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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 01:17

« D’abord, nous sommes en guerre avec les djihadistes, qui se révèlent plus dangereux qu’une armée structurée. Ensuite, nous sommes menacés par le déferlement des migrants, dont l’extrême détresse pose autant de problèmes qu’elle inspire de compassion. Enfin, dans nos banlieues, domine un antisémitisme sans complexe et qui relève désormais du réflexe. » (Jean Daniel, "L’Obs" du 21 mai 2015).



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Hasard du destin, le journaliste et éditorialiste politique Jean Daniel, fondateur de l’hebdomadaire "Le Nouvel Observateur" en 1964 (nommé maintenant "L’Obs"), est parti quelques jours après sa grande amie Claire Bretécher à qui il avait offert ses colonnes pour ses bandes dessinées. Jean Daniel est mort dans la soirée du mercredi 19 février 2020 à quelques mois de ses 100 ans qu’il aurait fêtés le 21 juillet 2020 (il est né à Bilda, en Algérie).

On a dit souvent que Jean Daniel était une "conscience de gauche", mais je ne sais pas ce qu’est "la gauche", et ne me sentant pas du tout "de gauche", j’ai malgré cela beaucoup d’estime pour Jean Daniel que je considère comme surtout une "conscience" du journalisme politique. Alors Président de la République, François Hollande lui a remis les insignes de grand-croix de l’ordre national du Mérite en 2016 avec ces mots : « Vous êtes ce qu’on appelle une conscience. Vous observez notre pays avec les yeux de celui qui a traversé le siècle. Et qui a le sens de l’Histoire et du temps. Vous écrivez vos éditoriaux et vos livres avec une langue claire, vivante, profonde. Votre voix est lente. Elle assène des vérités fortes sous forme de confidences chuchotées. Il faut prêter l’oreille. ». Des yeux d’aigle.

Il n’était pas journaliste pour faire de l’audience, mais pour proposer des réflexions, pour faire avancer, à sa mesure, le monde, son monde en tout cas. Il n’était pas si loin de l’activité d’autres "penseurs" plus "théoriciens", car à l’époque, c’est-à-dire, dans les années 1950 à 1980, le journalisme était une activité intellectuelle et philosophique, pas encore une activité commerciale et médiatique que les années 1980 et les suivantes ont amplifiée (avant de devenir une activité qui se mordait la queue avec les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue à partir de la fin des années 2000).

Ses amours intellectuelles d’adolescent furent pour Marx et André Gide. Observateur du Front populaire, Jean Daniel a cru pendant quelques courts moments que l’URSS était le paradis socialiste mais grâce à Gide, il a vite déchanté sur le communisme (un paradis qui se transforme si vite en enfer) et s’est retrouvé dans cette gauche socialiste réformiste non communiste proche de Léon Blum. Étudiant en philosophie à Alger, séduit par De Gaulle, il fut résistant, participa à la libération d’Alger le 8 novembre 1942 et s’engagea dans la Division Leclerc jusqu’en 1945. Il continua ses études à la Sorbonne.

Membre du cabinet du furtif Président du Gouvernement provisoire Félix Gouin (le socialiste proche de Léon Blum avait succédé à De Gaulle après la démission de celui-ci), Jean Daniel rédigeait des discours et en même temps, sous un pseudonyme (qu’il garda), collabora au journal résistant "Combat". À cette époque, les carrières pouvaient facilement se construire juste après la Libération. Avec ses relations, il aurait pu s’installer dans l’action politique avec des postes d’abord administratifs puis politiques (on a cité sous-préfet à ses débuts, plus tard ambassadeur proposé par François Mitterrand, etc.). Mais ce n’était pas son truc : électron libre, il concevait mal de réduire sa réflexion à l’allégeance d’un parti ou d’un chef. Pas étonnant que le journal qu’il allait créer s’appellerait "Le Nouvel Observateur" (dont le nom provient d’un ancien journal "France Observateur" lui-même issu de "L’Observateur politique, économique et littéraire" créé en 1950). Il n’était pas un acteur mais un observateur, certes engagé, mais observateur avant tout.

Pour l’heure, le journalisme fut la voie qu’il concevait. Une très longue carrière de journaliste. Une voie, et aussi, pour des chroniques à la radio (sur Europe 1 dans les années 1980), une voix qui portait, apaisante, profonde, ressortant tout le caractère très réfléchi de l’homme et ses pensées. Et aussi, surtout, une plume rudement efficace.

À ses débuts, il fut épaulé par l’un des journalistes les plus honorables de France, Albert Camus, et Jean Daniel travailla avec quelques plumes marquantes comme Jules Roy, Étiemble, Emmanuel Roblès, etc. qui collaborèrent dans la revue indépendante (de gauche) "Caliban" dont il fut le rédacteur en chef entre 1947 et 1952 (financée grâce à ses liens avec René Pleven et Louis Joxe). Il fréquentait Jean-Paul Sartre, Claude Lévi-Strauss, Maurice Merleau-Ponty, Emmanuel Mounier, Jean-Marie Domenach, Pierre Viansson-Ponté, etc. Plus tard, fasciné par les arts, il fréquenta également des personnalités comme Pierre Soulages, Michel Bouquet, etc.

Auteur d’un roman en attendant de retrouver un travail dans un autre journal (il fut l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, romans ou essais, pendant toute sa carrière), Jean Daniel fut recruté par "L’Express" en 1954 pour lequel il travailla une dizaine d’années. Là encore, après le parrainage d’Albert Camus, il a eu le parrainage d’autres illustres journalistes : Françoise Giroud et JJSS. Chargé de couvrir la guerre d’Algérie, Jean Daniel a failli être tué en 1961… et bien plus tard, à l’Université de New York, un homme est venu le voir : « Il me demande si j’ai un moment pour parler tranquillement, dehors. Je sors avec lui et il m’annonce : "C’est moi qui ai tiré sur vous à Bizerte en juillet 1961. J’étais un jeune parachutiste. Depuis, j’ai lu tous vos livres. Et je me dis que j’ai failli tuer l’auteur que j’admirais". Voilà ce qu’il me dit. » ("Le Point" du 27 avril 2012).

Une période de la vie de grand reporter qui lui a fait rencontrer les plus grandes personnalités politiques du monde pour des entretiens : évidemment Pierre Mendès France dont il était un disciple, mais aussi John F. Kennedy, Fidel Castro, Léopold Segard Senghor, David Ben Gourion, etc. Il a même appris l’assassinat de Kennedy au cours d’un déjeuner avec Castro ! Bien plus tard, Jean Daniel a eu la visite d’un agent de la CIA lors d’un voyage aux États-Unis : « Il m’apprend une histoire invraisemblable : Castro, que j’ai rencontré à La Havane la veille de l’assassinat de Kennedy à Dallas, pensait que j’étais envoyé par Kennedy pour le tuer, lui, Castro ! » ("Le Point" du 27 avril 2012).

Quant à David Ben Gourion qu’il qualifiait de "réaliste illuminé", il l’a rencontré la première fois en 1948 avant la création de l’État d’Israël et il l’a raconté dans "Le Nouvel Observateur" du 18 avril 2018. Ben Gourion lui avait déclaré : « Chaque fois qu’il y aura un choix à faire entre la paix et les territoires, je choisirai la paix. ».

La réputation internationale de Jean Daniel était alors très forte. Ne laissant pas sa plume dans la poche, ses articles prônant une négociation avec le FLN en Algérie avaient d’ailleurs provoqué à "L’Express" quelques désagréments politiques avec le pouvoir.

Opposé à l’évolution de "L’Express" qui se voulait plus consensuel et moins politisé, et après avoir hésité à travailler pour "Le Monde" sur proposition de son directeur Hubert Beuve-Méry, Jean Daniel a commencé l’aventure en 1964, avec son ami industriel, Claude Perdriel, d’un nouveau journal, "Le Nouvel Observateur" (qu’il dirigea jusqu’en 2008). Ce fut le journal de la gauche réaliste (avec l’aide de Gilles Martinet, l’un des socialistes très influents les moins connus des années 1960 à 1980).

Sachant prendre le train de la nouveauté sociologique dans les années 1970, Jean Daniel, comme je l’ai abordé au début, a ouvert en octobre 1973 ses colonnes à Claire Bretécher qui venait de "Pilote" et de "L’Écho des savanes". Il ne savait pas si ce serait "rentable" ni "apprécié" de ses lecteurs, mais il imaginait que les bandes dessinées de Claire Bretécher seraient essentielles dans l’évolution sociologique du journal (avec "Les Frustrés") : « On n’était pas sérieux ! Ou plutôt, nous avions le sérieux ironique et particulier de Claire. Quand elle est arrivée, nous sommes devenus nous-mêmes. Je me souviens très bien de son premier dessin : elle se moquait du patron, de l’actionnaire du journal ! Et moi, je pensais la même chose qu’elle ! Elle n’a pas profité du journal, c’est nous qui avons profité d’elle ! (…) C’était une époque où curieusement (…) on ne s’occupait pas d’argent. Les premiers numéros, on avait envie de les faire, c’est tout. » (actuabd.com, le 14 décembre 2015).

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Malgré son grand âge, Jean Daniel a toujours continué à faire profiter les autres de ses réflexions : « Maintenant, je ne sais plus ne rien faire. L’idée de ne rien faire ressemble un peu à la retraite. Tout ce qui est repos me paraît menacé de déclin, de disparition. Je ne sais plus ne rien faire. J’ai besoin que les instants soient plein. Je vis au présent mais dans la plénitude et je vis chaque chose comme si ça devait être la dernière. Ma curiosité a décuplé de cette manière. » (24 août 2008).

Ainsi, ces dernières années, il a accordé de nombreux entretiens notamment sur France Culture, en particulier une série de dix interviews hebdomadaires du 22 juin 2008 au 24 août 2008 ("Un été avec Jean Daniel"). Le 23 juin 2012, il était désabusé : « Mon désenchantement actuel, c’est de voir ce que devient la France. À cette étape de ma vie, j’avoue ma tristesse de ne plus reconnaître mon pays, de ne plus me retrouver ans ses valeurs. » (émission "Répliques " produite par Alain Finkielkraut).

Le 24 août 2008 sur France Culture, Jean Daniel parlait de Pierre Soulages ainsi : « Mon instinct ne me dirigeait pas vers Soulages, mais il m’a appris à connaître les secrets de l’abstraction. (…) C’est le côté monocolore de Soulages et le mystère du noir de Soulages qui m’ont initié à la signification de l’abstraction. ». De Michel Bouquet : « Pour moi, il représente le théâtre dans la façon de mêler l’incroyable force de la personnalité et la capacité stupéfiante à la transformer. Il a les deux : c’est un acteur de composition mais il est toujours lui-même quand il compose. ».

Lors d’un débat avec Bernard-Henri Lévy publié le 6 février 2016 dans "Le Nouvel Observateur", Jean Daniel parlait ainsi des Juifs et de Mgr Lustiger : « En créant le Dieu unique et en allant jusqu’à se considérer comme "le trésor des rois", les Juifs se sont imposé un destin dont ils ont proposé l’impossible grandeur à l’humanité. Mais c’est un destin carcéral. (…) J’ai mené un long dialogue avec Jean-Marie Lustiger sur le crucifié de l’Évangile dont la figure, à l’époque, me hantait. Mais aux funérailles du cardinal, selon ses dernières volontés rédigées de sa main à Jérusalem, le kaddish, la prière pour les défunts de la synagogue, a été récité sur le parvis de la cathédrale. Oui, je dis bien une sorte de prison volontaire, car si l’on peut sortir du judaïsme, de la religion juive, on ne saurait sortir de la judéité, du peuple juif. ».

