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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 05:59

« La passion criminelle n’est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d’autres passions. (…) Partout, dans le monde, et sans aucune exception, où triomphent la dictature et le mépris des droits de l’Homme, partout vous y trouverez inscrite, en caractères sanglants, la peine de mort. (…) La vraie signification politique de la peine de mort, c’est bien qu’elle procède de l’idée que l’État a le droit de disposer du citoyen jusqu’à lui retirer la vie. C’est par là que la peine de mort s’inscrit dans les systèmes totalitaires. » (Robert Badinter, le 17 septembre 1981 au Palais-Bourbon, à Paris).


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L’ancien dictateur irakien Saddam Hussein a été exécuté il y a dix ans, le 30 décembre 2006, à l’âge de 69 ans.

Devant un tribunal d’exception, le premier (et seul) procès de Saddam Hussein a commencé le 19 octobre 2005 pour le massacre de 143 chiites à Doujaïl en 1982 à la suite de l’attentat manqué contre Saddam Hussein du 8 juillet 1982 (Jacques Vergès et Roland Dumas lui proposèrent de le défendre).

Saddam Hussein refusa de reconnaître l’autorité du tribunal et refusa de reconnaître la Constitution ratifiée par référendum le 15 octobre 2005, se prétendant encore Président de l’Irak. Il n’y a pas eu de défense véritablement réelle et le procès a connu de nombreuses irrégularités. Le 19 juin 2006, le procureur général a requis la peine de mort. Le 5 novembre 2006, le tribunal a condamné Saddam Hussein à la peine de mort par pendaison pour crime contre l’humanité. Le 26 décembre 2006, la cour d’appel a confirmé la sentence.

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L’exécution a eu lieu très vite après la confirmation de la condamnation. Pourtant, il devait y avoir d’autres procès qui le concernaient également. Le 30 décembre 2006, tôt le matin, au nord de Bagdad, ce furent des Irakiens chiites qui exécutèrent Saddam Hussein. Une vidéo (qui avait été illégalement tournée) a fait le tour du monde.


Un dictateur incontestable

Après d’autres opérations militaires, Saddam Hussein a participé activement au coup d’État baasiste du 17 juillet 1968 qui donna le pouvoir à Ahmad Hassan Al-Bakr, ancien Premier Ministre du 8 février 1963 au 18 novembre 1963, devenu Président de la République du 17 juillet 1868 au 16 juillet 1979 tout en cumulant les fonctions de Premier Ministre. Le 30 juillet 1968, Saddam Hussein prit la tête des services de sécurité, puis fut nommé Vice-Président de la République à partir de 1971 et s’imposa tellement dans le gouvernement qu’il a contraint Ahmad Hassan Al-Bakr à donner sa démission le 16 juillet 1979. Dès le milieu des années 1970, Saddam Hussein était incontournable pour toutes les affaires importantes du pays.

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À 42 ans, Saddam Hussein a atteint le pouvoir suprême en Irak, Président de la République et Président du Conseil de commandement révolutionnaire du 16 juillet 1979 au 9 avril 2003 et Premier Ministre du 16 juillet 1979 au 23 mars 1991 et du 29 mai 1994 au 9 avril 2003.

Pour renforcer son autorité, juste après sa prise de pouvoir, il a rassemblé des milliers de responsables du parti Baas au cours d’une assemblée qu’il a présidée en fumant le cigare et a accusé de haute trahison 22 des cadres présents, qui furent arrêtés en pleine assemblée et exécuté immédiatement à l’extérieur.

Durant le quart de siècle de dictature, il a massacré des chiites, des Kurdes, fait la guerre contre l’Iran et annexé le Koweït (précipitant une intervention militaire internationale en 1991).

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Après les attentats du 11 septembre 2001, à tort notamment pour la France, les troupes américaines et britanniques (entre autres) ont attaqué l’Irak le 20 mars 2003 et ont conquis Bagdad le 9 avril 2003. Comme d’autres responsables du parti Baas, Saddam Hussein se réfugia dans la clandestinité, se cachant dans un abri sous terre pendant huit mois. Barbu, fatigué, en possession de 750 000 dollars et de deux kalachnikovs, il fut découvert et arrêté à Tikrit le 14 décembre 2003.


Peine de mort et exécution

Au cours de ce procès, trois autres personnes furent condamnées à mort : Taha Yassine Ramadan, chef de l’armée de 1974 à 1991, Vice-Président de la République de mars 1991 à avril 2003, Barzan Al-Tikriti, chef des renseignements et ancien ambassadeur, et Awad Hamed Anadar, président du tribunal révolutionnaire de Doujaïl, furent exécutés le 20 mars 2007 pour le premier, et le 15 janvier 2007 pour les deux autres.

Ce procès fut une véritable mascarade puisque les droits élémentaires de la défense n’ont pas été accordés (des témoins de la défense ont même été mis en prison pour faux témoignage). Certaines organisations de défense des droits de l’Homme ont protesté contre ce procès. Un procès qui était un peu plus rigoureux que celui des époux Ceausescu le 25 décembre 1989 et aussi (évidemment) que le lynchage de Mouammar Kadhafi le 20 octobre 2011 mais qui aurait dû être plus régulier, notamment en mémoire des victimes de Saddam Hussein (son exécution a empêché de le juger sur d’autres crimes contre l’humanité).

Indépendamment de cela, même si le procès s’était déroulé dans les normes admissibles, la condamnation à mort de Saddam Hussein poserait encore aujourd’hui un problème réel. On aurait pu le dire aussi pour la condamnation et l’exécution d’Ali le Chimique (exécuté le 25 janvier 2010). On aurait pu également l’imaginer pour un procès contre Adolf Hitler ou le penser pour celui, réel, contre Pierre Laval (exécuté le 15 octobre 1945).

Ministre de la Justice lors du procès de Pierre Laval, Pierre-Henri Teitgen (MRP) a reconnu que le procès comportait de graves irrégularités : « L’affaire Laval a été abominable, abominable en ce sens que l’instruction a été bâclée au vrai sens du mot. Le procès a été mal conduit. Il n’a pas disposé des garanties nécessaires : je suis le premier à le reconnaître. Mais cela ne veut pas dire que Laval était un innocent. ».

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Personne ne s’apitoiera sur le destin de Saddam Hussein car il fait partie de ceux qui ont couvert la terre du sang de ses victimes. Il reste que justement, parce qu’il a été cruel, l’idée que je me fais des droits de l’Homme et de la démocratie impose que les ennemis de ces assassins n’utilisent pas les mêmes méthodes pour assurer la justice. On ne compense jamais une barbarie par une autre barbarie. C’est même le contraire : en usant de procédé barbare, on conforte la barbarie qu’on avait eu la prétention de condamner.

Certes, on pouvait imaginer que la mort de Saddam Hussein avait un objectif politique dans un pays en pleine confusion et en guerre civile. Dix ans plus tard, l’Irak a oublié Saddam Hussein mais sa situation reste encore très confuse politiquement et militairement. Une grande partie de son territoire a été occupée par Daech. Depuis le 17 octobre 2016, des troupes de la coalition internationale tentent de reprendre le contrôle de la (grande) ville de Mossoul. Cette reprise va sans doute être un massacre comme à Alep.

Dans ce désastre sanglant qu’a été la guerre en Irak, les États-Unis, qui auraient pu modifier le cours des événements concernant le sort de Saddam Hussein, n’ont pas forcément gagné la guerre de civilisation qu’ils ont cru mener au Moyen-Orient. La barbarie a cette méchante caractéristique de pouvoir s’étendre rapidement…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Saddam Hussein.
L’exécution de Saddam Hussein (30 décembre 2006).
Mary Jane Veloso.
Quatorze exécutions pour le 29 juillet 2016 ?
Un nouveau sursis pour Serge Atlaoui (13 juillet 2016).
La Turquie d’Erdogan.
Encore un espoir ?
Pierre Bas, le député de l’abolition de la peine de mort.
François Mitterrand, pas si abolitionniste que sa réputation…
Compte à rebours ?
L'insoutenable légèreté de son avenir.
Les droits de l'Homme.
Vers un moratoire en Indonésie ?
Le pape résolument contre la peine de mort.
Les valeurs de la République.
Le rejet du dernier recours de Serge Atlaoui.
Serge Atlaoui échappe de peu à l'exécution.
Encore la peine de mort.
Chaque vie humaine compte.
Rapport d’Amnesty International "Condamnation à mort et exécutions en 2014" (à télécharger).
Il n’y a pas d’effet dissuasif de la peine de mort (rapport à télécharger).
Peshawar, rajouter de l’horreur à l’horreur.
Hommage à George Stinney.
Pourquoi parler des Maldives ?
Maldives : la peine de mort pour les enfants de 7 ans.
Pour ou contre la peine de mort ?
La peine de mort selon François Mitterrand.
La peine de mort selon Barack Obama.
La peine de mort selon Kim  III.
La peine de mort selon Ali le Chimique.
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
Flou blues.
Pas seulement otage.
Pas seulement joggeuse.
Nouveau monde.
Le 11 septembre 2001.
Chaos vs complot.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161230-saddam-hussein.html

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/la-corde-de-saddam-hussein-187674

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 06:20

« Le Marocain ne demande pas grand chose. Il veut juste que le pays et l’économie tournent. Si l’on lui dit qu’on n’est pas en mesure de faire un truc pour lui, le Marocain comprend et accepte. Un jour, une dame m’a demandé ce que je pensais de la pauvreté au Maroc. Je lui ai dit : "Madame, les Marocains peuvent accepter la pauvreté mais jamais, jamais, ils n’accepteront de se faire voler ou d’être victimes d’injustices". » (Abdelilah Benkiran, Premier Ministre du Maroc, devant des diplômés de HEC Paris).



