sente mis de côté, mis à l’écart du nouveau train qui va démarrer ce dimanche 14 mai 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170507-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-president-macron-a-t-il-ete-mal-193060

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/11/35273801.html


 

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 06:42

« J’adresse à tous ceux qui ont voté pour moi (…) un message d’amitié et de reconnaissance. (…) À l’occasion des élections législatives, ils auront la possibilité de faire entendre la voix de la droite et du centre. Ne vous dispersez pas. Restez unis. Restez déterminés. Croyez-moi, votre force va compter. La France en a besoin. En attendant, il nous faut choisir ce qu’il y a de préférable pour notre pays. Je ne le fais pas de gaîté de cœur, mais l’abstention n’est pas dans mes gènes, surtout lorsqu’un parti extrémiste s’approche du pouvoir. Le Front national, ce parti créé par Jean-Marie Le Pen, a une histoire qui est connue pour sa violence et pour son intolérance. Son programme économique et social mènerait notre pays à la faillite. Et à ce chaos, il faudrait ajouter le chaos européen avec la sortie de l’euro. Je vous l’assure, l’extrémisme ne peut qu’apporter malheurs et divisions à la France. Dès lors, il n’y a pas d’autre choix que de voter contre l’extrême droite. Je voterai donc en faveur d’Emmanuel Macron. J’estime de mon devoir de vous le dire avec franchise. Il vous revient maintenant en conscience de réfléchir à ce qu’il y a de mieux pour votre pays et pour vos enfants. » (François Fillon, le 23 avril 2017).


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Le candidat malheureux à l'élection présidentielle François Fillon a réuni, le 2 mai 2017 à la Mutualité de Paris, les parlementaires qui l'avaient soutenu et leur a vivement demandé de voter et faire voter en faveur d'Emmanuel Macron :  « Je l'ai dit et je le redis, le programme économique du Front national appauvrirait la Nation de façon irrémédiable ; la violence idéologique de ce parti diviserait les Français ; son hostilité obsessionnelle à l'égard de l'Europe nous isolerait. ». Ses électeurs, selon lui, doivent faire  « preuve de bon sens » :  « Je sais leur amertume, leur colère, je la ressens aussi, mais notre devoir est de penser d'abord à l'avenir de notre pays. L'avenir, c'est d'éviter de voir la France présidée par l'extrémisme. ».

Tout le monde peut se tromper et personne n’est madame Soleil. Lors d’une interview au "Journal du dimanche" du 16 avril 2017, à une semaine du premier tour, François Fillon avait imprudemment confié : « J’ai une forme de sérénité, qui m’étonne moi-même. Je sais que je serai au second tour. J’ai cette conviction profonde. ». Cette conviction, il l’a nourrie avec son ascension phénoménale lors de la dernière semaine de la campagne du premier tour de la "primaire de la droite et du centre". Il était convaincu que ce phénomène se reproduirait à l’élection présidentielle. Il n’en a rien été. Il n’a jamais réussi à redécoller vraiment de son étiage à 18-20% depuis deux mois.

C’est donc un échec important, total, même, si l’on considère que cette élection était "imperdable" par Les Républicains. C’est vrai qu’à l’époque, lorsqu’on disait cela, on dissertait encore sur la rivalité entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

C’est un échec car l’objectif du premier tour, c’était d’atteindre le second tour, et cette mission n’a pas été remplie. Inutile de rappeler ce qui a plombé sa campagne : non seulement l’affaire judiciaire, mais aussi un mauvais dimensionnement de son programme (la suppression de 500 000 postes de fonctionnaire a terrorisé un pays très respectueux de la fonction publique), une attitude de campagne peu rassembleuse humainement (sans liant entre ses soutiens, sans encouragement, sans motivation de ses troupes, comme savent si bien le faire non seulement Nicolas Sarkozy mais aussi …Emmanuel Macron), enfin, une stratégie de campagne erronée.

En quoi la stratégie de campagne de François Fillon a-t-elle été erronée ? C’était de faire une confiance aveugle aux sondages depuis trois ans, ce qui est un comble pour celui qui, justement, a su démentir les sondages en novembre 2016. Comme tous les médias, il considérait comme acquise la présence de Marine Le Pen au second tour, et convenait même qu’elle obtiendrait la première place au premier tour, comme cela a été lors du dernier test grandeur nationale, à savoir les élections régionales de décembre 2015.

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La conséquence de cela, c’était que pour obtenir la qualification pour le second tour, il fallait prendre la deuxième place et le seul qui, au départ, pouvait le concurrencer, c’était Emmanuel Macron. On a vu un peu plus tard qu’un second challenger a surgi brutalement, avec la très bonne campagne de Jean-Luc Mélenchon. En vertu de cette analyse erronée, François Fillon a principalement matraqué le candidat Emmanuel Macron, qui, pourtant, était le plus proche de tous les autres candidats, au point de l’appeler "Emmanuel Hollande", une expression récupérée par l’extrême droite entre les deux tours.

Or, la réalité électorale a montré que le concurrent direct de François Fillon au premier tour n’était pas Emmanuel Macron mais …Marine Le Pen elle-même ! Si François Fillon avait dépensé un peu plus d’énergie à combattre le programme dément de Marine Le Pen, il aurait peut-être pu concourir pour le second tour.

Car finalement, l’écart des voix est assez faible. Marine Le Pen a obtenu un résultat beaucoup plus faible que les sondages d’il y a plusieurs mois qui l’avaient placée entre 25% et 30%. Avec 21,3% des voix, Marine Le Pen n’a gagné que 3% par rapport à sa précédente candidature présidentielle le 22 avril 2012, et est très loin des 27,7% des élections régionales, même si elle a gagné 1,2 million de voix entre 2012 et 2017.

