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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 03:27

« Dans le bouleversement de la conversion, nous devons commencer par nous-mêmes. Nous le faisons grâce aux personnes victimes. Ce qu’elles ont révélé des actes que s’étaient permis ou que se permettaient certains prêtres a mis à jour, selon la formule d’un évêque, "une infection qui anémiait secrètement le corps de l’Église". La parole des personnes victimes nous a fait découvrir une face sombre de la vie ecclésiale dont nous n’avions pas idée, mais cette ignorance ne suffit pas à tout excuser. (…) Ces personnes [victimes] nous aident à purifier notre Église, dans sa vie concrète, de ce qui n’aurait jamais dû y entrer. » (Mgr Éric de Moulins-Beaufort, le 10 novembre 2019 à Lourdes).



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J’ai évoqué très récemment le milieu cinématographique comme lieu d’abus sexuels, d’agressions sexuelles, de harcèlement voire de pédophilie, mais il est un autre lieu où la pédophilie a sévi, c’est dans l’Église catholique. Soyons clairs, la pédophilie sévit partout où il y a des enfants ou des adolescents, mais lorsqu’il s’agit de religieux, de prêtres, c’est d’autant plus scandaleux qu’eux-mêmes sont censés porter la parole qui veut du bien.

Je lance ici un petit coup de gueule, ou plutôt, un grand coup de gueule. Pour une fois, je le fais en tant que catholique, en tant que membre de l’Église catholique, car je me sens impliqué par une décision des évêques de France qui me paraît pour le moins douteuse. Je suis un partisan de la laïcité, c’est-à-dire que je suis seulement un citoyen et m’exprime toujours en tant que citoyen et en tant que rien d’autre. Mais ici, c’est un peu différent.

Mes prises de position sont personnelles et je ne revendique aucune appartenance religieuse pour celles-ci, mais ici, je n’ai jamais non plus caché ma foi, en d’autres termes, je n’en suis ni honteux ni fier, je n’ai aucune raison de l’afficher, pas plus que d’autres aspects qui relèvent de la ma vie privée. D’ailleurs, au sein de l’Église, les prises de position sont nombreuses et parfois antagonistes, chaque fidèle peut avoir des positions différentes d’un autre, parce que l’Église est ouverte et la politique est différente de la foi (Rends à César ce qui appartient à César…).

Mais ici, je suis bien obligé de m’exprimer en cette qualité de fidèle, c’est-à-dire, de celui qui a la foi (étymologiquement), car "on" m’interpelle. J’ai toujours considéré que le lourd sujet de la pédophilie des prêtres, c’était aussi un problème de la laïcité.

Quand Mgr Philippe Barbarin, le cardinal de Lyon, a été condamné (pour ne pas avoir arrêté le massacre), ce dernier pouvait légitimement se croire injustement condamné, car il avait la volonté non seulement de faire toute la lumière sur ces faits scandaleux, mais aussi il a toujours cherché à rencontrer les victimes, à essayer de les aider, de les comprendre, de les soulager. Mais il a aussi agi beaucoup trop lentement, et cette inaction, cette passivité, finalement aussi, a probablement encouragé ou augmenté le nombre d’actes détestables. Je suppose que ce qui motivait une telle passivité était un problème pratique, le manque de prêtres et la difficulté d’en déchoir alors qu’il n’y a plus beaucoup de monde pour les remplacer.

Surtout, les décisions et les réactions officielles sur ces actes odieux n’ont aucune raison de provenir de la hiérarchie catholique. Les prêtres sont des citoyens comme les autres, justiciables comme les autres, soumis aux mêmes lois que les autres, et c’est donc à la justice républicaine de se prononcer, pas à l’Église catholique, sur les crimes ou délits commis dans le cadre de l’Église (l’Église a elle-même ce qu’on appelle sa "justice canonique", mais qui n’interfère en aucune manière avec les justices nationales, il faut plus l’imaginer comme un ordre des médecins qui interdit à un médecin d’exercer par exemple).

Une fois cela dit, il faut aussi rappeler que Jésus-Christ, par la Passion et par sa mort sur la Croix, avait pour but d’endosser tous les péchés du monde pour le sauver, sauver le monde, assumer le péché originel de l’humanité, et permettre la rédemption (le rachat) de tous. En gros, Jésus a sauvé l’humanité de ses tares en se sacrifiant lui-même. J’admets que je ne suis pas Jésus et que je refuse d’endosser la pédophilie de prêtres catholiques déviants et pervertis. Il n’est pas question de venir à leur secours alors que leur boulot était justement de venir au secours des autres, de leurs prochains, et par leur "amour" (au sens non sexuel, au sens agapê, en grec) et non de les détruire par leur déviance et perversion.

Or, c’est bien de cela qu’il s’agit quand on veut faire appel à la générosité des fidèles pour payer les dégâts de ces prêtres indignes. De quoi s’agit-il ? D’une décision qui me scandalise doublement. Je ne doute pas que cette décision soit motivée par la bonne volonté, mais au mieux, elle montre une surprenante maladresse, au pire (option que je ne choisis pas), un cynisme aberrant. L’Église est-elle autant hors-sol que cela ? Je le doute, c’est étonnant, car contrairement à ce qu’on peut entendre ou lire, l’Église a toujours été ouverte sur le monde (et même sur la science, l’idée du Big-Bang est venue d’un prêtre belge, par exemple).

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Revenons à l’origine de ma mauvaise humeur. Comme deux fois dans l’année (en avril et en octobre-novembre), la Conférence des évêques de France s’est réunie en Assemblée plénière des évêques de France du 5 au 10 novembre 2019 à Lourdes. Le 9 novembre 2019 dans la matinée, les évêques français ont voté (avec une "large" majorité) pour une décision concernant les actes de pédophilie au sein de l’Église de France.

Durant leurs travaux, les évêques ont écouté la présentation du travail de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) mise en place le 13 novembre 2018 (lors de l’Assemblée plénière de novembre 2018) pour faire toute la lumière sur les faits de pédophilie depuis les années 1950 et présidée par une personnalité à la probité incontestable, Jean-Marc Sauvé (70 ans), haut fonctionnaire et ancien Vice-Président du Conseil d’État de 2006 à 2018. C’était le but puisque les évêques voulaient « une personnalité dont la crédibilité et la notoriété seraient garantes de son impartialité et de son indépendance » (selon le porte-parole de la Conférence des évêques, le père Olivier Ribadeau-Dumas).

La déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, expliquant la décision, commence par un constat certes un peu candide mais franc : « Jusqu’à il y a quelques années, l’impact des abus sexuels commis par un adulte contre une personne mineure n’était pas vraiment compris. Grâce à la rencontre de personnes victimes, les évêques ont pris conscience que l’enfant ou le jeune ainsi atteint avait subi un traumatisme qu’il ne pourrait surmonter qu’au prix de grandes souffrances. Lorsque, de surcroît, l’agression sexuelle a été causée par un clerc, une double relation a été abîmée : la relation du jeune avec l’adulte dont il attendait bienveillance et aussi sa relation avec Dieu. Les personnes victimes ont souvent insisté sur ce point. ».

Les évêques de France ont donc adopté un dispositif de reconnaissance de la souffrance vécue par les personnes victimes des prêtres ou de diacres, présenté par un groupe animé par Mgr Pascal Delannoy.

L’objectif de ce dispositif est tout à fait honorable : « Les évêques souhaitent manifester clairement et concrètement aux personnes qui leur ont révélé les actes de certains prêtres ou diacres, qu’ils les reconnaissent comme victimes, non seulement de l’atteinte ou de l’agression subie, mais aussi du silence, de la négligence, de l’indifférence, de l’absence de réaction ou de mauvaises décisions ou de dysfonctionnements au sein de l’Église. Chaque évêque prendra l’initiative de renouer avec les personnes victimes qu’il connaît pour leur exposer comment l’Église travaille à conserver la mémoire de ce qui s’est produit, à la prévention de ces actes, aux modalités d’accompagnement des clercs coupables afin que de tels actes ne se reproduisent plus et pour offrir, aux personnes victimes, de recevoir, si elles l’acceptent, une somme d’argent unique et forfaitaire. ».

L’expression est lâchée : "une somme d’argent unique et forfaitaire". Et tout de suite, se bousculent à l’esprit des questions un peu embarrassantes : combien vaut une victime ? Serait-ce acheter les victimes ? Comment peut-on imaginer que l’argent puisse être la contrepartie d’une agression sexuelle ? Serait-ce le même comportement qu’une multinationale responsable d’un dommage sur la santé d’un consommateur ? Je ne préjuge pas des intentions, car les intentions sont sincères et louables. Mais l’idée est complètement maladroite. Maladroite car elle provoque justement ces questions qui, pourtant, sont injustes d’être posées.

Injustes. La preuve, c’est que juste après cette phrase, suit ceci : « Cette somme d’argent proposée n’est ni une indemnisation qui dépend de la justice de notre pays ou de la justice canonique ni une réparation. Elle vise à reconnaître que la souffrance des personnes victimes tient aussi à des manquements d’ordres divers au sein de l’Église. Le dispositif décidé vaudra, au long des années, pour toutes les personnes dont les évêques auront à reconnaître qu’elles ont été abusées sexuellement par un clerc étant mineures. ». Je pense qu’il est assez facile de confondre des fausses victimes alléchées par l’odeur de l’argent, au même titre que des fausses victimes de l’attentat de Nice du 14 juillet 2016 ont été confondues et même condamnées pour escroquerie et fraude.

Le montant de l’indemnité forfaitaire aux victimes n’a pas encore été déterminé et le sera en avril 2020, à la prochaine Assemblée plénière. Ce qui a été décidé est d’abord la constitution d’un fonds dédié de 5 millions d’euros.

Dans son discours de clôture de l’Assemblée plénière, le lendemain, le 10 novembre 2019, Mgr Éric de Moulins-Beaufort a insisté : « Nous avons compris que les personnes victimes ne demandaient pas de compassion, ni de compensation de leurs souffrances. Elles veulent la vérité. Ce qu’elles nous racontent nous le fait comprendre : elles ont souffert et, souvent, elles souffrent encore des actes subis mais aussi du silence, de la cécité, de l’aveuglement qui a pu parfois être volontaire, de beaucoup autour d’eux, y compris dans la sphère ecclésiale et de la part des autorités de l’Église. Nous nous engageons à reprendre contact, chacun avec les personnes victimes que nous connaissons, pour leur manifester concrètement que nous reconnaissons la double cause de leurs souffrances, notamment en leur donnant la possibilité de recevoir une somme d’argent forfaitaire et unique, pour les inviter à participer à notre effort pour garder la mémoire de ces faits et pour leur présenter ce que nous mettons en place en matière de prévention et de formation et en matière d’accompagnement des clercs coupables, afin que les faits affreux qu’elles ont subis ne se reproduisent plus. ». A même été mise à l’étude l’idée de rassembler matériellement les témoignages des victimes qui le veulent dans un lieu à définir.

Et d’ajouter : « Nous sommes conscients qu’aucun dispositif ne peut rattraper ce qui s’est passé ni apaiser ce qui est vécu. Nous demandons avec humilité à essayer de renouer une relation. (…) Nous voulons ne pas oublier les personnes qui se sont suicidées, ne parvenant pas à surmonter autrement les souffrances provoquées par ce qui avait été abîmé en elles. ».

Ma réaction à cette décision est qu’elle me paraît très maladroite, même si je n‘ignore pas ses intentions louables, je le répète, car malgré toutes les prudentes affirmations, cette décision laisse entendre que l’Église veut solder, pécuniairement, ces multiples scandales. Or proposer de l’argent à une victime qui attend d’abord la vérité et la reconnaissance de la responsabilité de l’Église, c’est probablement la pire des réactions. Et quelle image cela va-t-il véhiculer ? (mais qu’importe l’image).

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Mon second coup de gueule dans cette décision, c’est : qui finance ? Or, c’est là le choquant, d’autant plus choquant qu’on hésite entre naïveté et cynisme. Mgr Éric de Moulins-Beaufort a effectivement annoncé que le fonds créé à cette occasion serait alimenté par un financement « auprès des évêques, des prêtres coupables quand ils sont vivants », ce qui me paraît raisonnable, mais aussi : « et des fidèles qui voudront bien venir nous aider », heureusement qu’il a ajouté : « mais cela ne peut être qu’une démarche volontaire des fidèles ». Sans cette précision, on aurait déjà imaginé des spots publicitaires qui proposeraient aux fidèles de financer la cagnotte à cause des prêtres pédophiles ! Comme ces spots, réels et actuels cette fois-ci, hélas, qui font de la retape pour les veuves seules pour qu’elles lèguent leur fortune après leur disparition (avec des avantages fiscaux !). Quelle image déplorable de vénalité que l’Église n’est pourtant pas !

Comment imaginer que des fidèles puissent financer les errements tragiques des cadres de l’Église ? Qu’ils financent leur vie quotidienne (nécessaire puisqu’ils n’ont pas d’autres sources de revenus pour vivre que le denier du culte), cela paraît normal. Qu’ils financent diverses activités caritatives, c’est tout à fait louable. Mais ils alimentent le fonds des victimes de la pédophilie de certains prêtres, et victimes du silence de leur évêque, c’est absolument abominable, d’un cynisme absolument abject !

Je l’ai dit, je ne suis pas le Christ et je ne me sens pas en état de récupérer à mon compte les péchés du monde. Il faut être très fort, et je n’ai pas cette force, et ceux qui cherchent à le faire sans savoir qu’ils n’en ont pas la force, souvent, s’effondrent terriblement. C’est encore plus le cas quand il s’agit d’assumer la responsabilité des actes de pédophilie. Comment vouloir reporter aux fidèles cette question d’argent qui est du ressort exclusif de ceux qui ont fait fonctionner l’Église, et fonctionner très mal, beaucoup trop mal, au point d’anéantir des vies entières et aussi, en ricochet, même si, de mon point de vue, ce n’est pas le plus grave, l’image de l’Église elle-même ?

Car il y a une chose aussi qu’il faut marteler : il y a les victimes de ces actes odieux, ce sont elles qu’il faut secourir d’une manière ou d’une autre. Mais il y a aussi des victimes collatérales, ce sont tous les fidèles qui prennent conscience, qui se retrouvent dans une institution en pleine tempête à laquelle certains, faisant resurgir un anticléricalisme anachronique (et inutile car l’Église n’a plus aucune puissance ni influence dans les débats publics), veulent coller définitivement le mot de pédophilie.

Le pape François a été, dans ces scandales, parmi les plus fermes pour faire toute la lumière sur les milliers, voire les dizaines ou centaines de milliers d’abus sexuels qui ont été commis par des prêtres dans le monde depuis un demi-siècle, considérant que la vérité et la responsabilité valaient nettement plus que cette image de l’Église. Vérité, responsabilité, et aussi pardon. En voulant cacher ces faits, prétendument pour ne pas affaiblir l’institution, les évêques et tous les complices du silence ont au contraire saboté l’Église de l’intérieur. Et les victimes de ce sabotage, au-delà des personnes touchées dans leur chair, ce sont tous les fidèles.

Parmi les autres critiques que la décision des évêques d’indemnisation forfaitaire a inspirées, provenant des personnes victimes elles-mêmes interrogées par la presse, il y en a deux qui, à mon sens, ne sont pas recevables.

La première est que la déclaration n’évoque pas explicitement la reconnaissance de la responsabilité de l’Église. Le mot "responsabilité" n’est pas présent dans la déclaration, ce qui est vrai textuellement, mais dans l’esprit, cette reconnaissance de responsabilité est largement actée puisqu’elle parle de "silence", "négligence", "indifférence", "absence de réaction", "mauvaises décisions", "dysfonctionnements", etc.

La seconde critique injustifiée, c’est que la Conférence des évêques n’a pas attendu les conclusions de la CIASE présidée par Jean-Marc Sauvé pour prendre ses décisions. Le problème, c’est que la CIASE a jusqu’au printemps 2021 pour faire son travail et proposer les mesures qu’elle juge utiles et adaptées. Cette critique n’a pas de sens, la situation était urgente, attendre encore deux ans était pour le coup irresponsable. Ce qu’a expliqué Mgr Éric de Moulins-Beaufort : « Depuis 2016, les victimes attendent des choses de nous, on ne va pas les faire attendre encore jusqu’au printemps 2021. (…) Nous tiendrons compte de l’avis de la CIASE sur ce dispositif s’il le faut. ».

Il n’en reste pas moins que cette décision d’indemnisation forfaitaire et unique est une véritable maladresse, à la limite de la stupidité masochiste dans le contexte médiatique actuel, et que proposer aux fidèles d’alimenter le fonds d’indemnisation est particulièrement choquant. C’est dommage, car l’Église catholique en général, avec le pape François, et l’Église de France en particulier, ont accepté de prendre le problème clairement et franchement, lucidement, avec un profond travail d’écoute des victimes, d’accompagnement des déviants et de prévention et formation qui allait dans le bon sens (comme le montre ce document). Celui de l’humilité et pas du cynisme…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pédophilie dans l’Église catholique : la décision lourde de Lourdes.
Mgr Roger Etchegaray.
Notre-Dame de Paris et son avenir.
Maurice Bellet.
Dis seulement une parole et je serai guéri.
La Renaissance de Notre-Dame de Paris : humour et polémiques autour d’une cathédrale.
Allocution du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019 (texte intégral).
Notre-Dame de Paris, double symbole identitaire.
Réflexions postpascales.
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Document : rapport "Lutter contre la pédophilie" de l'épiscopat français publié en octobre 2018 (à télécharger).
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
Les étiquettes.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
La canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII.
La canonisation de Paul VI et de Mgr Romero.
Paul VI.
Mgr Oscar Romero.
Jean-Paul II.
Concile Vatican II.
Saint Nicolas II.
Barbe Acarie.
Divine douceur.
Le plus dur est passé.
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
La révocation de l’Édit de Nantes.
La laïcité française depuis 1905.
L’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998.
L’infaillibilité papale.
Pâques.
La tunique d’Argenteuil.
Hommage à l'abbé Pierre.
Mère Teresa.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Jean XXIII.
Le 14e dalaï-lama.
Jean-Marie Vianney.
Mgr Jean-Marie Lustiger.
Mgr Albert Decourtray.
Le Pardon.
La Passion.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191109-pedophilie-eglise-catholique.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/pedophilie-dans-l-eglise-219192

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/11/11/37779950.html


 

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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 03:52

« Prier pour la France (…), c’est nous demander où nous e sommes de la tendresse que doivent exprimer les Français entre eux. Pour notre terre de France, que faisons-nous d’autre que de nous jeter à la figure quelques mottes de soupçon ou d’intolérance ? (…) Nous pouvons l’affirmer en toute sérénité en ce centenaire de la loi 1905 (…) sur les rapports de l’Église et d’un État qui, loin de renier sa laïcité, approfondit son devoir de faire appel à la religion comme à une force vitale pour nourrir et fortifier le tissu si fragile de la société française. » (Roger Etchegaray, le 10 juillet 2005 à Strasbourg).


