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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 12:06

Marges internationales et économiques très restreintes pour le nouveau Président de la République, écart finalement assez serré du second tour de la présidentielle, mais probable victoire aux législatives dont le levier majoritaire est mécaniquement sans appel.


yartiFH2012050601Une seule nuit d’état de grâce. Le 6 mai 2012 n’est pas le 10 mai 1981. Le nouveau Président François Hollande a décidé de ne pas fêter le 31e anniversaire de la victoire de François Mitterrand mais a préféré être présent à la 7e cérémonie de l’abolition de l’esclavage instituée par …Jacques Chirac au jardin du Luxembourg, près du Sénat présidé par son ami Jean-Pierre Bel.


La crise européenne n’en finit pas…

François Hollande se retrouve au milieu des turbulences extérieures, confronté à bien des difficultés dans une France et une Europe tourmentées : risque d’une nouvelle dégradation de la note financière de la France, effondrement de la Bourse de Paris, crise politique sans précédent en Grèce (que la flamme olympique quitte ce 10 mai) qui a élu ses députés le 6 mai 2012 avec une forte poussée de la gauche radicale et de l’extrême droite qui vont rendre le pays ingouvernable, convocation, pour cette raison, d’un sommet européen extraordinaire le 23 mai 2012 par Hermann Van Rompuy, le Président du Conseil européen, que François Hollande a reçu à Paris le 9 mai 2012 et aussi les déclarations provenant de l’Allemagne et de la Commission européenne qui ont affirmé qu’il était hors de question de renégocier le traité européen de stabilité budgétaire.

En revanche, il semblerait acquis qu’il y ait un additif sur la croissance, mais son contenu risque de faire frémir le nouveau gouvernement français puisqu’il s’agirait plus de réformes structurelles pour augmenter la compétitivité que d’une relance classique de la demande qui a toujours été un désastre dans une économie ouverte.

Ayant toujours refusé de prendre en compte la persistance de la crise pendant leur campagne électorale, les socialistes vont mesurer à quel point les pressions extérieures sont rudes mais aussi intérieures puisqu’il est aussi question de nombreux plans sociaux qui attendaient la fin de la période électorale avant d’être mis en œuvre.

François Hollande a prévu de rencontrer ce 10 mai 2012 le Premier Ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui est surtout le président de l’Eurogroupe.


Fin du quinquennat

Ce jeudi 10 mai 2012, le Premier Ministre François Fillon, qui a duré cinq ans à Matignon, soit le deuxième record de longévité sous la Ve République, derrière Georges Pompidou (1962-1968) mais devant Lionel Jospin (1997-2002) et Raymond Barre (1976-1981), va donner la démission du gouvernement au Président sortant Nicolas Sarkozy.

C’est à onze heures que Jean-Louis Debré, Président du Conseil Constitutionnel, a proclamé officiellement les résultats du second tour de l’élection présidentielle du 6  mai 2012. François Hollande a recueilli 51,63% des suffrages exprimés, avec 18 000 668 voix. Dans sa séance du 10 mai 2012, le Conseil Constitutionnel a annulé 8 571 suffrages pour irrégularités avec le code électoral (ce qui correspond à vingt bureaux de vote sur 65 000 bureaux de vote au total).


51,63% et 18 000 668 voix

C’est légèrement en dessous du pourcentage de François Mitterrand le 10 mai 1981 où il avait obtenu 51,76% et bien en dessous de son concurrent le 6 mai 2007 (53,06%). D’ailleurs, malgré la croissance démographique, François Hollande a recueilli moins de voix que lors des deux précédents seconds tours d’élection présidentielle (Jacques Chirac avait recueilli 25 537 957 voix le 5 mai 2002, record qu’il sera difficile de battre, et Nicolas Sarkozy avait obtenu 18 983 138 voix le 6 mai 2007).

La marge de victoire du nouveau Président a été d’un peu plus de 1,1 million de voix, ce qui est une belle victoire même si l’écart est finalement assez faible, parmi les plus faibles de la Ve République.

Il est en effet le second Président le moins bien élu si l’on prend le pourcentage par rapport aux électeurs inscrits : il n’a obtenu que 39,08% des inscrits, ce qui est comparable à la première élection de Jacques Chirac le 7 mai 1995 (39,43%) mais supérieur à celle de Georges Pompidou le 15 juin 1969 (37,51%), alors que tous les autres prédécesseurs se sont retrouvés avec des scores allant de 42,5% à 45,5% (à l’exception de la réélection de Jacques Chirac le 5 mai 2002 qui a eu 62,00% des inscrits).

Si l’on prend également le pourcentage de l’écart de voix par rapport aux électeurs inscrits, François Hollande est également le second moins bien élu avec 2,47% (nombre de voix d’écart sur nombre des inscrits). Il dépasse seulement Valéry Giscard d’Estaing dont l’élection le 19 mai 1974 fut la plus serrée avec seulement 1,39% et n’est pas loin de son illustre prédécesseur socialiste qui le 10 mai 1981 avait eu 2,93%. L’écart relatif par rapport à l’ensemble du corps électoral a toujours été supérieur à 4% (3,96% précisément le 7 mai 1995) allant jusqu’à 10,58% le 15 juin 1969 et même 48,58% le 5 mai 2002.


Les reports de voix

Le faible écart entre les deux candidats du second tour montre finalement que Nicolas Sarkozy avait eu raison de croire que, malgré son impopularité, sa réélection était possible. En effet, les données montrent en tout cas que ce n’était pas impossible. Pas sûr en revanche de savoir dans quel sens il aurait dû ponctuer encore plus sa campagne : vers le centre ? ou vers la droite ?

Je pense que c’est cette droitisation de sa campagne qui l’a perdu.

Si l’on en croit le sondage Ipsos pour France Télévisions, Radio France, "Le Monde" et "Le Point" (à télécharger ici), 27% des électeurs de François Bayrou au premier tour auraient voté pour François Hollande (et 40% pour Nicolas Sarkozy) tandis que seulement 13% des électeurs de Marine Le Pen auraient voté pour François Hollande (et 50% pour Nicolas Sarkozy). En voix, cela correspondrait ainsi à près de 900 000 électeurs de François Bayrou et à 830 000 électeurs de Marine Le Pen qui auraient voté pour François Hollande au second tour.

Cet un peu plus d’un million de voix d’écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy aurait donc pu s’inverser si seulement 570 000 électeurs avaient changé de candidat. Il est évidemment difficile de savoir quel a été l’impact de la position personnelle de François Bayrou (dont je reparlerai) sur ses électeurs du premier tour en sachant qu’un tiers d’entre eux (soit environ un million) avait été assez hésitant sur ce qu’il convenait de faire au second tour.

yartiFH2012050602


Élu par défaut ?

Autre remarque qui provient du sondage Ipsos déjà cité, François Hollande aurait été élu par défaut. En effet, parmi ses électeurs du second tour, 45% auraient voté pour lui pour qu’il fût élu Président tandis que 55% auraient voulu avant tout faire barrage à Nicolas Sarkozy. Ce rapport s’inverserait chez les électeurs de Nicolas Sarkozy dont 54% voulaient sa réélection tandis que 46% ne voulaient pas de François Hollande ni de la gauche au pouvoir.

