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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 01:17

« D’abord, nous sommes en guerre avec les djihadistes, qui se révèlent plus dangereux qu’une armée structurée. Ensuite, nous sommes menacés par le déferlement des migrants, dont l’extrême détresse pose autant de problèmes qu’elle inspire de compassion. Enfin, dans nos banlieues, domine un antisémitisme sans complexe et qui relève désormais du réflexe. » (Jean Daniel, "L’Obs" du 21 mai 2015).



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Hasard du destin, le journaliste et éditorialiste politique Jean Daniel, fondateur de l’hebdomadaire "Le Nouvel Observateur" en 1964 (nommé maintenant "L’Obs"), est parti quelques jours après sa grande amie Claire Bretécher à qui il avait offert ses colonnes pour ses bandes dessinées. Jean Daniel est mort dans la soirée du mercredi 19 février 2020 à quelques mois de ses 100 ans qu’il aurait fêtés le 21 juillet 2020 (il est né à Bilda, en Algérie).

On a dit souvent que Jean Daniel était une "conscience de gauche", mais je ne sais pas ce qu’est "la gauche", et ne me sentant pas du tout "de gauche", j’ai malgré cela beaucoup d’estime pour Jean Daniel que je considère comme surtout une "conscience" du journalisme politique. Alors Président de la République, François Hollande lui a remis les insignes de grand-croix de l’ordre national du Mérite en 2016 avec ces mots : « Vous êtes ce qu’on appelle une conscience. Vous observez notre pays avec les yeux de celui qui a traversé le siècle. Et qui a le sens de l’Histoire et du temps. Vous écrivez vos éditoriaux et vos livres avec une langue claire, vivante, profonde. Votre voix est lente. Elle assène des vérités fortes sous forme de confidences chuchotées. Il faut prêter l’oreille. ». Des yeux d’aigle.

Il n’était pas journaliste pour faire de l’audience, mais pour proposer des réflexions, pour faire avancer, à sa mesure, le monde, son monde en tout cas. Il n’était pas si loin de l’activité d’autres "penseurs" plus "théoriciens", car à l’époque, c’est-à-dire, dans les années 1950 à 1980, le journalisme était une activité intellectuelle et philosophique, pas encore une activité commerciale et médiatique que les années 1980 et les suivantes ont amplifiée (avant de devenir une activité qui se mordait la queue avec les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue à partir de la fin des années 2000).

Ses amours intellectuelles d’adolescent furent pour Marx et André Gide. Observateur du Front populaire, Jean Daniel a cru pendant quelques courts moments que l’URSS était le paradis socialiste mais grâce à Gide, il a vite déchanté sur le communisme (un paradis qui se transforme si vite en enfer) et s’est retrouvé dans cette gauche socialiste réformiste non communiste proche de Léon Blum. Étudiant en philosophie à Alger, séduit par De Gaulle, il fut résistant, participa à la libération d’Alger le 8 novembre 1942 et s’engagea dans la Division Leclerc jusqu’en 1945. Il continua ses études à la Sorbonne.

Membre du cabinet du furtif Président du Gouvernement provisoire Félix Gouin (le socialiste proche de Léon Blum avait succédé à De Gaulle après la démission de celui-ci), Jean Daniel rédigeait des discours et en même temps, sous un pseudonyme (qu’il garda), collabora au journal résistant "Combat". À cette époque, les carrières pouvaient facilement se construire juste après la Libération. Avec ses relations, il aurait pu s’installer dans l’action politique avec des postes d’abord administratifs puis politiques (on a cité sous-préfet à ses débuts, plus tard ambassadeur proposé par François Mitterrand, etc.). Mais ce n’était pas son truc : électron libre, il concevait mal de réduire sa réflexion à l’allégeance d’un parti ou d’un chef. Pas étonnant que le journal qu’il allait créer s’appellerait "Le Nouvel Observateur" (dont le nom provient d’un ancien journal "France Observateur" lui-même issu de "L’Observateur politique, économique et littéraire" créé en 1950). Il n’était pas un acteur mais un observateur, certes engagé, mais observateur avant tout.

Pour l’heure, le journalisme fut la voie qu’il concevait. Une très longue carrière de journaliste. Une voie, et aussi, pour des chroniques à la radio (sur Europe 1 dans les années 1980), une voix qui portait, apaisante, profonde, ressortant tout le caractère très réfléchi de l’homme et ses pensées. Et aussi, surtout, une plume rudement efficace.

À ses débuts, il fut épaulé par l’un des journalistes les plus honorables de France, Albert Camus, et Jean Daniel travailla avec quelques plumes marquantes comme Jules Roy, Étiemble, Emmanuel Roblès, etc. qui collaborèrent dans la revue indépendante (de gauche) "Caliban" dont il fut le rédacteur en chef entre 1947 et 1952 (financée grâce à ses liens avec René Pleven et Louis Joxe). Il fréquentait Jean-Paul Sartre, Claude Lévi-Strauss, Maurice Merleau-Ponty, Emmanuel Mounier, Jean-Marie Domenach, Pierre Viansson-Ponté, etc. Plus tard, fasciné par les arts, il fréquenta également des personnalités comme Pierre Soulages, Michel Bouquet, etc.

