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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 17:04

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170222-bayrou.html


Déclaration de François Bayrou à la presse le 22 février 2017 à 16 heures 30

J’ai examiné depuis plusieurs semaines tous les éléments de l’état de notre pays.

Je veux vous dire la gravité de la situation.

Jamais, dans les cinquante dernières années, la démocratie en France n’a connu une situation aussi décomposée.

Le bilan du gouvernement sortant est tel aux yeux des Français que les primaires de la gauche ont choisi comme candidat un opposant déterminé à la politique suivie depuis le début du quinquennat. Cela veut tout dire : le parti du président et du gouvernement sera représenté par un opposant !

À droite, le dévoilement des affaires révèle non seulement l’existence de privilèges et de dérives, mais ce qui est plus choquant encore l’acceptation tacite et presque unanime de ces abus. Toujours davantage de privilèges pour ceux qui sont en haut, toujours davantage d’efforts exigés de ceux qui sont en bas : cette situation pose d’immenses problèmes moraux, d’immenses problèmes pour l’unité du pays, mais aussi d’immenses problèmes électoraux. Un argument utilisé me choque particulièrement : ils disent « tout le monde fait ça ! ». Je veux dire ici que ce n’est pas vrai, et c’est une accusation infamante pour l’immense majorité des élus français.
En fait toutes les candidatures posent des questions auxquelles les Français ne trouvent pas de réponse, au point que la majorité d’entre eux aujourd’hui affirme qu’ils ne savent pas pour qui voter. Un peuple qui ne croit plus à sa vie publique est un peuple en danger.

Cette situation nourrit le pire des risques : une flambée de l’extrême-droite, qui fait planer la menace d’un danger majeur et immédiat pour notre pays et pour l’Europe. Car en un seul scrutin, nous pouvons choisir l’échec de notre pays et la déchirure peut-être définitive de l’Union européenne ! C’est-à-dire une double condamnation à l’effacement et des épreuves lourdes pour chacune des familles, pour chacune et chacun d’entre nous.

Dans cette situation, je mesure ma responsabilité personnelle et celle du courant politique dont j’ai la charge.

Deux voies s’offrent à moi, étant donné que l’aveuglement où s’est enfermée la droite française m’empêche de réaliser l’accord dont j’avais rêvé avec Alain Juppé et nombre de Républicains.

Ces deux voies sont la candidature devant les Français ou la recherche d’une solution inédite.

J’ai reçu depuis des semaines de très nombreux messages et témoignages m’encourageant à me présenter pour défendre une vision cohérente de l’avenir du pays, cette résolution française que je viens d’exprimer dans un livre. Ces messages ont du sens, et disent beaucoup pour moi. Je les reçois à leur juste valeur comme une marque de confiance. Et pourquoi le nier, l’attrait de cette bataille correspond à la fois à ma pente et à mon goût.

Mais nous sommes dans une situation d’extrême risque, et à cette situation exceptionnelle, je pense qu’il faut une réponse exceptionnelle, à la hauteur des périls qui menacent notre pays et notre État. Or j’en ai la conviction, la dispersion des propositions et des suffrages ne peut qu’aggraver ces périls.

Parce que le risque est immense, parce que les Français sont désorientés et souvent désespérés, j’ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d’alliance. Je lui dis : le danger est trop grand, il faut changer les choses, et le faire d’urgence, unissons nos forces pour y parvenir ! C’est peut-être un geste d’abnégation, mais ce sera aussi je le crois un geste d’espoir pour notre pays.

Cette offre d’alliance comporte des exigences, qui sont toutes d’intérêt général :

1-    D’abord, je veux qu’il sache que ce qui est attendu de cette majorité nouvelle, par les Français et par nous-mêmes, le grand courant du centre français, c’est une véritable alternance, un vrai changement des pratiques et des orientations et non pas un recyclage des pratiques antérieures.

2-    Je demande expressément que le programme du candidat comporte en priorité une loi de moralisation de la vie publique, en particulier de lutte contre les conflits d’intérêt. Je refuse, comme je l’ai refusé toute ma vie que des intérêts privés, de grands intérêts industriels ou financiers, prennent la vie publique en otage. Je ne cèderai rien sur la séparation nécessaire de la politique et de l’argent. C’est l’occasion ou jamais de l’imposer.

3-    Ensuite, je souhaite qu’il soit clair que la France résistera à la pente universelle qui cherche à réduire sans cesse la rémunération du travail, indépendant ou salarié. La France, c’est une vision du monde : une vision de résistance à la loi du plus fort. La politique d’unité qu’il faut conduire fait toute sa place à ceux qui réussissent, mais elle doit protéger et entraîner, et rassurer ceux qui sont maintenus au bas de l’échelle et leur offrir des chances de s’en sortir.

4-    Enfin, il faut un changement pour notre démocratie pour que le pluralisme qui est la véritable expression du pays soit enfin respecté au sein de notre vie publique, et au sein du Parlement. Je n’accepte pas, et des millions de Français avec moi que les deux tiers des citoyens n’aient aucune représentation alors que le tiers restant, les deux partis qui gouvernent la France sans interruption depuis des décennies trustent la totalité de cette représentation.

Voilà la proposition que je fais.

Cette alliance peut apporter au pays, et elle peut apporter à ceux qui la forment.  Emmanuel Macron est brillant : ses intuitions et son approche lui ont permis de réaliser une importante percée dans les sondages. Peut-être enfin le projet de dépassement des clivages que j’ai porté depuis quinze ans est-il à portée de la main. Je n’ai pas l’habitude de renier mes rêves et mes objectifs. Je crois que cette alliance peut aider de manière décisive à faire entrer dans la réalité ce qui apparaissait à beaucoup impossible. Si nous y parvenons, nous pouvons faire de grandes choses ensemble, pour un pays qui a besoin de croire à nouveau à quelque chose, à une voie nouvelle que la force des habitudes avait empêché depuis cinquante ans, pour son plus grand malheur. L’enjeu de cette alliance, si elle se crée, c’est de rendre l’espoir aux Français déboussolés.

Je veux y ajouter une note plus personnelle.
Je crois que cette alliance peut être aussi une entente, d’homme à homme, de courant à courant. Nous avons des approches différentes, des expériences politiques différentes, des enracinements différents. La confrontation de ces visions et de ces idées, l’influence de l’une sur l’autre, la conviction des uns partagée avec la conviction des autres, apportera à la campagne électorale et beaucoup aussi à l’aventure humaine qu’une telle campagne suppose et représente.

Une majorité, cela se construit à partir d’histoires différentes, de familles politiques différentes, à condition qu’elles soient respectées en elles-mêmes et pour elles-mêmes, avec toute leur identité, toutes leurs armes et tout leur bagage.

Voilà le parti que j’ai pris. J’ai toujours été du côté des rassemblements quand le pays est en difficulté ou en danger. J’ai la conviction qu’il sera impossible après l’élection présidentielle et les élections législatives de gouverner la France sans d’importants efforts de coopération et de travail en commun des grandes forces démocratiques, de la droite républicaine jusqu’à la gauche réformiste. En faisant cette offre d’alliance, c’est cette nécessité du rassemblement que j’ai présente à l’esprit comme un horizon nécessaire pour notre pays.

Je suis heureux de pouvoir montrer autrement que par des mots que l’heure exige que nous dépassions nos intérêts personnels et partisans, pour construire l’avenir que la France mérite.
 
Paris, le mercredi 22 février 2017
François Bayrou


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170222-bayrou.html


 

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 06:33

« J’ai besoin de dormir, de bayer aux corneilles. » (22 août 2014).


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Petit coup de projecteur sur Jean-Luc Mélenchon qui jouit d’un matelas électoral non négligeable dans les sondages (qui restent ce qu’ils sont). À 65 ans, Jean-Luc Mélenchon bénéficie d’une réputation contrastée : très bon orateur (l’un des rares, sinon le seul, à avoir une réelle éloquence dans les discours), il est dans les émissions de télévision ou de radio un peu "agressif" avec ses interlocuteurs.

Depuis une petite dizaine d’années, par une manœuvre exceptionnelle, Jean-Luc Mélenchon a réussi à faire croire aux communistes qu’il était communiste. C’était une opération gagnant/gagnant : le PCF n’avait pas de leader incontestable (et cela depuis Georges Marchais et Jacques Duclos !), et Jean-Luc Mélenchon n’avait pas d’appareil de parti, ni d’implantation territoriale, ni de militants à sa dévotion.

Cela s’était bien passé en 2012 et s’il a terminé plus faiblement que ce que laissaient entendre les sondages, il a eu la petite satisfaction de dépasser François Bayrou en recueillant 11,1% des suffrages exprimées (3,98 millions de voix).

Pour l’élection présidentielle de 2017, cela se passe un peu différemment. Certes, il conserve un fort niveau d’intentions de vote dans les sondages (autour de 12%), faisant jeu égal avec le candidat socialiste Benoît Hamon, mais il paraît beaucoup plus seul qu’en 2012. Annoncée le 5 juillet 2015, Jean-Luc Mélenchon a confirmé sa candidature à l’élection présidentielle sur TF1 le 10 février 2016, en refusant le cadre de la primaire socialiste. Il a rejeté les appareils politiques (y compris le sien, le Parti de gauche) et a mis en place le mouvement "La France insoumise" (250 000 adhérents revendiqués au 17 février 2017, soit plus que les 192 179 adhérents revendiqués par le mouvement d’Emmanuel Macron au 15 février 2017).

La décision cruciale était celle des communistes. Sans l’appareil du PCF, la candidature de Jean-Luc Mélenchon aurait perdu en efficacité et en organisation. Mais comme il a refusé toute concertation, la direction du PCF (la "conférence nationale") a décidé le 5 novembre 2016, à 55%, de ne pas le soutenir, malgré l’appui de Pierre Laurent et de Marie-George Buffet. André Chassaigne, député communiste, se voyait bien candidat du PCF en 2017, il l’avait déjà souhaité en 2012. Finalement, consultés le 26 novembre 2016, les adhérents du PCF ont, au contraire, soutenu à 54% la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Les relations entre le PCF et Jean-Luc Mélenchon restent encore ambiguës, car Jean-Luc Mélenchon veut investir des candidats de la France insoumise aux élections législatives contre des candidats communistes. Le PCF aurait intérêt à négocier directement avec le PS. Quant aux "discussions" entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, ce fut un épisode assez pitoyable de caprices d'ego qui a occupé inutilement trois semaines. En réduisant l'écart avec le candidat socialiste dans les intentions de vote, l'ancien sénateur socialiste a relégitimé sa candidature.

Et pourtant, qui est vraiment Jean-Luc Mélenchon ?

Certes, il admire Fidel Castro et s’oppose au Tibet libre, considérant que la dalaï-lama est un dictateur en puissance, histoire de rougir un peu le trait, mais est-il vraiment si "rouge" que cela ?

Car à l’origine, le rouge était plutôt rose. Il était pendant un quart de siècle un apparatchik du Parti socialiste, très content de l’avoir été. D’ailleurs, comment peut-il se dire aussi violemment dans l’opposition à François Hollande alors qu’il l’a soutenu au second tour de l’élection présidentielle de 2012 dès le 22 avril 2012, dès 20 heures, et de manière inconditionnelle (pour faire barrage à Nicolas Sarkozy) ?

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Apparatchik socialiste ? Il a toujours vécu grâce à la politique. Une belle carrière typique des militants socialistes qu’on retrouve ensuite au gouvernement. La politique le nourrit depuis l’âge de 33 ans : conseiller général de l’Essonne de 1985 à 1992 et de 1998 à 2004 (vice-président du conseil général de 1998 à 2000), il était conseiller municipal de Massy à partir de 1983 (jusqu’en 2001), puis adjoint au maire de Massy de 1989 à 1995. Surtout, il fut élu sénateur de l’Essonne à l’âge de 35 ans (il a optimisé : à l'époque, on ne pouvait pas être plus jeune au Sénat).

Ce fut ce mandat de sénateur qui l’a propulsé dans la vie nationale, du 2 octobre 1986 au 27 avril 2000 et du 26 septembre 2004 au 7 janvier 2010. Après avoir souvent bataillé dans les congrès socialistes (aux côtés notamment de Julien Dray), il a atteint le sommet en étant nommé sous-ministre dans le gouvernement de Lionel Jospin, chargé de l’Enseignement professionnel du 27 mars 2000 au 6 mai 2002. Enfin, depuis le 14 juillet 2009, il est député européen, élu le 7 juin 2009 et réélu le 25 mai 2014.

À cet égard, comme ancien ministre, il fait donc pleinement partie du "système", il en a même assumé les responsabilités parmi les plus hautes dans la hiérarchie de l’État. Et il est entièrement introduit dans les cercles politiques, hors clivages.

Par exemple, le 31 août 2008, il fêtait les 50 ans du polémiste Éric Zemmour au château de Malmaison, aux côtés d’Isabelle Balkany et de Paul-Marie Coûteaux ! Éric Zemmour, qui l’aurait aidé à déjeuner avec Henri Guaino, alors conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, en 2010, dans le restaurant de l’Institut du monde arabe (selon "Le Point" du 18 avril 2012). Ce fut Henri Guaino qui aurait payé l’addition. Devenus complices, ils se tutoieraient et auraient encore eu une longue discussion le 23 février 2012  (dans les coulisses d’une émission politique).

Petite anecdote : on a reproché à Jean-Luc Mélenchon d’être un ami proche de Bachar El-Assad, ce qui, en ces temps de guerre civile en Syrie, n’est pas très flatteur. Il y a notamment une photo, qui a circulé dans les réseaux sociaux en 2012, de lui aux côtés de Bachar El-Assad. En tant que ministre, il avait alors représenté Lionel Jospin le 21 juin 2001 pour accueillir le dictateur syrien à l’aéroport d’Orly, mais leurs relations se sont limitées à cette seule politesse protocolaire. Son conseiller en communication a en effet déclaré au journal "Le Parisien", le 18 avril 2012 : « Matignon l’a appelé à la dernière minute, pour lui demander de se rendre à Orly. Mais hormis à la descente de l’avion, Jean-Luc Mélenchon ne l’a pas rencontré. Il n’a pas dîné avec lui et il n’y a pas eu de réunion sur les questions éducatives. Les rendez-vous étaient prévus avec Jacques Chirac, Lionel Jospin ainsi que Raymond Forni, le Président de l’Assemblée Nationale. » (Arnauld Champremier-Trigano).

