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17 décembre 2020 4 17 /12 /décembre /2020 03:59

« Apparemment négative puisqu’elle ne crée rien, la révolte est profondément positive puisqu’elle révèle ce qui, en l’homme, est toujours à défendre. » (Albert Camus, 1951).


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La révolution tunisienne, qu’on a aussi appelée révolution de jasmin, a commencé il y a dix ans, le 17 décembre 2010. Un événement a déclenché une véritable révolte au sein du peuple tunisien qui a entraîné le départ d’un autocrate et la mise en place d’une transition démocratique en Tunisie. Avec l’effet dominos, d’autres pays furent touchés par cette révolution, d’abord le Yémen et l’Égypte, puis la Libye et la Syrie, etc.

C’est ce qu’on a appelé les Printemps arables (en 2011) qui ont, certes, transformé durablement le monde musulman, mais probablement pas comme on aurait pu l’imaginer. La démocratie n’a vraiment été essayée qu’en Tunisie, et la tentative en Égypte s’est soldée par l’alternative malheureusement fréquente dans les pays musulmans entre une autocratie militaire et une démocratie islamisée, comme cela se retrouve aussi en Turquie.

Revenons rapidement aux événements tunisiens.

Mohamed Baouazizi, un commerçant ambulant de fruits et légumes à Sidi Bouzid, s’est fait confisquer sa marchandise en absence d’autorisation légale. Désespéré et ne pouvant nourrir sa famille, il s’est immolé à 26 ans devant le siège du gouvernorat le 17 décembre 2010. Il fut alors hospitalisé dans le service des grands brûlés d’un hôpital du pays, à Ben Arous.

Dans la même situation que Mohamd Baouazizi, des dizaines de commerçants sont sortis dans la rue le même jour pour le soutenir et protester contre les conditions de vie difficiles. Très vite, la police est intervenue et il y a eu des blessés. Le 22 décembre 2010, un autre jeune, lui aussi dans la misère, Houcine Neji (24 ans) s’est tué sur un poteau électrique, par électrocution en train de se préparer à se suicider.

Le mouvement s’est étendu à d’autres villes tunisiennes vers le 23 décembre 2010, la police a tenté de réprimer le mouvement, en tirant, elle a tué Mohamed Ammari le 24 décembre 2019 à Menzel Bouzaiane. Les manifestations se sont encore étendues jusqu’à la capitale Tunis le 27 décembre 2010 et le mouvement commençait à être incontrôlable. D’autres manifestants furent tués par balle par la police qui a tenté de réprimer ces manifestations. De nombreux morts et blessés furent à déplorer durant ces manifestations et les affrontements avec la police.

Pendant cette période des fêtes de fin d’année, en France, peu imaginaient ce qui allait se passer quelques semaines plus tard. Peu s’intéressaient à cet événement et pour ceux qui s’y intéressaient, peu y voyaient autre chose qu’une simple révolte provoquée par la misère sociale que la répression policière aurait matée tristement mais facilement.

En Tunisie, le pouvoir était plus lucide. Le Président Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, autocrate soutenu par les puissances européennes et américaine, a bien compris l’enjeu et est allé rencontrer Mohamed Baouzizi dans sa chambre d’hôpital le 28 décembre 2010. Ben Ali a même proposé à la famille de l’argent et un emploi pour apaiser le sentiment d’injustice et la colère. Hélas, le 4 janvier 2011, Mohamed Baouzizi a succombé à ses blessures. Le lendemain, 5 000 personnes ont assisté à son enterrement et ont renforcé leur mouvement de protestation contre le pouvoir.

Pour donner une idée de "l’inconscience", ou plutôt, du manque de prise de conscience des événements par la France, la réponse de la Ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie (également Ministre d’État), lors d’une question au gouvernement posée par le député Jean-Paul Lecoq à l’Assemblée Nationale le 11 janvier 2011, a été catastrophique. Non seulement elle annonçait que la France soutenait le pouvoir tunisien, mais elle lui proposait son aide et son expertise pour réprimer les manifestants.

Elle a déclaré notamment : « Face à cela, plutôt que de lancer des anathèmes, notre devoir est de faire une analyse sereine et objective de la situation. Parlons du fond, tout d’abord. Il est vrai que dans ces deux pays [Tunisie et Algérie], il y a énormément d’attente (…) de pouvoir entrer au marché du travail. (…) Il s’agit, en particulier, de toutes les conditions nécessaires que la communauté internationale tout entière doit mettre pour permettre aux jeunes et aux jeune diplômés de pouvoir accéder au marché du travail. Le deuxième problème est effectivement celui des décès et des violences constatées à l’occasion de ces manifestations. On ne peut que déplorer des violences concernant des peuples amis. ».

Et la phrase qui a fait scandale : « Pour autant, je rappelle que cela montre le bien-fondé de la politique que nous voulons mener quand nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type. C’est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays de permettre, dans le cadre de la coopération, d’agir dans ce sens, afin que le droit de manifester soit assuré de même que la sécurité. ».

Manifestement, Michèle Alliot-Marie n’avait rien compris au film. Elle s’est accrochée à son ministère jusqu’au 27 février 2011, acculée à la démission après les révélations sur ses vacances tunisiennes passées à Noël 2010 auprès de proches de Ben Ali (pendant le début de la révolution) et ses intérêts financiers en Tunisie.

