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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 14:54

Né le 26 novembre 1935 dans la Creuse, Georges Sarre fut un postier et militant socialiste dès 1964. Proche de Jean-Pierre Chevènement, il a rejoint François Mitterrand en 1971. Élu conseiller de Paris de 1971 à 2014 (président du groupe PS au conseil de Paris de 1977 à 1993 puis président du groupe MRC au conseil de Paris de 2001 à 2008), il fut élu député européen de 1979 à 1981, puis député de Paris de 1981 à 2002, maire du 11e arrondissement de 1995 à 2008 et adjoint au maire de Paris chargé de la sécurité et de la prévention de 2008 à 2010. Enfin, il fut nommé par François Mitterrand au gouvernement, comme Secrétaire d'État chargé des Transports routiers et fluviaux du 14 mai 1988 au 29 mars 1993, avant d'être président du parti chevénementiste du 9 juin 2001 au 12 mai 2002 (Mouvement des citoyens) puis du 28 novembre 2004 au 22 juin 2008 (MRC).

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190131-georges-sarre.html


 

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3 septembre 2018 1 03 /09 /septembre /2018 11:52

« Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ! » (Jean-Pierre Chevènement, en mars 1983).



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L’ancien député européen franco-allemand Daniel Cohn-Bendit avait été approché par un proche du Président Emmanuel Macron (Christophe Castaner, pour ne rien cacher) dans la perspective d’une nomination au Ministère de l’Écologie, pour succéder à Nicolas Hulot. Au contraire de Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit est un grand animal politique, et en plus, au contraire de Nicolas Hulot, en intégrant le gouvernement, Daniel Cohn-Bendit n’aurait pas retourné sa veste car il avait soutenu la candidature d’Emmanuel Macron dès le mois de mars 2018, bien avant le premier tour (et donc, bien avant Édouard Philippe, Bruno Le Maire, etc. qui, en principe, soutenaient encore la candidature de François Fillon). Il a ainsi participé à un meeting le 19 avril 2017 à Paris.

Daniel Cohn-Bendit ministre, ça aurait eu de la gueule ! Car il n’a jamais été un "productif", enfin, je veux dire, un "exécutif" dans sa (longue) carrière politique. C’est un électron libre (mais il y en a d’autres) et surtout, une sorte d’extraterrestre dans le microcosme politique français (selon l’expression barrienne). Daniel Cohn-Bendit a eu une longue carrière au Parlement Européen, vingt années, de juin 1994 à juin 2014, élu alternativement en France et en Allemagne, et fut même, entre le 8 janvier 2002 et le 30 juin 2014, le coprésident du groupe des Verts au Parlement Européen, ce qui donne l’importance politique de l’homme au sein du paysage politique européen.

Pour être exact, le seul mandat exécutif qu’il a eu fut à Francfort, comme adjoint au maire chargé des affaires multiculturelles (dans une municipalité remportée par les sociaux-démocrates sur les démocrates-chrétiens) de 1989 à 1997. Ce fou de football (entre autres) est l’un des personnages politiques les plus durablement présents dans les médias en France car il fut l’un des acteurs du mouvement de Mai 1968 (à l’âge de 23 ans : il a maintenant 73 ans).

Comme Emmanuel Macron, Daniel Cohn-Bendit adore les débats contradictoires. Il adore exposer ses idées, écouter celles des autres, les contester, argumenter, imaginer, innover. Il a mille idées et sait les exprimer de manière simple et efficace. Lorsqu’il fut tête de liste aux européennes le 7 juin 2009 dans la circonscription d’Île-de-France, il a gagné 4 sièges, se plaçant en deuxième position derrière la liste UMP conduite par Michel Barnier, avec 20,9% des voix, soit la moitié de plus que les voix recueillies par la liste des socialistes (pourtant dans l’opposition et donc, favorisés pour un tel scrutin). Nationalement, les listes des écologistes, dont le leadership de Daniel Cohn-Bendit n’était pas seulement régional mais national, ont obtenu 16,3%, c’est-à-dire à égalité avec les listes socialistes.

Donc, il y a neuf ans, Daniel Cohn-Bendit a eu un test grandeur nature sur sa valeur électorale : autour de 16% au niveau national (autour de 20% si l’on ne regarde que l’Île-de-France). D’ailleurs, les autres élections européennes, avant et après, ont donné des scores nettement plus faibles aux écologistes, ce qui montre, au-delà des explications des circonstances politiques du moment, une valeur ajoutée incontestable de l’ancien leader étudiant.

On se demande alors pourquoi il n’a pas cherché, en 2012 ou en 2017, à devenir candidat à l’élection présidentielle. Parce que justement, c’est un extraterrestre. Il déteste le principe qui veut que toute la vie politique soit centrée sur l’élection présidentielle. Il est contre le principe de l’élection présidentielle (il veut un régime uniquement parlementaire). Pourtant, c’est sûr qu’il aurait fait un tabac. Peut-être ne serait-il pas monté au-delà de 10% des voix (ce qui est déjà considérable, Jean-Pierre Chevènement en sait quelque chose), mais il aurait polarisé la campagne présidentielle au coup sûr, par ses propres thèmes.

Du reste, il ne pouvait pas se présenter à l’élection présidentielle jusqu’à très récemment : ce n’est qu’en 2015 qu’il a obtenu la nationalité française. Il aurait pu l’obtenir bien auparavant (rappelons que le gouvernement de Georges Pompidou l’avait expulsé vers l’Allemagne) mais il ne voulait pas vraiment la demander, j’imagine pour s’empêcher de succomber à quelques tentations.

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En ne se représentant pas aux européennes en 2014 (après un si beau score en 2009), Daniel Cohn-Bendit avait décidé de prendre sa retraite en politique. Et pourtant, il est toujours là, parlant, expliquant, proposant, s’émouvant, écoutant, dialoguant. Dans les médias, bien sûr. Et il fut d’ailleurs l’un des plus médiatiques soutiens d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017 (avec François Bayrou et Manuel Valls).

Quand Nicolas Hulot a démissionné le 28 août 2018, Daniel Cohn-Bendit était naturellement pointé du doigt : ne remplace pas Hulot un simple sous-ministre de gare. Il faut une grande gueule médiatique pour défendre la transition écologique. Daniel Cohn-Bendit avait tout pour lui, tout pour prendre la relève, tout pour prendre, enfin, ses responsabilités. Ne plus être le contestataire mais l’acteur. Ne plus critiquer ou proposer, mais agir, décider, impulser.

Le 2 septembre 2018, il a vite mis fin aux rumeurs en annonçant qu’il a refusé le challenge après une longue discussion dominicale avec Emmanuel Macron. Soit dit en passant, jamais une nomination de ministre n’a été aussi transparente. Mais le fait de savoir que Daniel Cohn-Bendit avait été contacté pour le poste laissait déjà entrevoir un refus (peut-être inconscient) de sa part. On imagine mal un futur ministre annoncer sa nomination avant le communiqué classique de l’Élysée (encore que Frédéric Mitterrand avait grillé la politesse à Nicolas Sarkozy de quelques heures).

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Sur LCI ce dimanche 2 septembre 2018, Daniel Cohn-Bendit a expliqué plusieurs choses. Pourquoi l’a-t-on su ? Parce qu’un journaliste du journal "Le Monde" lui avait posé une question simpliste et au lieu de ne pas répondre, il s’est senti obligé d’expliquer un peu plus profondément les choses, de clarifier, et donc, de confirmer ses premiers contacts. Un ministre doit pourtant savoir cultiver le non-dit, la discrétion, le secret voire l’opacité.

Mais surtout, il a expliqué pourquoi il a refusé. Il a d’abord expliqué qu’il s’est senti responsabilisé. Que c’était le moment ou jamais de prendre ses responsabilités. Qu’on ne pouvait pas toujours parler dans le désert et que lorsque l’occasion d’appliquer ses idées survenait, il fallait la saisir. Ses mots :  « J'étais divisé, je me suis dit : c'est le bon moment. (...) Pour la première fois de ma vie, je me suis dit "pourquoi pas ?". ». Il a cependant trouvé trop d’obstacles à sa propre personnalité pour s’imaginer ministre.

D’une part, il ne peut s’imaginer, lui, le roi du libertaire, dans le rôle pompeux sinon péteux de monsieur le ministre, sans compter qu’à 73 ans, on peut envisager de vivre sa vie avec le moins de stress possible et sereinement auprès de ses proches. D’autre part, il a imaginé qu’il ne pourrait jamais la boucler, qu’il ne pourrait jamais "fermer sa gueule", selon la célèbre expression chevènementielle, et il sait que s’il ne la bouclait pas, cela deviendrait vite impossible pour le gouvernement.

Au lieu de devoir démissionner à la première contrariété, c’est-à-dire à la première ou seconde semaine d’exercice (comme ce fut le cas avec Jean-Jacques Servan-Schreiber sous Valéry Giscard d’Estaing à propos des essais nucléaires et du professeur Léon Schwartzenberg sous François Mitterrand à propos de la dépénalisation du cannabis), Daniel Cohn-Bendit a préféré ne pas écouter son orgueil au profit de sa liberté de penser et de rigoler.

Donc, pas de Ministère de l’Écologie. Daniel Cohn-Bendit renonce au pouvoir et garde juste le ministère de la parole. Ce qui, à mon sens, est dommage pour la France. Car Daniel Cohn-Bendit a une telle énergie, une telle force de conviction, une telle puissance à débattre, qu’il aurait été excellent dans le rôle du pouvoir. Il aurait pu convaincre des ministres récalcitrants et même un Président de la République qui a bien pressenti que l’écologie, dont il se moquait pendant la campagne présidentielle, serait sans doute l’élément clef pour donner un sens à son mandat et à celui de ses successeurs.

