Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 05:35

« Jeune officier plein d'allant et d'énergie, conservant dans toutes les situations le calme le plus parfait. (…) Représente le type parfait de l'officier marocain baroudeur, jusqu'à la témérité. » (Citation à l'ordre du corps d'armée du 6 juillet 1944). « Commandant d'unité qui ne cesse de se surpasser au cours de divers engagements avec les rebelles. » (Citation à l'ordre de l'armée du 7 novembre 1949).




_yartiOufkirMohamed01

Il y a cinquante ans, le 16 août 1972, le corps du général Mohamed Oufkir, 52 ans (il est né le 14 mai 1920), a été retrouvé dans l'enceinte du Palais royal de Skhirat, au bord de l'océan, entre Rabat et Casablanca, au Maroc. Officiellement, il se serait suicidé mais cela aurait été un "suicide à la Robert Boulin", avec trois balles dans le dos et une balle dans la nuque.

À la suite de ce qui pourrait raisonnablement s'appeler un assassinat (ou une "exécution", si l'on considère que l'État a son droit de vie et de mort), sa famille a passé à partir du 23 décembre 1972 une vingtaine d'années dans les prisons du roi du Maroc, Hassan II, en particulier sa veuve Fatéma, sa fille Malika et son fils Raouf (il a eu six enfants), chacun a eu l'occasion d'écrire des livres témoignages sur le sujet.

Il est vrai qu'il devait y avoir peu de monde à regretter la mort du général Mohamed Oufkir car pour beaucoup, il était synonyme d'assassin et de tortionnaire, malgré une bonne réputation au début de sa carrière militaire. Originaire, au Maroc, d'une région frontalière à l'Algérie (berbère), il s'est en effet engagé à 21 ans dans l'armée française pour combattre les nazis et a participé à la campagne d'Italie sous le commandement du général Alphonse Juin. Son père avait été nommé pacha (gouverneur) vers 1912 par le maréchal Hubert Lyautey, premier résident général au Maroc.

Après la guerre, Mohamed Oufkir a continué dans l'armée française en Indochine entre 1947 et 1949, en terminant au grade de capitaine, ce qui lui a valu, au total, d'être nommé officier de la Légion d'honneur à titre militaire, la croix de guerre, etc. et d'avoir huit citations.

En 1950, il a quitté l'engagement opérationnel en devenant spécialiste du renseignement comme aide de camp du général Raymond Duval, commandant supérieur des troupes en Tunisie et au Maroc. Membre du cabinet militaire du résident général Pierre Boyer de Latour en 1955 (Alphonse Juin avait été aussi résident général au Maroc de mai 1947 à juillet 1951), Mohamed Oufkir a participé aux négociations pour le départ du sultan Sidi Mohammed Ben Arafa et le retour du sultan Mohammed Ben Youssef.


_yartiOufkirMohamed02

En 1955, Mohamed Oufkir, encore officier français, fut affecté auprès du sultan à la demande de ce dernier peu avant l'indépendance du Maroc. Considéré comme une personnalité politique du Maroc indépendant, il a alors commencé une brillante carrière dans la sécurité et le renseignement au Maroc, prenant une influence de plus en plus déterminante.

Après son retour triomphal le 16 novembre 1955, le sultan Mohammed Ben Youssef est devenu roi du Maroc le 14 août 1957 sous le nom de Mohammed V. Entre-temps, le Maroc était devenu complètement indépendant le 2 mars 1956 (accord avec la France) et le 7 avril 1956 (accord avec l'Espagne). Devenu lieutenant-colonel, Mohamed Oufkir avait un objectif clair : créer les Forces armées royales et réduire l'influence de l'Armée de libération nationale marocaine et de l'Istiqlal. Il a pris part à la répression contre le soulèvement du Rif entre novembre 1958 et janvier 1959. Il fut alors nommé directeur de la Sûreté en mai 1960.

En février 1961, Hassan II a succédé à son père Mohammed V après la mort de ce dernier au cours d'une opération chirurgicale. Proche conseiller de Hassan II, le colonel (nommé en 1962) Oufkir a supervisé la répression contre l'Union nationale des forces populaires (UNFP), un parti d'opposition situé à gauche, en arrêtant une centaine de cadres lors d'une réunion de son comité central le 16 juillet 1963. Un de ses responsables, Mehdi Ben Barka, était absent, au Caire. Mohamed Oufkir a alors acquis une réputation de tortionnaire sur les personnes qui avaient été arrêtées.

Finalement, sous la pression internationale, le 14 mars 1964, le tribunal criminel de Rabat a condamné à mort seulement 11 personnes, dont 8 par contumace, dont Mehdi Ben Barka. Les 3 condamnations à mort furent commuées le 11 août 1964 en détention perpétuelle avant d'être annulées après la révolte étudiante réprimée dans le sang le 23 mars 1965. On a raconté que le nouveau général Oufkir, devenu Ministre de l'Intérieur en 1964, tirait à la mitraillette sur les contestataires depuis un hélicoptère.

Quelques mois plus tard, le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka qui, au-delà de son rôle d'opposant politique au Maroc, était l'un des principaux leaders du mouvement tiers-mondiste, a été enlevé en plein centre de Paris alors qu'il se rendait à la brasserie Lipp (boulevard Saint-Germain) pour un rendez-vous. Il a été emmené de force dans une Peugeot 403 banalisée. Medhi Ben Barka n'est jamais réapparu. L'alerte fut rapidement donnée dès le lendemain, par Jean Lacouture, Gisèle Halimi, Edgar Faure qui a informé Roger Frey (le Ministre de l'Intérieur en France).


L'affaire de l'enlèvement de Mehdi Ben Barka a fait beaucoup couler d'encre en France, devenue un scandale politique qui a conduit à une forte tension dans les relations diplomatiques entre la France et le Maroc. En juillet 1967, la justice française a finalement condamné Mohamed Oufkir par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat de Mehdi Ben Barka (le 29 octobre 1965, il aurait été présent à Paris et plusieurs prévenus ont cité son nom).

À partir de cette condamnation, Hassan II s'est éloigné de son ministre encombrant. Le général Oufkir a réussi néanmoins à retrouver la confiance du roi en déjouant un complot auquel il aurait lui-même participé. Effectivement, le 10 juillet 1971 a eu lieu un putsch militaire contre Hassan II et son régime, dans son palais à Skhirat, où le roi recevait pour ses 42 ans. Les combats furent rudes (une centaine de morts dont un ancien Premier Ministre marocain, un ministre marocain et huit Français), et Hassan II sauva sa vie en se cachant dans son dressing. Mohamed Oufkir, qui faisait partie des conspirateurs, retourna sa veste et sauva le roi en se retournant contre les putschistes. Parmi eux, dix officiers généraux furent condamnés à mort et exécutés. Oufkir fut nommé Ministre de la Défense et commandant en chef des Forces armées royales.

Le second putsch militaire contre Hassan II lui a été fatal. Mohamed Oufkir, aidé du commandant adjoint de l'aviation militaire Mohamed Amekrane et du commandant de la troisième base aérienne de Kénitra Louafi Kouera, a ordonné le 16 août 1972 à plusieurs pilotes de chasse marocains d'abattre le Boeing royal ramenant Hassan II de la France au Maroc. Après des séquences rocambolesques, Hassan II échappa à ses conspirateurs, Louafi Kouera, l'un des pilotes de chasse, qui fut arrêté (puis condamné à mort), accusa Mohamed Oufkir, retrouvé "suicidé", d'être au centre de ce complot et Mohamed Amekrane, qui a réussi à s'enfuir à Gibraltar, fut extradé par le Royaume-Uni, puis jugé, condamné et exécuté par la justice marocaine.

Après ces deux tentatives de putsch, Hassan II est devenu son propre Ministre de la Défense et commandant en chef de ses armées. Les 58 putschistes des deux putschs qui furent condamnés à la détention ont été transférés au bagne de Tazmamart avec des conditions de vie très difficiles. Seulement 28 en ont survécu lorsqu'ils furent libérés en 1991 après la fermeture du bagne sous la pression internationale.

Mohamed Oufkir restera dans l'histoire un homme de pouvoir qui, sans doute, ne pouvait se contenter d'être un homme d'influence. Cruel selon des témoignages, il a eu une fin qui restera aussi mystérieuse que celle de Ben Barka, probablement l'une de ses nombreuses victimes. Hassan II a eu ce lourd passif, ces "années de plomb", lorsqu'il a repris le déroulement normal des relations diplomatiques avec la France sous François Mitterrand, tandis que le journaliste français Gilles Perrault, auteur notamment de "Le Pull-over rouge" en 1978 (éd. Ramsay), a sorti son livre choc "Notre ami le roi" en 1990 (éd. Gallimard).


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (14 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mohamed Oufkir.
Le Printemps marocain ?
Les millions de DSK et le Brexit…

_yartiOufkirMohamed03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220816-mohamed-oufkir.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-trouble-fin-du-general-mohamed-243181

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/30/39576702.html






 

 

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2022 2 05 /07 /juillet /2022 20:38

« Qu’importe après tout que les mots manquent ou trébuchent, s’ils parviennent, fugitivement du moins, à ramener parmi nous l’Algérie exilée et la mettre, avec ses plaies, à un ordre du jour dont enfin nous n’ayons pas honte. » (Albert Camus).





_yartiOran01

Albert Camus était très lié à l’Algérie (c’est un euphémisme) mais il n’a pas eu le temps de connaître la fin de la guerre d’Algérie. Il y a soixante ans, le 5 juillet 1962, l’Algérie est devenue indépendante de la République française. Cette date est la conséquence des Accords d’Évian du 18 mars 1962. A priori, le cessez-le-feu devait être appliqué à partir du 19 mars 1962 et la paix devait régner, mais l’année 1962, après ces accords, fut au contraire marquée par de nombreux massacres entre Algériens et Européens, commis par différents "partis".

Lors de la réception des représentants des rapatriés d’Algérie au Palais de l’Élysée le 26 janvier 2022 à Paris, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un discours très important où il a rappelé quelques mauvais souvenirs : « J’ai souhaité (…) que vos voix puissent être rassemblées pour transmettre cette mémoire, pour dire l’attachement de la France aux rapatriés, à leurs familles. Et pour continuer de cheminer sur la voie de l’apaisement des mémoires blessées de la guerre d’Algérie, vous savez mon engagement su ce sujet. (…) À cette terre évanouie de vos parents ou de votre enfance, vous devez vos leçons de bonheur. Et votre arrachement, je le sais, à cette terre, fut une peine inconsolable.  (…) L’histoire des rapatriés d’Algérie est l’histoire d’un amour charnel pour cette terre, d’effort, de labeur pour la faire fructifier. Puis l’histoire d’un exode et d’un exil, l’exode contraint et subi de Français nés dans cette France de l’autre côté de la Méditerranée et pris dans la tourmente de la guerre, puis l’exil déraciné au sein de leur propre patrie. ».

Et Emmanuel Macron d’évoquer le souvenir de deux massacres.

Le massacre de la rue d’Isly à Alger le 26 mars 1962 où l’armée française a tiré sur une foule de manifestants, « attisée par l’OAS » pour exprimer son attachement à l’Algérie française : « Ce jour-là, les soldats français déployés à contre-emploi, mal commandés, moralement atteints, ont tiré sur des Français. Il est plus que temps de le dire. Ce qui devait être une opération de maintien de l’ordre s’acheva par un massacre, un massacre dont aucune liste définitive des victimes ne fut établie, qui fit des dizaines de tués et des centaines de blessés. Les familles ne purent pas enterrer dignement leurs morts. Les obsèques religieuses furent interdites. Les corps convoyés directement au cimetière par camions militaires au jour et à l’heure choisis par les autorités. Le choc fut immense pour les citoyens qui se pensaient auparavant protégés par l’armée française et qui voyaient se retourner contre eux le glaive qui devait les défendre. (…) En métropole, le drame fut passé sous silence. Soixante ans après, la France reconnaît cette tragédie. Et je le dis aujourd’hui haut et fort : ce massacre du 26 mars 1962 est impardonnable pour la République. ».

