Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 janvier 2023 7 15 /01 /janvier /2023 04:47

« L'exécution d'Alireza Akbari est un acte odieux et barbare. Son nom s'ajoute à la trop longue liste de victimes de la répression et de la peine de mort en Iran. Solidarité avec le Royaume-Uni. Solidarité avec le peuple iranien. » (Emmanuel Macron, le 14 janvier 2023 sur Twitter).



_yartiAkbariAlireza01

Consternation face à la barbarie du régime iranien : l'ancien vice-ministre de la Défense Alireza Akbari (61 ans) a été condamné à mort le 11 janvier 2023, condamnation confirmée par la Cour suprême d'Iran, et exécuté par pendaison le samedi 14 janvier 2023. Au-delà de véritable scandale de la peine de mort lorsqu'elle est appliquée et de la justice prétexte, la protestation internationale vient également du fait qu'Alireza Akbari, homme politique iranien, était à la fois de nationalité iranienne et de nationalité britannique.

En 1988, Alireza Akbari a fait partie de ceux qui ont vérifié l'application du cessez-le-feu à la fin de la guerre Iran-Irak, prévu par la résolution 598 adoptée à l'unanimité le 20 juillet 1987 par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Il a été nommé plus tard, de février 2000 à août 2005, vice-ministre auprès de l'amiral Ali Shamkhani, qui a été Ministre de la Défense du 20 août 1997 au 24 août 2005, sous la Présidence de Mohammad Khatami, après avoir été Ministre des Gardiens de la révolution du 20 septembre 1988 au 21 août 1989. Ali Shamkhani, dont était proche Alireza Akbari, a été le directeur du Centre pour les études stratégiques des forces armées iraniennes de 2005 à 2013 et depuis le 10 septembre 2013, nommé par le Président Hassan Rohani, il est le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale et conseille le Guide suprême Ali Khamenei pour les affaires militaires. C'est un poste stratégique en Iran et le maintien d'Ali Shamkhani à son poste risque d'être compromis après la condamnation d'Alireza Akbari pour espionnage.

_yartiAkbariAlireza02

En effet, la condamnation à mort a été rendue sous prétexte qu'Alireza Akbari aurait été un espion pour le compte des services de renseignements du Royaume-Uni, ce qu'il démentait formellement (ainsi que sa famille). En 2005, il avait quitté l'Iran pour habiter au Royaume-Uni au point d'acquérir la nationalité britannique. Il se rendait régulièrement en Iran. Il avait été arrêté une première fois en 2009, puis relâché.

Puis, il a été arrêté de nouveau en 2019 lors d'un nouveau voyage en Iran. Il aurait été torturé pendant sa détention en prison avant sa condamnation à mort. Lors d'une conversation téléphonique avec sa famille, il a expliqué qu'on le forçait à se droguer et à s'empoissonner chimiquement, qu'on le mettait à l'isolement longtemps, afin d'obtenir de lui des aveux complets qui ont été enregistrés et diffusés par les médias iraniens.

La justice iranienne a notamment reproché à Alireza Akbari d'être impliqué dans l'assassinat de Mohsen Fakhrizadeh le 27 novembre 2020 à 50 kilomètres à l'est de Téhéran. Le général Mohsen Fakhrizadeh était un physicien qui avait la responsabilité du programme nucléaire iranien. Son objectif était de concevoir et réaliser une ogive nucléaire au début des années 2000. À l'époque, les autorités iraniennes avaient accusé Israël d'être à l'origine de cet assassinat. Le 30 avril 2018, le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou avait dénoncé Mohsen Fakhrizadeh comme le cerveau du programme nucléaire iranien.

Plus généralement, la justice aurait établi qu'Alireza Akbari aurait fourni des renseignements sur 178 personnalités iraniennes au gouvernement britannique par l'intermédiaire d'une société écran en relation avec des centres de recherche à Londres. Il aurait été aussi convaincu de corruption et aurait reçu 2 millions de dollars dans plusieurs devises étrangères. Au-delà de l'erreur judiciaire possible sinon probable (je ne sais pas s'il était coupable ou pas de ce qu'on l'accusait ; il aurait seulement reconnu qu'un agent britannique lui aurait demandé des renseignements), la condamnation à mort et l'exécution (même pour un coupable !) relèvent de la barbarie et de la violation du droit élémentaire à la vie, d'autant plus lorsqu'il s'agit aussi d'un ressortissant d'un pays étranger.

_yartiAkbariAlireza04

De plus, cette exécution a eu lieu dans un contexte particulièrement troublé pour le régime iranien qui est aux abois. En effet, depuis le mois de septembre et la mort de Masha Amini, tuée sous les coups de la police des mœurs pour n'avoir pas porté de voile, les rues de Téhéran et d'autres grandes villes de l'Iran sont régulièrement occupées par des manifestants pour protester contre la dictature des mollahs. Ces nombreuses manifestations auraient déjà entraîné la mort d'au moins 510 personnes. Si le procureur général de l'Iran Mohammad Jafar Montazeri a aboli la police des mœurs le 4 décembre 2022, il a néanmoins multiplié les condamnations à mort et les exécutions de manifestants. Le premier manifestant exécuté fut Mohsen Shekari le 8 décembre 2022. D'autres ont suivi. Encore récemment, le 7 janvier 2023, Mohammad Mahdi Karami (22 ans) et Seyed Mohammad Hosseini (39 ans) ont été exécutés par pendaison. Le 17 décembre 2022, l'actrice très populaire Taraneh Alidousti a été arrêtée pour son soutien aux manifestantes qui n'ont plus peur du régime iranien (c'est cela, la nouveauté).

Profondément touché par cette nouvelle violation des droits de l'homme, le peuple britannique a été particulièrement ému de l'exécution d'Alireza Akbari. Lors de l'annonce de sa condamnation à mort, le Ministère britannique des Affaires étrangères pensait qu'il s'agissait d'une justice diplomatique dont le but était de négocier la vie de ce ressortissant britannique. James Cleverly (le Ministre britannique des Affaires étrangères) a annoncé le jour de l'annonce de l'exécution que le Royaume-Uni allait prendre des sanctions à l'encontre du procureur général Mohammad Jafar Montazeri : « Le procureur général est au cœur de l'utilisation barbare de la peine de mort en Iran à des fins politiques. Le sanctionner aujourd'hui souligne notre dégoût face à l'exécution d'Alireza Akbari et notre engagement à tenir le régime pour responsable de ses épouvantables violations des droits de l'homme. (…) Il est important de souligner que notre réponse ne sera pas limitée aux actions que j'ai évoquées aujourd'hui. Je déciderai, après consultations avec les membres du gouvernement, de la marche à suivre. Je ne m'étendrai toutefois pas sur ce sujet maintenant. ». L'ambassadeur du Royaume-Uni en Iran, Simon Shercliff, a été rappelé temporairement par le gouvernement de Rishi Sunak.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (15 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alireza Akbari.
Mehran Karimi Nasseri.
Claude Malhuret contre la mollarchie.
Masha Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L'Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
Gérard Araud.
Stanislas de Laboulaye.
Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

_yartiAkbariAlireza03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230114-alireza-akbari.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/iran-alireza-akbari-nouvelle-246092

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/16/39781723.html






 

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 04:01

« Je ne sais pas comment nos contemporains font pour arriver à comprendre quelque chose, à supporter de marcher la tête en bas, les pieds en l’air. On est dans un asile géant. C’est incroyable. La même année, il y a des jeux d’hiver dans un pays où il n’y a pas de neige, et après, il y a des jeux d’été dans un pays où il fait 60°C à l’ombre, où ils ont construit dix, douze stades réfrigérés. C’est non seulement une aberration climatique mais une aberration écologique, et en plus, il y a un non-respect de l’idéologie des droits de l’homme. C’est incroyable. » (Vincent Lindon, le 29 août 2022 sur France 5).





_yartiFootQatar01

Deux événements, ou plutôt, deux actualités se télescopaient ce dimanche 20 novembre 2022. Dans la nuit, la COP27, c'est-à-dire, la Conférence de Charm el-Cheikh de 2022 sur les changements climatiques, s'est achevée après près de quatorze jours de négociations, sur un accord historique par lequel un principe général a été adopté : les pays qui seraient victimes des bouleversements climatiques seraient indemnisés par un fonds spécial qui serait financé par les pays riches. Et quelques heures plus tard, s'ouvrait la 22e coupe du monde de football au Qatar dans des conditions environnementales et humaines très contestables.

C'est probablement la complexité de notre époque qui montre un tel écart encore le "il faut" et "il ne faut pas". La présidente du groupe FI à l'Assemblée Nationale, Mathilde Panot, a regretté sur BFMTV le 20 novembre 2022 qu'il n'y avait dans l'accord final de la COP27 que des engagements et aucune interdiction. C'est très symptomatique des écologauchistes de notre classe politique qui ne connaissent que l'écologie punitive alors que l'objectif, que tente le Président Emmanuel Macron, avec un certain équilibre, c'est de pouvoir convaincre l'ensemble des Français qu'il faut faire quelque chose, sans se retrouver dans une sorte de système totalitaire qui limiterait tant les libertés que l'économie.

Mathilde Panot a été de ces députés qui ont demandé que la Fifa, la fédération sportive de football chargée d'organiser cette coupe du monde, finance un fonds d'indemnisation des familles des travailleurs morts à la tâche. Mais la France a refusé de boycotter la manifestation sportive car le gouvernement veut d'abord soutenir ses joueurs, ses sportifs.

Dans l'hémicycle, Alexis Corbière a tempêté : « La protestation contre l’oubli, l’ignorance et le mépris des droits de l’homme ne doit pas varier en fonction du parcours sportif d’une équipe. C’est pourquoi nous vous demandons le boycott diplomatique de cette coupe du monde de la honte. ». Répondant à la question de ce député FI, la Ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques Amélie Oudéa-Castéra a déclaré le 15 novembre 2022 : « La décision de la Fifa d’attribuer la Coupe du monde 2022 au Qatar a été prise il y a douze ans, quand Kylian Mbappé avait lui-même 12 ans. Le Mondial de foot démarre dimanche, et nos joueurs, avec lesquels j’étais hier soir, se préparent de longue date pour le réussir. La France, pas plus qu’aucun de ses partenaires, ne boycottera cette coupe du monde. J’irai, en effet, soutenir l’équipe de France si elle avance dans la compétition. C’est mon rôle de ministre des sports. ».

La ministre s'est contentée d'affirmer sans rassurer : « Nous croyons à la force de l’action diplomatique. La France œuvre de façon constante pour que, tant en matière de droits humains que sur le terrain écologique, le Qatar non seulement consolide ses progrès, reconnus par Amnesty International et Human Rights Watch, mais les accélère. S’agissant de la question des travailleurs migrants, que vous avez raison de soulever, le Qatar a indiqué qu’un fonds d’indemnisation existait déjà et qu’il était ouvert à sa mobilisation. (…) Dans leur lettre parue ce midi, les Bleus rappellent leur attachement au respect des droits humains et s’engagent à soutenir les ONG qui œuvrent pour leur protection, grâce à leur fonds de dotation Génération 2018. La Fédération française de football elle-même, suivant mes demandes d’exemplarité, a pris des mesures pour s’assurer du respect des conditions de travail et des droits sociaux sur le camp de base de l’équipe de France. Vous le voyez, chacun prend sa part dans ce nécessaire effort collectif. Nos Bleus partent demain. Souhaitons-leur bonne chance ! ».

_yartiFootQatar02

Soyons clair : malgré les appels au boycott notamment d'Éric Cantona et de Vincent Lindon, la France ne pourra jamais boycotter une telle manifestation internationale dès lors que dans dix-huit mois, elle accueillera elle-même les jeux olympiques et paralympiques dans sa capitale (Paris 2024). On a bien vu que lors des jeux olympiques de Moscou en 1980 que le boycott a engendré d'autres boycotts pour les jeux olympiques d'Atlanta en 1984. L'idée, certes assez hypocrite, est donc de séparer sport et politique, sport et diplomatique, sport et prise en compte des dérèglements climatiques.