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Il est né et mort dans le Pays basque. Il allait atteindre son 97e anniversaire le 25 septembre 2019. Il venait de fêter ses cinquante années d’épiscopat. Le cardinal Roger Etchegaray est mort le mardi 4 septembre 2019 à 17 heures 30. Il a été enterré ce lundi 9 septembre 2019 dans la matinée, dans la cathédrale de Bayonne, entouré de nombreux prélats catholiques, Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron depuis le 15 octobre 2008, Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux depuis le 21 décembre 2001 et cardinal depuis le 24 mars 2006 (ancien président de la Conférence des évêques de France de 2001 à 2007), Mgr Dominique Mamberti, cardinal depuis le 14 février 2015 et préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique depuis le 8 novembre 2014 (à ce titre, ce prélat français représentait le Vatican), Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon depuis le 16 juillet 2002 et cardinal depuis le 21 octobre 2003, et encore d’autres évêques et prêtres.

Avec Roger Etchegaray, s’est éteinte cette génération de grands prélats français qui ont beaucoup marqué leur temps, comme Mgr François Marty (1904-1994), Mgr Jean Vilnet (1922-2013), Mgr Albert Decourtray (1923-1994) ou encore Mgr Jean-Marie Lustiger (1926-2007).





Après la mort de Roger Etchegaray, le Collège des cardinaux (anciennement le Sacré Collège) est composé de 213 membres, dont 118 cardinaux électeurs et 95 cardinaux non électeurs. Depuis Paul VI, un cardinal ne peut être électeur (et être élu pape) que s’il a moins de 80 ans. Cela permet de nommer de vieux théologiens cardinaux sans pour autant bouleverser l’équilibre du Collège des cardinaux. Roger Etchegaray fut le doyen d’âge des cardinaux lors de sa dernière journée d’existence (son collègue cardinal colombien José de Jesus Pimiento Rodriguez est mort en effet le 3 septembre 2019 à l’âge de 100 an et demi).

Dans l’Église catholique, Roger Etchegaray a occupé des fonctions très importantes. Fils d’un mécanicien agricole, il a étudié au grand séminaire de Bayonne puis au séminaire français de Rome, et à l’Université grégorienne de Rome. Il est devenu licencié en théologie et docteur en droit canonique (sa thèse portait sur le baptême des enfants de parents catholiques non pratiquants). Ordonné prêtre le 13 juillet 1947 dans sa ville natale, à Espelette (où il a été inhumé le 9 septembre 2019 dans l’après-midi).

Il fut nommé dans la paroisse de Saint-Étienne d’Espelette et travailla auprès de l’évêque de Bayonne (Mgr Léon-Albert Terrier) comme secrétaire particulier (en 1949). Il fut ensuite secrétaire général de l’Action catholique du diocèse (le 22 janvier 1953), chanoine honoraire (le 11 avril 1956), directeur des œuvres du diocèse (le 2 décembre 1958), vicaire général du diocèse (le 18 octobre 1960), directeur adjoint du secrétariat de l’Épiscopat français (le 18 janvier 1961), directeur du secrétariat pastoral de l’Épiscopat (en 1962). Il participa au Concile Vatican II en tant qu’expert entre 1962 et 1965, et il a beaucoup agi pour mettre en relation différentes délégations nationales. Roger Etchgaray fut très souvent cité par le père Yves Congar (théologien créé cardinal quelques mois avant de mourir) dans son "Journal du Concile" publié en 2002. Il fut nommé secrétaire général de la Conférence des évêques de France du 1er juin 1966 au 24 décembre 1970.

À la fin des années 1960, il a pris des responsabilités "opérationnelles" (on dira ici plutôt "pastorales") : nommé évêque auxiliaire de Paris le 29 mars 1969, consacré évêque le 27 mai 1969 à la cathédrale Notre-Dame de Paris par le cardinal François Marty (qui était archevêque de Paris), Roger Etchegaray fut nommé archevêque de Marseille du 24 décembre 1970 (intronisé le 16 janvier 1971) au 13 avril 1985. Il fut créé cardinal le 30 juin 1979 par le pape Jean-Paul II (comme cardinal-prêtre d’abord, puis, à partir du 24 juin 1998, comme cardinal-évêque).

Comme archevêque de Marseille, Roger Etchegaray s’est beaucoup engagé dans la vie épiscopale française : il présida la Conférence épiscopale de France de 1975 à 1981 (il succéda à François Marty et laissa cette responsabilité à Jean Vilnet) et le Conseil des Conférences épiscopales européennes de 1971 au 21 juin 1979 (il en fut le premier président et dès 1965, il était au Concile Vatican II le secrétaire du comité de liaison des épiscopats européens, ce fut lui qui créa la synergie entre épiscopats européens). Il fut également le prélat de la Mission de France du 25 novembre 1975 au 23 avril 1982 (il succéda à François Marty et laissa cette responsabilité à Albert Decourtray).

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De sa fonction pastorale à Marseille, Roger Etchegaray a livré ceci : « L’évêque est acculé à être, par sa vie même, un appel. Il n’est plus jugé sur l’idée que les hommes se font de la charge pastorale (en ont-ils une d’ailleurs, ou n’est-elle pas divergente ?) ; mais il sera jugé sur l’idée que lui-même en donnera. Me voici donc renvoyé à ma foi, me voici rendu public jusque dans ma vie personnelle. Je demande de prier pour moi, pour mes frères évêques ; car, j’ose dire, un évêque… ça compte encore ! » ("Dieu à Marseille", sorti en 1976). Le futur cardinal a aussi témoigné le 13 février 1976 à Rome sur ses responsabilités : « Chaque semaine, je m’accordais une matinée bien pleine pour recevoir toute personne qui voulait me voir sans rendez-vous. Je vous assure que de ces rencontres, j’ai beaucoup appris. ».

Cela ne l’empêchait pas, depuis Marseille, de venir avec sa Renault 4 dans les Alpes pour faire des randonnées en montagne jusqu’à 4 000 mètres d’altitude. Sa passion montagnarde lui permettait quelques analogies à propos de ses futures missions impossibles : « Avec toutes ces misères côtoyées à travers le monde, je pourrais avoir une impression de décadence, mais même aux tréfonds des enfers, je ne désespère pas de l’homme… Je trouve toujours espoir ! (…) Des fois, c’est un tout petit côté qui se trouve exposé au soleil de Dieu. C’est comme en montagne, il faut savoir trouver la face qui n’est pas gelée, que l’on peut escalader. Ainsi, de même pour l’homme : dans tout homme, on trouve un côté où il est, si j’ose dire, vulnérable à l’amour et à la tendresse de Dieu. C’est ce qui fait que l’on ne peut pas désespérer, parce que Dieu est présent en tout homme. ».

Des missions impossibles ? Il n’a fait que cela ! Le pape Jean-Paul II appela effectivement Roger Etchegaray à la Curie romaine pour des missions particulières. Il fut ce qu’on a appelé son "ambassadeur du cœur". Roger Etchegaray fut membre du Secrétariat romain pour l’unité des chrétiens en 1979, puis il fut nommé Président du Conseil pontifical Justice et Paix du 8 avril 1984 au 24 juin 1998, et Président du Conseil pontifical Cor unum du 8 avril 1984 au 2 décembre 1995. C’était l’équivalent de deux ministères. Le Conseil pontifical Justice et Paix avait pour but de promouvoir dans le monde la justice et la paix, les droits de l’homme, le respect de la "Création" (l’environnement et l’écologie), ainsi que la doctrine sociale de l’Église catholique. Le Conseil pontifical Cor Unum avait pour but d’aider et soutenir les populations en difficulté, en migration, ainsi que de promouvoir le bénévolat. Ces deux conseils pontificaux, créés par Paul VI, furent fusionnés par le pape François le 1er janvier 2017 dans le dicastère pour le service du développement humain intégral. Roger Etchegaray fut aussi nommé, le 15 novembre 1994, Président du comité central pour le Grand Jubilé de l’an 2000 (président jusqu’en 2001).

Avec ces fonctions officielles, Roger Etchegaray fut un très proche collaborateur de Jean-Paul II pendant une quinzaine d’années, envoyé partout dans le monde pour renforcer la solidarité, la paix et le partage et pour porter un message d’amour et d’espérance dans de nombreux pays en crise. Émissaire du pape, Roger Etchegaray a rempli de nombreuses missions diplomatiques, spirituelles mais aussi politiques, parfois souterraines (officieuses), en particulier dans les endroits les plus "chauds" de la planète : au Rwanda et au Burundi au moment du génocide, en Chine en 1978, à Cuba pour garder contact avec Fidel Castro, au Liban, en Irak et en Iran en 1985, au Vietnam, en Haïti, en Russie, en Corée du Nord, en Birmanie, à Sarajevo pendant la guerre civile en ex-Yougoslavie, à Bethléem, à Bagdad où il a rencontré Saddam Hussein le 16 février 2003 pour tenter d’éviter encore la guerre américaine, il a visité quarante-neuf États africains, il a rencontré Nelson Mandela en 1991, il a rencontré aussi Mouammar Kadhafi, etc. Roger Etchegaray prépara également les premières rencontres d’Assise, la journée mondiale de la prière le 27 octobre 1986 à Assise, réunissant cent trente responsables religieux. Il y a huit cents ans, saint François d’Assise a rencontré le sultan Al-Kamel qu’il a (vainement) tenté de convertir.

À propos du Rwanda, il a expliqué plus tard : « Au creux des misères humaines, j’ai toujours noté avec émerveillement les plus hauts sursauts de l’espérance… Vraiment, l’homme dépasse l’homme. Ses énergies divines sont inépuisables quand elles se mettent au service de la fraternité et de la solidarité. » (Radio Notre Dame, novembre 2007).

À propos de la Chine, dans une conférence tenue le 17 juin 2019 à l’Institut de France, sur les relations internationales de la France et le Vatican, l’historien Philippe Levillain expliqua : « Paul VI, tout au long du Concile, avait en vain espéré obtenir de Pékin la participation d’évêques chinois, comme pour les pays de l’Europe de l’Est. On voit les obstacles. Le pape ne cacha pas ultérieurement son admiration pour l’audace du Général [De Gaulle], auprès du cardinal Etchegaray chargé d’une mission spéciale en Chine en 1978. Aujourd’hui encore, le souverain pontife rêve de s’y rendre. Étonnante fut cette sorte de concurrence entre le pape et le Général. ».

Roger Etchegaray est resté ensuite au Vatican jusqu’au 26 janvier 2017. Il fut élu vice-doyen du Collège des cardinaux (c’est-à-dire le numéro trois du Vatican après le pape et le doyen élu), du 30 avril 2005 au 10 juin 2017. Il a pris sa retraite dans le Pays basque après avoir séjourné pendant trente ans à Rome et avoir passé son temps comme globe-trotter du monde.

Le soir quand le pape François a été élu, le 13 mars 2013, Roger Etchegaray fut très heureux de ce choix des cardinaux (il n’était déjà plus électeur), à tel point que le père Nicolas Buttet, l’un de ses plus proches collaborateurs au Vatican entre 1988 et 1992, apprenant sa mort, le qualifia ainsi : « Une belle personne, un précurseur du pape François ! (…) Ce n’était pas du tout un apparatchik, mais un homme respirant la chaleur humaine, avec un superbe accent du Sud-Ouest, un vrai homme d’Évangile, qui portait particulièrement le souci de l’unité de l’Église en Chine. ».

Le cardinal basque écrivit le soir même ce petit texte (qui fut publié dans son dernier livre, "Avec Dieu chemin faisant", sorti en 2015) : « J’entends que tu te fais appeler François. François d’Assise et de Buenos Aires… et maintenant "évêque de Rome". Mais pourquoi prendre ce nom, toi le premier pape à porter un nom si universel et si fascinant ? (…) Pape François, aide-nous à croire que sur tous les chemins de la résurrection, le Christ nous précède toujours. ».

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Élu membre de la section générale de l’Académie des sciences morales et politiques le 28 mars 1994 (dans le même fauteuil que Louis Passy, Louis Marin, député de Nancy, ou encore le diplomate André François-Poncet), il fut décoré des insignes de Grand officier de la Légion d’honneur remises par l’ancien Premier Ministre Pierre Messmer le 7 octobre 2002 à Paris, et des insignes de Grand-croix de la Légion d’honneur remises par le Premier Ministre Manuel Valls le 26 avril 2014 à Rome. Il était également commandeur de l’Ordre national du Mérite.

Roger Etchegaray était un grand chercheur, un grand penseur, il a beaucoup étudié, réfléchi, écrit et animé des séminaires sur les problèmes très brûlants de l’Église, défense des droits de l’homme, chômage, endettement international, logement, problèmes sociaux, etc. Il a ainsi publié un rapport sur les Églises e Europe centrale et orientale cinq ans après la chute du mur de Berlin dans le cadre d’un colloque présidé par Jean Foyer (publié en 1995). Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, en particulier de "J’avance comme un âne : à temps et à contretemps" (1984), "L’Évangile aux couleurs de la vie" (1987), "Qu’ai-je fait du Christ ?" (2001), "Vers les chrétiens en Chine, vus par une grenouille du fond d’un puits" (2004), "J’ai senti battre le cœur du monde" (2007), "L’Homme, à quel prix ?" (2012), etc. Dans son livre de 1984 ("J’avance comme un âne…"), il se parlait à lui-même : « Je te connais comme si je t’avais fait, à vrai dire, c’est bien moi qui t’ai fait comme tu es devenu, un homme masqué. Alors, de grâce, enlève ton masque et souviens-toi que tu es poussière. ».

Lauréat 2003 du Prix Félix-Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, Roger Etchegaray n’hésitait pas, dans son discours de remise de prix, le 21 septembre 2004 à la Maison de l’Unesco, à Paris, à insister qu’il n’était jamais seul dans le dialogue et la recherche de la paix : « Ce prix de l’Unesco, je l’accueille avec d’autant plus de reconnaissance que je le partage avec le docteur Mustafa Ceri, grand mufti de Bosnie. Nous nous sommes déjà rencontrés, d’abord sur sa propre terre au creux de la guerre civile des Balkans, et aussi à Londres, à Davos et ailleurs. Ce prix de l’Unesco, je l’accueille aussi avec d’autant plus d’empressement que le nom d’Houphouët-Boigny me pousse vers cette Afrique, berceau de l’humanité, cette Afrique en douloureux et trop long enfantement pour tenir dans l’histoire mondiale d’aujourd’hui un rôle à la mesure de son génie propre. C’est auprès du sage de Yamassoukro, à l’occasion d’une mission au Libéria, que j’ai appris à ne jamais désespérer des peuples africains, lors même qu’ils descendent aux enfers comme au Rwanda. ».

À cette occasion, il a donné quelques lignes directrices pour tenter la paix : « Aujourd’hui, je discerne mieux le lien qui unit justice et paix (…). Tout se tient : le moindre accroc à la tunique de l’humanité vient défaire la paix. Aujourd’hui, je sais mieux à quel point les droits de l’homme sont indivisibles, exigeant une farouche et égale détermination à ne pas les réduire en monnaie d’échange entre les États (…). Aujourd’hui, je déchiffre mieux le plus vieux nom de la paix, celui de désarmement (…). Aujourd’hui, je découvre mieux la force d’une opinion publique, non anesthésiée, non manipulée, capable d’alerter, de secouer les pouvoirs installés (…). Aujourd’hui, je situe mieux la réconciliation sur le chemin de la paix : elle l’accompagne à tous les pas. Ce concept de réconciliation, d’essence religieuse, est devenu politique, mais il doit garder sa sève primitive sans laquelle la justice blessée ne supportera pas le baume de la miséricorde (…). La paix est possible, même aujourd’hui où la logique de la guerre vient ronger la logique de la paix, où la violence polymorphe aveugle se faufile partout au point de rendre la paix elle-même belliqueuse. Oui, la paix est possible, mais elle ne peut se contenter de discours incantatoires, généraux et généreux. À côté de techniques de plus en plus sophistiquées pour la guerre, la promotion de la paix paraît dérisoire, artisanale, réduite à un bricolage de bons sentiments ; pour dire adieu à la guerre, il ne suffit pas de dire bonjour à la paix. » (21 septembre 2004).