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En revanche, son amitié avec le sulfureux idéologue d’extrême droite Patrick Buisson n’est pas une fiction. Il a eu beau démentir, minimiser, il est moins convaincant que le livre d’Ariane Chemin et de Vanessa Schneider (journalistes au journal "Le Monde") sur ce conseiller occulte "Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy" publié le 18 mars 2015 chez Fayard, qui met en exergue cette phrase de Patrick Buisson lui-même : « Il y a l’avant-scène qui constitue ce que voit le public, les empoignades politiques, et puis, il y a le théâtre d’ombres. » (novembre 1987).

Et dans le "théâtre d’ombres", il y a ces relations étonnantes, déconcertantes même, entre Jean-Luc Mélenchon et Patrick Buisson complètement séduit par l’homme, le philosophe, l’historien, l’orateur, le gauchiste. Le livre des deux journalistes fait remonter au début de l’année 1993 l’amitié qui lie Jean-Luc Mélenchon à Patrick Buisson qui disait alors du futur candidat : « Mélenchon est l’un des derniers socialistes à se référer à une grille d’interprétation marxiste de l’économie et de la société. Paradoxalement, ce n’est ni un brasseur de vulgate, ni un adepte de la langue de bois. » (1993).

Très vite, Patrick Buisson a introduit Jean-Luc Mélenchon parmi les protagonistes récurrents du talk-show de LCI ("Politiquement show").

Le livre essaie d’expliquer les liens qui les unissent : « Qui comprend mieux un marxiste qu’un ancien "facho", un ancien trotskiste qu’un ancien de "Minute" ? Un siècle de culture politique les lie. Ils connaissent les mêmes chansons, celles des rouges et celles de bruns. (…) Combattre l’adversaire passe toujours par la connaissance intime de ses groupuscules, de ses scissions et de ses soubresauts. Leur ennemi au fond est le même : la sociale-démocratie. (…) Le combat doit d’abord se mener sur le terrain culturel, meilleure manière de soustraire les classes populaires à l’idéologie dominante et de conquérir le pouvoir. » (18 mars 2015).

Résultat, ce fut très logique que Jean-Luc Mélechon fût présent le 24 septembre 2007 dans les salons dorés de l’Élysée lors de la remise de la Légion d’honneur à Patrick Buisson par le Président Nicolas Sarkozy. Il y avait également …Jean-Christophe Cambadélis. Jean-Luc Mélenchon s’est justifié auprès de Marc-Olivier Fogiel le 17 février 2015 sur France 3 : « Aller à la Légion d’honneur de Patrick Buisson par Nicolas Sarkozy, c’est une gourmandise, un spectacle gratuit. J’y vais. Je vois le Président de la République qui dit remercier l’homme qui lui a permis d’être élu. C’est extraordinaire. ».

Si Patrick Buisson était le conseiller de Nicolas Sarkozy, il lui donnait aussi des conseils comme le raconte le livre : « Mélenchon a (…) pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service. Il est de ceux qui l’encouragent à quitter le Parti socialiste en 2008 [le 7 novembre 2008]. Les Français ne croient plus aux vieux partis, ces regroupements d’élus coupés de la base et de ses préoccupations, qui ne servent plus qu’à préserver places, postes et intérêts. "Toi, tu t’adresses au peuple", lui souffle-t-il. ».

Avant le livre d’Ariane Chemin et de Vanessa Schneider, la fuite sur l’amitié buissonnante avait été faite par "Le Nouvel Observateur" le 12 avril 2012, quelques jours avant le premier tour pour déstabiliser le candidat du Front de gauche. Sur BFM-TV et RMC, le 16 avril 2012, Jean-Luc Mélenchon a dû reprendre le contrôle de la situation face à Jean-Jacques Bourdin : « Nous nous sommes vus sur des plateaux de télévision sur LCI en 2007. Je ne suis pas ami avec monsieur Buisson, qu’est-ce que c’est que cette invention ? Et pourquoi vous me parlez de monsieur Buisson ? Après vous allez me parler de monsieur Dassault. Vous avez encore beaucoup de ragots comme ça ? Vous croyez que c’est intéressant de savoir si je suis ami de vos mondanités ? ». Ami de ses mondanités, plutôt !

Évidemment que cela pourrait intéresser ses électeurs potentiels, tout autant en 2017 qu’en 2012 ! Ce qui est d’ailleurs intéressant, ce ne sont pas les relations amicales en tant que telles, car après tout, chaque personnalité politique est une personne humaine avant tout et il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas de relations même en cas de divergences politiques, même profondes.

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Sur Facebook, Jean-Luc Mélenchon a lâché sa rancœur le 18 mars 2015 : « Pour stimuler la polémique et tâcher de faire des ventes, une histoire est inventée qui fait de moi l’ami personnel de monsieur Buisson et de lui mon confident et mon conseiller. Pure invention. (…) J’ai jouté de nombreuses fois contre monsieur Patrick Buisson sur des plateaux de télé et j’ai toujours apprécié son opposition à mes analyses. Je sais qu’il a apprécié mes réparties (…). Je n’ai aucune raison de dénigrer cet homme dont la distance politique avec moi n’a pas à être démontrée ni prouvée au motif que deux personnes mal intentionnées voudraient m’y contraindre. (…) Je dénonce le procédé utilisé pour conforter la thèse du PS selon laquelle nous serions des agents de la droite et de l’extrême droite (…). Telle est notre époque : certains médias aux abois que fuient les lecteurs n’ont imaginé d’autres recours contre leur déchéance que de fabriquer sans cesse du sensationnel à n’importe quel prix, y compris celui de la vérité et de la simple vraisemblance. ».

Ce qui serait plutôt instructif, c’est : pourquoi veut-il absolument les cacher, ces relations amicales ? Pourquoi refuse-t-il d’assumer des relations humaines qui s’établissent en dehors d’un plan de carrière et en dehors d’un plan de campagne, mais qui sont ce qu’elles sont. Certains y ont vu une collusion entre Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Sarkozy pour empêcher François Hollande d’accéder au second tour en 2012.

Ancien militant mélenchoniste passé chez "l’ennemi" (le FN), Joël Locin a exprimé sa stupéfaction et sa colère le 19 mars 2015 sur "Riposte Laïque" : « Les bras m’en tombent, et la colère m’envahit. Non seulement mon ancienne idole était un cr@tin, ce que j’avais fini par comprendre, mais aussi un traître, utilisé par la droite pour mettre la pagaille à gauche. Et dire que j’ai consacré des années de ma vie, au détriment de ma famille, de mon travail, à militer pour ce guignol ! Comment Méluche a-t-il pu se laisser rouler ainsi dans la farine ? ».

Le journaliste Daniel Schneidermann, plutôt mélenchoniste, ne pouvait pas ne pas faire un parallèle historique : « Ah ! Il nous avait bien baladés, tous les gogos de la gauche, le Mitterrand (…). Il protégeait discrètement l’ignoble Bousquet de la justice, au nom de très anciennes solidarités, incompréhensibles pour quiconque n’avait pas connu la guerre. » (18 mars 2015).

Fustigeant le monde médiatique bobo, Jean-Luc Mélenchon s’est interrogé : « Au nom de quoi, quatre petits cire-pompes vont mettre en cause mon appartenance intellectuelle à cette gauche à laquelle je crois ? » (16 avril 2012).

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L’industriel Serge Dassault, Jean-Luc Mélenchon a sympathisé avec lui car tous les deux étaient sénateurs de l’Essonne, et cette sympathie a été révélée par deux autres journalistes, Stéphane Allies et Lilian Alemagna, dans "Mélenchon le plébéien" publié le 19 janvier 2012 chez Robert Laffont. Selon eux, Jean-Luc Mélenchon aurait aidé Serge Dassault (« grand industriel ») à se faire élire sénateur en 2004, puis aurait refusé de saisir le Conseil Constitutionnel sur une éventuelle incompatibilité de parlementaire comme gros fournisseur de l’État.

Même le tutoiement fait partie de ses reniements. Daniel Cohn-Bendit n’a pas compris sa réaction le soir du 27 novembre 2016 sur France 2 lorsqu’il l’a interpellé avec un enthousiasme juvénile à propos de la primaire socialiste : « Jean-Luc, si tu te présentes à la primaire, tu peux la gagner ! ». Très distant, Jean-Luc Mélenchon lui a froidement répondu ceci : « Monsieur Cohn-Bendit, est-ce que vous pouvez m’appeler par mon nom, et pas par mon prénom, s’il vous plaît. Nous ne sommes pas amis, ne jouons pas la comédie ! ». Vexé, Daniel Cohn-Bendit a refusé de poursuivre la conversation : « J’ai pas de question à lui poser. On s’est toujours tutoyés, s’il a pas envie, qu’il aille tutoyer Castro, et qu’il me f@ute la paix ! ».

L’ancien Premier Ministre Manuel Valls a basé sa candidature à l’élection présidentielle sur l’idée que la gauche ne devait pas être défaitiste et qu’elle pourrait atteindre le second tour en 2017. Paradoxalement, Benoît Hamon l'a emporté sur Manuel Valls le 29 janvier 2017. Jean-Luc Mélenchon serait-il plus apte à atteindre le second tour que Benoît Hamon ? Pas sûr, mais ce qui est sûr, c'est qu'aucun des deux n’y arrivera s’ils se considèrent d’abord comme des adversaires. Pendant ce temps, Marine Le Pen se frotte les mains…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

_yartiMeluche2016A05


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161126-melenchon.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-luc-melenchon-candidat-187349

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/22/34663835.html



 

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 14:42

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170221-fillon.html



Discours de François Fillon le 21 février 2017 devant La Mutualité Française


Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs.

Tout d’abord merci à la Mutualité française d’avoir organisé cette journée de présentation  des programmes santé des candidats à l’élection présidentielle. Chacun sait que j’ai voulu placer la santé au cœur de mon projet ! Cela m’a valu d’être caricaturé, d’être dénoncé comme le chantre de la privatisation de la sécurité sociale et le faux nez  des assureurs privés.

Le chœur de tous ceux qui ne veulent rien changer s’est déchainé. Comme aurait dit Edgar Faure, les forces de l’immobilisme se sont mises en mouvement et rien ne pourra les arrêter !

Mais comment justifier ce déni et ce refus de poser la question de l’articulation des rôles entre sécurité sociale et organismes complémentaires. C’est pourtant bien un sujet central… sauf à vouloir étatiser notre système de santé et supprimer les complémentaires comme certains n’ont pas hésité à le proposer.

J’ai alors voulu mettre cartes sur table et entendre toutes les critiques et toutes les propositions. Mon équipe a donc poursuivi tout au long du mois de janvier les auditions de l’ensemble des acteurs de la santé et de la protection sociale. Tous ceux qui voulaient être entendus ou faire des propositions l’ont été.

Cela me permet de faire un premier constat, d’ailleurs corroboré par votre sondage. Nos compatriotes sont attachés à notre système de santé et d’assurance maladie. Mais ils sont inquiets pour son avenir. Inquiets car ils constatent qu’il se dégrade. Inquiets car ils savent bien que ses problèmes de financement menacent sa pérennité. Nous avons vu aussi combien les professionnels de santé sont démotivés et démoralisés. L’absurde généralisation obligatoire du tiers payant est le symbole d’une intervention étatique et de cette méfiance du gouvernement envers les professionnels libéraux d’une part, mais aussi envers les complémentaires, avec ces contrats responsables qui n’ont de responsables que le nom !

Arrêtons donc la politique de l’autruche. Partageons ce diagnostic sur davantage de liberté et de responsabilité que j’avais fait dès l’automne dernier et proposons les solutions pour sauvegarder notre sécurité sociale.

C’est ma démarche. C’est ma méthode : un travail en concertation avec tous les acteurs !  Et d’ailleurs, si les Français me font confiance, j’organiserai fin 2017 / début 2018 des assises de notre système de santé. Ce système doit être réformé, doit rester solidaire, et doit rester fondé sur la médecine libérale. C’est ainsi que nous assurerons ainsi sa pérennité.

Sur la base des consultations menées en janvier voici, très rapidement,  le cœur  de mes propositions :

    Premièrement, mieux soigner : cela vaut dire mieux prévenir avec une prise en charge par l’assurance maladie d’une consultation de prévention tous les deux ans pour tous les Français. Cela veut dire ensuite une meilleure organisation des soins nous permettant de sortir de l’hospitalo-centrisme tout en modernisant notre hôpital public par un choix résolu en faveur de son autonomie, en donnant toute leur  place  aux établissements de santé privés et en  confortant le rôle de la médecine de ville.

Priorité sera donnée à la mise en oeuvre des parcours de soins dont le médecin traitant sera l’acteur central.

Priorité également à la recomposition de l’offre hospitalière et à la lutte contre les déserts médicaux.

    Deuxièmement, mieux rembourser : Il n’y a pas de fatalité à ce que l’assurance-maladie ne couvre que l’hospitalisation et les affections de longue durée et se désengage des soins courants, comme c’est le cas aujourd’hui.

Le remboursement à 100% par la sécurité sociale des lunettes pour les enfants sera réalisé.

De façon plus large, nous viserons un reste à charge 0 pour les dépenses les plus coûteuses pour les ménages avec un nouveau partenariat entre la sécurité sociale et les complémentaires. Le président Beaudet a, en effet, évoqué, il y a quelques semaines, un plan d’ensemble sur la prise en charge des dépenses de santé entre assurance-maladie et complémentaires. C’est ce que nous devons faire. C’est le sens de la création de l’agence associant État, caisses de sécurité sociale, organismes complémentaires et professionnels de santé : elle permettra de préparer des accords sur le partage des remboursements entre l’assurance-maladie qui doit rester le pilier de notre système de santé, mais en lien avec les complémentaires. Et cela de façon transparente et organisée. Et c’est dans ce cadre que nous pourrons mettre à plat les différentes taxes qui touchent les complémentaires.

Nous examinerons ensemble comment améliorer l’aide à l’acquisition d’une couverture santé pour les seniors, les grands oubliés de la pseudo généralisation de la complémentaire santé du gouvernement actuel !

Enfin, je vous le redis avec force, il n’est pas question de toucher à l’assurance-maladie et encore moins de la privatiser ni même de baisser son taux d’intervention. C’est en rendant plus lisible la couverture par l’assurance-maladie obligatoire des dépenses de santé que nous rendrons aussi plus justes les remboursements des soins pour les Français.

