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29 janvier 2022 6 29 /01 /janvier /2022 15:40

On peut lire le programme du candidat communiste Fabien Roussel à l'élection présidentielle d'avril 2022 sur son site Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger le programme (fichier .pdf) :
https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/fabienroussel2022/pages/217/attachments/original/1643038967/exe_la_france_des_jours_heureux_LIVRE_stc.pdf?1643038967

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220202-fabien-roussel.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220129-programme-fabien-roussel.html


 

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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 07:27

« Je vous assure que si on arrête l’immigration, on retrouvera la tranquillité dans ce pays. » (Éric Zemmour, le 26 janvier 2022 sur Public Sénat).




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Approximations, simplifications, généralisations, sophismes… On est gâté pendant cette campagne présidentielle. Au risque d’en faire la publicité, je m’arrête encore un fois sur un exemple d’une candidature de flagrant délire.

Ce mercredi 26 janvier 2022 à 7 heures 30, Éric Zemmour était l’invité de l’émission "Bonjour chez vous !" diffusée en direct sur Public Sénat et animée par la journaliste maison Orianne Mancini, assistée de deux journalistes de la presse régionale, Christelle Bertrand, .de "La Dépêche", et Julien Lécuyer, de "La Voix du Nord". Dans le nouveau format consacré à la campagne présidentielle, le candidat de Reconquête bénéficiait d’une heure, de quoi évoquer de nombreux sujets.

C’était justement pour lui une occasion idéale pour montrer qu’il n’était pas monomaniaque et qu’il se préoccupait aussi de tous les autres sujets, notamment économiques, avec parfois des analyses originales (j’y reviendrai peut-être), comme expliquer la désindustrialisation par les contraintes écologiques.

Malheureusement pour lui, du moins, s’il voulait se démarquer de son image de monomaniaque, les propos qu’il a tenus sur la délinquance et l’immigration ont été tellement une "bombe" médiatique que, de cette émission, rien d’autre n’en sortira ; on ne parlera que de cela. C’est en tout cas ce que le journaliste Yves Thréard, venu commenter la prestation de son ancien collègue du "Figaro", déplorait en s’en prenant au candidat dont il voyait pourtant certaines propositions d’un air plutôt intéressé.

Car, mine de rien, Éric Zemmour, entre la tartine de confiture et le bol de café, est retombé dans la pire de ses obsessions, l’équivalence immigration égale délinquance. Au moins, il a été clair et incisif sur le sujet, ce qui ouvrira peut-être les yeux aux non-réveillés (et ça n’a rien à voir avec le wokisme que je déplore par ailleurs).

Dans ses propos, sur la forme, Éric Zemmour est indéniablement à l’aise, il a toujours eu l’habitude de débattre, c’est un homme des médias et il ne fait que cela depuis vingt ans, une aisance d’ailleurs qui a mis plusieurs fois en gêne les journalistes (moins entraînés que lui) qui l’interrogeaient (par exemple, pourquoi, quand l’invité politique lui a posé une question, une forme oratoire utilisée abusivement par Xavier Bertrand, Julien Lécuyer s’est-il cru obligé de lui répondre et ainsi de se rendre complice du raisonnement bidon, alors qu’il lui suffisait de dire : "je suis journaliste, c’est moi qui pose des questions, c’est vous qui répondez, et pas l’inverse" ?).

Au-delà de l’aisance à débattre et à énumérer ses propositions, de manière assez efficace et structurée (premièrement, deuxièmement, etc.), le ton en revanche était plutôt inquiétant.

Il parlait certes démocratie mais à la manière des populistes, par référendum (ce qui, en lui-même, ne me scandalise pas ; au contraire, certains sujets méritent référendum), mais en court-circuitant tout ce qu’il y a entre le Président de la République et le peuple. C’est vrai qu’il n’aime pas les instances judiciaires suprêmes, je n’en parlerai pas ici, mais cela mériterait un article complet, sur l’État de droit, sur le bloc de constitutionnalité, sur les hommes qui sont à la tête des grands corps de l’État et qu’Éric Zemmour confond avec les instances qui prennent concrètement les décisions nationales, etc. Je n’évoquerai pas ici non plus tout ce qu’il a dit sur la supposée "union des droites" à laquelle je consacrerai probablement un article prochain.

Quand on l’écoute derouler son programme, il dit sans arrêt "je", "je", "je", au point même de décider de l’avenir d’un détenu alors qu’il n’a pas encore été condamné (en l’occurrence Salah Abdeslam). Se prendrait-il pour Louis IX ? En tout cas, toutes les mesures qu’il propose, elles doivent passer au moins par le Parlement voire le peuple, mais sa manière de dire "je" laisse entendre une gouvernance bien plus autocratique que celle de tous les Présidents de la Cinquième République, anciens ou actuel.

Pour être le plus précis possible, j’ai retranscrit ici les propos sur la délinquance et l’immigration. J’ai fait quelques coupes pour ne pas être trop long et éviter les digressions, mais j’ai essayé de respecter le fil du raisonnement du candidat. Pour avoir les propos exhaustifs, il suffit de regarder l’émission dans la vidéo. J’indique quelques interventions des journalistes pour rendre parfois les propos compréhensibles. Ensuite, je commenterai quelques éléments (je ne reprendrai pas tout et je ne disserterai pas sur la véracité des faits ou statistiques présentés par le candidat).

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Éric Zemmour : « Il y a partout une explosion de la délinquance, un ensauvagement généralisé de la société française (…), tout explose, les chiffres de violences sexuelles, les chiffres d’agressions, les chiffres de vols, de meurtres (…). Pourquoi on a un tel ensauvagement ? Première raison, la mère de toutes les raisons, l’immigration. Deuxième raison, le laxisme judiciaire. (…) Je veux l’immigration zéro. (…) Je remets en cause (…) la liberté qu’ont les juges, Conseil Constitutionnel, Conseil d’État, etc., d’imposer leur doxa au peuple qui n’en veut pas. Donc, à partir de maintenant, nous ferons un référendum. Le peuple tranchera. Je mettrai toutes les mesures que je propose, c’est-à-dire la fin du regroupement familial… (…) C’est le juge constitutionnel qui a inventé ce rôle [celui de se référer aux principes fondamentaux] le 16 juillet 1971 (…), c’est déjà un putsch judiciaire. (…). Donc, je disais immigration, c’est le nerf de toutes les batailles, c’est pour ça que nous avons une délinquance aussi explosive, c’est à cause de l’immigration. Donc si on arrêtait l’immigration (…), il n’y aura quasiment plus [de délinquance]. Ça, j’en suis sûr ! ».

(…)

Journaliste : "C’est-à-dire qu’il n’y a que les immigrés qui sont délinquants ?"

Éric Zemmour : « Oui. En tout cas, les immigrés ou des enfants d’immigrés. (…) Deuxième question, donc je supprime le regroupement familial, le droit d’asile ne sera plus qu’une poignée de gens, et pas 130 000 comme aujourd’hui, euh, les étudiants, pareil, euh, enfin, toutes les sources d’immigration, je les taris, d’accord, je supprime l’AME, je supprime les prestations sociales non contributives aux étrangers, je supprime le droit du sol, c’est-à-dire qu’on ne sera plus français parce qu’on est né en France, de parents étrangers (...). Euh voilà, ça, c’est les grandes mesures pour arrêter l’immigration. J’expulse les chômeurs étrangers de plus de six mois. Et nous arrivons à la sécurité : pourquoi il y a autant de délinquance ? C’est aussi à cause du laxisme judiciaire. Trois raisons, très vite. D’abord, l’idéologie de beaucoup de juges qui est une idéologie de gauche (…). Ils ont un pouvoir excessif et ils ont pris le pouvoir au peuple. Je veux le rendre au peuple. (…) Donc je vais instaurer des peines planchers minimales que les juges devront appliquer. Deuxièmement, une véritable perpétuité, et non pas dix-huit ans comme aujourd’hui ; Abdeslam, avec moi, ne sortira pas de prison, jamais. Troisièmement, nous supprimerons aussi le régime de réduction des peines (…). Après (…), j’expulserai les délinquants étrangers, pour vous donner une idée, sur les 60 000 délinquants aujourd’hui en prison, il y a 15 000 étrangers, je les expulserai (…), dès maintenant, je déchoirai de la nationalité française tous les double-nationaux (…). ».

Journaliste : "Vous les expulsez vers où ? (…)"

Éric Zemmour : « On fait un vrai bras de fer (…). Moi, je supprime les visas, y compris pour les dirigeants des pays qui (…) ne reprennent pas leurs ressortissants. Deux, je supprime l’aide au développement. Trois, je saisis les biens des dirigeants étrangers. Quatre, je bloque les fonds de la Western Union qui transfère les fonds des étrangers d’ici vers leur pays. (…) ».

Journaliste : "Vous pénalisez des gens qui n’ont absolument rien à voir avec le problème ?"

Éric Zemmour : « Oui. ».

Journaliste : "Pourquoi rendre responsables des gens qui n’ont absolument rien à voir avec la décision d’États étrangers".

Éric Zemmour : « Je suis désolé, ils sont ressortissants de ces pays. Je vais vous dire. Aujourd’hui, dans de nombreux pays africains, les transferts de fonds venus des immigrés de chez nous est le premier budget de la balance de paiements de ces pays. Donc, si vous voulez, ça permet à ces pays d’avoir la tête hors de l’eau. Donc, ces États devront prendre leurs responsabilités. (…) Il n’y a aucune raison que des pays que nous aidons, par exemple, je pense au Mali, nous avons de jeunes soldats qui meurent pour eux, et ces gens-là refusent dédaigneusement de nous reprendre les clandestins que nous renvoyons ? Mais pour qui nous prennent-ils ? (…) ».

Journaliste : "Quand tout à l’heure, vous nous dites que s’il n’y a plus d’immigration, il n’y a plus de délinquance parce que tous les délinquants sont des immigrés…"

Éric Zemmour : « Ou des enfants d’immigration. ».

Journaliste : "…Ou des enfants d’immigration, donc des enfants français, vous vous rendez bien compte qu’il y a un problème avec ce que vous dites".

Éric Zemmour : « Bien sûr, mais je vous ai dit qu’est-ce que je fais pour ceux qui sont là et qui sont français. Je vous ai dit tout ce que je faisais, d’accord. Je pourrais rajouter pour les mineurs, je réduis la majorité pénale à 16 ans et je supprime les allocations… ».

Journaliste : "Tous les délinquants ne sont pas des immigrés ou des enfants d’immigrés !"

Éric Zemmour : « Si, excusez-moi ! Allez voir dans les prisons françaises et vous verrez. ».

Journaliste : "Vous le dites vous-mêmes, si le chiffre est important, ce n’est pas la totalité des détenus des prisons françaises".

Éric Zemmour : « Si. Vous savez, au Japon, il n’y a quasiment pas d’immigration, les prisons sont vides. Posez-vous la question. (…) Évidemment, ce n’est pas du 100%, mais je vous assure que si on arrête l’immigration, on retrouvera la tranquillité dans ce pays. ».

Journaliste : "Ça veut dire que ça n’enlèvera pas la délinquance…"

Éric Zemmour : « Elle sera marginale, comme dans tout pays normal. Aujourd’hui, nous avons une délinquance folle. Un ensauvagement devenu démesuré. C’est la conséquence d’une immigration folle. ».

(…)

Sur la défense excusable, mesure exposée à son meeting le 22 janvier 2022 à Cannes, un journaliste a demandé : "C’est un permis de tuer ?". Un autre constatait : "Ça va au-delà de la légitime défense".

Éric Zemmour : « Absolument (…). La légitime défense, pour être légale, a des contraintes telles qu’il n’y en a jamais. (…) Je veux changer cela. Aujourd’hui, c’est les policiers et les honnêtes citoyens qui ont peur, et pas les voyous. (…) Ce qui est accepté, c’est qu’il n’y ait plus de proportionnalité. Vous avez, aujourd’hui, il doit y avoir une proportionnalité de la menace. Moi, je pense qu’il ne doit plus y avoir de proportionnalité. Les voyous doivent prendre leurs risques, voilà. S’ils attaquent quelqu’un, c’est eux qui doivent avoir peur. Ce n’est plus les policiers ou les citoyens qui doivent avoir peur. ».




Ce qui marque, dans ces propos, c’est la manière dont Éric Zemmour parle des "immigrés" et des "étrangers" (l’immigré se réduit à enfant d’immigré lorsqu’il est français), il en parle comme quand il parle des enfants en situation de handicap ("ces enfants", "ces gens", "ces pays" d’Afrique, etc.). La haine des immigrés transparaît implicitement avant même qu’ils ne fassent quelque chose et d’ailleurs, ils doivent être punis en raison de dirigeants étrangers qui ne veulent pas se mettre d’accord avec la France. De même, quand il compare l’immigration à une source qu’il veut tarir, ce n’est pas vraiment ce que j’appellerais de l’humanisme. On ne parle pas ainsi, sans mépris, de la condition humaine.

Parfois, Éric Zemmour ne sait même plus de quoi il parle dans sa logorrhée, il parle de "clandestins" alors qu’il évoque entre autres l’expulsion d’étrangers qui ont perdu un emploi, qui étaient pourtant bien des étrangers en situation régulière et bien établis quand ils avaient un emploi (le pire, en récupérant bassement la mort de soldats français au Mali). Avec lui, l’étranger est forcément en situation irrégulière, délinquant (et il oublie aussi qu’il n’y a pas que des délinquants, il y a des criminels, et Salah Abdeslam est un prévenu soupçonné de crime, pas de délit).

Éric Zemmour est pris en flagrant délit d’incohérence. Au début de ses propos, il explique que sur 60 000 délinquants en prison, il y a 15 000 étrangers (chiffres à vérifier). Puis il dit par la suite le contraire, que tous les délinquants sont immigrés ou enfants d’immigrés avec un argument tordu : « Allez voir dans les prisons françaises et vous verrez ! ». Comme si cela se voyait qu’une personne est étrangère ou pas. Je passerai d’ailleurs sur le fait qu’il confond, il ne parle pas d’enfants d’étrangers mais d’enfants d’immigrés. Ça ne veut rien dire : il y a des nationaux et des étrangers. Tout le reste est subjectif. Un Antillais peut être plus français que lui si on prend la généalogie. Qui est l’immigré ?

Autre argument tordu, la prison au Japon : peu d’immigration, peu de détenus (à vérifier par ailleurs). Il faut alors comparer la sociologie japonaise, il pourrait avantageusement lire Amélie Nothomb et son fameux roman "Stupeur et Tremblements", la discipline est aussi caractéristique des Japonais que la rouspétance des Français. Les comparaisons ne peuvent être valables qu’entre pays comparables, évidemment.

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Le principal contre-argument, c’est Éric Zemmour lui-même qui l’apporte puisqu’il admet quand même « Évidemment, ce n’est pas 100%. ». Si je reprends donc les chiffres qui a lui-même donnés (dont on peut douter), 15 000 sur 60 000, c’est maxi 25%, pas 100% ! Donc, en suivant simplement ses propos, sans rien remettre en cause des données apportées, c’est n’importe quoi.

Ou alors, il faut partitionner la citoyenneté française, il y a les "bons" et les "méchants", les "honnêtes gens" (et les policiers) et les "voyous" (qui sont aussi "immigrés", "délinquants", etc.). Il faut dire à Éric Zemmour, la France, c’est aussi ses voyous, dont beaucoup sont très français, c’est malheureux car je préfère voir les entrepreneurs les innovateurs dans la France, mais la France, c’est un tout, et malheureusement, il n’y a pas que du beau dans la France.

Cela dit, l’argument est normal (et récurrent), puisque la clef de voûte, c’est de dire : l’immigration fabrique notre délinquance, supprimons l’immigration, nous supprimerons la délinquance. C’est complètement stupide de généraliser, puisqu’il y a de tout, et de nombreux étrangers sont au contraire bien plus respectueux des lois (et de la politesse) que bien des Français.

