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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 01:28

« Conscient de mes responsabilités, j’estime que la seule solution à la crise actuelle réside dans la nécessité de me retirer de la scène politique. Pour cela (…), je renonce, à compter de ce jour, à mes fonctions de Président de la République. ».


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Non, surtout, pas de contresens ni de songe d'été des gilets jaunes, ce n’est pas Emmanuel Macron qui a prononcé ces quelques mots, il ne s’agit pas de la France, mais il s’agit de l’Algérie, une allocution à la télévision nationale, le 11 janvier 1992, il s'agit de la démission du chef de l’État algérien qui a laissé le pays sans même de successeur car il n’y avait plus d’assemblée (car dissoute), or c’était le président de l’assemblée qui devait assurer l’intérim, et après lui, le président du Conseil constitutionnel qui s’est récusé. L’Algérie, pays ingouvernable ?

L’Algérie est un grand pays musulman avec beaucoup de jeunes, et surtout depuis la chute de Kadhafi, sa position géopolitique est stratégique dans la lutte contre le terrorisme islamiste international. C’est pourquoi la stabilité politique peut être souhaitée au-delà d’autres considérations, comme, par exemple, la démocratie.

Il y a quarante ans, le 9 février 1979, le colonel Chadli Bendjedid a accédé à l’âge de 49 ans (il est né le 1er juillet 1929 à Bouteldja) à la Présidence de la République algérienne démocratique et populaire. Il venait d’être élu deux jours auparavant, le 7 février 1979, seul candidat du FLN (Front de la libération nationale), le parti unique, avec 95,14% des voix. C’était moins qu’à la précédente élection présidentielle où Houari Boumediene (1932?-1978), son prédécesseur, candidat également unique, avait obtenu 99,50% le 10 décembre 1976.

Rappelons rapidement qu’à l’indépendance de l’Algérie, le 3 juillet 1962, l’État algérien s’est organisé institutionnellement d’une manière peu démocratique : le FLN prit le pouvoir et en organisa le monopole constitutionnel. Ahmed Ben Bella (1916-2012), Vice-Président du gouvernement provisoire du 19 septembre 1958 au 22 juillet 1962, fut désigné président du FLN le 27 septembre 1962 et cumula le même jour cette fonction avec celle de Président du Conseil des ministres (chef du gouvernement). Il a contraint Ferhat Abbas (1899-1985), le premier Président de la République algérienne (et ancien Président du Gouvernement provisoire du 19 septembre 1958 au 9 août 1961), à démissionner. Le 15 septembre 1963, Ahmed Ben Bella fut élu Président de la République avec 99,60% des voix (unique candidat), tout en dirigeant le gouvernement.

À la suite de son coup d’État du 19 juin 1965, alors Ministre de la Défense et Vice-Président du Conseil des ministres, Houari Boumediene a repris tout le pouvoir de Ben Bella (qu’il a fait enfermer), à savoir la Présidence de la République (la seule pseudo-élection a eu lieu en 1976, voir ci-dessus), la Présidence du Conseil des ministres et la présidence du FLN. Un Conseil de la Révolution a été institué du 19 juin 1965 au 10 décembre 1976, présidé par lui et dont Chadli Bendjedid et Abdelaziz Bouteflika, entre autres, furent membres (nommés par Boumediene).

Boumediene, dont le leadership national et même international (il fut le Secrétaire Général du Mouvement des non-alignés du 5 septembre 1973 au 16 août 1976) fut peu contesté, est mort à l’hôpital d’Alger le 27 décembre 1978 d’une maladie du sang (à l’âge de 46 ans), plongeant l’Algérie dans l’incertitude institutionnelle. Durant un intérim assuré par le Président de l’Assemblée populaire nationale, Rabah Bitat (1925-2000), une nouvelle élection présidentielle fut organisée, entièrement contrôlée par le FLN, le 7 février 1979.

Quel a été le choix du FLN ? Ce furent les militaires algériens qui choisirent Chadli Bendjedid en tant que le plus ancien et le plus haut gradé des leurs. À l’âge de 25 ans, Chadli Bendjedid s’est engagé au FLN dans la guerre d’indépendance ("de libération nationale"). Il entama une carrière militaire pendant et après la guerre d’Algérie. Il fut à la tête de nombreuses troupes, à Constantine, à Oran, jusqu’à être affecté au staff de Boumediene pour coordonner l’ensemble des services de sécurité.

Lorsqu’il arriva au pouvoir, Chadli Bendjedid, soutenu par les militaires, donc, s’est retrouvé en pleine autocratie : sans liberté de la presse, sans liberté d’expression, sans liberté politique, sans liberté syndicale. Tout était contrôlé par un parti unique (FLN), un journal unique, un syndicat unique, etc. Il a cumulé ses fonctions présidentielles avec celles de Ministre de la Défense du 8 mars 1979 au 25 juillet 1990. Il a essayé de faire redémarrer certains secteurs économiques en autorisant timidement l’initiative privée (agriculture, transports, énergie, logement), afin d’encourager l’arrivée d’investisseurs étrangers.

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Chadli Bendjedid a voulu ouvrir sa diplomatie vers l’Ouest malgré la forte amitié avec l’URSS. Ainsi, François Mitterrand est venu en visite officielle à Alger le 30 novembre 1981 (pour négocier un contrat sur le gaz algérien, il retourna en Algérie à sept autres occasions) et Chadli Bendjedid s’est rendu à Paris le 7 novembre 1983. Par ailleurs, Chadli a été le premier Président algérien à se rendre aux États-Unis en visite d’État, rencontrant Ronald Reagan le 17 avril 1985 à Washington.





Même s’il a fait libérer Ahmed Ben Bella le 30 octobre 1980, institutionnellement, Chadli Bendjedid n’a jamais voulu assouplir le principe du parti unique de la Constitution algérienne du 22 novembre 1976 (la loi constitutionnelle du 30 juin 1979 n’a fait que réduire la durée du mandat présidentiel de six à cinq ans et obliger la nomination d’un Premier Ministre). Si bien qu’il a été réélu deux fois de la même manière que lors de sa première élection, en candidat unique : il a ainsi obtenu 99,42% le 12 janvier 1984 et 93,26% le 22 décembre 1988. Ces scores, dignes des meilleures dictatures communistes, ne semblaient pas effrayer les dirigeants algériens dans leur crédibilité international d’un soutien "démocratique" et "populaire".

Cette fermeture politique a pu être constatée très rapidement au cours de ses mandats. Chadli Bendjedid a ainsi choisi de réprimer très sévèrement le "Printemps berbère", un mouvement qui a pris son départ lors de plusieurs manifestations et mouvements de grève à Tizi Ouzou, dans d’autres villes de Kabylie et à Alger, du 11 mars 1980 au 20 avril 1980, pour réclamer la reconnaissance de la langue berbère et une certaine autonomie de la Kabylie : « La démocratie n’est pas l’anarchie. » (Discours du 17 avril 1980). Le bilan humain fut lourd : 126 morts et 5 000 blessés, sans compter une centaine d’arrestations.

D’autres émeutes (manifestations puis répressions), peu médiatisées, ont eu lieu par la suite, à Oran en 1984, puis à Constantine, à Sétif et Annaba, du 7 au 12 novembre 1986, faisant une dizaine de morts, des centaines de blessés, des centaines d’arrestations et de très nombreux dégâts matériels. Alors que la richesse nationale provenait pour 98% de la vente d’hydrocarbures, la forte baisse du prix du pétrole et du gaz et la baisse simultanée du dollar ont abouti à un effondrement économique de l’Algérie au milieu des années 1980, et à un chômage massif.

Les manifestations du 5 octobre 1988 ont été d’une plus grande importance politique pour l’Algérie. En effet, une partie des dirigeants du FLN qui contrôlait le syndicat unique s’est retrouvée en opposition à Chadli Bendjedid. Ce dernier a prononcé un discours le 19 septembre 1988 devant les cadres du FLN où il a condamné l’immobilisme politique et économique du gouvernement et du FLN. Les mouvements ont commencé dans des lycées et quartiers à Alger le 3 octobre 1988 et s’est étendu dans tout le pays en deux jours.

Chadli Bendjedid décréta l’état de siège le 6 octobre 1988 pour faire face aux émeutes à Alger, Oran, Constantine, Annaba, Tizi Ouzou et Béjaia, du 4 au 10 octobre 1988. Il a chargé le général Khaled Nezzar, chef d’état-major et futur Ministre de la Défense (de juillet 1990 à juillet 1993) de rétablir l’ordre. La répression fut encore plus brutale qu’en 1986, provoquant selon le bilan officiel, 159 morts et 154 blessés, mais selon des bilans officieux, plus de 600 morts (une loi a amnistié les responsables en 1990). La situation politique était d’autant plus confuse qu’au-delà d’une guerre intestine entre factions du FLN se jouait également une récupération de la contestation sociale par des mouvements islamistes.

À la fin d’octobre 1988, Chadli Bendjedid a renvoyé le chef de la police politique (le général Lakehal Ayatat, délégué général à la prévention et la sécurité), le Ministre de l’Intérieur (El-Hadi Lekhdiri) ainsi que le chef du parti (Mohamed Chérif Messaadia) avant de tirer des leçons politiques et institutionnelles de ces émeutes.

Cela ne l’a pas empêché de se faire réélire avec un score de république bananière le 22 décembre 1988 (voir plus haut) mais il a cependant entrepris des réformes malgré les résistances internes au FLN. Concrètement, Chadli Bendjedid a promulgué le 23 février 1989 une nouvelle Constitution algérienne approuvée lors du référendum du même jour par 73,4% de "oui" avec 79,0% de participation.

Ce référendum fut une véritable victoire pour Chadli Bendjedid puisque des factions du FLN, les islamistes du FIS (Front islamique du Salut) et l’opposition avaient appelé à boycotter le scrutin. Le nouveau texte constitutionnel constituait un grand progrès pour les libertés puisqu’il assurait la liberté religieuse, d’expression, d’association, de la presse, la propriété privée, l’indépendance de la justice et surtout, élément fondamental (rappelons qu’en Pologne, un mouvement similaire, fin du parti unique, a eu lieu à peu près à la même époque), l’État autorisait le multipartisme (d’où l’opposition de certains clans du FLN). Ainsi, le FIS d’Abassi Madani fut légalisé le 10 mai 1989. En tout, vingt et un partis politiques furent légalisés et ont pu participer aux élections.

Un calendrier électoral fut adopté pour organiser des élections libres et pluralistes : en 1990 pour la gestion des villes, et en 1991 pour renouveler l’Assemblée populaire nationale. Le 12 juin 1990, les élections communales (c’est-à-dire municipales) ont consacré une large victoire aux islamistes du FIS avec 54,25% des voix (le FLN n’ayant obtenu que 28,13% des voix), avec 62,18% de participation. Dans les villes remportées par le FIS, une tentative d’adoption de la charia a été opérée avec fin de la mixité, obligation du port du voile, interdiction de la vente d’alcool, etc.

La situation sociale et politique (ainsi qu’économique) était désastreuse pendant cette période. Le FIS a appelé à une grève générale illimitée le 25 mai 1991, initiant des manifestations et des occupations des places à Alger. Le 2 juin 1991, la police est intervenue pour réprimer les manifestants, et le 5 juin 1991, Chadli Bendjedid a décrété l’état de siège pour quatre mois.

Après un an et demi de fortes pressions du FIS, les élections législatives furent organisées au scrutin majoritaire à deux tours. Le premier tour a eu lieu le 26 décembre 1991 et la liberté s’est retrouvée prise en tenaille entre les vieux hiérarques militaires du FLN et les conquérants islamistes du FIS. Ce fut une énorme victoire du FIS. Dès le premier tour, le FIS a remporté 188 sièges sur les 430 que comptait l’assemblée, avec 47,3%% des voix. Le FLN n’a obtenu que 15 sièges avec 23,4% des voix. Enfin, parti de l’opposition, le FFS (Front des forces socialistes) de Hocine Aït Ahmed (1926-2015) a conquis 25 sièges avec 7,4% des voix. Les autres partis n’ont pas obtenu de siège au premier tour.

