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2 mai 2022 1 02 /05 /mai /2022 03:41

« Avec ce nouveau coronavirus, dont l’émergence est liée à la prédation de l’homme à l’égard de la nature et la destruction des habitats sauvages et dont la propagation a été facilité par l’intensité des échanges liés à la mondialisation libérale, l’humanité redécouvre, avec stupéfaction, la fragilité de notre modèle de civilisation. Elle réalise que l’effondrement est possible. Retranchée, elle fait l’expérience d’un quotidien où se trouve modifié le rapport au temps, au collectif, à la consommation. » (Julien Bayou, au conseil fédéral de EELV du 4 avril 2020).




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C’était il y a deux ans, en plein premier confinement. Aujourd’hui, on ne connaît pas plus l’origine du SARS-CoV-2, mais cela ne gênait pas le patron de EELV pour qui tout argument était bon à vendre contre le méchant libéralisme, la méchante mondialisation, et finalement, le méchant humain libre (c’est vrai quoi, si les gens avaient été enfermés au préalable, s’ils n’avaient pas tant voyagé pour les loisirs, leur travail ou leur famille, le virus ne se serait sans doute pas autant propagé). En France, depuis trente ans et la chute du communisme, l’idéologie gauchiste est souvent recyclée dans un écologisme plus rouge que vert. C’est la raison de ses échecs électoraux.

Dans la nuit du 1er au 2 mai 2022 (il est des fêtes du travail bien laborieuses), Julien Bayou (41 ans), secrétaire national du parti écologiste EELV depuis le 30 novembre 2019 et conseiller régional d’Île-de-France depuis mas 2010, a signé un accord de coalition avec le parti FI de Jean-Luc Mélenchon pour partir unis aux élections législatives de juin 2022, dès le premier tour.

Le parti de Jean-Luc Mélenchon attend désormais de phagocyter deux autres (ex-grands) partis de gauche, le PS et le PCF, avec lesquels les négociations semblent en bonne voie (ils ont repris les négociations ce lundi 2 mai 2022).

Au-delà du petit air de Quatrième République (on notera pour le mauvais jeu de mot que malgré sa proximité sémantique avec le fondateur du MoDem, le patron des écolos ne manque pas d’air), il y a un parfum de programme commun (il y a presque cinquante ans à quelques jours près !), et une sorte de méthode Coué selon laquelle 22 + 4 + 2 + 1 ferait 51 et pas 29 (en pourcentages de bulletins de vote).

Jean-Luc Mélenchon Premier Ministre, qui y croit à part quelques électeurs déboussolés ? Peut-être des jeunes qui n’ont pas encore compris ou expérimenté comment les institutions fonctionnent ? En tout cas, certainement pas Jean-Luc Mélenchon qui avouait le 19 avril 2022 qu’il était déjà trop fatigué pour faire le trajet entre Paris et sa circonscription de Marseille. Alors, Matignon…

L’avantage de cette agitation politique alors que le RN a déjà déclaré forfait, c’est que cette tentative de mobilisation électorale pourra peut-être réduire l’abstention massive attendue. Elle pourra même faire gagner quelques sièges à la gauche (au détriment de qui ?). Mais de là à gagner la majorité des sièges…

En écoutant les uns et les autres, on comprend plutôt l’objectif caché : permettre à ces quatre partis (FI, EELV, PS, PCF) d’avoir chacun un groupe à l’Assemblée Nationale. En d’autres termes, garantir sur le papier au moins quinze députés à chacun d’eux, c’est-à-dire, soixante circonscriptions de gauche, gagnables, sans concurrence au premier tour (merci aux électeurs pour leur choix). Et tant pis si on n’est d’accord avec presque rien, en particulier sur le nucléaire et sur l'Europe, qui ne sont pas juste des détails !

Vu ainsi, on peut mieux comprendre pourquoi les écologistes étaient pressés de conclure un tel accord avec les mélenchonistes : eux-mêmes n’ont plus de groupe à l’Assemblée Nationale depuis longtemps (depuis 2016) et ont tout à gagner de négocier des accords d’union dès le premier tour. Il n’y a plus de Martine Aubry qui était en 2011, à l’époque première secrétaire du PS, très généreuse avec les écologistes pour les élections législatives de juin 2012. Du reste, le PS ne valant plus que 1,7% des voix, a, malgré son implantation locale, plus grand-chose à négocier dans les rapports de forces.

Comme toujours, les écologistes sont très bons dans les combinaisons politiciennes et si Julien Bayou donne le modèle allemand pour conclure un accord de gouvernement, il oublie de rappeler que les Verts allemands, contrairement à ceux français, sont politiquement indépendants alors qu’ici, ils sont plus gauchistes et anticapitalistes que réellement écologistes.

C’est d’ailleurs leur droit, mais ils ont fait à l’évidence beaucoup d’erreurs de casting. En ne franchissant pas le seuil de 5% au premier tour de l’élection présidentielle, Yannick Jadot a montré les limites de son charisme-frimeur (la grosse tête depuis les élections européennes), et Julien Bayou a beau avoir troqué les cheveux longs contre une cravate (que porte aussi l’ancien candidat), cela ne suffit pas pour se dire prêts à gouverner.

Ils auraient au contraire eu intérêt à présenter la candidature de Sandrine Rousseau, plus capable de mobiliser les âmes écologistes face aux autres forces en présence, à montrer la valeur ajoutée des écologistes, quitte à se montrer utopistes, liberticides et irresponsables, mais au moins, ils auraient franchi les 5%, peut-être même 10% et seraient en meilleure posture pour négocier. Et dans une meilleure santé financière, car la perte de l’aide de l’État pour cause de nombre de voix insuffisant a plombé la caisse de 3 millions d’euros avec une échéance bancaire dans quelques jours.

Julien Bayou n’a pas su expliquer pourquoi ses troupes acceptent de s’unir avec FI au premier tour des législatives alors qu’il y a à peine quelques semaines, ils avaient refusé de s’unir au premier tour de l’élection présidentielle, stratégie qu’ils avaient pourtant suivie avec le PS en 2017 pour éviter un éparpillement de la gauche. La seule raison est politicienne et partisane : permettre à leur parti d’avoir les moyens matériels d’évoluer dans la prochaine législature avec la reconnaissance d’un groupe politique.

Ce qui est terrible, c’est que les écologistes ne veulent pas changer une stratégie qui a échoué : aux élections régionales de juin 2021, dans deux régions, ils ont effectivement mené des listes d’union EELV-FI-PS-PCF (Julien Bayou au second tour en Île-de-France et Karima Delli dès le premier tour dans les Hauts-de-France) et face aux trois autres listes LR et alliés, LREM et alliés et RN, elles n’ont pas fait le poids, reléguées en troisième position.

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Dans les Hauts-de-France, situation se rapprochant de l’union dès le premier tour aux législatives mais dans un scrutin beaucoup plus favorable, la liste de gauche de Karima Delli n’a fait que 19,0% au premier tour et 22,0% au second tour, en troisième position aux deux tours. En Île-de-France, l’union ne s’est faite qu’au second tour, mais elle n’a même pas été l’addition du premier tour (en pourcentages). Ainsi, au premier tour, EELV mené par Julien Bayou a eu 13,1%, le PS mené par Audrey Pulvar 11,1% et FI-PCF menés par Clémentine Autain 10,3% et la liste d’union EELV-PS-FI-PCF au second tour n’a obtenu que 33,7%, faisant perdre à ces partis 13 sièges par rapport aux sortants élus en décembre 2015.

Car l’union de partis aussi divergents dans les convictions ne peut que provoquer une dynamique répulsive et pas attractive, surtout pour des élections nationales où les désaccords sur la politique extérieure sont cruciaux, en particulier l’analyse sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie : Jean-Luc Mélenchon voudrait la neutralité de la France tandis que les écologistes veulent soutenir à fond les Ukrainiens. Que feraient-ils si jamais ils arrivaient au pouvoir ? Qui serait le Ministre des Affaires étrangères ?

En Allemagne, puisque Julien Bayou évoquait la comparaison avec notre voisin, les écologistes ont toujours pris leurs responsabilités politiques, on se rappelle Joshka Fischer à la tête de la diplomatie allemande, et ils ont surtout adopté une politique réaliste pour réduire les causes du réchauffement climatique.

Au lieu de cela, en France, on a des "écolo-totalitaires", qui veulent imposer une décroissance et une idéologie anti-progressiste, une sorte de retour en arrière social en créant des polémiques complètement inutiles dans une société déjà fragilisée et divisée. Les maires écologistes des grandes villes élus en juin 2020 l’ont hélas prouvé, certains en voulant "interdir" leurs jeunes administrés de rêver d'avion, et les Français ne souhaitent pas avoir ce "niveau d’écolo-totalitarisme" à l’échelle nationale.

En tout cas, quels que soient les résultats des écologistes aux élections législatives, suivez bien Julien Bayou, il est de la graine à devenir le prochain candidat écologiste à l’élection présidentielle …jusqu'au prochain échec.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !
Yannick Jadot.
Sandrine Rousseau.
Élysée 2022 (5) : profondes divisions chez les écologistes.
Grégory Doucet.
René Dumont.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220502-julien-bayou.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2022-1-le-pari-ecolo-241329

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/02/39460155.html






 

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1 mai 2022 7 01 /05 /mai /2022 03:02

« Nous voulons faire élire des députés dans une majorité de circonscriptions, pour empêcher Emmanuel Macron de poursuivre sa politique injuste et brutale (RSA sous condition de travail gratuit et retraite à 65 ans) et battre l’extrême droite. (…) Le Premier Ministre serait issu du plus grand groupe à l’Assemblée, soit Jean-Luc Mélenchon. » (FI et le PS, le 4 mai 2022).



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On croit rêver ! Jusqu’à nouvel ordre, c’est Emmanuel Macron qui a battu l’extrême droite le 24 avril 2022, ce n’est pas le PS de sa candidate Anne Hidalgo ni FI de Jean-Luc Mélenchon.

Après un accord avec les écologistes le 2 mai 2022, un accord avec les communistes le 3 mai 2022 (un accord sur un autre programme que la veille !), les apparatchiks de France insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon, ont signé un accord avec les socialistes du PS ce mercredi 4 mai 2022. Sur encore un autre programme ? L’accord devra être ratifié au conseil national du PS qui aura lieu le 5 mai 2022 à 19 heures. Au conseil national du 20 avril 2022, le PS avait donné mandat à ses négociateurs de préparer un accord avec FI par 160 voix pour, 75 contre et 10 abstentions.

Pour dire clairement, on sent le parfum de la puanteur des combinaisons politiciennes de l’époque révolue de la Quatrième République, une atmosphère opaque de cuisine électorale qui ne fait pas honneur à la politique et encore moins à FI, mais c’est probablement un avant-goût du programme sur les institutions que ce parti voudrait mettre en place sous la dénomination "sixième république". On croit rêver car FI continue encore la fuite en avant en engageant des négociations maintenant avec… les dirigeants du NPA, le parti de Philippe Poutou.

Autant dire que le PS n’est plus le PS. D’ailleurs, dès le 3 mai 2022, l’ancien (et dernier) Premier Ministre socialiste Bernard Cazeneuve avait mis en garde ses camarades du PS : si le PS conclut un accord avec FI, alors, ce sera sans lui, il quittera le PS.

C’est aussi ce que vient de dire l’ancien Ministre de l’Agriculture, actuel maire du Mans, Stéphane Le Foll le 3 mai 2022 aux "4 Vérités" sur France 2 : il envisage sérieusement de quitter le PS si cet accord esit ratifié, insistant sur le fait que la perspective d’une victoire de la gauche aux élections législatives « est une fable, un leurre ». Il est prêt à prendre la tête des dissidents qui resteraient en lice dans certaines circonscriptions malgré l’accord. Ancien premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis a aussi appelé à refuser cet accord.

L’ancien Président François Hollande, un peu responsable de l’état dans lequel se trouve aujourd’hui son parti et qui avait prévu de relancer le PS après les législatives sous sa bannière, va être obligé benoîtement de quitter aussi le PS qui lui est devenu complètement étranger. Pourtant, c’était encore récent, il y a juste dix ans, c’était le hollandisme triomphant, avec un PS qui n’avait jamais été aussi fort de toute l’histoire de la République depuis que le courant socialiste existe, y compris à l’époque faste de François Mitterrand : à l’époque, le PS détenait ou contrôlait la majorité des grandes villes, la majorité des départements, la majorité des régions, la majorité absolue au Sénat depuis septembre 2011 (une première historique, qui ne s’est pas renouvelée en 2014), et avec l’élection de François Hollande au printemps 2012, l’Élysée, Matignon, la grande partie du gouvernement et la majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Il est invraisemblable d’avoir dilapidé ce si fort capital institutionnel en quelques années au point de ne même pas avoir osé se représenter à sa réélection en 2017.

Qui est Olivier Faure ? Serait-ce un cheval de Troie du trotskisme le plus archaïque ? Premier secrétaire du PS depuis le 29  mars 2018, réélu à la tête du PS le 18 septembre 2021 à Villeurbanne, il dirige un parti qui vient d’accepter de revenir sur les lois qu’il avait lui-même présentées, défendues et adoptées, et, le pire, c’est qu’il a accepté de faire du Viktor Orban sur la scène européenne, à savoir de refuser des directives européennes si cela ne lui convenait pas !

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Le PS est un parti qu’on fui depuis 2017 : certains vers le macronisme (Jean-Yves Le Drian par exemple, et bien d’autres encore jusqu’à maintenant) ; certains comme Benoît Hamon, pourtant représentant officiel du PS à l’élection présidentielle de 2017, vers un parti nouvellement créé qui se moque du monde par son nom inclusivé, Générations (qui a aussi eu un accord aux législatives avec FI) ; d’autres vers les écologistes (comme Delphine Batho, la ministre renvoyée, qui a récupéré une coquille vide, Génération Écologie) ; et maintenant, le dernier carré des fidèles se fond dans le mélenchonisme.

Pendant ce temps, Emmanuel Macron essaie de ramasser à la petite cuillère quelques bonnes cavalières, comme Valérie Rabault, présidente du groupe PS à l’Assemblée Nationale, qui a annoncé qu’elle avait été contactée pour Matignon et qu’elle avait refusé. Mélenchon à Matignon n’est finalement plus si invraisemblable que ça !!

En tout cas, Jean-Luc Mélenchon a atteint l’objectif qu’il s’était fixé quand il a quitté le PS en 2008, alors qu’il doit tout au PS, son mandat de sénateur de 1986 à 2009, ses mandats locaux, en particulier de numéro deux du conseil général de l’Essonne. Cet objectif, c’était de tuer le PS, et le PS, toujours aussi vaillamment, l’a devancé ! Il s’est suicidé ce 4 mai 2022.

Car sur le plan du programme, c’est une reddition complète, une déroute idéologique : SMIC à 1 400 euros nets, blocage des prix de première nécessité, abrogation de la loi El-Khomri, planification écologique, abrogation des lois contre le séparatisme, "sixième république", retraite à 60 ans pour tous (« avec une attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles »). Objectif également a été fixé de « mettre fin a cours libéral et productiviste de l’Union Européenne et construire un nouveau projet au service de la bifurcation écologique et solidaire ». Bref, le PS, l’ex-énorme parti gouvernemental hégémonique, se range dans la case d’un groupuscule gauchiste anticapitaliste et irresponsable. À 1,7%, c’est son destin !

Quand Olivier Faure avait fait le déménagement de la rue de Solferino à Ivry, pour des raisons financières, il avait argumenté sur le fait qu’il fallait se rapprocher de ses électeurs. Conclusion, les journalistes ne se déplacent même plus à ce siège décidément trop éloigné de la vie parisienne, et maintenant, le premier secrétaire songe à redéménager pour revenir à Paris intra muros. Le problème, c’est qu’il ne peut plus se rapprocher de ses électeurs, ils seront maintenant introuvables.