L’unicité de la Shoah : « Pas au point de la séparer totalement de la question d’Ivan Karamazov chez Dostoïevski : "Si Dieu existe, pourquoi tolère-t-il une seule larme d’un seul enfant ?". La réponse de la Bible et de la philosophie sur le mal est qu’il y a contradiction entre l’innocence et la liberté. (…) Il y a bien, historiquement, un avant et un après-Auschwitz. Les explications juives ou chrétiennes habituelles ne suffisent plus : ni celle d’une juste punition divine soutenue par le rabbin Eleazar Shach, ni celle d’une assimilation des victimes du nazisme à Jésus en Croix proposée par Paul Claudel. (…) Pour moi, à la nouveauté de l’événement répond la nouveauté du discours. Dieu lui-même en sort modifié pour Hans Jonas, la synagogue doit se faire mutique pour Emil Fackenheim, il est trop tard pour le Messie selon George Steiner… L’abîme d’inhumanité appelle un motif transcendant pour rendre compte d’un fait de l’histoire, quitte à l’y dissoudre : l’unicité. (…) La contextualisation serait ici indispensable. Mais en regard des génocides arménien, tsigane, khmer ou rwandais, l’exception de la Shoah tient, selon moi, à cette prodigieuse théologie négative que les Juifs se sont senti sommés de produire afin de conserver leur destin. » (6 février 2016).

Les 19 et 27 avril 2012, l’hebdomadaire "Le Point" a publié un très long entretien de Jean Daniel interrogé par Franz-Olivier Giesbert et Christophe Ono-dit-Biot. En voici quelques brides intéressantes.

Ce que la vie a appris à Jean Daniel : « C’est d’abord qu’en marge des transformations profondes et des convulsions gigantesques, il peut y avoir encore des pans de l’histoire immobiles. (…) Je n’avais pas prévu que je ne changerais pas de maîtres à penser. Je n’imaginais pas qu’après une étourdissante valse des valeurs et la confusion des idéologies, on choisirait, quelle victoire !, Camus pour penser l’éthique de la modernité. » (19 avril 2012).

Sa vieillesse : « Je sais bien désormais que je dois légitimer ma longévité. Il faut que j’en fasse plus pour prouver que je peux en faire assez. (…) J’ai naguère accompagné jusqu’au bout la vieillesse d’un ami médecin (…). Chaque fois que les médecins venaient le voir, ils parlaient devant lui de son cas comme s’il n’était pas là, alors qu’il avait été l’un des plus grands spécialistes des pathologies qu’ils évoquaient. Ils étaient déférents, affables et même respectueux, mais ils l’avaient effacé. (…) Quand je connais bien un sujet et que les gens indélicats ou oublieux en parlent comme si je n’étais pas dans la même pièce qu’eux, je ne vis pas ça très bien. (…) Il peut y avoir des naufragés volontaires qui se regardent glisser vers d’autres planètes. J’ai vu vieillir Claude Lévi-Strauss, un homme qui impressionnait pour toutes sortes de raisons dont la moindre n’était pas sa pratique du silence. La plupart du temps, il se taisait et quand il parlait, c’était avec un mélange de désenchantement résigné et de distance ironique. Il murmurait des choses qu’il ne se donnait pas la peine d’articuler, de peur que vous ne les compreniez pas et qu’il ne se fatigue alors pour rien. Un jour qu’il était l’objet de polémiques déplacées à propos de ses théories sur le racisme dans "Race et Histoire", il m’avait dit avec un regard éloigné : "C’est très facile à supporter, vous savez. Je ne suis plus de ce monde, je vis ailleurs, mais j’y vis plutôt bien". Telle était sa sagesse. D’une certaine manière, il s‘était installé dans un autre univers. » (19 avril 2012).

Les relations affectives : « La sexualité est à mes yeux l’aboutissement charnel d’un désir fusionnel qui ne triomphe que lorsqu’il s’éteint. Elle est la gloire éphémère du plaisir. La sensualité est une complicité par la peau et le toucher : c’est une complémentarité de sensations. Rien ne vaudra jamais pour moi le sourire de bonheur de l’aimée dans la contemplation commune d’une œuvre d’art ou lors d’une promenade à la campagne avec elle, cheveux au vent, et dont je tiens le bras nu. (…) Un jour que j’étais au Musée Rodin, un de mes lieux préférés à Paris, j’ai vu une main caresser le pied d’une sculpture de femme et cette main, c’était celle d’une religieuse. Elle faisait ça avec le plus grand naturel et une innocence totale. J’ai ressenti un moment de complicité intense avec elle. » (19 avril 2012).

Pessimisme : « Le pessimisme est un trop mol oreiller pour qui est contraint à s’engager. Et je préfère être "réveillé" par Simon Leys, George Steiner ou Umberto Eco. » (19 avril 2012).

Son amitié pour Camus : « Après son Prix Nobel, comme je lui manifestais mon inaltérable fidélité en dépit de nos désaccords sur l’Algérie, il m’a écrit : "L’important est que nous soyons vous et moi déchirés". » (27 avril 2012).

Camus et les femmes : « Parfois Casanova, jamais Don Juan. La fidélité à une maîtresse comptait presque autant que l’amour qu’il portait à une nouvelle femme, il n’y a que des gens très fins qui peuvent comprendre. Il couchait, par exemple, avec Maria Casarès, il maintenait avec sa femme les ferveurs intermittentes de la conjugalité, mais en même temps, il était fidèle, ressentant pour chacune, à jamais, une reconnaissance inépuisable : "Je garde pour la vie, un à un, les souvenirs des moments qu’elles m’ont donnés", me disait-il. » (19 avril 2012).

Jean Daniel y a cité Orwell : « L’intellectuel est celui qui est le plus tenté par la dictature et, parmi ces intellectuels, l’intellectuel français est le plus doué pour ça. » (27 avril 2012).

Jean Daniel sur la politique aujourd’hui : « S’il y a bien quelque chose qui m’effraie, en ce moment, c’est que tout cela revient. Une nouvelle pensée unique s’annonce dans la gauche. Quand j’entends Mélenchon, par exemple, ça me rappelle des souvenirs… C’est ça, l’inconvénient des longues vies. (…) Mélenchon a un talent fou, l’art de l’éloquence et les recettes de la conviction, mais pas seulement : il rappelle le temps des grands "rhétoriqueurs" et les tribuns sur les tréteaux populaires. Pour eux, le peuple a toujours raison et le grand homme est celui qui sait lui parler. (…) Jean-Luc Mélenchon exprime notre indignation, mais aucunement notre perspective. Je préfère réfléchir avec Pierre Rosanvallon et agir avec Michel Rocard. » ("Le Point" du 27 avril 2012).

Et je termine sur ce qui aurait pu apparaître comme une réflexion sur l’affaire Griveaux : « Je déteste Don Juan. Tout ce que Don Juan représente m’est contraire. (…) L’idée de l’homme qui séduit pour consommer, qui ment, qui trompe, qui n’a aucun respect, qui a une allégresse pour montrer comment le cynisme peut être joyeux, cette façon qu’il a de prendre du plaisir qu’il va ensuite trahir et oublier, cette obsession de collectionner sans jamais s’attarder (…). Tout ça, c’est le contraire. » (France Culture, le 24 août 2008).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 février 2020)
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Pour aller plus loin :
Jean Daniel.
Alain Finkielkraut.
Bernard-Henri Lévy.
Jean-Christophe Victor.
Joseph Kessel.
Albert Camus.
Alfred Grosser.
Raymond Aron.
René Rémond.
Jean d’Ormesson.
Pierre Milza.
Jean-Baptiste Duroselle.
Georges Duby.
Hannah Arendt et la doxa.
Max Gallo.
François de Closets.
Michèle Cotta.
Philippe Alexandre.
Elie Wiesel.
Henri Amouroux.
Jean Lacouture.
Édouard Bonnefous.
Alain Decaux.
Gonzague Saint Bris.
Claude Estier.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Jean-François Deniau.
Jean Boissonnat.
Étienne Borne.
Pierre-Luc Séguillon.
Françoise Giroud.
André Glucksmann.
Noël Copin.
Maurice Duverger.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Georges Suffert.
Pierre Desgraupes.
Sibyle Veil.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Jacqueline Baudrier.
Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Philippe Bouvard.
Menie Grégoire.
Évelyne Pagès.
Jean Garretto.
Jacques Chapus.
Henri Marque.
Arthur.

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31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 03:39

« La Cour des Comptes assiste le Parlement dans le contrôle de l’action du gouvernement. Elle assiste le Parlement et le gouvernement dans le contrôle de l’exécution des lois de finances et de l’application des lois de financement de la sécurité sociale ainsi que dans l’évaluation des politiques publiques. Par ses rapports publics, elle contribue à l’information des citoyens. » (Article 47-2 de la Constitution de la Cinquième République).




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Dans son édition du 30 mai 2020, le "Journal du dimanche" a annoncé que le Président de la République Emmanuel Macron avait (enfin) choisi le nouveau Premier Président de la Cour des Comptes, choix qui va être officialisé lors du conseil des ministres de ce mercredi 3 juin 2020 : Pierre Moscovici serait l’heureux choisi.

J’ai écrit enfin car le poste est vacant depuis plus de quatre mois. Un jeu de dominos, un jeu de nominations dont n’est pas expert Emmanuel Macron.

Le juge Jean-Louis Nadal, qui fut procureur général près de la Cour de Cassation du 20 octobre 2004 au 30 juin 2011, a achevé son mandat de six ans de président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) le 19 décembre 2019. Cette instance, créée par la loi organique n°2013-906 et la loi n°2013-907 du 11 octobre 2013 relatives à la transparence de la vie publique, inspirée des leçons de l’affaire Cahuzac, contrôle notamment la réalité des déclarations du patrimoine des grands élus et hauts fonctionnaires, au point éventuellement de signaler à la justice tout manquement. Or, Emmanuel Macron a mis déjà plus d’un mois pour remplacer Jean-Louis Nadal et a nommé le 15 janvier 2020 l’ancien député socialiste de Grenoble Didier Migaud (qui est entré en fonction le 31 janvier 2020).

Didier Migaud était un député de base très travailleur qui a eu beaucoup de "chances", des chances qui se sont toutes appelées …Nicolas Sarkozy : en effet, ce dernier nouvellement élu à l’Élysée a proposé en juin 2007 que le poste de président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, poste important dans la préparation du budget de l’État, fût attribué à un membre de l’opposition, et celle-ci s’est mise d’accord pour Didier Migaud.

Deux années plus tard, pour la succession de Philippe Séguin, Premier Président de la Cour des Comptes mort subitement, Nicolas Sarkozy, après avoir proposé le poste à François Hollande (qui a décliné poliment, il a eu raison !), a nommé Didier Migaud le 23 février 2010. Le poste est également essentiel dans la vie politique : la Cour des Comptes est l’instance de contrôle des finances publiques a posteriori, elle traque notamment les (nombreux) gaspillages. La publication de son rapport annuel est l’occasion de pointer du doigt quelques abus ou erreurs de gestion de ceux qui gèrent les finances publiques, que ce soit localement ou nationalement. Nicolas Sarkozy (dont on pourra difficilement dire, avec cela, qu’il était un dictateur) voulait y placer un membre de l’opposition pour que ce contrôle fût plus "sincère" et efficace, en tout cas, plus en rapport avec la fonction de s’opposer aux décisions gouvernementales.

Mais en nommant Didier Migaud à la présidence de la HATVP, Emmanuel Macron a rendu vacante la Première Présidence de la Cour des Comptes, réalité fâcheuse d’autant plus étrange qu’elle était prévisible (puisque c’était une autre nomination présidentielle qui l’a rendue vacante) et que cela a eu lieu lors de la publication du rapport annuel (qui fut ainsi présenté le 25 février 2020 par Sophie Moati, assurant l’intérim depuis le 29 janvier 2020 en tant que doyenne des présidents de chambres).

Si Pierre Moscovici a toutes les compétences pour occuper la fonction (j’y reviens plus loin), je trouve cette nomination désolante car elle symbolise un véritable retour à "l’ancien monde", et même, le "pire" ancien monde puisque c’est un retour à la Hollandie (rappelons que François Hollande n’a pas jugé utile de remplacer Didier Migaud qui lui était pourtant politiquement proche).