C'est clair que ce qui compte pour les autorités françaises, c'est que les joueurs puissent jouer dans les meilleures conditions, et cela pour gagner, comme en 2018. La France leur délègue son image de gagnante. Mais les conditions dans lesquelles le Qatar a organisé cette événement sportif sont effectivement ahurissantes.

Certains ont déjà évoqué des malversations dans le simple fait que le Qatar fût désigné comme la puissance organisatrice le 2 décembre 2010 face notamment aux États-Unis, au Japon et à la Corée du Sud. Il a fallu aussi changer de saison, que la coupe du monde se déroulât à la fin de l'automne (elle se terminera le dimanche 18 décembre 2022, jour de la fête national au Qatar et à une semaine exactement de Noël) car "on" avait pensé que jouer à 50°C en été n'apportait pas les meilleures garanties pour une performance sportive !

De ce qu'on peut reprocher au Qatar, certaines choses sont récurrentes dans l'organisation de jeux sportifs, en particulier sur la démocratie, les droits de l'homme, le respect des femmes, etc. La Chine pouvait aussi avoir ce type de critique et les réponses ne sont jamais vraiment très convaincantes : conduire des nations dans le jeu régulier des activités internationales aurait pour but de les amener à s'améliorer sur ce sujet si sensible des libertés et de la démocratie, c'était d'ailleurs le contenu des propos d'Amélie Oudéa-Castéra. On peut cependant penser que l'État hôte s'en moque cyniquement malgré certains bénéfices provenant de son nouveau rayonnement international et malgré quelques belles déclarations de principe. L'hypocrisie a probablement plus de poids sur les enjeux financiers colossaux (on parle de 3 milliards de téléspectateurs attendus : en serez-vous ?).

En revanche, on peut spécifiquement reprocher au Qatar deux scandales que toutes les belles déclarations du monde des pays participants ne pourront jamais faire oublier.

Le premier scandale est les conditions dans lesquelles les ouvriers souvent étrangers (provenant de l'Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh, et du Sri Lanka) ont travaillé pour construire les stades et les infrastructures. Dans son édition du 23 février 2021, "The Guardian" a estimé à plus de 6 750 le nombre de victimes, mortes à la tâche : « More than 6,500 migrant workers from India, Pakistan, Nepal, Bangladesh and Sri Lanka have died in Qatar since it won the right to host the World Cup 10 years ago, the Guardian can reveal. ». Lola Schulmann, une spécialiste des droits économiques et sociaux à Amnesty International, a précisé sur FranceInfo : « On parle de personnes qui peuvent travailler en extérieur quatorze heures par jour, sept jours sur sept, sous de très fortes chaleurs. ». Pour comparer avec la France qui a vingt-quatre fois plus d'habitants, le nombre de morts par accident du travail sur la période de 2011 à 2020 est d'un peu plus de 6 000, soit moins que pour les seuls travaux pour la coupe du monde 2022 au Qatar.

_yartiFootQatar04

Le second scandale est l'empreinte écologique du tournoi, estimé à plus de 3,6 millions de tonnes de carbone (plus probablement au-dessus de 6 millions de tonnes). D'un coût dépassant tous les records (200 milliards de dollars, près de vingt fois le coût de la coupe en Russie en 2018, cent cinquante fois plus que le coût de la coupe en France en 1998), avec la construction de plusieurs stades en les équipant de climatisation qui va consommer énormément d'énergie. Si la distance la plus grande entre deux stades est seulement de 55 kilomètres (en 2018 en Russie, elle était de 2 500 km), elle n'aura pas un impact positif sur l'empreinte carbone car la capacité hôtelière du Qatar étant trop faible pour accueillir 1,2 million de supporters, ceux-ci sont hébergés également dans les États voisins, si bien qu'environ 200 vols aériens sont prévus chaque jour du tournoi pour les transporter.

Au fait, savez-vous où sera organisée la prochaine COP28 en novembre 2023 ?
À Dubaï...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La COP26.
Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
Vincent Lindon contre la coupe au Qatar.
Neil Armstrong.
Pas de burkini dans les piscines à Grenoble.
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Roland Garros.
Novak Djokovic.
Novax Djocovid.
Jean-Pierre Adams.
Bernard Tapie.
Kylian Mbappé.
Pierre Mazeaud.
Usain Bolt.

_yartiFootQatar05





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221120-football-qatar.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/apres-la-cop27-la-coupe-au-qatar-244804

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/20/39716338.html











 

Partager cet article
Repost0
5 novembre 2022 6 05 /11 /novembre /2022 04:36

« C'est un devoir et un grand honneur de pouvoir voter (…). J'espère que nous terminerons cette journée par un grand sourire. » (Benyamin Netanyahou, le 1er novembre 2022 à Jérusalem).



_yartiNetanyahou2022A03

A-t-il la baraka ? Est-il insubmersible ? En tout cas, à 73 ans et avec quelques casseroles judiciaires, l'ancien Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou revient de loin car il vient de gagner (sans surprise) les nouvelles élections législatives du mardi 1er novembre 2022. Il menait une nouvelle fois sa coalition de droite habituelle autour de son parti le Likoud, avec quelques partis religieux ou d'extrême droite, et cette coalition a gagné, et pour un pays comme Israël, a gagné très franchement en obtenant la majorité absolue.

Comme la victoire de la coalition de la Première Ministre italienne Giorgia Meloni qui bénéficie elle aussi d'une majorité absolue, Israël comme l'Italie, au scrutin électoral ultraproportionnel, à la classe politique très éclatée, les majorités absolues sont très rares dans l'histoire d'après-guerre de ces deux pays démocratiques.

Ces élections, encore anticipées, qui ont désigné les 120 députés de la 25e Knesset (Israël est un régime parlementaire monocaméral), sont les cinquièmes en quatre ans ! A priori, elles auraient dû avoir lieu le 31 octobre 2025, mais la coalition qui a réussi à former un gouvernement issu des élections législatives du 23 mars 2021 a éclaté au début de l'été 2022.

Alors que Benyamin Netanyahou était à la tête du gouvernement depuis 2009, une coalition centriste a réussi à se former pour renverser le Likoud pourtant le parti le plus important de l'assemblée. Elle s'était basée sur l'alliance de deux principaux partis, celui de Yaïr Lapid, le parti Yesh Atid, arrivé en deuxième position, et de Yamina, le parti de Naftali Bennett, qui ont réussi le 2 juin 2021 à rassembler d'autres petits partis pour obtenir une majorité de 60 députés sur 120 avec une opposition de 59 députés lors du vote de confiance. Selon leur accord, Naftali Bennett est devenu Premier Ministre le 13 juin 2021 et Yaïr Lapid Ministre des Affaires étrangères, et leurs fonctions devaient permuter au bout de deux ans, à mi-mandat. Avec Benny Gantz, Vice-Premier Ministre, qui devait rester le Ministre de la Défense qu'il était depuis le 17 mai 2020 sous Netanyahou.

_yartiNetanyahou2022A04

Benyamin Netanyahou a tout fait pour éviter cette coalition, en particulier en proposant à son ancien rival Benny Gantz (le général centriste) de démissionner immédiatement pour prendre la tête du gouvernement pendant trois ans (c'était ce qui avait été prévu avant les élections de mars 2021). Toutefois, cette coalition derrière Bennett et Lapid restait très fragile, et elle a éclaté avec la démission d'un député le 13 juin 2022. Le Likoud a alors déposé une motion de censure le 22 juin 2022, motion qui avait une forte probabilité d'être alors adoptée. Mais Bennett et Lapid ont décidé de réagir plus rapidement en proposant la dissolution de la Knesset et l'organisation de nouvelles élections dès l'automne 2022. La motion de dissolution a été adoptée définitivement le 30 juin 2022. Naftali Bennett a alors annoncé sa démission et son retrait de la vie politique, cédant le poste de Premier Ministre le 1er juillet 2022 à Yaïr Lapid chargé d'assurer l'intérim jusqu'à l'issue des nouvelles élections. Quant à Ayeled Shaked, elle a succédé à Naftali Bennett à la tête du parti Yamina (et par ailleurs, elle est Ministre de l'Intérieur depuis le 13 juin 2021).

Ces élections législatives de mardi ont donc changé radicalement la donne puisque, pour la première fois, une coalition formée avant les élections a obtenu la majorité absolue des sièges. Certes, la classe politique est encore relativement éclatée, mais le corps électoral s'est polarisé autour des deux grands pôles des deux coalitions en compétition, le Likoud qui a obtenu 23,4% des voix et 32 sièges (soit +3 par rapport à précédemment), et Yesh Atid qui a obtenu 17,8% des voix et 24 sièges (soit +7).

Les alliés de Benyamin Netanyahou ont aussi eu des gains non négligeables : le Parti sioniste religieux, avec 10,8% des voix, a eu 14 sièges (soit +7) ; Shas, avec 8,2% des voix, a eu 11 sièges (soit +2) ; enfin, le dernier allié, Judaïsme unifié de la Torah, avec 5,9% des voix, a obtenu 7 sièges (comme précédemment). Au total, cette coalition menée par le Likoud bénéficie en principe de 64 sièges sur 120, soit une majorité de 3 députés. J'écris "en principe" car effectivement, les gouvernements israéliens sont souvent soutenus par des majorités de manière très serrée et la défection d'un ou deux ou trois députés suffit pour les renverser au cours de la législature, c'est ce qui s'est passé en juin 2022. La différence, c'est que cette coalition majoritaire est basée sur un accord devant les électeurs avant le vote populaire, et pas par des négociations après les élections. Cette coalition est déjà ancienne, mais Benyamin Netanyahou avait déjà eu des difficultés à certains partis de sa coalition sur des sujets très spécifiques (les colonies, la religion, etc.), ce qui avait entraîné des élections sans majorité à répétition.

Principal allié de Yaïr Lapid, le parti de Benny Gantz (le Parti de l'unité nationale), avec 9,1% des voix, a perdu 2 sièges avec 12 députés élus. Il est probable que Benyamin Netanyahou lui proposera de rester au gouvernement et de conforter sa majorité avec ses 12 sièges supplémentaire, le mettant à l'abri de défections individuelles et des "caprices" des ultra-orthodoxes (ce qui ferait alors une majorité de 76 sièges sur 120).

_yartiNetanyahou2022A02

De même, d'autres petits partis issus du gouvernement sortant ont fait d'énormes pertes voire se sont effondrés, c'est le cas du parti travailliste (3,7%) qui a perdu la moitié de ses effectifs avec 4 sièges (soit -3), et de Meretz (3,16%) qui a perdu la totalité de ses 6 sièges sortants à 4 000 voix près (le seuil pour avoir des sièges est 3,25%). C'est le cas aussi de Balad (2,9%) qui a perdu son unique siège. L'échec de la coalition sortante provient principalement à l'émiettement des partis qui la composent ainsi que de fortes divisions internes. Ces pertes de sièges ont mécaniquement renforcé la représentation du Likoud et de ses alliés.

Le Premier Ministre Yaïr Lapid a téléphoné le 3 novembre 2022 à Benyamin Netanyahou pour reconnaître sa défaite et préparer la transition. Pour ce dernier, c'est une divine surprise, un retour en grâce alors que tout allait contre lui : les affaires judiciaires sérieuses, l'usure du pouvoir (quinze ans à la tête du gouvernement israélien dont douze sans discontinuité entre 2009 et 2021, ce qui constitue déjà un record de longévité qui va encore être renforcé pour l'avenir), et enfin l'âge, 73 ans étant plutôt un âge où l'on prend sa retraite. Deux jours avant lui, Lula, au Brésil, faisait également un come-back électoral étonnant à l'âge de 77 ans.