Daniel Cohn-Bendit était sans doute prêt à faire l’impossible, parce qu’il en a la force, mais aussi la volonté, comme il l’avait proclamé devant ses amis écologistes le 10 mars 2010 au Cirque d’hiver à Paris : « Je ne veux pas que l’on demande aux gens : "d’où viens-tu ?", mais je veux qu’on leur demande : "où veux-tu aller avec nous ?". L’imagination, c’est justement ça : mettre ensemble, faire l’impossible ! L’impossible, c’est justement ça qui nous met en avant. ». Mais il n’était pas prêt à sacrifier sa joie de vivre. Il n’en a pas eu le courage. Dommage…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Daniel Cohn-Bendit.
La retraite en 2014 ?
Nicolas Hulot.
François de Rugy.
Yannick Jadot.
La primaire EELV d’octobre 2016.
La primaire EELV de juin 2011.
Le retour des écolos au gouvernement.
Les écologistes et le TSCG.
Les écolo-pastèques.
Le cannabis chez les écologistes.
Cécile Duflot.
Jean-Vincent Placé.
Véronique Massonneau.
Eva Joly.
Stéphane Hessel.
Corinne Lepage.
Édouard Philippe.
Patrick Strzoda.
Alexandre Benalla.
Emmanuel Macron et l’État-providence.
Emmanuel Macron assume.
La réforme des institutions.
Protégeons la Ve République !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180902-daniel-cohn-bendit.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/daniel-cohn-bendit-sur-les-traces-207377

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/09/04/36676184.html



 

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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 01:22

« Monsieur le Président, mesdames, messieurs les députés, j’ai l’honneur, au nom du gouvernement de la République, de demander à l’Assemblée Nationale l’abolition de la peine de mort en France. » (1981).


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Ces quelques mots introductifs, pleins d’émotion, furent prononcés par Robert Badinter le jeudi 17 septembre 1981 dans l’hémicycle silencieux de l’Assemblée Nationale. Il venait d’être nommé, le 23 juin 1981, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, et fut chargé par le Président de la République François Mitterrand, élu le 10 mai 1981, de faire adopter l’abolition de la peine de mort.

Robert Badinter fête ce samedi 30 mars 2019 son 91e anniversaire. Il est né le 30 mars 1928 dans le 16e arrondissement de Paris. Il est d’abord un avocat, et c’est parce qu’il était avocat qu’il est devenu l’un des défenseurs les plus emblématiques de l’abolition de la peine de mort en France. Ce n’est qu’au début des années 1970 qu’il en a fait un combat personnel et professionnel. Avocat, il a sauvé, aux assises de Troyes, la tête de l’assassin Patrick Henry, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 20 janvier 1977 (en évoquant devant les jurés « le bruit que fait la lame qui coupe un homme vivant en deux »), mais auparavant, il n’avait pas réussi à sauver la tête de Roger Bontems, condamné à mort le 29 juin 1972 et exécuté le 28 novembre 1972. C’était la conception même de la peine de mort qu’il rejetait, que les condamnés soient coupables ou innocents.

Robert Badinter n’a pas l’approche très facile. Il fait partie de ces personnes à la gravité permanente au cœur, comme Simone Veil et d’autres. Il n’est pas dans la légèreté de l’être et de la vie. La cause ? Probablement la tragédie qui a traumatisé définitivement l’adolescent qu’il était : la Shoah. Son père fut arrêté à Lyon le 9 février 1943 et quitta le camp de Drancy le 25 mars 1943. Il n’est jamais revenu d’un camp d’extermination situé en Pologne. L’ado de 15 ans, son frère et leur mère se sont réfugiés à Chambéry jusqu’à la fin de la guerre pour fuir les persécutions antisémites.

Diplômé de lettres et de droit, une thèse sur le droit civil américain après un séjour à l’Université américaine de Columbia en 1949, également agrégé de droit, il fut à la fois avocat et professeur de droit. Grand bourgeois, marié d’abord avec une star du cinéma des années 1950, Anne Vernon (95 ans), puis avec la philosophe Élisabeth Bleustein-Blanchet (75 ans), fille du fondateur de Publicis dont il était le défenseur (le couple fait partie des plus grosses fortunes de France), Robert Badinter s’est senti politiquement proche de la social-démocratie (progrès social et respect du droit), admirateur de Pierre Mendès France et fidèle de François Mitterrand (dès les années 1960) qu’il a suivi par fidélité à la Convention des institutions républicaines (le club mitterrandien) puis au Parti socialiste.

Dans les années 1970, Robert Badinter embaucha Laurent Fabius pour l’aider à rédiger un ouvrage, et l’a recommandé chaudement à François Mitterrand. Après la victoire de la gauche, c’était donc normal que lui, l’un des deux avocats du nouveau Président, allât devenir un acteur majeur. Insistons cependant sur le fait qu’il n’avait aucune prédestination à devenir Ministre de la Justice.

Au contraire, le radical Maurice Faure, ancien compagnon de route de François Mitterrand sous la Quatrième République, avait été nommé Ministre d’État, Ministre de la Justice le 21 mai 1981, dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy, et cela aurait donc dû être ce dernier qui devait faire adopter l’abolition de la peine de mort. Dilettante et préférant rester tranquillement dans sa province, Maurice Faure a préféré démissionner au bout d’un mois, si bien que Robert Badinter fut le second choix de François Mitterrand pour ce poste hautement symbolique. D’ailleurs, François Mitterrand a mis longtemps avant d’être convaincu qu’il fallait abolir la peine de mort, lui qui refusa des grâces à l’époque de la guerre d’Algérie : « Il n’a pas été un militant de l’abolition, c’est sûr. Je ne me souviens pas d’avoir eu la moindre discussion philosophique ou morale avec lui à ce sujet. » ("L’Abolition", éd. Fayard, 2001).

J’ai évoqué deux avocats de François Mitterrand. L’autre avocat, c’était bien sûr Roland Dumas, qui a eu, lui aussi, une belle carrière ministérielle sous François Mitterrand. Selon un ami de l’ancien Président : « François Mitterrand avait deux avocats : Badinter pour le droit, Dumas pour le tordu. ».

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Ministre de la Justice du 23 juin 1981 au 19 février 1986, Robert Badinter fut nommé Président du Conseil Constitutionnel par François Mitterrand du 4 mars 1986 au 4 mars 1995. Lorsqu’il a été nommé à ce poste suprême dans l’échelle judiciaire française, son prédécesseur direct, Daniel Mayer, un ancien responsable socialiste et ancien résistant, nommé trois ans auparavant à la Présidence pour neuf ans, avait démissionné de son mandat de Président tout en restant simple membre, pour laisser la place à Robert Badinter, un arrangement voulu par François Mitterrand qui, après sa réélection et la nomination de Roland Dumas en 1995, lui aurait permis (sans les affaires judiciaires de ce dernier) de contrôler la Présidence du Conseil Constitutionnel pendant vingt et un ans, de 1983 à 2004, soit huit ans après sa disparition (en fait, Roland Dumas a dû démissionner en 2000).

Donc, une nomination entachée de suspicion de népotisme mitterrandien que Bertrand Le Gendre, dans un article du journal "Le Monde" le 21 février 1986, exprimait ainsi : « Partial, lui ? Le soupçon sera son fardeau, longtemps, quoi qu’il fasse. On ne dissipe pas une telle interrogation à coups d’affirmations, mais on peut questionner le passé, soupeser une action, évaluer un homme. Et se convaincre que le Président de la République a promu le moins politicien de ses ministres, le meilleur de ses amis et le plus scrupuleux de ses compagnons de routes. Une telle brassée d’éloges peut évidemment se lire autrement : ministre, ami du Président et fidèle de toujours. ».

Eh oui, Robert Badinter n’est pas un "politicien". Pour tout dire, il n’a jamais rien compris à la politique, aux compromissions entre la forme et le fond. Lui, le juriste rigoriste, l’incorruptible intellectuel, n’était pas du genre à faire des promesses d’après-banquet. Résultat, sa seule élection sur son nom, il l’a perdue aux élections législatives de mars 1967. Il a renoncé alors à faire de la politique, mais par François Mitterrand, ce fut la politique qui a fait du Badinter, au point qu’après les renonciations économiques de la gauche socialiste, il devenait une valeur morale permettant de redorer un PS en perte de vitesse électorale et en effondrement idéologique.

Ainsi, son seul siège électif, il l’a dû uniquement au PS et au scrutin proportionnel puisqu’il fut sénateur des Hauts-de-Seine pendant deux mandats, de septembre 1995 à septembre 2011 (candidat tête de liste élu le 24 septembre 1995 et réélu le 26 septembre 2004). Sénateur, Robert Badinter s’est illustré comme le seul socialiste à avoir défendu la loi qui interdisait le port de la burqa dans l’espace public, initiée conjointement par Nicolas Sarkozy (Président de la République) et Jean-François Copé (président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale).

Son action nationale la plus importante, Robert Badinter la fit pendant quatre ans et sept mois quand il était Place Vendôme, à la Justice. Là encore, il refusait de sombrer dans la démagogie qui voudrait qu’après chaque fait-divers émouvant, une nouvelle loi plus répressive soit proposée au parlement : « Les textes inutilement répressifs mais politiquement exploitables, je les refuserai toujours parce que ces textes impliquent le refus de rédemption, du salut toujours possible, parce qu’ils méconnaissent l’inspiration même du message judéo-chrétien sans lequel notre civilisation serait spirituellement morte. Et puis, socialement, ces textes expriment une certaine conception des "couches dangereuses" de la population, c’est-à-dire des marginaux, les jeunes sans travail, les déviants, et aussi certains immigrés, bref, tous ceux qu’il faudrait, au regard de leur dangerosité supposée, surveiller et inévitablement punir plus que les autres. Ce pessimisme humain et cette ségrégation sociale, je les refuse également. » (Interview au journal "Le Monde" au printemps 1983, cité par Bertrand Le Gendre).

Près d’un quart de siècle plus tard, il récidivait contre cette multiplication des textes. Dans "Le Monde" du 8 septembre 2007, Robert Badinter insistait sur le rôle de la justice : « La justice pénale doit impérativement prendre en compte les intérêts de la victime, assurer le respect de ses droits et de la réparation des préjudices subis. (…) Mais il faut rappeler que la justice pénale n’a pas pour mission d’être une thérapie de la souffrance des victimes. Elle a une fonction répressive, dissuasive et expressive, car elle exprime les valeurs de la société. Mais elle ne saurait avoir une finalité thérapeutique. Il existe des systèmes judiciaires, notamment anglo-saxons, qui n’admettent pas la victime comme partie dans le procès pénal, la réparation de son préjudice étant assurée par les juridictions civiles. (…) La multiplication des lois, sans chercher à s’assurer de leur efficacité, engendre un désordre législatif préjudiciable. Trop de lois nuisent à la loi. Quel bilan a-t-on fait de l’ensemble de ces textes ? Quelle a été l’efficacité de leurs dispositions ? On est entré dans un système où la loi devient un mode de communication politique. Mieux vaudrait s’assurer de sa mise en œuvre. ».