Le vote Hollande aurait donc été majoritairement un vote de rejet tandis que le vote Sarkozy aurait été majoritairement un vote d’adhésion.

D’ailleurs, François Hollande l’a bien compris et c’est pourquoi il a eu le triomphe modeste. Pas question de parler de passage de la nuit au jour. Nicolas Sarkozy, parallèlement, a eu la défaite sportive, souhaitant le plus grand succès à l’élu pour l’intérêt du pays (ce qui est normal en régime républicain). Inaugurée le 8 mai 1995 au lendemain de la victoire de Jacques Chirac (le 8 mai a désormais "l’habitude" de "tomber" entre le second tour et l’investiture d’un nouveau Président), la commémoration biprésidentielle de ce 8 mai 2012 a eu lieu dans une ambiance de consensus républicain d’autant plus rassurant que la campagne a été violente.


Qui à Matignon ?

La première décision de François Hollande sera le choix du futur Premier Ministre. Le choix semblerait s’acheminer entre Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry, avec un avantage au premier dont l’affaire de l’aéroport nantais a été rapidement désarmorcée en renvoyant aux "calendes grecques" la décision finale. Étrangement, comme en mai 1995 (affaires Juppé et Tibéri), des affaires politico-financières sont en train de ressortir concernant justement ces deux personnalités. Dans le sondage Ipsos, Manuel Valls aurait aussi la faveur de 26% des Français (au top, ex aequo avec Martine Aubry) mais surtout boosté par les sympathisants de la nouvelle opposition présidentielle.

Le choix sera évidemment un bon signe sur la pratique présidentielle de François Hollande : ou il choisit Jean-Marc Ayrault (en quatrième position, qui ne dépasse pas 17% de souhait, y compris chez les sympathisants socialistes) et ce sera la conduite classique d’un Président sous la Ve République ; ou il choisit Martine Aubry, première secrétaire du PS, souhaitée par tous ses électeurs, et chef du parti majoritaire, et dans ce cas, il aura une inflexion plus parlementaire de sa pratique.

Parmi les autres inconnues du nouveau gouvernement, y aura-t-il des ministres écologistes avant les législatives ? Avec seulement 2,2% pour Eva Joly, EELV ne représente plus grand chose dans l’électorat et n’a plus beaucoup d’utilité pour les socialistes.


Les législatives de juin 2012

Cela dit, Martine Aubry a déjà annoncé qu’elle ne serait pas candidate aux législatives (elle est peu appréciée à Lille et voudrait éviter l’échec comme Alain Juppé le 17 juin 2007 qui avait dû renoncer à son grand Ministère d’État), et il paraîtrait bien difficile de diriger la campagne des législatives sans être soi-même candidate.

Les élections législatives pourraient-elles être perdues par le PS ? Je ne le pense pas. L’histoire de la Ve République a montré que les électeurs ont toujours suivi une certaine cohérence entre l’élection présidentielle et des élections législatives organisées dans la foulée (juin 1981, juin 1988, juin 2002, juin 2007). Le PS n’a aucune raison d’imaginer qu’il n’obtiendra pas de majorité à l’Assemblée Nationale.

La vraie incertitude concerne plutôt l’ampleur d’une victoire législative. Est-ce que ce sera plus proche de juin 1981 ou encore juin 1997, avec une majorité absolue claire, ou plus proche de juin 1988 avec seulement une majorité relative nécessitant de zigzaguer entre des centristes pour l’instant inféodés dans une alliance avec l’UMP ou un MoDem qui aura bien du mal à avoir des élus, et des députés plus radicaux à gauche (Front de gauche ou écologistes) ?

De plus, la campagne présidentielle ayant été très tendue, il est probable qu’il y aura bien plus d’abstention aux législatives qu’à la présidentielle. L’affaire est maintenant entendue avec la victoire de la gauche. Quoi qu’on en dise, l’électorat de l’UMP se mobilisera certainement peu en juin (en 1981, des électeurs RPR avaient même voté PS aux législatives par simple légitimisme).


L’influence du FN ?

Par ailleurs, il est faux de penser que le FN serait capable de faire sa loi en juin. Pour avoir une petite idée de sa capacités à provoquer des triangulaires, il suffit de voir quel fut le poids du MoDem en juin 2007 avec les 18,6% de François Bayrou du 22 avril 2007 (près de 7 millions d’électeurs, soit supérieur à la performance de Marine Le Pen le 22 avril 2012). Le FN comme le parti centriste sont des partis qui ont les meilleurs résultats dans un scrutin proportionnel ou à l’élection présidentielle grâce à la personnalité de leur leader, mais sont très mauvais dans un scrutin majoritaire.

Et puis, la règle pour arriver au second tour est très sévère puisqu’il faut 12,5% des électeurs inscrits. L’abstention au premier tour des législatives du 10 juin 2007 avait été de 39,56% alors que la participation au premier tour de la présidentielle du 22 avril 2007 avait été légèrement supérieure à celle du 22 avril 2012 (83,77% au lieu de 79,48%).

Vu la baisse d’enthousiasme pour la politique en 2012 par rapport à 2007, il est fort probable que l’abstention ne soit pas plus faible que 40% (le niveau de juin 2007), ce qui signifie que pour figurer au second tour, il faudra obtenir dans sa circonscription en moyenne au moins 20 à 21% (en négligeant les votes blancs et nuls qui n’étaient que de 1,9% en 2007).

Il est probable que dans les circonscriptions où le FN a montré beaucoup de force le 22 avril 2012, notamment dans le Sud-Est, il y ait quelques dizaines de candidats capables de se maintenir au second tour mais il est faux de dire qu’il y en aura plus de trois cents comme le clame depuis plusieurs jours Marine Le Pen.


Premières mesures

La passation des pouvoirs aura lieu dans la journée du mardi 15 mai 2012.

Au-delà de la composition du nouveau gouvernement, les autres premières décisions du Président Hollande seront probablement symboliques, comme l’abrogation d’un décret signé le 8 mai 2012 sur l’évaluation des enseignants (considéré comme une ultime provocation du pouvoir sortant) et le décret permettant aux personnes ayant travaillé plus de quarante et un ans de prendre leur retraite à 60 ans.

Pendant cet interrègne, il est regrettable que la Fête de l’Europe du 9 mai ait été passée sous un grand silence médiatique et politique. S’il y a bien une zone dans le monde à qui c’est la fête en ce moment, c’est bien l’Europe !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 mai 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’élection de 2012.
Premier tour de la présidentielle 2012.
Second tour de la présidentielle 2012.
Bilan du quinquennat.
Le vote Sarkozy.
Sondage sur les reports et raisons des votes du 2nd tour (à télécharger).
Résultats officiels proclamés par le Conseil Constitutionnel (10 mai 2012).
Quel prochain Premier Ministre ?

yartiFH2012050603 

 
http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-etat-de-grece-du-president-116573

 

 



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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 11:03

Les résultats du second tour de l'élection présidentielle du 6 mai 2012  viennent d'être proclamés par Jean-Louis Debré, le Président du Conseil Constitutionnel ce 10 mai 2012 à 11h00.

