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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 03:11

« La question de la sécurité maritime illustre parfaitement cette "déterritorialisation" de l’action diplomatique et militaire : l’Europe a d’ailleurs réussi un test majeur en s’imposant comme le chef de file des opérations de lutte contre la piraterie dans l’océan Indien et dans le golfe d’Aden. Cette opération militaire navale, "Atalante", lancée en 2008 sous la Présidence française de l’Union Européenne, reste une référence et peut constituer un modèle utile ailleurs. » (Michel Barnier, 2014).




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Il était une fois un parti Les Républicains qui se cherchait un candidat. À la différence de 2016 où il y avait pléthore, au moins trois voire quatre candidats potentiels dont la stature était incontestable (Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon, voire Bruno Le Maire), en 2021, aucune personnalité ne semble évidente ou naturelle pour le rôle. Depuis le début de l’année 2021, trois personnalités cependant se dégageaient, associées aux territoires, et plus exactement aux régions dont le conseil régional allait être renouvelé en juin 2021 : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez qui ont été réélus présidents de leur région respective (Hauts-de-France, Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes).

Après bien des difficultés, les dirigeants de LR ont organisé une primaire fermée, dans le cadre d’un congrès du parti : le 4 décembre 2021, les militants désigneront leur candidat. Xavier Bertrand et Valérie Pécresse ont donc annoncé leur candidature, bien qu’ayant quitté leur parti depuis 2017 (ils ont entre-temps repris leur carte).

Quant à Laurent Wauquiez, probablement le plus ambitieux, dans un éclair de lucidité, il a renoncé à se porter candidat. L’ex-président de LR garde une forte ascendance parmi les militants de LR. Bruno Retailleau, influent président du groupe LR au Sénat et très proche de François Fillon, lui aussi ambitieux, a renoncé à la compétition dans le même éclair de lucidité. Face à ces deux défections, Éric Ciotti est sorti du bois et a présenté une candidature qui, malgré ce qu’il affirme (qu’il va créer la surprise), est une candidature de témoignage pour représenter justement les idées qui n’y étaient pas encore représentées. Philippe Juvin aussi se présente, préparant de longue date l’échéance, là encore pour développer ses idées.

Pendant longtemps, les commentateurs raisonnaient donc par le duel entre Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Mais c’était sans compter avec Michel Barnier. Lui aussi est un ambitieux. L’air de rien, il a d’abord cherché à être désigné Président de la Commission Européenne en 2019, mais la faible influence des représentants français du PPE (à savoir LR) au Parlement Européen l’a handicapé (et d’autres facteurs aussi). Sa candidature n’était toutefois pas illogique après avoir siégé pendant dix ans à la Commission Européenne dont il connaît parfaitement les rouages et après avoir été le négociateur en chef du Brexit du côté de l’Union Européenne depuis 2016, soit une fonction diplomatique et technique (économique) particulièrement délicate où il a fait preuve d’une vision de l’avenir et d’une étonnante fermeté.

Depuis deux ans, Michel Barnier travaille donc sur sa candidature à l’élection présidentielle. Fidèle, il l’a toujours été en restant adhérent de LR, ce qui lui donne un avantage sur Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Il est connu pour être un pro-européen convaincu et pour être le spécialiste de deux dossiers, l’environnement et les affaires européennes.

Étrangement, il souffre d’un handicap de notoriété, ce qui lui donne l’avantage de la nouveauté, alors que non seulement, c’est le plus âgé (il a eu 70 ans au début de l’année, le 9 janvier ; il est de la même génération que Jean-Louis Borloo, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon), mais il a une très longue expérience politique, une ancienneté de presque cinquante ans. En ce sens, il bat tous ses concurrents, ceux internes de LR comme ceux, à l’extérieur, adversaires de la prochaine élection présidentielle, il aurait même battu en ancienneté Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon pourtant à la carrière déjà très remplie.

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Il a été élu pour la première fois à 22 ans, en 1973 comme conseiller général de Bourg-Saint-Maurice. Au même moment, il a travaillé pour le Ministre de l’Environnement Robert Poujade. Gaulliste depuis toujours, il a fait une remarquable carrière d’élu de Savoie : élu député à 27 ans en mars 1978, élu à 31 ans en mars 1982, président du conseil général de Savoie sur la gauche sortante (réélu jusqu’en septembre 1999). C’est à ce titre qu’il a promu et organisé, avec Jean-Claude Killy, les jeux olympiques d’Albertville en 1992.

S’il a raté le coche de la première cohabitation, il a réussi la performance assez rare de faire partie du gouvernement du Premier Ministre Édouard Balladur en 1993 (à l’Environnement) puis d’Alain Juppé après la victoire de Jacques Chirac, en 1995 (aux Affaires européennes). Ensuite, après un mandat court au Sénat (1997 à 1999), il a eu une trajectoire très européenne, avec une double incursion nationale (il est rentré au gouvernement, aux Affaires étrangères puis, au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, à l’Agriculture, sujet ô combien européen).

Ainsi, Michel Barnier est surtout un "ancien jeune" au point d’avoir fait partie des Douze Rénovateurs du printemps 1989 dont le but était de "virer" Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing et de faire émerger une nouvelle génération. Ces douze rénovateurs sont, pour la plupart (pas tous) devenus des personnages clefs de la vie politique ultérieure : Philippe Séguin, François Bayrou, François Fillon, Michel Barnier, Dominique Baudis, Bernard Bosson, Philippe de Villiers, Charles Millon, François d’Aubert, Étienne Pinte, Michel Noir et Alain Carignon.

Alors, c’est vrai qu’il a un argument de poids : il a toute l’expérience qu’on peut attendre d’un candidat à la Présidence de la République, expérience d’élu local, expérience de parlementaire (il a connu trois assemblées différente : Assemblée Nationale, Sénat et Parlement Européen), expérience ministérielle et expérience européenne au plus haut niveau (à la Commission Européenne). Il a le revers de l’expérience, l’âge, 71 ans en 2022 (il a annoncé qu’il ne ferait qu’un mandat, comme Alain Juppé en 2016).

Pour être élu, il faut d’abord vaincre au sein de LR puis gagner l’élection elle-même. Pour l’instant, la bataille est interne. Michel Barnier a officiellement déclaré sa candidature le 26 août 2021 au journal de 20 heures de TF1. "Le Canard enchaîné" a affirmé qu’il aurait même promis Matignon à François Baroin. D’un point de vue interne, il bénéficie d’un double avantage : d’une part, fidèle au parti gaulliste depuis 1973, à l’époque où il militait à l’UJP (Union des jeunes pour le progrès, le mouvement de jeunes de l’UDR), il a gardé des bons réseaux personnels à l’intérieur de l’appareil ; d’autre part, il bénéficie d’un allié inattendu, la bienveillance de Laurent Wauquiez.

J’ai écrit "allié" et je n’écris pas le soutien de Laurent Wauquiez car ce dernier a annoncé qu’il resterait neutre, mais à l’évidence, son choix se portera sur Michel Barnier qui, comme lui, connaît les rouages européens et qui a le mérite de ne pas avoir quitté le parti quand lui était président (c’est pourquoi il y a une détestation contre Xavier Bertrand et Valérie Pécresse qui ont quitté LR parce que Laurent Wauquiez en était le président).

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J’ai écrit "inattendu" car en 2015, il y a eu une forte rivalité entre Michel Barnier et Laurent Wauquiez, les deux convoitant la présidence de la nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes et Michel Barnier a été scandalisé que LR lui ait préféré Laurent Wauquiez. Par ailleurs, le profil de Laurent Wauquiez est à la droite dure (malgré sa revendication d’être la "droite sociale", son combat et obsession contre "l’assistanat" en font plutôt le représentant de la droite "asociale"), diamétralement opposé à l’image de centre droit, libéral, européen et social, de Michel Barnier.

Laurent Wauquiez a en tout cas mis ses réseaux au service de Michel Barnier et le résultat est là : il a reçu le plus grand nombre de parrainages, et surtout, il a reçu le plus de soutiens de parlementaires LR. L’appareil, donc, choisit Michel Barnier. Et cette primaire est fermée, c’est-à-dire que seul le parti compte.

Sur le plan des idées, Michel Barnier a surpris avec sa proposition de "moratoire" sur l’immigration, sa volonté de faire un référendum et de faire une révision constitutionnelle sur l’immigration, ainsi que ses critiques contre l’Union Européenne. En prenant une posture étonnamment droitière, alors que Xavier Bertrand et Valérie Pécresse sont déjà perçus comme Macron-compatibles et de centre droit, il permet de représenter des militants qui restent plus à droite que leurs électeurs traditionnels.

Dans son livre "Se reposer ou être libre" sorti en 2014 (éd. Gallimard), Michel Barnier identifiait le vrai problème de l’Europe : « La vraie Europe existera lorsque les Polonais se sentiront concernés par le Mali et lorsque les Français se montreront plus impliqués dans les événements d’Ukraine et de Moldavie. ». Faire vivre l’Europe au quotidien, dans son identité quotidienne est donc l’un des enjeux du candidat.

Le 11 octobre 2021 sur BFM-TV, au micro de Jean-Jacques Bourdin, Michel Barnier a été assez convaincant dans ses propositions qui ont été réfléchies de longue date, même si ses attaques contre Emmanuel Macron, passage obligé pour gagner la primaire, semblaient un peu surjouées. Il a proposé un vrai Schengen et pas l’actuel qui est une passoire. Il s’oppose fermement aux Britanniques qui remettent en cause l’accord sur le Brexit (notamment sur la pêche). Sur la Pologne, il estime que le sujet n’est pas les aspects constitutionnels, mais les aspects politiques, en gros, la Pologne veut-elle, oui ou non, rester dans l’Union Européenne ? Si oui, elle doit respecter les différents traités, notamment sur l’État de droit.

Sur le plan constitutionnel (les traités européens ont-ils plus d’importance que la Constitution ?), la réponse de Michel Barnier était simple : la loi suprême est la Constitution, si une disposition d’un traité international était anticonstitutionnel (le Conseil Constitutionnel peut le dire), alors il est procédé à la révision de la Constitution, donc, c’est bien la Constitution qui prime sur le traité qui ne sera applicable qu’en accord avec la Constitution.

Je fais une parenthèse ici. Le débat juridique et constitutionnel n’a donc aucun intérêt et d’ailleurs, ceux qui en parlent pour prétendument retrouver la souveraineté nationale sont des bonimenteurs puisqu’une révision de la Constitution n’a rien d’une décision étrangère ni européenne et donc, leur proposition ne changera pas juridiquement cet état de fait. Jamais l’Europe ne s’est construite sans l’accord conscient et volontaire des parlementaires français, eux-mêmes représentants du peuple. Quant à ceux qui parlent des référendums, ils parlent du non de 2005 mais oublient le oui de 1992, le peuple français dans sa toute souveraineté a approuvé l’euro, la monnaie unique, l’union économique et monétaire, ils l’oublient trop souvent. Je referme la parenthèse personnelle.

Dans cette émission de Jean-Jacques Bourdin, Michel Barnier a aussi exposé son idée de diviser en deux le Ministère de l’Intérieur : il veut un Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique chargé de la police, de la gendarmerie, du système pénitencier, et un Ministère de la Décentralisation pour s’occuper de tout le maillage territorial. Là aussi, c’est original, c’est issu d’une réflexion d’un élu d’expérience sur le terrain.

Dans les sondages de bruits de couloir, on dit que la candidature de Michel Barnier est en pleine montée. En tout cas, un récent sondage le place devant Valérie Pécresse, ce qui est nouveau, mais il reste en dessous de Xavier Bertrand.

La posture de Michel Barnier, candidat originellement centriste et propositions très droitières sur l’immigration et sur l’Europe, montre aussi la capacité de rassembler un électorat partagé, pouvoir mettre d’accord les libéraux pro-européens et les jacobins souverainistes n’est pas à la portée du premier venu en politique. Jacques Chirac avait réussi, Nicolas Sarkozy avait réussi, et Michel Barnier semble capable de le faire. Cela nécessite une grande habileté politique, et un discours parfois ambigu. Bruno Le Maire, à la primaire LR de novembre 2016, avait tenté de le faire en se droitisant à l’extrême (cela ne lui avait pas réussi), mais six mois plus tard, on le retrouvait comme Ministre de l’Économie et des Finances d’Emmanuel Macron.

Il y a une semaine, j’aurais pu écrire que Michel Barnier était le favori qu’on n’attendait pas, un peu à l’instar de François Fillon qui a fait une montée soudaine et spectaculaire quelques jours avant la primaire LR de novembre 2016. Mais le premier débat télévisé du 9 novembre 2021 sur LCI rend le pronostic plus incertain.

En effet, la belle combativité de Valérie Pécresse (qui s’en prenait surtout à Michel Barnier), insistant sur l’orthodoxie budgétaire, a rendu Michel Barnier un peu léger sur toutes les questions économiques. Et même plus généralement, si les idées de Michel Barnier sont parfois originales et proviennent d’une réflexion de longue haleine, elles ne sont pas assez travaillées. Pire : aucun chiffrage, donc aucun engagement, car il considère que ce n’est pas le rôle d’un Président de la République d’aller autant dans le détail. Pourtant, c’est une demande des électeurs d’être précis : on ne peut s’engager que sur des propositions concrètes, fermes, pas sur des principes. C’est la différence entre idée et projet (c’est le cas dans l’industrie).

Au cours du débat, Michel Barnier a montré une faible réactivité et a fait beaucoup de pirouettes comme celle de dire qu’une fois désigné, il rassemblerait tous les candidats de la primaire et construirait avec eux le futur programme de LR. Sauf que c’est trop facile de dire : mon programme, c’est vos idées ! Jean-Marie Le Pen avait formulé ce principe en 1988 mais c’est pire que démagogique, c’est creux. Michel Barnier vaut mieux que cela. Il doit évidemment se mouiller un peu plus. Il a encore trois autres débats pour corriger le tir.