Quand on parle de Paris, on se dit alors : mais qu’en pense Anne Hidalgo, la stoïque candidate du PS ? Eh bien, rien, et elle a bien insisté, enfin, son entourage : elle n’a pas l’intention d’avoir une seule chose à dire sur le sujet, elle n’a « pas l’intention de sortir de son silence » et préfère « se concentrer sur Paris ». On sait cependant qu’elle n’est pas contente du tout que sa protégée Lamia El Aaraje (ex-députée invalidée) ne soit pas retenue pour l’investiture dans la 15e circonscription de Paris qui sera dévolue à… la militante FI Danielle Simonnet. Se braquer toute la fédération du PS de Paris n’est peut-être pas productif, mais en 2022, combien encore de batillons parisiens dans le parti ? Climat de faillite.

Et cela donne une idée de la nature des accords que négocie FI : en fait de programme, ce parti s’en moque. Si c’était si long, c’était parce qu’il fallait discuter des 577 circonscriptions. En fait, les discussions, qui ont duré deux jours et deux nuits, n’ont porté que sur 70 circonscriptions. Rappelons que le PS est le parti de gauche qui a le plus de députés sortants (28) mais qui a fait le score le plus faible (excepté le NPA quasi-équivalent).

C’est ni plus ni moins de la cuisine électorale, ce qu’il y a de plus nauséeux dans la pratique politique et qui encourage l’abstention. Et c’est là, la contradiction : le principal adversaire de FI, c’est l’abstention. Parce que arrivé en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle, le parti de Jean-Luc Mélenchon risque de se retrouver aussi, dans la plupart des circonscriptions, en troisième position. Or, pour atteindre le second tour, en troisième position, il faut au moins 12,5% des inscrits, soit, avec une abstention équivalente à 2017, entre 25% et 30% des suffrages exprimés. Autant dire qu’à l’exception de quelques dizaines de circonscriptions bien ancrées à gauche, l’alliance appelée NUPES : Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale a peu de chance d’arriver au second tour.

Une grande cérémonie d’investiture aura lieu à Aubervilliers le 7 mai 2022, pour acter l’absence de candidat FI dans 100 circonscriptions au profit de EELV (dont 30 gagnables), 70 au profit du PS et 50 au profit du PCF (dont 16 gagnables). Les négociateurs du PS ont estimé que leur parti avait été bien servi au regard des 1,7% de la présidentielle, sans pourtant prendre en compte que le PS est un parti très bien implanté qui a su encore être victorieux dans beaucoup de municipalités en 2020 et de conseils régionaux en 2021. Ces négociateurs du PS ont oublié de comprendre que les 22% de Jean-Luc Mélenchon sont venu d'un vote utile et que le vrai mélenchonisme électoral ne valait que 10% à 12%.

Comme disait Stéphane Le Foll, c’est un leurre d’imaginer un gouvernement Mélenchon, c’est un ballet des Nupes (c’est facile, j’ai déjà lu ce jeu de mots), mais Jean-Luc Mélenchon s’en fiche, son truc, c’était de tuer le PS, qu’il ait capitulé sans condition à ses pieds, et l’avenir de la gauche ne pourra ainsi plus passer par le PS, car il n’existera plus, tout le monde l’a fui, d’une manière ou d’une autre. De là à construire un nouveau mouvement avec plein d’espérance pour les années 2030, on peut légitimement en douter quand on le voit discutailler avec le PCF et NPA, symboles résiduels d’un siècle qui n’en finit plus de se consumer en France…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Olivier Faure, le fossoyeur du PS ?
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !
Michel Delebarre.
Jean-Pierre Bel.
Bernard Tapie.
Daniel Mayer.
Léon Blum.
Jacques Delors.
Bertrand Delanoë.
Manuel Valls.
Jean-Pierre Chevènement.
Jean-Luc Mélenchon.
Christiane Taubira.
François Hollande.
Anne Hidalgo.
Le technotable de Dunkerque.
Pierre Moscovici.

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10 avril 2022 7 10 /04 /avril /2022 03:47

« C’est la génération Mauroy qui tire sa révérence. (…) Delebarre à Dunkerque aura copié et reproduit la machine électorale qu’il avait réglée pour son maître lillois, capable de compenser par sa manière pateline et paternelle. (…) Volontiers autoritaire, Delebarre ne compense pas comme Mauroy. » (Marc Prévost, le 3 avril 2014 dans le "Daily Nord").




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Le jugement de ce journaliste du Nord en forme d’éloge funèbre était sévère pour commenter l’échec surprenant de Michel Delebarre en 2014, détrôné de son siège de maire de Dunkerque qu’il occupait depuis un quart de siècle (1989). Malade depuis quelque temps, Michel Delebarre a quitté cette terre à quelques jours de ses 76 ans ce samedi 9 avril 2022 à Lille. Il aura été un symbole de ce socialisme de gouvernement qui a fait les beaux jours de la Mitterrandie des années 1980 et 1990 et qui a probablement précipité le parti socialiste trente année plus tard dans l’impasse de l’élection qui allait se dérouler le lendemain, avec même pas 2% des voix au niveau national.

Protégé de Pierre Mauroy, maire de Lille et premier Premier Ministre de François Mitterrand, Michel Delebarre fut le technocrate qui a construit le "système Mauroy" à Lille, basé sur du clientélisme politique intense. À son départ de Matignon, Pierre Mauroy, au-delà de l’avoir nommé préfet, l’a imposé dans la composition du gouvernement suivant, dirigé par Laurent Fabius. De collaborateur, il est devenu acteur de la vie politique : Michel Delebarre, ami des patrons, s’est transmuté en collectionneur de mandats pendant trente ans, ministre pendant sept ans, maire de Dunkerque pendant vingt-cinq ans, parlementaire du Nord, président du conseil régional et président de nombreuses structures annexes qui en ont fait un champion de France du cumul des mandats.

Apprécié par l’ancien Premier Ministre Raymond Barre pour sa rigueur et sa compréhension des milieux économiques, Michel Delebarre a été, pendant le second septennat de François Mitterrand, un socialiste très en vue, jeune, dynamique, l’image que voulaient laisser les vieux éléphants après l’insupportable guerre interne du congrès de Renne en 1990. On projetait sur Michel Delebarre toute sorte de destin, en particulier celui de diriger le gouvernement (cité régulièrement parmi les premiers ministrables comme Michel Charasse ou encore Louis Mermaz) et celui de diriger le parti socialiste. Son potentiel était d’être un éléphant au plus haut niveau : « On m’a vu Premier Ministre, premier secrétaire du PS, cela fait plaisir… C’est à Mitterrand et Mauroy que je le dois. ». Mais les circonstances ne sont pas allées dans ce sens : en 1993, il a été battu aux législatives et il n’a finalement été qu’un seigneur féodal de grande influence locale, politique mais aussi économique.

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Bien que les deux hommes étaient "complices", Pierre Mauroy ne l’a pas choisi comme dauphin à la mairie de Lille : « [En 1989,] la logique voulait que je devienne adjoint au maire de Lille. Mais Pierre Mauroy s’est dit que, lui maire, s’il me faisait son adjoint, les gens penseraient immédiatement à sa succession. C’était un peu tôt. ». De plus, Bernard Roman comptait prendre cette succession. Finalement, Martine Aubry a préempté l’héritage, à l’élection suivante, en juin 1995, en se faisant parachuter comme première adjointe au maire de Lille. Quand il s’est attaqué à la mairie de Dunkerque en 1989, tenue par l’inamovible maire indépendant Claude Prouvoyeur, Michel Delebarre ne pensait pas gagner. Daniel Percheron, ancien président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, disait qu’il avait « une chance sur cent de l’emporter ». Il a gagné en deux coups, la première fois avec 115 voix d’avance qui a abouti à une invalidation à cause du trop faible écart de voix, mais la nouvelle élection a confirmé le premier résultat. Le début d’une grande histoire d’amour avec la ville portuaire qui s’acheva sur un divorce, un premier adjoint qui l’a emporté sur le maire sortant en 2014 en pleine Hollandie triomphante (Michel Delabarre avait apporté son soutien à François Hollande bien avant la "chute" de Dominique Strauss-Kahn dans une chambre du Sofitel).

Longtemps collaborateur de Pierre Mauroy, en particulier secrétaire général de la mairie de Lille puis, dircab à Matignon entre 1982 et 1984, fonction qui l’a conduit à se faire condamner le 9 novembre 2005 par le tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire des écoutes téléphoniques contre Jean-Edern Hallier, Michel Delebarre était un dingue de travail. Une appréciation de Pierre Mauroy interrogé par Florence Muracciole dans "Le Point" le 27 janvier 2011 : « Michel Delebarre, c’est un ami. Il a été un collaborateur formidable, doté d’une force de travail incroyable. Je n’ai jamais vu un homme aussi amoureux de ses dossiers. Il n’est jamais aussi heureux que quand il en a une pile devant lui : il les caresse… ».

De 1984 à 1986, il est devenu Ministre du Travail de Laurent Fabius puis il a multiplié les ministères de 1988 à 1993 dans les gouvernements de Michel Rocard, Édith Cresson et Pierre Bérégovoy. Il a été le premier Ministre de la Ville en 1990, pendant deux ans (transmettant son portefeuille à Bernard Tapie), avec le rang prestigieux de Ministre d’État. Si en 1997, il n’a pas été membre du gouvernement de Lionel Jospin, c’était probablement parce qu’il avait misé sur Henri Emmanuelli pour la désignation du candidat socialiste à l’élection présidentielle de 1995.

Marc-Philippe Daubresse (à l’époque UMP), ancien Secrétaire d’État au Logement sous Nicolas Sarkozy, aimait bien Michel Delebarre, son voisin de circonscription : « Le Delebarre national est un homme cordial, avec qui je me suis très bien en entendu quand j’étais au Logement et lui président de l’Office HLM. À côté, le Delebarre maire est autoritaire. Certes, il a réussi un bel aménagement du territoire dans son secteur, mais sa gestion est très centralisée et l’opposition peu considérée. Décentralisateur à Paris, il est centralisateur à Dunkerque. ». Ce qu’admettait dans le même hebdomadaire Michel Delebarre, qui se disait « Je suis flamand, un Flamand rose ! » : « Ici, je suis le patron et je m’assume comme tel. Je travaille avec des copains, et ce n’est pas l’armée ni la dictature. Même si je suis exigeant, ça ne nous empêche pas de bouffer ensemble. Il n’y a pas de système Delebarre, c’est une façon de vivre. ».

L’apparatchik socialiste Daniel Percheron voyait même en Michel Delebarre un futur Président du Sénat, aux élections sénatoriales de 2011 (où la gauche allait remporter la majorité sénatoriale) : « De Gérard Larcher il aurait la convivialité, de René Monory l’intelligence territoriale, et de Pierre Mauroy la dimension nationale. ». Finalement, le socialiste Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste, fut élu Président du Sénat en octobre 2011 pour le temps d’un seul mandat de trois ans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 avril 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Portrait de Florence Muracciole dans "Le Point" du 27 janvier 2011 : "Un Flamand rose à la barre".

Michel Delebarre.
Jean-Pierre Bel.
Bernard Tapie.
Daniel Mayer.
Léon Blum.
Jacques Delors.
Bertrand Delanoë.
Manuel Valls.
Jean-Pierre Chevènement.
Jean-Luc Mélenchon.
Christiane Taubira.
François Hollande.
Anne Hidalgo.
Le technotable de Dunkerque.
Pierre Moscovici.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220409-michel-delebarre.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/un-flamant-rose-au-milieu-des-240805

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2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 03:31

« À côté d’eux [des militants EELV], Yannick Jadot, rationnel, démocrate, réformiste et républicain, paraît une sorte de colonel sobre à la tête d’une armée folle. L’un des charmes de l’écologie française est que le groupuscule est moins raisonnable que son leader. Onirophobes, inclusivistes, incompétents, antivax (pour certains), intersectionnels, victimistes, terrorisables, rééducables et ardemment soumis à tous les vents, les Verts sont une sorte de secte accidentellement gouvernée par un homme raisonnable. » (Raphaël Enthoven, le 8 septembre 2021 dans "L’Express").


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Étrange époque où les déclarations ne valent que si on est vainqueur. Xavier Bertrand est prêt à rassembler …autour de lui ! Et Sandrine Rousseau était prête à soutenir le candidat désigné par la primaire EELV… seulement dans le cas où c’était elle.

C’est sûr que la désignation du candidat écologiste Yannick Jadot a étonné dans l’histoire du mouvement écologiste qui préfère généralement les candidats les plus extrémistes et les moins capables de rassembler les électeurs. Sandrine Rousseau a eu le blues du perdant, c’est-à-dire qu’elle a exprimé son amertume et sa conviction (qui n’est pas prouvée) que si le vote avait eu lieu une ou deux semaines plus tard, elle aurait gagnée car les votes se seraient croisés. Si elle le dit.

C’est vrai qu’à 2% près, c’est assez rageant. Mais valait-il mieux une courte défaite ou une large défaite ? Pour elle, c’était un peu comme Ségolène Royal (j’y reviendrai) le soir de sa défaite face à Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007 : en avant vers de nouvelles victoires ! En effet, Sandrine Rousseau a déclaré : « Ce n’est que le début de quelque chose ! ». Pourtant, son aventure présidentielle s’arrêtait là.

Pendant trois jours, ce fut tergiversations. Le coup de semonce, le lendemain de sa défaite, le 29 septembre 2021 à la matinale de RTL, la candidate a laissé exprimer toute son acidité : « Je n’ai pas l’impression que Yannick Jadot ait perçu l’ensemble de la dynamique. (…) Je n’ai pas senti qu’il ait entendu l’importance de porter la radicalité comme étant une transformation de notre société, de notre économie, et de la structure du pouvoir. ».

Le surlendemain, en Savoie, Julien Bayou (patron de EELV) a recadré l’ancienne candidate. Alors, il y a eu beaucoup de rumeurs, que Sandrine Rousseau créerait son propre mouvement politique, qu’elle se présenterait quand même à l’élection présidentielle, qu’elle soutiendrait un autre candidat que celui de EELV.

Se frottant les mains, les partisans de Jean-Luc Mélenchon (qui remonte dans les sondages) n’hésitaient pas à aller à la pêche aux voix, un peu comme Éric Zemmour chez LR. Ainsi, la députée FI Danièle Obono le 28 septembre 2021 sur franceinfo : « Les clarifications vont pouvoir se faire sur quelle écologie nous voulons mettre œuvre, entre une écologie de bifurcation et une écologie d’accommodement. (…) [Les électeurs qui] ont porté cette candidature [celle de Sandrine Rousseau] auront désormais un candidat en 2022 : Jean-Luc Mélenchon ! ».

Reprenant les mêmes éléments de langage (ce qui est un peu trop visible), le député européen FI Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, a lancé un appel à Sandrine Rousseau le 1er octobre 2021 : « Les électrices et les électeurs de cette primaire qui se sont retrouvés derrière la candidature de Sandrine Rousseau ont aujourd’hui un candidat en la personne de Jean-Luc Mélenchon. (…) Si c’est le choix qu’elle fait, elle est bien évidemment la bienvenue [à FI] (…). C’est elle qui en tirera les conclusions. ».

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Dans un des débats du premier tour de la primaire EELV, Jean-Marc Governatori avait mis en garde : il ne se voyait pas faire la campagne de Sandrine Rousseau et il ne la voyait pas faire sa campagne, tant les positions politiques étaient très différentes.

Il faut bien comprendre que le principe des primaires est très cruel quand on perd : on doit faire ensuite la campagne d’un adversaire qu’on a combattu pendant des mois. En ce sens, la primaire du PS en janvier 2017 avait été terrible et sans doute est-ce la cause du délitement continu du courant socialiste en France. En principe, tous les participants à une primaire s’engagent à soutenir le candidat désigné à l’issue de celle-ci.

