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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 06:28

« Sarkozy, c’est le seul qui a été obligé de passer par l’Élysée pour devenir Premier MInistre. » (Jean-Louis Borloo, Prix de l’humour politique en 2008).

« Un petit gamin heureux d’être au milieu de ses nouveaux jouets, vous savez, le môme qui a gagné le pompon sur le manège. Avec sa petite étoile de shérif et son pistolet en plastique, son déguisement de cow-boy. Il est monté sur le plus grand cheval et il a décroché le pompon. Bingo ! » (Ségolène Royal, le 5 février 2009).



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L’ancien Président de la République et actuel président du parti "Les Républicains" Nicolas Sarkozy a été l’invité de la très longue émission politique "Des paroles et des actes" animée par David Pujadas sur France 2 ce jeudi 4 février 2016. Je le répète à chaque fois, cette émission est beaucoup trop longue, les journalistes qui y participent sont souvent motivés par des questions dérisoires (politiciennes) en décalage complet avec les préoccupations des gens, mais l’émission a au moins cet avantage, c’est une émission politique et elle est unique dans le paysage audiovisuel français à une heure de si grande écoute.

Je l’ai déjà dit ici également, j’ai une nette préférence pour Alain Juppé qui me paraît proche de ce qu’on pourrait attendre d’un Président de la République, c’est-à-dire une personnalité qui rassemble tous les Français, qui soit impartiale, qui soit compétente, qui soit méthodique et qui ait une vision de l’avenir vers lequel engager la France.

Néanmoins, je garde un doute sur les capacités d’Alain Juppé à faire campagne. Les plus aptes à assumer la fonction présidentielle (je pense notamment à Raymond Barre, Michel Rocard, Jacques Delors) ne sont pas forcément les plus aptes à faire campagne. Or, une campagne présidentielle est terriblement épuisante. François Bayrou, en mars 2007, au moment où la "mayonnaise" était en train de prendre, a eu un véritable burn-out (surmenage) qui l’a handicapé et l’a freiné dans sa campagne au moment où il aurait fallu au contraire accélérer. Et ce phénomène de besoin de grande énergie est évidemment amplifié dans une procédure avec primaire, qui double les efforts de campagne.

À plus de 70 ans, Alain Juppé paraît avoir peu d’énergie pour concurrencer deux redoutables compétiteurs de dix ans plus jeunes, Nicolas Sarkozy mais aussi François Fillon (dont la motivation présidentielle est très forte depuis 2012). S’il est en tête des sondages, et je m’en réjouis, Alain Juppé doit cependant passer l’épreuve du feu de la primaire ouverte à droite et peut-être au centre (nous le saurons le 20 mars 2016), et mon expérience dans l’observation des élections présidentielles depuis quarante ans me fait dire que rien n’est joué.

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J’avais eu quelques doutes sur les capacités de Dominique Strauss-Kahn à devenir Président de la République en 2011, non pas parce que j’avais imaginé sa mésaventure du Sofitel de New York ou du Carlton de Lille (il faut avouer qu’il m’aurait fallu beaucoup d’imagination !) mais parce que s’il avait bien l’ambition d’occuper l’Élysée, il n’avait pas du tout mis les moyens appropriés, à savoir faire campagne très longtemps à l’avance et rencontrer les Français, tous les Français, partout en France, comme François Hollande avait fait dès le début de l’année …2010 !

J’avais d’ailleurs eu la même réflexion lors de la rivalité entre Jacques Chirac et Édouard Balladur même si les deux étaient allés jusqu’à s’affronter directement au premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 1995. À l’époque, on donnait Édouard Balladur tellement gagnant sur un plateau d’argent qu’il s’était même demandé si cela valait la peine de faire campagne tandis que Jacques Chirac, étiqueté de loser, ramait dans les sondages (à 14% en octobre 1994, il me semble).

Sauf que justement, une campagne présidentielle a son utilité. Elle permet la rencontre directe entre le candidat et ses électeurs potentiels, elle crée un dialogue et le courant peut passer …ou pas.

Il y a peu d’incertitude sur le fait qu’Alain Juppé ne chutera pas sur une affaire sexuelle de type Sofitel. Mais aura-t-il la même énergie, la même combativité que ses concurrents lorsqu’il s’agira d’aller à la rencontre, d’abord des électeurs de son camp, puis des électeurs de l’ensemble du peuple français ? Ce n’est pas une évidence.

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Surtout que Nicolas Sarkozy, qu’on considérait comme, lui aussi, loser, a commencé brillamment cette année 2016. Deux évidences d’abord, ou plutôt, deux constats qui sont devenus des évidences : même si chacun ne veut en faire qu’à sa tête, il dirige quand même le parti "Les Républicains" sans contestation après pourtant de nombreuses divisions internes, et il est revenu dans l’arène politique sans contestation possible non plus, lui qui s’était pourtant mis en retrait pendant deux ans. Il n’a pas eu l’orgueil de Lionel Jospin de rester prisonnier de ses déclarations d’intention (sur son propre avenir politique).

Son livre "La France pour la vie", sorti trois jours avant son 61e anniversaire, reçoit d’ailleurs un meilleur accueil des lecteurs que ceux de ses concurrents, "Faire" de François Fillon et "Pour un État fort" d’Alain Juppé. Enfin, sa prestation sur France 2 ce jeudi 4 février 2016 a été un véritable succès médiatique pour se remettre en selle, comme on dit.

Depuis son retour en politique, en septembre 2014, il est vrai que la plupart de ses meetings, le soir, des sortes de one-man-shows qui montraient un homme plutôt fatigué, qui aimait s’écouter parler, parfois mal, étaient assez décevants par rapport à "l’animal politique" qu’il avait su montrer dans le passé et encore durant la campagne présidentielle de 2012 (il a perdu avec un écart beaucoup plus faible que ce que les sondages prédisaient). Mais déjà le 30 mai 2015 à la Villette, lors du congrès fondateur du parti "Les Républicains", je l’avais trouvé excellent, avec un discours très bien structuré, très travaillé, une éloquence inégalable, combative, une énergie redoutable.

Nul doute que Nicolas Sarkozy a dû préparer minutieusement sa prestation télévisée du 4 février 2016, et cela a été efficace. Il a même eu de la chance puisque aucun hiérarque socialiste n’a osé débattre avec lui (Jean-Marie Le Guen s’est même défilé). Laisser ainsi la parole à l’un de ses principaux contradicteurs ne donne pas au gouvernement une image d’ouverture au débat. Le temps gagné fut occupé à prolonger sa discussion avec …"les Français" (voilà encore une expression journalistique que j’exècre : comme si les journalistes n’étaient pas, eux non plus, des "Français"… j’exècre cette expression autant que "société civile", comme si les personnalités politiques étaient des militaires… ou des cléricaux).

D’ailleurs, les personnes qui ont eu le privilège d’interroger Nicolas Sarkozy n’étaient pas vraiment ses amis, ils semblaient plutôt être des opposants assez fermes, mais cela a quand même réjoui l’ancien Président de la République qui est un homme qui aime sincèrement le débat contradictoire (c’est très rare en France et c’est ce qui lui donne une valeur ajoutée). Il les a même remerciés à la fin d’avoir pris deux heures et demi de leur temps un soir pour venir débattre avec lui, ce qui n’était pas forcément aisé pour eux.

Sur la forme, Nicolas Sarkozy a donc été doublement rayonnant : d’une part, sur la manière d’expliquer ce qu’il propose, sur sa sincérité (il admet qu’on ne change jamais mais qu’il essaie de pousser ses qualités et d’atténuer ses défauts ; il admet aussi qu’il ne sait pas encore s’il sera candidat ou pas, même si tout montre qu’il le sera) ; d’autre part, sur son comportement très calme, voire serein, assagi, respectueux de ses interlocuteurs et même (là aussi, une grande valeur ajoutée de Nicolas Sarkozy), avec de nombreuses pointes d’humour voire d’autodérision, ce qui très rare parmi ses collègues de la politique.

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La journaliste Michèle Cotta a commenté ainsi la prestation dans un article à l’hebdomadaire "Le Point" : « Moins pugnace, il a gagné en sympathie. Plus attaqué par les six représentants des Français présents sur le plateau, dont le moins qu’on puisse dire est qu’aucun n’était un de ses ardents supporteurs, il a manifesté un calme dont on ne l’aurait pas cru capable et une attention, non dénuée d’humour, aux questions et aux propos des interlocuteurs rangés en rang d’oignons devant lui, sans le moindre sourire, sans la moindre empathie. (…) Les rides autour des yeux se sont accentués, les cheveux sont maintenant poivre et sel ; certains téléspectateurs l’ont trouvé fatigué. Aucun n’a mis en cause son dynamisme ou son énergie. » (5 février 2016).

Sur le fond, je retiendrai deux sujets.

Sur les réfugiés et l’immigration, Nicolas Sarkozy a su remettre quelques valeurs en place, comme par exemple le fait de dire que les sociétés mouraient de la consanguinité et pas du métissage. Néanmoins, il défend des positions que je conteste notamment sur la déchéance de la nationalité, mais il faut vraiment remarquer que son discours de Grenoble du 30 juillet 2010 a été largement repris dans les actes par son successeur socialiste François Hollande.

Le sujet le plus important concerne l’emploi. Si les données statistiques qu’il a présentées pouvaient prêter à contestation, la philosophie générale est de réduire de manière drastique la voilure de l’État pour tout miser sur les entreprises seules créatrices d’emplois (rappelons que c’est l’activité économique qui fait l’emploi, jamais l’État).

Il propose donc un "choc fiscal" (comme François Fillon et même Alain Juppé ; à cet égard, il y a peu de différence programmatique sur ce sujet) en réduisant de 25 milliards d’euros la fiscalité française (entreprises et ménages) et en réduisant de 100 milliards d’euros les dépenses publiques (État, collectivités territoriales et sécurité sociale) pour en finir avec le déficit public. Parmi les réductions, l’uniformisation des systèmes de retraites (fin des régimes spéciaux), baisse du remboursement de l’assurance maladie (73% au lieu de 76%, ce sont les mutuelles qui vont apprécier) et baisse progressive des indemnités chômage (de 20% au bout de douze mois, ce qui me paraît cependant inefficace et inadéquat).

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Qu’on soit d’accord avec ce qu’il propose ou pas, qu’on apprécie sa personnalité ou pas, il faut reconnaître que Nicolas Sarkozy a été très brillant à cette émission, a su parler de politique avec des mots simples, compréhensibles, parfois de manière assez subtile et nuancée (parfois non), avec une grande combativité, une véritable volonté d’en découdre, sans peur des oppositions même frontales, prêt à aller chercher les électeurs un à un, là où ils sont. Bref, une énergie et une expérience politique qui restent assez inégalées dans le paysage politique, à part …François Hollande lui-même (ce n’est pas un hasard s’ils sont les deux seuls de leur génération à avoir atteint l’Élysée).