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Parfois, il y a de quoi être rassuré sur le degré d’indignation des peuples. Mais aussi s’inquiéter que les sujets d’indignation ne cessent de se multiplier.

Les grandes manifestations qui ont accompagné au Maroc l’enterrement de Mouhcine Fikri le 30 octobre 2016 à Al-Hoceima, et qui ont continué les jours suivants, non seulement dans cette ville de 250 000 habitants du Rif, région souvent négligée du Maroc, mais aussi dans les autres grandes villes marocaines comme Rabat, Casablanca et Marrakech, ont traduit le désarroi, la stupeur, la colère, la solidarité et l’indignation face au sort tragique de Mouhcine Fikri.

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Âgé de 31 ans, ce vendeur de poissons a été poursuivi puis arrêté par la police le 28 octobre 2016 au soir parce qu’il avait pêché des espadons, une espèce qu’il est interdit de pêcher. Il avait forcé un barrage routier près du port de la ville côtière.

La police a confisqué les caisses d’espadons et, après la décision du procureur, a voulu procéder immédiatement à leur destruction dans un camion poubelle. Le malheureux vendeur a alors voulu récupérer sa marchandise dans la benne à ordures et fut broyé par elle sous les yeux des policiers, mais aussi, de la caméra d’un smartphone qui a diffusé immédiatement les images dans les réseaux sociaux, suscitant l’émotion et l’indignation.

Le rapport d’autopsie publié le 30 octobre 2016 a expliqué que le décès fut engendré par « un choc hémorragique suite à une plaie thoracique occasionnant un hémopneumothorax ». Des fractures des cinq premières côtes gauches et droites ont également été constatées.

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Le roi Mohammed VI a voulu réagir rapidement en demandant à son Ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad et au ministre délégué Charki Draiss de présenter ses condoléances à la famille de Mouhcine Fikri. Mohamed Hassad a déclaré à l’AFP le 30 octobre 2016 : « Sa Majesté ne veut pas que ce genre d’accidents se reproduise » et veut mettre tout en œuvre pour « établir les circonstances exactes du drame et en punir les responsables ».

L’enquête dira s’il s’agissait d’un accident qui aurait pu être évité ou un acte de violence provenant d’une ou de plusieurs personnes. À ce jour, onze personnes ont déjà été arrêtées dans cette affaire, dont trois proches de la victime.

Cette tragédie a rappelé que le Maroc était un pays très inégalitaire, avec une partie qui commence à se développer, Benoît Delmas, journaliste de l’hebdomadaire "Le Point", a ainsi évoqué l’implantation d’une usine de Boeing près de Tanger qui va créer 8 700 emplois, et une situation sociale encore très précaire, notamment chez les jeunes qui présentent un taux de chômage de 40% dans les villes.

Alors que la COP22 (22e conférence sur le réchauffement climatique) va se tenir au Maroc, à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016, certains manifestants ont voulu crier : « Ici, on broie des gens ! ». La manière très brutale d’arrêter le vendeur et de confisquer ses biens a choqué des milliers de personnes, d’autant plus que cette petite infraction ne valait pas cette tragique conséquence d’une mort particulièrement horrible, en présence de personnes qui n’ont pas su réagir pour le sauver.

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Parmi les pancartes des manifestants, on a pu lire « Nous sommes tous Mouhcine ! », histoire de rappeler que la vie quotidienne au Maroc n’était pas facile et très constratée. Beaucoup de manifestants ont fustigé la "hogra" (l’arbitraire) qui règne dans la région.

Revenons rapidement sur contexte politique et institutionnel.

Le roi du Maroc Mohammed VI a succédé à son père Hassan II le 23 juillet 1999, c’est-à-dire, il y a plus de dix-sept ans. À l’époque, il avait à peine 36 ans et voulait moderniser son pays et développer son économie. Comme les autres pays arabes, le Maroc n’a pas "échappé" au Printemps arabe, avec de grandes manifestations à partir du 20 février 2011.

Au contraire de la Tunisie ou de l’Égypte, Mohammed VI a su rapidement prendre la mesure des réformes institutionnelles à mettre en œuvre et dès le 9 mars 2011, dans un grand discours, il a annoncé une large réforme de la Constitution qui allait démocratiser le pays : justice indépendante, parlement plus libre, etc. Cette réforme a été approuvée lors du référendum du 1er juillet 2011 par 97,6% des voix. Son taux de participation de 75,5% est très élevé en comparaison avec celui des élections législatives du 7 septembre 2007, qui était de 37%.

La nouvelle Constitution (la sixième depuis le 14 décembre 1962) fut promulguée le 29 juillet 2011. Elle engendra des élections législatives anticipées le 25 novembre 2011 avec une participation de 45,4%. Ce fut une victoire des islamistes du PJD (Parti de la justice et du développement) qui ont convaincu 27,1% des suffrages exprimés, soit le premier parti du pays, ce qui a plus que doublé leur représentation avec 107 sièges sur 395.

Parmi les réformes, des listes spécifiquement de femmes et de jeunes (de moins de 40 ans) ont permis l’entrée de députés jeunes et de députées femmes. Les élections du 25 novembre 2011 ont été considérées par l’ONU comme démocratiques, libres et sincères.

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Le 29 novembre 2011, Mohammed VI nomma Abdelilah Benkiran, secrétaire général du PJD depuis le 20 juillet 2008 (et confirmé le 14 juillet 2012), à la tête d’un gouvernement de coalition. Le roi n’avait pas d’autre choix puisque la nouvelle Constitution, qui a donné beaucoup plus de pouvoirs aux partis politiques, impose que le chef du gouvernement soit issu du parti arrivé en tête aux élections législatives. Il a succédé à Abbas El Fassi, Premier Ministre depuis le 15 octobre 2007, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, dont le parti, historique (celui de l’indépendance du Maroc), intégra la coalition gouvernementale.

Durant cette législature, Abdelilah Benkiran a formé et dirigé deux gouvernements. Le premier fut nommé le 3 janvier 2012 et le second, nommé le 10 octobre 2013, fut la conséquence d’une sortie du Parti de l’Istiqlal de la coalition annoncée le 12 mai 2013 et réalisée le 9 juillet 2013, en raison d’un changement dans la direction de ce parti (Abbas El Fassi fut remplacé par Abdelhamid Chabat le 23 septembre 2012).

Aux élections législatives du 7 octobre 2016, les islamistes ont renforcé leur implantation nationale avec 31,7% des suffrages exprimés et 125 sièges sur 395 (participation de 43%). Son parti étant resté en tête du paysage politique, Abdelilah Benkiran fut donc chargé le 10 octobre 2016 de former son troisième gouvernement qui n’est toujours pas constitué à ce jour.

Il y a moins d’un mois, donc, le parti islamiste a gagné de nouveau les élections et continue donc à gouverner le Maroc depuis le Printemps arabe en 2011, en laissant les fonctions régaliennes à Mohammed VI.

Le 14 mars 2015 à Rabat, Abdelilah Benkiran avait déclaré devant des diplômés marocains de la prestigieuse Université américaine de Harvard : « Il n’y aura pas d’avenir pour le Maroc si nous entrons en conflit avec la monarchie. Le Maroc a eu son Printemps arabe. Grâce à la clairvoyance de Sa Majesté le Roi, le discours royal du 9 mars [2011] a répondu aux attentes du peuple. Le feu a été suffisant pour chauffer la gamelle. Grâce à Dieu, il n’a pas été suffisant pour la brûler ! ».

Cette perception des événements diffère de celle d’Omar Iharchane, membre d’une organisation qui mobilisa beaucoup de manifestants lors du Mouvement du 20 février 2011 : « On est toujours dans une monarchie exécutive, même si j’ai conscience qu’on a fait bouger les choses. Les jeunes ont, en un an, accompli davantage que leurs aînés en plusieurs générations. On a compris qu’on pouvait obtenir des choses dans la rue : en 2011, il y a eu une revalorisation de tous les salaires de 300 dirhams, la libération de [25 000] détenus politiques, le retrait du holding royal de plusieurs secteurs de l’économie… ».

Amine Abdelhamid, militant de l’Association marocaine des droits de l’Homme, a souhaité être, avant tout, vigilant juste après les élections du 7 octobre 2016 : « Je reconnais que les libertés individuelles ont progressé. Pourtant, il n’y a pas eu de changement de fond sur le système, à mon avis, et même certains reculs, le dernier en date est une loi organique sur le droit de grève très restrictive, mais l’important, c’est que désormais, il y a de l’espoir dans les têtes des Marocains. ».