Au PS en 2017, ce ne fut pas du tout le cas. D’abord, celui qui a été désigné était un ultraminoritaire dans l’appareil, Benoît Hamon, au point qu’après son lamentable échec, il a quitté lui-même le PS (et a créé un parti qui s’est amouraché avec EELV). Ses adversaires n’étaient pas mieux. Ainsi, Manuel Valls a soutenu Emmanuel Macron, tout comme François de Rugy (qui, bien qu’écologiste, était de la primaire PS). Le vote de Sylvia Pinel, autre belligérante, était probablement macronien aussi (mais j’ai un doute à ce sujet). Beaucoup de hiérarques du PS ont aussi préféré Emmanuel Macron : Ségolène Royal, Michel Rocard, Jean-Yves Le Drian, Pierre Moscovici… (non, pas Michel Rocard, il avait déjà quitté ce monde, mais c’était pour voir si vous suiviez).

Finalement, Sandrine Rousseau a lâché les mots doux tant attendus, le 1er octobre 2021 sur France Bleu : « Évidemment, c’est Yannick Jadot qui portera les couleurs de écologie, je me mets complètement à son service. Je le suivrai sans aucun état d’âme. ». Nous voici rassurés, la morale est sauve.

Je doute néanmoins que ce couple Sandrine Rousseau/Yannick Jadot, ce soit un long fleuve tranquille jusqu’à l’élection. Je ne vois pas comment l’une peut soutenir l’autre sauf si ce dernier reniait ce qu’il penserait. Mais Yannick Jadot a montré une forte élasticité dans ses convictions, peut-être est-ce le secret d’un bon responsable politique, l’habileté à dire tout et son contraire devant des publics différents sans que la contradiction, plus facilement détectable maintenant avec l’Internet, puisse lui causer du tort ?

Pour l’heure, le candidat EELV est comme la candidate PS, inconsistant dans les sondages d’intentions de vote. Peut-être faudrait-il que, pour se faire entendre, Sandrine Rousseau se tourne vers Éric Zemmour, malgré l’aversion que nourrit ce dernier contre l’engagement des femmes en politique ? Ça promet d’être passionnant…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yannick Jadot.
Sandrine Rousseau.
Élysée 2022 (5) : profondes divisions chez les écologistes.
Grégory Doucet.
René Dumont.

_yartiRousseauSandrineA03



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210928-sandrine-rousseau.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/sandrine-rousseau-mauvaise-236156

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/30/39157734.html







 

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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 03:33

« Je suis trop libre, je pense. Ma liberté dérange ! » (Ségolène Royal, le 28 septembre 2021 sur France 2).



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Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Il est loin le temps de la consécration le 16 novembre 2006 de la candidature de Ségolène Royal par le PS à l’élection présidentielle de 2007, près de 61% face à deux gros éléphants du PS, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Les sondages lui promettaient une victoire face à l’incontournable Nicolas Sarkozy !... Et puis la machine est tombée en panne. Cette belle mécanique bien huilée de la communication avec vernis, celle qui montrait son bébé qui venait de naître alors qu’elle était jeune ministre, celle qui a su mobiliser des troupes de jeunes admirateurs sur ce qui allaient devenir les réseaux sociaux. Quand on voit ce qu’est devenue Génération Ségo (ou plus tôt Désirs d’avenir), il vaut mieux que Génération Z reste prudente.

En mal de mandat (cela fait quatre ans et demi qu’elle n’a rien eu à faire à part ambassadrice aux pôles du 1er septembre 2017 au 24 janvier 2020 où elle n’aurait pas fait grand-chose à part promouvoir ses bouquins, mais c’est vrai qu’une enquête préliminaire du parquet national financier a classé sans suite cette affaire en juin 2021 ; apparemment, si l’on en croit son site Internet, France 2 n’est pas encore au courant qu’elle n’est plus ambassadrice aux pôles depuis vingt mois !), Ségolène Royal a voulu se replier au Sénat, faute de mieux. Et par un concours de circonstances assez exceptionnel, il y avait des élections sénatoriales le dimanche 26 septembre 2021. Il s’agissait d’élire les six sénateurs représentants des Français de l’étranger.

Elles n’ont pas eu l’écho médiatique qu’elles auraient méritées, et elles ont été organisées de manière tout à fait exceptionnelle : elles auraient dû avoir lieu en septembre 2020, comme c’était le cas pour les autres départements de leur groupe (le Sénat est renouvelable par moitié tous les trois ans), mais le collège électoral n’avait pas pu être constitué car les élections consulaires n’avaient pas pu avoir lieu pour cause de pandémie de covid-19. Ainsi, ces élections ont été reportées d’une année pour élire ces six sénateurs pour un mandat écourté de cinq ans au lieu de six.

Pour son 68e anniversaire, Ségolène Royal a présenté sa liste et voulait l’investiture du PS mais son parti lui a refusé sous prétexte que sa liste était trop à droite (elle aurait pris un proche de François Fillon parmi ses colistiers). Le 6 septembre 2021, PS a préféré investir Yan Chantrel, conseiller consulaire élu au Québec.

Dès le 7 septembre 2021 dans "Le Figaro", Ségolène Royal a fustigé cette décision : « Cette décision de division prise en catimini et au dernier moment par l’appareil du PS est contraire à l’aspiration profonde de l’électorat pour l’union et pour le sérieux. Elle est inutilement humiliante pour l’équipe que je conduis et qui travaille dur. (…) Je suis comme Claudine Lepage, la sénatrice sortante des Français de l’étranger (…). Elle s’est dite effarée de la décision de l’appareil du PS, qui se prétend féministe, d’investir un homme à la place d’une femme, alors qu’on est loin de la parité au Sénat. ».

Un argument à la mords-moi-le-nœud qui montre surtout l’absence d’argument solide. Car ne justifier sa candidature que par le fait d’être une femme est non seulement pitoyable (et insultant pour les femmes en général) mais stupide puisque ces élections sont au scrutin proportionnel et que les listes candidates doivent présenter la parité homme/femme (c’est vrai que pour les listes qui ne peuvent espérer qu’un seul siège, la première place est essentielle).

Résultat, Ségolène Royal a fait un score archiridicule, elle n’a obtenu que 2,1% des voix, soit 11 votes de grands électeurs sur 533, la huitième liste sur les huit qui ont recueilli des suffrages ! Une véritable gifle politique qui n’a rien à avoir avec les appareils de parti, car les grands électeurs ont toujours montré leur indépendance vis-à-vis des partis (élisant souvent des candidats dits dissidents). Ségolène Royal a donc cherché à rendre le PS responsable de ce qui est le résultat de sa propre incapacité à donner des désirs d’avenir.

Probablement que son premier handicap, c’était de ne pas être Française de l’étranger et que les grands électeurs préféraient que leurs représentants les représentent vraiment ! Les parachutages sont rarement appréciés, encore moins chez les Français résidant à l’étranger qui ont besoin de vrais soutiens auprès du pouvoir central et pas juste faire le jeu politicien de personnalité en mal de tremplin.

Pauvre Ségolène Royal qui, depuis le 9 octobre 2011, n’a cessé de subir défaites sur défaites ! Souvenez-vous des larmes, il y a juste dix ans, elle s’est prise une gifle à la première primaire ouverte de l’histoire de France, même pas 7% des voix, et ce fut son ancien compagnon qui fut non seulement désigné candidat socialiste mais élu Président de la République.

Dans cette nouvelle République au visage rose, elle a voulu prendre "sa part" et a préempté le perchoir. Manque de bol, elle s’est fait battre aux élections législatives de juin 2012 après son parachutage sur Niort, pas par une personnalité de droite, non, par le secrétaire fédéral du PS et maire de Niort, Olivier Forlani qui l’a emporté très largement avec 63% ! Elle avait laissé son ancienne circonscription à son ancienne suppléante Delphine Batho (devenue plus tard candidate à la candidature écologiste) qui ne voulait pas y renoncer et celle de Niort était "libre" car le député sortant PS ne se représentait pas. D’ailleurs, plus tard, aux élections législatives de juin 2017, dans cette ancienne circonscription, Ségolène Royal a voté contre Delphine Batho et pour la candidate LREM (qui a été battue).

Pendant trois ans, elle est quand même revenue au gouvernement comme Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie puis Ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, dans les gouvernements de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve, même si elle aurait voulu le titre de Ministre d’État. Dans ce ministère, elle s’est couchée devant les Bonnets rouges en abandonnant l’écotaxe, ce qui a coûté très cher aux contribuables français. Surtout, elle a raté d’être Ministre des Affaires étrangères en février 2016, quand Laurent Fabius a été nommé Président du Conseil Constitutionnel, alors que François Hollande le lui avait vaguement promis dans un premier temps.

Malgré son soutien à Emmanuel Macron en 2017, ce dernier ne l’a pas reconduite au gouvernement (on imagine sans peine que le nouveau Président n’avait aucun intérêt politique à la reconduire, car elle ne représentait qu’elle-même). L’amertume est toujours mauvaise conseillère et Ségolène Royal a sorti en 2018 chez Fayard un livre (particulièrement mauvais) où elle a craché son venin sur François Hollande et Emmanuel Macron (j’en dirai peut-être quelques mots plus tard sur un sujet bien particulier).

Pour les élections européennes de 2019, elle a voulu faire équipe avec les écologistes mais Yannick Jadot l’a repoussée, considérant qu’il n’y avait pas de projet commun. Sans appareil, elle ne s’est donc pas lancée candidate.

Enfin, dès le début de l’année 2020, après avoir violemment condamné la politique du gouvernement (ce qui lui a coûté son poste d’ambassadrice aux pôles pour rupture de son devoir de réserve), elle a fondé une association, Désirs de France, avenir de la planète (c’est un peu long pour s’en souvenir) dans la perspective …de se présenter à l’élection présidentielle de 2022 ! Ce qui, il faut bien avouer, ne correspondait pas beaucoup avec sa volonté, au même moment, de se présenter aux élections sénatoriales, si ce n’est pour avoir un lot de consolation.

Alors, dans un entretien typique de l’ancien monde, oubliant que le parti socialiste n’était plus une référence politique et que probablement sa candidate Anne Hidalgo allait se noyer dans des eaux écologistes, Ségolène Royal a payé son honneur en culpabilisant (inutilement) le PS. Cela a surtout permis de faire rire ceux des téléspectateurs qui ont regardé son entretien des "Quatre Vérités" le mardi 28 septembre 2021 sur France 2.

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Après tout, c’était très compréhensible que l’appareil du PS n’ait pas soutenu celle qui, ayant quitté le PS de 2017 à 2021 (elle a repris sa carte en été 2021 !), a soutenu la candidature d’Emmanuel Macron contre le candidat officiel du PS à l’élection présidentielle d’avril 2017, et a soutenu également la candidate LREM contre la candidate officielle du PS aux élections législatives de juin 2017 dans sa circonscription où elle vote. Elle a beau avoir été déçue par le macronisme (qui a bien compris qu’il valait mieux se mouvoir vers le centre droit que vers un pôle ségolénestre), son ancien parti n’a aucune raison de venir la consoler.

Gros éclat de rire quand on a entendu Ségolène Royal dire le plus sérieusement du monde : « L’appareil du parti ne lui a pas rendu service parce que la semaine même où le parti me refusait l’investiture et parachutait un candidat contre moi, Anne Hidalgo s’est effondrée dans les sondages pour atterrir à 4%, parce que les gens n’aiment pas le sectarisme. ». Gros éclat de rire car cela donne une idée de son grand narcissisme, nombrilisme, égocentrisme : les sondés ne devaient avoir aucune idée qu’il y aurait quelques jours plus tard des élections sénatoriales partielles au bout du monde ! Et devaient encore moins connaître les coulisses de chacune des listes en présence. Quant au parachutage, elle parlait plutôt d’elle que de son rival socialiste qui réside au Canada.

Pourquoi candidate de l’écologie intégrale ? C’était l’expression de Ségolène Royal le 28 septembre 2021 pour répondre à l’écologie radicale de Sandrine Rousseau : « Je suis pour l’écologie intégrale, c’est-à-dire très ambitieuse sur des objectifs qui soient intégrés dans tous les aspects de la vie économique, sociale et culturelle. ». Cette écologie-là serait « la synthèse entre les deux [Yannick Jadot et Sandrine Rousseau] avec l’écologie qui veut sécuriser es transitions. ». Comme on le voit, il n'y a que de la communication. Ségoléniser un mot de vocabulaire est très habile pour faire sa pub (après tout, Arnaud Montebourg a bien fait cela longtemps avec le mot démondialisation).

Et elle a terminé son entretien avec la journaliste Caroline Roux en assurant qu’elle a encore le soutien « des jeunes » et qu’elle souhaitait poursuivre son engagement politique car : « Ma génération a une responsabilité dans la transmission et je veux qu’une nouvelle génération politique se lève ! ». C’est pourtant exactement ce qui s’est passé aux élections sénatoriales des Français de l’étranger : le candidat investi par le PS (et qui a été élu sénateur) a en effet 42 ans. Ils pourrait être largement son fils ! En fait, on n’a pas eu besoin d’elle pour faire la transmission des générations. Cruel, non ?

Comme disait De Gaulle pour un autre naufragé de la vie (un naufragé "grave" !), la vieillesse, oui, c’est un naufrage. Alors, que pourrait-on bien faire de Ségolène Royal aujourd’hui ? Un poste de Haut-commissaire se libérerait-il ou faudrait-il un poste d’ambassadrice à l’UNESCO ? ou un nouveau siège au Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) ? Les avis divergent au sein du pouvoir, à moins que le Conseil Constitutionnel (dont le tiers sera à renouveler en février 2022)… ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 octobre 2021)
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Pour aller plus loin :
Ségolène Royal, candidate de l’écologie intégrale en 2022 ?
Ségolène Royal et la baisse du chômage…
Ségolène Royal, adepte de la castritude aiguë.
Ségolène Royal et l’écotaxe.
Ségolène Royal avant la primaire socialiste de 2011.
Ségolène Royal et la démocratie participative.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210928-segolene-royal.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-9-segolene-royal-236109

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/02/39160872.html









 

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13 août 2021 5 13 /08 /août /2021 03:23

« Après la bombe atomique, il restera les cafards et… Marie-Noëlle Lienemann ! » (Jean-Luc Mélenchon, 1er février 2011).



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Pas vraiment gentil, "le" Jean-Luc Mélenchon, pour son ancienne camarade du parti socialiste, il y a dix ans… et pourtant, qui ne se rappelle pas la grande union de l’aile gauche du PS, ce trio si connu : Jean-Luc Mélenchon, Julien Dray et Marie-Noëlle Lienemann, qu’on aurait pu appeler le clan des Essonniens ? Marie-Noëlle Lienemann, elle, fête ses 70 ans le lundi 12 juillet 2021 (elle est née à Belfort). L’ancienne jeune étudiante de Normale Sup. Cachan, spécialisée en chimie, a eu une carrière assez étonnante et un peu brouillonne, pour ne pas dire chaotique. Sa formation en science (elle a même été prof de physique dans quelques collèges avant d’enseigner à l’IUFM et au CNAM) pourrait cependant la parer d’atours sympathiques (il y a assez peu de scientifiques parmi les responsables politiques, à part les médecins).

À 20 ans, Marie-Noëlle Lienemann s’est engagée au sein du PS, elle y est entrée à l’occasion du (fameux) congrès d’Épinay en juin 1971 par la face chevènementiste (proche du CÉRÈS). Elle fut désignée deux ans plus tard au secrétariat national, chargée des étudiants. Très étrangement, elle a rejoint Michel Rocard, ancien candidat du PSU à l’élection présidentielle de 1969, lorsque ce dernier a intégré le PS en 1974. Pour l’élection présidentielle de 1981, elle a donc soutenu la candidature de Michel Rocard au détriment de François Mitterrand, mais deux ans après l’élection de ce dernier, elle s’est éloignée de Michel Rocard et a commencé à batailler au sein des congrès socialistes pour s’opposer à ce qu’elle considérait comme la "dérive gestionnaire" du PS.