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Son réel avantage, c’est que son âge lui donne une autorité naturelle que n’ont pas les autres. Il peut rappeler qu’il parlait d’égal à égal avec Angela Merkel ou Boris Johnson ou encore Colin Powell. Il a un discours crédible pour être le candidat de l’apaisement et de la réconciliation, le candidat qui rassure et qui ne clive pas. Mais s’il était désigné, il aurait beaucoup de mal à se positionner : ayant conquis LR par la droite, il lui faudrait alors se déporter vers le centre s’il voulait concurrencer Emmanuel Macron sur son cœur de cible. À être trop flexible, on en retire seulement l’impression de mollesse.

Michel Barnier a donc encore du chemin à parcourir avant de convaincre les Français, mais il est l’exemple même du responsable politique de sa génération, celle qui n’a jamais réellement eu le pouvoir au plus haut niveau et qui pourtant était douée. La droite et le centre sont passés directement de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, en oubliant la génération de ceux qui sont nés entre 1940 et 1955. Dommage, c’étaient les plus éclatants et les plus prometteurs des années 1980. Michel Barnier essaie de leur rendre justice…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Michel Barnier.
Éric Ciotti.
Hubert Germain.
Édouard Philippe.
Éric Zemmour au second tour !
Christian Estrosi.
Jean Castex.
Jean-Louis Borloo.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Lucette Michaux-Chevry.
Michel Jobert.
Pierre Mazeaud.
Michel Debré.
Bernard Pons.
Pierre Juillet.
Philippe Mestre.
Henry Chabert.
Olivier Dassault.
Éric Raoult.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211015-barnier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-11-michel-barnier-236972

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/15/39178771.html





 

 




 

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9 novembre 2021 2 09 /11 /novembre /2021 03:22

« Les chances sont équivalentes pour tous et cette élection est très ouverte. Contrairement à ce que l’on entend parfois, le match n’est pas joué d’avance et j’entends bien créer la surprise. Aucun sondage ne peut prévoir le choix des militants. » (Éric Ciotti, "Le Figaro" le 20 octobre 2021).



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Ce lundi 8 novembre 2021 s’est déroulé de 20 heures 40 à minuit sur LCI le premier des quatre débats entre les cinq candidats à la candidature LR à l’élection présidentielle de 2022. Ils seront départagés du 1er au 4 décembre 2021 par les adhérents de LR (environ 120 000 personnes) dans le cadre d’une primaire fermée.

Ces cinq candidats sont : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Michel Barnier, Éric Ciotti et Philippe Juvin. Les trois premiers sont connus depuis longtemps, Éric Ciotti aussi mais moins exposé, et Philippe Juvin, chef de service et professeur de médecine, ancien député européen et maire d’une ville de la région parisienne, s’est fait surtout connaître à l’occasion de la crise sanitaire.

Ce débat animé par Ruth Elkrief et David Pujadas en collaboration avec "Le Figaro" et RTL a été beaucoup trop long, trois heures vingt, si bien qu’on peut se demander si des auditeurs s’étaient perdus en route. Pourtant, ce débat était plutôt dense et utile, même si chacun a eu du mal à trouver le bon ton entre la saine compétition et le besoin d’unité.

Je m’attendais à voir Michel Barnier faire une bonne prestation, parce qu’il avait une grande expérience politique. Et pourtant, incontestablement, ce fut Éric Ciotti qui l’a largement emporté. Il faut dire que le députe de Nice, qui est allé à Cannes le matin même sur les lieux d’un attentat qui a visé des policiers, n’attendait rien de la compétition, considéré comme un "petit candidat", se présentant surtout pour présenter ses idées qui ont le mérite d’être franches et massives. Il n’y avait donc aucun enjeu pour lui, et il était sans doute le plus détendu.

Et il a mené tout le débat en imposant le débat autour de ses idées. Et très surprenant, lui qui est connu pour ses idées sur la sécurité, l’immigration, qui reprend allègrement la considération du "grand remplacement" du polémiste Éric Zemmour et qui se vante chaque fois de ne pas avoir voté Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 (il a glissé un bulletin au nom de François Baroin), il s’est d’abord distingué sur ses idées économiques.

Prônant un programme libéral, reprenant le programme de François Fillon dont il est resté fidèle, il a proposé 250 000 fonctionnaires en moins, la suppression de la moitié des niches fiscales, la transformation de l’impôt sur les revenus (actuellement 78 milliards d’euros) par une "flat tax" de 15% (l’impôt ne serait plus progressif) qui ferait malgré tout rentrer 30 milliards d’euros de recettes supplémentaires qu’il réinjecterait dans la baisse des charges salariales pour augmenter le pouvoir d’achat. Il est aussi pour la suppression des droits de successions.

Ancien président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, il a aussi souhaité la suppression des métropoles, des départements et des régions au profit d’une unique collectivité, la province. Tandis que Xavier Bertrand veut reprendre l’idée de Nicolas Sarkozy des conseillers territoriaux élus à la fois sur le département et sur la région.

Éric Ciotti a déroulé son programme, était très à l’aise dans le débat, absolument pas agressif, sans chercher à mettre en difficulté ses contradicteurs. En ce sens, il a adopté la même attitude de débat que François Fillon lui-même en 2016, ne s’occupant pas de la concurrence et exposant ses idées. Son programme a d’ailleurs été beaucoup travaillé même s’il est très clivant. Et il a été le seul à s’être adressé exclusivement aux militants LR, ceux qui votent au congrès, et pas aux Français en général.

Le perdant, à mon avis, était Michel Barnier qui était très flou et qui n’a pas été percutant, peut-être à cause de l’âge. Il a bien sûr défendu l’idée d’être un Président de réconciliation, mais des pans entiers de son programme ne sont pas clairs, en particulier son moratoire sur l’immigration qui fut l’occasion de plusieurs attaques de la part de Valérie Pécresse. Michel Barnier a expliqué qu’il refusait de promettre des choses démagogiques, si bien qu’il n’a pas été très précis, et de plus, souhaitant réunir sa famille politique après le congrès, il veut coconstruire son programme avec ses anciens concurrents après le congrès.

Xavier Bertrand n’a pas été très bon, il a interrompu plusieurs fois les animateurs pour prendre du temps à l’arraché, la première, cela s’est passé sans réaction et à la fin, à la troisième fois, Ruth Elkrief a été ferme et n’a pas cédé. Xavier Bertrand a proposé une super-prime d’activité, ce qui n’était pas vraiment une bonne idée, sorte d’assistanat qu’il a pourtant contesté pour l’actuel gouvernement. Il a été celui qui a le plus souvent critiqué Emmanuel Macron, même si Valérie Pécresse et Michel Barnier l’ont fait aussi, et tous les trois ont absolument exclu d’appartenir au futur gouvernement d’Emmanuel Macron si ce dernier est réélu.

Le principal argument de Xavier Bertrand est aussi creux que son programme : je suis le mieux placé dans les sondages, je suis le mieux placé pour battre Emmanuel Macron. Sauf qu’actuellement, il est placé dans les sondages en quatrième position, avec à peine 13%, très loin de pouvoir être présent au second tour. Alors mieux placé pour battre Emmanuel Macron ? C’est la méthode Coué.

Philippe Juvin est celui qui a proposé le plus de différences sur le fond, refusant la baisse du nombre de fonctionnaires, valorisant au contraire le service public. En revanche, sur la forme, il s’est déjà mis à la place du Président, alors que cela semble peu vraisemblable. Comme disait Daniel Cohn-Bendit, l’élection présidentielle rend fous les responsables politiques.

Il y a eu beaucoup de tartes à la crème. En particulier, Michel Barnier qui a dit qu’on pouvait dégager de l’argent en luttant contre la fraude sociale et la fraude fiscale… comme si on ne luttait pas déjà contre ces fraudes. Cela fait quinze ans que cet argument est éculé, c’est d’ailleurs l’argument privilégié de Jean-Luc Mélenchon. Si c’était si simple de lutter contre les fraudeurs, ce serait déjà fait ! C’est juste la tarte à la crème pour équilibrer des dépenses qu’on propose. Et pourtant, tous les candidats ont critiqué Emmanuel Macron comme le Président qui fait des chèques sans provision.

Valérie Pécresse a été assez combative, elle a été la plus mordante, attaquant surtout Michel Barnier (et un peu Xavier Bertrand). Dans un dernier sondage, elle a été dépassée par Michel Barnier, mais tous les deux restent derrière Xavier Bertrand. Elle a montré la plus grande détermination à réduire la dette publique.

Là encore, tarte à la crème, elle pense réduire de 200 000 le nombre de fonctionnaires en supprimant les postes administratifs et en créant des postes "sur le terrain", ce qui ne veut rien dire ; quand Michel Barnier constatait que les usagers manquaient d’interlocuteurs dans leurs démarches administratives, elle n’a pas précisé si un guichetier, c’est un post "administratif" ou un poste "sur le terrain".

Tarte à la crème aussi, car Valérie Pécresse a évoqué la suppression de plein d’agences et de comités administratifs qui ne serviraient à rien… argument régulièrement évoqué depuis quinze ans également, et cinq minutes plus tard, parlant de la carte vitale qu’il a transformée (en y mettant la photo) en tant que ministre de la santé, Xavier Bertrand a rappelé qu’il avait créé avec le ministre Éric Woerth un "comité" pour réduire les fraudes à la carte vitale. Mais personne n’a fait remarquer que justement, c’est ce genre de comité que Valérie Pécresse dit vouloir supprimer !

Michel Barnier veut, comme Philippe Juvin, une réduction des impôts de production, et Xavier Bertrand sert la tarte à la crème de la baisse des charges pour éviter les délocalisations en Pologne. Le coût du travail est trop fort… mais à moins de réduire drastiquement le niveau de vie des salariés français, on ne pourra jamais concurrencer les pays comme la Pologne sur le coût du travail, donc, ce n’est pas cela la solution d’une réindustrialisation.

Michel Barnier a mouché deux fois David Pujadas contre son insistance sur des points de détail, sur les éoliennes (le journaliste a beaucoup trop insisté) et sur le grand remplacement (le journaliste voulait avoir une petite phrase mais personne n’est tombé dans le piège).

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Comme disait le politologue Pascal Perrineau en présentant aux dirigeants de LR les derniers sondages, au cours de ce premier débat télévisé, "personne ne tue le match". Tous les candidats étaient à peu près de même force, avec des propositions souvent proches, à en avoir la nausée sur l’immigration (les Le Pen semblent avoir gagné la bataille idéologique).

Leur vision très électoraliste de noircir le mandat d’Emmanuel Macron sans reconnaître la baisse du chômage, le début d’une réelle réindustrialisation, la gestion de la crise sanitaire, la hausse du pouvoir d’achat, le fait que la France est le pays européen le plus attractif économiquement montre qu’ils sont unis dans la même mauvaise foi. Cela peut plaire aux militants LR, mais cela ne permettra certainement pas de rassembler une majorité de Français.

Je reste déçu et désolé de voir ce qu’est devenue l’ancienne coalition UDF-RPR qui valait 44% des voix, c’est devenu un syndic de faillite, une sorte de syndicat d’élus locaux repliés sur eux-mêmes et évalués autour de 10% ; une grande proportion de l’électorat LR est déjà partie chez Emmanuel Macron qui est le meilleur défenseur de l’esprit de conquête et d’ouverture pour l’avenir.

En fait, ce qui me désole, c’est que des Valérie Pécresse, des Xavier Bertrand, des Michel Barnier (pas Éric Ciotti) sont tellement proches d’Emmanuel Macron qu’ils se sentent obligés de l’attaquer à chaque détour de phrase pour ne pas être suspectés de collusion. Pour autant, dans quelques mois, il faudra bien constituer une majorité. Et une alliance LR-Emmanuel Macron sera peut-être une conclusion logique sinon naturelle. Alors, les postures d’avant élections n’engagent que les électeurs…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Éric Ciotti.
Hubert Germain.
Édouard Philippe.
Éric Zemmour au second tour !
Christian Estrosi.
Jean Castex.
Jean-Louis Borloo.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Lucette Michaux-Chevry.
Michel Jobert.
Pierre Mazeaud.
Michel Debré.
Bernard Pons.
Pierre Juillet.
Philippe Mestre.
Henry Chabert.
Olivier Dassault.
Éric Raoult.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 19:16

« Soucieux avant tout de l’intérêt général, nous croyons au dépassement des clivages artificiels et au rassemblement de toutes les bonnes volontés au service du pays, dans le respect des différences et des sensibilités. » (Manifeste du nouveau parti Horizons, le 9 octobre 2021).



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L’ancien Premier Ministre Édouard Philippe réussira-t-il à recomposer le paysage politique après que celui-ci s’est décomposé depuis une vingtaine d’années ? Rien n’est sûr, si ce n’est qu’une fois encore, les courants politiques ne peuvent se créer sans s’incarner en une personnalité majeure de la vie politique française.

Je date le début de la décomposition du paysage politique français non pas en 2017 avec l’élection du Président Emmanuel Macron à l’issue d’un second tour où aucun des deux grands partis de gouvernement (LR et le PS) n’était présent, mais en 2002, quand l’un des deux grands partis de gouvernement n’était pas présent au second tour (le PS).

En effet, juste après le premier tour du 21 avril 2002, Jacques Chirac, Président sortant et candidat, et son très proche Alain Juppé ont décidé de profiter de l’état de sidération déclenché par la présence de Jean-Marie Le Pen pour phagocyter l’UDF dans le RPR par la création de l’UMP. L’opération a mollement réussi puisque les élus UDF ne les ont pas tous suivis et il est resté une UDF résiduelle dirigée par François Bayrou.

Jusque-là, la droite et le centre se composaient de deux grands partis, le RPR (qui n’a rien à voir avec l’image nostalgo-dépressive du polémiste Éric Zemmour) et l’UDF, l’un d’origine gaulliste (mais déjà à l’époque, certains supposés "gardiens du temple" gaullistes considéraient que le RPR n’avait plus rien de gaulliste mais était avant tout chiraquien), et l’autre d’origine centriste avec trois grandes tendances historiques, les démocrates-chrétiens (MRP, Centre démocrate, CDP, CDS), les libéraux (ou indépendants : CNIP, RI, PR, DL) et les radicaux (ce grand et vieux parti radical et radical socialiste qui avait refusé l’union avec les communistes en 1972).