    Dernier axe fort : mieux gérer. Impossible de continuer avec un déficit quasi structurel de l’assurance-maladie. Nous ferons 20 milliards d’économies sur 5 ans grâce à des efforts d’efficience et nous maintiendrons la progression de l’ONDAM en deçà de 2% chaque année. On va enfin s’attaquer, de façon cohérente et concertée, à toutes les causes de « non-qualité » de notre système de santé : le recours excessif à l’’hôpital, l’insuffisante coordination des soins, le trop grand nombre de soins redondants et inutiles.

Cela demandera des efforts à chacun : professionnels, patients. Mais ce sont justement ces efforts qui nous permettront de mieux rembourser, de ramener durablement l’assurance-maladie à l’équilibre et de répondre aux défis de l’accès pour tous aux innovations thérapeutiques.

Voilà Mesdames et Messieurs, le projet de sauvegarde de la médecine libérale et de notre système de santé et de sécurité sociale que je vous propose. Je suis allé à ce qui me semblait l’essentiel ce matin ; il comportera naturellement d’autres mesures.

Loin des caricatures et des procès d’intention, c’est un projet de modernisation et de régulation concertée, un projet qui fait confiance aux acteurs, à tous les acteurs libéraux et hospitaliers dont je connais l’implication au service de la santé de nos concitoyens!

François Fillon, Paris le 21 février 2017.

Source : fillon2017.fr



Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170221-fillon.html


 

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 06:57

« Quand l’importance des processus quantiques pour le fonctionnement du cerveau sera reconnue et quand la physiologie du cerveau sera étudiée de ce point de vue, on arrivera certainement à découvrir l’importance de la réduction du paquet d’ondes. » (Henry Pierce Stapp, mathématicien américain de presque 89 ans, spécialiste en physique quantique).



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Le paquet d’ondes, je l’avais déjà évoqué lors de la campagne de l’élection présidentielle de 2007, juste après le premier tour, puis après le second tour. L’une des particularités d’une particule, comme l’électron, par exemple, c’est qu’il est impossible de connaître dans l’absolu sa position et sa quantité de mouvement. La position n’est décrite par les équations qu’au moyen d’une "fonction d’onde" qui est basée sur un calcul de probabilités.

Pour connaître précisément la position de l’électron, il faut alors l’observer. Mais le problème, c’est qu’en l’observant, on doit bousculer la réalité (comme si on regardait un jeu de billard en lançant dans le jeu une autre boule). On parle alors de "réduction du paquet d’ondes" lorsqu’on "lève l’indétermination d’Heisenberg" sur les caractéristiques de la particule.

Cette explication simplifiée à l’extrême d’un des principes essentiels de la physique quantique, qui a engendré historiquement un débat passionnant tant philosophique que scientifique entre Niels Bohr et Albert Einstein, propose une bonne image pour décrire les thèmes de campagne et surtout, le positionnement d’un candidat centriste "majeur" à l’élection présidentielle. Ce qui avait été valable pour François Bayrou en 2007 l’est également pour Emmanuel Macron en 2017, d’autant plus qu’au contraire de François Bayrou, "particule" déjà bien répertoriée, Emmanuel Macron est une "particule" non identifiée (ou nouvellement accessible sur le marché électoral).

Ce n’est pas anodin que la campagne d’Emmanuel Macron soit en train de patiner depuis une semaine, en ce milieu du mois de février 2017. Son objectif avait été de rester le plus flou possible pendant le plus longtemps possible afin d’attirer le plus de monde possible derrière sa propre personne (et seulement derrière sa propre personne), hors de tout parti, hors de tout programme (il a admis tardivement la nécessité d’un programme qu’il devrait présenter le 2 mars 2017), des personnes venant de tous les horizons, de droite, de gauche, du centre, de nulle part…

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La question du titre (Emmanuel Macron est-il de gauche ?) fera frémir évidemment tous ceux qui se sentiraient à sa gauche et qui le considéreraient comme "de droite", mais ce ne serait qu’un raisonnement de position relative qui n’a pas beaucoup d’intérêt. Sinon, à ce compte-là, pour un mélenchoniste, Benoît Hamon pourrait aussi être considéré comme un candidat de droite.

Souvent, d’ailleurs, pour quelqu’un qui se considère "de gauche", est "de droite" tous ceux qui ne défendent pas ses idées. Pourquoi pas ? Comme il y a plus d’identification à gauche (au point de parler de "peuple de gauche", ce qui est une hérésie républicaine) qu’à droite, cette "gauche" est à dans toutes les sauces, qui, parfois, comme l’huile et l’eau, ne se mélangent pas (ou ne le mélenchent pas).

Et pourtant, la meilleure façon d’identifier les candidats, au lieu de projeter des étiquettes artificielles sur eux (autant de projections que de projecteurs), c’est de connaître leurs propres revendications. François Hollande était un candidat de gauche, en 2012, qui avait même très habilement fait de la "finance internationale" son principal ennemi (le 22 janvier 2012 au Bourget). D’ailleurs, dès le 22 avril 2012 à 20 heures, Jean-Luc Mélenchon avait appelé à voter pour lui inconditionnellement. François Hollande était donc clairement identifié, qu’on le veuille ou pas, comme un "candidat de gauche", revendiqué comme tel (y compris par Jean-Luc Mélenchon, insistons !) et sa majorité fut tellement "de gauche" qu’elle a souvent été l’aiguillon des gouvernements depuis 2012 (mais sans jamais à censurer ces mêmes gouvernements, ce qui, au-delà des pseudo-états d’âme, est une position claire d’appartenance à la majorité).

Emmanuel Macron, en ce sens, n’est pas sans revendication. Il a clairement assumé qu’il était "de gauche" (il avait même soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002, du reste comme le numéro deux du FN Florian Philippot). Il a été "le" conseiller économique du candidat socialiste François Hollande en 2012, le secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2012 à 2014 qui a défini toute la politique économique du quinquennat Hollande et enfin, le Ministre de l’Économie de François Hollande de 2014 à 2016. Cerise sur le gâteau, en 2007, certaines indiscrétions auraient permis de savoir que François Fillon aurait proposé à Emmanuel Macron de venir travailler dans son cabinet à Matignon. Il a refusé, mais il a toutefois travaillé comme rapporteur à la commission de Jacques Attali mise en place par le Président Nicolas Sarkozy pour trouver des moyens de renforcer la croissance économique.

Quoi qu’il en dise, Emmanuel Macron est parti de la gauche, sa trajectoire le démontre assez facilement, il l’assume volontiers. En revanche, son discours, c’est de considérer que le clivage gauche/droite n’aurait aucun intérêt et ne structurerait plus la pensée politique des Français, ce que François Bayrou ne cesse pas de répéter depuis 2002. Sur France Inter le 1er février 2017, il a déclaré : « Il faut respecter les histoires et les identités de chacun, sans les travestir. ». Ce qui ne fait pas vraiment avancer le schmilblick !

S’il est difficile de parler de programme pour Emmanuel Macron, la philosophie générale de sa vision politique est relativement bien construite et cohérente : il est "libéral" dans tous les sens du terme. Libéral économiquement et libéral socialement et même "sociétalement". C’est inédit en France puisque généralement, le libéralisme économique serait défendu "à droite" (pragmatique) et le libéralisme "sociétal" serait défendu "à gauche" (libertaire).

Inédit aussi, c’est de faire agiter le drapeau européen en même temps que le drapeau français dans ses meetings. Son leitmotiv, c’est l’ouverture sur le monde. Il est clairement favorable aux traités commerciaux avec le Canada (CETA) ou avec les États-Unis. Certains le comparent même à Justin Trudeau, l’actuel (jeune) Premier Ministre canadien qui est venu prononcer un discours important au Parlement Européen le 16 février 2017 à Strasbourg.

Si l’on regarde ses soutiens, il n’y a pas trop photo : "à droite", quelques anciens ministres sans beaucoup de visibilité ni d’envergure (et oubliés), tandis que, "à gauche", de nombreux élus socialistes ou radicaux de gauche, paniqués par la tempête électorale qui se prépare sur leurs circonscriptions, sont venu rejoindre celui qui, grâce à un marketing médiatique efficacement orchestré, pourrait leur sauver leur petite carrière.

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Comme avec François Bayrou en 2007 se pose ainsi que récurrente question de la majorité parlementaire en cas d’élection à l’Élysée d’Emmanuel Macron : quelle serait sa majorité s’il était élu ? C’est essentiel et cela contribuera, évidemment, à "réduire le paquet d’ondes". Pour l’instant, dans l’hypothèse Macron, si jamais une majorité se précisait, elle ne serait ni LR ni centriste (trop soudés contre Emmanuel Macron), donc,elle serait forcément parmi les députés sortants PS ou les candidats socialistes. Un électeur qui se sentirait "de droite" pourrait donc être particulièrement surpris par la tournure d’un vote Macron quelques semaines plus tard…

Puisqu’il n’y a pas de programme, prenons surtout les "petites phrases" visant à positionner le candidat. C’est peut-être pour cela qu’il y a un ralentissement de sa campagne, car certains parlent d’incohérences, d’autres parlent de gaffes et de boulettes. En fait, à force de vouloir rassembler tous les camps, on dit n’importe quoi. Exactement comme François Hollande, à force de vouloir unifier la chèvre et le chou, on devient l’ennemi et du chou et de la chèvre.

Beaucoup d’exemples ont été fournis ce mois-ci par le candidat lui-même.

On peut citer le mariage gay : dans "L’Obs" le 14 février 2017, Emmanuel Macron a voulu caresser dans le sens de la Manif pour tous : « C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous. On a humilié cette France-là. ». Réaction immédiate des pro-mariage gay qui ont été choqués par ses propos, rapidement corrigés. Dans un tweet le 16 février 2017, Emmanuel Macron a rappelé ainsi sa position : « Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable. ». Donc reprenons clairement les choses : pour des raisons électorales, Emmanuel Macron a voulu racoler auprès des opposants à la loi Taubira, mais en fait, il prône le renforcement de la loi Taubira, et même encourage les GPA à l’étranger !

Abordant un sujet de polémique totalement inutile car cela n’a rien à voir avec l’avenir de la France et des Français, Emmanuel Macron a déclaré à la télévision algérienne le 15 février 2017 que la colonisation était un « crime contre l’humanité ».  Une expression à connotation juridique bien précise. Propos particulièrement scandaleux qui veut mettre sur le même plan la colonisation et la Shoah. Valérie Pécresse sur BFM-TV le 20 février 2017 a carrément parlé d’une confusion entre Jules Ferry et Hitler… Lors de son meeting à Toulon, le 18 février 2017, peu fréquenté pour une fois (seulement 1 500 personnes), Emmanuel Macron est revenu en arrière en demandant pardon, en reconnaissant des aspects positifs de la colonisation, mais il a fait la boulette de dire "je vous ai compris" (« Parce que je veux être Président, je vous ai compris et je vous aime. Parce que la République, elle doit aimer chacun ! »). Ce n’était pas très habile de sa part de s’adresser aux Pieds-noirs avec une telle référence de De Gaulle

Sur la légalisation du cannabis, les évolutions macroniennes restent également incohérentes : d’abord favorable en décembre 2016, il semblerait plus réticent aujourd’hui. Emmanuel Macron est le roi de camouflage idéologique.

À son meeting à Lyon, le 4 février 2017, Emmanuel Macron a fait applaudir la figure de Valéry Giscard d’Estaing, mais à son meeting à Lille, le 14 janvier 2017, il a fait applaudir la figure du concurrent, François Mitterrand. Il s'est pris pour Jeanne d'Arc à Orléans au printemps dernier, puis est allé sympathiser avec Philippe de Villiers l'été dernier en Vendée.

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Bref, partout, dans tous les sens, ce qui est d’ailleurs fort sympathique, Emmanuel Macron clame à tous ses interlocuteurs qu’il les aime, qu’il a leurs idées, qu’il défend leurs  valeurs. Le problème, c’est qu’il se base sur des sondages grandeur nature, grâce à ses comités locaux (plusieurs milliers répartis dans les départements) qui lui permettent de tester des mesures et en fonction des retours, il les propose ou pas (c’était le cas, par exemple, de la vente des médicaments à l’unité pour réduire les pertes de la sécurité sociale). Cela, forcément, ne donne pas une cohérence interne globale.

En fait, ces inconsistances de fond, ces allers et retours (je vous dis ce que vous voudriez entendre), ont surtout montré l’absence de conviction forte du candidat Emmanuel Macron, et cela préfigure mal d’un éventuel quinquennat s’il était élu. Quelle serait, par exemple, sa position face à Donald Trump ? Face à Vladimir Poutine ? Face à Recep Tayyip Erdogan ? Devra-t-il sonder auparavant ses électeurs ?

À la Villette le 29 janvier 2017, François Fillon ne l’a pas "raté" : « Il fait croire qu’il est seul et qu’il vient de nulle part ; en réalité, il a fait le programme de monsieur Hollande, mais aussi une grande partie de sa politique… Il est parti pour une échappée en solitaire, mais ses équipiers ne sont pas loin. Qui sont-ils ? Eh bien, c’est toute l’équipe gouvernementale de monsieur Hollande… Bonjour la nouveauté ! Macron, c’est le sortant. Macron, c’est le bilan de Hollande. Macron, c’est surtout le prototype des élites qui ne connaissent rien à la réalité profonde de notre pays ! ».

Reprenant le "ni-ni" du candidat François Mitterrand, héritier réel de François Hollande et de son esprit supposé de synthèse, symbole, selon Valérie Pécresse de la « gauche caméléon » (BFM-TV le 20 février 2017), Emmanuel Macron va avoir du mal, dans les prochaines semaines, à prendre des engagements forts sans perdre une partie de son électorat. Il ne serait que le futur praticien d’un très mauvais hollandisme, celui qui ne décide rien, celui qui cherche l’approbation des contraires, ce que les électeurs ne veulent plus !

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Jean d’Ormesson avait déjà noté, le 20 janvier 2017 dans "Le Figaro" ce loup : « Macron, c’est le grand flou ! Entre l’électeur de droite et l’électeur de gauche qui votent pour Macron, l’un des deux, forcément, sera cocu, mais toute l’intelligence de Macron est de faire croire à l’un que ce sera l’autre et inversement. ».