_yartiOran03

Puis, après avoir parlé de « ce cycle infernal d’attaques, de vengeance, [qui] faucha sa moisson de morts, des Français, mais aussi des Algériens et des Algériens musulmans », il a évoqué un autre massacre. Car le soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie est aussi celui d’un massacre, celui commis dans les rues d’Oran ce 5 juillet 1962 : « Ce massacre, lui aussi, doit être regardé en face et reconnu. La vérité doit être de mise et l’histoire transmise. Il nous faut aussi raconter ces mois d’adieux, de déchirures où des Français d’origine métropolitaine, européenne, où des populations installées depuis des siècles, comme certains Juifs d’Algérie, furent poussés à cette extrémité insupportable, la valise plutôt que le cercueil. Leur fuite devient un exode brutal, massif, désordonné (…). On quitte sa maison, son appartement ; sans même savoir si l’on a fermé la porte, on se rue vers les navires ou l’aéroport pour se frayer un chemin de survie pour soi, pour sa famille, pour ses proches. ».

À Oran, ce 5 juillet 1962, une foule d’Algériens a manifesté leur joie (comme depuis quatre jours) pour l’indépendance reconnue de leur pays après les atrocités d’une guerre civile. L’ambiance y était détendue et apaisée d’autant plus que les éléments armés de l’OAS s’étaient retirés. L’armée algérienne dirigée par le capitaine Bakhti n’est composée que de quelques centaines d’hommes, tandis que l’armée française dirigée par le général Joseph Katz était présente, composée de 18 000 hommes. Soudain, peu avant midi sur la Place d’Armes, des tirs furent entendus et des Européens furent lynchés. D’autres furent arrêtés et furent tués ou ont disparu.

L’article apparemment bien référencé de Wikipédia parle ainsi des scènes d’horreur : « Les hommes armés se ruent sur les immeubles, enfoncent les portes des appartements, ouvrent le feu dans les restaurants, arrêtent, enlèvent, égorgent, au hasard des rencontres. Des rafales de mitraillette balaient les terrasses des cafés, les porches, les voitures. Sur les atrocités commisses, de nombreux témoignages se recoupent : exécutions sommaires d’Européens et d’Algériens soupçonnés de leur avoir été favorables, scènes de lynchage (…), actes de torture (pendaison, pendaison à un croc de boucher, mutilations, énucléations), il semblerait que cette vendetta véhiculait deux messages, le premier serait un message de vengeance en perpétuant les mêmes sévices qu’ils aient pu subir et le second, celui de prévenir le peuple européen qu’il ne serait plus en sécurité. ».

_yartiOran02

En tout, des centaines de Français furent tués, des historiens parlent de 700 à 800 morts ou disparus. Jean-Pierre Chevènement, à l’époque sous-lieutenant et affecté pour son stage de l’ENA auprès su conseil général de France à Oran, a expliqué en 1977 : « Ma principale tâche était de retrouver les huit cents disparus du 5 juillet. ». L’armée française n’est pas intervenue immédiatement et a laissé faire, probablement dans le souci de ne plus impliquer l’armée française après l’indépendance. Beaucoup de corps n’ont pas été retrouvés et le silence fut imposé par les autorités tant algériennes que françaises qui n’avaient pas rempli leur mission de protection. Les auteurs des tirs n’ont pas été identifiés, probablement provenant de l’ALN, l’armée provisoire du FLN.

Malgré cet éloignement dans le temps (deux à trois générations plus tard), la guerre d’Algérie a laissé derrière elle un traumatisme durable et reste un marqueur historique important dans la vie politique. Pour preuve, le tout premier discours de la XVIe Législature prononcé dans l’hémicycle le 28 juin 2022 par le doyen d’âge avant d’élire le Président de l’Assemblée Nationale. C’était le discours du président de la première séance, le nouveau député RN José Gonzalez (79 ans), né à Oran et rapatrié en France métropolitaine dans des conditions difficiles en 1962.

Et il a déclaré, plein d’émotion, aux députés nouvellement élus ou réélus : « En ce lieu sacré de la représentation du peuple français, de l’expression de la volonté nationale, vous voir réunis côte à côte, par ordre alphabétique, au-delà de toutes nos divergences, est un symbole d’unité française. Ce symbole touche l’enfant d’une France d’ailleurs que je suis, arraché à sa terre natale et drossé sur les côtes de Provence par les vents de l’histoire en 1962. J’ai laissé là-bas une partie de ma France et beaucoup d’amis. Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie… Pardonnez mon émotion, je pense à mes amis que j’ai laissés là-bas. (Applaudissements). Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie par le sentiment d’abandon et les périodes de déchirement. Comme nous tous, je n’en doute pas, je sais combien cette exigence d’unité française est nécessaire, notamment dans les temps complexes que nous traversons. J’émets le souhait, mes chers collègues, qu’elle éclaire nos débats et inspire nos décisions. ».

Fortement applaudie, et pas seulement par les 88 collègues du groupe RN du doyen, cette courte allocution d’ouverture de la législature a été fortement critiquée par certains députés FI qui y voyaient une apologie de l’OAS (ce qu’elle n’était pas). Dans tous les cas, même si ceux qui la critiquaient n’étaient pas encore nés à l’époque des faits, les passions politiques demeurent encore très intenses et prégnantes lorsqu’on évoque ce passé très trouble de l’Algérie.

Le cinéma a tardivement honoré de son art ce terrible massacre du 5 juillet 1962 à Oran, passé sous silence pendant si longtemps. En effet, Nicole Garcia a réalisé un très beau film, "Un balcon sur la mer" (sorti le 15 décembre 2010), avec comme acteur principal Jean Dujardin qui a profondément surpris par ce rôle qui n’a rien de comique (aux côtés de Marie-Josée Croze, Sandrine Kiberlain, Michel Aumont, Toni Servillo et Claudia Cardinale). Je recommande très vivement ce film tout en subtilité, très complexe, qui retrace avec authenticité l’attachement de Français européens à l’Algérie et les tragédies humaines des massacres et de l’exode.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
José Gonzalez.
Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
Pierre Vidal-Naquet.
Jean Lacouture.
Edmond Michelet.
Jacques Soustelle.
Albert Camus.
Abdelaziz Bouteflika en 2021.
Le fantôme d’El Mouradia.
Louis Joxe et les Harkis.
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

_yartiOran04





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220705-algerie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/le-massacre-d-oran-60-ans-plus-242600

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/06/39547307.html
















 

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 03:39

« Bani Sadr pensait apparemment être la figure la plus instruite et la plus astucieuse dans le jeu de pouvoir en Iran à l’époque, mais les événements ont montré que ces affirmations avaient peu à voir avec la réalité. » (Ahmad Zeidabadi, journaliste iranien d’opposition).



_yartiBaniSadrB01

Le premier Président de la République islamique d’Iran, élu au suffrage universel direct le 25 janvier 1980, n’était pas un ayatollah extrémiste et cruel. Il était au contraire un homme très convenable de 46 ans, un des acteurs les plus modérés et sincères de la révolution iranienne. Abolhassan Bani Sadr est mort à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, « après un long combat contre la maladie », ce samedi 9 octobre 2021 à l’âge de 88 ans et demi (né le 22 mars 1933).

En exil en France contre le régime du Shah d’Iran, Abalhassan Bani Sadr a théorisé la future révolution iranienne en voulant la baser sur l’indépendance, la liberté, le développement de l’homme, l’assainissement de la nature et l’islam. Le 10 octobre 1978, il a encouragé l’ayatollah Rouhollah Khomeiny à venir s’installer en France (il séjourna à Neauphle-le-Château, pas très loin de Plaisir, dans les Yvelines) après avoir été exilé puis expulsé d’Irak. Les deux ont travaillé sur l’organisation politique de leur mouvement d’opposition.

Lors de la révolution iranienne en février 1979, Bani Sadr est retourné à Téhéran pour rédiger la Constitution et organiser la vie politique. Il s’était opposé à la prise des otages américains à l’ambassade américaine à Téhéran (par des étudiants iraniens, entre le 4 novembre 1979 et le 20 janvier 1981) et a même été brièvement nommé Ministre des Affaires étrangères du 12 au 29 novembre 1979 pour traiter cette affaire.

Élu très largement Président de la République islamique d’Iran soutenu par Khomeiny, Bani Sadr a pris ses fonctions le 4 février 1980 et la guerre Iran-Irak éclata le 22 septembre 1980. Chef des armées, il s’est beaucoup impliqué dans cette guerre (visitant le front, etc.).

_yartiBaniSadrB02

Mais dès le 21 juin 1981, Bani Sadr fut victime d’un coup d’État des religieux en Iran. En effet deux raisons principales ont pu expliquer cela : d’une part, Bani Sadr était considéré comme compromis en ayant négocié la libération des otages en avril 1980 avec les proches de Ronald Reagan qui n’était pas encore élu Président des États-Unis (ces Américains avaient proposé de retarder la libération des otages en échange de la fourniture d’armes pour aider l’Iran dans sa guerre contre l’Irak) et d’autre part, l’hypothèse d’une victoire sur l’Irak l’aurait rendu très populaire. Bani Sadr voulait terminer rapidement la guerre Iran-Irak et ne voulait pas faire de contre-offensive comme le souhaitait Khomeiny, désireux d’exporter la révolution iranienne jusqu’en Irak, si bien que cette guerre s’est terminée le 20 août 1988 avec un bilan très lourd pour le peuple iranien, 1 million de morts.

Une troisième raison pourrait être évoquée, la rivalité avec l’ayatollah Mohammad Beheshti, Président du Conseil de la révolution islamique, secrétaire général du parti de la république islamique (et chef du système judiciaire à partir du 23 février 1980), qui aurait voulu se présenter à l’élection présidentielle de 1980 (il a été tué au cours d’un attentat au siège de son parti le 28 juin 1981, peu après la destitution de Bani Sadr). Mohammed Beheshti a succédé à l’ayatollah Mahmoud Taleghani, théologien modéré qui était opposé à l’imposition du voile islamique pour les femmes, à la mort (mystérieuse) de ce dernier (assassiné selon des déclarations non prouvées de ses enfants), comme Président du Conseil de la révolution islamique du 9 septembre 1979 au 7 février 1980, et Bani Sadr lui a ensuite succédé jusqu’à la dissolution de cette institution le 11 août 1980.

L’idée des religieux était que le pouvoir n’était pas dans la fonction de Président de la République mais dans la fonction de Guide suprême, occupée par Rouhollah Khomeiny. D’ailleurs, à la mort de celui-ci, ce fut l’ayatollah Ali Khamanei qui lui succéda (et qui est toujours à ce poste depuis le 4 juin 1989), après avoir été Président de la République islamique du 13 octobre 1981 au 3 août 1989.

J’ai déjà évoqué les principes constitutionnels de l’Iran des mollahs. Ce qu’on pourrait dire, pour simplifier, c’est que cette théocratie, d’une certaine manière, n’est pas très éloignée des anciennes dictatures communistes (ou actuelles, comme en Chine), où la personne qui a le véritable pouvoir, ici en Iran est le Guide suprême, et dans les dictatures communistes, est le chef du parti communiste local. La Chine a modernisé et résolu cette distinction État/PCC (parti communiste chinois) en faisant du chef du parti également le chef de l’État, ce qui évite les "doublons" et les rivalités.

Il est possible qu’à la mort d’Ali Khamenei, son successeur soit le Président de la République actuel (Ebrahim Raïssi, depuis le 3 août 2021) qui est aussi un religieux et cumule les deux fonctions à l’avenir. C’était une évolution que n’aurait sans doute pas voulu Khomeiny puisqu’en 1979, il avait découragé les ayatollahs Mohammad Beheshti, Ali Rafsandjani et Ali Khamenei à se présenter à l’élection présidentielle car il préférait que des non-religieux occupassent cette fonction de Président de la République. Néanmoins, les deux derniers cités furent Présidents de la République, et le dernier pendant le "règne" de Khomeiny.

La destitution de Bani Sadr a marqué un coup d’arrêt à toutes les idées révolutionnaires utopiques et a montré la réalité d’une dictature islamique. La question de la compatibilité entre la démocratie et l’islam s’est donc posée au début de la révolution iranienne, mais elle se pose dans tous les pays musulmans, en particulier en Tunisie (dont le Président vient de s’arroger tous les pouvoirs), pourtant seule et fragile démocratie sincère depuis de Ben Ali. L’Égypte et la Turquie ont également cette problématique qui se limite souvent par le choix entre l’armée et l’islam. Peut-être d’ailleurs que la seule expérience encourageante de démocratie sur une terre d’islam se situe en Indonésie même s’il y a beaucoup à redire sur ce pays.

Redevenu ennemi du pouvoir iranien, Bani Sadr s’est exilé à nouveau en France le 29 juillet 1981 (en fuyant par la Turquie déguisé en femme ; il a habité à Versailles à partir de mai 1984) où il continua à militer pendant une quarantaine d’années avant de s’éteindre. Dans ses travaux surtout intellectuels, il tenta de montrer que le Coran était compatible avec la place des femmes dans la société, avec la démocratie, avec les droits de l’homme, la liberté. Sa famille et ses proches restés en Iran ont été torturés et assassinés par les gardiens de la révolution.