Cette phrase particulièrement abjecte qui plaçait le gouvernement français aux côtés des forces répressives de Ben Ali, a été d’autant plus étonnante que cette ministre, depuis mai 2002, l’une des ministres qui a été ministre à la plus grande longévité, était hyper-prudente et ne voulait jamais faire de vague, espérant devenir un jour Première Ministre. Ce qui montrait bien que le soutien à Ben Ali était un réflexe diplomatique français (et plus largement international) qui allait de soir et qui ne prêtait même pas à discussion. Ses rétropédalages ultérieurs n’ont pas permis d’effacer cette phrase dite au moment où le pouvoir à Tunis vacillait mais que tout restait encore possible.

Au fur et à mesure que les manifestations ont eu lieu, la répression également, Ben Ali a compris qu’il ne retrouverait plus sa légitimité. Lâchement, il a fui son pays le 14 janvier 2011 avec une tonne et demie d’or, en se réfugiant en Arabie Saoudite, laissant la Tunisie dans un état insurrectionnel sans solution. À l’origine, il comptait voir le chaos s’installer et revenir en homme providentiel. C’était sous-estimer son peuple.

Premier Ministre depuis le 17 novembre 1999, Mohamed Ghannouchi a formé un nouveau gouvernement le 17 janvier 2011 et a pris des mesures pour libéraliser le régime. Le mouvement, les grèves, les manifestations ont pourtant continué, le gouvernement a été remanié le 27 janvier 2011, mais ce n’était pas suffisant et le 27 février 2011, Mohamed Ghannouchi a démissionné, marquant la fin de la révolution tunisienne. Ancien ministre, Béji Caïd Essebsi lui a succédé pour mettre en place une véritable transition démocratique. Au-delà du départ de Ben Ali, c’était son parti qu’il fallait sortir de toutes les instances de pouvoir. Le 7 mars 2011, la sûreté de l’État et la police politique ont été dissoutes par le gouvernement, la décision fut très populaire.

Les élections du 23 octobre 2011 ont désigné les 217 députés de l’Assemblée nationale constituante tunisienne pour entamer un processus de nouvelle Constitution. Non seulement ces élections furent le premier scrutin libre de la Tunisie depuis son indépendance en 1956, mais aussi le premier scrutin libre des Printemps arabes. Le rôle de cette assemblée fut de rédiger la nouvelle Constitution (elle fut adoptée le 26 janvier 2014 et appliquée le 10 février 2014). Le secrétaire général de Ennahdha, parti islamiste, Hamadi Jebali, a alors succédé à Béji Caïd Essebsi comme Premier Ministre le 24 décembre 2011 car son parti a obtenu la majorité relative.

La Tunisie reste une démocratie très fragile. Après une Présidence de Béji Caïd Essebsi (élu le 21 décembre 2014 et mort à la fin de son mandat), un candidat indépendant proche des conservateurs, Kaïs Saïed, a été élu le 13 octobre 2019, tandis qu’une majorité relative était revenue aux islamistes après un passage dans l’opposition. Cependant, un gouvernement de coalition a été désigné par une majorité fragile.

Beaucoup d’intérêts, dans le monde musulman, veulent détruire la démocratie tunisienne car elle est le seul exemple de démocratie dans le monde musulman. Les attentats islamistes ont affaibli autant économiquement que politiquement cette démocratisation : le 18 mars 2015, 24 personnes ont trouvé la mort au Musée du Bardo près de Tunis ; le 26 juin 2015, 38 personnes ont trouvé la mort sur une plage dans la région de Sousse ; le 24 novembre 2015, 12 personnes ont trouvé la mort dans l’explosion d’un bus à Tunis ; le 7 mars 2016, 65 personnes ont trouvé la mort dans un assaut à Ben Gardane ; le 27 juin 2019, un attentat suicide a tué une personne à Tunis ; le 6 mars 2020, une personne a été tuée dans des attentats suicides à Tunis.

Au 4 mai 2012, le bilan humain de la révolution tunisienne a été officiellement de 367 morts (dont 8 enfants et 29 forces de l’ordre) et de 2 174 blessés.

Si les Printemps arabes ont effectivement apporté la démocratie en Tunisie, avec un début de pérennité mais toujours fragile, les autres pays où la révolution s’est développée n’ont pas apporté la démocratie. Les mouvements sont nés après la prise de conscience qu’ils pouvaient faire démissionner les dirigeants du pays.

L’Égypte a "imité" la Tunisie à la fin de janvier 2011 et l’autocrate Hosni Moubarak a également démissionné quelques semaines plus tard mais après une phase de démocratie qui a fait élire un islamiste à la tête de l’État, une reprise en main des militaires a rassuré la communauté internationale et remis l’Égypte à la case départ. La Syrie est en guerre civile depuis une dizaine d’années et les victimes se comptent en centaines de milliers, avec le maintien du dictateur Bachar El-Assad. Au contraire, la Libye s’est délivrée de son dictateur Kadhafi mais reste dans une sorte de guerre civile impliquant des clans quasi-irréconciliables. Le Yémen est dans une situation conflictuelle très compliquée, terrain de guerre entre sunnites saoudiens et chiites iraniens (premières manifestations dès le 16 janvier 2011).

Plus généralement, l’effet principal des Printemps arabes fut hélas très négatif avec l’implantation de Daech en Syrie et en Irak, puis, après avoir été délogés, la création d’une nuée de mouvements autour de Daech, aussi cruels que décentralisés, qui ont commis de très nombreux attentats partout dans le monde et en particulier en France (Charlie Hebdo, Bataclan, esplanade de Nice, etc.). Le bilan des Printemps arabes pourrait donc être considéré comme considérablement désastreux pour la paix et les valeurs humanistes…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
10 ans de révolution tunisienne.
Albert Memmi.
Élie Kakou.
Ben Ali ne sera jamais jugé… mais la démocratie tunisienne passe.
Le premier tour de l’élection présidentielle tunisienne du 15 septembre 2019.
Béji Caïd Essebsi.
Interview de Béji Caïd Essebsi diffusée sur France Inter le 3 décembre 2016 (à télécharger).
Daech.
Les révolutions arabes de 2011.
Ben Ali a 80 ans.
La fuite de Ben Ali.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201217-revolution-tunisienne.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/10-ans-apres-la-revolution-229557

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/13/38704222.html







 

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 03:48

« L’intelligence est un capitaine qui est toujours en retard d’une bataille. Et qui discute après la bataille. » (Louis-Paul Fargue, 1929).