Ce regroupement avait un intérêt pour Jacques Chirac, celui de contrôler toute la majorité. Mais ce n’était pas l’intérêt de cette coalition pour le long terme, d’autant plus qu’elle avait déjà eu affaire à des partis vaguement dissidents (MPF de Philippe de Villiers, RPF de Charles Pasqua, etc.). Au lieu de ratisser large sur tout l’éventail de la droite dure au centre gauche, l’UMP n’a fait que garder un noyau dur en mécontentant toutes les autres sensibilités.

La situation du centre droit était donc devenue délicate : en 2007 avec la bonne tenue de la candidature de François Bayrou, l’UDF a éclaté en deux partis, le Nouveau centre (qui est resté dans une alliance traditionnelle avec la droite) et le MoDem de François Bayrou qui est allé jusqu’à voter pour François Hollande en 2012 (inefficacement puisque ce dernier a refusé tout signe d’ouverture, au point qu’il n’a même pas pu se représenter en 2017). En 2012, l’UDI fondé par Jean-Louis Borloo a cru pouvoir rassembler à nouveau tous les centristes mais Hervé Morin a créé la division en 2014 en ressortant de ce parti avec Les Centristes pour prendre son indépendance (plus proche de LR). Depuis 2017, de nombreux partis se sont créés à la lisière du centre droit et de la majorité présidentielle, ce qui est particulièrement compliqué à comprendre pour les électeurs. La vocation du nouveau parti créé par Édouard Philippe est de rassembler toutes ces chapelles (ce qui est peu réaliste) et surtout, de faire naître une nouvelle génération de personnes engagées en politique.

L’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée sur sa gauche a évidemment fait exploser le PS (on ne sait même pas si le PS va maintenir une candidature à l’élection présidentielle de 2022), mais en gouvernant plus sur sa droite, en nommant à Matignon et dans de grands ministères (Économie et Finances, Intérieur) des personnalités issues de LR, Emmanuel Macron a également fait exploser LR.

Seul, le MoDem a bénéficié de cette majorité centrale et François Bayrou imaginait rassembler l’ensemble de la majorité (LREM, MoDem, partis périphériques issus de LR ou d’ailleurs) dans un grand parti démocrate à la française, permettant à LREM de s’associer à un véritable courant politique historique.

La démarche d’Édouard Philippe a donc contrecarré ce grand rassemblement démocrate. N’ayant pas honte de le dire, ce sera un parti et pas un club de réflexion, l’ancien Premier Ministre ne prépare pas l’élection présidentielle de 2027 (ce serait ridicule d’affirmer cela quand l’élection présidentielle n’est même pas encore survenue et que l’on sait que chaque élection présidentielle bouleverse considérablement le paysage politique).

L’objectif d’Édouard Philippe, c’est de structurer le centre droit favorable à Emmanuel Macron (le soutien au Président sortant pour 2022 est un élément essentiel) dans une optique d’en faire un véritable parti organisé et pas un mouvement plus ou moins personnelle et temporaire. L’idée est donc d’être un partenaire loyal et déterminé de la majorité présidentielle actuelle mais aussi de pouvoir accueillir les anciens ou actuels membres de LR un peu en déshérence, en gros, les sans parti fixe.

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C’était donc avec cette démarche que Édouard Philippe a créé le samedi 9 octobre 2021, devant une assistance d’environ 3 000 personnes, dans sa ville du Havre, ce nouveau parti baptisé Horizons, Horizons au pluriel. Et avant de définir des hommes et des places, le maire du Havre a voulu d’abord définir les idées, les valeurs, ce qui va être le fondement idéologique de ce nouveau parti. Quatre enjeux, dix valeurs, et dix combats.

Tout d’abord, quatre enjeux principaux ont été définis, ce qu’il a appelé "vertiges" : la démographie, l’environnement, la géopolitique et la technologie. La première réflexion, c’est qu’est utilisé un vocabulaire pas forcément ordinaire pour donner ces enjeux politiques, à part l’environnement (ou l’écologie), passage obligé pour regarder l’avenir en face.

À ma connaissance, la dernière fois que la démographie a été évoquée politiquement était en mai 2021, quand François Bayrou, Haut-Commissaire au Plan, a rappelé son importance capitale dans le maintien de notre modèle social. Sans forte natalité ou croissance démographique, pas de modèle social français pérenne (c’est une simple question numérique : s’il y a plus de retraités que d’actifs, il n’y aura plus de pension de retraite décente, idem pour l’assurance-maladie).

Dans cet enjeu démographique, il y a évidemment l’immigration et cela correspond à l’un des combats énumérés, très équilibré : « Nous combattons les naïfs et les populistes de l’immigration qui estiment que la France est en situation d’accueillir toute la misère du monde ou, à l’inverse, font croire que le pays peut vivre en autarcie derrière des frontières étanches. ». On notera l’expression provenant de l’ancien Premier Ministre Michel Rocard de manière plus ou moins assumée.

L’environnement est un enjeu évidemment majeur mais peu original, même si la précampagne présidentielle semble peu se faire sur ce sujet (le pouvoir d’achat et l’immigration sembleraient des thèmes où il y aurait le plus d’attente de la part des électeurs). On retrouve ce thème dans les valeurs : « Nous défendons une ambition écologique pour la France, fondée sur les notions de progrès, de sobriété et de durabilité. ». En particulier, le nouveau parti proposera une politique de décarbonation de notre économie, la préservation de la biodiversité et un investissement massif dans les énergies et l’agriculture. C’est d’ailleurs intéressant de coupler les deux, car ce sont les deux grands domaines durablement impactés par la transformation écologique.

J’insiste encore une fois : les mots de vocabulaire sont renouvelés, l’expression réfléchie et rigoureuse (Édouard Philippe a toujours tenu, même à l’oral et à l’improviste, à employer les bons mots, le plus rigoureusement possible, ce qui évite aussi de "galvauder" certains mots ou expressions). Ainsi, cela permet d’exprimer des idées, des valeurs et des combats de manière particulièrement précise et rigoureuse.

Comme pour le troisième enjeu, la géopolitique. Il répond à ceux qui ont peur d’une perte de souveraineté ou d’indépendance nationales. On y retrouve, comme pour le quatrième enjeu (la technologie) la première valeur : « Nous avons pour ambition de construire une stratégie globale pour la France afin d’assurer sa compétitivité, sa prospérité et sa puissance sur le long terme. ». Mais aussi : « l’indépendance nationale dans un monde dangereux et instable, où la France doit conserver les moyens de rester maîtresse de son destin ». Et bien sûr : « Nous défendons le projet européen comme la voie de la prospérité et de la souveraineté de la France. Mais nous portons l’exigence d’une Europe plus respectueuse du principe de subsidiarité, de l’intérêt collectif des Européens et des choix fondamentaux du peuple français. ».

Le dernier enjeu, la technologie rappelle la France nation technologique, très à l’unisson d’Emmanuel Macron, avec l’objectif de préparer la France aux enjeux scientifiques et technologiques de demain (par exemple, éviter de renouveler l’incapacité à développer rapidement un vaccin comme l’a hélas montré l’Institut Pasteur).

Dans le manifeste du nouveau parti, il y a donc énumérés dix points positifs, des propositions constructives ("Nous défendons"), mais aussi, au risque de se définir par défaut, d’être négatif, dix points négatifs, ce que n’est pas ce parti ("Nous combattons"). J’en ai déjà cité quelques-uns plus haut.

De ces fondamentaux, il en ressort un courant politique à la fois centriste (décentralisateur, pour la justice sociale, voulant l’équilibre de comptes publics, etc.), très républicain (soutenant fermement la laïcité, l’ordre « meilleure garantie de la liberté et de la prospérité du pays » et un humanisme républicain, notamment pour l’éducation « objectif prioritaire de l’effort national ») et aussi libéral : « Nous défendons la liberté comme valeur cardinale de la République. ».

Cette foi au progrès tant social et technique s’exprime ainsi : « Nous croyons que la science et l’esprit des Lumières doivent éclairer toutes les politiques publiques et servir de fondement au débat démocratique. ». Et s’exprime aussi ainsi : « Nous croyons que la solidarité nationale est une chance et une nécessité, dont la contrepartie est la revalorisation du travail et du mérite comme piliers d’une société prospère et digne. ».

Dans les "combats", certains sont moins intellectuels et plus vagues, mais permettent de se situer dans l’échiquier politique. Au centre droit : « Nos combattons les extrêmes de tous bords qui dressent les Français les uns contre les autres en agitant les peurs et les mensonges. ». Parmi les pédagogues : « Nous combattons les démagogues qui abaissent la controverse démocratique à un jeu d’invectives et bannissent la raison et la mesure du débat public. ». Et encore plus pédagogues ainsi : « Nous combattons les fossoyeurs de l’universalisme républicain qui enferment l’individu dans des identités réductrices et sèment les ferments de la division et de l’inégalité. ». On voit tout de suite à qui cette phrase s’adresse.

Horizons combat aussi des lubies d’extrême gauche : la décroissance « ruineuse pour la pays et impuissante à répondre à l’urgence climatique », l’esprit de défaite, de repentance et de honte « qui méprise la grandeur du récit national et conduit à nier la possibilité d’une culture et d’une histoire communes, qui font la fierté française ».

Enfin, face à tous les démagogues qui voudraient casser nos institutions héritées du Général De Gaulle, le parti d’Édouard Philippe se place en défenseur intransigeant de la Constitution de la Cinquième République : « Nous défendons la démocratie représentative dans le cadre des institutions de la Ve République qui permettent à chaque citoyen de faire valoir son opinion tout en garantissant la force de gouverner du pouvoir exécutif. ».

Parmi les objectifs du nouveau parti Horizons, il y a aussi implicitement la volonté de rassembler ceux des adhérents de LR qui n’y retrouvent plus ses petits, écartelé qu’est cet ancien parti gouvernemental, entre les sirènes des extrémismes et le constat qu’Emmanuel Macron serait finalement son meilleur représentant.

Cette "nouvelle offre politique" va devoir être claire sur sa loyauté avec Emmanuel Macron, même si des représentants de LREM, du MoDem, de l’UDI, d’Agir (parlementaires issus de LR) et de la France audacieuse (créée par Christian Estrosi, maires et élus locaux issus de LR), étaient présents au Havre. Prendre ses marques : avec cette initiative audacieuse, Édouard Philippe a franchi le Rubicon, tout en voulant prendre une part active à la réélection d’Emmanuel Macron que son ancien Premier Ministre ne considère pas comme acquise. La suite prévue, c’est l’organisation d’un grand congrès fondateur en décembre 2021, peu avant la lancée de la campagne présidentielle …et de la Présidence française de l’Union Européenne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Manifeste du nouveau parti Horizons (texte intégral).
De nouveaux Horizons avec les sans parti fixe du centre droit.
Édouard Philippe.
Le destin national d'Édouard Philippe.
Emmanuel Macron.
Jean Castex.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Que va faire Édouard Philippe ?
Le grand atout d’Emmanuel Macron.
Antoine Rufenacht.
Alain Juppé.
5 ans d’En Marche.
Cédric Villani.
Alexandre Benalla.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211009-edouard-philippe.html

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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 14:06

« Zemmour progresse sur certains sujets. Il le fait un peu au détriment de Marine qui est plus passive que lui, moins présente. Notre monde adore le changement, adore la nouveauté. Éric Zemmour a l’avantage de la nouveauté. Il arrive, il est étonnant, il est percutant. Et bien sûr, il secoue un petit peu les édifices existants. » (Jean-Marie Le Pen, le 6 octobre 2021 sur LCI).


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Lucide mais dur pour sa fille. Ce qu’a dit le vieux patriarche de l’extrême droite Jean-Marie Le Pen de la montée vertigineuse du polémiste Éric Zemmour dans les sondages d’intentions de vote semble signer la fin de l’aventure Le Pen dans la vie politique française. Une nouvelle enseigne concurrente paraît plus dynamique et plus à l’écoute des clients, Zemmour.

Il ne faut pas s’étonner qu’on vive actuellement dans la politique des sondages. À six mois de l’élection présidentielle (oui, seulement six mois !), l’incertitude demeure sur l’identité du candidat de LR et sur le maintien de nombreuses candidatures qui, à droite ou à gauche, font finalement le jeu du candidat central, supposé, le Président Emmanuel Macron qui ne sait toujours pas s’il doit se réjouir ou s’inquiéter d’un nouveau larron dans la cour de récréation.

Dans la dernière édition du sondage Harris Interactive pour "Challenges" rendu public ce mercredi 6 octobre 2021, ce que Marine Le Pen craignait est arrivé : après avoir dépassé le candidat LR, quel qu’il soit, la semaine dernière, le polémiste vient de dépasser la candidate du RN, quel que soit le candidat LR, au point de se qualifier au second tour à sa place. Et le "match" du second tour est loin d’être joué quand on connaît les intervalles d’incertitude des sondages.

Ainsi, au premier tour, Éric Zemmour progresserait encore en intentions de vote en atteignant 17% à 18%, devançant Marine Le Pen à 15% ou 16% selon les différentes configurations. Le candidat LR est alors en quatrième position. Au second tour, il perdrait avec 45%, ce qui est un score très solide quand on se rappelle que le Président actuel avait gagné avec 66% des voix.

À l’évidence, la volonté de combattre Éric Zemmour par la morale non seulement ne fonctionne pas mais semble même contreproductive. Ainsi, quand le Président du Sénat Gérard Larcher a dit à la journaliste Sonia Mabrouk, le 29 septembre 2021 sur Europe 1 : « J’ai l’impression d’entendre radio Kaboul » pour décrire la considération que le polémiste aurait des femmes, non seulement cela paraît excessif, mais il renforce la situation victimaire du polémiste (tout le monde m’en veut) et donc, sa cote dans les sondages. Du reste, Gérard Larcher était resté dans le domaine de la morale en étant particulièrement écœuré d’une énième polémique créée par l’éventuel futur candidat à propos des assassinats antisémites de Merah : « J’ai sur le cœur quelque chose. Quand on parle des enfants assassinés à Toulouse, qui n’étaient pas des nôtres parce qu’ils avaient choisi de se faire enterrer en terre d’Israël, pour moi, c’est insupportable. ».