De même, autre membre de la même association, Tahani Brahma a parlé d’une nouvelle perspective de l’avenir : « Le mur de la peur s’est fissuré. Il y a un avant et un après : l’expression s’est libérée. Ces dernières années, on a vu des luttes se développer un peu partout dans le pays : récemment, des gens de Tanger ont manifesté contre les abus tarifaires de la société Amendis [filiale de Veolia], les étudiants en médecine, les professeurs sont sortis dans la rue, et la population a même défilé en 2013 contre un décret royal [qui avait gracié un Espagnol condamné pour pédophilie]. Contester un acte du roi aurait été impensable avant le 20 février [2011] ! ».

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C’est précisément pour cette raison que la mort atroce de Mouhcine Fikri et l’indignation et la colère qui ont suivi pourraient devenir un nouveau déclencheur au Maroc. Le Printemps arabe avait commencé en Tunisie par le suicide de Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant de fruits et légumes de 26 ans, le 17 décembre 2010 (qui est mort le 4 janvier 2011).

Aujourd’hui, c’est tout le Maroc, et plus généralement, toute l’humanité qui est révulsée par le destin tragique de ce malheureux vendeur de poissons interdits. Et personne ne comprendrait que les autorités marocaines ne réagissent pas par de nouvelles réformes profondes dans le domaine économique et social. Compassion et solidarité avec la famille de Mouhcine Fikri.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 novembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Les Printemps arabes de 2011.
Le Maroc.
L’Égypte.
La Tunisie.
La Syrie.
La Libye.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 00:32

« Je supprimerai de mon vocabulaire mot après mot. Le massacre fini, un seul rescapé : Solitude. Je me réveillai comblé. » (Cioran, "De l’Inconvénient d’être né", 1973).



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La reconquête de Mossoul, ville tenue par Daech, par les forces irakiennes à partir de ce lundi 17 octobre 2016 pourrait être humainement catastrophique pour ses 1,5 million d'habitants. En Syrie, une ville de même importance croule déjà sous les bombes, Alep. Des milliers de civils sont tués, dont des centaines d’enfants. Personne ne peut rester insensible à cette boucherie. Une rencontre entre John Kerry et Sergueï Lavrov a eu lieu à Lausanne ce 15 octobre 2016. Le lendemain, c'était Jean-Marc Ayrault à Londres pour le même sujet.

Il y a une population de 300 000 personnes, dans les quartiers est d’Alep, qui subit depuis le 22 septembre 2016 une série de bombardements désastreux. Les bombes principalement russes visent uniquement la population civile (les soldats de Daech ont quitté Alep depuis longtemps), et n’hésitent pas à cibler d’abord les hôpitaux. C’est l’horreur. C’était déjà l’horreur depuis le 19 juillet 2012 pour cette capitale économique de la Syrie, deuxième ville du pays, occupée par 1,7 million d’habitants. Mais depuis quelques semaines, c’est l’horreur dans l’horreur. Une véritable purification politique.

Étranges sont ceux qui furent parmi les premiers à s’inquiéter du sort des chrétiens d’Orient et qui laissent les bombardements d’Alep dans un cadre de realpolitik (on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs). Étranges sont ceux qui accusent la France d’être à la botte des États-Unis et qui se mettent eux-mêmes volontairement à la botte de Vladimir Poutine (au point parfois de faire financer leurs activités politiques françaises par cette puissance étrangère, drôle de patriotisme).

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L’une des raisons de la situation actuelle d’Alep, c’est justement que les États-Unis se sont plutôt désintéressés de la situation, malgré quelques initiatives diplomatiques de John Kerry. Ils ont, au contraire, laissé faire. C’est ce constat d’impuissance qu’avait fait le candidat Alain Juppé, invité de "L’émission politique" le 6 octobre 2016 sur France 2.

Les États-Unis avaient donné pour seuil d’intervention (la "ligne rouge") l’emploi d’armes chimiques. Malgré cet emploi, les Américains n’ont rien fait. Vladimir Poutine a alors compris que les États-Unis laisseraient tout passer en Syrie, et la Russie n’a donc pas hésité à intervenir lourdement sur le terrain. Elle en profite pendant la campagne présidentielle américaine. Lorsque le nouveau Président des États-Unis (ou nouvelle Présidente) sera en fonction, la Russie aura déjà bien "nettoyé" la région.

Montrer du doigt les autres massacres pour excuser celui d’Alep ? Drôle d’argumentation : dénonçons plutôt, aussi, le carnage des civils au Yémen par l’armée saoudienne (avec des armes françaises en plus) au lieu d’excuser, voire de justifier les canons russes ! Et notamment le raid du 8 octobre 2016 à Sanaa qui a tué plus de 140 civils. Reconnu le 15 octobre 2016 comme une "erreur" par les autorités saoudiennes...

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Le résultat de cette horreur, ce sera l’exil de 300 000 nouveaux réfugiés syriens délogés de leurs quartiers déjà meurtris. Bizarre que ceux qui ferment les yeux sur cette boucherie soient aussi parmi ceux qui dénoncent la trop grande arrivée de réfugiés sur le territoire européen. Toujours cette incohérence récurrente chez ceux qui ne défendent pas les valeurs intrinsèques et universelles de l’humain.

Éradiquer Daech ? Les pauvres habitants d’Alep ne sont pas les soldats de Daech. Le groupe sectaire islamiste terroriste se moque bien d’un tel massacre. En revanche, après Homs (ville assiégée du 6 mai 2011 au 1er décembre 2015 ayant conduit au massacre de milliers de civils), la "prise" d’Alep intéresse Bachar El-Assad dans sa volonté de reprendre le contrôle politique de son pays dévasté.

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C’est vrai qu’il y a de quoi s’interroger sur les atermoiements du Président français François Hollande à recevoir ou non le Président russe Vladimir Poutine qui devait venir à Paris le 19 octobre 2016 (et qui y a renoncé le 11 octobre 2016) et sur la cohérence de la politique française en Syrie (et ce n’est pas nouveau).

Il est clair cependant que la France cherche avant tout à stopper le massacre d’Alep. Jean-Marc Ayrault, le Ministre français des Affaires étrangères, s’est rendu à Moscou le 6 octobre 2016 pour rencontrer son homologue russe Sergueï Lavrov (en poste depuis le 9 mars 2004), mais sans succès. Le lendemain, le 7 octobre 2016, Jean-Marc Ayrault est allé au Conseil de Sécurité de l’ONU défendre une résolution pour mettre fin aux bombardements à Alep. La Russie s’est trouvée isolée internationalement, seul le Venezuela l’a rejointe dans son opposition à la résolution française. Le Royaume-Uni a fait une tentative du même genre quelques jours plus tard.

Sur le parallèle entre la Syrie et le Yémen (l’Arabie Saoudite a commencé à intervenir le 25 mars 2015), le journal "Libération" a rappelé fort opportunément le 12 octobre 2016 une réflexion du politologue Laurent Bonnefoy, spécialiste des mouvements salafistes et de la péninsule arabique contemporaine.

Ce dernier a expliqué le 25 mars 2016 pour l’hebdomadaire "L’Express" : « Aussi graves soient les pratiques de l’armée saoudienne, il y a une vraie différence d’échelle entre les crimes commis par la coalition arabe au Yémen et l’armée syrienne. Sanaa n’est pas Homs ou Alep. Il n’y a pas de stratégie délibérée de pousser la population à quitter les villes. Le problème tient plus à l’incurie des pilotes, à leur manque de professionnalisme et au mépris des Saoudiens pour le Yémen. ».

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Le candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon, soutien indéfectible de Vladimir Poutine, a donné toutes les bonnes excuses à la Russie le 11 octobre 2016 sur Public Sénat : « La guerre est toujours sale, elle est horrible, elle est abominable. ». Il n’empêche pas que tuer par milliers des civils ne donne aucune avancée utile face aux djihadistes de Daech, mais remplit un objectif politique précis, celui de maintenir au pouvoir le boucher Bachar El-Assad (le conflit syrien a coûté plus de 300 000 vies humaines).

Jean-Marc Ayrault a précisé la position de la France : « Si [la Russie] croit avoir une victoire sur Alep, il y aura un massacre. Et ça, ce n’est pas acceptable moralement. Par ailleurs, politiquement, cela ne ferait que renforcer des terroristes. Et ça, la France, qui est touchée en plein cœur, ne peut pas l’accepter. ».

Risque de renforcement du terrorisme et afflux nouveau et massif de réfugiés provenant d’Alep et fuyant le régime syrien, sont sans doute les deux principales motivations, au-delà de l’aspect purement moral, de la position de la France sur le siège d’Alep et sur l’attitude de la Russie.