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Ce lundi 2 mars 2020, les électeurs israéliens vont élire leurs 120 nouveaux députés de la Knesset. D’ordinaire, ces élections ont lieu tous les quatre ans, mais cette fois-ci, ce sont les troisièmes élections législatives en moins d’un an. En effet, après la rupture, le 16 novembre 2018, de la majorité issue des élections du 17 mars 2015, le Premier Ministre Benyamin Netanyahou, devenu minoritaire, a avancé les élections législatives au 9 avril 2019 pour régler ce problème (elles étaient prévues initialement au 5 novembre 2019).

Lui, Premier Ministre sortant, était, entre 2015 et 2018, avant cette rupture de majorité, à la tête d’une coalition de droite et du centre, comprenant 67 sièges à l’origine, puis réduite à 61 sièges après la rupture avec Avigdor Liberman (Israel Beytenou), juste la majorité absolue, dont son parti, le Likoud, représentait 30 sièges (23,4% des voix).

En face de lui, ce 2 mars 2020, il y a Benny Gantz qui est devenu, au fil des scrutins depuis un an, son adversaire numéro un. À la tête d’une coalition de centre gauche, appelée Bleu et blanc (les couleurs du drapeau israélien), Benny Gantz est entré en politique très tardivement, il est avant tout un militaire (comme c’est assez courant dans l’histoire d’Israël).

Le problème, c’est le mode de scrutin qui montre que lorsque le paysage politique est éclaté (parce que le peuple est lui-même éclaté politiquement), il conduit à une impasse institutionnelle. Le scrutin proportionnel empêche la formation d’une majorité stable et claire, voulue par les électeurs.

Lors des élections législatives du 9 avril 2019, Benyamin Netanyahou a gagné des électeurs avec 26,5% des voix, son parti, le Likoud a obtenu 35 sièges (sur 120). Tandis que son rival Benny Gantz a obtenu lui aussi 35 sièges, avec 26,1% des voix, mais sa capacité à élargir pour former une majorité absolue était beaucoup plus faible que celle de Benyamin Netanyahou. Cependant, le problème n’a pas été résolu pour autant car Avigdor Liberman, avec ses 5 sièges (1 de moins qu’en 2015), a continué dans son refus de revenir dans la majorité avec le Likoud, si bien que Benyamin Netanyahou est resté minoritaire avec seulement 60 sièges (insuffisant puisqu’il faut au moins 61). Quant à Benny Gantz, il a refusé de faire alliance avec les partis arabes et n’a pas pu proposer une coalition de rechange.

Le 30 mai 2019, la Knesset a alors voté sa dissolution pour organiser de nouvelles élections le 17 septembre 2019.

Mais ces nouvelles élections législatives du 17 septembre 2019 se sont soldées par le même constat, l’incapacité à rassembler une majorité de gouvernement. Benny Gantz a pris un léger ascendant puisqu’il a recueilli 33 sièges (avec 25,9% des voix) tandis que Benyamin Netanyahou est arrivé en deuxième place, avec 32 sièges (avec 25,1% des voix). Néanmoins, Benyamin Netanyahou avait une meilleure capacité à rassembler une majorité. Sans pour autant l’obtenir (seulement 55 sièges sur 120) en raison du refus d’Avigdor Liberman (8 sièges). Mais de son côté, Benny Gantz n’a pas non plus réussi à former une majorité (seulement 57 sièges), malgré une alliance avec les partis arabes (13 sièges), qui, pourtant, avaient jusqu’à cette date, toujours refusé de participer à une coalition gouvernementale.

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En fait, la seule solution politique pour résoudre cette crise, comme les rapports de force ont peu changé entre les scrutins, c’était de former une grande coalition, comme à l’époque de Yitzhak Shamir et Shimon Peres entre le 13 septembre 1984 et le 15 mars 1990. C’est-à-dire, une alliance entre le Likoud et Bleu et blanc qui aurait alors 65 sièges sur 120. Mais les deux conditions qu’a imposées Benny Gantz étaient inacceptables pour Benyamin Netanyahou : d’une part, que Benny Gantz devînt Premier Ministre car il avait 1 siège de plus que son rival, et d’autre part, le retrait politique de Benyamin Netanyahou en raison de sa mise en examen imminente.

Et effectivement, Benyamin Netanyahou a été mis en examen le 21 novembre 2019 dans trois affaires de corruption, fraude et abus de confiance. Comme chacun est resté sur ses positions, après l’impossibilité de former un gouvernement, la Knesset a voté une nouvelle fois sa dissolution le 11 décembre 2019 et a fixé le nouveau scrutin au 2 mars 2020.

Avant le début de cette nouvelle campagne électorale, à cause de sa mise en examen, Benyamin Netanyahou fut défié en interne. Son leadership au Likoud a été en effet remis en cause par Guideon Saar, qui fut Ministre de l’Éducation du 31 mars 2009 au 18 mars 2013 et Ministre de l’Intérieur du 18 mars 2013 au 5 novembre 2014. Des primaires ont donc été organisées pour départager les deux hommes dans le but de conduire le Likoud aux nouvelles élections. Sans surprise, Benyamin Netanyahou les a largement remportées, avec 72,5% des voix (et une participation de 49,5% des adhérents du Likoud).