Incontestablement, il y a une dynamique Zemmour qui est en train de prendre le pas sur tous les autres phénomènes. La dynamique de la primaire EELV n’existe pas et Yannick Jadot ramerait à 6% des intentions de voix. La proposition de référendum sur l’immigration de Marine Le Pen lors de sa conférence de presse du 28 septembre 2021 a été repoussée dans les oubliettes de l’actualité immédiate. Quant aux candidats à la candidature LR, ils restent inaudibles et le supposé mieux placé, Xavier Bertrand, peine à montrer qu’il pourrait amorcer une dynamique favorable, même s’il serait le mieux placé pour affronter Emmanuel Macron au second tour (il n’y aurait que 2% d’écart, soit bien moins que la marge d’erreur du sondage).

Si on totalisait l’ultradroite (en y incluant les intentions de vote pour Nicolas Dupont-Aignan), on atteindrait entre 34 et 36% d’intentions de vote, ce qui est considérable. Et parallèlement, la gauche est à un niveau très bas, moins de 30% répartis ainsi : 11% pour Jean-Luc Mélenchon, 6% pour Yannick Jadot, 6% pour Anne Hidalgo, 2% pour Arnaud Montebourg, 2% pour Fabien Roussel (le candidat du PCF) et les candidats d’extrême gauche inaudibles (Nathalie Arthaud et Philippe Poutou).

En bousculant ainsi le jeu chaudement installé des différents partis, Éric Zemmour apporte du suspense et donc de la passion (positive ou négative, puisqu’il fait partie des personnalités les plus détestées de France !) dans une perspective de réélection d’Emmanuel Macron voulue par une majorité de l’électorat.

Comme on le dit souvent, un sondage n’est qu’un sondage, c’est-à-dire une photographie relativement fine d’une situation très instable et mouvante. La cristallisation des électeurs ne se fera pas avant février voire mars 2022. Se baser sur les sondages d’intentions de vote pour choisir un candidat paraît complètement stupide, je l’écris à l’attention des dirigeants LR, car les électeurs, eux, ne sont pas stupides et savent qu’une élection présidentielle, qui engage l’avenir de la nation, n’est pas simplement une course de petits chevaux. Doit y figurer avant tout le choc des projets or, pour les candidats LR, qui pourrait expliquer clairement et simplement les projets des différents candidats à la candidature ? On ne vote pas pour un visage, on vote pour des convictions.

Éric Zemmour a un avantage considérable sur la droite et l’extrême droite : il est le seul à permettre leur unification éventuelle, alors qu’on pouvait penser que seule Marion Maréchal pourrait réaliser un tel exploit. Mais cela signifie aussi la fin définitive de ce qu’était l’ancienne coalition UDF-RPR, puis l’UMP, puis LR qui était au pouvoir pendant la majeure partie du temps de la Cinquième République (dix législatures sur quinze), écrasée qu’elle serait entre un bloc d’ultradroite et un bloc d’ultracentre autour d’Emmanuel Macron, Édouard Philippe et François Bayrou.

Son avantage sur le RN est sans égal : Éric Zemmour n’a aucun passé sulfureux et a toujours fait partie du paysage de la droite dite classique. Du reste, ses idées économiques, s’il en a, restent plutôt libérales et ne détonnent pas avec les idées de LR, ce qui a pour conséquence un attrait supplémentaire de l’électorat de la droite parlementaire.

En revanche, parler de nouveauté comme le dit Jean-Marie Le Pen est assez osé dans la mesure où Éric Zemmour est connu du monde politico-médiatique depuis une bonne trentaine d’années et à l’instar des autres grands éditorialistes, il fait partie complètement du système, bénéficiant de la notoriété que lui apporte la télévision pour diffuser ses idées et vendre ses bouquins.

On pourrait toutefois faire l’analogie, très audacieuse, de cette montée d’Éric Zemmour avec la montée dans les sondages du Premier Ministre Édouard Balladur en 1994. Certes, l’un est dans l’opposition et l’autre était le chef de la majorité, mais la perspective d’une candidature d’Édouard Balladur avait réjoui les électeurs de droite qui ne voulaient plus de la candidature perpétuellement perdante de Jacques Chirac.

Éric Zemmour aussi permet de faire bouger les lignes, d’en finir avec la perpétuelle candidature Le Pen (père et fille, huitième édition depuis 1974), qui préempte beaucoup d’électeurs mais dans le vide puisqu’il n’y a pas de perspective de victoire (c’était très clair en 2017). Avec son commentaire acide, le père a implicitement reconnu qu’il fallait sortir de la logique perdante de la PME Le Pen depuis un demi-siècle ! Et la candidature d’Éric Zemmour a aussi la faculté de détruire la perspective maintes fois martelée depuis cinq ans d’un second tour Macron/Le Pen.

Dès lors qu’il pourrait se qualifier au second tour, le polémiste, qui n’est toujours pas officiellement candidat et qui a eu beaucoup de succès dans son débat avec Michel Onfray le 5 octobre 2021 (devant 3 700 personnes qui ont payé leur place), change complètement la donne de toutes les stratégies. Car rappelons bien ce fait de l’histoire des élections présidentielles : dans aucun sondage d’intentions de vote, malgré une dynamique ascendante, un troisième homme n’avait pu se qualifier au second tour, ni Jean-Pierre Chevènement en 2002, ni François Bayrou en 2007, ni non plus Jean-Luc Mélenchon en 2017.

On imagine mal les candidats professionnels laisser leur place à un extraterrestre de la vie politique. Mais E. T. a encore de beaux jours devant lui, tant qu’il suscite la cristallisation du vide politique, en particulier chez LR…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211006-zemmour.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/radio-kaboul-dans-les-sondages-236338

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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 07:53

« Nicolas Sarkozy est un ami, mais contrairement à lui, je ne pense pas que nous devons tenir un discours toujours plus à droite. Plus on va à droite, plus on fait monter le FN. » (Christian Estrosi, le 18 décembre 2015).


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Ce n’était pas vraiment un secret mais la clarté est toujours appréciée même si on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses propres dépens. Invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV et RMC ce mercredi 6 octobre 2021, le maire de Nice Christian Estrosi a annoncé clairement qu’il soutiendrait la candidature du Président de la République Emmanuel Macron si celui-ci se représentait aux suffrages des Français. Il a aussi fustigé les propos du polémiste Éric Zemmour, notamment sur le choix des prénoms et sur le fait qu’on ne peut pas se réclamer de De Gaulle en faisant l’éloge de Pétain.

Certes, cette idée germait dans sa tête depuis plus d’un an. En effet, il était encore membre de Les Républicains (LR) et dans "Le Figaro" le 31 août 2020, Christian Estrosi a déjà annoncé la couleur : il souhaitait soutenir la future candidature d’Emmanuel Macron sous condition de conclure un accord de gouvernement entre LR et LREM. Un accord qui n’a jamais été esquissé et dont personne ne voudrait.

Mais entre-temps, les relations entre l’élu niçois et son parti se sont considérablement dégradées, surtout à l’époque de la campagne des élections régionales de juin 2021 : partisan d’une liste d’union LR-LREM menée par Renaud Muselier pour sa reconduction à la tête de la région PACA, Christian Estrosi a été très contesté par la direction de LR, si bien qu’il a quitté LR le 6 mai 2021 pour soutenir Emmanuel Macron. Et Renaud Muselier (qui fut son dauphin et remplaçant à la région) a été réélu.

Christian Estrosi a aussi fait partie des 382 maires et élus locaux signataires d’une tribune, dans le journal "Le Monde" le 17 juillet 2021, qui félicitait Emmanuel Macron d’avoir eu le courage d’élargir le passe sanitaire.

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L’attitude recentrée de Christian Estrosi dans la vie politique est un mystère. Christian Estrosi, ancien champion de motocyclisme (appelé par ses détracteurs motodidacte parce qu’il n’a pas de diplôme) engagé en politique par Jacques Médecin, le maire de Nice de l’époque, a été longtemps un second couteau sarkozyste qui se trouvait plutôt à l’aile très à droite du RPR et de l’UMP en dénonçant une cinquième colonne, en bataillant contre l’immigration, etc. avec des thèmes sécuritaires assez "classiques" qu’on retrouve aujourd’hui à l’extrême droite.

Sa carrière politique a été d’ailleurs assez réussie si l’on en juge par ses très nombreux mandats électoraux que les électeurs lui ont attribués.

Carrière tant locale que nationale. Il avait 32 ans en juin 1988 quand il a été élu pour la première fois député des Alpes-Maritimes, il a été réélu sans discontinuité jusqu’en juin 2016 (sauf entre décembre 1993 et juin 1997 où il a été déclaré inéligible pour des raisons de mauvaise déclaration de ses comptes de campagne), et il a quitté son mandat de député lorsqu’il est entré au gouvernement. Trois fois : il a été nommé Ministre délégué à l’Aménagement du territoire du gouvernement de Dominique de Villepin du 2 juin 2005 au 15 mai 207 sous la Présidence de Jacques Chirac, puis Secrétaire d’État chargé de l’Outre-mer du 19 juin 2007 au 17 mars 2008 puis Ministre délégué chargé de l’Industrie du 23 juin 2009 au 14 novembre 2010 dans le deuxième gouvernement de François Fillon sous la Présidence de Nicolas Sarkozy.

Dès 1989, Christian Estrosi est devenu le patron de la fédération du RPR des Alpes-Maritimes (puis de l’UMP et de LR). Jusqu’en octobre 2018, remplacé par Éric Ciotti (qui lui a aussi succédé à la présidence du conseil général des Alpes-Maritimes en 2008). Éric Ciotti, aujourd’hui candidat à la candidature LR, a envisagé un moment de se présenter aux municipales de Nice contre Christian Estrosi en 2020, puis, après des sondages très défavorables, il y a renoncé.

Élu maire adjoint de Nice (chargé des sports) dès mars 1983 (il avait 27 ans), Christian Estrosi fut élu municipal de Nice de mars 1983 à juillet 1990 et depuis mars 2008, il fut alors maire de Nice de mars 2008 à juin 2016 (mandat qu’il a abandonné pour la région PACA, mais il est resté premier adjoint de juin 2016 à mai 2017) puis est redevenu maire depuis mai 2017 (après l’élection présidentielle), également élu président de la communauté urbaine puis de la métropole de Nice depuis avril 2008 ; conseiller général de Nice de mars 1985 à avril 1993 et de mars 2001 à juin 2009, il fut premier vice-président du conseil général des Alpes-Maritimes de mars 2001 à septembre 2003 puis président du conseil général des Alpes-Maritimes de septembre 2003 à décembre 2008 (mandat qu’il a abandonné pour la mairie de Nice) ; enfin élu conseiller régional de PACA de mars 1992 à août 2002, puis depuis décembre 2015, il fut élu premier vice-président du conseil régional de PACA de mars 1992 à mars 1998 et depuis mai 2017, et président du conseil régional de PACA de décembre 2015 à mai 2017 (mandat qu’il a abandonné pour la mairie de Nice).

C’est justement à l’occasion de sa première campagne pour conquérir la présidence du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur occupée par l’ancien ministre socialiste Michel Vauzelle qu’il a commencé à se recentrer. Ces élections régionales furent le fondement de sa "conversion".

En effet, les résultats du premier tour des élections régionales en PACA le 6 décembre 2015 furent catastrophiques pour la liste qu’il a menée, soutenue par LR, l’UDI et le MoDem : il n’a recueilli que 26,5% des voix, dépassé largement par la liste FN menée par Marion Maréchal-Le Pen avec 40,6%. Derrière la liste de la droite et du centre, la liste socialiste menée par le futur ministre Christophe Castaner n’a atteint que 16,6% et la liste de l’union des écologistes et des communistes, avec 6,5%, ne pouvait pas se maintenir au second tour (en cinquième, la liste menée par l’écolo-centriste Jean-Marc Governatori a quand même obtenu 4,1%).

Dans une telle configuration, sans retrait de la liste socialiste, l’élection de Marion Maréchal-Le Pen à la tête de PACA aurait été très probable, ce qui aurait pu avoir des conséquences politiques nationales très graves à l’élection présidentielle de 2017 alors que les sondages plaçaient régulièrement Marine Le Pen en tête du premier tour dans les intentions de vote. Le retrait pur et simple de Christophe Castaner (et donc, l’absence d’élus socialistes, mais aussi de collaborateurs dans la région, ce qui était un lourd sacrifice pour le parti socialiste qui dirigeait la région), a permis finalement l’élection de Christian Estrosi au second tour du 13 décembre 2015, avec 54,8% (il fut élu président le 18 décembre 2015).

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Cette élection inespérée a complètement transformé Christian Estrosi : de représentant de l’aile droitière et sécuritaire de LR, il est devenu un… centriste (rappelons qu’il avait fait liste commune avec l’UDI mais aussi avec le MoDem), ayant une grande reconnaissance pour l’esprit de responsabilité des socialistes et en particulier de Christian Castaner qui est devenu un an plus tard l’un des plus grands soutiens d’Emmanuel Macron. Après son soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy à la primaire LR de novembre 2016 (l’élu niçois avait songé un moment à s’y présenter lui-même), Christian Estrosi a soutenu très mollement François Fillon.

