Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 décembre 2021 2 07 /12 /décembre /2021 03:59

« Un Rafale traversa les airs. En un mouvement réflexe, techniciens et plongeurs rentrèrent la tête dans les épaules. Ce n’était pas un bruit (…), plutôt une lacération du ciel. Un arrachement de la matière la plus dure qu’on puisse imaginer : le magma originel. Comme si on déchirait une montagne aussi facilement qu’une feuille de papier. » (Jean-Christophe Grangé, "Lontano", 2015, éd. Albin Michel).



_yartiPecresseD01

La vie n’est pas un long fleuve tranquille pour Valérie Pécresse, mais depuis sa désignation par le congrès de LR le 4 décembre 2021, elle est sur un "petit nuage". C’est l’effet kiss cool des primaires, même Benoît Hamon en avait bénéficié à la fin de janvier 2017, un sursaut de popularité dû au mérite d’avoir fait l’actualité. La seule exception (très étonnante) de cet effet kiss cool des primaires, c’est Yannick Jadot qui patine dans ses oppositions internes avec Sandrine Rousseau.

C’est d’ailleurs ce que craignait Valérie Pécresse avec Éric Ciotti, très applaudi dans le meeting d’un autre Éric, Éric Zemmour. Dès le dimanche 5 décembre 2021, Éric Ciotti a mis la pression sur Valérie Pécresse pour prendre en compte son programme. C’est très étrange, cette notion du qui-perd-gagne. Valérie Pécresse avait rappelé dès le 4 décembre 2021 au journal de 20 heures sur TF1 que c’était son programme qui a été choisi, pas celui de son adversaire ! Ce qui n’a pas plu au député de Nice qui, assuré d’être un futur Ministre de l’Intérieur, en voudrait plus (Matignon par exemple).

On voit d’ailleurs à quel point la non-participation à cette primaire de Laurent Wauquiez va lui être fatal pour la suite : on ne célèbre que ceux qui ont voulu concourir, ce qui est logique. Ceux qui se sont retirés, attentistes, prudents, on les oublie. Évident, il faut voir la suite. Laurent Wauquiez n’a pas participé à cette primaire LR parce qu’il était persuadé que LR échouerait à l’élection présidentielle et qu’il ramasserait la mise par la suite. Il faut voir et ce qui va suivre démontre que jamais rien n’est écrit à l’avance.

Valérie Pécresse n’a pas perdu de temps. Elle a décidé d’aller, cette semaine, dans le fief de chacun de ses concurrents du congrès de LR afin de refaire l’unité. Il n’y a pas de doute qu’elle parviendra à l’unité avec les trois perdants du premier tour. Et avec Éric Ciotti, qu’elle a retrouvé dans les Alpes-Maritimes ce lundi 6 décembre 2021 (à la Saint-Nicolas, il n’y a jamais de hasard en politique !), elle l’a considéré comme son Charles Pasqua, encombrant mais nécessaire, repoussant mais rabatteur. Je ne suis pas sûr que ce soit très flatteur pour Éric Ciotti qui préférerait plutôt le rôle de François Fillon pendant la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Tout cela concerne des positionnements politiciens pour l’avenir, mais sur le plan du programme politique, Éric Ciotti serait plutôt de mauvaise foi. Dans la philosophie générale, sur le régalien, il n’y a pas de grandes différences entre Valérie Pécresse et Éric Ciotti, et même avec Éric Zemmour et Marine Le Pen, c’est cela qui est d’ailleurs désolant pour la majorité des électeurs de centre droit qui ont fui cette campagne ultradroitière de LR. Comment réussir à attirer "en même temps" les zemmouriens et les macronistes ? Une sacrée mission impossible.

Éric Ciotti a employé la très maladroite expression "Guantanamo à la française" qui laisserait entendre la victoire du non-droit. Pour un parti qui, par ailleurs, prône la fin des zones de non-droit, refuser d’appliquer l’État de droit paraît bien spécieux. J’ai évoqué la mauvaise foi de l’ex-candidat Ciotti parce que Valérie Pécresse n’a jamais que réutilisé des thèmes ultradroitiers, et pas seulement depuis cette campagne interne, depuis qu’elle a été élue présidente du conseil régional d’Île-de-France où elle s’est beaucoup occupée de sécurité. Si elle a quitté LR en 2019, c’est parce qu’on lui avait dit que la désignation de Christian Jacob à la présidence de LR était pliée, alors qu’elle aurait voulu concourir.

Ce qui est intéressant, c’est aussi que Valérie Pécresse reprend souvent le langage de Laurent Wauquiez, en particulier quand elle explique que la droite républicaine est de retour ; c’est un slogan peu original. À l’origine, c’est Ronald Reagan qui a gagné son élection de 1980 sur ce slogan : America is back ! La fin du mandat de Jimmy Carter a été une véritable désolation américaine avec les otages américains à Téhéran, l’invasion soviétique de l’Afghanistan et le second choc pétrolier. Jean-Marie Le Pen a alors repris le slogan dans un livre, "La France est de retour" qui date de 1985 (éd. Carrère-Lafon) à la suite de sa percée aux élections européennes de juin 1984. Après lui, beaucoup de responsables politiques l’ont utilisé, ou ont utilisé des slogans qui s’y rapprochaient, en particulier Donald Trump, Laurent Wauquiez, Éric Zemmour et maintenant Valérie Pécresse qui oublie qu’elle a aussi des électeurs de centre droit à convaincre.

Pour en revenir au programme que présentera Valérie Pécresse, elle fera certainement une concession à Éric Ciotti sur l’économie ou la fiscalité, peut-être sur la suppression des droits de succession qui ravirait l’électorat capté aujourd’hui par Éric Zemmour.

Les sondeurs, qui avaient été incapables techniquement de prévoir l’issue du congrès de LR parce qu’ils n’avaient pas les moyens de constituer un échantillon représentatif des adhérents LR, ne pouvaient pas non plus sonder en intentions de vote Éric Ciotti et Valérie Pécresse dans les conditions d’une vraie élection présidentielle, à cause de la brièveté de la période entre les deux tours (deux journées). Valérie Pécresse avait été testée alternativement avec Xavier Bertrand et Mchel Barnier sans qu’il n’y ait de frémissement au cours de cette campagne interne qui, pourtant, semblait intéresser les électeurs si l’on en croit les audiences assez bonnes des quatre débats LR.

Or, le 6 décembre 2021 à 20 heures a été dévoilé le premier sondage après à la fois la déclaration de candidature d’Éric Zemmour et la désignation de Valérie Pécresse, deux inconnues qui ont longtemps placé les sondages dans une certaine expectative et qui ont forcément bougé les lignes. Ce sondage réalisé par IFOP-Fiducial pour LCI a manifestement montré qu’il y avait un "effet Pécresse" : elle s’est hissée à 17%, deuxième ex-aequo avec Marine Le Pen, derrière Emmanuel Macron (pas encore candidat) à 25% (très stable) et devant Éric Zemmour 13%, Jean-Luc Mélenchon 9%, Yannick Jadot 6% et Anne Hidalgo 5%.

_yartiPecresseC03

Alors que les candidats de gauche sont, comme Emmanuel Macron, très stables, l’envolée de Valérie Pécresse est claire : pour les journalistes, c’est une surprise, mais elle n’en est pas une. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Valérie Pécresse, comme Michel Barnier, comme Éric Ciotti, a eu un manque de notoriété. Elle est bien connue en région parisienne, mais moins dans les autres régions, parce qu’elle n’est pas une leader nationale depuis trente ans, candidate multiécidiviste comme les Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, etc.

Son score d’intentions de vote d’avant-congrès LR de 9% à 10% correspondait juste aux personnes qui la connaissaient et l’appréciaient. Le 17% correspond donc à un surplus de notoriété et aussi à l’effet pavlovien de la mode médiatique ou de la mise en actualité, on a beaucoup parlé d’elle et on la trouve sympathique, on trouve intéressant ce qu’elle propose, et je pense que le fait qu’elle est une femme peut aussi renforcer cette sympathie et aussi cet espoir de voir une femme un jour enfin accéder à l’Élysée, et pour l’instant, les deux seules femmes qui avaient accédé au second tour ne faisaient pas l’affaire, Ségolène Royal et Marine Le Pen.

Bien sûr, un seul sondage ne fait pas le printemps, c’est court pour tirer des conclusions sans qu’elles ne soient hâtives, mais tout le mois de décembre 2021 confirmera ou pas cette première indication : Valérie Pécresse est-elle capable de redonner confiance aux électeurs de droite qu’ils peuvent gagner l’élection présidentielle. Car ceux qui ont été attirés par Éric Zemmour, comme ceux qui ont été attiré par Jean-Marie Le Pen dans les années 1980, choisissaient la politique du pire car ils ne pensaient pas être capables de gagner l’élection sur leurs positions. Alors, ils se faisaient plaisir. À partir du moment où l’élection de Valérie Pécresse arrive dans le champ des possibles, la réflexion électorale est tout autre. Il y a clairement un transvasement de l’électorat potentiel d’Éric Zemmour vers l’électorat de Valérie Pécresse (ce déplacement est évalué à 4% dans ce sondage).

En tout cas, la candidate LR ne semble avoir pris aucun électeur d’Emmanuel Macron et ce sera sûrement sa difficulté finale : pour le premier tour, il faut qu’elle se montre ultradroitière pour manger sur les électorats d’Éric Zemmour et de Marine Le Pen, et pour le second tour, il faudra qu’elle "chasse" l’électeur du centre droit, et cette synthèse est très difficile à trouver (Nicolas Sarkozy y était parvenu, pas François Fillon trop psychorigide). L’atout de Valérie Pécresse est son pragmatisme. Elle peut donc s’adapter. Au risque d’être perçue de faire du Macron.

Ce sondage démontre aussi une chose évidente mais niée par tous les éditorialistes depuis trois mois : Xavier Bertrand avait tort d’apporter comme seul argument pour le choisir, les sondages (je suis le seul capable de battre Emmanuel Macron !). En situation de candidature hypothétique, les sondages n’ont aucune valeur. Xavier Bertrand était peut-être le mieux testé des candidats LR, mais à un niveau qui ne permettait de toute façon pas d’atteindre le second tour (souvent en quatrième position). Pas sûr que désigné candidat, il y aurait eu un effet Xavier Bertrand, car il reste particulièrement détesté par l’ultradroite. Pourtant, tout cela, on le savait, on doit quand même commencer à comprendre le fonctionnement d’une précampagne, mais on dirait toujours que c’est le permanent recommencement (ou alors, c’est pour garder une certaine audience ; garder l’effet de surprise, le principe de l’émerveillement perpétuel). Bref, En deux jours, Valérie Pécresse a atteint dans un sondage d’intentions de vote beaucoup plus que Xavier Bertrand n’a jamais espéré obtenir pendant six mois. La méthode Coué a donc des limites et c’est très heureux pour le fonctionnement politique et démocratique de nos institutions.


Quant à Éric Zemmour (j’y reviendrai), la lutte va être féroce. Sa déclaration de candidature et son meeting de Villepinte ont sans doute conforté ses ultra-adeptes, mais il n’a pas su encore s’élargir de sa base. Au contraire, elle s’est réduite comme s’il était un simple candidat de plan B en absence de candidat sérieux.

Valérie Pécresse est désormais là, elle est cette candidate sérieuse, et elle est une candidate redoutable. Dans l’état actuel de "l’opinion publique", je ne pense pas que cela bouleverse les positions d’Emmanuel Macron qui garde une base électorale très solide. Mais il est possible, et c’est même dans la logique d’une campagne présidentielle, qu’au cours de sa campagne, Valérie Pécresse s’adressera aux électeurs d’Emmanuel Macron ("il a cramé la caisse" pourrait être un argument redoutable ; sur l’attention portée aux finances publiques, Valérie Pécresse est crédible avec sa gestion de la région parisienne). Et on verra si chaque embardée vers le centre droit lui fera perdre une parte de sa droite qui retournerait vers Éric Zemmour.

Néanmoins, l’élection présidentielle a une chimie plus complexe qu’un simple réglage de programmation : il s’agit de savoir si les Français trouvent les candidats capables d’assurer la fonction présidentielle, et même si elle a déjà faire ses preuves en Île-de-France et dans ses ministères (Université et Recherche, Budget), tout reste encore à démontrer pour Valérie Pécresse. Elle a juste quatre mois pour convaincre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (19) : l’effet Valérie Pécresse.
Élysée 2022 (18) : Valérie Pécresse, naissance d’une leader.
Second tour du congrès du parti Les Républicains le 4 décembre 2021.
Élysée 2022 (16) : ce sera le duel Ciotti-Pécresse.
Élysée 2022 (15) : le quatrième et ultime débat des candidats LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiPecresseD04




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211206-pecresse.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-19-l-effet-valerie-237734

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/07/39251622.html










 

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 13:26

« La droite est de retour ! » (Valérie Pécresse, le 4 décembre 2021).



_yartiPecresseC01

Dernier round du congrès de LR ce samedi 4 décembre 2021, le résultat du second tour du choix des adhérents LR pour leur candidat à l’élection présidentielle : Valérie Pécresse a gagné, sans surprise cette fois-ci, recueillant 69 326 voix (soit 60,95%) contre 44 412 voix (39,05%) à son concurrent Éric Ciotti. C’est Christian Jacob qui a annoncé le résultat un peu avant 14 heures 30 dans un climat de forte euphorie.