Les électeurs crédules qui peuvent croire à cette promesse du candidat Zemmour, la fin de la délinquance par la fin de l’immigration, ce qui n’a jamais existé nulle part dans aucune histoire d’aucun pays depuis le début de l’humanité, ce pourraient être les mêmes électeurs crédules qui croyaient au grand soir, qui pensaient qu’il n’y aurait plus de chômage en nationalisant les grandes entreprises en 1981, en réduisant le temps de travail en 1997 ou encore en taxant à 75% les millionnaires en 2012. C’est la même supercherie, si ce n’est qu’elle se développe à l’extrême droite au lieu de la gauche.

Dans son diagnostic, Éric Zemmour évoque une "explosion de la délinquance". Depuis cinquante ans, les candidats populistes parlent tous d’explosion de la délinquance. Dans les années 1970, il suffit de relire les débats parlementaires dans le Journal Officiel, l’obsession sécuritaire avait déjà contaminé de nombreux parlementaires, et à l’époque, il n’y avait pas d’extrême droite. À chaque élection majeure, la dite explosion de délinquance revient à tous les coups. C’est électoralement efficace, c’est un marronnier. Beaucoup d’électeurs se font abuser ainsi.

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Plus grave, c’est une question d’Orianne Mancini qui revenait sur l’idée qu’il n’y aurait que les immigrés qui sont délinquants (voir au début de la transcription). Elle voulait souligner que c’était fort de café et que c’était n’importe quoi, elle dit même : « Vous vous rendez bien compte qu’il y a un problème avec ce que vous dites ? ». Mais Éric Zemmour a cru que le problème, c’était parce que certains immigrés étaient français et qu’il ne pouvait donc pas les renvoyer chez eux (car en France !), alors, il a répondu : « Bien sûr, mais je vous ai dit qu’est-ce qu’on fait pour ceux qui sont là et qui sont français. ». Il n’a pas compris que le problème n’était pas du tout dans le fait que certains soient français, mais simplement que son équation est complètement fausse, réductrice, complètement démente même.

Si cela peut faire ouvrir vraiment les yeux, ce ne sera donc pas inutile. Éric Zemmour est un idéologue dont l’obsession est de rendre les étrangers responsables de tous les malheurs de la France. Pourtant, il suffit de regarder dans les autres pays la situation de la délinquance pour comprendre que ce n’est pas un problème de nationalité mais un problème avant tout social.

Pour finir avec sujet, je note enfin que le candidat polémiste, qui revient donc à ses anciennes polémiques, la nature revient toujours au galop, ne manque pas d’humour à vouloir plus de sévérité des juges. Venant de la part d’une personne qui a été condamnée le 18 février 2011 par la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris pour provocation à la discrimination raciale, cela ne manque pas d’humour, en effet. Mais en fait, cela ne me fait pas rire du tout : les idées de Jean-Marie Le Pen dominent la campagne dans les médias depuis septembre 2021 et personne ne semble s'en rendre compte.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Zemmour et l’obsession de l’immigration.
Éric Zemmour et les enfants en situation de handicap : la mauvaise conscience ?
Le débat Éric Zemmour vs Bruno Le Maire : victoire de la raison !
Bruno Le Maire.
Éric Zemmour, l’imposture permanente ?
Le Théâtre de Villepinte.
Éric Zemmour, l’adolescent retardé.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220126-zemmour.html





http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/26/39320711.html






 

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24 janvier 2022 1 24 /01 /janvier /2022 03:37

« Pourquoi j’ai voulu devenir Président ? Je n’étais pas assez bon pour devenir footballeur… » (François Hollande, le 23 janvier 2020 à Noisy-le-sec).



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C’était il y a deux ans, le 23 janvier 2020, l’ancien Président de la République François Hollande visitait le lycée Théodore-Monod de Noisy-le-sec. Il était reçu par les lycéens et discutait avec eux, leur expliquait ce qu’était la politique, l’élection, la Présidence… Intéressant et instructif, ce reportage de Sophie des Déserts publié dans "Paris Match" le 19 février 2020 et intitulé : "François Hollande, l’obsession du retour" avec pour sous-titre/chapeau : « L’ancien Président prend son temps, mais pense n’avoir pas fait son temps. À demi-mot, il prépare sans répit sa reconquête du pouvoir. ».

On s’en doute, François Hollande a été meurtri de devoir céder l’Élysée à son ancien protégé, Emmanuel Macron. Le ne l'a jamais digéré. Il aurait sans doute préféré que François Fillon lui succédât (ce qui écarterait alors la thèse du complot politique !). Depuis 2017, il a déjà sorti trois livres et ne cesse de faire des tours de France, tant pour vendre ses ouvrages (qui "marchent bien") que pour discuter avec les Français.

Comme Valéry Giscard d’Estaing, il a une sorte d’amertume politique, l’idée de l’ingratitude des Français (pourtant, il ne s’est même pas représenté, quitter l’Élysée était donc son propre choix). Et cette envie, cette "obsession", comme l’indiquait l’hebdomadaire, de revenir au pouvoir. Pour l’instant, jamais aucun ancien Président n’a réussi un "come-back" à l’Élysée, mais François Hollande a déjà brisé beaucoup de règles, comme celle de n’avoir jamais été au pouvoir, jamais été au gouvernement, jamais été membre du conseil des ministres avant d’avoir été amené à le présider.

À 67 ans, il ne sent pas encore gâteux, et il s’ennuie, il n’a jamais fait que de la politique (à sa sortie de l’ENA, dans la botte, on lui a conseillé de prendre la Cour des Comptes car cela laissait du temps pour faire de la politique). Il aurait même tout fait pour court-circuiter la sortie d’un livre de son ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve, pourtant un proche, pour éviter de laisser germer une candidature crédible au PS.

Car au PS, la situation est désastreuse. Après quatre mois et demi, Arnaud Montebourg a annoncé le 19 janvier 2022 le retrait de sa candidature… sans aucun écho médiatique, comme s’il était dans un monde parallèle. Personne ne s’en était aperçu. Anne Hidalgo patauge embourbée dans la semoule des 3% et Christiane Taubira espère tirer son épingle du jeu avec la "primaire populaire". Alors, évidemment, quand il y a si peu de candidats socialistes valables, ça donne des ailes, mais il est le seul à y croire, même son fidèle Stéphane Le Foll, candidat malheureux à la candidature, n’est pas partant pour recommencer le processus.

À la question d’un journaliste de France Inter à la matinale du 20 octobre 2021 : "Vous ne serez plus jamais candidat ?", François Hollande a prudemment répondu : « Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve ! ». Son malheur, c’est que si lui ne sait pas, les Français, eux, savent et ne semblent pas vouloir revoter pour cet "ennemi de la finance".

Ce n’est donc pas très étonnant que l’ancien Président de la République ait récidivé, toujours devant des lycéens. Il participait au travail d’une classe, des adolescents qui ont eu pour mission d’interroger l’ancien chef de l’État sur le "métier" de Président de la République. Cette discussion a été diffusée sur France 3 ce dimanche 23 janvier 2022 dans le "19/20".

À une question d’Adam (15 ans), François Hollande a répondu, à peine gêné : « Pour l’instant, je ne suis pas candidat, tu as remarqué. Mais comme ça ne va pas bien, c’est vrai qu’on pourrait se dire "est-ce qu’une candidature de plus serait utile ?", je ne sais pas, je ne pense pas d’ailleurs. J’ai les mêmes idées qu’avant et je continue à les défendre. Et un ancien Président peut très bien refaire de la politique et, c’est arrivé, être candidat à l’élection présidentielle. (…) Je vais en tout cas prendre la parole bientôt. Je vous remercie de toutes vos questions, vous me mettez dans les retranchements, là ! ».

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Des propos assez flous, sinon qu’il annoncerait quelque chose, mais quoi ? Je suppose qu’il rêverait de participer à une compétition contre Emmanuel Macron. Mais les rapports de force lui sont très défavorables, il n’y a aucune place pour l’expression d’une nouvelle offre politique à gauche. Et Anne Hidalgo a finalement su trouver les mots pour caractériser cette sortie hollandienne dans les médias. Sur RTL le lendemain, elle s’est rassurée en disant que François Hollande ne manquait pas d’humour.

Et pourtant, François Hollande y croit, il est convaincu que la social-démocratie a encore de l’avenir en France. L’ancien premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis organise même un "séminaire de la social-démocratie" le samedi 29 janvier 2022 à Saint-Ouen. L'ancien Président y sera-t-il ?

François Hollande n’a peut-être pas tort, les vaincus peuvent rapidement redevenir les vainqueurs : en Allemagne, il y a six mois, personne n’aurait mis un centime sur le retour du SPD à la Chancellerie, et pourtant, Olaf Scholz dirige maintenant le gouvernement allemand. Même en France, les exemples sont nombreux. Par exemple, en mars 1993, effondrement du parti socialiste au point de provoquer le suicide de Pierre Bérégovoy un mois plus tard… et quatre années sont passées, juin 1997, Lionel Jospin devenu Premier Ministre.

Ce qu’il n’ose pas imaginer, et c’est pourtant le cas, c’est que c’est Emmanuel Macron qui a pris cette place du candidat social-démocrate (lui parle de candidature progressiste), ce n’est pas François Hollande, qui s’était d'ailleurs toujours refusé à utiliser cette expression au profit de socialiste, une expression aussi calamiteuse que les échecs qui caractérisent le socialisme. Dans l’histoire du PS, seul Dominique Strauss-Kahn avait osé employer dès 2002 cette expression de social-démocratie, ni Jacques Delors ni Michel Rocard, et Bertrand Delanoë, ancien maire de Paris, avait même troublé ses camarades en 2008 en se revendiquant social-libéral.

Pour être clair, François Hollande attend la "primaire populaire" avant de se prononcer. Christiane Taubira a fait peut-être le bon choix car 467 000 personnes se seraient inscrites pour y participer, ce qui ferait la primaire la plus "nombreuse" de cette élection présidentielle de 2022. Elle est la seule candidate connue face soit à d’autres candidats de gauche qui refusent d’y participer, soit à des personnalités qui cherchent, pour l’occasion, à s’assurer leur petite minute de notoriété. L’enjeu n’est donc pas l’issue du scrutin mais plutôt, comment les sondages évolueraient si Christiane Taubira était désignée par cette primaire, comme ce serait le plus probable ?

En tout cas, les Français peuvent être rassurés : avec l’ancien couple d’éléphants Ségolène Royal et François Hollande, le PS peut encore rester plombé encore dix ou vingt ans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (26) : François Hollande candidat ?
François Hollande veut américaniser les institutions françaises.
Christiane Taubira se lance !
Anne Hidalgo.
Ségolène Royal.
Jean-Luc Mélenchon.
Bernard Tapie.
Paul Quilès.
Michel Delebarre.
Pierre Moscovici.
François Hollande, vous éteindrez la lumière en sortant...
Hollande et le fichage systématique des trombines.
(Pas du tout candidat).
(Presque) pas candidat ?
La lepénisation de François Hollande.
Hors-sol.
Sept maux sur ordonnances.
L’entre-soi.
Le discours au Théâtre du Rond-Point le 3 mai 2016 (texte intégral).
Grande nation cherche Président de la République.
La méthode de François Hollande, efficace à 0%.
Le livret citoyen.
François Hollande, le grand calculateur.
François Hollande et le manque d’ambition.
François Hollande et Angela Merkel.
La déchéance de la République ?
L’annonce de la déchéance de la nationalité (23 décembre 2015).
La démission de Christiane Taubira (27 janvier 2016).
François Hollande sécuritaire (16 novembre 2015).
Loi n°2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220123-hollande.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-26-francois-hollande-238890

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/24/39317993.html









 

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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 03:38

« Je prends le risque de la démocratie et j’accepterai le verdict, c’est la plus belle des légitimités. » (Christiane Taubira, le 9 janvier 2022, à Bondy).



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Après bien des hésitations, Christiane Taubira va annoncer sa candidature à l’élection présidentielle. C’est du moins ce qu’elle a prévu de faire ce samedi 15 janvier 2022 à 11 heures lors d’un déplacement à la Croix-Rousse, un quartier populaire de Lyon. Ce serait un clin d’œil aux canuts, ces ouvriers de la soie de l’essor industriel lyonnais. Elle avait annoncé le 17 décembre 2021 qu’elle envisageait de se présenter pour tenter d’unifier la gauche particulièrement éclatée pour l’élection présidentielle de 2022 et qu’elle comptait prendre une décision d'ici au 15 janvier.

Déjà dimanche dernier, le 9 janvier 2022, lors d’un déplacement à Bondy, Christiane Taubira avait annoncé qu’elle se rangeait au principe de la dite "primaire populaire" qui a déjà réuni 300 000 participants potentiels pour désigner un candidat commun de la gauche socialiste et écologiste sur Internet du 27 au 30 janvier 2022 selon le mode de scrutin d’un délégué de classe (à peu près).

Bien qu’elle s’en défende, l’ancienne garde des sceaux va donc probablement rajouter de la confusion à la confusion à gauche, car pour l’instant, aucun candidat de gauche n’obtient plus de 10% des intentions de vote dans les sondages et le total, autour de 25%, montre un paysage politique éclaté où le meilleur candidat des électeurs de gauche seraient même plutôt… Emmanuel Macron. J’insiste pour parler des "électeurs de gauche" car je refuse, au contraire de beaucoup de gauchistes ou de bobos, de parler de "peuple de gauche" qui n’a jamais existé, un peuple est un peuple, entier ou rien du tout, il n’y a pas de partition du peuple, il n’est ni de gauche ni de droite, et les alternances prouvent que beaucoup d’électeurs passent de l’un à l’autre, voire au centre (le pire, c’est que depuis quelques mois, j’entends aussi l’expression "peuple de droite", tout autant inexistant, et invoqué par des soi-disant amoureux de la Nation).

Il faut dire qu’elle est la seule à vouloir se prêter au jeu de cette étrange primaire dont l’origine est assez opaque et qui voudrait engager les autres candidats de gauche, en particulier Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Fabien Roussel, contre leur volonté, puisqu’ils refusent d’y participer. Ce qui est très novateur et un tantinet totalitaire : si ces personnalités ne veulent pas y participer, comment les intégrer dans les décomptes ? Pire : il semblerait que non seulement ces personnalités refusent d’y participer, c’est-à-dire que quoi qu’il en soit, elles seront candidates quand même, mais parallèlement, et c’est très hypocrite, en particulier au PS et à FI, elles cherchent à faire de l’entrisme en y faisant participer le maximum de leurs soutiens, car une victoire à cette primaire, même bidon, est toujours bonne à prendre des ces temps difficiles.

C’est ce noyautage, qui est une technique spécifiquement gauchiste, dont Christiane Taubira ne semble pas mesurer l’importance possible, elle qui a quelques soutiens, mais pas énormément, l’ancien député PS de la Nièvre Christian Paul, le radical de gauche Guillaume Lacroix, la présidente PS du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay ainsi que le responsable du service d’ordre du PS Éric Plumer (qui a formé Alexandre Benalla !). Le maire PS de Marseille Benoît Payan est prêt aussi à la soutenir. Si elle gagne cette primaire.