Concrètement, l’écart entre François Fillon et Marine Le Pen n’est que 1,3%, soit moins de 466 000 voix ! C’est très faible dans une campagne nationale. François Fillon aurait donc pu être qualifié au second tour, et il aurait probablement perdu face à Emmanuel Macron. Le résultat serait probablement revenu au même, sauf qu’il y aurait eu un véritable débat pendant deux semaines sur la nature des réformes réalistes à mettre en œuvre dans le pays.

Certains considèrent que la candidature de Nicolas Dupont-Aignan, qui a obtenu 4,70% des voix, a empêché la qualification de François Fillon pour le second tour. Je pense qu’ils se trompent. Au même titre que les candidatures de Christiane Taubira et de Jean-Pierre Chevènement n’ont pas plombé celle de Lionel Jospin. Tous ceux qui voulaient voter pour François Fillon l’ont fait, d’autant plus que sa qualification n’était pas acquise. Alors, ceux qui ont voté pour un autre candidat se seraient probablement abstenus si cet autre candidat ne s’était pas présenté. Le premier tour est un vote d’adhésion, et s’il n’y a pas adhésion à la candidature (à la personne, au programme), alors il n’y a pas vote pour le candidat et le vote ira ailleurs.

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Le 24 avril 2017 sur France 5, le politologue Pascal Perrineau a fait remarquer judicieusement que les 20,01% de François Fillon n’avait rien d’infâmant, en rappelant que Jacques Chirac avait obtenu ce niveau assez faible de voix au premier tour dans trois élections présidentielles (19,96% en 1988 ; 20,84% en 1995 ; 19,88% en 2002) et cela ne l’avait pas empêché d’être élu deux fois dans ces conditions.

Ce souvenir statistique ne doit pas évidemment masquer le fait qu’il a perdu dans une défaite historique puisque c’est la première fois dans l’histoire de la Ve République que le représentant du courant gaulliste qui est à l’origine de ces institutions et de ce mode d’élection n’est pas présent au second tour d’une élection présidentielle.

De plus, si "l’honneur" est sauf en étant arrivé en troisième position (comme les sondages l’avaient envisagé), ce fut d’extrême justesse, avec seulement 117 044 voix d’avance sur Jean-Luc Mélenchon et son programme de bouleversement généralisé (0,43% !).

François Fillon n’avait pas prévu initialement de participer à la réunion du comité politique de LR du 24 avril 2017 mais il est finalement venu dire aux responsables de son parti qu’il redeviendrait simple militant "de cœur" et qu’il ne mènerait évidemment pas ce parti pour la campagne des élections législatives. Il lui a fallu du courage à affronter tous ses collègues parfois en colère par cette défaite qu’on aurait pu imaginer évitable.

Son courage, il l’a prouvé aussi la veille, lors de la soirée du premier tour, quand il a reconnu son entière responsabilité (Lionel Jospin avait inauguré le rôle) et surtout, quand il a clairement appelé à voter pour Emmanuel Macron qui était pourtant son adversaire. Les valeurs de François Fillon ne pouvaient pas se satisfaire d’une ambiguïté et sa déclaration a été moralement irréprochable, impeccable. C’est aussi une réponse à tous ses contradicteurs qui le soupçonnaient d’être proche d’une droite intégriste liée au FN. François Fillon n’a jamais failli dans les valeurs républicaines, et il l’a prouvé, un peu à ses dépens, le 23 avril 2017 en acceptant sa défaite de manière "sportive".





D’autres responsables LR ont aussi clairement appelé à voter pour Emmanuel Macron, notamment Alain Juppé, Christian Estrosi, Bruno Le Maire, François Baroin, Thierry Solère, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Pierre Raffarin, Gérard Larcher, Xavier Bertrand, etc.

Même Nicolas Sarkozy a levé toute ambiguïté dans un message sur Facebook le 26 avril 2017 : « C’est un séisme politique. Je regrette profondément ce résultat (…). Je considère que l’élection de Marine Le Pen et la mise en œuvre de son projet entraîneraient des conséquences très graves pour notre pays et pour les Français. Je voterai donc au second tour de l’élection présidentielle pour Emmanuel Macron. C’est un choix de responsabilité qui ne vaut en aucun cas un soutien à son projet. ».

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Certains, en revanche, à LR, ont refusé d’appeler explicitement à voter pour Emmanuel Macron, en particulier Laurent Wauquiez, Pierre Lellouche (qui a démissionné le 26 avril 2017), Nadine Morano, etc. sans compter Jean-Frédéric Poisson qui a annoncé qu’il voterait blanc. Il y a donc une coupure entre ceux qui refusent absolument l’hypothèse d’une élection de la présidente du parti d’extrême droite et ceux qui penseraient plus à leur intérêt clanique plutôt qu’à l’intérêt national et qui essaieraient au maximum d’affaiblir Emmanuel Macron, au risque de l’impensable. Rappelons ici que c’est la trop faible mobilisation des électeurs démocrates qui a permis l’élection de Donald Trump en novembre 2016 alors qu’il avait réuni moins de suffrages que le candidat républicain de 2012.

Les responsables LR ont encore l’objectif de gagner les élections législatives, mais la question de l’unité de LR est posée. En effet, en cas d’élection d’Emmanuel Macron et de proposition à s’engager à ses côtés, des personnalités comme Bruno Le Maire et Christian Estrosi ont déclaré qu’elles étaient prêtes, alors que les appareils LR et UDI ont exclu toute entente électorale avec La République En Marche (Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, l’a confirmé le 24 avril 2017).

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Seule l’unité permettrait d’envisager une cohabitation entre un gouvernement LR-UDI et un Président Macron. Car si des élus LR sont prêts à se jeter dans les bras d’Emmanuel Macron, ce dernier pourrait facilement trouver une "majorité centrale" chère au cœur de François Bayrou. Pour l’instant, de manière assez curieuse, François Baroin s’est déclaré "disponible", le 26 avril 2017 sur CNews, pour devenir le Premier Ministre d’une cohabitation avec Emmanuel Macron : « Si les Français veulent une alternance sans équivoque, s’ils veulent tourner la page de Hollande et de Macron réunis (…), alors ils choisiront un gouvernement de droite et de centre droit et dans ce cas-là, je suis disponible pour le gouverner. ». En cas de majorité LR, ce serait alors un formidable retournement politique en moins de six mois, qui verrait ainsi l’ancien numéro deux du plan B de la candidature LR propulser à Matignon. Le 2 mai 2017, le bureau politique de LR a confirmé à l'unanimité que François Baroin (bien que sénateur) serait le chef de file de la campagne des législatives pour LR.