Ce jeudi 3 novembre 2022, la commission électorale centrale avait dépouillé 89% des bulletins de vote, soit plus de 4 millions. Il a fallu deux jours pour avoir la confirmation de la tendance que les sondages prédisaient avant même le scrutin, une victoire assez large de Benyamin Netanyahou qui souhaiterait l'installation rapide de la nouvelle Knesset (il la souhaiterait pour le 15 novembre 2022). Quant au Président de l'État Isaac Herzog, élu l'an dernier pour sept ans, il a jusqu'au 16 novembre 2022 pour désigner le député élu mardi pour former le nouveau gouvernement. Vu les résultats et la configuration politique, il ne fait aucun doute que ce député s'appelle Benyamin Netanyahou. Il aura alors vingt-huit jours pour composer son gouvernement et obtenir un vote de confiance à la Knesset.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le retour au pouvoir de Benjamin Netanyahou après sa nouvelle victoire.
Emmanuel Macron à Pithiviers en 2022.
Covid-19 : comprendre la situation épidémique en Israël.
Covid-19 : la France plus vaccinée qu’Israël.
Naftali Bennett, Premier Ministre d’Israël à la place de Benyamin Netanyahou.
Israël 2020 : Benyamin Netanyahou vs Benny Gantz (3e round).
Benyamin Netanyahou a 70 ans.
Les élections législatives israéliennes du 17 septembre 2019.
Poisons et délices de la proportionnelle.
Les enjeux des élections législatives israéliennes du 9 avril 2019.
Golda Meir.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
Massacre à Gaza.
Tentative de paix en 1996.
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou III.
Yasser Arafat.

_yartiNetanyahou2022A01



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221103-netanyahou.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/le-retour-au-pouvoir-de-benyamin-244772

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/04/39696883.html




 

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 05:37

« C'est un coup de poignard dans le dos de ces combattantes qu'enfoncent certaines néoféministes en condamnant toute critique du voile au prétexte de ne pas nourrir l'islamophobie. (…) Combien faudra-t-il de morts à Téhéran pour que l'héroïsme des Iraniennes les force à ouvrir les yeux et les oreilles et pour qu'elles cessent de danser le moonwalk de Michael Jackson en faisant semblant de faire avancer la cause des femmes tout en la faisant reculer ? » (Claude Malhuret, le 5 octobre 20220 au Sénat).



_yartiAminiMasha01

Depuis un mois, de nombreuses manifestations ont lieu en Iran pour s'attaquer à la dictature islamique du Guide suprême. La cause, le catalyseur, a été l'arrestation à Téhéran de la jeune étudiante iranienne d'origine kurde (et sunnite) Masha Amini (22 ans) le 13 septembre 2022 par la police dite des mœurs pour tenue indécente ("port de vêtement inapproprié" : elle portait mal le hijab et avait laissé dépasser une mèche de cheveux).

Le jour même, elle a été conduit à l'hôpital, tombée dans le coma, et elle est morte sans s'être réveillée le 16 septembre 2022, enterrée le lendemain. Selon les autorités iraniennes, elle n'aurait pas été tabassée et serait morte dans la première version d'un problème cardiaque et dans une seconde version d'une maladie au cerveau alors que sa famille a affirmé qu'elle était en excellente santé et qu'elle s'est procurée un scanner faisant état de coups et blessures sur la tête.

Dès le 16 septembre 2022, le peuple iranien s'est mis courageusement à manifester et à protester dans les principales villes iraniennes, en particulier kurdes mais aussi à Téhéran et dans les universités. La police a réprimé violemment les manifestants et entre le 16 septembre et le 2 octobre 2022, l'organisation Iran Human Rights a décompté au moins 92 manifestants iraniens tués. La cible des manifestants est le Guide suprême Ali Khamenei, qui a accusé le 3 octobre 2022 « les États-Unis, le régime sioniste et leurs mercenaires » d'être à l'origine de cette déstabilisation du régime.

Un an après la mort de l'ancien Président Bani Sadr, le peuple iranien et en particulier les femmes iraniennes, se mettent à rêver d'une libéralisation du régime après plus de quarante-trois ans de dictature islamique, tandis que les plus conservateurs du régime avaient gagné l'an dernier l'élection présidentielle avec la victoire du religieux chiite Ebrahim Raïssi, probable successeur du guide de la révolution.

Cette actualité sanglante a ému le monde entier, en particulier en France où des manifestations ont été organisées dans plusieurs grandes villes pour soutenir les femmes iraniennes dans leur liberté de choisir leurs vêtements. Des mobilisations diverses et variées ont eu lieu (en particulier des actrices françaises), et le Sénat a aussi choisi de faire un débat sur le sujet ("Atteintes aux droits des femmes et aux droits de l'homme en Iran") le mercredi 5 octobre 2022 après-midi à l'initiative de son Président, Gérard Larcher.

La séance fut présidée par l'ancien Ministre de la Défense Alain Richard, actuel vice-président du Sénat, et a consisté en des interventions de chaque groupe avec une conclusion prononcée par la Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Catherine Colonna qui a résumé l'horreur ainsi : « Une vie détruite. Et pourquoi ? Pour une mèche de cheveux dépassant d'un voile... ».

Parmi les orateurs, il y a eu le sénateur de l'Allier Claude Malhuret, actuel président du groupe Les Indépendants, République et Territoires, ancien Secrétaire d'État chargé des Droits de l'homme entre 1986 et 1988 (le premier du genre), ancien maire de Vichy, ancien président de Médecins sans frontières et cofondateur du site Doctossimo (avec Laurent Alexandre).

Claude Malhuret a le sens de la formule et du mot juste. Il l'a déjà prouvé dans d'autres interventions au Sénat qui sont toujours savoureuses, un brin polémiques certes mais tellement proches de la vérité, en particulier sur la pandémie de covid-19 le 4 mai 2020 et sur le passe vaccinal le 11 janvier 2022.

Soutenant les femmes iraniennes, Claude Malhuret a fustigé les militantes hypocrites qui récupéraient ce combat alors qu'elles défendent le port du voile en France. Comme son intervention a été excellente du début à la fin, je propose ici de la reproduire. La source est le compte rendu intégral des débats du Sénat.

_yartiAminiMasha02



M. le président (Alain Richard). La parole est à M. Claude Malhuret.

M. Claude Malhuret. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, le temps des dictateurs est revenu. Les démocraties, au terme d'une lutte implacable, avaient vaincu au XXe siècle les deux totalitarismes aux dizaines de millions de morts. Certains les croyaient disparus à jamais.

Sous nos yeux, l'internationale des tyrans se reforme. Le boucher de Moscou, le génocidaire des Ouïghours en Chine, le docteur Folamour de Corée du Nord, le massacreur de femmes de Téhéran et quelques autres se sont regroupés. Leur seul but : se venger, abattre l'Occident, mettre à bas la liberté et, en premier lieu, celle des femmes.

Le pire est que, comme au siècle précédent, ils comptent des alliés dans nos propres pays : les adorateurs de Poutine, indifférents au massacre des Ukrainiens ; les complices de Xi, qui se moquent des Ouïghours et de Taïwan ; les alliés de Khamenei, expliquant, au moment où les Iraniennes meurent, que le voile est seyant ; en un mot, les populistes de tous bords, qui partagent une idée fixe avec les despotes : la haine de la démocratie.

Depuis le début de la révolte en Iran, et jusqu'à la manifestation de dimanche dernier à Paris, ces professionnels de l'indignation, ceux qui battent le pavé chaque semaine pour crier que la police tue ou dénoncer le racisme systémique en France, avaient disparu. Où étaient-ils lors des deux premiers rassemblements en soutien des femmes iraniennes ? En week-end sans doute, comme lors des manifestations pour l'Ukraine ! Leurs comptes Twitter, qui dénoncent chaque jour le patriarcat et l'islamophobie, sont devenus muets : pas un mot de soutien, pas un appel contre la mollarchie et sa police des mœurs ! Pendant qu'à Téhéran, les femmes meurent sous les coups et les balles, ils préfèrent dénoncer le virilisme du barbecue, faire l'éloge d'un gifleur ou juger les harceleurs dans des "comités de transparence", qui sont l'oxymore le plus grotesque inventé depuis la dictature du prolétariat.

Quelques-uns d'entre eux ont réapparu dimanche dernier lors du rassemblement place de la République à Paris. Les Iraniens et les Iraniennes présents leur ont donné une grande leçon de laïcité. En signifiant à Mme Rousseau qu'elle n'était pas la bienvenue, ils ont rendu clair pour tout le monde cette évidence : on ne peut pas en même temps être pour le voile à Paris et défendre celles qui brûlent leur voile à Téhéran. (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP, RDPI, RDSE, UC et Les Républicains.) En sifflant Mme Manon Aubry, ils ont signifié qu'un parti ne peut pas marcher avec les islamistes en 2019 et soutenir les victimes de la République islamiste en 2022. En un mot, ils nous ont montré qu'on ne peut à la fois être communautaristes et universalistes : il faut choisir.

En Iran, des femmes risquent leur vie pour se débarrasser du voile. Ici, les intersectionnels le présentent comme une liberté. Écoutons ce que leur répond Chantal de Rudder : "Le voile n'est pas un objet cultuel, mais un objet politique. C'est le produit phare de l'islamisme. Et c'est désormais une affirmation anti-occidentale et antidémocratique".

Ce morceau d'étoffe, Bourguiba l'appelait "l'épouvantable chiffon". Aux naïfs qui croient que se voiler est un choix, aux décoloniaux qui n'ont jamais lu un livre d'histoire, il faut rappeler que la lutte contre le voile n'est pas une oppression néocoloniale : les grands dirigeants musulmans ayant compris que la soumission de la femme était l'une des causes principales du déclin de leur pays l'ont combattu. Atatürk, le premier, l'a interdit dans les années 1920 en Turquie ; puis, ce fut Reza Chah dans les années 1930 en Iran, et Bourguiba plus tard en Tunisie. Nasser, en Égypte, s'en moquait publiquement devant le grand mufti d'al-Azhar.

Ce combat, gagné par eux, a été perdu depuis la révolution islamique de 1979. Les femmes iraniennes reprennent aujourd'hui ce flambeau contre les mollahs, les ayatollahs, les dictateurs, les talibans et leur police des mœurs.

C'est un coup de poignard dans le dos de ces combattantes qu'enfoncent certaines néoféministes en condamnant toute critique du voile au prétexte de ne pas nourrir l'islamophobie. C'est un coup de poignard dans le dos lorsque Sandrine Rousseau déclare que le voile peut être un "embellissement" ou que Rokhaya Diallo ose affirmer : "La liberté peut aussi être dans le hijab".

Combien faudra-t-il de morts à Téhéran pour que l'héroïsme des Iraniennes les force à ouvrir les yeux et les oreilles et pour qu'elles cessent de danser le moonwalk de Michael Jackson en faisant semblant de faire avancer la cause des femmes tout en la faisant reculer ?

Le XXIe siècle s'annonce aussi dangereux que le précédent ; il est temps de s'en rendre compte. Ceux qui croient que nous ne sommes pas en guerre ou qui, pour se rassurer, se forcent à le croire commettent une erreur tragique, car les dictateurs et les ayatollahs, eux, savent qu'ils sont en guerre contre nous.

Puissent les admirables femmes iraniennes, les héroïques soldats ukrainiens et les courageux dissidents chinois nous convaincre de nous rallier à leur cri : "Liberté !" (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP, RDPI, RDSE, UC et Les Républicains.)