Bien qu’assez bas dans les sondages, l’exercice (assez dérisoire à mon avis) de sondage en temps réel pendant l’émission a d’ailleurs montré sa grande capacité à convaincre (d’où l’intérêt d’une campagne électorale), faisant passer de 29% au début de l’émission à 45% à la fin de l’émission le nombre de sondés qui pensent qu’il "comprend bien les préoccupations" des Français. Même si seulement 36% seraient convaincus en définitive à la fin de l’émission (et 63% pas convaincus), sa grande capacité à convaincre pourrait faire des malheurs, tant durant la primaire que durant l’élection elle-même, au point de bouleverser le jeu si sagement imaginé par les sondages.

Mais rappelons-le quand même. Nicolas Sarkozy n’est encore pas candidat à l’élection présidentielle, il n’ira sûrement pas au "casse-pipe" s’il est assuré de perdre, et son actualité judiciaire pourrait aussi le déranger terriblement…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 février 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du 30 mai 2015 à la Villette.
Les 60 ans de Nicolas Sarkozy.
Je suis Charlie.
Mathématiques militantes.
Le nouveau paradigme.
Le retour.
Bilan du quinquennat.
Sarkozy bashing.
Ligne Buisson ?
Stigmatisation.
Transgression.
Sarcologie et salpicon socialistes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160204-sarkozy.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nicolas-sarkozy-un-potentiel-de-177341

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/02/05/33324148.html

 

 

 

 

 

 

 

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 23:25

Dans le sondage réalisé par l'IFOP pour "Le Figaro" et publié le 27 juillet 2015, les intentions de vote ont été testées pour l'élection présidentielle. Alain Juppé avec 28% dépasserait Marine Le Pen à 27%. En revanche, Nicolas Sarkozy n'aurait que 23%, les autres se répartissant vers François Hollande et François Bayrou (9% avec Alain Juppé ou 12% avec Nicolas Sarkozy). Dans tous les cas, François Hollande arriverait au troisième rang et ne serait pas qualifié pour le second tour.

Cliquer sur le lien pour télécharger le sondage (fichier .pdf) :
http://www.ifop.com/media/poll/3099-1-study_file.pdf

SR


 

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 05:22

Dans le sondage réalisé par OpinionWay pour "Le Figaro" et publié le 24 juillet 2015, a été étudié le corps enseignant et ses attentes et intentions de vote. Seulement 21% des enseignants voteraient pour François Hollande au premier tour, au lieu de 44% lors de l'élection présidentielle de 2012. Les autres se répartiraient entre François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon.

Cliquer sur le lien pour télécharger le sondage (fichier .pdf) :
http://www.opinion-way.com/pdf/sondage_opinionway_pour_le_figaro_-_les_enseignants_et_la_gauche_-_juillet_2015.pdf

SR

 

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 06:08

Déjà trois ans à l’Élysée… ou encore deux ans !


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Ce mercredi 6 mai 2015, François Hollande peut célébrer le troisième anniversaire de son élection à la Présidence de la République. Il a raison de garder un petit sourire en coin : de tous ses adversaires qui se moquent de lui, de son indécision, de sa mollesse, il a triomphé, et ils ne sont pas nombreux d’une même génération à avoir triomphé. Il a déjà largement entamé sa seconde moitié de quinquennat et la perspective de l’élection présidentielle de 2017 se profile à la vitesse d’un oiseau de proie.

Il est évidemment bien trop tôt pour faire un bilan de ce quinquennat si ce n’est qu’il est déjà considéré par la plupart des sondés comme le plus mauvais de tous les temps en battant régulièrement les records d’impopularité. Le principal indicateur de ce quinquennat et de cet échec, ce sont les statistiques du chômage, dont les dernières, publiées le 27 avril 2015, ont révélé la poursuite catastrophique de la hausse avec 15 000 demandeurs d’emploi supplémentaires en un mois, soit le seuil de 3,5 millions franchi pour les seuls demandeurs de catégorie A (en France métropolitaine) alors qu’il faudrait considérer l’ensemble des personnes qui cherchent un emploi stable et durable, à savoir 6,3 millions de personnes (y compris la France d'outemer).

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Cela n’empêche néanmoins personne de se projeter dès maintenant vers l’élection de 2017 et par rapport au début du quinquennat, seule, une personnalité semble avoir renoncé à cette échéance, à savoir Jean-François Copé, pour des raisons visiblement indépendantes de sa volonté. Mais les autres sont déjà bien tous là, dans les starting-blocks.


1. À gauche

La gauche de la gauche a été complètement laminée depuis le début du quinquennat de François Hollande. Autant le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon que les écologistes de Cécile Duflot. Le premier a soutenu inconditionnellement la candidature de François Hollande au second tour tandis que les seconds ont même participé au gouvernement pendant les deux premières années. S’opposer au PS alors qu’ils ont été les supplétifs indispensables à la victoire paraît donc peu cohérent, et cela explique le vide électoral laissé à la gauche du PS.

L’opposition aurait donc pu s’organiser à l’intérieur même du PS, et il faudra observer de façon très attentive le déroulement du congrès du PS à Poitiers dans quelques semaines. Mais la décision de Martine Aubry de rejoindre la motion majoritaire et le débauchage dans le privé de l’ancien ministre Arnaud Montebourg ont définitivement achevé toute hypothèse d’un noyau dur "frondeur" s’opposant à François Hollande (certains évoquent d’ailleurs des postes ministériels pour les courageux "frondeurs" du printemps).

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En clair, le Premier Ministre Manuel Valls a raison lorsqu’il se tue à dire qu’il est le seul, avec François Hollande, à pouvoir mener la gauche à la victoire. Il avait consciencieusement fait le ménage auparavant. 2015 sera sans doute trop tôt pour son objectif de transformer le Parti socialiste en un parti réellement social-démocrate, quand je dis réellement, en fait, il l’est déjà, mais au moins assumé dans sa communication car actuellement, le gouvernement socialiste voudrait dire à gauche et voudrait faire à droite, mais en fait, il ne fait rien (à part une loi que même une droite musclée n’aurait jamais osé soumettre au Parlement et qui a été adoptée en première lecture ce 5 mai 2015 par une majorité de gauche), la loi Macron reste très marginale, et il dit trop mal pour être sincère, si bien que son impopularité provient des deux maladresses congénitales du quinquennat hollandien : s’éloigner de la gauche sans se rapprocher du centre et de la droite.

Manuel Valls a donc toutes les clefs pour devenir incontournable dans les prochaines élections présidentielles, mais probablement pas en 2017 car la Ve République étant ce qu’elle est, il est peu imaginable que François Hollande, quelle que soit la situation dans laquelle il aura laissé la France à la fin de son mandat, renoncerait à une nouvelle candidature pour sa réélection. D’autant plus que vont aller dans le même sens son optimisme légendaire (il serait capable de croire encore à une "inversion" du chômage en fin mars 2017 !) et le narcissisme attribuable à chaque locataire de l’Élysée qui laisserait croire qu’il est de toute façon le meilleur (la cour aide à se convaincre).

François Hollande croit en sa réélection comme Nicolas Sarkozy a cru en sa réélection en 2012. Mais ni l’un ni l’autre n’ont tort dans ce domaine. Le rattrapage de Nicolas Sarkozy en 2012 aurait très bien pu inverser le résultat si, par exemple, il s’était gardé d’annoncer une forte hausse de la TVA trois mois avant l’élection ! Et François Hollande se dit qu’il suffirait de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen pour gagner sans trop d’inquiétude (penser cela est pourtant, à mon avis, une grossière erreur).

Pour cela, François Hollande doit, d’une part, rassembler toute la gauche dès le premier tour en dissuadant toutes les candidatures à sa gauche (chez les communistes et les écologistes) et, d’autre part, favoriser l’échec dès le premier tour de la droite et du centre, or, le meilleur moyen de le favoriser, c’est de privilégier la candidature de Nicolas Sarkozy.


2. L’UMP

Justement, Nicolas Sarkozy a réussi là où on l’attendait peu : comme chef de parti. Depuis décembre 2014, Nicolas Sarkozy a réussi à faire taire (du moins publiquement) toutes les divisions et à gagner les élections départementales de mars 2015. Ses nombreux meetings électoraux montrent qu’il a fait le job, comme il a l’habitude de dire.

Mais deux décisions majeures ont été prises par le bureau politique de l’UMP après les élections départementales, et sont comme deux victoires déterminantes pour Nicolas Sarkozy.

La première, le 7 avril 2015, est le calendrier de la primaire ouverte de l’UMP pour la présidentielle. Le premier tour aura lieu le 20 novembre 2016 et l’éventuel second tour aura lieu le 27 novembre 2016. Il est clair qu’un tel calendrier favorise Nicolas Sarkozy, "animal de campagne" inégalé dans son camp.

La campagne de la primaire commencera forcément après les vacances estivales et durera donc longtemps, trois mois. Une durée longue qui sera plus difficile à assurer pour Alain Juppé, moins habitué aux préaux d’école. De plus, Alain Juppé pourrait se retrouver dans le même créneau électoral à la primaire que des personnes de la jeune génération, comme Bruno Le Maire et Xavier Bertrand.

La seconde, le 14 avril 2015, est le changement d’appellation de l’UMP qui deviendrait …"Les Républicains", déjà évoqué par Nicolas Sarkozy dans son discours du 7 novembre 2014 à Paris (la décision a été ratifiée par le bureau le 5 mai 2015). Là encore, la référence aux Républicains fait partie de la campagne que souhaite mener Nicolas Sarkozy tant durant l’élection présidentielle elle-même que durant la primaire.

Dans "Telos", Jérôme Jaffré a publié le 4 mai 2015 une excellente analyse sur le choix de cette nouvelle appellation : « Il s’agit de mettre en scène l’idée d’une République menacée dans son modèle et ses principes et d’un nouveau parti qui sera à la pointe du combat pour les défendre. ». Pour Jérôme Jaffré, ce thème général de campagne a trois objectifs : faire la différence avec Alain Juppé soupçonné de naïveté et de mollesse avec son "identité heureuse" (à la primaire) ; batailler fermement contre la gauche au pouvoir sur la laïcité, sur les allocations familiales, sur l’école et la place du mérite (au premier tour) ; enfin, s’opposer au Front national pour rassembler tous les partisans des valeurs républicaines (au second tour) comme en 2002.

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Alain Juppé a cependant quelques atouts pour l’élection présidentielle : une forte popularité qui est toujours utile quand il faut rassembler des électeurs de courants différents, et un capacité à apaiser le débat public qui est aujourd’hui d’un assez bas niveau.