Le 2 février 2017, le chroniqueur Jean-Baptiste de Montvallon a aussi constaté : « La "performance" de M. Macron consiste parfois à parler pour ne rien dire. Ce qui reste le plus sûr moyen de ne créer aucun remous. Pour ce faire, l’apôtre du renouvellement ne dédaigne pas les lieux communs piochés dans une antique langue de bois. » ("Le Monde").

Le cardinal de Retz avait déjà proposé une phrase qui collerait parfaitement à la candidature d’Emmanuel Macron, ce qui rappelle son "socle" très fragile : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. ». Eh bien, pour être crédible à une élection présidentielle, il va bien falloir sortir de l’ambiguïté …avant l’élection ! C’est même le moment.

De son côté, dans le même créneau qu’Emmanuel Macron, François Bayrou va faire une importante déclaration le 22 février 2017, pour donner sa position sur l’élection présidentielle et son éventuelle candidature.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La démocratie française est devenue quantique (24 avril 2007).
La réduction du paquet d'onde centriste (10 mai 2007).
Comptes à débours.
Emmanuel Macron va-t-il dynamiter la présidentielle 2017 ? 
Programme d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Emmanuel Macron est-il de gauche ?
François Bayrou.
Bernard Cazeneuve.
Benoît Hamon.
François Fillon.
Primaire socialiste de janvier 2017.
Les investissements productifs.
La France archaïque.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
Ramasse-miettes du système politique français.
JJSS, un Macron des années 1970.
Le Centre aujourd’hui.
Manuel Valls.
François Hollande.
Une colombe dans un nid de crocodiles.
Hollande démacronisé.
Michel Rocard.
Populismes.
Mystère ou Mirage Macron ?
Discours d’Emmanuel Macron le 8 mai 2016 à Orléans (à télécharger).
La vivante énigme d’Emmanuel Macron.
Le saut de l'ange.
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170204-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-est-il-de-gauche-189962

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/21/34962876.html

 

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 23:28

(verbatim)


Arno Klarsfeld : "Pourquoi Fillon va gagner"
Tribune dans "L'Express", le 20 février 2017.


Fillon va gagner parce qu'il a un projet solide et salvateur, une base déterminée et qu'il a face à lui Macron qui se cherche en cherchant la martingale et Le Pen qui précipiterait le pays dans un cataclysme économique, social et sans nul doute liberticide.

"Premier degré de coquinerie".

Beaucoup sont déçus que Fillon n'ait pas été tel qu'ils le voyaient ou tel qu'il se présentait... "Jusqu'à quel point vous sentez-vous la force d'être un coquin?" fait demander Stendhal par M. Leuwen à Lucien quand ce dernier, sommé de prendre un état, préfère opter pour le bureau du ministre de la guerre au détriment du comptoir de son père. Puis de préciser: "Dans dix ans, vous saurez que Colbert, que Sully, que le cardinal de Richelieu, en un mot que tout ce qui a été homme politique s'est élevé au moins à ce premier degré de coquinerie."

Mais Fillon a-t-il été un coquin? Légalement, il ne l'a certainement pas été. La justice ne devrait pas avoir à se mêler des prérogatives d'un membre du parlement de décider comment il affecte l'enveloppe que lui accorde l'Etat pour remplir au mieux sa mission et se faire réélire. Après tout s'il n'en dispose pas efficacement, c'est sa réélection qui en pâtit. En plus de 35 ans de vie politique Fillon a exercé toutes les fonctions nationales, régionales et départementales et il n'a jamais été mêlé à un scandale de corruption ou de concussion. Et pourtant, combien de marchés publics ont du requérir sa signature. S'il avait été malhonnête, nous l'aurions appris depuis longtemps. Il n'est donc pas malhonnête.

Pas plus immoral qu'un autre.

A-t-il été immoral? Voici un débat vicié, celui de savoir si on peut gagner de l'argent moralement. Prenons par exemple un banquier d'affaire comme Macron: l'argent qu'il a gagné a-t-il été moral. Certainement pas. Un banquier d'affaires est une marieuse qui doit plaire aux banquiers principaux et aux clients. Il est une forme d'entremetteuse financièrement compétente. La banque prend en général 5% sur le deal et l'associé en charge de l'affaire qui a su plaire au client prend sa commission sur les 5% qui, lorsque le deal est de quelques centaines de millions d'euros, peut être considérable.

Etre à côté du robinet d'où coule l'argent et pouvoir prendre de larges gorgées, est-ce moral quand tant d'autres, tout aussi intelligents, sont si éloignés d'un point d'eau? Gagner son argent par héritage n'est pas moral non plus. Un présentateur de TV vulgaire et millionnaire, ce n'est pas moral. Payer son coiffeur au salaire d'un ministre pour quelques retouches, ce n'est pas moral. Rien n'est moral dans le fait de gagner de l'argent, sinon celui qui en gagne peu tout en travaillant et travaille dur.

Donc, Fillon n'a pas été malhonnête et il n'a pas été plus immoral qu'un autre.

Ainsi ne pouvant selon moi être mis en examen et n'étant pas non plus moralement le pire du troupeau, il va gagner et gagner facilement.

Une faute historique.

Macron n'est pas solide et on l'a vu encore avec sa déclaration d'Alger, où il a fait de la colonisation un crime contre l'humanité. Il est évident que durant la colonisation des massacres, des crimes, des exactions ont été commis, mais faire de la colonisation dans son ensemble un crime contre l'humanité est une faute juridique, historique et humaine.

C'est une faute historique parce que, ainsi que l'écrivait Fernand Braudel en 1963 à propos de la colonisation dans Le Monde actuel, "ce legs, aussi important qu'il paraisse parfois serait de peu d'utilité et éminemment périssable si les héritiers n'avaient aussi acquis au cours de la pénible épreuve de la colonisation de quoi leur en permettre aujourd'hui l'utilisation rationnelle. L'enseignement, un certain niveau de la technique, de l'hygiène, de la médecine, de l'administration publique, sont les meilleurs biens légués par les colonisateurs, la contrepartie positive aux destructions opérées par le contact européen dans les vieilles habitudes tribales, familiales, sociales sur lesquels reposaient toute l'organisation et la culture".

Emmanuel Macron se calque ainsi sur une partie de l'idéologie qui transparait dans un grand nombre de manuels scolaires qui ont très longtemps vanté les mérités de la colonisation sans y déceler le moindre aspect négatif et qui, aujourd'hui, pour ce qui est du bilan de la colonisation, n'indiquent que rarement les aspects positifs que rappelait Fernand Braudel. Il n'est pas raisonnable de passer en un demi-siècle d'un panégyrique de la colonisation à son dénigrement total. Souvenons nous aussi du contexte social français à l'époque de la colonisation, de l'exploitation indigne du prolétariat: des enfants de dix ans travaillaient douze heures par jour, sans éducation, sans congés, sans couverture médicale.

Macron n'est pas un candidat solide.

La déclaration de Macron est aussi une faute humaine envers les Juifs, les Tsiganes, les Arméniens, les Tutsis qui ont eu à subir des crimes contre l'Humanité dont l'ampleur est sans comparaison avec les crimes et exactions qui ont été commis dans les territoires qui ont été colonisés. C'est enfin une faute humaine parce qu'elle jette l'opprobre sur des centaines de milliers de Français qui ont vécu en Algérie et d'autres colonies, sans commettre le moindre crime et bien souvent en y apportant le bien.

Non, Emmanuel Macron n'est pas un candidat solide pour battre Fillon, même s'il faut lui rendre hommage entre autres choses pour sa défense de l'Europe et pour son combat contre l'extrême droite.

Quant à Le Pen, elle ne peut pas gagner. Le FN avait toutes les cartes en main aux régionales dans le sud et au nord pour remporter deux régions que presque tous lui donnaient acquises et elle a été battue. Si le FN, avec ses deux égéries, ne peut pas gagner en Paca et dans le Nord-Pas-de-Calais, il ne peut pas non plus remporter le France.

C'est à Fillon, avec ce constat simple, de persuader aussi un certain nombre d'électeurs tentés de voter FN au premier tour de voter plutôt pour lui. Sinon, ils risquent de se retrouver avec un Macron président de la République, qui est une continuation de l'actuel président, plus jeune mais tout aussi ambigu.

Arno Klarsfeld, avocat, le 20 février 2017.

Source : www.lexpress.fr


 

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 06:35

« Accessoirement, se vérifie aussi la théorie bien connue de la "boule de neige des fautes". Si la faute initiale n’est pas rapidement circonscrite et réparée, elle agrège autour d’elle des fautes secondaires, qui finissent par former une monstrueuse boule de neige, impossible à arrêter. » (Daniel Schneidermann, 14 février 2017).



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Jamais une élection présidentielle française n’a été aussi ouverte que celle de 2017, à seulement deux mois du premier tour. À part, évidemment, les deux élections présidentielles organisées précipitamment à la suite de la démission de De Gaulle et de la mort de Georges Pompidou.

D’ailleurs, le système de la primaire, qui ne sera peut-être pas durable, serait matériellement impossible à organiser en cas de vacance présidentielle, sauf à réviser la Constitution pour prolonger l’intérim présidentiel à six mois, le temps de mettre en place une campagne présidentielle. On comprend tout l’intérêt d’un Vice-Président élu dans le système américain.

Généralement, quand il n’y a pas de sortant parmi les candidats (Président de la République ou/et Premier Ministre), l’élection présidentielle est déjà très ouverte, comme celles de 1969, 1974 et 2007, car il ne peut pas y avoir d’élection "par défaut", pour battre le gouvernement sortant (comme c’était le cas en 1981, en 1988, en 1995, en 2002 et en 2012).

Mais cette élection est d’autant plus ouverte que des affaires judiciaires planent sur la tête de deux candidats, et pas les moindres puisque c’étaient les deux principaux des sondages en janvier 2017. Ces deux candidats sont néanmoins tous les deux catégoriques : ils le resteront quoi qu’il arrive sur le plan judiciaire. Si cela n’étonne pas de la part de Marine Le Pen, cela rompt complètement l’image de François Fillon qui avait misé pendant plusieurs années sur la perception d’un responsable irréprochable.

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La dernière incertitude de candidature concerne François Bayrou, en pleine "irrésolution française". Il a envie de se lancer dans la bataille, mais les intentions de vote le concernant sont très basses. Dans "Questions d’info", sur LCP le 15 février 2017, François Bayrou a expliqué que sa décision dépendrait de ce qu’il serait bon pour son pays et pas pour lui. Le 21 avril 2002, François Bayrou a été le 4e homme de la présidentielle. Le 22 avril 2007, il a été le 3e homme. Le 22 avril 2012, il a été le 5e homme. Le 23 avril 2017, il aimerait être le 2e homme mais les sondages lui laisseraient entendre qu’il ne serait que le 6e homme…

Comme l’a fait remarquer Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, sur BFM-TV le 17 février 2017, la candidature de François Bayrou serait "neutre" en ce sens qu’il prendrait à peu près la même part aux principaux candidats et donc, elle ne changerait pas la donne, notamment l’ordre d’arrivée.

Le dernier délai pour le dépôt des présentations de candidature (les fameux "parrainages") est le vendredi 17 mars 2017 à 18 heures. La liste officielle des candidats à l’élection présidentielle sera publiée le mardi 21 mars 2017. Mais en fait, ce n’est pas cette date qui compte. Celle qui compte, en terme de candidature, c’est ce jeudi 23 février 2017. C’est en effet l’ouverture des envois de ces parrainages.

Depuis 1976, pour être candidat, il faut en effet convaincre 500 des actuels 42 000 élus (surtout, les maires, les membres des conseils départementaux et régionaux et les parlementaires). Or, lorsqu’un élu donne sa signature, il ne peut plus la reprendre. Cela veut dire qu’un parti, par exemple, ne peut pas changer de candidat pendant cette période de collecte des signatures sous peine de perdre beaucoup de parrainages et de temps.

La bataille est donc double dans cette fin de précampagne présidentielle : celle des "grands candidats" assurés d’obtenir leurs 500 signatures, qui doivent présenter leur programme, et celle des "petits candidats" qui n’ont pas l’objectif de gagner mais seulement de témoigner, considérant qu’une campagne présidentielle est une formidable caisse de résonance à l’expression publique.

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Quels sont les "grands candidats" ? On peut en citer cinq voire six. L’élu ne devrait provenir que de ce groupe restreint, à moins d’un (nouveau) coup de théâtre qui bouleverserait encore les choses : François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, et éventuellement François Bayrou, s’il se présente.

Les deux premiers peuvent bénéficier d’un maillage local sans comparaison grâce à leur deux grands partis respectifs (LR et PS). En cas de retrait de François Fillon, on pourrait même imaginer que les signatures pour le nouveau candidat seraient obtenues assez rapidement pour que cette nouvelle candidature puisse être validée. On pourrait penser à Alain Juppé dont la notoriété et la modération pourraient convaincre de nombreux maires, mais aussi à François Baroin, régulièrement cité, qui est l’actuel président de la très influente Association des maires de France ; on peut donc imaginer que ce dernier n’aurait aucun mal non plus à convaincre 1,4% des maires.

Emmanuel Macron non plus n’aura aucun mal à obtenir ses signatures, parce qu’il a réussi à convaincre de nombreux élus locaux, essentiellement socialistes, à venir le rejoindre. Marine Le Pen ne pourra pas, comme la famille Le Pen a l’habitude de faire à chaque présidentielle, faire peser un supposé suspens car le nombre de ses élus régionaux lui apportera la plupart des signatures nécessaires. François Bayrou, déjà trois fois candidat, a suffisamment de relais locaux pour avoir également ses signatures.

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La seule réelle inconnue pourrait concerner Jean-Luc Mélenchon qui dépend surtout du bon maillage local du parti communiste français dont le soutien est donc indispensable. Il y a même une hypothèse qui pourrait germer dans certains cerveaux. Comme le total Hamon et Mélenchon pourrait atteindre 24-25%, et donc permettre la présence d’un candidat de l’ultra-gauche au second tour, l’idée d’une seule candidature paraît non seulement raisonnable mais stratégiquement très maligne. Le problème, c’est qu’il faut pour cela qu’un des deux candidats s’efface au profit de l’autre.

Benoît Hamon, choisi par 2 millions de votants lors de la primaire du PS, ne peut pas se désister sans se moquer de ses électeurs. Mais l’ego de Jean-Luc Mélenchon, son âge aussi (sa dernière présidentielle ?), sa propre dynamique (la "France insoumise") l’empêcherait de lâcher prise de lui-même… sauf si, par malchance, il ne réussissait pas à réunir ses 500 signatures. L’honneur serait alors sauf, il n’aurait pas perdu la face en se désistant et Benoît Hamon aurait alors carte blanche sans la reddition de son rival de gauche.