Le risque, en parlant trop vite des élections législatives, avant le second tour présidentiel, c'était de mettre la charrue avant les bœufs. Il y avait en effet, d’abord, une autre bataille, plus urgente, dramatique, qui était loin d’être gagnée, celle du second tour de l’élection présidentielle, et il était nécessaire de répéter que malgré les sondages, rien, absolument rien ne permettait d’assurer la certitude d’un échec de l’extrême droite le 7 mai 2017. Emmanuel Macron doit sa grande victoire du second tour (à 66,1%) non seulement à son propre talent, exceptionnel, mais aussi, en partie, à l'appel clair et déterminé de François Fillon à ses électeurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon, artisan de la victoire du Président Macron.
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Matignon en mai et juin 2017.
François Fillon et son courage.
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Macron ou Fillon pour redresser la France ?
François Fillon, le seul candidat de l’alternance et du redressement.
Programme 2017 de François Fillon (à télécharger).
La Ve République.
L’autorité et la liberté.
Un Président exemplaire, c’est…
Interview de François Fillon dans le journal "Le Figaro" le 20 avril 2017 (texte intégral).
Interview de François Fillon dans le journal "Le Parisien" le 19 avril 2017 (texte intégral).
Discours de François Fillon le 15 avril 2017 au Puy-en-Velay (texte intégral).
Discours de François Fillon le 14 avril 2017 à Montpellier (texte intégral).
Discours de François Fillon le 13 avril 2017 à Toulouse (texte intégral).
Tribune de François Fillon le 13 avril 2017 dans "Les Échos" (texte intégral).
Discours de François Fillon le 12 avril 2017 à Lyon (texte intégral).


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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-fillon-artisan-de-la-192497

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 06:38

« Nous vivons en permanence dans l’illusion présidentialiste. Dès lors que les projecteurs sont braqués par le système médiatique sur des candidats à l’élection présidentielle, s’installe le sentiment que le Président de la République est un être tout puissant, omnipotent, pourvu de tous les pouvoirs. Or, cela est totalement faux. Le chef de l’État a relativement peu de pouvoirs propres en temps ordinaire. Son seul véritable pouvoir qu’il exerce seul en son nom est celui de dissoudre l’Assemblée Nationale. Il ne peut organiser un référendum que sur proposition du Premier Ministre ou conjointe des deux assemblées. Il ne dispose pas du pouvoir réglementaire (prendre des décrets) qui appartient au Premier Ministre, ni celui de déposer des projets de loi qui est celui du conseil des ministres, du gouvernement. Ses actes, par exemple, la nomination d’un haut fonctionnaire, doivent être cosignés par un ministre. Dès lors, le chef de l’État, s’il ne parvient pas à s’entourer d’une équipe ministérielle cohérente et stable, soutenue par l’Assemblée Nationale, sombre inévitablement dans l’impuissance. » (Maxime Tandonnet, historien, le 14 avril 2017 sur Atlantico).


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L’une des premières décisions qu’aura à prendre le nouveau Président de la République Emmanuel Macron, ce sera de nommer un nouveau Premier Ministre. Bernard Cazeneuve, intérimaire de la fonction depuis le 6 décembre 2016, sait qu’il devra quitter Matignon après l’élection présidentielle. Il aura peut-être à cœur de diriger la campagne du PS aux élections législatives. Je lui souhaite bon courage pour ce challenge !

L’identité du nouveau Premier Ministre va dépendre des objectifs qu’Emmanuel Macron va se donner à court terme. Et le premier, c’est de pouvoir obtenir une majorité relative sinon absolue à l’Assemblée Nationale aux élections législatives des 11 et 18 juin 2017. Cette nomination ne sera pas connue avant la passation des pouvoirs qui aura lieu le dimanche 14 mai 2017.

Revenons à ce Premier Ministre. Pour la première fois, la nature de la majorité présidentielle est très incertaine. On imagine sans mal qu’elle pourrait englober le PS et le PRG, et Emmanuel Macron aimerait aussi intégrer des adhérents LR et UDI mais ces deux partis semblent solidement engagés à rester solidaires et à résister aux chants des sirènes d’En Marche. La "révolution" d’Emmanuel Macron, c’est de créer une nouvelle force politique à partir d’aucune base existante. C’est un pari fou, mais depuis un an, il est habitué à en faire et même à les gagner.

Il y a cependant quelque probabilité pour que le Premier Ministre qui sera nommé (sans doute) le 15 mai 2017 ne le reste pas après le 18 juin 2017. Si c’est le cas, Bernard Cazeneuve aura gardé très brièvement son record de brièveté à Matignon.

Prenons quelques caractéristiques qui, à mon avis, devraient définir ce Premier Ministre. Il devra être très expérimenté dans les relations entre le gouvernement et le parlement. Il devra être capable d’autorité auprès des différentes formations politiques. Il devra être bon négociateur. Il devra être en mesure de mener la campagne des législatives pour Emmanuel Macron. Donc, il devra être proche du nouveau Président.

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En termes d’origine politique, à mon sens, Emmanuel Macron aurait intérêt à nommer une personnalité politique (pas de la "société civile" qui ne connaît pas la procédure parlementaire) et pas du côté gauche de sa majorité. Pourquoi ? Parce que Emmanuel Macron sait que le PS et le PRG sont sans condition sous son influence, et que l’image du risque de recyclage des élus socialistes si discrédités pourrait écarter les électeurs potentiels. Cela signifie qu’Emmanuel Macron aurait intérêt à le trouver parmi ceux qui sont venus de la droite et du centre, pour séduire ces électeurs prêts aussi à lui imposer une cohabitation LR et UDI.