Ainsi, malgré sa mise en examen, Benyamin Netanyahou est toujours en lice pour se maintenir comme Premier Ministre à ces élections du 2 mars 2020. Ses très bonnes relations avec le Président américain Donald Trump peuvent lui servir d’atout pour convaincre les électeurs que la protection d’Israël serait mieux assurée avec son maintien pour poursuivre des relations qui n’ont jamais été aussi proches avec les États-Unis, qu’avec le venue d’un novice en politique dont le seul exploit serait d’être un "monsieur propre" de la politique israélienne.

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Dans les sondages, les deux coalitions, celles de Benyamin Netanyahou et celle de Benny Gantz, sont dans un mouchoir de poche en intentions de vote et aussi en estimation de sièges, même si ces derniers jours, le Likoud semble avoir pris une légère avance. Les deux formations seraient créditées d’environ 33-34 d’estimation de sièges, les partis arabes d’environ 14 sièges estimés (stable) tandis que les autres partis seraient autour de 7-8 sièges estimés sauf le parti d’Avigdor Liberman qui serait en baisse (autour de 6 sièges estimés). En d’autres termes, la nouvelle Knesset ressemblerait à peu près à l’ancienne.

Bref, sauf grande surprise de dernier moment, non observable dans les intentions de vote, tout porte à croire que les résultats des élections du 2 mars 2020 seraient sensiblement équivalents à ceux du 9 avril 2019 et du 17 septembre 2019, ce qui aboutirait, une nouvelle fois, à l’impossibilité de former un nouveau gouvernement. Israël n’est pas le seul pays à avoir cette mésaventure institutionnelle, la Belgique n’a plus de gouvernement depuis les élections fédérales du 26 mai 2019, toujours pour les mêmes raisons des conséquences néfastes du scrutin proportionnel (l’émiettement des partis politiques).

Quand on observe ces expériences de crises politiques, quoi qu’on pense de la Cinquième République et même de son article 49 alinéa 3, on ne peut que se réjouir que la France, au-delà de tous ses problèmes sociaux, a au moins un gouvernement capable de gouverner dans la durée. Imaginons-nous sous la Quatrième République, sans gouvernement depuis des mois, avec la crise du coronavirus


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Israël 2020 : Benyamin Netanyahou vs Benny Gantz (3e round).
Benyamin Netanyahou a 70 ans.
Les élections législatives israéliennes du 17 septembre 2019.
Poisons et délices de la proportionnelle.
Les enjeux des élections législatives israéliennes du 9 avril 2019.
Golda Meir.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
Massacre à Gaza.
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Tentative de paix en 1996.
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200301-israel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/israel-2020-benyamin-netanyahou-vs-221929

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/27/38060044.html




 

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 11:45

« C’est sur cette terre que je vais mourir. » (1er février 2011).


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Avec une pointe de condescendance : « Nous ne sommes pas des Tunisiens, tout de même ! ». C’était un propriétaire d’hôtel qui m’expliquait cela le 25 janvier 2011. Il avait beaucoup investi dans le tourisme local et il n’était pas question de déstabiliser ainsi son pays. Je séjournais dans le sud de l’Égypte et la première journée de manifestations s’était soldé par plusieurs morts au Caire. Pour comprendre, il faut revoir la chronologie.

Onze jours auparavant, le 14 janvier 2011, après plusieurs semaines de manifestations, le Président tunisien Ben Ali a fui son pays et s’est réfugié en Arabie Saoudite où il doit certainement s’y trouver encore. Mais la Tunisie est un petit pays. Les Égyptiens, c’est un grand peuple, ce sont les héritiers des pharaons, l’une des premières civilisations de l’humanité. Nous valons mieux que les Tunisiens, semblait-il dire en quelques sortes.

En septembre 2011, était prévue la deuxième élection présidentielle pluraliste (la première avait eu lieu le 6 septembre 2005). En principe, Hosni Moubarak aurait dû être réélu et fêter le trentième anniversaire de son arrivée au pouvoir. Trente ans ! Il est arrivé au pouvoir le 13 octobre 1981 à la suite de l’assassinat de Sadate. Il était son Vice-Président de la République depuis le 16 avril 1975, et donc son dauphin, contrôlant l’armée égyptienne.

Entré dans l’armée de l’Armée de l’air égyptienne en 1949, Moubarak a fait toute sa carrière dans l’armée jusqu’à devenir, entre le 23 avril 1972 et le 16 avril 1975, le chef d’état-major de l’Armée de l’air et le Vice-Ministre de la Défense. En 1974, il fut promu maréchal de l’armée de l’air. Lorsqu’est survenue la révolution égyptienne, cela faisait vingt-neuf ans qu’il tenait le pays d’une main de fer, avec l’armée à ses bottes, suscitant au fil des années la colère des moins aisés.

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Décision inédite, le pouvoir avait coupé toutes les liaisons Internet et de téléphonie cellulaire du 27 janvier au 3 février 2011. La Haute Cour administrative du Caire a condamné le 28 mai 2011 Hosni Moubarak à une amende de 23,3 millions d’euros pour les conséquences économiques désastreuses d’une telle décision.

Le changement de gouvernement le 28 janvier 2011, puis l’allocution du 1er février qui annonça la limitation à deux mandats présidentiels tout en souhaitant achever son cinquième mandat avec ces explications : « Je tiens à finir ma mission. » ont tenté de redresser la situation. Mais en vain. La répression policière pour faire évacuer la place Tahrir au Caire le 2 février 2011, qui fit des centaines de morts, renforça la colère des Égyptiens. Après une dernière tentative le 10 février 2011 où il confirma son intention de s’accrocher au pouvoir, il a dû finalement le quitter le lendemain, 11 février 2011, la queue entre les pattes.

