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13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 00:44

Le 13 septembre 1993 à Washington, le Premier Ministre israélien Yitzhak Rabin, son Ministre des Affaires étrangères Shimon Peres et le leader palestinien Yasser Arafat ont signé la déclaration commune des Accords d'Oslo sous la médiation du Président américain Bill Clinton. Les trois signataires ont reçu pour cette audace le Prix Nobel de la Paix 1993.

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Pour approfondir, les Accords de Camp David :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180917-accords-camp-david.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180913-accords-oslo.html



 

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 04:31

« Le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre. » (Victor Hugo, 1848).


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Une soixantaine de morts parmi les Palestiniens, parfois des enfants et même des bébés, le lundi 14 mai 2018. Plus d’une centaine si l’on compte aussi les victimes du vendredi 11 mai 2018. Contraste saisissant entre l’inauguration de la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem, en grandes pompes, accompagnée de cris de joie de certains Israéliens, et ce massacre qui a choqué le monde entier.

Hélas, beaucoup ont presque intérêt à un tel massacre. Cette spirale infernale de la guerre, qui ne s’est jamais arrêtée depuis soixante-dix ans, est d’abord fondée sur une haine transmise de génération en génération, de ressentiments qu’il sera bien surréaliste de voir rapidement se transformer en espoirs. Les Palestiniens, lâchés à leur propre sort par les États autocrates arabes, n’ont plus rien à perdre.

Reprenons quelques éléments. La riposte de l’armée israélienne par balles réelles contre des manifestants de la Bande de Gaza, venus à la frontière de l’État d’Israël, souvent peu armés, était disproportionnée, évidemment. On peut comprendre la crainte sécuritaire des Israéliens, mais pas qu’elle se plaçât au-dessus des vies humaines que leur armée a détruites sauvagement.

La nature de cette riposte, largement prévisible puisque l’armée israélienne avait même averti la population palestinienne, a aussi une raison de basse politique intérieure. Les prochaines élections législatives approchent et le Premier Ministre Benjamin Netanyahou, débridé par l'effet Trump et en difficulté avec des casseroles judiciaires, a besoin de remobiliser son électorat. Le principe de "la nation en danger" permet de rassembler les forces vives autour de leur chef. Macabre stratégie électorale.

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Au-delà de ces manœuvres politiciennes qui ne sont pas nouvelles, il y a aussi le mode de scrutin avec la représentation proportionnelle qui aboutit à ce que des partis religieux extrémistes, souvent ultraminoritaires, prennent en "otages" les "grands" partis gouvernementaux (ici le Likoud, et les autres partis gouvernementaux sont en miettes, les travaillistes ont quasiment disparu du paysage politique israélien) incapables d’obtenir une majorité à la Knesset (eh oui, Israël est une démocratie parlementaire, pour garder le pouvoir, il faut convaincre les électeurs et les parlementaires). Ainsi, pour préserver sa coalition, le Likoud doit forcer sur le sécuritarisme des extrémistes et sur la démagogie populiste qu’on retrouve d’ailleurs dans les autres démocraties, notamment européennes.

L’émotion. Forcément, il est impossible de ne pas être insensible à ce massacre, comme à tous les massacres, d’ailleurs. Il est malheureux de reconnaître que le degré d’émotion est souvent proprotionnel à sa médiatisation. Ce n’est pas nouveau. Il y a près d’une cinquantaine d’années, la campagne très médiatisée des victimes du Biafra avait pu faire réagir. Ce qu’attendent ceux qui ont suscité cette émotion, c’est un coup de projecteur médiatique. Cela fait cher la minute à la télévision.

Mais qui a suscité ce massacre ? Il me semble que le gouvernement israélien, responsable des tirs à balles réelles et donc premier responsable de cette hécatombe, n’est toutefois pas le seul responsable. Ceux qui soufflent sur les braises, pour que la région s’enflamme, ce sont les fanatiques du Hamas. Leur mot d’ordre, c’est de détruire Israël. Comment peut-on imaginer la paix avec une telle haine ? La crainte des Israéliens, qui ont pris un ascendant militaire sur leurs voisins, c’est de le garder et de protéger leur propre population.

D’ailleurs, ceux qui ont manifesté étaient surtout des jeunes gens. Peu des anciens avec une certaine maturité qui voyaient bien que le leader du Hamas avait envoyé en toute conscience ses manifestants à l’abattoir. Car pour émouvoir, il fallait de la boucherie. Ce cynisme doit être autant condamné que la disproportion des moyens utilisés par l’armée israélienne.

Le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem fut-elle une provocation de Donald Trump ? Certainement pas, même s’il s’est fait dans les pires conditions. Ce transfert a été promis par les Américains depuis 1995. Pas seulement les Américains, d’ailleurs. Mais sous une condition impérieuse : que le statut de Jérusalem soit l’objet d’un accord avec toutes les parties concernées. C’est sans doute la principale pierre d’achoppement. Le rejet par Yasser Arafat, pour des raisons démagogiques, de la proposition de paix d’Ehud Barak coûte très cher encore aujourd’hui (en présence de Bill Clinton, échec du sommet de Camp David II du 11 au 25 juillet 2000 et échec de la conférence de Taba du 21 au 27 janvier 2001).

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Dans l’idéal, comme les premières résolutions des Nations Unies le réclamaient, il faudrait l’édification de deux États sur la Palestine administrée sous mandat britannique. Israël et la Palestine sur les bases des frontières d’avant 1967. Le conflit, qui est prolongé et alimenté tant du côté du Hamas que du Likoud, rend cette solution de moins en moins crédible.

Et pourtant, il n’y a pas d’autre solution.

Le Grand Israël ? Si c’est le rêve de Benjamin Netanyahou, qui encourage la colonisation des territoires occupés, il n’a aucun sens géopolitique. Pire, il mettrait plutôt en péril la nation israélienne elle-même. Ariel Sharon, avant de sombrer dans un coma qui a fait rater la dernière tentative de paix, avait compris, probablement un peu tard, mais il valait mieux tard que jamais, qu’Israël avait besoin d’un État palestinien pour des raisons démographiques. Un seul État contenant Palestiniens et Israéliens, c’était à coup sûr laisser la population palestinienne devenir maîtresse du destin des Israéliens avant trente ans, en raison de la différence de croissance démographique (la démographie, au contraire de l’économie, est une science prédictive à long terme assez facilement fiable).

Le retour des Palestiniens sur leur terre d’origine ? C’est-à-dire, sur l’actuel État d’Israël ? Là non plus, ce n’est pas politiquement concevable. Les déplacements de population sont toujours vécus comme des drames humains, mais les 700 000 Palestiniens n’ont pas été les seuls à l’avoir vécu à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. En Europe, de nombreux déplacements de population ont eu lieu, et à commencer par les Allemands de Königsberg, en Prusse orientale, qui ont été chassés par les Soviétiques et aucun Allemand, soixante-dix ans plus tard, ne réclame aujourd’hui le retour à ce qui est devenu Kaliningrad, pourtant une enclave baltique de la Fédération de Russie coincée entre la Pologne et la Lituanie, au cœur désormais de l’Union Européenne.

C’est Christian Vanneste, ancien député UMP et aujourd’hui promoteur d’une alliance très à droite entre LR et le FN, qui a proposé, sans doute avec audace, cette comparaison dans son éditorial du 16 mai 2018. S’il y avait moins d’Allemands déplacés que de Palestiniens déplacés, que dire alors des Pakistanais et des Indiens qui, lors de l’indépendance des Indes britanniques et de la séparation en deux (puis trois) États, ont été déplacés par millions (accompagnés de massacres de masse) ?

Christian Vanneste n’hésite pas à citer ainsi d’autres tragédies historiques, passant de l’indépendance de l’Algérie (drame des Pieds-noirs mais aussi des Harkis) aux rescapés du génocide contre les Arméniens en 1915, en ajoutant cette phrase qui pourrait servir de sujet à commenter au prochain baccalauréat de philosophie (cela tombe bien, l’ancien parlementaire était professeur de philosophie à Tourcoing dans une vie antérieure) : « L’histoire n’a jamais fait bon ménage avec la justice. Encore faut-il savoir ce qui fonde la justice, si elle existe dans ce domaine. » (16 mai 2018).

La première condition pour entrevoir au loin un espoir de paix, c’est d’abord que chaque partie respecte l’autre dans son droit d’exister. Pour l’instant, on en est encore hélas très loin…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le massacre à Gaza aurait-il pu être évité ?
Déclaration d’indépendance d’Israël le 14 mai 1948 (à télécharger).
Les 70 ans d’Israël.
Élie Wiesel et la Shoah.
Un géant à Jérusalem.
Le dernier des Sages ?
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Shimon Peres élu Président.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180514-massacre-gaza.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-massacre-a-gaza-aurait-il-pu-204417

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/05/18/36413177.html



 

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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 03:10

« Cette reconnaissance, par les Nations Unies, du droit du peuple juif à créer son État est irrévocable. » (14 mai 1948).


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Soixante-dix ans, c’est à peu près la vie d’un homme (ou d’une femme). Pas son espérance de vie en 2018, mais en 1948, assurément. David Ben Gourion (1884-1973) a proclamé l’indépendance de l’État d’Israël à Tel-Aviv le 14 juin 1948, un jour avant le départ des Britanniques qui avaient un mandat d’administration de la Palestine depuis plusieurs décennies. Cette indépendance n’a rien résolu, voire, a créé d’autres problèmes, mais dans tous les cas, qu’on le souhaite ou qu’on le regrette, cet État s’est courageusement battu pour se faire respecter et pour exister.

À l’origine, le sionisme fut imaginé à la fin du XIXe siècle pour créer une nation juive en Palestine. Porté par Theodor Herzl (1860-1904) puis Chaim Weizmann (1874-1952), le sionisme s’est nourri d’une forte montée de l’antisémitisme en Europe. En particulier, en France avec l’affaire Dreyfus, où de nombreux Juifs se disaient que si un militaire innocent était injustement condamné parce que Juif dans le pays des Lumières, l’un des plus éclairés au monde, cela voulait dire que les Juifs ne seraient en sécurité nulle part sauf s’ils créaient eux-mêmes leur pays. Les pogroms en Russie impériale ont également contribué à cette prise de conscience. Lors du premier congrès sioniste à Bâle du 29 au 31 août 1897, Theodor Herzl nota dans son journal : « Si je devais résumer le congrès de Bâle en un mot, ce serait celui-ci : à Bâle, j’ai fondé l’État juif (…). Peut-être dans cinq ans et certainement dans cinquante ans, chacun le saura. ». Quelle vision : il a fallu finalement cinquante ans et huit ans pour atteindre l’objectif !

Il a fallu cependant attendre la fameuse déclaration de Lord Arthur Balfour, le 2 novembre 1917, en pleine guerre, il y a un peu plus de cent ans, pour que le sionisme gagnât officiellement un allié de poids, une grande puissance européenne, le Royaume-Uni, reprenant les Accords Sykes-Picot signés le 16 mai 1916.

Arthur Balfour (1848-1930) était le Ministre britannique des Affaires étrangères. Sa déclaration, adressée à un représentant du mouvement sioniste et publiée le 9 novembre 1917 au "Times" de Londres, fut très claire : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour les Juifs et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, soit aux droits et aux statuts politiques dont les Juifs disposent dans tout autre pays. ».

Le gouvernement britannique a soutenu ce projet sioniste surtout par stratégie pour sauvegarder les intérêts britanniques au Proche-Orient, considérant que la présence d’une population juive au sein d’une terre arabe créerait des troubles qui placeraient les Britanniques dans le rôle d’arbitre régional, ce qui préserverait leurs intérêts sur le canal de Suez. Par ailleurs, ce nouvel État permettrait de repousser le fort nationalisme arabe qui, durant tout le XXe siècle, bouleversa la géopolitique régionale.

Cette déclaration fut reprise lors des négociations de paix après la fin de la Première Guerre mondiale, à la Conférence de Paris (18 janvier 1919 au 10 août 1920) et à la Conférence de San Remo (19 au 26 avril 1920), en particulier par les quatre "Grands", à savoir Georges Clemenceau, le Président du Conseil français, Woodrow Wilson, le Président des États-Unis, David Lloyd George, le Premier Ministre britannique, et Vittorio Orlando, le chef du gouvernement italien.

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Cela a abouti au Traité de Sèvres signé le 10 août 1920 (qui réglait l’ancien territoire de l’Empire ottoman) dans son article 95 sur l’administration de la Palestine placée sous la responsabilité d’un mandataire choisi par les quatre grandes puissances : « Le mandataire sera responsable de la mise à exécution de la déclaration originairement faite par le gouvernement britannique et adoptée par les autres puissances alliées, en faveur de l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, étant bien entendu que rien ne sera fait qui pourrait porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives en Palestine, non plus qu’aux droits et aux statuts politiques profitant aux Juifs dans tout autre pays. ».

Ce traité de paix, comme avec le Traité de Versailles pour l’Allemagne, a laissé un goût amer aux populations du Proche et Moyen-Orient. Le partage de l’Empire ottoman en deux mandats attribués à la France (Syrie et Liban) et au Royaume-Uni (Irak, Palestine, Transjordanie), entériné par la Société des nations (SDN), s’est réalisé sans aucune concertation ni consultation des peuples concernés. Les frontières elles-mêmes, artificielles, ainsi que le plaquage de l’idée d’État-nation sur une société ottomane traditionnelle, ont été le germe de futurs conflits. Le Royaume-Uni ne songeait qu’à une chose, protéger ses routes commerciales, tant le canal de Suez que la route des Indes. En 1922, la SDN a confié au Royaume-Uni le mandat de créer un État juif en Palestine.