Que le Premier Président de la Cour des Comptes soit un responsable politique d’importance nationale, ancien ministre, etc., n’est certes pas nouveau et le poste est même souvent apparu comme une voie de garage on ne peut plus prestigieuse pour des anciens ministres ambitieux sans avenir, et c’était d’autant plus facile que certains, énarques dans la botte, étaient déjà dans ce grand corps de l’État qu’est la Cour des Comptes (les jeunes loups ambitieux sortis de l’ENA et ayant le choix, comme Jacques Chirac et François Hollande, ont toujours choisi la Cour des Comptes car… cela leur donnait du temps pour leurs activités politiques !).

Les exemples d’ancien ministre en fin de carrière sont nombreux et toutes couleurs confondues, et François Mitterrand a généralisé le principe : Lucien Paye du 19 janvier 1970 au 25 avril 1972, André Chandernagor du 7 décembre 1983 au 8 octobre 1990, Pierre Arpaillange du 8 octobre 1990 au 10 mars 1993, Pierre Joxe du 10 mars 1993 au 8 mars 2001 et Philippe Séguin du 21 juillet 2004 au 7 janvier 2010.

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Oui, Pierre Moscovici a toutes les qualifications techniques pour devenir le prochain Premier Président de la Cour des Comptes, d’autant plus qu’il est originaire de ce corps (qu’il a réintégré après la fin de 2019) puisqu’il y était conseiller-maître après sa sortie de l’ENA. À 62 ans, ce sera évidemment un (nouveau) bâton de maréchal (inespéré) pour un socialiste on ne peut plus velléitaire.

Après l’échec des socialistes en 2007, il avait quand même laissé planer son ambition, celle de devenir premier secrétaire du PS, puis d’être le candidat du PS à l’élection présidentielle. Cette ambition a toujours plané… Certes, il a eu une "belle" trajectoire politique : conseiller général du Doubs de mars 1994 à mars 2001, conseiller régional de Franche-Comté de mars 1997 à mars 12004, député européen (donc élu sur une liste) de juin 1994 à juin 1997 puis de juin 2004 à juin 2007, élu député du Doubs en juin 1997, battu en juin 2002, élu en juin 2007 et juin 2012, Pierre Moscovici a eu une carrière politique relativement classique.

Proche d’Alain Krivine et se rapprochant du PS par Dominique Strauss-Kahn durant ses études (DSK était son prof), haut fonctionnaire, avocat, maître de conférences, Pierre Moscovici est un bon représentant de la Hollandie triomphante, social-libéral, pro-européen, mais qui a fait plus de tort à l’Europe que bien des antieuropéens. Nommé Ministre des Affaires européennes dans le gouvernement de Lionel Jospin du 4 juin 1997 au 6 mai 2002, puis (une première consécration) Ministre de l’Économie et des Finances dans les gouvernements de Jean-Marc Ayrault du 16 mai 2012 au 31 mars 2014 sur la lancée de l’élection de François Hollande à l’Élysée, Pierre Moscovici a choisi la sécurité en demandant et obtenant de François Hollande le très stable poste de commissaire européen du 1er novembre 2014 au 30 novembre 2019. Il était chargé des Affaires économiques et financières, de la fiscalité et de l’Union douanière dans la Commission Européenne présidée par Jean-Claude Juncker.

J’ai écrit assez sévèrement plus haut qu’il avait beaucoup de tort à l’Europe et à l’idée européenne (bien qu’il fût président du Mouvement européen pour la France de 2005 à 2006) car, commissaire européen, Pierre Moscovici a montré une arrogance de la technostructure bruxelloise contre son propre pays (à croire qu’il n’est pas très patriote), une arrogance qui ne pouvait que renforcer le camp des antieuropéens (ce qui fut le cas à l’élection présidentielle qui a suivi). Arrogance mais aussi ingratitude puisque son rôle était de blâmer celui-là même qui l’avait nommé…

Ce fils de l’un des grands théoriciens de l’écologie politique disparu il y a un peu plus de cinq ans a été assez malin (comme Laurent Fabius bombardé à la Présidence du Conseil Constitutionnelle en février 2016 pour neuf ans) puisque pendant que ses camarades socialistes se faisaient hara-kiri lors des élections législatives de juin 2017, lui avait préservé son poste et en gagne maintenant un autre prestigieux.

Pourtant, les candidats ne manquaient pas à ce poste si difficilement pourvu par l’Élysée. On parlait de Nicolas Belloubet, l’actuelle Garde des Sceaux dont la compétence politique reste encore à prouver. Son nom circulait probablement pour libérer le Ministère de la Justice, car de profession constitutionnaliste, je peine à y voir quelques compétences dans le contrôle des finances publiques. Et sa nomination aurait, comme pour Pierre Moscovici, peu à voir avec celle d’un membre de l’opposition visant à réellement contrôler l’action du gouvernement.

Quand j’écris "contrôler l’action du gouvernement", soyons bien clairs : le contrôle de l’action du gouvernement est réservé politiquement au Parlement, mais la Cour des Comptes, comme le rappelle l’article 47-2 de la Constitution, contribue à ce contrôle sur le plan technique (et pas politique).

Or, dans l’opposition actuelle, il y avait beaucoup de personnalités tout à fait capables d’être nommées à ce poste stratégique : des députés LR spécialistes des finances publiques comme Gilles Carrez ou l’ancien ministre Éric Woerth, actuel président de la commission des finances (heureusement toujours d’opposition), éventuellement Valérie Rabault. Présidente du groupe PS à l’Assemblée Nationale, depuis le 11 avril 2018, cette députée du Tarn-et-Garonne fut rapporteuse générale du budget d’avril 2014 à juin 2017, a même réalisé une saisie sur pièce et sur place à Bercy le 12 juin 2014 et a refusé d’entrer au gouvernement de Manuel Valls pour garder son indépendance (j’imagine son tempérament en acier trempé face à d’éventuelles pressions).

Mais je pense que le meilleur candidat aurait été le député centriste Charles de Courson, qui, par l’ENA, est (lui aussi) un magistrat à la Cour des Comptes et a défendu depuis sa première élection en mars 1993 le principe de l’intégrité des dépenses publiques (se souvenir avant tout que l’argent public est l’argent de tous les citoyens qu’on doit dépenser avec gravité et modération).

En nommant finalement Pierre Moscovici à la Première Présidence de la Cour des Comptes, Emmanuel Macron renoue avec son ancienne Hollandie qu’il avait quittée le 30 août 2016. On est loin de ses élans du "nouveau monde"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Débat Bruno Le Maire vs Pierre Moscovici le 14 novembre 2011 sur France 2.
Pierre Moscovici.
Didier Migaud.
François Hollande.
Laurent Fabius.
Dominique Strauss-Kahn.
Lionel Jospin.
Manuel Valls.
Christiane Taubira.
Jean-Marc Ayrault.
Jean-Yves Le Drian.
Bernard Cazeneuve.
Ségolène Royal.
Martine Aubry.
Bertrand Delanoë.
Claude Bartolone.
Michel Sapin.
Jérôme Cahuzac.
Anne Hidalgo.
Delphine Batho.
Nicole Bricq.
Audrey Azoulay.
Christophe Caresche.
Myriam El-Khomri.
Najat Vallaud-Belkacem.
Geneviève Fioraso.
Jean-Christophe Cambadélis.
Harlem Désir.
Jean-Pierre Jouyet.
Yann Galut.
Jean-Vincent Placé.
Cécile Duflot.
Olivier Faure.
Aurélie Filippetti.
Arnaud Montebourg.
Jean-Pierre Bel.
François Rebsamen.
Valérie Trierweiler.
Benoît Hamon.
Vincent Peillon.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-moscovici-a-la-tete-de-la-224835

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 14:54

Né le 26 novembre 1935 dans la Creuse, Georges Sarre fut un postier et militant socialiste dès 1964. Proche de Jean-Pierre Chevènement, il a rejoint François Mitterrand en 1971. Élu conseiller de Paris de 1971 à 2014 (président du groupe PS au conseil de Paris de 1977 à 1993 puis président du groupe MRC au conseil de Paris de 2001 à 2008), il fut élu député européen de 1979 à 1981, puis député de Paris de 1981 à 2002, maire du 11e arrondissement de 1995 à 2008 et adjoint au maire de Paris chargé de la sécurité et de la prévention de 2008 à 2010. Enfin, il fut nommé par François Mitterrand au gouvernement, comme Secrétaire d'État chargé des Transports routiers et fluviaux du 14 mai 1988 au 29 mars 1993, avant d'être président du parti chevénementiste du 9 juin 2001 au 12 mai 2002 (Mouvement des citoyens) puis du 28 novembre 2004 au 22 juin 2008 (MRC).

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190131-georges-sarre.html


 

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3 septembre 2018 1 03 /09 /septembre /2018 11:52

« Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ! » (Jean-Pierre Chevènement, en mars 1983).



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L’ancien député européen franco-allemand Daniel Cohn-Bendit avait été approché par un proche du Président Emmanuel Macron (Christophe Castaner, pour ne rien cacher) dans la perspective d’une nomination au Ministère de l’Écologie, pour succéder à Nicolas Hulot. Au contraire de Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit est un grand animal politique, et en plus, au contraire de Nicolas Hulot, en intégrant le gouvernement, Daniel Cohn-Bendit n’aurait pas retourné sa veste car il avait soutenu la candidature d’Emmanuel Macron dès le mois de mars 2018, bien avant le premier tour (et donc, bien avant Édouard Philippe, Bruno Le Maire, etc. qui, en principe, soutenaient encore la candidature de François Fillon). Il a ainsi participé à un meeting le 19 avril 2017 à Paris.

Daniel Cohn-Bendit ministre, ça aurait eu de la gueule ! Car il n’a jamais été un "productif", enfin, je veux dire, un "exécutif" dans sa (longue) carrière politique. C’est un électron libre (mais il y en a d’autres) et surtout, une sorte d’extraterrestre dans le microcosme politique français (selon l’expression barrienne). Daniel Cohn-Bendit a eu une longue carrière au Parlement Européen, vingt années, de juin 1994 à juin 2014, élu alternativement en France et en Allemagne, et fut même, entre le 8 janvier 2002 et le 30 juin 2014, le coprésident du groupe des Verts au Parlement Européen, ce qui donne l’importance politique de l’homme au sein du paysage politique européen.

Pour être exact, le seul mandat exécutif qu’il a eu fut à Francfort, comme adjoint au maire chargé des affaires multiculturelles (dans une municipalité remportée par les sociaux-démocrates sur les démocrates-chrétiens) de 1989 à 1997. Ce fou de football (entre autres) est l’un des personnages politiques les plus durablement présents dans les médias en France car il fut l’un des acteurs du mouvement de Mai 1968 (à l’âge de 23 ans : il a maintenant 73 ans).

Comme Emmanuel Macron, Daniel Cohn-Bendit adore les débats contradictoires. Il adore exposer ses idées, écouter celles des autres, les contester, argumenter, imaginer, innover. Il a mille idées et sait les exprimer de manière simple et efficace. Lorsqu’il fut tête de liste aux européennes le 7 juin 2009 dans la circonscription d’Île-de-France, il a gagné 4 sièges, se plaçant en deuxième position derrière la liste UMP conduite par Michel Barnier, avec 20,9% des voix, soit la moitié de plus que les voix recueillies par la liste des socialistes (pourtant dans l’opposition et donc, favorisés pour un tel scrutin). Nationalement, les listes des écologistes, dont le leadership de Daniel Cohn-Bendit n’était pas seulement régional mais national, ont obtenu 16,3%, c’est-à-dire à égalité avec les listes socialistes.

Donc, il y a neuf ans, Daniel Cohn-Bendit a eu un test grandeur nature sur sa valeur électorale : autour de 16% au niveau national (autour de 20% si l’on ne regarde que l’Île-de-France). D’ailleurs, les autres élections européennes, avant et après, ont donné des scores nettement plus faibles aux écologistes, ce qui montre, au-delà des explications des circonstances politiques du moment, une valeur ajoutée incontestable de l’ancien leader étudiant.