Cette stratégie d’effacement sans perdre la face a déjà été utilisée par un ancien Ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (Aménagement du territoire), trop futé et affûté politiquement pour ne pas pouvoir réunir les 500 signatures : ce fut pourtant ainsi que Charles Pasqua s’est effacé en 2002, avec la promesse salutaire d’être soutenu par l’UMP aux élections sénatoriales suivantes, celles du 26 septembre 2004 (notons qu’avec une candidature de Charles Pasqua, même ne recueillant que 3 ou 4%, aurait sans doute fait élire Lionel Jospin face à Jean-Marie Le Pen en mai 2002 ; le marchandage avec l’UMP a donc été gagnant/gagnant).

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Et les "petits candidats" ? Aucun n’est assuré d’obtenir sa qualification de candidat, mais certains sont plus sereins que d’autres. Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud peuvent bénéficier de leur expérience de 2012, Jacques Cheminade aussi, de 1995 et 2012.

En revanche, Yannick Jadot semblerait ramer dans cet exercice difficile, ce qui expliquerait aussi son possible retrait en faveur de Benoît Hamon, déjà ratifié par avance le 16 février 2017 par les mêmes électeurs que la primaire EELV.

Parmi ceux qui labourent les territoires et les mairies, on peut citer en particulier Rama Yade, Michèle Alliot-Marie (surtout dans le but de faire pression sur LR pour avoir l’investiture aux législatives qu’elle avait perdues en 2012), Henri Guaino, Jean Lassalle (député et ancien vice-président du MoDem, soutenu par l’ancien candidat trotskiste Gérard Schivardi), Antoine Waechter (déjà candidat écologiste en 1988), mais aussi Carl Lang, Alexandre Jardin, Oscar Temaru, Bastien Faudot, Pierre Larrouturou, etc.

Comme d’autres instituts de sondages, l’IFOP-Fiducial réalise depuis le 1er février 2017 ce qu’on appelle un "rolling", c’est-à-dire un sondage en temps réel des intentions de vote. Chaque jour, un nouveau "rolling" est publié, reprenant les données des trois derniers jours. Chaque jour, environ 500 personnes sont sondées (différentes), ce qui constitue un échantillon d’environ 1 500 personnes. Encore une fois, répétons que les sondages ne sont intéressants que dans la tendance qu’ils observent, jamais dans l’absolu, et qu’ils ne restent de toute façon que de simples photos (ici, presque un film, une photo par jour) et n’ont donc aucune valeur prédictive.

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Dans le "rolling" du 17 février 2017 (téléchargeable ici), les intentions de vote pour François Fillon et pour Emmanuel Macron seraient à égalité, en raison d’une chute progressive d’Emmanuel Macron. Il serait évidemment trop tôt pour annoncer que la candidature d’Emmanuel Macron dévisserait mais apparemment, ses déclarations ambiguës ou contradictoires (sur le mariage gay, sur la colonisation, etc.) feraient douter certains de ses électeurs potentiels. Tandis que la chute de François Fillon semblerait enrayée. Cette tendance semble aussi se confirmer avec d’autres instituts de sondages (notamment OpinionWay).

Une autre tendance intéressante, c’est que l’écart des intentions de vote entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, se réduirait nettement, passant de 9% à 2,5% en deux semaines ! Actuellement, Benoît Hamon ne bénéficierait plus d’un état de grâce et serait rattrapé par son rival ex-socialiste.

Si le PenelopeGate a considérablement réduit les chances d’élection de François Fillon, il paraît aussi certain que cette affaire ne les a pas totalement supprimées. Le jeu reste très ouvert, et c’est très important de prendre en compte le "socle" électoral des intentions de vote. Par "socle", j’entends celles, des personnes sondées, qui sont certaines de voter pour le candidat indiqué.

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Or, le candidat qui a le meilleur "socle" est Marine Le Pen qui caracolerait en tête : avec 26%, elle bénéficierait d’un "socle" très confortable de 78% des personnes sûres de voter pour elle, soit une base minimale de 20% dans l’électorat. François Fillon, certes avec seulement 18,5% d’intentons de vote, aurait un "socle" de 61%, soit une base de 11%.

Emmanuel Macron, avec le même niveau d’intentions de vote, aurait un "socle" bien plus restreint, de seulement 44%, soit une base de seulement 8%. Il faut se rappeler en 2002 la candidature de Jean-Pierre Chevènement qui était monté jusqu’à environ 15% dans les intentions de vote avant d’atterrir médiocrement à seulement 5% ! Ces 8%, c’est à peine plus que les bases électorales de Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, tous les deux à 7% (avec un "socle" respectivement de 50% et 60%).

C’est donc une situation très étrange à deux mois du premier tour : le candidat qui a le plus "cristallisé" est celle qui aurait le moins de chance de remporter un second tour (44% face à François Fillon et 38% face à Emmanuel Macron).

Mais il ne faudrait surtout pas croire à la "théorie du plafond de verre". Avec l’incertitude des mesures du sondage, 44% d’intentions de vote face à François Fillon pourraient être en fait environ 47% (exactement 46,6%), ce qui signifierait qu’en deux mois, le retard ne serait pas impossible à rattraper, d’autant plus qu’au second tour, Marine Le Pen jouirait d’une base électorale de 20% minimum, qui voteraient pour elle quels que soient le contexte, les affaires dans lesquelles elle serait impliquée et la campagne de ses concurrents.

De plus, Marine Le Pen jouit d’un avantage tactique formidable : personne ne la critique (ou alors, extrêmement mollement !), surtout pas les candidats susceptibles de se retrouver face à elle au second tour. Cela signifie que ses idées peuvent facilement être diffusées sans beaucoup de contre-attaque dans "l’opinion publique".

On peut comprendre l’intérêt de ces absences d’attaque : François Fillon gagnerait plus facilement face à Marine Le Pen que face à Emmanuel Macron et réciproquement pour Emmanuel Macron. Sauf qu’à oublier que Marine Le Pen est justement la principale adversaire de tous les autres candidats, elle voit sa légitimité renforcée, au point qu’elle se trouverait désormais en tête des "souhaits de victoire" avec 20%, devant Emmanuel Macron (18%) et François Fillon (17%).

Je reste toujours dubitatif sur la différence entre intentions de vote et "souhaits de victoire" (je croyais qu’on votait généralement pour le candidat qu’on souhaiterait voir gagner). Les faits sont là : Marine Le Pen est celle qui a le plus de chance de gagner car c’est elle qui a le moins d’obstacles sur la route de l’Élysée. Que les autres candidats s’en rendent compte assez tôt pour modifier leur campagne en conséquence, avant de venir pleurer le soir du 7 mai 2017…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sondages rolling IFOP de février 2017.
Comptes à débours.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
François Fillon.
François Bayrou.
Emmanuel Macron.
Benoît Hamon.
Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen.
François Hollande.
Manuel Valls.
Nicolas Sarkozy.
Alain Juppé.
Primaire de la droite et du centre (novembre 2016).
Primaire des socialistes (janvier 2017).
Primaire des écologistes (novembre 2016).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170223-presidentielle2017-aj.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/presidentielle-2017-comptes-a-189899

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/20/34954707.html


 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 00:13

L'IFOP-Fiducial réalise pour i-Télé, Sud Radio et "Paris Match" un sondage d'intentions de vote pour l'élection présidentielle dit "rolling", mis à jour chaque jour sur les réponses des sondés des trois derniers jours représentant 500 personnes interrogées environ par jour. Cela donne une idée précise des évolution au cours de la campagne présidentielle depuis le 1er février 2017 : chute brutale de François Fillon en raison du PenelopeGate, maintien d'Emmanuel Macron, consolidation de Marine Le Pen malgré les affaires, tassement de Benoît Hamon et remontée de Jean-Luc Mélenchon.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'enquête (fichier .pdf).

Sondage IFOP des intentions de vote le 17 février 2017 :

http://www.ifop.com/media/poll/3656-1-study_file.pdf

http://www.ifop.com/media/poll/3656-1-annexe_file.pdf


Sondage IFOP des intentions de vote le 16 février 2017 :
http://www.ifop.com/media/poll/3655-1-study_file.pdf

Sondage IFOP de popularité le 16 février 2017 :
http://www.ifop.com/media/poll/3654-1-study_file.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170223-presidentielle2017-aj.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170217-sondage-ifop.html
 

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 05:54

« Plus l’homme acquiert de la puissance, plus il devient vulnérable. Ce qu’il doit le plus redouter, c’est le moment où, la création entièrement jugulée, il fêtera son triomphe, apothéose fatale, victoire à laquelle il ne survivra pas. Le plus probable est qu’il disparaîtra avant d’avoir réalisé toutes ses ambitions. » (Cioran). La dynamite Macron, troisième et dernière partie.



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Après avoir évoqué les forces de la candidature d’Emmanuel Macron, voici les principales faiblesses qu’on pourrait observer dans sa démarche présidentielle.


6. Faiblesses

Il y a évidemment beaucoup de faiblesses qui sont parfois les revers des forces, comme la nouveauté, c’est du sang neuf, jeune, mais aussi de l’inexpérience, un manque de stature présidentielle et les électeurs sont assez soucieux de choisir quelqu’un qui sera capable de les représenter solidement aux sommets internationaux, face à Angela Merkel, à Theresa May, à Donald Trump, à Vladimir PoutineRecep Tayyip Erdogan… La légèreté de François Hollande a déçu beaucoup de ses électeurs : un bon candidat en meeting n’est pas forcément un bon Président de la République capable de défendre au mieux les intérêts de la France et de négocier efficacement les meilleurs accords avec les partenaires étrangers. Candeur ne rime pas avec grandeur. L'autorité fait perdre ce que la proximité fait gagner.

Le principal défaut du candidat Emmanuel Macron, c’est de ne pas convaincre sur l’aspect régalien de la fonction présidentielle. Ce n’est peut-être qu’une question d’entraînement en communication politique, car Benoît Hamon a réussi à convaincre sur ce registre lors de son débat du 25 janvier 2017 alors que ce n’était pas initialement "évident" pour lui.


6.1. La découverte d’une campagne électorale

Comme Dominique de Villepin (mais lui n’est pas candidat), Emmanuel Macron n’a jamais été élu et n’a jamais fait de campagne électorale, même locale. Cette inexpérience pourrait lui être fatale dans le déroulement d’une campagne. Néanmoins, c’est une faiblesse négligeable compensée largement par sa machine de guerre En Marche. Pour le moment, son parcours est sans faute, et est d’une redoutable efficacité sur le plan de la communication politique.


6.2. L’absence de programme

On a beau dire que tel ou tel document est un programme, n’est pas considéré réellement comme un programme politique n’importe quelle plaquette bien présentée et s’exprimant clairement. Il faut que le programme présente une vision originale, globale et cohérente de l’avenir de la France. En ce sens, François Fillon et Benoît Hamon sont, dans leur parti respectif (LR et PS), ceux qui ont le plus misé sur le programme, construit autour d’experts et de personnalités extérieures à la politique. Les "programmes" de Vincent Peillon, d’Arnaud Montebourg, etc. étaient plus des catalogues de mesures qu’un document cohérent de référence. Le comble, c’est bien sûr Jean-Luc Bennahmias, qui n’avait pas lu son propre programme quand il a participé au premier débat de la primaire PS (on susurre que l’Élysée avait oublié de le lui faire lire !).

C’est cependant faux de dire qu’Emmanuel Macron n’a pas de programme car il ne cesse, au cours de sa campagne, de présenter ses propositions, mais il est vrai de dire que ce programme manque de solidité et de globalité. Sa première plaquette publiée fin décembre 2016 pêche par exemple par naïveté ou plutôt, par les clichés et les poncifs qu’elle exprime et qui sont souvent des formules creuses.

Quelques exemples de formules creuses ? Le choix d’une économie sociale de marché : « Nous devons réunir la liberté et l’égalité, pour une société plus efficace et plus juste. ». Le chômage : « Le chômage n’est pas une fatalité, mais un combat que nous pouvons gagner grâce aux mesures justes qui donneront à tous les acteurs la capacité de faire face aux changements. ». Je pourrais citer des dizaines de phrases de ce type, qui ont dû déjà être exprimées mille fois lors des précédentes campagnes présidentielles. C’est évidemment la crédibilité de celui qui les exprime qui sera essentielle lors de l’élection.

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Les rares mesures qu’Emmanuel Macron a présentées jusqu’à maintenant n’étaient jamais accompagnées de leur financement. C’est donc assez facile de comprendre ce que cela signifie : soit on augmente les impôts (pour les financer), mais on ne le dit pas car ce n’est pas très porteur électoralement, soit on augmente encore le déficit public, et on évite aussi de le dire car cela pourrait créer quelques soucis avec nos partenaires européens. C’est un réflexe typiquement …"de gauche" !


6.3. Des propos parfois maladroits voire méprisants

C’est vrai que la fin du meeting de la Porte de Versailles le 10 décembre 2016 a été suivi d’un véritable buzz sur les réseaux sociaux, la manière un peu martiale mais sans voix a étonné, amusé ou choqué certaines personnes.

Dans son meeting à Lille le 14 janvier 2017, Emmanuel Macron n’a pas été très fair-play en évoquant l’absence de Martine Aubry (hospitalisée), laissant croire qu’elle le soutenait (elle qui avait "ras-le-bol" de lui le 23 septembre 2015). Cela ne l’a pas empêché de faire ovationner Jean-Louis Borloo, pas plus présent et pas plus soutien… Dans ce même meeting, Emmanuel Macron a aussi très maladroitement comparé la figure historique du Général De Gaulle à celle, moins glorieuse, du maréchal Patrice de MacMahon ! Je n’ai entendu aucun gaulliste dire qu’il était choqué par une telle comparaison, étrange ! pourtant, c’est assez choquant.

Lors de son déplacement à Berlin le 10 janvier 2017, devant des Français vivant en Allemagne, Emmanuel Macron s’est exprimé en …anglais ! Si je trouve pertinent que l’idéal est de s’exprimer dans la langue du pays où l’on se déplace lorsqu’on représente la France, il est étrange, d’une part, de ne pas parler en allemand en Allemagne (plus la langue allemande sera parlée par des Français, plus la langue française sera respectée hors de la France), d’autre part, pour une campagne présidentielle, de ne pas parler français à des citoyens français, même expatriés.