L’entre deux tours était très court (la soirée du 2 décembre 2021). Valérie Pécresse a recueilli le soutien de tous les candidats recalés, Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin, ainsi que de Jean-François Copé. Deux débats télévisés improvisés ont eu lieu, sur LCI à 21 heures puis sur BFM-TV à 22 heures. Éric Ciotti a fait campagne jusqu’au bout, insistant sur la différence de stratégie entre les deux candidats : lui veut rassembler les électeurs de la droite et de l’ultradroite, alors que Valérie Pécresse veut rassembler les électeurs du centre droit et de la droite.

La stratégie de Valérie Pécresse est gagnante au second tour de l’élection présidentielle, mais celle d‘Éric Ciotti est plus efficace pour le premier tour, où les vrais concurrents du candidat LR ne sont pas Emmanuel Macron mais Éric Zemmour et Marine Le Pen.

Même si Valérie Pécresse n’a pas obtenu le total arithmétique de ses soutiens (elle aurait dû avoir dans les 74%), malgré un très léger surplus de participation, sa victoire est nette, claire et le plus heureux semblait même Éric Ciotti, le plus souriant, heureux de ce congrès qui, malgré sa défaite, a montré qu’il était maintenant reconnu parmi les plus importants dirigeants du parti.

Valérie Pécresse a décidé de ne pas faire comme François Fillon en novembre 2016, qui s’était reposé jusqu’en janvier. Elle a annoncé qu’elle repartait au combat dès la fin du week-end, elle fera un meeting sur la terre natale d’Éric Ciotti près de Nice lundi 6 décembre 2021, puis participera au meeting prévu de longue date à Paris le samedi 11 décembre 2021, à la différence près qu’il ne devrait pas avoir lieu au parc des expositions de la Porte de Versailles pour cause de covid-19, mais peut-être en visioconférence, ce qui serait très différent. Par ailleurs, même si la loi ne l’oblige pas, Valérie Pécresse a demandé et imposé la possession et le contrôle du passe sanitaire dans tous ses meetings, refusant d’être une source de contaminations, sans doute un clin d’œil à Éric Zemmour qui va réunir des milliers de disciples à Villepinte le 5 décembre 2021, sans aucune protection sanitaire (probablement que le lendemain, le gouvernement restaurera le principe d’une jauge dans les lieux fermés).

_yartiPecresseC02

Valérie Pécresse pouvait être perçue comme une professionnelle, avec un directeur de campagne très expérimenté et costaud intellectuellement, Patrick Stefanini, alors qu’Éric Ciotti était un petit artisan, qui faisait son programme et sa communication, sans les avantages de la grande entreprise. Valérie Pécresse a utilisé pour sa campagne interne une représentation graphique qui pourrait l’assimiler à une nouvelle Marianne de la République. De même, l’une est l’énarque techno et l’autre le militant qui ne s’est vraiment construit sur le terrain.

Il n’y a pas d’équivalent de cette primaire sur l’échiquier politique français. L’esprit très collectif, Éric Ciotti sera évidemment derrière Valérie Pécresse sans aucune amertume et avec son dynamisme. Michel Barnier et Xavier Bertrand feront aussi campagne pour Valérie Pécresse même si leur échec est beaucoup plus amer, surtout pour Xavier Bertrand qui aurait dû accepter le principe d’une primaire ouverte qui l’aurait largement avantagé.

Mais dans cette procédure qui aboutit au meilleur rêvé chez Les Républicains, c’est bien sûr Christian Jacob et son talent jamais démenti de négociateur chevronné qui sont à saluer : il y a trois mois, on n’imaginait pas une telle réussite, ils envisageaient même le pire avec deux candidats issus de la droite républicaine. Tout le monde y a gagné car finalement, c’est la synthèse qui l’a emporté : la candidate la plus modérée l’a emporté, Valérie Pécresse, mais sur le programme le plus droitier, puisque les cinq candidats avaient surenchéri sur les thèmes sécuritaires.

Gérard Larcher était présent au moment du résultat. Il n’avait pas voulu prendre parti pour assurer la relève dans l’éventualité d’une débâcle politique (par exemple, une division profonde du parti). Finalement, c’est probablement sa candidate de cœur qui a gagné dans les meilleures conditions, avec l’unité retrouvée. Absent et ayant mollement félicité la gagnante sur Twitter, Laurent Wauquiez a de quoi regretter son renoncement à être candidat : il est probablement le vrai perdant, avec Xavier Bertrand, de ce "congrès pour la France", car s’il avait été candidat, dans le cadre de cette primaire fermée, il aurait eu toutes ses chances, vu la victoire des thèses les plus droitières et ses réseaux de militants très structurés.

Maintenant, la question se pose pour la suite de la campagne. À peu près tous les candidats sont identifiés, à l’exception du principal, le Président de la République dont la candidature paraît quasi-certaine. Les journalistes veulent toujours raisonner avec les sondages, mais les sondages ne sont que les conséquences des faits politiques. Ils ne les préfigurent pas. Or, la désignation de Valérie Pécresse est un fait politique important qui remet tout en cause du côté de la droite (et même de la gauche).

Valérie Pécresse serait-elle capable de reprendre les voix perdues des sympathisants LR qui ont rejoint Emmanuel Macron ? Peut-être, mais à la condition d’abandonner son programme très droitier. Valérie Pécresse, avec ce même programme, est capable en revanche de convaincre qu’avec elle, la droite musclée pourra revenir au pouvoir, mais sans les outrances et avec les valeurs républicaines.

Enfin, elle l’a signalé dans son discours de remerciement, oui, il fallait de l’audace pour choisir une femme comme candidate à l’élection présidentielle. Ne pas laisser à Marine Le Pen le monopole de cette caractéristique, également partagée avec Anne Hidalgo et Nathalie Arthaud, mais ces deux dernières sont peu susceptibles d’atteindre le second tour.

À mon avis, la désignation de Valérie Pécresse va évidemment redonner un peu d’audience à LR, mais le déplacement de voix ne se fera probablement pas du candidat Macron vers la candidate Pécresse, mais du candidat Zemmour vers elle, simplement parce que le polémiste a profité du désert politique de LR pendant de nombreux mois. Maintenant que l’heure est aux choses sérieuses, maintenant que le terrain est de nouveau occupé par une candidate solide, connue et reconnue, les errances électorales des nouveaux adeptes d’Éric Zemmour pourraient s’arrêter et eux revenir rassurés au bercail, il y a désormais un nouveau chef à LR, chose qui n’était pas arrivé depuis …mai 2012 !

Car l’enjeu n’est pas que l’élection présidentielle. Gagner en 2022 pour Valérie Pécresse, ce sera très difficile, pas impossible mais très difficile. Sa carrière, dans tous les cas, ne s’arrêtera pas le 24 avril 2022. Même perdante, même si elle perdait dès le premier tour, Valérie Pécresse aura marqué Les Républicains et pourra durablement conserver le leadership du parti : il y aura d’autres compétitions, les élections législatives en juin 2022, puis l’élection présidentielle suivante en 2027, et Valérie Pécresse sera incontournable, tant pour Matignon que pour l’Élysée, exactement comme le fut Lionel Jospin en 1995. Rappelons d’ailleurs qu’elle n’a conquis le conseil régional d’Île-de-France qu’après une première tentative malheureuse.

Enfin, terminons par les Franciliens qui, avec cette élection présidentielle, voient disparaître, pour le temps de la campagne au moins, leurs deux principaux élus : la maire de Paris et la présidente du conseil régionale d’Île-de-France. Comme quoi, la rivalité entre la capitale et les provinces n’est peut-être plus aussi réelle que dans les temps anciens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (18) : Valérie Pécresse, naissance d’une leader.
Second tour du congrès du parti Les Républicains le 4 décembre 2021.
Élysée 2022 (16) : ce sera le duel Ciotti-Pécresse.
Élysée 2022 (15) : le quatrième et ultime débat des candidats LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiPecresseC03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211204-pecresse.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-18-valerie-pecresse-237678

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/02/39245166.html









 

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 03:11

« Il n’avait plus jamais agi pour des motivations politiques. Il avait seulement œuvré au nom de l’ordre, c’est-à-dire pour préserver une forme de pérennité dans l’agitation. » (Jean-Christophe Grangé, "Lontano", éd. Albin Michel, 2015).



_yartiZemmourG01

C’est officiel depuis le mardi 30 novembre 2021, Éric Zemmour a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. Mais quelle misère dans sa communication politique ! Le samedi 27 novembre 2021, il a fait une visite lamentable dans les rues de Marseille et, répondant à une militante qui lui avait fait un doigt d’honneur, le polémiste a fait de même. Quelle erreur de communication. Un homme même pas capable de se calmer face à une activiste. Comment serait-il face à Vladimir Poutine, Joe Biden ou Boris Johnson lorsqu’il faudra défendre les intérêts de la France et des Français ? On s’inquiète.

Alors, il a sauté le grand pas pour faire oublier cet incident qui montre surtout sa vulgarité et sa grossièreté. Au moins, avec le kastoipovrkon, Nicolas Sarkozy ne se prétendait pas intello. Éric Zemmour, il croit être éduqué et il n’est qu’une racaille. Ne valant pas mieux que celle qu’il critique.

Donc, il a innové avec deux "événements" : une vidéo sur Youtube et un journal de 20 heures sur TF1. Le premier est innovant, faussement innovant mais plongé dans un ringardisme surfait qui confine au malaise tant il était ridicule ; le second, c’est du on-ne-peut-plus-classique, le premier du genre pour celui qui n’a encore été que polémiste jusqu’à maintenant.

Il y a aussi un troisième événement fixé le dimanche 5 décembre 2021 après-midi, prévu de longue date, un meeting initialement au Zénith de la Villette (pour faire honneur à la lettre Z comme Zorglub), mais comme il ne pouvait contenir que 6 000 personnes et que 19 000 voulaient s’y inscrire, il a changé le lieu le 1er décembre 2021 au parc des exposition de Villepinte (comme Nicolas Sarkozy le 11 mars 2012). Le coût planifié de ce meeting est de 236 000 euros. Philippe de Villiers s’est décommandé, Marion Maréchal est silencieuse, et on annonce seulement que Charles Millon serait présent. La belle affaire, Charles Millon comme vent nouveau de la politique française ! Il y en a qui ont dormi pendant trente ans.

La vidéo d’une dizaine de minutes sur Youtube diffusée à partir de midi avait été conçue quinze jours auparavant (du réchauffé donc) : c’est effectivement très novateur… mais très mal conçu. Le cadre, un homme étriqué qui fait une pâle imitation du De Gaulle de l’appel du 18 juin, avec un gros micro ridicule, un petit bureau et une bibliothèque. N’est pas De Gaulle qui veut, d’autant plus avec les louanges qu’il a faites à Pétain ! Je ne sais pas ce qui était le plus pitoyable : la mémoire de De Gaulle, les résistants qui sont ainsi insultés, ou le petit polémiste qui, décidément, sera toujours à côté de la plaque ?

J’ai eu l’impression de voir un garçon boutonneux qui faisait son affaire dans sa chambre d’ado. Un petit montage vidéo à la va vite. Le discours pouvait être élaboré, personne ne l’a vraiment écouté sauf les fanatiques : du blabla beaucoup trop long avec une caractéristique, l’homme ne regarde pas son public, l’ignore presque, voire le méprise, comme s’il était tout seul dans sa France déserte et faussement idéalisée.

Or, une candidature, c’est un dialogue entre un homme et un peuple. Là, ce sont des pensées introspectives, c’est un dialogue entre lui et lui. Le peuple est de trop. Pourtant, il existe depuis quarante ans (son époque fétiche, quand il était jeune) des appareils qu’on appelle des prompteurs et qui permettent de voir la caméra sans faire l’effort d’apprendre son texte (rappelons que De Gaulle si souvent invoqué apprenait par cœur ses discours, malgré son âge, et dans la langue du pays qu’il visitait ! il demandait dans l’avion quelques perfectionnements de prononciation le cas échéant). De plus, la musique prétentieuse enlève la sobriété qui devrait être de mise avec la supposée gravité affichée. Ce n’est plus un discours, c’est un clip publicitaire pour vanter un baril de lessive (c’est même une publicité comparative).

Sur la forme, je termine sur les images dont les droits n’ont pas été négociés. Éric Zemmour est un piètre professionnel, il n’est même pas un artisan, juste un auto-entrepreneur sans guide juridique pour l’aider. L’histoire des droits d’auteur est assez compliquée parce qu’il existe un droit de citation. Ce qui est sûr, et ce n’est pas une question de droits d’auteur, plutôt de droit à l’image, c’est de mettre des images de personnes célèbres (disparues ou pas) et de récupérer leur popularité à son avantage en les associations à son discours. Pour l’instant, trois familles ont déjà protesté, dont une a déposé plainte (ou va déposer plainte) : les familles de Johnny Hallyday, de Claude Sautet et de Barbara. Tout ceci paraît bien infantile et misérable. Se présenter à la magistrature suprême et ne pas être capable de respecter la loi. C’est comme s’il s’était présenté sur Meetic et qu’il annonçait ses goûts, les artistes qu’il aime, etc.

Sur le fond, c’est l’horreur : la France d’Éric Zemmour est la France des croque-morts. Tout est noir. Aucun espoir. Comment veut-il se faire aimer dans un pays qu’il déteste tant ? Mystère. Comment veut-il retourner en arrière alors que le temps ne se déplace que dans un sens ? Comment veut-il préparer la France aux enjeux du siècle actuel s’il ne songe qu’à revenir au siècle passé ?

À cause de ces problèmes de droits à l’image, la vidéo n’a plus été rediffusée par les chaînes de télévision après une première diffusion. Pour la voir, il faut donc aller sur son site qui affichait en 48 heures environ 2 millions de vues. Il y avait une curiosité, et la déception fut au rendez-vous. De toute façon, un message enregistré ne peut que donner un goût de préfabriqué, l’impression qu’il se moque de l’électeur. Même pas capable de parler en direct au peuple pour dire directement, droit dans les yeux (de la caméra) les deux ou trois raisons de sa candidature.