Depuis 2017, Christian Estrosi voit d’un œil bienveillant l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron qui, lui-même, n’a pas hésité à lui apporter quelques signes convergents. Comme l’ancien ministre Hubert Falco, maire de Toulon, Christian Estrosi fait partie de ces "grands" maires de France qui souhaitent créer un nouveau parti situé au centre droit et qui soutiendra la candidature d’Emmanuel Macron en avril 2022. Un premier rendez-vous est prévu le samedi 9 octobre 2021 au Havre, où l’ancien Premier Ministre Édouard Philippe devrait fonder un tel nouveau mouvement politique. À 66 ans, Christian Estrosi a assuré depuis plusieurs années qu’il n’était pas demandeur d’un nouveau ministère. Mais qui peut donc le croire ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Christian Estrosi.
Édouard Philippe.
Emmanuel Macron.
Jean Castex.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Éric Zemmour.
Lucette Michaux-Chevry.
Michel Jobert.
Pierre Mazeaud.
Michel Debré.
Bernard Pons.
Pierre Juillet.
Philippe Mestre.
Henry Chabert.
Olivier Dassault.
Éric Raoult.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211006-estrosi.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/christian-estrosi-votera-emmanuel-236320

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/06/39165818.html









 

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29 septembre 2021 3 29 /09 /septembre /2021 03:28

« La difficulté n’est pas de monter, mais en montant de rester soi. » (Jules Michelet, 1846).




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Qui va être le candidat soutenu par Les Républicains à l’élection présidentielle de 2022 ? La question se pose de plus en plus pour ce parti qui fut l’un des premiers et grands courants gouvernementaux pendant soixante ans. Comme j’expliquais il y a quatre mois, ce parti qui a si souvent adoré "plumer la volaille centriste" s’est retrouvé en 2017 dans la position ...des centristes plumés, dont l’électorat est écartelé entre Emmanuel Macron d’un côté et Marine Le Pen de l’autre.

Puisque aucune personnalité ne s’impose dans ce parti, et même pire, les rares qui pouvaient s’imposer, comme François Baroin, se sont bien gardés de concourir. Les Républicains sont devenus un champ de ruines, et comme la plupart des ruines, il y a encore de nombreux trésors, quelques pépites. Comme le PS, LR est très implanté localement, mais au niveau national, ils ont encore tout à prouver qu’ils peuvent revenir au pouvoir après dix ans d’opposition.

À la fin de l’été 2021, la situation était catastrophique : certaines personnalités se sont présentées mais les deux principales ne sont plus membres de LR qu’elles ont quitté en 2017. Et celui des deux qui aurait le plus de potentiel électoral (ce qui reste à démontrer) refuse obstinément de se faire désigner dans un processus équivalent à une primaire : Xavier Bertrand est candidat au-delà des partis et ne veut aucune désignation intermédiaire (en revanche, il aura quand même besoin des militants et surtout, du trésor de guerre de LR).

De son côté, l’autre personnalité solide, Valérie Pécresse, joue à fond le collectif et accepte de se prêter au jeu de la désignation. Mais après l’abandon de Laurent Wauquiez, l'enjeu a perdu de son importance car elle n’aura en face d’elle que des candidats de moindre importance, voire inconnus du grand public, comme Philippe Juvin, Éric Ciotti et aussi, Michel Barnier qui a la particularité d’être probablement le candidat le plus expérimenté politiquement (au niveau local comme au niveau national voire international) mais aussi d’avoir une très faible notoriété (et un charisme pas évident).

Ce qui est clair, c’est que les thématiques abordées par les candidats LR ne leur sont pas très favorables. Soit ils parlent d’économie et ils justifient la politique du Président Emmanuel Macron, soit ils parlent d’immigration, et ils consolident les idées non seulement de Marine Le Pen mais aussi d’une sorte de créature politique non identifiable, Éric Zemmour. Leurs propos démagogiques sont même affligeants : Michel Barnier qui veut arrêter toute immigration, Valérie Pécresse qui propose d’inscrire dans la Constitution des quotas migratoires (sur LCI le 29 septembre 2021, le lendemain de la conférence de presse de Marine Le Pen qui proposait un référendum sur l’immigration), Xavier Bertrand n’est pas en reste… bref, cette course à la surenchère fait que LR, ce parti prétendument originaire de l’UDF et du RPR, n’est plus qu’un commando de plagiaires qui ne sécrète plus aucune idée novatrice.

Pas de candidat "naturel", donc problème de méthode pour désigner un candidat qui puisse rassembler… au moins sa famille politique. Le choix devait se faire entre une primaire ouverte (de type 2016) et une désignation classique (dans l’ancien monde) par les adhérents au cours d’un congrès. Le problème de la primaire ouverte, c’était que Xavier Bertrand refusait de s’y soumettre et que se passerait-il si Xavier Bertrand, le mieux placé dans les sondages, se retrouvait avec le candidat désigné par une primaire ouverte et auréolé par cette consécration ? Forcément une humiliation, celle de l’un des deux candidats conduits à renoncer, ou pire, un suicide collectif, dans le cas où aucun ne renoncerait.

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Le 25 septembre 2021, les adhérents du parti LR ont approuvé par 58% la méthode de désigner leur candidat au sein d’un congrès, par eux-mêmes. Qui s’en étonnera ? Des membres d’une instance doivent dire si leur champion doit être désigné par eux-mêmes ou par les autres ? La réponse était évidente. Cela peut résoudre le problème insurmontable de Xavier Bertrand : il pourrait être choisi par eux sans vraiment se présenter à eux. C’est un rétropédalage en douceur, dans la moiteur ouatée des arrière-boutiques du parti, comme dans l’ancien temps, en espérant que ce ne s’ébruitera pas trop fort.

Et soudain, l’intérêt de la primaire EELV de 2021 revient en flèche. Pourquoi ? J’avais relativisé l’intérêt démocratique de cette primaire car seulement 122 000 s’y étaient inscrites, ce qui est peu pour choisir celui qui voudrait diriger un pays de 67 millions d’habitants. Et la comparaison était la primaire LR de 2016 à laquelle plus de 4 millions de personnes ont participé, loin des 122 000. Mais si LR s’en remet à son congrès, le candidat désigné par LR risque d’avoir obtenu moins de voix que celui désigné par EELV (les 52 000 voix de Yannick Jadot). En effet, atteindre déjà 100 000 votants pour cette élection au congrès sera un exploit même si ce parti avait pu atteindre jusqu’à 300 000 adhérents revendiqués dans la période faste de Nicolas Sarkozy. L’enjeu sera donc là : inciter les anciens adhérents de LR à reprendre leur carte pour faire du nombre. Mais ils sont peut-être déjà partis dans d’autres cieux.

La méthode des écologistes aurait pu servir de modèle à LR : ne pas proposer d’adhérer au parti, mais de s’inscrire spécifiquement pour participer à une primaire semi-ouverte, avec l’approbation d’une charte qui ne mangerait pas de pain. L’intérêt y aurait été grand, car dans le choix de LR d’en faire une affaire interne, les centristes et autres alliés sont définitivement exclus de la procédure, et certains n’hésitent pas à dire qu’il existe déjà un autre candidat, Emmanuel Macron ! Effectivement, un élu centriste, sous couvert d’anonymat, enrageait auprès de LCI : « Gérard Larcher était un peu grognon. Mais puisque LR se replie en congrès, ça nous donne la liberté de choisir notre candidat. Y compris Emmanuel Macron oui ! Il y a des gens chez nous qui ne sont pas complètement étrangers à cette idée ! ».

Concrètement, LR a défini le 28 septembre 2021 son calendrier interne. Le 13 octobre 2021 seront examinées les candidatures qui devront recueillir leurs parrainages avant le 2 novembre 2021. Les nouvelles adhésions seront ouvertes jusqu’au 16 novembre 2021. Les différents candidats seront auditionnés au cours d’un conseil national le 20 novembre 2021. Enfin, le vote des adhérents LR réunis en congrès aura lieu le 4 décembre 2021.

Certains évoquent la date tardive du choix, encore deux mois, laissant ainsi le terrain libre aux autres candidats, mais les électeurs ne sont pas encore dans la campagne et ne pas partir trop tôt peut aussi être un avantage. En revanche, celui qui sera désigné aura intérêt ensuite à partir très rapidement et à présenter une proposition originale et importante qui fasse débat avant Noël.

Pour l’heure, les dirigeants de LR sont inquiets du dernier sondage Harris Interactive publié le 28 septembre 2021 pour "Challenges" : Éric Zemmour, Xavier Bertrand et Marine Le Pen feraient quasiment jeu égal. En effet, face à Emmanuel Macron qui resterait avec 23% d’intentions de vote, le polémiste grimperait jusqu’à 13%, faisant chuter Marine Le Pen à 16% et Xavier Bertrand stagnerait à 14% d’intentions de vote. En revanche, Jean-Luc Mélenchon ferait un bond à 13% tandis que Yannick Jadot (pas encore désigné candidat) et Anne Hidalgo pataugeraient encore dans les eaux troubles de la gauche respectivement à 6% et 7% d’intentions de vote. Un sondage qui pourrait n’être qu’un épiphénomène consécutif au débat Zemmour/Mélenchon sur BFM-TV le 23 septembre 2021 qu’avaient regardé 4 millions de téléspectateurs.

Plutôt qu’Emmanuel Macron, Éric Zemmour est prêt à faire imploser la droite modérée en France. Au moins idéologiquement. Jacques Chirac a de quoi se retourner dans sa tombe.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Le testament de Jacques Chirac.
Édouard Philippe.
Lucette Michaux-Chevry.
Michel Jobert.
Pierre Mazeaud.
Michel Debré.
Bernard Pons.
Pierre Juillet.
Philippe Mestre.
Henry Chabert.
Olivier Dassault.
Éric Raoult.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210928-les-republicains.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-7-l-impossible-234527

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/20/39065696.html





 

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 16:29

« On peut être très fiers. Ce n’est que le début de quelque chose ! » (Sandrine Rousseau, le 28 septembre 2021).



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Grosse déception chez les partisans de Sandrine Rousseau. C’est Yannick Jadot qui a gagné. Ce mardi 28 septembre 2021 en fin d’après-midi ont été annoncés les résultats du second tour de la primaire EELV pour la désignation du candidat de 2022. Les inscrits à cette primaire pouvaient voter électroniquement du 25 au 28 septembre 2021 après un premier tour qui a laissé planer un grand suspense.

Les résultats ont été très serrés puisqu’il y a eu 85,41% de participation (soit 104 772 votants, par rapport à des inscrits qui ont payé) et seulement 2,35% de votes blancs (2 464). Précisons que les votants étaient relativement peu nombreux puisque à peine plus de 100 000 personnes ont participé à ce second tour. Yannick Jadot a remporté le scrutin avec 52 210 voix soit 51,03% contre Sandrine Rousseau avec 50 098 voix soit 48,97%. Cela montre une fois encore à quel point les écologistes sont divisés sur deux lignes très différentes.

Comme je l’ai effectivement écrit précédemment, jamais les écologistes n’ont été autant divisés que cette année, et si le duel entre Sandrine Rousseau et Yannick Jadot était prévisible (Delphine Batho était une ancienne ministre socialiste et Éric Piolle avait une position trop "intermédiaire" pour convaincre les uns et les autres), il a en plus un sens. C’est le clivage entre les doux rêveurs et les froids pragmatiques, ou encore entre les menaçants idéalistes et les immobiles opportunistes, entre les khmers verts et les roses bonbons.

Tout le problème de la gauche depuis cent cinquante ans réside dans ce duel, entre les révolutionnaires et les réformateurs. Tout bouleverser ou accompagner en douceur. Cela reste d’ailleurs la problématique de toute force qui aspire à gouverner, puisque aucune ne souhaite rester dans l’immobilisme d’un monde trop complexe pour être satisfaisant.

Yannick Jadot n’existe politiquement que depuis l’automne 2016 et la précédente primaire écologiste. Il a alors créé la surprise en battant dès le premier tour Cécile Duflot, et au second tour une militante bien plus connue que lui. Mais sa candidature en 2017 a tourné au vinaigre car il l’a finalement abandonnée en rase campagne et s’est rangé derrière …Benoît Hamon, à la belle tête de champion. En quelque sorte, les écologistes ont été privés de leur élection présidentielle la dernière fois. Néanmoins, il s’est rattrapé et s’est révélé deux ans plus tard.

Yannick Jadot est effectivement devenu connu aux élections européennes de mai 2019 où il a mené la liste EELV. En se hissant à la troisième place, avec 13,5%, les écologistes ont devancé très largement les deux grands partis gouvernementaux (LR à 8,5% et PS à 6,2%). Certains ont d’ailleurs dit que c’est à partir de là que Yannick Jadot a maintenant la grosse tête. On a pu remarquer sa condescendance avec les autres candidats de la primaire EELV de 2021 lors des débats, laissant entendre qu’il était la seule star des médias, le seul capable de faire un bon score (soit dit entre nous, 13,5% n’a jamais fait une majorité de Français, or, à l’élection présidentielle, l’objectif, c’est de faire plus de 50% des voix).

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On a souvent coutume d’affirmer que les écologistes étaient les spécialistes de désignation des moins bons candidats. En 2002, Alain Lipietz fut préféré à Noël Mamère (mais finalement, ce fut ce dernier qui s’est présenté, avec le meilleur score d’un candidat écologiste à ce jour, le seul à avoir franchi le seuil de 5%). En 2011, ils ont préféré Eva Joly à Nicolas Hulot, mais peut-être préféraient-ils laisser le maximum de chance au seul candidat de la dite gauche capable de remporter l’élection en 2012, à savoir François Hollande ? Enfin, en 2016, l’inconnu Yannick Jadot préféré à l’ancienne ministre très médiatique Cécile Duflot.

Le problème de Yannick Jadot en 2021, c’est qu’il s’est retrouvé dans la position du supposé meilleur leader écologiste sur la place publique. En tout cas, considéré comme tel par les médias. Mais est-ce si sûr ? Qui de Sandrine Rousseau et de Yannick Jadot ferait le meilleur score possible à l’élection présidentielle de 2022 ? On ne le saura jamais puisque Yannick Jadot vient d’être désigné.

Évidemment, il sera impossible de démontrer quoi que ce soit, c’est comme le choix des files d’attente aux caisses de supermarché, impossible de savoir ce qu’il en serait en en choisissant une autre, mais mon expérience me dit que la personnalité la plus consensuelle n’est pas forcément le candidat qui ferait le meilleur score dans son camp.