Enfin, il faudra que ce Premier Ministre incarne réellement le changement, non seulement des visages mais aussi des pratiques. C’est donc un véritable mouton à cinq pattes, car s’il veut gagner les élections législatives, il faudra bien être expérimenté dans les campagnes électorales. Enfin, il aimerait qu’il ne fût jamais ministre auparavant.

Bien sûr, de très nombreux noms sont possibles, et beaucoup ne correspondent pas à la totalité des caractéristiques énoncés.

Le meilleur moyen pour Emmanuel Macron serait de débaucher une personnalité d’envergure de LR. Bruno Le Maire, qui avait axé sa campagne de primaire très à droite, s’est déjà dit prêt à trahir ses amis politiques pour un poste auprès d’Emmanuel Macron, mais pas sûr que l’image d’un traître soit la meilleure manière d’attirer les électeurs. Quant à Christian Estrosi, redevenu maire de Nice (quittant la présidence du conseil régional de PACA), pas sûr qu’il ait l’étoffe d’un Premier Ministre.

Beaucoup de personnalités LR pourraient jouer ce rôle de Premier Ministre pivot, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, peut-être même Nathalie Kosciusko-Morizet ou Édouard Philippe, mais toutes devraient restées soudées pendant le temps de la campagne législative. Peu avant le second tour de l’élection présidentielle, le secrétaire général de LR, Bernard Accoyer avait déjà indiqué que LR retirerait son investiture à tout candidat LR qui se rangerait sous la protection d’Emmanuel Macron, mais après les élections législatives, il n’exclut rien car cela dépendra de la configuration de l’Assemblée.

François Bayrou pourrait dans un premier temps inspirer confiance et apporter expérience pour cette mission très délicate de réunir les contraires. C’est sûr qu’il ne peut pas être le symbole du renouvellement. Il peut aussi agacer certains électeurs LR, et laisser croire qu’il prendrait un ascendant sur le Président. Son atout, c’est qu’il a longuement réfléchi à cette fameuse "majorité centrale" qu’il appelait de ses vœux dès 2002. Ce pourrait être un CDD de six semaines, juste le temps d’atteindre les élections législatives. D’autres noms équivalents peuvent être cités dans ce même registre : Marielle de Sarnez, Sylvie Goulard, voire Jean Arthuis (pour ce dernier, on repassera également pour le renouveau). Jean-Louis Borloo avait également proposé le 30 avril 2017 ses services le cas échéant.

Parmi les possibles issus de la droite, il y a bien sûr d’abord Jean-Paul Delevoye, responsable des investitures d’En Marche. Là encore, pas de renouvellement réel, tout comme Renaud Dutreil, engagé très tôt derrière Emmanuel Macron. Parmi ceux qui ne se sont pas engagés auprès d’Emmanuel Macron explicitement, il y a aussi la directrice générale du FMI Christine Lagarde, assez populaire.

Dans la catégorie des apolitiques, on pourrait imaginer Nicolas Hulot (mais je pense qu’il n’est définitivement pas fait pour la politique), ou encore Laurence Parisot, l’ancienne présidente du Medef, mais son nom avait circulé pour discréditer Emmanuel Macron qui a clairement indiqué qu’il ne la nommerait pas à Matignon lors du débat face à Marine Le Pen le 3 mai 2017.

Parmi les autres Premiers Ministres possibles, il y a bien sûr les fidèles de toujours d’Emmanuel Macron. Christophe Castaner, qui avait volontairement renoncé à se présenter au second tour des élections régionales en PACA (perdant toute possibilité d’avoir des élus) pour aider Christian Estrosi à gagner face à Marion Maréchal-Le Pen en décembre 2015. Mais l’homme le plus important de l’organisation, c’est Richard Ferrand, député PS qui est devenu le secrétaire général d’En Marche et en quelques sortes, le principal acteur de cette organisation qui a permis l’élection de son leader à l’Élysée en dehors d’un parti établi.

Enfin, si l’expérience et l’habileté politiques l’emportaient sur le renouvellement, aux côtés de François Bayrou et Jean-Louis Borloo, on pourrait aussi citer Jean-Yves Le Drian qui, bien qu’élu PS, bénéficie d’une popularité largement élargie vers l’électorat de la droite et du centre.

Dans tous ces noms, il y a peu de femmes, mais cela ne semble pas la principale priorité d’Emmanuel Macron pour choisir un Premier Ministre.

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L’autre nomination, ce sera après le 18 juin 2017 et le Premier Ministre devra être celui qui aura constitué une majorité cohérente. Si c’était une majorité En Marche, il est probable que le Premier Ministre nommé le 15 mai 2017 serait reconduit car cela signifierait qu’il aurait réussi à convaincre les électeurs de construire une majorité En Marche.

L’autre possibilité la plus probable, c’est que la coalition LR et UDI puisse contrôler le parlement, soit par une majorité absolue (peu probable), soit par une majorité relative. Dans ce cas, on s’acheminerait vers une cohabitation dite douce (selon Georges Fenech), et le seul Premier Ministre acceptable pour une telle majorité serait François Baroin.

Enfin, en cas de morcellement de l’Assemblée, il se pourrait qu’il faille recoller des morceaux peut-être hétéroclites et le Premier Ministre serait la personne la plus cohérente dans le contour majoritaire trouvé.

Autres noms possibles : Gérard Collomb (l’antirenouvellement mais jamais nommé ministre), Bertrand Delanoë (idem), Philippe Douste-Blazy, Serge Lepeltier, etc.