En ce sens, la France ne met pas moins en pratique la realpolitik que les autres protagonistes, mais en prenant en compte ses propres intérêts. C’est peut-être cela qui a échappé aux laudateurs inconditionnels de Vladimir Poutine…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vladimir Poutine.
Le massacre d’Alep.
Le terrorisme islamiste.
Daech.
Chaque vie compte.
La peine de mort.
L’esprit républicain.
Être patriote.
Le Mali.
La Syrie.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160922-syrie-alep.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/le-massacre-d-alep-185546

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/10/17/34436077.html



 

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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 00:02

« J’a été extrêmement chanceux d’avoir rencontré de nombreuses fois cette personnalité exceptionnelle. Et à chaque fois, j’ai admiré son courage, son patriotisme, sa sagesse, sa vision et ses qualités. » (Vladimir Poutine, le 28 septembre 2016).



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Apôtre de la paix, récompensé par le Prix Nobel de la Paix en 1994, Shimon Peres, qui vient de disparaître, a réussi le tour de force de poursuivre son encouragement à la paix même après sa mort. En effet, son enterrement à Jérusalem ce vendredi 30 septembre 2016 a été l’occasion d’un rassemblement d’une centaine de grands responsables des pays du monde entier. Ce qui reste un événement très rare en Israël, le dernier date d’il y a plus de vingt ans lors de l’assassinat du Premier Ministre Yitzhak Rabin.

Parmi les invités étrangers très nombreux, on peut citer le Président français François Hollande et son prédécesseur Nicolas Sarkozy (qui ont fait le trajet dans le même avion), le Président américain Barack Obama, son prédécesseur Bill Clinton et  le Secrétaire d’État américain John Kerry, le roi d’Espagne Felipe IV, le Prince Charles, le Président allemand Joaquim Gauck, le Président ivoirien Alassane Ouattara, le Premier Ministre canadien Justin Trudeau, et ses prédécesseurs Jean Chrétien et Stephen Harper, etc.

Ils ont été accueillis par le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou et par le Président de l’État d’Israël, Reuven Rivlin, qui a carrément demandé pardon à Shimon Peres de l’avoir tant contesté de son vivant.

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L’invité le plus médiatique fut le Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a serré la main de Benyamin Netanyahou. On sait que la paix, la seule paix possible, ne peut être négociée que par ces deux responsables politiques, et une tentative de rencontre avait échoué en été dernier après une initiative diplomatique… de la Russie.

Au cours de cette poignée de main, Mahmoud Abbas a dit que cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas rencontré. C’est vrai qu’à part quelques croisements furtifs, comme le 30 novembre 2015 au Bourget à l’occasion de la COP21, ou encore le 11 janvier 2015 à Paris lors de la manifestation pour soutenir la France après les attentats contre "Charlie-Hebdo", ils n’ont plus beaucoup entretenu de relations. Ils s’étaient réunis le 14 septembre 2010 à Washington à l’initiative de la Secrétaire d’État de l’époque, Hillary Clinton, et les rumeurs de nouvelles rencontres étaient régulièrement émises. Les discussions pour trouver une paix durable attendent toujours d’être amorcées.

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C’est ce qu’a essayé d’expliquer Bill Clinton lors de la cérémonie d’hommage. Shimon Peres n’était pas naïf de vouloir la paix parce qu’il disait que cela ne servirait à rien à Israël de multiplier les victoires militaires tant que la paix n’était pas établie avec ses voisins arabes. Benyamin Netanyahou, qui fut son opposant politique récurrent (notamment en 1996), lui, estime que la paix ne peut passer que par la sécurité d’Israël.

C’est toujours le problème de la poule et de l’œuf : un jour, il faut bien faire un premier pas, un premier geste de réconciliation, pour rompre le cercle vicieux de la violence. Ce n’est pas facile. Cela s’est fait en Afrique du Sud pour sortir de l’apartheid. Cela s’est fait aussi entre la France et l’Allemagne mais il a fallu trois guerres dont deux mondiales. Shimon Peres a tenté de l’esquisser avec les Accords d’Oslo.

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Répondant à Mahmoud Abbas, Benyamin Netanyahou l’a remercié de sa présence. C’est là qu’on mesure toute la capacité d’unité nationale qui règne en Israël malgré un pays divisé politiquement en mosaïque de dizaines de partis. Dans l’esprit de Benyamin Netanyahou, Shimon Peres, tout adversaire politique qu’il était, faisait partie des siens, au point de dire à la Terre entière qu’il l’aimait. Une déclaration d’amour quasiment impossible à imaginer en France. L’allocution télévisée du Président Jacques Chirac le 8 janvier 1996, lors de la mort de son prédécesseur François Mitterrand qu’il admirait secrètement, fut sans doute le maximum possible en France pour ce genre d’hommage.

Peut-être que les Israéliens, qui n’ont jamais donné par eux-mêmes, par les urnes, le pouvoir à Shimon Peres, se rendent-ils compte aujourd’hui qu’il était effectivement un géant, reconnu comme tel par tous les pays. Barack Obama l’a d’ailleurs comparé carrément à un autre géant de l’humanité, Nelson Mandela. Partout, des messages de sympathie ont été transmis à la famille et au pays, du Président russe Vladimir Poutine (voir en début d’article) jusqu’au Président chinois Xi Jinping qui a parlé de lui comme d’un vieil ami de la Chine.

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En fait, depuis qu’il avait quitté la politique active (c’est-à-dire, un poste ministériel) pour un poste honorifique, les Israéliens l’avaient enfin apprécié : « La meilleure façon d’apprendre à nager est de le faire à contre-courant. Sans craindre la solitude, la controverse, l’impopularité. J’ai été attaqué toute ma vie, conspué, sans que cela influe jamais sur mon comportement. Et me voilà aujourd’hui Président d’Israël, doté de taux de popularité stupéfiant ! N’est-ce pas à méditer ? » (septembre 2009).

Le 30 septembre 2016, Shimon Peres a été enterré sur le Mont Herzl, l’équivalent du Panthéon français à Jérusalem, et sa tombe est placée juste entre deux autres Premiers Ministres israéliens, Yitzhak Rabin et Yitzhak Shamir. Le premier fut son rival pendant vingt ans au sein du Parti travailliste, à la personnalité très différente (Shimon Peres était diplomate et loquace, Yitzhal Rabin cassant et silencieux), et le second fut son adversaire politique du Likoud avec qui il aménagea une "cohabitation" (à l’israélienne) à la suite des élections législatives du 23 juillet 1984. L’infatigable travailleur (qui trouvait que les vacances étaient une perte de temps) va se reposer.

« La démocratie ne consiste pas à s’engager à ce que tous soient égaux, mais à ce que chacun puisse être différent, tout en étant traité également. Elle n’est plus la revendication de la libre expression, mais de l’auto-expression pour ne pas sombrer dans le trou noir de la globalité. Nous devons le comprendre et laisser la jeunesse bâtir un monde différent. » (Shimon Peres, 11 mars 2013).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160930-shimon-peres-C.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/un-geant-a-jerusalem-185124

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 06:01

« L’homme libre est celui qui n’a pas peur d’aller jusqu’au bout de sa pensée. » (Léon Blum).



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On pouvait le craindre depuis son hospitalisation le 13 septembre 2016 au cours de laquelle il luttait entre la vie et la mort à la suite d’un grave accident vasculaire cérébral. Shimon Peres est mort à 93 ans ce matin du 28 septembre 2016 à Tel-Aviv.

Cela me fait beaucoup de peine car non seulement il était le dernier dirigeant de la génération historique des fondateurs de l’État d’Israël, c’est la course naturelle du temps qui l’impose, mais il était aussi l’un des derniers sages d’Israël, l’un de ceux qui ont toujours milité, même dans les moments les plus difficiles, en faveur de la paix entre Israéliens et Palestiniens.

Pourtant, s’il était un géant moralement (une autorité morale incontestable reconnue mondialement), il a toujours été un nain politiquement, dans son pays, et malgré une carrière politique plus qu’éblouissante, il n’a jamais été vraiment aimé des électeurs israéliens.

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Effectivement, il n’a jamais été élu Premier Ministre sur son nom propre. Les trois périodes où il a été Premier Ministre, ce furent souvent par hasard ou à moitié. Il n’a jamais conduit son parti (travailliste) à une victoire des urnes.


Chef de plusieurs gouvernements …par hasard

Shimon Peres est devenu Premier Ministre du 22 avril 1977 au 21 juin 1977 pour assurer l’intérim après la démission de son prédécesseur Yitzhak Rabin, touché par deux scandales, mais il perdit les élections législatives du 17 mai 1977 en n’obtenant que 32 sièges sur 120 (24,6% des votes) face à son adversaire du Likoud, Menahem Begin, 43 sièges (33,4%).

Quand il est redevenu Premier Ministre du 13 septembre 1984 au 20 octobre 1986, c’était après un résultat mitigé aux élections législatives du 23 juillet 1984, qui a abouti à une grande coalition (comme actuellement en Allemagne) entre les travaillistes et le Likoud, une direction du gouvernement tournante qu’il a dû partager avec son adversaire d’alors, Yitzhak Shamir. En tête avec 44 sièges sur 120 (et 34,9% des votes), il n’avait pas réussi à rassembler une majorité et a dû gouverner avec Yitzhak Shamir et ses 41 sièges (31,9%).