Dans "L’Homme, à quel prix ?", il rappelait ceci : « Certains peuvent vous dire que le choix de la non-violence est, en fin de compte, une acceptation passive des situations d’injustice. Ils peuvent prétendre que ne pas user de violence contre ce qui est mal, ou refuser de défendre les opprimés par la violence est couardise. Rien n’est moins loin de la vérité. Il n’y a rien de passif dans la non-violence quand elle est dictée par l’amour. Choisir les moyens de la non-violence, c’est faire un choix courageux dans l’amour, un choix qui est un engagement ferme envers la justice. » (2012).

Je termine ici par une réflexion et une prière du cardinal Etchegaray qui voulait évoquer le patriotisme à l’occasion d’une traditionnelle "messe pour la France" le 10 juillet 2005 dans la cathédrale de Strasbourg : « Prier pour la France n’a pas cependant de simples accents concordataires. Il s’agit d’une démarche spirituelle que tout chrétien de tout pays accomplit, j’ose dire, finalement à l’égard de sa patrie. Car la patrie n’est pas une abstraction ou un préjugé, mais une réalité bien charnelle ; c’est elle qui permet à chacun d’assumer et d’assurer le premier et nécessaire relais entre la famille, cellule de base et toute la communauté humaine dans l’espace plus ou moins défini d’un peuple ou d’une nation. ».

Et de poursuivre ainsi : « Plus encore que la fidélité familiale, soumise à l’épreuve des générations, la fidélité à l’appartenance nationale est aujourd’hui défiée par les légitimes appels aux solidarités de plus en plus pressantes au niveau soit européen soit intercontinental. De même que, selon saint Jean, "celui qui prétend aimer Dieu qu’il ne voit pas et n’aime point son prochain qu’il voit trompe et se trompe" (I Jn, 4,20), ainsi j’ajouterai qu’il trompe et se trompe celui qui prétend aimer les peuples lointains avec lesquels il ne vit pas et n’aime point son propre pays auquel il se frotte chaque jour. Notre participation active à la communauté nationale avec tous les devoirs qu’elle impose est le meilleur test de notre aspiration à l’universel. (…) Plus que d’un sentiment toujours fragile et parfois aveugle, il s’agit d’une responsabilité collective et constante » (10 juillet 2005).

J’insiste sur cette phrase citée : « Notre participation active à la communauté nationale avec tous les devoirs qu’elle impose est le meilleur test de notre aspiration à l’universel. ». Autrement dit, le cardinal Roger Etchegaray avait compris qu’il n’y avait aucune incompatibilité entre rester patriote, aimer son pays, servir sa patrie, et nourrir de la compassion pour les moins favorisés même s’ils sont très éloignés, car l’un est complémentaire de l’autre. En ce sens, avec une dizaine d’années d’avance, il avait bien senti l’importance que l’identité nationale jouait dans l’esprit des peuples, quels qu’ils soient.

D’ailleurs, il expliquait déjà, le 7 octobre 2002 à Paris : « C’est vers la France que d’abord, je tourne mon regard, comme vers une mère. J’aime ma patrie dans sa réalité bien charnelle, par-delà ou plutôt dedans ses savoureuses différences, voire ses légitimes divergences. Nous lui devons la vérité sur ses faiblesses, mais aussi l’admiration pour ses vertus. Il ne s’agit pas d’une émotion cocardière, mais d’un engagement, d’une solidarité, d’une justice. (…) Dans tous les points chauds du monde où le pape Jean-Paul II m’a envoyé en mission de paix et de charité, jusqu’à la Chine populaire, j’ose dire que j’emportais collée à la semelle un peu de cette terre française… où se reconnaissent quelques grains basques. Notre appartenance active à la communauté nationale est un relais nécessaire à l’authenticité de notre aspiration à la communauté européenne et universelle. ».

C’est en ce sens que, toujours fidèle à ses racines basques, amoureux de la France, Roger Etchegaray a été l’un des meilleurs serviteurs de cette fameuse aspiration à l’universel dans un monde si troublé et si terrible.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mgr Roger Etchegaray.
Notre-Dame de Paris et son avenir.
Maurice Bellet.
Dis seulement une parole et je serai guéri.
La Renaissance de Notre-Dame de Paris : humour et polémiques autour d’une cathédrale.
Allocution du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019 (texte intégral).
Notre-Dame de Paris, double symbole identitaire.
Réflexions postpascales.
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Document : rapport "Lutter contre la pédophilie" de l'épiscopat français publié en octobre 2018 (à télécharger).
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
Les étiquettes.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
La canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII.
La canonisation de Paul VI et de Mgr Romero.
Paul VI.
Mgr Oscar Romero.
Jean-Paul II.
Concile Vatican II.
Saint Nicolas II.
Barbe Acarie.
Divine douceur.
Le plus dur est passé.
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
La révocation de l’Édit de Nantes.
La laïcité française depuis 1905.
L’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998.
L’infaillibilité papale.
Pâques.
La tunique d’Argenteuil.
Hommage à l'abbé Pierre.
Mère Teresa.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Jean XXIII.
Le 14e dalaï-lama.
Jean-Marie Vianney.
Mgr Jean-Marie Lustiger.
Mgr Albert Decourtray.
Le Pardon.
La Passion.

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https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/les-mille-missions-d-humanite-du-217814

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21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 03:18

« Et voilà que les éminents cardinaux ont appelé un nouvel évêque de Rome. Ils l’ont appelé d’un pays lointain, lointain, mais toujours si proche par la communion dans la foi et la tradition chrétienne. J’ai eu peur en recevant cette nomination, mais je l’ai fait en esprit d’obéissance à Notre-Seigneur Jésus-Christ et de confiance totale à sa Mère, la Très Sainte Vierge. » (Karol Wojtyla, le 16 octobre 1978 à Rome).


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C’était il y a quarante ans exactement, le lundi 16 octobre 1978, une année qui a connu trois papes. Paul VI, qui a été canonisé le dimanche 14 octobre 2018, est mort le 6 août 1978. Son successeur Jean-Paul Ier fut élu le 26 août 1978 mais est mort un mois plus tard, le 28 septembre 1978. Enfin, Jean-Paul II (canonisé le 27 avril 2014) a été élu pape le 16 octobre 1978. Pape jeune (pour un pape), 58 ans.

Son nom est Karol Wojtyla et son "pays lointain" est bien sûr la Pologne. Archevêque de Cracovie. Lorsqu’un cardinal est élu pape, il doit tout de suite trouver son nom de pape, et ce n’est pas sûr que tous les cardinaux éligibles y pensent avant le conclave. Du coup, parce qu’il était Polonais, Karol Wojtyla avait proposé à ses collègues de s’appeler Stanislas Ier. Mais on l’en dissuada car cela faisait plusieurs siècles qu’aucun pape n’avait jamais "commencé" un nouveau nom. Traditionnellement, le nouveau pape reprend un nom d’un pape ancien dont il voudrait s’inspirer. Le pape François a rompu cette tradition le 13 mars 2013 en démarrant un nouveau nom tout en se refusant d’y mettre un numéro (François Ier) qui ferait de lui un peu un roi (un célèbre roi de France par exemple). Finalement, Karol Wojtyla a choisi Jean-Paul II pour rendre hommage à son prédécesseur resté très brièvement, lui-même ayant pris cette appellation pour rendre hommage à ses deux prédécesseurs directs, saint Jean XXIII et saint Paul VI.

Les premières paroles du nouveau pape, ce fut donc de dire : "J’ai eu peur !". Il y avait de quoi, bien sûr, car la fonction, le symbole, face à l’histoire, oblige beaucoup celui qui va l’incarner. Et l’on sait, a posteriori, que Jean-Paul II a su incarner ses fonctions de manière extraordinairement vivante et dynamique.

Ce fut quelques jours plus tard, lors de son homélie pour la messe solennelle d’intronisation, le dimanche 22 octobre 1978, qu’il a prononcé les paroles qui sont restées célèbres. Il déclara aux fidèles : « Frères et sœurs, n’ayez pas peur d’accueillir le Christ et d’accepter son pouvoir ! ». C’était là une parole d’humilité : en disant à la fois "j’ai peur" et en disant au monde entier "n’ayez pas peur !".

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Il ajouta : « Aidez le pape et tous ceux qui veulent servir le Christ et, avec la puissance du Christ, servir l’homme et l’humanité entière ! N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N’ayez pas peur ! Le Christ sait "ce qu’il y a dans l’homme" ! Et lui seul le sait ! Aujourd’hui, si souvent l’homme ignore ce qu’il porte au-dedans de lui, dans les profondeurs de son esprit et de son cœur. Si souvent il est incertain du sens de sa vie sur cette terre. Il est envahi par le doute qui se transforme en désespoir. Permettez donc, je vous prie, je vous l’implore avec humilité et confiance, permettez au Christ de parler à l’homme. Lui seul a des paroles de vie, oui, de vie éternelle ! ».

Dans ces quelques mots, presque tout y était pour les temps à venir. Par exemple, ouvrir les frontières des États : les humains forment une communauté unique et pas séparable par des frontières artificielles (récentes d’ailleurs : devait-on avoir un visa pour voyager au XVIIIe siècle ?). Cela signifie plus d’humanité pour les réfugiés. Ouvrir les systèmes économiques, ce n’est pas forcément du libéralisme mais surtout, de la redistribution, que tous les hommes puissent bénéficiaient des mêmes richesses de la terre. Encourager l’égalité. Ouvrir les systèmes politiques, c’est évidemment encourager la démocratie et la liberté, à une époque où la Pologne, la moitié de l’Europe étaient enfermées dans une dictature communiste. Ouvrir les immenses domaines de la culture, c’est favoriser la transmission des savoirs, lutter contre l’analphabétisme, éduquer, instruire, soigner, etc.

Il termina sa première homélie pontificale avec cette grande forme d’humilité en parallèle avec son étonnante vigueur et force intérieure : « Et je m’adresse encore à tous les hommes, à chaque homme (…). Priez pour moi ! Aidez-moi, afin que je puisse vous servir ! ».

Je propose ici de reprendre quelques premières paroles de ce nouveau pape si médiatique, si inhabituel pour l’époque. Un pape qui faisait du sport, qui avait installé une piscine pour nager, qui skiait devant les caméras, qui voyageait, qui rencontrait les gens. Des millions de personnes ont pu l’écouter de vive voix dans le monde.

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Si Jean-Paul II a si bien incarné la fonction pontificale, c’était parce qu’il avait un véritable charisme et un talent pour la communication (il avait fait du théâtre dans sa jeunesse). Les relations avec les journalistes étaient donc essentielles pour lui et l’Église qu’il servait.

Quelques jours après son élection, le 21 octobre 1978, il leur adressa un salut amical : « Soyez vivement remerciés de tout ce que vous avez fait, de ce que vous ferez, pour présenter au grand public, dans la presse, à la radio, à la télévision, les événements de l’Église catholique qui vous ont plusieurs fois rassemblés à Rome depuis deux mois. Certes, au simple niveau professionnel, vous avez vécu des journées éprouvantes autant qu’émouvantes. Le caractère soudain, imprévisible, des faits qui se sont succédé, vous a obligés à faire appel à une somme de connaissances en matière d’information religieuse qui vous étaient peut-être peu familières, puis à faire face, dans des conditions parfois fébriles, à une exigence qui connaît la maladie du siècle : la hâte. Pour vous, attendre la fumée blanche n’était pas une heure de tout repos ! Merci d’abord d’avoir fait si largement écho, avec un respect unanime, au labeur considérable et véritablement historique du grand pape Paul VI. Merci d’avoir rendu si familier le visage souriant et l’attitude évangélique de mon prédécesseur immédiat, Jean-Paul Ier. Merci encore du relief favorable que vous avez donné au récent conclave, à mon élection et aux premiers pas que j’ai accomplis dans la lourde charge du pontificat. ».

Il comprenait la dure tâche des journalistes d’analyser les événements : « Il est difficile de bien présenter le vrai visage de l’Église. Oui, les événements sont toujours difficiles à lire, et à faire lire. D’abord ils sont presque toujours complexes. Il suffit qu’un élément soit oublié par inadvertance, omis volontairement, minimisé ou au contraire accentué outre mesure, pour fausser la vision présente et les prévisions à venir. Les faits d’Église sont en outre plus difficiles à saisir pour ceux qui les regardent, je le dis en tout respect de chacun, en dehors d’une vision de foi, et plus encore à exprimer à un large public qui en perçoit difficilement le vrai sens. ».

Ces changements de papes (trois papes en 1978) ont passionné de nombreuses personnes : « Peut-être avez-vous été vous-mêmes surpris et encouragés par l’importance qu’y attribuait, dans tous les pays, un très large public que d’aucuns croyaient indifférent ou allergique à l’institution ecclésiastique et aux choses spirituelles. En réalité, la transmission de la charge suprême confiée par le Christ à saint Pierre, à l’égard de tous les peuples à évangéliser et de tous les disciples du Christ à rassembler dans l’unité, est vraiment apparue comme une réalité transcendant les événements habituels. ».

Au-delà de la communication et du faire-savoir, il y avait bien sûr le fond. Le fond du message papal n’était pas de nature politique mais de nature spirituelle. Et pour son premier Noël, il a délivré le message principal du christianisme qui est l’humanisme : chaque humain est unique, et aussi, chaque humain est uni à l’humanité tout entière.

Le 25 décembre 1978, lors de son premier message urbi et orbi de Noël, Jean-Paul II s’adressa en effet aux fidèles venus Place Saint-Pierre avec cet humanisme qui caractérise le christianisme et le catholicisme (catholique signifie universel) : « Ce message s’adresse à chaque homme, à l’homme dans son humanité. Noël est la fête de l’homme. C’est la naissance de l’homme. L’un des milliards d’hommes qui sont nés, qui naissent et qui naîtront sur la terre. Un homme, un élément de cette immense statistique. Ce n’est pas par hasard que Jésus est venu au monde à l’époque du recensement quand un empereur romain voulait savoir combien son pays comptait de sujets. L’homme, objet de calcul, qui entre dans la catégorie de la quantité ; un parmi des milliards. Et en même temps, un être unique, absolument singulier. Si  nous célébrons aujourd’hui de manière aussi solennelle la naissance de Jésus, nous le faisons pour rendre témoignage au fait que chaque homme est unique, absolument singulier. Si nos statistiques humaines, nos catégories humaines, nos systèmes politiques, économiques et sociaux humains, les simples capacités humaines ne réussissent pas à assurer à l’homme la possibilité de naître, d’exister et d’agir en tant qu’être unique et absolument singulier, tout cela lui est assuré par Dieu. Pour lui, et en face de lui, l’homme est toujours quelqu’un d’unique, d’absolument singulier ; quelqu’un éternellement pensé et éternellement choisi, quelqu’un appelé et nommé par son propre nom. ».

En plus d’un quart de siècle, Jean-Paul II a visité quasiment tous les pays de la planète, a parlé avec de très nombreux peuples. Inlassablement, avec beaucoup de souffrance à la fin de sa vie, mais avec foi et espérance, il a transmis ce message de l’humain. La "bonne nouvelle", c’est cet humanisme-là. Ce pape fut critiqué par les uns et par les autres parce que ceux-ci restaient dans un cadre politique : trop à droite pour la gauche car trop rivé aux valeurs traditionnelles, mais trop à gauche pour la droite parce qu’il a toujours rappelé que le principal était la place que l’homme avait dans la société, ce qui signifiait entre autres justice sociale, accueil des réfugiés et abolition de la peine de mort. Doublement contesté et pourtant, unanimement et durablement respecté, parce que son moteur n’était pas la haine mais l’amour. Cela fait quarante ans que l’humanité a "profité" de son message …"révolutionnaire".


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 octobre 2018)
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Pour aller plus loin :
La "peur" de saint Jean-Paul II.
Lech Walesa.
La canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII.
La canonisation de Paul VI et de Mgr Romero.
Paul VI.
Mgr Oscar Romero.
La canonisation de Jean-Paul II et Jean XXIII.
Jean-Paul II.
Concile Vatican II.
Saint Nicolas II.
Barbe Acarie.
Divine douceur.
Maurice Bellet.
Le plus dur est passé.
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
La révocation de l’Édit de Nantes.
La laïcité française depuis 1905.

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 03:18

« Demandons pardon (…) pour tous les abus commis dans différents types d’institutions dirigées par des religieux et par des religieuses, et par d’autres membres de l’Église. Et demandons pardon pour les cas d’exploitation par le travail auquel de nombreux mineurs ont été soumis. » (Pape François, le 26 août 2018 à Dublin).



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À l’issue de quatre journées de rencontres au Vatican avec les épiscopats de tous les pays et les victimes d’abus sexuels dans l’Église, le pape François a fait le 24 février 2019 des propositions concrètes pour lutter efficacement contre la pédophilie, tant dans le signalement et la sanction des clercs susceptibles d’être coupables d’abus sexuels que dans la gestion de ces affaires par l’Église elle-même : plus question de garder le silence.

C’était une nouvelle étape dans le combat qui doit placer l’Église aux côtés des victimes et pas aux côtés des bourreaux. Le pape François avait franchi une précédente étape très importante en août 2018 à l’occasion de son voyage apostolique en Irlande. L’Église est très contestée dans ce pays à cause de faits particulièrement sordides, notamment des filles-mères abusées sexuellement dont on aurait séparé les bébés devenus orphelins.

Avant cette visite, le pape François a publié le 20 août 2018 du Vatican une "Lettre du pape François au Peuple de Dieu", après avoir "fait démissionner", le 27 juillet 2018, le vieux cardinal américain Theodore MacCarrick (88 ans), ancien archevêque de Washington du 21 novembre 2000 au 16 mai 2006, qui a été accusé d’abus sexuels sur des mineurs alors qu’il était prêtre à New York en 1973, ainsi que sur des jeunes hommes séminaristes (une enquête canonique ordonnée le 6 octobre 2018 a abouti à sa culpabilité, ce qui l’a fait exclure définitivement de l’Église le 15 février 2019).