À sa mort le 9 octobre 2021, la plupart des médias iraniens ont évoqué un "ennemi" du peuple iranien, "à l’ombre des services de renseignements français et occidentaux"… et la plupart des Iraniens ne le connaissaient pas car ils sont trop jeunes pour se rappeler ou savoir qu’il avait été l’une des figures les plus importantes de la révolution iranienne en 1980.

C’est assez désolant de voir à quel point la mort de Bani Sadr est passée sous les radars des médias français qui, certes, ont signalé sa disparition mais sans s’y appesantir alors que la France était parmi les nations les plus impliquées par la révolution iranienne, ne serait-ce que parce qu’elle a été la base arrière et préparatoire de cette théocratie cruelle.

On peine en effet à imaginer que l’ayatollah Khomeiny se déplaçait librement dans les rues d’une banlieue parisienne tout en préparant ce qui allait devenir un État voyou ou terroriste, capable des pires intransigeances islamistes. L’honneur de la France a été d’être restée fidèle à Bani Sadr et de l’avoir accueilli et aidé pour fédérer l’opposition iranienne.

Rappelons aussi que Bani Sadr a beaucoup travaillé pour dénoncer le gouvernement iranien dans l’assassinat le 6 août 1991 à Suresnes d’un autre exilé en France de l’Iran des ayatollahs, Chapour Bakhtiar, le dernier Premier Ministre du Shah juste avant la révolution (l’un des assassins Ali Vakili Rad, condamné par la justice française à la réclusion à perpétuité le 6 décembre 1994, fut libéré le 18 mai 2010 en échange de la libération de l’étudiante française Clotilde Reiss prise en otage).

_yartiBaniSadrB04

Pour expliquer cette faible médiatisation de la disparition de Bani Sadr (inversement proportionnelle à celle de Bernard Tapie), un lecteur du "Figaro" en a eu une petite idée qu’il a exprimée en commentaire sur Internet, que je livre ici (en corrigeant éventuellement quelques fautes) : « Pour comprendre qui était Bani Sadr, il fallait avoir au moins l’âge de raison en 1980 et pour les autres, s’être intéressé à l’histoire récente de l’Iran, à l’histoire en général, à la politique et ouvrir autre chose que son compte Facebook ou le journal paroissial ou encore celui de la CGT… Les commentaires [sur le site du "Figaro"] sont édifiants et ne démontrent qu’une chose… que la politique n’est plus un sujet important depuis les générations 1990, où plus grand monde ne regarde les informations, on ne parle pas non plus politique chez les jeunes ! La faute aux réseaux sociaux, aux médias, aux politiques, à l’école ou au café du coin remplacé par le McDo… C’est un sujet qui ne passionne pas les médias, apparemment ! ».

Bani Sadr avait l’amour de la France en bandoulière et par cet amour, par sa culture, par son action, par ses combats, il faisait rayonner la France. Il serait triste d’observer que les Français l’aient complètement oublié. Son long exil rappelle que la France a toujours accueilli les combattants de la démocratie et de la liberté, et que cet accueil fait partie intégrante de l’identité de la France, celle des Lumières, de ses valeurs universelles, et c’est l’honneur de ses propres combats.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L'Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
Gérard Araud.
Stanislas de Laboulaye.
Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

_yartiBaniSadrB03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211009-bani-sadr.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/revolution-du-reve-republicain-a-l-236425

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/10/39171693.html





 

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2021 4 23 /09 /septembre /2021 03:07

« Les choses passées ont leurs spectres comme les hommes décédés ; c’est que la nuit évoque le fantôme des mondes transformés aussi bien que les ombres humaines. » (Paul Féval, 1850).



_yartiBouteflikaB03

L’ancien Président de la République algérienne Abdelaziz Bouteflika est mort le 17 septembre 2021 à l’âge de 84 ans (né le 2 mars 1937). Homme historique du FLN, il fut l’insubmersible Ministre des Affaires étrangères du 4 septembre 1963 au 8 mars 1979, sous Ben Bella puis Boumédiène (dont il a aidé le coup d’État), puis, après une période d’exil entre 1981 à 1987 à cause d’affaires financières, il est devenu l’homme de la situation pour en finir avec la guerre civile entre FLN et islamistes du FIS.

Comme plus tard l’Égypte au début des années 2010, l’Algérie a fait l’expérience de la démocratie sincère au début des années 1990. Le problème, pour ces deux pays (et d’autres), c’était que les urnes menaient inéluctablement à un pouvoir islamiste. Quel était alors le moindre des maux : armée ou islam ? La Turquie, elle aussi, a passé des décennies avec ce paradigme, résolvant le problème par quelques putschs militaires en cas de montée islamiste trop forte (c’est très différent de la Turquie d’Erdogan qui a purgé tous les services de l’État, en particulier l’armée et les enseignants).

Parce qu’il avait de l’expérience et de l’habileté politique, Abdelaziz Bouteflika a été élu Président de la République le 15 avril 1999 avec 73,5% des voix, réélu le 8 avril 2004 avec 85,0% des voix, le 9 avril 2009 avec 90,2% des voix et le 17 avril 2014 avec 80,5%. Il s’est fait élire sans grande concurrence (la plupart des autres candidats ayant refusé de poursuivre l’exercice) sur un thème important, celui de la réconciliation qu’il a fini par réaliser, ratifiée par le référendum du 29 septembre 2005 (97,4% de oui avec 79,8% de participation) qui a approuvé la charte pour la paix et la réconciliation nationale, principalement pour amnistier les combattants de la guerre civile (sauf en cas de viols ou de massacres).

Tous ces résultats électoraux (score et participation) sont ceux officiellement communiqués par l’État mais restent souvent sujets à caution. Peut-être les historiens sauront y trouver un jour la juste part de sincérité et de fraude. Toujours est-il que dans les faits, Abdelaziz Bouteflika est resté le plus longtemps en fonction à la tête de l’Algérie, du 27 avril 1999 au 2 avril 2019, presque vingt ans, fonction qu’il a cumulée avec celle de Ministre de la Défense. Et encore, si on l’avait écouté, il aurait demandé et sans doute obtenu un cinquième mandat de cinq ans lors de l’élection présidentielle prévue en avril 2019 qui a été finalement reportée au 12 décembre 2019 où l’un de ses anciens Premiers Ministres a été élu, Abdelmadjid Tebboune (Abdelkader Bensalah qui a assuré de manière controversée l'intérim présidentiel du 9 avril 2019 au 19 décembre 2019 en tant que Président du Conseil de la Nation, équivalent du Sénat, est mort ce mercredi 22 septembre 2021 des suites de sa maladie).

Certes, Bouteflika pouvait être comparé aux autres autocrates du Maghreb, comme Ben Ali ou Moubarak. Soutenus par la "communauté internationale" (parfois un brin masochiste, c’est le cas notamment de la France) pour se protéger d’une éventuelle arrivée des islamistes au pouvoir (comme en Iran depuis 1979 et maintenant en Afghanistan depuis 2021, même si les situations de ces pays sont très différentes).

Au fil des années de pouvoir (dès 2011), des oppositions et des manifestations ont germé pour réclamer le départ de Bouteflika du pouvoir. Somme toute, hélas, situation assez classique.

_yartiBouteflikaB02

Ce qui était moins ordinaire, c’est que Bouteflika n’était plus qu’un fantôme pendant de nombreuses années à la fin de son mandat, et probablement que dans les livres d’histoire, il va remplacer Tito, Brejnev, Mao ou encore Pompidou comme meilleur exemple de malade qui nous gouverne.

La santé d’Abdelaziz Bouteflika est devenue un sujet majeur d’actualité à partir du 26 novembre 2005 et de ses premières hospitalisations notamment en France (à Paris et à Grenoble), France qui n’est pas rancunière malgré quelques sorties antifrançaises du Président malade. En avril et en mai 2013, il aurait fait deux attaques cérébrales qui l’auraient plongé dans une situation permanente de handicap. En été 2013, il s’est montré en fauteuil roulant et il a été vu en avril 2014 en train de voter.

Son dernier discours public date du 8 mai 2012 à Sétif. De nombreuses rumeurs sur sa mort ou sur ses éventuels maladies ou handicaps ont couru à partir de ce moment. Parmi ses troubles, un qui est particulièrement déroutant lorsqu’on fait de la politique et qu’on dirige un pays, c’est l’incapacité à parler.





Ainsi, tout un système a été mis en place au cours des dernières années de sa Présidence pour permettre à ses visiteurs de le rencontrer : un portrait de lui le remplaçait et le visiteur parlait à ce portrait ! Même Chaplin dans "Le Dictateur" n’aurait jamais osé un tel scénario.

Non seulement la rue réclamait des réformes politiques (et sociales) au début de l’année 2019, profitant de la perspective d’une nouvelle élection présidentielle, mais le clan au pouvoir songeait sérieusement à maintenir Bouteflika officiellement aux commandes. Hospitalisé à Genève pour des motifs graves, Abdelaziz Bouteflika, qui avait annoncé sa candidature le 10 février 2019, n’a pas pu se présenter physiquement devant le Conseil Constitutionnel pour faire enregistrer sa candidature à un cinquième mandat comme il en aurait eu l’intention. Le 11 mars 2019, il a fait savoir qu’il renonçait à un nouveau mandat mais demandait la prolongation du mandat en cours (qui finissait normalement le 27 avril 2019) pour mettre en place des réformes institutionnelles.

Mais l’armée, devenue un peu plus réaliste, a compris qu’il faudrait trouver rapidement un autre Président si le pouvoir voulait éviter de sombrer dans un vaudeville pas très rigolo qui finirait en révolution. Perdant son dernier soutien, après un message aux Algériens le 1er avril 2019 (qui n’était pas un poisson d’avril), Abdelaziz Bouteflika a été contraint de démissionner le 2 avril 2019. Le lendemain, il a présenté ses excuses aux Algériens tout en défendant le bilan de sa très longue Présidence.

Officiellement retiré des affaires depuis deux ans, Abdelaziz Bouteflika est mort dans l’indifférence des Algériens. Son successeur a assisté à ses funérailles le 19 septembre 2021, mais aucun deuil national n’a été décrété au contraire de deux de ses prédécesseurs qui sont morts sous sa Présidence, Ben Bella et Chadli Benjedid.

Assurément, un clan a chassé l’autre en 2019. Il faudra sans doute le travail de minutieux historiens pour savoir à quel point Bouteflika a été la marionnette (notamment de son frère) ou véritablement le dirigeant de son pays. Son départ de ce monde sur la pointe des pieds montre qu’il avait déjà disparu depuis très longtemps des leaders qui comptaient dans les relations internationales. Il aura eu au moins un motif de reconnaissance, celui d’avoir su conclure cette "concorde nationale" qu’aucun avant lui n’avait été capable de réaliser. L’Algérie doit désormais quitter ses vieux démons et regarder l’avenir avec des yeux neufs, ceux de sa jeunesse impatiente…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Abdelaziz Bouteflika.
Bouteflika, le malade imaginé ou le fantôme d’El Mouradia.
Louis Joxe et les Harkis.
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

_yartiBouteflikaB04



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210917-bouteflika.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bouteflika-la-momie-d-el-mouradia-235906

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/20/37094974.html






 

Partager cet article
Repost0
29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 03:07

« Nous avons toujours une ancre qui tient ferme aussi longtemps qu’on ne la brise pas soi-même ; c’est le sentiment du devoir. » (Ivan Tourgueniev, 1856).



_yartiAfghanistanC01

Hélas, en six modestes lettres, mon titre résume la situation actuelle en Afghanistan (c’est par ailleurs une série télévisée canadienne pour enfants). Ceux qui pensent que c’est trop loin pour s’en préoccuper font une erreur de discernement : d’une part, tout ce qui est humain nous concerne tous, nous humains, et en particulier la détresse humaine, sous toutes les formes (et pas seulement celles étalées dans les journaux télévisés, bien évidemment), d’autre part, indépendamment des familles directement touchées par le drame afghan, les Européens, les Américains, bien d’autres citoyens sont indirectement touchés par une éventuelle recrudescence d’attentats sur leurs territoires et plus généralement, par une déstabilisation d’une région du monde qui impactera toujours sur l’ensemble du monde.

Mon propos ici est d’évoquer l’attentat suicide à l’aéroport de Kaboul qui a fait autour d’une centaine de victimes, dont seize soldats américains et une dizaine de soldats britanniques, commis le 26 août 2021 et revendiqué par Daech, ainsi que ses conséquences.