Même si elle est encore assez faible dans les sondages, il ne faut pas négliger trop vite la candidature de François Fillon qui reste très solide. D’une part, il est celui qui travaille le plus en profondeur sur un projet politique depuis février 2013, avec les nombreuses contributions thématiques de son club Force républicaine. D’autre part, sa cote de popularité grimpe certes lentement mais durablement depuis novembre 2014 et il semblerait même que ses relations avec Nicolas Sarkozy soient meilleures depuis quelques mois.

François Fillon a un double avantage, qui est sa détermination à aller jusqu’au bout, sans que des événements extérieurs (par exemple judiciaires) puissent stopper sa démarche, et son dynamisme combatif dont il a fait preuve notamment lors de son affrontement avec Jean-François Copé en automne 2012.


3. Les centristes

Depuis le retrait de Jean-Louis Borloo en avril 2014, il n’y a que la candidature de François Bayrou qui pourrait être considérée comme sérieuse chez les centristes. Mais justement, François Bayrou soutient la démarche d’Alain Juppé.

On voit encore ici toute la subtilité sarkozyenne du calendrier de la primaire de l’UMP. Si Alain Juppé était investi à l’issue de la primaire, nul doute que les centristes, qu’ils aient officiellement participé ou pas à la primaire, le soutiendraient sans hésitation dès le premier tour de l’élection présidentielle. Mais si en revanche, Nicolas Sarkozy était désigné, François Bayrou se sentirait libre de se présenter à nouveau. Mais il ne le saurait qu’en fin novembre, ce qui serait évidemment trop tard pour entamer une démarche de candidature (recherche de parrainages, définition du projet présidentiel, recherche de financement, etc.) qui devrait démarrer plutôt à la fin de l’été 2016.

Donc, les centristes, qu’ils soient du MoDem ou de l’UDI, se retrouvent dans un choix particulièrement délicat à faire. Le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, a d’ailleurs clairement indiqué que le choix de l’UDI serait décidé par l’ensemble de ses adhérents, et pas seulement par un ou plusieurs responsables nationaux qui sont d’ailleurs assez discordants sur le sujet.

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Hervé Morin, par exemple, voudrait que l’UDI participe pleinement à la primaire ouverte de l’UMP, un peu à l’instar du PRG à la primaire du PS en 2011, et ne serait pas opposé à un soutien à Nicolas Sarkozy dès le premier tour de l’élection présidentielle, et cela malgré un livre récent qui avait critiqué ouvertement l’ancien Président de la République. Peut-être sa candidature régionale en Normandie y est pour quelque chose. Au contraire, Rama Yade voudrait un candidat centriste dans tous les cas au premier tour de l’élection présidentielle de 2017.

Avec le fort potentiel du FN, il pourrait être en effet judicieux que l’UMP et les centristes se présentent unis dès le premier tour de la présidentielle, si ceux-ci sont convaincus de vouloir ensuite gouverner ensemble, une fois élus. Mais si l’UDI proposait un candidat à la primaire, elle mettrait encore plus en difficulté la candidature d’Alain Juppé sans pour autant espérer plus que si elle n’y participait pas.

Ils peuvent aussi considérer que la désignation de Nicolas Sarkozy ne ferait aucun doute et qu’il vaudrait mieux avoir une candidature de témoignage, à l’évidence, celle de Jean-Christophe Lagarde, qui serait un moyen de présenter le projet national des centristes et de médiatiser un peu plus leur leader, dans un objectif présidentiel ultérieur, un peu à l’instar de la candidature de François Bayrou en 2002. Une telle stratégie comporterait cependant un grand risque politique, celui de se retrouver avec un second tour PS contre FN.


4. Le FN

La candidature de Marine Le Pen ne fait évidemment aucun doute pour 2017. Tous les sondages depuis l’automne 2014 prédisent même qu’elle serait qualifiée au second tour. La déconvenue des élections départementales montre cependant les limites de cette ascension et rappelle que rien n’est joué.

Or, se joue depuis un mois un véritable drame politico-psychologique et jamais on ne pourrait mieux parler que dans ce cas-là de "tuer le père". Après l’interview donnée au "Rivarol" le 8 avril 2015, Jean-Marie Le Pen a été convoqué à un bureau disciplinaire ce lundi 4 mai 2015. L’objectif de Marine Le Pen, c’est que son père ne parle plus au nom du Front national. Ce qui est assez fort de café pour le fondateur de ce parti ! L’autre objectif qui a été atteint très rapidement, c’était que Jean-Marie Le Pen ne fût plus le candidat tête de liste aux régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Marion Maréchal-Le Pen semble avoir pris le relais du grand-père dès maintenant, même si la perspective d'un conflit familial durable l'a fait de plus en plus hésiter : « Je ne souhaite pas être prise en otage par Jean-Marie Le Pen. » ("Le Figaro" du 5 mai 2015).

Jean-Marie Le Pen a finalement refusé de venir défendre sa cause, et le bureau exécutif a donc suspendu la qualité de membre du père fondateur, en d’autres termes, l’a exclu carrément de son propre parti, ce qui est assez exceptionnel dans l’histoire politique. Mais comme sa qualité de président d’honneur est inscrite dans les statuts, une assemblée générale extraordinaire a été convoquée pour modifier cette formulation.

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L’éloignement de Jean-Marie Le Pen du FN signe finalement la victoire "posthume" de la stratégie de Bruno Mégret en fin 1998 : celle de vouloir prendre le pouvoir et d’y mettre les moyens en communication. Bref, de présenter une devanture savamment attractive et ne plus faire peur l’honnête "ménagère de moins de 50 ans" !

Sur Europe 1 le 5 mai 2015, le lendemain de son exclusion du FN, Jean-Marie Le Pen a même donné une consigne stupéfiante pour l'élection présidentielle de 2017 : il ne souhaite pas la victoire de sa fille à l'Élysée « pour l'instant, non ». Et d'argumenter (il doit quand même être bien placé pour en parler) : « Si de tels principes moraux devaient présider à l'État français, ce serait scandaleux ! ». C'est sûr que Marine Le Pen aura du mal à convaincre sur une éventuelle politique familiale qu'elle prônerait. "Tuer" le père pour sa soif d'arriver en politique, c'est "certainement" faire preuve d'un grand sens moral et d'un grand esprit de famille. L'octogénaire va donc concentrer ses forces (et son argent) contre sa fille : « Je suis dur, encore plus dur que ça, ça ne fait que commencer, pour eux. » (5 mai 2015).

Cette guerre familiale (qui n’est qu’un énième épisode, il y en a eu plein d’autres avec la première femme qui s’est séparée, la fille aînée qui avait suivi Bruno Mégret, etc. et je ne doute pas qu’un jour, Marine Le Pen trouvera sur son chemin Marion Maréchal-Le Pen visiblement très appréciée par la base) montre en tout cas toute la faiblesse de ce parti népotique d’extrême droite qui essaie de racoler des électeurs d’extrême gauche.

Au-delà de l’absence évidente de programme économique (il suffit de remarquer les différentes incohérences que souligne le mieux le gouvernement grec actuel), le FN fait complètement partie du "système", comme une véritable entreprise, très lucrative, empochant chaque jour plus de 8 000 euros d’argent public en plus des indemnités et des frais pour les collaborateurs des élus européens (environ 20 000 euros par mois et par élu). Non seulement un parti du "système", mais pas plus "moral" que les autres depuis qu’on sait que des millions d’euros en lingots d’or (l’argent le moins traçable) ont été soustraits au fisc français dans des comptes en Suisse ou dans d’autres pays étrangers (drôle de "patriotisme" où les slogans s’arrêtent aux coutures du portefeuille !).


Deux ans, rien n’est joué

Tout est possible encore en deux ans, et notamment des événements aussi exceptionnels que l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn quelques mois avant l’échéance. Il n’est pas improbable, même si ce serait regrettable, que le match entre François Hollande et Nicolas Sarkozy en 2012 se poursuive en 2017, même si Marine Le Pen ferait tout pour le court-circuiter. Mon expérience d’observateur me ferait alors donner un léger avantage pour Nicolas Sarkozy sur François Hollande car ce dernier est au pouvoir, et les électeurs ont plutôt la mémoire courte, donc, le sortant serait plus facilement sanctionné que son prédécesseur.

Mais la désignation d’Alain Juppé à la primaire changerait considérablement la donne politique et apporterait un regain d’authenticité dans le débat politique. En effet, un second tour entre Alain Juppé et Marine Le Pen proposerait sans doute le clivage le plus réaliste de ce qui, aujourd’hui, divise le plus les Français.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 mai 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Hollande.
Manuel Valls.
Nicolas Sarkozy.
Alain Juppé.
François Fillon.
François Bayrou.
Jean-Christophe Lagarde.
Marine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen.
Marion Maréchal-Le Pen.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Être républicain.
Tout est possible en 2017.
Mathématiques militantes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150506-election-hollande.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/quinquennat-hollande-plus-que-deux-166981

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/05/06/32004811.html


 

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 07:25

Si Alain Juppé, Manuel Valls et François Bayrou sont les personnalités qui recueillent le plus de bonnes opinions, les trois premiers protagonistes de 2012 sont aujourd’hui encore ceux qui ont le plus de chance de "faire" 2017.


yartiSonda2015AA01L’émotion à la suite des attentats du 7 au 9 janvier 2015 semble s’être dissipée (sauf chez les proches des victimes, hélas) et la vie politique s’est replongée dans ses petits méandres traditionnels. En particulier, les instituts de sondages viennent de tester les conséquences du tremblement de terre de "Charlie Hebdo" sur les intentions de vote et la cote de confiance des principaux responsables politiques. Je propose d’analyser trois sondages qui ont été publiés cette semaine par l’Ifop qui ont montré des tendances relativement similaires à celles d’autres instituts concurrents.

Il s’agit du sondage IFOP réalisé pour "Le Journal du Dimanche" et publié le 25 janvier 2015 ("Les indices de popularité"), du sondage IFOP-Fiducial réalisé pour "Paris Match" et Sud Radio et publié le 27 janvier 2015 ("Le tableau de bord politique") et du sondage IFOP réalisé pour "Marianne" et publié le 29 janvier 2015 ("Les intentions de vote pour l’élection présidentielle de 2017"), qui sont téléchargeables ici.

Encore une fois, je répète qu’il ne faut pas donner trop d’importance aux sondages, ils ne sont qu’une photographie, qui plus est floue (l’intervalle d’incertitude reste assez grossier), d’un film dont le scénario n’est connu de personne. Il suffit de reprendre les sondages de janvier 2010 pour se donner une idée des résultats de l’élection présidentielle de 2012 : la candidature de François Hollande n’avait même pas été testée !