En tout, ce 26 décembre 1991, 231 sièges sur les 430 au total ont été pourvus dès le premier tour, et les 199 restants devaient être pourvus au cours d’un second tour qui départagerait les deux candidats placés en tête. Avec les projections des résultats du premier tour, il était probable sinon certain que le FIS allait non seulement conquérir la majorité absolue de l’unique chambre parlementaire et allait donc gouverner l’Algérie, mais aussi obtenir plus des deux tiers des sièges, ce qui lui aurait permis de changer la Constitution et d’adopter la charia. Le second tour devait avoir lieu le 16 janvier 1992.

Fallait-il poursuivre cette descente aux enfers (islamiques) ? Lorsque la démocratie apporte le croissant vert, faut-il laisser la démocratie ? En Égypte, vingt années plus tard, les Frères musulmans ont conquis la Présidence de la République mais rapidement, les militaires sont intervenus pour reprendre le pouvoir et éviter la dictature islamique par une autre dictature, elle militaire.

Les militaires du FLN, eux, n’ont pas eu cette hésitation. Il fallait stopper un processus qui allait amener l’Algérie dans la dictature islamique, alors que Chadli Bendjedid avait remarquablement négocié avec l’Iran pour sauver les otages américains en 1979.

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À quelques jours du scrutin, les militaires ont finalement décidé de faire un coup d’État : ils ont rendu Chadli Bendjedid responsable de cette situation trop favorable au FIS et l’ont poussé à la démission le 11 janvier 1992. Sa dissolution de l’assemblée populaire nationale le 4 janvier 1992 n’était pas suffisante pour eux. Le Haut conseil de sécurité (HCS), chargé par la Constitution de conseiller le Président de la République, s’est alors réuni le 12 janvier 1992 pour arrêter le processus électoral. Le HCS était composé notamment du Premier Ministre Sid Ahmed Ghozali et de plusieurs ministres dont celui de la Défense, Khaled Nezzar.

Le 14 janvier 1992, le HCS créa le Haut Comité d’État (HCE) chargé de gérer le pays (jusqu’au 30 janvier 1994) et a nommé Mohamed Boudiaf, alors réfugié au Maroc, à sa Présidence le 16 janvier 1992. Ce dernier, qui avait proclamé l’état d’urgence le 9 février 1992, fut assassiné le 29 juin 1992. L’Algérie s’enfonça dans une décennie noire de guerre civile entre islamistes et le pouvoir aux mains des militaires dont le bilan humain fut terriblement lourd, environ 200 000 morts. Jusqu’à la désignation de Liamine Zeroual à la tête du pays (le 30 janvier 1994), l’homme fort du HCE fut Khaled Nezzar.

Arrivé au pouvoir par l’élection présidentielle du 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika, ancien Ministre des Affaires étrangères, a tenté de faire la réconciliation nationale au cours des années 2000 (Abassi Madani a appelé à la fin de la lutte armée le 25 août 2003). Il est toujours au pouvoir et s’apprête peut-être à solliciter un cinquième mandat, à l’âge de 81 ans, pour l’élection présidentielle prévue le 18 avril 2019, alors que, très malade depuis 2013, il n’a pas prononcé un seul discours public au cours de son quatrième mandat. Le problème est qu’aucune personnalité du FLN ne serait en mesure de gagner une élection et les militaires préfèrent ainsi encore s’accrocher à un quasi-fantôme que risquer de se retrouver dans la situation de janvier 1992.

Quant à Chadli Bendjedid, qui a pu s’apercevoir de la fragilité de son assise politique, porté à la Présidence de la République par les militaires et destitué par les mêmes militaires, il a profité de son retrait politique pour rédiger ses mémoires (qui furent publiées le 1er novembre 2012) avant de s’éteindre d’une sale maladie à l’hôpital militaire d’Alger le 6 octobre 2012 à l’âge de 83 ans. Pendant ces dernières, il était respecté et participait parfois aux cérémonies officielles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190701-chadli-bendjedid.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/09/37415366.html



 

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 01:31

Entre une autocratie militaire et une démocratie qui favorise l’islamisme, la voie est étroite. Pas seulement dans les révolutions arabes d’aujourd’hui mais déjà dans l’Algérie des années 1990.


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Dans quelques jours, le 5 juillet, les Algériens vont fêter le cinquantenaire de leur indépendance. Une façon de panser les plaies et d’avoir un regard vers l’avenir. Mais il y a un anniversaire sans doute moins médiatique et plus pessimiste. C'est le vingtième anniversaire de l’assassinat de Mohamed Boudiaf le 29 juin 1992.


Boudiaf fut un des acteurs historiques de cette indépendance, cofondateur du FLN. Il fut ministre d’État dans le premier gouvernement provisoire du 19 septembre 1958 au 22 juillet 1962. Il était de la même génération que Ben Bella qui vient de mourir (le 11 avril 2012). Il était un tout petit plus jeune que lui, deux ans et demi.

Mais il se brouilla avec lui au moment de l’indépendance, créa alors un parti d’opposition, puis fut emprisonné le 23 juin 1963 et même condamné à mort en 1964 mais il a réussi à se réfugier en France puis au Maroc.

Chadli Benjedid, dix ans plus jeune que Boudiaf, a récupéré le pouvoir après la mort de Boumediene, et se retrouva dans une impasse politique à la fin des années 1980.

Il a en effet ouvert la voie du multipartisme et des élections vraiment libres après sa "réélection" le 22 décembre 1988 et la ratification par référendum d’une nouvelle constitution le 23 février 1989, ce qui a conduit les islamistes à créer leur parti, le FIS (front islamique du salut), reconnu par l’État le 6 septembre 1989, et à remporter en 1990 plusieurs élections locales (presque mille communes sur mille cinq cents et trois cinquièmes des provinces.

Il faut se rappeler le contexte historique international : premier gouvernement libre en Pologne, répression sanglante à Pékin et chute du mur de Berlin. Le 25 décembre 1991, fin de l’Union soviétique.

Le 26 décembre 1991, le premier tour des élections législatives plébiscitèrent le FIS en remportant cent quatre-vingt-huit sièges sur deux cent trente et un, vingt-cinq sièges pour le FFS de Hocine Aït Ahmed (qui a 85 ans) et quinze seulement pour le FLN au pouvoir. L’armée décida de rompre le processus électoral en n’organisant pas le second tour. Les collectivités dirigées par les islamistes furent dissoutes et les dirigeants du FIS arrêtés, Abassi Madani et Ali Belhadj.

Acculé à la démission le 11 janvier 1992 par les militaires, Chadli Bendjedid, qui souffre depuis plusieurs d’un cancer, a laissé le pouvoir à Boudiaf, encore en exil (vingt-huit ans !) et considéré comme un homme neuf (préféré à l’actuel Président algérien, Abdelaziz Bouteflika).

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Mohamed Boudiaf, appelé aussi Tayeb El Watani pendant la guerre d’indépendance, fut nommé Président du Haut comité d’État le 16 janvier 1992.

Des vagues d’attentats se déroulèrent pendant plusieurs années, revendiqués par le GIA (groupe islamiste armé) ou provoqués par l’armée algérienne. La guerre civile fut à son comble ce 29 juin 1992 quand Mohamed Boudiaf, visiblement homme de bonne volonté, fut assassiné sauvagement au Palais de la Culture d’Annaba après avoir lancé une campagne contre la corruption et après avoir prononcé ces paroles : « L’être humain n’est que de passage ici-bas. La vie est brève, nous devons tous disparaître un jour. ».

 



Lorsque la foule entendit les tirs et s’est mise à plat ventre, Boudiaf resta debout et continua imperturbablement sa conférence. À 73 ans, il fut tué d’une dizaine de balles dans le dos. Les vrais auteurs de cet assassinat ne sont toujours pas identifiés et leurs motivations non plus. L’ambulance a même été visée par les tirs.

Le rapport de l’armée algérienne n’a pas été très concluant (et même un peu léger dans son travail) même s’il a favorisé la piste du militaire isolé influencé par des mouvements islamistes : « L’auteur matériel du crime a (…) tenté de justifier son crime par des considérations tirées de ses convictions religieuses, acquises à travers ses nombreuses lectures et en particulier sous l’influence de l’action des mouvements islamistes à l’intérieur et à l’extérieur du pays (…). Il dit être favorable à la violence pour l’élimination de l’injustice et des oppresseurs. Selon lui, la source essentielle de l’oppression se situe au plus haut niveau de l’État. C’est pourquoi il estime qu’il n’a pas tué Mohamed Boudiaf en tant que personne mais en tant que symbole de chef d’État. Il affirme que l’idée de commettre un tel attentat est née dans son esprit à partir de l’année 1989. ».

Au contraire, selon l’épouse de la victime, Fatiha Boudiaf, la piste islamiste serait à exclure et tandis que l’armée aurait eu tout intérêt à empêcher les transformations proposées par Boudiaf, le sincère, l’honnête, l’incorruptible.

Amine Benabderrahmane, secrétaire particulier de Boudiaf, a décrit en effet le Président assassiné comme un serviteur pour ses compatriotes : « Montrant sa détermination, il avait décidé dès son retour au pays de rétablir l’autorité de l’État. Il était le chef incontesté, mais le pouvoir ne l’intéressait nullement. Il était là au service du peuple et pour le peuple qui souffrait chaque jour. » ajoutant à propos de l’islamisme : « Il refusait les compromis avec les fanatiques, ces monstres sans foi ni loi qui tuaient, brûlaient et égorgeaient au nom de Dieu comme si Dieu le Tout-Puissant pouvait cautionner leurs vils desseins. ».

Aujourd’hui, le processus de réconciliation nationale avec les terroristes islamistes semble fonctionner mais la démocratisation reste encore hésitante. À 75 ans, malade, Abdelaziz Bouteflika en est à son troisième mandat présidentiel : en fonction depuis 27 avril 1999, élu les 15 avril 1999 (74,0%), 8 avril 2004 (85,0%) et 9 avril 2009 (90,2%), et ne semble pas prêt à lâcher prise.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 juin 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vidéo : les dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
L’Égypte entre armée et islam.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Bouteflika.
Les révolutions arabes.
La Turquie.

yartiBoudiaf03 



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190623-mohamed-boudiaf.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/09/37415329.html




 

 

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17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 17:56

Né le 8 août 1951, député de décembre 2000 à décembre 2005, président du Parti liberté et justice issu des Frères musulmans (du 30 avril 2011 au 24 juin 2012), Mohamed Morsi a été élu le 17 juin 2012 au second tour Président de la République égyptienne avec 51,7% des voix face à l'ancien Premier Ministre Ahmed Chafik. Investi le 30 juin 2012, il fut profondément contesté par la foule égyptienne (le 30 juin 2013, 17 millions d'Égyptiens ont manifesté contre lui) et a été démis de ses fonctions le 3 juillet 2013 au cours d'un coup d'État militaire. Mohamed Morsi fut arrêté et emprisonné depuis le 3 juillet 2013. Il fut condamné à 20 ans de prison incompressibles le 21 avril 2015, puis il fut condamné à mort le 16 mai 2015 (condamnation cassée par la cour de cassation en novembre 2016), puis il fut condamné à la prison à vie le 18 juin 2016 et ses biens ont été saisis le 14 août 2016. Présent en plein audience dans un autre procès, il est mort le 17 juin 2019.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180328-al-sissi.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190617-mohamed-morsi.html

 

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 03:30

« Le bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil. » (Abraham Lincoln, 1856).



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Ce mardi 9 avril 2019, près de 6 millions de citoyens israéliens votent pour désigner les 120 députés de leur XXIe Knesset. Ces élections législatives auraient dû avoir lieu le 5 novembre 2019 mais une rupture de coalition a fait anticiper les élections.