Toujours des scènes d’horreur. Le matin même, des avertissements contre des menaces d’attentat s’étaient fait entendre et l’attentat a eu lieu quelques heures plus tard. Ces avertissements sont toujours d’actualité et la question n’est pas de savoir s’il y aura un autre attentat mais quand il aura lieu.

Pourtant, ces scènes de cauchemar, bien que moins médiatisées, ne sont hélas pas nouvelles. Rien que depuis cinq ans, il y a eu des dizaines d’attentats suicides à Kaboul et des centaines voire des milliers de victimes. Pour n’en citer que quelques-uns, au risque de la nausée arithmétique (et sans être exhaustif) : le 19 avril 2016 (64 victimes), le 20 juin 2016 (23 victimes), le 23 juillet 2016 (au moins 80 victimes), le 21 novembre 2016 (32 victimes), le 10 janvier 2017 (57 victimes), le 8 mars 2017 (49 victimes), le 31 mai 2017 (au moins 150 victimes), le 3 juin 2017 (au moins 7 victimes), le 20 octobre 2017 (56 victimes), le 20 janvier 2018 (40 victimes), le 27 janvier 2018 (au moins 103 victimes), le 15 août 2018 (48 victimes), le 19 juillet 2019 (8 victimes), le 7 août 2019 (14 victimes), le 17 août 2019 (80 victimes), le 6 mars 2020 (70 victimes), le 25 mars 2020 (25 victimes), le 12 mai 2020 (16 victimes), le 24 octobre 2020 (36 victimes), le 2 novembre 2020 (au moins 32  victimes), le 8 mai 2021 (85 victimes), le 14 mai 2021 (12 victimes), le 3 août 2021 (8 victimes)…

Beaucoup de ces attentats à Kaboul ont eu en France une très faible couverture médiatique. Celui du 26 août 2021 a un contexte particulier puisque depuis le 15 août 2021, les Talibans contrôlent Kaboul et l’ensemble de l’Afghanistan en recréant l’Émirat islamique d’Afghanistan, et que ce sont les islamistes de Daech qui ont commis l’attentat afin de tuer non seulement des Américains mais aussi des Talibans et des Afghans.

Ce contexte a aussi été provoqué par le Président américain Donald Trump ; les États-Unis ont conclu un accord avec les Talibans le 29 février 2020 pour un retrait des troupes américaines en quatorze mois. La date du départ des troupes américaines a été repoussée au 31 août 2021, et les Talibans attendent ce départ pour nommer un nouveau gouvernement.

Les soldats américains qui contrôlent l’aéroport de Kaboul ont fermé les possibilités de nouvelles évacuations ce 28 août 2021, afin de pouvoir évacuer leurs propres troupes (environ 5 000) entre le 28 et le 31 août 2021. 5 400 Afghans candidats à l’asile seraient encore à l’aéroport attendant un hypothétique départ vers des terres lointaines qui les mettraient à l’abri de la revanche des Talibans qui souhaitent empêcher au maximum l’hémorragie des cerveaux afghans (car pour la plupart, ces candidats à l’émigration sont instruits et font partie de l’élite intellectuelle). 117 000 personnes ont déjà été évacuées par les troupes américaines dans le pont aérien entre le 17 et le 28 août 2021. De son côté, la France a fait beaucoup moins d’évacuations, seulement 2 834 durant la même période, ce qui paraît assez faible, comparativement à nos autres partenaires.

Réagissant à l’attentat, le Président des États-Unis Joe Biden a même pleuré par compassion aux familles des victimes. L’histoire dira s’il a eu raison de tenir une telle allocution ce 26 août 2021, mais pour l’heure, les réseaux sociaux ne se sont pas privés de contester un Président affaibli et aussi vieilli. Joe Biden, un nouveau Jimmy Carter ?

_yartiAfghanistanC02

Ce qui commence à s’esquisser, c’est que cet attentat du 26 août 2021 à Kaboul, peut-être d’autres dans les prochains jours, est un événement fondateur du mandat de Joe Biden au même titre que les attentats du 9 septembre 2001 l’ont été pour les mandats de George W. Bush Jr. La réaction militaire des États-Unis a été de tuer deux responsables de Daech le surlendemain par drone interposé, ce qui peut paraître insignifiant par rapport au préjudice moral infligé à la puissance américaine. Les Talibans, maintenant responsables de la sécurité de leur pays, sont bien pauvrement dotés pour déjouer les attentats de Daech, ils n’ont pas de service de renseignement digne de ce nom tandis que le gouvernement afghan qu’ils ont renversé avait réussi à déjouer de nombreux attentats islamistes grâce à ses services de renseignement.

Plus intéressant, c’est de considérer que les Talibans ne vont pas être les pires ennemis des Américains (et des Européens) : Daech est la première cible et il y a donc un objectif commun entre Américains et Talibans pour combattre Daech. Est-ce que cette nouvelle posture amènera les Américains à soutenir le futur régime taliban ? Ce serait aller un peu vite et beaucoup de voix rappellent que les Talibans ne sont pas non plus les meilleurs alliés pour des démocraties laïques confirmées.

Tout dépendra de leurs propres intentions, or celles-ci sont plutôt claires : ils veulent pacifier l’Afghanistan et surtout, avoir une reconnaissance internationale. Pour cela, il leur faut nouer des accords diplomatiques. Le 27 août 2021, des diplomates français auraient commencé à discuter avec les Talibans à Doha, ce qui constitue un fait marquant. La France souhaite par ailleurs ne pas fermer son ambassade.

Rappelons d’ailleurs que l’ambassadeur actuel depuis septembre 2018, homme courageux, resté jusqu’au bout pour assurer l’évacuation des ressortissants français et de leurs collaborateurs afghans, n’est autre que David Martinon qui, dans une autre vie, était le très médiatique porte-parole du Président Nicolas Sarkozy qui avait péniblement raté son parachutage municipal à Neuilly-sur-Seine, l’ancien fief du Président, aux élections municipales de mars 2008.

Restons en France et précisons certains éléments de la politique française. Quand le Président Emmanuel Macron, dans son allocution du 16 août 2021, a insisté sur le besoin de fermeté face à des flux migratoires prévisibles en provenance de l’Afghanistan, il a été fustigé par l’opposition de gauche. Mais quand on a détecté cinq Afghans proches de la mouvance islamiste qui auraient été amenés en France avec les autres réfugiés, ce fut l’opposition de droite qui a fustigé Emmanuel Macron pour avoir invité des terroristes potentiels.

Pour le coup, la critique était mal fondée pour ces cinq Afghans puisque justement, les services de renseignement français les avaient identifiés et mis sous surveillance. Le problème, c’est lorsque les possibles futurs terroristes passent sous le radar de la surveillance territoriale. Cela montre aussi que la position du gouvernement français est la bonne.

Elle a été réaffirmée à l’issue du conseil des ministres de rentrée du 25 août 2021 par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, à savoir que la France ne choisirait pas entre son devoir d’humanité et sa sécurité. Cette position médiane fait l’honneur de la France et elle marquera les esprits pour longtemps. Elle n’est pas facile à tenir politiquement (on vient de le voir, toutes les oppositions lui sont tombées dessus), surtout à quelques mois d’une campagne présidentielle qui promet d’être difficile. Mais elle était d’autant plus nécessaire, pour que la France reste la France, que la France présidera l’Union Européenne à partir du 1er janvier 2022.

La France ne doit pas abandonner ses amis afghans, en particulier ceux qui l’ont aidée, qui ont pris des risques personnels, avec leur famille, pour assurer la mission française en Afghanistan pendant cette presque vingtaine d’années. Les abandonner aux Talibans, au sort d’un futur statut de traîtres serait aussi scandaleux que l’abandon de la France des Harkis, ces Algériens qui avaient choisi la France contre les indépendantistes algériens.

Ce devoir d’assistance aux amis de la France a évidemment une conséquence de politique intérieure : c’est qu’il faut les accueillir en France, et cela dans les meilleures conditions possibles. Il faut notamment qu’ils soient acceptés et que cessent ces déclarations particulièrement odieuses de récupérations politiciennes qui visent à surfer sur le climat anti-immigration.

On ne me fera pas croire qu’un pays de plus de 67 millions d’habitants serait incapable d’accueillir dans le calme 2 834 réfugiés afghans (soit 30 par département !). Si c’était le cas, si ceux qui critiquent pensent que c’est le cas, alors ils ont une bien piètre idée de leur pays qu’ils n’aiment visiblement pas et qu’ils n’admirent pas, ils sont anti-patriotiques, du reste comme d’habitude, sous fausse étiquette de patriotes, ils n’aiment pas leur patrie (j’avais cru qu’un patriote aimait sa patrie et la défendait coûte que coûte, malgré l’adversité).

Il s'agit bien sûr de rester prudent et vigilant mais les terroristes potentiels n'ont jamais attendu une crise internationale pour vouloir déstabiliser des pays qu'ils considèrent ennemis. Du reste, beaucoup d'auteurs d'attentats terroristes en France étaient des citoyens français, parfois bien intégrés dans la vie sociale, et l'arrêt de l'immigration n'arrêterait donc pas nécessairement les attentats. La situation est plus complexe qu'un simple manichéisme idéologique sur l'immigration, utilisé abusivement depuis quarante-trois ans en France par des partis extrémistes d'obédiences diverses et variées, avec des arrière-pensées électoralistes finalement peu efficaces.

La prise de Kaboul est un choc pour la coalition alliée qui était présente en Afghanistan depuis presque vingt ans. Son objectif n’était pas de gérer le pays à la place de ses habitants. Son objectif était de stabiliser le pays. La coalition n’y est pas arrivée. On peut pleurnicher, on peut fustiger, mais fustiger qui ? Les Américains depuis Bush ? Les Français depuis Jacques Chirac ? Leurs autres alliés ? Cela n’a pas d’utilité. C’est vrai que lorsque Joe Biden a déclaré que les soldats américains assassinés à Kaboul le 26 août 2021 étaient morts pour la liberté, j’avais un petit pincement au cœur car on pouvait le concevoir il y a deux ans, c’est plus difficile aujourd’hui alors que les Talibans son (re)devenus maîtres de l’Afghanistan. Même pincement au cœur sur le sens à donner de la mort des 90 soldats français en Afghanistan.

L’utilité, c’est de se tourner vers l’avenir. Cet avenir n’était pas en faveur du maintien de forces étrangères. Cela n’avait pas de sens. Chaque pays doit être capable de s’assumer seul. Probablement que l’armée du pouvoir légal, de l’ancien Président Ashraf Ghani (qui a fui son pays) était trop peu formée et n’a pas su résister à l’avance (rapide) des Talibans sans aide de la coalition, mais aujourd’hui, il s’ouvre une fenêtre d’opportunité. La fenêtre est très petite et très peu ouverte, mais elle est ouverte. Cela ne durera pas longtemps. C’est d’avoir l’audace de la naïveté, celle d’amener les Talibans à devenir responsables et à respecter certaines valeurs que nous considérons comme universelles.

Il ne faut pas faire avec l’Afghanistan ce qu’on fait avec l’Iran depuis 1979, pays considéré comme irrémédiablement ennemi, un pays qui se tournerait vers d’autres puissances, en particulier la Russie, la Turquie, l’Iran, la Chine, le Pakistan et l’Inde. Pour le moment, la Chine a reconnu le nouveau régime taliban, la Russie attend de voir, le Canada aussi, la France a pris des premiers contacts, tandis que les États-Unis assurent ne pas vouloir le reconnaître et le Royaume-Uni encourage ses alliés à ne pas le reconnaître. La situation se figera dans quelques semaines. À chaque puissance de prendre la bonne décision. Le sens de l’histoire, c’est d’aller au-delà de ses propres ressentiments.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Kaboum.
Emmanuel Macron sur les Talibans à Kaboul.
Les Talibans à Kaboul en 2021.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 16 août 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Les soldats français morts en Afghanistan.
Chasseur alpin en Afghanistan.
L’invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique.
Jacques Hamel, martyr de la République.
Fête nationale : cinq ans plus tard…

_yartiAfghanistanC03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210826-afghanistan.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/kaboum-235370

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/08/28/39112177.html












 

Partager cet article
Repost0
17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 03:57

« L’Afghanistan ne doit pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu’il a été. C’est un enjeu pour la paix, la stabilité internationale, contre un ennemi commun : le terrorisme et ceux qui le soutiennent ; à cet égard, nous ferons également tout pour que la Russie, les États-Unis et l’Europe puissent efficacement coopérer, car nos intérêts sont bien les mêmes. » (Emmanuel Macron, le 16 août 2021).