Les révolutionnaires égyptiens furent alors très joyeux d’apprendre le départ d’Hosni Moubarak vers sa maison de Charm El-Cheikh. Mais les manifestations continuèrent jusqu’en avril 2011 pour exiger son arrestation. Hosni Moubarak fut alors arrêté le 12 avril 2011 pour deux chefs d’inculpation : sa responsabilité dans la mort des 864 victimes de la répression de la révolution, et son implication dans la corruption.

Après un malaise cardiaque (il fut placé en soins intensifs), il fut transféré dans un hôpital militaire au Caire le 16 avril 2011. Son procès pour "meurtres et tentative de meurtres sur des manifestants, abus de pouvoir et de biens sociaux et atteinte aux intérêts de l’État" pendant la révolution a commencé le 3 août 2011. Moubarak fut présent au cours de ce procès… sur une civière, plaidant non coupable. Le 5 janvier 2012, le procureur a requis la peine de mort par pendaison (comme Saddam Hussein). Finalement, le 2 juin 2012, il fut condamné à la prison à perpétuité.

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En raison de son état de santé (des rumeurs évoquaient une attaque cérébrale abev assistance respiratoire dès le 20 juin 2012), il fut mis en liberté conditionnelle le 21 août 2013. Il fut acquitté le 2 mars 2017 lors d’un second procès sur les accusations de meurtres de jeunes manifestants révolutionnaires. Enfin, il fut définitivement libéré le 24 mars 2017. Entre temps, le maréchal Al-Sissi a pris le pouvoir le 8 juin 2014 sur le Président islamiste Mohamed Morsi (élu le 17 juin 2012) au cours du coup d’État du 3 juillet 2013 et vient d’être réélu à la tête de l’Égypte le 28 mars 2018.

Alors, que devient Moubarak ? Eh bien, comme Ben Ali, Moubarak vit une paisible retraite libre, mais à la différence de Ben Ali, sa liberté est reconnue par son pays tandis que Ben Ali est recherché par les autorités tunisiennes sur sa responsabilité dans la répression des manifestations de décembre 2010 et janvier 2011.

Et ce vendredi 4 mai 2018, Hosni Moubarak fête ses 90 ans. Pour un homme in articulo mortis il y a six ans, c’est une belle performance…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Et Moubarak, que devient-il ?
Sissi imperator.
Gamal Abdel Nasser.
Abdel Fattah Al-Sissi et Mohamed Morsi.
Marine Le Pen en Égypte.
Les révolutions arabes de 2011.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Et si l’on écoutait Michel Rocard ?
Moubarak démissionne.
L’obélisque de la Concorde.
Transition égyptienne : entre colère et raison.
L’Égypte, fin janvier 2011.
Une autre victime au Caire le 22 février 2009.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200225-moubarak.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/25/38054276.html

 

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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 03:42

« Le comportement récent de Netanyahu indique malheureusement que ce qu’il cherche, ce n’est pas l’unité, mais l’immunité. » (Communiqué de Bleu-Blanc, coalition concurrente au Likoud, le 17 octobre 2019).



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L’actuel Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou fête ce lundi 21 octobre 2019 son 70e anniversaire. Sur sa page facebook en français, 70 000 likes ! Comme pour tous les anciens jeunes (on l’appelait "Bibi" lorsqu’il a pris la première fois ses fonctions de Premier Ministre à l’âge de 46 ans), la vieillesse se voit mal, mais 70 ans, même au XXIe siècle, c’est un peu le début du vieillard. Je ne suis pas du tout anti-vieux (c’est notre destin à tous, ça ou le néant), et j’ai au contraire beaucoup d’admiration pour ceux qui ont pu garder leur mécanique intellectuelle, et même physique, à un âge avancé, mais en politique, lorsque la jeunesse a été parmi les arguments de vente, l’âge fait vieillir un peu plus rapidement.

Un petit parallèle même s’il y a une dizaine/quinzaine d’années de différence. À peu près à la même époque, un jeune ancien dissident du régime communiste en Hongrie, après moins d’une décennie de libéralisation, s’est fait élire Premier Ministre de Hongrie. Viktor Orban avait 35 ans quand il a commencé à diriger la Hongrie, d’abord du 6 juillet 1998 au 27 mai 2002 puis, depuis le 29 mai 2010.

Viktor Orban a maintenant 56 ans, ce qui est encore loin des 70 ans de Benyamin Netanyahou, mais la trajectoire est étonnamment parallèle : Benyamin Netanyahou est en effet devenu Premier Ministre du 18 juin 1996 au 6 juillet 1999 et depuis le 31 mars 2009. Concrètement, ou plutôt, historiquement, Benyamin Netanyahou a battu tous les records de longévité d’un Premier Ministre israélien, tant en cumulé que d’une manière continue (sans interruption), dépassant ainsi le record du fondateur historique de l’État d’Israël, David Ben Gourion.

Certes, l’histoire d’Israël n’a qu’un an de plus que son Premier Ministre actuel. Et la grande différence entre Viktor Orban et Benyamin Netanyahou, c’est que Viktor Orban peut encore esquisser un avenir rose pour son pouvoir et son parti puisqu’il a le soutien très large et probablement encore durable du peuple hongrois. Benyamin Netanyahou, au contraire, est en train de laborieusement résister aux différentes raisons qui tendraient à interrompre sans doute définitivement sa carrière politique.