Entre les deux guerres, il y a eu beaucoup de difficultés. De fortes tensions se sont exprimées à cause de la déclaration de Darfour, et cela dès son premier anniversaire, le 2 novembre 1918. Les populations arabes ont refusé l’arrivée d’immigrants juifs et leur installation au sein d’un État en Palestine. Des pogroms ont eu lieu, de nombreux affrontements ainsi que la répression britannique. Spirale de violence qui jamais ne semble s’arrêter. Voyant les difficultés arriver, les Britanniques ont cherché à décourager l’immigration juive en Palestine à partir des années 1930, même après l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne.

Parallèlement, l’Europe est devenue une terre de plus en plus hostile aux Juifs. Des massacres antisémites ont eu lieu à l’est de l’Europe et en Russie soviétique, et la conquête du pouvoir de Hitler en 1933 a renforcé la persécution antisémite dans une grande partie de l’Europe, et même en France, les idées antisémites ont pris un poids important. L’émigration vers la Palestine a alors été considérée comme la meilleure solution de sécurité pour les Juifs d’Europe, d’autant plus que les États-Unis étaient devenus de plus en plus réticents à accepter une forte immigration juive dans les années 1930. Entre 1931 et 1939, la population juive en Palestine a triplé, atteignant près de 500 000 habitants, ce qui était inconcevable pour les Arabes (aujourd’hui, Israël a presque 9 millions d’habitants).

Après la Seconde Guerre mondiale, l’idée sioniste devenait une évidence. La Shoah, avec la découverte des camps d’extermination, a convaincu la "communauté internationale" d’offrir aux Juifs un État spécifique comme refuge aux persécutions. Le Royaume-Uni lui-même fut pressé de quitter la Palestine.

La résolution 181 des Nations Unies votée le 29 novembre 1947 a mis ainsi fin au mandat britannique en Palestine et a partagé le territoire en deux États indépendants, un État juif et un État arabe. Le plan de partage ainsi établi n’a pour l’instant jamais été respecté. Pourquoi ? Parce que l’hostilité des nations arabes fut telle que, pour se défendre et garantir son intégrité, l’État d’Israël a dû occuper des territoires normalement attribués aux Palestiniens. C’est un conflit qui dure maintenant depuis soixante-dix ans.

Lorsque la proclamation de l’État d’Israël a été prononcée par David Ben Gourion le 14 mai 1948, puis signée par une dizaine de responsables sionistes, il ne manquait que Chaim Weizmann, alors bloqué aux États-Unis, qui en a voulu à Ben Gourion de n’avoir pas pu signer a posteriori cette déclaration historique qui fait d’ailleurs office de Constitution, puisque l’État d’Israël n’a pas de Constitution en tant que telle.

Une petite réflexion sur cette création. Contrairement à ce qu’on peut dire, la création de l’État d’Israël n’est pas plus artificielle que celle des autres États de la région. Ils émanaient d’un partage (mal fait, voir plus haut) de l’Empire ottoman et la Syrie (créée en 1946), le Liban (créé en 1943), la Transjordanie (créée en 1946 et devenue Jordanie en 1950) et même l’Irak (créé en 1932) furent aussi artificiels qu’Israël. Seuls l’Égypte (recréée en 1936) et peut-être le Soudan (créé en 1956) avaient une réalité historique plus acceptable.

Dès le 15 mai 1948, la première guerre israélo-palestinienne a été déclarée : les armées syrienne, irakienne, transjordanienne, libanaise et égyptienne ont tenté de détruire Israël. On peut comprendre, dans ces conditions, que les Israéliens sont des habitants extrêmement sécuritaires. Il ne s’agit pas de posture électorale, mais simplement d’une nécessité vitale pour assurer leur propre existence. Contre toute prévision, l’armée israélienne (Tsahal) a gagné cette première guerre le 20 juillet 1949, et gagna les guerres suivantes (notamment celle des Six-Jours, du 5 au 10 juin 1967), imposant un respect dû aux issues militaires, au prix d’occupation de colonies israéliennes.

David Ben Gourion fut le premier Premier Ministre d’Israël (chef de l’exécutif) du 14 mai 1948 au 26 juin 1963 (avec une courte interruption du 26 janvier 1954 au 3 novembre 1955 où il a gardé une énorme influence sur l’exécutif). On avait proposé au physicien Albert Einstein d’être le premier Président d’Israël (fonction honorifique) mais, peu porté par les honneurs, il refusa sagement en expliquant : à chacun son métier, les physiciens à la physique, les responsables politiques à la politique. Ce fut donc Chaim Weizmann qui fut le premier Président de l’État d’Israël du 16 mai 1948 à sa mort, le 9 novembre 1952.

Depuis soixante-dix ans, Israël s’est révélé être le (quasi-) seul État démocratique de la région, à l’exception notable du Liban. Tous les autres pays sont en effet des régimes autocratiques qui ne connaissent pas la démocratie (et l’Irak actuel est pour l’instant à peine un État).

Dans sa déclaration d’indépendance, Israël a placé parmi ses valeurs fondamentales la justice, la paix, la liberté de conscience, la liberté de culte, de langue, d’éducation et de culture, une égalité de citoyenneté, à savoir des droits politiques et sociaux à tous les citoyens, sans distinction aucune de croyance ni d’ethnie ni de sexe. Cela signifie qu’un musulman peut vivre librement sa foi en Israël.

Dans les formulations officielles, il est évoqué seulement "l’État d’Israël" et jamais la "République d’Israël", pourtant, Israël est bien une république et une démocratie parlementaire, mais les intégristes religieux préféraient éviter ce mot de République.

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Toujours dans cette déclaration d’indépendance (qu’on peut télécharger à ce lien), on peut y lire : « Le pays d’Israël est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il acquit son indépendance et créa une culture d’une portée à la fois nationale et universelle. C’est là qu’il écrivit la Bible et en fit don au monde. Exilé de Terre sainte, le peuple juif lui demeure fidèle tout au long de sa Dispersion et il n’a jamais cessé de prier pour son retour, espérant toujours la restauration de sa liberté politique. ».

Il y a aussi une évocation de la Shoah : « La catastrophe nationale qui s’est abattue sur le peuple juif, le massacre de six millions de Juifs en Europe, a montré l’urgence d’une solution au problème de ce peuple sans patrie par le rétablissement d’un État juif qui ouvrirait ses portes à tous les Juifs et referait du peuple juif un membre à part entière de la famille des Nations. Les survivants des massacres nazis en Europe, ainsi que les Juifs d’autres pays, ont cherché, sans relâche, à immigrer en Palestine sans se laisser rebuter par les difficultés ou les dangers et n’ont cessé de proclamer leur droit à une vie de dignité, de liberté et de labeur dans la patrie nationale. ».

L’égalité de tous les citoyens, y compris arabes : « Nous demandons (…) aux habitants arabes de l’État d’Israël de préserver la paix et de prendre leur part dans l’édification de l’État sur la base d’une égalité complète de droits et devoirs et d’une juste représentation dans tous les organismes provisoires et permanents de l’État. ».

Enfin, un appel à la paix qui n’a jamais été entendu par les voisins arabes (sauf par l’Égypte trente ans plus tard) : « Nous tendons la main à tous pays voisins et à leurs peuples et nous leur offrons la paix et des relations de bon voisinage ; nous les invitons à coopérer avec le peuple juif rétabli dans sa souveraineté nationale. L’État d’Israël est prêt à contribuer à l’effort commun de développement du Moyen-Orient tout entier. ».

L’originalité de cet État est qu’il est basé sur une sorte de "fusion" (mot que je préfère à "confusion") entre l’idée nationale et l’idée religieuse (le Juif devient citoyen en même temps qu’il est croyant), mais pas exclusivement puisque des Arabes musulmans peuvent être Israéliens. Le pays est structuré comme une démocratie parlementaire classique, mais avec un communautarisme religieux fortement ancré, reprenant d’ailleurs des communautarismes que l’on peut retrouver dans des sociétés influencées par la culture anglo-saxonnes.

Non seulement Israël est une démocratie, mais une démocratie parmi les plus avancées avec ses contrepouvoirs, capable de condamner à la prison ferme un Président en exercice (Moshe Katsav, qui fut en prison pendant cinq ans pour viols), capable de poursuivre ses chefs de l’exécutif dans des scandales financiers. Le fait qu’un Premier Ministre en exercice puisse être inquiété par la justice de son pays ne montre pas un État "pourri" mais au contraire, un État capable de sécréter ses valeurs malgré ses dirigeants peu moraux. Aucune organisation n’empêchera des personnes d’être hors-la-loi, mais la bonne organisation est celle qui est capable de les détecter, de les juger et de les condamner, quelles que soient leurs positions au sein de cette organisation.

Au fil des générations et des agressions arabes, Israël a cultivé un sens très élevé de la sécurité qui a provoqué aussi un mouvement antisioniste, afin de protéger le peuple palestinien. Les provocations des deux camps, malgré quelques accords de paix (notamment Camp David en 1978 et Oslo en 1993) n’ont pas suffi à atteindre l’autre objectif de la résolution 181, à savoir la création d’un État palestinien qui est aussi nécessaire que l’État d’Israël. Non seulement Israël est un État militaire, mais également une nation économiquement dynamique, investissant massivement dans la recherche et l’innovation.

Aujourd’hui, l’antisionisme, exprimé en Europe qui n’est pourtant pas le lieu du conflit israélo-palestinien, est une nouvelle forme d’antisémitisme. Celui-ci, réprimé notamment par les lois françaises, trouve une sorte de renaissance avec l’antisionisme. Pourtant, refuser aux Juifs l’existence de l’État d’Israël est aussi porteur de guerre et de haine que refuser aux Palestiniens l’existence d’un État palestinien. Cet antisionisme va même jusqu’à transformer les victimes en bourreaux en comparant le gouvernement israélien aux …nazis. Un comble ! Qui n’apporte aucune solution concrète à ce conflit centenaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Déclaration d’indépendance d’Israël le 14 mai 1948 (à télécharger).
Les 70 ans d’Israël.
Élie Wiesel et la Shoah.
Un géant à Jérusalem.
Le dernier des Sages ?
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Shimon Peres élu Président.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180514-israel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/israel-fete-ses-70-ans-d-existence-204086

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/05/14/36379797.html


 

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 23:42

Le 14 mai 1948, le futur Premier Ministre israélien David Ben Gourion a proclamé l'indépendance de l'État d'Israël à la fin du mandat britannique. Il a énuméré les différents principes qui guident encore aujourd'hui les Israéliens, notamment la démocratie, la liberté de croyance, mais aussi la volonté de paix dans une région hostile au principe même de cet État.

Cliquer sur le lien pour télécharger la déclaration (fichier .pdf) :
http://www.revue-pouvoirs.fr/IMG/pdf/72Pouvoirs_p121-123_declaration_independance.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180514-israel.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180514-declaration-independance-israel.html


 

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 03:37

« C’est sur cette terre que je vais mourir. » (1er février 2011).


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Avec une pointe de condescendance : « Nous ne sommes pas des Tunisiens, tout de même ! ». C’était un propriétaire d’hôtel qui m’expliquait cela le 25 janvier 2011. Il avait beaucoup investi dans le tourisme local et il n’était pas question de déstabiliser ainsi son pays. Je séjournais dans le sud de l’Égypte et la première journée de manifestations s’était soldé par plusieurs morts au Caire. Pour comprendre, il faut revoir la chronologie.

Onze jours auparavant, le 14 janvier 2011, après plusieurs semaines de manifestations, le Président tunisien Ben Ali a fui son pays et s’est réfugié en Arabie Saoudite où il doit certainement s’y trouver encore. Mais la Tunisie est un petit pays. Les Égyptiens, c’est un grand peuple, ce sont les héritiers des pharaons, l’une des premières civilisations de l’humanité. Nous valons mieux que les Tunisiens, semblait-il dire en quelques sortes.

En septembre 2011, était prévue la deuxième élection présidentielle pluraliste (la première avait eu lieu le 6 septembre 2005). En principe, Hosni Moubarak aurait dû être réélu et fêter le trentième anniversaire de son arrivée au pouvoir. Trente ans ! Il est arrivé au pouvoir le 13 octobre 1981 à la suite de l’assassinat de Sadate. Il était son Vice-Président de la République depuis le 16 avril 1975, et donc son dauphin, contrôlant l’armée égyptienne.

Entré dans l’armée de l’Armée de l’air égyptienne en 1949, Moubarak a fait toute sa carrière dans l’armée jusqu’à devenir, entre le 23 avril 1972 et le 16 avril 1975, le chef d’état-major de l’Armée de l’air et le Vice-Ministre de la Défense. En 1974, il fut promu maréchal de l’armée de l’air. Lorsqu’est survenue la révolution égyptienne, cela faisait vingt-neuf ans qu’il tenait le pays d’une main de fer, avec l’armée à ses bottes, suscitant au fil des années la colère des moins aisés.