_yartiTaliban01

Ce dimanche 15 août 2021 fait partie de ces tristes journées de l’histoire du monde. Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, n’a résisté que quelques heures à l’entrée des Talibans dans la ville. Ils contrôlent désormais tout le pays, de manière très prévisible.

Le départ des troupes américaines après celui des troupes notamment françaises ne laissait guère de doute sur l’évolution du pays. Le problème est réel : fallait-il rester pour porter une supposée démocratie de manière très artificielle ou laisser la nature faire et les Afghans se retrouver avec un retour inéluctable des Talibans, une sorte de retour à la case départ, à celle de 2001 ?

Il y a malheureusement peu de doute sur la suite des événements et la transformation de la société afghane. Le pessimisme paraît de mise même si ces vingt dernières années n’avaient pas de quoi être glorieuses. Ces prochaines semaines, il y aura forcément des horreurs, car on ne maîtrise jamais une armée d’occupation de cet ordre-là. Ce sont toujours les extrémistes qui ont le dessus.

L’urgence est d’ordre humanitaire. Il y a l’évacuation des ressortissants étrangers, en particulier français, l’ambassade de France est occupé et les Français sont repliés à l’aéroport international, mais l’aéroport lui-même, en principe encore sous contrôle américain, a été envahi par la foule. Il y a cependant peu de raisons de ne pas laisser repartir les étrangers, sauf à vouloir refaire le coup de la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran en 1979.

Le plus préoccupant reste cependant les Afghans qui ont coopéré avec notamment l’armée française et la France doit leur garantir, à eux et à leur famille, la sécurité la plus forte. En nous aidant, ils se sont engagés et ont pris des risques et c’est de notre devoir de les protéger. Il semblerait que ces derniers jours, certains d’entre eux ont eu beaucoup de problème pour obtenir un visa français.

Toujours est-il qu’ils peuvent être comparés à des harkis afghans, et il est indispensable de les défendre. Pour autant, des voix particulièrement odieuses commencent à se faire entendre pour entretenir la tendance anti-immigration dans un but purement électoraliste. Autant dire les choses : c’est dégueulasse. Il s’agit de la vie de ces amis de la France dont nous avons profité et il faut les protéger des Talibans.

L’autre sujet français est plus moral qu’humanitaire : la France a perdu 90 soldats depuis qu’elle est engagée en Afghanistan en 2001 (l’armée s’est retirée en 2014). La question qu’un citoyen français pourrait légitimement se poser est : ces vies ont-elles servi à quelque chose ? Car si nous sommes intervenus en Afghanistan, c’était pour stopper la contagion terroriste et terrasser une base arrière du terrorisme islamique.

Ces questions brûlantes, que peut-être les Français en vacances pourraient appréhender d’un œil distrait, ont fait que le Président de la République Emmanuel Macron s’est senti obligé de prononcer une allocution télévisée sur un ton grave adapté à la situation (allocution qu’on peut lire ou réécouter ici).

_yartiTaliban02

On pourra toujours dire qu’Emmanuel Macron fait sa campagne électorale. Ce qui est un peu ridicule car je ne pense pas que son allocution ait eu une forte audience en plein mois d’août. En revanche, il fait son travail de Président de la République, chef de la Nation et chef des armées, ce que son prédécesseur manquait généralement de faire : exprimer la position de la France, esquisser des perspectives.

Certes, Emmanuel Macron n’est pas Superman et n’a rien dit de particulièrement surprenant. Il a néanmoins parlé de ces sujets importants.

D’une part, sur la protection des Français et de ceux qui les ont aidés : « L’urgence absolue est de mettre en sécurité nos compatriotes, qui doivent tous quitter le pays, ainsi que les Afghans qui ont travaillé pour la France. ». Il a précisé que « la situation [sur le site historique de l’ambassade] demeure préoccupante ». Il a indiqué également que la France protège actuellement le délégué de l’Union Européenne et ceux des Afghans qui ont travaillé avec la représentation européenne. 800 des Afghans qui ont aidé la France sont déjà placés sous la protection française hors d’Afghanistan mais des dizaines d’autres attendent encore de quitter l’Afghanistan.

La France veut aussi aider ceux qui se sont engagés contre les Talibans : « De nombreux Afghans, défenseurs des droits, artistes, journalistes, militants, sont aujourd’hui menacés en raison de leur engagement. Nous les aiderons parce que c’est l’honneur de la France d’être aux côtés de celles et ceux qui partagent nos valeurs, autant que nous pourrons le faire et en tenant compte de la nécessaire adaptation de notre dispositif. ».

Il faut évidemment lire entre les lignes et la fin de la phrase que je viens de citer pourrait laisser entendre que moralement, nous soutenons ces personnes engagées, mais concrètement, cela dépendra un peu de nos possibilités.

Ce qui ne manquera pas d’arriver, c’est qu’on puisse reprocher à Emmanuel Macron un afflux de nouveaux arrivants pour la France. Or accueillir quelques milliers de réfugiés afghans pour un grand pays comme la France qui compte 68 millions d’habitants ne devrait pas poser de problème, sinon mental et électoral. C’est vraiment avoir une bien mauvaise idée de la France de croire que nous ne pouvons pas les accueillir dans des conditions dignes.

Toutefois, Emmanuel Macron, n’oubliant pas d’être habile politiquement et anticipant ainsi les futures critiques, a aussi insisté pour éviter de nouveaux flux migratoires irréguliers : « Nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent, et nourriraient les trafics de toute nature. ».

D’autre part, sur le rappel des soldats français morts en Afghanistan : « En Afghanistan, notre combat était juste et c’est l’honneur de la France de s’y être engagé. La France n’y a jamais eu qu’un ennemi : le terrorisme. Nos interventions militaires n’ont pas vocation en effet à se substituer à la souveraineté des peules, ni à imposer la démocratie de l’extérieur, mais à défendre la stabilité internationale et notre sécurité. Partout, la mise en place de processus politiques crédibles est notre priorité. C’est ce principe fondamental de notre politique étrangère que nous avons appliqué en Afghanistan et que nous continuerons de mettre en œuvre. (…) Nous n’oublierons pas nos soldats. Nous n’oublierons pas nos morts. 90 au total. ».

En outre, le Président Emmanuel Macron a tenté d’esquisser des perspectives. En premier, avec une action au Conseil de Sécurité des Nations Unies, au sein duquel Emmanuel Macron espère une coopération entre la Russie, les États-Unis et l’Europe (notamment la France et le Royaume-Uni, tous les deux membres permanents). Il n’a rien dit à propos de la Chine.

L’autres perspective, déjà évoquée plus haut, c’est d’éviter une nouvelle crise migratoire. Emmanuel Macron souhaite alors faire fonctionner le couple franco-allemand : « Nous porterons (…) une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste, coordonnée et unie qui passera par la lutte contre les flux irréguliers, la solidarité dans l’effort, l’harmonisation des critères de protection, et la mise en place de coopérations avec les pays de transit et d’accueil comme le Pakistan, la Turquie ou l’Iran. ». Sur la forme, prenons note d’un nouvel adjectif en vogue dans le langage diplomatique, "robuste", à la définition élargie pour pérenne, durable.

Concrètement, à part deux avions militaires français prêts à rapatrier des ressortissants français (et des amis afghans qui les ont aidés), Emmanuel Macron n’a pas précisé ni le projet de résolution à l’ONU, ni la nature de l’initiative pour contrôler le flux migratoire. Il est encore trop tôt et il faut amorcer la concertation internationale.

En prenant ainsi la parole devant les Français, Emmanuel Macron n’a fait que son devoir de Président de la République. Il n’aurait rien dit qu’on le lui aurait reproché. Il a été même plus rapide que son homologue américain, Joe Biden, qui semble particulièrement mal à l’aise dans cette nouvelle situation et qui (à cette heure) ne s’est toujours pas exprimé publiquement sur l’occupation talibane de l’Afghanistan.

Ni les Russes, ni les Américains n’ont réussi à stabiliser l’Afghanistan. Peut-être est-ce le rôle de l’Europe de devenir enfin un géant diplomatique ?...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron sur les Talibans à Kaboul.
Les Talibans à Kaboul en 2021.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 16 août 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Les soldats français morts en Afghanistan.
Chasseur alpin en Afghanistan.
L’invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique.
Jacques Hamel, martyr de la République.
Fête nationale : cinq ans plus tard…

_yartiTaliban03





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210816-afghanistan-taliban.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-talibans-a-kaboul-emmanuel-235155

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/08/16/39097139.html













 

Partager cet article
Repost0
16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 19:22

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210816-macron.html







Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 16 août 2021 à 20 heures


ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE RELATIVE À LA SITUATION EN AFGHANISTAN

Mes chers compatriotes, de l’hexagone, des Outre-mer et de l’étranger,

Je m’adresse à vous ce soir, alors que nous continuons à nous battre contre le virus avec détermination, et que tout est fait pour que la relance économique et sociale soit la plus forte possible dans notre pays, parce qu’à quelques milliers de kilomètres d’ici un tournant historique est à l’œuvre, en Afghanistan, loin de nos frontières, mais avec des conséquences majeures pour l’ensemble de la communauté internationale, pour l’Europe, et pour la France.


Après une guerre de vingt années, après la décision de retrait des troupes américaines prise successivement par le président Trump et le président Biden, Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, est tombée en quelques heures, sans résistance, aux mains des Talibans. L’intervention américaine et internationale a commencé il y a exactement vingt ans, après les attentats du 11 septembre 2001, et le refus du régime taliban de l’époque en Afghanistan, de livrer Ben Laden, l’organisateur de ces attentats.

Notre pays a été, pendant treize années, engagé militairement en Afghanistan, de 2001 à 2014.

Le Président Jacques Chirac, dès octobre 2001 a décidé la participation de la France à l’action internationale, par solidarité avec nos amis et alliés américains qui venaient de subir une attaque effroyable sur leur sol. Avec un objectif clair : combattre une menace terroriste qui visait directement notre territoire et celui de nos alliés depuis l’Afghanistan, devenu le sanctuaire du terrorisme islamiste.

À partir de juin 2011, le Président Nicolas Sarkozy a engagé le retrait des premières troupes françaises.

Le Président François Hollande, a ensuite décidé du retrait complet de nos troupes combattantes de manière coordonnée avec les autorités afghanes d’alors, ainsi qu’avec avec nos alliés.

L’intervention militaire française a donc définitivement cédé la place, le 31 décembre 2014, à l’action civile que nous avons continué de mener à bien, auprès du peuple afghan, avec lequel nos liens d’amitié sont anciens et profonds.


En Afghanistan, notre combat était juste et c’est l’honneur de la France de s’y être engagé. La France n’y a jamais eu qu’un ennemi : le terrorisme. Nos interventions militaires n’ont pas vocation en effet à se substituer à la souveraineté des peuples, ni à imposer la démocratie de l’extérieur mais à défendre la stabilité internationale et notre sécurité. Partout, la mise en place de processus politiques crédibles est notre priorité. C’est ce principe fondamental de notre politique étrangère que nous avons appliqué en Afghanistan et que nous continuerons de mettre en œuvre.

Bon nombre d’unités de l’armée française sont passées dans ces vallées durant ces 13 années : légionnaires, tirailleurs, marsouins, chasseurs alpins, marins, aviateurs. Et c’est à eux que je tiens d’abord, ce soir, à m’adresser. A ceux qui ont combattu, aux familles de ceux qui sont morts ou ont été grièvement blessés. Nous n’oublierons pas nos soldats. Nous n’oublierons pas nos morts. 90 au total.

Le 18 août 2008, dans l’embuscade d’Uzbin, il y a 13 ans presque jour pour jour, 10 soldats français et un interprète afghan étaient tués, 21 soldats français blessés. Ce combat que la France a mené était utile et était notre honneur. Il portera un jour ses fruits et je vous demande de vous en souvenir.


À cet instant, la situation en Afghanistan se dégrade rapidement et brutalement. A l’heure où je vous parle, les Talibans sont maîtres de la quasi-totalité du pays. Ils sont entrés dans Kaboul et contrôlent la ville à l’exception de l’aéroport où les activités sont coordonnées par les Américains. Le Président afghan a quitté le pays. Les vols commerciaux ont cessé.


Ce tournant, auquel nous étions préparés, nécessite des décisions et des initiatives immédiates, à la mesure de la gravité de la situation pour répondre à la catastrophe humanitaire.