On pouvait se dire néanmoins que si la vidéo est ratée, ce n’est pas grave puisqu’il a prévu un 20 heures sur TF1. En fait, c’est cet exercice qui est l’élément crucial de la candidature. Et là, étonnement ! Non seulement il est nul sur la forme, incapable de regarder la caméra, montrant même un toc qui risque de lui être très désavantageux à la longue, ne souriant pas, toujours sur la défensive, comme une sorte d’oiseau de malheur. Il est nul aussi sur le fond.

_yartiZemmourG02

Éric Zemmour a accusé le journaliste Gilles Bouleau d’avoir été désagréable avec lui. Moi, j’ai trouvé le contraire. J’ai été choqué au contraire qu’il n’ait pas réagi quand le polémiste a rejeté les condamnations définitives pour incitation à la haine raciale en disant qu’il n’avait pas été condamné pour vol et qu’il était contre la loi qui l’a condamné : tous les délinquants pourraient dire la même chose ! Mais Monsieur Zemmour, c’est pire : des personnes sont mortes à cause de la haine raciale. La société est fragile, très sensible, l’influence des gens de médias est déterminante sur des esprits faibles, l’assassinat antisémite de Sarah Halimi a répondu, sans l’excuser, à un climat de haine antisémite assez forte. Il n’y a pas des délits pas graves et des délits graves. Pour celui qui prône sans arrêt la sévérité dans l’exercice de la justice, c’est d’ailleurs très étonnant. Et cela, Gilles Bouleau l’a laissé passer, ne rebondissant pas car il manquait de temps et avait d’autres questions.

Éric Zemmour voudrait effacer son ardoise sur toutes les inepties qu’il a dites ou écrites dans le passé plus ou moins proche sous prétexte qu’il est maintenant candidat. Mais tous les candidats ont été aussi confrontés à d’éventuelles incohérences avec leur passé. Pourquoi aurait-il un traitement de faveur ? Parce que ses questionneurs étaient de sympathiques collègues avant son engagement politique ? Quand l’interview s’est achevée, Éric Zemmour refusait de sortir, disant qu’on n’avait pas posé les bonnes questions. Gilles Bouleau a dû insister deux fois en disant "bonsoir" avant de pouvoir poursuivre son journal télévisé.

Tout le monde d’ailleurs s’accorde sur l’échec de cette interview sur TF1. Éric Zemmour a vivement critiqué Marine Le Pen pour son incompétence et incapacité à donner la réplique à Emmanuel Macron lors du fameux débat du 3 mai 2017 entre les deux tours… et lui, il n’a même pas été capable de réussir une interview télévisée assez anodine et sans réplique, sans même de contradicteur. Décidemment, il va devoir comprendre que faire campagne, ce n’est peut-être pas un métier, mais c’est une expérience et qu’il y a des codes à connaître. Marine Le Pen aurait donc beaucoup de choses à lui apprendre, elle qui a largement repris le dessus dans les sondages qui placent maintenant le polémiste parfois en dessous du candidat LR.

Mauvais acteur, mauvais orateur, mauvais réalisateur de clip… on se demande ce que va apporter Éric Zemmour dans cette campagne à part ses idées noires et ses obsessions paranoïaques ? Le plus gros risque, au fond, c’est qu’il nous rende Marine Le Pen sympathique.

Complément du 2 décembre 2021. Éric Zemmour a diffusé un tweet amical à Éric Ciotti pour son succès au premier tour du congrès LR : « Heureux, cher Éric, de voir nos idées si largement partagées par les militants LR. Le RPR n’est pas mort. ». Toujours cette obsession du RPR qui, pourtant, a toujours refusé toute alliance ou compromission avec l’extrême droite. Pourquoi regretter avec nostalgie le RPR alors qu’à l’époque du RPR, des gaullistes regrettaient avec nostalgie l’UDR et le "vrai" gaullisme ? Ah, j’oubliais, Éric Zemmour n’est pas gaulliste, il est pétainiste. Pourquoi j’évoque Éric Ciotti ? Parce que dans le cas où Éric Ciotti serait le vainqueur du congrès LR le samedi 4 décembre 2021, Éric Zemmour pourrait trouver une porte de sortie honorable : au cours du meeting du 5 décembre 2021, il pourrait se désister en faveur du candidat LR intronisé. Il a toujours expliqué sa candidature par l’absence d’une offre politique convenable. Apparemment, Éric Ciotti semble partager ses idées puisqu’il a écrit "nos idées". Alors, pourquoi une candidature alors qu’elle a déjà fait un flop cette semaine ? Ne serait-ce pas simplement l’idée qu’il est resté un adolescent et qu’il n’est pas question de laisser le dernier mot à son interlocuteur par amour-propre mal placé ? L’anecdote du doigt d’honneur à Marseille semble pourtant évidente à comprendre…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (17) : Éric Zemmour, l’adolescent retardé.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

_yartiZemmourG03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211130-zemmour.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-17-eric-zemmour-l-237552

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/01/39243663.html









 

Partager cet article
Repost0
2 décembre 2021 4 02 /12 /décembre /2021 13:55

« Un élan populaire s’est levé pour que la France reste la France, ce qui a été l’objectif de ma campagne. » (Éric Ciotti, le 2 décembre 2021).



_yartiCongresLR2021PT01

Les 139 742 adhérents de LR à jour de cotisation et prêts à donner adresse postale, email et téléphone mobile (il fallait trois codes pour voter), étaient appelés à voter les 1er et 2 décembre 2021 pour choisir leur candidat à l’élection présidentielle. Le vote pour le premier tour s’est clos ce jeudi 2 décembre 2021 à 14 heures. Les résultats ont été annoncés par Christian Jacob peu après, à 14 heures 42 (avec douze minutes de retard) et sont clairs : Éric Ciotti et Valérie Pécresse sont au second tour. Au même moment, Nicolas Sarkozy assistait à un hommage rendu par le Président Emmanuel Macron à Valéry Giscard d’Estaing.

Revenons d’abord aux candidats et à leurs soutiens.

La plupart des ténors de LR ont refusé de prendre le risque de soutenir un candidat et sont restés dans une neutralité attentiste.

Xavier Bertrand, candidat le 24 mars 2021 et acceptant le 11 octobre 2021 que sa candidature fût placée dans le cadre du congrès LR, est soutenu par : Renaud Muselier, Sébastien Huyghe, Damien Abad, François Durovray, Céline Boulay-Espéronnier, Pierre-Henri Dumont, Virginie Duby-Muller, Dominique Estrosi, Joël Guerriau, Valérie Debord, Julien Dive, Nathalie Porte.

Valérie Pécresse, candidate le 22 juillet 2021, est soutenue par : Gérard Longuet, Hervé Morin, Brice Hortefeux, Charles de Courson, Jean-Luc Moudenc, Frédéric Péchenard, Pierre Charon, Patrick Stefanini, Florence Portelli, Robin Reda, Arnaud Bazin, François Bonneau, Vincent Delahaye, Geoffroy Didier, Rémi Delatte, Philippe Gosselin, Nicolas Florian, Roger Karoutchi, Jean-François Husson, Alain Milon, Catherine Morin-Desailly.

Philippe Juvin s’est déclaré candidat le 26 juillet 2021.

Michel Barnier, candidat le 26 août 2021, est soutenu par : Daniel Fasquelle, Serge Grouard, Arnaud Danjean, François Cornut-Gentille, Marc Le Fur, Xavier Breton, Isabelle Le Callennec, Constance Le Grip, Muriel Jourda, Patrick Hetzel, Michel Savin, Nadine Morano, Brigitte Kuster, Olivier Marleix, Cédric Vial, Martine Berthet, Jean-Raymond Hugonet.

Éric Ciotti, candidat le 26 août 2021, est soutenu par : Julien Aubert, Guillaume Peltier, Sébastien Meurant, Alexandra Borchio Fontimp.

_yartiDebatLR2021C01

Au cours de la première journée de vote, le 1er décembre 2021, il y a eu une opération de manipulation contre le candidat Éric Ciotti : en effet, la rumeur (démentie par l’intéressé) laissait croire que si Éric Ciotti était choisi parmi les finalistes (on parlait de la deuxième place), il se désisterait car son intention n’était pas d’être le candidat LR. Ces rumeurs laissent entendre que la candidature du député de Nice aurait le même résultat que celle de Benoît Hamon, choisi parmi une aile marginale qui a fait perdre largement le PS. Ce genre de boule puante avait déjà eu lieu à la primaire LR de novembre 2016 en laissant croire que le candidat du second tour Alain Juppé se désisterait au bénéfice de François Fillon afin de ne pas diviser le parti (là aussi, la rumeur n’était pas fondée). On voit la vanité d’une telle manipulation aujourd’hui, puisque c’est Éric Ciotti qui est en tête.

Revenons maintenant aux résultats.

Il y a eu 113 038 votants, soit 80,89% de participation, ce qui est honorable. Il y a eu plus de votants que pour la primaire semi-ouverte des écologistes (106 622). Les résultats sont clairs, comme je l’ai annoncé :


Éric Ciotti : 28 844 voix (25,59%).
Valérie Pécresse : 28 179 voix (25,00%).

Michel Barnier : 26 970 voix (23,93%).
Xavier Bertrand : 25 213 voix (22,36%).
Philippe Juvin : 3 532 voix (3,13%).


Ces résultats peuvent surprendre mais sont logiques (et, je le dis ici, c’était mon pronostic de la veille mais je ne l’avais pas écrit). La seule vraie non-surprise est le score de Philippe Juvin qui n’a pas démérité mais qui n’avait pas un réseau national de militants. Les quatre autres candidats sont, comme pour les écologistes, au même niveau à quelques % près (un quart chacun), ce qui traduit bien à quel point la campagne des quatre débats a été incapable de les départager. Les deux finalistes sont ceux qui se sont révélés dès le premier débat (le 8 novembre 2021 sur LCI).

On ne dira jamais assez qu’une campagne est une campagne, jamais un candidat n’a gagné sur sa popularité, il gagne toujours sur sa capacité à mobiliser les électeurs, et cela, seule une campagne dynamique peut le faire. Avis à Éric Zemmour !

Il y a eu d’abord une élimination des deux grands candidats qui ont montré des failles. Xavier Bertrand dont le retour a été un peu trop surfait, comptait trop sur l’argument d’autorité des sondages qui, pourtant, n’étaient pas brillants, à aucun moment il y a eu une hausse, donc son argument principal n’en a jamais été dans l’esprit des adhérents LR. On raconte d’ailleurs que les relations de Xavier Bertrand avec LR étaient équivalentes à celles d’un homme qui s’adresse à une jeune femme en disant : tu es moche, tu es stupide, mais je veux bien ton pognon. Michel Barnier a été l’outsider rêvé de l’appareil qui a beaucoup déçu par son manque de combativité et surtout par son manque de précision dans les débats : qu’en serait-il en situation réelle ?

Valérie Pécresse a su montrer, d’une part, qu’elle avait de la détermination, et d’autre part, qu’elle avait un projet assez solide. Ce n’est donc pas étonnant qu’elle soit qualifiée pour le second tour. Bien sûr, le premier du premier tour ne l’a pas été par hasard ni par défaut : Éric Ciotti a montré de réelles qualités de débatteur, sans polémiquer avec les autres (il suivait son fil), et a montré aussi un projet global cohérent et original, n’ayant pas peur d’être de droite, je l’ai expliqué il y a quelques jours.

Michel Barner (« Je pense que Valérie Pécresse est la mieux préparée pour gagner l’élection présidentielle, je lui apporte mon soutien. »), Xavier Bertrand et Philippe Juvin (« Soutenir Valérie Pécresse, une évidence. C’est une femme qui peut amener la droite à la victoire. ») ont immédiatement apporté leur soutien à Valérie Pécresse. Je pense que si Valérie Pécresse, qui n’a pas eu la première place (de justesse), si elle veut gagner, il faut qu’elle abandonne la ligne droitière que tous les candidats LR avaient adoptée dans cette précampagne (car sur cette ligne, Éric Ciotti est le plus crédible). II faut au contraire qu’elle rassure les électeurs du centre droit pour qu’elle soit le mieux à même de rivaliser avec Emmanuel Macron (et pas avec Marine Le Pen).

C’est clair que le parti Les Républicains a gagné en audience et en intérêt. Il revient de loin : depuis deux mois, la précampagne s’est faite à son rythme, selon son calendrier, effaçant la mousse médiation du désormais candidat Éric Zemmour (j’y reviendrai). Ils ont dans tous les cas réussi l’opération de la désignation du candidat, puisque Xavier Bertrand a reconnu sa défaite. Il n’y aura donc qu’un seul candidat de LR.

Valérie Pécresse a évidemment un avantage sur Éric Ciotti, elle est une femme. Elle n’a jamais fait campagne sur cette caractéristique (au contraire de Ségolène Royal) et cela n’a jamais été un problème pour les militants LR (Michèle Alliot-Marie avait été élue présidente du RPR dès 1999), mais laisser la possibilité d’une femme au second tour à la seule Marine Le Pen depuis dix ans était assez désolante. Valérie Pécresse peut devenir cette femme "remplaçante", et même être la première femme élue à l’Élysée. Ce n’est pas l’unique argument, évidemment.