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Décision inédite, le pouvoir avait coupé toutes les liaisons Internet et de téléphonie cellulaire du 27 janvier au 3 février 2011. La Haute Cour administrative du Caire a condamné le 28 mai 2011 Hosni Moubarak à une amende de 23,3 millions d’euros pour les conséquences économiques désastreuses d’une telle décision.

Le changement de gouvernement le 28 janvier 2011, puis l’allocution du 1er février qui annonça la limitation à deux mandats présidentiels tout en souhaitant achever son cinquième mandat avec ces explications : « Je tiens à finir ma mission. » ont tenté de redresser la situation. Mais en vain. La répression policière pour faire évacuer la place Tahrir au Caire le 2 février 2011, qui fit des centaines de morts, renforça la colère des Égyptiens. Après une dernière tentative le 10 février 2011 où il confirma son intention de s’accrocher au pouvoir, il a dû finalement le quitter le lendemain, 11 février 2011, la queue entre les pattes.

Les révolutionnaires égyptiens furent alors très joyeux d’apprendre le départ d’Hosni Moubarak vers sa maison de Charm El-Cheikh. Mais les manifestations continuèrent jusqu’en avril 2011 pour exiger son arrestation. Hosni Moubarak fut alors arrêté le 12 avril 2011 pour deux chefs d’inculpation : sa responsabilité dans la mort des 864 victimes de la répression de la révolution, et son implication dans la corruption.

Après un malaise cardiaque (il fut placé en soins intensifs), il fut transféré dans un hôpital militaire au Caire le 16 avril 2011. Son procès pour "meurtres et tentative de meurtres sur des manifestants, abus de pouvoir et de biens sociaux et atteinte aux intérêts de l’État" pendant la révolution a commencé le 3 août 2011. Moubarak fut présent au cours de ce procès… sur une civière, plaidant non coupable. Le 5 janvier 2012, le procureur a requis la peine de mort par pendaison (comme Saddam Hussein). Finalement, le 2 juin 2012, il fut condamné à la prison à perpétuité.

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En raison de son état de santé (des rumeurs évoquaient une attaque cérébrale abev assistance respiratoire dès le 20 juin 2012), il fut mis en liberté conditionnelle le 21 août 2013. Il fut acquitté le 2 mars 2017 lors d’un second procès sur les accusations de meurtres de jeunes manifestants révolutionnaires. Enfin, il fut définitivement libéré le 24 mars 2017. Entre temps, le maréchal Al-Sissi a pris le pouvoir le 8 juin 2014 sur le Président islamiste Mohamed Morsi (élu le 17 juin 2012) au cours du coup d’État du 3 juillet 2013 et vient d’être réélu à la tête de l’Égypte le 28 mars 2018.

Alors, que devient Moubarak ? Eh bien, comme Ben Ali, Moubarak vit une paisible retraite libre, mais à la différence de Ben Ali, sa liberté est reconnue par son pays tandis que Ben Ali est recherché par les autorités tunisiennes sur sa responsabilité dans la répression des manifestations de décembre 2010 et janvier 2011.

Et ce vendredi 4 mai 2018, Hosni Moubarak fête ses 90 ans. Pour un homme in articulo mortis il y a six ans, c’est une belle performance…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Et Moubarak, que devient-il ?
Sissi imperator.
Gamal Abdel Nasser.
Abdel Fattah Al-Sissi et Mohamed Morsi.
Marine Le Pen en Égypte.
Les révolutions arabes de 2011.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Et si l’on écoutait Michel Rocard ?
Moubarak démissionne.
L’obélisque de la Concorde.
Transition égyptienne : entre colère et raison.
L’Égypte, fin janvier 2011.
Une autre victime au Caire le 22 février 2009.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180504-moubarak.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/et-moubarak-que-devient-il-203983

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 03:00

« Un bulletin de vote est une balle. On ne vote pas tant qu’on ne voit pas la cible, et si la cible est hors d’atteinte, on garde le bulletin dans la poche. » (Malcolm X, Cleveland le 3 avril 1964).


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Quelque 54 millions de citoyens égyptiens sont appelés aux urnes du lundi 26 au mercredi 28 mars 2018 pour élire leur Président de la République. Cette élection présidentielle est néanmoins boycottée par de nombreux partis d’opposition. Il n’y a que deux candidats, le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, le Président sortant, et un architecte, Moussa Mostafa Moussa (65 ans), leader du Parti el-Ghad (parti de demain), qui est un proche du maréchal Sissi au point d’avoir participé à sa campagne électorale.

Lors de la précédente élection présidentielle du 26 au 28 mai 2014, à la participation très molle (47,5%), le maréchal Sissi avait obtenu dès le premier tour 96,91% des suffrages exprimés, face à un autre unique candidat, le journaliste et poète Hamdine Sabahi (63 ans), opposant à Hosni Moubarak et déjà candidat à l’élection présidentielle du printemps 2012 (arrivé en troisième place avec 20,7% des voix).

Le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi (63 ans) est depuis quelques années le maître incontesté de l’Égypte. Il fut le directeur des services de renseignements militaires du 3 janvier 2010 au 12 août 2012, c’est-à-dire pendant la Révolution égyptienne de 2011. Après l’éviction d’Hosni Moubarak, le 11 février 2011, il fut membre de la seule autorité du pays, le Conseil suprême des forces armées, jusqu’au 30 juin 2012 et la prise de fonction de l’islamiste Mohamed Morsi (66 ans) à la Présidence de la République après son élection au second tour le 17 juin 2012 avec 51,7% des voix (et une participation électorale de 51,8%) face à Ahmed Chafik (76 ans), ancien Premier Ministre du 31 janvier 2011 au 7 mars 2011. Sissi fut nommé Ministre de la Défense du 12 août 2012 au 26 mars 2014, avec le titre de Vice-Premier Ministre à partir du 16 juillet 2013.

Mais auparavant, après des mouvements de protestation populaire contre Mohamed Morsi, Sissi a organisé un coup d’État le 3 juillet 2013 pour renverser le Président islamiste et prendre le contrôle du pouvoir, avec un "Président prête-nom" par intérim, Adli Mansour (72 ans), qui était alors le Président de la Cour constitutionnelle suprême (désigné seulement trois jours auparavant).

Après la promulgation d’une nouvelle Constitution le 19 janvier 2014, ratifiée par le référendum du 15 janvier 2014 avec 98,1% des voix (et une participation de 38,6%), et l’organisation de l’élection présidentielle de mai 2014, Sissi est devenu officiellement le nouveau Président de la République arabe d’Égypte à partir du 8 juin 2014.

La campagne présidentielle de 2018 a surtout été l’occasion de faire une surenchère sur une partie de l’islamisation de la société égyptienne et même si Sissi combat les islamistes (qu’il a fait enfermer), il n’a pas hésité cependant à rajouter dans ce populisme musulman. Les polémiques ne sont guère plus relevées (c’est même bien pire) qu’en France puisqu’elles concernent le port du voile pour les femmes dans certaines circonstances, etc.

Pourquoi n’y a-t-il qu’un seul autre candidat pour s’opposer à la candidature de Sissi, d’autant plus que cet autre candidat est l’un de ses proches ? Parce que les autres candidats qui voulaient se présenter ont tous été empêchés de se présenter.

L’article 141 de la Constitution donne quelques premières conditions : « Un candidat à l’élection présidentielle doit être un Égyptien né de parents égyptiens, et ni lui ni ses parents ni son conjoint ne doivent avoir eu d’autre citoyenneté. Il doit jouir de ses droits civils et politiques, avoir effectué son service militaire ou en avoir été exempté par la loi, et être âgé de 40 ans au moins au jour de l’enregistrement de sa candidature. ». Emmanuel Macron n’aurait donc jamais pu être candidat au printemps 2017 en Égypte.

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L’article 142 donne d’autres conditions comme la recommandation par au moins 20 membres de la Chambre des représentants ou le parrainage par au moins 25 000 citoyens ayant le droit de vote, répartis dans quinze gouvernorats au moins, avec un minimum de 1 000 soutiens pour chaque gouvernorat.

Les candidatures devaient être déposées avant le 29 janvier 2018. Des militaires ont été interdits de candidature, voire arrêtés car ils n’avaient pas le droit de se présenter sans en avoir demander l’autorisation à l’armée, Ahmed Chafik, candidat en 2012, candidat le 28 novembre 2017, a renoncé à sa candidature le 5 décembre 2017 après avoir eu des problèmes pour quitter les Émirats arabes unis (même intimidation que pour le Premier Ministre libanais Saad Hariri en Arabie Saoudite ?).

Le lieutenant-général Sami Hafez Annan (70 ans), qui fut Vice-Président du Conseil suprême des forces armées du 11 février 2011 au 30 juin 2012, a fait annoncer sa candidature le 12 janvier 2018 mais a été arrêté le 23 janvier 2018 pour une obscure affaire, et fut interdit de candidature. Hicham Geneina, qui soutenait la candidature de ce dernier et qui avait été limogé en mars 2016 de la présidence de l’Autorité de contrôle des comptes publics à cause de la remise d’un rapport sur la corruption dans les milieux gouvernementaux, a été arrêté le 13 février 2018. Le lendemain, ancien candidat en 2012, Abdel Moneim Aboul Foutouh (66 ans) a été arrêté également (il soutenait lui aussi Sami Annan).

Mohamed Anouar El-Sadate, le neveu du Président Sadate et ancien président de la commission des droits de l’Homme à la Chambre des représentants, a également renoncé à se présenter et a appelé au boycott le 28 janvier 2018. Déjà candidat en 2012, Khaled Ali (46 ans) a envisagé sa candidature dès mai 2017 et il fut ensuite arrêté, puis a renoncé à se présenter le 24 janvier 2018. Candidat en 2012 et 2014, Hamdine Sabahi a aussi appelé au boycott le 31 janvier 2018.

C’est donc sans beaucoup de suspens que Sissi va très certainement être réélu pour un second mandat de quatre ans (le dernier possible selon l’article 140 de la Constitution).

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Pour terminer, essayons de placer cette élection présidentielle égyptienne sur une échelle du degré de démocratie, pour faire quelques comparaisons internationales. L'exercice est évidemment très arbitraire et subjectif et n'engage que moi. J’exclus donc les régimes principalement parlementaires (comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, l’Inde, le Japon, le Portugal, l’Autriche, etc.) qui ont une vie politique moins personnalisée que les régimes présidentiels ou semi-présidentiels.

Sans être chauvin, je mettrais la France dans le peloton de tête des démocraties présidentielles avancées. La nature sincère, secrète et libre du scrutin présidentiel en France ne fait aucun doute, tant sur l’équité pendant la campagne que sur le déroulement matériel des opérations de vote. La France est suivie des États-Unis qui ont montré quelques écarts dans la sincérité du scrutin (c’était le cas dans la manière de voter en Floride en novembre 2000, par exemple) et sur la possibilité que le candidat élu ne soit pas forcément celui qui ait rassemblé le plus de suffrages populaires (en raison de la nature fédérale du pays).

Ensuite, je pourrais introduire un deuxième groupe avec le Brésil et l’Afrique du Sud. L’Afrique du Sud jouit d’une "réelle" démocratie mais le pouvoir, pour le moment, n’a jamais appartenu qu’à un seul parti depuis 1994 (l’ANC). Je pourrais aussi y inclure la Tunisie mais son régime n’est pas forcément présidentiel (les difficultés politiques actuelles laisseraient plutôt entendre que c’est un régime parlementaire).

Après, j’esquisserais un troisième groupe de pays que j’appellerait volontiers des "démocraties impériales". Ces pays sont des démocraties de droit mais la pratique peut la contredire : absence d’équité pendant la campagne présidentielle, répression contre certains candidats, absence totale d’opposition politique réellement structurée et représentative, etc. Dans ce groupe, je placerais en tête (c’est-à-dire, vers le plus de sincérité), la Russie qui vient de réélire Vladimir Poutine. Certes, les "vrais" opposants ont fait défaut et n’avaient de toute façon pas les moyens équivalents à ceux du pouvoir, mais il faut noter que pour la dernière élection, le 18 mars 2018, Vladimir Poutine a été réélu par 76,7% des suffrages exprimés, mais surtout, c’est plus intéressant, par 51,8% des électeurs inscrits. Après la Russie, je proposerais la Turquie, l’Iran, l’Algérie et aussi l’Égypte (en queue de ce groupe).

Je pourrais après imaginer d’autres groupes à la démocratie encore moins avancée, comme le Venezuela, la Syrie, le Zimbabwe, etc. mais il serait irresponsable d’oublier les régimes communistes, Cuba, la Corée du Nord, et surtout la Chine communiste, dont l’assemblée nationale populaire vient de réélire pour cinq ans le 17 mars 2018 l’actuel Secrétaire Général du Parti communiste chinois, Xi Jinping. Là, pas de problème d’opposition puisque aucune opposition institutionnalisée par un parti n’est possible dans ce pays…

Malgré cette "mascarade", selon le mot d’un des candidats évincés à cette élection présidentielle égyptienne, le maréchal Sissi n’a pas beaucoup à craindre pour conserver sa légitimité internationale : tous les pays alliés à l’Égypte préfèrent assurément poursuivre leurs relations avec un partenaire militaire peut-être autoritaire à devoir traiter avec un régime en cours d’islamisation. C’est là la limite de la démocratie : quand le peuple choisit "librement" la dictature théocratique, on fait quoi ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2018)
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Pour aller plus loin :
Sissi imperator.
Gamal Abdel Nasser.
Abdel Fattah Al-Sissi et Mohamed Morsi.
Hosni Moubarak.
Marine Le Pen en Égypte.
Les révolutions arabes de 2011.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Et si l’on écoutait Michel Rocard ?
Moubarak démissionne.
L’obélisque de la Concorde.
Transition égyptienne : entre colère et raison.
L’Égypte, fin janvier 2011.
Une autre victime au Caire le 22 février 2009.