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On a souvent dit que Robert Badinter était la "conscience de la gauche". C’est par exemple à ce "titre" (très informel) qu’il a participé un colloque à la Sorbonne pour retracer la vie de Jean Jaurès lors du centenaire de son assassinat. Je trouve cette formulation un peu trop exclusive, car tout le monde s’en moque que la gauche ait une conscience ou pas. En revanche, une conscience nationale, une conscience de la France, assurément oui, il l’est, car juriste, il fut aussi, en même temps, historien et acteur de la République, et l’une des meilleures illustrations de la manifestation de cette conscience, c’est lorsqu’il a déclaré, lors du soixante-quinzième anniversaire de la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus célébré en grandes pompes à la Cour de cassation en octobre 1981 : « Chaque fois que renaît en France la vieille propension à subordonner le droit au pouvoir (…), l’affaire Dreyfus est rouverte. » (cité par Bertrand Le Gendre).

Robert Badinter l’a montré aussi lorsqu’il s’est fermement opposé à la rétention de sûreté. Au Sénat, il l’a exprimé ainsi lors de la séance du 30 septembre 2008 : « La rétention de sûreté, parce qu’elle quitte le terrain assuré des faits pour le diagnostic aléatoire de la dangerosité criminologique, ne peut que méconnaître les principes dans lesquels s’enracine la justice de liberté. En réalité, au nom d’un principe de précaution élargi à la justice criminelle, une décision de justice maintiendra en détention, dût-on qualifier celle-ci de "thérapeutique", des êtres humains auxquels aucune infraction n’est imputée, simplement de crainte qu’ils n’en commettent une nouvelle. Depuis le temps de la Révolution, on enseigne dans nos universités, je l’ai enseigné moi-même à des générations d’étudiants, et j’en tire fierté, que mieux vaut un coupable en liberté qu’un innocent en prison. ».

Cette logique d’élimination de la rétention de sûreté existait évidemment avec la peine de mort. Dans son discours du 17 septembre 1981 devant les députés, Robert Badinter rappelait cette idée : « La vérité est que, au plus profond des motivations de l’attachement à la peine de mort, on trouve, inavouée le plus souvent, la tentation de l’élimination (…). Ainsi, dans cette conception, la justice tuerait moins par vengeance que par prudence. Au-delà de la justice d’expiation, apparaît donc la justice d’élimination, derrière la balance, la guillotine. L’assassin doit mourir tout simplement parce que, ainsi, il ne récidivera pas. Et tout paraît si simple, et tout paraît si juste ! ».

Il a montré aussi sa défense des droits lorsqu’il a donné sa position sur la castration chimique des prédateurs sexuels (faisant référence à la loi n°2007-1198 du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive) : « La castration est une mutilation irréversible de l’homme contraire à nos valeurs et aux principes de notre droit. Ce dont on parle, c’est d’un traitement hormonal destiné à réduire la libido. Il ne peut être administré qu’avec le consentement du sujet et doit être réversible. » ("Le Parisien" du 22 novembre 2009).

Certes, Philippe Bilger, dans son blog, a un peu ironisé, le 7 janvier 2008, sur "saint Badinter" en écrivant sans ménagement : « Homme politique, il a fait des choix, les uns bons, les autres mauvais. De sa bouche ne sont pas sorties que des paroles d’Évangile. Mais il demeure paré d’une sorte d’impartialité absolue, comme un Sage qu’on ne devrait écouter que pétrifié de respect. Militant, il bénéficie du crédit qu’on attache à qui ne l’est pas. Intellectuel, il jouit de la considération qu’on offre à l’engagement. Jouant sur les deux registres, il campe une position inexpugnable. Confortable. Je regrette, mais, pour moi, il n’est pas saint Badinter. ».

Au-delà de la morale et du droit, Robert Badinter reste aujourd’hui encore une personnalité qui compte dans le paysage politique, toujours présente et pas seulement dans le domaine juridique, mais aussi dans le domaine économique et social. Ainsi, le Premier Ministre Manuel Valls l’avait chargé le 24 novembre 2015 d’une mission sur la réforme du code du travail. Le rapport Badinter du "comité chargé de définir les principes essentiels du droit du travail" a été remis à Matignon le 25 janvier 2016 (on peut le télécharger ici).

De même, il participe au débat public dans le domaine sociétal, puisque Robert Badinter, tout comme son épouse Élisabeth Badinter, s’oppose au principe de l’euthanasie autant qu’au principe de la peine de mort, pour la même raison : « Le droit à la vie est le premier des droits de l’homme (…) constituant l’un des fondements contemporains de l’abolition de la peine de mort. » (audition du 16 septembre 2008 devant la mission Leonetti).

Robert Badinter n’est pas un saint, évidemment, il peut faire des erreurs comme tout le monde, il peut se tromper comme tout le monde, mais au moins, ce qu’il dit est rigoureux, suit une ligne cohérente, celle du droit, n’est influencé ni par la politique, ni par la posture ni encore moins par la communication. En ce sens, sa parole garde sa valeur intellectuelle et morale dans ces temps accélérés et troublés où la pensée est désormais réduite à quelques mots sur Twitter, si ce n’est à un unique smiley…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

"La conscience de la gauche", article de Bertrand Le Gendre paru dans "Le Monde" le 21 février 1986.

Rapport Badinter sur les principes essentiels du droit du travail, le 25 janvier 2016 (à télécharger).
Débat parlementaire du 17 septembre 1981 sur l’abolition de la peine de mort (compte-rendu à télécharger).
Robert Badinter.
L’affaire Patrick Henry.
Robert Badinter et la burqa.
L’abolition de la peine de mort.
La peine de mort.
François Mitterrand.
François Mitterrand et l’Algérie.
Roland Dumas.

_yartiBadinterRobert01


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180330-robert-badinter.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/29/37216556.html



 

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 02:22

Les adhérents du PS ont voté pour l'élection du premier secrétaire du PS ce jeudi 15 mars 2018 de 17 heures à 22 heures dans les 3 200 sections locales de France. Un second tour était envisagé pour le jeudi 29 mars 2018 mais en raison du désistement de Stéphane Le Foll annoncé au cours de sa conférence de presse du 16 mars 2018 au matin, Olivier Faure est assuré d'être désigné premier secrétaire du PS le 7 avril 2018 à Aubervilliers.

Résultats annoncés le 16 mars 2018 :

Nombre de votants : 37 014

Olivier Faure : 48,56%
Stéphane Le Foll : 26,10%
Emmanuel Maurel : 18,98%
Luc Carnouvas : 6,36%

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180307-parti-socialiste.html

Mathématiques militantes :
http://0z.fr/Ey0rS

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180315-vote-ps.html

 

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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 01:42

« Nous devons changer en ayant notre manière de nous opposer, en proposant. » (Olivier Faure, sur LCI le 7 mars 2018).


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On se souvient que le candidat malheureux à l’élection présidentielle, François Fillon, avait appelé Emmanuel Hollande son concurrent Emmanuel Macron, pour dire que voter pour lui revenait à voter pour le Président sortant. Heureusement pour la France, la suite a montré qu’il n’en était rien et qu’Emmanuel Macron n’était pas François Hollande.

Sur les téléviseurs, les rares Français intéressés par ce qu’il se passe encore au Parti socialiste ont dû découvrir ce mercredi 7 mars 2018 sur LCI un nouvel Emmanuel Hollande. Sans doute jugerait-il, ce dernier, scandaleux d’être assimilé au Président sortant car s’il était effectivement membre du parti présidentiel pendant le quinquennat précédent, il faisait aussi partie de ce groupe assez inefficace appelé "les frondeurs".

Les "frondeurs", c’étaient des élus socialistes qui étaient les alliés tacites de Jean-Luc Mélenchon en sabotant par l’ultra-gauche l’action du gouvernement socialiste. Je n’ai jamais compris comment la direction du PS a pu laisser passer aussi peu de solidarité gouvernementale au sein du parti majoritaire. Pas qu’il faille absolument des élus godillots (le libre-arbitre est l’un des piliers de la démocratie française, en l’absence de mandat impératif), mais parce qu’il faut un minimum de cohérence quand on est dans l’engagement politique. Autrement dit, pourquoi ces "frondeurs" sont-ils donc restés au Parti socialiste ? Et question subsidiaire : pourquoi n’ont-ils pas été virés du Parti socialiste ?

La réponse à la première question, c’est que ce PS, tout critiqué soit-il, est un foyer confortable, doux et chaud pour ceux qui ont voulu faire de la politique leur profession. Ainsi, Emmanuel Maurel a largement bénéficié de son appartenance au PS, qu’il déteste tant, pour se faire élire conseiller régional d’Île-de-France de mars 2004 (il avait 30 ans) à décembre 2015 (entre 2009 et 2014, vice-président du conseil régional) et député européen représentant …l’Ouest (parachutage contesté par ses camarades socialistes bretons) le 25 mai 2014 (avec l’objectif de se faire réélire l’année prochaine, en 2019).

Il faut savoir qu’au PS, l’appât du gain est essentiel : pour faire de la politique à plein temps, il faut une source de revenus et les mandats locaux ou nationaux ne manquent pas pour un grand parti (rappelons qu’en 2012, le PS avait conquis l’Élysée, Matignon, le gouvernement, l’Assemblée Nationale, le Sénat, la quasi-totalité des conseils régionaux, une bonne moitié des conseils généraux et de grandes villes comme Paris, Lyon, Strasbourg, Dijon, Lille, Nantes, Grenoble, etc.).

Rappelons aussi pour l’anecdote que la jeune ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem (40 ans), qui aurait pu le mieux synthétiser ce qu’est devenu le PS en 2018 (à savoir, une sorte de syndicat bobo à visées sociétales), a refusé de se présenter à la tête du PS (malgré quelques pressions amicales), car celle qui a échoué aux législatives à Villeurbanne voulait imposer sa candidature en tête de liste aux élections européennes de 2019 (avec donc la garantie d’être élue députée européenne) et surtout (on le dit moins), elle voulait que le poste de premier secrétaire du PS fût rémunéré (généralement, le premier secrétaire étant un élu, n’a pas besoin d’être rémunéré par ailleurs).