L’État d’Israël est un régime parlementaire, on pourrait même préciser, un régime d’assemblée. Une seule assemblée, la Knesset, élue à la proportionnelle intégrale dans le cadre d’une unique circonscription, nationale, avec un seuil de représentation de 3,25% des suffrages exprimés. C’est un véritable régime des partis, certes bien meilleur qu’un régime de parti unique, mais qui a l’inconvénient d’être particulièrement instable quand un parti majoritaire ne représente pas la moitié de l’électorat, ce qui est de plus en plus le cas dans nos démocraties postmodernes.

À l’origine, le parti travailliste représentait pendant longtemps (de 1948 à 1977, jusqu’à l’arrivée de Menahem Begin) le parti majoritaire avec des scores électoraux souvent supérieurs à 40%, ce qui rendait la gouvernance compatible avec ce mode de scrutin qui avantage la dispersion du paysage politique (les listes étant "bloquées", les têtes de liste sont sûres d’être élues si la liste franchit le seuil de 3,25%).

Mais aujourd’hui, il est quasiment impossible, pour un parti, d’atteindre 40%. Par exemple, dans la Knesset actuelle, élue le 17 mars 2015, le parti le plus fort électoralement est le Likoud (centre droit et droite), mais il n’a obtenu que 23,4% des voix, soit seulement 30 sièges sur 120, c’est-à-dire seulement la moitié de la majorité absolue nécessaire à assurer une stabilité pour gouverner. Les autres partis ont recueilli moins de 20% des voix et dix partis sont représentés à l’assemblée.

Ainsi, l’Union sioniste, qui était une coalition composée des travaillistes, de centristes et d’écologistes, dirigée par Isaac Herzog, était arrivée en deuxième place avec seulement 18,7% des voix (24 sièges), Liste unifiée d’Ayman Odeh (extrême gauche), en troisième position avec 10,6% des voix (13 sièges), Yesh Atid d’Yair Lapid (centristes) a recueilli 8,8% des voix (11 sièges), Koulanou de Moshe Kahlon (centristes) 7,5% des voix (10 sièges), etc.

Depuis très longtemps, le paysage politique d’Israël est donc éclaté et les gouvernements ne tiennent qu’en raison d’un accord de coalition entre plusieurs partis. Comme sous la Quatrième République française, cela donne de l’importance considérable aux petits partis (ici religieux), une importance disproportionnée si l’on regarde leur audience électorale. Du reste, l’Allemagne a le même problème, elle aussi représentée par des députés élus à un scrutin mixte dont l’effet proportionnel amène régulièrement les leaders politiques à revenir sur leurs engagements préélectoraux, ce qui renforce les populismes.

Pour former son quatrième gouvernement le 14 mai 2015 et obtenir une majorité à la Knesset, Benyamin Netanyahou a dû conclure une alliance avec cinq partis : le Likoud (qu’il dirige), Koulanou, Le Foyer Juif, Shas et Judaïsme unifié de la Torah, l’ensemble représentant 61 sièges sur 120.

C’est une coalition hétéroclite puisque Koulanou est centriste, deux partis sont ultra-orthodoxes (Judaïsme unifié de la Torah et Shas : 13 sièges) et un autre est religieux nationaliste (Le Foyer juif : 8 sièges). Enfin, le 30 mai 2016, a rejoint la coalition gouvernementale (passée à 67 sièges sur 120) Israel Beytenou (6 sièges), parti créé et dirigé par Avigdor Liberman (ancien membre du Likoud et plusieurs fois ministre depuis 2001), qui est un parti populiste et national-conservateur.

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Depuis 2015, cette coalition est instable, tant en personnes qu’en partis. Ainsi, le Ministre de la Protection environnementale Avi Gabbay, nommé au titre du parti centriste Koulanou, a démissionné du gouvernement le 31 mai 2016, et surtout, a démissionné de son parti Koulanou pour rejoindre le parti travailliste qu’il a conquis, puisqu’il le préside désormais depuis le 10 juillet 2017 (succédant à Isaac Herzog). À ce titre, Avi Gabbay est devenu le principal rival de Benyamin Netanyahou, dirigeant la coalition de centre gauche contre l’actuelle coalition.

Mais cette défection personnelle n’a pas eu d’incidence sur le gouvernement puisque Koulanou est resté dans la coalition. En revanche, Israel Beytenou, le parti d’Avidgor Liberman, a finalement quitté le gouvernement le 14 novembre 2018 car il s’est opposé au cessez-le-feu conclu avec le Hamas dans la bande de Gaza qu’il a considéré comme une « capitulation devant le terrorisme ». Ce départ a rendu la majorité très fragile (61 sièges sur 120) et tributaire des caprices des partis religieux. Quelques semaines plus tard, un désaccord avec les partis ultra-orthodoxes (représentant 13 sièges) a fait éclaté la coalition. Les députés ont voté le 26 décembre 2018 leur auto-dissolution et l’anticipation des élections législatives au 9 avril 2019. Pendant ces trois mois, le gouvernement de Benyamin Netanyahou gère les affaires courantes et ne peut plus proposer des réformes.

Une nouvelle coalition s’est formée le 21 février 2019, appelée Bleu et Blanc (les couleurs du drapeau israélien), résultat d’une fusion de trois partis, et représentant 11 sièges dans la Knesset sortante. Cette nouvelle alliance centriste est placée sous la direction de Benny Gantz, chef d’état-major de Tsahal (l’armée israélienne) du 14 février 2011 au 16 février 2015, qui a fondé l’un des partis alliés le 27 décembre 2018 (Résilience pour Israël). Benny Gantz n’avait eu aucune activité politique avant le 27 décembre 2018 et veut ainsi concourir aux élections législatives du 9 avril 2019.

Par ailleurs, l’actuel Ministre de l’Éducation et de la Diaspora, Naftali Bennett, ancien collaborateur de Benyamin Netanyahou et ancien membre du Likoud, était devenu président du Foyer juif le 6 novembre 2012, et est resté son leader jusqu’au 29 décembre 2018 où il a quitté ce parti avec deux autres membres, dont l’actuelle Ministre de la Justice Avayet Shaked, pour créer le nouveau parti Nouvelle Droite qui a 3 députés sortants. Cette scission provient de la perspective des élections législatives pour faire plus pression sur Benyamin Netanyahou.

Comme on le voit, la vie politique israélienne est très compliquée, les petits partis étant souvent créés par des dissidents de plus grands partis pour se faire entendre, pour avoir plus de poids politique, ce que le scrutin proportionnel renforce.

Quelles sont les tendances pour ces élections du 9 avril 2019 ?

Si l’on se fie aux derniers sondages (ils sont nombreux en cette période électorale), Benyamin Netayahou pourrait être relativement rassuré sur les chances de remporter une nouvelle fois les élections, malgré les scandales financiers qui l'ont touché. En effet, les sondages donnent sa coalition de centre droit gagnante avec entre 63 et 69 sièges (sur 120). Son parti seul, le Likoud, est crédité de 28 à 32 sièges, soit environ la représentation qu’il a actuellement (30).

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De plus, le Président des États-Unis Donald Trump n’a pas cessé de l’aider électoralement avec deux annonces diplomatiques majeures dont une récente : la reconnaissance des Américains de la souveraineté israélienne sur le Golan (le 24 mars 2019), ainsi que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël et le transfert de Tel-Aviv à Jérusalem de l’ambassade des États-Unis en Israël (annoncé le 6 décembre 2017, réalisé le 14 mai 2018). Le Président du Brésil Jair Bolsonaro a, lui aussi, renforcé le leadership international de Benyamin Netanyahou par sa visite à Jérusalem le 1er avril 2019.

Le principal concurrent du Premier Ministre sortant, la coalition de centre gauche incluant les travaillistes et la nouvelle alliance Bleu et Blanc, serait, selon les sondages, en retard, avec seulement entre 51 et (pour les plus optimistes) 58 sièges sur 120, alors qu’au début du mois de mars 2019, les sondages lui attribuaient plus de sièges que la coalition de Benyamin Netayahou. Le parti travailliste seul n’aurait qu’entre 8 et 10 sièges, selon les sondages, soit nettement moins que dans la configuration actuelle (19 sièges).

La surprise viendra peut-être de la nouvelle alliance centriste Bleu et Blanc qui serait créditée par les sondages de 29 à 32 sièges, ce qui est beaucoup pour une nouvelle formation, même si, au début du mois de mars 2019, des sondages lui donnaient jusqu’à 38 sièges. Bleu et Blanc serait donc au coude à coude avec le Likoud pour être la première formation politique. Ce ne serait probablement pas assez pour gouverner, mais l’enjeu pourrait être le suivant : si la coalition de Benyamin Netanyahou est capable ou pas d’obtenir la majorité absolue.

Si la coalition de centre gauche faisait le meilleur score, ou s’il n’y avait aucune majorité, il serait probable que ce ne seraient pas les travaillistes qui dirigeraient le prochain gouvernement israélien, mais la nouvelle formation Bleu et Blanc dont le leader, le général Benny Gantz pourrait devenir Premier Ministre. Dans ce cas, il ne serait pas le premier ancien chef d’état-major à diriger un gouvernement car il y a eu Yitzhak Rabin et Ehud Barak (et d’autres chefs d’état-major ont eu des postes politiques très importants, comme Ministres de la Défense, ce qui fut le cas de Moshe Dayan et Shaul Mofaz).

Si, au contraire, la coalition de centre droit et de droite gagnait de nouveau ces élections législatives, Benyamin Netanyahou, qui est Premier Ministre du 18 juin 1996 au 6 juillet 1999 et depuis le 31 mars 2009 (réélu le 18 mars 2013 et le 6 mai 2015), pourrait dépasser le record de longévité au pouvoir détenu actuellement par le fondateur de l’État d’Israël, David Ben Gourion, Premier Ministre du 14 mai 1948 au 26 janvier 1954 et du 3 novembre 1955 au 26 juin 1963. Le 9 avril 2019, Benyamin Netanyahou aura effectivement dirigé un gouvernement israélien pendant 13 ans et 27 jours, soit 100 jours de moins que David Ben Gourion.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Poisons et délices de la proportionnelle.
Les enjeux des élections législatives israéliennes du 9 avril 2019.
Golda Meir.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
Massacre à Gaza.
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Tentative de paix en 1996.
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190331-legislatives-israel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/de-la-democratie-en-israel-214005

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16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 03:39

« Je ne veux pas d’un peuple juif généreux, libéral, anticolonialiste, anti-impérialiste… et mort ! » (Golda Meir).



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C’était cette intransigeance-là qui pouvait faire frémir lorsqu’on écoutait Golda Meir. Pourtant, l’apparence était trompeuse. Il y a cinquante ans, le 17 mars 1969, cette femme déjà âgée, 70 ans, l’air d’une grand-mère ukrainienne ridée et affaiblie par la vie, fumeuse comme il ne serait plus du tout permis aujourd’hui (il existe peu de photographies d’elle sans une cigarette à la main ou à la bouche), est devenue Premier Ministre de l’État d’Israël.

D’un tempérament très fort, elle a été parmi les (trois) premières femmes dans l’histoire du monde à diriger un gouvernement national. Et même encore maintenant, il n’y en a pas encore eu beaucoup, de femmes chefs de gouvernement ou Présidentes de la République (on peut citer Indira Gandhi, Benazir Bhutto, Margaret Thatcher, Theresa May, Angela Merkel, Michelle Bachelet, Dilma Rousseff, Cristina Kirchner, Eva Peron, Édith Cresson, etc. mais je ne cite pas dans les pays d’Europe du Nord ou de l’Est où elles sont plutôt nombreuses depuis une trentaine d’années).

Golda Meir refusa les propositions de paix du Président égyptien Anouar El-Sadate en février 1971 (accord de paix contre restitution des territoires occupés). Elle avait peu d’affection pour les Palestiniens. Elle se disait d’ailleurs elle-même Palestinienne, en tout cas, elle pouvait prouver qu’elle avait un passeport palestinien à l’époque du mandat britannique. Née à Kiev le 3 mai 1898 dans une famille très pauvre, elle a connu la persécution contre les Juifs en Ukraine. Sa famille a alors décidé d’émigrer aux États-Unis en 1906. Adolescente, elle aidait sa mère à tenir la petite épicerie familiale, mais à l’âge de 15 ans, elle est partie vivre sa vie, s’auto-suffire et faire des études. À 17 ans, elle commença à militer pour soutenir le projet sioniste et à 19 ans, elle s’est mariée.