Autre déclaration qui n’est pas une maladresse mais qu’il va devoir assumer un jour devant ses électeurs : lors de sa venue à Berlin, Emmanuel Macron a rendu hommage à Angela Merkel pour avoir accueilli plus d’un million de réfugiés sur le territoire allemand (Benoît Hamon a fait de même sur BFM-TV le 13 janvier 2017). Si je ne doute pas qu’Emmanuel Macron est prêt à défendre ce point de vue, il n’a pourtant pas été beaucoup attaqué sur ce point malgré le fort courant opposé à tout accueil de réfugiés

Lors de son déplacement dans le Nord de la France, Emmanuel Macron a été plutôt désagréable en expliquant que cette région était caractérisée par un fort tabagisme et un fort alcoolisme (comme si une région ne pouvait se réduire qu’à une seule donnée). Des propos plutôt maladroits qui ont rappelé ceux sur les employées "illettrées" d’une entreprise en difficulté, etc.


6.4. Des propositions parfois très clivantes ou contestables

C’est sans doute la magie Macron dans les médias : on ne regarde que la communication sans regarder le contenu. Et pourtant, il y a du contenu. Et certaines propositions devraient même révolter certains syndicats, certaines beaucoup plus "violentes" que les propositions de François Fillon.

Ainsi pour l’assurance chômage : l’idée d’Emmanuel Macron, c’est de faire porter l’effort de l’assurance chômage sur l’État et pas sur les cotisations sociales. Cela signifierait une perte d’influence très grande des syndicats. J’imagine la réaction de Jean-Claude Mailly mais je ne l’ai pas entendu sur le sujet. Emmanuel Macron veut aussi baisser de 6% les charges sociales sur les salaires et compenser par une hausse de la CSG, gérée par l’État.

Emmanuel Macron a déclaré sur France Inter le 1er février 2017 vouloir supprimer l'ISF mais taxer massivement le patrimoine immobilier. Un réflexe... de gauche ?

Autre mesure clivante, ici inutilement, Emmanuel Macron, en bon représentant bobo (CSP++), est favorable à la dépénalisation du cannabis (comme le candidat socialiste du reste), comme si ce sujet était essentiel quand on se présente à l’élection présidentielle. C’est pourtant en contradiction avec la volonté de faire de la prévention sur le tabac et l’alcool (volonté affichée dans sa plaquette).

Beaucoup de propositions sont d’ailleurs du recyclage de vieilles propositions (comme la baisse des charges salariales). Henri de Castries, qui a annoncé son soutien à François Fillon, a estimé le 17 janvier 2017 que la potion Macron, c’était « de la vieille cuisine dans une casserole neuve ».


6.5. Emmanuel Macron, coresponsable du quinquennat Hollande

L’image d’homme neuf qu’il a réussi à donner ne doit pas faire oublier qu’Emmanuel Macron est parmi les premiers responsables du désastre économique du quinquennat de François Hollande. Conseiller économique pendant la campagne présidentielle de 2012, Emmanuel Macron fut secrétaire général adjoint de l’Élysée en charge de l’économie et des finances de 2012 à 2014, et à ce titre, fut le premier responsable du matraquage fiscal qu’a subi la classe moyenne pendant les deux premières années du quinquennat, ainsi que de l’inefficacité de la fameuse "boîte à outils" sur le front de l’emploi. Enfin, comme Ministre de l’Économie, il n’a pas brillé par des mesures révolutionnaires et il y a toujours une évidente hypocrisie intellectuelle à dire aujourd’hui qu’il voulait aller plus loin sans pour autant montrer ses désaccords en ne démissionnant pas.

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À la Villette le 29 janvier 2017, François Fillon ne l’a pas "raté" : « Il fait croire qu’il est seul et qu’il vient de nulle part ; en réalité, il a fait le programme de monsieur Hollande, mais aussi une grande partie de sa politique… Il est parti pour une échappée en solitaire, mais ses équipiers ne sont pas loin. Qui sont-ils ? Eh bien, c’est toute l’équipe gouvernementale de monsieur Hollande… Bonjour la nouveauté ! Macron, c’est le sortant. Macron, c’est le bilan de Hollande. Macron, c’est surtout le prototype des élites qui ne connaissent rien à la réalité profonde de notre pays ! ».


6.6. Il n’aura pas de majorité parlementaire

Cet argument est la tarte à la crème qu’a pu aussi susciter la candidature de François Bayrou en 2007 et très simplement résolue par Jean-Luc Mélenchon qui a très bien compris le principe des institutions : si Emmanuel Macron parvenait à se faire élire Président de la République, il n’aurait pas vraiment de problème pour construire le mois suivant une majorité parlementaire à ses contours. C’est d’autant plus facile qu’il est positionné au centre de l’échiquier politique et pas à l’un des extrêmes.

Cependant, une fois dit cela, la vraie difficulté d’Emmanuel Macron, c’est de rester le plus longtemps dans son ambiguïté "ni droite ni gauche". Cela signifie qu’il ne voudrait sans doute pas du soutien public de François Hollande et d’une grande partie de dirigeants socialistes. Tant que la candidature n’est pas polarisée gauche ou droite, elle pourra attirer autant des sympathisants de droite et de gauche.

L’échec d’Alain Juppé a déblayé le terrain sur son aile droite. L’échec de Manuel Valls a déblayé sur son aile gauche. Mais il faudra bien à un moment donné qu’Emmanuel Macron prenne certaines positions. Et donc, commence à faire des mécontents.

Le plus problématique, à mon sens, est le syndrome Bayrou : Emmanuel Macron dit vouloir rassembler tout le monde, et concrètement, il refuse toute discussion avec des éventuels ralliés, de droite ou de gauche. Cela signifie qu’il n’accepte des partisans que lorsqu’ils sont à poils, sans idée et sans conviction et qu’ils adoptent les siennes sans discussion. Ce n’est pas ainsi qu’on rassemble les Français ni qu’on bâtit une majorité au Palais-Bourbon…


6.7. Son électorat

L’électorat d’Emmanuel Macron serait très hétéroclite (il volerait même des électeurs de Marine Le Pen !) mais ses militants seraient très homogènes : ce seraient surtout des jeunes actifs de catégories socioprofessionnelles aisées vivant dans les grandes villes et qui sont peu touchés par la crise économique et sociale. L’un des défis de sa campagne sera donc d’élargir son audience auprès des populations socialement moins aisées, ou plus rurales que son cœur de cible initial.

Son "électorat" resterait très fragile car son parti est nouveau. Avant d'avoir besoin d'une majorité parlementaire, Emmanuel Macron aurait d'abord besoin d'une majorité présidentielle, et s'il se trouvait face à Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle, cela ne serait pas sûr qu'il puisse rassembler une telle majorité. Pourquoi ? Parce que contrairement à 2002 où Jacques Chirac avait déjà un "camp" et devait rassembler "l'autre", Emmanuel Macron partirait de "rien", ni du PS ni de LR, un peu comme un extra-terrestre, et le flou, l'inconnu, l'incertitude peuvent faire aussi peur qu'un programme bien connu, très idéologique placé à l'extrême droite. En d'autres termes, pour certains électeurs, la victoire d'Emmanuel Macron pourrait faire aussi peur que l'élection de celle que les sondages placeraient en face de lui, le cas échéant, au second tour.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron va-t-il dynamiter la présidentielle 2017 ? 
Programme d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Emmanuel Macron est-il de gauche ?
François Bayrou.
Bernard Cazeneuve.
Benoît Hamon.
François Fillon.
Primaire socialiste de janvier 2017.
Les investissements productifs.
La France archaïque.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
Ramasse-miettes du système politique français.
JJSS, un Macron des années 1970.
Le Centre aujourd’hui.
Manuel Valls.
François Hollande.
Une colombe dans un nid de crocodiles.
Hollande démacronisé.
Michel Rocard.
Populismes.
Mystère ou Mirage Macron ?
Discours d’Emmanuel Macron le 8 mai 2016 à Orléans (à télécharger).
La vivante énigme d’Emmanuel Macron.
Le saut de l'ange.
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161210-macron-3.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-va-t-il-dynamiter-189213

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/16/34817656.html



 

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 23:36

(verbatim)


Discours de François Fillon
Margny-lès-Compiègne – 15 février 2017



Mes chers compatriotes, Mes amis,

C’est avec une joie profonde que je m’adresse à vous, dans cette ville de Compiègne, si chère, depuis toujours, au cœur des Français.

Merci de votre présence !

Merci d’être inflexibles devant les attaques, déterminés à assumer la seule bataille qui vaille : celle du redressement de la France.

Au-delà de ma personne, c’est mon projet qui dérange.

Si mon projet était fade, les critiques seraient fades.

Si je n’avais pas de convictions mes adversaires ne chercheraient pas à me les faire ravaler.

On veut nous faire taire. Eh bien je persiste et je signe.

Je suis fier d’être Français.

Je suis un patriote. Je l’assume contre tous ceux qui ne croient plus à la France.

Je dis mon attachement à nos valeurs traditionnelles. Oui, j’assume avec vous d’avoir des racines solides contre ceux qui font l’apologie du vide.

Je défends la liberté. Oui, j’assume avec vous la 1ère valeur de notre devise contre ceux qui préfèrent tout niveler par le bas.

Je veux l’ordre et l’autorité de l’Etat. Oui, j’assume avec vous la République qui a la main ferme et qui protège.

Je veux combattre le totalitarisme islamique. Oui, j’assume la guerre qui nous a été déclarée.

J’affirme qu’avec sa montagne de dettes et de déficits notre pays est au bord de la faillite. Oui, j’assume les phrases qui réveillent plutôt que celles qui nous endorment devant le précipice.

Je dis qu’il faut nous moderniser à fond, qu’il faut se retrousser les manches, qu’il faut balayer toutes ces politiques filandreuses qui depuis trop longtemps nous empêchent d’être la patrie du travail, de l’audace et du progrès.

Oui j’ai mes convictions et je demande à ceux qui hésitent à deux mois de l’élection présidentielle : de quel côté êtes-vous ?

Du côté de la France qui se redresse ou du côté des illusionnistes ?

Dans cette salle, on est pour le redressement. Nos adversaires, eux, ils ont capitulé !

Mme Le Pen veut sortir de l’Europe car il est trop dur de se comparer à l’Allemagne. Mieux vaut la fuite que la compétition.

M.Hamon veut passer aux 32 heures par semaine : trop dur les 35 heures.

M.Mélenchon veut laisser filer les déficits : dur, trop dur de réduire nos dettes. Tant pis pour nos enfants.

Quant à M.Macron, le voici expliquant qu’il y a «des» cultures françaises et pas «une» culture française.

Dur, trop dur de défendre Descartes, Molière, Victor Hugo, Proust… Bien plus facile de mélanger toutes les cultures dans la marmite à fondre l’identité de la France.

Diluer notre identité en pensant que ça va nous permettre de mieux nous intégrer dans la mondialisation, cela relève d’une illusion naïve.

Nous ne pouvons pas tenir notre rang dans le monde en disant : « nous ne sommes personne ».

Nous ne pouvons pas intégrer les étrangers qui reçoivent la nationalité française en leur disant, « bienvenue nulle part ».

M.Macron, la France ce n’est pas une fiction sans traits et sans visage !

Il y a une culture française ; c’est un fleuve qui irrigue notre langue, nos arts, nos coutumes, notre imaginaire. D’autres sources existent, mais le fleuve central est là !

Tous les pays admirent notre civilisation, pourquoi pas nous ?

Oui, je le dis, ici, à Compiègne, la ville « la plus fidèle », comme le proclame votre devise : être français est un privilège. Pas question de le brader !

Hier en Algérie M. Macron a osé dire que la Colonisation était un crime contre l’humanité

Cette détestation de notre histoire,  cette repentance permanente est indigne d’un candidat à la présidence de la République.

Il y a quelques mois, Monsieur Macron trouvait des aspects positifs à la colonisation. Cela veut dire que Emmanuel Macron n’a aucune colonne vertébrale, il dit simplement ce que ceux qui l’écoutent veulent entendre.

Ces jours-ci, mes amis, plusieurs de nos banlieues sont frappées par des émeutes. Il y a quelque chose de cassé dans notre République.

Certains parlent pudiquement de « quartiers » pour désigner les zones de non-droit…

Quand la guérilla urbaine menace, il faut poser des mots sur les choses.

Un casseur n’est pas un adolescent frustré. C’est un casseur !

Un délinquant n’est pas un mineur qui se cherche. C’est un délinquant !

Un dealer n’est pas un grand frère. C’est un dealer !

Les excités en cagoule qui caillassent les pompiers ne sont pas des rebelles : ce sont des voyous !

Les irresponsables qui tirent à balles réelles sur la police ne sont pas des sauvageons : ce sont des sauvages !

Je parle clair pour tous nos compatriotes qui vivent dans les cités et qui en ont marre d’être pris en otage par ces petites frappes qui tiennent leur immeuble ou leur cité.

Pour les gens honnêtes, pour ces familles modestes qui cherchent courageusement à s’en sortir, l’ordre n’est pas une option, c’est une nécessité pour vivre en paix.

Pour eux, la sécurité n’est pas un luxe : c’est un droit fondamental !

Tout a démarré à cause d’un jeune homme, Théo, dont l’arrestation est contestée. Toute la lumière doit être faite sur les conditions de cette arrestation.

La justice est saisie et elle devra sanctionner les policiers s’ils ont fauté.  Mais rien ne justifie ces émeutes, rien n’autorise les bandes à s’en prendre aux biens des habitants, rien ne les autorise à agresser les forces de l’ordre.

Nos policiers et nos gendarmes font un métier difficile.

Ils l’exercent avec une abnégation et un sens du devoir qui méritent nos éloges.

Ils font souvent face aux injures, aux agressions, parfois c’est leur vie qu’ils mettent en jeu pour nous tous.

Chaque année, près de 17.000 policiers et gendarmes sont blessés en mission et en service ; une dizaine d’entre eux trouvent la mort.

Alors, assez de sarcasmes, assez de suspicion…

Respect, oui respect pour ces femmes et ces hommes qui nous protègent ; respect pour leur courage et leur dévouement.

Moi, je leur dis « merci pour votre engagement » et je leur assure de mon soutien total.

Les casseurs disent qu’ils ont la « haine » ? Mais la haine de quoi ?