Auteur d’un roman en attendant de retrouver un travail dans un autre journal (il fut l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, romans ou essais, pendant toute sa carrière), Jean Daniel fut recruté par "L’Express" en 1954 pour lequel il travailla une dizaine d’années. Là encore, après le parrainage d’Albert Camus, il a eu le parrainage d’autres illustres journalistes : Françoise Giroud et JJSS. Chargé de couvrir la guerre d’Algérie, Jean Daniel a failli être tué en 1961… et bien plus tard, à l’Université de New York, un homme est venu le voir : « Il me demande si j’ai un moment pour parler tranquillement, dehors. Je sors avec lui et il m’annonce : "C’est moi qui ai tiré sur vous à Bizerte en juillet 1961. J’étais un jeune parachutiste. Depuis, j’ai lu tous vos livres. Et je me dis que j’ai failli tuer l’auteur que j’admirais". Voilà ce qu’il me dit. » ("Le Point" du 27 avril 2012).

Une période de la vie de grand reporter qui lui a fait rencontrer les plus grandes personnalités politiques du monde pour des entretiens : évidemment Pierre Mendès France dont il était un disciple, mais aussi John F. Kennedy, Fidel Castro, Léopold Segard Senghor, David Ben Gourion, etc. Il a même appris l’assassinat de Kennedy au cours d’un déjeuner avec Castro ! Bien plus tard, Jean Daniel a eu la visite d’un agent de la CIA lors d’un voyage aux États-Unis : « Il m’apprend une histoire invraisemblable : Castro, que j’ai rencontré à La Havane la veille de l’assassinat de Kennedy à Dallas, pensait que j’étais envoyé par Kennedy pour le tuer, lui, Castro ! » ("Le Point" du 27 avril 2012).

Quant à David Ben Gourion qu’il qualifiait de "réaliste illuminé", il l’a rencontré la première fois en 1948 avant la création de l’État d’Israël et il l’a raconté dans "Le Nouvel Observateur" du 18 avril 2018. Ben Gourion lui avait déclaré : « Chaque fois qu’il y aura un choix à faire entre la paix et les territoires, je choisirai la paix. ».

La réputation internationale de Jean Daniel était alors très forte. Ne laissant pas sa plume dans la poche, ses articles prônant une négociation avec le FLN en Algérie avaient d’ailleurs provoqué à "L’Express" quelques désagréments politiques avec le pouvoir.

Opposé à l’évolution de "L’Express" qui se voulait plus consensuel et moins politisé, et après avoir hésité à travailler pour "Le Monde" sur proposition de son directeur Hubert Beuve-Méry, Jean Daniel a commencé l’aventure en 1964, avec son ami industriel, Claude Perdriel, d’un nouveau journal, "Le Nouvel Observateur" (qu’il dirigea jusqu’en 2008). Ce fut le journal de la gauche réaliste (avec l’aide de Gilles Martinet, l’un des socialistes très influents les moins connus des années 1960 à 1980).

Sachant prendre le train de la nouveauté sociologique dans les années 1970, Jean Daniel, comme je l’ai abordé au début, a ouvert en octobre 1973 ses colonnes à Claire Bretécher qui venait de "Pilote" et de "L’Écho des savanes". Il ne savait pas si ce serait "rentable" ni "apprécié" de ses lecteurs, mais il imaginait que les bandes dessinées de Claire Bretécher seraient essentielles dans l’évolution sociologique du journal (avec "Les Frustrés") : « On n’était pas sérieux ! Ou plutôt, nous avions le sérieux ironique et particulier de Claire. Quand elle est arrivée, nous sommes devenus nous-mêmes. Je me souviens très bien de son premier dessin : elle se moquait du patron, de l’actionnaire du journal ! Et moi, je pensais la même chose qu’elle ! Elle n’a pas profité du journal, c’est nous qui avons profité d’elle ! (…) C’était une époque où curieusement (…) on ne s’occupait pas d’argent. Les premiers numéros, on avait envie de les faire, c’est tout. » (actuabd.com, le 14 décembre 2015).

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Malgré son grand âge, Jean Daniel a toujours continué à faire profiter les autres de ses réflexions : « Maintenant, je ne sais plus ne rien faire. L’idée de ne rien faire ressemble un peu à la retraite. Tout ce qui est repos me paraît menacé de déclin, de disparition. Je ne sais plus ne rien faire. J’ai besoin que les instants soient plein. Je vis au présent mais dans la plénitude et je vis chaque chose comme si ça devait être la dernière. Ma curiosité a décuplé de cette manière. » (24 août 2008).

Ainsi, ces dernières années, il a accordé de nombreux entretiens notamment sur France Culture, en particulier une série de dix interviews hebdomadaires du 22 juin 2008 au 24 août 2008 ("Un été avec Jean Daniel"). Le 23 juin 2012, il était désabusé : « Mon désenchantement actuel, c’est de voir ce que devient la France. À cette étape de ma vie, j’avoue ma tristesse de ne plus reconnaître mon pays, de ne plus me retrouver ans ses valeurs. » (émission "Répliques " produite par Alain Finkielkraut).

Le 24 août 2008 sur France Culture, Jean Daniel parlait de Pierre Soulages ainsi : « Mon instinct ne me dirigeait pas vers Soulages, mais il m’a appris à connaître les secrets de l’abstraction. (…) C’est le côté monocolore de Soulages et le mystère du noir de Soulages qui m’ont initié à la signification de l’abstraction. ». De Michel Bouquet : « Pour moi, il représente le théâtre dans la façon de mêler l’incroyable force de la personnalité et la capacité stupéfiante à la transformer. Il a les deux : c’est un acteur de composition mais il est toujours lui-même quand il compose. ».