Un exemple : certains ont déploré le renoncement de Jacques Delors en décembre 1994 dont la candidature aurait fait bouger les lignes. Était-ce si sûr ? Pas du tout. Je crois même le contraire. Jacques Delors était une personnalité très populaire avant l’élection de 1995 parce que de nombreux électeurs centristes l’appréciaient. Mais à cette date (décembre 1994), c’était beaucoup trop tard pour se déclarer. Le débat public s’était porté sur un clivage (somme toute très artificiel) entre Édouard Balladur et Jacques Chirac et tous les leaders centristes avaient déjà fait allégeance au Premier Ministre sortant. C’était trop tard pour se retourner et rejoindre Jacques Delors. Au contraire, un candidat plutôt "militant" et dit non "consensuel", Lionel Jospin a finalement représenté le PS et, dans une surprise classique à chaque élection, ce dernier est arrivé premier au premier tour. Non seulement il avait rompu le clivage Balladur vs Chirac, mais il avait su remobiliser toute sa base militante, chose que n’aurait certainement jamais pu faire Jacques Delors, détesté par les militants de base du PS.

C’est pourquoi il me paraît évident que Sandrine Rousseau aurait eu beaucoup plus de ressources mobilisatrices que Yannick Jadot pour les écologistes. Certes, Yannick Jadot a mené EELV jusqu’à 13,5% aux européennes, mais finalement, Daniel Cohn-Bendit les a menés jusqu’à 16% dix ans plus tôt. Le score aux européennes n’a jamais préfiguré un score à la présidentielle. Au contraire, Yannick Jadot n’a plus beaucoup de capacité à mobiliser et la mauvaise expérience gouvernementale de Nicolas Hulot a renforcé l’idée que l’écologisme de gouvernement n’était pas efficace.

En revanche, Sandrine Rousseau, qui veut un écologisme de transformation, souhaite révolutionner le pays (au risque d’échouer et surtout, au risque de mettre la société en miettes), aurait une bien plus grande capacité à redonner foi et espérance à l’esprit écologiste fait souvent d’intransigeance et d’idéalisme. Elle a pris date, en imaginant déjà les combats à venir. Sandrine Rousseau, candidate en 2027 ?!

Avec ces deux candidats (Sandrine Rousseau et Yannick Jadot), les écologistes se situent très clairement à gauche de l’échiquier politique (au grand dam de Jean-Marc Governatori !) et bien sûr, Sandrine Rousseau est une candidate dite de gauche bien plus convaincante que Yannick Jadot. L’une veut faire bouger les choses, l’autre est simplement ambitieux pour sa pomme.

Sandrine Rousseau cochait toutes les cases de la gauche sociétale pour remobiliser des abstentionnistes écœurés par le parti socialiste : femme, encore jeune, écolo, féministe, antiraciste, inclusif, etc. Elle avait milité contre le harcèlement sexuel, ce qui l’a amenée à quitter temporairement son parti pourri par une affaire parisienne (Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée Nationale, a dû démissionner).

On aurait pu penser que la candidate socialiste Anne Hidalgo espérait très fort la désignation de Sandrine Rousseau pour lui laisser le champ libre entre Emmanuel Macron et l’ultragauche. Mais les écologistes ne lui voleront aucun électeur : c’est elle toute seule qui s’effondre dans les sondages (actuellement 4% d’intentions de vote) et sa médiocrité suffit à la faire plonger. En revanche, la candidature de Sandrine Rousseau aurait pu sérieusement concurrencer celle de Jean-Luc Mélenchon qui, finalement nage dans les mêmes eaux écolo-gauchistes.

Il reste maintenant à savoir si pour Yannick Jadot, cette journée du 28 septembre 2021 est une arrivée ou un départ. En tout cas, au PS, on s’affole déjà…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yannick Jadot.
Sandrine Rousseau.
Élysée 2022 (5) : profondes divisions chez les écologistes.
Grégory Doucet.
René Dumont.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210928-yannick-jadot.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-6-yannick-jadot-236124

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/28/39154152.html







 

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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 03:20

« Mon écologie à moi est votre écologie ! » (Sandrine Rousseau, le 19 septembre 2021).



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Les écologistes d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) ont organisé une primaire ouverte pour la désignation de leur candidat à l’élection présidentielle de 2022. Pour pouvoir voter, n’importe quel Français de plus de 16 ans pouvait s’inscrire avant le 12 septembre 2021, sous réserve de payer 2 euros et d’approuver une charte des valeurs écologistes qui ne mangeait pas de pain.

Cinq candidatures ont été retenues et les inscrits pouvaient voter par voie électroniquement (avec tout ce que cela implique) du 16 au 19 septembre 2021. C’est ce dimanche 19 septembre 2021 vers 17 heures 30 que le secrétaire national de EELV, Julien Bayou a annoncé les résultats de ce premier tour. Le second tour aura lieu du 25 au 28 septembre 2021.

C’est incroyable comment les journalistes ont pris pour argent comptant les affirmations des responsables écologistes. Car au contraire de ce qu’ils prétendent, jamais la situation n’a été aussi mauvaise pour les écologistes que ces résultats qui ont mis les quatre principaux candidats dans un mouchoir de poche. Jamais la famille écologiste n’a été aussi divisée tant du point de vue des personnes que de leur programme.


1. C’est une forte participation ? Tout est relatif !

L’idée de penser que cette primaire EELV a eu une forte participation est une sorte de matraquage de la méthode Coué : plus on le dit, plus on y croit. Pire : ils sont capables de dire, avec les résultats du premier tour, "La société est portée à plus de…" alors que seulement 122 675 Français se sont inscrits à cette primaire. Certes, il y a eu une forte participation (c’est-à-dire le rapport entre ceux qui ont voté et ceux qui se sont inscrits), 86,91% mais pourquoi se serait-on inscrit pour ne pas voter (surtout que l’inscription était payante) ?

Certes (aussi), l’objectif était de 100 000 inscriptions et quelques jours avant la fin des inscriptions, il n’y en avait que 75 000. C’est beaucoup plus que la précédente primaire EELV, celle d’octobre 2016, qui n’avait reçu que 17 146 inscriptions.

Mais il faut un peu se réveiller : il s’agit d’élire le Président de la République d’une nation qui compte plus de 68 millions d’habitants. Ces 122 675 inscrits ne représentent même pas 0,2% de la population ! À l’élection présidentielle de 2017, il y avait plus de 48 millions d’électeurs inscrits. Probablement plus en 2022. 122 675, c’est finalement le corps électoral pour une ou quelques circonscriptions des 577 que compte la France.

La meilleure comparaison reste les primaires des autres. Celle de LR en novembre 2016, ils étaient plus de 4,4 millions de Français à avoir participé au choix du candidat LR. Chez les socialistes, ils étaient plus de 2 millions à avoir voté à la primaire PS de janvier 2017.

Comme on le voit, 122 675 inscriptions, c’est dérisoire comme masse électorale. Ils disent que c’est un grand succès parce qu’ils n’étaient que 7 fois moins en 2016, mais ils sont encore ridiculement faibles dans leur capacité à mobiliser leur électorat. En clair, ils ont mobilisé leurs militants, mieux que les précédentes fois, mais cela ne reste que des militants.


2. Les deux candidats du second tour pavoisent

Il n’y a pas de quoi pavoiser et je suis même surpris de la surprise des journalistes. Ce second tour était finalement assez prévisible : un candidat écolo-modéré, très médiatisé et connu des médias, qui a montré ses preuves de leadership aux élections européennes de mai 2019, Yannick Jadot (54 ans), soutenu par Alain Lipietz, Matthieu Orphelin, Laurence Abeille et David Belliard, avec 29 534 voix, soit 27,7%, et une candidate de la base, très apprécié par les militants, très gauchiste, écolo-féministe (terme à définir), Sandrine Rousseau (49 ans), soutenue par Alice Coffin, Adèle Haenel, Jane Fonda, Salomé Lelouch, Jean-Luc Moreau, Lio, Bruno Solo et Éric Métayer, avec 26 801 voix, soit 25,14%.

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Bref, le second tour donnera le clivage attendu entre une ligne pragmatique et une ligne idéaliste, cela pour être avec un vocabulaire gentil. Le vocabulaire moins gentil, ce serait : une ligne opportuniste versus une ligne dogmatique. Ou encore : rose bonbon vs rouge foncé. Sandrine Rousseau est plus imaginative : "écologie d’accompagnement" vs "écologie de transformation".

Certains imaginaient que Yannick Jadot serait élu dès le premier tour. C’était impossible. Du reste, c’est le risque d’une éventuelle primaire LR où seule, participerait comme "grande" candidate Valérie Pécresse. Dans les débats télévisés (deux débats télévisés, sur France Inter le 5 septembre 2021 et sur LCI le 8 septembre 2021), Yannick Jadot se montrait très condescendant, s’affichant comme favori et voulant apprendre aux autres comment faire campagne et être aimé des médias.

Sandrine Rousseau a été beaucoup plus dans le concret, dans le fond, et finalement, cela ne lui a pas trop mal réussi. Et Yannick Jadot a un problème de crédibilité : ira-t-il jusqu’au bout, cette fois-ci ? Car il a été choisi par la primaire EELV de 2016 et finalement, il s’est désisté en faveur de Benoît Hamon, qui a lui-même fait un score misérable en 2017.


3. Éric Piolle quasiment dernier

Arrivé en quatrième position avec 23 767 voix, soit 22,29%, Éric Piolle (48 ans), proche de François Ruffin et soutenu par Eva Joly, Esther Benbassa, Aurélien Taché, David Cormand et Guillaume Gontard, aurait étonné, par son résultat médiocre, quelques analystes politiques qui croyaient encore en ses chances. Il aurait même eu des cours de relations internationales pour prendre une stature présidentielle ! Mais cela ne suffit pas. On disait surtout qu’il était le représentant d’une ville (Grenoble) et qu’il pouvait ainsi montrer ses réalisations. Sauf qu’elles restent relativement limitées et un bon maire (ce qui reste à voir, même s’il a été réélu, loin d’être plébiscité comme certains l’ont clamé, il a eu 46,7% au premier tour avec 57,8% d’abstention et 53,1% au second tour en 2020 avec 64,2% d’abstention, c’est loin d’un raz-de-marée !) n’a pas forcément vocation à être un bon candidat à l’élection présidentielle, encore moins à être un bon Président de la République.


4. Delphine Batho numéro trois

La vraie surprise, c’est de trouver Delphine Batho (48 ans), soutenue par Cédric Villani et Dominique Bourg, en troisième position avec 23 801 voix, soit 22,32%. Devenue présidente de Génération Écologie (parce que cette marque était laissée en jachère), elle est avant tout une militante socialiste et ancienne ministre avec la même étiquette sous François Hollande. Autant dire qu’on imaginait mal qu’elle fût acceptée comme écologiste quelques années plus tard. Cette primaire EELV lui donne donc cette consécration. Sans plus. Son thème de la "décroissance" ressemble à celui de la "démondialisation" longtemps invoqué par Arnaud Montebourg. Préemption sémantique.

En fait, ce n’est pas si surprenant que cela. Elle a été à l’école de Julien Dray, elle a été capable de mobiliser beaucoup de militants, probablement des étudiants de l’UNEF, et elle démontre ainsi la réalité de cette primaire EELV qui n’a rien de populaire (pour l’être, il faudrait y avoir plusieurs millions d’inscrits, comme chez LR ou au PS en 2016-2017). Il s’agit d’abord d’une course aux militants, et chaque candidat est en fait le pôle attractif de certaines chapelles de militants écologistes.

Pour preuve, il y en a un qui s’est trompé d’endroit. Le très sympathique Jean-Marc Governatori (62 ans), au nom prédestiné pour une candidature présidentielle, lui, n’a pas été soutenu par une base militante, le résultat n’en est que plus sévère pour lui. Alors qu’il croyait pouvoir convaincre "l’opinion publique", qui est certainement plus proche de lui que de la plupart de ses concurrents, l’écologiste centriste, simple conseiller municipal de Nice, n’a eu que 2 501 voix, soit 2,35%, classé cinquième et dernier, très loin derrière les quatre autres qui représentent à peu près chacun un quart des votants.


Et le second tour ?

Un unique débat sera organisé entre les deux candidats restants sur LCI le 22 septembre 2021 à 20 heures 45. Si l’on s’en tient au clivage pragmatiques vs idéalistes, il n’y a pas photo, Sandrine Rousseau devrait largement être désignée candidate dans une dizaine de jours. Peut-être que certains électeurs de candidats qui ont échoué au premier tour souhaiteraient privilégier la capacité à faire beaucoup de voix plutôt que celle à se faire plaisir avec un programme écolo-total. Daniel Cohn-Bendit, lui aussi, a déjà imaginé cette issue : « Je suis déçu, je pense que Sandrine Rousseau va gagner, je crois que c’est une mauvaise nouvelle pour l’écologie. ». Il faut reconnaître que EELV a toujours choisi ses candidats les moins rassembleurs (Alain Lipietz vs Noël Mamère en 2002, Eva Joly vs Nicolas Hulot en 2012, Yannick Jadot vs Cécile Duflot en 2017). C’est Anne Hidalgo qui va se frotter les mains et voir son horizon électoral se dégager.

L’élément certain, c’est que cette primaire EELV n’est pas une primaire populaire. C’est une primaire militante. Cela n’a rien de péjoratif mais cela montre le grand danger par exemple d’un référendum d’initiative citoyenne : seuls les militants et les clivés s’exprimeront. Les autres, ils auront d’autres choses à faire dans cette vie si compliquée…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (5) : profondes divisions chez les écologistes.
Grégory Doucet.
René Dumont.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210919-primaire-eelv.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-5-profondes-divisions-235905

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 03:54

« L’exercice intellectuel auquel elle se livrait était bien éloigné de la réalité d’une existence où l’on attend toujours la prochaine paie et où une facture de vétérinaire ou une hausse imprévue du loyer peut déclencher un effet domino et menacer de détruire la vie qu’on s’est bâtie. » (Greer Hendricks et Sarah Pekkanen, "Anonymat garanti", 2018).