La bataille des élections législatives va se faire d’une manière très différente de la campagne présidentielle. Il est probable qu’il y aura une forte abstention (autour de 40%), comme ce fut le cas pour les élections législatives de juin 2012, juin 2007 et juin 2002. Les Français ont intégré que l’événement institutionnel majeur était l’élection du Président de la République. Généralement, ce sont les électeurs du gagnant qui vont se mobiliser et les électeurs des perdants, par déception, vont laisser le Président gouverner.

La différence historique, c’est que le mouvement présidentiel est un parti nouveau qui n’a donc qu’une implantation locale virtuelle dont les législatives seront l’épreuve du feu. En face, il aura LR et UDI, bien structurés, bien implantés, et en cohérence pour un programme politique qui sera présenté ce mercredi 10 mai 2017. Les autres partis pourraient avoir du mal à avoir beaucoup de sièges : le PS laminé et éclaté, le FN détesté et FI discréditée par les tergiversations de Jean-Luc Mélenchon entre les deux tours de l’élection présidentielle.

Comme on le voit, il est très difficile de deviner le nom du futur Premier Ministre d’Emmanuel Macron. C’est une première dans l’histoire de la Ve République.

En effet, tous les Premiers Ministres issus des élections présidentielles étaient connus avant le résultat de l’élection jusqu’à présent : Georges Pompidou reconduit par De Gaulle en décembre 1965, Jacques Chaban-Delmas nommé par Georges Pompidou en juin 1969 (pour contrôler les barons UDR), Jacques Chirac nommé par Valéry Giscard d’Estaing en mai 1974 (en guise de remerciement pour son soutien et pour contrôler l’UDR), Pierre Mauroy nommé par François Mitterrand en mai 1981 (le dauphin de Guy Mollet), Michel Rocard nommé par François Mitterrand en mai 1988 (il avait hésité avec Pierre Bérégovoy), Alain Juppé nommé par Jacques Chirac en mai 1995 (l’un de ses derniers soutiens avec Philippe Séguin), Jean-Pierre Raffarin nommé par Jacques Chirac en mai 2002 (cité avant l’élection présidentielle et lot de consolation des anciens UDF pour faire accepter la phagocytose de l’UDF par le RPR au sein de l’UMP), François Fillon nommé par Nicolas Sarkozy en mai 2007 (responsable du programme), enfin Jean-Marc Ayrault par François Hollande en mai 2012 (son alter ego).

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Comme nous terminons le long processus de désignation du Président de la République, rappelons tout de même les premiers-ministrables des principaux concurrents d’Emmanuel Macron durant cette compétition présidentielle.

Marine Le Pen : le 29 avril 2017, elle a annoncé qu’elle nommerait Nicolas Dupont-Aignan à Matignon. Elle aurait pu aussi nommer Florian Philippot, son homme indispensable.

Notons au passage qu’en cas d’élection de Marine Le Pen, le Premier Ministre sortant Bernard Cazeneuve aurait confié qu’il aurait fait résistance, à savoir, il n’aurait pas démissionné. En effet, selon les termes de la Constitution, le Président de la République nomme le Premier Ministre… mais il ne le révoque pas. Si bien que Bernard Cazeneuve et tout son gouvernement auraient pu se maintenir jusqu’aux élections législatives, ce qui aurait créé six semaines de bataille institutionnelle très dure (peut-être contreproductive pour les opposants au FN).

François Fillon : là encore, il y avait peu de suspens puisque depuis début mars 2017, François Baroin faisait figure de premier-ministrable. Néanmoins, François Fillon avait refusé de le désigner explicitement, estimant que le désigner avant l’élection serait une forme d’arrogance vis-à-vis des électeurs (considérer que l’élection était acquise). D’autres noms avaient pourtant circulé : Bruno Retailleau, Gérard Larcher, Valérie Pécresse, et même Xavier Bertrand.

Jean-Luc Mélenchon : comme avec le FN, et les extrêmes en général, la France insoumise n’avait pas beaucoup de personnalités d’envergure pour occuper Matignon, pas même Alexis Corbière pourtant très présent dans les médias.

Benoît Hamon : Christiane Taubira, Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti, voire Vincent Peillon.

Remarquons pour finir que s’il est parfois difficile d’imaginer le Premier Ministre d’un "grand candidat", il est complètement impossible de l’imaginer d’un "petit candidat" tant l’entourage politique fait défaut.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Matignon en mai et juin 2017.
Matignon en avril 2017.
Matignon en 2012.
Matignon en 2010.
Matignon en 2007.

_yartiMatignon2017A04


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170426-matignon.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/qui-sera-nomme-a-matignon-le-15-192958

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/09/35264378.html

 

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 03:19

Résultats officiels du second tour de l'élection présidentielle du 7 mai 2017.


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170507-presidentielle2017-ay.html


Le Ministère de l'Intérieur a publié le lundi 8 mai 2017 les résultats officiels et définitifs du second tour de l'élection présidentielle française du 7 mai 2017.
 

Résultats au 2d tour
Liste des candidatsVoix% Inscrits% Exprimés
M. Emmanuel MACRON20 753 79843,6366,10
Mme Marine LE PEN10 644 11822,3833,90


 

 Nombre% Inscrits% Votants
Inscrits47 568 588  
Abstentions12 101 41625,44 
Votants35 467 17274,56 
Blancs3 019 7246,358,51
Nuls1 049 5322,212,96
Exprimés31 397 91666,0188,53



Résultats officiels du premier tour du 23 avril 2017 :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170423-resultats-presidentielle.html


SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170507-resultats-presidentielle.html


 

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 22:28

Chapeau l’artiste ! Ce dimanche 7 mai 2017 à 20 heures, le peuple français a découvert le nom du nouveau Président de la République française pour cinq ans : Emmanuel Macron, élu avec environ 65,8% des voix pour une participation d'environ 75%.


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Ce n’est pas une surprise car Emmanuel Macron était le favori depuis deux mois, mais les sondages ne décrivaient qu’une vague virtualité qui pouvait éclater comme une bulle de savon au contact de la réalité électorale. L’événement est donc que cette bulle n’a pas éclaté au soir du second tour et le voici donc sacré, consacré chef d’État, chef des armées, magistrat suprême, par le peuple français. Félicitation pour cette campagne sans précédent !