On se demande alors pourquoi il n’a pas cherché, en 2012 ou en 2017, à devenir candidat à l’élection présidentielle. Parce que justement, c’est un extraterrestre. Il déteste le principe qui veut que toute la vie politique soit centrée sur l’élection présidentielle. Il est contre le principe de l’élection présidentielle (il veut un régime uniquement parlementaire). Pourtant, c’est sûr qu’il aurait fait un tabac. Peut-être ne serait-il pas monté au-delà de 10% des voix (ce qui est déjà considérable, Jean-Pierre Chevènement en sait quelque chose), mais il aurait polarisé la campagne présidentielle au coup sûr, par ses propres thèmes.

Du reste, il ne pouvait pas se présenter à l’élection présidentielle jusqu’à très récemment : ce n’est qu’en 2015 qu’il a obtenu la nationalité française. Il aurait pu l’obtenir bien auparavant (rappelons que le gouvernement de Georges Pompidou l’avait expulsé vers l’Allemagne) mais il ne voulait pas vraiment la demander, j’imagine pour s’empêcher de succomber à quelques tentations.

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En ne se représentant pas aux européennes en 2014 (après un si beau score en 2009), Daniel Cohn-Bendit avait décidé de prendre sa retraite en politique. Et pourtant, il est toujours là, parlant, expliquant, proposant, s’émouvant, écoutant, dialoguant. Dans les médias, bien sûr. Et il fut d’ailleurs l’un des plus médiatiques soutiens d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017 (avec François Bayrou et Manuel Valls).

Quand Nicolas Hulot a démissionné le 28 août 2018, Daniel Cohn-Bendit était naturellement pointé du doigt : ne remplace pas Hulot un simple sous-ministre de gare. Il faut une grande gueule médiatique pour défendre la transition écologique. Daniel Cohn-Bendit avait tout pour lui, tout pour prendre la relève, tout pour prendre, enfin, ses responsabilités. Ne plus être le contestataire mais l’acteur. Ne plus critiquer ou proposer, mais agir, décider, impulser.

Le 2 septembre 2018, il a vite mis fin aux rumeurs en annonçant qu’il a refusé le challenge après une longue discussion dominicale avec Emmanuel Macron. Soit dit en passant, jamais une nomination de ministre n’a été aussi transparente. Mais le fait de savoir que Daniel Cohn-Bendit avait été contacté pour le poste laissait déjà entrevoir un refus (peut-être inconscient) de sa part. On imagine mal un futur ministre annoncer sa nomination avant le communiqué classique de l’Élysée (encore que Frédéric Mitterrand avait grillé la politesse à Nicolas Sarkozy de quelques heures).

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Sur LCI ce dimanche 2 septembre 2018, Daniel Cohn-Bendit a expliqué plusieurs choses. Pourquoi l’a-t-on su ? Parce qu’un journaliste du journal "Le Monde" lui avait posé une question simpliste et au lieu de ne pas répondre, il s’est senti obligé d’expliquer un peu plus profondément les choses, de clarifier, et donc, de confirmer ses premiers contacts. Un ministre doit pourtant savoir cultiver le non-dit, la discrétion, le secret voire l’opacité.

Mais surtout, il a expliqué pourquoi il a refusé. Il a d’abord expliqué qu’il s’est senti responsabilisé. Que c’était le moment ou jamais de prendre ses responsabilités. Qu’on ne pouvait pas toujours parler dans le désert et que lorsque l’occasion d’appliquer ses idées survenait, il fallait la saisir. Ses mots :  « J'étais divisé, je me suis dit : c'est le bon moment. (...) Pour la première fois de ma vie, je me suis dit "pourquoi pas ?". ». Il a cependant trouvé trop d’obstacles à sa propre personnalité pour s’imaginer ministre.

D’une part, il ne peut s’imaginer, lui, le roi du libertaire, dans le rôle pompeux sinon péteux de monsieur le ministre, sans compter qu’à 73 ans, on peut envisager de vivre sa vie avec le moins de stress possible et sereinement auprès de ses proches. D’autre part, il a imaginé qu’il ne pourrait jamais la boucler, qu’il ne pourrait jamais "fermer sa gueule", selon la célèbre expression chevènementielle, et il sait que s’il ne la bouclait pas, cela deviendrait vite impossible pour le gouvernement.

Au lieu de devoir démissionner à la première contrariété, c’est-à-dire à la première ou seconde semaine d’exercice (comme ce fut le cas avec Jean-Jacques Servan-Schreiber sous Valéry Giscard d’Estaing à propos des essais nucléaires et du professeur Léon Schwartzenberg sous François Mitterrand à propos de la dépénalisation du cannabis), Daniel Cohn-Bendit a préféré ne pas écouter son orgueil au profit de sa liberté de penser et de rigoler.

Donc, pas de Ministère de l’Écologie. Daniel Cohn-Bendit renonce au pouvoir et garde juste le ministère de la parole. Ce qui, à mon sens, est dommage pour la France. Car Daniel Cohn-Bendit a une telle énergie, une telle force de conviction, une telle puissance à débattre, qu’il aurait été excellent dans le rôle du pouvoir. Il aurait pu convaincre des ministres récalcitrants et même un Président de la République qui a bien pressenti que l’écologie, dont il se moquait pendant la campagne présidentielle, serait sans doute l’élément clef pour donner un sens à son mandat et à celui de ses successeurs.

Daniel Cohn-Bendit était sans doute prêt à faire l’impossible, parce qu’il en a la force, mais aussi la volonté, comme il l’avait proclamé devant ses amis écologistes le 10 mars 2010 au Cirque d’hiver à Paris : « Je ne veux pas que l’on demande aux gens : "d’où viens-tu ?", mais je veux qu’on leur demande : "où veux-tu aller avec nous ?". L’imagination, c’est justement ça : mettre ensemble, faire l’impossible ! L’impossible, c’est justement ça qui nous met en avant. ». Mais il n’était pas prêt à sacrifier sa joie de vivre. Il n’en a pas eu le courage. Dommage…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Daniel Cohn-Bendit.
La retraite en 2014 ?
Nicolas Hulot.
François de Rugy.
Yannick Jadot.
La primaire EELV d’octobre 2016.
La primaire EELV de juin 2011.
Le retour des écolos au gouvernement.
Les écologistes et le TSCG.
Les écolo-pastèques.
Le cannabis chez les écologistes.
Cécile Duflot.
Jean-Vincent Placé.
Véronique Massonneau.
Eva Joly.
Stéphane Hessel.
Corinne Lepage.
Édouard Philippe.
Patrick Strzoda.
Alexandre Benalla.
Emmanuel Macron et l’État-providence.
Emmanuel Macron assume.
La réforme des institutions.
Protégeons la Ve République !

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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 01:22

« Monsieur le Président, mesdames, messieurs les députés, j’ai l’honneur, au nom du gouvernement de la République, de demander à l’Assemblée Nationale l’abolition de la peine de mort en France. » (1981).


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Ces quelques mots introductifs, pleins d’émotion, furent prononcés par Robert Badinter le jeudi 17 septembre 1981 dans l’hémicycle silencieux de l’Assemblée Nationale. Il venait d’être nommé, le 23 juin 1981, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, et fut chargé par le Président de la République François Mitterrand, élu le 10 mai 1981, de faire adopter l’abolition de la peine de mort.

Robert Badinter fête ce samedi 30 mars 2019 son 91e anniversaire. Il est né le 30 mars 1928 dans le 16e arrondissement de Paris. Il est d’abord un avocat, et c’est parce qu’il était avocat qu’il est devenu l’un des défenseurs les plus emblématiques de l’abolition de la peine de mort en France. Ce n’est qu’au début des années 1970 qu’il en a fait un combat personnel et professionnel. Avocat, il a sauvé, aux assises de Troyes, la tête de l’assassin Patrick Henry, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 20 janvier 1977 (en évoquant devant les jurés « le bruit que fait la lame qui coupe un homme vivant en deux »), mais auparavant, il n’avait pas réussi à sauver la tête de Roger Bontems, condamné à mort le 29 juin 1972 et exécuté le 28 novembre 1972. C’était la conception même de la peine de mort qu’il rejetait, que les condamnés soient coupables ou innocents.

Robert Badinter n’a pas l’approche très facile. Il fait partie de ces personnes à la gravité permanente au cœur, comme Simone Veil et d’autres. Il n’est pas dans la légèreté de l’être et de la vie. La cause ? Probablement la tragédie qui a traumatisé définitivement l’adolescent qu’il était : la Shoah. Son père fut arrêté à Lyon le 9 février 1943 et quitta le camp de Drancy le 25 mars 1943. Il n’est jamais revenu d’un camp d’extermination situé en Pologne. L’ado de 15 ans, son frère et leur mère se sont réfugiés à Chambéry jusqu’à la fin de la guerre pour fuir les persécutions antisémites.

Diplômé de lettres et de droit, une thèse sur le droit civil américain après un séjour à l’Université américaine de Columbia en 1949, également agrégé de droit, il fut à la fois avocat et professeur de droit. Grand bourgeois, marié d’abord avec une star du cinéma des années 1950, Anne Vernon (95 ans), puis avec la philosophe Élisabeth Bleustein-Blanchet (75 ans), fille du fondateur de Publicis dont il était le défenseur (le couple fait partie des plus grosses fortunes de France), Robert Badinter s’est senti politiquement proche de la social-démocratie (progrès social et respect du droit), admirateur de Pierre Mendès France et fidèle de François Mitterrand (dès les années 1960) qu’il a suivi par fidélité à la Convention des institutions républicaines (le club mitterrandien) puis au Parti socialiste.

Dans les années 1970, Robert Badinter embaucha Laurent Fabius pour l’aider à rédiger un ouvrage, et l’a recommandé chaudement à François Mitterrand. Après la victoire de la gauche, c’était donc normal que lui, l’un des deux avocats du nouveau Président, allât devenir un acteur majeur. Insistons cependant sur le fait qu’il n’avait aucune prédestination à devenir Ministre de la Justice.

Au contraire, le radical Maurice Faure, ancien compagnon de route de François Mitterrand sous la Quatrième République, avait été nommé Ministre d’État, Ministre de la Justice le 21 mai 1981, dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy, et cela aurait donc dû être ce dernier qui devait faire adopter l’abolition de la peine de mort. Dilettante et préférant rester tranquillement dans sa province, Maurice Faure a préféré démissionner au bout d’un mois, si bien que Robert Badinter fut le second choix de François Mitterrand pour ce poste hautement symbolique. D’ailleurs, François Mitterrand a mis longtemps avant d’être convaincu qu’il fallait abolir la peine de mort, lui qui refusa des grâces à l’époque de la guerre d’Algérie : « Il n’a pas été un militant de l’abolition, c’est sûr. Je ne me souviens pas d’avoir eu la moindre discussion philosophique ou morale avec lui à ce sujet. » ("L’Abolition", éd. Fayard, 2001).

J’ai évoqué deux avocats de François Mitterrand. L’autre avocat, c’était bien sûr Roland Dumas, qui a eu, lui aussi, une belle carrière ministérielle sous François Mitterrand. Selon un ami de l’ancien Président : « François Mitterrand avait deux avocats : Badinter pour le droit, Dumas pour le tordu. ».

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Ministre de la Justice du 23 juin 1981 au 19 février 1986, Robert Badinter fut nommé Président du Conseil Constitutionnel par François Mitterrand du 4 mars 1986 au 4 mars 1995. Lorsqu’il a été nommé à ce poste suprême dans l’échelle judiciaire française, son prédécesseur direct, Daniel Mayer, un ancien responsable socialiste et ancien résistant, nommé trois ans auparavant à la Présidence pour neuf ans, avait démissionné de son mandat de Président tout en restant simple membre, pour laisser la place à Robert Badinter, un arrangement voulu par François Mitterrand qui, après sa réélection et la nomination de Roland Dumas en 1995, lui aurait permis (sans les affaires judiciaires de ce dernier) de contrôler la Présidence du Conseil Constitutionnel pendant vingt et un ans, de 1983 à 2004, soit huit ans après sa disparition (en fait, Roland Dumas a dû démissionner en 2000).