À 32 ans, la voici donc cosignataire d’une motion qui s’est opposée à la "rigueur" qui a obtenu 4,7% des mandats (349 mandats) au congrès du PS à Bourg-en-Bresse en octobre 1983. Les deux autres cosignataires, deux rocardiens aussi, le sociologue et député Jean-Pierre Worms et Alain Richard, actuellement sénateur macroniste après avoir été le très long Ministre de la Défense sous Lionel Jospin (pendant cinq ans) et un fidèle rocardien pendant plus d’une cinquantaine d’années. Face à cette motion dissidente, deux autres motions : une de Jean-Pierre Chevènement (CÉRÈS) avec 18,1% des mandats, et la motion majoritaire de Lionel Jospin et Jean Poperen (numéro un et numéro deux du PS), avec 77,2% des mandats.

Excellente connaisseuse du fonctionnement complexe du parti socialiste qui fourmillait de courants et de motions, en se distinguant ainsi avec une motion dissidente qui avait eu du poids en interne, elle a pu renforcer sa position au sein du PS, et donc, sa carrière électorale… car elle avait déjà des mandats électifs en Essonne.

De mars 1977 à mars 1989, Marie-Noëlle Lienemann fut effectivement élue maire adjointe de Massy, dans l’équipe du député socialiste Claude Germon (maire). On peut d’ailleurs citer un autre adjoint de l’époque, Jean-Luc Mélenchon. De mars 1979 à septembre 1988, elle fut également élue conseillère générale de Massy (Jean-Luc Mélenchon fut lui aussi conseiller général un peu plus tard).

Son initiative du congrès de Bourg-en-Bresse fut récompensée par la direction du PS puisqu’elle fut élue députée européenne de juin 1984 à juin 1988, placée en dix-neuvième position sur la liste menée par Lionel Jospin (premier secrétaire du PS).  Elle a quitté le Parlement Européen en 1988 pour entrer au Palais-Bourbon.

Son ascension s’est en effet poursuivie par sa candidature à la septième circonscription de l’Essonne et son élection comme députée PS en juin 1988 jusqu’à sa nomination au gouvernement en 1992. Par ailleurs, si elle a quitté ses responsabilités municipales de Massy, c’était pour se faire élire maire d’Athis-Mons, en Essonne, de mars 1989 à mars 2001.

Assurément, elle a réussi à s’implanter électoralement dans l’Essonne, aidée d’un mandat européen par son influence interne au PS. Au (fameux) congrès de Rennes en mars 1990, Marie-Noëlle Lienemann a défendu sa propre motion, nommée Sesame : Sensibilité européenne socialiste autogestionnaire mondialiste écologistes. Sa motion s’est retrouvée classée dernière, avec 0,7% des mandats (47), derrière l’avant-dernière motion, soutenue par Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon, 1,4% des mandats (97). Le parti socialiste était alors très profondément divisé entre les pro-Jospin (28,9% des mandats), les pro-Fabius (28,8%), les pro-Rocard (24,3%) et les pro-Chevènement (8,5%), sans oublier la motion de Jean Poperen et Jean-Marc Ayrault (7,2%). Elle s’est alors ralliée au courant de …Laurent Fabius.

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En 1991, Marie-Noëlle Lienemann a rejoint Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon dans le courant "Gauche socialiste" créé en 1988. Ce courant qui se voulait être l’aile gauche du PS, s’est opposé à l’esprit d’ouverture des gouvernement de Michel Rocard, et aussi à la guerre du Golfe (le 6 février 1991). Parmi ses membres, on peut citer Gérard Filoche, ancien militant de la LCR. Ce courant a été pendant les années 1990 à un niveau interne, au sein du PS, entre 5% et 10% des mandats, présentant à chaque congrès sa motion. Malgré son poids assez faible en nombre de mandats, ce courant avait un rôle important au sein du PS car il contrôlait à la fois le syndicat étudiant du PS (l’UNEF-ID) et l’association très active SOS-Racisme (son vice-président Julien Dray a obtenu de François Mitterrand une circonscription dans l’Essonne en 1988 pour ces services rendus). C’étaient des organisations dans lesquelles le PS pouvait recruter ses futurs candidats.

Dans la perspective des futures élections législatives (prévues en mars 1998), Lionel Jospin redevenu le patron du PS a fait travailler des groupes pour le projet du PS. En  novembre 1996, Marie-Noëlle Lienemann s’est retrouvée ainsi aux côtés de Dominique Strauss-Kahn et de Vincent Peillon pour travailler sur la croissance et l’emploi.

La Gauche socialiste s’est renforcée au fil des congrès jusqu’au congrès de Grenoble en novembre 2000 où elle a obtenu 13,5% des mandats. Elle s’est disloquée en 2002 après l’échec de Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon s’étant éloigné pour créer un autre courant avec Henri Emmanuelli, Julien Dray rejoignant François Hollande (comme Marie-Noëlle Lienemann) puis Ségolène Royal, et le reste du courant s’étant fondu au Nouveau parti socialiste, nouveau courant créé par Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoît Hamon qui furent concurrents lors de la dernière élection présidentielle (à la primaire du PS en janvier 2017).

Mais j’avance trop vite dans le temps car Marie-Noëlle Lienemann a d’abord eu une première consécration en 1992, après une expérience de (déjà) quinze ans de mandats locaux et nationaux : elle fut nommée par François Mitterrand Ministre déléguée au Logement et Cadre de vie dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy,  du 2 avril 1992 au 29 mars 1993. Comme ministre, elle s’est opposée à certains maires socialistes de son propre département, comme Jacques Guyard (Évry) et même son ancien parrain qui lui avait mis le pied à l’étrier, Claude Germon (Massy).

À quelques mois des élections législatives de mars 1993 où le PS est annoncé comme laminé, le 22 octobre 1992, Marie-Noëlle Lienemann a répondu dans un entretien écrit qu’elle pensait que le PS avait fait son temps, ce qui laissait un arrière-goût de rats qui quittaient le navire. En tout cas, son action comme ministre ne fut guère concluante puisqu’elle a été battue par le candidat RPR aux élections législatives de mars 1993 (et elle a été à nouveau battue en juin 1997). Elle a été cependant réélue dès le premier tour en juin 1995 maire d’Athis-Mons.

À l’initiative de Michel Rocard (premier secrétaire du PS) dans le cadre de sa future campagne présidentielle, des assises de la transformation sociale ont eu lieu le 6 février 1994, organisées par Lionel Jospin avec l’objectif de fédérer la gauche. Marie-Noëlle Lienemann y participait et voici la réaction de Michèle Cotta dans ses "Cahiers secrets" : « Elle est éloquente, avec une puissance dans l’art oratoire assez rare chez une femme, en énumérant les cinq objectifs concrets qu’elle propose : la réduction du temps de travail à 35 heures, la taxation du capital, le renforcement de l’État, un nouveau mode de développement, un blocage de la pesée technocratique. ».

Présente prudemment sur la liste européenne de juin 1994 (menée par Michel Rocard), elle fut déclarée élue députée européenne après la nomination de Pierre Moscovici au gouvernement en juin 1997, et Marie-Noëlle Lienemann fut réélue députée européenne en juin 1999, cette fois-ci en huitième position sur la liste menée par François Hollande (elle fut élue vice-présidente du Parlement Européen).

Réélue au second tour maire d’Athis-Mons en mars 2001, elle démissionna de son mandat car en raison de sa nomination, souhaitée par le Premier Ministre Lionel Jospin, comme Secrétaire d’État au Logement du 27 mars 2001 au 6 mai 2002 (pendant que son collègue essonnien Jean-Luc Mélenchon était lui-même ministre délégué).

En juin 2002 (après l’échec de Lionel Jospin), Marie-Noëlle Lienemann a fait deux erreurs : elle n’a pas voulu se représenter en Essonne car elle avait été battue déjà deux fois. Elle a voulu donc se parachuter dans le Pas-de-Calais dans une circonscription plus favorable à la gauche, à Béthune, mettant en émois les militants locaux qui soutenaient une autre personnalité socialiste. Finalement, Marie-Noëlle Lienemann a été battue dans un scrutin assez serré. L’autre erreur, c’était d’avoir chargé Lionel Jospin alors qu’elle avait été elle-même une de ses ministres.

En mai 2005, Marie-Lienemann a milité pour le non au référendum sur l’Europe, aux côtés de Manuel Valls, Paul Quilès, André Laignel et Jean-Pierre Balligand. Au congrès du PS au Mans en novembre 2005, elle a soutenu la motion de Laurent Fabius (21,2% des mandats) comme l’ont fait Jean-Luc Mélenchon, André Laignel et Alain Vidalies (futur ministre), jusqu’à sa candidature à l’élection présidentielle de 2007. Au congrès de Reims en novembre 2008, elle a soutenu la motion de Benoît Hamon.

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Petit à petit, elle a retrouvé de nouveaux mandats dans le Pas-de-Calais. Elle s’est fait élire conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais de mars 2004 à mars 2010, bombardée vice-présidente du conseil régional présidé par Daniel Percheron, chargée de la formation professionnelle. Trois mois plus tard, elle a été réélue député européenne (mandat qu’elle avait quitté en 2001, lors de son entrée au gouvernement) dans un scrutin de grandes régions, numéro deux de la liste menée par Henri Weber. N’étant pas réélue à Strasbourg, elle fut nommée membre du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) de 2009 à 2011, le temps de retrouver un autre mandat parlementaire.

Un peu auparavant, en mars 2008, elle fut élue maire adjointe à Hénin-Beaumont, la fameuse ville qui a été conquise en mars 2014 dès le premier tour par le vice-président du FN Steeve Brivois (futur suppléant de Marine Le Pen). Entre 2008 et 2014, il y a eu trois maires socialistes successifs. Marie-Noëlle Lienemann démissionna le 26 mai 2009 après avoir été écartée de la municipalité le 6 avril 2009 (à la suite de ses critiques contre le maire socialiste, aux comptes jugés "insincères").

En 2010, Marie-Noëlle Lienemann n’avait plus aucun mandat électif (ni parlementaire nationale ou européenne, ni conseillère municipale, ni conseillère régionale). Elle chercha une autre zone d’atterrissage électoral. Elle a pensé à se présenter au conseil régional d’Île-de-France en Seine-et-Marne en mars 2010 et aussi à la mairie d’Amiens en mars 2014.

Finalement, en septembre 2011, Marie-Noëlle Lienemann a quitté le Pas-de-Calais, pas plus accueillant que l’Essonne et s’est fait élire plus confortablement sénatrice socialiste de Paris (en quatrième place d’une liste d’union de la gauche). Elle a été réélue en septembre 2017 sur la liste socialiste et a été élue vice-présidente du Sénat du 4 octobre 2017 au 1er novembre 2018.

Marie-Noëlle Lienmann a eu des velléités de se présenter à la primaire du PS en janvier 2017 mais finalement y a renoncé faute de soutiens et elle a soutenu la candidature de Benoît Hamon dont elle est devenue une collaboratrice.

Olivier Faure fut élu à la tête du PS en mars 2018. Après plus de quarante-sept ans de militantisme au sein de ce parti, Marie-Noëlle Lienemann a quitté le PS le 13 octobre 2018, avec l’adversaire d’Olivier Faute, le député européen Emmanuel Maurel, et quelques autres socialistes, comme Gaétan Gorce. Elle s’est rattachée au groupe communiste au Sénat (et à FI sur le plan financier).

Le 18 octobre 2018, elle a cofondé la (future) Gauche républicaine socialiste avec Emmanuel Maurel, Bastien Faudot (MRC), avec la fusion le 2 février 2019 du Mouvement républicain et citoeyn (MRC) présidé par Jean-Luc Laurent (parti qui avait été créé par Jean-Pierre Chevènement dans les années 1990). Ce nouveau groupuscule politique a fait alliance avec FI pour les élections européennes de mai 2019 (ce qui a permis à Emmanuel Maurel de rester député européen, placé sur la liste de Manon Aubry). Caroline Fiat, députée FI de Meurthe-et-Moselle, est également proche de ce nouveau parti qui a fait deux journées d’union à gauche les 21 et 22 novembre 2020 où sont intervenus Fabien Roussel, François Ruffin, Arnaud Montebourg et Yannick Jadot (par vidéoconférence).

La trajectoire de Marie-Noëlle Lienemann apparaît ainsi illisible, cherchant apparemment à tout prix à collectionner des mandats de toutes sortes un peu partout en France, quand l’occasion se présentait à elle, et n’hésitant pas à "trahir" son parti pour se rapprocher des communistes. Certains ne semblent décidément pas avoir le sens de l’histoire…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Laurent Fabius.
Louis Mermaz.
Marie-Noëlle Lienemann.
Jean-Luc Mélenchon.
Danièle Obono.
François Ruffin.
François Mitterrand.
François de Grossouvre.
Le congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920.
Le congrès du PS à Épinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971.
Le congrès du PS à Metz du 6 au 8 avril 1979.
Le congrès du PS à Rennes du 15 au 18 mars 1990.
Le congrès du PS à Reims du 14 au 16 novembre 2008.
Édith Cresson.
Pierre Joxe.
Patrick Roy.
Raymond Forni.
Georges Frêche.
Bernard Tapie.
Michel Delebarre.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210712-marie-noelle-lienemann.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marie-noelle-lienemann-vive-le-234097

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/02/39040277.html









 

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18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 03:29

« Les économies d’énergie coûtent beaucoup moins chères que de produire de l’énergie supplémentaire. » (René Dumont, 1988).




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Personne ne contredira vraiment cette phrase dotée du bon sens. Son auteur René Dumont est mort à Fontenay-sous-Bois il y a exactement vingt ans, le 18 juin 2001, à l’âge de 97 ans (né le 13 mars 1904 à Cambrai). Il a été enterré le lendemain au son de la vibrante chanson de Boris Vian, "Le Déserteur". Il est connu pour avoir été à l’origine de la première tentative de l’écologisme électoral.

René Dumont est même un peu une référence nostalgique pour les écologistes, comme une sorte de Gandhi, un prédicateur, voire, pour les antiécologistes, un Philippus, vous savez, dans Tintin, "L’Étoile mystérieuse", le prophète qui annonce la fin du monde…

Agronome, chercheur, expert à l’ONU et dans de nombreux pays, et, puisqu’il a voulu populariser un certain nombre de notions par de la vulgarisation scientifique, il en était devenu aussi une sorte de sociologue de l’écologie (et il n’hésitait pas à faire de la politique ou de la politologie, étudiant notamment le socialisme et le libéralisme), René Dumont effectivement, voulait alerter "l’opinion publique" des dangers qui guettent notre planète.

Il suffit de prendre quelques titres de ses très nombreux ouvrages pour s’en rendre compte : "Chine surpeuplée. Tiers-monde affamé" (1965), "Nous allons à la famine" (1968), "L’Utopie ou la Mort !" (1973), "À vous de choisir : l’écologie ou la mort" (1974), "Paysans écrasés, terres massacrées" (1978), "Finis les lendemains qui chantent" (1983), "Les Raisons de la colère. Ou l’utopie et les Verts" (1987), "Un monde intolérable" (1988), "Dans quinze ans les dés seront jetés" (1989), "Ouvrez les yeux ! Le XXIe est mal parti" (1995), "Famines, le retour" (1997), "La contrainte ou la mort" (1990), etc. Pas bien réjouissant !

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C’est peut-être cela qu’on peut reprocher à René Dumont, le catastrophisme. Il suffisait de voir les affiches des écologistes dans les années 1970, elles étaient catastrophistes. J’en ai revu quelques-unes au Centre Pompidou à Metz, à l’occasion d’une exposition intéressante : "Sublime, les tremblements du monde", du 11 février au 5 septembre 2016 (commissaire : Hélène Guenin), dans la partie "L’anthropocène et l’esthétique du sublime". Beaucoup d’affiches prédisaient la fin du monde avant cinquante ans, voire vingt ans. Avec le recul, on pourrait sourire. En 2021, le monde est toujours le monde, même s’il faut l’améliorer, même des dangers le guettent.