Dans cette lettre aux humains, le pape s’est exprimé sur les nombreux abus sexuels commis par des membres de l’Église catholique et par le fait que leur hiérarchie, sans forcément les couvrir, a eu peu d’empressement pour signaler ces affaires à la justice et pour s’occuper des victimes : « Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas, mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées. La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur ; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables. ».

Je souligne cette phrase très forte : « La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur. ». Un peu plus tard, elle fait écho avec cette phrase : « Nous avons négligé et abandonné les petits. ». La première phrase reprend cette fameuse phrase de la Bible : « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » (Évangile selon saint Matthieu, 25,40).

Le regret de n’avoir pas été à la hauteur lors de ces tragédies : « La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passé sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu le réprimer ou bien qui, en même temps, prétendaient le faire cesser en prenant des décisions qui en augmentaient la gravité jusqu’à tomber dans la complicité. (...) Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. ».

Les mots du pape sont forts, durs, cruellement lucides.

Pour lui, il faut que l’Église réagisse fermement et promptement : « L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. (...) Cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne. Solidarité qui demande de lutter contre tout type de corruption, spécialement la corruption spirituelle, "car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite : la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes subtiles d’autoréférentialité, puisque ‘Satan lui-même se déguise en ange de lumière’ (2Co 11,14)". (...) Il est essentiel que, comme Église, nous puissions reconnaître et condamner avec douleur et honte les atrocités commises par des personnes consacrées, par des membres du clergé, mais aussi par tous ceux qui ont la mission de veiller sur les plus vulnérables et de les protéger. Demandons pardon pour nos propres péchés et pour ceux des autres. La conscience du péché nous aide à reconnaître les erreurs, les méfaits et les blessures générés dans le passé et nous donne de nous ouvrir et de nous engager davantage pour le présent sur le chemin d’une conversion renouvelée. ».

Le voyage du pape François à Dublin a duré deux jours et avait pour but sa présence à la IXe Rencontre mondiale des Familles les 25 et 26 août 2018. Ce voyage était l’occasion habituelle pour le pape de prendre la parole à de nombreuses reprises. Il a abordé le scandale des abus sexuels dans l’Église à trois reprises.

La première fois lors de son grand discours au château de Dublin le 25 août 2018 : « L’échec des autorités ecclésiastiques, évêques, supérieurs religieux, prêtres et autres, pour affronter de manière adéquate ces crimes ignobles a justement suscité l’indignation et reste une cause de souffrance et de honte pour la communauté catholique. Moi-même je partage ces sentiments. ».

Faisant référence à sa "Lettre au Peuple de Dieu" (du 20 août 2018), il a ainsi poursuivi, insistant sur la protection des enfants : « J’ai rappelé l’engagement, mieux, un plus grand engagement pour éliminer ce fléau dans l’Église, quel qu’en soit le prix, moral et de souffrances. Chaque enfant est en effet un don précieux de Dieu à préserver, à encourager pour qu’il développe ses dons et à conduire à la maturité spirituelle et à la plénitude humaine. (…) Je souhaite que la gravité des scandales des abus, qui ont fait émerger les défaillances de beaucoup, serve à souligner l’importance de la protection des mineurs et des adultes vulnérables de la part de toute la société. En ce sens, nous sommes tous conscients de l’urgente nécessité d’offrir aux jeunes un sage accompagnement et des valeurs saines pour leur parcours de croissance. ».

La deuxième occasion où le pape s’est exprimé sur ce même sujet, ce fut lors de la célébration de la grande messe à Phoenix Park, à Dublin, le dimanche 26 août 2018. Au cours de l’acte pénitentiel, le pape François a demandé pardon pour toutes les atrocités que l’Église a laissé commettre.

Ses paroles étaient très fortes, même si pas suffisantes : « Demandons pardon pour les abus en Irlande, abus de pouvoir et de conscience, abus sexuels de la part de membres qualifiés de l’Église. (…) Demandons pardon pour les fois où, comme Église, nous n’avons pas offert aux victimes de toutes sortes d’abus, compassion, recherche de justice et de vérité, avec des actions concrètes. Demandons pardon. Demandons pardon pour certains membres de la hiérarchie qui n’ont pas pris en charge ces situations douloureuses et qui sont restés en silence. Demandons pardon. (...) Que le Seigneur maintienne et fasse grandir cet état de honte et de repentir, et qu’il nous donne la force de nous engager afin que plus jamais ne se produisent ces choses, et pour que justice soit faite. ».

Cela a eu le mérite d’être très clair. L’Église veut toute la lumière sur les abus qui ont été commis par ses membres et veut s’occuper avant tout de leurs victimes.

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Enfin, la troisième occasion a eu lieu lors du retour du pape vers Rome, le 26 août 2018 au soir, dans l’avion, au cours d’une conférence de presse avec les journalistes qui l’accompagnaient et qui l’ont beaucoup interrogé sur le sujet.

Le pape François a notamment répondu à Cécile Chambraud, du journal "Le Monde", qui lui a posé la question du (à l’époque futur) procès de Mgr Barbarin.

Après avoir rappelé la prudence et la présomption d’innocence ("Nemo malus nisi probetur", nul n’est coupable jusqu’à preuve du contraire), citant un exemple de fausse accusation à Grenade en 2015 où plusieurs prêtres injustement dénoncés de pédophilie furent innocentés par la justice civile, le pape lui a répondu que l’essentiel, pour les victimes ou les témoins, c’était d’en parler le plus possible autour d’eux : « Quand on voit quelque chose, parler immédiatement. (...) Et parler avec les personnes adaptées, parler avec celles qui peuvent initier un jugement, au moins l’enquête préalable. Parler avec le juge ou avec l’évêque, ou si le curé est un bon curé, parler avec le curé. C’est la première chose que peut faire le peuple de Dieu. Il ne faut pas couvrir ces choses, il ne faut pas les couvrir. ».

Comme on le voit, le pape François a toujours eu à cœur de traiter ce très grave problème, grave par la nature abominable des actes commis, mais aussi grave car c’est l’institution elle-même qui est mise sur le banc des accusés pour avoir sinon couvert, du moins fermé les yeux sur des pratiques particulièrement horribles et scandaleuses.

De toute façon, depuis plusieurs années, les scandales éclatent dans de nombreux pays, ce sont des milliers de victimes de membres de l’Église qui commencent à témoigner, à dénoncer, à accuser. Le pape avait peu d’autre choix. Il n’était plus possible d’éviter les scandales puisqu’ils plombent aujourd’hui tout discours provenant de l’Église catholique. Il a donc eu raison de prendre le taureau par les cornes, de revenir aux fondamentaux : soutien aux plus faibles, et de laver son linge sale …désormais en public.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Document : rapport "Lutter contre la pédophilie" de l'épiscopat français publié en octobre 2018 (à télécharger).
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
Les étiquettes.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Maurice Bellet.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
La canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII.
La canonisation de Paul VI et de Mgr Romero.
Paul VI.
Mgr Oscar Romero.
Jean-Paul II.
Concile Vatican II.
Saint Nicolas II.
Barbe Acarie.
Divine douceur.
Le plus dur est passé.
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
La révocation de l’Édit de Nantes.
La laïcité française depuis 1905.

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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 03:15

« Je voudrais ici réaffirmer clairement : si dans l’Église, on détecte même un seul cas d’abus, qui représente déjà en soi une horreur, un tel cas sera affronté avec la plus grande gravité. Frères et sœurs, dans la colère légitime des personnes, l’Église voit un reflet de la colère de Dieu, trahi et frappé par ces consacrés malhonnêtes. L’écho du cri silencieux des petits, qui, au lieu de trouver en eux une paternité et des guides spirituels, ont trouvé des bourreaux, fera trembler les cœurs anesthésiés par l’hypocrisie et le pouvoir. Nous avons le devoir d’écouter attentivement ce cri silencieux étouffé. » (Le pape François, le 24 février 2019 au Vatican).


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La multiplication des affaires de pédophilie dans l’Église catholique partout dans le monde a conduit le pape François à organiser au Vatican, du 21 au 24 février 2019, une réunion extraordinaire de tous les présidents des épiscopats nationaux (environ 190) pour lutter contre les abus sexuels sur mineurs de l’Église. Le titre du synode était : "La protection des mineurs dans l’Église".

C’est un fait sans précédent et très positif. Toujours surprenant, le pape a décidé de prendre le taureau par les cornes et de vider cet abcès qui empoisonne les catholiques depuis longtemps. Pour cela, il a fait rencontrer ces évêques avec des victimes d’actes de pédophilie commis par des religieux afin de mieux comprendre leurs souffrances. Il y a deux sortes de scandales : les actes de pédophilie eux-mêmes, qui sont très graves (le cardinal australien George Pell en a été reconnu coupable le 26 février 2019), et la manière dont un diocèse "gère" une affaire de pédophilie impliquant un membre de ce diocèse (par exemple, le cardinal Philippe Barbarin à Lyon, qui a trop tardé avant d’agir à l’égard d’un prêtre encore au contact avec des enfants).

Face à ce qui était une grande muette (l’institution religieuse), les victimes non seulement crient justice mais aussi veulent en faire la publicité pour assainir le clergé. Le pape François cherche d’ailleurs à imaginer un moyen de mieux contrôler la sélection des futurs prêtres dans ce domaine (mais le même problème se pose dans le recrutement de fonctionnaires, professeurs, éducateurs, etc., tous ceux qui sont au contact avec des enfants et qui ne déclarent évidemment pas leurs penchants pédophiles dans leur dossier de candidature…).

Le 21 février 2019, le pape François a introduit ces journées de réflexion très franchement : « Face au fléau des abus sexuels perpétrés par des hommes d’Église contre des mineurs, j’ai pensé vous consulter (…). Le poids de la responsabilité pastorale et ecclésiale qui nous oblige à discuter ensemble de manière synodale, sincère et approfondie, sur la façon d’affronter ce mal, qui afflige l’Église et l’humanité, pèse sur notre rencontre. Le saint Peuple de Dieu nous regarde et attend de nous, non pas de simples et faciles condamnations, mais des mesures concrètes et efficaces à préconiser. Il faut être concret. ».

Il a ainsi fait parvenir à chaque participant un petit guide qui a servi de point de départ à la réflexion. On peut y lire au point 11 : « Consolider la collaboration avec toutes les personnes de bonne volonté et avec les agents des médias pour pouvoir reconnaître et discerner les cas réels de ceux qui sont faux, les accusations des calomnies, en évitant les rancœurs et les insinuations, les rumeurs et les diffamations. ».

Le point 16 : « Introduire des règles concernant les séminaristes et les candidats au sacerdoce ou à la vie religieuse. Introduire pour ces derniers des programmes de formation initiale et permanente pour consolider leur maturité humaine, spirituelle et psychosexuelle, ainsi que leurs relations interpersonnelles et leurs comportements. ».

Le point 17 : « Procéder pour les candidats au sacerdoce et à la vie consacrée à une évaluation psychologique par des experts qualifiés et accrédités. ».

Ou encore le point 21 : « Il est nécessaire de créer, là où cela n’a pas encore été fait, un organe facilement accessible pour les victimes qui souhaitent dénoncer d’éventuels crimes. Un organisme qui jouisse d’une autonomie également vis-à-vis de l’autorité ecclésiastique locale et composé d’experts (clercs et laïcs), sachant exprimer l’attention de l’Église à l’égard de ceux qui, dans ce domaine, se considèrent offensés par les attitudes déplacées de clercs. ».

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Il s’agit de rompre avec les ambiguïtés du passé et d’être intraitable pour l’avenir. Ainsi, le cardinal Theodore MacCarrick, ancien archevêque de Washington du 21 novembre 2000 au 16 mai 2006, accusé d’attouchements sur un adolescent, a été exclu officiellement de l’Église le 15 février 2019 (il avait démissionné du collège cardinalice le 27 juillet 2018).

Sur le papier, pourtant, la sévérité est de mise depuis une vingtaine d’années, plus sévère que la justice civile parfois (en levant la prescription). La procédure permet d’exclure de l’Église des prêtres accusés ou condamnés : « Dans les cas très graves où le procès civil criminel a déclaré le membre du clergé coupable d’abus sexuels sur des mineurs ou si la preuve est évidente, la Congrégation pour la doctrine de la foi peut choisir de soumettre l’affaire directement au Saint-Père en lui demandant d’émettre un décret de démission ex officio de l’état clérical. Il n’existe aucune procédure de recours canonique contre un tel décret pontifical. ». Ainsi, en 2011 et 2012, le pape Benoît XVI a réduit à l’état laïque près 400 prêtres pour abus sexuels (selon "La Vie" du 18 mars 2016).

Le plus important à retenir de cette réunion de quatre jours au Vatican, c’était le discours du pape François le 24 février 2019 (on peut le lire ici dans son intégralité). Même si le fait de mettre en parallèle les abus sexuels et les sacrifices d’enfants dans les rites païens ne m’a pas paru très adapté, c’est un discours extraordinaire de clairvoyance et d’efficacité. Le pape François n’a pas voulu cacher le phénomène qui concerne des millions d’enfants dans le monde qui sont victimes d’exploitation et d’abus sexuels : « Le théâtre des violences n’est pas seulement le milieu familial, mais aussi celui du quartier, de l’école, du sport et, malheureusement aussi ecclésial. ».

Le "malheureusement" n’était pas une tournure de style pour ce pape qui n’a pas la langue dans sa poche, mais surtout une colère : « L’inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleuse dans l’Église, parce qu’en contradiction avec son autorité morale et sa crédibilité éthique. La personne consacrée, choisi par Dieu pour guider les âmes vers le salut, se laisse asservir par sa propre fragilité humaine, ou sa propre maladie, devenant ainsi un instrument de Satan. Dans les abus, nous voyons la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des enfants. Il n’y a pas d’explications satisfaisantes pour ces abus sur des enfants. ».

Il a ajouté : « Humblement et courageusement, nous devons reconnaître que nous sommes devant le mystère du mal, qui s’acharne contre les plus fragiles parce qu’ils sont images de Jésus. C’est pourquoi dans l’Église s’est accrue, ces temps-ci, la prise de conscience de devoir non seulement chercher à enrayer les abus très graves par des mesures disciplinaires et des procédures civiles et canoniques, mais aussi d’affronter résolument le phénomène à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église. Elle se sent appelée à combattre ce mal qui touche le centre de sa mission : annoncer l’Évangile aux petits et les protéger des loups avides. ».

Le pape François a considéré que les abus sexuels étaient aussi des abus de pouvoir : « Il est (…) difficile de comprendre le phénomène des abus sexuels sur les mineurs sans considérer le pouvoir, étant donné qu’ils sont toujours la conséquence de l’abus de pouvoir, l’exploitation d’une position d’infériorité de l’être abusé ans défense qui permet la manipulation de sa conscience et de sa fragilité psychologique et physique. ».

Pour le pape, il peut y avoir des "explications" mais il n’y a pas de "signification" : « Devant tant de cruauté, tant de sacrifices idolâtriques des enfants au dieu du pouvoir, de l’argent, de l’orgueil, de l’arrogance, les seules explications empiriques ne sont pas suffisantes ; elles ne sont pas capables de faire comprendre l’ampleur et la profondeur de ce drame : encore une fois, l’herméneutique positiviste montre sa limite. Elle nous donne une véritable explication qui nous aidera à prendre les mesures nécessaires, mais elle n’est pas capable de nous donner une signification. Et nous, aujourd’hui, nous avons besoin d’explications et de significations. Les explications nous aideront beaucoup dans le champ opérationnel, mais elles nous laisseront à mi-chemin. ».

La difficulté vient du mal intégré dans l’humanité : « Je voudrais vous le dire avec l’autorité d’un frère et d’un père, certes petit et pécheur, mais qui est pasteur de l’Église qui préside à la charité : dans ces cas douloureux, je vois la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des petits. (…) Et de même que nous devons prendre toutes les mesures pratiques que le bon sens, les sciences et la société nous offrent, de même nous ne devons pas perdre de vue cette réalité et prendre les mesures spirituelles que le Seigneur lui-même nous enseigne : humiliation, accusation de nous-mêmes, prière, pénitence. C’est le seul moyen de vaincre l’esprit du mal. C’est ainsi que Jésus l’a vaincu. ».

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C’est donc un véritable changement de paradigme. Le pape François se moque des conséquences de la publicité des scandales, et veut d’abord sauver ou, du moins, aider les victimes : « L’objectif de l’Église sera donc celui d’écouter, de défendre, de protéger et de soigner les mineurs abusés, exploités et oubliés, où qu’ils se trouvent. L’Église, pour atteindre cet objectif, doit se mettre au-dessus de toutes les polémiques idéologiques et des politiques journalistiques qui instrumentalisent souvent, pour des intérêts divers, même les drames vécus par les petits. L’heure est venue, par conséquent, de collaborer ensemble pour éradiquer cette brutalité du corps de notre humanité, en adoptant toutes les mesures nécessaires déjà en vigueur au niveau international et au niveau ecclésiastique. L’heure est venue de trouver le juste équilibre de toutes les valeurs en jeu et de donner des directives uniformes pour l’Église, en évitant les deux extrêmes d’un justicialisme, provoqué par le sens de la faute en raison des erreurs du passé et de la pression du monde médiatique, et d’une autodéfense qui n’affronte pas les causes et les conséquences de ces graves délits. ».

Concrètement et très clairement : « L’objectif premier de toute mesure est celui de protéger les petits et d’empêcher qu’ils soient victimes de tout abus psychologique et physique. Il convient donc de changer les mentalités pour combattre l’attitude défensive et réactive visant à sauvegarder l’Institution, au bénéfice d’une recherche sincère et décidée du bien de la communauté, en donnant la priorité aux victimes des abus dans tous les sens du terme. ».