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En 1921, le jeune couple émigra dans un kibboutz en Palestine alors sous mandat britannique. La vie y fut difficile au point que son mari aurait préféré retourner aux États-Unis, si bien qu’en 1924, ils se sont installés à Tel-Aviv. Elle a pris progressivement de plus en plus de responsabilités dans des organisations sionistes, au point d’être en 1934 membre du comité national de la communauté juive en Palestine, révélant déjà « [une oratrice] habile et une polémiste redoutable » (selon Amnon Kapeliouk).

Juste avant la création de l’État d’Israël, on lui confia quelques missions diplomatiques dont une pour convaincre le roi de Jordanie de ne pas faire la guerre à Israël. Elle a fait partie des vingt-quatre signataires de la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël le 14 mai 1948. Elle fut donc, au regard de l’Histoire, une cofondatrice de l’État d’Israël, une historique. Par ailleurs, elle a obtenu le premier passeport israélien le 15 mai 1948.

Très vite, elle s’est transformée en femme d’État. Représentante d’Israël en URSS en 1948 ("ministre plénipotentiaire"), elle suscita beaucoup d’espoir chez les Juifs d’Union Soviétique. Élue députée en 1949 à la première Knesset (et réélue jusqu’en 1974), elle fut nommée Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale du 10 mars 1949 au 19 juin 1956, malgré la réticence des partis religieux qui n’imaginaient pas une femme ministre dans le gouvernement de David Ben Gourion. Au-delà du socialisme (travaillisme) qui leur était commun, Golda Meir partageait la même intransigeance que Ben Gourion contre les pays arabes qui voulaient l’anéantissement d’Israël.

Lorsque Ben Gourion limogea le Ministre des Affaires étrangères Moshe Sharett jugé trop mou, il proposa la succession à Golda Meir qui fut ainsi Ministre des Affaires étrangères de l’État d’Israël du 17 juin 1956 au 12 janvier 1966, pendant presque dix ans. Pourtant, la vie politique intérieure israélienne était (et reste) loin d’être un long fleuve tranquille. Dans les années 1960, Golda Meir entra régulièrement en conflit avec Ben Gourion qui cumulait en même temps le Ministère de la Défense. C’étaient ainsi deux administrations qui étaient souvent en conflit, avec notamment Shimon Peres qui était "directeur général" du Ministère de la Défense et qui se prenait parfois pour le Ministre des Affaires étrangères.

Au sein du futur parti travailliste (Mapai), Golda Meir faisait clairement figure de principale rivale de Ben Gourion et son influence interne augmenta lorsque Levi Eskhol prit, le 26 juin 1963, la succession de Ben Gourion contraint de démissionner à la suite d’un scandale politique. Elle quitta le gouvernement après les élections législatives de novembre 1965 pour devenir secrétaire générale du Mapai, puis secrétaire générale du parti travailliste (avec la fusion de trois partis), en 1968. Mais fatiguée et vieillie, elle démissionna de la tête du parti au pouvoir quelques mois plus tard, le 1er août 1968, et était sur le point de prendre sa retraite politique (d’autant plus que plus personne n’imaginait qu’elle pût encore avoir un avenir politique).

Ce qui a précipité les choses, ce fut la mort soudaine du Premier Ministre en exercice Levi Eshkol, d’une crise cardiaque, le 27 février 1969. La guerre de succession faisait rage chez les travaillistes, avec deux camps : d’une part, Moshe Dayan, à l’époque Ministre de la Défense, et d’autre part, Ygal Allon, Vice-Premier Ministre assurant l’intérim, tous les deux candidats au poste de Premier Ministre. Pour trouver un candidat de consensus, le parti travailliste a choisi finalement Golda Meir qui retrouva le pouvoir après l’avoir quitté quelques années.

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Golda Meir fut Premier Ministre d’Israël du 17 mars 1969 au 3 juin 1974. En raison de la victoire de la Guerre des Six-Jours en 1967, Golda Meir bénéficia d’une grande confiance populaire, ce qui l’encouragea à rester très ferme contre les Palestiniens, au point d’avoir déclaré, selon l’éditorialiste Jean Daniel dans un livre publié en 2008 : « Nous pourrons sans doute un jour vous pardonner d’avoir tué nos enfants. Mais il nous sera beaucoup plus difficile de vous pardonner de nous avoir contraint à tuer les vôtres. La paix viendra quand les Arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils nous haïssent . » (sous réserve de véracité).

Comme Premier Ministre sortante, Golda Meir remporta deux élections législatives, celles du 28 octobre 1969 où son parti a obtenu 56 sièges (sur 120) et 46,2% des voix, et celles du 31 décembre 1973, en obtenant 51 sièges (sur 120) et 39,6% des voix.

L’attaque arabe surprise lors du déclenchement de la Guerre du Kippour le 6 octobre 1973 a conduit, malgré la victoire finale, à la démission de Golda Meir le 11 avril 1974 car de sérieux dysfonctionnements ont été constatés dans les services de renseignements. Un général a pris alors le relève, Yitzhak Rabin, qui a dû démissionner trois années plus tard à cause d’un scandale politique.

Retirée de la vie politique depuis cinq années et très malade, Golda Meir est morte à Jérusalem le 8 décembre 1978 à l’âge de 80 ans. Pour le moment, elle fut la seule femme à avoir dirigé un gouvernement israélien.

Successeure d’Ehud Olmert à la tête de Kadima, le parti centriste créé le 21 novembre 2005 par Ariel Sharon, Tzipi Livni, alors Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères sortante, s’était retrouvée en position de devenir très probablement la prochaine Premier Ministre (la seconde femme en Israël) lors des élections législatives du 10 février 2009 où elle avait obtenu 28 sièges (sur 120) et 22,5% des voix, soit le premier parti du pays, devant le Likoud de Benyamin Netanyahou avec 27 sièges et 21,6% des voix. Mais Tzipi Livni n’avait pas pu former de majorité, au contraire de son rival du Likoud allié avec le parti d’extrême droite d’Avigdor Liberman. Elle participa cependant au troisième gouvernement Netanyahou, après les élections législatives du 22 janvier 2013, comme Ministre de la Justice du 18 mars 2013 au 2 décembre 2014.

Après avoir créé sa propre formation politique et fait une alliance avec le parti travailliste (Union sioniste) pour les élections législatives anticipées du 17 mars 2015, Tzipi Livni était revenue sur l’avant-scène politique en devenant la chef de l’opposition à la Knesset du 1er août 2018 au 1er janvier 2019 (jusqu’à la rupture de l’alliance avec les travaillistes, à l’initiative de ces derniers). Discréditée dans les sondages, Tzipi Livni a alors décidé le 18 février 2019 de se retirer de la vie politique et de ne pas participer aux prochaines élections législatives qui auront lieu dans quelques jours, le 9 avril 2019, afin d’éviter la dispersion des voix centristes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mars 2019)
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Pour aller plus loin :
Golda Meir.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
Massacre à Gaza.
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Tentative de paix en 1996.
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

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13 février 2019 3 13 /02 /février /2019 03:55

« À ta place, ce c*l, je voudrais l’installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes richesses, manger fort souvent de l’andouille et rouler carrosse par les rues. » (Alfred Jarry, "Ubu roi", 1896).


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Il y avait encore quelques doutes pendant quelques jours, mais c’est maintenant officiel, depuis ce dimanche 10 février 2019 : aussi invraisemblable que cela puisse paraître, le Président de la République algérienne démocratique et populaire sortant Abdelaziz Bouteflika a confirmé qu’il serait candidat à l’élection présidentielle du 18 avril 2019. Il postule donc pour un cinquième mandat au Palais d’El Mouradia avec ce message à la nation : « La volonté inébranlable de servir la patrie ne m’a jamais quitté et elle me permet de transcender les contraintes liées aux ennuis de santé auxquels chacun peut être un jour confronté. ». Une manière comme une autre de célébrer le quarantième anniversaire de la Révolution iranienne (le 11 février 1979).

La veille, le 9 février 2019, au cours d’un meeting à Alger, Mouad Bouchareb, coordinateur provisoire et secrétaire général par intérim du FLN (depuis 2018), avait clamé : « En votre nom, et par devoir de gratitude, je suis honoré d’annoncer que le FLN présente comme candidat à la prochaine élection présidentielle le moudjahid Abdelaziz Bouteflika. » ("Jeune Afrique", 10 février 2019).

Au-delà de la longue durée (j’y reviendrai), le plus choquant n’est même pas l’âge, 82 ans (qu’il aura dans quelques jours), mais son état de santé qui l’empêche de se tenir debout depuis plusieurs années. Il n’a pas prononcé un seul discours en public et en direct depuis le début de son précédent mandat.

On ne reprochera pas son ou ses handicaps. Après tout, Stephen Hawking, au contraire, était même admirable. Ni même son engagement au service de la nation en parallèle, comme c’est le cas encore pour Wolfgang Schäuble, l’actuel Président du Bundestag, longtemps ministre très influent (Intérieur, Finances) et même candidat à la Chancellerie malgré son fauteuil roulant. Non, on reprochera simplement que le Président Bouteflika est incapable d’exercer ses fonctions, d’agir, de prendre des décisions, d'imaginer l'avenir de son pays.

C’est d’ailleurs peut-être cela que veulent les militaires du FLN : garder l’Algérie sous congélateur en attendant. En attendant quoi ? Qu’ils trouvent eux-mêmes la solution pour la lourde succession d’Abdelaziz Bouteflika. À l’évidence, ils veulent reconduire un "fantôme", un "fantôme" tellement évident que le site sarcastique Nordpresse.be a même imaginé il y a quelques mois que Bouteflika était mort depuis plusieurs années et qu’il a été remplacé par un "humanoïde robotique" ! Attention, messieurs les complotistes, ce site belge se veut humoristique et a même annoncé ces derniers jours plusieurs titres comme : « Nicolas Maduro annonce qu’il organisera un grand débat national » ; « Le yacht de Vincent Bolloré pris pour un bateau de migrants et coulé par la marine grecque » ; « Castaner : "Nous avons retrouvé un gilet jaune dans la voiture de l’incendiaire" » ; « 2 cm de neige à Paris : déjà 8 000 morts et 200 000 réfugiés », etc.

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Revenons à l’Algérie. Si le FLN veut tellement la reconduction d’Abdelaziz Bouteflika, c’est qu’il n’a personne d’autre à proposer. Personne, de plus jeune, capable de faire consensus au FLN, parmi les militaires, et encore moins capable de réunir une majorité de suffrages pendant l’élection, même en forçant un peu les urnes. Car il faut imaginer que dans la tête des hiérarques du FLN, Abdelaziz Bouteflika sera évidemment réélu, que le principal était d’assurer sa candidature et que le reste coulerait de source.

Et pourquoi faudrait-il que le candidat élu provienne du FLN ? Le risque islamiste n’est toujours pas écarté, même s’il se présente d’une autre manière qu’en janvier 1992 après les succès électoraux du FIS. Mais imposer le maintien au pouvoir d’un FLN sclérosé ne paraît pas non plus des plus prometteurs pour développer la démocratie algérienne. D’ailleurs, la promesse d’Abdelaziz Bouteflika, s’il est réélu, c’est d’organiser dès cette année une "conférence nationale inclusive" qui aurait pour buts "l’élaboration d’une plateforme politique, économique et sociale" et "un enrichissement de la Constitution".