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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 02:53

« Mes concitoyens, mon sang coule pour vous et l’Égypte. Je vivrai pour votre salut et mourrai pour le salut de votre liberté et votre honneur. Laissons-les me tuer ; cela m’importe peu car j’ai insufflé la fierté, l’honneur et la liberté en vous. Si Gamal Abdel Nasser doit mourir, vous serez tous Gamal Abdel Nasser. (…) Gamal Abdel Nasser est l’un d’entre vous et il est prêt à sacrifier sa vie pour la nation. » (Alexandrie le 26 octobre 1954).


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Cela ne fait qu’un siècle, ce lundi 15 janvier 2018, qu’est né Gamal Abdel Nasser à Alexandrie. Officier puis homme politique égyptien, il fut l’un des grands leaders du panarabisme et des pays non-alignés en pleine guerre froide. Cela ne fait que cent ans, parce que Nasser fut un leader jeune : lieutenant-colonel, il renversa la monarchie à l’âge de 34 ans puis dirigea l’Égypte d’une main de fer pendant presque deux décennies.

Nasser fut avant tout un autocrate qui s’est fait élire le 25 juin 1956 par 99,84% des voix et réélire le 15 mars 1965 par 100,0% des voix (!) et qui a cherché à maintenir son pouvoir en faisant de l’armée un véritable État dans l’État. Ce qu’elle reste encore en Égypte, après Hosni Moubarak et avec le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, Président de la République depuis le 8 juin 2014 (élu le 28 mai 2014 avec 96,1% des voix).

La situation de l’Égypte et plus généralement du "monde arabe" (Proche- et Moyen-Orient et Égypte et Libye) est la conséquence en quelques sortes de la politique du Président Woodrow Wilson qui a proposé de mettre ces pays encore sous domination européenne sous "mandat" de la Société des nations (SDN) dans le but de superviser la transition vers l’indépendance et l’autodétermination des peuples.

En 1952, l’Égypte vivait sous une monarchie. Y régnait, le roi Farouk (1920-1965) depuis le 28 avril 1936 (couronné à l’âge de 17 ans le 29 juillet 1937). Avant la Seconde Guerre mondiale, il était populaire et avait basé son régime sur une alliance avec les Frères musulmans. Par ailleurs, Farouk ne cherchait pas à rejeter la présence britannique en Égypte où des actes de résistance contre le Royaume-Uni se multipliaient (les troupes britanniques ont quitté finalement l’Égypte en mai 1948 sauf autour du canal de Suez). La corruption et le goût du luxe ont enfermé Farouk dans une spirale fatale, d’autant plus fatale que l’Égypte a perdu la première guerre israélo-arabe du 15 mai 1948 au 24 février 1949.

À la suite de la défaite égyptienne contre Israël, un groupe de jeunes officiers égyptiens se constitua pour prendre le pouvoir au Caire. Il fut dirigé par l’un des héros de cette guerre, Nasser, jeune lieutenant-colonel, qui avait dirigé le 6e bataillon d’infanterie en Palestine et qui avait été blessé à Fulaja le 12 juillet 1948 par les forces israéliennes. Entre 1949 et 1952, il a réussi à structurer clandestinement ce mouvement dit des officiers libres dont les objectifs étaient la fin de la domination britannique, la fin de la monarchie, la fin du capitalisme, la justice sociale, la mise en place de la démocratie et la création d’une armée puissante. Pour renforcer son poids politique, ce mouvement a convaincu le général Mohammed Naguib (1901-1984), très respecté pour s’être opposé à la présence britannique en 1942, de le rejoindre. De plus, Nasser pensait qu’il n’était pas en mesure, simple lieutenant-colonel, de se faire accepter pour mener la révolution.

Les 25 et 26 janvier 1952, des tirs des troupes britanniques ont tué 40 policiers égyptiens près du canal de Suez et des émeutes ont fait 76 morts au Caire. Après ces affrontements, pour s’opposer à la présence des Britanniques au canal de Suez, Nasser voulait perpétrer de nombreux attentats contre les responsables gouvernementaux. Il a participé à un premier attentat qui s’est soldé par un échec. Seule, une personne qui passait par là fut blessée et Nasser renonça à poursuivre cette action terroriste qui pouvait atteindre "injustement" des "innocents" (thème très actuel, à l’époque, de la pièce d’Albert Camus, "Les Justes" créée le 15 décembre 1949). Notons que le mot "innocents" se comprenait dans l’esprit terroriste par "non impliqués" et que tuer des "responsables" n’aurait pas été plus "juste".

Le coup d’État militaire a eu lieu dans la nuit du 22 au 23 juillet 1952, quelques semaines après que rumeurs disaient que le roi Farouk avait identifié les noms des futurs insurgés et comptait purger l’armée. Le putsch a été un succès sans combat. Prévenus quelques jours auparavant par Nasser, le Royaume-Uni et les États-Unis laissèrent faire. Sans soutien étranger et avec l’accord de Nasser (contrepartie de la neutralité des puissances anglo-saxonnes), le roi Farouk s’est enfui et a abdiqué le 26 juillet 1952. Son fils Fouad II (né en 1952) lui a succédé, à l’âge de six mois.

Dès le 23 juillet 1952, les putschistes ont créé le Conseil de commandement révolutionnaire égyptien dont Mohammed Naguib a pris la Présidence (Nasser la Vice-Présidence). Ils ont demandé à Ali Mahir Pacha (1882-1960), plusieurs fois Premier Ministre dans le passé (du 30 janvier 1936 au 9 mai 1936, du 18 août 1939 au 27 juin 1940 et du 27 janvier 1952 au 2 mars 1952), de reprendre la tête du gouvernement. Ali Mahir Pacha démissionna le 7 septembre 1952 en raison de nombreux désaccords avec Nasser (sur la réforme agraire, les institutions, etc.).

Mohammed Naguib fut désigné Premier Ministre le 7 septembre 1952 et son Vice-Premier Ministre fut Nasser. Le bébé roi régna quelques mois. La monarchie fut abolie le 17 juin 1953 et la République fut proclamée par Naguib sur la pression de Nasser. Mohammed Naguib fut Président de la République du 18 juin 1953 au 14 novembre 1954. Il cumula en même temps ses fonctions de Premier Ministre jusqu'au 25 février 1954 puis du 8 mars 1954 au 18 avril 1954.

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Au fil des mois, les dissensions entre Naguib et Nasser furent de plus en plus grandes et nombreuses. Naguib était trop proche des Frères musulmans par exemple. Le 24 février 1954, Naguib donna sa démission après une réunion du Conseil du commandement révolutionnaire sans lui. Nasser prit la tête du gouvernement et plaça Naguib en résidence surveillée, mais une partie de l’armée et de nombreux manifestants imposèrent à Nasser de remettre Naguib à la tête du gouvernement. Nasser a juste eu le temps de nommer un chef des forces armées proche de lui, Abdel Hakim Amer (1919-1967), qui le resta jusqu’au 11 juillet 1967 (en plus d’autres fonctions), mais qui fut accusé ensuite de trahison par Nasser et assassiné en prison.

Pendant plusieurs mois, la tension était forte entre Naguib et Nasser, aussi entre ceux qui voulaient revenir à la situation d’avant 1952 et les révolutionnaires. Nasser fit arrêter de nombreux partisans de Naguib. Le 18 avril 1954, Nasser reprit la tête du gouvernement comme Premier Ministre.

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L’événement qui légitima complètement Nasser aux yeux du peuple égyptien fut son discours du 26 octobre 1954 à Alexandrie où il fut victime d’une tentative d’attentat perpétré par un membre des Frères musulmans qui l’écoutait près de lui. Il en réchappa. Il venait d’annoncer le retrait des troupes britanniques du canal de Suez. Il utilisa cet attentat pour asseoir son pouvoir personnel, d’autant plus qu’il avait fait preuve d’un grand courage en continuant son discours face à une foule paniquée. En effet, il en profita pour mener des vagues d’arrestations contre ses opposants, des Frères musulmans, des proches de Naguib et des communistes. Plusieurs furent condamnés à mort et exécutés. Il poussa Mohammed Naguib à la démission le 14 novembre 1954 et le plaça en résidence surveillée (ce dernier le resta jusqu’à la mort de Nasser en 1970).

Gamal Abdel Nasser est devenu le chef tout-puissant de l’Égypte, d’abord comme Président du Conseil de commandement de la révolution du 14 novembre 1954 au 26 juin 1956, puis comme Président de la République du 26 juin 1956 jusqu’à sa mort le 28 septembre 1970. Il fut élu deux fois, le 23 juin 1956 et le 15 mars 1965, en candidat unique (élections et plébiscites se confondaient). Il cumula ses fonctions de chef d’État avec celles de Premier Ministre du 14 novembre 1956 au 29 septembre 1962 puis du 19 juin 1967 au 28 septembre 1970. Ministre de la Défense de 1956 à 1967, le général Abdel Hakim Amer fut l’un d’une douzaine de Vice-Présidents de la République sous Nasser, du 7 mars 1958 au 30 septembre 1965, comme Anouar El-Sadate le fut également du 17 février 1964 au 26 mars 1964 et du 19 décembre 1969 au 14 octobre 1970.

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Dès 1954, Nasser renforça le contrôle sur la presse, instaura le parti unique (le sien), prononça des discours partout dans le pays pour aller à la rencontre du peuple, et organisa un certain culte de sa personnalité pour le rendre encore plus populaire. Il cultiva le nationalisme arabe (le panarabisme). Après la défection du "camp occidental", il se rapprocha de l’URSS et signa le 27 septembre 1955 un contrat d’achat d’armement avec la Tchécoslovaquie.

La conférence de Bandung (en Indonésie) du 18 au 24 avril 1955, réunissant les représentants de vingt-neuf pays africains et asiatiques, conforta le rôle de Nasser sur la scène internationale, à la fois médiateur, meilleur représentant du monde arabe et interlocuteur de Chou En-Laï (Chine), Jawaharlal Nehru (Inde) et Sukarno en Indonésie. Cette conférence illustra l’émergence du Tiers-monde et son non-alignement dans la guerre froide que se livrèrent les États-Unis et l’Union Soviétique. À son retour au Caire le 2 mai 1955, Nasser fut accueilli avec des acclamations par le peuple égyptien.

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Cette popularité renforcée et exclusive lui a permis d’éliminer politiquement tous ses anciens compagnons du Conseil de commandement de la révolution et d’instaurer ses propres institutions : la nouvelle Constitution fut approuvée par référendum le 23 juin 1956 par 99,8% des votants. Si une assemblée nationale était élue, c’était avec des candidatures uniques choisies par le parti unique et le Président pouvait mettre un veto au travail législatif. C’est avec cette considération qu’il faut par exemple apprécier le droit de vote accordé aux femmes.

L’année 1956 fut l’année aussi du renforcement du sentiment national arabe contre les anciennes puissances coloniales. Nasser aida les indépendantistes algériens, s’opposa au Pacte de Bagdad signé le 24 février 1955 par le Royaume-Uni, la Turquie, l’Irak, le Pakistan, l’Iran (et plus tard les États-Unis) qui permettait de réduire l’influence soviétique au Moyen-Orient. Les États-Unis regrettèrent aussi la neutralité de Nasser face à la Chine communiste et à l’URSS. Les États-Unis et le Royaume-Uni coupèrent le financement du barrage d‘Assouan le 19 juillet 1956, ce qui renforça chez Nasser son sentiment nationaliste. Le dernier soldat britannique était parti le 13 juin 1956 du canal de Suez conformément à l’accord du 19 octobre 1954.

Dans un discours à Alexandrie le 26 juillet 1956, Nasser annonça la nationalisation de la compagnie qui exploitait le canal de Suez, afin de financer la construction du barrage d’Assouan. Cette décision historique, un défi aux "puissances occidentales", fut pour Nasser un triomphe tant intérieur qu’extérieur, devenu le symbole du Tiers-monde et du panarabisme.

La réaction des nations lésées (principalement la France, la Grande-Bretagne et Israël) ne fut pas, pour elles, un épisode très glorieux de leur histoire. Du 21 au 24 octobre 1956, le Protocole de Sèvres fut signé secrètement entre la France (représentée par Guy Mollet, chef du gouvernement, Maurice Bourgès-Maunoury, Ministre de la Défense, Christian Pineau, Ministre des Affaires étrangères, et le général Maurice Challe, chef d’état-major des armées), le Royaume-Uni (représenté par les diplomates Selwyn Lloyd et Patrick Dean) et Israël (représenté par David Ben Gourion, chef du gouvernement, Moshe Dayan, chef d’état-major, et Shimon Pérès, directeur général du Ministère de la Défense).