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En annonçant formellement sa candidature à l’élection présidentielle de 2022 le dimanche 12 septembre 2021 à Rouen, la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo n’a fait que confirmer ce qu’elle disait tout bas depuis plusieurs mois. À 62 ans (l’âge de Jacques Chirac quand il a été élu Président de la République au bout de la troisième tentative), Anne Hidalgo se découvre donc une vocation de candidate.

Le fait qu’elle soit une femme ou qu’elle soit d’origine espagnole ne me paraît pas de nature à modifier l’opinion qu’auront d’elle ses éventuels futurs électeurs. Ce ne sont ni des avantages (une femme à l’Élysée, une représentante d’une intégration réussie), ni des inconvénients (la misogynie diminue au fil du temps, la diversité devient plus indifférente). On vote pour une personne donnée, pas pour un sexe ni une origine, plutôt pour ce qu’elle représente et ce qu’elle propose.

On se demandait si le PS existerait encore en 2022, après être descendu bien bas en 2017. Alors que les candidats à la candidature socialiste étaient nombreux dans les précédents scrutins, le scrutin de 2022 est un désert socialiste. Il est loin le temps où François Mitterrand, Michel Rocard, Pierre Mauroy, Jean-Pierre Chevènement et Laurent Fabius s’affrontaient pour un vrai enjeu, un parti en ordre de marche, un parti voué à être un parti de gouvernement, avec ses élus, ses experts, son programme, et même son trésor de guerre.

En 2021, c’est morne plaine. Que fait Stéphane Le Foll ? Que fait Bernard Cazeneuve ? Que fait Olivier Faure ? Que fait Manuel Valls ? Que fait Martine Aubry ? Que fait Ségolène Royal ? Que fait François Hollande ? Tous ont renoncé. Tous ont capitulé avant de combattre. Tous ceux-là ont le sens du ridicule. Il en fallait donc bien un, une, c’est encore mieux, pour maintenir une présence du PS à l’élection présidentielle, dans ce cadre d’acharnement thérapeutique.

Il faut dire que l’épisode de 2017 en a refroidi plus d’un. Choisir à la primaire de janvier 2017 le plus mauvais des candidats possibles, Benoît Hamon, qui, malgré le désistement avant le premier tour du candidat écologiste Yannick Jadot, a laborieusement récolté 6% des voix. Rappelons qu’au moment où il a été choisi à la primaire, les sondages lui attribuaient 18% d’intentions de vote contre 9% à Jean-Luc Mélenchon. Un mauvais candidat, c’est celui qui dilapide de 18% à 6% son capital électoral. Un mauvais candidat, c’est aussi celui qui, choisi par son parti pour concourir, le quitte quelques jours après l’avoir conduit dans l’impasse.

Anne Hidalgo sera-t-elle une mauvaise candidate ? Pourra-t-elle faire pire que Benoît Hamon ? En tout cas, après toutes les défections du PS, elle avait un boulevard pour imposer sa candidature aux socialistes qui sont bien contents qu’elle existe, faute de mieux. Pour l’instant, sa déclaration de candidature ne change aucune donne dans les sondages, elle reste autour de 7% d’intentions de vote.

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Lors des précédentes primaires socialistes, Anne Hidalgo a toujours misé sur les mauvais "chevaux" : en 2006 pour Dominique Strauss-Kahn, en 2011 pour Martine Aubry, en 2017 pour Vincent Peillon. Finalement, à la dernière élection présidentielle, elle a soutenu loyalement au premier tour le candidat socialiste Benoît Hamon dont elle ne soutenait pas le programme, et au second tour, le candidat indépendant Emmanuel Macron.

On oubliera les très nombreuses contradictions de cette dame qui a toujours raté de se faire élire députée et qui n’a d’expérience que de gérer d’une main de fer la mairie de Paris à faire fuir tout le peuple dans les banlieues. Contradiction d’avoir assuré ses électeurs de 2020 qu’elle resterait maire de Paris et qu’elle ne se présenterait pas à l’élection présidentielle (heureusement, ces mêmes électeurs ont toujours la mémoire courte). Contradiction de vouloir représenter la France alors qu’elle représente très mal Paris, et qu’elle ne connaît pas beaucoup le reste de la France. Pas étonnant de vouloir s’entourer d’élus territoriaux, mais dont la notoriété nationale est si faible qu’ils ne vont pas beaucoup l’aider dans cette aventure hasardeuse.

Gérer Paris depuis sept ans n’est certes pas une mince affaire. La plus puissante collectivité territoriale. Budget (12 milliards d’euros), employés (55 000 agents), population (2,2 millions d’habitants)… et endettement (7,2 milliards d’euros !). On n’en fera pas d’analyse ici car l’élection présidentielle n’est pas une élection municipale et de toute façon, on n’est jamais élu sur son bilan mais sur son projet d’avenir. On peut néanmoins observer que la dette a augmenté de 71% depuis 2014, depuis qu’Anne Hidalgo est maire (l’endettement doit être comparé à la recette fiscale qui est de 6,5 milliards d’euros en 2021 !). Une propension à dépenser sans compter (beaucoup de travaux peu urgents et pas nécessaires) qui pourrait faire froid dans le dos si elle arrivait à la tête de l’État (on le verra avec ses propositions).

La seule chose que je retiendrai de sa gestion de la ville de Paris, c’est la circulation à Paris, inspiré par un écologisme mal compris. En voulant à tout prix décourager l’utilisation de l’automobile à Paris, elle a renforcé la pollution et les bouchons. On ne s’improvise pas expert en mécanique des fluides (méca flotte pour les connaisseurs).

Ce qui est certain, c’est que les automobilistes qui roulent dans Paris, s’ils le font, c’est qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Ce n’est pas juste pour chercher le pain à 300 mètres de chez eux. S’ils utilisent leur voiture, avec les promesses d’embouteillages, c’est à contre-cœur. Généralement, c’est parce qu’il n’y a pas l’offre de transport en commun avec la bonne unité de lieu et la bonne unité de temps. D’ailleurs, ce sont rarement des Parisiens mais des Franciliens, qui doivent traverser Paris faute de liaison adaptée à leurs nécessités, des lignes souvent en étoile et rarement périphériques.

C’est sûr que pour celui qui habite à Paris et qui travaille à Paris (quand il travaille encore), vouloir bouter les automobiles à l’extérieur du boulevard périphérique est très populaire et à la limite de la démagogie pour se faire réélire. Mais comment faire pour ramener ou chercher des personnes âgées, des personnes en situation de handicap, ou simplement des personnes qui doivent transporter des choses lourdes si on ne peut plus passer à Paris en voiture ?

Oui, la ville ne doit plus être offerte aux automobiles comme cela a été le cas au début des années 1970. Il faut que la ville soit pour les piétons avant tout. Pourquoi pas 30 kilomètres par heure, en vitesse limite, quand on sait que la vitesse moyenne ne dépasse pas la moitié, de toute façon (même si la nuit, quand il n’y a personne, c’est dur de ne pas dépasser, mais on disait déjà cela pour le périph avec la limitation à 70 kilomètres par heure). Il faut donc effectivement proposer des liaisons principales pour les voitures et limiter les petites rues aux déplacements très locaux.

Cette gestion de la circulation parisienne par Anne Hidalgo montre une évidence : elle se limite à l’intérêt des seuls résidents à Paris (ses électeurs) mais pas à l’intérêt général, dans la mesure où Paris est la ville des 10 millions de Franciliens, pas seulement des 2 millions de Parisiens. Il me paraît donc stupide de laisser encore l’attribution de la circulation automobile dans Paris à la seule ville de Paris alors qu’elle devrait revenir, exceptionnellement, à la région-agglomération de Paris, l’Île-de-France et à une grande partie des communes qui la composent.

Bref, tout cela pour dire : si Anne Hidalgo n’est pas capable de coopérer avec tous les acteurs de la région parisienne pour la circulation à Paris, comment peut-on imaginer qu’elle soit capable de coopérer en situation diplomatique, pour raffermir l’Europe, pour amener des pays belligérants à se réconcilier, etc. ? La coopération est un élément majeur dans le processus politique. Coopération et concertation.

Plus intéressant, c’est d’avoir une partie de son programme. Le peu qu’il en ressort est de la franche rigolade. Anne Hidalgo propose par exemple de doubler le salaire des enseignants. Mesure intéressante mais ô combien clientéliste. L’enseignement fut un secteur fort du socle électoral du PS. Enfin, dans les temps anciens. Une mesure qui coûterait 300 milliards d’euros sur un quinquennat !

C’est sûr que raser gratis a encore ses adeptes, mais les Français sont-ils si stupides que cela quand on connaît le niveau d’endettement et le niveau d’imposition de la France ? Il n’y a pas beaucoup de marges de manœuvre. Même Jean-Luc Mélenchon trouve cette proposition irréaliste et démagogique, lui qui en est pourtant très friand !

Ce qui m’étonne, c’est que beaucoup de journalistes et d’éditorialistes ont pris au sérieux cette proposition et plus généralement, la candidature d’Anne Hidalgo. Peut-être en sont-ils encore restés à ce parti socialiste puissant auquel il faut faire allégeance, ce parti hégémonique, majoritaire dans toutes les allées du pouvoir comme cela avait été le cas en 2012. Mais les temps ont changé et cette petite élite qui est composée de faiseurs d’opinions devrait remettre à jour son logiciel d’analyse.

Avec cette proposition démagogique, qui ne s’intègre pas dans un programme d’ensemble, une vision cohérente de la France dans vingt ans, des valeurs, des exigences, des principes, on voit bien que cette dame ne cherche pas à se faire élire (elle n’a pas le niveau et le sait très bien) mais cherche simplement à sauver financièrement le PS. À sauver les meubles et les apparences.

En effet, des mesures aussi démagogiques que cela ne permettent généralement pas de gagner une élection présidentielle (les électeurs ont du bon sens), mais permet de faire le plein des voix dans certaines niches électorales. L’objectif du PS, c’est de faire au moins 5%, voire plus, car toute voix correspond à une dotation publique pour le parti pour les cinq prochaines années. L’enjeu financier est colossal quand l’existence même de ce parti, qui a dû revendre son siège historique de la rue de Solferino, est en cause malgré encore une bonne implantation électorale dans tous les territoires.

Dès lors qu’elle ne cherche pas à faire des propositions réalistes, Anne Hidalgo fait clairement savoir qu’elle n’a aucune intention de gouverner et qu’elle veut simplement racoler des voix sur la place publique. Après tout, Florian Philippot, à  une plus petite échelle, en fait autant en choisissant de se servir dans le vivier électoral des antivax, une niche qui ne lui permettrait jamais de gagner une élection mais qui pourrait lui offrir des militants et un petit trésor de guerre pour les cinq prochaines années…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La catastrophe bobo de Paris.
Anne Hidalgo.
Michel Jobert.
Arnaud Montebourg.
Roland Dumas.
Bernard Tapie.
Laurent Fabius.
Louis Mermaz.
Marie-Noëlle Lienemann.
Jean-Luc Mélenchon.
Danièle Obono.
François Ruffin.
François Mitterrand.
François de Grossouvre.
Le congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920.
Le congrès du PS à Épinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971.
Le congrès du PS à Metz du 6 au 8 avril 1979.
Le congrès du PS à Rennes du 15 au 18 mars 1990.
Le congrès du PS à Reims du 14 au 16 novembre 2008.
Édith Cresson.
Pierre Joxe.
Patrick Roy.
Raymond Forni.
Georges Frêche.
Michel Delebarre.
Pierre Moscovici.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210912-anne-hidalgo.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-4-anne-hidalgo-235758

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/14/39135087.html








 

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 03:11

« La société française ne semble plus capable de secréter en son sein des sauveurs. L’école de la République n’enseigne même plus leur histoire. Comme des sales gosses nihilistes, nous prenons plaisir à casser le moule de notre grandeur passée. » (Éric Zemmour, le 7 mars 2012 dans "Le Bûcher des vaniteux", éd. Albin Michel).


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Depuis quelques semaines, une nouvelle question torture le cerveau des éditorialistes politiques : l’un de leurs collègues, Éric Zemmour sera-t-il candidat à l’élection présidentielle de 2022 ? Et si oui, pourrait-il être élu ?

Cela semble s’accélérer pour Éric Zemmour. D’où l’emploi du mot "virus" dans mon titre, parce que c’est une candidature typiquement virale. Il fait partie des candidats possibles dans les sondages d’intentions de vote, ce qui permet de voir qu’il représente une part non négligeable de l’électorat dit de droite.

L'un des derniers sondages, réalisé par Ispos-Sopra Steria pour franceinfo et "Le Parisien/Aujourd’hui" publié le 3 septembre 2021, a montré un score flatteur pour celui qui n’a pas encore déclaré sa flamme. Il obtiendrait 8% d’intentions de vote, ce qui, pour une candidature "à froid" serait déjà un socle remarquable.

On pensait au départ qu’il irait manger sur l’électorat de Marine Le Pen, puis on s’est dit qu’au contraire, ils rognerait sur l’électorat de LR. En fin de compte, et quel que soit le candidat soutenu par LR, du moins les deux principaux, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse (j’y reviendrai), Éric Zemmour handicaperait autant Marine Le Pen que LR, mais plus encore Nicolas Dupont-Aignan qui se verrait reléguer à un score de microcandidat (de l’ordre de 2%). En effet, Éric Zemmour prendrait 2% d’intentions de vote tant à Marine Le Pen qu’au candidat LR et 4% à Nicolas Dupont-Aignan, disparaissant ainsi du paysage présidentiel.

Un autre sondage réalisé par Harris Interactive pour "Challenges" publié le 14 septembre 2021 place même le polémiste à 10% en prenant 3 points à Marine Le Pen et 1 point au candidat LR.

Répétons-le, ce ne sont que des sondages, c’est-à-dire des photographies furtives et immédiates d’une "opinion publique" particulièrement hésitante et instable, mais on voit à quel point ce sont des outils indispensables aux partis et aux candidats hésitants pour déterminer leur stratégie. Surtout lorsque l’idée de primaire peut être synonyme d’échec et de divisions.