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Bien sûr, ce catastrophisme était compréhensible pendant les années Pompidou marquées par le tout-automobile, il suffit de voir l’aménagement du quartier de La Défense pour en avoir une approche : les piétons n’y sont pas les bienvenus. Il fallait donc alerter que la planète, l’environnement avaient besoin d’être choyés, d’être protégés, d’être précieusement maintenus pour durer.

Mais ce catastrophisme a été largement contreproductif. D’une part, l’excessif est toujours insignifiant. D’autre part, il était inutile car l’esprit du temps évoluait dans le bon sens pour des raisons économiques : le premier choc pétrolier a bouleversé les mentalités. Il s’agissait de faire des économies d’énergie. Vous vous souvenez sans doute des campagnes sur la chasse au gaspi, qui était finalement la première prise de conscience écologique du monde qui nous entourait. Et qu’elle passât par la préoccupation économique était intelligent car c’est la seule qui est efficace : on a bien vu avec la révolte des gilets jaunes que lorsque la politique écologique est antiéconomique, elle n’est pas pérenne.

Il y avait évidemment un biais chez René Dumont, militant universel : il luttait aussi contre le libéralisme, et donc, il avait aussi des préoccupations politiciennes. Il voulait coller au libéralisme non seulement la cause de la pauvreté dans le monde mais aussi la maltraitance de l’environnement. D’autres titres d’ouvrages sont assez éloquents à ceux sujets (certains sont les mêmes que déjà cités, mais en sous-titre) : "Cuba. Socialisme et développement" (1964), "Développement et socialismes" (1969), "Paysanneries aux abois" (1972), "La Croissance de la famine !" (1975), "Seule une écologie socialiste…" (1977), "Le libéralisme en question" (1988), "Quel nouvel ordre mondial" (1992), "Misère et chômage. Libéralisme ou démocratie" (1994), Désordre libéral et démographique non contrôlée" (1997), etc.

Pour son travail d’agronome, René Dumont a visité de nombreux pays du monde, en particulier les plus pauvres, pour étudier leur agriculture. Il était favorable à des aides massives aux pays en développement, à la protection des sols, aux économies d’énergie et au contrôle des naissances pour limiter la démographie. Il soutenait aussi l’émancipation des femmes qui devait favoriser de meilleures relations et améliorer le développement des pays pauvres.

Très marqué par l’horreur de la Première Guerre mondiale (il était préadolescent), René Dumont était naturellement pacifiste, d’un "pacifisme intégral" au point de faire des tracts pacifistes au début de la Seconde Guerre mondiale en 1939, ce qui était illégal (en situation de guerre) et cela a sans doute entraîné son inaction pendant la guerre (il avait une quarantaine d’années), ce qu’il regrettait par la suite (le journal "Le Monde" évoqua ces zones d’ombre le 23 juillet 2001). Il était aussi naturellement opposé à la guerre d’Algérie et à l’arme nucléaire.

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René Dumont était connu du grand public comme le premier candidat écologiste à une élection présidentielle française en 1974. À la mort de Georges Pompidou, un certain nombre d’organisations écologistes (dont "Les Amis de la Terre") ont souhaité profiter de l’élection présidentielle pour amplifier leur communication auprès de la population.

Plusieurs personnalités ont été sollicitées pour être ce candidat : Jacques-Yves Cousteau (qui refusa), Théodore Monod (qui se trouva trop âgé), Philippe Saint-Marc (qui a aujourd’hui 93 ans), énarque de la Cour des Comptes et militant de l’écologie humaniste, auteur de la "Charte de la Nature" en 1972 qui l’a rendu célèbre. Philippe Saint-Marc ne croyait pas en l’écologie politique et préférait que l’écologie fût présente dans le programme de chaque parti politique. Ainsi, il a préféré influencer le candidat puis le Président Valéry Giscard d’Estaing par l’intermédiaire de son ami Jean Serisé, collaborateur à l’Élysée. Philippe Saint-Marc a notamment eu beaucoup d’influence auprès de Michel d’Ornano (qui fut Ministre de la Culture et de l’Environnement) et de Roland Nungesser (qui fut le rapporteur de la loi du 10 juillet 1976, la première loi de protection de la nature), dont il était le dircab (directeur de cabinet) lorsque ce dernier était ministre auparavant.

D’autres personnalités furent pressenties à ce rôle (il faut préciser qu’il n’y avait pas un mouvement écologiste mais une nébuleuse d’associations, souvent peu politisées et aucun "grand chef" qui pouvait s’imposer naturellement). Finalement, pour son expertise et son importance dans le monde des idées mais aussi de la politique, René Dumont, à plus de 70 ans, a été sollicité et il a accepté d’être ce candidat. Il a réussi à récolter les 100 parrainages d’élus locaux (à l’époque, la procédure, c’était seulement 100 et pas 500, changée par VGE), et a fait campagne, bénéficiant de la couverture télévisuelle de la campagne officielle.

 




À cette occasion, il a pu délivrer son message écologiste, en particulier son combat contre le gaspillage, contre la pollution, mais aussi un message plus politique contre la surpopulation, contre le consumérisme, contre le productivisme, contre les inégalités entre les pays pauvres et les pays riches, contre la faim dans le monde, etc.

Sur la forme, les coups médiatiques contrastaient avec la politique traditionnelle. Apportant de l’eau et une pomme devant la caméra de télévision, portant un pull rouge très reconnaissable, René Dumont lâchait des réflexions qui pouvaient choquer, comme : « La voiture, ça pue, ça pollue et ça rend con ! ». Son QG de campagne était dans un bateau-mouche, il se montrait en se déplaçant à vélo, etc.

Le résultat fut cependant décevant, probablement parce qu’on considérait que ce candidat était plus un candidat fantaisiste qu’un candidat politique sérieux : il n’a obtenu que 1,3% des suffrages au premier tour du 5 mai 1974 (337 800 voix), derrière Jean Royer (3,2%) et Arlette Laguiller (2,3%) et juste devant Jean-Marie Le Pen (0,7%).

Toutefois, il a posé la première pierre de l’écologie politique et les premières assises du mouvement écologique ont rassemblé plus de 2 000 militants issus de dizaines d’associations le 15 juin 1974 à Montargis (où la mère de René Dumont avait enseigné), ce qui a abouti à la fondation d’un premier mouvement politique écologiste.

Dans son article qui en faisait le compte-rendu, le journaliste Marc Ambroise-Rendu (qui a aujourd’hui 91 ans) racontait dans "Le Monde" le 18 juin 1974 : « René Dumont, qui possède une très belle demeure à Montargis, arrivait sur son vélo, crinière au vent, le torse barré d’une paire de bretelles. Avant que l’on se sépare, il a prononcé quelques mots : "J’avais accepté d’être le porte-parole de l’écologie à une condition : c’est que le mouvement ainsi créé continuerait après les élections. Voilà qui est fait. Maintenant, je repars au combat contre la faim dans le monde. Bonne chance !" ».

Son directeur de campagne, Brice Lalonde, lui, a repris le flambeau de l’écologisme électoral et a réussi à tripler le score le 26 avril 1981 (3,9%). L’écologisme politique était né.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
René Dumont.
Brice Lalonde.
Jacques-Yves Cousteau.
Jean-Louis Borloo.
Delphine Batho.
Barbara Pompili.
Greta Thunberg.
Al Gore.
François de Rugy.
Daniel Cohn-Bendit.
Nicolas Hulot.
Yannick Jadot.
La primaire EELV d’octobre 2016.
La primaire EELV de juin 2011.
Le retour des écolos au gouvernement.
Les écologistes et le TSCG.
Les écolo-pastèques.
Le cannabis chez les écologistes.
Cécile Duflot.
Jean-Vincent Placé.
Véronique Massonneau.
Eva Joly.
Corinne Lepage.
Stéphane Hessel.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/rene-dumont-premier-militant-de-l-233656

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30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 01:44

« Le chant du départ !… pour Épinay-sur-Seine où commence ce matin le congrès socialiste dont je pense, tu le sais, qu’il peut changer toute la politique française. J’arrive au centre Léo-Lagrange vers 11 heures… et j’y reste toute la journée (…). Il fait un froid de loup. (…) Je pense à toi, mon absente chérie. Tu es dans ma vie et ne pas te voir est comme une gêne, un mal. » (François Mitterrand, carte postale à Anne Pingeot du 11 juin 1971).




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Il y a exactement cinquante ans, le vendredi 11 juin 1971, commençait le très historique congrès du parti socialiste (PS) au centre Léo-Lagrange d’Épinay-sur-Seine. Il a duré trois jours, jusqu’au dimanche 13 juin 1971. Trois jours très intenses où les principaux responsables de la gauche non communiste se sont rencontrés et unifiés dans une optique historique d’union de la gauche. Comme principal grand-prêtre, François Mitterrand, prêt à prêcher la révolution marxiste pour atteindre le Graal de l’Élysée, faute d’avoir essayé par la voie gaulliste.

Mais avant de parler du congrès d’Épinay, il faut parler des congrès précédents. Il faut en finir avec cette mythologie qui voudrait que François Mitterrand ait créé le PS en 1971 : non, le parti socialiste, alors appelé "Nouveau parti socialiste" (NPS) a été créé au congrès d’Alfortville le 4 mai 1969, soit juste après la démission de De Gaulle. Jusqu’alors, c’était la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière) qui était dirigée d’une main de maître par l’archéopoliticien Guy Mollet depuis le 1er septembre 1946. Guy Mollet a été investi Président du Conseil du 1er février 1956 au 13 juin 1957 après la victoire électorale du Front républicain, prenant de vitesse Pierre Mendès France qui en était le leader naturel. Ce congrès d’Alfortville a surtout investi le candidat Gaston Defferre à l’élection présidentielle de 1969.

Après plus de vingt ans à la tête du PS, Guy Mollet a décidé en décembre 1968 de se retirer très doucement, très progressivement. Maire d’Arras, Guy Mollet avait un dauphin tout désigné, un militant de base, très actif, très convaincu, très combatif, qui allait être le maire de Lille quelques années plus tard, Pierre Mauroy. Pourtant, au dernier moment, Guy Mollet a changé de cap. Cela s’est passé au congrès d’Issy-les-Moulineaux du 11 au 13 juillet 1969, après la défaite désastreuse du candidat socialiste à l’élection présidentielle : le candidat socialiste Gaston Defferre n’a obtenu que 5,0% des voix, tandis que le candidat communiste Jacques Duclos a atteint 21,3%. Le rapport des forces entre socialistes et communistes était très clairement en faveur des communistes.

Finalement, Alain Savary, soutenu par Guy Mollet, a été désigné premier secrétaire du NPS avec une voix d’avance sur Pierre Mauroy. Alain Savary avait quitté la SFIO en 1958 pour s’opposer au ralliement de Guy Mollet à De Gaulle. Il avait alors créé le PSA devenu PSU (parti socialiste autonome puis unitaire d’où allait venir aussi Michel Rocard).

La défaite du futur seigneur de Lille ne fut pas sans conséquence à Épinay. À la différence de 1969, le congrès d’Épinay était le congrès de rassemblement de la gauche non socialiste. Premières prémices, l’invitation de François Mitterrand, le président de la CIR (Convention des institutions républicaines, un ensemble de clubs plus ou moins de gauche) au congrès national extraordinaire du NPS des 20 et 21 juin 1970 à Épinay-sur-Seine fut un grand succès dans l’optique de ce futur congrès d’Épinay un an plus tard (il ne faut pas confondre ces deux congrès). En juin 1970, l’idée d’une unification des socialistes était en cours, en revanche, il y avait une grande division sur l’union de la gauche, c’est-à-dire sur l’alliance avec les communistes. La division était très visible puisque Guy Mollet a quitté la salle quand François Mitterrand a pris la parole, très bien accueilli par les délégués au slogan : Unité. L’accord pour faire ce fameux congrès de l’unité a eu lieu le 26 janvier 1971.

On peut dire clairement que François Mitterrand a fait de l’entrisme. En termes humains, il y avait un clivage entre vieille génération et nouvelle génération. La vieille génération, c’était Guy Mollet qui, même s’il avait un peu lâché prise, gardait encore le contrôle de l’appareil dirigé par Alain Savary. Il y avait en revanche de jeunes ambitieux, comme le CERES animé par Jean-Pierre Chevènement mais aussi d’autres futurs parlementaires, comme Georges Sarre. Enfin, il y avait les nouveaux venus, ceux qui adhéraient au NPS dans le sillage de François Mitterrand, tous ces clubs un peu éparses qu’il s’agissait de ramener au sein d’un véritable parti.

Idéologiquement… ou plutôt stratégiquement, il y avait aussi deux visions très différentes. D’une part, ceux qui, comme Guy Mollet, refusaient obstinément toute alliance électorale avec les communistes, qui, du reste, étaient bien trop puissants électoralement pour pouvoir être des partenaires à part entière. D’autre part, ceux qui, comme François Mitterrand, ont compris très vite ce que signifiait la logique de la Cinquième République et la mise en place de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct à deux tours : le second tour sépare deux camps. Pour être élu, il faut donc savoir rassembler tout un camp et pas seulement la chapelle la plus importante. Donc, cela signifiait une alliance contractuelle avec les communistes.

Comme encore aujourd’hui (encore que son existence est désormais très très virtuelle !), le fonctionnement du NPS était basé sur les fédérations. Les leaders qui contrôlaient les grosses fédérations avaient une très grande influence sur la direction du parti. En 1971, il y avait ainsi, parmi les grosses fédérations : le Nord (Pierre Mauroy), le Pas-de-Calais (Guy Mollet), les Bouches-du-Rhône (Gaston Defferre) …et Paris (Jean-Pierre Chevènement). Oui, il est important de signaler que le CERES contrôlait l’importante fédération de Paris. La traduction de ces influences, c’était le jeu des motions, chaque motion équivalant à un courant et chacun d’eux cherchait à devenir majoritaire ou à former une coalition majoritaire.

Le rapport des forces était le suivant à ce congrès. En tout, il y avait 957 délégués, 800 issus du NPS (Guy Mollet), 97 de la CIR (François Mitterrand) et 60 pour les autres. Ces délégués représentaient les adhérents : ils étaient en tout 84 842, dont 71 441 du NPS, 9 971 de la CIR et 3 430 autres. On voit donc que, à l’origine, François Mitterrand ne représentait que 10,1% des votes. Ce fut donc toute son habileté d’avoir réussi à s’emparer de la direction d’un parti dont il n’était même pas encore adhérent en 1971.

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L’unité de lieu était Épinay-sur-Seine dont le maire était socialiste, Gilbert Bonnemaison. L’unité de temps, juste avant l’été 1971, était bien choisie car il y avait encore deux ans avant les prochaines élections législatives (prévues en mars 1973) et cinq ans avant la prochaine élection présidentielle (prévue en juin 1976). Remarquons pour l’anecdote que la mort de Georges Pompidou a précipité les choses pour François Mitterrand qui vivait une liaison amoureuse tellement passionnelle avec Anne Pingeot qu’ils ont souhaité avoir un enfant qui est né en 1974 (Mazarine). En principe, François Mitterrand aurait eu le temps de s’occuper du bébé mais l’anticipation pour ne pas écrire la précipitation de l’élection présidentielle en 1974 a particulièrement contrarié son agenda affectif. Et a dopé son ambition.

D’un point de vue démocratique, en tout, dix-sept motions ont été rédigées et mises aux voix pour ce grand congrès d’Épinay (de A à R, il n’y a pas de "motion Q" !). En fait, cinq motions étaient particulièrement importantes dont les titres n’étaient pas vraiment éloignés. Les autres étaient plus anecdotiques, comme celle de l’ancien ministre MRP Robert Buron (motion K).