Ce discours qui affronte la réalité glauque de certains membres de cette Église qui a longtemps cherché, par esprit d’institution, à cacher le mal d’une manière scandaleuse, est à tout niveau exceptionnel et prometteur. En cela, le pape François a justifié toutes les promesses qui s’étaient attachées à son élection il y a déjà six ans. On pourra toujours dire que cela arrive bien tard et je le comprends pour les victimes. Mais il faut savoir reconnaître que cela est arrivé, et qu’il vaut mieux tard que jamais. Le pape François a toujours montré sa compassion envers les victimes des abus sexuels dans l'Église, notamment en demandant pardon en août 2018 à Dublin.

Sans doute la génération de ses deux prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoît XVI, tout en mesurant l’horreur et l’ampleur de ces abominations, n’avaient probablement pas la capacité psychologique à apporter une réponse collective et efficace pour combattre ce terrible fléau. Le pape François a su le faire, avec une belle vision collective et le sentiment convaincu que les scandales qui peuvent rejaillir sur l’institution ne sont rien face aux souffrances des victimes et que ce sont elles, elles seules, qui doivent focaliser l’attention et les efforts de l’Église.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 mars 2019)
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Pour aller plus loin :
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Document : rapport "Lutter contre la pédophilie" de l'épiscopat français publié en octobre 2018 (à télécharger).
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
Les étiquettes.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Maurice Bellet.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
La canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII.
La canonisation de Paul VI et de Mgr Romero.
Paul VI.
Mgr Oscar Romero.
Jean-Paul II.
Concile Vatican II.
Saint Nicolas II.
Barbe Acarie.
Divine douceur.
Le plus dur est passé.
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
La révocation de l’Édit de Nantes.
La laïcité française depuis 1905.

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 03:47

Réflexions postpascales complémentaires…



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La fête de Pâques n’est pas seulement un gros week-end sur la route, départ ou retour des vacances "de printemps". C’est aussi une fête chrétienne qui célèbre la fin de la Semaine Sainte, la fin de la Passion du Christ par sa Résurrection. C’est le jour le plus important des chrétiens (plus que Noël) parce qu’il faut évidemment un véritable acte de foi pour croire en la résurrection. Elle n’est pas seulement celle du Christ mais aussi de tous les humains. A priori, malgré tous les progrès passés, présents et futurs de la science, il ne sera jamais possible de savoir ce qu’il y aura après la mort. Imaginer qu’il y aura quelque chose plutôt que rien est un acte de foi, celui notamment des chrétiens.

Dans la liturgie, il y a une parole qui me fait particulièrement sens, c’est celle qui est prononcée juste avant la communion : « Je ne suis pas digne de Te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. ». La communion, c’est l’acte de recevoir Dieu, comme si on l’avait invité chez soi. On peut ne pas se sentir à la hauteur.

Elle reprend une parole inscrite dans au moins deux Évangiles, celui de saint Matthieu (8, 5-17) et celui de saint Luc (7, 1-11). Elle est prononcée par le centurion de Capharnaüm qui avait un serviteur très malade et souffrant qu’il avait accueilli chez lui pour le soigner. Il tenait à lui. Ce centurion était surtout inquiet du devenir de son esclave et pas du manque de son travail. Mais quand le Christ lui propose de venir le voir, le centurion était pris d’un sentiment de "panique", plutôt, de grande humilité : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. ».

Le Christ se propose toujours d’endosser les malheurs du monde. Et si cette phrase me fait sens, c’est par ses deux "bouts". La dignité d’abord : le Christ rend à tout humain sa dignité, quelle que soit sa condition. Cela a un sens ultime essentiel. Même très malade, même très dépendant, chaque être garde sa dignité et elle est précieuse. L’autre "bout", c’est la parole. L’être aimé est considéré par les chrétiens comme le représentant de Dieu auprès de celui qui aime. L’existence de l’amour est un fait de présence de Dieu (puisque Dieu est amour). L’amour entre les deux êtres peut rapidement se "tarir" en absence de paroles, en absence de communication, en absence de complicité, en absence de communion. Des petits mots (pardon, merci, etc.) sont simples à prononcer et permettent de nourrir le feu de la relation.

C’est cela que m’évoque cette phrase prononcée juste avant la communion, que je pourrais traduire en disant à celle que j’aime : dis-moi seulement que tu m’aimes et je resterai serein.

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J’ai commencé ainsi alors que c’est très peu politique, mais je pense qu’il est indispensable de relier religion et actualité politique. Heureusement, le pape François me paraît justement faire partie de ceux qui veulent adapter non pas le dogme, qui reste immuable, mais la manière de s’adresser aux fidèles pour être en accord avec la période actuelle qui n’a rien à voir avec celle d’il y a deux mille ans.

Si j’ai évoqué la dignité, en chaque humain réside une dignité, la même dignité, celle d’être humain, c’est qu’on imagine bien ce que cela a eu pour conséquence politique : l’égalité entre les citoyens. Chaque humain doit être respecté en tant que tel. Il y a deux éléments associés à cette dignité, la fraternité et la solidarité.

La dignité de chaque humain, c’est avant tout le respect de premier de ses droits, celui de vivre. Ce respect de la vie se décline de différentes manières : le rejet de la peine de mort et le rejet de l’avortement parallèlement. On peut concevoir l’avortement d’un point de vue politique ou social, c’est-à-dire en termes de santé publique, car l’idée de la loi défendue par Simone Veil était de réduire la mortalité des mères qui voulaient se faire avorter dans des conditions d’hygiène déplorables, mais pour un chrétien, l’avortement est difficilement soutenable d’un point de vue moral.

De même, si la souffrance n’a rien de rédemptrice, et chrétiens comme non chrétiens doivent tout faire pour supprimer la souffrance, notamment en fin de vie, il ne s’agit pas pour autant de donner la mort, mais seulement d’accompagner la vie en souffrance pour qu’elle soit la plus "confortable" possible. En ce sens, la loi Claeys-Leonetti a trouvé un juste équilibre, le même subtil équilibre que la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité.

Dans cette réflexion, cela signifie évidemment l’absence totale de racisme, et de discrimination d’une manière ou d’une autre, du moins, en dehors du mérite individuel (sinon, on pourrait considérer un concours comme une ségrégation, ce qu’il n’est pas).

On peut comprendre ainsi pourquoi les chrétiens vont avoir des difficultés à se ranger du côté des extrémismes ou des populismes. Parce que le discours généralement proposé par ce type très diversifié de forces politiques, c’est le principe du bouc émissaire. On le comprend pour "l’immigré" du côté de l’extrême droite, l’immigré cause de tous les malheurs (chômage, insécurité, etc.). Hélas, si c’était vrai, les problèmes sociaux seraient vite résolus !… Mais ce n’est pas le cas. C’est démontré depuis toujours.

Mais ne nous y trompons pas. Ce n’est pas parce qu’on change de nature de boucs émissaires qu’on change la nature du principe démagogique. Ainsi, plutôt à l’extrême gauche, on préfère s’en prendre aux (au choix) riches (mais que veut dire riche ? combien par mois ?), aux patrons (les seuls créateurs de richesse à redistribuer), aux bourgeois (quelle définition ?), etc.

Évidemment, il y a toujours des immigrés délinquants, des patrons voyous, des riches qui fraudent avec le fisc, etc. mais comme pour le mérite individuel, c’est la responsabilité individuelle de ces personnes qui est en cause, pas le fait qu’elles soient immigrées, riches, etc. (je pourrais ajouter juives, musulmanes, etc.). Selon le célèbre philosophe Jacques Rouxel, cette politique du bouc émissaire a un réel intérêt pour les gouvernants : « Pour qu'il y ait le moins de mécontents possible, il faut toujours taper sur les mêmes. ».

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J’en viens ainsi à l’autre volet essentiel du christianisme, qui est la liberté. C’est la clef pour comprendre la difficulté du christianisme qui peut se résumer "simplement" par : Dieu est bon (est amour), Dieu est tout-puissant, et le Mal existe. Dieu, même pas foutu d’éviter que le Mal se répande, voire, qui l’encourage par ses "cadres" (on peut parler du scandale de la pédophilie et du scandale dans le scandale, celui de se taire, de rester silencieux, et donc, d’être complice par l’inaction, par la passivité, par l’absence d’indignation, le mot prend tout son sens ici). La "réponse", c’est que Dieu laisse les humains libres. Libres jusqu’à faire le Mal, jusqu’à ne pas croire en Lui.

Dieu n’est pas responsable du Mal sur Terre car il a délégué "cette" responsabilité aux humains, pas la responsabilité de faire du mal, mais la responsabilité tout court. Ils prennent toute la responsabilité parce qu’ils sont libres de faire une chose ou une autre, ou de ne pas la faire, même par défaut, et cela même dans les situations les plus difficiles, ou les plus imprévues (auxquelles on n’a pas réfléchi).

La traduction politique de ces considérations chrétiennes peut être très diversifiée, et c’est heureux qu’il n’existe pas de "parti chrétien", qui, du reste, n’aurait pas une influence très forte en France ni même en Europe en raison de la déchristianisation de la société. En revanche, ces considérations donnent un cadre philosophique cohérent et intéressant, d’autant plus intéressant qu’il n’existe plus beaucoup de cadres intellectuels cohérents qui puissent servir d’exemples, ou le cas échéant, de contre-exemples (comme l’était le communisme). La faillite des idéologies a eu pour principal effet la victoire du "populisme", mot que l’on peut certes ressortir à toutes les sauces et dont le principal moteur est la conquête du pouvoir par des arguments dont l’honnêteté intellectuelle est assez légère (cela s’appelle également cynisme). Mais un tel manque ne justifie pas pour autant de devenir …"fou de Dieu".


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dis seulement une parole et je serai guéri.
La Renaissance de Notre-Dame de Paris : humour et polémiques autour d’une cathédrale.
Allocution du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019 (texte intégral).
Notre-Dame de Paris, double symbole identitaire.
Maurice Bellet, cruauté et tendresse.
Réflexions postpascales.

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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 03:53

« Toute civilisation commence par la théocratie et finit par la démocratie. Cette loi de la liberté succédant à l’unité est écrite dans l’architecture. Car, insistons sur ce point, il ne faut pas croire que la maçonnerie ne soit puissante qu’à édifier le temple, qu’à exprimer le mythe et le symbolisme sacerdotal, qu’à transcrire en hiéroglyphes sur ses pages de pierre les tables mystérieuses de la loi. S’il en était ainsi, comme il arrive dans toute société humaine un moment où le symbole sacré s’use et s’oblitère sous la libre pensée, où l’homme se dérobe au prêtre, où l’excroissance des philosophes et des systèmes ronge la face de la religion, l’architecture ne pourrait reproduire ce nouvel état d’esprit humain, ses feuillets, chargés au recto, seraient vides au verso, son œuvre serait tronquée, son livre serait incomplet. Mais non. » (Victor Hugo, "Notre-Dame de Paris", 1831).



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Ce livre exceptionnel, "Notre-Dame de Paris" de Victor Hugo, cette semaine, a été le plus vendu par un site Internet connu pour la vente de livres en ligne. Si ce n’est pas un signe d’émotion généralisée, globalisée, qu’est-ce donc ?

Parce qu’à cent cinquante ans près, elle est quasi-millénaire, et surtout, parce qu’elle a résisté aux flammes, et plus encore, parce qu’il n’y a eu aucune victime humaine (seulement trois personnes blessées, ce qui est un miracle), l’impressionnant et traumatisant incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a suscité, tout au long de la semaine beaucoup d’humour, souvent créatif, des dessins, des jeux de mots, des rapprochements entre deux faits d’actualité, bref, l’actualité quasi-mondiale a été aux couleurs de Quasimodo et a même éclipsé, malgré la pleine lune, au moins, parmi d’autres, deux faits graves de l’actualité du mercredi 17 avril 2019, à savoir la mort d’au moins 29 personnes dans l’accident d’un car à l’île Madère, et le suicide de l’ancien Président péruvien Alan Garcia qui, accusé de corruption, allait être arrêté à l’ambassade d’Uruguay (dans un mauvais scénario de roman politico-policier).

Y aura-t-il un trop-plein de cathédrale ? Certainement, mais c’est la loi des faits d’actualité qui ont entraîné une émotion majeure, ressentie par de très nombreux contemporains. Les événements singuliers choquent toujours plus que les éléments statiques et permanents pourtant tout aussi voire beaucoup plus choquants (avoir faim, dormir dans la rue, mourir de froid, etc.). Faut-il pour autant ne pas s’émouvoir ? L’émotion, c’est comme l’amour (ou la haine), c’est inépuisable. Alors, laissons l’émotion s’exprimer et reprenons ensuite la raison et le cours normal des vies.

La première polémique qui s’est développée dès le soir de l’incendie, à savoir l’annulation (plus exactement, le report) de l’allocution présidentielle pour annoncer les mesures prises à la suite du grand débat est un peu dérisoire. S’il n’avait pas changé son calendrier, Emmanuel Macron aurait été pris au mieux pour un autiste (je présente d’avance mes excuses aux personnes atteintes de cette caractéristique, mais j’utilise ce mot comme j’utiliserais également nain, aveugle, muet ou sourd pour qualifier quelques comportements politiques), au pire pour un irrespectueux de l’émotion populaire (qui, elle, est un fait).

Je propose ici quelques traits d’humour et quelques polémiques, plutôt légères que graves, puisque finalement, la grande Dame ne s’est pas effondrée (bravo aux quatre cents courageux pompiers dont plusieurs dizaines n’ont pas hésité à se rapprocher des flammes et des fumées toxiques au plomb pour la sauver) et que (j’y reviens plus loin) le budget pour la restaurer semble déjà acquis.


Humour et étrangetés

Ces traits d’humour, trouvés dans l’entourage, dans les médias, ou même tout seul, peuvent être trouvés simultanément parce que finalement, les tentations sont fortes. Tiens, par exemple, le titre de "Libération" si friand des jeux de mots, d’autres auraient pu aussi l’imaginer : "Notre-Drame".

On peut imaginer des centaines de dessins humoristiques sur le sujet. Les dessinateurs s’en donnent à cœur joie, et comme je n’ai pas tout lu, ni tout vu, en voici certains qu’on pourrait imaginer.

Par exemple, pour les passionnés d’architecture médiévale (on connaît l’opposition entre l’art roman, souvent plus sobre, et l’art gothique), on peut imaginer la cathédrale de Paris dévastée avec cet écriteau : "Gothique flamboyant".

Ou encore imaginer une police écologique mondiale blâmer la France pour avoir laisser un brassier au plomb et aux particules fines très longtemps dans l’atmosphère (paradoxalement, aucun signe de pollution aux particules fines n’a été détecté dans la capitale française, grâce aux vents salutaires de la soirée et de la nuit).

Parmi les étrangetés, il y a ce silence médiatique de l’archevêque de Paris. Ce n’est plus Mgr André Vingt-Trois, mais Mgr Michel Aupetit (depuis le 7 décembre 2017), qui n’est pas encore cardinal (mais le deviendra probablement). L’a-t-on entendu dans les médias ? À ma connaissance, non. Tout le monde n’est pas Mgr Jean-Marie Lustiger pour le charisme et la présence publique. Ah si ! Mgr Michel Aupetit a parlé lors de la cérémonie à l’Hôtel de Ville de Paris le 18 avril 2019 : « Donner pour Notre-Dame, c’est donner de son cœur. ». Il était temps !

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Parmi les sujets d’humour grotesque, on aurait pu imaginer que ce fût un premier avril, mais non, il y a cette dépêche intéressante, bien réelle, du 17 avril 2019 : « Donald Trump dit avoir offert au pape l’aide américaine pour reconstruire Notre-Dame. ». Ce qui fait rire, c’est la naïveté et l’inculture de Donald Trump. Notre-Dame de Paris est évidemment une affaire française, appartient à l’État français depuis le 2 novembre 1789 et si l’Église catholique bénéficie de son occupation, le Vatican n’est pas concerné sinon dans la compassion et l’émotion générales. Autre trumperie grotesque : si Donald Trump avait été Président français, des canadairs auraient été utilisés pour éteindre le feu sur la cathédrale. Le feu aurait été éteint, peut-être plus rapidement que ce qu’il s’est passé… mais la cathédrale se serait effondrée sur elle-même (l’eau, c’est lourd !) et il ne serait resté qu’une montagne de pierres. C’est peut-être imagé, mais cela donne bien le sentiment que l’on pourrait avoir en repensant à la guerre en Irak…

Autre étrangeté mais qui ne fait pas rire du tout, ce fut le dégoût de Julien Dray, socialiste bien connu pour avoir longtemps milité à l’UNEF, qui, le 17 avril 2019 sur LCI, s’est dit choqué (avec raison) par les tweets honteux totalement irrespectueux pour ne pas dire racistes de deux des membres du bureau national de l’UNEF, organisation qui n’a plus rien de "national" et qui a tout du communautarisme "édifiant". Pire, la présidente de l’UNEF n’a pas voulu (osé ?) condamner ces tweets. Cela la disqualifie dans le débat public.


Petites polémiques

Passons maintenant aux polémiques. La France est un pays de polémiques et il ne faut pas s’en inquiéter, c’est un bon évaluateur de démocratie et de liberté. Comme on râle sur tout et partout, en France, forcément, le moindre signe d’unité nationale est suspect. Avant d’aborder quelques "vraies" polémiques, dont une qui va devenir majeure, mais c’est normal, car elle préexistait bien avant l’incendie de Notre-Dame de Paris et date de plus de cent cinquante ans, touchons rapidement aux "petites" polémiques.