Et cela pour au moins deux raisons.

La première raison, c’est qu’il est sous les projecteurs d’enquêtes judiciaires pour des affaires politico-financières, et contrairement à d’autres pays, en Israël, "ça ne rigole pas". Même Yitzhak Rabin, malgré son prestige militaire, a dû démissionner et renoncer à poursuivre sa carrière politique dans les années 1970 (pas définitivement) pour une obscure affaire concernant son épouse. Beaucoup plus récemment, Ehud Olmert a dû également démissionner et abandonner la vie politique en raison d’affaires judiciaires sur des faits concernant l’époque où il était le maire de Jérusalem (il a même été mis en prison du 15 février 2016 au 2 juillet 2017). Les Présidents de l’État d’Israël n’ont pas été épargnés non plus, un a même fait récemment de la prison car condamné pour viol (suspendu le 25 janvier 2007, Moshe Katsav a dû démissionner le 1er juillet 2007 et était en prison du 7 décembre 2011 au 21 décembre 2016).

Ce que la justice israélienne reproche à Benyamin Netanyahou depuis 2016, ce sont trois affaires de corruption, fraude et abus de confiance. Cependant, malgré trois années d’enquêtes de plusieurs juges, aucune inculpation n’a été encore prononcée, mais même inculpé, le Premier Ministre ne serait pas obligé de démissionner dans les textes. C’est surtout cette épée de Damoclès qui plane sur l’incertitude politique actuelle. Il y a déjà eu des manifestations pour réclamer la démission de Benyamin Netanyahou en raison des poursuites judiciaires qui le concernent.

Car la seconde raison de son destin hésitant, c’est évidemment la situation politique et électorale. Le parti de Benyamin Netanyahou, le Likoud, n’a pas convaincu la moitié de l’électorat, mais seulement le quart.

Après la rupture de sa coalition gouvernementale en novembre 2018, Benyamin Netanyahou avait anticipé de six mois les élections législatives, qui ont eu lieu le 9 avril 2019. Néanmoins, n’ayant toujours pas su parvenir à trouver une majorité absolue au sein de la nouvelle Knesset, il a organisé de nouvelles élections législatives le 17 septembre 2019 (c’était la première fois qu’il y a eu deux élections aussi rapprochées). Mais les résultats de ces élections furent encore plus "éclatés" qu’au printemps.

Depuis un an, il y a deux blocs mais qui ne représentent guère plus du quart de l’électorat, le Likoud (et alliés) et la coalition Bleu-Blanc de centre gauche (des couleurs du drapeau israélien), menée par l’ancien chef d’état-major de Tsahal, Benny Gantz. Or, ces deux formations ont perdu des voix par rapport au printemps.

De plus, si le Likoud était arrivé en tête le 9 avril 2019, il a laissé cette première place à Bleu-Blanc le 17 septembre 2019. La situation est ainsi : alors que ces deux blocs avaient obtenu chacun 35 sièges (sur 120) au printemps, ils ont eu cet automne respectivement 32 (Likoud avec 25,1% des voix) et 33 (Bleu-Blanc avec 25,9% des voix).

Avec l’émiettement de la classe politique, aucun des deux leaders (Benyamin Netanyahou et Benny Gantz) n’a réussi, depuis un mois, à rassembler au moins 61 députés autour de leur personne pour former le gouvernement. Dès la soirée électorale, fut émise l’hypothèse d’une "grande coalition", comme c’est le cas actuellement en Allemagne ou comme ce fut le cas en Israël entre 1984 et 1988 entre le Likoud et le parti travailliste, c’est-à-dire d’une coalition gouvernementale réunissant le Likoud et Bleu-Blanc. D’un point de vue programmatique, c’est possible, et d’un point de vue plus politique, cela permettrait d’éviter la mainmise de petits partis religieux ou extrémistes sur la politique gouvernementale, parce qu’indispensables à la préservation de la majorité (pouvant les défaire, comme ce fut le cas en 2018).

À eux deux, Bleu-Blanc et Likoud, ils auraient le soutien d’au moins 65 députés, soit plus de la majorité absolue de la Knesset. Le problème n’est pas pour autant résolu, car Benny Gantz, qui est arrivé en tête, a revendiqué d’être Premier Ministre d’un tel gouvernement ou, au moins, de diriger le gouvernement dans un premier temps en cas de rotation pour la fonction, et surtout, a rejeté toute idée de participation gouvernementale de Benyamin Netanyahou en raison de ses affaires judiciaires.

Pour Benyamin Netanyahou, c’est inacceptable doublement. D’une part, il veut rester Premier Ministre dans les mois qui viennent pour pouvoir décider d’une immunité judiciaire, mais celle-ci a toutes les chances de ne jamais être votée dans la configuration parlementaire actuelle, et en cas de rotation, il veut diriger le gouvernement dans la première moitié de la législature (qui dure quatre ans), car son avenir reste incertain en cas de procès et de condamnation.

Très étrangement, le Président de l’État d’Israël (depuis le 24 juillet 2014, succédant à Shimon Peres), Reuven Rivlin a nommé Benyamin Netanyahou le 25 septembre 2019 pour trouver les moyens de former un gouvernement. Pourquoi ce choix et pas celui de Benny Gantz ? Parce qu’auparavant, les 22 et 23 septembre 2019, 55 députés avaient apporté leur soutien à Benyamin Netanyahou pour former le prochain gouvernement et seulement 54 députés à Benny Gantz, dont certains des huit députés arabes, ce qui était sans précédent car les députés arabes n’ont jamais voulu prendre position généralement lors d’une crise politique, mais ils l’ont fait dans ce cas pour empêcher à tout prix Benyamin Netanyahou de former un nouveau gouvernement.