Il faut avoir accumulé une petite "fortune" (patrimoine) après une trentaine d’années de vie de sénateur (élu grâce à ses intrigues efficaces au sein du PS puisque l’élection se fait à la proportionnelle) et avoir un certain talent d’orateur pour pouvoir oser quitter le cocon douillet du PS (il en a mis du temps, quand même) comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon en novembre 2008.

C’est la réponse à la seconde question qui est mystérieuse : pourquoi les "frondeurs" n’ont-ils donc pas été exclus ? Imagine-t-on un député de la majorité voter contre un projet du gouvernement ? Bien sûr, il a le droit de ne pas être d’accord sur tout (le libre-arbitre, toujours, et la conscience politique de chaque parlementaire), mais dans ce cas, il a aussi le droit de quitter son groupe, d’aller voir ailleurs. Question de cohérence dans l’engagement politique…

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Ce nouveau candidat socialiste, j’ai parlé du représentant dit de "l’aile gauche" du PS, Emmanuel Maurel. Cela pourrait donc lui faire injure d’être comparé à François Hollande puisqu’il s’est opposé à peu près à tous les projets du Président issu pourtant de son parti. Avec un avantage : n’ayant pas été parlementaire national, il n’a pas eu à se prononcer, voter pour ou contre tels ou tels projets. Il est donc "neuf", ou plutôt, "vierge" de tout engagement parlementaire.

Non, la ressemblance, forcément frappante, avec le Président sortant, Emmanuel Maurel semble l’avoir alimentée sur son look, sur l’apparence. La même pose, le même crâne, le même regard imperturbable et surtout (et qu’on ne me dise pas qu’il n’en existe pas d’autres modèles), le même type de lunettes ! Avec le rire en moins. Le téléspectateur semblait ressentir qu’Emmanuel Maurel singeait François Hollande, comme François Hollande a voulu singer François Mitterrand entre août 2010 et mai 2012 (grâce à un sérieux entraînement avec deux comédiens, d’ailleurs ; la politique, toute une comédie !).

Emmanuel Maurel est peu connu du grand public même s’il n’est pas un novice de la politique (il n’a fait que cela). Il a même postulé contre Harlem Désir le 18 octobre 2012 pour devenir premier secrétaire du PS et avait obtenu 13,3%, battu par Harlem Désir (67,9%), mais devant Stéphane Hessel (11,8%), candidat quelques semaines avant sa mort, et Juliette Méadel (5,1%). Il était celui qui avait le plus à gagner de l’unique débat télévisé entre les quatre concurrents à la tête du PS, organisé par LCI (Arlette Chabot), "Le Figaro" (Guillaume Roquette) et RTL (Benjamin Sportouch) le 7 mars 2018 de 21 heures à 22 heures 30.

Replaçons le contexte.


La déconfiture des socialistes français (et européens)

Le contexte européen : d’abord en Grèce il y a déjà plus de cinq ans, puis en Espagne, en France, en Allemagne, en Autriche, dernièrement, en Italie, tous les partis sociaux-démocrates ont subi de cuisantes déconvenues électorales au point que leur propre existence est menacée. Les partis de centre droit sont arrivés à préserver leur existence, parfois même leur capacité à gouverner, mais ont dû faire face à une vague électorale qui a favorisé les partis marginaux généralement populistes et parfois extrémistes. Le cataclysme pour le PS s’inscrit dans cette tendance historique générale en Europe.

Le contexte français : le score de l’élection présidentielle, 6,4% au premier tour le 23 avril 2017, et seulement 30 sièges (sur les 278 sortants) à l’issue des élections législatives du 18 juin 2017. Il faut remonter à l’élection présidentielle de 1969 pour observer un plus mauvais score présidentiel, avec Gaston Defferre, qui a été cité par Emmanuel Maurel dans le débat télévisé, pour une réflexion adressée à François Mitterrand : « Si, à l’issue de votre septennat, les conditions de vie des Français les plus modestes ne sont pas améliorées, alors, le reste ne vaut pas. ».

Le Parti socialiste, dans son effroyable descente aux enfers avec sa débâcle désastreuse du printemps 2017, non seulement est en perte de vitesse, mais est déserté. Beaucoup ont quitté la vie politique comme Arnaud Montebourg, Thierry Mandon, Aurélie Filippetti, Jean-Marc Ayrault, Bernard Cazeneuve (à qui Élisabeth Guigou, elle-même en retraite, avait demandé de reprendre la direction du PS), etc. D’autres ont fui le PS, certains pour rejoindre plus ou moins ouvertement La République En Marche, comme Jean-Yves Le Drian, Gérard Collomb, Florence Parly, Nicole Belloubet, Alain Richard, Richard Ferrand, Christophe Castaner, Olivier Dussopt, ou encore plus timidement Manuel Valls, d’autres pour vivre sa propre destinée comme Benoît Hamon qui a fondé le 1er juillet 2017 son propre mouvement à écriture inclusive incluse (Génération.s).

Par ailleurs, la double défaite s’est soldée par une perte financière colossale : le financement public annuel est passé de 24,9 millions d’euros à seulement 7,6 millions d’euros. Cela a abouti à la nécessité de réduire la voilure et licenciant des permanents et en vendant le siège historique du PS, rue de Solferino, à deux pas du Musée d’Orsay, vente signée le 19 décembre 2017 pour 45,5 millions d’euros.


Décomposition à gauche

Tirant les leçons de l’échec, le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis (66 ans), battu dès le premier tour dans sa circonscription le 11 juin 2017 (avec seulement 8,6% des voix), a démissionné de la tête du PS le 30 septembre 2017 au profit d’une direction collégiale provisoire sous la houlette d’un "coordinateur national", Rachid Temal (presque 45 ans), élu entre temps sénateur du Val-d’Oise le 24 septembre 2017 après avoir été conseiller régional d’Île-de-France de décembre 2015 à octobre 2017.

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Le résultat, c’est que ce parti, qui a dominé le paysage politique depuis près de cinquante ans, au pouvoir pendant vingt ans (quatre quinquennats-législatures : François Mitterrand, Lionel Jospin et François Hollande), est en faillite idéologique, politique, électorale et financière. La question même de son existence est donc posée. Car à quoi sert le PS entre un grand rassemblement de centre gauche (LREM) qui a adopté la politique réaliste et sociale-libérale des socialistes depuis qu’ils sont au pouvoir, et cette ultra-gauche "insoumise" (Jean-Luc Mélenchon) qui a gardé l’idéologie ringarde et le discours creux et anachronique du marxisme ?

Le pire, et on l’a encore vu avec ce débat télévisé, encore aujourd’hui, à la taille si réduite, ils n’ont toujours rien compris, ils ne sont toujours d’accord sur rien ! La ligne de clivage est toujours au milieu du parti. On ne comprend pas que l’aile gauche ne poursuive pas son chemin sous d’autres cieux, avec les autres, ceux qui ont déjà quitté le PS (Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon) et que l’aile droite ne rejoigne pas Emmanuel Macron qui était pourtant l’un des leurs, comme l’a si bien rappelé Emmanuel Maurel : « Je pense qu’il n’a jamais été de gauche ou alors, peut-être quand il était lycéen et qu’il faisait du théâtre. Mais je pense que ça fait longtemps qu’il n’est plus de gauche. Entre nous, on aurait peut-être dû s’en douter plutôt que de lui donner systématiquement des responsabilités de plus en plus importantes. La vérité, c’est qu’Emmanuel Macron, c’est notre créature. Nous lui avons fait la courte échelle et aujourd’hui, on s’en mord les doigts. ».

Cette tirade d’Emmanuel Maurel sur Emmanuel Macron est quand même étonnante pour un membre du parti qui a mis au gouvernement justement le futur Président. Emmanuel Macron n’a pourtant jamais varié de discours, ni avant son élection, ni même avant sa candidature à l’élection présidentielle.


La partiradicalisation du PS

Le PS devrait-il vraiment s’en mordre les doigts d’avoir mis dans le booster Emmanuel Macron ? Je ne le crois pas. Même en absence de candidature d’Emmanuel Macron, il n’y aurait aucune raison que le candidat socialiste ne subît pas la même déculottée à l’élection présidentielle de 2017. Aucune raison que le parti socialiste ne subît pas le même désastre législatif. Au contraire, l’élection d’Emmanuel Macron a sauvé les apparences, a sauvé quelques élus et même quelques ministres. Sans Emmanuel Macron, il était probable que François Fillon, ou encore Marine Le Pen, ou même Jean-Luc Mélenchon fût élu. Certainement pas Benoît Hamon. Dans toutes ces hypothèses, celle d’Emmanuel Macron fut la moins pénible pour le PS à court terme.

En revanche, à long terme, pas sûr. Car quelle utilité de conserver un parti qui fait cohabiter, de manière totalement incohérente, deux idéologies qui se retrouvent dans d’autres partis plus modernes et plus "à la mode" ? Cependant, je ne crois pas à la disparition du Parti socialiste, pour une raison simple : il a encore des élus, des groupes parlementaires et surtout, beaucoup d’élus locaux, beaucoup de maires de grandes villes, présidents de conseils départementaux et régionaux.

Je crois plutôt que le PS va devenir une sorte de syndic des élus socialistes, avec un appareil qui apportera une bonne logistique pour les campagnes locales. Et à terme, évoluer comme le parti radical, à savoir, parti d’un parti gouvernemental majeur, devenir seulement une petite formation à la marge, parfois cinquième roue d’un carrosse gouvernemental.

C’est d’autant plus probable qu’aucun des quatre candidats au poste de premier secrétaire ne représente vraiment une dynamique d’avenir. L’élection se fera ce jeudi 15 mars 2018 pour le premier tour et le jeudi 29 mars 2018 pour le second tour avant le 78e congrès qui se tiendra à Aubervilliers les 7 et 8 avril 2018. Le dépôt des candidatures a eu lieu le 27 janvier 2018.