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (05 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Malhuret contre la mollarchie.
Masha Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L'Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
Gérard Araud.
Stanislas de Laboulaye.
Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

_yartiAminiMasha03





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221005-masha-amini.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/masha-amini-les-femmes-iraniennes-244228

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/10/09/39660821.html







 

Partager cet article
Repost0
16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 05:35

« Jeune officier plein d'allant et d'énergie, conservant dans toutes les situations le calme le plus parfait. (…) Représente le type parfait de l'officier marocain baroudeur, jusqu'à la témérité. » (Citation à l'ordre du corps d'armée du 6 juillet 1944). « Commandant d'unité qui ne cesse de se surpasser au cours de divers engagements avec les rebelles. » (Citation à l'ordre de l'armée du 7 novembre 1949).




_yartiOufkirMohamed01

Il y a cinquante ans, le 16 août 1972, le corps du général Mohamed Oufkir, 52 ans (il est né le 14 mai 1920), a été retrouvé dans l'enceinte du Palais royal de Skhirat, au bord de l'océan, entre Rabat et Casablanca, au Maroc. Officiellement, il se serait suicidé mais cela aurait été un "suicide à la Robert Boulin", avec trois balles dans le dos et une balle dans la nuque.

À la suite de ce qui pourrait raisonnablement s'appeler un assassinat (ou une "exécution", si l'on considère que l'État a son droit de vie et de mort), sa famille a passé à partir du 23 décembre 1972 une vingtaine d'années dans les prisons du roi du Maroc, Hassan II, en particulier sa veuve Fatéma, sa fille Malika et son fils Raouf (il a eu six enfants), chacun a eu l'occasion d'écrire des livres témoignages sur le sujet.

Il est vrai qu'il devait y avoir peu de monde à regretter la mort du général Mohamed Oufkir car pour beaucoup, il était synonyme d'assassin et de tortionnaire, malgré une bonne réputation au début de sa carrière militaire. Originaire, au Maroc, d'une région frontalière à l'Algérie (berbère), il s'est en effet engagé à 21 ans dans l'armée française pour combattre les nazis et a participé à la campagne d'Italie sous le commandement du général Alphonse Juin. Son père avait été nommé pacha (gouverneur) vers 1912 par le maréchal Hubert Lyautey, premier résident général au Maroc.

Après la guerre, Mohamed Oufkir a continué dans l'armée française en Indochine entre 1947 et 1949, en terminant au grade de capitaine, ce qui lui a valu, au total, d'être nommé officier de la Légion d'honneur à titre militaire, la croix de guerre, etc. et d'avoir huit citations.

En 1950, il a quitté l'engagement opérationnel en devenant spécialiste du renseignement comme aide de camp du général Raymond Duval, commandant supérieur des troupes en Tunisie et au Maroc. Membre du cabinet militaire du résident général Pierre Boyer de Latour en 1955 (Alphonse Juin avait été aussi résident général au Maroc de mai 1947 à juillet 1951), Mohamed Oufkir a participé aux négociations pour le départ du sultan Sidi Mohammed Ben Arafa et le retour du sultan Mohammed Ben Youssef.


_yartiOufkirMohamed02

En 1955, Mohamed Oufkir, encore officier français, fut affecté auprès du sultan à la demande de ce dernier peu avant l'indépendance du Maroc. Considéré comme une personnalité politique du Maroc indépendant, il a alors commencé une brillante carrière dans la sécurité et le renseignement au Maroc, prenant une influence de plus en plus déterminante.

Après son retour triomphal le 16 novembre 1955, le sultan Mohammed Ben Youssef est devenu roi du Maroc le 14 août 1957 sous le nom de Mohammed V. Entre-temps, le Maroc était devenu complètement indépendant le 2 mars 1956 (accord avec la France) et le 7 avril 1956 (accord avec l'Espagne). Devenu lieutenant-colonel, Mohamed Oufkir avait un objectif clair : créer les Forces armées royales et réduire l'influence de l'Armée de libération nationale marocaine et de l'Istiqlal. Il a pris part à la répression contre le soulèvement du Rif entre novembre 1958 et janvier 1959. Il fut alors nommé directeur de la Sûreté en mai 1960.

En février 1961, Hassan II a succédé à son père Mohammed V après la mort de ce dernier au cours d'une opération chirurgicale. Proche conseiller de Hassan II, le colonel (nommé en 1962) Oufkir a supervisé la répression contre l'Union nationale des forces populaires (UNFP), un parti d'opposition situé à gauche, en arrêtant une centaine de cadres lors d'une réunion de son comité central le 16 juillet 1963. Un de ses responsables, Mehdi Ben Barka, était absent, au Caire. Mohamed Oufkir a alors acquis une réputation de tortionnaire sur les personnes qui avaient été arrêtées.

Finalement, sous la pression internationale, le 14 mars 1964, le tribunal criminel de Rabat a condamné à mort seulement 11 personnes, dont 8 par contumace, dont Mehdi Ben Barka. Les 3 condamnations à mort furent commuées le 11 août 1964 en détention perpétuelle avant d'être annulées après la révolte étudiante réprimée dans le sang le 23 mars 1965. On a raconté que le nouveau général Oufkir, devenu Ministre de l'Intérieur en 1964, tirait à la mitraillette sur les contestataires depuis un hélicoptère.

Quelques mois plus tard, le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka qui, au-delà de son rôle d'opposant politique au Maroc, était l'un des principaux leaders du mouvement tiers-mondiste, a été enlevé en plein centre de Paris alors qu'il se rendait à la brasserie Lipp (boulevard Saint-Germain) pour un rendez-vous. Il a été emmené de force dans une Peugeot 403 banalisée. Medhi Ben Barka n'est jamais réapparu. L'alerte fut rapidement donnée dès le lendemain, par Jean Lacouture, Gisèle Halimi, Edgar Faure qui a informé Roger Frey (le Ministre de l'Intérieur en France).


L'affaire de l'enlèvement de Mehdi Ben Barka a fait beaucoup couler d'encre en France, devenue un scandale politique qui a conduit à une forte tension dans les relations diplomatiques entre la France et le Maroc. En juillet 1967, la justice française a finalement condamné Mohamed Oufkir par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat de Mehdi Ben Barka (le 29 octobre 1965, il aurait été présent à Paris et plusieurs prévenus ont cité son nom).

À partir de cette condamnation, Hassan II s'est éloigné de son ministre encombrant. Le général Oufkir a réussi néanmoins à retrouver la confiance du roi en déjouant un complot auquel il aurait lui-même participé. Effectivement, le 10 juillet 1971 a eu lieu un putsch militaire contre Hassan II et son régime, dans son palais à Skhirat, où le roi recevait pour ses 42 ans. Les combats furent rudes (une centaine de morts dont un ancien Premier Ministre marocain, un ministre marocain et huit Français), et Hassan II sauva sa vie en se cachant dans son dressing. Mohamed Oufkir, qui faisait partie des conspirateurs, retourna sa veste et sauva le roi en se retournant contre les putschistes. Parmi eux, dix officiers généraux furent condamnés à mort et exécutés. Oufkir fut nommé Ministre de la Défense et commandant en chef des Forces armées royales.

Le second putsch militaire contre Hassan II lui a été fatal. Mohamed Oufkir, aidé du commandant adjoint de l'aviation militaire Mohamed Amekrane et du commandant de la troisième base aérienne de Kénitra Louafi Kouera, a ordonné le 16 août 1972 à plusieurs pilotes de chasse marocains d'abattre le Boeing royal ramenant Hassan II de la France au Maroc. Après des séquences rocambolesques, Hassan II échappa à ses conspirateurs, Louafi Kouera, l'un des pilotes de chasse, qui fut arrêté (puis condamné à mort), accusa Mohamed Oufkir, retrouvé "suicidé", d'être au centre de ce complot et Mohamed Amekrane, qui a réussi à s'enfuir à Gibraltar, fut extradé par le Royaume-Uni, puis jugé, condamné et exécuté par la justice marocaine.

Après ces deux tentatives de putsch, Hassan II est devenu son propre Ministre de la Défense et commandant en chef de ses armées. Les 58 putschistes des deux putschs qui furent condamnés à la détention ont été transférés au bagne de Tazmamart avec des conditions de vie très difficiles. Seulement 28 en ont survécu lorsqu'ils furent libérés en 1991 après la fermeture du bagne sous la pression internationale.

Mohamed Oufkir restera dans l'histoire un homme de pouvoir qui, sans doute, ne pouvait se contenter d'être un homme d'influence. Cruel selon des témoignages, il a eu une fin qui restera aussi mystérieuse que celle de Ben Barka, probablement l'une de ses nombreuses victimes. Hassan II a eu ce lourd passif, ces "années de plomb", lorsqu'il a repris le déroulement normal des relations diplomatiques avec la France sous François Mitterrand, tandis que le journaliste français Gilles Perrault, auteur notamment de "Le Pull-over rouge" en 1978 (éd. Ramsay), a sorti son livre choc "Notre ami le roi" en 1990 (éd. Gallimard).


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (14 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mohamed Oufkir.
Le Printemps marocain ?
Les millions de DSK et le Brexit…

_yartiOufkirMohamed03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220816-mohamed-oufkir.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-trouble-fin-du-general-mohamed-243181

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/30/39576702.html






 

 

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2022 2 05 /07 /juillet /2022 20:38

« Qu’importe après tout que les mots manquent ou trébuchent, s’ils parviennent, fugitivement du moins, à ramener parmi nous l’Algérie exilée et la mettre, avec ses plaies, à un ordre du jour dont enfin nous n’ayons pas honte. » (Albert Camus).





_yartiOran01

Albert Camus était très lié à l’Algérie (c’est un euphémisme) mais il n’a pas eu le temps de connaître la fin de la guerre d’Algérie. Il y a soixante ans, le 5 juillet 1962, l’Algérie est devenue indépendante de la République française. Cette date est la conséquence des Accords d’Évian du 18 mars 1962. A priori, le cessez-le-feu devait être appliqué à partir du 19 mars 1962 et la paix devait régner, mais l’année 1962, après ces accords, fut au contraire marquée par de nombreux massacres entre Algériens et Européens, commis par différents "partis".

Lors de la réception des représentants des rapatriés d’Algérie au Palais de l’Élysée le 26 janvier 2022 à Paris, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un discours très important où il a rappelé quelques mauvais souvenirs : « J’ai souhaité (…) que vos voix puissent être rassemblées pour transmettre cette mémoire, pour dire l’attachement de la France aux rapatriés, à leurs familles. Et pour continuer de cheminer sur la voie de l’apaisement des mémoires blessées de la guerre d’Algérie, vous savez mon engagement su ce sujet. (…) À cette terre évanouie de vos parents ou de votre enfance, vous devez vos leçons de bonheur. Et votre arrachement, je le sais, à cette terre, fut une peine inconsolable.  (…) L’histoire des rapatriés d’Algérie est l’histoire d’un amour charnel pour cette terre, d’effort, de labeur pour la faire fructifier. Puis l’histoire d’un exode et d’un exil, l’exode contraint et subi de Français nés dans cette France de l’autre côté de la Méditerranée et pris dans la tourmente de la guerre, puis l’exil déraciné au sein de leur propre patrie. ».

Et Emmanuel Macron d’évoquer le souvenir de deux massacres.

Le massacre de la rue d’Isly à Alger le 26 mars 1962 où l’armée française a tiré sur une foule de manifestants, « attisée par l’OAS » pour exprimer son attachement à l’Algérie française : « Ce jour-là, les soldats français déployés à contre-emploi, mal commandés, moralement atteints, ont tiré sur des Français. Il est plus que temps de le dire. Ce qui devait être une opération de maintien de l’ordre s’acheva par un massacre, un massacre dont aucune liste définitive des victimes ne fut établie, qui fit des dizaines de tués et des centaines de blessés. Les familles ne purent pas enterrer dignement leurs morts. Les obsèques religieuses furent interdites. Les corps convoyés directement au cimetière par camions militaires au jour et à l’heure choisis par les autorités. Le choc fut immense pour les citoyens qui se pensaient auparavant protégés par l’armée française et qui voyaient se retourner contre eux le glaive qui devait les défendre. (…) En métropole, le drame fut passé sous silence. Soixante ans après, la France reconnaît cette tragédie. Et je le dis aujourd’hui haut et fort : ce massacre du 26 mars 1962 est impardonnable pour la République. ».