De vivre dans un pays démocratique, un pays qui offre une éducation gratuite, une santé pour tous, des prestations sociales pour ceux qui sont dans le besoin…

Franchement, la France ne mérite pas cette haine !

Bien sûr qu’il y a le chômage des jeunes et cette absence cruelle de perspectives d’avenir… C’est tout l’objet de mon projet économique qui est ciblé sur la libération du marché de l’emploi et sur la priorité donnée à l’alternance et l’apprentissage.

Mais rien, non rien, n’excuse la violence.

Visiblement, le laxisme a fait des ravages dans certaines têtes.

Il est temps de remettre les choses à l’endroit, de réarmer notre Justice et de lui donner les moyens de fonctionner.

Je mettrai fin à l’inexécution des peines, à cette situation inacceptable où près de 100 000 peines ne sont pas exécutées ou en attente d’exécution chaque année.

Je supprimerai le système des remises et des aménagements quasi-automatiques des peines de prison, pour que la sanction retrouve sa force.

Dès l’été 2017, nous ferons voter un dispositif pour lutter contre la récidive, en rétablissant les peines-planchers automatiques.

Et de façon cohérente, je relancerai la construction de 16 000 places de prison.

Il nous faudra également nous attaquer à la problématique des mineurs qui recoupe d’ailleurs pour partie celle des multirécidivistes.

Ouvrons les yeux.

Si les nouveaux délinquants mineurs se conduisent comme des adultes délinquants, il convient de les traiter comme tels en supprimant l’excuse de minorité et en abaissant la majorité pénale à seize ans, c’est-à-dire de modifier l’ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs.

Concrètement, il n’y aura donc plus d’excuse de minorité pour le délinquant de 16 ou 17 ans qui commettra un délit ou un crime. Il sera jugé pour ses actes, comme un adulte.

Dans certains de ces quartiers, tout le monde le sait, règne la loi des caïds et des chefs de bande. L’effet d’entraînement sur les plus jeunes est considérable. Tout doit être fait pour y mettre fin.

Nous devons éloigner des quartiers, les délinquants trafiquants de drogue qui sortent de prison.

Il faut empêcher systématiquement un délinquant chevronné de revenir sévir sur son territoire habituel, à sa sortie de prison.

Cette peine existe d’ores et déjà dans notre Code pénal, mais elle demeure facultative. J’appliquerai donc l’esprit des peines-plancher pour les rendre automatiques.

Enfin, je veux engager une nouvelle étape dans la modernisation et l’équipement de nos forces.

Il faudra mieux valoriser les parcours de carrière notamment dans les services d’enquête, aujourd’hui délaissés alors qu’ils sont le cœur de la lutte contre les trafics.

Je veillerai surtout à ce qu’un effort substantiel d’équipement pour la Police et la Gendarmerie soit lancé pour les mettre au meilleur niveau technologique.

Je pense à la vidéo protection à laquelle la gauche s’est longtemps opposée, à la géolocalisation des unités et des patrouilles, à un usage plus scientifique des fichiers appuyé sur des logiciels prédictifs du crime qui se développent à l’étranger.

Mais il nous faut encore aller plus loin. Je veux décharger nos policiers et gendarmes des lourdeurs bureaucratiques, des procédures judiciaires redondantes, des règles administratives devenues obsolètes.

En clair, je veux faire confiance aux forces de l’ordre dont l’action est bridée par ce carcan.

Et je veux fédérer toutes les structures qui concourent à la protection des Français : police, gendarmerie, polices municipales qui doivent être armées, entreprises privées de sécurité. Tout ce dispositif doit être coordonné et retendu.

Ce projet pour la sécurité des Français, je le porterai lors du débat présidentiel, et si je suis élu, la fermeté sera à l’Elysée.

Avec le terrorisme, notre pays a été frappé dans sa chair.

Nous sommes face à un nouveau totalitarisme : le totalitarisme islamique qui nous attaque et qui vampirise une partie de notre jeunesse.

Dans l’Hérault, des kamikazes de 20 ans ont été stoppés dans leur projet d’attentat.

Quand je vois certains de mes concurrents, je me demande pourquoi ils ne parlent pas de cette menace… Sur ce sujet capital, avez-vous entendu une fois M.Macron expliquer sa stratégie ?

Faut-il rappeler que le Président de la République est chef des armées ?

Nous devons être intransigeants face à l’islamisme radical. Je n’aurai aucune complaisance.

Toute personne coupable d’intelligence avec l’ennemi sera condamnée.

Tout étranger appartenant à la mouvance intégriste sera expulsé.

Je veux un strict contrôle administratif du culte musulman, tant que son ancrage dans la République ne sera pas pleinement achevé, à l’exemple des autres religions.

J’exigerai la dissolution immédiate de tous les mouvements qui se réclament du « salafisme » ou des Frères musulmans.

Nos concitoyens musulmans n’ont pas à devenir les otages des fanatiques et des intégristes. Je leur demande de nous aider à faire le ménage !

Mes amis,

Avec 6 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres, avec tous les problèmes d’intégration que nous rencontrons, je veux une immigration réduite à son strict minimum.

Notre politique d’immigration devra être fixée par des quotas, chaque année, en fonction de nos capacités d’accueil. Comme au Canada.

C’est aux étrangers qu’il revient de faire l’effort d’intégrer la France, avec ses lois, sa langue et ses mœurs, et non à la France de se plier à des coutumes ou à des règles qui ne seraient pas conformes à son pacte républicain.

Les étrangers que nous accueillons doivent respecter des devoirs avant de réclamer des droits.

Ils devront attendre deux ans avant toute prestation sociale.

Notre droit d’asile est une tradition qui remonte à la chrétienté et qui nous honore. Mais il doit fonctionner correctement. Je veux que les procédures soient accélérées et que les déboutés soient systématiquement expulsés.

La République ne doit plus s’affaisser. Nous devons rétablir ses piliers et nous réunir autour d’eux.

La famille est un de ces piliers.

Je relèverai le quotient familial et favoriserai les donations aux enfants. Je protégerai les droits de l’enfant.

Notre école est à la dérive.

Avec leur jargon prétentieux et leurs méthodes ubuesques, les pédagogues ont saboté la plus belle institution de notre République !

Avec leur égalitarisme maniaque, les idéologues ont mis l’égalité des chances en danger.

Il est temps de retrouver un peu de bon sens.

L’école sert à apprendre à lire, à écrire et à compter. Pour que nos enfants maîtrisent ces savoirs fondamentaux, j’avancerai l’âge de la scolarité à cinq ans au lieu de six.

L’Ecole doit aussi préparer à l’entrée dans la vie active : je mettrai le paquet sur l’alternance et l’apprentissage.

L’école sert enfin à apprendre la citoyenneté, l’égalité, le goût aussi d’être français et fier de l’être.

Que dans certaines de nos écoles on s’interpelle suivant ses origines – « gaulois », black », « beur », « feuj » – c’est une régression de l’unité française, c’est une tribalisation de notre société !

Et cela je ne l’accepte pas car nous sommes d’abord tous français.

Je propose donc que les écoliers portent un uniforme scolaire, pour qu’ils se sentent tous ensemble, tous égaux. C’est un symbole, mais tout commence par des symboles !

Mes chers amis,

Au cœur de tous nos problèmes, il y a notre moteur économique qui tourne au ralenti.

Il ne crée plus assez de richesses, plus assez d’emplois, mais par contre il produit toujours plus de misère, toujours plus d’impôts, toujours plus de dettes, toujours plus de bureaucratie.

Mon projet est le seul à pouvoir nous remettre sur la voie de la croissance et de l’emploi.

Nous n’avons rien à attendre des autres.

Ni de la croissance internationale qui reste faiblarde.

Ni des présidents américain, russe ou chinois qui ont d’autres chats à fouetter.

Rien à attendre, non plus, des marchands d’illusions de notre paysage politique.

A l’extrême gauche, on rabâche des sornettes crypto-marxistes.

A l’extrême droite, ce n’est pas mieux.

Retraite à 60 ans, hausse des salaires sans limites, embauches publiques à gogo, déluge de dépenses publiques, retour insensé au Franc… Tout cela nous mènerait immédiatement à la faillite !

Quant aux rêveries de M. Hamon, c’est le monde de oui-oui.

Temps de travail à 32 heures : pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi pas 30 heures ou 25 ?

Quant au revenu universel, pourquoi être si modeste lorsqu’on peut vendre le bonheur universel !

Et puis il y a l’autre gauche : celle du marketing et des paillettes. C’est la gauche branchée de M. Macron, la gauche des bonnes intentions, des mots doux qui cajolent, des « mots bleus qu’on dit avec les yeux ».

Cette gauche-là, elle ne s’encombre pas de programme. Elle nous dispense de détails inutiles…  Nous n’en sommes peut-être pas dignes à ses yeux.

Circulez, bon peuple, il n’y a rien à voir. Faites confiance aux énarques !

Moi, je n’esquive pas. Je ne louvoie pas. Je dis clairement ce que je vais faire.

Je propose une vraie transformation économique et sociale.

Je veux nous libérer des normes, des contrôles qui paralysent l’activité, tuent les initiatives, dissuadent l’investissement.

La meilleure politique sociale, c’est celle qui donne du boulot.

Et la seule politique qui donne du boulot, c’est celle qui mise sur la liberté.

C’est cette liberté qui va vous permettre de profiter de la révolution numérique ; c’est cette liberté qui va déverrouiller le marché de l’emploi ; c’est cette liberté qui va donner aux entrepreneurs, aux agriculteurs, aux artisans, aux jeunes qui ont le cœur vaillant, le goût de se battre pour réussir leur vie.

Je veux une France productive, une France réconciliée avec le travail et l’audace. Je ferai tout pour gagner la bataille du plein emploi.

Pour cela, il faut que nos entreprises puissent se déployer, investir, embaucher.

Il faut que nos startups puissent trouver des financements et se développer sans être freinées par un monceau de contraintes inutiles.

Je réduirai de 40 milliards les charges sociales des entreprises.

Je supprimerai définitivement les 35 heures.

J’alignerai la fiscalité du capital sur celle de nos voisins allemands car je préfère que les investisseurs français investissent en France plutôt qu’ailleurs ; et je n’aime pas que la France se prosterne devant les fonds de pensions étrangers.

Je veux réformer le RSI.

Non pas l’aligner sur le régime général, comme le propose M. Macron, ce qui aurait pour conséquence d’augmenter de plus de 20% les charges des commerçants, des artisans et des indépendants : mais constituer une véritable caisse de protection des indépendants.

Je veux généraliser l’apprentissage, pour que les jeunes puissent apprendre au sein du monde du travail. Et je refonderai la formation professionnelle.

Notre sphère publique doit être réformée. Elle doit être un atout pour notre pays, pas un frein.

Nos agents publics sont compétents et dévoués. Mais ils sont les premiers à pâtir des lourdeurs de la bureaucratie.

Je préfère qu’ils soient moins nombreux, mieux payés et plus motivés.

Nous avons près de 6 millions d’agents publics.

C’est plus que l’Allemagne, qui compte pourtant plus d’habitants que nous, et qui n’est pas moins bien administrée que nous.

La baisse des effectifs que je propose sur l’ensemble du quinquennat représente 8% des agents publics. C’est raisonnable et cela est nécessaire si l’on veut remettre le budget de la France sur des rails solides.

Je passerai progressivement nos fonctions publiques à 39 heures pour qu’elles soient plus efficaces au service des Français.

Dans les entreprises comme au sein de l’Etat, c’est en travaillant un peu plus que les Français gagneront plus.

Mes réformes dynamiseront le pouvoir d’achat, que ce soit à travers la fin des 35 heures dans le privé, le passage aux 39 h dans le public, ou le relèvement du quotient familial.

Le gain engendré par la baisse des charges représentera, sur la feuille de paye, au moins 250 Euros par an, et 500 Euros pour les couples qui travaillent.

Je veux une retraite digne pour tous nos anciens. Pour cela, nous devons aller progressivement vers la retraite à 65 ans.

Nous vivrons tous plus longtemps – en moyenne au-delà de 80 ans. Il est donc raisonnable de cotiser un peu plus longtemps pour assurer nos vieux jours.

Mais il faut faire plus pour les petites retraites. Je revaloriserai de 300 Euros les pensions de moins de 1 000 Euros, et d’au moins 600 Euros les petites pensions de réversion.

Je veux une santé pour tous, de la meilleure qualité possible.

Ils sont irresponsables, ceux qui essayent de nous faire croire que tout va bien, alors que notre système de soins se dégrade et qu’il coûte de plus en plus cher, au détriment des plus faibles !

Je veux une santé capable de répondre au vieillissement de la population et au prix croissant des nouveaux médicaments.

Pour cela, j’agirai, en concertation avec les professionnels de la santé.

Plus nous serons productifs, plus nous pourrons dégager des moyens pour aider nos concitoyens en difficulté.

Je veux renforcer l’effort de la Nation en faveur des handicapés, notamment pour les familles qui ont du mal à scolariser leurs enfants.

Je veux engager un plan sans précédent d’action pluriannuel de lutte contre la pauvreté et l’exclusion.

J’ai discuté avec les associations, dont celle d’Emmaüs.

Toutes m’ont dit leur volonté d’avoir plus de liberté, plus de clarté et plus de continuité financière pour combattre l’exclusion.

Mes amis,

C’est en se redressant que la France retrouvera une influence dans le monde.

Je veux une France fière, indépendante, qui s’assume et qui rayonne.

Une France respectée, qui défende ses intérêts.

Une France avec des moyens militaires renforcés.

Face aux Etats-Unis, à la Russie, la Chine, nous devons tenir notre rang.  J’y suis prêt.

Je rappellerai à nos amis américains qu’être leurs alliés n’est pas être leurs vassaux.

Aux Russes, je proposerai avec franchise et fermeté un nouveau partenariat, pour sortir de cette guerre froide qui divise le continent européen et pour abattre ensemble l’Etat islamique.

A la Chine, je demanderai la réciprocité dans nos échanges commerciaux, et j’utiliserai pour cela l’Europe qui a le devoir de se défendre.

Notre intérêt n’est pas que l’Europe se défasse.

C’est qu’elle cesse de se préoccuper de la taille des radis et qu’elle ait une ambition économique, technologique, militaire, sécuritaire.

Pour moi, l’Europe est une civilisation et toute civilisation est un jour devant un choix suprême : disparaître ou renaître.