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Jean-Luc Mélenchon, qui se reprend à rêver du grand soir après la grève des enseignants du 13 janvier 2022, se sent indispensable et irremplaçable. Fabien Roussel n’a aucune raison de se désister, il veut incarner la présence du parti communiste français pour de nombreuses raisons internes et externes (dernière présence à une présidentielle il y a quinze ans). Yannick Jadot, qui a déjà subi une primaire écologiste particulièrement serrée et éprouvante et qui, comme les autres candidats de gauche, stagne dans les sondages, ne veut absolument pas entendre parler de cette "primaire populaire", et espère encore un renvoi d’ascenseur du PS : que la candidate PS s’efface derrière lui comme lui l’avait fait en 2017 derrière Benoît Hamon (avec le succès que l’on sait), ce qu’a pourtant suggéré Ségolène Royal le 12 janvier 2022 sur LCI à son amie et candidate attitrée du PS avec une pointe de cynisme narquois (Serait-elle donc jalouse de ne plus être dans la course ? Pourtant, elle l’avait bien rappelé, qu’elle était disponible !).

Ah, Anne Hidalgo, nous y voilà. Saviez-vous qu’elle a présenté son programme présidentiel le 13 janvier 2022 dans la matinale de France Inter (par ailleurs première radio de France) ? Personne ne l’a su. Ce n’est pas que cela n’a pas imprimé, c’est qu’il n’y avait même pas d’imprimante ! Elle avait bien choisi son moment, la première grève nationale de l’année 2022. Mais au-delà d’avoir envoyé son programme comme une bouteille à la mer, elle n’est décidément pas faite pour être candidate. Car elle avait étonné tout le monde le 8 décembre 2021 en annonçant vouloir participer à la "primaire populaire" (alors qu’elle l’avait toujours refusé). Eh bien, un mois plus tard, Anne Hidalgo a encore retourné son tailleur et refuse à nouveau d’y participer, sous prétexte que ses concurrents n’y participent pas. Ne cherchez pas à comprendre, tant d’instabilité pourrait faire de réels dégâts à la tête de l’État. Si elle n’est pas capable d’avoir une stratégie pour sa campagne, comment pourrait-elle en avoir une pour le pays ?

En clair, elle a affirmé qu’elle mènerait sa candidature jusqu’au bout (au bout de quoi ?). Ce qui ferait quelque chose de très surréaliste si Christiane Taubira sortait vainqueure de cette primaire : il y aurait alors deux candidates pseudo-socialistes. Du reste, des sondages ont déjà testé cette configuration et cela donne plus d’intentions de vote à deux qu’avec seulement l’une ou l’autre participant seule au scrutin présidentiel. C’est justement l’effet non arithmétique des élections. Le mystère, c’est que les électeurs surnuméraires de ces sondages proviennent de …l’électorat d’Emmanuel Macron ! Et d’abstentionnistes. Christiane Taubira est en effet apprécié chez les macronistes de gauche, et ce n’est pas étonnant puisqu’elle était à l’origine balladurienne puis radicale de gauche, donc centriste de gauche.

Plus le temps passe et plus la candidature d’Anne Hidalgo est une erreur de casting du parti socialiste ; Stéphane Le Foll aurait fait largement mieux l’affaire. Les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules. Si l’on en croit "Le Parisien" du 14 janvier 2022 (ce quotidien devient un journal de référence essentiel pour la campagne présidentielle, note au passage), la collectivité (énorme) que gère Anne Hidalgo est en plein naufrage, le budget de la ville de Paris est en alerte rouge, son endettement colossal vient d’engendrer des coupes budgétaires drastiques que la maire de Paris aurait voulu les plus discrètes possible. Pour la discrétion, c’est raté. Et coïncidence des agendas (?), quand Christiane Taubira annoncera sa candidature (en principe) à la Croix-Rousse, la candidate du PS sera en déplacement dans la banlieue lyonnaise, comme si les deux voulaient se marquer à la culotte.

Enfin, dernier impétrant surnuméraire, Arnaud Montebourg cherche aujourd’hui à sortir de ce bourbier personnel en gardant une certaine dignité. Ses quatre mois de campagne ont été une catastrophe, ne serait-ce que dans son organisation et parmi ses rares soutiens complètement divisés sur le programme à promouvoir. Pourtant, il oscillait entre 1% et 3% des intentions de vote dans les sondages, ce qui, avec une bonne campagne, auraient pu faire pousser jusqu’à 5% voire 10% le cas échéant. L’initiative de Christiane Taubira est donc pour lui un divin recours ; s’effacer derrière elle, ce serait très honorable. Pour Christiane Taubira, ce serait un soutien de tout premier ordre, les ministres de l’Économie et de la Justice de François Hollande alliés pour le meilleur (et le pire).

En 2017, il y avait aussi beaucoup de candidatures à gauche. Il y a eu un effet siphonage de voix qui s’est opéré vers le candidat Jean-Luc Mélenchon car il était le meilleur à l’époque. Je ne sais pas ce que vaudrait Christiane Taubira comme candidate déclarée, son organisation, son programme, son charisme, ses soutiens, tandis qu’elle serait particulièrement désagréable avec son entourage selon de nombreuses personnes (elle a usé de nombreux dircab pendant ses années de ministre), mais elle a une chose qu’aucun autre candidat de gauche ne possède en 2022 : elle incarne la "gauche morale".

Personne ne peut dire vraiment pourquoi, même en essayant de se dire que sa défense de la loi sur le mariage pour tous serait de même ordre que la défense de la loi sur l’IVG par Simone Veil ou de la loi sur l’abolition de la peine de mort par Robert Badinter (ce qui me paraît moralement assez douteux ; il ne faut pas confondre moral et sociétal), mais c’est comme cela qu’elle est perçue par de nombreux électeurs potentiels de gauche. Il suffit d’écouter les auditeurs dans les émissions auxquelles elle participe, cela fait un an qu’ils lui demandent de se présenter comme si elle était une femme providentielle. Alors, elle les a écoutés et la voilà, elle va tout chambouler. Ou presque !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (25) : Christiane Taubira se lance !
Christiane Taubira candidate ?
Entre gauche morale et gauche sécuritaire.
Christiane Taubira en pleine sortie...
Christiane Taubira, ministre météore ?
La déchéance de la nationalité.
Le mariage pour tous.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220114-taubira.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-25-christiane-taubira-238664

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/14/39304007.html









 

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12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 03:32

« Je suis une femme qui gagne et une femme qui fait. » (Valérie Pécresse).



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Elle a dit aussi : « Je suis une femme de droite et une femme droite. J’ai envie de gagner et j’assume avoir un projet plus puissant, plus à droite et plus réformateur. ».

Ce mercredi 12 janvier 2022, un sondage, réalisé par Elabe pour BFM-TV, "L’Express" avec SFR, a mis du baume au cœur de la candidate LR Valérie Pécresse : elle ferait jeu égal avec Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle, 50%-50%. C’est nouveau, car depuis plusieurs semaines, la campagne de Valérie Pécresse patinait un peu, principalement caractérisée par une trompeuse rivalité, pour atteindre le second tour, entre elle, Marine Le Pen et Éric Zemmour, orchestrée par les sondages et les médias.

Depuis le 10 janvier 2022, l’IFOP et OpinonWay ont mis en place des systèmes de sondages tous les jours avec le même échantillon. L’intérêt est de voir les différences avec le temps en fonction des différents événements de la campagne. Ce n’est pas nouveau et certains instituts de sondages avaient déjà adopté ce genre de sondages "rolling" pour l’élection de 2017. L’intérêt est relatif et surtout, bousille l’intérêt d’une campagne. J’ai du mal à comprendre comment de grands professionnels de la politique, de la communication ou du journalisme soient capables de mettre dans les sondages autre chose qu’une simple indication photographique, très mineure comparée aux défis d’une campagne électorale.

Certes, c’est une tentation générale (j’aime aussi bien lire les sondages, mais je sais qu’ils ne sont jamais prédictifs, c’est un peu comme le R0 de l’épidémie, on l’apprend toujours en différé). Certes encore, il reste moins de trois mois avant le premier tour, ce qui signifie qu’il va y avoir une accélération (exponentielle) du temps dans les prochaines semaines (une multiplication d’événements, de déclarations, de réactions, de contre-réactions, etc.). Valérie Pécresse ne s’y est pas trompée et elle a compris que ce serait une campagne de mouvements, pas de positions. Donc, elle bouge, ou plutôt, elle cherche à bouger, mais sans beaucoup de résultats.

Jean-Luc Mélenchon a dit le 9 janvier 2022 que la gauche n’avait pas besoin d’union, mais de mobilisation. Je pense que c’est une remarque valable pour tous les candidats.

Contrairement à ce qu’a affirmé Ségolène Royal le 12 janvier 2022 (pour suggérer à Anne Hidalgo de s’effacer derrière Yannick Jadot), François Mitterrand n’a pas gagné avec le Programme commun. En 1974, François Mitterrand était le candidat de la gauche unie, et à part Arlette Laguiller et René Dumont (que je place à gauche pour faire court), il n’avait aucune concurrence à gauche dès le premier tour, et il a perdu. En 1981, l’union de la gauche avait éclaté quatre ans plus tôt, il avait de nombreux concurrents à gauche (sans compter LO et écolos), avec les candidatures de Georges Marchais, Huguette Bouchardeau et Michel Crépeau… et il a réussi quand même à gagner.

A contrario, si Lionel Jospin, alors favori, a échoué en 2002, ce n’est pas à cause de la multiplicité des candidatures à gauche issue de la majorité de son gouvernement sortant (Jean-Pierre Chevènement, Noël Mamère, Robert Hue et Christiane Taubira). Les électeurs de gauche qui ont voté pour ces candidats "périphériques" (ou "de diversion") ne voulaient pas de Lionel Jospin car ils étaient très conscients qu’en votant pour d’autres candidats, ils plomberaient son résultat du premier tour, ce qui serait plus difficile au second tour. Donc, l’absence du scrutin de ces candidatures n’aurait pas rapporté beaucoup de voix à Lionel Jospin et aurait plutôt fait augmenter l’abstention.

Le maître mot de Jean-Luc Mélenchon, la mobilisation, est donc bien plus crucial que l’union. L’union est un facilitateur, mais n’est certainement pas suffisant et est probablement dérisoire, voire pas forcément nécessaire.

Valérie Pécresse, elle, a déjà résolu un sacré problème : elle a réussi à faire l’unité de son parti retrouvé, Les Républicains, autour de sa candidature. Beaucoup de ses compagnons ressemblent un peu à des "malgré nous" mais ils jouent l’unité, l’union, à part quelques débauchages finalement individuels et prévisibles, au nombre d’un à ce jour (Guillaume Peltier, qui retrouve ses anciennes amours en politique, voir plus loin).

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Elle était la meilleure candidate de ceux qui se sont présentés à la primaire LR et donc, elle a été désignée. Personne ne doute de sa capacité à gouverner ; énarque, elle a un CV flatteur. Au-delà d’avoir été conseillère du Président Jacques Chirac, d’avoir été cinq ans ministre du Président Nicolas Sarkozy, à des ministères difficiles : l’Enseignement supérieur et la Recherche (elle a fait voter une loi très importante sur l’autonomie des universités, notamment financière), et le Budget. À cela, il faut ajouter depuis six ans présidente du conseil régional d’Île-de-France avec des réalisations concrètes et des engagements clairement tenus. Sa désignation a ainsi rehaussé le niveau du candidat LR dans les sondages autour de 16%-17%, bien plus haut que ne pouvait espérait Xavier Bertrand qui ne jurait que par les sondages.

La candidate LR a donc réussi la première partie de son contrat : unifier son parti derrière sa candidature et avoir un programme ferme et déterminé. En outre, elle a réussi à se placer dans les sondages à un niveau suffisamment crédible pour rendre sa victoire possible et permettre de mobiliser ses électeurs potentiels pour aller jusqu’à la victoire. Elle ne risque pas non plus, contrairement à ce que certains expliquent, une fuite de son parti vers d’autres horizons, en particulier zemmouriens.

Le départ de Guillaume Peltier est une bonne prise pour Éric Zemmour car il lui manquait une personnalité qui sache faire de la politique, qui ait un certain charisme (il est très bon en communication), qui connaisse le Parlement, qui sache organiser un parti et une campagne électorale, et en plus, ce départ est intellectuellement probablement sincère. En revanche, il est individuel et ce n’est pas une perte pour LR, c’est presque un soulagement. Car il a proposé l’augmentation du SMIC de 20%, ce qui n’était pas du tout dans le programme LR. Guillaume Peltier avait soutenu Xavier Bertrand à la primaire interne mais ce dernier avait refusé de le choisir comme directeur de campagne malgré ses offres de service. Il n’a pas de "disciples" attitrés au sein de LR, son principal ami de "La Droite forte" issue de l’UMP-LR, c’était Geoffroy Didier qui, depuis au moins six ans, est à fond pour Valérie Pécresse (il est en outre vice-président du conseil régional d’Île-de-France, ceci explique peut-être cela, ou réciproquement).

Il y a d’ailleurs peu de chance que les personnalités citées par Éric Zemmour et susceptibles de le rejoindre (Nadine Morano, Éric Ciotti, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, j’en oublie peut-être) le rejoignent, d’abord parce qu’elles ne sont pas forcément si proches de ses idées qu’il ne le croit, ensuite parce qu’elles sont très fidèles à LR (Éric Ciotti est RPR-UMP-LR depuis plus d’une trentaine d’années) et cherchent plutôt à prendre le contrôle idéologique de leur parti (ce qu’ils ont réussi à faire d’ailleurs). Sans compter qu’il y a aussi des élections législatives en juin 2022 et l’investiture de LR y sera stratégique.

C’est d’ailleurs le meilleur argument de l’allié de la candidate LR et ancien rival Éric Ciotti : Valérie Pécresse est la seule qui peut battre Emmanuel Macon (elle est la seule candidate capable de gagner l’élection contre le Président sortant ; un unique sondage, celui d’Elabe réalisé les 6 et 7 décembre 2021, l’a placée devant Emmanuel Macron au second tour avec 52%-48%, mais cela ne s’est pas reproduit). Un argument à prendre avec des pincettes car c’est ce type d’argument qui a plombé politiquement Xavier Bertrand, se contentant de la méthode Coué ("je suis le meilleur") au lieu de faire des propositions concrètes et fortes.

Mais pour l’instant, cet argument de mobilisation n’est que virtuel. Il manque encore la vraie mobilisation, une mobilisation populaire. L’absence de Nicolas Sarkozy et plus encore de Laurent Wauquiez est patente. On n’entend pas non plus François-Xavier Bellamy alors qu’il était le numéro un de LR il y a deux ans comme tête de liste aux élections européennes. De plus, comme Valérie Pécresse est une personne raisonnable et responsable, elle a annulé le grand meeting populaire qu’elle devait tenir le 10 décembre 2021 pour cause de pandémie de covid-19, et ce type de manifestation reste encore l’événement le plus mobilisateur pour y croire. Ce sont les meetings de précampagne d’Emmanuel Macron qui a fait son ascension électorale en 2016. Éric Zemmour aussi a réussi à capter pas mal de militants avec son meeting à Villepinte le 5 décembre 2021. On peut croire que ces événements sont habituels, mais non, ils sont ponctuels, exceptionnels, comme le grand meeting au Trocadéro de François Fillon du 5 mars 2017, ce sont des boosters de mobilisation très forts. En particulier parmi les militants.

Quand Valérie Pécresse a évoqué le kärscher à ressortir de la cave, d’abord dans "La Provence" le 5 janvier 2022, puis le lendemain dans son déplacement à Salon-de-Provence et à Marseille, cela a fait flop alors que ses mots visaient à choquer. D’une part, ses mots étaient malheureux et rappelaient trop Nicolas Sarkozy, comme si elle était incapable de s’exprimer par elle-même, et d’autre part, c’était politiquement très maladroit de sa part. Christophe Castaner a eu ensuite le beau jeu de répliquer qu’en allant dans la cave chercher le kärscher, on y trouverait aussi les 12 500 postes de policiers supprimés pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Le kärscher de Valérie Pécresse a duré une soirée dans les médias, alors l’emmerdement d’Emmanuel Macron dure encore, soit plus d’une semaine, dans les médias et la "mémoire collective". Tous les contempteurs qui continuent à fustiger Emmanuel Macron sur ses propos du 4 janvier 2022 dans "Le Parisien" n’ont pas encore compris qu’en parler le servait (d’ailleurs, les sondages ne semblent pas marqué d’effondrement d’Emmanuel Macron, au contraire, plutôt une consolidation de son "socle").