Motion O "Pour un parti socialiste fort et pour la recherche de l’union de la gauche" présentée par Alain Savary et Guy Mollet, ainsi que, notamment, Pierre Bérégovoy, Claude Fuzier, Robert Verdier et Jean-Pierre Worms : « Dans tous les domaines, l’opinion ressent ou découvre l’absence d’une orientation qui définisse, après les mystifications de l’ère gaulliste, les objectifs que s’assigne notre pays dans l’ordre national comme dans l’ordre international. De cela, les politiciens opportunistes qui nous gouvernent sont incapables. (…) Après avoir laissé pourrir chaque problème, ils ne retrouvent d’énergie que pour lancer les forces de la répression sur les citoyens justement irrités de tant de temporisation, de ruses et de faux-semblants. La médiocrité du régime est en train de dessiller les yeux tant de ses partisans naturels, qui appartiennent à la droite classique, que des républicains de bonne foi qu’une habile propagande avait abusés. ». Plus loin : « Les querelles nées d’anciennes appartenances doivent être délibérément écartées. ». Elle a reçu 30 394 mandats (32,3%).

Motion R "La gauche a besoin d’un parti socialiste fort" présentée par Pierre Mauroy et Gaston Defferre, ainsi que, notamment, Augustin Laurent, Arthur Notebart, Émile Loo et Jean Masse : « Notre volonté de réalisme exige que nous placions résolument notre action dans le cadre de la société présente et dans la perspective des vingt prochaines années. Notre attachement à l’idéal socialiste exprime notre conviction que la condition fondamentale du plein épanouissement de l’homme est la disparition des structures capitalistes et comporte donc une stratégie globale de rupture sans équivoque avec la société actuelle. (…) Le devoir est d’avancer sans relâche dans la direction socialiste, de prendre les mesures irréversibles qui s’imposent (…). Le socialisme démocratique reste une idée neuve et il est indispensable d’en sauvegarder la nature et l’originalité face à toutes les contrefaçons. ». Elle a reçu 25 914 mandats (31,8%).

Motion L "Pour le socialisme, un parti uni et puissant" présentée par Louis Mermaz, André Labarrère, Georges Beauchamp, Martin Malvy, Pierre Noël et Robert Portillon et soutenue par François Mitterrand : « Socialistes de tradition et d’adhésion, venus du parti socialiste, de la Convention des institutions républicaines, des milieux laïcs et chrétiens, de groupes de pensée, de recherche et d’action, proches de la politique militante ou spontanément attirés par l’espoir d’aujourd’hui, ils se proclament égaux en droits et en devoirs pour la tâche qui les requiert. Fonder une société socialiste est leur but. ». Elle a reçu 14 375 mandats (15,3%).

Motion M "Pour un puissant parti socialiste orienté à gauche" présentée par Jean Poperen, ainsi que, notamment, Gérard Bapt, Job Durupt et Michel Bérégovoy : « Combattre la stratégie de collaboration de classe de la "Nouvelle Société" et ses diverses variantes technocratiques, notamment celle de la technocratie "de gauche". ». Plus loin : « Le parti doit refuser la guerre des générations. Nous avons besoin des anciens comme des plus jeunes. Nos critères sont uniquement politiques : le choix n’est pas entre une gauche prétendument "nouvelle" et une gauche "ancienne", il est entre l’orientation de classe et ceux qui la refusent. Il serait enfin absurde d’opposer les "élus" aux autres militants et réciproquement. ». Elle a reçu 10 850 mandats (11,5%).

Motion P "Unité et rénovation pour une victoire du socialisme en 1973" présentée par Jean-Pierre Chevènement et le CERES, notamment Didier Motchane, Georges Sarre, Pierre Guidoni et Raymond Forni : « La stratégie d’union socialiste reposera sur l’accord des deux partis qui représentent les travailleurs exploités et dont le rôle à l’égard de ceux-ci est et restera concurrent : le parti socialiste et le parti communiste, ainsi que des autres formations qui se réclament du socialisme. Les autres forces démocratiques, et notamment le parti radical, prendront leurs responsabilités en fonction de cet accord : elles auront à choisir entre l’union socialiste et la coalition des gestionnaires conservateurs du centre et de la droite. ». Elle a reçu 7 775 mandats (8,3%).

En fait, pas seulement les titres mais les contenus de ces motions étaient très peu différents et plutôt insipides, sans réel intérêt, sinon cette volonté très politicienne voire clanique de vouloir se compter en interne.

La journée du 12 juin 1971 fut essentielle car il s’agissait de se mettre d’accord sur les nouveaux statuts du parti socialiste. Ce fut Pierre Joxe qui présenta les travaux de la commission qui s’est occupée de la rédaction (et qu'il a présidée). Le nom même de PS (parti socialiste) fut adopté par 22 voix sur 34 contre 11 voix pour nouveau parti socialiste (NPS).

Mais le point crucial a concerné la méthode pour désigner les membres du comité directeur du PS, son véritable gouvernement. Trois voies étaient possibles : la voie de la commission favorable à un statu quo majoritaire, comme c’était le cas depuis 1963 (en clair, une nette majorité au courant gagnant et une représentation des minorités) ; la voie soutenue par Guy Mollet et Alain Savary qui consistait en un savant mode de scrutin proportionnel avec des leviers majoritaires ; la troisième voie proposée par le CERES qui était de la proportionnelle intégrale, pour les listes au-dessus de 5%.

Très étonnant, après bien des discussions et des votes, ce fut le CERES qui a obtenu gain de cause sur la composition du comité directeur, en mettant en minorité la direction sortante (deuxième voie). Cette représentation est restée la règle de nos jours. François Mitterrand a écrit sur sa carte postale du 12 juin 1971 à Anne Pingeot : « Assis parmi les délégués de la Nièvre, je ne quitte pas ma chaise. (…) Le débat se fixe sur le mode de scrutin pour l’élection au comité directeur. La proportionnelle intégrale est votée, rebondissement stupéfiant qui nous sauve. ».

Inutile de préciser que cette adoption a ouvert la possibilité d’une alliance tactique entre François Mitterrand et Jean-Pierre Chevènement. Car le problème pour conclure ce congrès, c’était qu’il fallait trouver une majorité. François Mitterrand s’en est occupé toute la nuit : « Le soir dans mon hôtel de Montmorency, L’Orée du bois, je rencontre les minorités (Defferre, CERES, Mauroy, CIR) et nous convenons d’unir nos suffrages. Mais comment faire pour le texte d’orientation politique, avec nos contradictions de fond ? Il est tard, 3 heures, je reste à l’hôtel et me couche, épuisé. (…) 7h45. Lever. Il me faut parler et convaincre 1 000 délégués en trente-cinq minutes trois heures plus tard ! ».

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La réunion nocturne a eu lieu dans une petite salle de restaurant réservée pour l’occasion. Les responsables du CERES se sont perdus en route (en pleine forée) et sont arrivés très tard. Il y avait donc : François Mitterrand, Pierre Joxe, Claude Estier et Georges Dayan pour la CIR, Pierre Mauroy, Roger Fajardie, Robert Pontillon et Gaston Defferre pour les socialistes de la motion R, enfin, Jean-Pierre Chevènement, Georges Sarre, Didier Motchane et Pierre Guidoni pour le CERES.

Jean-Pierre Chevènement a raconté cette alliance le 20 juin 2003 : « La question de l’unité donna lieu à quelques échanges filandreux. Gaston Defferre était d’humeur excellente. Il sentait enfin sa revanche sur Guy Mollet qui depuis des lustres l’avait encagé dans sa fédération des Bouches-du-Rhône, le réduisant à l’état de perpétuel minoritaire. Pierre Mauroy, lui aussi, voyait briller sa chance de supplanter enfin à la tête du parti Alain Savary, que Guy Mollet lui avait injustement préféré. L’ambiance était joyeuse. Nous faisions connaissance. Il y avait dans tout cela un parfum romanesque. Je mangeai de fort bon appétit des fraises à la crème, sous l’œil attendri de Gaston Defferre. Nous ne nous connaissions pas vraiment et de ce soir-là, naquit une amitié qui ne s’est jamais relâchée par la suite. Minuit était passé depuis longtemps quand, sur ma demande, François Mitterrand déclara confier à Didier Motchane et à Pierre Joxe le soin de rédiger un projet de "motion de synthèse". (…) Quand reprit le débat d’orientation dans la matinée du dimanche 13 juin, aucun accord n’était conclu sur le fond mais le bruit de la conjuration s’était répandu. (…) En finir avec Guy Mollet n’était-il pas le vrai programme commun de la coalition que François Mitterrand avait su rassembler autour de lui ? ».

Ce dimanche 13 juin 1971, François Mitterrand a été en effet adoubé par le Socialie après bien des discussions et négociations ! Lui qui n’avait rien de socialiste a réussi sa mue, ou plutôt, a réussi à convaincre ses nouveaux pairs que c’était sincère, là fut l’exploit de cette habile homme d’appareil.

Avant le vote des nouvelles motions, les discours. Je retiendrai deux discours importants, celui de Pierre Mauroy et celui de François Mitterrand.





Pierre Mauroy : « Ce mouvement des socialistes vers l’unité, c’est d’abord une victoire des socialistes sur eux-mêmes, avant de connaître le succès sur l’adversaire. Pour de nombreux citoyens, c’est le témoignage irréfutable de notre capacité à surmonter de sérieuses difficultés. Pour prétendre demain au pouvoir, il fallait d’abord réussir l’élargissement et le renforcement de la force socialiste. ». En conclusion : « Pour répondre à l’espoir du peuple, la gauche doit affirmer sa vocation majoritaire, et se mettre en situation de l’emporter. Elle ne peut s’imposer que si elle est équilibrée et si le parti socialiste apparaît clairement comme la force d’animation et d’entraînement. Sans un grand parti socialiste, la politique de la gauche, et, par conséquent, toute la politique de la France, resterait bloquée. ».

François Mitterrand, dans un grand numéro de comédie : « Il y a deux formes d’esprit, il y a ceux qui acceptent, et je sais que ce que je vais dire ne plaira pas à beaucoup, ceux qui acceptent ce que j’appellerai le choix des désespérés ; ce sont ceux qui ne croient plus en eux-mêmes et en nous et qui n’en ont peut-être pas conscience, mais qui agissent comme s’ils en avaient conscience et qui acceptent que la finalité soit celle d’une vassalisation du parti socialiste ! et il y a ceux qui refusent ! ». En gros, il y a Guy Mollet et il y a François Mitterrand, choisissez !

Mais auparavant, il avait fait un numéro de socialisme encore plus fort, l’extrait le plus connu du discours : « Violente ou pacifique, la révolution, c’est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas la rupture, la méthode, cela passe ensuite, celui qui ne consent pas à la rupture de l’ordre établi, politique, cela va de soi, c’est secondaire…, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du parti socialiste. (…) À compter du moment où nous adoptons une stratégie de rupture, il importe de savoir quelle est la définition hors de laquelle il n’y a pas de marche possible vers le socialisme. Eh bien je dis, aussi clairement que je le pense, après quelques réflexions et quelques temps mis à cette réflexion, que notre terrain est celui-là : il n’y a pas, il n’y aura jamais de société socialiste sans propriété collective des grands moyens de production, d’échange et de recherche. ».

Et aussi : « Le véritable ennemi, j’allais dire le seul, parce que tout se passe par chez lui, le véritable ennemi si l’on est bien sur le terrain de la rupture initiale des structures économiques, c’est celui qui tient les clefs… c’est celui qui est installé sur ce terrain-là, c’est celui qu’il faut déloger… c’est le monopole ! terme extensif… pour signifier toutes les puissances de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ! ». Au fait, cela ne vous dit pas quelque chose, "le véritable ennemi est…" ? Si ? Discours du Bourget, le 22 janvier 2012, François Hollande !

Les fusions des motions ont eu lieu afin de devenir majoritaires. La crainte du CERES était que fût adoptée le principe d’une motion générale de synthèse (comme le voulait, par exemple, Roger Quillot), ce qui aurait marginalisé le CERES ultraminoritaire. Ce ne fut pas le cas. Deux motions furent présentées à la fin du congrès. D’abord, la motion présentée par François Mitterrand (fusion L, R et P), soutenue par Pierre Mauroy et Jean-Pierre Chevènement. Leur soutien a été indispensable à la conquête du PS. Ensuite, la motion de la direction sortante, présentée par Alain Savary (fusion O et M), soutenue par Jean Poperen.

La motion Mitterrand a gagné le vote en obtenant 43 926 mandats (51,3%) tandis que la motion Savary a perdu avec 41 757 mandats (48,7%). 3 925 se sont abstenus et 1 028 étaient absents. Jean-Pierre Chevènement a eu chaud : « Le coup passa très près (…). Il est clair que la fraction la plus anticommuniste du parti s’était finalement dérobée, refusant de voter un texte si manifestement contraire à sa pensée. Il eût suffi de peu de choses, au total, pour inverser le résultat ! ».

François Mitterrand a réussi à convaincre car il était le seul capable de proposer une stratégie adaptée aux institutions nouvelles. Il rappelait qu’il fallait absolument une alliance avec les communistes pour pouvoir être majoritaire dans le pays. Mais que tant que les communistes étaient puissants, la gauche ne serait jamais au pouvoir. Pour permettre à la gauche de conquérir le pouvoir, il fallait donc un PS fort dans une alliance avec le PCF. Il fut donc mandaté pour amorcer les négociations avec les communistes. Cette stratégie a été gagnante, même si elle fut longue et laborieuse. En revanche, ce fut une catastrophe pour le pays.

Dernière carte postale (depuis le congrès) de François Mitterrand à Anne Pingeot le 13 juin 1971 : « Mon discours lie et emporte le congrès. Mouvement d’une rare intensité. J’étais pourtant très fatigué. À peine dans l’action tout est devenu facile. Je ne déjeune pas et ne dîne pas. Tout l’après-midi sera d’une tension extrême et deviendra dramatique quand le débat se résumera en deux motions finales que rapporterons Savary et moi. 91 000 votants. Ma motion distance l’autre de 2 200 voix. C’est gagné. Donc, les difficultés commencent. Je rentre à 2 heures. Envie de penser à autre chose. De l’eau qui descend en torrent sur la roche. Du ciel profond. Toi près de moi. ».

Le congrès s’est terminé par une minute de silence à l’occasion du centième anniversaire de la Commune de Paris puis par l’Internationale. Le 16 juin 1971, François Mitterrand fut élu formellement premier secrétaire du PS par le comité directeur. Le 27 juin 1972, il a signé le programme commun de l’union de la gauche avec Georges Marchais, secrétaire général du PCF (communistes), et Robert Fabre, président du MRG (radicaux de gauche). Après trois défaites nationales (législatives de mars 1973, présidentielle de mai 1974 et législatives de mars 1978), François Mitterrand fut élu Président de la République le 10 mai 1981. Il resta à l’Élysée pendant quatorze ans, faisant sauter tous les records de longévité sous la République française. Il inaugura l’alternance, mais aussi la cohabitation. Bravo l’artiste ! Et dommage pour la France !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juin 2021)
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Pour aller plus loin :
Le congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920.
Le congrès du PS à Épinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971.
Le congrès du PS à Metz du 6 au 8 avril 1979.
Le congrès du PS à Rennes du 15 au 18 mars 1990.
Le congrès du PS à Reims du 14 au 16 novembre 2008.
François Mitterrand et l’épineux congrès d’Épinay.
François Mitterrand, le ballet budgétaire élyséen et la règle des 3% du PIB.
François Mitterrand et De Gaulle.
Au cœur de la Mitterrandie.
François Mitterrand et Matteo Salvini.
François Mitterrand et son testament politique.
François Mitterrand et le nationalisme.
François Mitterrand et la science.
François Mitterrand et la cohabitation.
François Mitterrand et l'Algérie.
François Mitterrand, l’homme du 10 mai 1981.
François Mitterrand et la peine de mort.
François Mitterrand et le Traité de Maastricht.
François Mitterrand et l’extrême droite.
François Mitterrand et l’audiovisuel public.