_yartiOran03

Puis, après avoir parlé de « ce cycle infernal d’attaques, de vengeance, [qui] faucha sa moisson de morts, des Français, mais aussi des Algériens et des Algériens musulmans », il a évoqué un autre massacre. Car le soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie est aussi celui d’un massacre, celui commis dans les rues d’Oran ce 5 juillet 1962 : « Ce massacre, lui aussi, doit être regardé en face et reconnu. La vérité doit être de mise et l’histoire transmise. Il nous faut aussi raconter ces mois d’adieux, de déchirures où des Français d’origine métropolitaine, européenne, où des populations installées depuis des siècles, comme certains Juifs d’Algérie, furent poussés à cette extrémité insupportable, la valise plutôt que le cercueil. Leur fuite devient un exode brutal, massif, désordonné (…). On quitte sa maison, son appartement ; sans même savoir si l’on a fermé la porte, on se rue vers les navires ou l’aéroport pour se frayer un chemin de survie pour soi, pour sa famille, pour ses proches. ».

À Oran, ce 5 juillet 1962, une foule d’Algériens a manifesté leur joie (comme depuis quatre jours) pour l’indépendance reconnue de leur pays après les atrocités d’une guerre civile. L’ambiance y était détendue et apaisée d’autant plus que les éléments armés de l’OAS s’étaient retirés. L’armée algérienne dirigée par le capitaine Bakhti n’est composée que de quelques centaines d’hommes, tandis que l’armée française dirigée par le général Joseph Katz était présente, composée de 18 000 hommes. Soudain, peu avant midi sur la Place d’Armes, des tirs furent entendus et des Européens furent lynchés. D’autres furent arrêtés et furent tués ou ont disparu.

L’article apparemment bien référencé de Wikipédia parle ainsi des scènes d’horreur : « Les hommes armés se ruent sur les immeubles, enfoncent les portes des appartements, ouvrent le feu dans les restaurants, arrêtent, enlèvent, égorgent, au hasard des rencontres. Des rafales de mitraillette balaient les terrasses des cafés, les porches, les voitures. Sur les atrocités commisses, de nombreux témoignages se recoupent : exécutions sommaires d’Européens et d’Algériens soupçonnés de leur avoir été favorables, scènes de lynchage (…), actes de torture (pendaison, pendaison à un croc de boucher, mutilations, énucléations), il semblerait que cette vendetta véhiculait deux messages, le premier serait un message de vengeance en perpétuant les mêmes sévices qu’ils aient pu subir et le second, celui de prévenir le peuple européen qu’il ne serait plus en sécurité. ».

_yartiOran02

En tout, des centaines de Français furent tués, des historiens parlent de 700 à 800 morts ou disparus. Jean-Pierre Chevènement, à l’époque sous-lieutenant et affecté pour son stage de l’ENA auprès su conseil général de France à Oran, a expliqué en 1977 : « Ma principale tâche était de retrouver les huit cents disparus du 5 juillet. ». L’armée française n’est pas intervenue immédiatement et a laissé faire, probablement dans le souci de ne plus impliquer l’armée française après l’indépendance. Beaucoup de corps n’ont pas été retrouvés et le silence fut imposé par les autorités tant algériennes que françaises qui n’avaient pas rempli leur mission de protection. Les auteurs des tirs n’ont pas été identifiés, probablement provenant de l’ALN, l’armée provisoire du FLN.

Malgré cet éloignement dans le temps (deux à trois générations plus tard), la guerre d’Algérie a laissé derrière elle un traumatisme durable et reste un marqueur historique important dans la vie politique. Pour preuve, le tout premier discours de la XVIe Législature prononcé dans l’hémicycle le 28 juin 2022 par le doyen d’âge avant d’élire le Président de l’Assemblée Nationale. C’était le discours du président de la première séance, le nouveau député RN José Gonzalez (79 ans), né à Oran et rapatrié en France métropolitaine dans des conditions difficiles en 1962.

Et il a déclaré, plein d’émotion, aux députés nouvellement élus ou réélus : « En ce lieu sacré de la représentation du peuple français, de l’expression de la volonté nationale, vous voir réunis côte à côte, par ordre alphabétique, au-delà de toutes nos divergences, est un symbole d’unité française. Ce symbole touche l’enfant d’une France d’ailleurs que je suis, arraché à sa terre natale et drossé sur les côtes de Provence par les vents de l’histoire en 1962. J’ai laissé là-bas une partie de ma France et beaucoup d’amis. Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie… Pardonnez mon émotion, je pense à mes amis que j’ai laissés là-bas. (Applaudissements). Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie par le sentiment d’abandon et les périodes de déchirement. Comme nous tous, je n’en doute pas, je sais combien cette exigence d’unité française est nécessaire, notamment dans les temps complexes que nous traversons. J’émets le souhait, mes chers collègues, qu’elle éclaire nos débats et inspire nos décisions. ».

Fortement applaudie, et pas seulement par les 88 collègues du groupe RN du doyen, cette courte allocution d’ouverture de la législature a été fortement critiquée par certains députés FI qui y voyaient une apologie de l’OAS (ce qu’elle n’était pas). Dans tous les cas, même si ceux qui la critiquaient n’étaient pas encore nés à l’époque des faits, les passions politiques demeurent encore très intenses et prégnantes lorsqu’on évoque ce passé très trouble de l’Algérie.

Le cinéma a tardivement honoré de son art ce terrible massacre du 5 juillet 1962 à Oran, passé sous silence pendant si longtemps. En effet, Nicole Garcia a réalisé un très beau film, "Un balcon sur la mer" (sorti le 15 décembre 2010), avec comme acteur principal Jean Dujardin qui a profondément surpris par ce rôle qui n’a rien de comique (aux côtés de Marie-Josée Croze, Sandrine Kiberlain, Michel Aumont, Toni Servillo et Claudia Cardinale). Je recommande très vivement ce film tout en subtilité, très complexe, qui retrace avec authenticité l’attachement de Français européens à l’Algérie et les tragédies humaines des massacres et de l’exode.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
José Gonzalez.
Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
Pierre Vidal-Naquet.
Jean Lacouture.
Edmond Michelet.
Jacques Soustelle.
Albert Camus.
Abdelaziz Bouteflika en 2021.
Le fantôme d’El Mouradia.
Louis Joxe et les Harkis.
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

_yartiOran04





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220705-algerie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/le-massacre-d-oran-60-ans-plus-242600

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/06/39547307.html
















 

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 03:39

« Bani Sadr pensait apparemment être la figure la plus instruite et la plus astucieuse dans le jeu de pouvoir en Iran à l’époque, mais les événements ont montré que ces affirmations avaient peu à voir avec la réalité. » (Ahmad Zeidabadi, journaliste iranien d’opposition).



_yartiBaniSadrB01

Le premier Président de la République islamique d’Iran, élu au suffrage universel direct le 25 janvier 1980, n’était pas un ayatollah extrémiste et cruel. Il était au contraire un homme très convenable de 46 ans, un des acteurs les plus modérés et sincères de la révolution iranienne. Abolhassan Bani Sadr est mort à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, « après un long combat contre la maladie », ce samedi 9 octobre 2021 à l’âge de 88 ans et demi (né le 22 mars 1933).

En exil en France contre le régime du Shah d’Iran, Abalhassan Bani Sadr a théorisé la future révolution iranienne en voulant la baser sur l’indépendance, la liberté, le développement de l’homme, l’assainissement de la nature et l’islam. Le 10 octobre 1978, il a encouragé l’ayatollah Rouhollah Khomeiny à venir s’installer en France (il séjourna à Neauphle-le-Château, pas très loin de Plaisir, dans les Yvelines) après avoir été exilé puis expulsé d’Irak. Les deux ont travaillé sur l’organisation politique de leur mouvement d’opposition.

Lors de la révolution iranienne en février 1979, Bani Sadr est retourné à Téhéran pour rédiger la Constitution et organiser la vie politique. Il s’était opposé à la prise des otages américains à l’ambassade américaine à Téhéran (par des étudiants iraniens, entre le 4 novembre 1979 et le 20 janvier 1981) et a même été brièvement nommé Ministre des Affaires étrangères du 12 au 29 novembre 1979 pour traiter cette affaire.

Élu très largement Président de la République islamique d’Iran soutenu par Khomeiny, Bani Sadr a pris ses fonctions le 4 février 1980 et la guerre Iran-Irak éclata le 22 septembre 1980. Chef des armées, il s’est beaucoup impliqué dans cette guerre (visitant le front, etc.).

_yartiBaniSadrB02

Mais dès le 21 juin 1981, Bani Sadr fut victime d’un coup d’État des religieux en Iran. En effet deux raisons principales ont pu expliquer cela : d’une part, Bani Sadr était considéré comme compromis en ayant négocié la libération des otages en avril 1980 avec les proches de Ronald Reagan qui n’était pas encore élu Président des États-Unis (ces Américains avaient proposé de retarder la libération des otages en échange de la fourniture d’armes pour aider l’Iran dans sa guerre contre l’Irak) et d’autre part, l’hypothèse d’une victoire sur l’Irak l’aurait rendu très populaire. Bani Sadr voulait terminer rapidement la guerre Iran-Irak et ne voulait pas faire de contre-offensive comme le souhaitait Khomeiny, désireux d’exporter la révolution iranienne jusqu’en Irak, si bien que cette guerre s’est terminée le 20 août 1988 avec un bilan très lourd pour le peuple iranien, 1 million de morts.

Une troisième raison pourrait être évoquée, la rivalité avec l’ayatollah Mohammad Beheshti, Président du Conseil de la révolution islamique, secrétaire général du parti de la république islamique (et chef du système judiciaire à partir du 23 février 1980), qui aurait voulu se présenter à l’élection présidentielle de 1980 (il a été tué au cours d’un attentat au siège de son parti le 28 juin 1981, peu après la destitution de Bani Sadr). Mohammed Beheshti a succédé à l’ayatollah Mahmoud Taleghani, théologien modéré qui était opposé à l’imposition du voile islamique pour les femmes, à la mort (mystérieuse) de ce dernier (assassiné selon des déclarations non prouvées de ses enfants), comme Président du Conseil de la révolution islamique du 9 septembre 1979 au 7 février 1980, et Bani Sadr lui a ensuite succédé jusqu’à la dissolution de cette institution le 11 août 1980.

L’idée des religieux était que le pouvoir n’était pas dans la fonction de Président de la République mais dans la fonction de Guide suprême, occupée par Rouhollah Khomeiny. D’ailleurs, à la mort de celui-ci, ce fut l’ayatollah Ali Khamanei qui lui succéda (et qui est toujours à ce poste depuis le 4 juin 1989), après avoir été Président de la République islamique du 13 octobre 1981 au 3 août 1989.

J’ai déjà évoqué les principes constitutionnels de l’Iran des mollahs. Ce qu’on pourrait dire, pour simplifier, c’est que cette théocratie, d’une certaine manière, n’est pas très éloignée des anciennes dictatures communistes (ou actuelles, comme en Chine), où la personne qui a le véritable pouvoir, ici en Iran est le Guide suprême, et dans les dictatures communistes, est le chef du parti communiste local. La Chine a modernisé et résolu cette distinction État/PCC (parti communiste chinois) en faisant du chef du parti également le chef de l’État, ce qui évite les "doublons" et les rivalités.