Quelques jours plus tard, Valérie Pécresse a organisé une conférence de presse assez solennelle le samedi 8 janvier 2022, annoncée la veille. Elle a expliqué tout ce qui la différenciait d’Emmanuel Macron, parlant du « quinquennat de mépris ». Le problème de Valérie Pécresse sur la politique sanitaire du gouvernement, c’est qu’elle est d’accord avec le Président de la République sur le fond, elle est favorable au passe vaccinal, du reste comme Éric Ciotti qui a voté le projet de loi le 6 janvier 2022.

En fait, ce que dit Valérie Pécresse dans ses déplacements n’imprime pas, c’est-à-dire ne marque pas l’actualité, ne marque pas les esprits, ne la distingue pas, ne la différencie pas. Nicolas Sarkozy, l’un des meilleurs connaisseurs des campagnes présidentielles (avec Jacques Chirac), avait pour objectif de sortir une proposition disruptive les deux jours, le temps que ses opposants réagissaient, il avait déjà lâché une autre proposition disruptive, si bien que les opposants n’avaient plus le temps de faire leurs propositions et étaient soumis, noyés, par le calendrier de Nicolas Sarkozy. C’est pourquoi Emmanuel Macron avait parlé de rester maître des horloges pendant la campagne de 2017, lorsqu’on lui avait demandé où en était son programme. C’est aussi ce qui a fait le succès de François Fillon dans sa campagne de la primaire LR de 2016 et même, d’une certaine manière, de ne pas s’être effondré malgré son "affaire" dans la campagne présidentielle de 2017 : ne pas se préoccuper des adversaires et "dérouler" son propre programme, sans créer de polémique contre les autres.

Valérie Pécresse, elle, n’a fait que de la défensive, répondant sans arrêt à Emmanuel Macron avec même un peu trop de zèle pour éviter les critiques de collusion intellectuelle avec le Président de la République. Mais en faisant cela, elle perd du temps qu’elle pourrait mieux consacrer à présenter son programme. Son programme et elle.

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À cette conférence de presse, elle était accompagnée de tous les hiérarques de LR : Gérard Larcher, Président du Sénat, Annie Genevard, première vice-présidente de l’Assemblée Nationale, Christian Jacob, président de le LR, Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée Nationale, Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, ainsi que des anciens candidats à la primaire interne Éric Ciotti, Xavier Bertrand et Michel Barnier. Il y avait une impression diffuse que Valérie Pécresse était une marionnette manipulée par tout cet aréopage.

C’est, je pense, un des grands handicaps de Valérie Pécresse, qui peut être rapidement surmonté d’ailleurs. Valérie Pécresse n’est pas très connue, elle n’est pas dans le paysage politique depuis quarante ans (heureusement) et beaucoup d’électeurs qui pourraient voter pour elle ne la connaissent pas. Maintenant que l’union est acquise dans son parti (tout le monde, chez LR, veut sa victoire car c’est la seule voie possible pour que tous retrouvent le pouvoir, après dix ans de traversée du désert), Valérie Pécrese a besoin de personnaliser sa campagne, repousser tout le collectif et faire dans le personnel : "son" programme (et pas celui de LR), "son" style, "ses" décisions. Par exemple, quelqu’un comme François Fillon, très solitaire, n’avait aucun mal à personnaliser, et son refus de revenir sur le cumul de mandat était ferme et définitif malgré la revendication de nombreux élus LR pendant la campagne de 2017. Valérie Pécresse doit montrer son style, sa valeur ajoutée personnelle, quitte maintenant à déplaire à ses amis (qui sont désormais à être en situation de devoir accepter tout de leur candidate).

Ce manque d’incarnation est flagrant pour Valérie Pécresse et elle est d’ailleurs unique parmi les candidats qui sont actuellement à plus de 10% dans les sondages d’intentions de vote : Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon, tous, on les connaît, on les aime ou on les déteste, mais ils ont leur personnalité, leur caractère fort parfois, et ils peuvent incarner personnellement le pouvoir. Yannick Jadot et Anne Hidalgo, comme l’était aussi Benoît Hamon, n’incarnent rien personnellement, et c’est peut-être la cause de leur faible attractivité. C’est aussi un atout pour Christiane Taubira qui a une forte personnalité (certains diraient trop forte) et une forte incarnation d’une certaine gauche morale (que ce soit réel ou pas, ce n’est pas le problème, c’est la perception qui compte).

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Il n’y a aucun doute que Valérie Pécresse a un caractère très fort. Défendre sa loi sur l’autonomie des universités sans beaucoup d’appui de ses collègues ministres et avec une forte désapprobation du milieu universitaire nécessitait une ténacité et une personnalité hors normes. À la tête de la région capitale également, elle a fait preuve d’une forte personnalité. Mais il faut que les gens le perçoivent. Il faut qu’elle abandonne les "nous" de politesse de parti en "moi" souvent crié par les machos. Bref, il faut qu’elle quitte ses habits d’élue modèle, qu’elle sorte de sa coquille, et qu’elle devienne cet "animal politique" qui aspire à devenir un Louis XIV ou un Napoléon moderne, c’est-à-dire qui aspire à incarner l’État, et au-delà, qui aspire à incarner la Nation, la République, la France. Ce n’est pas un handicap surmontable, la preuve avec Emmanuel Macron dont les qualités régaliennes se sont révélées dès le soir de son élection à la Pyramide du Louvre. Mais pour se révéler comme cela, il faut d’abord être élu. Il faut qu'elle convainque qu'elle est la meilleure de tous les candidats.

Il y a aussi un autre danger qui guette Valérie Pécresse : sa stratégie électorale. À l’heure actuelle, elle ne cesse d’envoyer des scuds contre Emmanuel Macron, ce qui est compréhensible car c’est le Président sortant et tout candidat non issu de la majorité ferait de même. En 1981, Valéry Giscard d’Estaing était seul contre tous, y compris Jacques Chirac qui faisait pourtant partie de la majorité. Emmanuel Macron ne doit donc pas s’attendre à de l’indulgence de la part de ses concurrents, ce qui est de bonne guerre. Mais est-ce l’intérêt électoral de Valérie Pécresse ? Je ne le crois pas.

J’évoquais au début de cet article la trompeuse rivalité entre Valérie Pécresse, Marine Le Pen et Éric Zemmour : c’est trompeur car elle n’existe pas. Ils ne naviguent dans les mêmes eaux. Certains voudraient même croire qu’ils proposent la même chose, ce qui est complètement erroné (et loufoque) : depuis le début des années 1980, le RPR (si apprécié par des nostalgiques du vintage) a été fondamentalement opposé au FN, à ses thèses, à son idéologie, à ses propositions, à toutes alliances même temporaires avec le FN, et j’ajouterais, même si cela me coûte puisque j’étais à l’UDF, l’UDF a été plus perméable à la tentation d’alliances locales voire régionales avec le FN (voir les élections régionales de 1998 et Charles Millon) que le RPR dont le sens de la discipline et des consignes était plus efficace. Du reste, le FN préférait la victoire de la gauche, qu’elle soit mitterrandienne, jospinienne ou hollandienne à la victoire de ce qu’il définissait comme ses ennemis, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

Éric Zemmour est un peu différent car finalement, il a toujours été de la culture RPR (même si son RPR à lui a toujours été idéalisé par rapport à la réalité historique), donc nécessairement compatible avec LR (dont il connaît bien les dirigeants), mais toutefois avec des idées encore plus extrémistes voire immorales que le RN. C’est là l’étrangeté de la situation : avec Éric Zemmour, on prendrait presque Marine Le Pen pour une centriste ! Lui, il voudrait faire ce que le RPR qu’il chérit tant a toujours fermement refusé de faire, une alliance entre RN et LR. Pour le coup, ni le RN ni LR ne la souhaitent car ce serait contreproductif et l’anéantissement de leur fonds de commerce respectif. Les pourcents qu’Éric Zemmour représente dans les sondages d’intentions de vote correspondent aux Français, minoritaires à droite, qui veulent cette alliance.

La stratégie actuelle de Valérie Pécresse est une erreur car elle veut l’emporter sur les thèses les plus droitières face à Éric Zemmour et Marine Le Pen (c’était le seul intérêt de ressortir le kärscher). Mais à ce petit jeu, elle ne sera jamais ni crédible ni meilleure que les deux autres. Mission impossible, on préfère toujours l’original à la copie, comme disait le patriarche. On part de l’idée que le total des sondages Pécresse + Le Pen + Zemmour est un gâteau invariant à se partager. Pourtant, la politique n’a rien à voir avec l’arithmétique, tout comme l’économie (les 35 heures étaient une erreur car le nombre d’emplois n’est pas un invariant, il "suffit" de favoriser l’augmentation de l’activité économique).

Or Valérie Pécresse aurait au contraire intérêt à séduire les électeurs d’Emmanuel Macron qui sont très proches d’elle idéologiquement. Comme on lui reproche cela, le "on" provenant de sa droite, elle fait tout pour s’en démarquer, mais sera-t-elle crédible longtemps dans cette posture impossible et probablement contreproductive ?

La stratégie d’aller vers le centre serait plus pertinente, notamment dans une optique de campagne de second tour (certains électeurs de gauche ont déjà décidé de voter pour elle par réalisme et lucidité, par haine d’Emmanuel Macron et volonté efficace d’éviter sa réélection), mais aussi pour le premier tour : si elle reprend la part perdue des électeurs de François Fillon soutenant maintenant Emmanuel Macron (dont je suis par exemple), non seulement elle pourra consolider son socle pour atteindre le second tour, mais mécaniquement, le socle électoral d’Emmanuel Macron sera fragilisé. Dans ces conditions, c’est donc incompréhensible qu’elle veuille suivre les surenchères ciottiennes. Cela dit, il sera plus difficile à des électeurs d’Emmanuel Macron d’origine de centre droit de retourner vers Valérie Pécresse que de s’être détourné de François Fillon ou de LR en général pour rejoindre Emmanuel Macron il  a cinq ans. Édouard Philippe en sait quelque chose.

Une soutien pourrait être faire changer d’avis la candidate LR, même si celui-ci prêtera le flanc à la critique des plus à droite : dans "Le Point", l’essayiste Alain Minc a apporté le 12 janvier 2022 son soutien à Valérie Pécresse, alors qu’il était proche d’Emmanuel Macron en 2017. Un soutien qui pourrait inquiéter l’ancienne ministre car il n’a jamais soutenu de futurs vainqueurs (en 2017, il avait d’abord soutenu Alain Juppé en 2017).

Cela dit, les raisons du soutien sont les suivantes : Valérie Pécresse, ce serait Emmanuel Macron en mieux ; Valérie Pécresse est une femme et une femme à l’Élysée serait une fierté française (la fierté est le leitmotif de campagne de Valérie Pécresse) ; Emmanuel Macron n’aura pas de majorité à l’Assemblée Nationale (on avait déjà dit cela en 2017) et la situation de crise exige qu’on ne soit pas en cohabitation ; enfin, sa qualification au second tour permettrait d’éliminer les deux candidats d’extrême droite qui sont les deux dangers du moment. Au-delà de ces raisons, Alain Minc a été déçu par Emmanuel Macron : il lui avait conseillé de nommer Valérie Pécresse à Matignon en juillet 2020 car elle avait un grand potentiel et pourrait être la plus redoutable des candidats potentiels de LR ; de plus, il a regretté que son conseil de ne pas présenter de liste LREM contre elle aux régionales en Île-de-France n’ait pas été suivi au profit de petits avantages partisans.

Aujourd’hui, Valérie Pécresse se trouve devant un choix qu’elle devra rapidement prendre : ou continuer à errer sur les terres extrémistes qui ne lui rapporteront rien, ou changer résolument de cap et revenir à sa nature profonde, le centre droit voire le radicalisme à la Chirac, qui irait cibler l’électorat même d’Emmanuel Macron, avec un argument de poids ne faisant pas beaucoup rêver les foules : l’équilibre des comptes publics.

Manque d’incarnation, stratégie incertaine : l’arithmétique des sondages d’intentions de vote n’a jamais opéré (elle n’a pas forcément intérêt à aider par des parrainages LR la candidature d’Éric Zemmour : le polémiste pourrait "détourner" plus de voix LR que de voix RN voire arriver lui-même en deuxième position). Si elle réussit cette transformation d’incarner la Nation et d’être crédible dans le rassemblement des Français, elle pourra faire éclater l’arithmétique et déplacer les lignes. Rien n’est pour l’instant cristallisé (la moitié des électeurs n’a pas encore choisi), et tout, tout reste possible…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée (24) : Valérie Pécresse, entre savoir-faire et savoir-plaire.
Élysée 2022 (19) : l’effet Valérie Pécresse.
Élysée 2022 (18) : Valérie Pécresse, naissance d’une leader.
Second tour du congrès du parti Les Républicains le 4 décembre 2021.
Élysée 2022 (16) : ce sera le duel Ciotti-Pécresse.
Élysée 2022 (15) : le quatrième et ultime débat des candidats LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220112-pecresse.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-24-valerie-pecresse-entre-238561

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/09/39296310.html









 

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9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 12:35

« Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’il faut augmenter les droits de succession à tout-va, au contraire. Nous sommes une nation de paysans dans notre psychologie collective, ce qui est une force. Nous avons cela dans notre ADN et donc la transmission est importante pour nous. Donc, je pense qu’il y a des choses à améliorer. Il faut plutôt accompagner les gens pour les aider à transmettre les patrimoines modestes. » (Emmanuel Macron, "Le Parisien", le 4 janvier 2022).




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Occultée par la loi de l’emmerdement maximal contre les personnes non-vaccinées, les propos du Président de la République Emmanuel Macron sur les droits de succession, lors de son interview dans "Le Parisien", le 4 janvier 2022, sont passés inaperçus. Ce sont pourtant, peut-être, les plus stratégiques.

Il faut toujours replacer ces petites phrases dans leur contexte : selon le journaliste du "Parisien" David Doukhan qui a participé à l’entretien, Emmanuel Macron n’a été à l’origine d’aucune question ni sujet, ni du reste "Le Parisien" lui-même (sinon, on aurait parlé de régalien, de sécurité) ; les thèmes abordés ne provenaient que du choix (arbitraire) des sept "citoyens" (lecteurs du quotidien) choisis pour l’occasion.

Néanmoins, Emmanuel Macron a su rattraper la balle au bond et au bon moment. Actuellement, les droits de succession sont énormes pour une rentabilité faible. Très largement supérieurs à nos voisins européens, ils ne rapportent au budget de l’État que 14,4 milliards d’euros (en 2019, y compris les taxes sur les donations), alors qu’ils sont une surimposition puisque l’argent ou le patrimoine taxés avaient déjà été imposés auparavant.

À l’époque du Président Nicolas Sarkozy, par la loi TEPA (loi en faveur du travail, de l’emploi et de la protection du pouvoir d’achat), il avait allégé et simplifié les droits de succession (et taxes sur les donations). En ligne directe (parents/enfants), l’abattement applicable aux successions et aux donations était de 159 500 euros par enfant et le délai de rappel fiscal pour les donations était fixé à six ans. Par la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011, cela s’est durci en prolongeant le délai de rappel fiscal à dix ans et en ne réévaluant plus les montants des abattements (ce qui a augmenté le nombre de successions taxables, 12% au lieu de 5%). En outre, Nicolas Sarkozy avait entièrement exonéré les transmissions entre époux.