Donc, une nomination entachée de suspicion de népotisme mitterrandien que Bertrand Le Gendre, dans un article du journal "Le Monde" le 21 février 1986, exprimait ainsi : « Partial, lui ? Le soupçon sera son fardeau, longtemps, quoi qu’il fasse. On ne dissipe pas une telle interrogation à coups d’affirmations, mais on peut questionner le passé, soupeser une action, évaluer un homme. Et se convaincre que le Président de la République a promu le moins politicien de ses ministres, le meilleur de ses amis et le plus scrupuleux de ses compagnons de routes. Une telle brassée d’éloges peut évidemment se lire autrement : ministre, ami du Président et fidèle de toujours. ».

Eh oui, Robert Badinter n’est pas un "politicien". Pour tout dire, il n’a jamais rien compris à la politique, aux compromissions entre la forme et le fond. Lui, le juriste rigoriste, l’incorruptible intellectuel, n’était pas du genre à faire des promesses d’après-banquet. Résultat, sa seule élection sur son nom, il l’a perdue aux élections législatives de mars 1967. Il a renoncé alors à faire de la politique, mais par François Mitterrand, ce fut la politique qui a fait du Badinter, au point qu’après les renonciations économiques de la gauche socialiste, il devenait une valeur morale permettant de redorer un PS en perte de vitesse électorale et en effondrement idéologique.

Ainsi, son seul siège électif, il l’a dû uniquement au PS et au scrutin proportionnel puisqu’il fut sénateur des Hauts-de-Seine pendant deux mandats, de septembre 1995 à septembre 2011 (candidat tête de liste élu le 24 septembre 1995 et réélu le 26 septembre 2004). Sénateur, Robert Badinter s’est illustré comme le seul socialiste à avoir défendu la loi qui interdisait le port de la burqa dans l’espace public, initiée conjointement par Nicolas Sarkozy (Président de la République) et Jean-François Copé (président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale).

Son action nationale la plus importante, Robert Badinter la fit pendant quatre ans et sept mois quand il était Place Vendôme, à la Justice. Là encore, il refusait de sombrer dans la démagogie qui voudrait qu’après chaque fait-divers émouvant, une nouvelle loi plus répressive soit proposée au parlement : « Les textes inutilement répressifs mais politiquement exploitables, je les refuserai toujours parce que ces textes impliquent le refus de rédemption, du salut toujours possible, parce qu’ils méconnaissent l’inspiration même du message judéo-chrétien sans lequel notre civilisation serait spirituellement morte. Et puis, socialement, ces textes expriment une certaine conception des "couches dangereuses" de la population, c’est-à-dire des marginaux, les jeunes sans travail, les déviants, et aussi certains immigrés, bref, tous ceux qu’il faudrait, au regard de leur dangerosité supposée, surveiller et inévitablement punir plus que les autres. Ce pessimisme humain et cette ségrégation sociale, je les refuse également. » (Interview au journal "Le Monde" au printemps 1983, cité par Bertrand Le Gendre).

Près d’un quart de siècle plus tard, il récidivait contre cette multiplication des textes. Dans "Le Monde" du 8 septembre 2007, Robert Badinter insistait sur le rôle de la justice : « La justice pénale doit impérativement prendre en compte les intérêts de la victime, assurer le respect de ses droits et de la réparation des préjudices subis. (…) Mais il faut rappeler que la justice pénale n’a pas pour mission d’être une thérapie de la souffrance des victimes. Elle a une fonction répressive, dissuasive et expressive, car elle exprime les valeurs de la société. Mais elle ne saurait avoir une finalité thérapeutique. Il existe des systèmes judiciaires, notamment anglo-saxons, qui n’admettent pas la victime comme partie dans le procès pénal, la réparation de son préjudice étant assurée par les juridictions civiles. (…) La multiplication des lois, sans chercher à s’assurer de leur efficacité, engendre un désordre législatif préjudiciable. Trop de lois nuisent à la loi. Quel bilan a-t-on fait de l’ensemble de ces textes ? Quelle a été l’efficacité de leurs dispositions ? On est entré dans un système où la loi devient un mode de communication politique. Mieux vaudrait s’assurer de sa mise en œuvre. ».

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On a souvent dit que Robert Badinter était la "conscience de la gauche". C’est par exemple à ce "titre" (très informel) qu’il a participé un colloque à la Sorbonne pour retracer la vie de Jean Jaurès lors du centenaire de son assassinat. Je trouve cette formulation un peu trop exclusive, car tout le monde s’en moque que la gauche ait une conscience ou pas. En revanche, une conscience nationale, une conscience de la France, assurément oui, il l’est, car juriste, il fut aussi, en même temps, historien et acteur de la République, et l’une des meilleures illustrations de la manifestation de cette conscience, c’est lorsqu’il a déclaré, lors du soixante-quinzième anniversaire de la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus célébré en grandes pompes à la Cour de cassation en octobre 1981 : « Chaque fois que renaît en France la vieille propension à subordonner le droit au pouvoir (…), l’affaire Dreyfus est rouverte. » (cité par Bertrand Le Gendre).

Robert Badinter l’a montré aussi lorsqu’il s’est fermement opposé à la rétention de sûreté. Au Sénat, il l’a exprimé ainsi lors de la séance du 30 septembre 2008 : « La rétention de sûreté, parce qu’elle quitte le terrain assuré des faits pour le diagnostic aléatoire de la dangerosité criminologique, ne peut que méconnaître les principes dans lesquels s’enracine la justice de liberté. En réalité, au nom d’un principe de précaution élargi à la justice criminelle, une décision de justice maintiendra en détention, dût-on qualifier celle-ci de "thérapeutique", des êtres humains auxquels aucune infraction n’est imputée, simplement de crainte qu’ils n’en commettent une nouvelle. Depuis le temps de la Révolution, on enseigne dans nos universités, je l’ai enseigné moi-même à des générations d’étudiants, et j’en tire fierté, que mieux vaut un coupable en liberté qu’un innocent en prison. ».

Cette logique d’élimination de la rétention de sûreté existait évidemment avec la peine de mort. Dans son discours du 17 septembre 1981 devant les députés, Robert Badinter rappelait cette idée : « La vérité est que, au plus profond des motivations de l’attachement à la peine de mort, on trouve, inavouée le plus souvent, la tentation de l’élimination (…). Ainsi, dans cette conception, la justice tuerait moins par vengeance que par prudence. Au-delà de la justice d’expiation, apparaît donc la justice d’élimination, derrière la balance, la guillotine. L’assassin doit mourir tout simplement parce que, ainsi, il ne récidivera pas. Et tout paraît si simple, et tout paraît si juste ! ».

Il a montré aussi sa défense des droits lorsqu’il a donné sa position sur la castration chimique des prédateurs sexuels (faisant référence à la loi n°2007-1198 du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive) : « La castration est une mutilation irréversible de l’homme contraire à nos valeurs et aux principes de notre droit. Ce dont on parle, c’est d’un traitement hormonal destiné à réduire la libido. Il ne peut être administré qu’avec le consentement du sujet et doit être réversible. » ("Le Parisien" du 22 novembre 2009).

Certes, Philippe Bilger, dans son blog, a un peu ironisé, le 7 janvier 2008, sur "saint Badinter" en écrivant sans ménagement : « Homme politique, il a fait des choix, les uns bons, les autres mauvais. De sa bouche ne sont pas sorties que des paroles d’Évangile. Mais il demeure paré d’une sorte d’impartialité absolue, comme un Sage qu’on ne devrait écouter que pétrifié de respect. Militant, il bénéficie du crédit qu’on attache à qui ne l’est pas. Intellectuel, il jouit de la considération qu’on offre à l’engagement. Jouant sur les deux registres, il campe une position inexpugnable. Confortable. Je regrette, mais, pour moi, il n’est pas saint Badinter. ».

Au-delà de la morale et du droit, Robert Badinter reste aujourd’hui encore une personnalité qui compte dans le paysage politique, toujours présente et pas seulement dans le domaine juridique, mais aussi dans le domaine économique et social. Ainsi, le Premier Ministre Manuel Valls l’avait chargé le 24 novembre 2015 d’une mission sur la réforme du code du travail. Le rapport Badinter du "comité chargé de définir les principes essentiels du droit du travail" a été remis à Matignon le 25 janvier 2016 (on peut le télécharger ici).

De même, il participe au débat public dans le domaine sociétal, puisque Robert Badinter, tout comme son épouse Élisabeth Badinter, s’oppose au principe de l’euthanasie autant qu’au principe de la peine de mort, pour la même raison : « Le droit à la vie est le premier des droits de l’homme (…) constituant l’un des fondements contemporains de l’abolition de la peine de mort. » (audition du 16 septembre 2008 devant la mission Leonetti).

Robert Badinter n’est pas un saint, évidemment, il peut faire des erreurs comme tout le monde, il peut se tromper comme tout le monde, mais au moins, ce qu’il dit est rigoureux, suit une ligne cohérente, celle du droit, n’est influencé ni par la politique, ni par la posture ni encore moins par la communication. En ce sens, sa parole garde sa valeur intellectuelle et morale dans ces temps accélérés et troublés où la pensée est désormais réduite à quelques mots sur Twitter, si ce n’est à un unique smiley…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

"La conscience de la gauche", article de Bertrand Le Gendre paru dans "Le Monde" le 21 février 1986.

Rapport Badinter sur les principes essentiels du droit du travail, le 25 janvier 2016 (à télécharger).
Débat parlementaire du 17 septembre 1981 sur l’abolition de la peine de mort (compte-rendu à télécharger).
Robert Badinter.
L’affaire Patrick Henry.
Robert Badinter et la burqa.
L’abolition de la peine de mort.
La peine de mort.
François Mitterrand.
François Mitterrand et l’Algérie.
Roland Dumas.

_yartiBadinterRobert01


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180330-robert-badinter.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/29/37216556.html



 

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 02:22

Les adhérents du PS ont voté pour l'élection du premier secrétaire du PS ce jeudi 15 mars 2018 de 17 heures à 22 heures dans les 3 200 sections locales de France. Un second tour était envisagé pour le jeudi 29 mars 2018 mais en raison du désistement de Stéphane Le Foll annoncé au cours de sa conférence de presse du 16 mars 2018 au matin, Olivier Faure est assuré d'être désigné premier secrétaire du PS le 7 avril 2018 à Aubervilliers.

Résultats annoncés le 16 mars 2018 :

Nombre de votants : 37 014

Olivier Faure : 48,56%
Stéphane Le Foll : 26,10%
Emmanuel Maurel : 18,98%
Luc Carnouvas : 6,36%

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180307-parti-socialiste.html

Mathématiques militantes :
http://0z.fr/Ey0rS

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180315-vote-ps.html

 

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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 01:42

« Nous devons changer en ayant notre manière de nous opposer, en proposant. » (Olivier Faure, sur LCI le 7 mars 2018).


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On se souvient que le candidat malheureux à l’élection présidentielle, François Fillon, avait appelé Emmanuel Hollande son concurrent Emmanuel Macron, pour dire que voter pour lui revenait à voter pour le Président sortant. Heureusement pour la France, la suite a montré qu’il n’en était rien et qu’Emmanuel Macron n’était pas François Hollande.

Sur les téléviseurs, les rares Français intéressés par ce qu’il se passe encore au Parti socialiste ont dû découvrir ce mercredi 7 mars 2018 sur LCI un nouvel Emmanuel Hollande. Sans doute jugerait-il, ce dernier, scandaleux d’être assimilé au Président sortant car s’il était effectivement membre du parti présidentiel pendant le quinquennat précédent, il faisait aussi partie de ce groupe assez inefficace appelé "les frondeurs".