 

Inscrits : 46 066 307 citoyens français.  
Abstentions : 9 049 998 (19,65% des inscrits). 
Votants : 37 016 309 (80,35% des inscrits).
Blancs ou nuls : 2 154 956 (4,68% des inscrits ; 5,82% des votants).
Exprimés : 34 861 353 (75,68% des inscrits ; 94,18% des votants).

M. François HOLLANDE : 18 000 668 soit 51,63% des exprimés.
M. Nicolas SARKOZY : 16 860 685 soit 48,37% des exprimés.


Les résultats officieles du premier tour du 22 avril 2012 sont ici :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-103907512.html

Lire une analyse de ces résultats du second tour ici :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-104723286.html 





SR

 

 

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 18:58

Dans le sondage Ipsos/Logica Business Consulting pour France Télévisions, Radio France, "Le Monde" et "Le Point" publié le 7 mai 2012, il est exploré les différents reports de voix entre les deux tours de la présidentielle 2012 (l'étude a été faite entre le 3 et 5 mai 2012, donc avant le premier tour).

Ce qui est intéressant est la répartition de l'électorat de Marine Le Pen et de François Bayrou.

L'électorat de François Bayrou : 27% sont pour voter Hollande, 40% pour Sarkozy et le reste pour le vote blanc ou l'abstention.

L'électorat de Marine Le Pen : 13% sont pour voter Hollande, 50% pour Sarkozy et le reste pour le vote blanc ou l'abstention.

Par ailleurs, les votes pour Hollande et Sarkozy sont quasiment partagés en deux.

Les électeurs de Hollande du 2nd tour le sont à 45% pour que Hollande soit Président et à 55% pour s'opposer à Sarkozy.

Les électeurs de Sarkozy du 2nd tour le sont à 54% pour que Sarkozy reste Président et à 46% pour s'opposer à Hollande.

En clair, le vote Sarkozy est majoritairement d'adhésion et le vote Hollande est majoritairement par défaut.


Cliquer sur le lien pour télécharger le sondage Ipsos (fichier .pdf) :
http://www.ipsos.fr/sites/default/files/attachments/rapport_2ndtourelectionpresidentielle-6mai2012.pdf


SR

 

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 10:18

François Hollande a été élu Président de la République avec 51,62% des suffrages exprimés contre 48,38% pour Nicolas Sarkozy, selon les résultats définitifs communiqués ce lundi 7 mai 2012 matin par le Ministère de l'Intérieur et intégrant les résultats des votes des Français de l'étranger. Cela correspond à un peu moins que le score de François Mitterrand le 10 mai 1981 (51,76%). Le taux de participation s'est élevé à 80,34%. La part de bulletins blancs ou nuls est de 5,80% des votants.

Lire aussi :

http://0z.fr/02fAW



SR


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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 20:40

Si la victoire de François Hollande était prévisible depuis juin 2011, elle marque cependant un tournant dans l’histoire de la Ve République : jamais un homme sans expérience ministérielle, sans leadership personnel deux ans auparavant, n’avait réussi à se hisser dans la cour des grands jusqu’à en devenir, lentement mais sûrement, le premier d’entre eux. Malgré ma déception, saluons l’artiste !


yartiSecondTour02Selon les premières estimations, François Hollande aurait gagné l’élection présidentielle du 6 mai 2012 avec 51,8% des suffrages exprimés.

Quelle que soit l’éventuelle affinage des résultats (certains évoquent 52% ou même 53%), il est clair que la conclusion de cette très longue campagne présidentielle est sans appel, ce qui constitue pour François Hollande, et plus généralement pour le PS, une belle victoire et rompt avec une sorte de malédiction républicaine. Une belle revanche pour… Ségolène Royal et Lionel Jospin.

Saluons-la tout en la regrettant, puisque je considère qu’il y a de quoi être inquiet sur l’avenir économique de la France. Espérons que le nouveau Président saura être assez pragmatique et ne pas faire trop de concessions à ses ailes gauchisantes qui voudraient marquer encore plus leur apport à la victoire.

Rappelons à tout hasard, car la France est coutumière de ces retours de balanciers depuis une trentaine d’années, que la raison n’est pas tributaire du nombre, sauf à reprendre une expression connue du socialiste André Laignel en 1981 : « Vous avez juridiquement tort car vous êtes politiquement minoritaire. ».

La France, qui n’a jamais été autrement que démocratique, prend donc un tournant particulier avec l’élection de François Hollande. Nul doute que bon nombre d’électeurs qui ont cru de bonne foi que Nicolas Sarkozy était le responsable personnel de leurs malheurs verront très rapidement que c’était une erreur de diagnostic et qu’au contraire, il avait réussi à tenir le pays la tête hors de l’eau grâce à ses réformes courageuses.

Je pense en effet que l’échec de Nicolas Sarkozy est injuste quand on regarde le bilan globalement positif (bien que contrasté) qu’il laisse aux Français après quatre ans de dures crises financières mais il est incontestable que sa pratique présidentielle et ses stigmatisations ont pris l’ascendant sur les programmes politiques dans le choix des Français, puisque la gauche n’avait recueilli que 43% au premier tour du 22 avril 2012.

Nicolas Sarkozy, qui a pris la parole très tôt  à la Mutualité (à 20h22) a téléphoné sportivement à François Hollande pour le féliciter et a déclaré  : « J'ai essayé de faire de mon mieux pour protéger les Français. ».

Celui qui a tant raillé le tandem Sarkozy-Merkel va probablement, de son côté, téléphoner dès cette nuit (du 6 au 7 mai 2012) à Angela Merkel et ira la rencontrer d’ici dix jours. Son plan pour une relance de la croissance va être âprement négocié avec Allemagne. Après tout, si François Hollande réussissait à convaincre la chancelière, ce serait probablement un geste fondateur encourageant de son quinquennat mais qui ne devrait sans doute pas l’aider à préserver des alliés qui vont devenir assez encombrants.

Lorsqu’en début janvier 2010, François Hollande avait refusé de prendre la succession de Philippe Séguin à la première Présidence de la Cour des Comptes comme le lui avait proposé Nicolas Sarkozy, il avait évidemment en tête que son destin était ailleurs. À l’époque, il y croyait déjà très fort (et il rasait ses amis socialistes tout obnubilés par la popularité de Dominique Strauss-Kahn) mais personne n’aurait misé un seul sou sur sa victoire deux ans plus tard. Ses deux principaux alliés furent Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy eux-mêmes qui firent tout pour se mettre des bâtons dans les roues.

Je suis déçu, mais j’admets que dans cette campagne 2012, celle de François Hollande a été l’événement. L’événement dans la durée, la fréquence, la densité. Contrairement aux autres candidats (y compris Eva Joly), François Hollande a dû passer par deux filtres éprouvants du suffrage universel direct à deux tours, ce qui fut rude. La primaire socialiste n’a pas été une formalité, et l’élection elle-même où il s’est forgé une image de clone de Mitterrand un peu inquiétant, avec une voix complètement cassée à force de viser plus haut qu’il n’en est capable. Au point peut-être d'imiter jusqu'à son score d'élection (François Mitterrand avait gagné le 10 mai 1981 sur Valéry Giscard d'Estaing avec 51,76% des suffrages exprimés).