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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 01:17

« D’abord, nous sommes en guerre avec les djihadistes, qui se révèlent plus dangereux qu’une armée structurée. Ensuite, nous sommes menacés par le déferlement des migrants, dont l’extrême détresse pose autant de problèmes qu’elle inspire de compassion. Enfin, dans nos banlieues, domine un antisémitisme sans complexe et qui relève désormais du réflexe. » (Jean Daniel, "L’Obs" du 21 mai 2015).



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Hasard du destin, le journaliste et éditorialiste politique Jean Daniel, fondateur de l’hebdomadaire "Le Nouvel Observateur" en 1964 (nommé maintenant "L’Obs"), est parti quelques jours après sa grande amie Claire Bretécher à qui il avait offert ses colonnes pour ses bandes dessinées. Jean Daniel est mort dans la soirée du mercredi 19 février 2020 à quelques mois de ses 100 ans qu’il aurait fêtés le 21 juillet 2020 (il est né à Bilda, en Algérie).

On a dit souvent que Jean Daniel était une "conscience de gauche", mais je ne sais pas ce qu’est "la gauche", et ne me sentant pas du tout "de gauche", j’ai malgré cela beaucoup d’estime pour Jean Daniel que je considère comme surtout une "conscience" du journalisme politique. Alors Président de la République, François Hollande lui a remis les insignes de grand-croix de l’ordre national du Mérite en 2016 avec ces mots : « Vous êtes ce qu’on appelle une conscience. Vous observez notre pays avec les yeux de celui qui a traversé le siècle. Et qui a le sens de l’Histoire et du temps. Vous écrivez vos éditoriaux et vos livres avec une langue claire, vivante, profonde. Votre voix est lente. Elle assène des vérités fortes sous forme de confidences chuchotées. Il faut prêter l’oreille. ». Des yeux d’aigle.

Il n’était pas journaliste pour faire de l’audience, mais pour proposer des réflexions, pour faire avancer, à sa mesure, le monde, son monde en tout cas. Il n’était pas si loin de l’activité d’autres "penseurs" plus "théoriciens", car à l’époque, c’est-à-dire, dans les années 1950 à 1980, le journalisme était une activité intellectuelle et philosophique, pas encore une activité commerciale et médiatique que les années 1980 et les suivantes ont amplifiée (avant de devenir une activité qui se mordait la queue avec les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue à partir de la fin des années 2000).

Ses amours intellectuelles d’adolescent furent pour Marx et André Gide. Observateur du Front populaire, Jean Daniel a cru pendant quelques courts moments que l’URSS était le paradis socialiste mais grâce à Gide, il a vite déchanté sur le communisme (un paradis qui se transforme si vite en enfer) et s’est retrouvé dans cette gauche socialiste réformiste non communiste proche de Léon Blum. Étudiant en philosophie à Alger, séduit par De Gaulle, il fut résistant, participa à la libération d’Alger le 8 novembre 1942 et s’engagea dans la Division Leclerc jusqu’en 1945. Il continua ses études à la Sorbonne.

Membre du cabinet du furtif Président du Gouvernement provisoire Félix Gouin (le socialiste proche de Léon Blum avait succédé à De Gaulle après la démission de celui-ci), Jean Daniel rédigeait des discours et en même temps, sous un pseudonyme (qu’il garda), collabora au journal résistant "Combat". À cette époque, les carrières pouvaient facilement se construire juste après la Libération. Avec ses relations, il aurait pu s’installer dans l’action politique avec des postes d’abord administratifs puis politiques (on a cité sous-préfet à ses débuts, plus tard ambassadeur proposé par François Mitterrand, etc.). Mais ce n’était pas son truc : électron libre, il concevait mal de réduire sa réflexion à l’allégeance d’un parti ou d’un chef. Pas étonnant que le journal qu’il allait créer s’appellerait "Le Nouvel Observateur" (dont le nom provient d’un ancien journal "France Observateur" lui-même issu de "L’Observateur politique, économique et littéraire" créé en 1950). Il n’était pas un acteur mais un observateur, certes engagé, mais observateur avant tout.

Pour l’heure, le journalisme fut la voie qu’il concevait. Une très longue carrière de journaliste. Une voie, et aussi, pour des chroniques à la radio (sur Europe 1 dans les années 1980), une voix qui portait, apaisante, profonde, ressortant tout le caractère très réfléchi de l’homme et ses pensées. Et aussi, surtout, une plume rudement efficace.

À ses débuts, il fut épaulé par l’un des journalistes les plus honorables de France, Albert Camus, et Jean Daniel travailla avec quelques plumes marquantes comme Jules Roy, Étiemble, Emmanuel Roblès, etc. qui collaborèrent dans la revue indépendante (de gauche) "Caliban" dont il fut le rédacteur en chef entre 1947 et 1952 (financée grâce à ses liens avec René Pleven et Louis Joxe). Il fréquentait Jean-Paul Sartre, Claude Lévi-Strauss, Maurice Merleau-Ponty, Emmanuel Mounier, Jean-Marie Domenach, Pierre Viansson-Ponté, etc. Plus tard, fasciné par les arts, il fréquenta également des personnalités comme Pierre Soulages, Michel Bouquet, etc.

Auteur d’un roman en attendant de retrouver un travail dans un autre journal (il fut l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, romans ou essais, pendant toute sa carrière), Jean Daniel fut recruté par "L’Express" en 1954 pour lequel il travailla une dizaine d’années. Là encore, après le parrainage d’Albert Camus, il a eu le parrainage d’autres illustres journalistes : Françoise Giroud et JJSS. Chargé de couvrir la guerre d’Algérie, Jean Daniel a failli être tué en 1961… et bien plus tard, à l’Université de New York, un homme est venu le voir : « Il me demande si j’ai un moment pour parler tranquillement, dehors. Je sors avec lui et il m’annonce : "C’est moi qui ai tiré sur vous à Bizerte en juillet 1961. J’étais un jeune parachutiste. Depuis, j’ai lu tous vos livres. Et je me dis que j’ai failli tuer l’auteur que j’admirais". Voilà ce qu’il me dit. » ("Le Point" du 27 avril 2012).

Une période de la vie de grand reporter qui lui a fait rencontrer les plus grandes personnalités politiques du monde pour des entretiens : évidemment Pierre Mendès France dont il était un disciple, mais aussi John F. Kennedy, Fidel Castro, Léopold Segard Senghor, David Ben Gourion, etc. Il a même appris l’assassinat de Kennedy au cours d’un déjeuner avec Castro ! Bien plus tard, Jean Daniel a eu la visite d’un agent de la CIA lors d’un voyage aux États-Unis : « Il m’apprend une histoire invraisemblable : Castro, que j’ai rencontré à La Havane la veille de l’assassinat de Kennedy à Dallas, pensait que j’étais envoyé par Kennedy pour le tuer, lui, Castro ! » ("Le Point" du 27 avril 2012).

Quant à David Ben Gourion qu’il qualifiait de "réaliste illuminé", il l’a rencontré la première fois en 1948 avant la création de l’État d’Israël et il l’a raconté dans "Le Nouvel Observateur" du 18 avril 2018. Ben Gourion lui avait déclaré : « Chaque fois qu’il y aura un choix à faire entre la paix et les territoires, je choisirai la paix. ».

La réputation internationale de Jean Daniel était alors très forte. Ne laissant pas sa plume dans la poche, ses articles prônant une négociation avec le FLN en Algérie avaient d’ailleurs provoqué à "L’Express" quelques désagréments politiques avec le pouvoir.

Opposé à l’évolution de "L’Express" qui se voulait plus consensuel et moins politisé, et après avoir hésité à travailler pour "Le Monde" sur proposition de son directeur Hubert Beuve-Méry, Jean Daniel a commencé l’aventure en 1964, avec son ami industriel, Claude Perdriel, d’un nouveau journal, "Le Nouvel Observateur" (qu’il dirigea jusqu’en 2008). Ce fut le journal de la gauche réaliste (avec l’aide de Gilles Martinet, l’un des socialistes très influents les moins connus des années 1960 à 1980).

Sachant prendre le train de la nouveauté sociologique dans les années 1970, Jean Daniel, comme je l’ai abordé au début, a ouvert en octobre 1973 ses colonnes à Claire Bretécher qui venait de "Pilote" et de "L’Écho des savanes". Il ne savait pas si ce serait "rentable" ni "apprécié" de ses lecteurs, mais il imaginait que les bandes dessinées de Claire Bretécher seraient essentielles dans l’évolution sociologique du journal (avec "Les Frustrés") : « On n’était pas sérieux ! Ou plutôt, nous avions le sérieux ironique et particulier de Claire. Quand elle est arrivée, nous sommes devenus nous-mêmes. Je me souviens très bien de son premier dessin : elle se moquait du patron, de l’actionnaire du journal ! Et moi, je pensais la même chose qu’elle ! Elle n’a pas profité du journal, c’est nous qui avons profité d’elle ! (…) C’était une époque où curieusement (…) on ne s’occupait pas d’argent. Les premiers numéros, on avait envie de les faire, c’est tout. » (actuabd.com, le 14 décembre 2015).

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Malgré son grand âge, Jean Daniel a toujours continué à faire profiter les autres de ses réflexions : « Maintenant, je ne sais plus ne rien faire. L’idée de ne rien faire ressemble un peu à la retraite. Tout ce qui est repos me paraît menacé de déclin, de disparition. Je ne sais plus ne rien faire. J’ai besoin que les instants soient plein. Je vis au présent mais dans la plénitude et je vis chaque chose comme si ça devait être la dernière. Ma curiosité a décuplé de cette manière. » (24 août 2008).

Ainsi, ces dernières années, il a accordé de nombreux entretiens notamment sur France Culture, en particulier une série de dix interviews hebdomadaires du 22 juin 2008 au 24 août 2008 ("Un été avec Jean Daniel"). Le 23 juin 2012, il était désabusé : « Mon désenchantement actuel, c’est de voir ce que devient la France. À cette étape de ma vie, j’avoue ma tristesse de ne plus reconnaître mon pays, de ne plus me retrouver ans ses valeurs. » (émission "Répliques " produite par Alain Finkielkraut).

Le 24 août 2008 sur France Culture, Jean Daniel parlait de Pierre Soulages ainsi : « Mon instinct ne me dirigeait pas vers Soulages, mais il m’a appris à connaître les secrets de l’abstraction. (…) C’est le côté monocolore de Soulages et le mystère du noir de Soulages qui m’ont initié à la signification de l’abstraction. ». De Michel Bouquet : « Pour moi, il représente le théâtre dans la façon de mêler l’incroyable force de la personnalité et la capacité stupéfiante à la transformer. Il a les deux : c’est un acteur de composition mais il est toujours lui-même quand il compose. ».

Lors d’un débat avec Bernard-Henri Lévy publié le 6 février 2016 dans "Le Nouvel Observateur", Jean Daniel parlait ainsi des Juifs et de Mgr Lustiger : « En créant le Dieu unique et en allant jusqu’à se considérer comme "le trésor des rois", les Juifs se sont imposé un destin dont ils ont proposé l’impossible grandeur à l’humanité. Mais c’est un destin carcéral. (…) J’ai mené un long dialogue avec Jean-Marie Lustiger sur le crucifié de l’Évangile dont la figure, à l’époque, me hantait. Mais aux funérailles du cardinal, selon ses dernières volontés rédigées de sa main à Jérusalem, le kaddish, la prière pour les défunts de la synagogue, a été récité sur le parvis de la cathédrale. Oui, je dis bien une sorte de prison volontaire, car si l’on peut sortir du judaïsme, de la religion juive, on ne saurait sortir de la judéité, du peuple juif. ».

L’unicité de la Shoah : « Pas au point de la séparer totalement de la question d’Ivan Karamazov chez Dostoïevski : "Si Dieu existe, pourquoi tolère-t-il une seule larme d’un seul enfant ?". La réponse de la Bible et de la philosophie sur le mal est qu’il y a contradiction entre l’innocence et la liberté. (…) Il y a bien, historiquement, un avant et un après-Auschwitz. Les explications juives ou chrétiennes habituelles ne suffisent plus : ni celle d’une juste punition divine soutenue par le rabbin Eleazar Shach, ni celle d’une assimilation des victimes du nazisme à Jésus en Croix proposée par Paul Claudel. (…) Pour moi, à la nouveauté de l’événement répond la nouveauté du discours. Dieu lui-même en sort modifié pour Hans Jonas, la synagogue doit se faire mutique pour Emil Fackenheim, il est trop tard pour le Messie selon George Steiner… L’abîme d’inhumanité appelle un motif transcendant pour rendre compte d’un fait de l’histoire, quitte à l’y dissoudre : l’unicité. (…) La contextualisation serait ici indispensable. Mais en regard des génocides arménien, tsigane, khmer ou rwandais, l’exception de la Shoah tient, selon moi, à cette prodigieuse théologie négative que les Juifs se sont senti sommés de produire afin de conserver leur destin. » (6 février 2016).

Les 19 et 27 avril 2012, l’hebdomadaire "Le Point" a publié un très long entretien de Jean Daniel interrogé par Franz-Olivier Giesbert et Christophe Ono-dit-Biot. En voici quelques brides intéressantes.

Ce que la vie a appris à Jean Daniel : « C’est d’abord qu’en marge des transformations profondes et des convulsions gigantesques, il peut y avoir encore des pans de l’histoire immobiles. (…) Je n’avais pas prévu que je ne changerais pas de maîtres à penser. Je n’imaginais pas qu’après une étourdissante valse des valeurs et la confusion des idéologies, on choisirait, quelle victoire !, Camus pour penser l’éthique de la modernité. » (19 avril 2012).

Sa vieillesse : « Je sais bien désormais que je dois légitimer ma longévité. Il faut que j’en fasse plus pour prouver que je peux en faire assez. (…) J’ai naguère accompagné jusqu’au bout la vieillesse d’un ami médecin (…). Chaque fois que les médecins venaient le voir, ils parlaient devant lui de son cas comme s’il n’était pas là, alors qu’il avait été l’un des plus grands spécialistes des pathologies qu’ils évoquaient. Ils étaient déférents, affables et même respectueux, mais ils l’avaient effacé. (…) Quand je connais bien un sujet et que les gens indélicats ou oublieux en parlent comme si je n’étais pas dans la même pièce qu’eux, je ne vis pas ça très bien. (…) Il peut y avoir des naufragés volontaires qui se regardent glisser vers d’autres planètes. J’ai vu vieillir Claude Lévi-Strauss, un homme qui impressionnait pour toutes sortes de raisons dont la moindre n’était pas sa pratique du silence. La plupart du temps, il se taisait et quand il parlait, c’était avec un mélange de désenchantement résigné et de distance ironique. Il murmurait des choses qu’il ne se donnait pas la peine d’articuler, de peur que vous ne les compreniez pas et qu’il ne se fatigue alors pour rien. Un jour qu’il était l’objet de polémiques déplacées à propos de ses théories sur le racisme dans "Race et Histoire", il m’avait dit avec un regard éloigné : "C’est très facile à supporter, vous savez. Je ne suis plus de ce monde, je vis ailleurs, mais j’y vis plutôt bien". Telle était sa sagesse. D’une certaine manière, il s‘était installé dans un autre univers. » (19 avril 2012).