Lors d’un débat avec Bernard-Henri Lévy publié le 6 février 2016 dans "Le Nouvel Observateur", Jean Daniel parlait ainsi des Juifs et de Mgr Lustiger : « En créant le Dieu unique et en allant jusqu’à se considérer comme "le trésor des rois", les Juifs se sont imposé un destin dont ils ont proposé l’impossible grandeur à l’humanité. Mais c’est un destin carcéral. (…) J’ai mené un long dialogue avec Jean-Marie Lustiger sur le crucifié de l’Évangile dont la figure, à l’époque, me hantait. Mais aux funérailles du cardinal, selon ses dernières volontés rédigées de sa main à Jérusalem, le kaddish, la prière pour les défunts de la synagogue, a été récité sur le parvis de la cathédrale. Oui, je dis bien une sorte de prison volontaire, car si l’on peut sortir du judaïsme, de la religion juive, on ne saurait sortir de la judéité, du peuple juif. ».

L’unicité de la Shoah : « Pas au point de la séparer totalement de la question d’Ivan Karamazov chez Dostoïevski : "Si Dieu existe, pourquoi tolère-t-il une seule larme d’un seul enfant ?". La réponse de la Bible et de la philosophie sur le mal est qu’il y a contradiction entre l’innocence et la liberté. (…) Il y a bien, historiquement, un avant et un après-Auschwitz. Les explications juives ou chrétiennes habituelles ne suffisent plus : ni celle d’une juste punition divine soutenue par le rabbin Eleazar Shach, ni celle d’une assimilation des victimes du nazisme à Jésus en Croix proposée par Paul Claudel. (…) Pour moi, à la nouveauté de l’événement répond la nouveauté du discours. Dieu lui-même en sort modifié pour Hans Jonas, la synagogue doit se faire mutique pour Emil Fackenheim, il est trop tard pour le Messie selon George Steiner… L’abîme d’inhumanité appelle un motif transcendant pour rendre compte d’un fait de l’histoire, quitte à l’y dissoudre : l’unicité. (…) La contextualisation serait ici indispensable. Mais en regard des génocides arménien, tsigane, khmer ou rwandais, l’exception de la Shoah tient, selon moi, à cette prodigieuse théologie négative que les Juifs se sont senti sommés de produire afin de conserver leur destin. » (6 février 2016).

Les 19 et 27 avril 2012, l’hebdomadaire "Le Point" a publié un très long entretien de Jean Daniel interrogé par Franz-Olivier Giesbert et Christophe Ono-dit-Biot. En voici quelques brides intéressantes.

Ce que la vie a appris à Jean Daniel : « C’est d’abord qu’en marge des transformations profondes et des convulsions gigantesques, il peut y avoir encore des pans de l’histoire immobiles. (…) Je n’avais pas prévu que je ne changerais pas de maîtres à penser. Je n’imaginais pas qu’après une étourdissante valse des valeurs et la confusion des idéologies, on choisirait, quelle victoire !, Camus pour penser l’éthique de la modernité. » (19 avril 2012).

Sa vieillesse : « Je sais bien désormais que je dois légitimer ma longévité. Il faut que j’en fasse plus pour prouver que je peux en faire assez. (…) J’ai naguère accompagné jusqu’au bout la vieillesse d’un ami médecin (…). Chaque fois que les médecins venaient le voir, ils parlaient devant lui de son cas comme s’il n’était pas là, alors qu’il avait été l’un des plus grands spécialistes des pathologies qu’ils évoquaient. Ils étaient déférents, affables et même respectueux, mais ils l’avaient effacé. (…) Quand je connais bien un sujet et que les gens indélicats ou oublieux en parlent comme si je n’étais pas dans la même pièce qu’eux, je ne vis pas ça très bien. (…) Il peut y avoir des naufragés volontaires qui se regardent glisser vers d’autres planètes. J’ai vu vieillir Claude Lévi-Strauss, un homme qui impressionnait pour toutes sortes de raisons dont la moindre n’était pas sa pratique du silence. La plupart du temps, il se taisait et quand il parlait, c’était avec un mélange de désenchantement résigné et de distance ironique. Il murmurait des choses qu’il ne se donnait pas la peine d’articuler, de peur que vous ne les compreniez pas et qu’il ne se fatigue alors pour rien. Un jour qu’il était l’objet de polémiques déplacées à propos de ses théories sur le racisme dans "Race et Histoire", il m’avait dit avec un regard éloigné : "C’est très facile à supporter, vous savez. Je ne suis plus de ce monde, je vis ailleurs, mais j’y vis plutôt bien". Telle était sa sagesse. D’une certaine manière, il s‘était installé dans un autre univers. » (19 avril 2012).

Les relations affectives : « La sexualité est à mes yeux l’aboutissement charnel d’un désir fusionnel qui ne triomphe que lorsqu’il s’éteint. Elle est la gloire éphémère du plaisir. La sensualité est une complicité par la peau et le toucher : c’est une complémentarité de sensations. Rien ne vaudra jamais pour moi le sourire de bonheur de l’aimée dans la contemplation commune d’une œuvre d’art ou lors d’une promenade à la campagne avec elle, cheveux au vent, et dont je tiens le bras nu. (…) Un jour que j’étais au Musée Rodin, un de mes lieux préférés à Paris, j’ai vu une main caresser le pied d’une sculpture de femme et cette main, c’était celle d’une religieuse. Elle faisait ça avec le plus grand naturel et une innocence totale. J’ai ressenti un moment de complicité intense avec elle. » (19 avril 2012).