Chapeau l’artiste, et maintenant, au travail !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 mai 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bilan de Nicolas Sarkozy.
L’impopularité présidentielle.
Mon vote du second tour.
Premier tour de l’élection présidentielle.
La logique présidentielle du PS.
Clone de Mitterrand ?
Trois raisons de voter Hollande.

Trois raisons de ne pas voter Hollande.
Hollande candidat dès janvier 2010.

yartiSecondTour01


http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/hollande-nouveau-president-de-la-116283

 

 

 

 



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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 20:00

51,8% selon les estimations...

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 10:07

(verbatim)

 

 

Message de Nicolas Sarkozy aux Français

 

Dimanche, vous aurez, dans vos mains, l’avenir de notre pays. Vous en particulier. Chaque voix comptera, la vôtre, celles de vos amis, de vos parents, de vos voisins, comme jamais dans l’Histoire car nous vivons une période difficile, à l’aube d’un nouveau monde.

Tout au long de cette campagne, je suis allé à votre rencontre, sans fard, sans protocole, dans plus d’une centaine de villes. Chaque jour, j’ai senti monter une mobilisation comme je n’en avais jamais connue en 35 ans de vie politique, parce que vous refusez que l’on vous dicte votre conduite. Vous voulez faire un choix en liberté et vous le ferez.

Que de chemin parcouru, avec vous. Ensemble, nous avons affronté quatre années de crises, sans doute les plus dures que le monde ait connues depuis des décennies. J’avais pris l’engagement de vous protéger. Je l’ai fait de toutes mes forces. Nous nous sommes battus et la France a tenu. Tout au long de ces 5 années, j’ai mis mon cœur, mes tripes, mon énergie, mon amour de la France dans la mission que vous m’avez fait l’honneur de confier. Je n’ai jamais baissé les bras, pour vous, pour notre pays.

Ensemble, nous avons commencé à préparer l’avenir qui s’annonce grand pour nous tous car un nouveau monde plein de promesses est en train de naître. Le chemin que nous prendrons déterminera votre avenir, et le visage de la France de demain.

Dimanche, votre choix ne devra être dicté que par une seule question : que voulez-vous pour votre pays ? Quelle France souhaitez-vous bâtir pour vos enfants ? Quelles valeurs revendiquez-vous ? Je rêve d’un pays qui promeut le travail, le mérite, l’autorité, la responsabilité et l’excellence, un pays qui promeut l’égalité des chances et non égalitarisme, le nivellement, l’immobilisme.

Cher ami, n’ayez pas peur. Ayez confiance en vous. Dans les deux jours qui viennent, si vous parvenez à convaincre, ne serait-ce qu’une personne de nous rejoindre, vous ferez la différence. Si vous persuadez chacun une personne, alors le 6 mai, personne ne votera à votre place, ce sera VOTRE victoire, celle de la France !

C’est le moment où jamais.

Dites-le haut, dites-le fort, dites-le dimanche !    
       
Avec toute ma détermination et mon amitié,    
Nicolas Sarkozy

 

 

 

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 06:47

Selon le journaliste Émile de Girardin repris par Pierre Mendès France, « gouverner, c’est prévoir ». Pour les électeurs, voter, c’est aussi prévoir.


yartiSarkoCP01Le scrutin du second tour va se dérouler entre deux candidats qui, en ce qui me concerne, ne me conviennent pas. Pourtant, les institutions étant ce qu’elles sont, il convient malgré tout de faire un choix. Ne pas choisir, ou plutôt, choisir de s’abstenir ou de voter blanc, c’est délibérément laisser à d’autres le soin de choisir à ma place. Je dois donc choisir également, quitte à choisir le moins mauvais, ou à ne pas choisir celui que je crois être le plus mauvais pour l’avenir du pays.

Ce choix peut se décliner en plusieurs points que je vais aborder : les valeurs (le plus important), la politique nationale proposée (pas moins important, surtout en période de crise), l’homme, sa personnalité, sa capacité à présider, à décider, et enfin, son parti, son environnement partisan, et j’inclurai aussi un paragraphe un peu plus insolite.

Les élections présidentielles ponctuent depuis quarante-sept ans notre vie démocratique. Elles remettent tous les compteurs à zéro. À tel point qu’à chaque échéance, il y a une nuée d’électeurs qui se sont enthousiasmés pour le candidat qui a été élu et quelques mois ou années après, qui sont tombés dans une grande déception voire amertume, un sentiment de s’être fait tromper.

Pourtant, c’est un cycle classique qui s’est vérifié avec l’élection de François Mitterrand qui voulait rompre avec la capitalisme, avec l’élection de Jacques Chirac, pourfendeur de la fracture sociale, et enfin avec l’élection de Nicolas Sarkozy pour qui tout était possible. Le favori François Hollande, si jamais il était élu, n’échapperait pas à cette vague de déception et il serait même fort probable qu’elle survienne très tôt à cause de la persistance de la crise.

J’ai déjà évoqué quelques points positifs du bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy, en particulier le Traité de Lisbonne, la réponse à la crise financière depuis 2008, la réforme des universités, le Grand Paris, la politique étrangère notamment en Libye et en Côte d’Ivoire, la réforme des retraites, la question prioritaire de constitutionnalité, et j’ai juste cité aussi la sécurité routière, la revalorisation du salaire des enseignants, du minimum vieillesse, de l’allocation pour les personnes handicapées, le service minimum en cas de grèves dans le secteur public, la réforme de la carte judiciaire, la suppression de la publicité à la télévision publique, le RSA, ou encore le financement des internats d’excellence…

Mais j’ai également admis qu’un bilan (qui est très contrasté puisqu’il y a aussi des points négatifs, en particulier sur la cohésion sociale, je l’ai également évoqué) n’était pas un argument soit pour se faire élire ou réélire (Lionel Jospin en sait quelque chose) soit même pour se faire battre, car l’essentiel est la vision de l’avenir, pas celle du passé qui va bientôt appartenir aux historiens.


1. Les valeurs

L’un des éléments marquants de cette élection est l’accroissement de l’électorat du FN (plus d’un million d’électeurs en plus entre 2002 et 2012). La crise est en grande partie responsable de cet état de fait, élément qu’on peut retrouver dans les autres démocraties européennes depuis trois ans.

La première semaine de l’entre-deux tours a été particulièrement affligeante dans la chasse aux électeurs de Marine Le Pen et malheureusement, il se trouve que les deux candidats finalistes se valent dans ce sport. Les deux admettent par exemple le principe général que l’immigration est en elle-même génératrice de trouble pour le pays, chômage, déficit public, insécurité etc. L’un veut réduire l’immigration légale de moitié, l’autre du tiers. Quelles différences ? Sur les principes, aucun, et c’est cela qui est grave : la lepénisation des esprits semble avoir vaincu autant l’UMP que le PS (dont l’un des principaux leader, Arnaud Montebourg, n’a pas hésité, le 23 avril 2012 sur France 2, à parler de consensus sur la question de l’immigration entre le PS, le FN et l’UMP !).

J’aurais pensé que la gauche, qui se drape si souvent dans une morale stoïque, aurait pu être un rempart à ces idées qui vont à l’encontre du vivre ensemble : non, apparemment, seuls Jean-Luc Mélenchon à l'extrême gauche et François Bayrou au centre semblent défendre avec fermeté les valeurs d’humanisme qui ont construit la France depuis plus de deux siècles.