Plus précisément, le 22 septembre 2019, Benny Gantz était arrivé en tête avec 57 votes favorables, mais le lendemain, trois députés du parti Balad (arabe) avaient réfuté leur présence dans ces 57 votes. C’était donc l’explication de cette désignation de Benyamin Netanyahou, avec la volonté de Reuven Rivlin de voir un gouvernement d’union nationale avec le soutien de ces deux leaders. Notons entre parenthèses que la présence de députés arabes en Israël prouve la réalité de la démocratie israélienne : imagine-t-on la présence de personnes juives au parlement iranien par exemple ?

Pour Benny Gantz, pas question de faire partie d’un gouvernement dirigé par un Premier Ministre qui pourrait être inculpé et condamné pour des affaires financières. Le Likoud a déjà accepté le principe d’une rotation et Reuven Rivlin, pour mettre tout le monde d’accord, souhaiterait que Benyamin Netanyahou promette son retrait en cas d’inculpation. Pour corser le tout, Benny Gantz n’est pas seul dans sa coalition Bleu-Blanc et les composantes de cette coalition avaient déjà voulu faire un Premier Ministre tournant en cas de victoire. Celui qui aurait bénéficié de cette rotation, Yaïr Lapid, ancien Ministre des Finances du 18 mars 2013 au 2 décembre 2014, président d’un des partis de Bleu-Blanc et numéro deux de cette coalition, a cependant annoncé qu’il renonçait à vouloir être Premier Ministre dans la configuration actuelle.

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La rentrée parlementaire a eu lieu le 3 octobre 2019. Benyamin Netanyahou a pour l’instant échoué dans ses négociations pour former le nouveau gouvernement. Reuven Rivlin n’a pas exclu, en cas d’échec constaté, de désigner Benny Gantz pour rechercher à son tour une solution à la crise politique actuelle. Au Likoud, réfutant l’idée que ce parti est complètement uni derrière Benyamin Netanyahou, un député, Guideon Saar, ancien Ministre de l’Éducation du 21 mars 2009 au 18 mars 2013 et ancien Ministre de l’Intérieur du 18 mars 2013 au 5 novembre 2014, a mis au défi au Premier Ministre de remettre en jeu son leadership au sein du Likoud et qu’il serait candidate en cas de primaire, mais Benyamin a refusé de relever le défi. Le 10 octobre 2019 à Tel-Aviv, seulement 10% des cadres ont été présents pour voter à l’unanimité leur confiance à Benyamin Netanyahou et leur soutien à sa candidature comme nouveau Premier Ministre.

En fait, le Likoud a toujours été un parti très discipliné et depuis le début de l’État d’Israël, aucun dirigeant du Likoud et du parti dont il est l’héritier n’a été évincé par les adhérents (130 000 aujourd’hui). En tout, il n’y a eu que quatre dirigeants, qui, tous, ont été Premiers Ministres : Menahem Begin, Yitzhak Shamir, Ariel Sharon et Benyamin Netanyahou. Cela explique en partie pourquoi le Likoud reste aujourd’hui très majoritairement uni derrière son chef, d’autant plus que Benyamin Netanyahou a évité soigneusement de laisser croire à un proche qu’il pourrait être son dauphin et tout candidat qui le défierait serait rapidement considéré comme un "traître" (ce qui explique aussi pourquoi Guideon Saar n’a pas insisté dans sa défiance contre Benyamin Netanyahou).

Depuis trois semaines, les représentants de Bleu-Blanc refusent de rencontrer le Likoud pour former le nouveau gouvernement. Ils attendent en fait que le Premier Ministre soit inculpé par la justice israélienne d’ici à novembre prochain. Ils bloquent donc toutes les tentatives pour former un gouvernement d’union nationale, attendant soit la désignation de Benny Gantz comme futur Premier Ministre (mais qui aura encore moins de chance de réussir que son rival), soit de nouvelles (et troisièmes) élections législatives qui seraient, pour Bleu-Blanc, dans un bon timing avec le probable calendrier judiciaire qui discréditerait ou même mettrait hors jeu Benyamin Netanyahou.

Le 16 octobre 2019, Benyamin Netanyahou a fait plusieurs accords avec le bloc des 55 députés qui le soutient, notamment un pour ne soutenir qu’un gouvernement dirigé par lui ou d’union nationale avec rotation de Premier Ministre, et aussi, un autre accord pour voter contre tout gouvernement minoritaire qui pourrait être soutenu par défaut par les 13 députés arabes ou d’extrême gauche (La Liste unifiée). Cette initiative visait à éviter la formation d’un gouvernement minoritaire autour de Benny Gantz avec le soutien du parti d’Avigdor Liberman et toléré par les partis arabes.

Le 17 octobre 2019, Benyamin Netanyahou a proposé à Benny Gantz un nouveau cadre pour la formation d’un gouvernement d’union nationale : « Ce gouvernement s’appuiera sur un large consensus national pour lui permettre de relever les défis pressants en matière de sécurité et d’économie qui se posent autour de nous. Toutes les parties devront faire des concessions pour parvenir à un consensus. ».

Benyamin Netanyahou s’est adressé à son rival Benny Gantz ainsi : « Je lui ai présenté un compromis en vue de la mise en place d’un vaste gouvernement d’union nationale. C’est le seul gouvernement qui peut être formé maintenant, c’est le seul gouvernement qui doit être formé maintenant. (…) Tous les citoyens d’Israël regardent autour de nous et voient un Moyen-Orient qui se dégrade sous nos yeux. Les experts savent que les problèmes de sécurité se multiplient et qu’ils ne nous attendent pas. C’est pourquoi j’appelle Gantz à faire preuve de responsabilité nationale et à entamer immédiatement des négociations avec moi afin de former le gouvernement dont l’État d’Israël a cruellement besoin. ». Benyamin Netanyahou voulait notamment que Benny Gantz et lui-même publiassent une réaction commune au plan du Président Donald Trump.