Les observateurs et les partis extérieurs peuvent se réjouir de ce choix car il impose une réelle clarification des thèmes chez LR : ou Éric Ciotti sera choisi (je précise ici qu’il est désormais le favori) et dans ce cas, les deux candidats d’extrême droite vont devoir partager le même "capital" électoral (Éric Zemmour : « Heureux, cher Éric, de voir nos idées si largement partagées par les militants LR. Le RPR n’est pas mort. » ; il faut même imaginer l’hypothèse d’un désistement du polémiste en faveur d’Éric Ciotti), ou c’est Valérie Pécresse, et alors, il y aura une réelle alternative face à Emmanuel Macron (et l’élection sera plus ouverte). On imagine déjà quelles sont les préférences des uns et des autres (qui ne sont pas LR). Quant à une hamonisation de LR, elle semble exclue car il y a un bloc idéologique et d’unité très solide au sein de LR, au contraire du PS de 2017.

La campagne du second tour n’aura lieu que sur les chaînes de télévision ce soir du 2 décembre 2021 (les deux candidats sont invités de Ruth Elkrief à 20 heures sur LCI), puisque le vote aura lieu les 3 et 4 décembre 2021, jusqu’à 14 heures. Résultat le samedi 4 décembre 2021 dans l’après-midi.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (16) : ce sera le duel Ciotti-Pécresse.
Élysée 2022 (15) : le quatrième et ultime débat des candidats LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiCongresLR2021PT03



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211202-congres-lr-premier-tour.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-16-ce-sera-le-duel-237615

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/01/39243661.html











 

Partager cet article
Repost0
1 décembre 2021 3 01 /12 /décembre /2021 03:55

« Si un jour, une telle "union des droites" devait arriver, on n’y survivra pas car il n’y a pas une voix à récupérer. C’est une stratégie mortifère pour une raison simple : le clivage se fait aujourd’hui entre partis de gouvernement et partis extrémistes, pas entre la gauche et la droite. » (Jean-François Copé, le 24 mars 2019).


_yartiDebatLR2021D01

C’est à partir de ce mercredi 1er décembre 2021 que les quelque 140 000 adhérents LR vont pouvoir choisir jusqu’au week-end leur candidat à l’élection présidentielle parmi les cinq.

L’ultime débat avant le vote a failli être perturbé par un appel à la grève du service public. Finalement, ce quatrième débat entre les cinq candidats LR a bien eu lieu, organisé et diffusé en direct le mardi 30 novembre 2021 à partir de 20 heures 40 sur France 2, France Inter, franceinfo: et TV5 Monde, animé par Léa Salamé et Laurent Guimier. Xavier Bertrand, Michel Barnier, Éric Ciotti, Valérie Pécresse et Philippe Juvin se sont retrouvés ainsi une dernière fois à débattre devant les téléspectateurs.

Notons bien la difficulté des débatteurs de parler à l’ensemble des Français tout en cherchant à séduire exclusivement les adhérents de LR, à charge pour le gagnant de séduire ensuite l’ensemble des Français. Il y avait des stratégies de campagne du premier tour (séduire les plus clivés) puis du second tour (rassembler, séduire les plus modérés), mais maintenant, avec l’épreuve préalable (primaire plus ou moins fermée ou ouverte), il faut séduire encore une catégorie nouvelle, les hyperclivés.

Les débats se suivent et se ressemblent. Aucun ne s’est réellement démarqué parce que tous les candidats ont été relativement bons. Les débats sont longs et les questions peuvent laisser à désirer, comme cette énième question-quiz sur les éoliennes, thème obsédant les journalistes mais qui ne sont qu’une petite partie d’une politique énergétique, avec ici la maladresse de la formulation : "Stop aux éoliennes" avec devant chaque nom des candidats un "oui" ou un "non" qui signifiait le contraire de la lecture intuitive : "oui" signifiait "non aux éoliennes" !

Éric Ciotti semblait épanoui, heureux de continuer à dérouler son programme, envoyant, l’air de rien, une ou deux piques à Christian Estrosi, maire de Nice, dont il évoque l’endettement sans citer explicitement l’agglomération. Philippe Juvin semblait tendu, il faut de l’endurance dans ce genre d’exercice dont il n’est pas coutumier. Quant aux trois autres, plus habitués des plateaux de télévision, on les sentait fatigués sinon épuisés. Éric Ciotti était épanoui au point de faire de l’humour et même de l’autodérision en constatant qu’une coupe pour un coiffeur rapporte plus qu’une consultation pour un médecin généraliste, et en ajoutant qu’il n’y allait pas très souvent !

J’imagine que tous les candidats doivent maintenant être usés après ces débats à répétition, la seule innovation de France 2 et France Inter, c’est d’avoir relégué les questions sur la sécurité et sur l’immigration à la fin de l’émission, permettant de commencer par la santé, pandémie de covid-19 en pleine recrudescence oblige, et pourtant, il y a une grande différence entre un événement ponctuel imprévisible, cette crise actuelle, et le fonctionnement "normal" (c’est-à-dire hors covid-19) du système sanitaire (défaillant).

La journée politique a été dense ce 30 novembre 2021 puisqu’elle a été aussi marquée par la déclaration de candidature du polémiste Éric Zemmour (j’y reviendrai) et par la panthéonisation de Joséphine Baker qui fut saluée par tous les protagonistes LR (et même par Éric Zemmour au journal de 20 heures sur TF1).

Comme toujours depuis le premier débat, les cinq candidats ont critiqué systématiquement le Président Emmanuel Macron, pas une seule chose n’était positive pour quiconque se présente sous les couleurs de LR, à l’exception notable d’Éric Ciotti qui peut se permettre, car personne ne lui fera un procès en macronisme, de se vanter d’avoir approuvé la loi de vigilance sanitaire (il a parlé d’urgence sanitaire), le seul des candidats d’ailleurs à être encore parlementaire.

Plusieurs fois, Xavier Bertrand a voulu aborder un thème qui n’était pas prévu en disant : « Je prends sur mon temps de parole ! » si bien que Valérie Pécresse, qui a pris pour modèle de la France Jeanne d’Arc, a invoqué aussi cette raison pour y aller de son laïus.

_yartiDebatLR2021D02

Parmi les questions à réponse rapide, le mandat présidentiel unique : Michel Barnier et Xavier Bertrand ont annoncé qu’ils voulaient ne rester qu’un seul mandat (considérant que le Président est plus libre quand il ne songe pas à sa réélection) alors que Valérie Pécresse et Éric Ciotti ont osé dire que leur action s’inscrivait dans le temps, était à un horizon de deux mandats. Pour Valérie Pécresse, 2030 (deux quinquennats) et pour Éric Ciotti, c’est même plus puisqu’il est favorable au rétablissement du septennat (cependant, le mandat qui commencera en 2022 sera de cinq ans dans tous les cas). L’un des candidats a fait remarquer que François Hollande n’a plus existé dès lors qu’il avait annoncé son abandon en décembre 2016. Sur la réduction du nombre de parlementaires, certains sont pour, d’autres contre, dont Valérie Pécresse qui a affirmé que c’était surtout « anecdotique et démagogique », l’essentiel était plutôt de donner des moyens supplémentaires aux députés, des collaborateurs supplémentaires.

Michel Barnier a été le plus combatif, en attaquant au moins deux fois Valérie Pécresse et une fois Xavier Bertrand. À Valérie Pécresse, il a critiqué sa proposition de supprimer les charges sociales des pensions de retraite les plus basse, en affirmant que François Hollande l’avait déjà fait et que cela avait été refusé par le Conseil Constitutionnel pour égalité de traitement, il faudrait donc le faire pour toutes les retraites, ce qui coûterait 40 milliards au lieu de 20 milliards d’euros.

Autre point de désaccord, Michel Barnier a été choqué par la formule de Valérie Pécresse parlant d’un "comité de la hache" pour réduire le nombre de fonctionnaires. Il lui a dit qu’on ne pouvait faire la réforme de l’État contre les fonctionnaires et qu’il y  a des hommes et des femmes derrière ces chiffres. Philippe Juvin s’est beaucoup distingué au sujet du service public puisqu’il est contre la réduction du nombre de fonctionnaires alors qu’il en manque dans toutes ses missions (justice, police, hôpital, etc.).

Michel Barnier a en outre dit qu’il ne voulait pas supprimer les accords du Touquet, comme le voudrait Xavier Bertrand, car ce serait irresponsable, mais les renégocier. Il a précisé qu’il n’avait pas eu pour mandat d’évoquer les accords du Touquet lors de la négociation du Brexit, car il s’agit d’accords bilatéraux entre la France et le Royaume-Uni qui ne sont pas inclus dans la politique européenne.

La campagne du congrès s’est terminée ce soir du 30 novembre 2021. La parole est désormais aux militants de LR. Quel qu’en soit le résultat, avec une telle dérive droitière depuis deux mois, le candidat désigné sera bien en mal de recentrer son discours pour l’élection des 10 et 24 avril 2022. S’il veut gagner, bien sûr…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (15) : le quatrième et ultime débat des candidats LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiDebatLR2021D03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211130-congres-lr-debat-4.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-15-le-quatrieme-et-237591

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/28/39238930.html





 

Partager cet article
Repost0
30 novembre 2021 2 30 /11 /novembre /2021 03:46

« Les Français n’ont jamais autant adhéré aux valeurs de droite que je porte : autorité, défense de notre identité et promotion de la liberté économique. Plus que jamais, je pense que je peux gagner. Ma victoire peut être la base, autour des Républicains, d’un rassemblement de tous les électeurs de droite (…). Quand la droite est de droite, il n’y a pas de place à l’extrême droite. » (Éric Ciotti, "Le Figaro" du 25 novembre 2021).



_yartiCiottiEricB01

La révélation de cette précampagne pour la candidature LR à l’élection présidentielle, c’est Éric Ciotti. Les trois autres candidats Valérie Pécresse, Michel Barnier et Xavier Bertrand sont d’une autre stature, plusieurs fois ministres, longue expérience politique, parfois chef de parti, ils n’ont pas été Premier Ministre ni Président de la République comme l’avaient été les candidats à la candidature LR en 2016, mais ils avaient déjà acquis une certaine légitimité à gouverner et les trois étaient premiers ministrables. Quant à Philippe Juvin, c’est le "petit candidat qui veut se caser", au demeurant brillant. Éric Ciotti, c’était le petit candidat qui est devenu grand. Le vilain petit canard.

À la veille du congrès LR, tout reste possible. Le vote des adhérents aura lieu le 1er et 2 décembre 2021 pour le premier tour. Éric Ciotti a réussi à amorcer une dynamique qu’on ne ressent pas chez ses concurrents. Pourquoi ? Probablement parce qu’il n’a rien à perdre, il s’était présenté parce qu’avec l’absence de Laurent Wauquiez, il trouvait qu’il manquait une voix, la voix la plus droitière de LR.

L’un de ses thèmes est d’être contre la prudence car il n’y aurait plus le temps d’être prudent, la prudence serait un luxe. C’est une réaction aux thèmes de Michel Barnier, dont on disait qu’il était le chouchou de l’appareil militant, et qui, tout en soutenant les mêmes délires droitiers (à cet égard, il n’y a pas beaucoup de différences entre les candidats), prône systématiquement la prudence, qu’on ne peut pas tout bouleverser, que la société française est fragile et on l’a vu à chaque grande réforme (la dernière en date est la réforme des retraites avortée). Mais Éric Ciotti fait au contraire connaître sa différence et avec lui, ce sera du tout ou rien, ça passe ou ça casse : « Mon projet est un projet de rupture radicale. Pour redresser la France, nous devons fermer le robinet d’eau tiède. ».

Comme François Fillon dont il se réfère, il suit son fil de campagne et montre aussi son originalité. Et pourtant, il y a une certaine imposture à se référer à François Fillon. Certes, il est le seul candidat LR à avoir participé au grand meeting du Trocadéro le 5 mars 2017. Toutefois, une personnalité comme François Baroin, qui était également au Trocadéro, s’est affirmée par la suite piégée par ce meeting, car il était prévu que François Fillon annonçât son abandon.

_yartiCiottiEricB02

Mais l’imposture est ailleurs, elle est que François Fillon, dès sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, a clairement annoncé qu’il appelait à voter pour Emmanuel Macron afin de faire barrage à Marine Le Pen. Or, Éric Ciotti, au contraire, se vante d’être le seul candidat LR à ne pas avoir voter pour Emmanuel Macron au second tour (il a voté pour François Baroin), ce qui montre qu’il n’a pas suivi du tout la ligne politique de François Fillon. Et au début de sa candidature, il avait maladroitement annoncé que dans le cas d’un second tour entre Éric Zemmour et Emmanuel Macron, il voterait naturellement pour le premier (maladroitement car lorsqu’on est candidat, on devrait toujours se placer dans l’hypothèse où l’on gagne).

Malgré cette contradiction (les gens ont la mémoire courte), Éric Ciotti a prouvé sa grande faculté à mobiliser les militants. Il se revendique de beaucoup de monde, ce qui est presque "mignon" (naïf) car à force de vouloir ratisser trop large, il risque d’éveiller les soupçons d’hypocrisie (même si je ne doute pas de sa sincérité, les identités politiques sont toujours complexes). Ses revendications sont ainsi nombreuses : François Fillon, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, De Gaulle, Georges Pompidou, mais aussi Philipe Séguin, Charles Pasqua, Valéry Giscard d’Estaing, et même Simone Veil ! Des personnalités pas forcément compatibles les unes avec les autres.

Dans son discours au conseil national de LR le 20 novembre 2021 (une sorte de grand oral devant les militants), il a rappelé les trois axes de sa campagne : l’autorité, l’identité et la liberté. Les deux premiers thèmes sont donc des thèmes essentiellement zemmouriens, qui a aussi pour volonté de conforter l’idée qu’il est le meilleur candidat anti-Macron. Dans cette surenchère droitière, les candidats LR se revendiquent les plus anti-Macron mais jamais ils ne se montrent comme les candidats les meilleurs pour faire barrage à la (double) extrême droite ; il est là, le malaise du congrès LR.