Mais ces dispositions, qui ont été allégées sous Nicolas Sarkozy (puis un peu réalourdies après la crise financière de 2011), ont été les premières cibles idéologiques du Président François Hollande juste après son élection. En effet, il a fait voter très rapidement la loi de finances rectificative du 16 août 2012 qui a modifié les avantages précédents : l’abattement en ligne directe a chuté à 100 000 euros et le délai de rappel fiscal prolongé à quinze ans ! (Le rappel fiscal, c’est la période pendant laquelle l’abattement est pris en compte dans les donations et les successions : plus ce rappel est court, plus le contribuable est avantagé). Les seuls avantages maintenus par François Hollande furent l’exonération fiscale des transmissions entre époux et la majoration spécifique pour les héritiers en situation de handicap instaurée par Nicolas Sarkozy, dont le montant est 159 3325 euros.

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Les droits de succession sont, comme l’impôt sur la grande fortune, des marqueurs idéologiques (de gauche ou de droite), alors que la plupart des personnes qui ont épargné toute leur vie pour transmettre un petit patrimoine à leurs enfants ne sont pas forcément de grands fortunés. En 2017, Emmanuel Macron n’a pas voulu y revenir dans son programme ni depuis, dans sa politique. Comme mesure phare en faveur du pouvoir d’achat, il avait proposé (puis mis en application un fois au pouvoir) l’abrogation de la taxe d’habitation.

En 2022, ce sera probablement un thème de campagne fort. Le premier à avoir senti le vent passer a été Éric Ciotti pendant la campagne de la primaire LR de décembre 2021. Dans son programme assez complet, il a, sans complexe, proposé une réduction massive des taxes et impôts, considérant que l’impôt tuait l’impôt et que le regain d’activités économiques engendré par cette réduction massive allait compenser le manque à gagner.

Les propositions de celui qui est arrivé en tête du premier tour de la primaire LR sont les suivantes : « supprimer l’impôt sur les successions en ligne directe (plafond à 5 millions d’euros) ; supprimer l’impôt sur les donations en ligne directe ; exonération des droits de succession et de donation d’entreprises en ligne directe conditionnée  la continuité de l’activité ; exonérer les donations entre grands-parents et petits-enfants jusqu’à 150 000 euros ; diminuer à cinq ans le renouvellement périodique des abattements sur les donations. ».

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Éric Ciotti a ainsi testé cette baisse drastique des droits de succession dans son électorat, et a considéré que ce serait plus juste, favorisant le travail et la famille : « L’impôt sur les successions et sur les donations représente un impôt sur la mort profondément injuste qui vient taxer le fruit d’une vie de travail. Mon projet défend puissamment la transmission. Je supprimerai ces impôts pour faire circuler le patrimoine plus facilement vers les générations qui en ont besoin. ».

Ces propositions fortes ont contribué, indépendamment du volet régalien déjà bien connu d’Éric Ciotti, à son succès interne parmi les militants de LR. Et même elles ont reçu un écho très favorable de la part de la sacro-sainte "opinion publique".

Il faut bien comprendre que le marqueur idéologique est très prégnant. Du côté de l’étatisme, le principe de succession est une hérésie sur le plan de l’égalité, du moins de l’égalité des chances à la naissance, selon que sa famille est riche ou pauvre. Remettre à la naissance tout le monde au même niveau est une tentation totalitaire et gauchiste (confiscation totale du patrimoine du défunt et redistribution). Mais il n’y a pas que la bataille pour l’égalité. Il y a aussi cette stupidité idéologique de haine contre les riches, ce qui avait déjà motivé l’impôt sur les grandes fortunes.

Au contraire, chez les partisans de la liberté, la taxation du patrimoine du défunt est une hérésie fiscale, puisque ce patrimoine est déjà le résultat d’un argent déjà taxé et imposé. Non seulement la valeur de la famille est en jeu, mais aussi celle du travail : la motivation d’un chef d’entreprise peut être tout autre, mais elle est aussi de retransmettre ce patrimoine à ses enfants, parfois sur plusieurs générations. Pas seulement que d’un chef d’entreprise, d’ailleurs, mais de toute personne dont la profession bien rémunérée est très prenante ; pendant toutes ses journées, pendant toute sa vie, il s’est refusé des loisirs, du repos, pour pouvoir in fine transmettre à ses enfants. Plus on taxera ses donations et sa succession, plus il se dira "à quoi bon ?" et pourquoi donc ne pas occuper un emploi de "fonctionnaire", pris ici dans le sens trivial, caricatural et parfois profondément injuste (je vois tous les jours des fonctionnaires dévoués et consciencieux qui en font largement plus que leur salaire) si c’est pour transmettre son patrimoine plutôt à l’État qu’à ses enfants ou à d’autres bénéficiaires choisis par lui (j’ai mis au masculin, cela peut s’entendre au féminin bien évidemment).

Désignée candidate LR, Valérie Pécresse a bien compris l’importance des propositions d’Éric Ciotti sur les droits de succession et il me semble qu’elle est en cours de les prendre pour elle (en tout cas, c’est à suivre). Je le répète, c’est un impôt qui apporte peu d’argent à l’État et qui clive idéologiquement.

C’est ainsi que la "sortie" d’Emmanuel Macron est très intéressante : il faut se préoccuper, dit-il, des « transmissions populaires ». En gros, c’est le même problème que le discours des entreprises (il faut par exemple écouter le candidat communiste). Dire entreprises ne signifie rien : à gauche, c’est soit des grandes entreprises du CAC40 (bouh, les vilains, riches, à taxer !), soit des petites entreprises, l’artisan du quartier, qu’il faut soutenir, des ouvriers de qualité, des pauvres, etc. C’est pareil pour les successions, soit les petites transmissions, un père maçon qui a travaillé toute sa vie en se privant pour épargner et transmettre un petit capital à ses enfants. Ou la succession de Serge Dassault ou de Jean-Luc Lagardère.

Bien sûr, les Français sont pour les impôts qu’ils ne paient pas et contre les impôts qu’ils paient. Donc, tout revient à mettre au bon endroit le curseur. Que signifient les "petites successions" ? Pour Nicolas Sarkozy, c’est 159 500 euros par enfant. Pour François Hollande, c’est 100 000 euros par enfant. Il devient probable que le futur candidat Emmanuel Macron fasse bientôt une proposition sur ce sujet au cours de la campagne présidentielle.

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À la pointe de l’innovation, le candidat Jean-Luc Mélenchon n’est pas en reste sur les droits de succession, mais dans sa version "égalitaire". Au "Grand Jury" RTL LCI "Le Figaro" du 9 janvier 2022, le leader de la France insoumise a en effet évoqué ce sujet qui sera peut-être l’un des thèmes majeurs de la campagne, dans le cadre de la protection du pouvoir d’achat.

Jean-Luc Mélenchon a d’abord fait le "modéré" en comprenant que les successions "modestes" ne devraient pas être taxées. Il est d’ailleurs plus généreux que François Hollande puisqu’il pose 120 000 euros la limite d’exonération des droits de succession (mais je pense, à sa manière de parler, qu’il croit que c’est le seuil actuel alors qu’il est seulement de 100 000 euros). Mais sa "modération" a chuté quand lui, qui a déclaré l’un des patrimoines personnels les plus élevés en 2017 (de plus d’un million d’euros), a estimé que 120 000 euros était déjà "beaucoup". Rien qu’une résidence principale du parent décédé, s’il est propriétaire, doit faire deux à trois fois plus, à moins d’en être resté au stade d’étudiant et de vivre dans un studio (certes, tout le monde n’est pas propriétaire, mais on ne peut pas dire qu’on est "riche" quand on a une résidence à transmettre qui vaut maintenant une ou deux ou même trois fois 120 000 euros, selon le nombre d’enfants).

Jean-Luc Mélenchon a ensuite fait état d’une autre catégorie, celle entre 120 000 et 12 millions d’euros, soit 100 fois plus. Là, c’est selon le barème actuel, si j’ai bien compris. Donc, rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est les deux choses suivantes.

La première est idéologiquement totalitaire et égalitariste, ce seraient des droits de succession de 100% au-delà de 12 millions d’euros. Bref, ce serait confiscatoire et c’est clairement assumé comme tel. On n’aurait pas le droit de transmettre plus de 12 millions d’euros à ses enfants. Pour l’ultramajorité des Français, ils ne seraient pas concernés par une telle mesure.

Il le dit d’ailleurs : « Je propose de mettre en place un héritage maximum à 12 millions d’euros. Au-delà, on prend tout. Cela concerne 0,01% de la population. Cet argent permettra de financer l’allocation d’autonomie pour les jeunes étudiants et dans l’enseignement pro à 1 063 euros par mois. ». Il faudra vérifier si ses calculs sont justes, et dans un premier temps de réflexion, on pourrait être d’accord avec cette mesure : 12 millions d’euros, le bénéficiaire aurait déjà de quoi tenir, et cela éviterait les gros abus de dynasties bourgeoises, 100 millions, 1 milliard d’euros… qui sont de toute façon ultrarares et je doute que cela financerait l’allocation en question.

L’argument idéologique est bien rappelé : « Il y a un phénomène social qui a été repéré. L’héritage prend une part considérable dans la différenciation sociale. Notre société est de plus en plus inégalitaire. ». Je ne comprends pas le problème des inégalités qui est structurel à l’âme humaine. Je m’en moque que des gens soient plus riches que moi, ce que j’aimerais, comme tout le monde, c’est que les plus pauvres soient suffisamment riches pour vivre décemment (à définir). Cette idéologie égalitariste est surtout une forme de jalousie, voire pire, d’envie.

Dans un second temps, d’ailleurs, on pourrait dire : la personne défunte aurait alors travaillé toute sa vie pour un patrimoine confisqué qui va servir à financer des étudiants glandeurs qui vont s’éterniser dans leurs études… Piètre motivation pour continuer à s’esquinter la vie par le travail !

Dans l’émission sur LCI, à aucun moment on ne rappelle un petit B.A. BA d’économie. Qui sont les plus riches en France ? Pas des propriétaires terriens, mais des propriétaires d’entreprises, de grandes entreprises encore plus ou moins familiales. Et même, des fleurons de l’industrie française (j’ai cité Dassault et Lagardère, mais on peut penser aussi à L’Oréal, LVMH, Kering, Bolloré, Bouygues, etc.). En clair, leur richesse est principalement virtuelle, bien réelle mais également virtuelle, c’est le prix de leurs entreprises, fluctuant, dépendant de leur propre succès.

Avec cette mesure totalitaire, qui démantèlerait tous les grands groupes français, il ne faudrait pas une décennie pour que toutes ces entreprises soient rachetées par des intérêts étrangers ! Et je ne parle même pas de l’effet de fuite des entrepreneurs, et tous ceux qui peuvent avoir de gros revenus (artistes, sportifs, etc.). Je préfère la méthode Ciotti, beaucoup plus efficace (et rentable pour l’État) : « exonération des droits de succession et de donation d’entreprises en ligne directe conditionnée  la continuité de l’activité ».

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Toutefois, Jean-Luc Mélenchon a fait une seconde proposition, celle-ci très innovante et moins idéologique, qui traduirait sa volonté de solidarité entre les citoyens. Je le cite sur Twitter : « Je propose de créer un nouveau statut, celui de l’adoption sociale. Celui-ci permettrait de créer un partenariat civil dans lequel chacun doit s’occuper de l’autre. Et dans ce cas, l’héritage obéirait aux règles qui sont celles dans les cas d’un héritage familial. ». C’est-à-dire, d’une transmission en ligne directe. C’était du reste "son annonce du jour" (« Je mets la bombe sur la table ! »).

Il y a même deux innovations en une : celle d’adopter quelqu’un pour l’aider dans la vie, et cela à n’importe quel moment de la vie, et l’autre innovation, c’est la réciprocité de la relation, du "partenariat civil". Chacun est chargé d’aider l’autre, mutuellement. C’est déjà le cas entre époux ou entre parents et enfants, mais ce lien d’adoption particulier rendrait aussi obligatoire ce devoir de charge. Ce serait très utile pour des personnes qui vivent seules, notamment, et l’avantage fiscal est un bon incitatif. C’est une idée qui mérite d’être creusée et qui ne concerne d’ailleurs pas seulement les droits de succession.

Bref, cette petite excursion hors covid-19 de la campagne présidentielle est intéressante. Les droits de succession vont sans doute être un sujet important sur lequel les différents candidats devront se positionner. Je ne pense pas que le vent électoral soit dans le sens confiscatoire, comme le souhaite Jean-Luc Mélenchon, mais ce dernier a suffisamment de créativité qu’entre deux ou trois idées stupides et génératrices de destruction économique, il y ait une petite pépite d’innovation sociale qu’il s’agit d’isoler et de faire fructifier. C’est pour cela qu’il est indispensable : il pense par lui-même ! Et c’est rare quand beaucoup de ses concurrents ne pensent qu’à lire les sondages (à l’instar des journalistes et autres éditorialistes).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (23) : les morts s’invitent dans la campagne présidentielle.
Un référendum sur l’ISF ? Chiche !
Legs et indécence.
Assurances sur la vie : les "monstres du Loch Ness" enfin domptés ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220109-melenchon.html

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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 03:13

« Avec la vie des gens, il semble plus facile de mettre des pancartes et des étiquettes qui figent et stigmatisent non seulement le passé mais aussi le présent et l’avenir des personnes. (…) Et les étiquettes, en définitive, ne font que diviser. » (Pape François, le 25 janvier 2019, homélie à Pacora, au Panama).



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Dans l’émission animée par Léa Salamé et Laurent Guimier ("Élysée 2022") diffusée en direct sur France 2 le jeudi 9 décembre 2021, s’est tenu un débat entre le candidat Éric Zemmour et le Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance Bruno Le Maire.

Bruno Le Maire est peu un intrus dans ce gouvernement. Il aurait pu être Premier Ministre depuis 2010 (enfin, il ne l’a pas été), et il nourrit une ambition présidentielle certaine (il s’est présenté à la primaire LR de novembre 2016 avec un succès très très mitigé ; il s’était aussi présenté contre Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP en décembre 2014). Normalien, énarque, il a été élevé à l’école Dominique de Villepin, tant à l’Élysée, au Quai d’Orsay, au Ministère de l’Intérieur qu’à Matignon (école politique mais aussi école littéraire).

En 2016, pour des raisons électoralistes, il s’était enfoncé dans une dérive ultradroitière, exactement comme Xavier Bertrand, Michel Barnier et Valérie Pécresse en 2021 (ces trois derniers, comme le premier, étaient considérés comme des personnalités politiques modérées et raisonnables). Et puis, quelques mois plus tard, déçu par le candidat François Fillon qui a persévéré malgré sa mise en examen, il s’est retrouvé dans le camp du candidat Emmanuel Macron et depuis le 17 mai 2017, il est le Ministre de l’Économie et des Finances, un poste qu’il voulait avoir et avait failli avoir en juin 2011 pour la succession de Christine Lagarde (partie au FMI à cause de l’affaire DSK), mais finalement attribué à François Baroin. Bruno Le Maire maîtrise excellemment tous les sujets économiques et les finances publiques et il l’a montré dans ce débat.

La première réflexion qui vient est que, malgré la différence de parcours et la différence de destination, les deux hommes son du même sérail : ils se connaissent depuis très longtemps, puisque le travail d’Éric Zemmour était de suivre la politique de l’UMP. Bruno Le Maire reprochait alors à l’époque le trop grand idéalisme du polémiste, considérant que lorsqu’on agit en politique, il faut que les réformes puissent être réalisables et acceptées par les Français. Il n’y a pas que le faire, ni le faire-savoir, il y a aussi le savoir-faire et c’est cela qui distingue l’homme d’État des autres responsables politiques.