L’urgence absolue est de mettre en sécurité nos compatriotes, qui doivent tous quitter le pays, ainsi que les Afghans qui ont travaillé pour la France.

Nos ressortissants ont été progressivement évacués en anticipation ces dernières semaines. Nous sommes en contact avec tous les Français qui veulent rejoindre le sol national, qu’ils se trouvent à l’aéroport militaire, à l’aéroport civil ou sur le site historique de l’ambassade où la situation demeure préoccupante. Je veux ici remercier nos représentants sur place, nos diplomates, policiers, militaires pour leur engagement et leur courage. Remercier aussi nos alliés américains, indispensables pour mener à bien ces évacuations.

La France est l’un des très rares pays à avoir décidé de maintenir sur place jusqu’au bout les moyens de protéger ceux qui ont travaillé pour elle. Nous avons aussi anticipé les opérations d’évacuation dans les dernières semaines.

Tous les employés afghans des structures françaises qui pouvaient être menacés ainsi que leurs familles, ce qui représente plus de 600 personnes, ont ainsi pu être accueillis et pris en charge dans de bonnes conditions dans notre pays.

La France protège en ce moment le délégué de l’Union Européenne et a apporté protection aux collaborateurs afghans de la représentation européenne. La France a également apporté protection et soutien à tous les personnels français d’Organisations non gouvernementales souhaitant quitter le pays.

Des opérations sont conduites depuis plusieurs années, pour accueillir en France les personnels civils afghans qui ont travaillé pour l’armée française, ainsi que leurs familles. C’est notre devoir et notre dignité de protéger ceux qui nous aident : interprètes, chauffeurs, cuisiniers et tant d’autres. Près de 800 personnes sont d’ores et déjà sur le sol français. Plusieurs dizaines de personnes sont encore sur place qui ont aidé l’armée française et pour lesquelles nous restons pleinement mobilisées.

De nombreux afghans, défenseurs des droits, artistes, journalistes, militants, sont aujourd’hui menacés en raison de leur engagement. Nous les aiderons parce que c’est l’honneur de la France d’être aux côtés de celles et ceux qui partagent nos valeurs, autant que nous pourrons le faire et en tenant compte de la nécessaire adaptation de notre dispositif. Je remercie les associations, collectifs et communes qui aideront à leur accueil. Afin de procéder à ces opérations d’évacuation, qui ne se conduiront pas sans une étroite coordination avec les militaires américains sur place, j’ai décidé l’envoi de deux avions militaires et de nos forces spéciales. Ils seront sur place dans les prochaines heures.


Au-delà de l’urgence, j’entends prendre au nom de la France plusieurs initiatives en lien étroit avec les autres états européens et nos alliés.

Notre action visera à continuer de lutter activement contre le terrorisme islamiste sous toutes ses formes.

Des groupes terroristes sont présents en Afghanistan et chercheront à tirer profit de la déstabilisation. Le Conseil de sécurité des Nations unies devra donc apporter une réponse responsable et unie. J’ai échangé sur ce point avec le Premier ministre Johnson et nous prendrons des initiatives communes dans les prochaines heures. Le retour de la stabilité passera par une telle action, politique et diplomatique au sein du Conseil de sécurité. L’Afghanistan ne doit pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu’il a été. C’est un enjeu pour la paix, la stabilité internationale, contre un ennemi commun : le terrorisme et ceux qui le soutiennent ; à cet égard, nous ferons également tout pour que la Russie, les Etats Unis et l’Europe puissent efficacement coopérer, car nos intérêts sont bien les mêmes.

Ensuite, la déstabilisation de l’Afghanistan risque également d’entraîner des flux migratoires irréguliers vers l’Europe.

La France, comme je l’ai dit, fait et continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés. Nous prendrons toute notre part dans le cadre d’un effort international organisé et juste. Mais l’Afghanistan aura aussi besoin dans les temps qui viennent de ses forces vives et l’Europe ne peut pas à elle seule assumer les conséquences de la situation actuelle. Nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent, et nourriraient les trafics de toute nature.

Nous porterons donc, en lien avec la République Fédérale d’Allemagne, et je me suis entretenu il y a quelques instants à ce sujet avec la Chancelière Merkel, et avec d’autres états européens, une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste, coordonnée et unie qui passera par la lutte contre les flux irréguliers, la solidarité dans l’effort, l’harmonisation des critères de protection, et la mise en place de coopérations avec les pays de transit et d’accueil comme le Pakistan, la Turquie ou l’Iran.

Enfin, il nous faut continuer de défendre nos principes, nos valeurs, qui font ce que nous sommes.

L’histoire de l’Afghanistan n’a pas commencé pas en 2001. Nous sommes intervenus dans un pays ébranlé par quarante ans de guerre, un grand pays tourmenté. Et Nous, Français, sommes à même de le comprendre. Nous, à qui il a fallu des siècles de lutte, de fautes, d’avancées et de reculs pour bâtir une nation conforme aux plus grandes espérances humaines : l’égalité sans considération d’origine, de sexe ou de religion et la liberté de choix et de conscience.

Et nous savons combien ces combats sont chaque jour à recommencer.
Les défis auxquels les Afghanes et les Afghans seront confrontés dans les prochaines semaines et les prochains mois sont terribles, immenses.
Le peuple afghan a le droit de vivre dans la sécurité et le respect de chacun. Les femmes afghanes ont le droit de vivre dans la liberté et la dignité. Et si le destin de l’Afghanistan est entre ses mains, nous resterons, fraternellement, aux côtés des Afghanes et des Afghans. En soutenant la société civile afghane et en faisant notre devoir de protection de celles et ceux que nous pouvons protéger. En disant très clairement à ceux qui optent pour la guerre, l’obscurantisme et la violence aveugle qu’ils font le choix de l’isolement. En étant toujours du côté de ceux qui combattent pour la liberté, les droits des femmes, qui portent dans le monde le même message que le nôtre. C’est le choix de la raison, c’est le choix de ce que nous sommes profondément.

Vive la République !
Vive la France !

Emmanuel Macron, le lundi 16 août 2021 à Paris.


Source : www.elysee.fr/

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210816-allocution-macron.html

 

Partager cet article
Repost0
13 juin 2021 7 13 /06 /juin /2021 16:35

« Nous qui mourrons peut-être un jour disons l’homme immortel au foyer de l’instant. » (Saint-John Perse, 1957).





_yartiBennettA01

Journée historique et insolite à Jérusalem ce dimanche 13 juin 2021 à la Knesset. Le scrutin a été très serré : 60 voix sur 120 en faveur de la nouvelle majorité, contre 59 votes et 1 abstention. Naftali Bennett (49 ans), le leader du parti d’extrême droite Yamina, a été élu Premier Ministre d’Israël à la tête d’une coalition hétéroclite qui a donc mis en échec le Premier Ministre sortant Benyamin Netanyahou (71 ans) qui est resté Premier Ministre malgré l’absence de majorité depuis plus de deux ans, et cela malgré quatre nouvelles élections législatives plus éclatées les unes que les autres.

Naftali Bennett, ancien membre du Likoud avant 2012, et Yaïr Lapid (57 ans), principal opposant à Benyamin Netanyahou depuis ces dernières élections, ont trouvé un terrain d’entente : ils seront chacun Premier Ministre par rotation. D’abord Naftali Bennett de juin 2021 à août 2023, puis Yaïr Lapid d’août 2023 à novembre 2025 (à la fin de la législature), l’autre étant Ministre des Affaires étrangères. Cette alternance de Premier Ministre ne serait possible que dans le cas où la coalition n’éclaterait pas avant la fin de la législature.

Pour Benyamin Netanyahou, par ailleurs concerné par une affaire judiciaire, c’est la fin d’une présence de douze ans sans discontinuer à la tête d’Israël, détenant désormais le record de longévité au pouvoir (quinze ans et trois mois en tout).

Il y a une certaine injustice à ce scrutin de la Knesset, ne serait-ce que pour deux raisons, même si l’affaire judiciaire en cours, l’impossibilité à réunir une coalition stable et l’usure du pouvoir ont encouragé ce réflexe TSN, tout sauf Netanyahou, de nombreux députés israéliens.

En effet, Benyamin Netanyahou a remporté les dernières élections législatives qui ont eu lieu le 23 mars 2021 avec 24,2%, obtenant 30 sièges sur 120. C’est certes peu, et même en perte de vitesse, (5 points de moins en suffrages, 7 sièges de moins), mais le parti qu’il dirige, le Likoud, est pourtant le premier parti du pays, et de loin, puisque le deuxième, Yesh Atid, dirigé par Yaïr Lapid, n’a obtenu que 13,9% des voix et 17 sièges, soit représentant presque deux fois moins que le Likoud.

Benyamin Netanyahou fut donc chargé le 6 avril 2021, par le Président de l’État Ruven Rivlin, de trouver une nouvelle majorité. Son problème était le suivant : la division entre le sionisme laïc d’Avigdor Liberman (Israel Beytenou) et les partis orthodoxes (Shas et Judaïsme unifié de la Torah) qui constituaient alors les partenaires traditionnels du Likoud depuis une dizaine d’années. Benyamin Netanyahou a cherché à remettre Yamina dans sa sphère d’influence en proposant à Naftali Bennett d’être Premier Ministre la première année de la législature.

Après l’échec du Premier Ministre sortant, ce fut Yaïr Lapid qui fut désigné le 5 mai 2021 pour chercher une nouvelle coalition après l’échec. Un accord fut finalement trouvé in extremis, le soir du 2 juin 2021, dernière limite pour la recherche d’un compromis avant retour aux urnes.

_yartiBennettA03

Et c’est par l’accord entre Yaïr Lapid et Naftali Bennett que cette nouvelle coalition a pu se dégager, contre toute attente. Yesh Atid est un parti centriste et libéral. Yaïr Lapid a été Ministre des Finances de Benyamin Netanyahou du 18 mars 2013 au 2 décembre 2014. Naftali Bennett, lui aussi, fut plusieurs fois ministre de Benyamin Netanyahou (Économie, Affaires religieuses, Éducation, Défense, etc.). Il est à la tête d’un parti d’extrême droite qui rassemble Le Foyer juif et le Parti sioniste religieux. Ce parti est explicitement nationaliste et de mouvance coloniale radicale. Il ne représente que 6,2% des voix et 7 sièges.

Cette première injustice, c’est que le nouveau Premier Ministre dirige un parti qui a eu moins du quart des sièges du Premier Ministre sortant, cela par le jeu d’une coalition hétéroclite dont la stabilité est peu crédible durablement.

La seconde injustice est la situation sanitaire du pays qui est l’exemple marquant de ce qu’il faut faire pour gérer la pandémie. La politique de vaccination massive de la population a porté ses fruits. Au 12 juin 2021, Israël est le pays qui a le plus vacciné : 63,3% de sa population a reçu au moins une dose de vaccin. En tout, 10,6 millions de doses ont été injectées (même si c’est finalement peu par rapport à la France : 43,8 millions de doses le 11 juin 2021). Par exemple, dans la journée du 13 juin 2021, seulement 2 décès ont été à déplorer, et 5 nouveaux cas. Sur les sept derniers jours, il y a eu seulement 95 nouveaux cas (-16% par rapport à il y a une semaine) et 12 décès. Seulement 213 personnes sont hospitalisées en service de réanimation pour le covid-19 en Israël. Israël a institué un passe vaccinal et fermé ses frontières, mais la situation est tellement positive que ce passe vaccinal est en cours d’être abandonné.

Benyamin Netanyahou a vaincu l’épidémie de covid-19 dans son pays et se retrouve ainsi dans la position de Churchill gagnant la guerre mais perdant les élections. Pas renvoyé par le peuple mais par une combinaison de petits partis.
 
_yartiBennettA02

Je reviens sur la coalition qui s’est révélée (en tout cas à ce jour) positive puisqu’elle a réussi à trouver une majorité de rechange à la Knesset. Déjà, insistons sur l’impossible Knesset depuis deux à trois ans, dont les élections se succédaient sans parvenir à trouver une majorité. Ce paysage éclaté couplé au mode de scrutin de proportionnelle intégrale a rendu Israël durablement ingouvernable. Peu d’observateurs donneraient cher sur la durabilité de la nouvelle majorité même si l’union anti-Netanyahou peut être une motivation très solide et insoupçonnablement gagnante.