Le programme d’Éric Ciotti est un livret de 30 pages intitulé "Pour que la France reste la France" (qui est une sorte de déclinaison de la phrase zemmourienne : "La France n’a pas dit son dernier mot") avec des parties assez élaborées. Et avec l’exploit de n’insérer aucune photo du candidat !

Il met Emmanuel Macron dans le même sac que François Hollande et évoque les dix ans de désastre, ce qui est peu sérieux dans l’analyse politique : « Depuis 2012, notre pays est engagé comme jamais sur la pente du déclin. Emmanuel Macron est depuis dix ans l’un des principaux responsables de cette décennie du déclassement. ».

Le député de Nice commence d’ailleurs très fort son programme avec ces phrases que ne renierait pas l’extrême droite qui déteste la France d’aujourd’hui : « Oui, notre pays est menacé de dissolution. Je refuse que la France disparaisse. Le peuple de France ne veut pas disparaître. Le peuple français refuse que ses valeurs, ses modes de vie, son identité, son histoire soient effacés. ». Management par la peur. Ce n’est pas ce qui va renforcer la grandeur de la France.

Parmi les propositions phares (je n’évoque pas la sécurité et l’immigration qui ont été longuement débattues), il y a notamment : la suppression des droits de succession (pour les patrimoines de moins de 5 millions d’euros), l’élargissement des exonérations des donations entre grands-parents et petits-enfants à 150 000 euros tous les cinq ans, la sortie de la résidence principale de l’impôt sur la fortune immobilière, l’instauration d’un taux unique à 15% pour l’impôt sur le revenu, la baisse de l’impôt sur les sociétés de 25% à 20%, le retour aux 39 heures pour les fonctionnaires, payées 38 heures, la suppression de 250 000 postes de fonctionnaires, le rétablissement du septennat renouvelable une fois, l’abrogation de l’interdiction de cumul d’un mandat parlementaire avec un mandat d’exécutif local (François Fillon avait refusé de rétablir la possibilité de ce cumul en 2017), la suppression du Conseil Économique, Social et Environnemental, la suppression du mille-feuilles territorial au profit de deux collectivités : les communes et les "provinces" (une cinquantaine), une nouvelle réforme des retraites (âge légal de départ à 65 ans, alignement public/privé, suppression des régimes spéciaux, indexation des pensions sur le coût de la vie), l’abrogation de la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain), l’exonération des plus-values immobilières imposables pour un bien détenu depuis plus de dix ans, la "destruction des grandes cités, des zones de non-droit", l’inscription des racines judéo-chrétiennes dans la Constitution, l’interdiction du burkini dans les piscines publiques et sur les plages, la reconnaissance de Jérusalem comme capital de l’État d’Israël, l’instauration de l’uniforme obligatoire au collège et au lycée, la levée des couleurs, le chant de la Marseillaise, la fin du collègue unique et l’apprentissage dès 14 ans, l’interdiction de l’écriture inclusive à l’école et dans l’administration, la programmation de six nouveaux EPR (centrales nucléaires), le développement d’un plan hydrogène et électricité dans les transports (mais Emmanuel Macron vient déjà de renforcer le plan hydrogène à 9 milliards d’euros le 16 novembre 2021 à Béziers) , etc.

Ce catalogue à la Prévert est sans aucun doute trop précis dans tous les domaines mais a le mérite de montrer que le candidat a réfléchi à une vision globale de la France et des Français (tandis que Michel Barnier, par exemple, considère que le Président de la République donne simplement les grandes impulsions).

Cela dit, on y lit quelques contradictions et je prends cet exemple de la politique familiale qui propose, avec raison, de « rétablir l’universalité des allocations familiales pour rendre son efficacité à notre politique familiale ». Cependant, elle entre en contradiction à ce penchant sécuritaire énoncé quelques pages précédentes : « supprimer les allocations familiales pour les parents dont les enfants ne respectent pas les valeurs de la République » (cette dernière mesure est d’ailleurs triplement douteuse mais ce n’est pas le sujet).

Dans une interview accordée à Marion Mourgues pour "Le Figaro" publiée le 25 novembre 2021, Éric Ciotti a annoncé qu’élu Président de la République, il nommerait Laurent Wauquiez Premier Ministre et Bruno Retailleau Ministre de l’Intérieur. Il a clairement affirmé que « l’urgence absolue est de faire battre Emmanuel Macron », pas de faire barrage à l’extrême droite. Il a d’ailleurs dit à cet égard : « Quand la droite est de droite, il n’y a pas de place pour l’extrême droite. ». Sauf que dans son programme, il devrait plutôt dire : quand la droite est d’extrême droite.

Il a proclamé encore : « Si je gagne ce congrès, je conduirai une politique de droite sans ouverture ni hésitation. (…) Je suis profondément convaincu de pouvoir être le pivot républicain d’un vrai projet de renaissance française autour des valeurs de la droite. ». Le rêve d’Éric Ciotti est de rassembler les électeurs LR avec ceux de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour. Et pourtant, la formule de Jean-Marie Le Pen revient sans cesse : il vaut mieux l’original que la copie.

Mais cette formule peut se retourner en sa faveur : pour l’instant, en effet, c’est un combat interne. Par une erreur de discernement des trois candidats "modérés" (Xavier Bertrand, Michel Barnier et Valérie Pécresse), ils ont cassé cette image de "modérés" pour aller errer sur des zones de l’extrême droite pour lesquelles ils ne sont pas vraiment crédibles. Avec ce critère, Éric Ciotti est le plus crédible, le plus cohérent, et surtout, le plus constant : lui a toujours été ainsi.

Dans tous les cas, alors qu’il voudrait récupérer notamment « les électeurs qui nous ont quittés pour Emmanuel Macron », comme ce serait une urgence absolue de faire battre le Président sortant, je ne vois pas comment ceux-ci pourraient revenir. À moins d’une opération du saint Esprit. Cette semaine sera décisive dans la précampagne présidentielle et Éric Ciotti croit sérieusement à ses chances. Le terreau lui est effectivement favorable.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (15) : quatrième débat LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiCiottiEricB03



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211129-ciotti.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-14-l-envol-d-eric-237563

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/28/39239238.html




 

Partager cet article
Repost0
29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 03:54

« Le doute est un état mental désagréable, mais la certitude est ridicule. » (Voltaire).



_yartiLePenZemmour01

On vit une époque formidable. Peut-être arrive-t-on à la fin de la précampagne présidentielle et que dans quelques jours, on va vraiment s’attaquer aux choses sérieuses : lundi 29 novembre, fondation de Ensemble Citoyens, la maison commune de la majorité, le week-end suivant, congrès de LR et désignation de son candidat et auparavant, entre les deux, la probable déclaration de candidature du polémiste Éric Zemmour.

Samedi 27 novembre 2021, Éric Zemmour s’est retrouvé dans un trou d’air. Répondre, à Marseille, par un doigt d’honneur à une militante qui lui a fait la même chose, c’est donner une image déplorable du débat public, une sorte de cour de récréation où les gestes infantiles et immatures l’emportent sur les arguments. Une France de racailles, c’était donc ça que voudrait nous imposer Éric Zemmour ? Tout s’éclaire.

Il faut donc envisager une baisse dans les sondages, mais qui sera peut-être compensée par une hausse lors de sa déclaration de candidature (à moins qu’il ne renonce finalement), mais la désignation du candidat LR pourrait aussi l’affecter. Donc, il faut rester bien sûr prudent dans les analyses qui se basent sur les sondages actuels, il y aura probablement encore de grandes évolutions avant la fin de la course.

Éric Zemmour est certes un peu en perte de vitesse dans les sondages d’intentions de vote et Marine Le Pen, sa rivale d’extrême droite, a repris le dessus sur lui, j’ai vu un sondage qui leur donnait respectivement 14% et 19% (avec Emmanuel Macron à 25% et Xavier Bertrand à 13%), et cela peut évoluer. Il faut quand même remarquer que ce n’est pas non plus l’effondrement, c’est plutôt un tassement pour celui qui est parti de 4%-5% et qui a atteint jusqu’à 18% d’intentions de voix en seulement un mois et demi. Il y a une sorte de surenchère médiatique (elle y est encore), et des potentiels électeurs qui, ne le connaissant pas vraiment, ont trouvé sympathique ce vent neuf pourraient se retourner en connaissant un peu mieux le genre d’idées que véhicule le polémiste. Le pire reste cependant le décalage entre le discours qui se voudrait intellectuel, en fait faussement intellectuel, toutes ses références historiques sont des affirmations tronquées ou des interprétations de mauvaise foi, et les actes, et le dernier en date, ce doigt d’honneur, qui est l’objet irrésistible d’un jeu de mot du numéro de "Libération" du 29 novembre 2021 ("doigt dans ses bottes"), ne participe pas à la cohérence du candidat potentiel.

_yartiLePenZemmour02

Néanmoins, malgré toutes les provocations pendant ces deux derniers mois, Éric Zemmour a quand même tenu le choc dans les sondages et les deux candidats d’extrême droite se sont retrouvés durablement en deuxième et troisième places, cumulant à eux deux autour de 33% des intentions de vote (c’est monté jusqu’à 36%), ce qui est énorme et personne des autres camps ne peuvent pavoiser, notamment pas le candidat LR qui, quel qu’il soit, n’a jamais pu se retrouver plus haut qu’à la quatrième place.

Alors, que se passerait si Emmanuel Macron s’effondrait ? Certes, sa cote de popularité est très bonne, autour de 51% (c’est incroyable pour un Président français en fin de mandat, mais il y a des raisons à cela). L’inconvénient d’être au pouvoir, c’est qu’il faut l’exercer, et le calendrier est aujourd’hui rarement maîtrisé avec les multiples crises, cette trentaine de réfugiés qui périssent dans la Manche, ou encore, ce nouveau variant omicron qui inquiète tout le monde (ou presque). Bref, cette popularité est très fragile et s’il fallait par exemple reconfiner pendant la période de Noël, le Président de la République verrait ses chances se réduire pour sa réélection (j’espère en revanche que ses décisions, quand il s’agit de la vie des personnes, ne seront pas prises sous ce prisme).

Certains rejettent alors l’idée, si Emmanuel Macron n’atteignait pas le second tour, qu’il serait absolument impossible que les deux candidats d’extrême droite se retrouvent présents au second tour. C’est vrai que cette probabilité est faible car on pourrait penser que les potentiels électeurs d’Emmanuel Macron, qui s’écarteraient de lui, iraient sur le candidat LR et que ce dernier (ou cette dernière) se retrouverait finalement au second tour face à un candidat d’extrême droite.

C’est sans doute une forte probabilité, mais rien n’est sûr et je n’exclurais pas a priori un cauchemar pour de nombreuses personnes (a priori, pour 65 à 70% de l’électorat si l’on en croit les sondages), un second tour entre Marine Le Pen et Éric Zemmour.

Pourquoi ? Parce que, d’une part, les électeurs potentiels qui se sont détournés de LR ne reviendraient pas nécessairement vers le candidat LR parce que la raison en est politique, trouvant trop droitiers les discours de tous les candidats LR, car tous pêchent dans les mêmes eaux. Réussir à récupérer cet électorat modéré sera d’autant plus difficile pour le candidat LR désigné prochainement qu’il ne faut pas décevoir l’électorat droitier. En somme, mission impossible.

Parce que, d’autre part, en cas de chute dans les sondages, Emmanuel Macron n’aurait pas forcément déçu l’électorat du centre droit, mais plutôt du centre gauche qui est encore très présent (sinon, la gauche n’aurait pas perdu autant d’audience).

Dans cette hypothèse (un effondrement d’Emmanuel Macron aurait une cause, et celle-ci serait politiquement déterminée, favorisant la gauche ou la droite, je parle donc de l’hypothèse de décevoir son aile gauche), ses électeurs potentiels de centre gauche n’iraient donc évidemment pas vers LR mais plutôt vers un candidat dit de gauche, probablement Yannick Jadot ou Anne Hidalgo. Or, le report de voix vers ces candidats ne devrait pas bouleverser la situation pour le second tour et même si c’est une éventualité à faible probabilité, un second tour Le Pen vs Zemmour reste donc possible. Heureusement, cette probabilité a baissé d’un cran depuis ce 27 novembre 2021 mais les soubresauts d’une campagne seront encore nombreux dans un sens ou le sens contraire.

En tout cas, après une période d’hésitation, la campagne de Marine Le Pen a repris un bon rythme et l’existence du polémiste lui offre même le luxe de se montrer et modérée (pas aussi provoquante que lui) et féministe (alors qu’elle n’a jamais porté cette tendance). Ce qui est très fort et en fait son "idiot utile".

Ce qui paraît impossible est toujours possible : le choix des électeurs n’est d’une part jamais fixé avant la date donnée, et reste d’autre part tributaire de raisons très diverses et variées qu’on ne peut expliquer vraiment qu’a posteriori, comme si c’était une rétroévidence (mais personne ne parle de cette évidence avant le scrutin, bien sûr, car il y a une part de mystère dans l’esprit de près de 50 millions d’électeurs).

Parmi les précédents, il y a eu l’élection présidentielle de 1995 qui s’est focalisée sur la rivalité entre Édouard Balladur et Jacques Chirac, rivalité qui allait se projeter, selon certains sondages, jusqu’au second tour (en négligeant de voir que Lionel Jospin faisait lui aussi campagne malgré l’effondrement du PS en 1993). Un second tour Balladur vs Chirac aurait été politiquement assez décevant mais électoralement possible.