Il n’était pas question de candidature à l’élection présidentielle de 2022 pour Bruno Le Maire qui s’était même payé le luxe, en juin 2020, lorsqu’il était acté que le Premier Ministre Édouard Philippe allait rapidement quitter Matignon, qu’il ne voulait pas lui succéder, trop content de maîtriser Bercy. La question se reposera en 2027, que le Président Emmanuel Macron ait été réélu ou pas, sur une candidature de l’héritage macronien qui sera âprement disputé entre Bruno Le Maire et Édouard Philippe, mais ce n’est pas maintenant et les hommes d’une situation à un moment donné ne le sont plus à un autre moment.

Non seulement Bruno Le Maire a, depuis une quinzaine d’années, une extrême maîtrise de l’action politique, mais il cultive aussi le triomphe modeste : les chiffres du chômage (jamais aussi bas depuis quinze ans), de la croissance (meilleure que nos partenaires européens), la réindustrialisation depuis quelques années, ont montré le bien-fondé de sa politique économique et la transformation profonde de la France.

En outre, grand exécuteur de la politique du "quoi qu’il en coûte" depuis le début de la crise sanitaire, il est remercié par des milliers de patrons de petites entreprises qui ont évité la faillite et aussi par des centaines de milliers de salariés qui ont évité le pire, le chômage. Et il faut bien reconnaître, pour ceux qui ont eu besoin de ces aides, que les mécanismes ont été parfaitement huilés. Bruno Le Maire est sans doute l’une des clefs de ce qui apparaîtra comme la victoire d’Emmanuel Macron.

Pour Éric Zemmour, l’enjeu est tout autre. C’était son premier vrai débat politique depuis qu’il est candidat et donc, tous les observateurs l’attendaient sur des sujets qui ne seraient pas ses sujets de prédilection.

Prenons d’abord la forme. Bruno Le Maire, rien à redire. Il a été rigoureux, précis, courtois, poli, calme, lisse malgré quelques aspérité d’émotion. Éric Zemmour était très différent : il interrompait sans arrêt son interlocuteur, parlait agressivement et à l’occasion, l’air de rien, lançait des insultes (Bruno Le Maire en a rattrapé une ou deux, en particulier quand il était question d’un "âne"). On sentait une certaine nervosité, mais c’est aussi une question d’entraînement. La maîtrise ne vient jamais du premier coup.

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L’un des symptômes de cette nervosité est qu’il a remonté ses (nouvelles) lunettes toutes les quinze secondes. Je suppose que ce sont de nouvelles lunettes (portées pour son meeting de Villepinte) et qu’il doit s’y habituer. Cela fait l’air intellectuel qu’il n’est pas (il ne suffit pas d’être cultivé pour produire de la pensée originale sans tordre les faits historiques). Évidemment, sur Twitter, ça y allait. L’un a écrit : « Zemmour il en est à 430 remontées de lunettes. Ça sera mon analyse de cette émission. ». Un autre : « Zemmour n’a pas fait régler ses lunettes et son poignet va très bien pour 9 jours ITT. ». Même chose pour celle-ci : « On est contents pour le poignet de Zemmour. 5 jours après la blessure qui lui a valu une ITT de 9 jours, il l’agite sans peine. ».

Toujours sur la forme, impatient, Éric Zemmour se tournait souvent vers Léa Salamé pour lui demander de pouvoir parler, comme un écolier à son institutrice, au lieu de laisser parler son interlocuteur.

Sur le fond, en fustigeant la dette publique, Éric Zemmour a sans doute choisi un mauvais angle d’attaque, le même d’ailleurs que Valérie Pécresse, mais qui peut se retourner contre lui : Bruno Le Maire avait beau jeu de dire que s’il n’avait pas appliqué cette politique du "quoi qu’il en coûte", l’économie se serait effondrée et il n’y aurait pas eu la possibilité d’un tel rebond. L’objectif du gouvernement dès avril 2020 a été d’empêcher la disparition des compétences en soutenant par des aides de l’État l’économie momentanément confinée pour permettre de redémarrer immédiatement après les confinements. C’est d’ailleurs un calcul financier positif car la croissance permettra de rembourser cette dette, alors que la disparition de pans entiers de l’économie aurait coûté ponctuellement moins cher à l’État mais aurait plombé l’économie durablement, et donc l’État.

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Ce type d’échanges préfigurera certainement un débat de second tour, dans le cas où Marine Le Pen n’y ait pas, évidemment, car avec elle, impossible de parler sérieusement d’économie. Le plus prometteur sera certainement un duel de second tour Emmanuel Macron vs Valérie Pécresse avec le choc des titans en matière économique (Valérie Pécresse a de la crédibilité quand elle annonce la chasse aux gaspis car elle a réduit drastiquement les dépenses de la région Île-de-France), mais la présence d’Éric Zemmour au second tour pourrait aussi être intéressante sur le plan économique.

Car, si cela a étonné certains, cela ne m’a pas étonné pas : Éric Zemmour a paru plutôt bien connaître les sujets économiques. Ce qui est normal, vu son passé de journaliste de la droite dont l’ADN est plutôt dans la politique économique. C’est pour cela que certains zélateurs du polémiste ont considéré qu’il avait "gagné" le débat. En ce qui me concerne, il ne m’a pas convaincu car Bruno Le Maire était bien meilleur que lui (et de loin) et ce que proposait Éric Zemmour n’était pas très original, j’ai vraiment l’impression qu’il s’est arrêté dans sa tête aux années 1980, son programme économique pourrait être celui du RPR en 1986 (il s’appelait "Libre et Responsable") et était une sorte de catalogue de mesures néo-thatchériennes sans originalité aucune.

Les deux interlocuteurs ont réussi à placer quelques crasses, chacun à l’autre. Bruno Le Maire a exprimé son dégoût des propos d’Éric Zemmour sur Pétain, sur le lieu d’enterrement des enfants juifs tués par Merah, sur le courage des terroristes du Bataclan etc. Face à cela, la riposte du polémiste sur sa nomination au gouvernement après avoir été candidat à la primaire LR a paru bien maigrelette. Bruno Le Maire s’est toujours expliqué sur son évolution macronienne (ce qu’est devenu LR lui a donné a posteriori raison) et cela n’efface pas que le polémiste refuse d’assumer tout ce qu’il a écrit ou exprimé avant de déclarer sa candidature à l’élection présidentielle (il nourrit une sorte de "schizophrénie intellectuelle" très étrange).

L’émission a continué sans Bruno Le Maire (qui est parti en ayant eu le dernier mot !) puisque l’invité principal en était Éric Zemmour. Deux choses m’ont (encore) choqué dans la suite de l’émission sur les déclarations du polémiste.

La première est la confirmation d’une mesure qu’il avait proposée et mise en évidence par l’excellent journaliste économique Dominique Seux : Éric Zemmour est favorable à l’expulsion de tous les étrangers qui ont perdu un emploi en France et qui ne le retrouveraient pas avant six mois. Cela signifie également des cadres installés depuis dix ou vingt ans en France dont la boîte a fait faillite, ou d’autres…

Chaque cas est un drame du chômage, suffisamment grave pour comprendre qu’Éric Zemmour n’a jamais connu de près ou de loin ce drame (tant mieux pour lui, lui qui n’utilise pas son intéressement avec France Télévisions parce que c’est trop compliqué administrativement, ah bon ?), mais il veut rajouter un autre drame humain en l’expulsant de France même s’il peut encore se nourrir (on peut imaginer qu’il a une famille, un conjoint qui travaille, etc.). C’est de la xénophobie pure : les étrangers apportent et coûtent autant que les Français ; ils paient des impôts, ils paient des charges sociales, etc. Pourquoi faire la différence entre nationaux et étrangers alors que les étrangers contribuent autant que les nationaux, quand ils habitent en France, à la vie sociale, économique, culturelle, artistique que les Français ? C’est une obsession zemmourienne, et malheureusement, elle est beaucoup partagée. En tout cas, cela a été dit clairement : Dominique Seux a commencé sa question en disant qu’il savait jongler avec les chiffres, mais qu’on pouvait aussi parler des hommes.

La seconde chose choquante émise par Éric Zemmour est venue un peu plus tard, en répondant à des questions préenregistrées de citoyens français, en particulier d’une jeune femme au prénom étranger et que le polémiste a identifié d’origine iranienne. Sans la connaître, il a considéré a priori qu’elle était voilée (ce qui n’était pas le cas dans le passage), qu’elle ne reconnaissait pas les lois de la République et qu’elle acceptait la charia. Personne n’a insisté, ni journalistes (Léa Salamé ferait bien d’écouter ses invités plutôt que de s’inquiéter de ses questions), ni autres intervenants dans l’émission.

Seule, l’ancienne sénatrice PS et actuelle adjointe de Marseille Samia Ghali qui a eu un échange avec le polémiste, a pointé du doigt le fait que pour des accusations de harcèlement sexuel ou viol, Éric Zemmour mettait en avant la présomption d’innocence, mais dès qu’une personne est musulmane, il considérait a priori qu’elle serait pour la charia et contre les lois de la République, voire coupable de terrorisme tant qu’on y est.

L’émission a donc révélé une attitude qu’on lui connaissait déjà : Éric Zemmour met les personnes dans des petits tiroirs, dans des petites cases, dans des compartiments, sans vouloir les connaître, sans savoir qu’une personne n’a pas qu’une case mais des dizaines de cases d’identité, sans vouloir considérer que l’âme humaine est plus compliquée qu’une catégorisation banale et purement sectaire de personnes. Et puis, il y a des petites cases vertes et des petites cases rouges, les gentils et les méchants, qu’il faut pourchasser. C’est très puéril, mais pour un adolescent, finalement, c’est assez normal, c’est dans le cadre normal du développement mental. C’est seulement plus tard, quand arrive la maturité, qu’on s’aperçoit que le manichéisme simplificateur est complètement stupide et contreproductif. Avant de vouloir solliciter le vote des Français, il faut mûrir, et il faut avant tout les aimer et les écouter. Et ne pas jouer au père fouettard pour d’obscures obsessions qui doivent hanter le souvenir d’une enfance qu’on supposerait bien malheureuse.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 décembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Le débat Éric Zemmour vs Bruno Le Maire : victoire de la raison !
Bruno Le Maire.
Éric Zemmour, l’imposture permanente ?
Le Théâtre de Villepinte.
Élysée 2022 (17) : Éric Zemmour, l’adolescent retardé.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

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19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 03:30

« J’ai toujours été pour l’union et je pense que c’est un sujet. (…) Je suis ultra contente qu’elle vienne, c’est une femme de convictions, de combats. » (Sandrine Rousseau, le 17 décembre 2021, sur BFM-TV).



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Cela bouge du côté de la gauche sur le front présidentiel. Faut-il parler de surprise ou d’attente de l’initiative assez étrange de Christiane Taubira de ce vendredi 17 décembre 2021 ? Dans une vidéo particulièrement mal faite (en comparaison, Éric Zemmour est un grand professionnel), l’ancienne Ministre de la Justice a annoncé qu’elle "envisageait" d’être candidate à l’élection présidentielle, à condition qu’il n’y ait qu’elle à gauche et elle verrait ce que cela signifierait au milieu du mois de janvier 2022. Ça commence mal.

Autant dire que les superlatifs ont laissé la place aux conditionnels. Et pourtant, Christiane Taubira a une réelle légitimité à vouloir se présenter. Il suffit d’entendre les auditeurs de France Inter qui, à longueur d’antenne, ne cessent de regretter le trop grand morcellement de la gauche à la présidentielle et leur souhait, leur rêve de voir Christiane Taubira les représenter, "les", c’est-à-dire une certaine catégorie de la gauche, je dirais, la "gauche intellectuelle" sinon la "gauche morale", celle des pétitions et des appels.

Moi, en tout cas, cela ne m’étonne pas. Dans le paysage désastreux de la gauche française, à part Jean-Luc Mélenchon, au talent d’orateur incontesté, qui fait du rab (il milite pour la retraite à 75 ans, je veux dire, la "retraite pour lui"), il n’y a plus personne à gauche pour devenir un candidat d’une certaine pointure, rappelez-vous, du genre François Mitterrand, Michel Rocard, et même Lionel Jospin. C’était du temps où il y avait le trop plein. Maintenant, c’est le trop vide ; Olivier Faure, tellement heureux d’avoir la candidate Anne Hidalgo (sinon, il aurait dû y aller lui-même), ne pouvait pas penser à Christiane Taubira puisqu’elle n’a jamais fait partie du parti socialiste. Même Stéphane Le Foll (candidat malheureux à la candidature PS face à Anne Hidalgo ; oui, il y avait eu une primaire au PS le 14 octobre 2021, personne ne l’a su, pas même Anne Hidalgo) se désespérait en disant que ce n’était pas la peine de partir, c’était perdu d’avance.

Christiane Taubira "est" donc l’initiative de la dernière chance pour un rassemblement à gauche. Ne nous leurrons pas, personne n’y croit (ce qui, personnellement, me réjouit). Arnaud Montebourg, qui cherche à quitter cette présidentielle la tête haute (et le corps offert), avait montré des séquences répondeur téléphonique chez ses concurrents assez pitoyables pour dire que tout était fichu. Cet épisode qui rend un peu plus attractif le vaudeville de la gauche a déjà fait une heureuse, Sandrine Rousseau, qui en a profité pour envoyer une flèche à son ancien concurrent Yannick Jadot particulièrement remonté contre une candidate qui rajoute à la désunion pour prétendument unir et qui s’improvise sans projet. Yannick Jadot oublie qu’il y a eu au moins deux élections présidentielles qui se sont déroulées (campagne et vote) en seulement un mois et demi ou deux mois, en 1969 et en 1974 et que trois ou quatre mois restent une durée raisonnable pour faire campagne. Il oublie aussi que l’élection présidentielle n’est pas des élections législatives et qu’on vote pour une personnalité et pas seulement une vision de l’avenir. François Mitterrand n’avait aucune vision de l’avenir en 1988 (politique du ni-ni) mais on voulait lui, sa personnalité.

Si l’on suit bien l’histoire politique, j’oserais dire que Christian Taubira est la Pierre Messmer des socialistes. C’est assez osé mais c’est réel : en 1974, Premier Ministre respecté, plus haut fonctionnaire qu’homme politique, longtemps Ministre des Armées de De Gaulle, Pierre Messmer avait été envoyé au casse-pipe par Marie-France Garaud et Pierre Juillet pour rassembler la majorité à la mort de Georges Pompidou. À l’époque, quatre candidats, ministres ou ex-ministres de Georges Pompidou, se disputaient la dépouille du Président défunt : Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d’Estaing, Edgar Faure et Jean Royer. L’opération n’a duré que quelques heures puisque la candidature de Pierre Messmer était conditionnée aux retraits au moins des trois premiers candidats, une opération donc sans attente puisqu’il était certain que Jacques Chaban-Delmas n’abandonnerait pas, comme ici, Jean-Luc Mélenchon n’abandonnerait pas (car c’est sa dernière chance, le calendrier biologique est rude). En 1974, la courte sortie messmérienne a quand même été utile puisqu’elle a permis le retrait très honorable du délicieux Edgar Faure qui avait des sondages désastreux. À cet égard, Arnaud Montebourg serait peut-être l’Edgar Faure de 2022.

Je n’ai pas beaucoup de positions communes avec Christiane Taubira, et donc je ne voterais jamais pour elle au premier tour, mais j’ai beaucoup de respect pour elle. Elle est, avec Emmanuel Macron et Bernard Cazeneuve, la révélation du quinquennat de François Hollande. Elle n’a pas été une bonne Garde des Sceaux, c’est le moins qu’on puisse dire, mais elle s’est révélée comme une excellente femme politique (j’allais écrire "homme politique"), une espèce de plus en plus rare. Elle est très cultivée, elle est très politique, elle est très littéraire. C’est la politique de l’ancienne école, et ce serait amusant d’avoir un débat avec le candidat de c’était-mieux-avant car Christiane Taubira, c’est justement l’excellence d’avant.