Les "frondeurs", c’étaient des élus socialistes qui étaient les alliés tacites de Jean-Luc Mélenchon en sabotant par l’ultra-gauche l’action du gouvernement socialiste. Je n’ai jamais compris comment la direction du PS a pu laisser passer aussi peu de solidarité gouvernementale au sein du parti majoritaire. Pas qu’il faille absolument des élus godillots (le libre-arbitre est l’un des piliers de la démocratie française, en l’absence de mandat impératif), mais parce qu’il faut un minimum de cohérence quand on est dans l’engagement politique. Autrement dit, pourquoi ces "frondeurs" sont-ils donc restés au Parti socialiste ? Et question subsidiaire : pourquoi n’ont-ils pas été virés du Parti socialiste ?

La réponse à la première question, c’est que ce PS, tout critiqué soit-il, est un foyer confortable, doux et chaud pour ceux qui ont voulu faire de la politique leur profession. Ainsi, Emmanuel Maurel a largement bénéficié de son appartenance au PS, qu’il déteste tant, pour se faire élire conseiller régional d’Île-de-France de mars 2004 (il avait 30 ans) à décembre 2015 (entre 2009 et 2014, vice-président du conseil régional) et député européen représentant …l’Ouest (parachutage contesté par ses camarades socialistes bretons) le 25 mai 2014 (avec l’objectif de se faire réélire l’année prochaine, en 2019).

Il faut savoir qu’au PS, l’appât du gain est essentiel : pour faire de la politique à plein temps, il faut une source de revenus et les mandats locaux ou nationaux ne manquent pas pour un grand parti (rappelons qu’en 2012, le PS avait conquis l’Élysée, Matignon, le gouvernement, l’Assemblée Nationale, le Sénat, la quasi-totalité des conseils régionaux, une bonne moitié des conseils généraux et de grandes villes comme Paris, Lyon, Strasbourg, Dijon, Lille, Nantes, Grenoble, etc.).

Rappelons aussi pour l’anecdote que la jeune ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem (40 ans), qui aurait pu le mieux synthétiser ce qu’est devenu le PS en 2018 (à savoir, une sorte de syndicat bobo à visées sociétales), a refusé de se présenter à la tête du PS (malgré quelques pressions amicales), car celle qui a échoué aux législatives à Villeurbanne voulait imposer sa candidature en tête de liste aux élections européennes de 2019 (avec donc la garantie d’être élue députée européenne) et surtout (on le dit moins), elle voulait que le poste de premier secrétaire du PS fût rémunéré (généralement, le premier secrétaire étant un élu, n’a pas besoin d’être rémunéré par ailleurs).

Il faut avoir accumulé une petite "fortune" (patrimoine) après une trentaine d’années de vie de sénateur (élu grâce à ses intrigues efficaces au sein du PS puisque l’élection se fait à la proportionnelle) et avoir un certain talent d’orateur pour pouvoir oser quitter le cocon douillet du PS (il en a mis du temps, quand même) comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon en novembre 2008.

C’est la réponse à la seconde question qui est mystérieuse : pourquoi les "frondeurs" n’ont-ils donc pas été exclus ? Imagine-t-on un député de la majorité voter contre un projet du gouvernement ? Bien sûr, il a le droit de ne pas être d’accord sur tout (le libre-arbitre, toujours, et la conscience politique de chaque parlementaire), mais dans ce cas, il a aussi le droit de quitter son groupe, d’aller voir ailleurs. Question de cohérence dans l’engagement politique…

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Ce nouveau candidat socialiste, j’ai parlé du représentant dit de "l’aile gauche" du PS, Emmanuel Maurel. Cela pourrait donc lui faire injure d’être comparé à François Hollande puisqu’il s’est opposé à peu près à tous les projets du Président issu pourtant de son parti. Avec un avantage : n’ayant pas été parlementaire national, il n’a pas eu à se prononcer, voter pour ou contre tels ou tels projets. Il est donc "neuf", ou plutôt, "vierge" de tout engagement parlementaire.

Non, la ressemblance, forcément frappante, avec le Président sortant, Emmanuel Maurel semble l’avoir alimentée sur son look, sur l’apparence. La même pose, le même crâne, le même regard imperturbable et surtout (et qu’on ne me dise pas qu’il n’en existe pas d’autres modèles), le même type de lunettes ! Avec le rire en moins. Le téléspectateur semblait ressentir qu’Emmanuel Maurel singeait François Hollande, comme François Hollande a voulu singer François Mitterrand entre août 2010 et mai 2012 (grâce à un sérieux entraînement avec deux comédiens, d’ailleurs ; la politique, toute une comédie !).

Emmanuel Maurel est peu connu du grand public même s’il n’est pas un novice de la politique (il n’a fait que cela). Il a même postulé contre Harlem Désir le 18 octobre 2012 pour devenir premier secrétaire du PS et avait obtenu 13,3%, battu par Harlem Désir (67,9%), mais devant Stéphane Hessel (11,8%), candidat quelques semaines avant sa mort, et Juliette Méadel (5,1%). Il était celui qui avait le plus à gagner de l’unique débat télévisé entre les quatre concurrents à la tête du PS, organisé par LCI (Arlette Chabot), "Le Figaro" (Guillaume Roquette) et RTL (Benjamin Sportouch) le 7 mars 2018 de 21 heures à 22 heures 30.

Replaçons le contexte.


La déconfiture des socialistes français (et européens)

Le contexte européen : d’abord en Grèce il y a déjà plus de cinq ans, puis en Espagne, en France, en Allemagne, en Autriche, dernièrement, en Italie, tous les partis sociaux-démocrates ont subi de cuisantes déconvenues électorales au point que leur propre existence est menacée. Les partis de centre droit sont arrivés à préserver leur existence, parfois même leur capacité à gouverner, mais ont dû faire face à une vague électorale qui a favorisé les partis marginaux généralement populistes et parfois extrémistes. Le cataclysme pour le PS s’inscrit dans cette tendance historique générale en Europe.

Le contexte français : le score de l’élection présidentielle, 6,4% au premier tour le 23 avril 2017, et seulement 30 sièges (sur les 278 sortants) à l’issue des élections législatives du 18 juin 2017. Il faut remonter à l’élection présidentielle de 1969 pour observer un plus mauvais score présidentiel, avec Gaston Defferre, qui a été cité par Emmanuel Maurel dans le débat télévisé, pour une réflexion adressée à François Mitterrand : « Si, à l’issue de votre septennat, les conditions de vie des Français les plus modestes ne sont pas améliorées, alors, le reste ne vaut pas. ».

Le Parti socialiste, dans son effroyable descente aux enfers avec sa débâcle désastreuse du printemps 2017, non seulement est en perte de vitesse, mais est déserté. Beaucoup ont quitté la vie politique comme Arnaud Montebourg, Thierry Mandon, Aurélie Filippetti, Jean-Marc Ayrault, Bernard Cazeneuve (à qui Élisabeth Guigou, elle-même en retraite, avait demandé de reprendre la direction du PS), etc. D’autres ont fui le PS, certains pour rejoindre plus ou moins ouvertement La République En Marche, comme Jean-Yves Le Drian, Gérard Collomb, Florence Parly, Nicole Belloubet, Alain Richard, Richard Ferrand, Christophe Castaner, Olivier Dussopt, ou encore plus timidement Manuel Valls, d’autres pour vivre sa propre destinée comme Benoît Hamon qui a fondé le 1er juillet 2017 son propre mouvement à écriture inclusive incluse (Génération.s).

Par ailleurs, la double défaite s’est soldée par une perte financière colossale : le financement public annuel est passé de 24,9 millions d’euros à seulement 7,6 millions d’euros. Cela a abouti à la nécessité de réduire la voilure et licenciant des permanents et en vendant le siège historique du PS, rue de Solferino, à deux pas du Musée d’Orsay, vente signée le 19 décembre 2017 pour 45,5 millions d’euros.


Décomposition à gauche

Tirant les leçons de l’échec, le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis (66 ans), battu dès le premier tour dans sa circonscription le 11 juin 2017 (avec seulement 8,6% des voix), a démissionné de la tête du PS le 30 septembre 2017 au profit d’une direction collégiale provisoire sous la houlette d’un "coordinateur national", Rachid Temal (presque 45 ans), élu entre temps sénateur du Val-d’Oise le 24 septembre 2017 après avoir été conseiller régional d’Île-de-France de décembre 2015 à octobre 2017.

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Le résultat, c’est que ce parti, qui a dominé le paysage politique depuis près de cinquante ans, au pouvoir pendant vingt ans (quatre quinquennats-législatures : François Mitterrand, Lionel Jospin et François Hollande), est en faillite idéologique, politique, électorale et financière. La question même de son existence est donc posée. Car à quoi sert le PS entre un grand rassemblement de centre gauche (LREM) qui a adopté la politique réaliste et sociale-libérale des socialistes depuis qu’ils sont au pouvoir, et cette ultra-gauche "insoumise" (Jean-Luc Mélenchon) qui a gardé l’idéologie ringarde et le discours creux et anachronique du marxisme ?

Le pire, et on l’a encore vu avec ce débat télévisé, encore aujourd’hui, à la taille si réduite, ils n’ont toujours rien compris, ils ne sont toujours d’accord sur rien ! La ligne de clivage est toujours au milieu du parti. On ne comprend pas que l’aile gauche ne poursuive pas son chemin sous d’autres cieux, avec les autres, ceux qui ont déjà quitté le PS (Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon) et que l’aile droite ne rejoigne pas Emmanuel Macron qui était pourtant l’un des leurs, comme l’a si bien rappelé Emmanuel Maurel : « Je pense qu’il n’a jamais été de gauche ou alors, peut-être quand il était lycéen et qu’il faisait du théâtre. Mais je pense que ça fait longtemps qu’il n’est plus de gauche. Entre nous, on aurait peut-être dû s’en douter plutôt que de lui donner systématiquement des responsabilités de plus en plus importantes. La vérité, c’est qu’Emmanuel Macron, c’est notre créature. Nous lui avons fait la courte échelle et aujourd’hui, on s’en mord les doigts. ».

Cette tirade d’Emmanuel Maurel sur Emmanuel Macron est quand même étonnante pour un membre du parti qui a mis au gouvernement justement le futur Président. Emmanuel Macron n’a pourtant jamais varié de discours, ni avant son élection, ni même avant sa candidature à l’élection présidentielle.


La partiradicalisation du PS

Le PS devrait-il vraiment s’en mordre les doigts d’avoir mis dans le booster Emmanuel Macron ? Je ne le crois pas. Même en absence de candidature d’Emmanuel Macron, il n’y aurait aucune raison que le candidat socialiste ne subît pas la même déculottée à l’élection présidentielle de 2017. Aucune raison que le parti socialiste ne subît pas le même désastre législatif. Au contraire, l’élection d’Emmanuel Macron a sauvé les apparences, a sauvé quelques élus et même quelques ministres. Sans Emmanuel Macron, il était probable que François Fillon, ou encore Marine Le Pen, ou même Jean-Luc Mélenchon fût élu. Certainement pas Benoît Hamon. Dans toutes ces hypothèses, celle d’Emmanuel Macron fut la moins pénible pour le PS à court terme.

En revanche, à long terme, pas sûr. Car quelle utilité de conserver un parti qui fait cohabiter, de manière totalement incohérente, deux idéologies qui se retrouvent dans d’autres partis plus modernes et plus "à la mode" ? Cependant, je ne crois pas à la disparition du Parti socialiste, pour une raison simple : il a encore des élus, des groupes parlementaires et surtout, beaucoup d’élus locaux, beaucoup de maires de grandes villes, présidents de conseils départementaux et régionaux.

Je crois plutôt que le PS va devenir une sorte de syndic des élus socialistes, avec un appareil qui apportera une bonne logistique pour les campagnes locales. Et à terme, évoluer comme le parti radical, à savoir, parti d’un parti gouvernemental majeur, devenir seulement une petite formation à la marge, parfois cinquième roue d’un carrosse gouvernemental.