Si on ne fait rien, l’Europe deviendra le comptoir de la Chine et la France le musée du monde.

Notre pays doit se redresser et prendre la tête de la renaissance européenne.

Comme le disait le Général de Gaulle, ici, à Compiègne, en 1948, il faut, je le cite, « dissiper cette atmosphère de renoncement qui est la plus indigne et la plus dangereuse. Dans la situation du monde, ce sont les faiblesses des hommes libres qui excitent les ambitions mauvaises et découragent les justes résistances. Que la France fasse son devoir ! », s’écriait de Gaulle.

Alors oui, mes chers amis, que la France fasse son devoir !

Qu’elle se rassemble. Qu’elle libère sa force de travail. Qu’elle étonne le monde, une fois de plus !

J’appelle tous les courageux.

J’appelle tous ceux qui ont dans le cœur un idéal indestructible.

J’appelle tous ceux qui ont, chevillée au corps, l’âme française.

Rejoignez-moi pour l’action.

Rejoignez-moi pour le redressement national.

Soyons fiers de ce beau nom de « France ». Pour elle, nous serons fidèles, nous serons combattifs, solidaires nous serons invincibles.

Vive la République, vive la France !

François Fillon, le 15 février 2017 à Margny-lès-Compiègne


Source : www.fillon2017.fr





 

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 05:39

« Plus l’homme acquiert de la puissance, plus il devient vulnérable. Ce qu’il doit le plus redouter, c’est le moment où, la création entièrement jugulée, il fêtera son triomphe, apothéose fatale, victoire à laquelle il ne survivra pas. Le plus probable est qu’il disparaîtra avant d’avoir réalisé toutes ses ambitions. » (Cioran). La dynamite Macron, deuxième partie.



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Je reviens sur mon article sur la "dynamite Macron". Entre-temps, Benoît Hamon a été désigné comme candidat du PS à l’élection présidentielle et de nombreux élus socialistes, proches de Manuel Valls, sont sur le point de rejoindre Emmanuel Macron. Les responsables d’En Marche ont même revendiqué 3 000 adhésions supplémentaires rien que pour la première journée qui a suivi la primaire socialiste. De son côté, Emmanuel Macron continue sa percée dans les sondages et serait même qualifié pour le second tour.


Passons maintenant la candidature d’Emmanuel Macron au peigne fin, selon ses forces et ses faiblesses, sans prétendre, bien sûr, à l’exhaustivité.


4. Forces

4.1. Un mouvement bien structuré

Son mouvement En Marche a revendiqué, au 8 février 2017, le nombre de 186 554 adhérents (130 149 au 1er janvier 2017 ; 173 364 au 1er février 2017) et la création, depuis plusieurs mois, d'environ 3 000 comités locaux, non seulement en France mais aussi à l’étranger (500 adhérents au Maroc, par exemple). Par comparaison, le PS aurait environ 80 000 adhérents à jour de cotisation. Il faut certes rappeler qu’une adhésion à En Marche, c’est juste un clic et c’est gratuit. Et c'est non exclusif, cela veut dire qu'on peut rester membre d'un autre parti.

Autre comparaison : plus de 10 000 personnes, parfois venues de loin (à leurs frais), étaient présentes au premier grand meeting de campagne d’Emmanuel Macron le 10 décembre 2016 à la Porte de Versailles de Paris (environ 12 000 personnes). C’est moins que le meeting de François Fillon à la Villette le 29 janvier 2017. Mais sept jours avant le meeting d’Emmanuel Macron, le PS avait réuni seulement environ 2 000 personnes à la convention de la Belle Alliance populaire, le 3 décembre 2016 à la Villette à Paris, pour un objectif de 5 000 personnes avec aide aux transports...

Les meetings à Lille le 14 janvier 2017 et à Quimper le 16 janvier 2017 ont réuni aussi beaucoup de monde, respectivement environ 4 500 et 2 500 personnes, là où certains grands candidats à la primaire socialiste ont eu du mal à réunir quelques centaines de personnes.

La mobilisation d’environ 2 millions de votants à la primaire socialiste du 29 janvier 2017 a apporté évidemment un bémol à ces comparaisons : "l’effet primaire" amplifie la capacité à se mobiliser, et la popularité de Benoît Hamon s'envole.


4.2. L’écoute

Le point fort du candidat Emmanuel Macron, c’est l’écoute. L’écoute de ses adhérents, au moyen de sondages, de questionnaires, d’encouragements à la réflexion, de réunions locales. C’est sans doute la raison principale de l’engouement pour sa candidature, l’écoute. Les Français ont besoin d’être écoutés. C’est la révolution numérique qui veut que tout ne vienne plus seulement d’en-haut. Il faut qu’il y ait un dialogue de la base vers les décideurs.

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Cela peut aboutir à quelques excès. Par exemple, à propos du meeting de la Porte de Versailles à Paris du 10 décembre 2016, il était plus facile de retrouver sur Internet le sondage auprès des participants sur leurs impressions (ce qui, politiquement, n’a aucun intérêt, seulement pour l’équipe de campagne), que le texte même du discours.

Le site Internet d’En Marche est très intéractif, et j’aurais presque tendance à dire, trop interactif. On l’a trop l’impression que la forme l’emporte sur le fond, que le contenant est plus important que le contenu. L’agence de communication recrutée est particulièrement efficace.

Le risque d’une trop grande écoute, c’est qu’elle comble un grand vide de contenu. Une absence de vision. Une absence de projet. En quelques sortes, Emmanuel Macron a joué avec les mêmes facilités que Jean-Marie Le Pen lors de sa première (grande) campagne présidentielle, en 1988, où l’on pouvait lire en gros sur des affiches : « Mon programme, c’est le vôtre ! ». Ainsi, il ne se foulait pas beaucoup et caressait dans le sens du poil par une forte imprécision et ambiguïté. Un flou qui peut créer des malentendus.


4.3. La pensée positive

Comme l’a fait remarquer Renaud Dély le 18 janvier 2017 sur LCI, les discours d’Emmanuel Macron sont positifs et optimistes. C’est réjouissant. Ils ne sont pas dans une sorte de déclinisme ambiant qu’on peut retrouver avec Manuel Valls (nous sommes en guerre), François Fillon (nous sommes en faillite) ou encore Marine Le Pen (nous ne sommes plus français). Les personnes positives sont toujours considérées avec sympathie.


4.4. Attrape-tout et usine de recyclage

Le contexte politique donne à Emmanuel Macron un véritable boulevard et il a su saisir l’opportunité de préempter le positionnement très ancien de François Bayrou. Certes, les vagues successives de ralliements peuvent avoir un arrière-goût de panique et d’opportunisme.

Il faut en distinguer deux origines.

La première est socialiste. C’est le sauve-qui-peut qui s’est amplifié avec la désignation de Benoît Hamon à la primaire socialiste. Emmanuel Macron reprend malgré lui le flambeau du hollandisme révolutionnaire ou du vallsisme combatif.

Dès le 11 décembre 2016, Ségolène Royal, dont l’inimitié avec Manuel Valls est assez connue, laissait entendre sa grande sympathie pour Emmanuel Macron. Même Jean-Marc Ayrault, le 15 janvier 2017, voyait en Emmanuel Macron un "homme de gauche" que les socialistes donc pourraient soutenir, le cas échéant.

Ce sont souvent des élus locaux, des adjoints au maire, des maires, des députés, des sénateurs, des conseillers départementaux, des conseillers régionaux "d’origine socialiste" qui petit à petit rejoignent la campagne d’Emmanuel Macron. Il y a là un véritable piège, celui d’être une machine de recyclage du socialisme désuet.

La seconde origine, c’est la droite ou la "société civile", expression assez détestable pour parler des personnalités non politiques mais ayant une influence dans le monde économique, culturel, médiatique. Parmi ces derniers, on peut évoquer Alain Minc, Pierre Bergé, mais aussi, pour les anciens ministres de "l'autre bord", Anne-Marie Idrac, Jean-Paul Delevoye, Renaud Dutreil, Serge Lepeltier, Jean Arthuis. Concrètement, et sans offenser aucune de ces personnalités, la plupart de ces personnes sont plutôt des "has been". Bref, à part quelques rares cas, leur avenir est derrière elles, et elles se raccrochent à un nouveau train en marche (grâce aux sondages).

Il suffit de voir qui décide réellement au sein d’En Marche et là, il n’y a pas d’ambiguïté : ce sont des parlementaires toujours socialistes. Avec une exception, puisque c'est Jean-Paul Delevoye qui est chargé de l'investiture des candidats En Marche aux élections législatives de juin 2017 (sous la houlette d'Emmanuel Macron lui-même).


4.5. Renouvellement

Avec Emmanuel Macron, Manuel Valls a vieilli de vingt ans ! L’ancien maire d’Évry qui voulait se montrer comme le jeune du renouvellement socialiste a pris non seulement des rides à cause d’Emmanuel Macron mais aussi à cause de ses autres concurrents de la primaire socialiste qui sont de la même génération, voire plus jeunes que lui.

La désignation de Benoît Hamon montre que le besoin de renouvellement est important. Le changement de génération. Les mélenchonistes parlent de "dégagisme" en oubliant que Jean-Luc Mélenchon a lui aussi l’âge de prendre sa retraite et de laisser à d’autres le soin de défendre ses idées (il m’a semblé qu’il ne voulait pas la retraite à 65 ans mais à 60 ans ! quel âge a-t-il ?).

Néanmoins, la réalité du renouvellement chez Emmanuel Macron prête à confusion. Lui, c’est sûr, est une tête nouvelle et il était quasiment inconnu des Français en été 2014, et quasiment inconnu du monde politique avant 2011. Les plus attentifs ont pu s’apercevoir qu’il avait travaillé pour Jacques Attali dans sa commission nommée par Nicolas Sarkozy pour renforcer la croissance économique.

La question est de savoir si une armée de bras cassés, d’anciens responsables politiques en mal de rebondissements et d’élus inquiets pour leur réélection correspond bien à la définition du renouvellement.

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À l’évidence, beaucoup des adhérents d’En Marche n’ont jamais fait de politique, comme ce fut le cas lors de la vague d’adhésions au MoDem en 2007 et 2008. Ceux qui n’étaient pas politiques sont repartis assez rapidement après y être venus, déçus par ce qu’est finalement la vie politique.

Car c’est bien de cela qu’il faut parler : Emmanuel Macron n’a rien innové en termes de démarche politique. Certes, il n’est pas dans un parti existant, il a créé son propre parti, mais avec les mêmes fonctionnements, ou dysfonctionnements. Les investitures aux élections législatives ne seront décidées que par le seul Emmanuel Macron tandis que les partis traditionnels (LR et PS) ont commencé à démocratiser leurs procédures de candidature (avec des mini-primaires localement).

Il n’y a rien de nouveau à redécouvrir le fonctionnement des partis politiques tel qu’il l’était dans les années 1970.


4.6. Sur l’école

À force d’écouter les gens, on peut faire quelques propositions intéressantes. Si les propositions économiques n’éblouissent pas par leur originalité et nouveauté, celles sur l’école sont plus volontaristes. En effet, Emmanuel Macron considère que les classes cruciales sont au début de l’école primaire où l’acquisition des bases est essentielle.

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Il propose donc que les classes soient dédoublées pour que les enseignants soient plus proches de leurs élèves, puissent mieux s’adapter à leur niveau, et mieux réagir à leurs difficultés : « Investir massivement dans les écoles maternelle et primaire, notamment dans les réseaux d’éducation prioritaire, par exemple en divisant par deux, dans ces zones, la taille des classes de CP. ».


5. L’extraction du sable de Lannion…

Emmanuel Macron n’a pas que des forces. Il a aussi quelques faiblesses qui passent étrangement inaperçues dans le filtre des médias (peut-être à la manière de Donald Trump). Avant de consacrer le prochain article sur les principales faiblesses de la candidature d’Emmanuel Macron, je présente ici une "inexactitude" (pour ne pas dire plus) sortie de la bouche d’Emmanuel Macron interviewé par France 3 Bretagne le 16 janvier 2017 dans le cadre de son déplacement à Quimper.

Interrogé sur le désastre écologique que représenterait l’extraction du sable de la baie de Lannion, l’ancien ministre a répondu : « Je ne l’ai pas autorisée. Si j’avais suivi strictement la loi quand j’étais arrivé ministre, j’aurais donné l’autorisation immédiatement. ». Or, ces paroles sont factuellement inexactes.

En effet, Emmanuel Macron, en tant que Ministre de l’Économie, a signé le 14 septembre 2015 un décret dont l’article 1 est très clair : « Il est accordé à la société Compagnie armoricaine de navigation la concession de sables calcaires coquilliers dite "concession de la Pointe d’Armor", portant sur les fonds marins du domaine public maritime au large des départements du Finistère et des Côtes-d’Armor. ».

Son article 3 donne la précision que cette concession dure quinze ans (à partir du 16 septembre 2015) et que le volume maximal d’extraction est de 250 000 mètres cube par an. Enfin, renforçant la responsabilité du ministre, l’article 8 déclare (banalement) : « Le Ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française. ».

Sans m’étendre ses les dégâts écologiques que provoquerait l’extraction de ce sable très particulier, l’ancien ministre Emmanuel Macron a refusé d’endosser la responsabilité qui était pourtant la sienne dans cette affaire… tout comme il refuse d’endosser la responsabilité du désastre économique qu’a représenté ce quinquennat alors qu’il fut le conseiller économique puis le propre ministre de François Hollande, et à ces titres, à l’origine de toutes les initiatives présidentielles sur le plan économique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron va-t-il dynamiter la présidentielle 2017 ? 
Programme d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Emmanuel Macron est-il de gauche ?
François Bayrou.
Bernard Cazeneuve.
Benoît Hamon.
François Fillon.
Primaire socialiste de janvier 2017.
Les investissements productifs.
La France archaïque.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
Ramasse-miettes du système politique français.
JJSS, un Macron des années 1970.
Le Centre aujourd’hui.
Manuel Valls.
François Hollande.
Une colombe dans un nid de crocodiles.
Hollande démacronisé.
Michel Rocard.
Populismes.
Mystère ou Mirage Macron ?
Discours d’Emmanuel Macron le 8 mai 2016 à Orléans (à télécharger).
La vivante énigme d’Emmanuel Macron.
Le saut de l'ange.
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

_yartiMacronF2016083001



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161210-macron-2.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-va-t-il-dynamiter-189212

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/15/34817653.html

 

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