Ceux qui ne sont pas candidats

Aucune candidature aux épaules larges, en effet. D’une part, aucune personnalité d’envergure médiatique, aucun ténor capable de faire le poids dans le choc des titans. Pas même l’ancien député Julien Dray (63 ans) dont l’idée de postuler a chatouillé l’esprit, ni l’ancien Ministre éphémère de l’Intérieur, Matthias Fekl (40 ans), battu aux législatives dès le premier tour, dont la bonhomie fait un peu penser à celle de son mentor François Hollande. D’autre part, et c’est un vrai scandale pour un parti qui aime bien donner des leçons d’égalité entre les hommes et les femmes, aucune candidatE, aucune femme candidate à ce poste !

Ni Najat Vallaud-Belkacem (voir plus haut), ni l’ancienne ministre énarque Juliette Méadel (43 ans), ni l’ancienne ministre Carole Delga (46 ans), présidente du conseil régional d’Occitanie depuis le 4 janvier 2016…

Ni surtout l’ancienne ministre Delphine Batho (bientôt 45 ans), qui fut ouvertement candidate le 14 janvier 2018 et dont la candidature a été rejetée par manque de parrainages : « Je conteste de A à Z les modalités d’organisation de ce congrès de confiscation, dans ce qui n’est plus un parti mais une petite mafia politique avec ses parrains, ses lieutenants, ses exécutants. J’ai découvert qu’il y avait eu un traficotage des statuts au dernier moment pour changer les règles du jeu, dans l’objectif de reconduire la même aristocratie politique. Je ne peux pas être complice d’un congrès illégitime. (…) Pour pouvoir déposer une candidature, il faut appartenir à un courant déjà existant. Ce qui est organisé, c’est la reconduction des cliques. Depuis la quasi-élimination électorale du PS en mai, la crise de leadership a été délibérément organisée pour que ceux qui tiennent les ficelles derrière continuent de le faire. (…) Les liquidateurs d’espérance, le verrouillage de l’appareil, ça suffit ! » ("Le Parisien", le 15 janvier 2018). Au moins, les derniers militants socialistes sont prévenus !

Résultat, le débat qui a été eu lieu le 7 mars 2018 a été très peu suivi, par 204 000 téléspectateurs seulement ! Un vrai désert, mais pas étonnant, largement prévisible quand on regarde les protagonistes à ce match dont la surenchère antimacronienne était la règle.


Les quatre candidats

Emmanuel Maurel (44 ans), donc, a sans doute eu le plus d’appréciations positives. Son calme et sa défense de l’aile gauche font qu’il s’est posé comme le meilleur opposant (des quatre !) à Emmanuel Macron. Le seul problème qui taraude le téléspectateur, c’est : pourquoi est-il donc rester au PS si honni, lui qui n’a jamais été qu’ultra-minoritaire (autour de 10%) ? Pourquoi cet ancien soutien d’Arnaud Montebourg n’a-t-il pas rejoint Benoît Hamon ? ou encore Jean-Luc Mélenchon ? Et son allure très hollandienne, elle aussi très remarquée dans les réseaux sociaux, pourrait finir par l’handicaper. S’il n’est pas le favori, il est le meilleur "challenger" qui a reçu le soutien de la plupart des élus ou ex-élus de l’aile gauche, comme Marie-Noëlle Lienemann et Laurent Baumel.

Luc Carnouvas (46 ans), ancien sénateur-maire d’Alfortville entre 2011 (2012 maire) et 2017 et maintenant député du Val-de-Marne depuis 2017, est lui aussi un apparatchik du PS, il n’a jamais fait que de la politique depuis sa jeunesse. Il fut connu surtout pour avoir été le bras droit de Manuel Valls dont il a été le directeur de campagne lors de la primaire socialiste d’octobre 2011, et a voté en particulier en faveur de la loi El-Kohmri. Promoteur de l’exposition universelle Paris 2025 avec Jean-Christophe Fromantin (maire de Neuilly-sur-Seine), candidat à la présidence de l’Association des maires de France contre François Baroin en 2014, il fut le directeur de campagne de Claude Bartolone aux élections régionales de décembre 2015 en Île-de-France. Son retournement de veste, en s’éloignant de Manuel Valls et même en critiquant son ralliement à LREM, pourrait s’expliquer par la forte influence des communistes dans sa circonscription… Il a fait partie des 67 députés (sur 566 votants) qui ont voté contre la confiance au gouvernement d’Édouard Philippe le 4 juillet 2017 (parmi seulement 5 députés socialistes qui ont voté contre, dont Boris Vallaud et Régis Juanico et parmi les 34 députés "de gauche" qui ont voté contre). Parmi ses soutiens, il y a Régis Juanico et François Pupponi, le successeur de DSK à Sarcelles.

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Olivier Faure (49 ans), député de Seine-et-Marne depuis 2012 et président du groupe PS à l’Assemblée Nationale depuis le 13 décembre 2016 (succédant à Bruno Le Roux, après un affrontement avec le fabiusien Guillaume Bachelay), faisait figure de favori parce qu’il était le meilleur PGCD. Homme de la "synthèse" de tous les courants, il a reçu de nombreux soutiens : Matthias Fekl, Najat Vallaud-Belkacem, Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, Johanna Rolland (la maire de Nantes), Guillaume Garot, Valérie Rabault, etc. Ancien patron des jeunes rocardiens en 1991 à la suite de Manuel Valls, ancien collaborateur de Gérard Gouzes, Martine Aubry, François Hollande et Jean-Marc Ayrault, il s’est abstenu lors du vote de confiance à Édouard Philippe (bonjour l’engagement clair !) afin de ménager la chèvre et le chou (je laisse associer chèvre et chou et aile droite et aile gauche). L’imaginable est arrivé : il s’est montré très en retrait lors du débat, sans charisme, sans enthousiasme et sans combativité. Peu l’étoffe d’un chef malgré toute la sympathie qu’il peut inspirer ! Sa tiède ferveur contre Emmanuel Macron pourrait s’expliquer : sa conjointe a été une conseillère à l’Élysée jusqu’au 5 février 2018, date à partir de laquelle elle a suivi l’ancienne ministre Audrey Azoulay nommée à la tête de l’UNESCO (selon "Le Point" du 4 février 2018 qui a cité l'ironie d'un ancien premier secrétaire du PS :  « Olivier Faure pouvait-il être vraiment libre d'attaquer Macron alors que l'Élysée faisait bouillir en partie la marmite de son ménage ? »).

Enfin, Stéphane Le Foll (58 ans), est sans doute le plus connu des quatre candidats, proche de François Hollande, député élu depuis 2012 dans l’ancienne circonscription sarthoise de François Fillon, ancien député européen de 2004 à 2012, et surtout inamovible Ministre de l’Agriculture du 16 mai 2012 au 10 mai 2017 et porte-parole du gouvernement à partir du 2 avril 2014. D’une carrure imposante, facilement indigné, il est le représentant de l’héritage hollandiste, assumant toutes les décisions du quinquennat précédent et probablement le plus capable de porter la voix du PS (s’il a quelque chose à dire). Appliquant dans ses prospectus l’écriture inclusive, il n’avait pas eu de concurrent LREM dans sa circonscription et s’est abstenu lors du vote de confiance. Il a reçu le soutien de la plupart des anciens ministres des gouvernements Hollande, notamment François Rebsamen, Frédéric Cuvilier, George Pau-Langevin et Patrick Kanner, et de Julien Dray.


Combien de divisions ?

Comme je l’ai indiqué plus haut, ce débat fut une sorte de concours d’antimacronisme. Si l’on en croit les résultats de la dernière primaire socialiste, en janvier 2017, on pourrait imaginer que ce serait le candidat le plus contestataire qui gagnerait, à savoir Emmanuel Maurel. Pourtant, il y a une grande différence entre la primaire et cette désignation : le corps électoral, c’est l’ensemble des (encore) adhérents du PS, et l’élection n’est donc pas ouverte à l’ensemble des citoyens qui se reconnaîtraient dans le PS. Les discours démagogiques ont donc un peu moins prise que lors de primaires ouvertes.

Dans cette compétition surréaliste pour conserver le dernier bout de gras socialiste, il paraît paradoxalement assez probable qu’Emmanuel Macron souhaiterait la victoire d’Emmanuel Maurel pour la raison simple que sa désignation confirmerait qu’il n’y aurait plus de place politique entre LREM et FI. Ce serait dans son intérêt stratégique. La désignation d’Olivier Faure partiradicaliserait à outrance le PS en en faisant un simple regroupement électoral. Quant à l’avenir socialiste avec Stéphane Le Foll, il serait le plus cohérent politiquement et médiatiquement, assumant et reprenant le bilan de François Hollande et cherchant une petite voie d’un parti de gauche de gouvernement.

L’essentiel, ces 15 et 29 mars 2018, ce sera avant tout de connaître la participation électorale, en absolu. Combien y aura-t-il de votants qui participeront à cette consultation ? Ce sera alors le véritable nombre d’adhérents du Parti socialiste au printemps 2018. Ce sera un indicateur intéressant du niveau de décomposition oi de recomposition du paysage politique français, et en particulier de la gauche française.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats complets du vote des adhérents du PS le 15 mars 2018.
Mathématiques militantes.
Le congrès d’Aubervilliers du Parti socialiste en avril 2018.
Primaire du PS en janvier 2017.
Primaire du PS en octobre 2011.
Emmanuel Macron.
François Hollande.
Manuel Valls.
Jean-Marc Ayrault.
Bernard Cazeneuve.
Jean-Christophe Cambadélis.
Martine Aubry.
Harlem Désir.
Benoît Hamon.
Arnaud Montebourg.
Vincent Peillon.
Najat Vallaud-Belkacem.
Delphine Batho.
Ségolène Royal.
Dominique Strauss-Kahn.
Jean-Luc Mélenchon.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180307-parti-socialiste.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/et-voici-qu-emmanuel-hollande-202303

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/03/15/36222558.html




 

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28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 19:19

Né le 15 mai 1949 à Neufchâteau, dans les Vosges, après une maîtrise de droit public et un DESS en science politique, Jean-François Hory a été élu à 32 ans député radical de gauche (MRG) de Mayotte en juin 1981 jusqu'en mars 1986. Après la cohabitation, il fut élu député européen en juin 1989 puis réélu en juin 1994 jusqu'en juin 1999. Devenu président du MRG (Mouvement des radicaux de gauche) en 1992, Jean-François Hory fut celui qui a accueilli au sein du MRG Bernard Tapie (alors ministre en 1993 et ancien député en 1988). Soutenue par François Mitterrand, la liste radicale de gauche menée par Bernard Tapie et par Jean-François Hory en juin 1994 a fait le même score que la liste socialiste menée par Michel Rocard (ce qui l'a empêché d'être candidat à l'élection présidentielle de 1995). Dans cet élan, Jean-François Hory a changé le nom du MRG en "Radical" (qui est ensuite devenu PRG avec Jean-Michel Baylet en 1995), et a souhaité se présenter à l'élection présidentielle de 1995 (il y renonça finalement). Il fut l'avocat en Mayotte. Le 28 juin 2008, Nicolas Sarkozy l'a nommé conseiller d'Etat en service ordinaire, au conseil des ministres. Le 28 décembre 2017, Jean-François Hory s'est éteint à la suite d'un cancer.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171228-jean-francois-hory.html

 

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26 décembre 2017 2 26 /12 /décembre /2017 15:40

Né le 9 septembre 1928 à Dijon, Jacques Chérèque travailla comme chef de fabrication aux aciéries de Pompey, au nord de Nancy, et fut en même temps militant du syndicat CFDC. Prenant progressivement des responsabilités au sein de la branche métallurgie de la CFDT (issue de la CFTC), il fut secrétaire général de la fédération générale de la métallurigue de la CFDT en 1971, puis secrétaire général adjoint (numéro 2) de la CDFT en 1979, aux côtés d'Edmond Maire.