C’est d’autant plus probable qu’aucun des quatre candidats au poste de premier secrétaire ne représente vraiment une dynamique d’avenir. L’élection se fera ce jeudi 15 mars 2018 pour le premier tour et le jeudi 29 mars 2018 pour le second tour avant le 78e congrès qui se tiendra à Aubervilliers les 7 et 8 avril 2018. Le dépôt des candidatures a eu lieu le 27 janvier 2018.


Ceux qui ne sont pas candidats

Aucune candidature aux épaules larges, en effet. D’une part, aucune personnalité d’envergure médiatique, aucun ténor capable de faire le poids dans le choc des titans. Pas même l’ancien député Julien Dray (63 ans) dont l’idée de postuler a chatouillé l’esprit, ni l’ancien Ministre éphémère de l’Intérieur, Matthias Fekl (40 ans), battu aux législatives dès le premier tour, dont la bonhomie fait un peu penser à celle de son mentor François Hollande. D’autre part, et c’est un vrai scandale pour un parti qui aime bien donner des leçons d’égalité entre les hommes et les femmes, aucune candidatE, aucune femme candidate à ce poste !

Ni Najat Vallaud-Belkacem (voir plus haut), ni l’ancienne ministre énarque Juliette Méadel (43 ans), ni l’ancienne ministre Carole Delga (46 ans), présidente du conseil régional d’Occitanie depuis le 4 janvier 2016…

Ni surtout l’ancienne ministre Delphine Batho (bientôt 45 ans), qui fut ouvertement candidate le 14 janvier 2018 et dont la candidature a été rejetée par manque de parrainages : « Je conteste de A à Z les modalités d’organisation de ce congrès de confiscation, dans ce qui n’est plus un parti mais une petite mafia politique avec ses parrains, ses lieutenants, ses exécutants. J’ai découvert qu’il y avait eu un traficotage des statuts au dernier moment pour changer les règles du jeu, dans l’objectif de reconduire la même aristocratie politique. Je ne peux pas être complice d’un congrès illégitime. (…) Pour pouvoir déposer une candidature, il faut appartenir à un courant déjà existant. Ce qui est organisé, c’est la reconduction des cliques. Depuis la quasi-élimination électorale du PS en mai, la crise de leadership a été délibérément organisée pour que ceux qui tiennent les ficelles derrière continuent de le faire. (…) Les liquidateurs d’espérance, le verrouillage de l’appareil, ça suffit ! » ("Le Parisien", le 15 janvier 2018). Au moins, les derniers militants socialistes sont prévenus !

Résultat, le débat qui a été eu lieu le 7 mars 2018 a été très peu suivi, par 204 000 téléspectateurs seulement ! Un vrai désert, mais pas étonnant, largement prévisible quand on regarde les protagonistes à ce match dont la surenchère antimacronienne était la règle.


Les quatre candidats

Emmanuel Maurel (44 ans), donc, a sans doute eu le plus d’appréciations positives. Son calme et sa défense de l’aile gauche font qu’il s’est posé comme le meilleur opposant (des quatre !) à Emmanuel Macron. Le seul problème qui taraude le téléspectateur, c’est : pourquoi est-il donc rester au PS si honni, lui qui n’a jamais été qu’ultra-minoritaire (autour de 10%) ? Pourquoi cet ancien soutien d’Arnaud Montebourg n’a-t-il pas rejoint Benoît Hamon ? ou encore Jean-Luc Mélenchon ? Et son allure très hollandienne, elle aussi très remarquée dans les réseaux sociaux, pourrait finir par l’handicaper. S’il n’est pas le favori, il est le meilleur "challenger" qui a reçu le soutien de la plupart des élus ou ex-élus de l’aile gauche, comme Marie-Noëlle Lienemann et Laurent Baumel.

Luc Carnouvas (46 ans), ancien sénateur-maire d’Alfortville entre 2011 (2012 maire) et 2017 et maintenant député du Val-de-Marne depuis 2017, est lui aussi un apparatchik du PS, il n’a jamais fait que de la politique depuis sa jeunesse. Il fut connu surtout pour avoir été le bras droit de Manuel Valls dont il a été le directeur de campagne lors de la primaire socialiste d’octobre 2011, et a voté en particulier en faveur de la loi El-Kohmri. Promoteur de l’exposition universelle Paris 2025 avec Jean-Christophe Fromantin (maire de Neuilly-sur-Seine), candidat à la présidence de l’Association des maires de France contre François Baroin en 2014, il fut le directeur de campagne de Claude Bartolone aux élections régionales de décembre 2015 en Île-de-France. Son retournement de veste, en s’éloignant de Manuel Valls et même en critiquant son ralliement à LREM, pourrait s’expliquer par la forte influence des communistes dans sa circonscription… Il a fait partie des 67 députés (sur 566 votants) qui ont voté contre la confiance au gouvernement d’Édouard Philippe le 4 juillet 2017 (parmi seulement 5 députés socialistes qui ont voté contre, dont Boris Vallaud et Régis Juanico et parmi les 34 députés "de gauche" qui ont voté contre). Parmi ses soutiens, il y a Régis Juanico et François Pupponi, le successeur de DSK à Sarcelles.

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Olivier Faure (49 ans), député de Seine-et-Marne depuis 2012 et président du groupe PS à l’Assemblée Nationale depuis le 13 décembre 2016 (succédant à Bruno Le Roux, après un affrontement avec le fabiusien Guillaume Bachelay), faisait figure de favori parce qu’il était le meilleur PGCD. Homme de la "synthèse" de tous les courants, il a reçu de nombreux soutiens : Matthias Fekl, Najat Vallaud-Belkacem, Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, Johanna Rolland (la maire de Nantes), Guillaume Garot, Valérie Rabault, etc. Ancien patron des jeunes rocardiens en 1991 à la suite de Manuel Valls, ancien collaborateur de Gérard Gouzes, Martine Aubry, François Hollande et Jean-Marc Ayrault, il s’est abstenu lors du vote de confiance à Édouard Philippe (bonjour l’engagement clair !) afin de ménager la chèvre et le chou (je laisse associer chèvre et chou et aile droite et aile gauche). L’imaginable est arrivé : il s’est montré très en retrait lors du débat, sans charisme, sans enthousiasme et sans combativité. Peu l’étoffe d’un chef malgré toute la sympathie qu’il peut inspirer ! Sa tiède ferveur contre Emmanuel Macron pourrait s’expliquer : sa conjointe a été une conseillère à l’Élysée jusqu’au 5 février 2018, date à partir de laquelle elle a suivi l’ancienne ministre Audrey Azoulay nommée à la tête de l’UNESCO (selon "Le Point" du 4 février 2018 qui a cité l'ironie d'un ancien premier secrétaire du PS :  « Olivier Faure pouvait-il être vraiment libre d'attaquer Macron alors que l'Élysée faisait bouillir en partie la marmite de son ménage ? »).

Enfin, Stéphane Le Foll (58 ans), est sans doute le plus connu des quatre candidats, proche de François Hollande, député élu depuis 2012 dans l’ancienne circonscription sarthoise de François Fillon, ancien député européen de 2004 à 2012, et surtout inamovible Ministre de l’Agriculture du 16 mai 2012 au 10 mai 2017 et porte-parole du gouvernement à partir du 2 avril 2014. D’une carrure imposante, facilement indigné, il est le représentant de l’héritage hollandiste, assumant toutes les décisions du quinquennat précédent et probablement le plus capable de porter la voix du PS (s’il a quelque chose à dire). Appliquant dans ses prospectus l’écriture inclusive, il n’avait pas eu de concurrent LREM dans sa circonscription et s’est abstenu lors du vote de confiance. Il a reçu le soutien de la plupart des anciens ministres des gouvernements Hollande, notamment François Rebsamen, Frédéric Cuvilier, George Pau-Langevin et Patrick Kanner, et de Julien Dray.


Combien de divisions ?

Comme je l’ai indiqué plus haut, ce débat fut une sorte de concours d’antimacronisme. Si l’on en croit les résultats de la dernière primaire socialiste, en janvier 2017, on pourrait imaginer que ce serait le candidat le plus contestataire qui gagnerait, à savoir Emmanuel Maurel. Pourtant, il y a une grande différence entre la primaire et cette désignation : le corps électoral, c’est l’ensemble des (encore) adhérents du PS, et l’élection n’est donc pas ouverte à l’ensemble des citoyens qui se reconnaîtraient dans le PS. Les discours démagogiques ont donc un peu moins prise que lors de primaires ouvertes.

Dans cette compétition surréaliste pour conserver le dernier bout de gras socialiste, il paraît paradoxalement assez probable qu’Emmanuel Macron souhaiterait la victoire d’Emmanuel Maurel pour la raison simple que sa désignation confirmerait qu’il n’y aurait plus de place politique entre LREM et FI. Ce serait dans son intérêt stratégique. La désignation d’Olivier Faure partiradicaliserait à outrance le PS en en faisant un simple regroupement électoral. Quant à l’avenir socialiste avec Stéphane Le Foll, il serait le plus cohérent politiquement et médiatiquement, assumant et reprenant le bilan de François Hollande et cherchant une petite voie d’un parti de gauche de gouvernement.

L’essentiel, ces 15 et 29 mars 2018, ce sera avant tout de connaître la participation électorale, en absolu. Combien y aura-t-il de votants qui participeront à cette consultation ? Ce sera alors le véritable nombre d’adhérents du Parti socialiste au printemps 2018. Ce sera un indicateur intéressant du niveau de décomposition oi de recomposition du paysage politique français, et en particulier de la gauche française.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats complets du vote des adhérents du PS le 15 mars 2018.
Mathématiques militantes.
Le congrès d’Aubervilliers du Parti socialiste en avril 2018.
Primaire du PS en janvier 2017.
Primaire du PS en octobre 2011.
Emmanuel Macron.
François Hollande.
Manuel Valls.
Jean-Marc Ayrault.
Bernard Cazeneuve.
Jean-Christophe Cambadélis.
Martine Aubry.
Harlem Désir.
Benoît Hamon.
Arnaud Montebourg.
Vincent Peillon.
Najat Vallaud-Belkacem.
Delphine Batho.
Ségolène Royal.
Dominique Strauss-Kahn.
Jean-Luc Mélenchon.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180307-parti-socialiste.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/et-voici-qu-emmanuel-hollande-202303

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/03/15/36222558.html




 

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28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 19:19

Né le 15 mai 1949 à Neufchâteau, dans les Vosges, après une maîtrise de droit public et un DESS en science politique, Jean-François Hory a été élu à 32 ans député radical de gauche (MRG) de Mayotte en juin 1981 jusqu'en mars 1986. Après la cohabitation, il fut élu député européen en juin 1989 puis réélu en juin 1994 jusqu'en juin 1999. Devenu président du MRG (Mouvement des radicaux de gauche) en 1992, Jean-François Hory fut celui qui a accueilli au sein du MRG Bernard Tapie (alors ministre en 1993 et ancien député en 1988). Soutenue par François Mitterrand, la liste radicale de gauche menée par Bernard Tapie et par Jean-François Hory en juin 1994 a fait le même score que la liste socialiste menée par Michel Rocard (ce qui l'a empêché d'être candidat à l'élection présidentielle de 1995). Dans cet élan, Jean-François Hory a changé le nom du MRG en "Radical" (qui est ensuite devenu PRG avec Jean-Michel Baylet en 1995), et a souhaité se présenter à l'élection présidentielle de 1995 (il y renonça finalement). Il fut l'avocat en Mayotte. Le 28 juin 2008, Nicolas Sarkozy l'a nommé conseiller d'Etat en service ordinaire, au conseil des ministres. Le 28 décembre 2017, Jean-François Hory s'est éteint à la suite d'un cancer.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171228-jean-francois-hory.html

 

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26 décembre 2017 2 26 /12 /décembre /2017 15:40

Né le 9 septembre 1928 à Dijon, Jacques Chérèque travailla comme chef de fabrication aux aciéries de Pompey, au nord de Nancy, et fut en même temps militant du syndicat CFDC. Prenant progressivement des responsabilités au sein de la branche métallurgie de la CFDT (issue de la CFTC), il fut secrétaire général de la fédération générale de la métallurigue de la CFDT en 1971, puis secrétaire général adjoint (numéro 2) de la CDFT en 1979, aux côtés d'Edmond Maire.