Ces trois pays s’engagèrent dans une intervention militaire, du 29 octobre 1956 au 7 novembre 1956, pour reprendre le contrôle du canal de Suez, qui se solda par un échec diplomatique cinglant. Lors du cessez-le-feu le 7 novembre 1956, ce fut d’abord un succès militaire (les troupes égyptiennes ont été battues très rapidement), mais les États-Unis, refusant de rompre les équilibres fragiles au Proche-Orient, désavouèrent l’initiative de ses alliés. La force d’urgence de l’ONU, décidée par l’Assemblée générale des Nations Unies réunie en session extraordinaire du 2 au 10 novembre 1956, arriva le 27 novembre 1956 et les forces du Protocole de Sèvres quittèrent les lieux le 22 décembre 1956. La France et le Royaume-Uni comprirent qu’ils n’étaient plus des puissances mondiales autonomes.

Le Premier Ministre britannique Anthony Eden (1897-1977) a été poussé à la démission le 9 janvier 1957 en raison de cet échec diplomatique, tandis que Nikita Khrouchtchev, "chef" de l’URSS, profita de cette "diversion égyptienne" pour réprimer froidement l’insurrection à Budapest le 4 novembre 1956. Par ailleurs, Lester B. Pearson (1897-1972), futur Premier Ministre du Canada du 22 avril 1963 au 20 avril 1968, reçut le Prix Nobel de la Paix le 12 octobre 1957 pour son action dans la résolution de la crise de Suez. Il était alors Ministre canadien des Affaires étrangères (du 10 septembre 1948 au 20 juin 1957) et fut celui qui a imaginé le principe de la force de maintien de la paix des Nations Unies (il avait aussi été élu Président de l’Assemblée générale de l’ONU lors de la 7e session en septembre 1952).

Grâce à cette aura internationale, Nasser a accompli des miracles. Par exemple, il a su créer le 1er février 1958 un nouvel État en fusionnant l’Égypte et la Syrie dans la République arabe unie (RAU) dont la capitale était évidemment Le Caire et le Président Nasser, désigné par le référendum du 21 février 1958. La Syrie, alors présidée par Choukri Al-Kouatli (du 17 avril 1943 au 30 mars 1949 et du 6 septembre 1955 au 22 février 1957), était l’un des rares pays qui n’était pas lié à une alliance avec le Royaume-Uni.

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La fusion a duré trois ans avec la Syrie qui s’est désengagée de l’Égypte le 28 septembre 1961 après un coup d’État militaire en Syrie. En 1958, le Proche-Orient fut en ébullition par cette nasseromania : le Yémen du Nord s’est incluse dans la République arabe unie le 8 mars 1958 pendant une courte période (jusqu’en 1959), beaucoup da nationalistes arabes voulurent cette fusion en Irak (le jeune roi Fayçal II fut renversé et assassiné le 14 juillet 1958 à 23 ans), au Liban (une courte guerre civile y éclata entre le 15 juillet 1958 et le 25 octobre 1958 entre les partisans d’une absorption dans l’Égypte et les autres, et le Président sortant Camille Chamoun demanda de l’aide aux États-Unis qui débarquèrent au Liban le 15 juillet 1958), en Jordanie (qui a demandé l’aide des troupes britanniques), etc.

Le roi Hussein de Jordanie avait créé le 14 février 1958, avec l’Irak de son cousin Fayçal II, la Fédération arabe d’Irak et de Jordanie qui explosa le 21 août 1958, après le coup d’État militaire en Irak. Le général Abdel Karim Kassem (1914-1963), nouveau maître de l’Irak (comme Premier Ministre du 14 juillet 1958 au 8 février 1963), était prêt en octobre 1958 à faire intégrer l’Irak à la République arabe unie après avoir dénoncé le Pacte de Bagdad, mais finalement, avide de pouvoir personnel, il préféra se rapprocher directement de l’Union Soviétique à se mettre sous la domination de Nasser.

Cette fusion panarabe ne pouvait pas durer parce qu’elle n’était que la Grande-Égypte, en plus sous un régime dictatorial dirigé par Nasser. Il a fallu attendre le 2 septembre 1971 pour que l’Égypte abandonnât l’appellation "République arabe unie" pour "République arabe d’Égypte". Pendant quelque temps, revendiquant l’héritage de Nasser après la mort de ce dernier, Mouammar Kadhafi (1942-2011), arrivé au pouvoir le 1er septembre 1969 (il y resta jusqu’à son renversement le 23 août 2011), était prêt en 1971 à construire la fusion entre la Libye (devenue République arabe libyenne) et l’Égypte.

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La situation en Irak et en Syrie se retourna en faveur de Nasser : le coup d’État du 8 février 1963 renversa en Irak le général pro-soviétique Kassem (qui fut exécuté le lendemain), au profit d’un nassériste, Abdel Salam Aref ; le coup d’État du 8 mars 1963 en Syrie favorisa aussi Nasser. Un projet d’État fédéral arabe avec l’Égypte, la Syrie et l’Irak fut proposé le 17 avril 1963 pour mise en œuvre planifiée en mai 1965 mais le Parti Baas qui avait pris le pouvoir en Irak et en Syrie s’opposa au pouvoir personnel de Nasser.

Nasser n’a pas réagi au (premier) coup d’État militaire en Syrie en 1961 car il était surtout préoccupé par la situation politique très instable du Yémen du Nord et à l’attitude de l’Arabie Saoudite. En effet, un coup d’État militaire soutenu par Nasser a renversé la monarchie yéménite et a proclamé le 27 septembre 1962 la République arabe du Yémen. Cela amorça une guerre civile entre, d’une part, les nationalistes arabes républicains (soutenus par l’Égypte) et, d’autres part, les monarchistes (soutenus par l’Arabie Saoudite et la Jordanie, elles aussi monarchies). Les 70 000 soldats égyptiens se sont enlisés au Yémen et les républicains yéménites se défiaient de la toute-puissance de Nasser. Finalement, après un accord avec l’Arabie Saoudite en 1965, l’Égypte quitta le Yémen du Nord en 1967, après avoir été battue pendant la Guerre de Six-Jours (du 5 au 10 juin 1967), contre Israël.

Là encore, Nasser n’a pas eu la puissance militaire de ses ambitions géopolitiques. Son armée a été décimée et a ruiné l’économie égyptienne (voir plus loin). Le Sinaï fut désormais sous contrôle des troupes israéliennes, peu éloignées du canal de Suez. À la fin de sa Présidence, l’Égypte était dans un sale état diplomatique : en froid avec la Jordanie, l’Irak, la Syrie, l’Arabie Saoudite, défait par Israël… À partir de 1968, Nasser laissa à Yasser Arafat, bientôt président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à partir du 4 février 1969, qu’il aida militairement, le leadership de la politique palestinienne face à Israël (ce fut Nasser qui encouragea les Palestiniens à créer l’OLP le 28 mai 1964 au Caire, d’abord dirigée par Ahmed Choukairy, un avocat très proche de Nasser).

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Après la défaite de la Guerre des Six-Jours, Nasser donna sa démission le 9 juin 1967 au profit de Zakaria Mohieddine (1918-2012), Ministre de l’Intérieur de 1953 à 1962, Vice-Président de la République du 16 août 1961 au 23 mars 1964 et du 1er octobre 1965 au 20 mars 1968, Premier Ministre du 3 octobre 1965 au 10 septembre 1966, puis, face à la demande de la foule, est revenu sur sa décision et resta au pouvoir, le cumulant avec le poste de Premier Ministre à partir du 19 juin 1967.

Nasser a cependant failli être renversé par un coup d’État en été 1967. Il limogea de la tête des armées Abdel Hakim Amer qu’il fit arrêter le 24 août 1967 et qui se suicida en prison le 14 septembre 1967. Nasser purgea l’armée pour éviter tout coup d’État à son encontre. Dès le 11 juillet 1967, il prit aussi personnellement les fonctions de chef des armées.

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Gamal Abdel Nasser fut également Secrétaire Général du Mouvement des non-alignés du 10 octobre 1964 au 8 septembre 1970. Ce mouvement, formellement créé le 1er septembre 1961 sur la base de la déclaration du 19 juillet 1956 à Brioni rédigée par Nasser, Tito, Nehru et Sukarno, regroupe maintenant 120 pays (en 2012). Parmi les secrétaires généraux, il y a eu notamment Josip Tito (1961-1964), Houari Boumédienne (1973-1976), Fidel Castro (1976-1978 et 2006-2008), Robert Mugabe (1986-1989), Suharto (1992-1995), Nelson Mandela (1998-1999), Thabo Mbeki (1999-2003), Raül Castro (2008-2009), Hosni Moubarak (2009-2011), Mohamed Morsi (2012), Mahamoud Ahmadinejad (2012-2013), Hassan Rohani (2013-2016) et Nicolas Maduro (depuis 2016).

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Sur le plan intérieur, Nasser socialisa la production égyptienne et en 1961-1962, il nationalisa plus de la moitié de l’économie (notamment la presse afin d’encore mieux la contrôler). Il relâcha le socialisme en 1966 à partir du moment où la croissance s’enlisait et la dette s’alourdissait. Nasser renforça la bureaucratie en Égypte, qui est passée de 400 000 fonctionnaires en 1960 à 1,6 million en 1970 ! C’était le résultat d’une promesse, que chaque personne ayant obtenu un diplôme universitaire reçût un emploi public. Les dépenses militaires connurent une hausse exceptionnelle, de 7% du PNB en 1960 à 19% en 1970.

Ayant abandonné toute idée de révolution arabe à l’extérieur car ayant besoin de l’aide financière des monarchies du Golfe, Nasser a consolidé son pouvoir à l’intérieur de l’Égypte en proposant de nouvelles réformes approuvées par le référendum du 2 mai 1968 qui ont permis des candidatures multiples (mais toutes issues du parti unique !) aux élections législatives de 1969.

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Après une attaque cardiaque quelques années auparavant, Nasser succomba d’une crise cardiaque le 28 septembre 1970 au Caire à l’âge de 52 ans, quelques heures après un Sommet de la Ligue arabe où il évita un conflit entre Palestiniens et Jordaniens. Il fut enterré le 1er octobre 1970 au Caire accompagné d'une très nombreuse foule (cinq millions de personnes).

Un de ses Vice-Présidents, Anouar El-Sadate (1918-1981), qui fut aussi Président de l'Assemblée Nationale de 1964 à 1969, a pris la succession de Nasser le jour même (élu le 15 octobre 1970 et réélu le 2 octobre 1976) et s’écarta de sa doctrine de Nasser très rapidement pour se rapprocher des États-Unis et même d’Israël afin de commencer à imaginer (enfin) la paix. Son Premier Ministre entre le 20 octobre 1970 et le 17 janvier 1972 fut Mahmoud Fawzi (1900-1981), ancien Ministre des Affaires étrangères de Nasser entre 1952 et 1964, puis Vice-Premier Ministre (Mahmoud Fawzi fut ensuite Vice-Président de la République du 16 janvier 1972 au 18 septembre 1974).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gamal Abdel Nasser.
Abdel Fattah Al-Sissi et Mohamed Morsi.
Hosni Moubarak.
Marine Le Pen en Égypte.
Les révolutions arabes de 2011.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Et si l’on écoutait Michel Rocard ?
Moubarak démissionne.
L’obélisque de la Concorde.
Transition égyptienne : entre colère et raison.
L’Égypte, fin janvier 2011.
Une autre victime au Caire le 22 février 2009.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180115-nasser.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/nasser-l-autocrate-charismatique-200593

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/15/36045293.html


 

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31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 01:12

« Ce qui s’est passé à Homs, c’est que le régime a levé un groupe de 200 hommes composé des forces de sécurité présentes dans les districts où vivent les minorités. Ils tuent des gens et jettent leur corps dans d’autres districts pour créer une agitation entre communautés. Nous en avons la preuve et nous avons publié de nombreuses déclarations pour alerter les gens contre les criminels qui vivent parmi eux. » (23 novembre 2011).



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De toutes les révolutions arabes depuis le début de l’année 2011, celle qui fut la meurtrière et qui, hélas, continue à l’être, est la guerre civile en Syrie avec plus de 300 000 morts. Avec cette particularité qui a fait retourner bien des réflexions et analyses géopolitiques : beaucoup des rebelles sont des islamistes profitant de la guerre contre le régime de Bachar El-Assad pour instaurer un pseudo-califat et un faux État islamique, qu’on appelle ici Daech, et qui est le germe d’un terrorisme international redoutable qui fait quasiment chaque jour de nombreuses victimes dans le monde.

Ainsi, des principaux despotes voire dictateurs arabes (comme Ben Ali, Moubarak, Kadhafi), Bachar El-Assad a pu se maintenir grâce à cette confusion du clivage dictature vs Daech. Du reste, à part la Tunisie qui se cherche une voie démocratique à la fois originale et prometteuse, les révolutions ont abouti soit à la confusion (Libye, Yémen, etc.), soit à un retour à la case initiale sur le plan politique (Égypte). L’Algérie et le Maroc ont échappé de peu aux révolutions, l’une parce que le risque serait trop grand qu’après Bouteflika, le pays ne tombe directement aux mains de l’islamisme le plus radical, l’autre parce que le roi Mohammed VI a cherché à dépressuriser le climat social en commençant à réformer très timidement son pays (même si cela n’a réduit pas la pression sociale dans certaines régions).

Ce qui avait complètement discrédité la politique de François Hollande et de Laurent Fabius en Syrie, c’était le refus de la réalité d’un clivage exclusif entre régime syrien et islamistes. Pourtant, la voie démocratique a toujours existé, même si elle fut ténue. L’une de ses voix, l’un de ses visages, s’est malheureusement éteinte il y a un peu plus de deux mois, le 17 août 2017 à Paris. Fadwa Suleiman, comédienne et poétesse syrienne, a succombé en effet d’une grave maladie à l’âge de 47 ans (elle est née le 17 mai 1970 à Alep).