Alors, je propose ici de faire un tour rapide des atouts et handicaps. Mais avant, finissons-en une fois pour toutes, puisqu’on en reparle, de l’élection présidentielle de 2002 : non, Christiane Taubira n’a pas été responsable de l’échec de Lionel Jospin à l’élection présidentielle de 2002 ! Le raisonnement facile, ce serait : Lionel Jospin a eu 16,18% des voix et Jean-Marie Le Pen, avec 16,86% de voix, a obtenu son ticket d’accès au second tour. Si Lionel Jospin avait eu 0,69% des voix supplémentaires, il aurait concouru au second tour (mais avec des si…). Or, Christiane Taubira a recueilli 2,32% des voix. Comme on le sait, elle n’était pas la seule : Jean-Pierre Chevènement, avec 5,33% des voix, était aussi une candidature de dispersion du parti socialiste.

Certaines personnes pensent que la politique et en particulier, les élections, ce sont de l’arithmétique. Bien sûr que non ! La non-candidature de Christiane Taubira n’aurait pas amené nécessairement Lionel Jospin à 18,50% comme la logique arithmétique le subodorerait. En effet, l’élection présidentielle de 2002 a été exceptionnelle dans le grand nombre de candidats, seize dont au moins huit à gauche.

L’électeur, saturé par la perspective médiatique d’un duel entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, qui voulait voter Christiane Taubira au premier tour ne souhaitait pas la victoire de Lionel Jospin, sinon, il l’aiderait à faire le meilleur score possible dès le premier tour (on parle de dynamique électorale). S’il ne comptait voter pour Lionel Jospin au second tour que du bout des lèvres, cela voulait dire qu’il ne souhaitait pas vraiment cette victoire. La faute à qui ? Au candidat lui-même, pardi ! À Lionel Jospin qui n’a pas su impulser cette dynamique. Il y aurait donc fort à parier que sans candidature de Christian Taubira, sans candidature de Jean-Pierre Chevènement, leurs électeurs potentiels ne seraient pas allés pour autant voter pour Lionel Jospin au premier tour. Ils auraient peut-être été des abstentionnistes.

En 1981, François Mitterrand a pu gagner malgré les candidatures non seulement de Georges Marchais, mais aussi de Michel Crépeau (2,21%) et d’Huguette Bouchardeau (1,11%). Michel Crépeau a fait à peine moins que Christiane Taubira.

De plus, c’est étrange de l’accuser d’une défaite du parti socialiste alors que Christiane Taubira n’était pas socialiste. Elle avait été candidate investie par le parti radical de gauche, soutenue par Bernard Tapie dont elle avait été élue députée européenne sur la liste radicale de gauche en juin 1994, et même, en mars 1993, élue députée de Guyane pour la première fois, elle a voté la confiance au gouvernement du RPR Édouard Balladur. On ne peut donc pas vraiment dire qu’elle était d’ADN socialiste.

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Cette parenthèse refermée, venons-en aux atouts de Christiane Taubira (je ne manquerais pas de parler ensuite des handicaps). Elle a acquis depuis dix ans le statut et la stature d’une figure morale de la gauche. Ne me demandez pas pourquoi, je ne peux expliquer que le comment : il y a la défense du mariage pour tous, mais pour la morale, cela ne me semble pas suffisant, je crois que son grand talent littéraire a permis de poursuivre la légende socialiste historique qu’il serait bien difficile à observer avec un insipide comme Olivier Faure ou une médiocre comme Anne Hidalgo. Elle raconte un roman national. La preuve, c’est sa grande popularité visible lors de sa venue à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, le lendemain de sa pseudo-déclaration de candidature.

Et tout ce qui la fait détester par l’autre bord est au contraire un avantage pour la gauche, et une raison de la soutenir. Femme d’origine guyanaise, elle représente pourtant beaucoup mieux la France, par ses citations littéraires et son érudition française, que bien de ses opposants. Elle est une Simone Veil préemptée par la gauche, femme de sacré caractère (c’est aussi un handicap). Et quand je dis femme politique, c’est qu’elle est aussi dans l’habileté politique. Par exemple, s’est-elle opposée vraiment à la déchéance de la nationalité voulue par François Hollande ? Bien sûr que non : elle a apposé sa signature au projet de loi adopté au conseil des ministres du 23 décembre 2015 et elle n’a démissionné qu’un mois plus tard. Si elle était autant opposée qu’on ne l’a dit, elle n’aurait pas paraphé le projet de loi et aurait démissionné le jour même. Elle a attendu plus d’un mois.

Au-delà de cet aspect assez flou des choses (qui montre, je le répète, qu’elle est une femme politique dans sa complexité, avec ses contradictions, comme tous les grands fauves politiques), elle a mené une politique judiciaire assez laxiste qui l’a rendue détestée à droite et surtout, à l’extrême droite avec des excès dans les réseaux sociaux de racisme et de haine, comme cette analogie avec un singe. Il est là, le symbole de la gauche morale : plus Christiane Taubira était haïe par l’extrême droite (et la droite dure), plus elle était adorée par la gauche.

Et c’est là que la candidature de Christiane Taubira prend tout son sens moral en 2022 : si la gauche est sûre de perdre l’élection présidentielle, autant perdre en beauté, avec une personnalité morale incontestable, pour une candidature de témoignage (en 1995, après l’effondrement du PS en 1993, certains avaient imaginé la candidature du "moral" Robert Badinter pour perdre en beauté. Finalement, la mécanique politique a repris le dessus et Lionel Jospin a su s’imposer au PS pendant sept ans, de 1995 à 2002). Or, avec deux candidatures d’extrême droite, la présence de Christiane Taubira a tout son sens. Elle représente à peu près tout ce que déteste Éric Zemmour (sauf le prénom). Elle permettrait de rassembler ceux qui, à gauche, s’opposent à cette candidature d’extrême droite. La présence de Christiane Taubira pourrait mettre un peu de piment dans cette campagne présidentielle (qui n’est cependant pas dépourvue de rebondissements).

J’ai donné des atouts, mais elle a aussi de gros handicaps. Le premier est l’âge. Elle aura 70 ans le 2 février prochain, disons-le clairement, malgré la mode outre-atlantique des âgés, c’est quand même âgé en fin de mandat. En revanche, comme Jean-Luc Mélenchon, cela ne l’empêche pas d’être énergique.

Une maladresse récente a aussi rendu confuse la position de Christiane Taubira sur la vaccination en refusant d'appeler les habitants de la Guyane à se faire vacciner massivement à un moment critique de la pandémie sur ce territoire.

Un autre handicap est son isolement politique : elle est seule. Elle n’a pas de parti (il n’y a quasiment plus de radicaux de gauche qui ont refusionné puis défusionné avec les radicaux valoisiens), elle n’a pas beaucoup de réseaux et elle n’a pas beaucoup d’argent (d’où l’intérêt d’avoir un parti qui a des élus).

Elle n’a pas, non plus, de club ou d’association qui prépare cette élection depuis des années, qui propose un programme, qui teste des mesures. Yannick Jadot parlait d’improvisation, et c’est vrai, cela fait un peu peur de venir sans rien quand on veut diriger la sixième puissance mondiale. Son programme, elle en a dit que deux mots, la justice sociale et la lutte contre le réchauffement climatique. C’est un peu court, dirait l’autre.

Enfin, je vois un autre défaut qui peut être fatal dans une campagne : elle a du mal à s’entourer. Elle a dû changer x fois (je n’ai plus compté) de directeur de cabinet parce que la ministre avait un caractère incompatible. Or, une campagne, c’est aussi un travail d’équipe, une bonne coordination, promouvoir tout le monde pour que chacun y mette le meilleur de lui-même. Cela a été un problème pour François Fillon, qui menait sa campagne dans une solitude terrible (surtout avec son affaire sur le dos).

Pour moi, la seule chance qu’a Christiane Taubira d’être candidate, c’est un désistement pur et simple d’Anne Hidalgo en sa faveur, mais la candidate du PS ne l’entend pas de cette manière, elle l’a rappelé dans sa conférence de presse tenue quelques minutes après "l’envisagement" de la candidature de l’ancienne ministre. En tout cas, elle ne pourra pas espérer le désistement de Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel (le candidat communiste) qui, pour des raisons différentes, ont des motivations bien particulières à rester candidats. Sandrine Rousseau a déjà invité chez elle le soir du 31 décembre tous les candidats de gauche. Ces derniers refuseraient bien sûr, mais ils pourraient alors invoquer maintenant la crise sanitaire.

Pourtant, la candidature de Christian Taubira aurait du panache. Elle réintellectualiserait le débat public et elle apporterait probablement une meilleure visibilité à la gauche, chiffon rouge de la droite extrême. Son problème, c’est que l’élection présidentielle est une histoire entre un candidat ou une candidate et le peuple. Elle ne doit pas tergiverser : ou elle veut être candidate, et elle l’est donc, ou elle hésite et il faut immédiatement arrêter. C’est une élection qui ne pardonne pas à ceux qui doutent d’eux-mêmes. Si le candidat ne croit pas en lui, comment pourrait-il demander aux autres de croire en lui. Christiane Taubira a incontestablement un potentiel, en plus, elle a déjà l’expérience d’une candidature à l’élection présidentielle, mais on n’est pas candidat sur un plateau d’argent, il vaut aller les chercher soi-même, les électeurs, un par un. Pour l’heure, elle donne juste un nouveau sujet de conversation au repas familial de Noël. Et aux chaînes d’information continue un peu lassées de la zemmourmania.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 décembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Entre gauche morale et gauche sécuritaire.
Christiane Taubira en pleine sortie...
Christiane Taubira, ministre météore ?
La déchéance de la nationalité.
Le mariage pour tous.
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Le congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920.
Le congrès du PS à Épinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971.
Le congrès du PS à Metz du 6 au 8 avril 1979.
Le congrès du PS à Rennes du 15 au 18 mars 1990.
Le congrès du PS à Reims du 14 au 16 novembre 2008.
Édith Cresson.
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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 03:52

« Dans le Titanic de la gauche, deux naufragés à la mer offrent leur gilet de sauvetage, contre une toute petite place dans un tout petit canot. » (Daniel Schneidermann, le 9 décembre 2021).





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Quand ça veut pas, ça veut pas ! On pourrait en pleurer, mais comme il n’y a pas de mort d’homme (ni de femme, quoique), j’en pleurerais de rire. Après tout, une précampagne présidentielle ne donne pas beaucoup l’occasion de rigoler, c’est souvent plutôt triste à en pleurer, d’entendre cette litanie d’idées reçues, toutes les démagogies resurgir, toute la malhonnêteté intellectuelle accumulée pendant cinq ans exploser dans les médias, parfois des arguments, des raisonnements qu’on pourrait croire dépassés depuis longtemps et qui reviennent encore et encore, plus renforcés que jamais, comme si on n’évoluait jamais. Mais l’histoire de la candidate socialiste Anne Hidalgo est plutôt rigolote. Prenons le temps de sourire, sinon de rire.

En fin d’après-midi, elle a, paraît-il, demandé à TF1 d’être invitée du journal de 20 heures de ce mercredi 8 décembre 2021. C’est supposé être la fête des lumières, du moins à Lyon, mais elle avait un message à faire passer. Alors, je ne sais pas pourquoi la chaîne privée a accepté, mais TF1 a obtempéré (c’est vrai, des fois qu’elle soit élue !). Bref, Anne Hidalgo n’est plus en coma dépassé, mais au stade ultérieur. Un peu le canard sans tête qui continue à courir.

Constatant que la "gauche" était profondément divisée, Anne Hidalgo a proposé une primaire de gauche pour n’avoir qu’un seul candidat ! C’est hilarant car pour faire une primaire commune, il faut d’abord être en accord avec les idées, puis choisir la personne qui les incarnera. C’était le problème des écologistes, ce qui fait la faible audience de Yannick Jadot : les candidats à leur primaire n’étaient d’accord sur rien, du moins ceux du second tour, Sandrine Rousseau ne partage aucune vision commune avec Yannick Jadot.

Anne Hidalgo était encore plus rigolote : elle a dit que les candidats de gauche aspiraient à gouverner ensemble, et de s’amuser à additionner les torchons et les serviettes, les non-additionnables : 24%. Dedans, on y retrouve elle, Arnaud Montebourg, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon (ex-socialiste mais plus à gauche que les communistes), Fabien Roussel… mais aussi Nathalie Arthaud, Philippe Poutou …et certains (pas elle) oseraient même comptabiliser Jean Lassalle (alors qu’il n’a jamais été de gauche, à l’origine, il était le seul député UDF de 2007 à avoir suivi François Bayrou au MoDem).

C’est franchement marrant d’imaginer Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, qui ne sont même pas capables de s’entendre entre eux (au contraire des candidats Alain Krivine et Arlette Laguiller, qui ont pu être élus députés européens grâce à leur liste commune), s’entendre avec Anne Hidalgo se revendiquant sociale-démocrate (le pire pour l’ultragauche).

À son appel à l’unité, seul Arnaud Montebourg a répondu favorablement, avec sa verve grave et obséquieuse, typiquement montebourgeoise : il "offre" sa candidature ! Je fais don de ma personne à la France, pourrait-il dire sans allusion aucune ! Anne Hidalgo ne fait que s’effriter dans les sondages, et le dernier sondage Elabe pour BFM-TV et "L’Express" publié le 7 décembre 2021 n’est pas fameux pour le PS puisqu’elle s’est écroulée à 3% d’intentions de vote. Elle état meilleure quand elle n’était pas candidate officiellement. Elle pouvait prétendre un score au moins identique à Benoît Hamon. Quant à Arnaud Montebourg, il n’a jamais décollé et il végète à 2% d’intentions de vote, d’ailleurs, tous ses proches l’ont abandonné dans cette campagne, pas la peine de s’investir pour des causes perdues.

Anne Hidalgo n’a sans doute pas compris le caractère inconséquent et ridicule de la proposition, à deux semaines de Noël, à quatre mois seulement du premier tour (qui, rappelons-le, est plus tôt que d’habitude, il a lieu le 10 avril 2022, certains l’imaginent encore dans un cinq mois dans une incapacité à voir le temps passer). En avril 2021, Yannick Jadot lui avait proposé une telle primaire mais elle a refusé, croyant en son étoile (solitaire).

Alors, ce n’était pas étonnant que tous les autres "impétrants" de gauche lui aient opposé un refus courtois avec un petit sourire de malice. Il faut imaginer par exemple Yannick Jadot qui a dépensé beaucoup d’énergie dans sa propre primaire EELV, et on voudrait lui imposer une nouvelle primaire avant la vraie élection : ce n’est plus un parcours du combattant, c’est une véritable torture qu’on veut lui imposer ! Du reste, le PS pourrait renvoyer l’ascenseur alors que lui-même, candidat après une primaire, s’était désisté sans condition pour le candidat du PS en 2017 afin d’éviter la Berezina.

Jean-Luc Mélenchon, qui a le mérite d’être personnellement (je dis personnellement, pas politiquement) nettement meilleur que ses concurrents de "gauche", est en tête des intentions de vote (8%, pas de quoi se glorifier non plus) et n’a pas trop intérêt à dégager alors que c’est sa dernière sortie avant retraite (on n’imagine faire son Biden à repartir à 75 ans et demi et prôner la retraite à 60 ans !).

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Le pire, sans doute, c’est de ne même pas avoir prévenu les candidats concernés de sa démarche, candidats qui ont appris la proposition à la télévision comme tout le monde. La moindre chose, si on pense que la démarche a une chance de réussir, c’est au moins de prévenir par courtoisie les personnes concernées avant de s’exprimer publiquement. Du reste, cette opération a l’air d’être du suicide assisté : une porte de sortie pour Anne Hidalgo et pour Arnaud Montebourg avant d’en finir avec les bas-fonds des sondages.