Rien ne dit que si Nicolas Sarkozy n’avait pas droitisé autant son discours du premier tour, notamment avec cette notion stupide de frontières (ce qui m’a écœuré personnellement), la candidate du FN n’eût pas obtenu un score supérieur à 20% voire 25% au premier tour. Rien. Et tout laisse à penser qu’en cas d’élection de François Hollande, le FN relooké en parti marine au culte de la personnalité encore plus criant qu’à l’époque paternelle verrait son audience encore monter par la haine que pourraient attiser des mesures comme le droit de vote des étrangers, ce qu’a bien su déjà faire François Mitterrand à une époque où il a laissé volontairement prospérer ce parti dans les médias à partir du 13 février 1984 (l’ancien directeur adjoint de cabinet de François Mitterrand, Gilles Ménage, avait confirmé que le Président avait bien donné des consignes claires à Antenne 2 pour que Jean-Marie Le Pen fût régulièrement invité à "L’Heure de Vérité").

De plus, je suis incapable de savoir si Nicolas Sarkozy a jeté de l’huile sur le feu ou si, plus simplement, il n’a fait qu’accompagner (avec des propos que je réprouve) une société qui se délite de plus en plus. D’ailleurs, le FN avait atteint 15% déjà en 1988 et Nicolas Sarkozy existait à peine dans la vie politique nationale. Et son éventuel départ ne ferait sûrement pas diminuer ce niveau d’alerte. Je crois que la société n’a pas eu besoin des stigmatisations (inutilement provocatrices) de Nicolas Sarkozy pour se déliter toute seule (c’est lui donner un pouvoir qu’il n’a pas) mais je regrette qu’en tant que Chef de l’État et donc, garant de la cohésion nationale, il n’ait pas eu des propos pacificateurs et rassembleurs comme en avaient tenu ses prédécesseurs.

Il faudra également m'expliquer en quoi un Président serait rassembleur lorsqu'il ne veut rassembler que le "peuple de gauche" et pas l'ensemble des Français. Les deux candidats restés en lice sont tous les deux germes de division du peuple français, sources de clivages profonds de la société française.

Par ailleurs, toujours sur le plan des valeurs, François Hollande s’est engagé dans une éthique qui m’apparaît contestable et très douteuse et cela m’inquiète pour l’avenir. Ses positions en faveur de l’euthanasie active, alors qu’il y a la très bonne loi Leonetti du 22 avril 2005, et sur l’expérimentation des cellules souches d’embryons humains vont à l’encontre de mes valeurs.

Pour les cellules souches, la seule restriction qu’il souhaite mettre est d’éviter tout aspect marchand, ce qui est fort bien mais nettement insuffisant car cela signifie qu’il accepte le principe même, odieux, de l’instrumentalisation du vivant (il vaut mieux la situation actuelle d’interdiction avec dérogation que d’autorisation avec un encadrement qui serait de toute façon insuffisant).

Ces deux mesures sont des brèches inadmissibles vers une société que je ne veux à aucun prix, un mix entre "1984" et "Bienvenue à Gattaca". À terme, il y aurait des euthanasies non consenties. En Belgique, l’épreuve de la réalité n’est pas très belle : un tiers des personnes euthanasiées n’ont pas exprimé explicitement leur consentement (rapport Régis Aubry du 14 février 2012). À terme, il y aurait fabrication de l’humain vivant à simple finalité thérapeutique pour d’autres humains vivants. Ce serait l’inverse de l’abolition de la peine de mort, ce serait une régression terrible dans la pensée nationale.


2. Le projet présidentiel pour la nation

C’est la partie la plus politique puisqu’il s’agit de connaître les différentes mesures qui seront décidées pour les cinq prochaines années, à condition que l’Assemblée Nationale suive l’Élysée, ce qui, en un mois de distance, a les grandes chances de se réaliser (sans peut-être une majorité absolue très affirmée).

Du côté de Nicolas Sarkozy, à part une lettre fleuve, il n’y a pas vraiment de programme à proprement parlé. Il y a surtout quelques idées fortes dont aucune ne m’a apparu vraiment transcendante et certaines plutôt négatives par rapport à la solidarité nationale et à la cohésion sociale (faudra-t-il obligé un chômeur surdiplômé de se réorienter dans la plomberie ou la maçonnerie ? La question me paraît pertinente).

Du côté de François Hollande, ce sont les vieilles recettes de la gauche dans l’opposition : en cas d’élection, il creuserait à l’évidence les déficits publics, notamment avec le recrutement de 60 000 fonctionnaires supplémentaires et les contrats aidés (qui n’ont jamais marché, dixit Martine Aubry pendant la primaire). Car il n’a pas dit où il prendrait l’argent, si ce n’était cette taxe idéologique de 75% sur les hauts revenus qui ne rapporterait rien selon son entourage même.

S’il croit avoir gagné le bras de fer avec ses partenaires européens, le candidat socialiste se trompe car le pacte de croissance ne représente pas la même chose entre eux : d’un côté, une sorte de relance avec de l’argent public, de l’autre, des réformes structurelles pour améliorer la compétitivité des entreprises, réformes qu’avaient réalisées Gerhard Schröder en Allemagne dès 2004. La règle d’or que le favori refuse obstinément est pourtant la première clef qui protège les peuples de gouvernants trop portés sur la dépense par clientélisme.

Les dernières expériences socialistes en France ont abouti à des catastrophes économiques : les nationalisations en 1981 ont été une aberration économique, et les 35 heures en 1997 ont été une mesure anachronique dans un monde globalisé où, au contraire, il faudrait travailler plus (Nicolas Sarkozy a très bien saisi cet enjeu, tant dans sa campagne de 2007 que ce 1er mai 2012 au Trocadéro). Les 35 heures ont gelé les salaires des travailleurs pendant une décennie, ont fait augmenter de 40% le coût du travail et ont plombé l’économie lors la crise de 2000-2001 (bulle Internet).

Or, maintenant, nous sommes dans une crise bien plus durable (la pire depuis 1929 !) et toutes les mesures dépensières vont mener le pays à la ruine. Le retour à l’équilibre serait prévu pour François Hollande à 2017, c’est-à-dire à la fin du prochain quinquennat, avec des prévisions de croissance complètement farfelues. Aucun plan B n’a été imaginé par ses équipes. Heureusement, certains proches du candidat socialistes sont plus raisonnables et affirment à moins d’une semaine du second tour que François Hollande « ne pourra réaliser la totalité de [son] programme car tout simplement, les moyens du pays ne le permettent pas » ! Il s’agit de Jérôme Cahuzac sur France 2 le 30 avril 2012.

Ce n’est pas pour rien si dix-neuf économistes français apolitiques ont décidé de soutenir Nicolas Sarkozy dans une tribune au journal "Le Monde" du 2 mai 2012 : « Les perspectives ouvertes par M. Sarkozy nous impressionnent beaucoup plus favorablement. (…) Pour améliorer la vie de ses citoyens, compter dans le monde et rester à la hauteur de ses engagements internationaux, la France doit encore se moderniser profondément. Ni de droite ni de gauche, la science économique aide à délibérer les choix, et elle a informé le nôtre : des deux candidats, Nicolas Sarkozy nous semble le mieux capable de prendre l'avenir à bras-le-corps. ».