Pessimisme : « Le pessimisme est un trop mol oreiller pour qui est contraint à s’engager. Et je préfère être "réveillé" par Simon Leys, George Steiner ou Umberto Eco. » (19 avril 2012).

Son amitié pour Camus : « Après son Prix Nobel, comme je lui manifestais mon inaltérable fidélité en dépit de nos désaccords sur l’Algérie, il m’a écrit : "L’important est que nous soyons vous et moi déchirés". » (27 avril 2012).

Camus et les femmes : « Parfois Casanova, jamais Don Juan. La fidélité à une maîtresse comptait presque autant que l’amour qu’il portait à une nouvelle femme, il n’y a que des gens très fins qui peuvent comprendre. Il couchait, par exemple, avec Maria Casarès, il maintenait avec sa femme les ferveurs intermittentes de la conjugalité, mais en même temps, il était fidèle, ressentant pour chacune, à jamais, une reconnaissance inépuisable : "Je garde pour la vie, un à un, les souvenirs des moments qu’elles m’ont donnés", me disait-il. » (19 avril 2012).

Jean Daniel y a cité Orwell : « L’intellectuel est celui qui est le plus tenté par la dictature et, parmi ces intellectuels, l’intellectuel français est le plus doué pour ça. » (27 avril 2012).

Jean Daniel sur la politique aujourd’hui : « S’il y a bien quelque chose qui m’effraie, en ce moment, c’est que tout cela revient. Une nouvelle pensée unique s’annonce dans la gauche. Quand j’entends Mélenchon, par exemple, ça me rappelle des souvenirs… C’est ça, l’inconvénient des longues vies. (…) Mélenchon a un talent fou, l’art de l’éloquence et les recettes de la conviction, mais pas seulement : il rappelle le temps des grands "rhétoriqueurs" et les tribuns sur les tréteaux populaires. Pour eux, le peuple a toujours raison et le grand homme est celui qui sait lui parler. (…) Jean-Luc Mélenchon exprime notre indignation, mais aucunement notre perspective. Je préfère réfléchir avec Pierre Rosanvallon et agir avec Michel Rocard. » ("Le Point" du 27 avril 2012).

Et je termine sur ce qui aurait pu apparaître comme une réflexion sur l’affaire Griveaux : « Je déteste Don Juan. Tout ce que Don Juan représente m’est contraire. (…) L’idée de l’homme qui séduit pour consommer, qui ment, qui trompe, qui n’a aucun respect, qui a une allégresse pour montrer comment le cynisme peut être joyeux, cette façon qu’il a de prendre du plaisir qu’il va ensuite trahir et oublier, cette obsession de collectionner sans jamais s’attarder (…). Tout ça, c’est le contraire. » (France Culture, le 24 août 2008).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 février 2020)
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Pour aller plus loin :
Jean Daniel.
Alain Finkielkraut.
Bernard-Henri Lévy.
Jean-Christophe Victor.
Joseph Kessel.
Albert Camus.
Alfred Grosser.
Raymond Aron.
René Rémond.
Jean d’Ormesson.
Pierre Milza.
Jean-Baptiste Duroselle.
Georges Duby.
Hannah Arendt et la doxa.
Max Gallo.
François de Closets.
Michèle Cotta.
Philippe Alexandre.
Elie Wiesel.
Henri Amouroux.
Jean Lacouture.
Édouard Bonnefous.
Alain Decaux.
Gonzague Saint Bris.
Claude Estier.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Jean-François Deniau.
Jean Boissonnat.
Étienne Borne.
Pierre-Luc Séguillon.
Françoise Giroud.
André Glucksmann.
Noël Copin.
Maurice Duverger.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Georges Suffert.
Pierre Desgraupes.
Sibyle Veil.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Jacqueline Baudrier.
Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Philippe Bouvard.
Menie Grégoire.
Évelyne Pagès.
Jean Garretto.
Jacques Chapus.
Henri Marque.
Arthur.

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http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/20/38041819.html



 

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31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 03:39

« La Cour des Comptes assiste le Parlement dans le contrôle de l’action du gouvernement. Elle assiste le Parlement et le gouvernement dans le contrôle de l’exécution des lois de finances et de l’application des lois de financement de la sécurité sociale ainsi que dans l’évaluation des politiques publiques. Par ses rapports publics, elle contribue à l’information des citoyens. » (Article 47-2 de la Constitution de la Cinquième République).




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Dans son édition du 30 mai 2020, le "Journal du dimanche" a annoncé que le Président de la République Emmanuel Macron avait (enfin) choisi le nouveau Premier Président de la Cour des Comptes, choix qui va être officialisé lors du conseil des ministres de ce mercredi 3 juin 2020 : Pierre Moscovici serait l’heureux choisi.

J’ai écrit enfin car le poste est vacant depuis plus de quatre mois. Un jeu de dominos, un jeu de nominations dont n’est pas expert Emmanuel Macron.

Le juge Jean-Louis Nadal, qui fut procureur général près de la Cour de Cassation du 20 octobre 2004 au 30 juin 2011, a achevé son mandat de six ans de président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) le 19 décembre 2019. Cette instance, créée par la loi organique n°2013-906 et la loi n°2013-907 du 11 octobre 2013 relatives à la transparence de la vie publique, inspirée des leçons de l’affaire Cahuzac, contrôle notamment la réalité des déclarations du patrimoine des grands élus et hauts fonctionnaires, au point éventuellement de signaler à la justice tout manquement. Or, Emmanuel Macron a mis déjà plus d’un mois pour remplacer Jean-Louis Nadal et a nommé le 15 janvier 2020 l’ancien député socialiste de Grenoble Didier Migaud (qui est entré en fonction le 31 janvier 2020).