Parallèlement, Jacques Chérèque fut membre du PSU puis, le 14 octobre 1974, à l'instar de Michel Rocard, il adhéra au PS. Nommé préfet délégué pour le redéploiement industriel en Lorraine en 1984, il travailla dans la reconversion des sites industriels lorrains condamnés. Il fut ensuite nommé Ministre délégué à l'Aménagement du territoire et à la reconversion industrielle du 10 mai 1988 au 15 mai 1991 par Michel Rocard. Il fut par ailleurs élu conseiller général de Pompey d'octobre 1988 à mars 1992.

Proche de Jacques Delors, Jacques Chérèque fut le père de François Chérèque (1956-2017), devenu secrétaire général de la CFDT de 2002 au 28 novembre 2012, mort aussi cette année, le 2 janvier 2017.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171224-jacques-chereque.html


 

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 03:37

« Sa vivacité pétulante, sa force de conviction, ses utopies créatrices ont suscité des prises de responsabilités multiples dans la société civile. Nous avons été nombreux de notre génération, "enfants de la guerre" puis de la décolonisation, à nous retrouver ensuite animés par la volonté de renouveau, engagés dans le bouillonnement social et culturel de l’époque. ».


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Ces paroles, il les avait réservées à un ami cher qui venait de disparaître. Il y a un peu plus d’un an, aux côtés du Président François Hollande, Edmond Maire a prononcé l’éloge funèbre de l’ancien Premier Ministre Michel Rocard, dans la cour d’honneur des Invalides le 7 juillet 2016, devant tous les responsables de la République. Ce dernier venait de disparaître à l’âge de 85 ans. De la même génération, Edmond Maire fut le leader du syndicalisme réformiste au même titre que Michel Rocard prônait un socialisme réformiste et pragmatique. À la fin des années 1960, tous les deux furent pour l’autogestion mais ils en étaient revenus : « Depuis les vacances d’été des années 1960, à l’occasion de rencontres familiales avec Michel et sa famille dans le golfe du Morbihan, et jusqu’à l’anniversaire de nos 80 ans, nos relations confiantes ont scellé notre amitié, dans le respect de nos fonctions respectives. ».

Ce dimanche 1er octobre 2017, Edmond Maire s’en est allé à l’âge de 86 ans, laissant probablement un désir inachevé, celui de voir émerger des syndicats réformistes responsables prêts à coopérer avec les gouvernements réformistes. Au contraire, la CFDT, devenue premier syndicat de France (supplantant la CGT), s’est même écartée des négociations pour la réforme actuelle du code du travail (au profit de FO).

Né le 24 janvier 1931 à Épinay-sur-Seine, ville connue quarante ans plus tard pour avoir accueilli le fameux congrès socialiste qui a amorcé "l’union de la gauche", Edmond Maire fut l’un des dirigeants historiques du syndicalisme français des années 1970 et 1980, secrétaire général de la CFDT de février 1971 à novembre 1988. Il a organisé de nombreuses manifestations unitaires aux côtés de Georges Séguy et aussi de François Mitterrand, Georges Marchais, Robert Fabre et Michel Rocard. Dans les années 1970, Edmond Maire a initié la coopération militante entre la CFDT et la CGT de Georges Séguy, mais a rompu avec le syndicat communiste lors de la rupture de l’union de la gauche en été 1977 et de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en décembre 1979.

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Favorable au "tournant de la rigueur" de 1982-1982 adopté par le gouvernement de Pierre Mauroy sous la Présidence de François Mitterrand, il quitta la direction de la CFDT au moment où son ancien numéro deux, Jacques Chérèque (père d’un lointain successeur, François Chérèque), fut nommé ministre du gouvernement de Michel Rocard chargé de la réindustrialisation.

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Connu pour sa bonhomie incarnée par sa pipe, sa voix particulière et son nez cassé (retour de boxe au service militaire), Edmond Maire fut le dernier survivant des responsables de grands syndicats de la période postgaulliste du début de crise économique (qui n’est toujours pas terminée quarante ans plus tard), après les disparitions de Georges Séguy (1927-2016), secrétaire général de la CGT de juin 1967 à juin 1982, Henri Krasucki (1924-2003), le successeur de ce dernier à la tête de la CGT de juin 1982 à janvier 1992, André Bergeron (1922-2014), secrétaire général de FO de novembre 1963 à février 1989, et Marc Blondel (1938-2014), le successeur de ce dernier à la tête de FO de février 1989 à février 2004.

Après des cours du soir au CNAM pendant son travail de laborantin obtenu à l’issu de son baccalauréat, Edmond Maire fut recruté comme technicien en chimie au centre de recherche de Péchiney à Aubervilliers à l’âge de 23 ans, année où il adhéra à la CFTC, le syndicat chrétien (qui s’est ensuite scindée en CFTC et CFDT qu’il a suivie). Il est devenu permanent syndical quatre ans plus tard. Pendant les années 1960, il a pris beaucoup de responsabilités syndicales dans les industries chimiques (au point de devenir en 1963 le secrétaire général de la fédération CFTC des industries chimiques).

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Dans une interview du journal "Le Monde" du 17 juillet 2014, interrogé par le journaliste Michel Noblecourt, Edmond Maire a rappelé sa volonté de participer au débat intellectuel en tant que syndicaliste : « Quand je suis devenu permanent syndical, j’ai eu très vite le goût d’écrire pour faire entendre une voix du syndicalisme dans le débat public. C’est ainsi que le 29 octobre 1964, juste avant la naissance de la CFDT, je signais dans "France Observateur", en tant que secrétaire général de la fédération des industries chimiques de la CFTC, un article intitulé "Leur plan et le nôtre" où, mettant en avant les "impératifs sociaux", je critiquais le projet de Ve Plan. (…) C’est à Claude Perrignon, chargé de mes relations avec la presse, que je dois l’idée d’une contribution annuelle, chaque fin d’été dans "Le Monde", à une époque où la littérature syndicale se résumait pauvrement à des tribunes pour annoncer une rentrée sociale forcément chaude. ».

Le premier article a été publié par "Le Monde" du 1er septembre 1971 sur "syndicalisme et laissés-pour-compte". Dans son article du 25 août 1983, en pleine "rigueur socialiste", Edmond Maire (interviewé par Michel Noblecourt) avait déjà pressenti les problèmes majeurs des décennies à venir : « L’œil du syndicaliste ne saurait être constamment fixé sur les problèmes sociaux, il doit l’être aussi sur les problèmes de société. Cet été a été marqué par une dégradation du sens du vivre ensemble, une crispation, une montée des intolérances, de la violence, des déclarations parfois irresponsables sur les travailleurs immigrés. Du point de vue politique, je tiens à dire que Robert Badinter est l’honneur de la gauche ; il actualise le sens à donner aujourd’hui à la notion de gauche. Du côté syndical, la première responsabilité est de redonner confiance aux travailleurs dans la lutte contre le chômage et de montrer que seule une attitude civilisée envers les immigrés consiste à vivre ensemble en apprenant à mieux se comprendre, mieux se respecter, pour enrichir notre communauté pluriculturelle. » ("Le Monde").

Et toujours dans ce même article, il a proposé, dans son analyse économique, un renforcement de la construction européenne : « Le laisser-aller devant les errements du dollar, il n’y a plus d’Europe, la course à la baisse de la consommation, la baisse de la protection sociale. (…) La bonne réponse française suppose une réponse européenne. On peut faire face à la situation dans de bien meilleures conditions par une meilleure coordination économique, industrielle, monétaire, sociale, culturelle et politique au sein de l’Europe. (…) Il faut stimuler le contractuel, faire mûrir les compromis positifs et éviter le risque d’étatisme, par exemple en semblant accorder moins d’autonomie à une entreprise privée qu’à une entreprise nationalisée. » (25 août 1983).

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Après son passage de témoin à Jean Kaspar en novembre 1988 à la suite d’un problème interne (aboutissant à la création de Sud-PTT le 16 décembre 1988), Edmond Maire présida les Villages Vacances Familles (VVF), devenu Belambras Clubs, puis un fonds d’investissement d’économie solidaire France Active (qui aide à la réinsertion par la création d’entreprise).

Comme Michel Rocard, Edmond Maire était un partisan très enthousiaste de la négociation, du dialogue social et du compromis positif. C’est pourquoi son hommage à Michel Rocard le 7 juillet 2016 avait tout son sens : « Son ambition pour la société était de même nature que celle qui mobilisait Pierre Mendès France ou Jacques Delors. Sa conception du changement social et sociétal rejetait toute dérive populiste, lorsque les promesses de court terme l’emportent au détriment du fond : l’avenir de l’Europe, la protection de l’environnement et de la planète, par exemple. Refusant de travestir la réalité économique, Michel Rocard faisait appel à l’intelligence des citoyens, en s’appliquant à l’explication patiente des fondements et de la portée des réformes nécessaires. ».

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Et d’ajouter également un mot sur la "méthode Rocard" : « Dans une époque qui sacrifie tant à la communication, aux demi-vérités, voire aux rumeurs, sa morale politique, son exigence fameuse du "parler vrai" ont marqué les esprits. Chacun le sait mieux grâce à lui : c’est un critère majeur du progrès de notre démocratie. Pour Michel Rocard, la fiabilité des finalités proposées aux citoyens dépend d’abord de la pertinence et de la qualité des moyens employés pour les atteindre et du courage nécessaire pour surmonter les obstacles. La fin est dans les moyens. ».

Dans l’émission "Confrontations" animée par les journalistes Henry Chapier et Michel Naudy sur FR3, Edmond Maire a confié le 17 décembre 1983 : « Naturellement, la vie syndicale, l’intensité de cette vie, l’intérêt que j’y ai pris, a dépassé et remplacé toute autre forme d’investigation, de recherche ou d’inquiétude dans ma vie. ».





Toujours dans la même émission, Edmond Maire a essayé d’analyser la Révolution russe pour en tirer des leçons pour l’avenir, ce qu’il a réaffirmé ensuite lors de l’hommage à Michel Rocard (et cité ci-dessus) : « C’est ce que disait Rosa Luxembourg dès 1919, elle décrivait extrêmement bien comment la façon dont s’est enclenchée la Révolution de 1917, inévitablement aboutirait un jour à Staline (…). La façon de faire le changement dans notre société détermine en bonne partie l’avenir de cette société. » (17 décembre 1983). Cette dernière phrase est sans doute essentielle pour bien comprendre la pensée d’Edmond Maire mais aussi de tous les réformistes de centre gauche, de Pierre Mendès France à Emmanuel Macron en passant par Michel Rocard et Jacques Delors.

Ironie du sort, son fils Jacques Maire (55 ans), énarque, ancien conseiller diplomatique du Premier Ministre Pierre Bérégovoy, ancien directeur de cabinet de la ministre Dominique Voynet, ancien ambassadeur, ancien élu local socialiste à Brest ayant soutenu la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, a été élu député LREM des Hauts-de-Seine le 18 juin 2017, et il a battu… Gilles Boyer, le directeur de campagne très consensuel de l’ancien candidat Alain Juppé à la primaire LR


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Articles du journal "Le Monde" datés du 25 août 1983 et du 17 juillet 2014 (Michel Noblecourt).
Edmond Maire.
François Chérèque.
Georges Séguy.
Marc Blondel.
André Bergeron.
Michel Rocard.
François Mitterrand.
Georges Marchais.
Robert Fabre.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171001-edmond-maire.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edmond-maire-symbole-syndicaliste-197328

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/10/02/35729721.html


 

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