Quelle que fût l’issue de ce second tour de l’élection présidentielle, on savait que le résultat allait être historique. Historique parce que le rejet dès le premier tour des deux candidats issus des deux grands partis gouvernementaux, désignés chacun par une primaire qui fut pourtant l’occasion d’une forte participation populaire, était déjà historique. Historique parce que ce second tour, en quelques sortes, opposait deux aventures personnelles, ou deux aventures politiques, l’une sous le sceau de la nouveauté et de l’inconnu, l’autre sous le sceau du trop bien connu, celle d’une extrême droite agressive, arrogante, insultante, sans esprit constructif, mais tous ces qualificatifs sont inutiles puisque l’extrême droite n’a jamais été que cela dans toute l’histoire du monde.

La publication d’un faux grossier sur un pseudo-compte aux Bahamas à trois jours du scrutin, le piratage massif des données du candidat Macron la veille du scrutin, ainsi que la nullité intellectuelle couplée à une malhonnêteté qui n’aurait jamais dû surprendre, révélées lors du duel de second tour, ont montré, à ceux qui croyaient en la banalisation de l’extrême droite en France, que ce courant sectaire et xénophobe n’a jamais voulu jouer le jeu de la démocratie, a toujours adopté des procédés puants et nauséeux, à l’inverse du slogan de la France apaisée affiché pour mieux souligner son absence.

Laurent Joffrin, dans "Libération", avait décrit le 5 mai 2017 la nature de l’extrême droite française : « Voilà un angle d’attaque qui réunit tout le monde : comme le suggère son père, elle n’est pas dangereuse, elle est nulle. Ce n’est pas une fasciste, c’est une flûtiste. Ce n’est pas la candidate au bras tendu, c’est un bras cassé. Ce n’est pas un casque à pointe qui trône sur son crâne mais un bonnet d’âne. Marine Le Pen se défend en disant qu’elle exprime la colère du peuple. Pauvre peuple, dont la porte-parole supposée ne connaît pas ses dossiers après un an de campagne et vingt ans de vie politique. ».


L’honneur de la France

Parlons du score de l’extrême droite avant de parler du vainqueur. Si la victoire était nécessaire pour que la France puisse rester l’une des grandes démocraties du monde, à l’image de l’attente de tous nos partenaires internationaux, l’élection simplement au-dessus de 50% plus une voix ne suffisait pas à maintenir l’honneur de l’histoire de France. Le 5 mai 2002, l’élection à 82,2% du Président Jacques Chirac, avec 79,7% de participation, avait été une sorte de retour d’honneur face au déshonneur du 21 avril 2002. Jean-Marie Le Pen n’avait réussi qu’à rassembler ses électeurs du premier tour et ceux de Bruno Mégret (dissident du FN).

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Je m’étais donné trois clefs pour savoir si l’honneur était sauf ou pas. Ce n’est finalement pas tant le score d’Emmanuel Macron qui importait que plutôt celui de Marine Le Pen.

J’avais deux seuils, un absolu, un relatif, et un autre seuil absolu. Le premier seuil absolu était la barre des 10 millions de suffrages exprimés. Si Marine Le Pen pouvait rassembler plus de 10 millions de Français, je me disais que c’était quand même marquant indélébilement. L’autre seuil, relatif celui-ci, mais plutôt en raison des sondages donnés ici ou là entre les deux tours : en dessous de 60%, faible victoire d’Emmanuel Macron, au-dessus de 65%, grande victoire. Il faut se rappeler que Georges Pompidou a été élu par 58,2% face à Alain Poher le 15 juin 1960 (avec 31,2% d’abstention). Et malgré une forte abstention provenant des électeurs de gauche, la légitimité du Président Georges Pompidou n’a jamais été mise en doute pendant son mandat.

Mon troisième seuil, absolu lui aussi, c’était le total des électeurs de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan au premier tour (soit : 9 373 491 voix). Certes, des électeurs de François Fillon et de Jean-Luc Mélenchon ont pu voter pour Marine Le Pen au second tour et inversement, des électeurs de Nicolas Dupont-Aignan ont pu ne pas voter pour Marine Le Pen, mais les candidats eux-mêmes avaient donné leur consigne (ou non consigne) de vote, si bien que celles-ci pouvaient avoir un effet sur l’électorat. Le seuil de 9,4 millions (si j’arrondis) était donc pour Marine Le Pen le minimum qu’elle pouvait espérer pour le second tour, et toute voix supérieure devait donc correspondre à un électeur convaincu de voter pour elle en plus.

Sous réserve d'une meilleure précision des résultats, Marine Le Pen aurait donc rassemblé plus de 11 millions de suffrages, ce qui reste très fort (et historique), dans l'absolu, mais en relatif, avec près de deux tiers de électeurs, Emmanuel Macron réussit le deuxième meilleur score de l'histoire récente, après Jacques Chirac en 2002. Cela reste donc une grande victoire mais dans un pays divisé avec un tiers de colère et un dixième de tristesse (les blanc et nuls).


Un bilan sévère

Cette campagne présidentielle 2016-2017 fut éprouvante tant pour les citoyens que leur classe politique. Elle fut marquée par la mise hors-jeu définitive de nombreux responsables politiques qui furent des piliers de la classe politique depuis une vingtaine d’années : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, Arnaud Montebourg, François Fillon, Benoît Hamon.

D’autres personnalités politiquement éliminées en 2016-2017 "bougent" encore, sont en cours de réanimation et reviendront forcément dans le débat public, je peux citer notamment : Bruno Le Maire, Jean-François Copé, Manuel Valls, François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen. Dans la colonne du renouveau, au-delà d’Emmanuel Macron, évidemment, je ne peux citer, pour l’instant, qu’un seul nom, François Baroin, désigné le 2 mai 2017 à l’unanimité par le bureau politique de Les Républicains chef de file de la campagne des législatives et à ce titre, candidat Premier Ministre en cas de victoire de LR le 18 juin 2017 (un anniversaire particulier).