Pour Éric Zemmour, ce sondage, comme les autres qui donnent à peu près les mêmes enseignements du moment, c’est plutôt encourageant. À 63 ans, c’est en effet la dernière occasion sérieuse de participer au débat électoral. Éric Zemmour a des idées, et voudrait contribuer à élargir la campagne présidentielle. D’un point de vue politique, l’électorat ne semble pas surpris de cette perspective.

Des jeunes zemmouriens avaient étonné au lendemain des dernières élections régionales en collant des affiches pour souhaiter la candidature d’Éric Zemmour : que cela fût concerté ou à la propre initiative de ces jeunes zélateurs (qui se font du coup appeler la génération Z, ce qui fait un tantinet Zorglub !), cette action a permis de diffuser très progressivement l’idée d’une candidature Zemmour.

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Il y a aussi une autre caractéristique qui compte : Éric Zemmour déteste Marine Le Pen et pour lui, elle ne gagnera jamais une élection présidentielle car elle a montré ses limites lors du débat de second tour le 3 mai 2017. Il serait ainsi partisan plutôt du TSMLP : tout sauf Marine Le Pen ! Donc Éric Zemmour.

Laurent Wauquiez, qui n’était déjà plus président de LR, doit se mordre les doigts d’avoir laissé entendre à Éric Zemmour qu’il avait toute sa place dans la grande famille de la droite, lors de la "Convention de la droite" organisée le 28 septembre 2019. Car aujourd’hui, Éric Zemmour pourrait lui répondre qu’il a tout sa place dans la planète Zemmour. Encouragés par Laurent Wauquiez, les électeurs traditionnels de LR pourraient considérer que le journaliste est un membre de la droite comme un autre.

Dans un certain nombre de médias, il n’est pas du tout qualifié de droite, mais d’extrême droite, placé bien plus à droite que Marine Le Pen (qui fait figure de gauchiste comparée à lui). C’est cela qui est un peu paradoxal. La personnalité est plus "modérée" que les idées.

Quand, il y a quelques mois, François Bayrou, dont on ne pourra pas soupçonner un seul doute sur ses idées contre l’extrême droite, fut interrogé sur l’éventualité d’une candidature d’Éric Zemmour, il ne l’a pas chargé comme un méchant extrémiste. Il était resté assez neutre, assez discret, refusant d’entrer dans la polémique. C’est qu’Éric Zemmour est bien connu des centristes, il était même chargé de couvrir le parti centriste il y a une trentaine d’années et des sympathies se sont nouées. Comme d’ailleurs Nicolas Dupont-Aignan, qui a voté pour François Bayrou en 2007 et qui avait été son chef de cabinet lorsqu’il était ministre.

Ce qui est certain, c’est que l’éditorialiste jouit d’une belle culture historique, mais il la met au service d’une idéologie qui en fait des interprétations erronées, ce que de nombreux historiens ont dit ou au contraire refusé de dire car la loi de Brandolini s’applique aussi à lui. Napoléon, Pétain, De Gaulle… revisités à en faire froid dans le dos.

Qu’importe ! Éric Zemmour a trouvé son lectorat. Il l’avait testé dans les médias : sa notoriété a grimpé lors de sa participation à l’émission de Laurent Ruquier le samedi soir sur France 2, une émission à forte audience. Bon "produit" de communication, il a été recruté par d’autres chaînes après son éviction du service public et déjà quelques affaires en justice, aujourd’hui encore, il est sur CNews et comme ses idées sont clivantes, il provoque soit une forte détestation, soit au contraire un soutien très fort, selon l’opinion des uns et des autres. Le journaliste Éric Dupin l’a défini ainsi le 2 février 2017 : « Enivré par ses succès télévisuels, le gaulliste anticonformtiste qu’il était il n’y a pas si longtemps s’est mué en démagogue d’extrême droite. ». Au point que certains le comparent maintenant à Charles Maurras !

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a décidé le 8 septembre 2021 que son temps de parole serait décompté à partir du lendemain pour maintenir tous les candidats dans une situation d’égalité. Éric Zemmour a pour l'occasion quitté temporairement "Le Figaro" pour faire sa future campagne (électorale ou de promotion éditoriale) et CNews vient, le 13 septembre 2021, de le renvoyer provisoirement pour se conformer au CSA. Imagine-t-on Jean-Luc Mélenchon ou Yannick Jadot ou Anne Hidalgo tenir une chronique quotidienne dans un grand média à forte audience et trouver cela normal alors qu'ils sont candidats à l'élection présidentielle ? La conséquence, c'est qu'Éric Zemmour n'est plus sur CNews mais il est partout ailleurs, France 2, RTL, LCI, BFM-TV, etc. Il y a même gagné en couverture médiatique !

Il est donc assez risible de voir comment Éric Zemmour se victimise à cet égard, évoquant la liberté d'expression dévoyée, alors qu'il est juste que tout candidat potentiel puisse jouir d'une exposition médiatique sensiblement équivalente. Du reste, un polémiste doit toujours s'attendre à des réactions hostiles, mais ici, c'est la simple règle de l'égalité entre les candidats qui est en cause. D'ailleurs, il avait déjà habitué son public à cette défense de la liberté d'expression lorsqu'il avait dû rendre des comptes à la justice pour certaines déclarations publiques (que je ne détaille pas ici, le lecteur intéressé saura où trouver). Et la défense de la liberté, elle n'est que dans un sens, pour sa liberté à lui, pas pour la liberté des parents par exemple à choisir le prénom de leur enfant (j'y reviendrai).

Ce qui est incontestable, c’est qu’Éric Zemmour vend beaucoup d’exemplaires de ses livres. "Le Suicide français", sorti le 1er octobre 2014 chez Albin Michel, a été un grand succès, qui s’est autoalimenté par la polémique, parce qu’Éric Zemmour est avant tout un polémiste, ce qui est nécessaire dans une vie intellectuelle saine. Entre 300 000 et 400 000 exemplaires du livre auraient été vendus en deux ans, peut-être plus.

Extrait du pamphlet : « L’idéologie de la mondialisation, antiraciste et multiculturaliste, sera au XXIe siècle ce que le nationalisme fut au XIXe siècle et le totalitarisme au XXe siècle, un progressisme messianique fauteur de guerres ; on aura transféré la guerre entre nations à la guerre à l’intérieur des nations. ».

Le 22 novembre 2014, Alain de Benoist commentait ce succès ainsi : « L’un [des sondages] révèle que 37% des Français (20% à gauche, 53% à droite) sont d’accord avec Zemmour, qu’ils se reconnaissent dans ce qu’il dit, qu’ils découvrent dans son livre ce qu’ils n’osaient dire tout haut ou qu’ils ne formulaient que de façon confuse. (…) Ceux qui méprisent le peuple y verront la confirmation que l’ouvrage n’est qu’une accumulation de lieux communs et de propos de bistrots. Mais il ne faut pas s’y tromper ; cet adoubement populaire, c’est une consécration. ».

Qui gênerait Éric Zemmour à l’élection présidentielle ?

À l’évidence, aucun candidat se réclamant de gauche. C’est un bon point pour ces candidats de gauche : ils ont tous intérêt à renforcer la confusion à droite et à l’extrême droite. Éric Zemmour pourra donc compter sur des maires divers gauche si jamais il manquait de parrainages. Ces 500 parrainages, répartis de manière homogène sur tout le territoire, a un avantage : ils obligent le candidat à avoir une force de frappe locale, des équipes un peu partout en France pour collecter ces signatures. Pas la peine de se présenter si on n’est même pas capable de ce travail qui implique surtout de l’organisation militante.

Est-ce que son éventuelle candidature avantagerait Emmanuel Macron ? Oui et non, à l’heure actuelle. D’une part, en affaiblissant la principale adversaire, Marine Le Pen, Éric Zemmour valoriserait la candidature d’Emmanuel Macron… sauf si l’effet est amplifié et permet, d'autre part, au candidat LR de prendre la place du second tour promise à la candidate RN. Auquel cas, l’issue du duel LREM vs LR serait beaucoup plus incertaine et il n’y aurait plus le risque du RN, donc, plus de vote utile au second tour. Ni vote utile, ni vote forcé pour éviter l’extrême droite.

Du côté du RN, la candidature d’Éric Zemmour recentrerait radicalement celle de Marine Le Pen. Elle ne pourrait plus être la candidate de la transgression, mais elle s’en moquerait car son socle "transgressif" est solide et fidèle. En revanche, la quête de nouveaux électeurs ne pourraient se faire que parmi des plus modérés, et donc, le recentrage aurait l’avantage de rassurer ces électeurs que le vote Marine Le Pen ne serait plus un vote extrémiste. En d’autres termes, Éric Zemmour jouerait une sorte d’épouvantail qui rabattrait les électeurs modérés vers Marine Le Pen. Un peu comme Georges Marchais avait finalement réussi à faire de François Mitterrand le meilleur barrage, le plus rassurant, contre le communisme.

Enfin, Les Républicains sont partagés sur les conséquences d’une candidature d’Éric Zemmour. Lui-même candidat à la candidature LR, le député niçois Éric Ciotti a annoncé très stupidement qu’il choisirait Éric Zemmour face à Emmanuel Macron. En clair, il n’est plus candidat, car lorsqu’on est candidat, même si on ne pèse pas très lourd, la moindre des choses, c’est d’abord de vouloir voter pour soi. Si ce n’est pas le cas, pourquoi demander aux autres de faire ce qu’on ne ferait pas soi-même ?

Mais c’est un épiphénomène. Comme je l’ai écrit plus haut, la candidature d’Éric Zemmour pourrait réduire les chances de Marine Le Pen d’accéder au second tour, donc augmenter celles du candidat LR. Toutefois avec une condition qui risque d’être fatale lors du combat du second tour où le choix des électeurs centristes un peu en déshérence va beaucoup compter : la présence dans le débat présidentiel d’Éric Zemmour va hystériser les candidats LR vers des positions assez dures contre l’immigration. On le voit déjà, même le mesuré et posé Michel Barnier a demandé un gel total de l’immigration pendant plusieurs années, et lui-même sait très bien que c’est une mesure impossible à appliquer pour beaucoup de raisons et pas seulement humanitaires.

Dans son nouveau livre "La France n'a pas dit son dernier mot", Éric Zemmour cite une Américaine qui lui aurait dit : « Il faudrait en France la même chose que chez nous. Il vous faudrait le même que le Donald pour donner un grand coup de balai. (...) Le Trump français, c'est vous. ». Pas sûr que ce soit très flatteur pour un prétendu intellectuel !

Et il faut le croire sur parole, car c'est typiquement le genre d'information invérifiable puisqu'il ne donne pas le nom de la dite Américaine qui pourrait confirmer ...ou pas. Procédé classique des propos de bistrot. Le frère du voisin de l'ami qui a vu l'ours. Café du commerce. Ce genre d'extraits, publiés par "Le Figaro" le 9 septembre 2021, n'a rien à voir avec une analyse fouillée et rigoureuse de la société française. Un pilier de bar ferait aussi bien. Dommage car il peut mieux (ce que j'exprime vaut sauf si l'extrait est trompeur et que le nom de la personne est effectivement indiqué).

Dans la réflexion, il faut bien comprendre qu’Éric Zemmour, qui a dû changer d’éditeur à cause des perspectives militantes de sa candidature, va sortir ce livre programme (à l'extrait cité) ce jeudi 16 septembre 2021. Or, l’objectif est de réussir cette sortie éditoriale, plus il y aura d’attente avec une candidature associée, plus le livre se vendra. C’est d’ailleurs devenu un réel business, avant chaque élection présidentielle, tel leader plus ou moins connu qui laisse miroiter sa candidature pour vendre son bouquin. Il y a cela, et il y a en plus le business Zemmour lui-même qui fonctionne à fond.

Je crois néanmoins en la sincérité d’Éric Zemmour à vouloir réellement influer sur les débats et les thèmes de la campagne présidentielle. Ce serait même comme le morceau de sparadrap du capitaine Haddock, les débats seraient pollués par les propositions controversées du polémiste et on ne parlerait pas des choses les plus importantes (par exemple, comment avoir un emploi ? un logement ? une école qui apprend ?). Des propositions controversées et dérisoires quand on songe aux enjeux et aux attentes.

En revanche, je ne suis pas encore convaincu que cette éventuelle candidature irait jusqu’au bout. Pourquoi ? Parce que si Éric Zemmour est un bon débatteur sur un plateau de télévision, il est un très médiocre orateur dans un meeting. Il suffisait de l’écouter à la Convention de la droite le 28 septembre 2019 pour s’en rendre compte. Il lassera vite les éventuels électeurs intéressés. Éric Zemmour est un homme d’idées, pas un homme d’action. Il serait assez nul à gérer un établissement public, et surtout, cela ne l’intéresserait pas. Alors, gérer la France…

Une autre raison, c’est qu’un candidat à l’élection présidentielle ne peut pas être un candidat monomaniaque qui n’est obsédé que par un seul thème (ici l’immigration, mais cela peut être le climat pour le futur candidat EELV). Un candidat à l’élection présidentielle doit développer une vision globale de la société et avoir son avis sur tout, tant sur ses sujets de prédilection que tous les autres, jusqu’à la stratégie sanitaire contre la pandémie de covid-19.

Enfin, en dernière remarque, je rappelle qu’avoir des centaines de milliers de lecteurs (ce qui est un exploit éditorial dont peu d’auteurs peuvent s’enorgueillir) ne signifie pas savoir capter des dizaines de millions d’électeurs. Nicolas Sarkozy en a fait l’amère expérience lors de la primaire LR de novembre 2016, lui qui était pourtant une bête de scène, un homme politique aguerri plus qu’un écrivain célébré (et "cérébré").

Ce sera aux autres candidats de ne pas se faire préempter les thèmes de la campagne présidentielle. Après tout, Éric Zemmour n’est qu’un citoyen comme un autre, et il n’y a pas lieu que ses éventuels adversaires se mettent au garde-à-vous devant lui pour faire de la surenchère. Chers autres candidats, n’oubliez jamais la fameuse règle d’or de Jean-Marie Le Pen : les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

_yartiZemmourEricB03





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210904-eric-zemmour.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-3-le-virus-zemmour-235577

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/05/39122286.html














 

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