Cette réserve rappelée, cette photographie est d’autant plus intéressante à observer qu’elle se surexpose après plusieurs semaines d’un traumatisme national mais aussi d’une unité nationale.

Dans le tableau de bord des personnalités politiques, le trio de tête est désormais Alain Juppé, Manuel Valls et François Bayrou, suivis ensuite de Laurent Fabius, Ségolène Royal et Jean-Pierre Raffarin. Deux ministres ont gagné quelques places : Bernard Cazeneuve qui a pris beaucoup de notoriété ces dernières semaines et Najat Vallaud-Belkacem. Les deux sont au même niveau que Martine Aubry et légèrement au-dessus de François Fillon et de François Baroin. Nicolas Sarkozy est rélégué bien plus loin, juste derrière Hervé Morin !

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Mais évaluer le niveau de bonne opinion ne permet pas de prédire le résultat d’une élection présidentielle, tant les inconnues sont nombreuses, et à commencer par la liste des candidats. Le sondage sur les intentions de vote donne ainsi une (légère) indication sur les préférences des sondés, mais selon la structure des hypothèses proposées, ce qui reste cependant assez arbitraire.

La principale leçon à tirer, c’est que Marine Le Pen n’a pas "bougé" dans l’opinion des sondés, elle reste encore avec une forte crédibilité électorale, toujours la première dans les intentions de vote au premier tour. On aurait pu croire que la marche républicaine du 11 janvier 2015 ainsi que les mesures de lutte contre le terrorisme, cumulées à une réaction assez confuse du FN sur les attentats, auraient eu une incidence sur sa cote de confiance. Apparemment, ce n’est pas le cas.

Le plus troublant, d’ailleurs, c’est que Marine Le Pen ferait entre 29% et 31% des intentions de vote au premier tour, alors que dans un autre sondage du même institut, elle aurait à peu près le même niveau de bonne opinion, 32%, ce qui signifierait que quasiment tous ceux qui ont confiance en elle seraient conduits à voter pour elle.

Pourtant, ces deux éléments (confiance et intention de vote) sont très différents et on peut avoir confiance en une personne pour laquelle on n’aurait aucune intention de voter : cela est encore le cas de François Bayrou, troisième personnage le plus populaire de France avec 57% de cote de confiance mais seulement entre 7% et 9% dans les intentions de vote. En 2012, François Bayrou avait déjà surpris par une opinion très positive mais un score électoral médiocre.

L’autre leçon à tirer de ces sondages, c’est évidemment le redressement spectaculaire (certains diraient historique et ils n’auraient pas tort) de la popularité des deux têtes de l’exécutif, François Hollande et surtout Manuel Valls qui se retrouve à son niveau maximal de popularité depuis qu’il est à Matignon. Cela se traduit également dans les intentions de vote puisque maintenant, et c’est une donnée nouvelle, les candidats testés de l’UMP et du PS seraient à peu près au même niveau au premier tour, "dans un mouchoir de poche", comme l’on dit. Or, la clef de l’élection de 2017 se trouverait, dans l’état actuel de l’opinion des sondés, dans l’ordre de la deuxième et troisième places au premier tour.

En clair, le redressement des intentions de vote pour le candidat du PS ne mordrait pas sur sa gauche (Jean-Luc Mélenchon garderait 8%) mais plutôt sur sa droite, en particulier sur le candidat de l’UMP et le candidat centriste François Bayrou. Il est d’ailleurs patent qu’une personnalité comme Manuel Valls à gauche ou Alain Juppé à droite attirerait une grande proportion de l’électorat centriste, ce qui affaiblirait d’autant la candidature de François Bayrou.

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Bien sûr, encore une fois, ce ne sont que des sondages, et l’absence des réserves notamment sur l’intervalle d’erreur tend à tromper l’analyste. Ainsi à cause du faible niveau de l’échantillonnage, il y a une marge d’erreur de 5,0 à 5,6 points. Ce n’est pas négligeable : une Marine Le Pen donnée à 29%, par exemple, serait en fait entre 26,2 et 31,8% tandis qu’un Nicolas Sarkozy donné à 23% (dans la même configuration) serait réellement entre 20,5 et 25,5%. Cela voudrait dire que l’enquête qui (par simple moyenne) place Marine Le Pen six points devant Nicolas Sarkozy pourrait ne présenter, finalement, que à 0,7 point d’écart, ce qui serait très faible (évidemment, le raisonnement pourrait se faire aussi dans l’autre sens, avec un écart qui pourrait atteindre 11,3 points !).

Mais ce ne sont pas ces incertitudes qui nuisent à la bonne compréhension des sondages. Car le raisonnement sur des moyennes peut se révéler correct relativement aux performances précédentes pour y dégager une tendance (à la hausse, à la baisse, ou à la stabilité). Ce qui nuit le plus à ces sondages, ce sont plutôt les hypothèses testées, car là, ce n’est pas très réaliste et forcément arbitraire, comme je l’évoquais plus haut.

Dans les quatre configurations du premier tour, sont testés donc François Hollande et Manuel Valls pour le PS et Alain Juppé et Nicolas Sarkozy pour l’UMP. D’ailleurs, le score des différents candidats resterait assez stable pour un parti donné, quelle que soit la personnalité qui concourt. Pourtant, il aurait été intéressant aussi d’inclure la candidature possible de François Fillon qui reste encore une candidature crédible.

De même, la volonté de proposer imperturbablement la candidature de François Bayrou n’est pas forcément très pertinente, surtout dans l’hypothèse où Alain Juppé serait le candidat de l’UMP alors qu’un accord entre les deux hommes avant le premier tour serait assez probable. Plus globalement, la candidature de François Bayrou serait la plus prometteuse dans une configuration de 2012, à savoir avec Nicolas Sarkozy et François Hollande. Dès que Manuel Valls ou Alain Juppé font partie du jeu, une partie de l’électorat centriste, par vote utile, se détournerait de François Bayrou pour aller directement vers l’un des deux seuls candidats "centro-compatibles" (les deux cités) capables d’être présents au second tour dans le contexte actuel.

Pour les hypothèses du second tour, le choix du sondeur est encore plus contestable puisqu’il ne propose que cinq des huit configurations possibles de duels, en réduisant en particulier les observations sur Alain Juppé et Manuel Valls. Par exemple, pas de test d’un duel Alain Juppé vs Marine Le Pen ni d’un duel Manuel Valls vs Nicolas Sarkozy qui auraient pu donner quelques indications supplémentaires sur l’avantage d’une candidature de Manuel Valls au sein du PS ou d’une candidature d’Alain Juppé au sein de l’UMP.

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La situation de l’automne 2014 ne s’est pas reproduite dans les intentions de vote au second tour : Marine Le Pen serait donnée perdante dans tous les cas, même face à François Hollande grâce au redressement de son image durant les trois premières semaines de janvier 2015.

Cela pour conclure que l’identité du candidat qui sera élu le 7 mai 2017 est aujourd’hui très incertaine. La bataille pour la deuxième place au premier tour va faire donc rage, mais rien n’empêchera l’arrivée, même tardive, d’un candidat du renouveau, plus jeune, plus proche des électeurs, plus à leur écoute, mais moins connu, à l’instar d’un Bruno Le Maire qui a surpris beaucoup d’observateurs sur sa capacité à faire campagne au sein de l’UMP. Et les vainqueurs des futures élections régionales de décembre 2015 pourraient avoir ce potentiel.

Et c’est là aussi que se joue l’élection présidentielle : dans le déroulement de la campagne électorale qui est un facteur déterminant dans les résultats. Nicolas Sarkozy l’avait montré en 2012 en remontant, certes pas suffisamment, son score initialement très bas. Jacques Chirac également en 1995, alors que tous les sondages le donnaient perdant face au Premier Ministre d’alors, Édouard Balladur. On pourra remonter aisément dans l’histoire des élections présidentielles pour constater que les cimetières politiques sont remplis de candidats favoris dans les sondages, de Dominique Strauss-Kahn à Raymond Barre, de Jacques Chaban-Delmas à Lionel Jospin, sans compter ceux qui, malgré leur forte popularité, n’ont pas été candidats dans ce contexte, comme Michel Rocard (candidat lorsqu’il était inconnu), Jacques Delors, Simone Veil et plus récemment, Jean-Louis Borloo.

Dans tous les cas, ce type de sondages a montré que Manuel Valls, par son âge, par sa capacité à attirer tant la gauche que le centre droit, par son dynamisme politique, aura incontestablement encore un grand avenir dans le débat politique des au moins dix prochaines années. Pour les autres, c’est moins sûr…

Évidemment, les meilleurs sondages, c’est lorsqu’on sonde TOUS les électeurs, et cela s’appelle élections ! Et justement, il y en a dans très peu de temps : une élection législative partielle dans le Doubs dès dimanche 1er février 2015 pour le remplacement de Pierre Moscovici nommé à la Commission Européenne, et pour l’ensemble du pays, les (nouvelles) élections départementales les 22 et 29 mars 2015.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 janvier 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Trois sondages de l’Ifop en fin janvier 2015 (à télécharger).
Je suis Charlie.
Mathématiques militantes.
Le nouveau paradigme.
Nicolas Sarkozy.
François Hollande.
Alain Juppé.
Manuel Valls.
François Bayrou.
François Fillon.
Marine Le Pen.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/2017-le-suspense-reste-entier-162960



 

 

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 23:16

Voici trois sondages réalisés par l'IFOP pour mieux comprendre le niveau de confiance des différents responsables politiques en fin janvier. Cliquer sur le lien pour télécharger le document original présentant le sondage (fichier .pdf).

Sondage IFOP publié le 29 janvier 2015 (intentions de vote) :
http://www.ifop.com/media/poll/2918-1-study_file.pdf


Sondage IFOP publié le 27 janvier 2015 (confiance des personnalités politiques) :
http://www.ifop.com/media/poll/2917-1-study_file.pdf


Sondage IFIP publié le 25 janvier 2015 (confiance de l'exécutif) :
http://www.ifop.com/media/poll/2916-1-study_file.pdf


SR



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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 07:27

Niveau record d’impopularité pour le pouvoir, et pour la première fois, Marine Le Pen serait donnée gagnante à l’élection présidentielle. De quoi effrayer toute la classe politique et susciter un argument nouveau, celui du vote utile, voter dès le premier tour pour le meilleur rempart contre le FN.


yartiRentree201401La rentrée politique de l’automne 2014 n’a pas été de tout repos pour le Président de la République François Hollande. Il doit se préoccuper de plusieurs fronts, du plus grave (l’otage français Hervé Gourdel a été assassiné) au plus superficiel (la jalousie d’une ex-compagne), en passant par le chômage et le délitement de sa propre majorité.