Cette coalition est composée de Yamina (7), Nouvel espoir (6), Yesh Atid (17), Bleu et blanc (8), Parti travailliste (7), Israel Beytenou (7) et Meretz (6). Nouvel espoir est un nouveau parti dirigé par un ancien ministre du Likoud, Gideon Sa’ar dont l’objectif est de dégager Benyamin Netanyahou. Cela fait en tout 58 députés. En fait, cela fait 57 députés, car un député de Yamina est favorable à Benyamin Netanyahou.

Or, il faut en obtenir au moins 61 pour que le nouveau gouvernement puisse être investi. C’est la raison pour laquelle la coalition a besoin du soutien d’un parti arabe, Liste arabe unifiée, qui a 4 sièges. Le dirigeant de ce parti arabe, Mansour Abbas avait pourtant été approché par Benyamin Netanyahou pour faire partie du nouveau gouvernement. Yaïr Lapid a promis à la Liste arabe unifiée un certain nombre de gages (responsabilités nationales et aides budgétaires) pour soutenir le nouveau gouvernement de la majorité de remplacement. Notons que le vote de la Knesset du 13 juin 2021 n’a réuni que 60 voix et pas les 61 attendues. Une voix s’est abstenue au lieu d’approuver la nouvelle coalition. Il suffirait de quelques voix supplémentaires pour faire voler en éclats cette coalition.

Après l’accord de principe le 2 juin 2021, une répartition des postes a été conclue le 11 juin 2021. Dans le nouveau gouvernement Bennett-Lapid, les principaux partenaires sont représentés : Benny Gantz à la Défense, Avigdor Liberman aux Finances, Gidieon Sa’ar à la Justice, Ayelet Shaked (de Yamina) à l’Intérieur, Merav Michaeli (travailliste) est, elle, aux Transports et Nitzan Horowitz (du Meretz) à la Santé. Sur les 27 ministres, il y a 9 femmes.

La majorité est très hétérogène notamment sur les colonies : des partis d’extrême droite (dont un est à la tête du gouvernement), qui réclament l’annexion pure et simple des territoires occupés côtoient ainsi des partis de gauche et pacifistes.

Parallèlement, ce même 2 juin 2021 a eu lieu l’élection présidentielle. Le Président de l’État sortant, Neuven Rivlin, du Likoud, achève son mandat de sept ans et la Constitution lui interdit de demander son renouvellement. Le Président de l’État est élu à la majorité absolue par les députés de la Knesset. Seulement deux candidats indépendants ont postulé : Miriam Peretz, enseignante, qui a obtenu 26 voix sur 113 suffrages exprimés face à l’ancien ministre travailliste (devenu indépendant) Isaac Herzog élu avec 87 voix sur 113 (soit 76,3%). Isaac Herzog est par ailleurs le fils du général Chaim Herzog qui fut Président de l’État du 5 mai 1983 au 13 mai 1993. Il prendra ses fonctions le 9 juillet 2021.

Le Président français Emmanuel Macron a salué cette élection : « Le Président de la République adresse ses plus chaleureuses félicitations à M. Isaac Herzog pour son élection (…). À cette occasion, le Président de la République réaffirme sa volonté de continuer à travailler avec Israël dans tous les domaines qui font la richesse de notre partenariat. Il rappelle, également, comme il l’a fait lors de la spirale de violence qui vient de frapper le Proche-Orient, son attachement indéfectible à la sécurité de l’État d’Israël, et à la détermination de la France à rester engagée à ses côtés pour assurer la sécurité et la stabilité régionales. ».

Je reviendrai ultérieurement pour évoquer plus précisément la situation politique d’Israël entre mars 2020 et mars 2021, son impasse parlementaire et le maintien de Benyamin Netanyahou malgré l’absence de majorité.

Dans tous les cas, les difficultés de désignation d’un nouveau gouvernement (qui a mis plus de deux ans et quatre élections !) montrent à l’évidence qu’Israël est une démocratie, sans doute "trop grande" pour avoir un gouvernement stable ou reposant sur une majorité stable et cohérente. Dans la région, il suffit de regarder ses voisins pour voir à quel point la démocratie est rare et précieuse. L’exemple de la Syrie est très éloquent : le 26 mai 2021, Bachar El-Assad a été réélu Président de la République arabe syrienne avec 95,1% des voix. Il dirige la Syrie d’une main de fer depuis… le 17 juillet 2000 (c’est à peu près à cette date que sont arrivés au pouvoir Vladimir Poutine en Russie et Recep Tayyip Erdogan en Turquie, tous les deux démocratiquement élus et réélus…).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Naftali Bennett, Premier Ministre d’Israël à la place de Benyamin Netanyahou.
Israël 2020 : Benyamin Netanyahou vs Benny Gantz (3e round).
Benyamin Netanyahou a 70 ans.
Les élections législatives israéliennes du 17 septembre 2019.
Poisons et délices de la proportionnelle.
Les enjeux des élections législatives israéliennes du 9 avril 2019.
Golda Meir.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
Massacre à Gaza.
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Tentative de paix en 1996.
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

_yartiBennettA04



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210613-bennett.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/naftali-bennett-premier-ministre-d-233712

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/13/39013946.html









 

Partager cet article
Repost0
4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 03:46

« J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » (Blaise Pascal, posthume, 1670).


_yartiEgypte2021A01

Ce n’était pourtant pas un poisson d’avril, ce n’était pas non plus une manifestation de Pâques malgré la date parce que c’était en terre musulmane, quoiqu’on puisse imaginer là un avatar innovant de la Résurrection, mais cela a eu de quoi surprendre.

Effectivement, le samedi 3 avril 2021 a eu lieu dans la soirée au Caire, à 18 heures (heure de Paris), pendant une quarantaine de minutes, un très étrange convoi funéraire : vingt-deux pharaons, dont quatre reines (les autres étaient des hommes), ont paradé en grandes pompes dans la capitale égyptienne pour rejoindre leur dernière demeure. Ou plutôt, leur nouvelle demeure car depuis deux siècles, ces malheureuses personnalités ont été ballottées au gré des ego et des impératifs culturels et politiques.

Ce sinistre défilé, car il s’agit bien d’un sinistre défilé, puisqu’il s’agit d’un transfert de cadavres, des momies découvertes dans la Vallée des Rois, près de Louxor (à la rive gauche du Nil), avait l’objectif de déménager une salle de l’ancien Musée du Caire, place Tahrir, dans le Musée national de la civilisation égyptienne (NMEC), situé près des pyramides, prés aussi du nouveau Grand Musée égyptien (GEM), au Plateau de Gizeh (il doit ouvrir au public au milieu du mois d’avril 2021). Parmi les monarques en déplacement, on peut citer les plus connus du grand public, c’est-à-dire le pharaon Ramsès II et la reine Hatshepsout.

À titre personnel, je trouve assez odieuse cette idée de vouloir exposer des momies, idée qui date d’il y a plus d’un siècle et demi et qui vaut de mettre à la vue du public des cadavres asséchés qui mériteraient de bénéficier du même respect, tout pharaons qu’ils fussent, que n’importe qui. C’est un truc à vouloir se faire incinérer.

Cette parade d’un fort mauvais goût (les vingt-deux chars étaient décorés selon ce qu’on pourrait imaginer de "l’époque") a été organisée par l’égyptologue égocentré Zahi Hawass, fort sympathique au demeurant, mais dont les connaisseurs savent qu’il a assuré la préemption de toute découverte archéologique sur sol égyptien à ses propres fins "commerciales".

_yartiEgypte2021A03

Celui qui fut nommé très éphémèrement Ministre des Antiquités égyptiennes dans le gouvernement égyptien quelques jours avant la fin de l’ère moubarakienne et quelques jours après le début de la Révolution égyptienne (il y a dix ans) avait été le très influent patron du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes de 2002 à 2011. Cette noble institution fondée par l’égyptologue français Mariette en 1858, a été dissoute en 2011 et remplacée par un ministère. Il est difficile de trouver des documentaires télévisés sur les découvertes archéologiques égyptiennes récentes sans y voir incrustée l’image de Zahi Hawass qui en a fait une affaire personnelle. On soutiendra cependant son combat pour préserver le patrimoine égyptien voire rapatrier certains monuments qui ont quitté l’Égypte depuis deux siècles (du moins, ceux qui ne furent pas offerts par le peuple égyptien mais plutôt "empruntés" par des archéologues cleptomanes).

S’il faut saluer le fait que ces vingt-deux momies seront accueillies dans un meilleur environnement technique (contrôle de l’humidité, de température, etc.) destiné à leur meilleure conservation, avoir fait de leur transfert une opération de communication politique à visée nationaliste (événement diffusé en direct à la télévision) n’est pas forcément le résultat d’une très bonne inspiration.

À cette occasion, Zahi Hawass a déclaré à l’AFP : « Les momies seront présentées pour la première fois d’une belle façon, à des fins éducatives. Pas pour le sensationnalisme. ». Et pourtant, exposer des cadavres restera avant tout du sensationnalisme. Au contraire de la précédente exposition, chaque momie sera exposée à côté de son sarcophage d’origine, de sa biographie et, le cas échéant, des scanners qui auraient été réalisés dans le passé. Dans l’ancien musée, ces momies avaient été placées sans aucune information les concernant. Mais cette sobriété était-elle vraiment plus du sensationnalisme que la nouvelle exposition ? La nouvelle présentation donnerait plutôt l’idée qu’un corps reste seulement une "chose", objet d’étude, et pas un "résidu" d’humain qui mériterait le respect, aussi ancien soit-il.

Les vingt-deux momies ne sont donc pas transférées au GEM mais au NMEC, car le GEM, qui reprendra toutes les collections de l’ancien Musée du Caire, est surtout consacré au (jeune) pharaon Toutankhamon, très célèbre, que l’archéologue britannique Howard Carter a découvert le 4 novembre 1922 dans son tombeau d’origine, jamais encore violé. Pendant les travaux, une partie des trésors de sa tombe a été exposée à l’étranger, en particulier à la Grande Halle de la Villette à Paris il y a deux ans (j’ai eu la chance d’y aller), exposition itinérante mondiale qui a été bousculée par la crise sanitaire en 2020. Pas question de mettre les vingt-deux momies au GEM, selon Zahi Hawass : « Le GEM a le roi Toutankhamon, la star. Si vous ne mettez pas de momies au NMEC, personne ne va y aller ! ». L’explication a l’avantage d’être franche et directe.

_yartiEgypte2021A02

Mais mauvaise inspiration que ce défilé en grandes pompes, car cette cérémonie qui avait la volonté de redorer (c’est le cas de le dire) le blason du tourisme égyptien, particulièrement en berne depuis dix ans, ne va peut-être pas améliorer l’image du pays. En effet, de nombreuses catastrophes sont survenues peu avant ce défilé mégalomaniaque, et ont conduit beaucoup d’Égyptiens à y voir une nouvelle version de la fameuse malédiction des pharaons.

Bien sûr, c’est de la superstition (je n’y ai jamais cru et je n’y crois pas plus aujourd’hui, corrélation n’a jamais été causalité), mais qu’on regarde cette accumulation de malheurs dont a été victime l’Égypte cette semaine.

D’abord, il y a eu du 23 au 29 mars 2021 ce fameux blocage du Canal de Suez par un paquebot qui a fait attendre des centaines de navires au point de provoquer un mini-choc pétrolier (et un choc complotiste sur Hillary Clinton !). Cet incident, qui a été heureusement entièrement résorbé ce week-end, a cependant donné de grandes frayeurs internationales.

Mais il est des catastrophes plus coûteuses en vies humaines. En effet, le 26 mars 2021 a eu lieu un accident ferroviaire de grande ampleur (une collision frontale entre deux trains sur une voie unique) à 350 kilomètres au sud du Caire qui a coûté la vie à 32 voyageurs. Le 27 mars 2021 au matin, un immeuble résidentiel de dix étages, à l’est du Caire, dans un quartier populaire, s’est effondré (probablement en raison de sa vétusté) et a tué au moins 25 personnes. Le même jour, 28 mars 2021, un incendie a ravagé des boutiques désaffectées près de la gare de Zagazig, à 80 kilomètres au nord du Caire, heureusement sans faire de victimes.