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Cela pour le volet économique. Sur le volet de la démocratie, on ne peut pas dire non plus que François Hollande engendre confiance et enthousiasme.

D’abord, rappelons que Nicolas Sarkozy a été bien plus entreprenant que ses prédécesseurs dans l’approfondissement d’une démocratie adulte.

La question prioritaire de constitutionnalité est un élément novateur majeur du droit français. Des droits nouveaux ont été attribués aux parlementaires, notamment dans la nature du texte discuté en séance publique (le texte corrigé par la commission et pas le texte du gouvernement, c’est un point clef dans l’élaboration de la loi). La limitation à deux mandats présidentiels successifs évite aussi l’appropriation trop longue par un seul du pouvoir suprême (François Mitterrand a duré quatorze ans, Jacques Chirac douze ans).

Nicolas Sarkozy a fait désigner un membre de l’opposition à présidence cruciale de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale (Jérôme Cahuzac) et à la première Présidence de la Cour des Comptes (Didier Migaud), et n’a pas hésité à promouvoir la candidature d’un potentiel rival à la tête du FMI.

Enfin, sur la transparence du budget de l’Élysée, il a permis à la Cour des Comptes (présidée par un membre de l’opposition, je le répète) d’en faire un rapport chaque année alors qu’avant 2007, aucun Président de la République n’avait levé l’opacité complète de cette ligne budgétaire qui mélangeait ses propres revenus et le budget de fonctionnement de l’Élysée, ce qui permettait toutes les dérives (en particulier de 1981 à 2007). L’augmentation des indemnités présidentielles n’a rien eu de choquant puisqu’il s’agissait de les mettre au même niveau que celles du Premier Ministre.

La baisse de rémunération de 30% des salaires du Président et des ministres proposée par François Hollande est surtout démagogique, n’apporterait rien de plus dans le budget de l’État même s’il s’agit d’une mesure symbolique qui aurait le sens de l’exemplarité s’il était question de baisser les pensions de retraite ou le salaire des fonctionnaires (mesures qu’a évitées Nicolas Sarkozy mais qui ont été récemment décidées au Royaume-Uni et en Espagne, par exemple).

Quant à la démocratie irréprochable, il faudra demander à l’ancien premier secrétaire du PS comment se sont passés les dépouillements du congrès de Reims en novembre 2008, et pourquoi l’on parle d’affaires politico-financières dans les Bouches-du-Rhône et dans le Pas-de-Calais. Le PS et l’UMP, deux grands partis à la recherche de fonds, se valent dans ce domaine, avec leur lot de pourriture.


3. La personnalité

La personnalité est un critère important lorsqu’on choisit un homme (ou une femme) à la tête de l’État. Il faut imaginer toutes les décisions graves qu’un Président de la République est amené à prendre et qui parfois concernent la vie ou la mort.

Si la manière est loin d’être irréprochable, Nicolas Sarkozy a montré un courage et un dynamisme dans la fonction présidentielle qui ont fait de lui un véritable manager de la maison France. Il a su réformer le pays, sans doute de façon assez brouillonne, mais sans avoir peur de l’impopularité, ce qui est une marque de détermination (et aussi d’intérêt général : un homme qui ne se préoccuperait que de lui-même ferait tout pour rester populaire, donc ne ferait aucune réforme).

De l’autre côté, c’est l’inconnu total. François Hollande n’a eu aucune expérience ministérielle, n’a jamais eu le pouvoir qu’à Tulle ou qu’au conseil général de Corrèze qui a battu le record national du surendettement. Ce n’est pas rien quand son ancienne compagne et mère de ses quatre enfants, quelqu’un qui le connaît donc assez bien, a dit qu’en trente années de vie politique, il n’avait jamais rien fait (Ségolène Royal pendant la primaire).

L’inexpérience ministérielle pourrait être doublée par l’inexpérience ministérielle du Premier Ministre le plus probable, Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes, qui aurait déjà désigné son futur cabinet (sans attendre l’élection !).

De la manière de se comporter dans la vie politique, François Hollande a surtout montré deux aspects de sa personnalité, les deux ayant pour finalité le consensus mou : l’indécision et l’hypocrisie.

Principale indécision, c’est lorsqu’il est à la tête du PS et qu’il a refusé, au congrès du Mans, le 20 novembre 2005, de clarifier la position du PS sur la construction européenne alors qu’il venait de se diviser en deux parties égales lors du référendum du 29 mai 2005.

L’hypocrisie, on peut la retrouver à plusieurs reprises. Par exemple, il est contre le cumul des mandats mais il continue malgré tout de cumuler ses mandats de député et de président du conseil général (comme Arnaud Montebourg du reste), et lorsqu’on lui demande ce qu’il fera en cas d’échec le 6 mai 2012, il a répondu sur France 2 le 26 avril 2012 qu’il ne postulerait pas à la tête du PS mais demanderait le renouvellement de ses mandats.

Autre hypocrisie qui montre qu’il aime autant que son concurrent les petites machineries politiciennes : conseiller économique de François Mitterrand, il s’est fait passer pour un élu de droite dans une interview sur France Inter pour faire la promotion des livres "De la Reconquête" et "De la Renaissance" (publiés en début 1983, éd. Fayard) écrits par un mystérieux Caton, supposé de droite, qui n’était autre qu’André Bercoff sur consigne de Jacques Attali !

Hypocrisie de fustiger un Président sortant à la remorque de la Chancelière allemande Angela Merkel alors que lui-même aurait cherché à nouer un accord secret avec elle (selon RMC le 2 mai 2012).

La dernière hypocrisie est sans doute le recueillement à Nevers le 1er mai 2012 devant la dépouille de l’ancien Premier Ministre Pierre Bérégovoy qui s’est suicidé il y a dix-neuf ans. Pas vingt ans, dix-neuf ans. Étrangement, son ancien patron (il fut secrétaire général de l’Élysée quand François Hollande y était conseiller technique) avait été complètement oublié par le candidat socialiste les années précédentes. De là à imaginer une récupération à deux balles où l’on pourrait synthétiser à la fois le mérite de l’ajusteur fraiseur nommé à Matignon et la vision très socio-libérale de l’économie de l’ancien grand argentier qui fut félicité par le "Financial Times", il y a un pas que certains pourraient franchir, enfin, ceux qui ont une certaine mémoire politique.

Indécision et hypocrisie qui peuvent parfois rimer avec irresponsabilité, comme ce conseil avisé fourni à Lionel Jospin de François Hollande de ne surtout pas faire l’indispensable réforme des retraites avant l’élection présidentielle de 2002 alors que la conjoncture internationale était favorable car en pleine croissance.


4. L’environnement du Président

On a parlé de l’État UMP mais l’État PS n’est pas inexistant non plus. Regardez déjà dans les conseils généraux et régionaux pour voir comment cela fonctionne, où les élus salarient des militants qui deviennent ensuite élus d’autres collectivités etc.

L’élection de François Hollande entraînerait un monopole quasi-historique du PS sur toutes les instances représentatives, mairies, départements, régions, Sénat, Assemblée Nationale, gouvernement et Présidence de la République. Les premières indiscrétions montrent d’ailleurs que de nombreux hauts fonctionnaires vont valser s’ils ne présentent pas une adhésion au nouveau Président.