Il est possible qu’à la mort d’Ali Khamenei, son successeur soit le Président de la République actuel (Ebrahim Raïssi, depuis le 3 août 2021) qui est aussi un religieux et cumule les deux fonctions à l’avenir. C’était une évolution que n’aurait sans doute pas voulu Khomeiny puisqu’en 1979, il avait découragé les ayatollahs Mohammad Beheshti, Ali Rafsandjani et Ali Khamenei à se présenter à l’élection présidentielle car il préférait que des non-religieux occupassent cette fonction de Président de la République. Néanmoins, les deux derniers cités furent Présidents de la République, et le dernier pendant le "règne" de Khomeiny.

La destitution de Bani Sadr a marqué un coup d’arrêt à toutes les idées révolutionnaires utopiques et a montré la réalité d’une dictature islamique. La question de la compatibilité entre la démocratie et l’islam s’est donc posée au début de la révolution iranienne, mais elle se pose dans tous les pays musulmans, en particulier en Tunisie (dont le Président vient de s’arroger tous les pouvoirs), pourtant seule et fragile démocratie sincère depuis de Ben Ali. L’Égypte et la Turquie ont également cette problématique qui se limite souvent par le choix entre l’armée et l’islam. Peut-être d’ailleurs que la seule expérience encourageante de démocratie sur une terre d’islam se situe en Indonésie même s’il y a beaucoup à redire sur ce pays.

Redevenu ennemi du pouvoir iranien, Bani Sadr s’est exilé à nouveau en France le 29 juillet 1981 (en fuyant par la Turquie déguisé en femme ; il a habité à Versailles à partir de mai 1984) où il continua à militer pendant une quarantaine d’années avant de s’éteindre. Dans ses travaux surtout intellectuels, il tenta de montrer que le Coran était compatible avec la place des femmes dans la société, avec la démocratie, avec les droits de l’homme, la liberté. Sa famille et ses proches restés en Iran ont été torturés et assassinés par les gardiens de la révolution.

À sa mort le 9 octobre 2021, la plupart des médias iraniens ont évoqué un "ennemi" du peuple iranien, "à l’ombre des services de renseignements français et occidentaux"… et la plupart des Iraniens ne le connaissaient pas car ils sont trop jeunes pour se rappeler ou savoir qu’il avait été l’une des figures les plus importantes de la révolution iranienne en 1980.

C’est assez désolant de voir à quel point la mort de Bani Sadr est passée sous les radars des médias français qui, certes, ont signalé sa disparition mais sans s’y appesantir alors que la France était parmi les nations les plus impliquées par la révolution iranienne, ne serait-ce que parce qu’elle a été la base arrière et préparatoire de cette théocratie cruelle.

On peine en effet à imaginer que l’ayatollah Khomeiny se déplaçait librement dans les rues d’une banlieue parisienne tout en préparant ce qui allait devenir un État voyou ou terroriste, capable des pires intransigeances islamistes. L’honneur de la France a été d’être restée fidèle à Bani Sadr et de l’avoir accueilli et aidé pour fédérer l’opposition iranienne.

Rappelons aussi que Bani Sadr a beaucoup travaillé pour dénoncer le gouvernement iranien dans l’assassinat le 6 août 1991 à Suresnes d’un autre exilé en France de l’Iran des ayatollahs, Chapour Bakhtiar, le dernier Premier Ministre du Shah juste avant la révolution (l’un des assassins Ali Vakili Rad, condamné par la justice française à la réclusion à perpétuité le 6 décembre 1994, fut libéré le 18 mai 2010 en échange de la libération de l’étudiante française Clotilde Reiss prise en otage).

_yartiBaniSadrB04

Pour expliquer cette faible médiatisation de la disparition de Bani Sadr (inversement proportionnelle à celle de Bernard Tapie), un lecteur du "Figaro" en a eu une petite idée qu’il a exprimée en commentaire sur Internet, que je livre ici (en corrigeant éventuellement quelques fautes) : « Pour comprendre qui était Bani Sadr, il fallait avoir au moins l’âge de raison en 1980 et pour les autres, s’être intéressé à l’histoire récente de l’Iran, à l’histoire en général, à la politique et ouvrir autre chose que son compte Facebook ou le journal paroissial ou encore celui de la CGT… Les commentaires [sur le site du "Figaro"] sont édifiants et ne démontrent qu’une chose… que la politique n’est plus un sujet important depuis les générations 1990, où plus grand monde ne regarde les informations, on ne parle pas non plus politique chez les jeunes ! La faute aux réseaux sociaux, aux médias, aux politiques, à l’école ou au café du coin remplacé par le McDo… C’est un sujet qui ne passionne pas les médias, apparemment ! ».

Bani Sadr avait l’amour de la France en bandoulière et par cet amour, par sa culture, par son action, par ses combats, il faisait rayonner la France. Il serait triste d’observer que les Français l’aient complètement oublié. Son long exil rappelle que la France a toujours accueilli les combattants de la démocratie et de la liberté, et que cet accueil fait partie intégrante de l’identité de la France, celle des Lumières, de ses valeurs universelles, et c’est l’honneur de ses propres combats.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L'Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
Gérard Araud.
Stanislas de Laboulaye.
Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

_yartiBaniSadrB03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211009-bani-sadr.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/revolution-du-reve-republicain-a-l-236425

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/10/39171693.html





 

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2021 4 23 /09 /septembre /2021 03:07

« Les choses passées ont leurs spectres comme les hommes décédés ; c’est que la nuit évoque le fantôme des mondes transformés aussi bien que les ombres humaines. » (Paul Féval, 1850).



_yartiBouteflikaB03

L’ancien Président de la République algérienne Abdelaziz Bouteflika est mort le 17 septembre 2021 à l’âge de 84 ans (né le 2 mars 1937). Homme historique du FLN, il fut l’insubmersible Ministre des Affaires étrangères du 4 septembre 1963 au 8 mars 1979, sous Ben Bella puis Boumédiène (dont il a aidé le coup d’État), puis, après une période d’exil entre 1981 à 1987 à cause d’affaires financières, il est devenu l’homme de la situation pour en finir avec la guerre civile entre FLN et islamistes du FIS.

Comme plus tard l’Égypte au début des années 2010, l’Algérie a fait l’expérience de la démocratie sincère au début des années 1990. Le problème, pour ces deux pays (et d’autres), c’était que les urnes menaient inéluctablement à un pouvoir islamiste. Quel était alors le moindre des maux : armée ou islam ? La Turquie, elle aussi, a passé des décennies avec ce paradigme, résolvant le problème par quelques putschs militaires en cas de montée islamiste trop forte (c’est très différent de la Turquie d’Erdogan qui a purgé tous les services de l’État, en particulier l’armée et les enseignants).

Parce qu’il avait de l’expérience et de l’habileté politique, Abdelaziz Bouteflika a été élu Président de la République le 15 avril 1999 avec 73,5% des voix, réélu le 8 avril 2004 avec 85,0% des voix, le 9 avril 2009 avec 90,2% des voix et le 17 avril 2014 avec 80,5%. Il s’est fait élire sans grande concurrence (la plupart des autres candidats ayant refusé de poursuivre l’exercice) sur un thème important, celui de la réconciliation qu’il a fini par réaliser, ratifiée par le référendum du 29 septembre 2005 (97,4% de oui avec 79,8% de participation) qui a approuvé la charte pour la paix et la réconciliation nationale, principalement pour amnistier les combattants de la guerre civile (sauf en cas de viols ou de massacres).

Tous ces résultats électoraux (score et participation) sont ceux officiellement communiqués par l’État mais restent souvent sujets à caution. Peut-être les historiens sauront y trouver un jour la juste part de sincérité et de fraude. Toujours est-il que dans les faits, Abdelaziz Bouteflika est resté le plus longtemps en fonction à la tête de l’Algérie, du 27 avril 1999 au 2 avril 2019, presque vingt ans, fonction qu’il a cumulée avec celle de Ministre de la Défense. Et encore, si on l’avait écouté, il aurait demandé et sans doute obtenu un cinquième mandat de cinq ans lors de l’élection présidentielle prévue en avril 2019 qui a été finalement reportée au 12 décembre 2019 où l’un de ses anciens Premiers Ministres a été élu, Abdelmadjid Tebboune (Abdelkader Bensalah qui a assuré de manière controversée l'intérim présidentiel du 9 avril 2019 au 19 décembre 2019 en tant que Président du Conseil de la Nation, équivalent du Sénat, est mort ce mercredi 22 septembre 2021 des suites de sa maladie).

Certes, Bouteflika pouvait être comparé aux autres autocrates du Maghreb, comme Ben Ali ou Moubarak. Soutenus par la "communauté internationale" (parfois un brin masochiste, c’est le cas notamment de la France) pour se protéger d’une éventuelle arrivée des islamistes au pouvoir (comme en Iran depuis 1979 et maintenant en Afghanistan depuis 2021, même si les situations de ces pays sont très différentes).

Au fil des années de pouvoir (dès 2011), des oppositions et des manifestations ont germé pour réclamer le départ de Bouteflika du pouvoir. Somme toute, hélas, situation assez classique.

_yartiBouteflikaB02

Ce qui était moins ordinaire, c’est que Bouteflika n’était plus qu’un fantôme pendant de nombreuses années à la fin de son mandat, et probablement que dans les livres d’histoire, il va remplacer Tito, Brejnev, Mao ou encore Pompidou comme meilleur exemple de malade qui nous gouverne.

La santé d’Abdelaziz Bouteflika est devenue un sujet majeur d’actualité à partir du 26 novembre 2005 et de ses premières hospitalisations notamment en France (à Paris et à Grenoble), France qui n’est pas rancunière malgré quelques sorties antifrançaises du Président malade. En avril et en mai 2013, il aurait fait deux attaques cérébrales qui l’auraient plongé dans une situation permanente de handicap. En été 2013, il s’est montré en fauteuil roulant et il a été vu en avril 2014 en train de voter.

Son dernier discours public date du 8 mai 2012 à Sétif. De nombreuses rumeurs sur sa mort ou sur ses éventuels maladies ou handicaps ont couru à partir de ce moment. Parmi ses troubles, un qui est particulièrement déroutant lorsqu’on fait de la politique et qu’on dirige un pays, c’est l’incapacité à parler.





Ainsi, tout un système a été mis en place au cours des dernières années de sa Présidence pour permettre à ses visiteurs de le rencontrer : un portrait de lui le remplaçait et le visiteur parlait à ce portrait ! Même Chaplin dans "Le Dictateur" n’aurait jamais osé un tel scénario.

Non seulement la rue réclamait des réformes politiques (et sociales) au début de l’année 2019, profitant de la perspective d’une nouvelle élection présidentielle, mais le clan au pouvoir songeait sérieusement à maintenir Bouteflika officiellement aux commandes. Hospitalisé à Genève pour des motifs graves, Abdelaziz Bouteflika, qui avait annoncé sa candidature le 10 février 2019, n’a pas pu se présenter physiquement devant le Conseil Constitutionnel pour faire enregistrer sa candidature à un cinquième mandat comme il en aurait eu l’intention. Le 11 mars 2019, il a fait savoir qu’il renonçait à un nouveau mandat mais demandait la prolongation du mandat en cours (qui finissait normalement le 27 avril 2019) pour mettre en place des réformes institutionnelles.

Mais l’armée, devenue un peu plus réaliste, a compris qu’il faudrait trouver rapidement un autre Président si le pouvoir voulait éviter de sombrer dans un vaudeville pas très rigolo qui finirait en révolution. Perdant son dernier soutien, après un message aux Algériens le 1er avril 2019 (qui n’était pas un poisson d’avril), Abdelaziz Bouteflika a été contraint de démissionner le 2 avril 2019. Le lendemain, il a présenté ses excuses aux Algériens tout en défendant le bilan de sa très longue Présidence.