Alors, face à toutes ces difficultés, la lecture des sondages n’a donc rien d’apaisant et s’ils peuvent paraître dérisoires, ils n’en constituent pas moins des photographies de l’opinion publique dont il reste nécessaire de prendre en compte les différents enseignements.

Or, une série de sondages au début du mois de septembre 2014 a fait l’effet d’un véritable électrochoc non seulement dans la majorité mais dans la classe politique en général, montrant ainsi la très grande fragilité du pays.

Deux sondages ont particulièrement retenu mon attention pour les alertes qu’ils signifient.

Comme toujours lorsqu’on parle de sondages, il faut savoir les observer avec recul, avec une perspective dynamique ; ce qui intéresse, c’est la pente et pas la cote, c’est la tendance et pas le niveau. Par ailleurs, il faut aussi rester prudent sur l’intervalle d’indétermination qui peut parfois se révéler large (voir plus loin). Une fois ces précautions exprimées, ces deux sondages sont néanmoins alarmants pour le pouvoir en place.


Hollande à 13%

On savait évidemment que François Hollande était impopulaire, et on le savait plus impopulaire que Nicolas Sarkozy, mais on ne savait pas qu’il pouvait encore descendre et descendre dans l’opinion.

Le baromètre proposé par TNS-SOFRES pour le "Figaro Magazine" publié le 4 septembre 2014 en apporte une nouvelle preuve. Réalisée du 28 août au 1er septembre dernier, donc après la formation du nouveau gouvernement, l’étude a confirmé l’état déplorable de François Hollande dans l’opinion : il ne recueille que 13% (-5) de confiance contre 85% (+6) de défiance. 13%, c’est moins de la moitié de ses électeurs du premier tour en 2012.

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Ces 85% de défiance se retrouvent aussi (sont-ils les mêmes ?) dans le moral des sondés : 85% pensent que les choses ont tendance à aller plus mal, seulement 3% que les choses vont en s’améliorant. Une situation démoralisante qui avait déjà connu un précédent, au printemps 2006, avec les manifestations contre le CIP et le jusqu’au-boutisme de Dominique de Villepin.

Cela fait de François Hollande le Président de la République le plus impopulaire depuis que le baromètre est en place, en 1981, à partir du cinquième mois de mandat. À cette allure, il y aura bientôt un nombre négatif de sondés qui lui voueraient leur confiance !

Probablement que les menaces extérieures et l’unité nationale faite ce 24 septembre 2014 sur l’intervention française en Irak vont faire remonter légèrement la popularité présidentielle dans les prochains jours.


Valls dévisse

Moins évidente est la confiance accordée au Premier Ministre Manuel Valls. Personnalité assez populaire au moment de sa nomination à Matignon le 31 mars 2013 (il recueillait en avril 46% de confiance), Manuel Valls avait réussi à rester stable jusqu’au début de l’été. Mais pour cette rentrée, il dévisse dans les sondages, entraîné par une destinée commune. Le baromètre a fait état de seulement 30% des sondés qui lui font confiance tandis que 65% la lui refusent.

Il est à noter que 36% de sondés qui se revendiquent socialistes sont en défiance contre Manuel Valls (contre François Hollande, ce niveau de mécontentement interne monte jusqu’à 54% !).

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Au cinquième mois d’exercice à la tête du gouvernement, Manuel Valls devient aussi impopulaire que la plus impopulaire à ce stade du mandat, Édith Cresson. Mais avec 30%, il a encore de la marge puisque, en absolu, le plus impopulaire fut Jean-Marc Ayrault avec seulement 16% de confiance lors de son départ de Matignon.

Là encore, l’exception Valls pendant deux ans s’efface discrètement : le pouvoir en période de crise économique rend forcément impopulaire, quelle que soit la personnalité du Premier Ministre. Michel Rocard, Édouard Balladur et Lionel Jospin avaient bénéficié, lors de leur séjour à Matignon, d’une bonne confiance de l’opinion publique parce que la conjoncture économique était plutôt favorable. Cela n’a cependant pas suffi à leur permettre d’accéder à l’Élysée.


Juppé en tête, Vallaud-Belkacem et Le Maire en forte progression

Comme dans son habitude, le baromètre a testé aussi les cotes d’avenir des autres personnalités politiques. Celle qui arrive en tête est… Alain Juppé avec 39% (ce qui reste faible pour une première place), suivi de Najat Vallaud-Belkacem (32%) dont la nomination à l’Éducation nationale lui a fait faire un bond de popularité (surtout parmi les sondés de gauche). Ensuite viennent François Bayrou (31%), Martine Aubry (30%), Ségolène Royal (30%), Nicolas Sarkozy (30%) avant son retour, Christine Lagarde (29%) et François Fillon (28%).

Marine Le Pen n’a que 26% (-3) et pour l’anecdote, Jean-François Copé, avec 12%, est en dessous de Pierre Moscovici (14%), avant la nomination de ce dernier à la Commission Européenne. Arnaud Montebourg n’est qu’à 24% (-2) et Benoît Hamon à 19% (+2). Dominique Strauss-Kahn est encore présent dans la liste avec 23% (-3).

La seconde personnalité politique à beaucoup progresser dans ce baromètre, avec Najat Vallaud-Belkacem, c’est l’ancien ministre Bruno Le Maire qui commence à sortir de l’anonymat avec 16% (+4), ce qui est la conséquence de sa campagne dynamique sur le terrain pendant tout l’été pour la présidence de l’UMP.


Les intentions de vote pour 2017 au premier tour

Parallèlement à la confiance et à la cote d’avenir des personnalités politiques de premier plan, les sondages aiment tester l’élection présidentielle. C’est évidemment un jeu purement théorique et tout porte à croire qu’elle se tiendra à la date régulière, à savoir au printemps 2017, soit dans deux ans et demi.

L’estimation des intentions de vote est une sorte d’application directe de la cote de confiance. Elle permet aussi d’imaginer les forces et faiblesses des candidats en situation de concurrence.

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L’IFOP a ainsi réalisé du 3 au 4 septembre un sondage sur les intentions de vote pour "Le Figaro" qui a été publié le 5 septembre 2014. Cette étude a été un véritable pavé dans la mare puisqu’elle a laissé entendre que Marine Le Pen, dans tous les cas, serait présente au second tour, et pas n’importe comment, en prenant la première place au premier tour.

Pire pour ses détracteurs : Marine Le Pen, pour la première fois dans un sondage, serait donnée gagnante dans un second tour face à François Hollande. On voit bien que ces éléments clefs apportent un éclairage très particulier à la préparation de l’élection présidentielle de 2017. Pour l’UMP et le PS, ce qui importe donc, ce n’est pas la première place au premier tour mais la deuxième place, pour reléguer l’autre à la troisième place et se retrouver en match contre Marine Le Pen.

L’IFOP a donc proposé trois configurations pour le candidat UMP : avec Nicolas Sarkozy, avec Alain Juppé et avec François Fillon, qui sont les trois candidats les plus crédibles à cette élection. Ces cas n’induiraient quasiment aucun changement sur le score des candidats de gauche : Jean-Luc Mélenchon resterait à 10%, Cécile Duflot à 3%, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud à 1%.

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Le cas avec François Fillon lui serait peu favorable : François Fillon ferait jeu égal avec François Hollande avec 17% tandis que Marine Le Pen aurait 32%, presque le double ! Dans cette hypothèse, François Bayrou recueillerait 14%, ce qui serait un niveau déjà élevé avant une élection, et Nicolas Dupont-Aignan serait à 5%.

Dans les deux autres cas pour le candidat UMP, François Hollande n’aurait que 16% des intentions, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et François Bayrou réduirait aussi légèrement la voilure électorale.

Dans le cas avec Alain Juppé, l’UMP ferait 24%, Marine Le Pen 30%. Avec Nicolas Sarkozy (sondage avant son retour), ce dernier aurait 25% et Marine Le Pen 28%.

Comme on le voit, pour le premier tour, les jeux sembleraient déjà faits : la candidate du FN serait sûre d’être qualifiée pour le second tour, avec une avance considérable sur son concurrent au second tour, de 3 à 15%.


Les intentions de vote pour 2017 au second tour

Pour le second tour, sept matchs ont été testés.

Le plus spectaculaire est le duel François Hollande vs Marine Le Pen où Marine Le Pen gagnerait avec 54% contre 46%. Une avance considérable. Dans tous les duels avec François Hollande, ce dernier perdrait avec 39% face à Nicolas Sarkozy, 38% face à François Fillon, et 34% seulement face à Alain Juppé. Face à un candidat de l’UMP, Marine Le Pen perdrait aussi systématiquement, avec 43% face à François Fillon, 40% face à Nicolas Sarkozy et 36% face à Alain Juppé.

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Ces résultats sur les intentions de vote au premier et au second tour d’une élection présidentielle si elle avait lieu maintenant sont assez spectaculaires. Certes, il reste encore deux ans et demi et beaucoup de choses évolueront dans un sens ou dans un autre. François Hollande en sait quelque chose puisqu’il sait qu’il suffit de susciter la confiance seulement au bon moment, au moment de l’élection.


Changement de "paradigme"

Parmi les leçons de cette enquête d’opinion, il y a le fait que, pour la première fois dans l’histoire de la République, un candidat issu de l’extrême droite française serait capable d’obtenir le pouvoir par les urnes. Du coup, les enjeux politiques changent radicalement : le duel UMP vs PS n’est plus le principal enjeu. L’enjeu réel, c’est FN vs le reste de la classe politique. Nicolas Sarkozy dans son entretien du 21 septembre 2014 tout comme Manuel Valls dans son discours de politique générale du 16 septembre 2014 ont clairement affiché leur combat contre le FN comme l’une de leurs priorités.

Ces résultats sembleraient disqualifier la candidature de François Fillon qui ne paraîtrait pas faire le poids. Cependant, sa détermination à peser sur cette élection reste intacte mais il lui faut assurément trouver un angle de rebondissement médiatique. Il serait pour l’instant capable de laisser la gauche affronter le FN avec un risque non négligeable de victoire du FN. Nul doute que des slogans de style "Tout sauf Hollande" naîtraient dans les mois qui viennent. Ou encore "Hollande = Le Pen".

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En revanche, les résultats de ce sondage ne départageraient pas le potentiel électoral de Nicolas Sarkozy et celui d’Alain Juppé. Au premier tour, Nicolas Sarkozy serait légèrement meilleur, mordant plus sur l’électorat du FN, tandis qu’Alain Juppé serait plus en capacité de rassembler au second tour près de deux Français sur trois (face à François Hollande ou face à Marine Le Pen). Ce n’est d’ailleurs pas anodin qu’Alain Juppé ait décidé d’avoir un discours très centriste et consensuel.