Il n’est pas sûr que cette forte concentration des pouvoirs par un seul parti soit un gage de démocratie apaisée et irréprochable.


5. Considérations insolites

C’est insolite car il a beau être le candidat de l’opposition, François Hollande est le candidat du système. Journaux, livres, émissions, sondages, la grande majorité des médias roulent pour François Hollande depuis juin 2011. Ce n’est pas étonnant que Nicolas Sarkozy ait conduit sa campagne en revenant à la base. Il aurait certes été plus intelligent de le faire également pendant l’exercice du pouvoir.

Autres remarques qui peuvent faire réfléchir : l’échec de Nicolas Sarkozy entraînerait de facto la mainmise pour une quinzaine d’années de Jean-François Copé sur la droite républicaine, ce qui ne se ferait certainement pas dans le cas contraire. Mais l’autre conséquence, c’est aussi un renforcement du parti de Marine Le Pen qui a toujours prospéré sous les gouvernements de gauche qui, par une erreur de discernement, ne va pas manquer d’accroître les inégalités sociales et la précarité.


Ce dimanche 6 mai 2012...

Ce dimanche 6 mai 2012, je serai de toute façon triste du résultat, car aucun des candidats du second tour n’a l’attention de rassembler le peuple français pour mettre en œuvre une politique d’unité nationale dans l’optique d’un redressement des finances publiques et d’une préparation à une plus grande croissance (par la réindustrialisation de la France). L’intérêt général sera bafoué au profit d’un des deux grands partis de gouvernement.

Mais à bien y réfléchir, je préfère Nicolas Sarkozy à François Hollande car il s’agit d’élire un homme qui doit avoir l’expérience de la décision, de sa gravité, et l’énergie et la détermination pour réformer le pays.

En ce sens, j'aboutis à une conclusion qui est différente du candidat que j'avais soutenu, François Bayrou, qui a annoncé tardivement, le 3 mai 2012 dans la soirée, qu'il voterait à titre personnel pour le candidat socialiste dont il n'a cessé de critiquer le programe économique pendant toute la campagne. Il n'en reste pas moins que la diversité de ce centre fait le richesse de la vie politique et les prémisses d'un futur rassemblement d'unité nationale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mai 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le bilan de Nicolas Sarkozy.
L’esprit de Valence.
Sur la morale, ils se valent…
Oui à Hollande.
Non à Hollande.
Ni Hollande, ni Sarkozy.
L’impopularité présidentielle.
La limace et la hyène.
Manichéisme désuet.
Récupération des voix du FN.
La position de François Bayrou.
Le débat entre Sarkozy et Hollande.


yartiSarkoCP03


http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/choisir-c-est-prevoir-116018




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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 00:53

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Prendre ses responsabilités

Koztoujours, tu m'intéresses !
Posted: 04 May 2012 12:52 AM PDT

Un jour de 1975, mes parents m’ont porté sur les fonts baptismaux. Savaient-ils ce qu’ils faisaient ? Ils ne m’ont pas facilité la vie.

Quand il ne traite pas les journalistes de « vermines », Jean-Luc Mélenchon peut avoir des formules intéressantes. « La foi est une brûlure » avait-il dit à La Vie. C’est vrai. Et l’on peut préférer se tenir éloigné de la flamme, comme il l’a semble-t-il choisi. Mais s’il y a flamme, il y a aussi lumière. Chercher la lumière, la vérité, ne peut pas être une voie facile. Pendant cette campagne, une parole m’est revenue, que l’on n’attendrait pas nécessairement dans l’Evangile :

    « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. » Mt 10 (34-36)

On lit souvent que la foi ne saurait s’immiscer dans la politique. Pour moi, il s’agit d’un ancrage supérieur et exigeant, contre les petites compromissions quotidiennes, contre la tentation d’oublier l’autre, contre l’emballement facile… contre le militantisme aveugle. Quitte à heurter un ami, un proche.

Le débat entre cathos n’a pas été médiocre. Comme Jean-Pierre Denis, « je n’ai pas vu trace du fameux « communautarisme »« . Les exigences qu’ils ont portées sont d’intérêt général – ce qui explique peut-être aussi l’ardeur de certaines positions.

La campagne en revanche n’a rien apporté. Elle a cristallisé les positions et n’a fait qu’exacerber chacune des réserves que j’exprimais il y a deux mois. Les trois candidats cités n’ont fait que confirmer mes réticences.

François Bayrou, par sa décision de voter pour François Hollande, vient de signifier clairement que les questions éthiques et sociétales auxquelles j’attache de l’importance sont pour lui subalternes. On est également en droit de s’interroger sur sa perception des enjeux économiques, lui qui déclarait le 3 février dernier :

    « Si le programme de François Hollande était appliqué, la catastrophe arriverait. Comme j’ai prédit il y a cinq ans la catastrophe de Nicolas Sarkozy ».

Nicolas Sarkozy, lui, a clairement choisi d’orienter sa campagne sur sa droite. J’ai d’ores et déjà ce que j’en pense. Sans pourtant tomber dans les outrances d’un Axel Kahn (pour ne citer que le dernier en date), son clip de campagne de second tour, empruntant aux codes habituels de l’extrême-droite, m’a paru odieux et constituer une trahison de ma droite. Si, comme le dit le Père Matthieu Rougé en fin de cette émission, le critère véritable de décision est la dignité de la personne humaine, je ne crois pas que la dénonciation de l’étranger soit très compatible avec cette dernière. L’opposition scénarisée aux syndicats, pratiquant de surcroît l’amalgame de tous, n’était pas non plus brillante. Enfin, l’orientation défensive, protectionniste, fermée sur elle-même de cette campagne ne correspond pas davantage à ce que j’ai toujours cru pouvoir attendre de lui. Comme d’autres l’ont écrit,  l’idée de frontière n’est pas condamnable, mais « le propre d’un homme politique est d’aider son peuple à embrasser de nouvelles frontières ».

Dire cela n’est pas oublier les réformes courageuses qu’il a menées, au premier rang desquelles la réforme des retraites, que les présidents précédents ont eu la lâcheté de ne pas mettre en oeuvre. Ce n’est pas oublier non plus son entregent international, le Traité de Lisbonne, la présidence française de l’Union Européenne, et l’énergie déployée pour contrer des crises économiques « d’une violence inouïe », en 2008 quand chacun a cru que l’ensemble du système économique pouvait s’effondrer, et en 2011. Ce n’est pas davantage oublier sa capacité sépcifique à « prendre l’avenir à bras le corps » (Le Monde).

Pour sa part, François Hollande, outre un programme qui s’inscrit dans un « déni de la réalité » (Jean Arthuis), a confirmé sans ambiguïté qu’il se plaçait en opposition systématique avec l’ensemble des choix éthiques et sociétaux qui me sont chers.

L’inscription fantasque et bricolée dans la Constitution d’une laïcité qui y figure déjà est confirmée. Elle est dirigée autant contre les catholiques que contre les musulmans. Parce qu’il manquait une dernière pierre contre les points essentiels - la liberté de l’éducation -mis en avant dans la pensée sociale de l’Eglise, François Hollande a donné au Comité Nationale d’Action Laïque les gages de son opposition à l’école privée, à l’image de sa politique en Corrèze. « Souvenez-vous de l’école libre ! », lui a lancé Nicolas Sarkozy pendant le débat. Oui, souvenez-vous en, François Hollande.