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Enfin, la troisième fois qu’il est redevenu Premier Ministre, ce fut du 4 novembre 1995 au 17 juin 1996, juste après le tragique assassinat de son prédécesseur (à nouveau) Yitzhak Rabin, et il a encore échoué aux élections législatives du 29 mai 1996. Certes, il était, là aussi, arrivé en tête avec 34 sièges sur 120 (et 26,8% des votes) mais incapable de construire une majorité au contraire de son concurrent du Likoud, Benyamin Netanyahou et ses 32 sièges (25,1%) qui accéda ainsi pour la première fois au poste de Premier Ministre (il l’est aussi actuellement).

Comme on le voit, la vie politique israélienne est assez difficile à comprendre car le paysage politique est composé d’une mosaïque de petits partis politiques et le scrutin proportionnel empêche les majorités claires, si bien que les gouvernements sont souvent tributaires de petits partis extrémistes ou fondamentalistes qui sont en général très rarement favorables à une paix durable.


Une carrière politique très dense

Né le 2 août 1923 en Pologne dans une région qui fait désormais partie de la Biélorussie, Shimon Peres a suivi sa famille en 1933 à Tel-Aviv. Il participa à l’armée israélienne en 1947 avant de travailler pour le Ministère de la Défense en 1953. Acteur de la diplomatie militaire des premières années de l’État d’Israël, il initia une coopération avec la France à l’époque du gouvernement de Guy Mollet.

Shimon Peres a toujours aimé la France et les Français et s’est rendu très souvent, au cours de sa longue existence, en France, qui le lui a bien rendu ; souvent, les journalistes français ne comprenaient pas les échecs électoraux de celui qu’ils considéraient comme le plus sage des personnalités politiques israéliennes.

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L’engagement politique de Shimon Peres peut être daté du 3 novembre 1959 quand il fut élu pour la première fois député à la Knesset dans le sillage du Premier Ministre travailliste David Ben Gourion. À partir de ce moment-là, le 21 décembre 1959, a commencé une très longue carrière ministérielle qui s’est achevée le 4 juillet 2007, démissionnaire en raison d’un autre honneur. Il serait un peu fastidieux de citer tous ses postes. On peut citer l’Immigration, les Communications, les Transports, l’Information, la Défense, les Affaires religieuses, l’Intérieur, les Affaires étrangères, les Finances, la Coopération régionale, et le Développement économique régional.

Il fut par ailleurs chef du Parti travailliste de 1977 à 1992, de 1995 à 1997 et de 2003 à 2005. Au-delà de ses fonctions de Premier Ministre, il fut souvent Vice-Premier Ministre (cumulant avec un portefeuille) : du 20 octobre 1986 au 15 mars 1990, du 7 mars 2001 au 2 novembre 2002, du 10 janvier 2005 au 23 novembre 2005 et du 4 mai 2006 au 4 juillet 2007. On ne pourrait pas dire que Shimon Peres ne fût pas gourmand de ces responsabilités ministérielles, au point d’accepter certaines coalitions contre nature (avec le Likoud notamment).


La paix comme refrain personnel

Deux faits politiques majeurs furent à son actif.

D’une part, il contribua de façon déterminante, comme Ministre des Affaires étrangères, aux négociations qui ont débouché sur les Accords d’Oslo dont la déclaration de  principe fut signée le 13 septembre 1993. Ce furent des accords pour installer une paix durable entre Israéliens et Palestiniens (bien oubliés aujourd’hui). Shimon Peres ne fut pas sur la photo de la poignée de main historique entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sous le regard du Président américain Bill Clinton, mais son rôle décisif fut reconnu ; il fut récompensé symboliquement, avec Rabin et Arafat, par l’attribution du Prix Nobel de la Paix en octobre 1994.

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D’autre part, après avoir été battu le 9 novembre 2005 par Amir Peretz à la tête du Parti travailliste, il accepta un bouleversement du paysage politique avec son ancien adversaire du Likoud, le Premier Ministre Ariel Sharon, pour créer un nouveau parti dit centriste, Kadima, et proposer une paix unilatérale avec les Palestiniens, dans la perspective d’élections législatives anticipées prévues le 28 mars 2006.

L’hospitalisation (définitive) d’Ariel Sharon, alors Premier Ministre, le 4 janvier 2006, à la suite d’une seconde hémorragie cérébrale (la première avait eu lieu le 18 décembre 2005) aurait dû, en toute logique, conduire Shimon Peres, numéro deux de Kadima, à redevenir Premier Ministre (toujours par hasard). Il avait alors 82 ans et a déclaré renoncer à cette fonction le 9 janvier 2006, laissant la voie à Ehud Olmert.


Au sommet de l’État d’Israël

La boulimie de postes politiques a pu aussi s’observer lorsque Shimon Peres a été candidat à l’élection présidentielle israélienne du 31 juillet 2000. Il n’a recueilli que 57 voix sur 120 contre 63 en faveur de son adversaire du Likoud Moshe Katsav qui, à la suite d’un scandale sexuel, a dû démissionner de son poste présidentiel quelques semaines avant la fin de son mandat, laissant une image ternie de la fonction.

Shimon Peres se représenta à l’élection présidentielle du 13 juin 2007 et fut, cette fois-ci, élu au second tour par 86 voix favorables sur 120, après un premier tour où il avait obtenu 58 voix sur 120 contre 37 en faveur de son adversaire du Likoud Reuven Rivlin.

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Ainsi, Shimon Peres, seul ancien Premier Ministre dans cette fonction, fut Président de l’État d’Israël du 15 juillet 2007 au 24 juillet 2014, un poste honorifique. Il avait presque 91 ans à la fin de son mandat. Son successeur, élu le 10 juin 2014, fut son ancien concurrent, Reuven Rivlin.

Plus qu’un homme politique israélien, marqué principalement par des échecs électoraux, Shimon Peres restera surtout un symbole d’une paix difficile à se frayer dans un monde qui voudrait toujours rester belliqueux. Hommage lui soit rendu.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 septembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 06:40

Ou comment celui qui prétendait combattre les intégristes se fait protéger par d’autres intégristes…


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Zine el-Abidine Ben Ali, ancien Président de la République tunisienne, a 80 ans ce samedi 3 septembre 2016. Il était, avec Hosni Moubarak, Mouammar Kadhafi et Abdelaziz Bouteflika, parmi les potentats d’Afrique du Nord dont le maintien au pouvoir devait faire barrage à l’islamisme intégriste.

Un rempart très fragile… Les révolutions arabes sont nées en Tunisie. Mohamed Bouazizi, un vendeur de fruits et légumes ambulant désespéré, se suicida le 17 décembre 2010. Il est mort le 4 janvier 2011 de ses blessures, et auparavant, le 28 décembre 2010, comprenant que les manifestations de soutien devenaient dangereuses pour son pouvoir, Ben Ali était venu le voir à l’hôpital. Le 14 janvier 2011, Ben Ali décréta l’état d’urgence, mais finalement, ne maîtrisant rien, il a dû fuir le pays. Un nouveau Président fut proclamé le soir même (Fouad Mebazaa).

On se souvient à quel point le gouvernement français manqua de clairvoyance à propos de la signification de ces événements. La Ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie (qui fête ses 70 ans le 10 septembre prochain) avait même proposé à Ben Ali le 11 janvier 2011 l’aide de la France pour réprimer les manifestants (avec envoi de grenades lacrymogènes). Cela l’a d’ailleurs conduit, le 27 février 2011, à finir en queue de poisson sa brillante carrière ministérielle (ministre sans interruption depuis le 7 mai 2002).

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Mais revenons à Ben Ali. Étudiant en France (Saint-Cyr) et aux États-Unis (où il fut diplômé ingénieur en électronique), le général Ben Ali dirigea de 1964 à 1974 la sécurité militaire puis fut attaché dans différents postes de la haute fonction publique. Directeur de la sûreté générale de 1978 à 1980, puis ambassadeur en Pologne de 1980 à 1984, Zine el-Abidine Ben Ali fut nommé à la tête de la sûreté nationale le 29 octobre 1984. Puis Ministre de la Sûreté nationale le 23 octobre 1985, ministère qu’il a créé et qu’il cumula avec le Ministère de l’Intérieur à partir du 28 avril 1986, promu en mai 1987 avec le titre de Ministre d’État. Le 2 octobre 1987, enfin, il est parvenu au poste de Premier Ministre tout en gardant l’Intérieur.

Cette ascension fulgurante dans les responsabilités de l’État (et aussi au sein du parti unique), dans des postes en rapport avec la sécurité, en a fait le dauphin le plus crédible du vieux Président Habib Bourguiba, atteint de sénilité, à une période où la guerre de succession faisait rage.