Au cours d’une conférence de presse le 2 février 2019, le Premier Ministre Ahmed Ouyahia (66 ans) avait anticipé la candidature en disant que Bouteflika n’animerait pas sa campagne électorale. Ahmed Ouyahia est Premier Ministre depuis le 16 août 2017 et l’a été auparavant du 31 décembre 1995 au 15 décembre 1998, du 6 mai 2003 au 24 mai 2006 et du 23 juin 2008 au 3 septembre 2012. Il a été aussi de nombreuses fois ministre important depuis une vingtaine d’années, mais le mandat le plus important semble être sa fonction de secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND) du 26 janvier 1999 au 3 janvier 2013 et depuis le 10 juin 2015 (précédant et succédant au général Abdelkader Bensalah, 76 ans, Président de la Chambre haute depuis le 2 juillet 2002 et réélu le 9 janvier 2013 et 29 janvier 2019, et à ce titre, chargé de l’intérim présidentiel en cas de vacance, après avoir présidé l’Assemblée populaire nationale de 1997 à 2002).

Le RND est l’alliance présidentielle regroupant plusieurs partis algériens, notamment le FLN et qui a réuni son conseil national le 2 février 2019 pour appeler Abdelaziz Bouteflika à se représenter devant les électeurs. Durant son dernier mandat (2014-2019), selon le journaliste Abdelghani Aichoun ("Algeria Watch") : « Ses apparitions publiques se sont résumés aux quelques audiences accordées à des Présidents ou Premiers Ministres étrangers, et à certaines activités ministérielles ou protocolaires nationales (conseil des ministres, festivités du 1er novembre, visite du chantier de la grande mosquée d’Alger). Pas de discours. » (5 février 2019).

Ahmed Adimi, porte-parole de Talaie El Hourriyet, le parti créé le 14 juin 2015 par Ali Benflis (74 ans, qui fut Premier Ministre du 26 août 2000 au 5 mai 2003, secrétaire général du FLN de 2001 à 2003 et candidat aux élections présidentielles de 2004, de 2014 et de 2019), a fustigé les soutiens de Bouteflika : « Même avec les élections truquées, leurs personnels ne pourront pas arracher 1% des voix. C’est pour cela qu’ils s’accrochent à un Président malade. » ("Algeria Watch", 5 février 2019). Dans le même article, il est cité Soufiane Djilali, président de Jil Jadid et ancien candidat à l’élection présidentielle de 2014, qui disait le 3 février 2019 : « Ils veulent nous faire croire que l’Algérie a besoin d’un homme, alors qu’il ne peut rien pour lui-même. Derrière cet homme-là, on veut continuer à gérer le pays comme une tribu, en se partageant les privilèges et les prérogatives. ». Tous les ministres et dirigeants militaires ou civils ont peur de l’élection d’un Président "indépendant" qui engagerait des poursuites judiciaires contre la corruption et autres malversations pratiquées au cœur du pouvoir depuis une vingtaine d’années. La réélection de Bouteflika leur donnerait l’impunité, du moins pour un temps.

Rappelons rapidement la très longue carrière d’Abdelaziz Bouteflika qui en fait le dernier dinosaure de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Dès l’indépendance, il a eu de très importantes responsabilités : Ministre de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme dans le gouvernement d’Ahmed Ben Bella du 27 septembre 1962 au 4 septembre 1963, il fut l’indéboulonnable Ministre des Affaires étrangères du 4 septembre 1963 au 8 mars 1979 sous les mandats et gouvernements de Ben Bella et de Boumediene (il présida l’Assemblée générale de l’ONU en 1974), tout en étant membre du Conseil de la Révolution du 20 juin 1965 au 10 décembre 1976. Pour l'anecdote, Bernard Stasi, qui, comme collaborateur du Ministre français de la Jeunesse et des Sports Maurice Herzog, avait rapproché la jeunesse française de la jeunesse algérienne en mettant en place un tournoi de football, avait sympathisé avec l’homologue algérien… Bouteflika.

Bouteflika fut ensuite Ministre d’État du 8 mars 1979 au 15 juillet 1980 puis écarté par Chadli Bendjedid. Il fut traduit devant le conseil de discipline du FLN puis pour poursuivi par la Cour des comptes pour un détournement de fonds. Il s’exila à l’étranger (en Suisse) pendant six ans et se transforma en consultant international (un métier juteux). Après un timide retour en Algérie à la fin des années 1980 (il participa au congrès du FLN de 1989), il refusa d’être de nouveau ministre, puis, après le début de la guerre civile, refusa la proposition de la junte militaire d’être le Président de la République en janvier 1994 (le général Liamine Zeroual fut alors choisi).

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Rappelé une nouvelle fois par les militaires à la fin de la décennie désastreuse de guerre civile entre FLN et islamistes du GIA, Abdelaziz Bouteflika fut élu Président de la République le 15 avril 1999 avec 73,8% des voix et 60,9% de participation, a pris ses fonctions le 27 avril 1999 et a été réélu le 8 avril 2004 avec 85,0% des voix et 58,1% de participation, le 9 avril 2009 avec 90,2% des voix et 74,6% de participation, et le 17 avril 2014 avec 81,5% des voix et 50,7% de participation. Des élections pluralistes qui ont été régulièrement contestées par l’opposition qui a condamné des fraudes et qui a parlé de parodies. Par ailleurs, il cumule avec le poste de Ministre de la Défense nationale depuis le 5 mai 2003 et de président d’honneur du FLN depuis le 28 janvier 2005.

Quel est le bilan de Abdelaziz Bouteflika depuis 1999 ? Il est probablement trop tôt encore pour faire ce bilan et s’il y a eu au moins un point positif dans cette déjà longue Présidence, c’est la stabilité intérieure et le retour à la paix civile. Dès le 16 septembre 1999, Bouteflika a fait ratifier par référendum, avec 98,6% de "oui" et une participation de 85,0% (contestée), la loi sur la concorde civile adoptée par le Parlement le 8 juillet 1999, qui fut complétée par un second référendum le 29 septembre 2005 pour approuver la Charte pour la paix et la réconciliation nationale par 97,4% de "oui" avec 79,8% de participation, qui a amnistié environ 6 000 combattants islamistes qui ont pu quitter ainsi la clandestinité du maquis.

La date limite de dépôt des candidatures à l’élection présidentielle du 18 avril 2019 est le 3 mars 2019, et ces candidatures seront validées (ou invalidées) par le Conseil constitutionnel le 13 mars 2019. Certains partis politiques ont déjà annoncé le boycott de ce scrutin, en particulier le RCD et le FFS. Une dizaine de candidatures seraient pour l’instant annoncées.

Depuis la révision constitutionnelle du 6 mars 2016 (loi n°16-01 du 26 Joumada El Oula 1437), provoquée par les conséquences du Printemps arabe de 2011 en Algérie, il est désormais indiqué que « le Président de la République est élu au suffrage universel, direct et secret. L’élection est acquise à la majorité absolue des suffrages exprimés. » (article 85 de la Constitution). Il est également indiqué : « La durée du mandat présidentiel est de cinq ans. Le Président de la République est rééligible une seule fois. » (article 88 de la Constitution). Comme cette dernière disposition date de 2016, sa première application est pour l’élection de 2019, si bien qu’en droit constitutionnel, s’il est réélu cette année, Abdelaziz Bouteflika pourra être encore réélu une nouvelle fois, en 2024 ! (À la fin de ce sixième mandat, Bouteflika aurait alors 92 ans, et pourrait donc concourir à la compétition stupide du chef d’État le plus âgé, avec pour concurrents invincibles Robert Mugabe, renversé à plus de 93 ans, et la reine Élisabeth II, qui n’est pas loin de fêter son 93e anniversaire).

Notons toutefois qu’avant 2008, cette disposition constitutionnelle de la limitation à deux mandats existait déjà et Bouteflika a fait retirer cette contrainte lors d’un vote du Parlement algérien à main levée le 12 novembre 2008 pour modifier ainsi la Constitution par 500 pour, 21 contre et 8 abstentions, dans l’unique objectif de pouvoir se représenter à l’élection présidentielle en 2009.

Enfin, pour information, il faut aussi préciser qu’au-delà de l’article 87 de la Constitution algérienne qui donne les conditions pour pouvoir être éligible à la Présidence de la République, l’article 102 explique : « Lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement. ». Si Abdelaziz Bouteflika entame un cinquième mandat, le Conseil constitutionnel devra probablement appliquer un jour cet article de la Constitution algérienne…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Abdelaziz Bouteflika.
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bouteflika-le-malade-imagine-ou-le-212598

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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 03:34

« Conscient de mes responsabilités, j’estime que la seule solution à la crise actuelle réside dans la nécessité de me retirer de la scène politique. Pour cela (…), je renonce, à compter de ce jour, à mes fonctions de Président de la République. ».


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Non, surtout, pas de contresens ni de songe d'été des gilets jaunes, ce n’est pas Emmanuel Macron qui a prononcé ces quelques mots, il ne s’agit pas de la France, mais il s’agit de l’Algérie, une allocution à la télévision nationale, le 11 janvier 1992, il s'agit de la démission du chef de l’État algérien qui a laissé le pays sans même de successeur car il n’y avait plus d’assemblée (car dissoute), or c’était le président de l’assemblée qui devait assurer l’intérim, et après lui, le président du Conseil constitutionnel qui s’est récusé. L’Algérie, pays ingouvernable ?

L’Algérie est un grand pays musulman avec beaucoup de jeunes, et surtout depuis la chute de Kadhafi, sa position géopolitique est stratégique dans la lutte contre le terrorisme islamiste international. C’est pourquoi la stabilité politique peut être souhaitée au-delà d’autres considérations, comme, par exemple, la démocratie.

Il y a quarante ans, le 9 février 1979, le colonel Chadli Bendjedid a accédé à l’âge de 49 ans (il est né le 1er juillet 1929 à Bouteldja) à la Présidence de la République algérienne démocratique et populaire. Il venait d’être élu deux jours auparavant, le 7 février 1979, seul candidat du FLN (Front de la libération nationale), le parti unique, avec 95,14% des voix. C’était moins qu’à la précédente élection présidentielle où Houari Boumediene (1932?-1978), son prédécesseur, candidat également unique, avait obtenu 99,50% le 10 décembre 1976.

Rappelons rapidement qu’à l’indépendance de l’Algérie, le 3 juillet 1962, l’État algérien s’est organisé institutionnellement d’une manière peu démocratique : le FLN prit le pouvoir et en organisa le monopole constitutionnel. Ahmed Ben Bella (1916-2012), Vice-Président du gouvernement provisoire du 19 septembre 1958 au 22 juillet 1962, fut désigné président du FLN le 27 septembre 1962 et cumula le même jour cette fonction avec celle de Président du Conseil des ministres (chef du gouvernement). Il a contraint Ferhat Abbas (1899-1985), le premier Président de la République algérienne (et ancien Président du Gouvernement provisoire du 19 septembre 1958 au 9 août 1961), à démissionner. Le 15 septembre 1963, Ahmed Ben Bella fut élu Président de la République avec 99,60% des voix (unique candidat), tout en dirigeant le gouvernement.

À la suite de son coup d’État du 19 juin 1965, alors Ministre de la Défense et Vice-Président du Conseil des ministres, Houari Boumediene a repris tout le pouvoir de Ben Bella (qu’il a fait enfermer), à savoir la Présidence de la République (la seule pseudo-élection a eu lieu en 1976, voir ci-dessus), la Présidence du Conseil des ministres et la présidence du FLN. Un Conseil de la Révolution a été institué du 19 juin 1965 au 10 décembre 1976, présidé par lui et dont Chadli Bendjedid et Abdelaziz Bouteflika, entre autres, furent membres (nommés par Boumediene).

Boumediene, dont le leadership national et même international (il fut le Secrétaire Général du Mouvement des non-alignés du 5 septembre 1973 au 16 août 1976) fut peu contesté, est mort à l’hôpital d’Alger le 27 décembre 1978 d’une maladie du sang (à l’âge de 46 ans), plongeant l’Algérie dans l’incertitude institutionnelle. Durant un intérim assuré par le Président de l’Assemblée populaire nationale, Rabah Bitat (1925-2000), une nouvelle élection présidentielle fut organisée, entièrement contrôlée par le FLN, le 7 février 1979.