La première "petite" polémique, c’est le complotisme à trois balles qui voudrait remettre en cause la parole du procureur de la République qui a indiqué très tôt du caractère probablement accidentel de l’incendie. C’est vrai que l’émotion serait encore plus forte si nous avions appris qu’un commando terroriste ait voulu détruire la cathédrale de Paris, un peu comme les talibans en Afghanistan. L’émotion plus forte ? En fait, pas sûr, car elle est déjà très intense et l’incendie a fait son effet "11 septembre" même s’il faut bien insister bien sur le fait qu’il n’y a pas eu de victime. Une enquête est en cours, avec cinquante enquêteurs. On imagine mal qu’on puisse cacher le moindre indice qui prouverait que ce fût un acte malveillant.

Et pour rester dans la théorie du complot, signalons aussi que le 11 avril 2019, les seize statues de Viollet-le-Duc qui étaient installées à la base de la flèche de Notre-Dame avaient été enlevée pour être remises en état à Marsac-sur-l’Isle, en Dordogne. Juste avant l’incendie, comme c’est bizarre, pourraient dire des complotistes ! En tout cas, ces statues en cuivre sont saines et sauves.

La deuxième polémique, c’est la suite logique : si ce n’était pas volontaire, ce serait donc accidentel. Or, qui dit accident dit assurance. Et là, paf ! On découvre que la cathédrale n’est pas assurée. La grande affaire ! Pourtant, ce n’est pas nouveau : l’État a toujours été son propre assureur. Pourquoi ? Parce que combien vaudrait la prime pour assurer Notre-Dame ? Combien vaudrait la cathédrale si on devait la rembourser ? Cela n’aurait aucun sens. Y aurait-il au moins une compagnie d’assurance prête à assurer ce genre de monument ? Cela coûterait bien plus cher si l’État s’assurait. Cela serait juteux pour les compagnies d’assurances et comme il y a eu souvent des ponts entre direction de compagnies bancaires ou assurances et hauts fonctionnaires, on crierait régulièrement au scandale.

J’ajoute d’ailleurs que l’État est son propre assureur même pour ses ressources humaines. Les contractuels qu’il recrute ne sont pas soumis aux cotisations chômage, à charge pour l’État de payer l’équivalent des indemnités chômage aux contractuels qui se retrouveraient au chômage après la fin de leur contrat avec l’État.

Autre polémique qui tend à vouloir toujours séparer les choses, à interdire de vivre parce que d’autres survivent. Vouloir faire de la restauration de la cathédrale une priorité nationale n’empêche pas de considérer la lutte contre la pauvreté, contre la précarité, contre le chômage, soit elle aussi considérée comme une priorité nationale. L’un n’exclut pas l’autre, et dire par exemple qu’Emmanuel Macron se préoccupe plus de la cathédrale que des gilets jaunes est de la récupération politique assez stérile (récupération de la pauvreté notamment). L’un n’a jamais exclu l’autre. Sinon, tant que tout n’irait pas bien, pas de vacances, pas de détente, pas de cinéma, pas de théâtre, pas de plaisir, pas de légèreté, pas de… Un conseil, si vous étiez dans cet état d’esprit, il vaudrait sans doute mieux ne pas exister, car tout n’ira jamais bien, et quand bien même tout irait bien pour vous, la simple vue d’un malheur chez le voisin rendrait malheureux.

Face à ce type de polémique, on peut d’ailleurs apporter deux réponses. La première, qui alimenterait la polémique, serait de rappeler que certains gilets jaunes n’avaient pas montré un très grand respect des monuments historiques (rappel de la journée du 1er décembre 2018 à l’Arc-de-Triomphe). La seconde réponse, plus constructive, ce serait de rappeler que la visite de la cathédrale était gratuite, que cela permettait de la culture populaire, de la culture pour tous, et que cela permettait d’élever tout le monde, même les plus pauvres qui méritent autant que les autres d’avoir accès à la culture et à l’histoire nationales.

Polémique récurrente, sans doute à cause des informations qui se sont télescopées : la France qui pleure sa cathédrale est une bonne vendeuse d’armes. Ses ventes ont augmenté de 30% en un an (je ne vais pas écrire "ont progressé de 30%"), de 6,9 milliards d’euros en 2017 à 9,2 milliards d’euros en 2018. Cela fait de l’emploi, de la richesse, mais cela fait aussi des morts. La réponse habituelle des vendeurs est : si ce n’est pas nous qui vendons, ce sera d’autres qui le feront et il n’y aura pas moins de morts. Cela reste choquant évidemment.

Autre polémique : dans son allocution télévisée du 16 avril 2019, Emmanuel Macron n’a pas prononcé une seule fois "racines chrétiennes", "chrétien", "catholique", "christianisme", etc. Pourquoi ? C’est étrange, car contrairement à l’époque révolutionnaire il y a plus de deux siècles, la cathédrale de Paris semble maintenant appartenir à l’ensemble de la classe politique, y compris à l’extrême gauche, c’est presque nouveau. En fait, si Emmanuel Macron n’a pas parlé des chrétiens, il a fait le chrétien, car son allocution, avec son ton intimiste, était quasiment une homélie qui parlait de la douleur, puis de l’espérance, sans oublier la charité.

Bref, à mon sens, il n’avait pas la peine d’insister sur une évidence : la France a évidemment des racines chrétiennes, et la culture chrétienne est incluse dans la culture française, d’ailleurs, elle n’appartient pas qu’aux chrétiens mais à tous, nationaux, et même, étrangers. Il y a quand même 14 millions de touristes qui visitent Notre-Dame de Paris chaque année, ce qui en fait le monument le plus visité du monde. C’est pour cela aussi que l’émotion est internationale. Il suffit de souligner la réaction de Vladimir Poutine (entre autres) : « Notre-Dame est un symbole historique de la France, un trésor inestimable de la culture européenne et mondiale, l’un des sanctuaires chrétiens les plus importants. La catastrophe survenue cette nuit à Paris a provoqué une grande douleur dans le cœur des Russes. » (16 avril 2019). Cet aspect international, c’était l’une de mes joies lorsque j’allais à Notre-Dame de Paris. C’est vrai que c’est un lieu difficile pour prier, mais ce bruit de fond, ces gens, cette place publique sans arrêt vivante en faisait de ce lieu cosmopolite, l’un des "sanctuaires" les plus impressionnants de l’humanité, en reprenant un mot poutinien. Toutes les nations s’y croisaient. Comme je l’ai vu par exemple dans l’impressionnant aéroport de Pittsburgh.

L’art a généralement toujours commencé dans le religieux, c’était le cas en architecture, en peinture, en musique, en sculpture, en littérature. C’est donc normal que le culturel se fonde dans le cultuel et il n’y a rien de choquant à ce qu’une nation laïque décide dans sa quasi-unanimité de sauvegarder l'une de ses cathédrales monumentales.


Grosse polémique numéro un : qui va payer ?

Dès le 16 avril 2019, il y a eu une sorte de foire au don parmi les plus riches industriels français (et même étrangers) pour aider à la restauration de la cathédrale de Paris. Tant de générosité fait chaud au cœur, mais les rabat-joie ne le supportent pas.

Les faits, les chiffres : la famille Arnault (LVMH) a promis 200 millions d’euros, la famille Bettencourt (L’Oréal) 200 millions d’euros, la famille Pinault (Kering) 100 millions d’euros, le groupe Total 100 millions d’euros, le groupe Jean-Claude Decaux 20 millions d’euros, BNP Paribas 20 millions d’euros, AXA 10 millions d’euros, famille Bouygues 10 millions d’euros, Fimalac 10 millions d’euros, Société générale 10 millions d’euros, Crédit Agricole 5 millions d’euros, le groupe Wald Disney 4,4 millions d’euros, Capgemini 1 million d’euros, Michelin 1 million d’euros, Ubisoft, 500 000 euros, etc. qui s’ajoutent au déblocage de fonds de quelques collectivités, la mairie de Paris 50 millions d’euros, la région Île-de-France 20 millions d’euros, la région Auvergne-Rhône-Alpes 2 millions d’euro, la région Occitanie 1,5 million d’euros, etc. En prenant en compte la générosité des "simples gens" (qui donnent parfois 10 euros, 50 euros, sur un site Internet, la moyenne des dons était autour de 90 euros), près de 900 millions d’euros auraient déjà été acquis à ce jour (promis sinon collectés).

Pour se donner des éléments de comparaison, la construction du plus grand édifice religieux au monde a coûté 122 millions d’euros de l’époque (il y a trente ans), soit 6% du budget national de la Côte d’Ivoire mais financé entièrement sur les fonds du Président mégalomane Félix Houphouët-Boigny. Il s’agit de la basilique Notre-Dame de la Paix localisée à Yamoussoukro, plus large encore que la basilique Saint-Pierre de Rome, construite en trois ans et consacrée par le pape Jean-Paul II le 10 septembre 1990.

Cela signifie tout simplement qu’en deux jours, la restauration de la cathédrale est probablement déjà financée, ce qui est un exploit (à ma connaissance, sans précédent). Financée principalement par des fonds privés. Plus le montant des dons est élevé, plus les travaux peuvent se réaliser rapidement.

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Il y a un enjeu important : dans son allocution télévisée du 16 avril 2019, Emmanuel Macron a donné comme objectif que la cathédrale soit restaurée d’ici à cinq ans, ce qui est très ambitieux, mais possible. En fait, l’objectif réel, concret, c’est de pouvoir faire rouvrir la cathédrale au grand public au moment de l’ouverture des jeux olympiques à Paris en 2024. Cela va pressuriser les équipes de la restauration, elles-mêmes supervisées par un général !

Pour se donner aussi d’autres comparaisons, rappelons que le budget de l’État consacré chaque année à l’entretien et à la restauration du patrimoine dans toute la France est d’environ 300 millions d’euros, soit le tiers des dons actuels. Et le loto du patrimoine proposé par Stéphane Bern a collecté péniblement 25 millions d’euros. Il y a un véritable manque de moyens pour entretenir les grands bâtiments et les priorités sont souvent faites en fonction de l’urgence sanitaire. Pourtant, des bâtiments continuent à être occupés avec du public alors que leur structure est incertaine, c’est le cas notamment d’une aile du Grand Palais qui accueille le Palais de la Découverte.

Enfin, précisons que le gouvernement a décidé, le 17 avril 2019, que les dons proposés par les particuliers pour la cathédrale bénéficieraient d’une réduction d’impôt de 75% au lieu des 66% habituels.

Alors, pourquoi l’extrême gauche s’emploie-t-elle stupidement à cracher sur les dons pour la restauration de la cathédrale ? Par simple haine des hyper-riches. Je ne vois guère d’autres raisons, car il n’y a pas de raison de râler contre un don, quel qu’il soit.

Et rappelons deux ou trois trucs. Sur le plan fiscal, les entreprises peuvent avoir 60% de réduction d’impôt, mais, comme pour les particuliers, ces réductions sont toujours plafonnées, il ne faut pas exagérer en usant d’une proportionnalité systématique des sommes. Amusant que Gille Carrez, pourtant de droite, tombe aussi dans cette polémique en disant qu’avec 1 milliard d’euros de dons, cela ferait un trou budgétaire non négligeable de 600 millions d’euros. C’est un peu simpliste.

Plusieurs choses à dire à ce sujet. D’abord, l’un des donateurs, pour couper court à la polémique, a décidé de renoncer aux ristournes fiscales, il sera peut-être suivi. Bravo à son patriotisme, ça ne servira pas à supprimer la haine contre sa richesse, mais c’est un bel acte de patriotisme. Ensuite, la plupart des donations par les grands groupes industriels se font au travers de fondations qui ne sont pas imposables (donc, pas de ristourne). Enfin, que dire des dons provenant de l’étranger ?

Et surtout, il faut avoir une certaine cohérence dans sa haine du riche : ou il bénéficie d’une ristourne fiscale, et dans ce cas, bravo ! cela veut dire que le riche donateur paie ses impôts en France, contrairement à ce qu’on a tendance souvent à dire, ou il s’arrange pour ne pas payer ses impôts en France et dans ce cas, il ne bénéficie d’aucune ristourne fiscale française.

L’État n’y perdra pas, car où va aller l’argent ? Dans des entreprises d’urbanisme et de travaux publics qui vont restaurer, réhabiliter la cathédrale : ces entreprises, même si elles étaient étrangères, paieraient les charges salariales en France, paieraient la TVA en France, etc. Bref, l’État se ressource par la même occasion, car cet argent fera travailler l’économie, il y aura moins de demandeurs d’emploi, plus de cotisants, etc.

Dans cette polémique, il peut y avoir quelques sous-polémiques.

La première, que j’ai déjà évacuée plus haut, c’est de dire qu’on préfère donner pour une cathédrale plutôt que pour les pauvres (des téléspectateurs de l’émission "C dans l’air", sur France 5 le 17 avril 2019, montrait l’opposition entre "Notre-Dame de Paris"et "Les Misérables", si l’on garde la référence à Victor Hugo). Certes. Mais la cathédrale appartient aussi aux pauvres, pourquoi vouloir instrumentaliser la pauvreté à tout bout de champ, alors que ces généreux grands donateurs font au contraire un effet d’entraînement. Beaucoup de gens modestes ont déjà donné, et leurs dons, aussi modestes soient-ils, sont aussi importants que les dons élevés, car ils enrichissent pleinement la cohésion nationale.

La deuxième sous-polémique, c’est de croire que la cathédrale va être vendue aux hyper-riches. On pourrait imaginer dans la cathédrale réhabilitée, plusieurs grosses plaques de marbre avec des inscriptions : Monsieur Pinault a donné X millions, Monsieur Arnault a donné Y millions, etc. Et cela pourrait rester des siècles. Pourquoi pas, finalement ? Ce n’est pas nouveau. Ce type de plaques se retrouve dans quasiment toutes les églises de France, même la plus modeste où un riche commerçant du coin a voulu avoir son honneur.

Il faut d’ailleurs revenir à l’histoire originelle des cathédrales. La première chose avant de commencer à construire une cathédrale, il y a mille ans ou un peu moins, c’était de rechercher des mécènes. Tout était focalisé sur la recherche de mécènes et la recherche d’argent. C’était même une course-poursuite, pour avoir la cathédrale la plus belle, la plus grande, etc. Il y avait aussi une course pour récupérer le plus de reliques possible, car une église qui exposait des reliques, cela signifiait une église qui avait beaucoup de visiteurs, et des visiteurs qui faisaient des dons. Plus il y avait de reliques, plus la foi était sonnante et trébuchante. Il ne faut pas oublier ce côté très pécuniaire de la construction des cathédrales : c’était déjà une histoire de gros sous. Tout chrétien que ce fût.


Grosse polémique numéro deux : faut-il refaire à l’identique ?

J’ai gardé la plus importante polémique pour la fin. Comme d’autres, je l’ai pressentie venir dès la chute de la flèche. Elle ne date pas de l’incendie mais de l’époque de l’architecte majeur du XIXe siècle, Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879). Mérimée ainsi que Viollet-le-Duc ont initié un grand mouvement de protection et de restauration du patrimoine médiéval. C’était très nouveau, alors que pendant la Révolution, on a détruit de nombreuses églises et l’on a récupéré les pierres pour construire autre chose.

Grâce à l’action des centaines de pompiers, la cathédrale a eu beaucoup de chance dans son malheur : sa structure a tenu, ses deux tours aussi, ses cloches et ses orgues n’ont pas été trop endommagées. Ainsi que beaucoup de trésors précieux qui ont pu être protégés, parfois au risque de la vie de dizaines de pompiers. En revanche, la flèche a été détruite.

Or, cette flèche qui s’est effondrée le 15 avril 2019, justement, a été conçue et réalisée par Viollet-le-Duc à partir de 1843. Sa réflexion était la suivante : « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. (…) [Les] archéologues, exhumant patiemment les moindres débris des arts qu’on supposait perdus, ont à vaincre des préjugés entretenus avec soin par la classe nombreuse des gens pour lesquels toute découverte ou tout horizon nouveau est la perte de la tradition, c’est-à-dire d’un état de quiétude de l’esprit assez commode. » (1866).

La question qui se pose est donc très simple : faut-il restaurer la cathédrale à l’identique ou innover ? Ceux qui se penchent sur l’histoire des cathédrales savent qu’un édifice est le résultat d’une incroyable complémentarité dans les siècles, et que c’est du travail à long terme, qui a été souvent le résultat de destructions et reconstruction successives.

Posons le débat sur les deux éléments qui ont été détruits dans l’incendie du 15 avril 2019 : la charpente et la flèche.

La charpente, appelée "forêt de Notre-Dame", était constituée en bois, du chêne vieux de 800 ans (date de 1220-1240). C’est à cause de ce bois que l’incendie s’est aussi vite propagé malgré les détecteurs et le pompier posté sur place. Le débat sur la charpente est essentiellement technique car elle n’est pas visible de l’extérieur. Soit on refait la même charpente en bois et il faudra du bois, et retrouver des techniques associées, et cela restera dangereux en cas d’incendie. Soit, au contraire, on décide de sécuriser la charpente, avec des matériaux plus modernes, ce qui sera moins dangereux (tant pour le feu que pour la résistance des matériaux), avec du béton et acier, comme cela a été fait à Reims. Un architecte, Jean-Michel Wilmotte, a même proposé sur France Inter le 17 avril 2019 de faire une charpente en titane, matériau très résistant mais très léger (utilisé dans l’industrie aéronautique et spatiale pour cette raison). En revanche, c’est un matériau très coûteux, je doute qu’une telle proposition puisse être finançable.

Parlons en passant de certains vitraux, on peut les refaire à l’identique, mais aussi, au contraire, en faire de nouveaux, plus actuels, plus modernes. Beaucoup de cathédrales ont accueilli des vitraux novateurs, Metz, Rodez, entre autres. Cela ne devrait pas engendrer de polémique si l’on demandait à un artiste actuel de reconcevoir certains de vitraux qui ont été détruits.