Ben Ali semblait alors se retrouver dans la situation de Bourguiba trente ans auparavant : tout en occupant des postes ministériels (Défense, Affaires étrangères), Habib Bourguiba fut en effet Premier Ministre de la Tunisie du 11 avril 1956 au 25 juillet 1957 avant d’être élu Président de la République tunisienne par l’Assemblée Constituante. Bourguiba fut ensuite réélu Président au suffrage universel direct le 8 novembre 1959, le 8 novembre 1964, le 2 novembre 1969, le 3 novembre 1974 et il fut élu Président à vie le 18 mars 1975 (Bourguiba est finalement mort à 96 ans le 6 avril 2000).

Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1987, Ben Ali fut à l’origine d’un véritable coup d’État médical où il ordonna à un groupe de médecins de juger Bourguiba inapte à gouverner (trop vieux, 84 ans). Comme le voulait la Constitution du 1er juin 1959, Ben Ali assura l’intérim présidentiel à partir du 7 novembre 1987, prit le pouvoir complet au sein du parti au pouvoir et organisa des élections générales pour asseoir son pouvoir. Selon l'amiral Fulvio Martini cité par "La Repubblica" du 10 octobre 1999, le putsch aurait été encouragé par le chef du gouvernement socialiste italien Bettno Craxi pour remplacer Bourguiba par Ben Ali dans l'optique de stabiliser la situation politique de la Tunisie. Mais Bettino Craxi a démenti le même jour et était un ami de Bourguiba.

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Dans son allocution du 7 novembre 1987, Ben Ali se justifia ainsi : « L’époque que nous vivons ne peut plus souffrir ni présidence à vie ni succession automatique à la tête de l’État desquels le peuple se trouve exclu. Notre peuple est digne d’une vie politique évoluée et institutionnalisée, fondée réellement sur le multipartisme et la pluralité des organisations de masse. ». Hélas, ces belles paroles n’ont jamais été suivies des faits, à cause des mouvements intégristes.

Ben Ali fut ensuite élu Président de la République le 2 avril 1989 avec 99,3% des voix (!), puis réélu le 20 mars 1994 avec 99,9% des voix, le 24 octobre 1999 avec 99,5% des voix, le 24 octobre 2004 avec 94,5% des voix et le 25 octobre 2009 avec 89,6% des voix. Le 26 mai 2002, il organisa un référendum approuvant à 99,5% la fin de la limitation des mandats présidentiels et le prolongement à 75 ans de l’âge maximal des candidats (ce qui lui permettait de rester au pouvoir jusqu’en octobre 2014 ; le 12 janvier 2011, il avait proposé aux opposants de renoncer à se représenter en 2014 !).

En tout, Ben Ali a dirigé la Tunisie pendant plus de vingt-trois ans dans un climat de fort népotisme et de corruption généralisée au profit du clan de sa seconde femme. Durant ces années de pouvoir, il aurait accumulé 5 milliards d’euros placés à l’étranger.

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Ben Ali s’est réfugié à Djeddah, en Arabie Saoudite, au bord de la mer Rouge. Étrange destination pour celui qui voulait s’opposer à l’intégrisme islamiste en Tunisie et qui est désormais protégé par le pays musulman le plus rétrograde.

Aucun signe de sa part n’a été publié depuis le 14 janvier 2016. Plusieurs procès ont eu lieu contre lui en Tunisie. Le 23 mai 2012, un procureur a même requis la peine capitale contre lui. Par contumace, Ben Ali fut finalement condamné à la réclusion à perpétuité plusieurs fois, le 13 juin 2012, le 19 juillet 2012, le 30 avril 2013 et le 12 mai 2014.

Au contraire de l’Égypte, revenue à l’avant-révolutionnaire, la Tunisie essaie difficilement de montrer qu’un pays musulman peut aussi devenir une démocratie. Fragile, certes, mais réelle. La dernière élection présidentielle, celle du 21 décembre 2014, l’a démontré. Béji Caïd Essebsi (qui aura 90 ans le 29 novembre prochain) est devenu Président de la République tunisienne le 31 décembre 2014 après un processus démocratique reconnu sincère internationalement. C’est pour cette raison que le dernier Prix Nobel de la Paix fut attribué le 9 octobre 2015 aux quatre organisations, réunies dans le Quartet du dialogue national, qui ont réussi à faire vivre cette démocratie naissante.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Ben Ali.
Kadhafi.
Moubarak.
Bouteflika.
Assad.
Morsi.
Sissi.
Putsch raté en Turquie.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Vade-mecum des révolutions arabes.
Faut-il intervenir en Libye ?
Et si l’on écoutait Michel Rocard ?
La fuite de Ben Ali.
La Syrie en contestation.
Moubarak démissionne.
Transition égyptienne : entre colère et raison.
L’Égypte, fin janvier 2011.

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http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/ben-ali-roi-detrone-184195

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 06:35

« La démocratie est une façon de préserver l’État de droit. Mais il n’y a pas, dans la démocratie, de principe en vertu duquel la majorité a raison, parce que la majorité peut commettre d’énormes erreurs, mettre en place un tyran, voter pour la tyrannie, comme cela s’est produit assez fréquemment. » (Karl Popper, "La Leçon de ce siècle", 1993).


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Les nombreux événements géopolitiques des trois dernières années font qu’il n’y a plus beaucoup de partisans de l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne.

Même l’un de ses grands promoteurs, Michel Rocard, commençait à douter peu avant sa disparition : « J’étais un partisan farouche de son adhésion dans le cadre ‘une Europe large avec les Anglais. On aurait pu construire une Europe à plusieurs vitesse (…). L’Europe aurait aussi été un facteur stabilisant en Turquie en réglant les crises chypriote et kurde, et en favorisant de meilleures relations avec l’Arménie. Mais c’est trop tard. Les Turcs se sont sentis insultés quand Valéry Giscard d’Estaing s’est prononcé en 2002, pour des raisons de politique intérieure. (…) Le Président Erdogan est en pleine dérive autocratique. Il marche sur la voie du Tunisien Bourguiba. » ("L’Opinion", le 27 décembre 2015).

La tentative du coup d’État militaire qui a eu lieu dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016 va rendre particulièrement incertaines les relations futures que peuvent avoir la Turquie avec ses partenaires internationaux. Si les États-Unis de Barack Obama et l’Allemagne d’Angela Merkel ont promptement condamné la tentative de putsch et appelé à soutenir le pouvoir légal (démocratiquement élu), la position géostratégique de la Turquie est de plus en plus impalpable.

Le bilan (provisoire ?) est de 265 morts (selon Binali Yildirim), dont 114 loyalistes, 104 putschistes (dont un général) et 47 civils. Dès l’échec de la tentative, une large purge a été décidée tant dans l’armée (pourtant déjà purgée de ses éléments kémalistes) avec 2 839 arrestations de militaires (dont 5 généraux et 29 colonels) que dans la justice avec le limogeage de 2 745 juges par le Haut Conseil de la magistrature turque et l’arrestation d’Alparslan Altan, l’un des dix-sept juges de la Cour Constitutionnelle (depuis le 29 mars 2010).

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Le pays est grand, fier et musulman. Il a à sa tête une personnalité particulièrement populaire dans son pays bien que controversée (capable d’évoquer Hitler dans son argumentation institutionnelle) : Recep Tayyip Erdogan (62 ans), ancien maire d’Istanbul du 27 mars 1994 au 6 novembre 1998, ancien président et fondateur du parti majoritaire au pouvoir, musulman (AKP), du 14 août 2001 au 27 août 2014, ancien Premier Ministre du 14 mars 2003 au 28 août 2014, est le Président de la République de Turquie depuis le 28 août 2014 (élu le 10 août 2014).

L’AKP est le premier parti de Turquie sans discontinuité depuis les élections législatives du 3 novembre 2002. Les dernières élections, anticipées, se déroulèrent le 1er novembre 2015 et ont donné à l’AKP 317 sièges de député sur 550, avec 49,5% des voix.

Il n’est pas difficile de comprendre que le retour précipité de vacances du Président Erdogan, le 16 juillet 2016 à Istanbul, n’a rien à voir avec la mine défaite de Mikhaïl Gorbatchev à la fin de la tentative de coup d’État à Moscou le 22 août 1991. Au contraire, il faudrait plutôt le comparer à Boris Eltsine, triomphant, qui avait grimpé sur l’un des chars des putschistes pour les arrêter.

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Il sera sans doute difficile de bien comprendre l’enchaînement des événements, mais la diffusion d’un message télévisé de Recep Tayyip Erdogan grâce à son smartphone au début du putsch a encouragé ses partisans à sortir manifester son soutien et à faire barrage aux putschistes qui n’ont pris le contrôle de cette chaîne de télévision qu’une fois l’appel lancé. Les mosquées ont fait également beaucoup pour défendre Erdogan. Résultat, le coup d’État a échoué malgré le bombardement du Parlement et du palais présidentiel car les putschistes n’ont pas compris qu’il fallait d’abord s’attaquer aux voies de communication et aux nouvelles technologies.

La Turquie est habituée aux coups d’État militaires. Ils visent généralement à arrêter la mise en place d’un régime aux tentations islamistes et l’armée, à la tradition de laïcité très française, intervient alors quand il y a danger islamiste.