Quel a été le choix du FLN ? Ce furent les militaires algériens qui choisirent Chadli Bendjedid en tant que le plus ancien et le plus haut gradé des leurs. À l’âge de 25 ans, Chadli Bendjedid s’est engagé au FLN dans la guerre d’indépendance ("de libération nationale"). Il entama une carrière militaire pendant et après la guerre d’Algérie. Il fut à la tête de nombreuses troupes, à Constantine, à Oran, jusqu’à être affecté au staff de Boumediene pour coordonner l’ensemble des services de sécurité.

Lorsqu’il arriva au pouvoir, Chadli Bendjedid, soutenu par les militaires, donc, s’est retrouvé en pleine autocratie : sans liberté de la presse, sans liberté d’expression, sans liberté politique, sans liberté syndicale. Tout était contrôlé par un parti unique (FLN), un journal unique, un syndicat unique, etc. Il a cumulé ses fonctions présidentielles avec celles de Ministre de la Défense du 8 mars 1979 au 25 juillet 1990. Il a essayé de faire redémarrer certains secteurs économiques en autorisant timidement l’initiative privée (agriculture, transports, énergie, logement), afin d’encourager l’arrivée d’investisseurs étrangers.

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Chadli Bendjedid a voulu ouvrir sa diplomatie vers l’Ouest malgré la forte amitié avec l’URSS. Ainsi, François Mitterrand est venu en visite officielle à Alger le 30 novembre 1981 (pour négocier un contrat sur le gaz algérien, il retourna en Algérie à sept autres occasions) et Chadli Bendjedid s’est rendu à Paris le 7 novembre 1983. Par ailleurs, Chadli a été le premier Président algérien à se rendre aux États-Unis en visite d’État, rencontrant Ronald Reagan le 17 avril 1985 à Washington.





Même s’il a fait libérer Ahmed Ben Bella le 30 octobre 1980, institutionnellement, Chadli Bendjedid n’a jamais voulu assouplir le principe du parti unique de la Constitution algérienne du 22 novembre 1976 (la loi constitutionnelle du 30 juin 1979 n’a fait que réduire la durée du mandat présidentiel de six à cinq ans et obliger la nomination d’un Premier Ministre). Si bien qu’il a été réélu deux fois de la même manière que lors de sa première élection, en candidat unique : il a ainsi obtenu 99,42% le 12 janvier 1984 et 93,26% le 22 décembre 1988. Ces scores, dignes des meilleures dictatures communistes, ne semblaient pas effrayer les dirigeants algériens dans leur crédibilité international d’un soutien "démocratique" et "populaire".

Cette fermeture politique a pu être constatée très rapidement au cours de ses mandats. Chadli Bendjedid a ainsi choisi de réprimer très sévèrement le "Printemps berbère", un mouvement qui a pris son départ lors de plusieurs manifestations et mouvements de grève à Tizi Ouzou, dans d’autres villes de Kabylie et à Alger, du 11 mars 1980 au 20 avril 1980, pour réclamer la reconnaissance de la langue berbère et une certaine autonomie de la Kabylie : « La démocratie n’est pas l’anarchie. » (Discours du 17 avril 1980). Le bilan humain fut lourd : 126 morts et 5 000 blessés, sans compter une centaine d’arrestations.

D’autres émeutes (manifestations puis répressions), peu médiatisées, ont eu lieu par la suite, à Oran en 1984, puis à Constantine, à Sétif et Annaba, du 7 au 12 novembre 1986, faisant une dizaine de morts, des centaines de blessés, des centaines d’arrestations et de très nombreux dégâts matériels. Alors que la richesse nationale provenait pour 98% de la vente d’hydrocarbures, la forte baisse du prix du pétrole et du gaz et la baisse simultanée du dollar ont abouti à un effondrement économique de l’Algérie au milieu des années 1980, et à un chômage massif.

Les manifestations du 5 octobre 1988 ont été d’une plus grande importance politique pour l’Algérie. En effet, une partie des dirigeants du FLN qui contrôlait le syndicat unique s’est retrouvée en opposition à Chadli Bendjedid. Ce dernier a prononcé un discours le 19 septembre 1988 devant les cadres du FLN où il a condamné l’immobilisme politique et économique du gouvernement et du FLN. Les mouvements ont commencé dans des lycées et quartiers à Alger le 3 octobre 1988 et s’est étendu dans tout le pays en deux jours.

Chadli Bendjedid décréta l’état de siège le 6 octobre 1988 pour faire face aux émeutes à Alger, Oran, Constantine, Annaba, Tizi Ouzou et Béjaia, du 4 au 10 octobre 1988. Il a chargé le général Khaled Nezzar, chef d’état-major et futur Ministre de la Défense (de juillet 1990 à juillet 1993) de rétablir l’ordre. La répression fut encore plus brutale qu’en 1986, provoquant selon le bilan officiel, 159 morts et 154 blessés, mais selon des bilans officieux, plus de 600 morts (une loi a amnistié les responsables en 1990). La situation politique était d’autant plus confuse qu’au-delà d’une guerre intestine entre factions du FLN se jouait également une récupération de la contestation sociale par des mouvements islamistes.

À la fin d’octobre 1988, Chadli Bendjedid a renvoyé le chef de la police politique (le général Lakehal Ayatat, délégué général à la prévention et la sécurité), le Ministre de l’Intérieur (El-Hadi Lekhdiri) ainsi que le chef du parti (Mohamed Chérif Messaadia) avant de tirer des leçons politiques et institutionnelles de ces émeutes.

Cela ne l’a pas empêché de se faire réélire avec un score de république bananière le 22 décembre 1988 (voir plus haut) mais il a cependant entrepris des réformes malgré les résistances internes au FLN. Concrètement, Chadli Bendjedid a promulgué le 23 février 1989 une nouvelle Constitution algérienne approuvée lors du référendum du même jour par 73,4% de "oui" avec 79,0% de participation.

Ce référendum fut une véritable victoire pour Chadli Bendjedid puisque des factions du FLN, les islamistes du FIS (Front islamique du Salut) et l’opposition avaient appelé à boycotter le scrutin. Le nouveau texte constitutionnel constituait un grand progrès pour les libertés puisqu’il assurait la liberté religieuse, d’expression, d’association, de la presse, la propriété privée, l’indépendance de la justice et surtout, élément fondamental (rappelons qu’en Pologne, un mouvement similaire, fin du parti unique, a eu lieu à peu près à la même époque), l’État autorisait le multipartisme (d’où l’opposition de certains clans du FLN). Ainsi, le FIS d’Abassi Madani fut légalisé le 10 mai 1989. En tout, vingt et un partis politiques furent légalisés et ont pu participer aux élections.

Un calendrier électoral fut adopté pour organiser des élections libres et pluralistes : en 1990 pour la gestion des villes, et en 1991 pour renouveler l’Assemblée populaire nationale. Le 12 juin 1990, les élections communales (c’est-à-dire municipales) ont consacré une large victoire aux islamistes du FIS avec 54,25% des voix (le FLN n’ayant obtenu que 28,13% des voix), avec 62,18% de participation. Dans les villes remportées par le FIS, une tentative d’adoption de la charia a été opérée avec fin de la mixité, obligation du port du voile, interdiction de la vente d’alcool, etc.

La situation sociale et politique (ainsi qu’économique) était désastreuse pendant cette période. Le FIS a appelé à une grève générale illimitée le 25 mai 1991, initiant des manifestations et des occupations des places à Alger. Le 2 juin 1991, la police est intervenue pour réprimer les manifestants, et le 5 juin 1991, Chadli Bendjedid a décrété l’état de siège pour quatre mois.

Après un an et demi de fortes pressions du FIS, les élections législatives furent organisées au scrutin majoritaire à deux tours. Le premier tour a eu lieu le 26 décembre 1991 et la liberté s’est retrouvée prise en tenaille entre les vieux hiérarques militaires du FLN et les conquérants islamistes du FIS. Ce fut une énorme victoire du FIS. Dès le premier tour, le FIS a remporté 188 sièges sur les 430 que comptait l’assemblée, avec 47,3%% des voix. Le FLN n’a obtenu que 15 sièges avec 23,4% des voix. Enfin, parti de l’opposition, le FFS (Front des forces socialistes) de Hocine Aït Ahmed (1926-2015) a conquis 25 sièges avec 7,4% des voix. Les autres partis n’ont pas obtenu de siège au premier tour.

En tout, ce 26 décembre 1991, 231 sièges sur les 430 au total ont été pourvus dès le premier tour, et les 199 restants devaient être pourvus au cours d’un second tour qui départagerait les deux candidats placés en tête. Avec les projections des résultats du premier tour, il était probable sinon certain que le FIS allait non seulement conquérir la majorité absolue de l’unique chambre parlementaire et allait donc gouverner l’Algérie, mais aussi obtenir plus des deux tiers des sièges, ce qui lui aurait permis de changer la Constitution et d’adopter la charia. Le second tour devait avoir lieu le 16 janvier 1992.

Fallait-il poursuivre cette descente aux enfers (islamiques) ? Lorsque la démocratie apporte le croissant vert, faut-il laisser la démocratie ? En Égypte, vingt années plus tard, les Frères musulmans ont conquis la Présidence de la République mais rapidement, les militaires sont intervenus pour reprendre le pouvoir et éviter la dictature islamique par une autre dictature, elle militaire.

Les militaires du FLN, eux, n’ont pas eu cette hésitation. Il fallait stopper un processus qui allait amener l’Algérie dans la dictature islamique, alors que Chadli Bendjedid avait remarquablement négocié avec l’Iran pour sauver les otages américains en 1979.

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À quelques jours du scrutin, les militaires ont finalement décidé de faire un coup d’État : ils ont rendu Chadli Bendjedid responsable de cette situation trop favorable au FIS et l’ont poussé à la démission le 11 janvier 1992. Sa dissolution de l’assemblée populaire nationale le 4 janvier 1992 n’était pas suffisante pour eux. Le Haut conseil de sécurité (HCS), chargé par la Constitution de conseiller le Président de la République, s’est alors réuni le 12 janvier 1992 pour arrêter le processus électoral. Le HCS était composé notamment du Premier Ministre Sid Ahmed Ghozali et de plusieurs ministres dont celui de la Défense, Khaled Nezzar.

Le 14 janvier 1992, le HCS créa le Haut Comité d’État (HCE) chargé de gérer le pays (jusqu’au 30 janvier 1994) et a nommé Mohamed Boudiaf, alors réfugié au Maroc, à sa Présidence le 16 janvier 1992. Ce dernier, qui avait proclamé l’état d’urgence le 9 février 1992, fut assassiné le 29 juin 1992. L’Algérie s’enfonça dans une décennie noire de guerre civile entre islamistes et le pouvoir aux mains des militaires dont le bilan humain fut terriblement lourd, environ 200 000 morts. Jusqu’à la désignation de Liamine Zeroual à la tête du pays (le 30 janvier 1994), l’homme fort du HCE fut Khaled Nezzar.

Arrivé au pouvoir par l’élection présidentielle du 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika, ancien Ministre des Affaires étrangères, a tenté de faire la réconciliation nationale au cours des années 2000 (Abassi Madani a appelé à la fin de la lutte armée le 25 août 2003). Il est toujours au pouvoir et s’apprête peut-être à solliciter un cinquième mandat, à l’âge de 81 ans, pour l’élection présidentielle prévue le 18 avril 2019, alors que, très malade depuis 2013, il n’a pas prononcé un seul discours public au cours de son quatrième mandat. Le problème est qu’aucune personnalité du FLN ne serait en mesure de gagner une élection et les militaires préfèrent ainsi encore s’accrocher à un quasi-fantôme que risquer de se retrouver dans la situation de janvier 1992.

Quant à Chadli Bendjedid, qui a pu s’apercevoir de la fragilité de son assise politique, porté à la Présidence de la République par les militaires et destitué par les mêmes militaires, il a profité de son retrait politique pour rédiger ses mémoires (qui furent publiées le 1er novembre 2012) avant de s’éteindre d’une sale maladie à l’hôpital militaire d’Alger le 6 octobre 2012 à l’âge de 83 ans. Pendant ces dernières, il était respecté et participait parfois aux cérémonies officielles.