Quel que fût le résultat du second tour, celui du premier tour était déjà marquant et plein de significations sur l’issue du quinquennat désastreux de François Hollande, désastreux pour l’image de la France et l’image de la classe politique en général. Rien que la qualification pour le second tour de Marine Le Pen, le déjà record du nombre de voix pour l’extrême droite en France (presque 7,7 millions de voix !) et l’effondrement du candidat officiel du Parti socialiste avaient montré le caractère très particulier de cette élection présidentielle.

D’une certaine manière, l’élection d’Emmanuel Macron, soutenu par le Président sortant, est un véritable pied de nez à "l’opinion publique" (au sens commun) de la part d’un François Hollande qui pourrait se dire qu’il a fini son mandat par une victoire, certes à la Pyrrhus, mais une victoire tout de même. D’une certaine manière, le peuple français est sorti de cette interminable campagne présidentielle, interminable et pestilentielle, par la haut, c’est-à-dire par un véritable message positif, d’espérance, d’optimisme, de foi en l’avenir et en la puissance de la France, de ses forces les plus vives, de son génie scientifique, créatif, artistique, culturel, économique et même, paradoxalement, politique.


Une personnalité exceptionnelle

Venons-en au vainqueur de 2017. Autant le dire, l’élection d’Emmanuel Macron est un événement politique de portée historique en France, en Europe et dans le monde. Il est le signal que le peuple français s’est ressaisi en croyant à nouveau en lui et en les autres, un gage d’ouverture et de coopération bienvenu dans le monde de Trump, de Poutine, d’Erdogan, du Brexit

Emmanuel Macron a défié toutes les lois de ma mécanique électorale depuis 1965 voire depuis deux siècles. À 39 ans, il a battu le record de jeune âge qu’avait détenu le premier Président de la République française, Louis-Napoléon Bonaparte, lui aussi élu au suffrage universel direct le 11 décembre 1848 (par 74,2% des voix). Il n’avait que 40 ans. Précisons néanmoins que le suffrage était universel dans le sens machiste de l’époque, c’est-à-dire uniquement masculin.

Pour retrouver un chef d’État français aussi jeune qu’Emmanuel Macron (la France a compté beaucoup de rois très jeunes, dont Louis XIV), il faut remonter à Napoléon Ier (encore un Bonaparte) qui avait 30 ans lorsqu’il s’installa comme Premier Consul de République le 10 novembre 1799, puis 34 ans lorsqu’il se proclama empereur des Français le 18 mai 1804. On arrêtera juste à l’âge cette double comparaison napoléonienne, car les deux règnes furent plus longs que le double quinquennat éventuel dont aura droit Emmanuel Macron le cas échéant, et leur fin en déroute n’est certainement pas la meilleure perspective pour le nouveau locataire de l’Élysée.

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Ceux qui ne l’ont pas déjà compris vont devoir l’accepter : Emmanuel Macron a une personnalité exceptionnelle et c’est un fait. Il a réussi en treize mois et un jour, avec 400 personnes réunies à Amiens le 6 avril 2016, à rassembler près de 9 millions d’électeurs au premier tour et bien plus au second tour, au point d’être élu Président de la République, le plus jeune de tous les temps !

Si j’avais remarqué sa brillante personnalité à l’occasion de sa prestation télévisée chez David Pujadas le 12 mars 2015, jamais je n’aurais imaginé qu’il aurait été capable, en si peu de temps de, comme on dit, casser les codes pour atteindre son ambitieux objectif : se faire élire Président de la République, but que de nombreuses personnalités politiques mettent parfois plus de trente ans voire quarante ans à ne pas atteindre !

Certains ont comparé Emmanuel Macron au jeune Premier Ministre canadien Justin Trudeau. Pourtant, il y a une différence de taille : Emmanuel Macron n’était pas le fils de Premier Ministre ! On pourrait aussi le comparer à Matteo Renzi ou à Alexis Tsipras. Même si, selon bien des perspectives, Emmanuel Macron pourrait être considéré l’héritier politique de François Hollande, il est avant tout un conquérant. Un conquérant que personne n’a vu venir. Pas Manuel Valls qui avait souhaité l’intégrer dès son premier gouvernement. Pas François Hollande qui croyait en sa loyauté. Pas non plus François Fillon qui l’avait sous-estimé (Emmanuel Macron avait repris la philosophie générale du programme économique de François Fillon).


Un savoir-faire nouveau

2017 sera l’année de la faillite du PS qui n’a pas su profiter de la personnalité d’Emmanuel Macron. Au lieu de cela, il a sécrété, par sa primaire, un candidat écolosocialiste de niche, sans envergure, tout juste capable d’être apparatchik.

On avait dit qu’Emmanuel Macron n’avait pas de grand parti structuré et qu’il ne pourrait jamais percer sans être soutenu par le PS par exemple. Valéry Giscard d’Estaing aussi était un petit artisan avec son petit parti RI (républicains indépendants) face aux industries de la politique que furent l’UDR, le PCF et le PS. En 1974, VGE avait gagné par une campagne éclair (imprévue), par un contact avec les Français, sur le terrain, par la jeunesse, et en quelques sortes, par le même paradigme (non affiché) qu’Emmanuel Macron : le changement dans la continuité.

En quelques mois, Emmanuel Macron a su créer, avec En Marche, un véritable parti implanté localement partout non seulement sur tout le territoire national mais également dans de nombreux pays étrangers où résident des expatriés. Ce parti a su créer de nombreuses sous-structures locales, à l’échelle des communes ou des départements, qui ont su faire vivre la démarche politique d’Emmanuel Macron. Il a su reprendre les réussites politiques et numériques de Ségolène Royal (Désirs d’avenir en 2006), François Bayrou (MoDem en 2007), et de Barack Obama (2008), en y rajoutant un liant technologique qui a permis cette très efficace force de proposition et surtout d’action.