Officiellement retiré des affaires depuis deux ans, Abdelaziz Bouteflika est mort dans l’indifférence des Algériens. Son successeur a assisté à ses funérailles le 19 septembre 2021, mais aucun deuil national n’a été décrété au contraire de deux de ses prédécesseurs qui sont morts sous sa Présidence, Ben Bella et Chadli Benjedid.

Assurément, un clan a chassé l’autre en 2019. Il faudra sans doute le travail de minutieux historiens pour savoir à quel point Bouteflika a été la marionnette (notamment de son frère) ou véritablement le dirigeant de son pays. Son départ de ce monde sur la pointe des pieds montre qu’il avait déjà disparu depuis très longtemps des leaders qui comptaient dans les relations internationales. Il aura eu au moins un motif de reconnaissance, celui d’avoir su conclure cette "concorde nationale" qu’aucun avant lui n’avait été capable de réaliser. L’Algérie doit désormais quitter ses vieux démons et regarder l’avenir avec des yeux neufs, ceux de sa jeunesse impatiente…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Abdelaziz Bouteflika.
Bouteflika, le malade imaginé ou le fantôme d’El Mouradia.
Louis Joxe et les Harkis.
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

_yartiBouteflikaB04



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210917-bouteflika.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bouteflika-la-momie-d-el-mouradia-235906

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/20/37094974.html






 

Partager cet article
Repost0
29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 03:07

« Nous avons toujours une ancre qui tient ferme aussi longtemps qu’on ne la brise pas soi-même ; c’est le sentiment du devoir. » (Ivan Tourgueniev, 1856).



_yartiAfghanistanC01

Hélas, en six modestes lettres, mon titre résume la situation actuelle en Afghanistan (c’est par ailleurs une série télévisée canadienne pour enfants). Ceux qui pensent que c’est trop loin pour s’en préoccuper font une erreur de discernement : d’une part, tout ce qui est humain nous concerne tous, nous humains, et en particulier la détresse humaine, sous toutes les formes (et pas seulement celles étalées dans les journaux télévisés, bien évidemment), d’autre part, indépendamment des familles directement touchées par le drame afghan, les Européens, les Américains, bien d’autres citoyens sont indirectement touchés par une éventuelle recrudescence d’attentats sur leurs territoires et plus généralement, par une déstabilisation d’une région du monde qui impactera toujours sur l’ensemble du monde.

Mon propos ici est d’évoquer l’attentat suicide à l’aéroport de Kaboul qui a fait autour d’une centaine de victimes, dont seize soldats américains et une dizaine de soldats britanniques, commis le 26 août 2021 et revendiqué par Daech, ainsi que ses conséquences.

Toujours des scènes d’horreur. Le matin même, des avertissements contre des menaces d’attentat s’étaient fait entendre et l’attentat a eu lieu quelques heures plus tard. Ces avertissements sont toujours d’actualité et la question n’est pas de savoir s’il y aura un autre attentat mais quand il aura lieu.

Pourtant, ces scènes de cauchemar, bien que moins médiatisées, ne sont hélas pas nouvelles. Rien que depuis cinq ans, il y a eu des dizaines d’attentats suicides à Kaboul et des centaines voire des milliers de victimes. Pour n’en citer que quelques-uns, au risque de la nausée arithmétique (et sans être exhaustif) : le 19 avril 2016 (64 victimes), le 20 juin 2016 (23 victimes), le 23 juillet 2016 (au moins 80 victimes), le 21 novembre 2016 (32 victimes), le 10 janvier 2017 (57 victimes), le 8 mars 2017 (49 victimes), le 31 mai 2017 (au moins 150 victimes), le 3 juin 2017 (au moins 7 victimes), le 20 octobre 2017 (56 victimes), le 20 janvier 2018 (40 victimes), le 27 janvier 2018 (au moins 103 victimes), le 15 août 2018 (48 victimes), le 19 juillet 2019 (8 victimes), le 7 août 2019 (14 victimes), le 17 août 2019 (80 victimes), le 6 mars 2020 (70 victimes), le 25 mars 2020 (25 victimes), le 12 mai 2020 (16 victimes), le 24 octobre 2020 (36 victimes), le 2 novembre 2020 (au moins 32  victimes), le 8 mai 2021 (85 victimes), le 14 mai 2021 (12 victimes), le 3 août 2021 (8 victimes)…

Beaucoup de ces attentats à Kaboul ont eu en France une très faible couverture médiatique. Celui du 26 août 2021 a un contexte particulier puisque depuis le 15 août 2021, les Talibans contrôlent Kaboul et l’ensemble de l’Afghanistan en recréant l’Émirat islamique d’Afghanistan, et que ce sont les islamistes de Daech qui ont commis l’attentat afin de tuer non seulement des Américains mais aussi des Talibans et des Afghans.

Ce contexte a aussi été provoqué par le Président américain Donald Trump ; les États-Unis ont conclu un accord avec les Talibans le 29 février 2020 pour un retrait des troupes américaines en quatorze mois. La date du départ des troupes américaines a été repoussée au 31 août 2021, et les Talibans attendent ce départ pour nommer un nouveau gouvernement.

Les soldats américains qui contrôlent l’aéroport de Kaboul ont fermé les possibilités de nouvelles évacuations ce 28 août 2021, afin de pouvoir évacuer leurs propres troupes (environ 5 000) entre le 28 et le 31 août 2021. 5 400 Afghans candidats à l’asile seraient encore à l’aéroport attendant un hypothétique départ vers des terres lointaines qui les mettraient à l’abri de la revanche des Talibans qui souhaitent empêcher au maximum l’hémorragie des cerveaux afghans (car pour la plupart, ces candidats à l’émigration sont instruits et font partie de l’élite intellectuelle). 117 000 personnes ont déjà été évacuées par les troupes américaines dans le pont aérien entre le 17 et le 28 août 2021. De son côté, la France a fait beaucoup moins d’évacuations, seulement 2 834 durant la même période, ce qui paraît assez faible, comparativement à nos autres partenaires.

Réagissant à l’attentat, le Président des États-Unis Joe Biden a même pleuré par compassion aux familles des victimes. L’histoire dira s’il a eu raison de tenir une telle allocution ce 26 août 2021, mais pour l’heure, les réseaux sociaux ne se sont pas privés de contester un Président affaibli et aussi vieilli. Joe Biden, un nouveau Jimmy Carter ?

_yartiAfghanistanC02

Ce qui commence à s’esquisser, c’est que cet attentat du 26 août 2021 à Kaboul, peut-être d’autres dans les prochains jours, est un événement fondateur du mandat de Joe Biden au même titre que les attentats du 9 septembre 2001 l’ont été pour les mandats de George W. Bush Jr. La réaction militaire des États-Unis a été de tuer deux responsables de Daech le surlendemain par drone interposé, ce qui peut paraître insignifiant par rapport au préjudice moral infligé à la puissance américaine. Les Talibans, maintenant responsables de la sécurité de leur pays, sont bien pauvrement dotés pour déjouer les attentats de Daech, ils n’ont pas de service de renseignement digne de ce nom tandis que le gouvernement afghan qu’ils ont renversé avait réussi à déjouer de nombreux attentats islamistes grâce à ses services de renseignement.

Plus intéressant, c’est de considérer que les Talibans ne vont pas être les pires ennemis des Américains (et des Européens) : Daech est la première cible et il y a donc un objectif commun entre Américains et Talibans pour combattre Daech. Est-ce que cette nouvelle posture amènera les Américains à soutenir le futur régime taliban ? Ce serait aller un peu vite et beaucoup de voix rappellent que les Talibans ne sont pas non plus les meilleurs alliés pour des démocraties laïques confirmées.

Tout dépendra de leurs propres intentions, or celles-ci sont plutôt claires : ils veulent pacifier l’Afghanistan et surtout, avoir une reconnaissance internationale. Pour cela, il leur faut nouer des accords diplomatiques. Le 27 août 2021, des diplomates français auraient commencé à discuter avec les Talibans à Doha, ce qui constitue un fait marquant. La France souhaite par ailleurs ne pas fermer son ambassade.

Rappelons d’ailleurs que l’ambassadeur actuel depuis septembre 2018, homme courageux, resté jusqu’au bout pour assurer l’évacuation des ressortissants français et de leurs collaborateurs afghans, n’est autre que David Martinon qui, dans une autre vie, était le très médiatique porte-parole du Président Nicolas Sarkozy qui avait péniblement raté son parachutage municipal à Neuilly-sur-Seine, l’ancien fief du Président, aux élections municipales de mars 2008.

Restons en France et précisons certains éléments de la politique française. Quand le Président Emmanuel Macron, dans son allocution du 16 août 2021, a insisté sur le besoin de fermeté face à des flux migratoires prévisibles en provenance de l’Afghanistan, il a été fustigé par l’opposition de gauche. Mais quand on a détecté cinq Afghans proches de la mouvance islamiste qui auraient été amenés en France avec les autres réfugiés, ce fut l’opposition de droite qui a fustigé Emmanuel Macron pour avoir invité des terroristes potentiels.

Pour le coup, la critique était mal fondée pour ces cinq Afghans puisque justement, les services de renseignement français les avaient identifiés et mis sous surveillance. Le problème, c’est lorsque les possibles futurs terroristes passent sous le radar de la surveillance territoriale. Cela montre aussi que la position du gouvernement français est la bonne.

Elle a été réaffirmée à l’issue du conseil des ministres de rentrée du 25 août 2021 par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, à savoir que la France ne choisirait pas entre son devoir d’humanité et sa sécurité. Cette position médiane fait l’honneur de la France et elle marquera les esprits pour longtemps. Elle n’est pas facile à tenir politiquement (on vient de le voir, toutes les oppositions lui sont tombées dessus), surtout à quelques mois d’une campagne présidentielle qui promet d’être difficile. Mais elle était d’autant plus nécessaire, pour que la France reste la France, que la France présidera l’Union Européenne à partir du 1er janvier 2022.

La France ne doit pas abandonner ses amis afghans, en particulier ceux qui l’ont aidée, qui ont pris des risques personnels, avec leur famille, pour assurer la mission française en Afghanistan pendant cette presque vingtaine d’années. Les abandonner aux Talibans, au sort d’un futur statut de traîtres serait aussi scandaleux que l’abandon de la France des Harkis, ces Algériens qui avaient choisi la France contre les indépendantistes algériens.

Ce devoir d’assistance aux amis de la France a évidemment une conséquence de politique intérieure : c’est qu’il faut les accueillir en France, et cela dans les meilleures conditions possibles. Il faut notamment qu’ils soient acceptés et que cessent ces déclarations particulièrement odieuses de récupérations politiciennes qui visent à surfer sur le climat anti-immigration.

On ne me fera pas croire qu’un pays de plus de 67 millions d’habitants serait incapable d’accueillir dans le calme 2 834 réfugiés afghans (soit 30 par département !). Si c’était le cas, si ceux qui critiquent pensent que c’est le cas, alors ils ont une bien piètre idée de leur pays qu’ils n’aiment visiblement pas et qu’ils n’admirent pas, ils sont anti-patriotiques, du reste comme d’habitude, sous fausse étiquette de patriotes, ils n’aiment pas leur patrie (j’avais cru qu’un patriote aimait sa patrie et la défendait coûte que coûte, malgré l’adversité).

Il s'agit bien sûr de rester prudent et vigilant mais les terroristes potentiels n'ont jamais attendu une crise internationale pour vouloir déstabiliser des pays qu'ils considèrent ennemis. Du reste, beaucoup d'auteurs d'attentats terroristes en France étaient des citoyens français, parfois bien intégrés dans la vie sociale, et l'arrêt de l'immigration n'arrêterait donc pas nécessairement les attentats. La situation est plus complexe qu'un simple manichéisme idéologique sur l'immigration, utilisé abusivement depuis quarante-trois ans en France par des partis extrémistes d'obédiences diverses et variées, avec des arrière-pensées électoralistes finalement peu efficaces.