C’est assez courant d’ailleurs dans des pays musulmans, que ce soit en Égypte avec la destitution le 3 juillet 2013, par le général Abdel Fattah al-Sissi, de Mohamed Morsi, islamiste et Président démocratiquement élu le 17 juin 2012, ou encore en Algérie avec l’interruption, le 11 janvier 1992, du processus électoral commencé au premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991, lorsqu’il était clair que les islamistes arriveraient au pouvoir par les urnes (ils avaient obtenu 47,3% et 188 sièges sur 430 ; le second tour, qui n’a jamais eu lieu, aurait dû se tenir le 16 janvier 1992).

Pourtant, cela pourrait aussi être un coup d’État d’une autre nature, pourquoi pas un coup d’État qui mettrait en place une révolution de type iranien ? Ou encore, et cela se supputera forcément, les théories du complot sont souvent nombreuses, un faux putsch pour permettre à Erdogan d’asseoir définitivement son pouvoir.

Il faut en effet bien comprendre que depuis 2015 se joue une bataille constitutionnelle cruciale. Devenu Président de la République en succédant à Abdullah Gül (65 ans), premier Premier Ministre AKP du 19 novembre 2002 au 14 mars 2003 et Président de la République du 28 août 2007 au 28 août 2014, Erdogan voudrait transformer le régime parlementaire (ou "militaro-parlementaire") de la Turquie en régime présidentiel où le Président concentrerait la majeure partie des pouvoirs (actuellement, c’est le Premier Ministre le véritable chef de l’exécutif).

Or, l’héritier d’Erdogan, Ahmet Davutoglu (57 ans), qui lui a succédé tant à la tête du gouvernement que du parti au pouvoir (AKP), a refusé le principe de cette réforme constitutionnelle. Il lui a alors donné sa démission le 22 mai 2016 et c’est Binali Yildirim (60 ans), très proche d’Erdogan, qui a repris les fonctions de Premier Ministre le 24 mai 2016. Favorable à la révision constitutionnelle voulue par Erdogan, Binali Yildirim a fait de la lutte contre le terrorisme, provenant tant des islamistes de Daech que des séparatistes kurdes, son cheval de bataille.

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Erdogan a beaucoup évolué depuis qu’il est au pouvoir en 2002. Considéré de centre droit, l’AKP se voulait être musulman selon le modèle allemand de la démocratie chrétienne. En 2011, il a voulu que la Turquie soit un exemple pour les dictatures qui se libéraient de ses tyrans en Afrique du Nord en proclamant qu’il y avait, dans un pays musulman, une réelle troisième voie, démocratique, entre une dictature militaire et un régime théocratique (islamiste).

C’est moins clair aujourd’hui. Les aspirations démocratiques d’Erdogan sont de moins en moins certaines et la contestation dans les rues d’Istanbul née en mai 2013 a montré que chez lui, la démagogie à tendance islamique l’emportait sur les valeurs démocratiques. La laïcité est de plus en plus mise à mal, et l’armée de plus en plus purgée. Les nombreux attentats (très meurtriers) à Istanbul et à Ankara ont renforcé la confusion.

Erdogan joue un rôle international très flou et est parvenu à se mettre en confrontation tant avec les Israéliens (à cause d’un bateau d’aide humanitaire pour Gaza), qu’avec les Russes (un avion abattu) et les conséquences de la tentative de putsch a de grands risques de remettre en cause les liens traditionnellement amicaux entre la Turquie et les États-Unis car Erdogan a accusé son opposant récurrent, Fethullah Gülen (75 ans), qui vit en exil en Pennsylvanie, d’être à l’origine de ce putsch (assertion qu’a formellement démentie l’intéressé).


La Turquie était même soupçonnée de laisser implicitement se développer Daech à ses frontières, car cela lui permettait d’en profiter aussi pour réprimer les force kurdes. Pourtant, entre les deux entités, il y a une opposition politique forte puisque Daech souhaite étendre "son" califat partout où il le peut et se comporte historiquement en concurrent direct de l’ancien empire ottoman.

Le 16 juillet 2016 à Istanbul, Recep Tayyip Erdogan a demandé aux parlementaires de débattre sur le rétablissement de la peine de mort : « C’est la loi dans un État démocratique d’analyser et de débattre de toute question ! ». En proposant une telle mesure, il a définitivement renoncé à entrer dans l’Union Européenne.

La Turquie est un pays clef de la crise des réfugiés, accueillant environ deux millions de réfugiés et est le lieu de passage de la migration vers l’Europe. Il est un pays clef du Proche et Moyen-Orient aussi dans la mesure où il a la forte volonté de peser sur les affaires de la région face à l’Iran et à l’Arabie Saoudite.

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Le pouvoir de Recep Tayyp Erdogan s’est renforcé depuis quelques jours. En purgeant massivement  la justice et l’armée, il s’assure le succès de la présidentialisation du pays et confirme son leadership sur le pays.

Ce n’est certainement pas une victoire pour les démocrates et les républicains qui, par la laïcité, veulent absolument séparer la religion des affaires politiques. Et l’attentat de Nice, qui a massacré 84 personnes dont 10 enfants et blessé plus de 200 autres personnes dont 18 ont encore à ce jour le pronostic vital engagé, qui fut préparé et prémédité, provenant d’un islamiste radicalisé et pas d’un homme désespéré, vient terriblement rappeler que ce qu’il se passe en Syrie et en Turquie ne nous est nécessairement pas étranger…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 juillet 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’attentat de Nice du 14 juillet 2016.
Le génocide arménien et la Turquie.
Le monde musulman en pleine transition.
Islamisation de la Turquie : ne pas se voiler la face !
Crise des réfugués.
Daech.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160715-turquie.html

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/putsch-rate-en-turquie-erdogan-182973

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/07/18/34092192.html

 

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 06:21

« Vous symbolisez les Nations Unies, et le Congrès [des États-Unis] est hostile aux Nations Unies. On vous reproche aussi d’avoir tenté de prendre le contrôle des autorités militaires américaines. » (Madeleine Albright à Boutros Boutros-Ghali, en novembre 1996).


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C’est l’ambassadeur vénézuélien Rafael Ramirez, président du Conseil de Sécurité de l’ONU en février 2016, qui a annoncé officiellement la disparition. L’ancien diplomate égyptien Boutros Boutros-Ghali est mort ce mardi 16 février 2016 à l’âge de 93 ans. Grand partisan de la paix au Proche-Orient, il a été cependant le premier Secrétaire Général de l’ONU à ne pas voir renouveler son mandat. Amoureux de la France, il fut aussi le premier Secrétaire Général de la Francophonie.

Je me souviens d’avoir écouté avec beaucoup d’attention Boutros Boutros-Ghali à la télévision française, invité de la fameuse émission politique "L’heure de vérité" sur Antenne 2, au milieu des années 1980. Il était alors le chef de la diplomatie égyptienne et j’avais été très étonné de l’entendre parler un français parfait, d’autant plus correct et châtié que bien des Français n’en avaient plus l’habitude ! Parmi les nombreuses casquettes qu’il avait, il fut membre du conseil scientifique de la Fondation Res Publica, le "think tank" créé par l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement.

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Chrétien né au Caire le 14 novembre 1922, Boutros Boutros-Ghali était une grande figure de l’Égypte moderne, à la fois intellectuelle et politique. C’était d’ailleurs familial ; il était issu d’une haute bourgeoisie copte, d’une famille très cultivée, riche et impliquée dans la politique.

Car son grand-père Boutros Ghali (1846-1910) fut lui-même Premier Ministre d’Égypte du 12 novembre 1908 au 21 février 1910 et Ministre égyptien des Affaires étrangères du 16 avril 1894 au 21 février 1910 (il fut assassiné le 21 février 1910), après avoir était Ministre de la Justice, Ministre des Finances et Ministre de l’Intérieur. Son oncle aîné Naguib Pacha Boutros-Ghali fut, lui aussi, Ministre égyptien des Affaires étrangères du 19 décembre 1914 au 1er mars 1922, avant d’être Ministre de l’Agriculture. Un autre oncle Wassef Pacha Boutros-Ghali fut également Ministre égyptien des Affaires étrangères à plusieurs reprises, du 26 janvier 1924 au 24 novembre 1924, du 16 mars 1928 au 27 juin 1928, du 1er janvier 1930 au 20 juin 1930 et du 9 mai 1936 au 29 décembre 1937 (par nationalisme, Wassef Pacha Boutros-Ghali fut même fier d’avoir été condamné à mort par les Britanniques, peine commuée immédiatement en une réclusion à perpétuité).