Didier Migaud était un député de base très travailleur qui a eu beaucoup de "chances", des chances qui se sont toutes appelées …Nicolas Sarkozy : en effet, ce dernier nouvellement élu à l’Élysée a proposé en juin 2007 que le poste de président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, poste important dans la préparation du budget de l’État, fût attribué à un membre de l’opposition, et celle-ci s’est mise d’accord pour Didier Migaud.

Deux années plus tard, pour la succession de Philippe Séguin, Premier Président de la Cour des Comptes mort subitement, Nicolas Sarkozy, après avoir proposé le poste à François Hollande (qui a décliné poliment, il a eu raison !), a nommé Didier Migaud le 23 février 2010. Le poste est également essentiel dans la vie politique : la Cour des Comptes est l’instance de contrôle des finances publiques a posteriori, elle traque notamment les (nombreux) gaspillages. La publication de son rapport annuel est l’occasion de pointer du doigt quelques abus ou erreurs de gestion de ceux qui gèrent les finances publiques, que ce soit localement ou nationalement. Nicolas Sarkozy (dont on pourra difficilement dire, avec cela, qu’il était un dictateur) voulait y placer un membre de l’opposition pour que ce contrôle fût plus "sincère" et efficace, en tout cas, plus en rapport avec la fonction de s’opposer aux décisions gouvernementales.

Mais en nommant Didier Migaud à la présidence de la HATVP, Emmanuel Macron a rendu vacante la Première Présidence de la Cour des Comptes, réalité fâcheuse d’autant plus étrange qu’elle était prévisible (puisque c’était une autre nomination présidentielle qui l’a rendue vacante) et que cela a eu lieu lors de la publication du rapport annuel (qui fut ainsi présenté le 25 février 2020 par Sophie Moati, assurant l’intérim depuis le 29 janvier 2020 en tant que doyenne des présidents de chambres).

Si Pierre Moscovici a toutes les compétences pour occuper la fonction (j’y reviens plus loin), je trouve cette nomination désolante car elle symbolise un véritable retour à "l’ancien monde", et même, le "pire" ancien monde puisque c’est un retour à la Hollandie (rappelons que François Hollande n’a pas jugé utile de remplacer Didier Migaud qui lui était pourtant politiquement proche).

Que le Premier Président de la Cour des Comptes soit un responsable politique d’importance nationale, ancien ministre, etc., n’est certes pas nouveau et le poste est même souvent apparu comme une voie de garage on ne peut plus prestigieuse pour des anciens ministres ambitieux sans avenir, et c’était d’autant plus facile que certains, énarques dans la botte, étaient déjà dans ce grand corps de l’État qu’est la Cour des Comptes (les jeunes loups ambitieux sortis de l’ENA et ayant le choix, comme Jacques Chirac et François Hollande, ont toujours choisi la Cour des Comptes car… cela leur donnait du temps pour leurs activités politiques !).

Les exemples d’ancien ministre en fin de carrière sont nombreux et toutes couleurs confondues, et François Mitterrand a généralisé le principe : Lucien Paye du 19 janvier 1970 au 25 avril 1972, André Chandernagor du 7 décembre 1983 au 8 octobre 1990, Pierre Arpaillange du 8 octobre 1990 au 10 mars 1993, Pierre Joxe du 10 mars 1993 au 8 mars 2001 et Philippe Séguin du 21 juillet 2004 au 7 janvier 2010.

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Oui, Pierre Moscovici a toutes les qualifications techniques pour devenir le prochain Premier Président de la Cour des Comptes, d’autant plus qu’il est originaire de ce corps (qu’il a réintégré après la fin de 2019) puisqu’il y était conseiller-maître après sa sortie de l’ENA. À 62 ans, ce sera évidemment un (nouveau) bâton de maréchal (inespéré) pour un socialiste on ne peut plus velléitaire.

Après l’échec des socialistes en 2007, il avait quand même laissé planer son ambition, celle de devenir premier secrétaire du PS, puis d’être le candidat du PS à l’élection présidentielle. Cette ambition a toujours plané… Certes, il a eu une "belle" trajectoire politique : conseiller général du Doubs de mars 1994 à mars 2001, conseiller régional de Franche-Comté de mars 1997 à mars 12004, député européen (donc élu sur une liste) de juin 1994 à juin 1997 puis de juin 2004 à juin 2007, élu député du Doubs en juin 1997, battu en juin 2002, élu en juin 2007 et juin 2012, Pierre Moscovici a eu une carrière politique relativement classique.

Proche d’Alain Krivine et se rapprochant du PS par Dominique Strauss-Kahn durant ses études (DSK était son prof), haut fonctionnaire, avocat, maître de conférences, Pierre Moscovici est un bon représentant de la Hollandie triomphante, social-libéral, pro-européen, mais qui a fait plus de tort à l’Europe que bien des antieuropéens. Nommé Ministre des Affaires européennes dans le gouvernement de Lionel Jospin du 4 juin 1997 au 6 mai 2002, puis (une première consécration) Ministre de l’Économie et des Finances dans les gouvernements de Jean-Marc Ayrault du 16 mai 2012 au 31 mars 2014 sur la lancée de l’élection de François Hollande à l’Élysée, Pierre Moscovici a choisi la sécurité en demandant et obtenant de François Hollande le très stable poste de commissaire européen du 1er novembre 2014 au 30 novembre 2019. Il était chargé des Affaires économiques et financières, de la fiscalité et de l’Union douanière dans la Commission Européenne présidée par Jean-Claude Juncker.