Car dans tous les cas, si Marine Le Pen était bien au second tour, son concurrent éventuellement UMP n’aurait pas d’autre stratégie pour gagner que de rassembler …sur sa gauche, comme Jacques Chirac le 5 mai 2002. L’anti-ligne Buisson !


Critiques du sondage

Bien sûr, on pourrait à juste titre formuler trois grosses critiques à ce genre de sondage, indépendamment de l’indétermination intrinsèque de la méthode, dont l’intervalle, pour ce sondage, est de l’ordre de 6% (ce qui est important !), en clair, cela signifie que François Hollande n’aurait pas 46% face à Marine Le Pen, mais entre 43% et 49%, ce qui changerait un peu les choses dans l’interprétation.

La première critique, c’était d’avoir considéré systématiquement la candidature de François Bayrou dont le niveau oscillerait entre 11 et 14%. Il est certainement le candidat centriste qui aurait le plus grand potentiel électoral à l’heure actuelle mais la question d’une candidature centriste reste toujours en question, notamment dans la campagne pour la présidence de l’UDI.

Concrètement, le fort potentiel électoral de Marine Le Pen donnerait peu de marge de manœuvre aux centristes pour une candidature indépendante, à moins d’être taxés de kamikazes. D’ailleurs, François Bayrou semblerait déjà prêt à soutenir la candidature de son voisin d’Aquitaine, Alain Juppé. Le seul moyen de sortir par une porte honorable, c’est l’organisation d’une primaire ouverte non seulement à l’UMP mais aussi aux centristes. C’est ce que veut Alain Juppé. Sans doute aussi François Fillon. Mais pas forcément Nicolas Sarkozy même si ce dernier aimerait rassembler dans un parti unique UMP et centristes.

On voit ainsi que l’absence d’un candidat centriste aurait de forte chance de venir grossir le candidat UMP (pas forcément mécaniquement, certes), mais cela donnerait la possibilité au candidat de droite et du centre de dépasser Marine Le Pen au premier tour. Le cumul François Bayrou+UMP défavoriserait ainsi Marine Le Pen (35% vs 30% ou 37% vs 28%), sauf dans le cas avec François Fillon (31% vs 32%).

La deuxième critique est, elle aussi, très importante : le candidat du PS ne sera pas forcément François Hollande. Historiquement, jamais un Président élu la première fois ne voudrait renoncer à tenter sa réélection. Pour qu’on lui donnât un quitus pour le premier mandat. Jamais non plus des oppositions internes n’ont pu surgir contre la candidature d’un Président sortant (même lorsqu’il s’est agi de Valéry Giscard d’Estaing en 1981).

Cependant, avec cette impopularité sans précédent, François Hollande pourrait comprendre que ne pas se représenter serait dans l’intérêt de son camp. Martine Aubry ou même Manuel Valls pourrait alors être ce candidat socialiste et ils devraient pouvoir faire mieux que François Hollande.

Enfin, et c’est tout l’intérêt d’une campagne électorale, la troisième critique est que le sondage a été réalisé à froid, pas en condition de campagne électorale. Or, l’énergie, presque physique mais pas seulement, dont sont capables les candidats est un critère déterminant. C’est sans doute ce paramètre qui a fait éliminer du second tour la candidature de François Bayrou en 2007 (il avait besoin d’un rebond en mars 2007 qui ne s’est jamais produit, faute de dynamisme).

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Or, si François Hollande et Marine Le Pen sont des candidats redoutables sur ce point, la campagne de 2012 a montré que Nicolas Sarkozy était le meilleur sur le terrain. Au contraire de François Fillon et aussi d’Alain Juppé dont l’âge commence à circuler comme argument (c’était déjà le cas avec Jacques Chirac en 2002).


Le vote utile en guise de front républicain ?

Détrôner Marine Le Pen de la première place au premier tour restera néanmoins l’un des défis majeurs pour les candidats des partis gouvernementaux. Pour cela, ils devront conclure des accords avec leurs partenaires dès le premier tour pour éviter toute déperdition des voix.

Et pourra alors fleurir l’argument du vote utile : pour éviter un second tour Hollande vs Le Pen qui se terminerait en faveur de Le Pen, il faudrait que les électeurs socialistes votent, dès le premier tour …pour le candidat de la droite et du centre. Résultat d’un cauchemar nommé… Hollande 2012 !

Mais nous n’en sommes pas encore là…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 septembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sondage TNS SOFRES sur la cote d’avenir des leaders du 4 septembre 2014 (à télécharger).
Sondage IFOP sur les intentions de vote à la présidentielle du 5 septembre 2014 (à télécharger).
Alain Juppé candidat à la primaire UMP pour 2017.
François Hollande.
Manuel Valls.
Nicolas Sarkozy.
Alain Juppé.
François Fillon.
Marine Le Pen.
François Bayrou.
Le couple Hollande-Valls.
Front républicain ?
The Day after.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/rentree-pourrie-a-l-elysee-1-des-157259

 

 

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 12:33

Réussira-t-il son "come-back" ? Pas sûr mais il a un double avantage sur les autres : l’expérience, et sa capacité à mener une campagne électorale qui nécessite énergie et santé.


yartiSarko2014092101L’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy a annoncé le vendredi 19 septembre 2014 sur Facebook qu’il serait candidat à la présidence de l’UMP en novembre prochain. Faisant son grand retour sur la scène politique depuis son échec du 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy a été interviewé pendant trois quarts d’heure par le journaliste Laurent Delahousse au journal de 20 heures sur France 2 le dimanche 21 septembre 2014.

Ne pas parler ouvertement et publiquement de la vie politique pendant vingt-huit mois quand on n’a fait que cela pendant trente-cinq à quarante ans, c’était un exploit. Mais comme toutes les victimes d’addiction, on peut toujours rechuter. Il est imaginable à quel point Nicolas Sarkozy s’est retenu de s’exprimer alors que son nom sonnait comme le sésame du rassemblement de la majorité actuelle.

Nicolas Sarkozy, à 59 ans, se retrouvait dans la même position que Lionel Jospin et que Valéry Giscard d’Estaing. Lionel Jospin car, comme lui le 21 avril 2002, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu’il quitterait la vie politique s’il était battu. Valéry Giscard d’Estaing aussi, car, comme lui le 10 mai 1981 (VGE n’avait alors que 55 ans), Nicolas Sarkozy a toujours été un animal politique qui a vécu de politique, par passion, et qu’échouer si jeune, interrompre une trajectoire si tôt est particulièrement difficile à admettre. Sans oublier le désir naturel d’une revanche historique.

yartiSarko2014092104

Valéry Giscard d’Estaing avait toujours cru en son retour pour les deux élections présidentielles qui ont suivi son échec, en 1988 puis en 1995 (il avait alors 69 ans, l’âge qu’a aujourd’hui Alain Juppé), et avait souhaité prendre le 30 juin 1988 la présidence de l’UDF occupée par Jean Lecanuet, qu’il laissa à François Léotard le 31 mars 1996. Il s’était fait réélire conseiller général dès le 14 mars 1982, puis député le 23 septembre 1984 (il y a exactement trente ans). Il renonça à une nouvelle candidature présidentielle le 12 février 1987 (pour soutenir Raymond Barre) puis le 8 mars 1995 (pour soutenir Jacques Chirac). Il n’a lâché prise que le 2 avril 2004 où il a décidé de siéger (enfin) au Conseil Constitutionnel, après son retrait de l’Assemblée Nationale deux ans plus tôt (le 18 juin 2002) et son échec aux élections régionales en Auvergne (il était le président du Conseil régional sortant jusqu’au 2 avril 2004).

Après avoir imité Lionel Jospin pendant la première moitié du quinquennat de François Hollande, Nicolas Sarkozy a finalement décidé de reprendre les traces de Valéry Giscard d’Estaing en allant dans l’arène, sur le champ des actions partisanes. Cela correspond probablement plus à sa nature que de devenir une sorte de "sage" qu’il aurait eu beaucoup de mal à faire percevoir aux Français.

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Pour revenir ainsi, il lui fallait une nouvelle fois convaincre qu’il avait changé. La question ne dépend évidemment pas de son entourage ni de ses futurs soutiens, mais de l’opinion publique : la mayonnaise prendrait-elle une nouvelle fois ? La question reste en suspens.

La prestation télévisée de l’ancien chef de l’État avait deux buts : d’une part, il lui fallait solder les comptes politiques de 2012 ; d’autre part, il lui fallait convaincre les Français de la nécessité de son retour.

Solder 2012, c’était expliquer qu’il était entièrement responsable de sa défaite électorale (néanmoins en rappelant qu’il avait rattrapé son grand retard pendant la campagne), et reconnaître qu’il avait pu s’être trompé. Réfutant le concept de "ligne Buisson", il a affirmé qu’il pouvait penser par lui-même.

Il a fait son acte de repentance dans deux domaines qui l’ont particulièrement éloigné de l’opinion publique : sur l’hyperprésidentialisation et sur certaines vulgarités de langage sorties de sa bouche. Il a mis sur le compte de l’impatience à bien faire sa propension à vouloir tout faire, tout diriger. Il a reconnu qu’il aurait dû plus déléguer, plus laisser les autres faire. Il a aussi regretté d’avoir prononcé quelques mots vulgaires qui ne le correspondaient pas, sur le coup de la colère, se déclarant être un homme poli, et disant clairement qu’il ne le referait pas, si c’était à refaire.

Mais il lui fallait aussi expliquer pourquoi il revenait alors qu’il avait dit qu’il ne reviendrait pas. Parce que la situation de la France est catastrophique. Économiquement, certes, mais aussi moralement. Nicolas Sarkozy a entendu la colère des Français et il est déconcerté par le nombre de Français qui ne veulent plus réfléchir de manière rationnelle sur l’avenir de la France et de l’Europe.

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L’ancien Président a fait un parallèle entre la situation actuelle et celle de 2008. En 2008, la France a subi une grave crise internationale de la même ampleur qu’en 1929. Tandis que maintenant, le contexte international est complètement différent, plutôt à la croissance et c’est la France qui plombe la croissance européenne. Il a même pris une métaphore écolière en disant que c’était assez fort de café que le mauvaise élève de la classe (la France) demande au premier de la classe (l’Allemagne) d’apprendre un peu moins bien ses leçons pour pouvoir être rattrapé (Manuel Valls est ce lundi 22 septembre 2014 à Berlin pour négocier avec Angela Merkel sur fond de déficit qui n’en finit pas d’exploser).

Tout au long de son entretien, Nicolas Sarkozy a évoqué le manque d’autorité, l’absence de vision de son successeur, en particulier sur l’Ukraine et les relations avec Vladimir Poutine. Il a également évoqué l’UMP elle-même, constatant son manque de leadership et les profondes divisions claniques depuis son départ de l’Élysée. Il souhaiterait donc refonder un parti sur la base de l’UMP qui rassemblerait à la fois les anciens UMP mais aussi les centristes, et même des gens de gauche, des écologistes etc. en insistant sur le fait que le clivage gauche/droite était anachronique (ce en quoi il a raison, dommage qu’il ne l’avait pas perçu avant 2012).