Et puis, il y a eu aussi 1969, et l’élection présidentielle de 1969 a été caractérisée surtout par l’effondrement de la gauche qui a mal réagi à mai 68. Résultat, si le candidat communiste Jacques Duclos a fait une excellente campagne et un excellent score, ce n’a pas été suffisant pour retrouver au second tour un candidat de gauche et le clivage a eu lieu entre un candidat gaulliste Georges Pompidou et un candidat de centre droit Alain Poher. Ce second tour ne fut donc pas un "choc des civilisations".

Dans l’état de notre société hystérisée par les problèmes identitaires, son manque de confiance en ses forces, son manque de confiance en sa capacité à construire l’avenir, rien n’interdirait que les deux candidats de la haine de la France actuelle puissent se retrouver en tête du premier tour et en tête-à-tête du second tour.

C’est aussi pourquoi il ne faut pas souhaiter un effondrement d’Emmanuel Macron, car il est le seul capable de faire barrage à l’extrême droite. Les candidats LR disent tous qu’ils veulent être le candidat anti-Macron, pas le candidat anti-extrême droite, et de toute façon, quand on est classé en quatrième position, du moins, très éloigné de la deuxième position, on est candidat anti-rien, on est candidat perdant. Alors, méfiez-vous de ceux qui disent que le pire n’est pas possible…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

_yartiLePenZemmour03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211127-zemmour-le-pen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faut-il-craindre-un-second-tour-237516

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/27/39238362.html









 

Partager cet article
Repost0
24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 03:39

« Une civilisation débute dans le mythe et finit dans le doute. » (Emil Cioran, 1964).


_yartiJuvinPhilippe01

Cette citation est issue d’un livre d’un désabusé de la vie, "La Chute dans le temps" publié en 1964, l’année de naissance de Philippe Juvin. C’est sur ce dernier que je souhaite m’attarder car il est candidat à l’investiture de LR pour l’élection présidentielle de 2022. Sympathique avec ses faux airs de François Léotard au regard profond, Philippe Juvin étonne par ses transgressions, un peu comme Laura Laune qui dit une vacherie avec le sourire d'une fillette à qui on donnerait le bon dieu sans confession.

À bientôt 58 ans, Philippe Juvin s’est fait une nouvelle notoriété depuis le début de la crise sanitaire, en faisant partie des médecins qui intervenaient souvent dans les médias (toujours pour taper sur Emmanuel Macron). Et il a quelque qualité à intervenir car depuis presque dix ans, il est le chef de service des urgences à l’hôpital Georges-Pompidou de Paris. Il a aussi eu un écho médiatique lors des attentats du 13 novembre 2015, en raison de son implication dans la prise en charge des victimes blessées. Sa candidature à l’élection présidentielle n’est pourtant pas une surprise absolument imprévisible, car il a toujours fait de la politique.

Au-delà d’une brillante carrière de professeur d’université et de médecin anesthésiste, au cours de laquelle il a été médecin militaire volontaire pour les forces de l’OTAN affecté en Afghanistan (en été 2008), Philippe Juvin a toujours été un militant politique, au RPR et un proche de Nicolas Sarkozy dont on dit qu’il fut son médecin traitant. Il a été président de l’UJP (Union des jeunes pour le progrès, mouvement des jeunes gaullistes) de 1989 à 1995. Dès mars 1983, à 19 ans, il a été élu conseiller municipal de La Garenne-Colombes et a été réélu jusqu’à ce jour.

En mars 2001, il a été élu maire de La Garenne-Colombes, et a été réélu jusqu’à maintenant (en 2008, 2014, 2020). Son expérience de maire pendant plus de vingt ans lui est précieuse pour comprendre, sur le terrain, les problèmes de ses contemporains, en particulier en matière de sécurité. Il a été élu sur sa lancée conseiller général de La Garenne-Colombes de mars 2004 à juillet 2009, avec la responsabilité d’une vice-présidence du conseil général des Hauts-de-Seine présidé jusqu’en 2007 par Nicolas Sarkozy. Il a été aussi candidat à sa succession face à Patrick Devedjian.

En juin 2009, la liste UMP ayant fait plus de voix que prévu (29,6% !), Philippe Juvin a été élu député européen (il était placé en cinquième position de la liste de Michel Barnier, ce qui rendait son élection quasi-impossible). Il a été réélu en mai 2014 en troisième position sur la liste d’Alain Lamassoure. Ses dix ans de mandat européen (2009-2019) lui ont apporté aussi une grande crédibilité politique, d’autant plus que malgré ses responsabilités professionnelles et universitaires, il a montré une grande capacité de travail (troisième député européen français le plus actif en 2014-2015). En 2019, il a renoncé à se représenter, mais il n’aurait probablement pas obtenu une place éligible sur une liste devenue nationale avec un potentiel électoral affaibli (il a au préalable postulé pour être la tête de liste LR).

Enfin, depuis juin 2021, il a été élu conseiller régional d’Île-de-France sur la liste de Valérie Pécresse. Il avait quitté le conseil général des Hauts-de-Seine en 2009 quand il a été élu député européen, en raison de la loi sur le cumul des mandats. Comme on le voit, il a déjà une forte expérience élective même s’il ne fait pas partie du sérail des leaders nationaux de l’UMP puis de LR. En interne, Philippe Juvin a soutenu Jean-François Copé en novembre 2012, Nicolas Sarkozy en novembre 2016 et Laurent Wauquiez en décembre 2017.

_yartiJuvinPhilippe02

Je soupçonne sa candidature à la candidature présidentielle comme une opération marketing pour faire sa promotion politique. Une investiture LR aux législatives. Et le ministère de la santé en cas d’élection du candidat LR ! Qui le lui reprochera ? La plupart des candidats aux primaires, même ceux qui n’ont aucune chance, usent d’une telle tribune dans tous les partis, y compris chez les écologistes où Jean-Marc Governatori s’est fait connaître des Français. Pour le congrès LR, il est clair que Philippe Juvin est le candidat le moins connu en politique par rapport aux quatre députés ou anciens députés, parfois anciens ministres au talent de débatteurs assez redoutable.

Depuis environ deux mois qu’il est en campagne (selon les modalités décidées tardivement par LR, il était officiellement candidat depuis le 26 juillet 2021), Philippe Juvin a étonné par sa combativité et ses idées originales, et par sa manière de parler, déterminée et claire. Il existe par la différenciation. Il s’est distingué de ses concurrents par la défense du service public car il a vu les ravages d’une gestion seulement pécuniaire de l’hôpital (c’est aussi le principe du corporatisme de ne pas aller contre sa profession).

Mais il ne s’est pas distingué de la posture extrémiste qu’ont adoptée tous les candidats, y compris ceux qu’on croyait modérés (modérés au point de quitter LR quand son président était Laurent Wauquiez). Et pour preuve, Philippe Juvin a fait une sortie assez inattendue au cours du troisième débat le 21 novembre 2021 sur CNews et Europe 1.

Europe 1, le lendemain, 22 novembre 2021, a même eu cette curieuse formulation : « Un des cinq candidats met particulièrement du piment dans les débats et veut marquer sa différence. Il s’agit de l’anesthésiste Philippe Juvin. » (J’aurais tendance à penser que le piment réveillait et n’anesthésiait pas !).

Philippe Juvin a fait, en quelques phrases, de nombreuses confusions, voulues ou non voulues, mélangeant tout et n’importe quoi et cela donnait ce mélange indigeste : « Et il y a un dernier point que je voudrais ajouter. L’identité, elle sera défendue si nous voulons la défendre. Si nous avons le sentiment que notre identité, notre modèle de civilisation, parce que c’est une civilisation qui est supérieure aux autres. Je crois que nous avons un modèle de civilisation qui est supérieure (…). Nous avons inventé beaucoup de choses. Nous avons inventé l’histoire, la philosophie, la politique, la liberté (…). Et j’assume de croire que notre modèle de civilisation est supérieur aux autres. Et vous savez pourquoi ? C’est quand vous n’êtes pas certains que votre modèle de civilisation est supérieur, eh bien, vous ne le défendez pas. Et moi, je veux le défendre car je pense qu’il est le meilleur... ».





Évidemment, il n’a pas défini "civilisation", "modèle de civilisation", "identité", "supérieur". L’identité n’a rien à voir avec une idée de compétition. Je n’ai pas besoin de me croire supérieur aux autres pour être sûr de mon identité. Je connais mes forces et mes faiblesses, je sais que d’autres sont, dans certains domaines, supérieurs à moi, d’autres probablement inférieurs, mais cela ne m’empêche pas de m’apprécier ! Mais dire supérieur ou inférieur me paraît en plus des concepts complètement dépassés et surtout dangereux et à la limite des "races supérieures" de Jules Ferry

Par ailleurs, on peut défendre son conjoint, l’aimer, sans pour autant le (ou la) classer par rapport à une éventuelle concurrence (le conjoint étant unique, il est par définition celui ou celle qui a été choisi, seul, exclusivement, au contraire de tous les autres). Ce n’est peut-être pas la plus belle femme du monde, la plus sensible, l’homme le plus intelligent, le plus sportif, etc. mais c’est celle (ou celui) qui a été choisi par l’autre (et n’y voyez pas de sexisme dans le choix de mes adjectifs, le principe d’un classement est stupide et parler de supériorité sans dire de quoi exactement est ambiguë et intellectuellement délirant).

De même, l’identité n’est pas en compétition. On ne défend pas son identité en combattant celle des autres. L’identité est un fait, elle est ce qu’elle est, elle est la fierté, la honte, ou ni l’un ni l’autre, elle n’est pas le résultat d’un mérite. Car c’est cela l’important : l’identité n’est pas le résultat d’un mérite. Il n’y a pas à en avoir fier ou honte. Être homosexuel n’est pas une fierté, être Français n’est pas une honte, etc. En revanche, on peut être content d’être Français, mais c’est une chance d’être Français, ce n’est pas une victoire personnelle, pas un succès à un examen, pas une victoire électorale, c’est simplement un état de fait, très souvent par le hasard de la naissance, parfois par le choix conscient de celui qui choisit son pays comme un converti choisit sa religion.

Et que dire de la stupidité de parler de la "civilisation française" ? ou du "modèle de civilisation français" ? Les Allemands seraient-ils différents ? seraient-ils inférieurs ? Les Britanniques ? Les Américains ? Les Russes ? Les Chinois ? etc. Quelle est la différence de civilisation ? Quand on sait que même dans les régions les plus reculées de Madagascar, on trouve des boîtes de Coca Cola vide jonchées sur le sol, que les gens sont tous habillés en jeans, qu’ils communiquent avec des smartphones chinois comme les trois quarts des habitants de cette planète ? Oui, on peut parler de culture, nationale voire régionale, de culture différente, de langues différentes, mais peut-on parler d’une culture supérieure ? d’une langue supérieure ? Peut-être d’une langue plus facile ou moins facile à apprendre, et encore, pour certains individus et pas pour d’autres.

Le clou de la sortie de Philippe Juvin est sans doute ceci : « Nous avons inventé l’histoire, la philosophie, la politique, la liberté. ». Après cela, si les "non-Français" ne sont pas convaincus de l’arrogance extrême des Français, c’est à désespérer ! La Grèce, Rome, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Suisse, etc. peuvent aussi revendiquer une invention qui, encore une fois, n’est que collective, par petite touche, comme toutes les progressions du monde, scientifiques ou pas.

Et si l’on prend la définition qu’a donnée Auguste Comte dans son "Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société" publié il y a près d’un siècle, en 1922, il dit : « Les éléments dont se compose l’idée de civilisation sont : les sciences, les beaux-arts et l’industrie. ». Alors, c’est râpé pour la France, du moins pour son industrie qui a été délocalisée et qui est loin d’être florissante.

Très drôle aussi, Sonia Mabrouk a cru mal entendre puis, après que Philippe Juvin a "assumé" ses propos, elle s’est tournée vers Xavier Bertrand croyant y trouver un allié en posant la question : « Et vous être d’accord ? ». Mais Xavier Bertrand, flairant le piège, ne s’est pas opposé à cette idée de civilisation française supérieure en simplement disant mollement : « Nous ne sommes pas un pays comme les autres, c’est vrai, c’est vrai ! » et de parler des Lumières, ce qui était politiquement plus correct. Le pire, à mon sens, c’est que les trois autres se sont tus et ont laissé passer.

Quand on confond civilisation et nationalité, c’est pire qu’associer identité et immigration ou insécurité et immigration. Je crois que ce parti est particulièrement malade. Je ne suis pas convaincu qu’il existe un remède. Il ne devra pas s’étonner si les électeurs de centre droit le fuient. Pour dire des horreurs, il y a des partis plus appropriés et plus crédibles. Quant aux autres, plus raisonnables, ils ont déjà trouvé leur chemin, puisque rien ne se profile à LR…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiJuvinPhilippe03



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211121-philippe-juvin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-superiorite-de-philippe-juvin-237366

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/23/39232328.html












 

Partager cet article
Repost0
22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 03:48

Le vrai marqueur de différenciation, ce serait leur réaction à la polémique Lagarde vs Zemmour. Un peu faible et léger lorsqu’on voulait montrer qu’on est le plus apte à prendre les destinées du pays…



_yartiDebatLR2021C01

Non, pas bis mais ter repetita (non placent) ou assueta vigescunt. Ce dimanche 21 novembre 2021 dans la soirée a eu lieu sur CNews et Europe 1, le troisième débat des candidats LR à l’investiture par le congrès à l’élection présidentielle. Michel Barnier, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Éric Ciotti et Philippe Juvin étaient les débatteurs et Sonia Mabrouk et Laurence Ferrari étaient les animatrices.