J’ai écrit assez sévèrement plus haut qu’il avait beaucoup de tort à l’Europe et à l’idée européenne (bien qu’il fût président du Mouvement européen pour la France de 2005 à 2006) car, commissaire européen, Pierre Moscovici a montré une arrogance de la technostructure bruxelloise contre son propre pays (à croire qu’il n’est pas très patriote), une arrogance qui ne pouvait que renforcer le camp des antieuropéens (ce qui fut le cas à l’élection présidentielle qui a suivi). Arrogance mais aussi ingratitude puisque son rôle était de blâmer celui-là même qui l’avait nommé…

Ce fils de l’un des grands théoriciens de l’écologie politique disparu il y a un peu plus de cinq ans a été assez malin (comme Laurent Fabius bombardé à la Présidence du Conseil Constitutionnelle en février 2016 pour neuf ans) puisque pendant que ses camarades socialistes se faisaient hara-kiri lors des élections législatives de juin 2017, lui avait préservé son poste et en gagne maintenant un autre prestigieux.

Pourtant, les candidats ne manquaient pas à ce poste si difficilement pourvu par l’Élysée. On parlait de Nicolas Belloubet, l’actuelle Garde des Sceaux dont la compétence politique reste encore à prouver. Son nom circulait probablement pour libérer le Ministère de la Justice, car de profession constitutionnaliste, je peine à y voir quelques compétences dans le contrôle des finances publiques. Et sa nomination aurait, comme pour Pierre Moscovici, peu à voir avec celle d’un membre de l’opposition visant à réellement contrôler l’action du gouvernement.

Quand j’écris "contrôler l’action du gouvernement", soyons bien clairs : le contrôle de l’action du gouvernement est réservé politiquement au Parlement, mais la Cour des Comptes, comme le rappelle l’article 47-2 de la Constitution, contribue à ce contrôle sur le plan technique (et pas politique).

Or, dans l’opposition actuelle, il y avait beaucoup de personnalités tout à fait capables d’être nommées à ce poste stratégique : des députés LR spécialistes des finances publiques comme Gilles Carrez ou l’ancien ministre Éric Woerth, actuel président de la commission des finances (heureusement toujours d’opposition), éventuellement Valérie Rabault. Présidente du groupe PS à l’Assemblée Nationale, depuis le 11 avril 2018, cette députée du Tarn-et-Garonne fut rapporteuse générale du budget d’avril 2014 à juin 2017, a même réalisé une saisie sur pièce et sur place à Bercy le 12 juin 2014 et a refusé d’entrer au gouvernement de Manuel Valls pour garder son indépendance (j’imagine son tempérament en acier trempé face à d’éventuelles pressions).

Mais je pense que le meilleur candidat aurait été le député centriste Charles de Courson, qui, par l’ENA, est (lui aussi) un magistrat à la Cour des Comptes et a défendu depuis sa première élection en mars 1993 le principe de l’intégrité des dépenses publiques (se souvenir avant tout que l’argent public est l’argent de tous les citoyens qu’on doit dépenser avec gravité et modération).

En nommant finalement Pierre Moscovici à la Première Présidence de la Cour des Comptes, Emmanuel Macron renoue avec son ancienne Hollandie qu’il avait quittée le 30 août 2016. On est loin de ses élans du "nouveau monde"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Débat Bruno Le Maire vs Pierre Moscovici le 14 novembre 2011 sur France 2.
Pierre Moscovici.
Didier Migaud.
François Hollande.
Laurent Fabius.
Dominique Strauss-Kahn.
Lionel Jospin.
Manuel Valls.
Christiane Taubira.
Jean-Marc Ayrault.
Jean-Yves Le Drian.
Bernard Cazeneuve.
Ségolène Royal.
Martine Aubry.
Bertrand Delanoë.
Claude Bartolone.
Michel Sapin.
Jérôme Cahuzac.
Anne Hidalgo.
Delphine Batho.
Nicole Bricq.
Audrey Azoulay.
Christophe Caresche.
Myriam El-Khomri.
Najat Vallaud-Belkacem.
Geneviève Fioraso.
Jean-Christophe Cambadélis.
Harlem Désir.
Jean-Pierre Jouyet.
Yann Galut.
Jean-Vincent Placé.
Cécile Duflot.
Olivier Faure.
Aurélie Filippetti.
Arnaud Montebourg.
Jean-Pierre Bel.
François Rebsamen.
Valérie Trierweiler.
Benoît Hamon.
Vincent Peillon.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200530-pierre-moscovici.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-moscovici-a-la-tete-de-la-224835

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/31/38337120.html




 

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 14:54

Né le 26 novembre 1935 dans la Creuse, Georges Sarre fut un postier et militant socialiste dès 1964. Proche de Jean-Pierre Chevènement, il a rejoint François Mitterrand en 1971. Élu conseiller de Paris de 1971 à 2014 (président du groupe PS au conseil de Paris de 1977 à 1993 puis président du groupe MRC au conseil de Paris de 2001 à 2008), il fut élu député européen de 1979 à 1981, puis député de Paris de 1981 à 2002, maire du 11e arrondissement de 1995 à 2008 et adjoint au maire de Paris chargé de la sécurité et de la prévention de 2008 à 2010. Enfin, il fut nommé par François Mitterrand au gouvernement, comme Secrétaire d'État chargé des Transports routiers et fluviaux du 14 mai 1988 au 29 mars 1993, avant d'être président du parti chevénementiste du 9 juin 2001 au 12 mai 2002 (Mouvement des citoyens) puis du 28 novembre 2004 au 22 juin 2008 (MRC).