En Marche est donc la belle réussite d’un militantisme politique créé ex nihilo, totalement repensé, mais il faudra voir ce que cela donne aux élections législatives, car ce mouvement a deux handicaps pour le long terme : il est basé sur la seule personnalité de son leader (même problème que pour Désirs d’avenir et le MoDem), et il n’a aucune racine historique, ne provient d’aucun courant politique identifiable et donc, peut sembler intellectuellement artificiel ou, du moins, fragile.

La première singularité qu’Emmanuel Macron a intégrée dans la pratique politique, ce fut l’écoute. Je ne dis pas cela pour expliquer que les responsables politiques n’écoutent pas les Français, on a pu voir durant cette campagne que la plupart des grands candidats avaient largement écouté le peuple pour établir leur programme (tous les grands candidats sauf l’extrême droite, bien sûr). Une écoute pourtant partielle qui a abouti a des programmes très différents. La construction du programme d’Emmanuel Macron était un peu différente : Emmanuel Macron n’avait aucun préjugé, aucun préconçu, aucun prérequis avant de consulter sa base (d’où les critiques parfois justifiées de "creux", de "vide" programmatique), si bien que son programme s’est élaboré réellement à partir de la base.

Au-delà de l’écoute, l’un des atouts d’Emmanuel Macron est son indépendance : indépendance politique (il a court-circuité tous les partis existants et a même créé le sien), et indépendance intellectuelle (il n’est pas sous influence comme trop souvent les politiques sont). Cela signifie qu’il n’aura pas ces mauvaises habitudes de conserver des clivages anachroniques et qu’il saura proposer, par pragmatisme, des réformes sans a priori et sans esprit politicien ni dogmatique (ce qui avait miné le quinquennat de François Hollande).


Défis majeurs

Emmanuel Macron, par sa nouveauté (il n’existait pas dans la classe politique il y a moins de trois ans, il n’est arrivé qu’en août 2014 sur la scène politique), sa jeunesse, son intelligence j’oserais dire foudroyante (il a foudroyé le PS et voudrait foudroyer LR), son sens du marketing politique, sa capacité à rectifier ses erreurs, son humilité (couplée paradoxalement avec une forte idée de lui), et aussi son écoute, va créer un séisme majeur dans l’histoire politique de la France, nécessairement.

Le premier défi sera de redonner espoir et optimisme aux Français et c’est un ressort psychologique dont il sera le premier responsable. Dans ce premier défi, il devra aussi apporter la preuve qu’il veut redresser l’économie et apporter le plein emploi, mais cela va dépendre du résultat des élections législatives. Une cohabitation avec LR, si cette hypothèse ne le satisferait pas, permettrait au moins d’apaiser ces millions d’électeurs de droite et du centre qui se sont sentis floués par l’affaire Fillon.

Le second défi, et on s’en arrêtera là, est international. Son arrivée au pouvoir avec toutes les attentes que la nouveauté créera donne une opportunité historique pour relancer la construction européenne, dans un sens plus social mais aussi dans une meilleure coopération pour la défense et pour la gouvernance de l’euro. Son élection va créer un choc international nouveau. Entre curiosité et adhésion de la part de nos amis étrangers. Rien ne se fera en Europe sans l’Allemagne, donc il faudra aussi attendre les élections législatives allemandes en septembre prochain.


Réconciliation

La clef du quinquennat d’Emmanuel Macron qui s’annonce, elle était intégrée dans son discours lors de son dernier meeting le 4 mai 2017 à Albi : « La France ne sera forte et juste que si elle est réconciliée. ». Ce sera donc la première tâche du nouveau Président de la République, savoir réconcilier les Français, tous les Français. Il a été élu par le rassemblement des citoyens autour des valeurs républicaines et de la démocratie. Il devra montrer, rapidement mais aussi en permanence, son attention à ne laisser personne sur le bord de son chemin.

Ce ne sera pas facile mais avant la critique, laissons-lui le bénéfice du doute. Il pourrait n’être qu’un médiocre politicien, avec beaucoup de condescendance, d’arrogance et d’éloignement avec le peuple. Mais il pourrait être aussi un grand Président de la République, celui qui redonnerait la fierté à tous les Français et qui redonnerait à la France son influence dans le monde. Sans supputer sur les élections législatives qui pourraient apporter de la confusion, le devoir d’un vrai patriote, c’est d’être légitimiste et de faire confiance au nouveau Président de la République pour porter le destin de notre nation dans cet élan de renouveau et d’espérance.

Je suis d’ailleurs convaincu qu’en raison de la forte attente, la popularité d’Emmanuel Macron, dans les prochaines semaines, va dépasser son propre score au second tour de l’élection présidentielle : à lui de ne pas décevoir, non seulement ses électeurs, mais aussi ceux qui ne lui ont pas fait confiance dans les urnes, par colère, par angoisse, par inquiétude. Qu’il soit un grand Président, qui se préoccupe avant tout de réconcilier son pays ! Et qu’il soit le symbole du renouveau de la France et de l’Europe !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats officiels du second tour du 7 mai 2017.
Second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.
Choisis ton camp, camarade !
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Résultats officiels du premier tour du 23 avril 2017.
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Les derniers sondages avant les urnes depuis 1965.
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
La Ve République.
L'autorité et la liberté.
Un Président exemplaire, c’est…
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Les propositions des cinq grands candidats (20 mars 2017).
Programme 2017 de François Fillon (à télécharger).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Programme 2017 de Benoît Hamon (à télécharger).
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Programme 2017 de Marine Le Pen (à télécharger).
Le bilan comptable du quinquennat Hollande.
François Fillon.
Emmanuel Macron.
Benoît Hamon.
Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen.
Nicolas Dupont-Aignan.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170507-presidentielle2017-ay.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-sacre-roi-par-le-192874

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/07/35245337.html

 


 

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Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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