Retrouvant la modération, Nicolas Sarkozy a dit clairement sa volonté que François Hollande finisse son quinquennat jusqu’à son terme, considérant qu’il a été élu pour cinq ans et qu’il fallait défendre les institutions. Il a également refusé de dire s’il reviendrait sur le mariage gay (ce qui serait, il faut bien le remarquer, assez difficile à faire juridiquement).

yartiSarko2014092106

Nicolas Sarkozy aurait changé mais il n’a pas changé complètement de méthode. Lorsqu’on lui a parlé des affaires judiciaires en cours, il a parlé de ses neurones et dit que s’il avait quelque chose à se reprocher, il n’aurait jamais eu la bêtise de revenir en politique. Mais avec toutes les affaires, les affirmations de mauvaise foi, le mensonge de Jérôme Cahuzac et encore il y a quelques jours, les derniers avatars de la fraude fiscale avec un récent sous-ministre, l’argument ne paraît pas très probant.

Il n’a pas non plus changé quand il a parlé de l’immigration. Il voudrait rassembler vers le centre et la gauche mais il a remarqué quand même qu’il n’était pas allé assez loin sur l’immigration et est revenu sur la nécessité de réformer voire supprimer les Accords de Schengen. Rappelons (ce n’est sûrement pas le journaliste, obsédé par les questions politiciennes, qui aurait pu le rappeler) que le Royaume-Uni n’est pas dans l’Espace de Schengen et qu’il subit de graves problèmes d’immigration (dont la France paie quelques pots cassés puisque, avant d’arriver en Angleterre, ces arrivants passent par le Pas-de-Calais). Schengen n’y est pour rien, d’autant plus que les plus grandes vagues migratoires se font à l’intérieur même de l’Afrique et pas de l’Afrique vers l’Europe.

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La réaction à ce retour, en fin de semaine, des principaux leaders UMP, a été double.

Les présidentiables, ils ne sont plus que deux, demeurent plus que jamais dans leur perspective. François Fillon a décidé de rester à coprésider l’UMP jusqu’à l’élection d’un nouveau président et à rester un homme libre ensuite. Alain Juppé a été plus clair. Ayant annoncé dès le 20 août 2014 sa candidature à une primaire ouverte pour la présidentielle de 2017, il a affirmé sur i-Télé/Europe 1/"Le Monde" le dimanche 21 septembre 2014 qu’il entendait rester candidat, en allant jusqu’au bout : « Je ne suis pas une girouette. Si j’ai dit ça, c’est parce que j’y ai réfléchi, pensé, j’en ai envie et donc, je vais aller jusqu’au bout. Je sais bien qu’aujourd’hui, le match a commencé et que le tacle commence. On essaie de faire croire que je n’irai pas jusqu’au bout. Eh bien, je vais en apporter la démonstration. Vous le verrez en 2016 et 2017 (…). Je le confirme, je l’écris, je le signe. » et en évoquant ainsi Nicolas Sarkozy : « La France a besoin d’apaisement. ». Annonçant qu’il ne briguerait pas de second mandat, Alain Juppé s’est même payé le luxe de publier sur son blog, pendant que Nicolas Sarkozy s’exprimait, son projet d’alternance basé sur quatre points : nouvelle croissance, nouvelle éducation nationale, nouvelle Europe, nouvel élan d’unité nationale (un thème cher à François Bayrou).

Déjà candidats à la présidence de l’UMP, les anciens ministres Hervé Mariton (très impliqué lors du débat sur le mariage gay) et Bruno Le Maire (qui fait une campagne sur le terrain très appréciée) ont affirmé qu’ils ne renonceraient pas à leur candidature malgré celle de Nicolas Sarkozy.

En revanche, la plupart des leaders de la jeune génération ont rejoint finalement la démarche de Nicolas Sarkozy, en particulier François Baroin, Jean-François Copé, Nathalie Kosciosko-Morizet, Laurent Wauquiez, etc.

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Le retour de Nicolas Sarkozy réussira-t-il ? La ficelle semble assez grosse, mais pas plus que "l’ennemi, c’est la finance internationale". Les Français sont en perte de repère. Nicolas Sarkozy a voulu insister sur le fait qu’il serait le seul rempart efficace contre Marine Le Pen dont il a évoqué la responsabilité sur la situation actuelle de la France par son abstention au second tour de l’élection présidentielle de 2012.

Car voici bien le pire cauchemar des socialistes aujourd’hui : que leurs électeurs soient finalement tentés sérieusement de voter, malgré eux, par vote utile, dès le premier tour, pour Nicolas Sarkozy en 2017, pour faire barrage à Marine Le Pen et éviter que celle-ci se retrouve face à un candidat (PS) qu’elle pourrait réellement vaincre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 septembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le bilan de Nicolas Sarkozy (2007-2012).
Sarkozy bashing.
Ligne Buisson ?
François Hollande.
Manuel Valls.
Valéry Giscard d’Estaing.
Alain Juppé.
François Fillon.
Jean-François Copé.
François Baroin.
Bruno Le Maire.
Nathalie Kosciosko-Morizet.

yartiSarko2014092108


 

 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-retour-de-nicolas-sarkozy-et-le-157079 

 

 





 

 

 

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 20:12

L'ancien Premier Ministre et actuel maire de Bordeaux Alain Juppé, fondateur de l'UMP, a annoncé le 20 août 2014 qu'il serait candidat à la primaire organisée à l'UMP pour désigner le candidat UMP à l'élection présidentielle 2017, une primaire qu'il souhaiterait voir se dérouler avant l'été 2016.

SR

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 07:28

Dans un sondage, seulement 3% des sondés voudraient la candidature de François Hollande et même si ce dernier était candidat, 81% des sympathisants du PS voudraient quand même une primaire socialiste pour 2017. Avec une telle impopularité présidentielle, Manuel Valls pourrait devenir le joker indispensable d'un PS en pleine décomposition…


yartiVholls01Le choix d’un Premier Ministre a toujours été l’une des décisions clefs d’un Président de la République sous la Ve République. Traditionnellement, le Président nommait deux Premiers Ministres par mandat, le premier plutôt issu de sa majorité parlementaire, très représentatif des partis qui le soutenaient, et le second, plus homme fidèle, pas forcément élu, pas forcément légitimé par les partis ou le suffrage universel (Georges Pompidou, Maurice Couve de Murville, Pierre Messmer, Raymond Barre, Dominique de Villepin). Cela évidemment n’exclut pas de très nombreuses exceptions, entre un François Mitterrand qui en a nommé beaucoup plus (trois à quatre par mandats) et Nicolas Sarkozy qui n’en a nommé qu’un seul, et c’est sans prendre en compte, bien sûr, l’exception des cohabitations.


L’erreur de l’option Ayrault

En ce sens, François Hollande a probablement raté son casting de mai 2012 : en choisissant carrément son double, il ne s’est pas autorisé une complémentarité dans le couple exécutif. Personnalités plutôt consensuelles, indécis,  sans aucune expérience ministérielle, François Hollande et Jean-Marc Ayrault jouissaient sans doute d’une grande complicité et loyauté mais le Premier Ministre n’apportait quasiment rien au Président de la République alors qu’il fallait gérer au sein du gouvernement des ministres particulièrement encombrants : Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Christiane Taubira, Cécile Duflot, Vincent Peillon, Delphine Batho, etc.

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La logique politique à l’issue de la victoire de François Hollande aurait dû mener à Matignon Martine Aubry, alors première secrétaire du PS et femme particulièrement appréciée à gauche (pour les 35 heures notamment) et très expérimentée dans les rouages de l’État (plusieurs fois ministre importante). Mais c’était sans tenir compte de la part psychologique des êtres.

La même erreur avait été commise par Jacques Chirac à l’issue de sa (triomphale) réélection en mai 2002 : ou il décidait de donner une véritable traduction de ses 82% et il proposait un large gouvernement d’unité nationale pour combattre le chômage sans arrière-pensée politicienne (c’était plus facile pour lui car il était à son dernier mandat), et dans ce cas, le choix de Jean-Pierre Raffarin aurait pu se justifier, ou, ce qu’il a finalement choisi, il restait sur une majorité uniquement circonscrite à l’UMP et alors, il aurait dû nommer à Matignon celui qui avait largement dominé la campagne présidentielle, à savoir Nicolas Sarkozy.

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En nommant moins de deux ans plus tard Manuel Valls à Matignon, François Hollande a pris acte non seulement du manque d’autorité de Jean-Marc Ayrault mais également de son propre manque d’autorité, Les deux nouvelles têtes de l’exécutif ont au moins cet avantage de la complémentarité : Manuel Valls, homme qu’on dit volontiers autoritaire, sait se faire entendre et a eu une expérience significative Place Beauvau que n’avait pas eu son prédécesseur direct. Qu’on puisse le comparer à Nicolas Sarkozy avec un ou deux quinquennats d’écart ne serait certainement pas pour lui déplaire.


Qui dirige réellement la France ?

D’ailleurs, cette autorité, Manuel Valls semble l’exercer au-delà de ses ministres, même auprès du Président de la République, ce qui serait une première sous la Ve République.

C’est ce qu’il ressort d’une indiscrétion publiée dans "L’Express" le 14 mai 2014 et qui mérite donc toute la prudence du conditionnel.

L’actuel Ministre du Travail, François Rebsamen, ancien sénateur-maire de Dijon, était très remonté contre Manuel Valls. Depuis 2012, François Rebsamen voulait effectivement le Ministère de l’Intérieur mais ses propos en faveur de la dépénalisation du cannabis pendant la campagne présidentielle l’avaient écarté du poste convoité. Au moment de la formation du gouvernement Ayrault, il avait alors déclaré à son ami de trente ans François Hollande que s’il n’avait pas l’Intérieur, il n’entrerait pas au gouvernement.

Avec la nomination de Manuel Valls à Matignon, le poste se libérait naturellement. Manuel Valls avait déjà son propre candidat, Jean-Jacques Urvoas, l’actuel président de la commission des lois au Palais-Bourbon, pour faire barrage à François Rebsamen. Le 2 avril 2014, on a su le choix présidentiel : ni l’un ni l’autre, mais le hollandien Bernard Cazeneuve, ancien Ministre délégué aux Affaires européennes puis au Budget (successeur de Jérôme Cahuzac) qui, évidemment, n’était pas préparé du tout à être le "premier flic" de France. Ce n’est pas le premier (ni le dernier) à se retrouver à la tête d’un ministère auquel il n’avait même pas pensé.