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Sylvain Rakotoarison (08 février 2019)
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Pour aller plus loin :
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 04:30

« Du jour où mon mari rendit publique sa volonté de se rendre à Jérusalem pour faire la paix avec Israël, je sus qu’il serait assassiné (…). Les jours qu’il me restait sur cette Terre à ses côtés étaient désormais comptés. De ce jour de 1977 jusqu’à son assassinat, les maux de tête qui depuis des années m’accablaient de temps à autre devinrent quasiment quotidiens. » (Jihane El-Sadate, veuve d’Anouar El-Sadate, "Une Femme d’Égypte", 1987).



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Le colonel Anouar El-Sadate est né le jour de Noël, il y a un siècle, le 25 décembre 1918, dans un village du Delta du Nil. Est-ce que cela lui confère un statut de saint ? Certainement pas ! Pour des raisons confessionnelles (il était musulman pratiquant), et aussi, pour des raisons politiques. S’il a obtenu le Prix Nobel de la Paix en octobre 1978 et si son assassinat le 6 octobre 1981 au Caire (à l’âge de 62 ans) a ému la Terre entière, il a néanmoins dirigé d’une main de fer un régime qui n’a jamais été qu’autocratique, au même titre que son prédécesseur Nasser et que ses successeurs Moubarak et Sissi, tous militaires.

D’ailleurs, le journaliste franco-égyptien Robert Solé, qui connaît très bien l’Égypte, a écrit, dans sa biographie "Sadate", publiée en 2013 (éd. Perrin), que dans le conseil de révolution, Sadate était probablement le plus autocrate de la junte : « Sadate figure alors parmi les plus virulents partisans de la dictature, au nom de l’efficacité : ce qui pourrait se réaliser démocratiquement en un an, souligne-t-il, pourrait s’accomplir "dictatorialement" en un jour. (…) Sadate est persuadé qu’un chef n’a pas à se soumettre à des votes. "À quoi sert-il de débattre des heures ? A-t-on vu dans l’histoire une seule révolution se faire avec des majorités et des minorités ? Une révolution a besoin d’un seul chef". ». Et ce chef, ce fut le général Nasser, le seul de la bande à avoir voté pour la démocratie !

Cette petite mise en perspective est pour rappeler que Sadate venait de loin et s’il fut effectivement un grand homme d’État, et aussi un homme de paix et de réconciliation, c’était surtout parce que dans l’histoire grave des pays, la fonction pouvait créer l’homme. Au départ, Sadate était un "petit" révolutionnaire sans emploi, puis un apparatchik fidèle et sans envergure, « toujours d’une orthodoxie sans relief » selon l’expression sans complaisance de François Puaux (voir plus loin). Henry Kissinger n’avait jamais imaginé qu’il succéderait un jour à Nasser.

Issue d’une famille pauvre de treize enfants, Anouar El-Sadate s’est engagé dans l’armée à l’âge de 18 ans. Dès 1938, il rencontra Nasser et il se lia avec les milieux révolutionnaires. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’est rapproché des Allemands de Rommel pour s’opposer aux occupants britanniques, ce qui lui a valu de la prison. Après la guerre, il fut un terroriste proche des Frères musulmans, et passa trois ans en prison entre 1945 et 1948 pour avoir participé à des attentats.

Faisant partie des officiers qui ont conspiré contre le roi Farouk Ier, il a participé au putsch en juillet 1952 qui l’a détrôné. Très proche de Nasser, devenu le nouveau leader national égyptien au nationaliste arabe exacerbé, Sadate fut plusieurs fois ministre puis Président de l’Assemblée Nationale du 21 juillet 1960 au 20 janvier 1969. Il fut l’un des Vice-Présidents de Nasser, du 17 février 1964 au 26 mars 1964 puis du 19 décembre 1969 au 14 octobre 1970.

Lors de la mort soudaine de Nasser, le 28 septembre 1970, Sadate, premier Vice-Président de la République, assura l’intérim présidentiel mais n’était pas parmi les favoris pour lui succéder en titre. Deux hommes s’affrontaient pour reprendre le flambeau du panarabisme.

Le premier (le favori) fut le maréchal Ali Sabri (1920-1991), Vice-Président du 1er octobre 1965 au 20 mars 1968, Premier Ministre du 29 septembre 1962 au 3 octobre 1965, proche de Nasser et soutenu par l’Union Soviétique, ancien chef du service de renseignement général égyptien de 1956 à 1957.

Son rival, au contraire, était soutenu par les États-Unis, le général Zakaria Mohieddine (1918-2012), Premier Ministre du 3 octobre 1965 au 10 septembre 1966, après avoir dirigé le service de renseignement général égyptien de 1954 à 1956 et être devenu le Ministre de l’Intérieur de 1953 à 1962. Vice-Président du 16 août 1961 au 23 mars 1964 et du 1er octobre 1965 au 20 mars  1968, il fut limogé par Nasser en raison de sa proximité avec les Américains.

Finalement, les deux rivaux se sont neutralisés mutuellement et a permis à Sadate d’être choisi, le 5 octobre 1970, comme candidat unique à l’élection présidentielle peu démocratique du 15 octobre 1970, un plébiscite, où il a obtenu 90% des voix ("réélu" le 2 octobre 1976). Sadate fut Premier Ministre du 26 mars 1973 au 25 septembre 1974 et du 15 mai 1980 au 6 octobre 1981.

Dès février 1971, après quelques mois de grande prudence pour ne pas s’aliéner ces deux camps, Sadate commença à dialoguer discrètement avec les États-Unis. Il abandonna le panarabisme de Nasser au profit d’un nationalisme plus classique et seulement égyptien. Son discours du 4 février 1971, très attendu, donna sa préférence pour un processus apaisé sans reprise des combats avec Israël : « Sadate a proposé un cessez-le-feu de six mois renouvelable durant lequel le canal de Suez serait rouvert à la navigation si Israël acceptait de se retirer de la zone du canal et autorisait les Égyptiens à rétablir une tête de pont sur la rive orientale. » (Claude Cartigny, 2013).

Dans ses mémoires, François Puaux (1916-1996), ambassadeur de France en Égypte de 1968 à 1972, a expliqué les intentions de Sadate : « À Paris, M. Pompidou [Président de la République] aussi bien que M. Maurice Schumann [Ministre des Affaires étrangères], intrigués par cette proposition, qui ressemblait fort effectivement à un partage du Sinaï, m’en demandèrent le sens. Sadate, leur dis-je, a abandonné le rêve arabe de Nasser. Mais c’est un patriote, obsédé par l’idée force de mettre fin à l’occupation ennemie et en particulier par la réouverture du canal [de Suez]. En Orient, le provisoire peut durer longtemps. Un armistice lui paraît dans l’ordre des choses possibles. La paix n’est pas mûre. Un accord intermédiaire sur le canal lui permettrait d’atteindre son objectif sans payer le prix, redoutable pour tout chef arabe, d’un traité et d’une reconnaissance formelle d’Israël. » ("Anouar El-Sadate, la conquête du pouvoir").

Pour résumer : « Les observateurs avaient depuis longtemps convenu que si le pays [l’Égypte] voulait la guerre, il ne pouvait la faire qu’avec l’aide des Russes, mais que, s’il recherchait la paix, il n’y parviendrait pas sans les Américains. Il était clair que l’initiative d’Anouar El-Sadate relevait du deuxième terme de l’alternative et qu’elle heurtait de front la philosophie politique des anciens lieutenants de Nasser. » (François Puaux). Et le premier concerné était Ali Sabri, nommé prudemment Vice-Président le 30 octobre 1970, qui s’opposa à l’initiative de Benghazi.

Le 17 avril 1971 à Benghazi, Sadate impulsa en effet la création de la confédération égypto-syro-libyenne : « Monument aussi vide et sonore que la Sainte Alliance, cette création avait paru à Sadate l’occasion de s’assurer l’appui du bouillant Kadhafi et de "fixer" le nouveau Président syrien Hafez El-Assad au moment où il s’apprêtait à pousser son idée d’accord intérimaire. » (François Puaux).

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Ali Sabri, présent à Benghazi, en profita pour mettre en minorité Sadate dans le parti, le 22 puis le 26 avril 1971, avec l’aide des nassériens. Sadate retourna la salle en sa faveur et fut mis une nouvelle fois en minorité le 10 mai 1971. Dans la nuit du 13 au 14 mai 1971, Sadate fit arrêter les conjurés nassériens, dont Ali Sabri qu’il avait révoqué le 27 avril 1971 et ils restèrent en prison pendant une dizaine d’années. Au-delà de la lutte pour se maintenir au pouvoir, Sadate voulait éliminer ces adversaires politiques qui étaient opposés à un rapprochement avec les États-Unis. Sadate avait donc désormais les mains libres. Dès 1972, remettant en cause un traité d’amitié signé en juin 1971, Sadate expulsa 12 000 conseillers militaires soviétiques.

Cependant, Israël refusa tout accord intermédiaire. Sadate en a conclu qu’il fallait reprendre les hostilités pour faire bouger la situation. Pour récupérer le Sinaï occupé par les Israéliens depuis 1967 (la guerre des Six Jours), Sadate a alors préparé avec la Syrie d’Hafez El-Assad la guerre du Kippour, le 6 octobre 1973, le jour le plus sacré des Juifs dans l’année. Si l’attaque a bien commencé pour la coalition arabe, la contre-offensive israélienne a battu les armées arabes si bien qu’un cessez-le-feu fut accepté le 23 octobre 1973, imposé par Nixon et Brejnev qui ont fait adopter le 22 octobre 1973 la Résolution 338 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Le cessez-le-feu fut effectif le 27 octobre 1973.

Cette guerre du Kippour a fait évoluer les alliances en Égypte. Sadate s’est rapproché des Américains et s’est éloigné des Soviétiques. Il est même devenu le leader arabe privilégié dans un monde assez troublé. Ce fut donc en position de force qu’il a pu faire les premiers pas vers Israël. De son côté, Israël a connu une crise morale et politique très forte du fait que l’invincibilité de l’armée israélienne fut mise en doute. Le gouvernement israélien a démissionné le 11 avril 1974.

Dans ses mémoires, Sadate a écrit : « Le mythe a volé en éclats : le mythe de la supériorité d’Israël, de son aviation, ses blindés et ses soldats invincibles. Le quatrième jour de la guerre, le commandant du corps blindé d’Israël, le général Abraham Mindler, homme de renommée mondiale, fut tué sur le front égyptien ; ce fut comme la marque de l’effondrement des forces israéliennes en Égypte. » ("À la recherche d’une identité. Histoire de ma vie", éd. Fayard, 1978).

La venue de Sadate à Jérusalem le 20 novembre 1977 et sa rencontre avec le Premier Ministre israélien Menahem Begin ont inscrit une nouvelle page, plus prometteuse dans l’histoire déchirante du Proche-Orient. Il fut le premier leader arabe à reconnaître l’existence d’Israël. Son geste avait un objectif, accélérer les négociations de paix pour libérer le Sinaï.

Ses mots devant la Knesset furent très forts : « Il ne peut y avoir de bonheur pour personne au prix du malheur d’autrui (…). Vous voulez vivre avec nous dans cette région du monde, et je vous le dis en toute sincérité : nous vous accueillerons avec plaisir parmi nous, en sûreté et en sécurité (…). Je vous le dis en vérité que la paix ne sera réelle que si elle est fondée sur la justice et non sur l’occupation des terres d’autrui. Il n’est pas admissible que vous demandiez pour vous-mêmes ce que vous refusez aux autres (…). La paix n’est pas seulement une signature apposée sous un texte. C’est une nouvelle écriture de l’Histoire. ».

Son audace était courageuse. Il voulait transformer un conflit qui était religieux en un simple conflit territorial entre deux nations. Ce qui pouvait apporter des indications pour faire la paix : contenter l’intérêt des deux nations. Ce qui aurait été impossible sur le terrain religieux.