Parlons plutôt de la flèche qui est apparente et qui est le sujet politique par excellence. C’est intéressant car dès le 18 avril 2019, des partis classés à droite ou, j’aurais tendance à dire, des partis de la "droite identitaire", ont commencé les premières offensives dans la polémique : le RN, LR aussi par la voix de la tête de liste aux élections européennes (François-Xavier Bellamy), également Nicolas Dupont-Aignan. Tous réclament une restauration à l’identique. Il me semble que François Bayrou aussi.

Certains réclament presque le référendum sur le sujet, pour laisser choisir les Français. Par exemple, Bruno Retailleau (LR) le 18 avril 2019 : « En posant la question de savoir si la nouvelle flèche devait être "adaptée aux enjeux de notre époque", Édouard Philippe a provoqué l’incompréhension de beaucoup. (…) Puisque cette cathédrale est l’héritage de la nation entière, donnons à chacun la possibilité de s’exprimer en laissant le peuple de France, via une grande consultation en ligne, le soin de choisir le projet qui lui semblera le meilleur pour la cathédrale. ». Pourquoi pas ? Après tout, c’est ce genre de consultation qui a donné un nom ridicule à certaines régions regroupées en 2016 (exemple, le Grand Est).

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Tous sont évidemment dans une posture politique visant à s’opposer au gouvernement. Or, en décidant le 17 avril 2019 de faire un concours international d’architecture pour la flèche, le gouvernement laisse effectivement entendre que la restauration ne se fera pas à l’identique.

Si l’on prend la perspective religieuse, la cathédrale est avant tout l’ensemble des pierres humaines : ce sont les fidèles qui forment l’église, et si l’église matérielle est détruite, on peut la reconstruire autrement qu’elle restera la même église humaine. Notre-Dame de Paris s’est d’ailleurs bâti après la destruction volontaire de l’ancienne basilique romane Saint-Étienne.

Amusant à ce propos de voir que le journal télévisé "Soir 3" du 18 avril 2019 a proposé une citation très intéressante du philosophe David Hume : « La mémoire seule doit être considérée comme la source de l’identité personnelle. » dans son "Traité de la nature humaine" (1739). À faire méditer par les supposés identitaires.

Je vais tenter de présenter le débat mais je précise par honnêteté que je serais plutôt du côté des "innovateurs" que des "conservateurs", dans cette polémique (j’explique un peu plus loin pourquoi).

La flèche, d’abord. Une première flèche a été construite en 1230 (la première pierre de la cathédrale a été posée en avril 1163). À cause du vent, elle a commencé à s’affaisser au bout de plusieurs siècles, si bien qu’elle a été démontée entre 1786 et 1792. La flèche qui s’est effondrée le 15 avril 2019, et qui caractérise Notre-Dame de Paris dans les images d’Épinal, ou plutôt, sur les cartes postales, c’était la flèche construite par Viollet-le-Duc et inaugurée le 15 août 1859. Elle avait à peine 160 ans.

D’un point de vue technique, c’est probablement possible de la reconstruire à l’identique parce qu’on a toute la documentation nécessaire. Le débat est donc d’un point de vue décisionnel, à savoir politique, artistique et aussi, car il faut le prendre en compte, cultuel. Les matériaux utilisés étaient du bois de chêne et du plomb (particulièrement polluant car capable de se sublimer, passage de l’état solide à l’état vapeur, dans un incendie).

Qui devra décider ? C’est une question importante. Concrètement, en France, cela a été souvent le Président de la République : Georges Pompidou pour le Centre Beaubourg, Valéry Giscard d’Estaing pour la Cité des Sciences de la Villette, François Mitterrand pour mille et un projets (Opéra de la Bastille, Pyramide du Louvre, Grande Arche de la Défense, Colonnes de Buren, Bibliothèque Nationale, etc.), Jacques Chirac pour le Musée du Quai Branly… et l’on peut imaginer qu’Emmanuel Macron serait tenté de laisser son nom associé à Notre-Dame de Paris. Mais que les Parisiens se rassurent, la cathédrale ne s’appellera jamais cathédrale Macron ! Une cathédrale n’est ni un musée, ni une bibliothèque, c’est un lieu vivant de la foi chrétienne.

En fait, comme cette cathédrale fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO (sa directrice générale est l’ancienne Ministre de la Culture Audrey Azoulay), l’UNESCO aura son mot à dire, le Ministre de la Culture serait le décisionnel, mais sur avis de la commission des monuments historiques, et bien évidemment, l’Église de France aura son mot à dire puisque la cathédrale est l’édifice principal du diocèse. La polémique pourrait alors se déplacer vers une opposition État/Église.

La flèche de Viollet-le-Duc n’était donc pas d’origine et c’était une innovation il y a un siècle et demi, qui correspondait aux temps-là, pas au XIIe siècle du début de la construction de Notre-Dame. Parallèlement, les œuvres de Viollet-le-Duc sont devenus aussi des "monuments historiques" et font partie du patrimoine culturel de la France, indépendamment de la cathédrale ou des monuments qu’il a lui-même fait restaurer.

Ne pas restaurer à l’identique la flèche pourrait poser peut-être un problème juridique sur le droit moral qui, lui, contrairement au droit d’auteur, est imprescriptible. Les ayant droits de Viollet-le-Duc pourraient faire-valoir un préjudice moral si l’on ne reconstruisait pas à l‘identique. À mon sens, le raisonnement tiendrait si l’on avait détruit volontairement la flèche pour en rebâtir une autre. Ici, c’est un incendie accidentel (et même si ce n’est pas accidentel, ce n’est pas volontaire du côté des pouvoirs publics), et par conséquent, si rien n’était fait, la flèche serait toujours détruite et n’existerait plus de toute façon. Rien alors n’interdirait, à mon sens, de se dégager de ce droit moral sur un élément matériel n’ayant plus d’existence.

Beaucoup de catholiques ont exprimé leur souhait d’innover, de créer une nouvelle flèche qui serait en rapport avec l’avenir et pas le passé, qui serait témoin du XXIe siècle et non resucée du XIXe siècle passé. Le risque, c’est évidemment du changement. Changement d’horizon parisien. On avait dit que la Tour Eiffel était horrible. Et aussi les Colonnes de Buren. Mais à la fin, au fil des décennies, voire des siècles, toutes ces innovations caractérisent désormais la ville de Paris et même la France. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi et c’est pourquoi il serait nécessaire de rédiger rigoureusement le cahier des charges. Il ne s’agit pas de faire un phare comme celui de la Tour Eiffel, à la place de la flèche. Je ne doute pas du génie de créativité que les architectes passionnés seront prêts à exploiter pour proposer des perspectives nouvelles, intéressantes, et surtout, qui donneront un sens nouveau, plus moderne du message qu’entend transmettre l’Église actuelle.

Personne n’a blâmé les vitraux de Chagall à la cathédrale de Metz, ni les vitraux de Soulages à Conques. Ce même Chagall, à la demande du Ministre des Affaires culturelles de l’époque, son ami André Malraux, avait peint en 1964 le nouveau plafond de l’Opéra Garnier. Cela avait pu choquer car cette peinture masquait (sans la détruire) la peinture d’origine réalisée en 1872 par Jules Lenepveu, le peintre préféré de Napoléon III. C’était donc très innovant à l’époque, mais maintenant, la peinture de Chagall est devenue elle-même monument historique à protéger.

Pourquoi faudrait-il refaire à l’identique la flèche qui n’était de toute façon pas d’origine ? Rien ne l’oblige. Cela rappellerait que rien n’est immuable, et que les bâtiments sont comme le reste, toujours en perpétuelle évolution. Et que ce sont justement les catastrophes qui obligent à innover. C’est l’occasion idéale pour créer.

Terminons par un mot. Quand des catholiques parlent d’innover pour rebâtir la cathédrale du IIIe millénaire, ils parlent de "renaissance". Le mot s’entend aussi bien spirituelle que seulement architecturale. Le même nom que celui de la liste LREM aux élections européennes. Probablement une coïncidence en plein week-end de la Résurrection… Bonnes Pâques 2019 !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Renaissance de Notre-Dame de Paris : humour et polémiques autour d’une cathédrale.
Allocution du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019 (texte intégral).
Notre-Dame de Paris, double symbole identitaire.
Maurice Bellet, cruauté et tendresse.
Réflexions postpascales.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190418-notre-dame-de-paris.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/la-renaissance-de-notre-dame-de-214430

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9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 15:44

« Ce soir, je demande pardon devant Dieu et devant tout notre diocèse, de n’avoir pas pris les devants pour enquêter comme il aurait fallu dès qu’un premier témoignage m’était parvenu, pardon de ne pas avoir sanctionné immédiatement un prêtre pour ses actes anciens, très graves et clairement indignes de son ministère, pardon de mes erreurs de gouvernance qui ont occasionné un tel scandale. » (Mgr Barbarin, le 18 novembre 2016 en la primatiale Saint-Jean de Lyon).


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Douche froide chez les évêques français. Le jeudi 7 mars 2019, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné le cardinal Philippe Barbarin à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’agressions sexuelles de mineurs de 15 ans ("mineurs de 15 ans" signifie "enfants de moins de 15 ans").

Le jour même, Mgr Barbarin, qui est l’un des trois prélats français les plus importants de l’Église catholique, a annoncé qu’il allait rencontrer le pape François pour lui remettre sa démission : « Je prends acte de la décision du tribunal, je tiens à redire ma compassion pour les victimes. ». Ses avocats ont cependant exprimé leur intention de faire appel, considérant que les juges étaient influencés par une forte pression médiatique, renforcée par la sortie, le 20 février 2019, du film "Grâce à Dieu" réalisé par François Ozon et qui évoque précisément Mgr Barbarin.

Le 17 mai 2016, le pape François avait rejeté l’hypothèse d’une démission en soutenant Mgr Barbarin (soutenu aussi par Laurent Wauquiez et Gérard Collomb, mais fustigé le 15 mars 2016 sur RMC par Manuel Valls, à l’époque Premier Ministre) devant des journalistes de "La Croix" : « D’après les éléments dont je dispose, je crois qu’à Lyon, le cardinal Barbarin a pris les mesures qui s’imposaient, qu’il a bien pris les choses en main (…). C’est un courageux, un créatif, un missionnaire. Nous devons maintenant attendre la suite de la procédure devant la justice civile. ». Mais maintenant, la condamnation est là. Sa démission pourrait être perçue ou vécue comme injuste, mais elle est désormais inéluctable, et même nécessaire et salutaire pour reconstruire après la déflagration morale qui mine en ce moment l’Église catholique.

Le verdict est certes très sévère, c’est la première condamnation en France, d’autant plus sévère que la procureure n’avait requis aucune peine contre lui après son réquisitoire, mais il n’a pas de conséquence directe (le cardinal ne fera pas de prison), seulement des conséquences indirectes : sa démission (réclamée depuis plusieurs années), et c’est aussi le symbole d’un bouleversement des mentalités que le pape François lui-même entend accompagner.

En ce qui me concerne, je me réjouis de ce verdict, non pas que j’en veuille à Mgr Barbarin dont j’apprécie l’intelligence et la profondeur et qui se trouve plutôt comme une sorte de bouc émissaire de tous les reproches qu’on pourrait faire à l’Église de France sur ce sujet si brûlant et si sensible de la pédophilie des prêtres, mais cela doit être un signal, un symbole que rien ne sera oublié, rien ne sera toléré en ce qui concerne ces actes de torture qu’on appelle pédophilie.


Qui est Mgr Barbarin ?

Philippe Barbarin (68 ans) est l’un des responsables catholiques les plus influents de l’Église catholique en France. Il participe régulièrement aux nombreux débats publics de la société française et est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages. Né le 17 octobre 1950 à Rabat, il a été ordonné prêtre le 17 décembre 1977 à Alfortville après des études de philosophie et de théologie à la Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris. Après avoir été curé de Boissy-Saint-Léger de 1991 à 1994, il s’est expatrié à Madagascar de 1994 à 1998 pour enseigner la théologie au grand séminaire de Fianarantsao de 1994 à 1998. Il fut ensuite consacré évêque le 22 novembre 1998 par Mgr Philibert Randriambololona, qui fut archevêque de Fianarantsoa du 17 décembre 1992 au 1er octobre 2002 (après avoir été évêque d’Antsirabe).

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Mgr Barbarin fut alors nommé évêque de Moulins le 1er octobre 1998, puis archevêque de Lyon le 16 juillet 2002 qu’il est encore (probablement plus pour longtemps). En tant que primat des Gaules, il fut créé cardinal le 21 octobre 2003 par le pape Jean-Paul II. Il venait d’avoir 53 ans. Son ascension est donc assez rapide.


Quelle est l’affaire judiciaire ?

Rappelons très rapidement de quelle affaire judiciaire il s’agit et pour laquelle Mgr Barbarin vient d’être condamné. Précisons immédiatement qu’il n’est pas coupable lui-même d’abus sexuels mais de non-dénonciation d’abus sexuels commis par des prêtres qui officient au diocèse de Lyon (ici un prêtre, mais il y a d’autres affaires concernant d’autres prêtres du diocèse).

L’article 434-3 du code pénal condamne jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende ceux qui, « ayant connaissance d’agressions ou atteintes sexuelles infligées à un mineur ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger », n’en ont pas informé les autorités judiciaires. Précisons d’ailleurs que cette obligation de signalement judiciaire concerne toute personne majeure (donc moi, vous). On peut comprendre que si l’agression sexuelle a été commise au-delà de la période de prescription, la personne qui en a connaissance ne se sent plus tenue de la signaler à l’autorité judiciaire.

Pourquoi Mgr Barbarin a-t-il été mis en cause ? Parce qu’un prêtre lyonnais (ancien aumônier scout) est accusé d’avoir abusé sexuellement des dizaines d’enfants dans les années 1980. Son procès aura lieu dans un ou deux ans. Le 14 juillet 2014, bien après les faits, Mgr Barbarin a reçu un email d’une ancienne victime du prêtre en question, maintenant majeure, qui lui a exprimé son étonnement de voir le prêtre encore en contact avec des enfants, et lui a raconté les abus sexuels dont il a été victime lorsqu’il avait entre 9 et 11 ans. En octobre 2014, missionnée par Mgr Barbarin, une personne membre d’une commission épiscopale a rencontré le prêtre auteur d’abus sexuels, mais ce dernier ne fut pas inquiété car il avait assuré qu’il n’avait pas recommencé ces agissements depuis 1991.

En novembre 2014, Mgr Barbarin a reçu la victime qui lui a demandé d’éloigner au plus vite le prêtre des enfants. En mai 2015, la victime a alerté les faits au procureur de la République. En février 2015, le cardinal Luis Francisco Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait conseillé à Mgr Barbarin d’écarter le prêtre tout en "évitant le scandale public". Le prêtre était l’objet d’un décret de destitution de son ministère dès mars 2015, mais ce ne fut que le 31 août 2015 que le prêtre fut limogé (il était le doyen de plusieurs paroisses dans le Roannais ; "doyen" signifie "curé" de plusieurs paroisses qui sont désormais regroupées en "doyennés" par manque de prêtres), alors que la justice a découvert de nombreuses autres victimes du prêtre qui a été mis en examen le 27 janvier 2016 pour des agressions sexuelles entre 1986 et 1991.

Une seconde enquête judiciaire fut instruite contre Mgr Barbarin pour savoir si son silence était illégal ou pas au regard de l’article 434-3 du code pénal. L’enquête est classée sans suite par le parquet de Lyon en août 2015, mais dix autres victimes du prêtre ont demandé la citation directe de l’archevêque à comparaître, voie pénale très rare qui irait plus vite qu’un recours contre le classement sans suite, mais plus risquée puisque la procédure est fortement accusatoire et la personne accusée peut se retourner contre les accusateurs si elle est jugée non coupable.


Qu’en a dit Mgr Barbarin ?

À l’époque des faits reprochés au prêtre, Mgr Barbarin était vicaire paroissial à Saint-Maur-des-Fossés. Il a reconnu qu’il en avait eu connaissance dès 2007 mais n’a pris aucune décision pour ne pas désavouer son prédécesseur Mgr Louis-Marie Billé (archevêque de Lyon entre 1998 et 2002) qui n’avait pas écarté le prêtre après la consultation d’un avocat. Archevêque pendant les faits (entre 1981 et 1994), Mgr Albert Decourtray avait écarté le prêtre pendant six mois puis l’avait réaffecté dans une paroisse. En 2011, une autre alerte aurait eu lieu provenant d’une autre victime qui a rencontré en juin 2011 l’évêque auxiliaire de Lyon qui lui a dit qu’ils avaient le prêtre à l’œil, mais l’évêque auxiliaire n’a pas confirmé la rencontre, selon "La Vie" du 18 mars 2016.

Au cours d’une conférence de presse le 15 mars 2016 à Lourdes, Mgr Barbarin a déclaré : « Je ne dis pas que je ne me suis pas trompé dans ma gestion pastorale (…). Sur les faits de l’immédiat, j’ai agi avec une extrême clarté. Sur des faits anciens, nous [les évêques de France] voyons bien qu’il y a quelque chose à revoir. ». En fait, comme les faits étaient prescrits, l’archevêque de Lyon avait demandé conseil au Vatican dès 2014 : « Que faire pour les faits anciens ? Peut-être que nous avons à dire que, malgré une prescription juridique du droit français, du point de vue pastoral, ça ne vaut pas, ça ne compte pas. (…) On ne peut pas s’en tenir au fait qu’il y a une prescription juridique ou au fait qu’il n’y ait pas eu de plaintes. Nous en tenir à cela, ça ne va pas. Et nous voyons bien qu’il y a quelque chose à changer de ce côté-là. ».