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Et l’hebdomadaire a retranscrit une conversation effrayante avant l’annonce officielle de la composition du gouvernement Valls. François Rebsamen aurait été très insistant auprès de François Hollande : « Tant que tu ne m’expliqueras pas pourquoi je ne peux pas avoir l’Intérieur, je n’accepterai rien d’autre ! ». La réponse présidentielle aurait été embarrassée : « Manuel t’expliquera. ».

Un autre échange aurait été encore plus éloquent sur l’influence de l’ambitieux Manuel Valls au sommet de l’État. François Rebsamen : « Quand le chef de l’État n’impose pas quelques choix personnels avant la formation d’un gouvernement, il se met en état de faiblesse vis-à-vis de son Premier Ministre. ». Et François Hollande d’avouer son impuissance : « Parce que tu crois que je ne suis pas déjà en état de faiblesse vis-à-vis de Manuel ? ».

Sous réserve d’une retranscription correcte de ce dialogue (fuite de la part de François Rebsamen ?), il est possible aussi que le Président ait joué volontairement l’impuissant pour justifier ses choix de personnes. Lors de la première cohabitation, en mars 1986, François Mitterrand avait accepté de mettre sur son refus le rejet par Jacques Chirac de François Léotard à la Défense ou de Jean Lecanuet aux Affaires étrangères. Il est des transferts de responsabilités assez commodes pour ne pas les assumer psychologiquement.


Valls et Montebourg

Au sein du Parti socialiste, il est maintenant patent que deux seules personnalités pourraient espérer avoir un avenir sur du long terme, une fois que les éléphants (François Hollande, Ségolène Royal, Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Laurent Fabius) seront envoyés en maison de retraite : Manuel Valls, bien sûr, et Arnaud Montebourg. Ce sont les deux (seuls) poids lourds politiques du gouvernement. Ce n’est pas innocent que c’étaient les deux seuls de cette génération qui ont eu le "courage" d’être candidats à la primaire socialiste le 9 octobre 2011 alors qu’ils savaient qu’ils ne gagneraient pas. Si la décision de se présenter était prise dès le 20 novembre 2010 pour Arnaud Montebourg, Manuel Valls l’a prise seulement après l’éviction de Dominique Strauss-Kahn qu’il soutenait initialement très activement.

D’après "Le Nouvel Observateur" du 19 juin 2014, c’est d’ailleurs un "deal" entre Arnaud Montebourg et Manuel Valls, scellé en novembre 2013, qui aurait précipité la disgrâce de Jean-Marc Ayrault et l’avènement de Manuel Valls. Ce n’est pas pour rien qu’Arnaud Montebourg fut l’un des rares du gouvernement précédent à avoir élargi son champ ministériel en obtenant le Ministère de l’Économie avec son Redressement productif à Bercy. Nul d’ailleurs ne conteste que celui qui était à l’origine cantonné à la Justice s’est particulièrement investi dans sa tâche auprès des entreprises et malgré quelques déclarations à l’emporte-pièce (la politique n’est jamais loin), Arnaud Montebourg a, comme Manuel Valls, un véritable profil de "manager" (comme Nicolas Sarkozy, au contraire de François Hollande ou de François Fillon).

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Mais selon toujours le même magazine, qui a titré un peu abusivement en page de couverture "La bombe Montebourg", certains laisseraient entendre qu’Arnaud Montebourg aurait programmé sa démission prochaine.

Toute son analyse proviendrait du résultat catastrophique du PS aux élections européennes du 25 mai 2014 (moins de 14% !) : si Arnaud Montebourg restait au gouvernement, il n’y aurait plus d’aile "gauche" qui pourrait relever la tête face à un FN très offensif.

Du côté de Matignon, on a, semble-t-il, minimisé cette rumeur et cette menace de démission que le ministre Montebourg aurait l’habitude de brandir à toute occasion. Mais il est clair que d’un point de vue politique, si Arnaud Montebourg n’opérait pas une action de différenciation comme l’avaient effectuée en son temps Jean-Pierre Chevènement ou même, plus récemment, Jean-Luc Mélenchon, il se ferait mécaniquement phagocyter par l’ambition de Manuel Valls.


Qui sera candidat en 2017 ?

La vraie inconnue sera l’identité des principaux candidats à la prochaine élection présidentielle en 2017. À ce petit jeu, le Front national a un tour d’avance puisqu’il n’est un secret pour personne que Marine Le Pen rempilera pour une seconde candidature.

Du côté de l’UMP, la personnalité qui aurait son investiture serait susceptible d’atteindre le second tour et d’être élu, que ce soit face au FN ou face au PS. Pourtant, aucune ne se dégage vraiment : si l’hypothèque Jean-François Copé est provisoirement levée, les velléités de l’ancien Président Nicolas Sarkozy restent fortes malgré un calendrier judiciaire peu favorable (en garde à vue ce 1er juillet 2014, puis mis en examen cette nuit pour corruption et trafic d'influence actifs la nuit suivante), et au-delà des petites ambitions d’anciens ministres UMP, deux personnalités se distinguent, peut-être prêtes à s’annihiler mutuellement, François Fillon qui poursuit un véritable travail programmatique et Alain Juppé prêt à revenir dans la course malgré son âge avancé (71 ans à l’élection de 2017). En d’autres termes, l’incertitude demeure.

Du côté des centristes, que ce soit le MoDem ou l’UDI, les perspectives sont d’autant incertaines que la forte montée du FN pourrait inquiéter plus que tout. Il n’est pas sûr que François Bayrou ait envie de se présenter une quatrième fois, et le retrait de Jean-Louis Borloo de la vie politique laisse un assez grand vide à l’UDI qui pourrait imaginer une primaire ouverte commune UDI-UMP mais cela risquerait de rompre sa fragile alliance avec le MoDem.

Au PS, l’identité du candidat de 2017 n’aurait en principe pas posé de problème si François Hollande avait été un Président comme les autres, c’est-à-dire, avec toute l’autorité et la stature reconnue des siens. Certes, certaines opérations d’envergure n’ont pas manqué de panache, en particulier la célébration du 6 juin 1944 ainsi que la mise en scène de son soutien à Jean-Claude Juncker qui aura fait énormément avancer la démocratie au sein des instances européennes en privilégiant le Parlement Européen sur le Conseil Européen (je n’insisterai jamais assez sur le fait que c’est un événement historique).

On voit bien que le couple de l’exécutif est particulièrement déséquilibré au profit du Premier Ministre. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs, et on peut aussi citer Édouard Balladur qui était un Premier Ministre d’un très grand pouvoir en raison de la maladie présidentielle, ainsi que Dominique de Villepin qui avait une large capacité de manœuvre auprès d’un Président diminué par un accident vasculaire cérébral.

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Mais Manuel Valls pourrait-il se présenter à la place de François Hollande en 2017 ? À titre de comparaison, il avait été émis une telle hypothèse en 2012, en raison de la trop grande impopularité de Nicolas Sarkozy, que ce dernier laissât la place à son Premier Ministre François Fillon. Mais les hommes sont ce qu’ils sont et croient qu’ils peuvent faire des miracles, qu’on leur donnera finalement raison.

François Hollande a tout de même levé un coin du voile le 18 avril 2014 lors d’une visite de l’entreprise Michelin : « Si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017, je n’ai aucune raison d’être candidat ou aucune chance d’être réélu ! » avait-il susurré sans savoir qu’en mai 2014, la moyenne faisait état de 800 demandeurs d’emploi supplémentaires par jour, soit presque deux fois plus que le mois précédent (500 par jour).

Perspective qui ont réjoui le député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde (UDI) sur Twitter : « En évoquant l’idée qu’il pourrait ne pas se représenter en 2017, François Hollande a enfin trouvé un moyen de redonner espoir aux Français ! » (18 avril 2014).


Un sondage catastrophique pour Hollande

Justement, un sondage sur le sujet est particulièrement cruel pour le Président François Hollande. À l’annonce des résultats des élections européennes du 25 mai 2014, je m’étais permis de l’appeler "Monsieur 6%" en rapport avec le pourcentage d’électeurs inscrits qui s’étaient porté sur les partis qui appartiennent au gouvernement. Or, ce sondage le remettrait même à un niveau deux fois moindre, 3% !

En effet, le sondage réalisé par OpinionWay pour "Le Figaro Magazine" publié le 29 mai 2014 (téléchargeable ici), auprès de 2 502 personnes interrogées du 21 au 23 mai 2014 (donc avant les élections européennes), portait sur "le candidat du Parti socialiste à la présidentielle de 2017" et est sans complaisance pour l’Élysée.

La question était de savoir laquelle des personnalités proposées les sondés préféraient comme candidat du PS en 2017. Et François Hollande n’arriverait qu’en troisième position pour l’ensemble des Français (toute opinion confondue) avec seulement …3% ! Martine Aubry (10%) et Manuel Valls (26%) seraient devant lui.

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Évidemment, il est plus cohérent de ne prendre que l’opinion des sympathisants PS mais celle-ci serait à peine plus empathique : seulement 15% des sympathisants PS voudraient François Hollande comme candidat, contre 40% Manuel Valls et 16% Martine Aubry. Arnaud Montebourg serait très à la traîne avec seulement 3% des sympathisants PS (et étrangement, un peu plus, 4%, pour l’ensemble des Français, surtout soutenu par des électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2012).

Autre question qui ne trompe pas : le souhait que le PS organise une primaire pour désigner son candidat en 2017 (comme en 2011) même si François Hollande se représente. 81% des sympathisants la souhaiteraient tandis que seulement 65% de l’ensemble des Français.y seraient favorables.

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En clair, il y a un réel rejet de la part même des sympathisants socialistes (et plus généralement de tous les Français) d’une nouvelle candidature de François Hollande qui ne doit son élection que par défaut en opposition à Nicolas Sarkozy.


Manuel Valls candidat en 2017 ?

Fort d’un tel sondage qui met le doigt sur la très grande fragilité de François Hollande, Manuel Valls pourrait en profiter pour faire avancer l’idée que sa propre candidature serait la meilleure solution électorale d’un PS en complète dilution.

Mais il resterait alors à convaincre François Hollande lui-même… et à ne pas dilapider son petit capital de sympathie après trois ans d’exercice du pouvoir à la tête du gouvernement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (2 juillet 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sondage OpinionWay pour "Le Figaro Magazine" publié le 29 mai 2014 (à télécharger).
Les Premiers Ministres sous la Ve République.
Les résultats des élections européennes du 25 mai 2014.
François Hollande.
Manuel Valls.
Jean-Marc Ayrault.
Martine Aubry.
Arnaud Montebourg.
Le gouvernement Valls.

yartiVholls06




 
http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-couple-hollande-valls-et-la-153949

 

 

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