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190131-georges-sarre.html


 

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3 septembre 2018 1 03 /09 /septembre /2018 11:52

« Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ! » (Jean-Pierre Chevènement, en mars 1983).



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L’ancien député européen franco-allemand Daniel Cohn-Bendit avait été approché par un proche du Président Emmanuel Macron (Christophe Castaner, pour ne rien cacher) dans la perspective d’une nomination au Ministère de l’Écologie, pour succéder à Nicolas Hulot. Au contraire de Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit est un grand animal politique, et en plus, au contraire de Nicolas Hulot, en intégrant le gouvernement, Daniel Cohn-Bendit n’aurait pas retourné sa veste car il avait soutenu la candidature d’Emmanuel Macron dès le mois de mars 2018, bien avant le premier tour (et donc, bien avant Édouard Philippe, Bruno Le Maire, etc. qui, en principe, soutenaient encore la candidature de François Fillon). Il a ainsi participé à un meeting le 19 avril 2017 à Paris.

Daniel Cohn-Bendit ministre, ça aurait eu de la gueule ! Car il n’a jamais été un "productif", enfin, je veux dire, un "exécutif" dans sa (longue) carrière politique. C’est un électron libre (mais il y en a d’autres) et surtout, une sorte d’extraterrestre dans le microcosme politique français (selon l’expression barrienne). Daniel Cohn-Bendit a eu une longue carrière au Parlement Européen, vingt années, de juin 1994 à juin 2014, élu alternativement en France et en Allemagne, et fut même, entre le 8 janvier 2002 et le 30 juin 2014, le coprésident du groupe des Verts au Parlement Européen, ce qui donne l’importance politique de l’homme au sein du paysage politique européen.

Pour être exact, le seul mandat exécutif qu’il a eu fut à Francfort, comme adjoint au maire chargé des affaires multiculturelles (dans une municipalité remportée par les sociaux-démocrates sur les démocrates-chrétiens) de 1989 à 1997. Ce fou de football (entre autres) est l’un des personnages politiques les plus durablement présents dans les médias en France car il fut l’un des acteurs du mouvement de Mai 1968 (à l’âge de 23 ans : il a maintenant 73 ans).

Comme Emmanuel Macron, Daniel Cohn-Bendit adore les débats contradictoires. Il adore exposer ses idées, écouter celles des autres, les contester, argumenter, imaginer, innover. Il a mille idées et sait les exprimer de manière simple et efficace. Lorsqu’il fut tête de liste aux européennes le 7 juin 2009 dans la circonscription d’Île-de-France, il a gagné 4 sièges, se plaçant en deuxième position derrière la liste UMP conduite par Michel Barnier, avec 20,9% des voix, soit la moitié de plus que les voix recueillies par la liste des socialistes (pourtant dans l’opposition et donc, favorisés pour un tel scrutin). Nationalement, les listes des écologistes, dont le leadership de Daniel Cohn-Bendit n’était pas seulement régional mais national, ont obtenu 16,3%, c’est-à-dire à égalité avec les listes socialistes.

Donc, il y a neuf ans, Daniel Cohn-Bendit a eu un test grandeur nature sur sa valeur électorale : autour de 16% au niveau national (autour de 20% si l’on ne regarde que l’Île-de-France). D’ailleurs, les autres élections européennes, avant et après, ont donné des scores nettement plus faibles aux écologistes, ce qui montre, au-delà des explications des circonstances politiques du moment, une valeur ajoutée incontestable de l’ancien leader étudiant.

On se demande alors pourquoi il n’a pas cherché, en 2012 ou en 2017, à devenir candidat à l’élection présidentielle. Parce que justement, c’est un extraterrestre. Il déteste le principe qui veut que toute la vie politique soit centrée sur l’élection présidentielle. Il est contre le principe de l’élection présidentielle (il veut un régime uniquement parlementaire). Pourtant, c’est sûr qu’il aurait fait un tabac. Peut-être ne serait-il pas monté au-delà de 10% des voix (ce qui est déjà considérable, Jean-Pierre Chevènement en sait quelque chose), mais il aurait polarisé la campagne présidentielle au coup sûr, par ses propres thèmes.

Du reste, il ne pouvait pas se présenter à l’élection présidentielle jusqu’à très récemment : ce n’est qu’en 2015 qu’il a obtenu la nationalité française. Il aurait pu l’obtenir bien auparavant (rappelons que le gouvernement de Georges Pompidou l’avait expulsé vers l’Allemagne) mais il ne voulait pas vraiment la demander, j’imagine pour s’empêcher de succomber à quelques tentations.

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En ne se représentant pas aux européennes en 2014 (après un si beau score en 2009), Daniel Cohn-Bendit avait décidé de prendre sa retraite en politique. Et pourtant, il est toujours là, parlant, expliquant, proposant, s’émouvant, écoutant, dialoguant. Dans les médias, bien sûr. Et il fut d’ailleurs l’un des plus médiatiques soutiens d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017 (avec François Bayrou et Manuel Valls).