Mais le chef de Bleu-Blanc a immédiatement refusé cette nouvelle offre et même de la discuter : « J’ai une offre que je ne peux pas refuser. Nous attendons jusqu’à ce que nous recevions le mandat du Président, puis nous entamerons des négociations sérieuses en vue de former un gouvernement d’union libérale qui apportera un changement et redonnera de l’espoir aux citoyens d’Israël. » (Benny Gantz, Twitter le 17 octobre 2019).

Effectivement, le mandat qu’a reçu Benyamin Netanyahou du Président Reuven Rivlin se termine le mercredi 23 octobre 2019 à minuit, et le Président devrait ensuite le transmettre à Benny Gantz pour trouver une autre issue à la crise actuelle, et cela pour une durée encore de vingt-huit jours. En cas encore d’échec, un député aura encore vingt et un jours, entre le 21 novembre 2019 et le 12 décembre 2019, pour trouver au moins 61 députés prêts à le soutenir. En cas d’échec, de nouvelles élections législatives devront être alors organisées (voulues semble-t-il par Bleu-Blanc).

Le 24 octobre 2019, Reuven Rivlin pourrait, en théorie, accorder quatorze jours supplémentaires à Benyamin Netanyahou, mais c’est fort peu probable dans la situation actuelle d’obstruction voulue par Bleu-Blanc et son refus ferme de négocier avec lui (d’ailleurs, ce dimanche 20 octobre 2019, Benyamin Netanyahou a fait annoncer par un proche qu’il ne demanderait pas la prolongation de ce mandat).

Toujours combatif, Benyamin Netanyahou a averti son rival que si ce dernier était à la tête d’un gouvernement sans le Likoud, lui-même ne se retirerait pas de la vie politique et serait le chef de l’opposition.

Le 18 octobre 2019, il a même dénoncé Avigdor Liberman et Yaïr Lepid à la manœuvre, "prenant en otage" Benny Gantz et mis en garde contre un gouvernement minoritaire de Bleu-Blanc soutenu implicitement par "La Liste unifiée" (coalition des 13 députés regroupant les partis arabes et l’extrême gauche), dont il a accusé les dirigeants de soutenir le terrorisme palestinien et le Hezbollah : « La formation d’un gouvernement minoritaire qui s’appuierait sur La Liste unifiée serait un acte antisioniste qui mettrait en danger notre sécurité. ».

Ancien Ministre de l’Économie du 18 mars 2013 au 14 mai 2015 et ancien Ministre de l’Éducation du 14 mai 2015 au 2 juin 2019, Naftali Bennett a déclaré le 20 octobre 2019 : « Regardez, Netanyahu n’est pas parfait. Mais il était un très bon Premier Ministre pour l’État d’Israël et sa sécurité. Depuis qu’il est entré en politique, il a marqué l’histoire. Les médias de gauche, le monde universitaire, la culture et la justice l’ont transformé en symbole du mal absolu. (…) Si Netanyahu avait annoncé la création d’un État palestinien ou la cession massive de territoires aux Palestiniens, comme Sharon l’avait fait de son vivant sous la pression des médias, la justice interromprait les poursuites contre lui. (…) Il fait de la politique non pas pour les honneurs ni pour l’argent, mais pour prendre soin de la qualité de vivre en Israël, jour et nuit. (…) Ils ne poursuivent pas Netanyahu, mais tout le camp de droite. ».

Pour Benyamin Netanyahou, une véritable course de vitesse s’annonce entre la formation du trente-cinquième gouvernement d’Israël et le cours normal de la justice israélienne. Ce qui est probable, c’est la désignation prochaine (dans quelques jours) de Benny Gantz pour former ce gouvernement, et tout aussi probablement, son échec dans cette mission et, moins certainement, le retrait de Benyamin Netanyahou qui débloquerait les obstacles à la constitution d’une grande coalition entre le Likoud et Bleu-Blanc.

Pour l’heure, Benyamin Netanyahou reste toujours le Premier Ministre d’Israël, et à ce titre, il a rencontré Mike Pompeo, le Ministre américain des Affaires étrangères, à Jérusalem ce vendredi 18 octobre 2019 au sujet de la Syrie et des raids de la Turquie contre la population kurde et de l’influence iranienne dans la région…

Israël, Belgique, Italie, Allemagne, Espagne, Autriche… beaucoup de pays sont aujourd’hui victimes, en raison de l’émiettement de leur classe politique, du scrutin proportionnel qui provoque des crises politiques plus ou moins résolues selon la stature des acteurs du moment. Cela n’empêche pas forcément la stabilité gouvernementale, mais cela plonge les parlements respectifs dans des querelles byzantines dont l’intérêt des citoyens est rarement pris en compte. Et Israël a sans doute le régime politique le plus byzantin des démocraties modernes. Byzantin pour Israël, c’est paradoxal !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Benyamin Netanyahou a 70 ans.
Les élections législatives israéliennes du 17 septembre 2019.
Poisons et délices de la proportionnelle.
Les enjeux des élections législatives israéliennes du 9 avril 2019.
Golda Meir.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
Massacre à Gaza.
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Tentative de paix en 1996.
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

_yartiNetanyahouB03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191021-netanyahou.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/benyamin-netanyahou-70-ans-dont-13-218728

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/10/18/37723241.html





 

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