François Hollande, c’est aussi le remboursement de l’IVG à 100%. Puisqu’il l’était déjà à 80%, c’est un signal politique plus qu’une mesure de santé publique. C’est le mariage homosexuel mais c’est surtout, plus fondamentalement, l’adoption pour les homosexuels (que personne, malgré l’argumentaire complaisamment délivré, ne songe à limiter aux « situations existantes »). C’est, encore au-delà, la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes, et le recours aux mères porteuses. C’est aussi la généralisation des expérimentations sur l’embryon, dans une précipitation qui traduit bien l’affrontement idéologique plus que le souci scientifique.

C’est enfin la légalisation de l’euthanasie, camouflée sous la périphrase euphémistique de « droit de finir sa vie dans la dignité ». C’est la légalisation de ce à quoi je m’oppose avec constance. C’est ainsi l’assurance que, demain, à l’instar de ce que l’Observatoire national de la fin de vie a relevé en Belgique, jusqu’à un tiers des euthanasies seront pratiquées sans le consentement explicite des patients.

Jean-Luc Romero – le président de l’ADMD, cette association qui instrumentalise des cas personnels douloureux, comme l’a fort bien démontré Tugdual Derville dans la Bataille de l’euthanasie – l’a confirmé fièrement :

    Merci a François #hollande qui vient de me dire qu’il n’oublierait pas nos combats #fh2012 twitter.com/JeanLucRomero/…
    — Jean-Luc Romero (@JeanLucRomero) Avril 29, 2012

Et ces choix seront mis en place dès cet été ! Comme le révèle la « timeline du changement » de François Hollande, la prétendue inscription de la laïcité dans la Constitution, le mariage homosexuel, l’adoption pour les homosexuels, la légalisation de l’euthanasie sont programmés pour être mis en place au mois d’août prochain. Ce n’est pas au mois d’août qu’une mobilisation peut prendre corps. Le bulletin de dimanche est notre dernière occasion de nous y opposer.

Le fait que cette présidentielle m’intime de choisir la défense d’une faiblesse contre une autre ne me plaît pas plus qu’à d’autres, qui s’abstiendront.

Mais, au-delà même de ma propre culture politique,

    * parce que la politique que je refuse chez l’un est réversible quand chez l’autre, elle sera irréversible,
    * parce que « la remise en cause de la structure fondamentale de la société rendrait la réponse [aux] défis économiques et sociaux plus difficile encore » (P. Mathieu Rougé),
    * et parce qu »au premier tour, on choisit, et qu’au second, on élimine »,

selon l’expression consacrée, je prends mes responsabilités et, pour moi, ce sera Nicolas Sarkozy.

Koztoujours le 4 mai 2012
http://www.koztoujours.fr/

 





 

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 22:02

(dépêche)


Message aux indécis par Jean d’Ormesson

La victoire de François Hollande est à peu près acquise, et elle risque d’être éclatante. Le moment est idéal pour se déclarer sarkozyste.

La question n’est pas de savoir qui l’emportera en mai 2012. On a longtemps été convaincu dur comme fer que ce serait M. Strauss-Kahn. On a pu croire que ce serait Mme Aubry. On a même pu imaginer que, par un coup du sort, ce serait Mme Le Pen. Il n’est pas tout à fait exclu que M. Bayrou, M. Mélenchon, M.Montebourg se soient monté le bourrichon jusqu’à se persuader de leur chance de l’emporter.
Tout sauf Sarkozy. N’importe qui sauf Sarkozy.

Ce sera M. Hollande. François Hollande est un parfait honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé, et même spirituel. Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique. Il est mondialement connu en Corrèze. Ce n’est pas lui qui irait courir les établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires. Il ferait, je le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la IVe République. Ou plutôt de la IIIe. Par temps calme et sans nuages. Il n’est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut. C’est une espèce d’entre-deux: un pis-aller historique.

Ce n’est pas Mitterrand: ce serait plutôt Guy Mollet. Ce n’est pas Jaurès ni Léon Blum: c’est Albert Lebrun. Ce n’est pas Clemenceau: c’est Deschanel. Il parle un joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être l’élire à l’Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête.

C’est vrai: Sarkozy en a trop fait. Hollande, c’est l’inverse. Car n’avoir rien fait est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. Il n’est pas exclu, il est même possible ou plus que possible, que M. Hollande soit élu en mai prochain président de la République.

C’est qu’à eux deux, M. Hollande et le PS, qui sont assez loin d’être d’accord entre eux -je ne parle même pas de M. Mélenchon ni de Mme Joly dont ils ont absolument besoin pour gagner et dont les idées sont radicalement opposées à celles de M. Hollande-, ont des arguments de poids : la retraite à 60 ans (quand la durée de vie ne cesse de s’allonger), 60.000 nouveaux fonctionnaires (quand il s’agit surtout de réduire les dépenses publiques), 30% de baisse sur les traitements du président et des ministres (même M. Jean-Marie Le Pen, de glorieuse mémoire, n’a jamais osé aller aussi loin dans le populisme et la démagogie).

Avec des atouts comme ceux-là, on a de bonnes chances de gagner. Aussi n’est-ce pas dans la perspective de l’élection de 2012 que je me situe. C’est avec le souci du jugement de l’histoire. M. Sarkozy, autant le reconnaitre, a fait pas mal d’erreurs.

À voir comment se présente la campagne d’un Parti socialiste qui semble n’avoir pas appris grand-chose des leçons de son temps, ce sera bien pire avec lui qu’avec M. Sarkozy. Les déclarations d’intention ne valent rien. Il faut des exemples vivants. M. Zapatero, en Espagne, est un homme plus qu’estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du double du nôtre. M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort de la Grèce que nous souhaitons pour la France?

M. Sarkozy a été plus attaqué, plus vilipendé, plus trainé dans la boue qu’aucun dirigeant depuis de longues années. Il a pourtant maintenu le pays hors de l’eau au cours d’une des pires crises que nous ayons jamais connues. Il n’est même pas impossible que Mme Merkel et lui aient sauvé l’Europe et l’euro.

Pour affronter le jugement de l’histoire, je choisis le camp, à peu près cohérent, Sarkozy-Fillon-Juppé contre le camp, incohérent jusqu’à l’absurde, Hollande (Hollande président ? On croit rêver, disait Fabius)-Aubry-Joly-Mélenchon.

Bonaparte Premier consul prétendait que le seul crime en politique consistait à avoir des ambitions plus hautes que ses capacités. Je suis sûr que François Hollande lui-même a des cauchemars la nuit à l’idée d’être appelé demain à diriger le pays avec le concours des amis de toutes sortes et étrangement bariolés que lui a réservés le destin.

Je veux bien croire -je n’en suis pas si sûr que pour 2012 les dés sont déjà jetés, que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être surmontés, que le retard est trop rude pour être rattrapé. J’imagine très bien l’explosion d’enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir de mai 2012 où l’élection de M. François Hollande à la magistrature suprême sera enfin annoncée.

Je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou en 2015.

Jean d’Ormesson

 



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