Autant dire tout de suite que ce débat n’aura certainement pas l’effet de départager les candidats auprès des hésitants. Tous ont été égaux à eux-mêmes, plutôt au meilleur de leur forme, mais c’était déjà le cas aux deux précédents débats, et rien ne semblait vouloir les distinguer dans cette fuite en avant par un antimacronisme primaire particulièrement contreproductif.

En effet, aux yeux des cinq candidats, la France d’Emmanuel Macron serait catastrophique, rien n’aurait été bien fait, ce serait un désastre. Or, l’excessif est toujours insignifiant. Il y aurait plus de crédibilité à dire ce qui allait et ce qui n’allait pas. La résultante, c’est que ces excès d’antimacronisme, paradoxalement proportionnels à leur proximité idéologique, n’étaient pas vraiment convaincants. D’ailleurs, tous ont en permanence mis dans le même sac François Hollande et Emmanuel Macron comme s’ils étaient tous les deux socialistes.

Philippe Juvin a dit par exemple qu’on avait toujours perdu du temps depuis deux ans avec la crise sanitaire, qu’on n’avait jamais anticipé, sans reconnaître que la campagne de vaccination a été une grande réussite (à ce jour, 51 713 486 Français ont reçu au moins leur première dose de vaccin), et que le Président de la République avait anticipé dès le début de l’été en instituant le passe sanaitaire (seul Éric Ciotti s’est permis de dire qu’il avait approuvé et voté la loi d’urgence sanitaire, car lui, c’est sûr, on ne pourrait pas le soupçonner d’une proximité idéologique avec Emmanuel Macron).

Chacun y allait de ses obsessions, et la plupart, sur tous les domaines, comme l’éducation, revenaient toujours à l’immigration ou à la sécurité (Valérie Pécresse : mon école n’est pas celle de la repentance, n’est pas celle où on bafoue l’autorité des professeurs, sans évoquer les programmes, par exemple, ou les moyens concrets de mieux instruire). Ah, d’ailleurs, oui, Xavier Bertrand veut changer le nom du Ministère en Ministère de l’Instruction nationale. À part les cartes de visite et les papiers à en-tête du bulletin officiel, cette mesure est un gadget et je m’étonne que ce soit la rare proposition d’un candidat à la magistrature suprême ! Les pauvres, ils sont épuisés de trouver des propositions percutantes, originales, et surtout, intelligentes et crédibles !

On ne pouvait pas attendre grand-chose d’un débat sur CNews sinon de rabâcher les thèmes de la sécurité en long et en large. Les candidats ont fustigé leur ancien ami politique Gérald Darmanin, actuel Ministre de l’Intérieur, dire qu’il ne voyait pas les gens autour de lui parler d’un problème d’immigration (il vient de Tourcoing), mais plutôt de problèmes de pouvoir d’achat. Michel Barnier a trouvé que Gérald Darmanin avait des problèmes de myopie.

En introduction, chaque candidat devait parler d’un sujet qui leur tenait à cœur. J’ai trouvé que c’étaient Valérie Pécresse et Xavier Bertrand qui s’en étaient le mieux sortis. Valérie Pécresse a évoqué l’éducation, comment elle voyait "son" école (avec la prétention que chaque Président façonnerait "son" école), ensuite Michel Barnier était sur la défensive, parlant des institutions pour mieux évoquer la supposée "arrogance" d’Emmanuel Macron qui décide seul (comme si ce n’était pas le cas de tous ses prédécesseurs) et le besoin d’une meilleure écoute des élus locaux (chez LR, les territoires permettent de concurrencer le terroir du polémiste Éric Zemmour), pour finir par dire qu’il avait l’énergie d’être candidat ou d’être Président (comme si ce n’était pas une évidence). Philippe Juvin sans surprise parle du manque de moyens dans les hôpitaux, assurant gravement que l’hôpital public était en train de disparaître (sans parler du Ségur de la Santé qui a été un effort inédit pour l’hôpital public justement !), et sans surprise non plus, Éric Ciotti a évoqué la sécurité, le politiquement incorrect, et a félicité la chaîne CNews d’en parler souvent.

Enfin, et c’était sans doute le plus intéressant car il n’a attaqué personne, même s’il était là avec ses gros sabots pour se dire "social", c’était un peu trop voyant, Xavier Bertrand a évoqué le handicap (comme si rien n’avait été fait depuis quinze ans), et a souhaité une nouvelle loi pour répondre à la question cruciale des parents : qui s’occupera de mon fils en situation de handicap quand je serai mort ? et le candidat des Hauts-de-France veut mieux aider et accompagner les aidants. Il a fait référence aux trois lois historiques pour le handicap depuis cinquante ans, toutes adoptées quand Jacques Chirac était au pouvoir, à Matignon ou à l’Élysée. Un Jacques Chirac dont il se faisait donc l’héritier. Il a aussi balayé les accusations de : pourquoi n’avez-vous rien fait quand vous étiez au pouvoir ? Ministre de la Santé il y a dix ans, Xavier Bertrand a assuré que ses successeurs n’ont rien fait non plus pour corriger s’il avait mal agi. Défense assez incertaine.

_yartiDebatLR2021C02

Que dire encore de ce débat ennuyeux ?

Michel Barnier veut recréer le service militaire car il a été dit que c’était une bonne occasion de mixité sociale (dans ce cas, pourquoi militaire puisqu’il a été dit que c’était militairement inutile pour la Défense et très coûteux ?), il oublie aussi que toutes les casernes ont été vendues et on n’a plus les moyens d’héberger les nouveaux appelés. Philippe Juvin a dit aussi qu’il voulait une application stricte des peines, il était préférable que les jeunes délinquants fassent dix jours de prison plutôt que la société ferme les yeux, et il a repris l’idée des "casernes désaffectées" pour les loger ! C’est vraiment ne pas connaître la situation foncière de l’armée. Tous les terrains ont été vendus ou en cours de vente pour des raisons budgétaires et aussi d’aménagement urbain des centres-villes (voir par exemple la caserne du centre de Grenoble qui est devenue un centre commercial).

Philippe Juvin ne s’encombre pas de scrupule en suggérant des mesures anticonstitutionnelles, comme proposer une désindividualisation des peines avec la création d’un "délit de bande". On ne sait pas qui a commis un délit mais on sait que c’est la bande, elle sera alors condamnée. Aussi stupide que les punitions collectives en classe, stupide et injuste évidemment, mais la recherche de propositions originales fait vraiment dire n’importe quoi. Cela me fait penser au régime égyptien actuel qui avait jugé et condamné (le 25 mai 2014) des terroristes islamistes "collectivement", avec des peines capitales collectives pour des centaines de prévenus sans avoir étudié précisément les faits et gestes de chaque prévenu. Effarant !

Idem avec la proposition de Valérie Pécresse, déjà développée au deuxième débat, de peines plus sévères si le délit est commis dans un quartier sensible (de banlieue), plutôt que dans des beaux quartiers : là encore, anticonstitutionnelle et injuste. Valérie Pécresse s’est défendue en disant que ce sont des circonstances aggravantes et que c’est déjà le cas quand le délit est commis dans un lieu scolaire par exemple. Michel Barnier n’a pas souligné l’injustice ni l’anticonstitutionnalité de la mesure (tous proposent n’importe quoi) mais a évoqué son inefficacité en disant que avec un tel dispositif, les délits se déplaceraient vers les beaux quartiers !

Je termine sur les commentaires très différents à propos du scandale du jour, une phrase malheureuse de Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, député et ancien maire de Drancy, dite au cours d’une matinale du service public.

En effet, interrogé par Jean-Jérôme Bertolus sur France Info le 21 novembre 2021, s’adressant virtuellement à Éric Zemmour, il a lâché, emporté par la fougue : « Si M. Pasqua était là, il te filerait une balle dans la tête. ». C’est stupide, hyperviolent et inutilement haineux. Jean-Christophe Lagarde, conscient de la boulette d’une violence incroyable, a retiré ses propos quelques heures plus tard et a présenté ses excuses sur Twitter : « Je regrette mon expression totalement inappropriée à propos de Pasqua et Zemmour ce matin, je voulais dire qu’à l’époque, une telle imposture de sa part aurait eu une réplique des plus cinglantes. La violence doit toujours être bannie du débat politique. ».

Éric Zemmour l’a quand même pris pour un appel au meurtre mais a annoncé qu’il ne déposerait pas plainte. Le pseudo-candidat polémiste s’est même amusé en rappelant que Jean-Christophe Lagarde avait été en garde-à-vue en mars 2021 pour détention d’armes à feu : « Malgré ton "mea culpa" de pacotille, je ne t’excuse pas. D’abord, parce qu’en présentant Charles Pasqua comme mon ennemi, tu portes ; atteinte au profond respect et à la sincère amitié que j’ai voués à cet homme unique (…). Ensuite, parce qu’en me menaçant de mort par cet ami interposé, tu ajoutes l’abjection à la falsification, la perversité au bobard. (…) De toutes les racailles qui me prennent pour cible, tu n’es certainement pas la plus dangereuse, mais incontestablement la plus traîtresse. (…) Je te laisse donc à ta juste place politique : ce "centre" qui est le pseudonyme du néant. ». À cause de l’attaque du président de l’UDI, France Info a dû l’inviter à la matinale du 22 novembre 2021, alors que le service public avait décidé de l’inviter seulement à partir de sa déclaration de candidature.

La réaction des candidats LR à cet incident était intéressante à bien des égards. Jean-Christophe Lagarde a annoncé le 8 novembre 2021 qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle et qu’il soutiendrait le candidat LR, après avoir envisagé le 31 mai 2021 d’être lui-même candidat.

Le premier à faire part de sa réaction a été Xavier Bertrand qui a dit que Jean-Christophe Lagarde avait présenté des excuses et donc, l’affaire était close. Ensuite, Michel Barnier a réagi sur la petite phrase en disant que ce n’était pas bien, sans évoquer le retrait de la phrase. Éric Ciotti, à l’évidence proche d’Éric Zemmour, a dénoncé la passivité des médias mais aussi de la justice, et a demandé au procureur de la République de se saisir lui-même de cette affaire très grave. Valérie Pécresse a condamné aussi cette petite phrase, tandis que Philippe Juvin a rappelé les excuses de Jean-Christophe Lagarde. On peut donc imaginer quelle est la préférence de Jean-Christophe Lagarde parmi ces candidats.

Le quatrième et dernier débat des candidats LR aura lieu sur France 2 et France Inter le 30 septembre 2021, dans une émission animée par Léa Salamé. Il faudra beaucoup de créativité pour que ce dernier débat ne retombe pas dans l’ennui comme les précédents. Macron-pas-beau en cinq exemplaires et moi-je-suis-le-plus-sécuritaire en cinq exemplaires aussi ne suffiront pas à départager des candidats qui, dans l’élection, seront totalement démunis lorsqu’il faudra renouer avec l’électorat du centre droit qui les aura fui. Ressaisissez-vous, candidats LR !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiDebatLR2021C03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211121-congres-lr-debat-3.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-13-troisieme-debat-lr-237349

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/19/39226902.html










 

Partager cet article
Repost0
15 novembre 2021 1 15 /11 /novembre /2021 03:00

« La force de la droite doit être de parler de tous les sujets et pas seulement de l'immigration, qui ne couvre qu'une partie des problèmes français. Il faut aussi incarner le camp du progrès. » (Jean-François Copé).




_yartiDebatLR2021B01

Ce dimanche 14 novembre 2021 à 20 heures 45 sur BFM-TV et RMC a eu lieu le deuxième débat des cinq candidats à la candidature LR à l’élection présidentielle de 2022. Apolline de Malherbe et Maxime Switek ont animé ce débat. Il y avait une caractéristique stratégique puisque la date limite des adhésions à Les Républicains pour participer au scrutin était le surlendemain, mardi 16 novembre 2021. Au moins 125 000 personnes ont adhéré à LR, ce qui bat les inscriptions à la primaire semi-ouverte des écologistes de septembre 2021. En revanche, ce nombre est loin des 200 à 300 000 adhésions de l’UMP à l’époque de Nicolas Sarkozy. Michel Barnier a eu la chance d'être placé au centre et avec sa grande taille, il pouvait se montrer leader.

Avec ce deuxième débat, on a l’impression de routine. Une impression de voir un nouvel épisode d’une téléréalité. Les cinq candidats, Michel Barnier, Valérie Pécresse, Éric Ciotti, Xavier Bertrand et Philippe Juvin ont été globalement "bons", c’est-à-dire qu’ils ont été tous à la hauteur des attentes de leurs soutiens. Ce qui, d’ailleurs, n’arrange pas les affaires de LR : en effet, si un candidat se montrait "mauvais", ce serait un choix en moins à faire.

C’est même le contraire du point du vue du choix : ceux dont on disait qu’ils étaient des "petits" candidats ne sont pas à négliger.

Éric Ciotti est toujours très clair et courtois dans ses propos, ses propos sont extrémistes (j’y reviendrai) mais il les dit avec une politesse sympathique qui en fait un bon camarade. Il a un projet qui se distingue par son côté caricatural, pas seulement sur la sécurité et l’immigration (désormais deux thèmes toujours accolés, ce qui signifie le triomphe idéologique de Le Pen père) mais aussi sur l’économie et la fiscalité (je l’ai déjà présenté, il propose la flat tax, 15% à taux unique).

Éric Ciotti n’hésite pas à prôner le "quoi qu’il en coûte" dans sa version sécuritaire, c’est-à-dire la fermeté contre les rodéos, contre les zones de non-droit… même si la fermeté peut faire de la casse, humaine. C’est du "quoi qu’il en coûte humainement". Pourtant, l’intérêt de la nation, c’est aussi d’éviter des catastrophes humaines, des morts inutiles, et jouer au bourrin n’a rien d’une politique de fermeté, c’est même de la provocation et c’est mettre certains quartiers en état de guerre. Pas très responsable.