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Diplômée de l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas, Fadwa Suleiman a fait de sa voix son métier en doublant de nombreux rôles en arabe. Actrice très connue, elle a aussi joué des rôles glamour dans plusieurs films et séries télévisées et a également joué dans quelques pièces de théâtre à Damas (dont une pièce du dramaturge norvégien Henrik Ibsen, adaptée en langue arabe). Par ailleurs, elle a écrit plusieurs recueils de poésie après son arrivée en France en 2012 : « J’ai eu le sentiment d’avoir perdu ma voix et mon visage. L’écriture a donc été une nécessité pour que je me sauve moi-même et que je retrouve mon pays. » ("Midi Libre", le 12 juin 2016).

Elle a participé en effet, dès le début de la révolution en Syrie, aux premières manifestations le 15 mars 2011 à Homs contre le pouvoir. En se rebellant ainsi contre le pouvoir, elle s’est retrouvée aussi en opposition à sa communauté et sa famille qui l’a rejetée. Son frère Mahmoud a publiquement déclaré que sa famille la désavouait dans son combat contre le pouvoir syrien. Il faut dire que Fadwa Suleiman, femme alaouite et "produit" de la Syrie occidentalisée et laïque, était une extraterrestre parmi les militants d’une révolution essentiellement sunnite et masculine.

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Et effectivement, en faisant partie de la communauté alaouite (proche du pouvoir syrien), elle a pris beaucoup de risque pour sa vie en allant rejoindre les manifestants à Homs (elle a déclaré qu’elle risquait la prison sinon la mort en s’engageant ainsi). Mais elle voulait aussi montrer que la Syrie n’était pas un pays divisé en communautés, que la révolution n’était pas la contestation d’une communauté (sunnite) contre une autre (alaouite), et que sa communauté n’était pas unanimement derrière Bachar El-Assad.

Le 23 novembre 2011, elle a déclaré notamment à Al-Jazeera : « Les gens ne peuvent pas exprimer leur opposition parce que le gouvernement est encore plus brutal contre les dissidents appartenant à des groupes minoritaires que contre la majorité sunnite. Ils les menacent, ainsi que leur famille et leurs enfants, avant même qu’ils ne décident de protester. ».

Et d’ajouter : « Je viens de voir, de mes propres yeux, un jeune homme de 25 ans qui a été abattu lors d’une manifestation. Le régime continue à tuer parce qu’il ne sent pas que la communauté internationale soit sérieuse quand elle le condamne. Je ne veux pas d’intervention militaire en Syrie, mais je veux des résolutions fermes et sincères guidées par des préoccupations humanitaires et pas par des intérêts nationaux. » (23 novembre 2011).

Elle voulait aussi montrer que la plupart des manifestants n’étaient pas non plus des terroristes islamistes comme le suggéraient les autorités syriennes dans les médias de propagande par une entreprise de désinformation.

Elle prôna avant tout une révolution pacifique pour aboutir au renversement de Bachar El-Assad. Elle s’est déclarée très attristée par la tournure des événements en guerre civile. À partir de l’automne 2011, elle entra dans la clandestinité, recherchée activement par la police à Homs.

La non-violence, chez elle, était comme une évidence : « La nature humaine refuse les armes. On sait bien, à l’intérieur de nous, que les armes ne sont pas la solution. Il est facile de les utiliser pour gagner, aujourd’hui. Mais on ne gagne pas dans l’avenir, car on plante la haine. (…) Les armes détruisent l’homme à l’intérieur. Je suis contre les armes, les frontières, les passeports, les nationalités : ce sont des murs que l’on met entre nous, humains. Ce sont des illusions. Et c’est toujours pour le pouvoir. On peut parler, partager, créer notre société avec la discussion, la démocratie, la liberté, vraiment. » ("Midi Libre", le 12 juin 2016, dans une interview avec la journaliste Caroline Froelig).

Elle n’a dû son salut qu’à son exil hors de Syrie. Elle se réfugia en France en mars 2012, qu’elle a atteinte en se rendant en Jordanie (qu’elle disait truffée d’espions syriens) et en demandant de l’aide à l’ambassade de France. Le 25 mars 2012, elle a confié à l’AFP : « Je ne voulais pas quitter la Syrie, mais je n’ai pas eu le choix. J’étais menacée et je devenais une menace pour les militants qui m’aidaient. ».

En France, elle a continué, comme elle le pouvait, son combat. Elle a organisé des réseaux d’aide humanitaire, notamment grâce à Youtube et à Facebook, et elle dénonçait les méthodes brutales du régime syrien. Elle ne s’y sentait cependant pas vraiment en sécurité, craignant pour sa vie et celle de sa famille.

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En juillet 2012, elle a fait part de sa colère à "Libération" : « Le monde entier a laissé les mains libres à Bachar El-Assad, pas seulement al Russie et la Chine, il a poussé le peuple syrien à prendre les armes, exactement ce qu’a voulu Assad, et voilà où nous en sommes. ». Alexandra Schwartzbrod, journaliste de "Libération", l’a décrite ainsi : « Elle brûlait de l’intérieur d’une rage illimitée contre "les dirigeants du monde entier" qui avaient "oublié les valeurs humaines et fait passer l’intérêt de leur État avant la vie du peuple syrien". » (17 août 2017).

Refusant l’étiquette alaouite, Fadwa Suleiman a toujours lutté pour la liberté, celle de penser, de croire, d’aimer, défendant avant tout l’humanité dans la dignité partout. C’est en partie pour cette raison qu’elle s’est réfugiée à Paris où elle a dû participer à un autre combat, aussi féroce voire plus féroce pour elle que la guerre en Syrie, à savoir, la maladie.

Toujours dans le "Midi Libre" le 12 juin 2016, elle a exprimé sa foi en l’avenir de cette manière quasi-désespérée, en forme de testament : « Même s’ils effacent tout, on ne doit pas les laisser effacer notre rêve. S’il ne reste qu’un seul Syrien, je suis sûre qu’il va construire la Syrie que l’on aime. La Syrie, ce n’est pas un pays, une géographie, c’est une idée ! Nous apportons notre révolution. La révolution blanche, de l’esprit et de l’âme. Cela va traverser les lieux, le temps. ». Le pouvoir de Bachar El-Assad lui aura finalement, hélas, survécu…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Fadwa Suleiman.
Daech.
La Syrie.
Le Mali.
La Libye.
La Tunisie.
L’Algérie.
L’Égypte.
Le Maroc.
La Turquie.
L’Irak.
L’Iran.
Vade-mecum des révolutions arabes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170817-fadwa-suleiman-0.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/disparition-d-une-actrice-196199

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/10/31/35805242.html


 

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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 03:32

« Je vais proposer aux Nations Unies de créer à Beyrouth un centre international de dialogue entre les civilisations et les religions. Il me semble que notre force est d’être un pays cogéré par différentes religions. Dans le contexte actuel, c’est très sécurisant. » ("Paris Match", le 24 septembre 2017).


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Un événement récent a rappelé toutes les confusions politiques au sein du Liban d’il y a une quarantaine et trentaine d’années. À 83 ans, un vieux général qui s’est pris pour le De Gaulle du Liban a vu ses années de "résistance" consacrées par son élection complètement improbable à la tête de l’État libanais.

Avant de poursuivre, je propose d’abord cette petite présentation historique écrite le 1er novembre 2016 par Christian Vanneste, ancien professeur de philosophie et ancien député UMP tendance "droite musclée" battu par Gérald Darmanin en juin 2012 : « Le Liban est un pays qui doit son nom à la montagne, ce Mont Liban, où sont venus se réfugier de nombreuses minorités qui ont su garder leur identité sans cesse menacée. La France a fait en sorte que cette particularité soit sauvegardée en créant une République libanaise distincte de la Syrie au sein du protectorat dont elle avait reçu la charge au lendemain de la Première Guerre mondiale et de l’effondrement de l’Empire ottoman qui dominait la région auparavant. C’était une manière de poursuivre l’amitié et la protection séculaire qui unissait la France à la majorité maronite du pays à l’époque. (…) En raison de la diminution de leur poids démographique [celui des maronites] par rapport aux musulmans et du rapport de force établi, cette suprématie a été diminuée lors des accords de Taëf en 1989. ».

Il y a un an, le défenseur de ces maronites (chrétiens d’Orient) a réussi un retour inespéré avec une habileté politique assez incroyable. En effet, le 31 octobre 2016, le général Michel Aoun (84 ans) a été élu Président de la République libanaise pour un mandat de six ans. L’élection ne fut pas un parcours reposant puisque le premier tour de l’élection a eu lieu le 23 avril 2014 pour désigner le successeur du Président sortant Michel Sleiman (69 ans) dont le mandat s’est achevé le 25 mai 2014 (mandat de six ans).

Pendant ces deux années et demi, le Liban était paralysé sur le plan institutionnel. Ce ne fut pas la première fois depuis 1975 : le général Michel Sleiman, commandant des forces armées libanaises du 21 décembre 1998 à son élection, fut lui-même élu le 25 mai 2008 au vingt-troisième tour après six mois de vacance présidentielle et après avoir vu prolonger de trois ans le mandat d’Émile Lahoud (81 ans), son prédécesseur élu le 24 novembre 1998. Il fallait en effet que le quorum des deux tiers des députés chargés de désigner le Président de la République fût atteint au moment du vote, soit 86 députés sur 127.

Sous la présidence de Nabih Berri (79 ans), Président de la Chambre des députés depuis le 20 octobre 1992, le premier tour du 23 avril 2014 fut marqué par la confusion. Samir Geagea a obtenu 48 voix, Henri Hélou 16 voix et Amine Gemayel 1 voix, mais le quorum n’était pas atteint. Pendant les autres tours, le quorum n’a jamais été atteint (à cause des soutiens de Michel Aoun). Le 31 octobre 2016, Michel Aoun a réussi finalement à créer un consensus inimaginable autour de son nom, en obtenant 83 voix sur 127, sans adversaire, les 44 autres députés ont voté blanc ou nul.

Rappelons qui étaient les deux protagonistes bien connus de ce premier tour, pour revoir un peu d’histoire politique du Liban des quarante dernières années...

Samir Geagea (65 ans), proche de Bachir Gemayel, fut le chef de la milice des Forces libanaises entre 1982 et 1985 et donc l’un des principaux chefs de guerre opposés à l’influence syrienne pendant la guerre civile au Liban entre 1975 et 1990. La guerre a principalement opposé des milices chrétiennes aux milices palestiniennes de Yasser Arafat soutenues par la Syrie, en particulier celle des druzes du socialiste Walid Joumblatt (68 ans), dont le père fut assassiné le 16 mars 1977 par les Syriens qui obligèrent Walid Joumblatt, sous la menace, de nouer une alliance avec eux. Samir Geagea s’est beaucoup enrichi en prélevant des taxes sur les territoires qu’il contrôlait et s’est allié en 1988 très provisoirement avec le général Michel Aoun avant d’en devenir un rival important.

Arrêté en avril 1994, Samir Geagea  fut condamné à mort pour crimes de guerre dans un procès inéquitable selon Amnesty International (son avocat fut Wallerand de Saint-Just, futur trésorier du Front national à partir de 2009). On l’a accusé (peut-être à tort) notamment de l’assassinat, le 1er juin 1987, du Président du Conseil des Ministres Rachid Karamé (1921-1987), à la tête du gouvernement libanais depuis le 30 avril 1984, de l’assassinat de Dany Chamoun le 21 octobre 1990 (voir plus bas), et aussi de l’assassinat de Tony Frangié (1839-1978) le 13 juin 1978, fils de Soleimane Frangié (1910-1992), Président de la République libanaise du 23 septembre 1970 au 23 septembre 1976, lui-même ami d’Hafez El-Assad (1930-2000), Président de la République syrienne du 22 février 1971 au 10 juin 2000, les deux détonateurs de la guerre civile.

Samir Geagea fut libéré le 27 juillet 2005 après une amnistie. L’élection présidentielle de 2014 s’enlisa en raison d’une absence d’unité des députés chrétiens (depuis son indépendance le 22 novembre 1943, le Liban a la tradition d’élire un Président chrétien, maronite, et un chef du gouvernement musulman, sunnite). La crise institutionnelle se dénoua le 18 janvier 2016 avec la décision de Samir Geagea de finalement soutenir la candidature de Michel Aoun.

Amine Gemayel (75 ans) fut élu Président de la République libanaise le 22 septembre 1982 pour un mandat de six ans, juste après l’assassinat de son frère Bachir Gemayel (1947-1982), le 14 septembre 1982 après son élection le 23 août 1982. Les Forces libanaises étaient les alliés des forces israéliennes dirigées par Ariel Sharon. Le massacre de réfugiés palestiniens à Sabra et Chatila perpétré du 16 au 18 septembre 1982 par les Forces libanaises dirigées par Élie Hobeika (1956-2002), l’un des rivaux de Samir Geagea et assassiné à Beyrouth le 24 janvier 2002, massacre dans l’indifférence et la passivité supposées de l’armée israélienne, a été considéré comme une "riposte" à l’assassinat de Bachir Gemayel. Amine Gemayel fut surtout le Président d’un non-État.