Les relations affectives : « La sexualité est à mes yeux l’aboutissement charnel d’un désir fusionnel qui ne triomphe que lorsqu’il s’éteint. Elle est la gloire éphémère du plaisir. La sensualité est une complicité par la peau et le toucher : c’est une complémentarité de sensations. Rien ne vaudra jamais pour moi le sourire de bonheur de l’aimée dans la contemplation commune d’une œuvre d’art ou lors d’une promenade à la campagne avec elle, cheveux au vent, et dont je tiens le bras nu. (…) Un jour que j’étais au Musée Rodin, un de mes lieux préférés à Paris, j’ai vu une main caresser le pied d’une sculpture de femme et cette main, c’était celle d’une religieuse. Elle faisait ça avec le plus grand naturel et une innocence totale. J’ai ressenti un moment de complicité intense avec elle. » (19 avril 2012).

Pessimisme : « Le pessimisme est un trop mol oreiller pour qui est contraint à s’engager. Et je préfère être "réveillé" par Simon Leys, George Steiner ou Umberto Eco. » (19 avril 2012).

Son amitié pour Camus : « Après son Prix Nobel, comme je lui manifestais mon inaltérable fidélité en dépit de nos désaccords sur l’Algérie, il m’a écrit : "L’important est que nous soyons vous et moi déchirés". » (27 avril 2012).

Camus et les femmes : « Parfois Casanova, jamais Don Juan. La fidélité à une maîtresse comptait presque autant que l’amour qu’il portait à une nouvelle femme, il n’y a que des gens très fins qui peuvent comprendre. Il couchait, par exemple, avec Maria Casarès, il maintenait avec sa femme les ferveurs intermittentes de la conjugalité, mais en même temps, il était fidèle, ressentant pour chacune, à jamais, une reconnaissance inépuisable : "Je garde pour la vie, un à un, les souvenirs des moments qu’elles m’ont donnés", me disait-il. » (19 avril 2012).

Jean Daniel y a cité Orwell : « L’intellectuel est celui qui est le plus tenté par la dictature et, parmi ces intellectuels, l’intellectuel français est le plus doué pour ça. » (27 avril 2012).

Jean Daniel sur la politique aujourd’hui : « S’il y a bien quelque chose qui m’effraie, en ce moment, c’est que tout cela revient. Une nouvelle pensée unique s’annonce dans la gauche. Quand j’entends Mélenchon, par exemple, ça me rappelle des souvenirs… C’est ça, l’inconvénient des longues vies. (…) Mélenchon a un talent fou, l’art de l’éloquence et les recettes de la conviction, mais pas seulement : il rappelle le temps des grands "rhétoriqueurs" et les tribuns sur les tréteaux populaires. Pour eux, le peuple a toujours raison et le grand homme est celui qui sait lui parler. (…) Jean-Luc Mélenchon exprime notre indignation, mais aucunement notre perspective. Je préfère réfléchir avec Pierre Rosanvallon et agir avec Michel Rocard. » ("Le Point" du 27 avril 2012).

Et je termine sur ce qui aurait pu apparaître comme une réflexion sur l’affaire Griveaux : « Je déteste Don Juan. Tout ce que Don Juan représente m’est contraire. (…) L’idée de l’homme qui séduit pour consommer, qui ment, qui trompe, qui n’a aucun respect, qui a une allégresse pour montrer comment le cynisme peut être joyeux, cette façon qu’il a de prendre du plaisir qu’il va ensuite trahir et oublier, cette obsession de collectionner sans jamais s’attarder (…). Tout ça, c’est le contraire. » (France Culture, le 24 août 2008).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 février 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Daniel.
Alain Finkielkraut.
Bernard-Henri Lévy.
Jean-Christophe Victor.
Joseph Kessel.
Albert Camus.
Alfred Grosser.
Raymond Aron.
René Rémond.
Jean d’Ormesson.
Pierre Milza.
Jean-Baptiste Duroselle.
Georges Duby.
Hannah Arendt et la doxa.
Max Gallo.
François de Closets.
Michèle Cotta.
Philippe Alexandre.
Elie Wiesel.
Henri Amouroux.
Jean Lacouture.
Édouard Bonnefous.
Alain Decaux.
Gonzague Saint Bris.
Claude Estier.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Jean-François Deniau.
Jean Boissonnat.
Étienne Borne.
Pierre-Luc Séguillon.
Françoise Giroud.
André Glucksmann.
Noël Copin.
Maurice Duverger.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Georges Suffert.
Pierre Desgraupes.
Sibyle Veil.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Jacqueline Baudrier.
Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Philippe Bouvard.
Menie Grégoire.
Évelyne Pagès.
Jean Garretto.
Jacques Chapus.
Henri Marque.
Arthur.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200721-jean-daniel-0.html

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31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 03:39

« La Cour des Comptes assiste le Parlement dans le contrôle de l’action du gouvernement. Elle assiste le Parlement et le gouvernement dans le contrôle de l’exécution des lois de finances et de l’application des lois de financement de la sécurité sociale ainsi que dans l’évaluation des politiques publiques. Par ses rapports publics, elle contribue à l’information des citoyens. » (Article 47-2 de la Constitution de la Cinquième République).




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Dans son édition du 30 mai 2020, le "Journal du dimanche" a annoncé que le Président de la République Emmanuel Macron avait (enfin) choisi le nouveau Premier Président de la Cour des Comptes, choix qui va être officialisé lors du conseil des ministres de ce mercredi 3 juin 2020 : Pierre Moscovici serait l’heureux choisi.

J’ai écrit enfin car le poste est vacant depuis plus de quatre mois. Un jeu de dominos, un jeu de nominations dont n’est pas expert Emmanuel Macron.

Le juge Jean-Louis Nadal, qui fut procureur général près de la Cour de Cassation du 20 octobre 2004 au 30 juin 2011, a achevé son mandat de six ans de président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) le 19 décembre 2019. Cette instance, créée par la loi organique n°2013-906 et la loi n°2013-907 du 11 octobre 2013 relatives à la transparence de la vie publique, inspirée des leçons de l’affaire Cahuzac, contrôle notamment la réalité des déclarations du patrimoine des grands élus et hauts fonctionnaires, au point éventuellement de signaler à la justice tout manquement. Or, Emmanuel Macron a mis déjà plus d’un mois pour remplacer Jean-Louis Nadal et a nommé le 15 janvier 2020 l’ancien député socialiste de Grenoble Didier Migaud (qui est entré en fonction le 31 janvier 2020).

Didier Migaud était un député de base très travailleur qui a eu beaucoup de "chances", des chances qui se sont toutes appelées …Nicolas Sarkozy : en effet, ce dernier nouvellement élu à l’Élysée a proposé en juin 2007 que le poste de président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, poste important dans la préparation du budget de l’État, fût attribué à un membre de l’opposition, et celle-ci s’est mise d’accord pour Didier Migaud.

Deux années plus tard, pour la succession de Philippe Séguin, Premier Président de la Cour des Comptes mort subitement, Nicolas Sarkozy, après avoir proposé le poste à François Hollande (qui a décliné poliment, il a eu raison !), a nommé Didier Migaud le 23 février 2010. Le poste est également essentiel dans la vie politique : la Cour des Comptes est l’instance de contrôle des finances publiques a posteriori, elle traque notamment les (nombreux) gaspillages. La publication de son rapport annuel est l’occasion de pointer du doigt quelques abus ou erreurs de gestion de ceux qui gèrent les finances publiques, que ce soit localement ou nationalement. Nicolas Sarkozy (dont on pourra difficilement dire, avec cela, qu’il était un dictateur) voulait y placer un membre de l’opposition pour que ce contrôle fût plus "sincère" et efficace, en tout cas, plus en rapport avec la fonction de s’opposer aux décisions gouvernementales.

Mais en nommant Didier Migaud à la présidence de la HATVP, Emmanuel Macron a rendu vacante la Première Présidence de la Cour des Comptes, réalité fâcheuse d’autant plus étrange qu’elle était prévisible (puisque c’était une autre nomination présidentielle qui l’a rendue vacante) et que cela a eu lieu lors de la publication du rapport annuel (qui fut ainsi présenté le 25 février 2020 par Sophie Moati, assurant l’intérim depuis le 29 janvier 2020 en tant que doyenne des présidents de chambres).

Si Pierre Moscovici a toutes les compétences pour occuper la fonction (j’y reviens plus loin), je trouve cette nomination désolante car elle symbolise un véritable retour à "l’ancien monde", et même, le "pire" ancien monde puisque c’est un retour à la Hollandie (rappelons que François Hollande n’a pas jugé utile de remplacer Didier Migaud qui lui était pourtant politiquement proche).

Que le Premier Président de la Cour des Comptes soit un responsable politique d’importance nationale, ancien ministre, etc., n’est certes pas nouveau et le poste est même souvent apparu comme une voie de garage on ne peut plus prestigieuse pour des anciens ministres ambitieux sans avenir, et c’était d’autant plus facile que certains, énarques dans la botte, étaient déjà dans ce grand corps de l’État qu’est la Cour des Comptes (les jeunes loups ambitieux sortis de l’ENA et ayant le choix, comme Jacques Chirac et François Hollande, ont toujours choisi la Cour des Comptes car… cela leur donnait du temps pour leurs activités politiques !).

Les exemples d’ancien ministre en fin de carrière sont nombreux et toutes couleurs confondues, et François Mitterrand a généralisé le principe : Lucien Paye du 19 janvier 1970 au 25 avril 1972, André Chandernagor du 7 décembre 1983 au 8 octobre 1990, Pierre Arpaillange du 8 octobre 1990 au 10 mars 1993, Pierre Joxe du 10 mars 1993 au 8 mars 2001 et Philippe Séguin du 21 juillet 2004 au 7 janvier 2010.

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Oui, Pierre Moscovici a toutes les qualifications techniques pour devenir le prochain Premier Président de la Cour des Comptes, d’autant plus qu’il est originaire de ce corps (qu’il a réintégré après la fin de 2019) puisqu’il y était conseiller-maître après sa sortie de l’ENA. À 62 ans, ce sera évidemment un (nouveau) bâton de maréchal (inespéré) pour un socialiste on ne peut plus velléitaire.

Après l’échec des socialistes en 2007, il avait quand même laissé planer son ambition, celle de devenir premier secrétaire du PS, puis d’être le candidat du PS à l’élection présidentielle. Cette ambition a toujours plané… Certes, il a eu une "belle" trajectoire politique : conseiller général du Doubs de mars 1994 à mars 2001, conseiller régional de Franche-Comté de mars 1997 à mars 12004, député européen (donc élu sur une liste) de juin 1994 à juin 1997 puis de juin 2004 à juin 2007, élu député du Doubs en juin 1997, battu en juin 2002, élu en juin 2007 et juin 2012, Pierre Moscovici a eu une carrière politique relativement classique.

Proche d’Alain Krivine et se rapprochant du PS par Dominique Strauss-Kahn durant ses études (DSK était son prof), haut fonctionnaire, avocat, maître de conférences, Pierre Moscovici est un bon représentant de la Hollandie triomphante, social-libéral, pro-européen, mais qui a fait plus de tort à l’Europe que bien des antieuropéens. Nommé Ministre des Affaires européennes dans le gouvernement de Lionel Jospin du 4 juin 1997 au 6 mai 2002, puis (une première consécration) Ministre de l’Économie et des Finances dans les gouvernements de Jean-Marc Ayrault du 16 mai 2012 au 31 mars 2014 sur la lancée de l’élection de François Hollande à l’Élysée, Pierre Moscovici a choisi la sécurité en demandant et obtenant de François Hollande le très stable poste de commissaire européen du 1er novembre 2014 au 30 novembre 2019. Il était chargé des Affaires économiques et financières, de la fiscalité et de l’Union douanière dans la Commission Européenne présidée par Jean-Claude Juncker.

J’ai écrit assez sévèrement plus haut qu’il avait beaucoup de tort à l’Europe et à l’idée européenne (bien qu’il fût président du Mouvement européen pour la France de 2005 à 2006) car, commissaire européen, Pierre Moscovici a montré une arrogance de la technostructure bruxelloise contre son propre pays (à croire qu’il n’est pas très patriote), une arrogance qui ne pouvait que renforcer le camp des antieuropéens (ce qui fut le cas à l’élection présidentielle qui a suivi). Arrogance mais aussi ingratitude puisque son rôle était de blâmer celui-là même qui l’avait nommé…

Ce fils de l’un des grands théoriciens de l’écologie politique disparu il y a un peu plus de cinq ans a été assez malin (comme Laurent Fabius bombardé à la Présidence du Conseil Constitutionnelle en février 2016 pour neuf ans) puisque pendant que ses camarades socialistes se faisaient hara-kiri lors des élections législatives de juin 2017, lui avait préservé son poste et en gagne maintenant un autre prestigieux.

Pourtant, les candidats ne manquaient pas à ce poste si difficilement pourvu par l’Élysée. On parlait de Nicolas Belloubet, l’actuelle Garde des Sceaux dont la compétence politique reste encore à prouver. Son nom circulait probablement pour libérer le Ministère de la Justice, car de profession constitutionnaliste, je peine à y voir quelques compétences dans le contrôle des finances publiques. Et sa nomination aurait, comme pour Pierre Moscovici, peu à voir avec celle d’un membre de l’opposition visant à réellement contrôler l’action du gouvernement.

Quand j’écris "contrôler l’action du gouvernement", soyons bien clairs : le contrôle de l’action du gouvernement est réservé politiquement au Parlement, mais la Cour des Comptes, comme le rappelle l’article 47-2 de la Constitution, contribue à ce contrôle sur le plan technique (et pas politique).

Or, dans l’opposition actuelle, il y avait beaucoup de personnalités tout à fait capables d’être nommées à ce poste stratégique : des députés LR spécialistes des finances publiques comme Gilles Carrez ou l’ancien ministre Éric Woerth, actuel président de la commission des finances (heureusement toujours d’opposition), éventuellement Valérie Rabault. Présidente du groupe PS à l’Assemblée Nationale, depuis le 11 avril 2018, cette députée du Tarn-et-Garonne fut rapporteuse générale du budget d’avril 2014 à juin 2017, a même réalisé une saisie sur pièce et sur place à Bercy le 12 juin 2014 et a refusé d’entrer au gouvernement de Manuel Valls pour garder son indépendance (j’imagine son tempérament en acier trempé face à d’éventuelles pressions).

Mais je pense que le meilleur candidat aurait été le député centriste Charles de Courson, qui, par l’ENA, est (lui aussi) un magistrat à la Cour des Comptes et a défendu depuis sa première élection en mars 1993 le principe de l’intégrité des dépenses publiques (se souvenir avant tout que l’argent public est l’argent de tous les citoyens qu’on doit dépenser avec gravité et modération).

En nommant finalement Pierre Moscovici à la Première Présidence de la Cour des Comptes, Emmanuel Macron renoue avec son ancienne Hollandie qu’il avait quittée le 30 août 2016. On est loin de ses élans du "nouveau monde"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Débat Bruno Le Maire vs Pierre Moscovici le 14 novembre 2011 sur France 2.
Pierre Moscovici.
Didier Migaud.
François Hollande.
Laurent Fabius.
Dominique Strauss-Kahn.
Lionel Jospin.
Manuel Valls.
Christiane Taubira.
Jean-Marc Ayrault.
Jean-Yves Le Drian.
Bernard Cazeneuve.
Ségolène Royal.
Martine Aubry.
Bertrand Delanoë.
Claude Bartolone.
Michel Sapin.
Jérôme Cahuzac.
Anne Hidalgo.
Delphine Batho.
Nicole Bricq.
Audrey Azoulay.
Christophe Caresche.
Myriam El-Khomri.
Najat Vallaud-Belkacem.
Geneviève Fioraso.
Jean-Christophe Cambadélis.
Harlem Désir.
Jean-Pierre Jouyet.
Yann Galut.
Jean-Vincent Placé.
Cécile Duflot.
Olivier Faure.
Aurélie Filippetti.
Arnaud Montebourg.
Jean-Pierre Bel.
François Rebsamen.
Valérie Trierweiler.
Benoît Hamon.
Vincent Peillon.

_yartiMoscoviciPierre03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200530-pierre-moscovici.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-moscovici-a-la-tete-de-la-224835

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/31/38337120.html




 

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