Boutros Boutros-Ghali a expliqué bien plus tard le rôle des minorités en Égypte dans la première moitié du  XXe siècle : « Mon grand-père n’était pas anglophile, mais il était très occidentalisé, comme toute ma famille d’ailleurs. Profondément nationaliste, mais politiquement réaliste, il tenait pour nécessaire que l’Égypte s’ouvre à l’Occident. Je précise que, loin d’être rare, ce sentiment était assez répandu en Égypte, chez les chrétiens comme chez les musulmans. On croit généralement que les non-musulmans étaient en faveur de l’occidentalisation de l’Égypte par crainte qu’un islam majoritaire ne fasse d’eux des citoyens de seconde catégorie. C’est une idée fausse, car beaucoup de non-musulmans avaient occupé des fonctions importantes en terre d’islam. C’était même une des caractéristiques des sultans ottomans que de s’entourer de conseillers issus des minorités : avoir des ministres non musulmans les mettait à l’abri d’un coup d’État. Ce n’était pas dans le but d’acquérir une pleine citoyenneté que les chrétiens militaient pour une occidentalisation de l’Égypte, puisque dans les faits, ils possédaient déjà un pouvoir non négligeable, mais pour favoriser l’entrée du pays dans la modernité. À ces pro-Occidentaux s’opposaient les fondamentalistes islamiques qui estimaient que l’Égypte, faisant partie de l’Empire ottoman, se devait de rester ancrée dans le monde musulman. Le mouvement fondamentaliste que nous voyons à l’œuvre actuellement, et qui exige le retour aux valeurs de l’islam pur et dur, prêche et manifeste la volonté de chasser les "Croisés" de la terre d’islam, ne date pas d’aujourd’hui. » (3 février 2014).

Après des études de droit au Caire, il a soutenu un doctorat de droit international à Paris et fut diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris (Science Po). Il a commencé en 1949 une carrière universitaire au Caire comme professeur de relations internationales (jusqu’en 1977) et comme chercheur, notamment à la Société égyptienne de droit international (qu’il présida à partir de 1965) et au Centre d’études politiques et stratégiques (qu’il présida à partir de 1975), et ses activités se déroulaient aussi à Paris, à La Haye et aux États-Unis. Il fut l’auteur de nombreux ouvrages sur les relations internationales et d’une centaine de publications scientifiques, a fondé deux revues scientifiques internationales et a dirigé de nombreux groupes de réflexion sur les relations internationales. Ce fut à l’âge de 13 ans que Boutros Boutros-Ghali fut marqué par l’invasion de l’Éthiopie par Mussolini et l’exil du Négus (en 1935) et qu’il décida de consacrer sa vie aux relations internationales.

C’est son engagement politique qui le fit connaître au niveau international. Le Président Sadate le nomma Ministre égyptien des Affaires étrangères (comme Ministre d’État) le 17 novembre 1977 et il resta à ce poste jusqu’au 31 décembre 1991, confirmé par le Président Hosni Moubarak (qui l’a nommé également Vice-Premier Ministre). Pendant ces quatorze ans d’exercice de la diplomatie égyptienne, il a su montrer son implication en faveur des pays du Tiers-monde et sa volonté de promouvoir la paix.

Concrètement, ce fut lui et son alter ego israélien, le général Moshe Dayan, qui négocièrent les Accords de Camp David qui furent signés le 18 septembre 1978 par Mehanem Begin et Anouar El-Sadate sous le haut patronage du Président américain Jimmy Carter.

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Le 21 novembre 1991 à New York, ses compétences diplomatiques furent pleinement reconnues lors de son élection comme Secrétaire Général des Nations Unies où il succéda le 1er janvier 1992 à Javier Pérez de Cuellar. Premier responsable de l’ONU après la chute du mur de Berlin, il modernisa l’appareil de l’ONU alors que l’institution avait de graves ennuis financiers. Pendant cinq ans, il tenta d’être présent sur tous les fronts où la paix était à faire ou refaire, de Chypre à Haïti. Il a ainsi présenté dès le 17 juin 1992 un "agenda pour la paix" où il préconisait des actions pour prévenir les conflits, pour maintenir la paix dans les zones à l’équilibre fragile et pour rétablir voire imposer la paix dans les zones en guerre.

Parmi ses succès, il mena à terme des solutions négociées de paix pour les conflits au Cambodge, au Mozambique, au Salvador et au Guatemala. Il a également organisé la grande Conférence de Rio sur l’environnement et le développement du 3 au 14 juin 1992 réunissant 110 chefs d’État et de gouvernement et 178 pays, dont la dernière conférence, la COP21 en décembre 2015, fut la plus récente de la série. Cette Conférence de Rio a abouti à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.

Hélas pour Boutros Boutros-Ghali, l’ONU n’a jamais eu les moyens de ses ambitions, aucune armée permanente onusienne n’a pu être mise en place, et le droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU pour certains membres a rendu illusoire toute efficacité de l’instance internationale. Les États-Unis dirigé par Bill Clinton ont d’ailleurs si peu apprécié les initiatives de Boutros Boutros-Ghali qu’ils ont refusé de renouveler son mandat à la tête de l’ONU (décision sans précédent). Cela d’autant plus que la mort de dix-huit soldats américains fin 1993 en Somalie avait incité les États-Unis à le rendre responsable non seulement de l’enlisement du conflit en Somalie et en ex-Yougoslavie, et également responsable de ne pas avoir su empêcher le génocide au Rwanda.

Ce refus a paradoxalement permis au continent africain de présider pendant quinze ans aux destinées de l’ONU, après l’élection de Kofi Annan qui a succédé à Boutros Boutros-Ghali le 1er janvier 1997.  Le second mandat de l’actuel Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-Moon s’achève le 1er janvier 2017 et un Européen devrait probablement être désigné pour sa succession (Dominique de Villepin ?). Dès le 16 février 2016, Ban Ki-Moon avait fait l’éloge de son prédécesseur : « La communauté des Nations Unies pleure un dirigeant inoubliable qui a rendu de précieux services à la paix mondiale et à l’ordre international. ».

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Après l’ONU, Boutros Boutros-Ghali ne quitta cependant pas la scène internationale (il avait alors 75 ans) car il fut élu, au 7e Sommet de la Francophonie à Hanoi, le premier Secrétaire Général de la Francophonie en exercice du 16 novembre 1997 au 31 décembre 2002, laissant son mandat à l’ancien Président sénégalais Abdou Diouf (depuis 1er janvier 2015, c’est l’ancienne gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean qui exerce cette responsabilité).

Boutros Boutros-Ghali a déclaré à l’occasion de son engagement pour la Francophonie : « J’attache la plus haute importance à ce dialogue interlinguistique et interculturel car il me semble à l’origine de la légitimité de tous les idéaux que veut défendre la Francophonie au sein de la communauté internationale. (…) Les cultures, ce sont d’abord des viviers de valeurs et de représentations où nous puisons notre imaginaire et notre action. Car la culture ne doit pas être un appendice de l’action gouvernementale, elle doit en être l’essence et le support. (…) La culture est aussi politique, car il est bien évident qu’elle est, pour tous les peuples et toutes les nations, la grande école de la paix ! ».

Il a été ensuite nommé président de la Commission nationale égyptienne des Droits de l’homme mais n’a pas pour autant fait abolir la peine de mort dans son pays (au contraire). Ce passionné de la culture française possédait même un exemplaire de "L’Étranger" dédicacé par Albert Camus lui-même : « Je crois connaître les complexes et les traumatismes des pays situés au Sud de la planète. (…) La paix nécessite un investissement total, c’est comme le mythe de Sisyphe. »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 février 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Kurt Waldheim.
Hosni Moubarak.
Jimmy Carter.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160216-boutros-ghali.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/boutros-boutros-ghali-homme-d-etat-177802

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/02/18/33386779.html


 

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 19:55

Né le 20 août 1926 à AAït Yahia, Hocine Aït Ahmed fut l'un des principaux chefs du Front de libération nationale (FLN) et membre du gouvernement provisoire de la République algérienne qu'il a quitté en été 1962. En septembre 1963, il a fondé le Front des forces socialistes (FFS) qui demandait la libéralisation de la vie politique face à un FLN adepte du parti unique. Il fut arrêté en octobre 1964 et condamné à mort en 1964 et il s'est évadé le 1er mai 1966. Il s'est exilé en Suisse, est rentré seulement en décembre 1989 en Algérie mais est reparti en exil en juin 1992 après l'assassinat du Président Mohamed Boudiaf. Défenseur inlassable des droits de l'Homme, il a même soutenu une thèse de doctorat à Nancy, en 1975, sur "Les Droits de l’homme dans la Charte et la pratique de l’OUA". Il fut candidat à l'élection présidentielle face à Bouteflika du 5 février 1999 au 14 avril 1999, il a retiré sa candidature au dernier moment.

Ben Bella :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-103244420.html

Boudiaf :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-107433016.html

Chadli Bendjedid :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-110985885.html

Bouteflika :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-24696555.html

SR



 

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 18:23

Né le 9 avril 1921 à Jérusalem, après des études de littérature arabe, Yitzhak Navon fut diplomate en Urugay et en Argentine de 1949 à 1951 puis fut le collaborateur de Moshé Sharett et de David Ben Gourion. Il fut élu député (travailliste) en 1965. Yitzhak Navon fut élu Président de l'État d'Israël le 19 avril 1978 et occupa cette fonction du 24 mai 1978 au 5 mai 1983. Écrivain, il initia beaucoup de projets de développement culturel en Israël.

Sur Israël, lire aussi :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151104-yitzhak-rabin.html

SR

 

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Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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