Toutes ces catastrophes ont contribué à renforcer l’idée d’une malédiction des pharaons, mais il faut se rappeler que, à l’origine, il s’agissait de la malédiction "du" pharaon, à savoir de Toutankhamon, qui aurait tué tous ceux qui ont approché son tombeau. Mais pourquoi en voudrait-il à ses sujets 3 347 ans après sa mort prématurée ? À cette veille de Pâques 2021, Toutankhamon devait au contraire être content : il ne sera pas dérangé par ses prédécesseurs et ses successeurs, puisqu’ils habitent désormais dans une annexe de son prestigieux nouveau palais !… Le voilà confirmé comme le véritable maître d’Égypte !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Momies : la nouvelle malédiction des pharaons ?
Toutankhamon.
Le buste de la reine Néfertiti.
Mort du Raïs.
Anouar El-Sadate.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
Les Accords de Camp David.
Et Moubarak, que devient-il ?
Sissi imperator.
Gamal Abdel Nasser.
Abdel Fattah Al-Sissi et Mohamed Morsi.
Marine Le Pen en Égypte.
Les révolutions arabes de 2011.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Et si l’on écoutait Michel Rocard ?
Moubarak démissionne.
L’obélisque de la Concorde.
Transition égyptienne : entre colère et raison.
L’Égypte, fin janvier 2011.
Une autre victime au Caire le 22 février 2009.

_yartiEgypte2021A04




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210403-malediction-pharaons.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/etonnant/article/momies-la-nouvelle-malediction-des-232096

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/03/38900931.html






 

Partager cet article
Repost0
17 décembre 2020 4 17 /12 /décembre /2020 03:59

« Apparemment négative puisqu’elle ne crée rien, la révolte est profondément positive puisqu’elle révèle ce qui, en l’homme, est toujours à défendre. » (Albert Camus, 1951).


_yartiRevolutionTunisienne01

La révolution tunisienne, qu’on a aussi appelée révolution de jasmin, a commencé il y a dix ans, le 17 décembre 2010. Un événement a déclenché une véritable révolte au sein du peuple tunisien qui a entraîné le départ d’un autocrate et la mise en place d’une transition démocratique en Tunisie. Avec l’effet dominos, d’autres pays furent touchés par cette révolution, d’abord le Yémen et l’Égypte, puis la Libye et la Syrie, etc.

C’est ce qu’on a appelé les Printemps arables (en 2011) qui ont, certes, transformé durablement le monde musulman, mais probablement pas comme on aurait pu l’imaginer. La démocratie n’a vraiment été essayée qu’en Tunisie, et la tentative en Égypte s’est soldée par l’alternative malheureusement fréquente dans les pays musulmans entre une autocratie militaire et une démocratie islamisée, comme cela se retrouve aussi en Turquie.

Revenons rapidement aux événements tunisiens.

Mohamed Baouazizi, un commerçant ambulant de fruits et légumes à Sidi Bouzid, s’est fait confisquer sa marchandise en absence d’autorisation légale. Désespéré et ne pouvant nourrir sa famille, il s’est immolé à 26 ans devant le siège du gouvernorat le 17 décembre 2010. Il fut alors hospitalisé dans le service des grands brûlés d’un hôpital du pays, à Ben Arous.

Dans la même situation que Mohamd Baouazizi, des dizaines de commerçants sont sortis dans la rue le même jour pour le soutenir et protester contre les conditions de vie difficiles. Très vite, la police est intervenue et il y a eu des blessés. Le 22 décembre 2010, un autre jeune, lui aussi dans la misère, Houcine Neji (24 ans) s’est tué sur un poteau électrique, par électrocution en train de se préparer à se suicider.

Le mouvement s’est étendu à d’autres villes tunisiennes vers le 23 décembre 2010, la police a tenté de réprimer le mouvement, en tirant, elle a tué Mohamed Ammari le 24 décembre 2019 à Menzel Bouzaiane. Les manifestations se sont encore étendues jusqu’à la capitale Tunis le 27 décembre 2010 et le mouvement commençait à être incontrôlable. D’autres manifestants furent tués par balle par la police qui a tenté de réprimer ces manifestations. De nombreux morts et blessés furent à déplorer durant ces manifestations et les affrontements avec la police.

Pendant cette période des fêtes de fin d’année, en France, peu imaginaient ce qui allait se passer quelques semaines plus tard. Peu s’intéressaient à cet événement et pour ceux qui s’y intéressaient, peu y voyaient autre chose qu’une simple révolte provoquée par la misère sociale que la répression policière aurait matée tristement mais facilement.

En Tunisie, le pouvoir était plus lucide. Le Président Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, autocrate soutenu par les puissances européennes et américaine, a bien compris l’enjeu et est allé rencontrer Mohamed Baouzizi dans sa chambre d’hôpital le 28 décembre 2010. Ben Ali a même proposé à la famille de l’argent et un emploi pour apaiser le sentiment d’injustice et la colère. Hélas, le 4 janvier 2011, Mohamed Baouzizi a succombé à ses blessures. Le lendemain, 5 000 personnes ont assisté à son enterrement et ont renforcé leur mouvement de protestation contre le pouvoir.

Pour donner une idée de "l’inconscience", ou plutôt, du manque de prise de conscience des événements par la France, la réponse de la Ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie (également Ministre d’État), lors d’une question au gouvernement posée par le député Jean-Paul Lecoq à l’Assemblée Nationale le 11 janvier 2011, a été catastrophique. Non seulement elle annonçait que la France soutenait le pouvoir tunisien, mais elle lui proposait son aide et son expertise pour réprimer les manifestants.

Elle a déclaré notamment : « Face à cela, plutôt que de lancer des anathèmes, notre devoir est de faire une analyse sereine et objective de la situation. Parlons du fond, tout d’abord. Il est vrai que dans ces deux pays [Tunisie et Algérie], il y a énormément d’attente (…) de pouvoir entrer au marché du travail. (…) Il s’agit, en particulier, de toutes les conditions nécessaires que la communauté internationale tout entière doit mettre pour permettre aux jeunes et aux jeune diplômés de pouvoir accéder au marché du travail. Le deuxième problème est effectivement celui des décès et des violences constatées à l’occasion de ces manifestations. On ne peut que déplorer des violences concernant des peuples amis. ».

Et la phrase qui a fait scandale : « Pour autant, je rappelle que cela montre le bien-fondé de la politique que nous voulons mener quand nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type. C’est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays de permettre, dans le cadre de la coopération, d’agir dans ce sens, afin que le droit de manifester soit assuré de même que la sécurité. ».

Manifestement, Michèle Alliot-Marie n’avait rien compris au film. Elle s’est accrochée à son ministère jusqu’au 27 février 2011, acculée à la démission après les révélations sur ses vacances tunisiennes passées à Noël 2010 auprès de proches de Ben Ali (pendant le début de la révolution) et ses intérêts financiers en Tunisie.

Cette phrase particulièrement abjecte qui plaçait le gouvernement français aux côtés des forces répressives de Ben Ali, a été d’autant plus étonnante que cette ministre, depuis mai 2002, l’une des ministres qui a été ministre à la plus grande longévité, était hyper-prudente et ne voulait jamais faire de vague, espérant devenir un jour Première Ministre. Ce qui montrait bien que le soutien à Ben Ali était un réflexe diplomatique français (et plus largement international) qui allait de soir et qui ne prêtait même pas à discussion. Ses rétropédalages ultérieurs n’ont pas permis d’effacer cette phrase dite au moment où le pouvoir à Tunis vacillait mais que tout restait encore possible.

Au fur et à mesure que les manifestations ont eu lieu, la répression également, Ben Ali a compris qu’il ne retrouverait plus sa légitimité. Lâchement, il a fui son pays le 14 janvier 2011 avec une tonne et demie d’or, en se réfugiant en Arabie Saoudite, laissant la Tunisie dans un état insurrectionnel sans solution. À l’origine, il comptait voir le chaos s’installer et revenir en homme providentiel. C’était sous-estimer son peuple.

Premier Ministre depuis le 17 novembre 1999, Mohamed Ghannouchi a formé un nouveau gouvernement le 17 janvier 2011 et a pris des mesures pour libéraliser le régime. Le mouvement, les grèves, les manifestations ont pourtant continué, le gouvernement a été remanié le 27 janvier 2011, mais ce n’était pas suffisant et le 27 février 2011, Mohamed Ghannouchi a démissionné, marquant la fin de la révolution tunisienne. Ancien ministre, Béji Caïd Essebsi lui a succédé pour mettre en place une véritable transition démocratique. Au-delà du départ de Ben Ali, c’était son parti qu’il fallait sortir de toutes les instances de pouvoir. Le 7 mars 2011, la sûreté de l’État et la police politique ont été dissoutes par le gouvernement, la décision fut très populaire.

Les élections du 23 octobre 2011 ont désigné les 217 députés de l’Assemblée nationale constituante tunisienne pour entamer un processus de nouvelle Constitution. Non seulement ces élections furent le premier scrutin libre de la Tunisie depuis son indépendance en 1956, mais aussi le premier scrutin libre des Printemps arabes. Le rôle de cette assemblée fut de rédiger la nouvelle Constitution (elle fut adoptée le 26 janvier 2014 et appliquée le 10 février 2014). Le secrétaire général de Ennahdha, parti islamiste, Hamadi Jebali, a alors succédé à Béji Caïd Essebsi comme Premier Ministre le 24 décembre 2011 car son parti a obtenu la majorité relative.

La Tunisie reste une démocratie très fragile. Après une Présidence de Béji Caïd Essebsi (élu le 21 décembre 2014 et mort à la fin de son mandat), un candidat indépendant proche des conservateurs, Kaïs Saïed, a été élu le 13 octobre 2019, tandis qu’une majorité relative était revenue aux islamistes après un passage dans l’opposition. Cependant, un gouvernement de coalition a été désigné par une majorité fragile.

Beaucoup d’intérêts, dans le monde musulman, veulent détruire la démocratie tunisienne car elle est le seul exemple de démocratie dans le monde musulman. Les attentats islamistes ont affaibli autant économiquement que politiquement cette démocratisation : le 18 mars 2015, 24 personnes ont trouvé la mort au Musée du Bardo près de Tunis ; le 26 juin 2015, 38 personnes ont trouvé la mort sur une plage dans la région de Sousse ; le 24 novembre 2015, 12 personnes ont trouvé la mort dans l’explosion d’un bus à Tunis ; le 7 mars 2016, 65 personnes ont trouvé la mort dans un assaut à Ben Gardane ; le 27 juin 2019, un attentat suicide a tué une personne à Tunis ; le 6 mars 2020, une personne a été tuée dans des attentats suicides à Tunis.

Au 4 mai 2012, le bilan humain de la révolution tunisienne a été officiellement de 367 morts (dont 8 enfants et 29 forces de l’ordre) et de 2 174 blessés.

Si les Printemps arabes ont effectivement apporté la démocratie en Tunisie, avec un début de pérennité mais toujours fragile, les autres pays où la révolution s’est développée n’ont pas apporté la démocratie. Les mouvements sont nés après la prise de conscience qu’ils pouvaient faire démissionner les dirigeants du pays.

L’Égypte a "imité" la Tunisie à la fin de janvier 2011 et l’autocrate Hosni Moubarak a également démissionné quelques semaines plus tard mais après une phase de démocratie qui a fait élire un islamiste à la tête de l’État, une reprise en main des militaires a rassuré la communauté internationale et remis l’Égypte à la case départ. La Syrie est en guerre civile depuis une dizaine d’années et les victimes se comptent en centaines de milliers, avec le maintien du dictateur Bachar El-Assad. Au contraire, la Libye s’est délivrée de son dictateur Kadhafi mais reste dans une sorte de guerre civile impliquant des clans quasi-irréconciliables. Le Yémen est dans une situation conflictuelle très compliquée, terrain de guerre entre sunnites saoudiens et chiites iraniens (premières manifestations dès le 16 janvier 2011).

Plus généralement, l’effet principal des Printemps arabes fut hélas très négatif avec l’implantation de Daech en Syrie et en Irak, puis, après avoir été délogés, la création d’une nuée de mouvements autour de Daech, aussi cruels que décentralisés, qui ont commis de très nombreux attentats partout dans le monde et en particulier en France (Charlie Hebdo, Bataclan, esplanade de Nice, etc.). Le bilan des Printemps arabes pourrait donc être considéré comme considérablement désastreux pour la paix et les valeurs humanistes…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
10 ans de révolution tunisienne.
Albert Memmi.
Élie Kakou.
Ben Ali ne sera jamais jugé… mais la démocratie tunisienne passe.
Le premier tour de l’élection présidentielle tunisienne du 15 septembre 2019.
Béji Caïd Essebsi.
Interview de Béji Caïd Essebsi diffusée sur France Inter le 3 décembre 2016 (à télécharger).
Daech.
Les révolutions arabes de 2011.
Ben Ali a 80 ans.
La fuite de Ben Ali.

_yartiRevolutionTunisienne02



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201217-revolution-tunisienne.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/10-ans-apres-la-revolution-229557

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/13/38704222.html







 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).