Quand Nicolas Hulot a démissionné le 28 août 2018, Daniel Cohn-Bendit était naturellement pointé du doigt : ne remplace pas Hulot un simple sous-ministre de gare. Il faut une grande gueule médiatique pour défendre la transition écologique. Daniel Cohn-Bendit avait tout pour lui, tout pour prendre la relève, tout pour prendre, enfin, ses responsabilités. Ne plus être le contestataire mais l’acteur. Ne plus critiquer ou proposer, mais agir, décider, impulser.

Le 2 septembre 2018, il a vite mis fin aux rumeurs en annonçant qu’il a refusé le challenge après une longue discussion dominicale avec Emmanuel Macron. Soit dit en passant, jamais une nomination de ministre n’a été aussi transparente. Mais le fait de savoir que Daniel Cohn-Bendit avait été contacté pour le poste laissait déjà entrevoir un refus (peut-être inconscient) de sa part. On imagine mal un futur ministre annoncer sa nomination avant le communiqué classique de l’Élysée (encore que Frédéric Mitterrand avait grillé la politesse à Nicolas Sarkozy de quelques heures).

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Sur LCI ce dimanche 2 septembre 2018, Daniel Cohn-Bendit a expliqué plusieurs choses. Pourquoi l’a-t-on su ? Parce qu’un journaliste du journal "Le Monde" lui avait posé une question simpliste et au lieu de ne pas répondre, il s’est senti obligé d’expliquer un peu plus profondément les choses, de clarifier, et donc, de confirmer ses premiers contacts. Un ministre doit pourtant savoir cultiver le non-dit, la discrétion, le secret voire l’opacité.

Mais surtout, il a expliqué pourquoi il a refusé. Il a d’abord expliqué qu’il s’est senti responsabilisé. Que c’était le moment ou jamais de prendre ses responsabilités. Qu’on ne pouvait pas toujours parler dans le désert et que lorsque l’occasion d’appliquer ses idées survenait, il fallait la saisir. Ses mots :  « J'étais divisé, je me suis dit : c'est le bon moment. (...) Pour la première fois de ma vie, je me suis dit "pourquoi pas ?". ». Il a cependant trouvé trop d’obstacles à sa propre personnalité pour s’imaginer ministre.

D’une part, il ne peut s’imaginer, lui, le roi du libertaire, dans le rôle pompeux sinon péteux de monsieur le ministre, sans compter qu’à 73 ans, on peut envisager de vivre sa vie avec le moins de stress possible et sereinement auprès de ses proches. D’autre part, il a imaginé qu’il ne pourrait jamais la boucler, qu’il ne pourrait jamais "fermer sa gueule", selon la célèbre expression chevènementielle, et il sait que s’il ne la bouclait pas, cela deviendrait vite impossible pour le gouvernement.

Au lieu de devoir démissionner à la première contrariété, c’est-à-dire à la première ou seconde semaine d’exercice (comme ce fut le cas avec Jean-Jacques Servan-Schreiber sous Valéry Giscard d’Estaing à propos des essais nucléaires et du professeur Léon Schwartzenberg sous François Mitterrand à propos de la dépénalisation du cannabis), Daniel Cohn-Bendit a préféré ne pas écouter son orgueil au profit de sa liberté de penser et de rigoler.

Donc, pas de Ministère de l’Écologie. Daniel Cohn-Bendit renonce au pouvoir et garde juste le ministère de la parole. Ce qui, à mon sens, est dommage pour la France. Car Daniel Cohn-Bendit a une telle énergie, une telle force de conviction, une telle puissance à débattre, qu’il aurait été excellent dans le rôle du pouvoir. Il aurait pu convaincre des ministres récalcitrants et même un Président de la République qui a bien pressenti que l’écologie, dont il se moquait pendant la campagne présidentielle, serait sans doute l’élément clef pour donner un sens à son mandat et à celui de ses successeurs.

Daniel Cohn-Bendit était sans doute prêt à faire l’impossible, parce qu’il en a la force, mais aussi la volonté, comme il l’avait proclamé devant ses amis écologistes le 10 mars 2010 au Cirque d’hiver à Paris : « Je ne veux pas que l’on demande aux gens : "d’où viens-tu ?", mais je veux qu’on leur demande : "où veux-tu aller avec nous ?". L’imagination, c’est justement ça : mettre ensemble, faire l’impossible ! L’impossible, c’est justement ça qui nous met en avant. ». Mais il n’était pas prêt à sacrifier sa joie de vivre. Il n’en a pas eu le courage. Dommage…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Daniel Cohn-Bendit.
La retraite en 2014 ?
Nicolas Hulot.
François de Rugy.
Yannick Jadot.
La primaire EELV d’octobre 2016.
La primaire EELV de juin 2011.
Le retour des écolos au gouvernement.
Les écologistes et le TSCG.
Les écolo-pastèques.
Le cannabis chez les écologistes.
Cécile Duflot.
Jean-Vincent Placé.
Véronique Massonneau.
Eva Joly.
Stéphane Hessel.
Corinne Lepage.
Édouard Philippe.
Patrick Strzoda.
Alexandre Benalla.
Emmanuel Macron et l’État-providence.
Emmanuel Macron assume.
La réforme des institutions.
Protégeons la Ve République !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180902-daniel-cohn-bendit.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/daniel-cohn-bendit-sur-les-traces-207377

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/09/04/36676184.html



 

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