Parallèlement, Jacques Chérèque fut membre du PSU puis, le 14 octobre 1974, à l'instar de Michel Rocard, il adhéra au PS. Nommé préfet délégué pour le redéploiement industriel en Lorraine en 1984, il travailla dans la reconversion des sites industriels lorrains condamnés. Il fut ensuite nommé Ministre délégué à l'Aménagement du territoire et à la reconversion industrielle du 10 mai 1988 au 15 mai 1991 par Michel Rocard. Il fut par ailleurs élu conseiller général de Pompey d'octobre 1988 à mars 1992.

Proche de Jacques Delors, Jacques Chérèque fut le père de François Chérèque (1956-2017), devenu secrétaire général de la CFDT de 2002 au 28 novembre 2012, mort aussi cette année, le 2 janvier 2017.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171224-jacques-chereque.html


 

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 03:37

« Sa vivacité pétulante, sa force de conviction, ses utopies créatrices ont suscité des prises de responsabilités multiples dans la société civile. Nous avons été nombreux de notre génération, "enfants de la guerre" puis de la décolonisation, à nous retrouver ensuite animés par la volonté de renouveau, engagés dans le bouillonnement social et culturel de l’époque. ».


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Ces paroles, il les avait réservées à un ami cher qui venait de disparaître. Il y a un peu plus d’un an, aux côtés du Président François Hollande, Edmond Maire a prononcé l’éloge funèbre de l’ancien Premier Ministre Michel Rocard, dans la cour d’honneur des Invalides le 7 juillet 2016, devant tous les responsables de la République. Ce dernier venait de disparaître à l’âge de 85 ans. De la même génération, Edmond Maire fut le leader du syndicalisme réformiste au même titre que Michel Rocard prônait un socialisme réformiste et pragmatique. À la fin des années 1960, tous les deux furent pour l’autogestion mais ils en étaient revenus : « Depuis les vacances d’été des années 1960, à l’occasion de rencontres familiales avec Michel et sa famille dans le golfe du Morbihan, et jusqu’à l’anniversaire de nos 80 ans, nos relations confiantes ont scellé notre amitié, dans le respect de nos fonctions respectives. ».

Ce dimanche 1er octobre 2017, Edmond Maire s’en est allé à l’âge de 86 ans, laissant probablement un désir inachevé, celui de voir émerger des syndicats réformistes responsables prêts à coopérer avec les gouvernements réformistes. Au contraire, la CFDT, devenue premier syndicat de France (supplantant la CGT), s’est même écartée des négociations pour la réforme actuelle du code du travail (au profit de FO).

Né le 24 janvier 1931 à Épinay-sur-Seine, ville connue quarante ans plus tard pour avoir accueilli le fameux congrès socialiste qui a amorcé "l’union de la gauche", Edmond Maire fut l’un des dirigeants historiques du syndicalisme français des années 1970 et 1980, secrétaire général de la CFDT de février 1971 à novembre 1988. Il a organisé de nombreuses manifestations unitaires aux côtés de Georges Séguy et aussi de François Mitterrand, Georges Marchais, Robert Fabre et Michel Rocard. Dans les années 1970, Edmond Maire a initié la coopération militante entre la CFDT et la CGT de Georges Séguy, mais a rompu avec le syndicat communiste lors de la rupture de l’union de la gauche en été 1977 et de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en décembre 1979.

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Favorable au "tournant de la rigueur" de 1982-1982 adopté par le gouvernement de Pierre Mauroy sous la Présidence de François Mitterrand, il quitta la direction de la CFDT au moment où son ancien numéro deux, Jacques Chérèque (père d’un lointain successeur, François Chérèque), fut nommé ministre du gouvernement de Michel Rocard chargé de la réindustrialisation.

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Connu pour sa bonhomie incarnée par sa pipe, sa voix particulière et son nez cassé (retour de boxe au service militaire), Edmond Maire fut le dernier survivant des responsables de grands syndicats de la période postgaulliste du début de crise économique (qui n’est toujours pas terminée quarante ans plus tard), après les disparitions de Georges Séguy (1927-2016), secrétaire général de la CGT de juin 1967 à juin 1982, Henri Krasucki (1924-2003), le successeur de ce dernier à la tête de la CGT de juin 1982 à janvier 1992, André Bergeron (1922-2014), secrétaire général de FO de novembre 1963 à février 1989, et Marc Blondel (1938-2014), le successeur de ce dernier à la tête de FO de février 1989 à février 2004.

Après des cours du soir au CNAM pendant son travail de laborantin obtenu à l’issu de son baccalauréat, Edmond Maire fut recruté comme technicien en chimie au centre de recherche de Péchiney à Aubervilliers à l’âge de 23 ans, année où il adhéra à la CFTC, le syndicat chrétien (qui s’est ensuite scindée en CFTC et CFDT qu’il a suivie). Il est devenu permanent syndical quatre ans plus tard. Pendant les années 1960, il a pris beaucoup de responsabilités syndicales dans les industries chimiques (au point de devenir en 1963 le secrétaire général de la fédération CFTC des industries chimiques).

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Dans une interview du journal "Le Monde" du 17 juillet 2014, interrogé par le journaliste Michel Noblecourt, Edmond Maire a rappelé sa volonté de participer au débat intellectuel en tant que syndicaliste : « Quand je suis devenu permanent syndical, j’ai eu très vite le goût d’écrire pour faire entendre une voix du syndicalisme dans le débat public. C’est ainsi que le 29 octobre 1964, juste avant la naissance de la CFDT, je signais dans "France Observateur", en tant que secrétaire général de la fédération des industries chimiques de la CFTC, un article intitulé "Leur plan et le nôtre" où, mettant en avant les "impératifs sociaux", je critiquais le projet de Ve Plan. (…) C’est à Claude Perrignon, chargé de mes relations avec la presse, que je dois l’idée d’une contribution annuelle, chaque fin d’été dans "Le Monde", à une époque où la littérature syndicale se résumait pauvrement à des tribunes pour annoncer une rentrée sociale forcément chaude. ».

Le premier article a été publié par "Le Monde" du 1er septembre 1971 sur "syndicalisme et laissés-pour-compte". Dans son article du 25 août 1983, en pleine "rigueur socialiste", Edmond Maire (interviewé par Michel Noblecourt) avait déjà pressenti les problèmes majeurs des décennies à venir : « L’œil du syndicaliste ne saurait être constamment fixé sur les problèmes sociaux, il doit l’être aussi sur les problèmes de société. Cet été a été marqué par une dégradation du sens du vivre ensemble, une crispation, une montée des intolérances, de la violence, des déclarations parfois irresponsables sur les travailleurs immigrés. Du point de vue politique, je tiens à dire que Robert Badinter est l’honneur de la gauche ; il actualise le sens à donner aujourd’hui à la notion de gauche. Du côté syndical, la première responsabilité est de redonner confiance aux travailleurs dans la lutte contre le chômage et de montrer que seule une attitude civilisée envers les immigrés consiste à vivre ensemble en apprenant à mieux se comprendre, mieux se respecter, pour enrichir notre communauté pluriculturelle. » ("Le Monde").

Et toujours dans ce même article, il a proposé, dans son analyse économique, un renforcement de la construction européenne : « Le laisser-aller devant les errements du dollar, il n’y a plus d’Europe, la course à la baisse de la consommation, la baisse de la protection sociale. (…) La bonne réponse française suppose une réponse européenne. On peut faire face à la situation dans de bien meilleures conditions par une meilleure coordination économique, industrielle, monétaire, sociale, culturelle et politique au sein de l’Europe. (…) Il faut stimuler le contractuel, faire mûrir les compromis positifs et éviter le risque d’étatisme, par exemple en semblant accorder moins d’autonomie à une entreprise privée qu’à une entreprise nationalisée. » (25 août 1983).

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Après son passage de témoin à Jean Kaspar en novembre 1988 à la suite d’un problème interne (aboutissant à la création de Sud-PTT le 16 décembre 1988), Edmond Maire présida les Villages Vacances Familles (VVF), devenu Belambras Clubs, puis un fonds d’investissement d’économie solidaire France Active (qui aide à la réinsertion par la création d’entreprise).

Comme Michel Rocard, Edmond Maire était un partisan très enthousiaste de la négociation, du dialogue social et du compromis positif. C’est pourquoi son hommage à Michel Rocard le 7 juillet 2016 avait tout son sens : « Son ambition pour la société était de même nature que celle qui mobilisait Pierre Mendès France ou Jacques Delors. Sa conception du changement social et sociétal rejetait toute dérive populiste, lorsque les promesses de court terme l’emportent au détriment du fond : l’avenir de l’Europe, la protection de l’environnement et de la planète, par exemple. Refusant de travestir la réalité économique, Michel Rocard faisait appel à l’intelligence des citoyens, en s’appliquant à l’explication patiente des fondements et de la portée des réformes nécessaires. ».