Philippe Juvin est un peu différent. Dans l’émission de Laurent Ruquier du 13 novembre 2021 ("On est en direct"), un de ses chroniqueurs se moquait gentiment. Comment David Pujadas (dans le premier débat) a-t-il pu poser la question à Philippe Juvin sans pouffer de rire : "Si vous étiez Président de la République, que feriez-vous pour…" etc. Et Philippe Juvin a répondu sans rire : "Quand je serai Président de la République, je…". Pour ce débat-ci, il a reculé d’un cran sa prétention en disant plutôt "Si je suis Président"…

Cela n’ôte pas qu’il parle clairement et intelligiblement. Il a été député européen, il est maire, il est conseiller régional… et il a la démarche du candide, c’est-à-dire que lorsqu’il a compris un truc, il le réexplique bien. Il a aussi le réflexe professionnel de bosser un dossier : il potasse quand il ne sait pas. Cela donne un peu de lucidité, par exemple : pourquoi dire que les règles européennes ne permettent pas de faire de la richesse industrielle alors que l’Allemagne y réussit avec les mêmes contraintes ? Cela donne aussi quelques propositions, il se distingue des autres surtout par sa défense du service public. Il refuse de réduire le nombre des fonctionnaires, au contraire, il pense qu’on a besoin de services publics dans les zones de non-droit. Son problème, c’est qu’il fait quelques propositions ponctuelles (qui sont originales, qui valent ce qu’elles valent), mais sans un projet d’ensemble, sans une vision d’ensemble.

Ces deux candidats pourraient parfaitement franchir le premier tour. Je ne pense pas pour Philippe Juvin, car il a le gros handicap de ne pas vraiment faire partie du sérail et d’être d’abord un médecin, mais Éric Ciotti, militant député depuis quatorze ans, fait partie des meubles de LR, et j’imagine qu’il a beaucoup de militants qui le soutiennent, et pas seulement en Alpes-Maritimes.

Pourtant, beaucoup d’observateurs en restent aux trois "grands" candidats : Michel Barnier, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse.

_yartiDebatLR2021B02

Après le manque de combativité du premier débat, on pensait que Michel Barnier serait un peu plus alerte dans ce deuxième débat. Oui, il l’a été mais à peine plus. Il reste plutôt dans une mollesse de caractère et dans le flou des mesures. Son envie est le consensus et la réconciliation : réconciliation de la famille LR et réconciliation des Français. Pourtant, depuis deux mois, il s’est discrédité. Son image de centriste européen avait un avantage : il pouvait rattraper les sympathisants LR attirés par Emmanuel Macron. En prônant un droit du sang pour Mayotte et la Guyane (trop d’étrangères se faisant accoucher en France pour avoir la nationalité française), en limitant voir supprimant l’immigration légale, il a pris de court tous ses concurrents ...par leur droite (par ailleurs, après avoir parlé de Mayotte et de la Guyane, il a dit "Et chez nous", excluant ainsi du territoire national ces deux territoires). Conséquence logique, ceux des anciens sympathisants qu’il pouvait attirer repartent.

À force de frayer avec les grands de ce monde, Michel Barnier a ce même défaut qu’avait eu Dominique Strauss-Kahn (heureusement, pas tous ses défauts), celui d’être coupé avec les classes populaires et de ne s’adresser qu’à une élite (par exemple, quand il parlait du rapport d’un magistrat de la Cour des Comptes). Par ailleurs, en donnant l’exemple à Meaux avec la police municipale armée et en vidéoprotection, Michel Barnier laisse entendre qu’il est soutenu par son maire, Jean-François Copé, encore présent dans les médias mais ses propos sont rarement repris et amplifiés.

Xavier Bertrand, lui, est ultra-agaçant avec ses réponses sous forme de questions : "Vous trouvez ça normal qu’il y ait plus de pauvres ?" (ce n’est pas exactement ses propos, mais c’est à peine caricatural). S’il ne le faisait qu’une ou deux fois, cela ne se verrait pas, mais il le fait à chaque question, avec un silence à la fin de la réponse-question et le regard fixe : ce n’est pas aux journalistes de répondre aux questions, c’est aux candidats ! Il essaie en fait une façon de faire de Nicolas Sarkozy qui avait beaucoup fonctionné entre 2002 et 2007, mais qui a ensuite beaucoup agacé. Il essaie de l’imiter, l’imiter mal, et c’est à mon sens contre-productif. En ce qui me concerne, je n’entends plus que ses questions, pas ses réponses.

Quant au "gaullisme social" revendiqué ad nauseam par Xavier Bertrand, il faut le répéter, c’est stupide d’accoler l’adjectif social au gaullisme, cela voudrait dire qu’il existe des gaullismes antisociaux. C’est un tout, le gaullisme, et c’est une époque. Dire ce que penserait le Général De Gaulle de notre situation : dette publique, covid, crise entre la Pologne et la Biélorussie etc. C’est juste de la récupération.

Xavier Bertrand aussi a parlé du référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie qui aura lieu le 12 décembre 2021, il a été scandalisé par le silence et la neutralité d’Emmanuel Macron alors que c’est un territoire stratégique pour rester présents dans la zone Indien-Pacifique. Valérie Pécresse a été plus convaincante sur le sujet en rappelant qu’il n’y a pas vraiment d’incertitude sur l’issue de ce référendum puisque les indépendantistes le boycottent. Elle affirme que ce dernier référendum va enfin refermer le processus des Accords de Matignon qui, depuis 1988, avaient plongé l’île dans l’incertitude du lendemain et découragé les investisseurs.

Enfin, venons-en justement à Valérie Pécresse. Elle a été combative comme dans le premier débat, et même mieux qu’au premier débat. Si je devais mettre un avantage à l’un des candidats pour ce deuxième débat, ce serait pour elle. Elle a son projet, elle le déroule sans anicroche, elle montre sa détermination, elle montre aussi sa crédibilité de pouvoir l’appliquer là où Xavier Bertrand et Michel Barnier sont sur leur piédestal et restent flous. Valérie Pécresse a la culture du résultat et utilise beaucoup mieux que Xavier Bertrand son expérience de présidente du conseil régionale d’Île-de-France. Et elle le fait tant dans le domaine régalien (sécurité) que dans le domaine économique (entreprises).

_yartiDebatLR2021B03

Le deuxième débat comportait quatre parties, mais la première partie sur l’immigration a duré bien plus qu’un quart du temps imparti. À les écouter tous, je dis bien tous, on a le tournis avec l’évolution idéologique de LR. Tous font de la surenchère lepeniste, et même zemmourienne. Seul Michel Barnier a montré son agacement aux journalistes sur des questions qui font toujours référence à Éric Zemmour, mais malgré cela, ils cherchent à l’évidence l’électorat de l’extrême droite. C’est un mystère : plus ils s’enfoncent dans cette stratégie, plus ils renforcent Emmanuel Macron qui essaie d’être raisonnable et de ne pas être influencé par un influenceur médiatique extrémiste.

Car l’idée qu’ils pourraient rallier ceux qui soutiennent aujourd’hui le polémiste est un leurre : ils ont perdu cet électorat parce qu’ils sont trop mous sur l’immigration (tous sauf Éric Ciotti) et donc, auprès de cet électorat (probablement anciennement LR), ils ont perdu toute crédibilité et ce n’est pas parce qu’ils répéteront ce que dit le polémiste extrême qu’ils seront plus crédibles alors que justement, Michel Barnier, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse avaient construit leur image, par leurs propos et par leurs actes, dans une idée modérée de la droite (d’ailleurs, ils parlent tous de la droite et ils oublient le centre dont certains soutiendront pourtant le candidat issu de LR).

La palme du sophisme de cette soirée est à attribuer à Éric Ciotti qui a dit, en introduisant ses propos sur l’immigration : « Seule la fermeté sera gage d’humanité. ». La formule est belle, dite avec un grand sourire, mais c’est de la novlangue. Refuser le regroupement familial, par exemple, c’est peut-être arrêter des abus, certes, mais c’est aussi empêcher des enfants de rejoindre leur père aussi. Au lieu de dire à tout bout de champ qu’on ne peut plus accueillir les immigrés, qu’il faut qu’ils s’assimilent, il faudrait peut-être se donner les moyens d’une bonne intégration, d’une bonne assimilation, par exemple, lever des armées de professeurs de français en langue étrangère, des professeurs d’éducation civique, d’histoire, de géographie, de droit, etc.

Philippe Juvin, à cet égard, avait une formule juste inverse : la première chose à laquelle il pense, c’est à la préoccupation humanitaire des migrants venus de Biélorussie et qui commencent à mourir de froid et de faim (déjà une dizaine de décès). Et c’est parce qu’il y a cette humanité qu’il peut ensuite prôner la fermeté. Professeur de médecine, il a évidemment déclaré qu’il soignait toute personne se présente à son service, quelle qu’elle soit, car c’est sa vocation de soigner, de réduire la souffrance humaine.

Tous les propos honteusement extrémistes sur l’immigration sont des propos théoriques à vocation démagogique. J’ai connu un élève de terminale moldave de 17 ans qui était un excellent élève et qui aurait dû continuer ses études, mais en juillet, il a été expulsé comme sa mère parce qu’ils étaient en situation irrégulière (c’était à l’époque du gouvernement de Dominique de Villepin et de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur). Il ne faisait de tort à personne et au contraire, il aurait été la fierté de la France comme il aurait été fier d’être français. Les Leonarda provocatrices sont peu nombreuses par rapport à ceux qui veulent travailler, qui aspirent juste à une vie normale. Le voyage était déjà traumatisant, et je conçois qu’on ne peut pas recevoir tout le monde, mais il faut aussi observer, d’où le problème à Calais, que les migrants ne veulent pas forcément aller en France mais en Allemagne ou en Grande-Bretagne.

Le clou de l’extrémisme quasi-unanime de cette partie a été d’associer l’immigration et le terrorisme. Je ne m’étendrai pas sur le sujet car cela ne grandit pas ces candidats qui n’ont pas compris que la surenchère profite à Marine Le Pen et à Éric Zemmour qui, à eux deux, représentent dans les sondages actuellement autour de 35% ! On préfère toujours l’original à la copie. En donnant raison aux thèses extrémistes, loin de se faire élire, ils ne font que renforcer leurs réels adversaires, ils justifient leurs positions extrêmes. Et même les attaques incessantes contre Emmanuel Macron, une sorte de passage rituel obligé, sont sans conviction parce qu’ils savent que les sympathisants LR qui sont restés à LR détestent Emmanuel Macron (les autres ont quitté LR depuis longtemps).

On pourra aussi disserter sur une autre surenchère, au moins ils ne courent pas après les écologistes, c’est à qui proposera le plus de réacteurs nucléaires. Il faudra quand même pouvoir les financer. Tous ont critiqué Emmanuel Macron d’avoir changé de cap (qui provient d’une étude de François Bayrou), mais je n’ai pas entendu le candidat François Fillon en 2017 ni Nicolas Sarkozy en 2012 dire qu’il fallait lancer un nouveau plan nucléaire (le "problème", qui n’en est pas un, de Fessenheim n’est pas nouveau). C’est bien toute la société qui considère que finalement, le nucléaire est le moindre mal pour en finir avec les énergies fossiles. Le "On a perdu beaucoup de temps" est aussi de la faute de l’UMP de l’époque.

Tous ces jeux de rôles, qui montrent une communication politique à l’évidence maîtrisée, font que les trois principaux candidats sont des clones. Je serai rassuré quand, après le congrès du 4 décembre 2021, le discours sera ajusté à toute la France et pas aux seuls adhérents de LR. Au risque de l’incohérence, j’espère qu’ils modifieront la tonalité de leur discours.

Même Jean-François Copé s’en rend compte. Refusant de prendre publiquement partie, le maire de Meaux, interviewé dans "Les Échos" du 15 novembre 2021, a déclaré : « La force de la droite doit être de parler de tous les sujets et pas seulement de l'immigration, qui ne couvre qu'une partie des problèmes français. Il faut aussi incarner le camp du progrès. ». J’y reviendrai.

Le seul point positif de ces deux premiers débats, c’est que LR devient une force de proposition et qu’on écoute désormais des responsables LR sur leur vision de l’avenir. Cela fait quatre ans et demi que ce parti était inaudible et invisible, en partie parce qu’il n’avait pas été présent au second tour de l’élection présidentielle de 2017.

La vraie surprise serait le choix de Valérie Pécresse. Elle serait en mesure de créer un coup de tonnerre et de redistribuer toutes les cartes. Car pour l’instant, les sondages d’intentions de vote se basent sur du vide. Tant qu’on ne connaît pas tous les candidats, ces sondages resteront sans intérêt car très virtuels. Rappelons-nous qu’en fin janvier 2017, Jean-Luc Mélenchon avait 9% d’intentions de vote (et Benoît Hamon avait 17%). Au premier tour, Jean-Luc Mélenchon a eu 19% (et Benoît Hamon 6%). De quoi faire réfléchir sur un argumentaire uniquement fondé sur les sondages.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Michel Barnier.
Éric Ciotti.
Hubert Germain.
Édouard Philippe.
Éric Zemmour au second tour !
Christian Estrosi.
Jean Castex.
Jean-Louis Borloo.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Lucette Michaux-Chevry.
Michel Jobert.
Pierre Mazeaud.
Michel Debré.
Bernard Pons.
Pierre Juillet.
Philippe Mestre.
Henry Chabert.
Olivier Dassault.
Éric Raoult.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiDebatLR2021B04




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211114-congres-lr-debat-2.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-12-surencheres-237196

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/14/39220110.html





 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).