À la fin du mandat d’Amine Gemayel, en septembre 1988, ce dernier, qui ne pouvait pas se représenter, proposa pour successeur Mikhael Daher (89 ans) soutenu par les États-Unis mais qui était inacceptable pour les partis chrétiens en raison de ses positions pro-syriennes. Soleimane Frangié, ancien Président et considéré lui aussi très pro-syrien (et corrompu), voulait également se faire réélire mais n’a pas obtenu de quorum à la Chambre des députés. Les partis chrétiens ont proposé les candidatures de Michel Aoun et de Dany Chamoun (1934-1990), qui fut assassiné le 21 octobre 1990, fils de Camille Chamoun (1900-1987), Président de la République du 23 septembre 1952 au 23 septembre 1958. Deux candidatures inacceptables pour la Syrie et les députés musulmans.

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Le poste de Président du Conseil des ministres (que j’appellerai improprement Premier Ministre par la suite) était traditionnellement réservé à un musulman (sunnite) et avait la responsabilité d’assurer l’intérim présidentiel en cas de vacance. Pour permettre à un chrétien (maronite) de rester à la tête de l’État, Amine Gemayel nomma le commandant des forces armées libanaises (depuis juin 1984) Michel Aoun à la tête du gouvernement, quelques minutes avant la fin de son mandat, le 22 septembre 1988.

Entre le 22 septembre 1988 et le 13 octobre 1990, Michel Aoun cumula ses fonctions de chef du gouvernement, chef des armées, et de Ministre de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de l’Information, mais son pouvoir était contesté (et contestable). Il "résista" dans le bunker du palais présidentiel. Quant à Amine Gemayel, il s’exila de 1988 à 2000, en Suisse, en France et aux États-Unis, avant de rentrer au Liban.

La situation libanaise entre septembre 1988 et octobre 1990 fut donc politiquement très confuse. Les chefs de guerre musulmans refusaient de reconnaître Michel Aoun comme chef du gouvernement et continuaient à soutenir le Premier Ministre sortant, Salim El-Hoss (87 ans), à ce poste depuis le 2 juin 1987 (ayant succédé à Rachid Karamé, assassiné). Comme Rachid Karamé, Salim El-Hoss avait déjà été Premier Ministre auparavant. Michel Aoun pouvait compter sur le soutien d’une partie de l’armée libanaise (dont toute l’artillerie lourde), des Forces libanaises de Samir Geagea, du parti chrétien de Dany CHamoun et du parti druze de Farid Hamadé (1925-1999), grand rival de Walid Joumblatt au sein de la communauté druze.

Devant faire face à des divisions dans le clan chrétien qu’il a lui-même déclenchées, Michel Aoun a fait un appel à l’aide à la France le 19 août 1989 pour pouvoir résister à des offensives syriennes contre ses territoires. Il s’est aussi rapproché de l’Irak pour avoir des armes. Le 15 octobre 1989, Michel Aoun refusa de suivre les députés décidés à approuver un accord de paix dans un territoire étranger, à Taëf, en Arabie Saoudite, considérant que les députés n’avaient plus de représentativité. Il faut en effet rappeler que les députés libanais de 1989 avaient été élus en 1972 et n’avaient jamais été renouvelés (il a fallu attendre 1992 pour de nouvelles élections). Une moitié de ces députés fut absente à Taëf, parce que certains furent morts ou surtout opposés à la tenue de cette réunion. Michel Aoun a même pris la décision de dissoudre la Chambre des députés mais ce décret était anticonstitutionnel.

L’accord de Taëf signé le 22 octobre 1989 posa les premières pierres de la fin à la guerre civile libanaise commencée en 1975 (cet accord fut l’œuvre des diplomaties saoudienne, marocaine, algérienne et américaine). L’accord a maintenu l’équilibre de 1943 entre sunnites (musulmans minoritaires) et maronites (chrétiens) sans donner de place aux chiites (dirigés par Nabih Berri) ni aux druzes (dirigés par Walid Joumblatt). En réalité, cet accord a formalisé la domination syrienne du Liban depuis 1976, et qui se perpétua jusqu’à l’assassinat de l’ancien Premier Ministre Rafiq Hariri (1944-2005), grand ami du Président français Jacques Chirac, le 14 février 2005. Assassinat qui mit 1,3 million de Libanais dans les rues le 14 mars 2005 et déclencha la "Révolution du Cèdre" aboutissant au départ des troupes syriennes du Liban le 27 avril 2005. Le 24 octobre 1989, Michel Aoun a organisé une très grande manifestation pour dénoncer cette politique de soumission à la Syrie.

Un nouveau Président de la République libanaise a pu ainsi être élu, le modéré René Moawad (1925-1989), qui, bien qu’élu avec le concours de la Syrie, fut assassiné le 22 septembre 1989 (par les Syriens selon sa veuve qui expliqua que son mari ne voulait pas être une simple marionnette d’Hafez El-Assad). Entre temps, René Moawad confirma en septembre 1989 Salim El-Hoss au poste de chef du gouvernement, reconduit par son successeur Elias Hraoui (1925-2006), élu Président de la République libanaise le 24 novembre 1989 et dont le mandat de six ans fut prolongé en novembre 1995 jusqu’au 23 novembre 1998 (faute de pouvoir élire son successeur).

Dès le 28 novembre 1989, Elias Hraoui nomma Émile Lahoud commandant des forces armées libanaises, ce dernier le resta jusqu’à son élection à la Présidence de la République libanaise le 24 novembre 1998 (Émile Lhaoud resta Président jusqu’au 23 novembre 2007 avec le soutien et l’aide de Bachar El-Assad). Entre novembre 1989 et octobre 1990, non seulement il y avait deux chefs du gouvernement (Salim El-Hoss et Michel Aoun) mais aussi deux chefs des armées (Émile Lahoud et Michel Aoun).

En août 1990, l’accord de Taëf a été ratifié par les députés libanais, alors que la configuration géopolitique fut bouleversée par l’invasion du Koweït le 2 août 1990 par l’Irak de Saddam Hussein. Les États-Unis lâchèrent le chef du gouvernement Michel Aoun en octobre 1990 : la Syrie a soutenu les États-Unis dans la première guerre du Golfe en échange de sa domination réelle du Liban. La fin guerre civile au Liban a donc été formalisée par l’éviction de Michel Aoun le 13 octobre 1990 avec l’aide militaire de l’armée syrienne qui a envahi les zones occupées par Michel Aoun (Beyrouth-Est). Elias Hraoui signa le 22 mai 1991 un traité de fraternité et de coopération avec la Syrie, officialisant la mainmise de la Syrie sur le Liban.

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Michel Aoun demanda la protection de la France et s’est réfugié à l’ambassade de France à Beyrouth. Il s’exila en France (à Paris) en août 1991 et a commencé un travail de "résistance" libanaise contre l’occupation syrienne. En principe, la protection française avait pour condition l’arrêt de toute activité politique mais dès 1992, Michel Aoun initia la création d’un nouveau parti politique au Liban pour pouvoir continuer à exister politiquement.

En été 2004, pour s’opposer au maintien du Président pro-syrien Émile Lahoud dont le mandat de six ans s’achevait, les États-Unis étaient prêts à intervenir militairement au Liban. Pour éviter de réinstaller la guerre au Liban, la France fit convoquer d’urgence le Conseil de sécurité de l’ONU le 2 septembre 2004 et fit adopter la résolution 1559 qui rappelait la souveraineté du Liban et son indépendance politique, ce qui signifiait qu’il ne devait pas y avoir d’ingérence étrangère (c’est-à-dire syrienne) dans la désignation du prochain Président de la République.

Cette résolution, votée notamment par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, et pas par la Russie ni la Chine, a empêché l’intervention américaine et devait donner plus de poids politique à Rafiq Hariri, ami de la France, face à Émile Lahoud. Mais lorsqu’il a été question de prolonger de trois ans le mandat de ce dernier, le 23 novembre 2004, par réflexe patriotique, Rafiq Hariri (Premier Ministre du 31 octobre 1992 au 2 décembre 1998 et du 23 octobre 2000 au 21 octobre 2004) vota cette prolongation qui a obtenu une large majorité, 86 voix contre 29.

L’assassinat de Rafiq Hariri a précipité le départ des troupes syriennes, ce qui a permis à Michel Aoun de revenir à Beyrouth le 7 mai 2005. Il reprit contact avec Samir Geagea à sa sortie de prison et se fit élire député le 14 juin 2005. Il représenta 21 députés et bénéficia de l’appui d’une grande majorité des chrétiens. Michel Aoun, dans l’opposition au gouvernement de Fouad Siniora (74 ans), en exercice du 19 juillet 2005 au 9 novembre 2009, se rapprocha du Hezbollah, principale organisation chiite (rencontre historique avec Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, le 6 février 2006).

L’élection présidentielle de 2007-2008 fut très mouvementée et fut à l’origine d’une grave crise politique et d’une grande violence. Le premier tour s’est tenu le 25 septembre 2007, et Michel Aoun  était candidat (minoritaire), mais il n’y avait pas le quorum. Le clivage se faisait entre, d’une part, le pouvoir en place, composé des mouvements qui avaient soutenu les manifestations du 14 mars 2005 contre la Syrie, forces qui avaient le soutien notamment de l’Europe, des États-Unis et des États du Golfe, et l’alliance entre Michel Aoun et le Hezbollah, soutenue par la Syrie et l’Iran.

Entre le 7 et le 14 mai 2008, de violents affrontements ont fait 65 morts et le pays fut au bord d’une nouvelle guerre civile qui fut évitée de justesse grâce à l’accord de Doha signé le 21 mai 2008 au Qatar. Cet accord proposait comme candidat de compromis le général Michel Sleiman, commandant des forces armées libanaises, la formation d’un gouvernement d’union nationale et le renoncement à utiliser la violence à des fins politiques. La guerre civile fut évitée et le dialogue renoué (entre la majorité et l’opposition). Michel Sleiman fut élu Président de la République le 25 mai 2008 au vingt-troisième tour.

Allant plus loin que son alliance avec le Hezbollah, Michel Aoun est allé rencontrer les dirigeants iraniens le 13 octobre 2008 puis Bachar El-Assad à Damas le 3 décembre 2008 pour dire : « J’ai toujours dit que la Syrie devait quitter le Liban et qu’une fois cela effectué, les deux pays devaient avoir de bonnes relations. ». Il a considéré (avec une légère prétention !) sa visite à Damas comme celle de De Gaulle en Allemagne.

Aux (dernières) élections législatives du 7 juin 2009, l’alliance menée par Michel Aoun a obtenu 27 députés. En juin 2013 les députés votèrent la prolongation de leur mandat de quatre ans jusqu’en septembre 2014, et en septembre 2014, une nouvelle prolongation jusqu’au 20 juin 2017. Michel Aoun s’opposa à ces deux prolongations car il voulait de nouvelles élections avec représentation proportionnelle (comme le proposait l’accord de Doha).

La dernière élection présidentielle s’est déroulée entre le 25 mai 2014 et le 31 octobre 2016 dans un cadre d’un profond clivage constitutionnel sur l’idée de la fonction présidentielle. Pour les uns (majoritaire), le Président doit être un arbitre de consensus à poids politique assez faible et pour les autres (partisans de Michel Aoun), le Président doit être une forte personnalité capable de peser sur son pays. Rappelons que le pays est devenu majoritairement musulman et que, par l’accord de Taëf, les pouvoirs du Premier Ministre (musulman) ont été rehaussés au détriment de ceux du Président (chrétien).

Les premiers (chrétiens et sunnites) étaient plus enclins à soutenir les rebelles en Syrie tandis que les seconds (chrétiens proches du général Aoun et chiites) étaient plus loyalistes en Syrie. Rappelons que la situation a diamétralement changé depuis 2011 et surtout 2013 : c’est la Syrie qui est plongée dans la guerre civile entre loyalistes favorables à Bachar Al-Assad et rebelles, et qu’une partie du territoire (tant libanais que syrien) fut occupée par Daech. Raqqa, la principale ville aux mains des terroristes islamistes de Daech, a été reprise par les troupes syriennes entièrement le 17 octobre 2017 (c’est donc très récent). De plus, environ 1,8 million de réfugiés syriens sont venus émigrer au Liban, représentant environ un quart de la population ! Si les chrétiens libanais sont de plus en plus faibles démographiquement, les chiites ont pris un poids démographique beaucoup plus grand.

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Pendant les trente mois de crise, l’alliance de Michel Aoun boycotta l’élection, empêchant toute décision par manque de quorum. Ce n’est qu’après les ralliements surprenants à sa candidature de Samir Geagea, de Saad Hariri (47 ans), fils de Rafiq Hariri et ancien Premier Ministre du 12 septembre 2009 au 12 janvier 2011, et même de Walid Jumblatt, chef des druzes (qu’il avait vaincu en 1983 à Souk El-Gharb), que la situation de crise s’est débloquée. Michel Aoun fut alors élu Président de la République libanaise le 31 octobre 2016. Il s’est ainsi réconcilié avec Saad Hariri,  redevenu Premier Ministre le 18 décembre 2016 (chargé de former le gouvernement dès le 3 novembre 2016, il a obtenu la confiance des députés le 28 décembre 2016 par 87 voix sur 127).