La prise de Kaboul est un choc pour la coalition alliée qui était présente en Afghanistan depuis presque vingt ans. Son objectif n’était pas de gérer le pays à la place de ses habitants. Son objectif était de stabiliser le pays. La coalition n’y est pas arrivée. On peut pleurnicher, on peut fustiger, mais fustiger qui ? Les Américains depuis Bush ? Les Français depuis Jacques Chirac ? Leurs autres alliés ? Cela n’a pas d’utilité. C’est vrai que lorsque Joe Biden a déclaré que les soldats américains assassinés à Kaboul le 26 août 2021 étaient morts pour la liberté, j’avais un petit pincement au cœur car on pouvait le concevoir il y a deux ans, c’est plus difficile aujourd’hui alors que les Talibans son (re)devenus maîtres de l’Afghanistan. Même pincement au cœur sur le sens à donner de la mort des 90 soldats français en Afghanistan.

L’utilité, c’est de se tourner vers l’avenir. Cet avenir n’était pas en faveur du maintien de forces étrangères. Cela n’avait pas de sens. Chaque pays doit être capable de s’assumer seul. Probablement que l’armée du pouvoir légal, de l’ancien Président Ashraf Ghani (qui a fui son pays) était trop peu formée et n’a pas su résister à l’avance (rapide) des Talibans sans aide de la coalition, mais aujourd’hui, il s’ouvre une fenêtre d’opportunité. La fenêtre est très petite et très peu ouverte, mais elle est ouverte. Cela ne durera pas longtemps. C’est d’avoir l’audace de la naïveté, celle d’amener les Talibans à devenir responsables et à respecter certaines valeurs que nous considérons comme universelles.

Il ne faut pas faire avec l’Afghanistan ce qu’on fait avec l’Iran depuis 1979, pays considéré comme irrémédiablement ennemi, un pays qui se tournerait vers d’autres puissances, en particulier la Russie, la Turquie, l’Iran, la Chine, le Pakistan et l’Inde. Pour le moment, la Chine a reconnu le nouveau régime taliban, la Russie attend de voir, le Canada aussi, la France a pris des premiers contacts, tandis que les États-Unis assurent ne pas vouloir le reconnaître et le Royaume-Uni encourage ses alliés à ne pas le reconnaître. La situation se figera dans quelques semaines. À chaque puissance de prendre la bonne décision. Le sens de l’histoire, c’est d’aller au-delà de ses propres ressentiments.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Kaboum.
Emmanuel Macron sur les Talibans à Kaboul.
Les Talibans à Kaboul en 2021.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 16 août 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Les soldats français morts en Afghanistan.
Chasseur alpin en Afghanistan.
L’invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique.
Jacques Hamel, martyr de la République.
Fête nationale : cinq ans plus tard…

_yartiAfghanistanC03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210826-afghanistan.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/kaboum-235370

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/08/28/39112177.html












 

Partager cet article
Repost0
17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 03:57

« L’Afghanistan ne doit pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu’il a été. C’est un enjeu pour la paix, la stabilité internationale, contre un ennemi commun : le terrorisme et ceux qui le soutiennent ; à cet égard, nous ferons également tout pour que la Russie, les États-Unis et l’Europe puissent efficacement coopérer, car nos intérêts sont bien les mêmes. » (Emmanuel Macron, le 16 août 2021).



_yartiTaliban01

Ce dimanche 15 août 2021 fait partie de ces tristes journées de l’histoire du monde. Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, n’a résisté que quelques heures à l’entrée des Talibans dans la ville. Ils contrôlent désormais tout le pays, de manière très prévisible.

Le départ des troupes américaines après celui des troupes notamment françaises ne laissait guère de doute sur l’évolution du pays. Le problème est réel : fallait-il rester pour porter une supposée démocratie de manière très artificielle ou laisser la nature faire et les Afghans se retrouver avec un retour inéluctable des Talibans, une sorte de retour à la case départ, à celle de 2001 ?

Il y a malheureusement peu de doute sur la suite des événements et la transformation de la société afghane. Le pessimisme paraît de mise même si ces vingt dernières années n’avaient pas de quoi être glorieuses. Ces prochaines semaines, il y aura forcément des horreurs, car on ne maîtrise jamais une armée d’occupation de cet ordre-là. Ce sont toujours les extrémistes qui ont le dessus.

L’urgence est d’ordre humanitaire. Il y a l’évacuation des ressortissants étrangers, en particulier français, l’ambassade de France est occupé et les Français sont repliés à l’aéroport international, mais l’aéroport lui-même, en principe encore sous contrôle américain, a été envahi par la foule. Il y a cependant peu de raisons de ne pas laisser repartir les étrangers, sauf à vouloir refaire le coup de la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran en 1979.

Le plus préoccupant reste cependant les Afghans qui ont coopéré avec notamment l’armée française et la France doit leur garantir, à eux et à leur famille, la sécurité la plus forte. En nous aidant, ils se sont engagés et ont pris des risques et c’est de notre devoir de les protéger. Il semblerait que ces derniers jours, certains d’entre eux ont eu beaucoup de problème pour obtenir un visa français.

Toujours est-il qu’ils peuvent être comparés à des harkis afghans, et il est indispensable de les défendre. Pour autant, des voix particulièrement odieuses commencent à se faire entendre pour entretenir la tendance anti-immigration dans un but purement électoraliste. Autant dire les choses : c’est dégueulasse. Il s’agit de la vie de ces amis de la France dont nous avons profité et il faut les protéger des Talibans.

L’autre sujet français est plus moral qu’humanitaire : la France a perdu 90 soldats depuis qu’elle est engagée en Afghanistan en 2001 (l’armée s’est retirée en 2014). La question qu’un citoyen français pourrait légitimement se poser est : ces vies ont-elles servi à quelque chose ? Car si nous sommes intervenus en Afghanistan, c’était pour stopper la contagion terroriste et terrasser une base arrière du terrorisme islamique.

Ces questions brûlantes, que peut-être les Français en vacances pourraient appréhender d’un œil distrait, ont fait que le Président de la République Emmanuel Macron s’est senti obligé de prononcer une allocution télévisée sur un ton grave adapté à la situation (allocution qu’on peut lire ou réécouter ici).

_yartiTaliban02

On pourra toujours dire qu’Emmanuel Macron fait sa campagne électorale. Ce qui est un peu ridicule car je ne pense pas que son allocution ait eu une forte audience en plein mois d’août. En revanche, il fait son travail de Président de la République, chef de la Nation et chef des armées, ce que son prédécesseur manquait généralement de faire : exprimer la position de la France, esquisser des perspectives.

Certes, Emmanuel Macron n’est pas Superman et n’a rien dit de particulièrement surprenant. Il a néanmoins parlé de ces sujets importants.

D’une part, sur la protection des Français et de ceux qui les ont aidés : « L’urgence absolue est de mettre en sécurité nos compatriotes, qui doivent tous quitter le pays, ainsi que les Afghans qui ont travaillé pour la France. ». Il a précisé que « la situation [sur le site historique de l’ambassade] demeure préoccupante ». Il a indiqué également que la France protège actuellement le délégué de l’Union Européenne et ceux des Afghans qui ont travaillé avec la représentation européenne. 800 des Afghans qui ont aidé la France sont déjà placés sous la protection française hors d’Afghanistan mais des dizaines d’autres attendent encore de quitter l’Afghanistan.

La France veut aussi aider ceux qui se sont engagés contre les Talibans : « De nombreux Afghans, défenseurs des droits, artistes, journalistes, militants, sont aujourd’hui menacés en raison de leur engagement. Nous les aiderons parce que c’est l’honneur de la France d’être aux côtés de celles et ceux qui partagent nos valeurs, autant que nous pourrons le faire et en tenant compte de la nécessaire adaptation de notre dispositif. ».

Il faut évidemment lire entre les lignes et la fin de la phrase que je viens de citer pourrait laisser entendre que moralement, nous soutenons ces personnes engagées, mais concrètement, cela dépendra un peu de nos possibilités.

Ce qui ne manquera pas d’arriver, c’est qu’on puisse reprocher à Emmanuel Macron un afflux de nouveaux arrivants pour la France. Or accueillir quelques milliers de réfugiés afghans pour un grand pays comme la France qui compte 68 millions d’habitants ne devrait pas poser de problème, sinon mental et électoral. C’est vraiment avoir une bien mauvaise idée de la France de croire que nous ne pouvons pas les accueillir dans des conditions dignes.

Toutefois, Emmanuel Macron, n’oubliant pas d’être habile politiquement et anticipant ainsi les futures critiques, a aussi insisté pour éviter de nouveaux flux migratoires irréguliers : « Nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent, et nourriraient les trafics de toute nature. ».

D’autre part, sur le rappel des soldats français morts en Afghanistan : « En Afghanistan, notre combat était juste et c’est l’honneur de la France de s’y être engagé. La France n’y a jamais eu qu’un ennemi : le terrorisme. Nos interventions militaires n’ont pas vocation en effet à se substituer à la souveraineté des peules, ni à imposer la démocratie de l’extérieur, mais à défendre la stabilité internationale et notre sécurité. Partout, la mise en place de processus politiques crédibles est notre priorité. C’est ce principe fondamental de notre politique étrangère que nous avons appliqué en Afghanistan et que nous continuerons de mettre en œuvre. (…) Nous n’oublierons pas nos soldats. Nous n’oublierons pas nos morts. 90 au total. ».

En outre, le Président Emmanuel Macron a tenté d’esquisser des perspectives. En premier, avec une action au Conseil de Sécurité des Nations Unies, au sein duquel Emmanuel Macron espère une coopération entre la Russie, les États-Unis et l’Europe (notamment la France et le Royaume-Uni, tous les deux membres permanents). Il n’a rien dit à propos de la Chine.

L’autres perspective, déjà évoquée plus haut, c’est d’éviter une nouvelle crise migratoire. Emmanuel Macron souhaite alors faire fonctionner le couple franco-allemand : « Nous porterons (…) une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste, coordonnée et unie qui passera par la lutte contre les flux irréguliers, la solidarité dans l’effort, l’harmonisation des critères de protection, et la mise en place de coopérations avec les pays de transit et d’accueil comme le Pakistan, la Turquie ou l’Iran. ». Sur la forme, prenons note d’un nouvel adjectif en vogue dans le langage diplomatique, "robuste", à la définition élargie pour pérenne, durable.

Concrètement, à part deux avions militaires français prêts à rapatrier des ressortissants français (et des amis afghans qui les ont aidés), Emmanuel Macron n’a pas précisé ni le projet de résolution à l’ONU, ni la nature de l’initiative pour contrôler le flux migratoire. Il est encore trop tôt et il faut amorcer la concertation internationale.

En prenant ainsi la parole devant les Français, Emmanuel Macron n’a fait que son devoir de Président de la République. Il n’aurait rien dit qu’on le lui aurait reproché. Il a été même plus rapide que son homologue américain, Joe Biden, qui semble particulièrement mal à l’aise dans cette nouvelle situation et qui (à cette heure) ne s’est toujours pas exprimé publiquement sur l’occupation talibane de l’Afghanistan.

Ni les Russes, ni les Américains n’ont réussi à stabiliser l’Afghanistan. Peut-être est-ce le rôle de l’Europe de devenir enfin un géant diplomatique ?...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron sur les Talibans à Kaboul.
Les Talibans à Kaboul en 2021.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 16 août 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Les soldats français morts en Afghanistan.
Chasseur alpin en Afghanistan.
L’invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique.
Jacques Hamel, martyr de la République.
Fête nationale : cinq ans plus tard…

_yartiTaliban03





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210816-afghanistan-taliban.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-talibans-a-kaboul-emmanuel-235155

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/08/16/39097139.html













 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF : Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).