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La paix fut concrètement négociée à Camp David, la résidence d’été du Président des États-Unis, à l’invitation de Jimmy Carter entre le 5 et 17 septembre 1978, ce qui a abouti, non sans mal, à la signature des Accords de Camp David préfigurant le traité de paix entre Israël et l’Égypte signé l’année suivante. Pour avoir négocié avec les Israéliens, l’Égypte fut exclue de la Ligue arabe.

En proie à la contestation et à la crise économique, contesté par le monde musulman, Sadate fit arrêter 1 536 personnes en début septembre 1981 parmi l’élite intellectuelle et religieuse, afin de consolider son pouvoir politique. Il avait cependant relâché auparavant les leaders de Frères musulmans qu’il voulaient ménager dans la mesure où il réprimait déjà "l’aile gauche" prosoviétique.

Cette consolidation du pouvoir fut de très courte durée. Quelques jours plus tard, Sadate fut assassiné le 6 octobre 1981 lors d’une parade militaire au Caire, célébrant le huitième anniversaire du début de la guerre du Kippour. Il fut tué par six militaires proches des Frères musulmans qui s’opposaient à ce rapprochement avec Israël. L’attentat a coûté la vie à sept autres personnes.

Vice-Président depuis le 16 avril 1975, le général Hosni Moubarak prit le pouvoir le 14 octobre 1981 et le garda près de trente ans, renversé par le Printemps arabe le 11 février 2011. Quand il avait nommé Moubarak à ce poste de numéro deux, Sadate avait lâché ironiquement : « Désormais, on hésitera à m’assassiner, car après mois viendrait quelqu’un de beaucoup plus méchant. » (cité par Noël Darbroz dans "La Croix" du 8 octobre 1981).

Les funérailles de Sadate furent célébrées le 10 octobre 1981 en présence de beaucoup de personnalités internationales, notamment Menahem Begin, Ronald Reagan, Gerald Ford, Richard Nixon, Jimmy Carter, mais sans aucun dirigeant arabe (on a même entendu des explosions de joie dans les rues de Damas, Tripoli, Bagdad et Téhéran à l’annonce de son assassinat).

Selon l’ambassadeur François Puaux, il y a un contresens à vouloir faire de Sadate, post mortem, un grand pacifiste et un ami de Begin : il était avant tout un grand patriote, dont l’objectif était de retrouver les territoires occupés. Pour cela, il n’a pas hésité à aller chez l’ennemi et à parler des choses qui fâchaient. Considéré comme un apparatchik sans éclat, il a montré ses grands talents de manœuvrier en politique intérieure, déjouant les pièges des héritiers de Nasser, tout en affichant ses convictions nationales très affirmées. En ce sens, il a étonné le monde entier tout en entrant dans le grand livre de l’Histoire mondiale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"La politique israélienne de Sadate ou l’énigme de la stratégie égyptienne" par Thierry Hentsch dans "Études internationales", vol. 11, n°4, 1980 (à télécharger).
Anouar El-Sadate.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
Les Accords de Camp David.
Et Moubarak, que devient-il ?
Sissi imperator.
Gamal Abdel Nasser.
Abdel Fattah Al-Sissi et Mohamed Morsi.
Marine Le Pen en Égypte.
Les révolutions arabes de 2011.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Et si l’on écoutait Michel Rocard ?
Moubarak démissionne.
L’obélisque de la Concorde.
Transition égyptienne : entre colère et raison.
L’Égypte, fin janvier 2011.
Une autre victime au Caire le 22 février 2009.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181225-sadate.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/sadate-ou-le-patriotisme-par-la-210899

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/12/16/36945576.html



 

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 20:03

Une analyse sur la politique de Sadate en 1980, donc, avant son assassinat.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'article (fichier .pdf) :
https://www.erudit.org/fr/revues/ei/1980-v11-n4-ei3003/701113ar.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181225-sadate.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181219-hentsch-sadate.html

 

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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 04:53

« En allant à Beyrouth, j’ai voulu m’incliner devant nos soldats morts dans l’accomplissement de leur mission et visiter nos blessés, et rencontrer avec leurs responsables de nombreux éléments de notre contingent. » (François Mitterrand, le 24 octobre 1983 à l’Élysée).


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Il a exactement trente-cinq ans, le 24 octobre 1983, accompagné de son fidèle Ministre de la Défense Charles Hernu, le Président de la République française François Mitterrand a fait un voyage éclair à Beyrouth de manière totalement imprévu. Et pour cause : la veille, deux attentats effroyables ont coûté la vie (selon une publication de E. R. Frykberg & al. en mars 1989) à 346 personnes (sans compter les deux kamikazes), dont 234 tuées sur le coup, et blessé 75 personnes. François Mitterrand, par la suite, est allé aussi de cette manière, rapide, risquée et improvisée, à Sarajevo en pleine guerre civile, les 27 et 28 juin 1992.

De retour du Liban, François Mitterrand déclara le soir même, à l’Élysée : « Sur place, j’ai pu éprouver le courage et le sang-froid de tous. (…) J’ai (…) mesuré l’ampleur d’un drame qui frappe si durement tant de familles aujourd’hui déchirées auxquelles va ma pensée douloureuse. À tous, je dis qu’un pays est grand par sa force d’âme, par sa résolution, comme par les amitiés et le respect qu’il mérite. ».





Et de conclure que la France n’allait pas changer sa politique : « C’est pourquoi au Liban, la France reste et restera fidèle à son histoire et à ses engagements. En défendant, là comme ailleurs, ces principes d’indépendance nationale et d’équilibre des forces dans le monde, la France ne défend pas autre chose que la paix. ». C'était ce qu'avait dit le Premier Ministre Pierre Mauroy devant les députés : « La France demeurera fidèle à son histoire et à son engagement au Liban. Elle a à défendre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmesf. ».

Il faut le dire, ce jour-là, François Mitterrand a été l’honneur de la France et les Français pouvaient être fiers de lui. Mais revenons aux faits.

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Le 23 octobre 1983, vers 6 heures 20, une première explosion a eu lieu dans le quartier américain. Un camion piégé (transportant six tonnes de TNT) a attaqué le contingent américain du 1er bataillon du 8e régiment des marines, à l’aéroport international de Beyrouth. 241 soldats américains y ont trouvé la mort. Deux minutes plus tard, une seconde explosion a meurtri un bâtiment français. Un autre camion piégé a attaqué l’immeuble du Drakkar de neuf étages où séjournait le contingent français, principalement de la 3e compagnie du 1er régiment de chasseurs parachutistes. 58 soldats français y ont trouvé la mort. Il faut rajouter six civils libanais, le concierge de l’immeuble français et sa famille.

Le sergent Robert Guillemette, qui a réchappé à l'attentat, a ainsi témoigné : « J'étais de garde sur la terrasse dans la nuit de samedi à dimanche et j'ai été le premier à voir sauter le quartier général des Américains. J'ai immédiatement réveillé mon chef de poste qui dormait près de moi. Mais je n'ai pas eu le temps de faire un geste pour alerter la garde au bas de l'immeuble qui, déjà, s'écroulait. » ("La Voie du Nord" du 22 octobre 2013).

La situation fut si confuse dans la matinée que seulement quelques dizaines de morts furent décomptés et les autres considérés comme "disparus". Le bilan s’est alourdi au fil de la journée.


 


Deux organisations alors inconnues ont revendiqué le double attentat, l'Organisation du jihad islamiste et le Mouvement de la révolution islamique libre : « Nous sommes des soldats de Dieu et sommes épris de mort. Nous ne sommes ni Iraniens, ni Syriens, ni Palestiniens. Nous sommes des musulmans libanais qui suivons les préceptes du Coran. Nous voulons une république islamique même si cela devait mener à la guerre. La violence restera notre seule voie au cas où ils [les forces étrangères] ne partiront pas car nous sommes disposés à faire du Liban un second Vietnam. » (communiqué).

Ces attentats, les plus meurtriers jusqu’aux attentats du 13 novembre 2015 (pour les Français), auraient été probablement commis par le Hezbollah (organisation déjà créée mais connue publiquement seulement à partir de 1985) et l’Iran (qui a démenti) pour riposter contre l’aide américaine et française apportée à l’Irak de Saddam Hussein (l’Irak et l’Iran étaient alors en pleine guerre). Les soldats américains et français faisaient partie de la Force multinationale de sécurité à Beyrouth envoyée par l’ONU et déployée à partir du 25 août 1982 pour pacifier le Liban en proie à la guerre civile : 2 000 soldats français, 1 600 soldats américains, 1 400 soldats italiens, 100 soldats britanniques. Avant le 23 octobre 1983, 18 soldats français, 8 soldats américains et un soldat italien avaient déjà péri dans de précédents attentats (dont un attentat suicide contre l’ambassade des États-Unis à Beyrouth le 18 avril 1983 qui a tué 63 personnes). Des soldats français furent aussi tués au cours d’autres attentats ultérieurs, notamment le 21 décembre 1983.

Le mois de septembre 1982 a été particulièrement traumatisant pour le Liban : Bachir Gemayel, élu Président de la République du Liban le 23 août 1982, a été assassiné le 14 septembre 1982. Son frère Amine Gemayel fut élu à sa place le 21 septembre 1982. En représailles, les phalangistes ont perpétré les massacres de Sabra et Chatila du 16 au 18 septembre 1982, sous l’œil indifférent de l’armée israélienne.

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Les conséquences de ces attentats, ce fut la dissolution de la Force multinationale de sécurité à Beyrouth en avril 1984 par l’ONU et son remplacement par la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) créée par la Résolution n°425 du Conseil de Sécurité de l’ONU le 19 mars 1978.

En représailles, la France a effectué un raid dans la plaine de la Bekaa contre des positions du Hezbollah (sans perte humaine) le 17 novembre 1983, tandis que les États-Unis ont attaqué le 9 janvier 1984 dans le Chouf, et le 8 février 1984 dans la plaine de la Bekaa.

Celui qui fut considéré comme le "cerveau" de ces deux attentats, Imad Moughniyah (1962-2008), était l’un des chefs du Hezbollah responsable des relations avec l’Iran et la Syrie. Il fut assassiné dans sa voiture piégée le 12 février 2008 à Damas (certains parlent du Mossad, d’autres de factions rivales du Hezbollah).

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L’attaque au camion piégé contre les soldats américains fut prouvée et incontestable, mais certains considéreraient que les soldats français n’auraient pas été tués par un autre camion piégé car aucun reste de celui-ci n’a été retrouvé, et ils estimeraient que l’attentat serait l’œuvre des services secrets syriens qui auraient miné le bâtiment du Drakkar (version démentie officiellement).

La France compte actuellement 10 000 soldats en opérations extérieures, au Sahel (3 500), en Irak et Syrie (1 200), au Liban (900), en Côte d’Ivoire (450), à Djibouti (2 000), au Sénégal (300), au Gabon (900) et aux Émirats arabes unis (750). Tous peuvent y trouver la mort au cours d’une attaque.





Que les soldats qui ont péri à Beyrouth le 23 octobre 1983, et en particulier, les 58 soldats français, qui ont reçu un hommage militaire dans la cour d'honneur des Invalides le 2 novembre 1983 en présence du Président de la République et de tout le gouvernement, continuent à être honorés dans leur souvenir, ainsi que tous les soldats morts au cours de leur mission à l’extérieur. Depuis 1963, la France a perdu 687 soldats français "morts au service de la France", et notamment, hélas, encore un récemment, le 18 octobre 2018, un soldat français mort accidentellement au Mali. Qu'ils en soient remerciés et que la République perpétue leur mémoire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Beyrouth, il y a trente-cinq ans.
Le Liban de Michel Aoun.
La Syrie de Bachar El-Assad.
Guerre civile en Syrie.
Yasser Arafat.
Ariel Sharon.
Accords de Camp David.
Un soldat comme un autre.
Un amiral pas comme un autre.
Chasseurs alpins en Afghanistan.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181023-beyrouth-attentats-1983.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/nos-soldats-a-beyrouth-il-y-a-208912

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/23/36809232.html


 

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