Parmi les sujets à hilarité dans la démarche d’Anne Hidalgo, c’est que le matin même de son initiative, à 7 heures 30 sur France 2, dans "Les 4 vérités", elle redisait avec enthousiasme qu’elle irait jusqu'au bout et qu’il n’était pas question de primaire à gauche.

Il y avait de quoi s’esclaffer à écouter le journaliste politique Renaud Pila raconter sur LCI le soir du 8 décembre 2021 comment cette démarche a germé dans le cerveau d’Anne Hidalgo. Le matin, elle était dans le TGV qui devait l’amener à La Rochelle. Dans le train, elle a appris qu’Arnaud Montebourg s’était concerté avec Christiane Taubira pour proposer une primaire à gauche.

J’arrête juste un instant ce récit. On l’aime ou on la déteste, elle ne rend pas indifférente. La popularité de Christiane Taubira à gauche est très élevée. Je me souviens avoir vu Anne Hidalgo et Christiane Taubira au même moment au Salon du Livre de Paris il y a quelques années (vers 2016 ?) et j’avais été sidéré par la grande différence de traitement : Anne Hidalgo était comme une écrivaine lambda, complètement inconnue des passants, alors qu’elle était déjà maire de Paris, tandis qu’autour de Christian Taubira, c’était digne d’une foule d’admirateurs, comme une auteure de best-sellers. Peut-être qu’elle n’est pas dans la capacité à gagner, car elle a aussi beaucoup de défauts (par exemple, elle a du mal à s’entourer), mais elle a au moins une image qui lui permet de porter haut des valeurs (même si cela peut être hypocrite, je n’y reviens pas mais je pense à la déchéance de la nationalité proposée par François Hollande). Et comme elle est le chiffon rouge des militants du Rassemblement national, probablement aussi de ceux du candidat Éric Zemmour, elle a aussi une capacité à rassembler ceux qui se sentent atteints par les invectives de l’extrême droite.

Je reviens à l’histoire narrée par Renaud Pila : apprenant ce qui se préparait, Anne Hidaldo a décidé de couper l’herbe sous les pieds de ses anciens camarades socialistes, les prendre de vitesse. Elle est donc descendue du TGV à Poitiers pour retourner immédiatement à Paris (elle a annulé sa visite à La Rochelle pour des "raisons sanitaires") et a préparé (mal) son "coup" du journal de 20 heures, en n’ayant prévenu personne. Après le JT, le patron du PS Olivier Faure a approuvé l’initiative, ce qui montre, une fois encore, sa grande "perspicacité".

Bref, tout cela est plus pour se détendre que pour stresser, Anne Hidalgo, faute de mieux, a cherché à rebondir et à se recycler comme humoriste de salon. Elle aura encore des efforts à faire. J’imagine qu’après cette folle journée, elle va encore s’effondrer dans les sondages, mais ils ne seront pas assez fins pour s’en rendre compte alors les sondages sont à 4 points près. S’effondrer à partir de 3% d’intentions de vote, cela veut dire quoi ? Être la première candidate à avoir des intentions de vote négatives ? Cela prouve en tout cas, et cela m’écorche de le dire, que Ségolène Royal était quand même d’une autre pointure.

Je termine par le début, cette chronique de Daniel Schneidermann, plus furieux qu’attristé, par l’initiative de la candidate socialiste : « J’ai souvent laissé transparaître (…), mon aspiration à une candidature unique de la gauche, au risque de me faire à chaque fois condamner pour crime de naïveté politique par nos chers (…) insoumis. Mon petit cœur, hier soir, aurait donc logiquement dû palpiter d’espoir, ne serait-ce que quelques secondes. Désolé : électrocardiogramme plat. Pas si tard. Pas comme ça. Pas sous le coup d’une obscure révélation ferroviaire, qui pue le coup tordu et, pire, l’amateurisme. » (9 décembre 2021). C’est exactement cela : coup tordu et amateurisme.


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Sylvain Rakotoarison (09 décembre 2021)
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Pour aller plus loin :
La catastrophe bobo de Paris.
Faute de mieux.
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Ségolène Royal.
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Jean-Luc Mélenchon.
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François Ruffin.
François Mitterrand.
François de Grossouvre.
Le congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920.
Le congrès du PS à Épinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971.
Le congrès du PS à Metz du 6 au 8 avril 1979.
Le congrès du PS à Rennes du 15 au 18 mars 1990.
Le congrès du PS à Reims du 14 au 16 novembre 2008.
Édith Cresson.
Pierre Joxe.
Patrick Roy.
Raymond Forni.
Georges Frêche.
Michel Delebarre.
Pierre Moscovici.

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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 03:23

« Vive la République ! Et surtout, surtout, vive la France ! » (Éric Zemmour, le 5 décembre 2021 à Villepinte).



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C’est parti, le candidat Éric Zemmour est lancé en pleine campagne. Si sa déclaration de candidature le 30 novembre 2021 a été doublement un flop (une vidéo de geek amateur et un JT 20 heures insipide), sans compter le doigt d’honneur du 27 novembre 2021 à Marseille, le candidat du nouveau parti Reconquête !, avec le point d’exclamation et un logo R! sensiblement identique à celui de LR, a réussi son premier meeting le dimanche 5 décembre 2021 au parc des expositions de Villepinte.

Quand j’écris "réussi", c’est sur la forme sans évoquer les "détails". Une assemblée de militants galvanisés, une énorme salle, et du charisme. Eh oui, Éric Zemmour est capable de charisme, ce qui n’était pas gagné d’avance. Ses interventions par exemple chez LR en 2018 ou 2019 étaient particulièrement soporifiques. Oui, Éric Zemmour est un orateur, plutôt un bon orateur, et même un excellent orateur. Au contraire de sa vidéo passéiste, il a su regarder son auditoire, utiliser les prompteurs, et ce n’est pas donné à tout le monde, et même ses lunettes étaient suffisamment discrètes pour passer inaperçues, et si on les remarquait, cela lui donnait un petit air d’intellectuel qu’il prétend être. J’imagine même qu’Éric Zemmour a dû rêver de ce meeting, pas seulement depuis qu’il est candidat, mais même bien avant, peut-être même depuis quarante-cinq ans peut-être.

Au-delà de ce côté réussi (il est capable d’être un tribun, ce qui n’est pas le cas de tous les candidats actuellement en piste ; c’est aussi une question d’entraînement), j’ai vu beaucoup d’impostures chez le candidat Zemmour.

La première imposture est sa candidature. Il hésitait, disait-il, et en commençant son meeting, il racontait que l’élection présidentielle devait se passer normalement, comme une formalité, et puis, il y avait un petit caillou dans la chaussure, un grain de sable dans la machine. Et Éric Zemmour, au lieu de dire que ce petit caillou, c’était lui, a plutôt dit, très habilement, que c’était "vous", ses militants venus à Villepinte, sans qui il ne se serait pas présenter.

Pourtant, ce n’est pas vrai. Dès le lendemain, le 6 décembre 2021, chez Jean-Jacques Bourdin, sur BFM-TV, Patrick Stefanini, le docte directeur de campagne de Valérie Pécresse, avait confirmé que dès "l’an dernier", Éric Zemmour l’avait contacté et lui avait demandé de devenir son directeur de campagne (ce sera finalement l’ancien major général de l’armée de terre Bertrand de La Chesnais, conseiller municipal RN de Carpentras). Patrick Stefanini avait refusé car il n’était pas en accord avec ses idées, mais il a conclu très justement cet épisode qui a duré quand même quatre mois par : « Depuis un an, il nous balade ! ». Éric Zemmour avait déjà pris sa décision depuis très longtemps.

L’autre imposture du début de campagne, sur le journal de 20 heures de TF1, le 30 novembre 2021, c’est que le candidat renierait déjà l’éditorialiste, refusant d’assumer tous les propos qu’il a écrits ou exprimés oralement dans ses nombreuses interventions dans les médias depuis au moins vingt ans. Et pourtant, il n’a pas changé, pire, il a sans arrêt mis des références à ses bouquins sur sa vidéo de campagne. C’est d’ailleurs le lot quotidien de tous les responsables politiques, de tous les candidats, leur mettre le nez face à leurs incohérences.

Éric Zemmour n’est pas le seul à subir cette épreuve du feu. S’il ne voulait pas qu’on parle des femmes, des victimes de Merah, des attentats du Bataclan, de Pétain, etc., il lui suffisait de ne pas en avoir parlé auparavant avec des propos polémiques. La question est bien : pourquoi en a-t-il parlé ? et pourquoi ne veut-il plus en parler alors que c’est lui qui a mis ces sujets sur la place publique ?

L’imposture des ralliements est réelle. On affirmait qu’il y aurait beaucoup de ralliements, et finalement, on ne peut pas dire que les quelques arrivées, ce soient des personnalités de premier plan : Jean-Frédéric Poisson, Christine Boutin, Laurence Trochu, Jacline Mouraut, Benjamin Cauchy, Éric Naulleau (qui affirme ne pas être rallié à son compère des médias), Joaquin Son-Forget, Lorrain de Saint-Affrique, Paul-Marie Coûteaux, Vijay Monany…

Là aussi, imposture, les trois premiers se revendiquent catholiques et c’est leur droit (de l’être et de le revendiquer), mais il ne doit pas s’agir de la même religion que celle du pape François qui, à Lesbos le 5 décembre 2021, a demandé à ce qu’on accueille tous les réfugiés. Entre les revendications chrétiennes et ce qu’elles devraient signifier, il y a un gouffre, celui qui veut politiser la religion.

Sur le plan sanitaire, les masques étaient peu visibles, et peu portés par les orateurs du premier rang. Absence de masque, contacts physiques (poignées de mains), absence de distanciation physique… Éric Zemmour a fait comme si la pandémie de covid-19 n’existait pas alors qu’elle tue actuellement en France entre 150 et 200 personnes chaque jour et qu’il y a plus de 60 000 nouveaux cas chaque jour. Non seulement il n’a aucun sens des responsabilités, mais son meeting pourrait être le dernier du genre pour le temps de la cinquième vague.

Autre imposture sur la forme du meeting : c’était un meeting violent. Un homme l’a agressé à son arrivée dans la salle. Il a semblé n’être blessé qu’à la fin du meeting. C’est condamnable et personne ne pourra soutenir décemment l’agresseur (qui est actuellement en garde-à-vue). On a beau s’opposer à un orateur aux idées violentes, la violence ne résout rien et en démocratie, elle est condamnable car personne n’empêche personne de s’exprimer.

Mais c’est une autre violence qui a fait surtout les titres de journaux, également condamnable : des militants de SOS Racisme sont venus pour provoquer les militants zemmouriens et parmi ces derniers, certains zouaves sont tombés dans le piège et les ont violentés. Or, aussi provocateurs soient-ils, c’est de la responsabilité du candidat d’avoir un service d’ordre compétent et d’éviter toute violence, sûrement pas de l’amplifier. D’ailleurs, comment qualifier un candidat qui sème la violence sur son passage ? Sûrement pas un rassembleur.

Deux jours plus tard, le 7 décembre 2021, chez Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV, Éric Zemmour a rejeté sa responsabilité à la manière d’un gosse de l’école primaire : c’est pas moi, c’est les autres. Eh bien non, c’est le rôle du candidat de faire régner l’ordre chez lui. Pire, pour quelqu’un qui prône sans arrêt la sursécurité à tout bout de champ, ne même pas être capable d’assurer la sécurité de ses soutiens montre qu’il serait un bien piètre Président incapable de garantir la sécurité de tous les Français (et Françaises bien sûr). C’est une imposture de plus.

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Ah, toujours dans le registre démagogique, fustiger l’élite. Quelle imposture ! Éric Zemmour est l’un des meilleurs représentants de cette élite parisienne tant décriée. Il a fustigé les journalistes qui ne sont pas d’accord avec lui, les a bousculés. D’ailleurs, très bientôt, un certain nombre de journalistes vont tomber dans le piège du provocateur polémiste et vont publier une tribune dans un grand quotidien pour hurler leur victimisation et demander le droit à faire leur boulot pendant la campagne présidentielle. Savent-ils donc qu’ils font exactement ce que le diable Zemmour voulait qu’ils fissent, à savoir le placer lui-même dans la position de victime du système pour dire que l’élite le déteste ? Et pourtant, lui-même avait ces petites mœurs de l’élite, comme vouloir à tout prix être membre du Cercle Interallié, entre autres petites coquetteries d’élite. Imposture.

Inutile aussi d’en rajouter sur son amour du RPR fondé il y a exactement quarante-cinq ans, tout en fustigeant en permanence la politique et la personnalité de Jacques Chirac (alors que le RPR était exclusivement le parti de Jacques Chirac, comprenne qui pourra), mais on pourra dire la même chose de sa référence à De Gaulle alors qu’il trouve des circonstances atténuantes sinon des qualités à la politique antisémite de Pétain (qui, rappelons-le, ne distinguait pas les Juifs : il n’en aimait aucun, ni Juif français, ni Juif étranger).

Lorsque Jean-Jacques Bourdin, le 7 décembre 2021, lui a demandé quel serait son premier déplacement international s’il était élu (une question classique posée aussi aux cinq candidats LR lors d’un des quatre débats), Éric Zemmour a dit simplement qu’il n’y avait pas pensé, qu’il ne savait pas, avant de rajouter, prouvant l’imposture : en tout cas, pas à Berlin. Et pourquoi pas sinon par simple dogmatisme idéologique ? Cela pourrait très bien représenter un intérêt pour les Français. C’est d’ailleurs le cas, puisque tous les nouveaux élus, d’Allemagne ou de France, font leur premier déplacement chez l’autre, dans le cadre de cette amitié franco-allemande qui est dans l’intérêt des deux pays. C’est pourquoi le nouveau Chancelier Olaf Scholz va rencontrer Emmanuel Macron le vendredi 10 décembre 2021 à Paris.

Sur le fond, l’imposture de dire qu’il faut moins de chômage, plus d’emplois, plus de réindustrialisation, plus d’aides aux PME… des propos complètement fades et sans intérêt avec lesquels tout le monde devrait être d’accord, des lapalissades, mais le problème, c’est la manière de diminuer le chômage, de réindustrialiser, etc. Or, sur le plan économique, il n’est resté que dans les idées générales, il n’a apporté aucune valeur ajoutée, aucune idée originale (même anti-économique), juste des yaka fokon. Tandis que le gouvernement a réellement fait baisser le chômage à 7%.

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Encore une imposture sur un plan plus arithmétique. Éric Zemmour a indiqué au début de son meeting que 15 000 personnes étaient présentes à Villepinte, mais le texte semblait préparé sur le prompteur bien avant le début du discours. En fait, BFM-TV a montré, au début du discours, les nombreux sièges vides. Un journaliste du quotidien "Le Parisien" aussi. C’est une imposture minime et particulièrement courante dans les années 1970 ou 1980. Éric Zemmour semble coincé dans un couloir du temps.

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En somme, Éric Zemmour est effectivement resté bloqué dans les années 1970, en faisant la politique de ces années-là, où les ténors respectaient peu les Français parce que ces derniers avaient moins la possibilité de s’informer et de s’instruire. Et quand Éric Zemmour, toujours chez Bourdin, a fait un portrait très irrespectueux du Président de la République (en salissant la fonction par son terme irrespectueux : "ce type"), en disant qu’il était un "adolescent pas fini", j’ai vraiment l’impression d’être dans une cour de récréation et de répondre : c’est celui qui dit qui est !...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Zemmour, l’imposture permanente ?
Le Théâtre de Villepinte.
Élysée 2022 (17) : Éric Zemmour, l’adolescent retardé.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211207-zemmour.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/eric-zemmour-l-imposture-237765

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