Parmi ses principaux soutiens, il y a donc le Hezbollah (ancienne organisation terroriste), allié depuis 2006 et l’un des mouvements qui combat Daech sur le terrain. Michel Aoun a justifié ainsi cette alliance le 24 septembre 2017 : « Le Hezbollah représente un tiers des Libanais. Va-t-on exclure un tiers des Libanais de la vie nationale ? Le Hezbollah a résisté pendant une vingtaine d’années dans le Sud-Liban occupé par Israël qui n’applique pas la résolution de l’ONU lui demandant d’évacuer notre territoire. (…) Nous avons passé un accord non signé mais indéfectible. Ce jour-là [le 6 février 2006], le Hezbollah s’est engagé à n’utiliser ses armes que pour défendre le Liban contre des agresseurs, et jamais de façon offensive ou agressive. Il ne participe à aucune opération terroriste, ni au Liban ni ailleurs. Il est vrai que l’Iran a fourni des armes au Hezbollah… » ("Paris Match").

Dans ce même entretien avec le journaliste Daniel Rondeau de "Paris Match", Michel Aoun a expliqué sa position sur la Syrie : « Le jour où la Syrie reconnaîtra le Liban, son indépendance, nous ferons ce qu’ont fait l’Allemagne et la France, toutes proportions gardées. Nous ferons la paix. Aujourd’hui, nos relations sont normalisées. La neutralité positive me paraît pour le Liban une position enviable. ».

Michel Aoun, qui avait reçu la candidate FN Marine Le Pen le 20 février 2017 à Beyrouth (ce que les journalistes expliquaient à l’époque, c’était que la visite chez Michel Aoun était la plus facile à obtenir pour un candidat français, Emmanuel Macron candidat était venu aussi le voir le 24 janvier 2017), a effectué une visite d’État en France, du 24 au 26 septembre 2017, la première visite d’État du quinquennat du Président français Emmanuel Macron qui l’a reçu à l’Élysée le 25 septembre 2017. Une occasion de rappeler tout son amour pour la France et pour De Gaulle : « Paris est pour nous tous la capitale de la liberté dans le monde. La langue française est la langue universelle de la culture. (…) Les  Libanais et moi-même sommes très sensibles au geste du Président Macron. » ("Paris Match"). Le Premier Ministre libanais Saad Hariri avait été auparavant reçu par Emmanuel Macron à l’Élysée le 1er septembre 2017.

En conclusion de leur rencontre, Emmanuel Macron a déclaré à Michel Aoun le 25 septembre 2017 à l’Élysée : « Au-delà de ces sujets fondamentaux de sécurité et d’engagement militaire, c’est un État fort au Liban dont la France a besoin et que la France encourage. Depuis votre élection, votre engagement constant à cet effet est extrêmement précieux à nos yeux. En effet, le renforcement de l’État libanais est absolument primordial pour assurer la sécurité dans la durée du pays et il l’est aussi pour lui permettre de faire face à la présence massive et prolongée d’environ un million et demi de réfugiés syriens. Le Liban porte aujourd’hui un fardeau trop lourd pour lui. L’absence d’une solution politique crédible en Syrie empêche le retour durable dans leur pays de ses réfugiés. ».

Les deux chefs d’État sont allés ensuite inaugurer l’exposition "Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire" à l’Institut du monde arabe à Paris : « Parce que je connais votre attachement au dialogue entre les religions et la diversité religieuse au Moyen-Orient et parce que ce combat pour les chrétiens d’Orient est aussi un des combats emblématiques de ceux que la France veut mener dans la région. » (Emmanuel Macron).

Au-delà du défi extérieur de la sécurité régionale (Daech, Syrie, Israël et Palestine), Michel Aoun doit encore consolider les institutions politiques de son pays.

Le principal rendez-vous devrait être le 6 mai 2018 lors des prochaines élections législatives, avec un nouveau mode de scrutin, à la représentation proportionnelle, comme l’a confirmé la nouvelle loi électorale votée le 16 juin 2017, qui a prolongé encore d’un an le mandat des députés élus le 7 juin 2009 et qui a redéfini les découpages en quinze circonscriptions. Les électeurs devront avoir plus de 21 ans et se munir de leur carte électorale magnétique. Par ailleurs, les militaires n’ont toujours pas le droit de voter et les femmes n’ont pas bénéficié d’une obligation de parité ou d’un quota, ce qui a suscité certains mécontentements (jusqu’au sein du gouvernement).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Aoun.
La Syrie de Bachar El-Assad.
Guerre civile en Syrie.
Daech.
Yasser Arafat.
Ariel Sharon.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161031-michel-aoun.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/michel-aoun-president-paradoxal-d-198209

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/10/30/35818687.html


 

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 02:14

« Ce qui s’est passé à Homs, c’est que le régime a levé un groupe de 200 hommes composé des forces de sécurité présentes dans les districts où vivent les minorités. Ils tuent des gens et jettent leur corps dans d’autres districts pour créer une agitation entre communautés. Nous en avons la preuve et nous avons publié de nombreuses déclarations pour alerter les gens contre les criminels qui vivent parmi eux. » (23 novembre 2011).



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De toutes les révolutions arabes depuis le début de l’année 2011, celle qui fut la meurtrière et qui, hélas, continue à l’être, est la guerre civile en Syrie avec plus de 300 000 morts. Avec cette particularité qui a fait retourner bien des réflexions et analyses géopolitiques : beaucoup des rebelles sont des islamistes profitant de la guerre contre le régime de Bachar El-Assad pour instaurer un pseudo-califat et un faux État islamique, qu’on appelle ici Daech, et qui est le germe d’un terrorisme international redoutable qui fait quasiment chaque jour de nombreuses victimes dans le monde.

Ainsi, des principaux despotes voire dictateurs arabes (comme Ben Ali, Moubarak, Kadhafi), Bachar El-Assad a pu se maintenir grâce à cette confusion du clivage dictature vs Daech. Du reste, à part la Tunisie qui se cherche une voie démocratique à la fois originale et prometteuse, les révolutions ont abouti soit à la confusion (Libye, Yémen, etc.), soit à un retour à la case initiale sur le plan politique (Égypte). L’Algérie et le Maroc ont échappé de peu aux révolutions, l’une parce que le risque serait trop grand qu’après Bouteflika, le pays ne tombe directement aux mains de l’islamisme le plus radical, l’autre parce que le roi Mohammed VI a cherché à dépressuriser le climat social en commençant à réformer très timidement son pays (même si cela n’a réduit pas la pression sociale dans certaines régions).

Ce qui avait complètement discrédité la politique de François Hollande et de Laurent Fabius en Syrie, c’était le refus de la réalité d’un clivage exclusif entre régime syrien et islamistes. Pourtant, la voie démocratique a toujours existé, même si elle fut ténue. L’une de ses voix, l’un de ses visages, s’est malheureusement éteinte le 17 août 2017 à Paris. Fadwa Suleiman, comédienne et poétesse syrienne, a succombé en effet d’une grave maladie à l’âge de 47 ans (elle est née le 17 mai 1970 à Alep).

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Diplômée de l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas, Fadwa Suleiman a fait de sa voix son métier en doublant de nombreux rôles en arabe. Actrice très connue, elle a aussi joué des rôles glamour dans plusieurs films et séries télévisées et a également joué dans quelques pièces de théâtre à Damas (dont une pièce du dramaturge norvégien Henrik Ibsen, adaptée en langue arabe). Par ailleurs, elle a écrit plusieurs recueils de poésie après son arrivée en France en 2012 : « J’ai eu le sentiment d’avoir perdu ma voix et mon visage. L’écriture a donc été une nécessité pour que je me sauve moi-même et que je retrouve mon pays. » ("Midi Libre", le 12 juin 2016).

Elle a participé en effet, dès le début de la révolution en Syrie, aux premières manifestations le 15 mars 2011 à Homs contre le pouvoir. En se rebellant ainsi contre le pouvoir, elle s’est retrouvée aussi en opposition à sa communauté et sa famille qui l’a rejetée. Son frère Mahmoud a publiquement déclaré que sa famille la désavouait dans son combat contre le pouvoir syrien. Il faut dire que Fadwa Suleiman, femme alaouite et "produit" de la Syrie occidentalisée et laïque, était une extraterrestre parmi les militants d’une révolution essentiellement sunnite et masculine.

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Et effectivement, en faisant partie de la communauté alaouite (proche du pouvoir syrien), elle a pris beaucoup de risque pour sa vie en allant rejoindre les manifestants à Homs (elle a déclaré qu’elle risquait la prison sinon la mort en s’engageant ainsi). Mais elle voulait aussi montrer que la Syrie n’était pas un pays divisé en communautés, que la révolution n’était pas la contestation d’une communauté (sunnite) contre une autre (alaouite), et que sa communauté n’était pas unanimement derrière Bachar El-Assad.

Le 23 novembre 2011, elle a déclaré notamment à Al-Jazeera : « Les gens ne peuvent pas exprimer leur opposition parce que le gouvernement est encore plus brutal contre les dissidents appartenant à des groupes minoritaires que contre la majorité sunnite. Ils les menacent, ainsi que leur famille et leurs enfants, avant même qu’ils ne décident de protester. ».

Et d’ajouter : « Je viens de voir, de mes propres yeux, un jeune homme de 25 ans qui a été abattu lors d’une manifestation. Le régime continue à tuer parce qu’il ne sent pas que la communauté internationale soit sérieuse quand elle le condamne. Je ne veux pas d’intervention militaire en Syrie, mais je veux des résolutions fermes et sincères guidées par des préoccupations humanitaires et pas par des intérêts nationaux. » (23 novembre 2011).

Elle voulait aussi montrer que la plupart des manifestants n’étaient pas non plus des terroristes islamistes comme le suggéraient les autorités syriennes dans les médias de propagande par une entreprise de désinformation.

Elle prôna avant tout une révolution pacifique pour aboutir au renversement de Bachar El-Assad. Elle s’est déclarée très attristée par la tournure des événements en guerre civile. À partir de l’automne 2011, elle entra dans la clandestinité, recherchée activement par la police à Homs.

La non-violence, chez elle, était comme une évidence : « La nature humaine refuse les armes. On sait bien, à l’intérieur de nous, que les armes ne sont pas la solution. Il est facile de les utiliser pour gagner, aujourd’hui. Mais on ne gagne pas dans l’avenir, car on plante la haine. (…) Les armes détruisent l’homme à l’intérieur. Je suis contre les armes, les frontières, les passeports, les nationalités : ce sont des murs que l’on met entre nous, humains. Ce sont des illusions. Et c’est toujours pour le pouvoir. On peut parler, partager, créer notre société avec la discussion, la démocratie, la liberté, vraiment. » ("Midi Libre", le 12 juin 2016, dans une interview avec la journaliste Caroline Froelig).

Elle n’a dû son salut qu’à son exil hors de Syrie. Elle se réfugia en France en mars 2012, qu’elle a atteinte en se rendant en Jordanie (qu’elle disait truffée d’espions syriens) et en demandant de l’aide à l’ambassade de France. Le 25 mars 2012, elle a confié à l’AFP : « Je ne voulais pas quitter la Syrie, mais je n’ai pas eu le choix. J’étais menacée et je devenais une menace pour les militants qui m’aidaient. ».

En France, elle a continué, comme elle le pouvait, son combat. Elle a organisé des réseaux d’aide humanitaire, notamment grâce à Youtube et à Facebook, et elle dénonçait les méthodes brutales du régime syrien. Elle ne s’y sentait cependant pas vraiment en sécurité, craignant pour sa vie et celle de sa famille.

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En juillet 2012, elle a fait part de sa colère à "Libération" : « Le monde entier a laissé les mains libres à Bachar El-Assad, pas seulement al Russie et la Chine, il a poussé le peuple syrien à prendre les armes, exactement ce qu’a voulu Assad, et voilà où nous en sommes. ». Alexandra Schwartzbrod, journaliste de "Libération", l’a décrite ainsi : « Elle brûlait de l’intérieur d’une rage illimitée contre "les dirigeants du monde entier" qui avaient "oublié les valeurs humaines et fait passer l’intérêt de leur État avant la vie du peuple syrien". » (17 août 2017).

Refusant l’étiquette alaouite, Fadwa Suleiman a toujours lutté pour la liberté, celle de penser, de croire, d’aimer, défendant avant tout l’humanité dans la dignité partout. C’est en partie pour cette raison qu’elle s’est réfugiée à Paris où elle a dû participer à un autre combat, aussi féroce voire plus féroce pour elle que la guerre en Syrie, à savoir, la maladie.

Toujours dans le "Midi Libre" le 12 juin 2016, elle a exprimé sa foi en l’avenir de cette manière quasi-désespérée, en forme de testament : « Même s’ils effacent tout, on ne doit pas les laisser effacer notre rêve. S’il ne reste qu’un seul Syrien, je suis sûre qu’il va construire la Syrie que l’on aime. La Syrie, ce n’est pas un pays, une géographie, c’est une idée ! Nous apportons notre révolution. La révolution blanche, de l’esprit et de l’âme. Cela va traverser les lieux, le temps. ». Le pouvoir de Bachar El-Assad lui aura finalement, hélas, survécu…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Fadwa Suleiman.
Daech.
La Syrie.
Le Mali.
La Libye.
La Tunisie.
L’Algérie.
L’Égypte.
Le Maroc.
La Turquie.
L’Irak.
L’Iran.
Vade-mecum des révolutions arabes.

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