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Et d’ajouter également un mot sur la "méthode Rocard" : « Dans une époque qui sacrifie tant à la communication, aux demi-vérités, voire aux rumeurs, sa morale politique, son exigence fameuse du "parler vrai" ont marqué les esprits. Chacun le sait mieux grâce à lui : c’est un critère majeur du progrès de notre démocratie. Pour Michel Rocard, la fiabilité des finalités proposées aux citoyens dépend d’abord de la pertinence et de la qualité des moyens employés pour les atteindre et du courage nécessaire pour surmonter les obstacles. La fin est dans les moyens. ».

Dans l’émission "Confrontations" animée par les journalistes Henry Chapier et Michel Naudy sur FR3, Edmond Maire a confié le 17 décembre 1983 : « Naturellement, la vie syndicale, l’intensité de cette vie, l’intérêt que j’y ai pris, a dépassé et remplacé toute autre forme d’investigation, de recherche ou d’inquiétude dans ma vie. ».





Toujours dans la même émission, Edmond Maire a essayé d’analyser la Révolution russe pour en tirer des leçons pour l’avenir, ce qu’il a réaffirmé ensuite lors de l’hommage à Michel Rocard (et cité ci-dessus) : « C’est ce que disait Rosa Luxembourg dès 1919, elle décrivait extrêmement bien comment la façon dont s’est enclenchée la Révolution de 1917, inévitablement aboutirait un jour à Staline (…). La façon de faire le changement dans notre société détermine en bonne partie l’avenir de cette société. » (17 décembre 1983). Cette dernière phrase est sans doute essentielle pour bien comprendre la pensée d’Edmond Maire mais aussi de tous les réformistes de centre gauche, de Pierre Mendès France à Emmanuel Macron en passant par Michel Rocard et Jacques Delors.

Ironie du sort, son fils Jacques Maire (55 ans), énarque, ancien conseiller diplomatique du Premier Ministre Pierre Bérégovoy, ancien directeur de cabinet de la ministre Dominique Voynet, ancien ambassadeur, ancien élu local socialiste à Brest ayant soutenu la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, a été élu député LREM des Hauts-de-Seine le 18 juin 2017, et il a battu… Gilles Boyer, le directeur de campagne très consensuel de l’ancien candidat Alain Juppé à la primaire LR


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Articles du journal "Le Monde" datés du 25 août 1983 et du 17 juillet 2014 (Michel Noblecourt).
Edmond Maire.
François Chérèque.
Georges Séguy.
Marc Blondel.
André Bergeron.
Michel Rocard.
François Mitterrand.
Georges Marchais.
Robert Fabre.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171001-edmond-maire.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edmond-maire-symbole-syndicaliste-197328

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 05:57

« J'apprends avec peine le décès de Nicole Bricq. Elle a été une militante socialiste engagée au sein du CERES. Devenue parlementaire puis ministre, elle a montré de remarquables qualités de compétence et de travail. » (Jean-Pierre Chevènement, 6 août 2017).


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Accident domestique près de Poitiers. Tomber dans les escaliers pendant les vacances. Comme Primo Levi. C'est stupide. Aussi stupide que la mort l'est. Une existence qui s'éclipse. J'avais beaucoup apprécié l'action politique de Nicole Bricq. Elle était mesurée, entière, raisonnable, travailleuse, réaliste. Jamais positionnée par rapport aux appareils partisans, et encore moins par rapport aux lobbies économiques, jamais tentée par un amour-propre à paillettes, et surtout, elle se concentrait sur le fond des choses. C'est si rare. Elle manquera à la vie politique, à l'évidence.

Sa dernière intervention politique, c'était sa présence à la commission des affaires sociales du Sénat le 1er août 2017. Elle participait à l'audition de Dominique Martin, candidat à la direction générale de l'Agence nationale de sécurité du médicament. La veille, elle participait à la réunion de la commission paritaire sur le projet de loi d'habilitation à prendre par ordonnances les mesures pour le renforcement du dialogue social (sur ce dernier sujet, en tout, elle avait fait quarante-sept interventions). On pourra dire qu'elle est morte, à 70 ans (elle est née le 10 juin 1947), les bottes aux pieds, sur le champ d'honneur de la vie parlementaire française (certes, un peu moins que Michel Crépeau qui lui, le 30 mars 1999, a succombé d'un arrêt cardiaque qui a eu lieu une semaine auparavant en pleine séance publique dans l'Hémicycle). Elle avait pourtant renoncé à se représenter en septembre 2017 pour garder son siège de sénatrice de Seine-et-Marne, malgré son investiture comme tête de liste de LREM, le mouvement du Président Emmanuel Macron qu'elle avait rejoint pendant la campagne présidentielle.

Son dernier rapport a été déposé au bureau du Sénat le 16 juillet 2015 pour présenter la synthèse de ses rencontres avec des chefs d'entreprise en tant que vice-présidente de la délégation sénatoriale aux entreprises. L'économie était son thème de prédilection. Compagne d'un économiste socialiste qui fait de la politique, Jean-Paul Planchou (député de 1981 à 1986 et de 1988 à 1993, maire de Chelles de 1995 à 2014 et conseiller régional depuis 1998, vice-président du conseil régional d'Île-de-France de 2010 à 2014), Nicole Bricq était diplômée de droit privé (maîtrise) à Bordeaux à 24 ans. Les deux se sont connus d'ailleurs au CERES, le club situé à l'aile gauche du PS créé par Jean-Pierre Chevènement dont Nicole Bricq fut une collaboratrice de 1988 à 1990, à son cabinet de Ministre de la Défense.

Tombée dans le bain de la politique assez jeune (elle fut conseillère régionale à 35 ans, de 1983 à 1989, elle présida la commission culture en 1986) et faute d'avoir été élue députée à Paris en juin 1988 (battue par une candidate RPR), Nicole Bricq fut d'abord une militante socialiste dans les antichambres du pouvoir. Après avoir collaboré avec Jean-Pierre Chevènement qu'elle "quitta" en raison de ses différends sur la construction européenne et sur la guerre du Golfe, elle fut membre du cabinet de Ségolène Royal lorsque celle-ci est devenue Ministre de l'Environnement entre 1992 et 1993 avant de se rapprocher de Dominique Strauss-Kahn dont le réalisme économique lui paraissait pertinent.

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Grâce à une triangulaire avec la présence d'une candidate du FN au second tour (Marie-Christine Arnautu), Nicole Bricq fut élue députée de Meaux en juin 1997, battant le jeune maire de Meaux, Jean-François Copé, député sortant. Elle fit donc partie de la majorité parlementaire socialiste de Lionel Jospin entre 1997 et 2002. Elle fut battue aux élections municipales de Meaux en mars 2001 et fut battue également par Jean-François Copé lors des élections législatives de juin 2002. Elle se tourna alors vers le Sénat (élue au scrutin proportionnel en 2004). Nicole Bricq brilla par une présence studieuse et un travail assidu au Sénat de septembre 2004 jusqu'à sa mort en août 2017 (sauf lorsqu'elle était ministre). Membre de la commission des finances puis des affaires sociales, elle occupa le poste très convoité et très important de rapporteure générale du budget au Sénat, juste après sa réélection en septembre 2011 (entre octobre 2011 et mai 2012).

Ce fut fort de cette expérience (le rapporteur général du budget de chacune des assemblées développe une expertise très élevée dans les finances publiques) que Nicole Bricq fut naturellement nommée au nouveau gouvernement après l'élection de François Hollande à la Présidence de la République. Ainsi, Nicole Bricq occupa le poste très important de Ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, du 16 mai 2012 au 21 juin 2012. Depuis Alain Juppé en mai 2007, ce ministère était parmi les premiers des ministères du quinquennat de Nicolas Sarkozy (Alain Juppé, Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet).

Le 7 février 2012, peu avant sa nomination, dans le cadre d'un débat sur le devenir des permis exclusifs de recherche d’hydrocarbures conventionnels et non conventionnels après le vote de la loi n° 2011-835 du 13 juillet 2011, Nicole Bricq avait remarqué, à destination du précédent gouvernement (celui de François Fillon) : « Nous devons agir afin d’analyser toutes les conséquences de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Nous le savons, les logiques économiques et les logiques environnementales n’obéissent pas souvent aux mêmes règles de temporalité. Aux États-Unis, où 50 000 puits ont déjà été forés, l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels bouleverse l’équilibre du marché et les stratégies des entreprises. Les enjeux économiques sont importants et la tentation de développer cette production en Europe est réelle. La Pologne professe l’ambition d’être "le Qatar de l’Europe centrale", la Bulgarie vient de refuser l’exploitation, mais le débat n’est pas tranché en France, d’où l’importance de la refonte du code minier, toujours d’actualité après la remise du rapport Gossement. ».

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Pourquoi, dès le 21 juin 2012, lors de la nomination du second gouvernement de Jean-Marc Ayrault, Nicole Bricq fut-elle débarquée de cet important ministère, après seulement un mois d'activité ? Cela restera un mystère politique : était-elle trop peu fiable par rapport aux industries de l'énergie ? Toujours est-il que l'Écologie fut attribuée à une militante socialiste qui n'a jamais fait que de la politique, Delphine Batho qui, elle-même, a voulu se donner une légitimité personnelle (en vain) en démissionnant avec fracas l'année suivante (le Ministère de l'Écologie a été particulièrement instable durant ce quinquennat puisqu'il y a eu pas moins de quatre titulaires, avec Philippe Martin et enfin, en avril 2014, Ségolène Royal).

Nicole Bricq resta cependant au gouvernement et fut Ministre du Commerce extérieur, un domaine économique qu'elle connaissait très bien, du 21 juin 2012 au 31 mars 2014. Elle ne fut pas "renouvelée" lors de la nomination de Manuel Valls à Matignon, peut-être en raison d'une sortie publique peu appréciable concernant la qualité de la nourriture à l'Élysée, qu'elle estimait peu élevée par rapport aux invités économiques étrangers qu'elle faisait venir en France en tant que ministre (ce qui, en pleine crise du chômage, pouvait donner le sentiment aux citoyens français d'un manque total de compréhension de la réalité sociale de beaucoup de ses compatriotes).

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Après ses missions au gouvernement, Nicole Bricq est donc retournée siéger au Sénat, au groupe socialiste (sans élection, grâce à la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 voulue par Nicolas Sarkozy), et a fait partie de la vingtaine de sénateurs socialistes ou de centre gauche qui ont créé le 28 juin 2017 le groupe LREM au Sénat sous la houlette de François Patriat, pour soutenir Emmanuel Macron et préparer les élections sénatoriales de septembre 2017.

C'est l'avocate écologiste Hélène Lipietz, sœur de l'ancien ex-candidat écologiste à l'élection présidentielle de 2002, la suivante de liste en Seine-et-Marne, qui a retrouvé le siège de Nicole Bricq au Sénat du 6 août 2017 au 24 septembre 2017, pour une période très symbolique puisque hors session parlementaire, après avoir déjà remplacé Nicole Bricq pendant qu'elle était ministre (entre 2012 et 2014), puis avoir renoncé à poursuivre sa carrière politique en 2016 en raison de la perspective du désastre électoral de ce printemps et d'une volonté de changer totalement de vie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nicole Bricq.
L'énergie en France.
François Hollande.
Jean-Marc Ayrault.
Manuel Valls.
Emmanuel Macron.
Delphine Batho.
Jean-Pierre Chevènement.
Ségolène Royal.

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 03:59

« À partir du moment où un homme politique se met à penser qu’il peut être Président, il devient marteau. » (Daniel Cohn-Bendit, le 28 juillet 1999).


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Il est des destins qui se terminent avec un peu de malice. On savait que le Conseil Constitutionnel était la maison de retraite des vétérans de l’Élysée. En effet, les anciens Présidents de la République en sont membres de droit à vie. C’était une disposition qu’a voulu accorder De Gaulle à ses prédécesseurs René Coty et Vincent Auriol.

Il y a une dizaine d’années, cela avait donné des séances assez surréalistes présidées par Jean-Louis Debré entouré de Valéry Giscard d’Estaing (qui siège depuis 2004) et Jacques Chirac, deux grands rivaux "de droite" qui ont guerroyé l’un contre l’autre pendant une vingtaine d’années et qui se sont ainsi retrouvés dans une paisible retraite. Cela n’a pas duré très longtemps, en raison de la santé défaillante de l’un d’eux, mais il n'y a pas eu de séance avec trois anciens Présidents de la République, avec Nicolas Sarkozy (qui n'a siégé qu'entre mai 2012 et juillet 2013), car Jacques Chirac ne siège plus depuis mars 2011. François Hollande a annoncé qu'il ne siégerait pas dans cette instance.

On le dit assez peu, le Conseil Constitutionnel est en passe de devenir aussi le cimetière des vieux éléphants socialistes, ou plutôt… de Matignon. François Hollande a en effet nommé Laurent Fabius en février 2016 pour succéder à Jean-Louis Debré à la tête de cette cour suprême à la française. Ce qui était plus discrètement annoncé, c’était que quelques mois auparavant, Claude Bartolone avait remplacé Jacques Barrot, membre éminent qui a succombé alors qu’il prenait le métro parisien, aussi par un ancien Premier Ministre socialiste, Lionel Jospin, en fonction depuis le 6 janvier 2015. On imagine ainsi les séances avec Laurent Fabius et Lionel Jospin, ces deux rivaux du mitterrandisme historique qui se retrouvent maintenant dans une retraite à dorures.

Justement, ce mercredi 12 juillet 2017, Lionel Jospin fête son 80e anniversaire.
Que devient-il ?

C’est moins coquet et plus studieux que l’Académie française, mais le Conseil Constitutionnel était tout indiqué pour trouver une utilité républicaine à celui qui présida, du 14  juillet 2012 au 9 novembre 2012, la Commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique dont il n’est sorti aucune réforme constitutionnelle concrète (faisaient notamment partie de ce comité Théodule : Roselyne Bachelot, Jean-Claude Casanova, Chantal Arens et Olivier Schrameck). Il ne manquerait plus que nommer Édouard Balladur au Conseil Constitutionnel pour parfaire l’édifice.

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Claude Allègre (qui fut un très proche de Lionel Jospin) et Denis Jeambar étaient assez dubitatifs le 24 septembre 2012 sur l’intérêt d’une telle commission : « La qualité des hommes et des femmes n’est pas en cause. En revanche, la méthode rend l’échec presque inévitable. Ces commissions travaillent dans la confidentialité. Du coup, lorsque sont dévoilées leurs conclusions, l’esprit critique l’emporte, les polémiques s’installent, les oppositions font feu de tout bois et le Président, pour calmer le jeu politique, enterre tout. On verra s’il en va autrement avec François Hollande, mais un changement de méthode pourrait lui donner une plus grande liberté d’action et de décision. » ("Le Point"). En fait, si effectivement le comité Jospin n’a débouché sur rien, c’est faux de le dire pour le comité Balladur de 2007 qui a engendré la (grande) révision constitutionnelle du 23 juillet 2008.

Revenons à Lionel Jospin lui-même. Si l’on regarde un peu son parcours, il a fait à peine mieux que François Hollande, ou à peine moins bien, cela dépend de savoir si c’est à Matignon version cohabitation ou à l’Élysée version majoritaire qu’il y a le plus de pouvoir.

La légitimité politique de Lionel Jospin fut la même que celle de François Hollande : premier secrétaire du Parti socialiste, du 24 janvier 1981 au 14 mai 1988 et du 14 octobre 1995 au 2 juin 1997. Il faut évidemment bien distinguer les deux périodes.

La première période, qui correspond au premier septennat de François Mitterrand, il n’était que le prête-nom de ce Président de la République très sourcilleux sur les affaires internes de "son" parti d’Épinay. Il n’a dû cette place qu’à la volonté du prince, une place si ennuyeuse qu’il lui a demandé la permission d’agir pendant le second septennat : Ministre d’État, Ministre de l’Éducation nationale du 12 mai 1988 au 2 avril 1992, numéro deux des gouvernements de Michel Rocard et d’Édith Cresson.

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Limogé un an trop tôt (la législature se terminait en mars 1993), Lionel Jospin a subi une cuisante défaite aux élections législatives à Toulouse, si bien qu’il avait demandé à son ministre de tutelle (énarque, il était haut fonctionnaire au Quai d’Orsay), à savoir Alain Juppé, de réintégrer son corps d’origine et d’obtenir une ambassade prestigieuse, comme Berlin ou Rome. Mais Alain Juppé a refusé. Ce dernier l’a regretté amèrement par la suite puisque quatre ans plus tard, Lionel Jospin lui succéda à Matignon. En le nommant ambassadeur, il aurait définitivement éliminé un concurrent politique. C’est ce qu’avait tenté de faire Nicolas Sarkozy à la mort de Philippe Séguin en ayant proposé à François Hollande lui-même de lui succéder comme Premier Président de la Cour des Comptes (sans succès).

La seconde période de direction du PS, c’était vraiment lui le patron, il n’était plus un prête-nom. Après avoir affronté Henri Emmanuelli dans une primaire fermée, il fut désigné candidat socialiste à l’élection présidentielle de 1995. Son arrivée en tête du premier tour lui a donné toutes les clefs de son parti d’opposition à partir de 1995, au grand dam de son rival de toujours, Laurent Fabius, englué (un peu injustement) dans l’affaire du sang contaminé, qui lui avait déjà disputé la direction de la campagne des élections européennes en juin 1984 (Jospin à la tête du PS, Fabius à la tête du gouvernement et donc naturellement chef de la majorité). S’il a abandonné la direction du PS en 1997, c’était pour devenir Premier Ministre (du 2 juin 1997 au 6 mai 2002) : il restait cependant maître du PS, mais par procuration, avec François Hollande pour prête-nom.

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Le destin tragique de Lionel Jospin, politiquement tragique car humainement, finalement, il n’y a rien eu de tragique, l’élection n’est pas la santé, c’était ce fameux 21 avril 2002, où il n’a même pas pu atteindre le second tour de l’élection présidentielle alors qu’il était le favori dans la course à l’échalote élyséenne. Peut-être même que le tragique ne fut pas les résultats électoraux eux-mêmes que la réaction très orgueilleuse de son retrait définitif de la vie politique qu’il a regretté d’avoir annoncé.

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Finalement, François Hollande a fait pire après cinq ans de pouvoir ; il n’a même pas osé se représenter devant les électeurs, tellement personne n’en voulait plus. Et cela a abouti, là aussi, à un second "21 avril", mais un double "21 avril", ni le parti socialiste, ni le principal parti d’opposition ne se sont retrouvés au second tour, laissant place à un populisme extrémiste et à un centrisme novateur qui a surgi de nulle part.

Lionel Jospin a été l’un des chefs de gouvernement les plus "longs" de la République française, avec Georges Pompidou, François Fillon et Raymond Barre. Il faut admettre qu’il a été l’une des trois figures majeures du socialisme auxquelles les électeurs ont fait confiance dans l’histoire de la Ve République, avec François Mitterrand et François Hollande. Ces trois "leaders" ont succédé à Léon Blum (sous la IIIe République) et à Guy Mollet (sous la IVe République) et ont eu beaucoup plus de temps et de pouvoirs que leurs "prédécesseurs".

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Aujourd’hui, le socialisme est un parti en voie de disparition, éclaté de toutes parts, déserté par les deux principaux protagonistes de la primaire de janvier 2017, Manuel Valls qui a rejoint Emmanuel Macron, et Benoît Hamon qui tente de refaire le coup de Jean-Luc Mélenchon avec neuf ans de retard, en créant une secte à sa dévotion (le 1er juillet 2017 à Paris).

Lionel Jospin était socialiste, il fait maintenant partie des dinosaures qui pourront dire qu’ils ont connu le socialisme à la française. Il faut qu’il témoigne vite, car dans les pays de l’Europe centrale et orientale, les jeunes de 20 ans, anglicisés et globe-trotters, ont complètement oublié ce qu’était le socialisme, même à visage humain…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Lionel Jospin, éléphant à la retraite.
Nomination au Conseil Constitutionnel (9 décembre 2014).
Le coup de Jarnac du 21 avril.
Lionel Jospin était le meilleur ! (22 janvier 2010).
Le jospinosaure, un ruminant qui rumine encore et toujours.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170712-jospin.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/lionel-jospin-elephant-a-la-194888

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