Mgr Barbarin a voulu rappeler qu’il a toujours été ferme : « Couvrir, ça veut dire "tu savais et tu as laissé faire". Alors, ça, absolument jamais. ». Deux évêques actuels, qui travaillèrent à ses côtés à Lyon pendant de plusieurs années, ont publié une tribune dans "La Croix" du 29 août 2018 pour le soutenir : « Nous sommes témoins que le cardinal Barbarin a rencontré toutes les victimes qui acceptaient ses propositions de rendez-vous, qu’il désirait les écouter toutes et chacune personnellement, et qu’il a entendu du fond du cœur l’immensité de leur souffrance. Nous sommes témoins qu’il a tenu à faire intervenir des victimes dans une formation dispensée aux prêtres du diocèse tout comme dans une messe dite de "réparation". Nous sommes témoins qu’il a fait adopter des mesures les plus répressives. ».


La grâce de Dieu

Le titre du film de François Ozon qui est sorti avant l’annonce du verdict est "Grâce à Dieu". Il a repris une parole très maladroite de Mgr Barbarin à propos de la prescription des faits reprochés au prêtre impliqué. Le primat des Gaules a en effet déclaré le 15 mars 2016 : « La majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits, mais certains peut-être pas. ». En disant cela, l’archevêque ne se réjouissait évidemment pas d’une possible impunité du prêtre, mais qu’il n’y avait plus eu d’abus sexuels récents qui, eux, n’étaient pas prescrits. La prescription est en principe de 20 ans après l’âge de la majorité.


Le procès de janvier 2019

Mgr Barbarin a été écouté par la police lyonnaise le 8 juin 2016 pendant dix heures en tant que témoin et n’a pas été placé en garde-à-vue. Le procès a eu lieu au tribunal correctionnel de Lyon du 7 au 10 janvier 2019. Pour Pacale Robert-Diard, du journal "Le Monde" du 9  janvier 2019 : « Ce procès restera dans l’histoire comme le premier face-à-face entre les victimes d’un prêtre pédophile et l’Église en tant qu’institution, symboliquement incarnée par la présence de l’un de ses plus hauts représentants sur le banc des prévenus. ».

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Les défenseurs de Mgr Barbarin ont expliqué que l’article 434-3 du code pénal ne devait pas s’appliquer à Mgr Barbarin car la victime qui l’avait informé des dérives du prêtre en cause était majeure et était en état de se protéger. Ils ont affirmé qu’en condamnant le cardinal pour ce motif, toute personne ayant eu la confidence, même très tardive, d’abus sexuels d’une personne mineure pendant les faits pourrait être accusée de la même manière si elle n’avait pas informé les autorités judiciaires.

Les juges ont considéré au contraire qu’il y avait eu un danger à ne pas avoir dénoncé ces abus sexuels à la justice dans la mesure où le prêtre était encore en contact avec des enfants pendant (donc) treize mois (entre juillet 2014 et août 2015). Selon la première victime qui avait contacté l’archevêque, il y avait urgence.


Une condamnation sévère mais symbolique

Symbolique pour réveiller l’Église trop soucieuse du "pas de scandale !" que de la chasse aux dérives malsaines de ses membres. Si les actes de pédophilie sont des actes particulièrement scandaleux et odieux car l’enfant n’a jamais la capacité à se défendre face à un adulte, surtout si celui-ci exerce une autorité d’éducateur sur l’enfant, le fait qu’ils puissent être commis par un prêtre est encore plus scandaleux quand on connaît le message de l’Évangile qui est là pour guider les hommes et les femmes dans l’amour, amour à ne pas prendre dans le sens sexuel du terme (eros), bien sûr, mais dans le sens charité (agapè), et je ne parle même pas du vœu de chasteté du prêtre qui concerne plutôt l’institution religieuse en interne.

En revanche, tout ce qui est en rapport avec les crimes et délits ne concernent pas seulement l’Église en interne, mais toute la société laïque et évidemment la justice civile (à moins de considérer que les principes religieux l’emportent sur les lois républicaines, ce qui rendrait la charia admissible). Fidèle au principe républicain de la laïcité, l’Église catholique n’a d’ailleurs jamais, dans l’époque contemporaine, refusé de reconnaître la priorité des lois républicaines sur ses propres règles, fort heureusement.

L’évêque du Puy-en-Velay, Mgr Luc Crepy, président de la cellule de lutte contre la pédophilie de la Conférence épiscopale française, a d’ailleurs rappelé, dans "La Croix" le 7 janvier 2019 : « Les évêques sont déjà très au clair sur la question de la dénonciation et sur les procédures lorsqu’ils sont contactés par une victime, même quand il s’agit d’un cas ancien. Et ils ont aujourd’hui une conscience plus forte du traumatisme subi par les victimes. ».

En fait, dès novembre 2000 à Lourdes, la Conférence épiscopale française avait déclaré sans ambiguïté : « Les prêtres qui se sont rendus coupables d’actes à caractère pédophile doivent répondre de ces actes devant la justice (…). L’évêque ne peut ni ne veut rester passif, encore moins couvrir des actes délictueux. ». Les évêques français ont même publié un rapport sur la lutte contre la pédophilie qui présente des statistiques sur les signalements et les jugements de prêtres accusés d'abus sexuels (on peut le télécharger ici).

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La Congrégation pour la doctrine de la foi est d’ailleurs assez claire sur la procédure à tenir dans l’épiscopat : « Les dispositions de la loi civile sur la dénonciation des crimes aux autorités compétentes doivent toujours être acceptées. ». La prescription éventuelle dans un pays peut même être levée par l’Église lorsque cela concerne l’abus sexuel d’un mineur commis par un prêtre, afin d’avoir un procès romain (selon "Sacramentorum sanctitatis tutela" du 30 avril 2001).

La condamnation de Mgr Barbarin peut être considérée comme exemplaire, en ce sens qu’elle vient de mettre Mgr Barbarin, et avec lui, l’institution catholique, devant son plus gros péché : la négligence. En ne considérant pas que ce sujet était une affaire de la première importance et de la première urgence, le diocèse de Lyon, et plus généralement, l’Église catholique a mis en danger des enfants qui étaient encore au contact avec des prêtres auteurs d’abus sexuels qu’il fallait immédiatement éloigner d’eux, et, sur le plan des valeurs, s’est elle-même mise en danger sur sa cohérence entre les paroles et les actes. Ce à quoi le pape François souhaite rapidement remédier en prônant la tolérance zéro pour ces actes insupportables et abominables.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

"Affaire Barbarin : ce que l’on sait", article de Sophie Lebrun et Olivia Elkaim publié dans "La Vie" le 18 mars 2016.

Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Document : rapport "Lutter contre la pédophilie" de l'épiscopat français publié en octobre 2018 (à télécharger).
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
Les étiquettes.
Le pape François et la pédophile dans l’Église.
Maurice Bellet.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
La canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII.
La canonisation de Paul VI et de Mgr Romero.
Paul VI.
Mgr Oscar Romero.
Jean-Paul II.
Concile Vatican II.
Saint Nicolas II.
Barbe Acarie.
Divine douceur.
Le plus dur est passé.
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
La révocation de l’Édit de Nantes.
La laïcité française depuis 1905.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190307-philippe-barbarin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/mgr-barbarin-une-condamnation-qui-213318

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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 14:11

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190308-pedophilie-eglise-catholique.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190307-philippe-barbarin.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190224-pape-francois.html


RENCONTRE « LA PROTECTION DES MINEURS DANS L'ÉGLISE »
[VATICAN, 21-24 FÉVRIER 2019]


DISCOURS DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS
AU TERME DE LA CONCÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE


Salle Royale
Dimanche 24 février 2019


Chers frères et sœurs,

En rendant grâce au Seigneur qui nous a accompagnés ces jours-ci, je voudrais remercier chacun de vous pour l’esprit ecclésial et l’engagement concret que vous avez manifestés avec tant de générosité.

Notre travail nous a amenés à reconnaître, une fois de plus, que l’ampleur du fléau des abus sexuels sur mineurs est malheureusement un phénomène historiquement répandu dans toutes les cultures et toutes les sociétés. Il est devenu, seulement en des temps relativement récents, un objet d’études systématiques, grâce au changement de sensibilité de l’opinion publique sur un problème considéré comme tabou dans le passé, ce qui signifie que tous connaissaient sa présence mais que personne n’en parlait. Cela me rappelle également la pratique religieuse cruelle, répandue par le passé dans certaines cultures, qui consistait à offrir des êtres humains – spécialement des enfants - en sacrifice dans les rites païens. Cependant, encore aujourd’hui, les statistiques disponibles sur les abus sexuels sur mineurs, établies par diverses organisations et organismes nationaux et internationaux (OMS, Unicef, Interpol, Europol et d’autres), ne présentent pas la véritable ampleur du phénomène, souvent sous-estimé principalement parce que de nombreux cas d’abus sexuels sur mineurs ne sont pas dénoncés[1], en particulier ceux, très nombreux, qui sont commis dans le milieu familial.

Rarement, en effet, les victimes se confient et cherchent de l’aide[2]. Derrière cette réticence, il peut y avoir la honte, la confusion, la peur de vengeance, la culpabilité, la méfiance dans les institutions, les conditionnements culturels et sociaux, mais aussi la désinformation sur les services et les structures qui peuvent aider. L’angoisse, malheureusement, conduit à l’amertume, voire au suicide, ou parfois à la vengeance en faisant la même chose. La seule chose certaine est que des millions d’enfants dans le monde sont victimes d’exploitation et d’abus sexuels.

Il serait important ici de rapporter les chiffres globaux – à mon avis toujours partiels - au niveau mondial[3], puis européen, asiatique, américain, africain et au niveau de l’Océanie, pour donner un aperçu de l’ampleur et de la profondeur de ce fléau dans nos sociétés[4]. Je voudrais, pour éviter des discussions inutiles, souligner avant tout que la mention de certains pays a comme unique objectif de citer les données statistiques figurant dans les Rapports susmentionnés.

La première vérité qui émerge des données disponibles est que ceux qui commettent les abus, autrement dit les violences (physiques, sexuelles ou émotionnelles), sont surtout les parents, les proches, les maris d’épouses mineures, les entraineurs et les éducateurs. En outre, d’après des données de l’Unicef pour l’année 2017 concernant 28 pays dans le monde, sur 10 jeunes filles qui ont eu des rapports sexuels forcés, 9 révèlent avoir été victimes d’une personne connue ou proche de leur famille.

D’après les données officielles du gouvernement américain, plus de 700 000 enfants aux États-Unis sont victimes, chaque année, de violences et de mauvais traitements, d’après l’International Center For Missing and Exploited Children (ICMEC), un enfant sur 10 subit des abus sexuels. En Europe, 18 millions d’enfants sont victimes d’abus sexuels[5].

Si nous prenons l’exemple de l’Italie, le rapport du "Téléphone bleu" souligne, pour l’année 2016, que 68,9% des abus se passent au sein du propre foyer du mineur[6].

Le théâtre des violences n’est pas seulement le milieu familial, mais aussi celui du quartier, de l’école, du sport[7] et, malheureusement aussi ecclésial.

Des études effectuées ces dernières années sur le phénomène des abus sexuels sur mineurs, il ressort également que le développement du web et des moyens de communication a contribué à accroitre notablement les cas d’abus et de violences commis on line. La diffusion de la pornographie se propage rapidement dans le monde à travers les réseaux. Le fléau de la pornographie a pris des proportions terrifiantes, avec des effets délétères sur le psychisme et sur les relations entre homme et femme, ainsi qu’entre eux et les enfants. C’est un phénomène en continuelle expansion. Une partie très importante de la production pornographique a tristement pour objet les mineurs qui sont ainsi gravement blessés dans leur dignité. Les études dans ce domaine, c’est triste, décrivent que cela se produit selon des modes de plus en plus horribles et violents ; on en arrive à l’extrême des actes d’abus sur mineurs commandités et suivis en direct à travers les réseaux[8].

Je rappelle ici le Congrès international qui s’est tenu à Rome sur le thème de la dignité de l’enfant à l’ère numérique ; ainsi que le premier Forum de l’Alliance interreligieuse pour des Communautés plus sûres, qui a eu lieu, sur le même thème, en novembre dernier, à Abou Dhabi.

Un autre fléau est le tourisme sexuel : d’après les données de 2017 de l’Organisation Mondiale du Tourisme, chaque année dans le monde, trois millions de personnes voyagent pour avoir des rapports sexuels avec un mineur[9]. Le fait que les auteurs de tels crimes, dans la plupart des cas, ne reconnaissent pas que ce qu’ils commettent est un crime, est significatif.

Nous sommes, donc, devant un problème universel et transversal qui, malheureusement, existe presque partout. Nous devons être clairs : l’universalité de ce fléau, alors que se confirme son ampleur dans nos sociétés[10], n’atténue pas sa monstruosité à l’intérieur de l’Église.

L’inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleuse dans l’Église, parce qu’en contradiction avec son autorité morale et sa crédibilité éthique. La personne consacrée, choisi par Dieu pour guider les âmes vers le salut, se laisse asservir par sa propre fragilité humaine, ou sa propre maladie, devenant ainsi un instrument de Satan. Dans les abus, nous voyons la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des enfants. Il n’y a pas d’explications satisfaisantes pour ces abus sur des enfants. Humblement et courageusement, nous devons reconnaître que nous sommes devant le mystère du mal, qui s’acharne contre les plus fragiles parce qu’ils sont images de Jésus. C’est pourquoi dans l’Église s’est accrue, ces temps-ci, la prise de conscience de devoir non seulement chercher à enrayer les abus très graves par des mesures disciplinaires et des procédures civiles et canoniques, mais aussi d’affronter résolument le phénomène à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église. Elle se sent appelée à combattre ce mal qui touche le centre de sa mission : annoncer l’Évangile aux petits et les protéger des loups avides.

Je voudrais ici réaffirmer clairement : si dans l’Église on détecte même un seul cas d’abus – qui représente déjà en soi une horreur-, un tel cas sera affronté avec la plus grande gravité. Frères et sœurs, dans la colère légitime des personnes, l’Église voit un reflet de la colère de Dieu, trahi et frappé par ces consacrés malhonnêtes. L’écho du cri silencieux des petits, qui au lieu de trouver en eux une paternité et des guides spirituels ont trouvé des bourreaux, fera trembler les cœurs anesthésiés par l’hypocrisie et le pouvoir. Nous avons le devoir d’écouter attentivement ce cri silencieux étouffé.

Il est donc difficile de comprendre le phénomène des abus sexuels sur les mineurs sans considérer le pouvoir, étant donné qu’ils sont toujours la conséquence de l’abus de pouvoir, l’exploitation d’une position d’infériorité de l’être abusé sans défense qui permet la manipulation de sa conscience et de sa fragilité psychologique et physique. L’abus de pouvoir est présent aussi dans les autres formes d’abus dont sont victimes presque quatre-vingt-cinq millions d’enfants oubliés de tous : les enfants-soldats, les mineurs prostitués, les enfants sous-alimentés, les enfants enlevés et souvent victimes du monstrueux commerce des organes humains, ou transformés en esclaves, les enfants victimes des guerres, les enfants réfugiés, les enfants avortés, et ainsi de suite.

Devant tant de cruauté, tant de sacrifices idolâtriques des enfants au dieu du pouvoir, de l’argent, de l’orgueil, de l’arrogance, les seules explications empiriques ne sont pas suffisantes ; elles ne sont pas capables de faire comprendre l’ampleur et la profondeur de ce drame : Encore une fois l’herméneutique positiviste montre sa limite. Elle nous donne une véritable explication qui nous aidera à prendre les mesures nécessaires, mais elle n’est pas capable de nous donner une signification. Et nous, aujourd’hui, nous avons besoin d’explications et de significations. Les explications nous aideront beaucoup dans le champ opérationnel, mais elles nous laisseront à mi-chemin.

Quelle serait donc la “signification” existentielle de ce phénomène criminel? Tenant compte de son étendue et de sa profondeur humaine, il n’est aujourd’hui que la manifestation actuelle de l’esprit du mal. Sans avoir présente cette dimension nous resterons loin de la vérité et sans véritables solutions.

Frères et sœurs, nous sommes aujourd’hui face à une manifestation du mal, flagrante, agressive et destructrice. Derrière et à l’intérieur de tout cela, il y a l’esprit du mal qui, dans son orgueil et son arrogance, se sent le maître du monde[11] et pense avoir vaincu. Et cela, je voudrais vous le dire avec l’autorité d’un frère et d’un père, certes petit et pécheur, mais qui est pasteur de l’Eglise qui préside à la charité : dans ces cas douloureux, je vois la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des petits. Et cela me conduit à penser à l’exemple d’Hérode qui, poussé par la peur de perdre son pouvoir, ordonna de massacrer tous les enfants de Bethléem[12]. Derrière cela se trouve Satan.

Et de même que nous devons prendre toutes les mesures pratiques que le bon sens, les sciences et la société nous offrent, de même nous ne devons pas perdre de vue cette réalité et prendre les mesures spirituelles que le Seigneur lui-même nous enseigne : humiliation, accusation de nous-mêmes, prière, pénitence. C’est le seul moyen de vaincre l’esprit du mal. C’est ainsi que Jésus l’a vaincu[13].

L’objectif de l’Eglise sera donc celui d’écouter, de défendre, de protéger et de soigner les mineurs abusés, exploités et oubliés, où qu’ils se trouvent. L’Eglise, pour atteindre cet objectif, doit se mettre au-dessus de toutes les polémiques idéologiques et des politiques journalistiques qui instrumentalisent souvent, pour des intérêts divers, même les drames vécus par les petits.

L’heure est venue, par conséquent, de collaborer ensemble pour éradiquer cette brutalité du corps de notre humanité, en adoptant toutes les mesures nécessaires déjà en vigueur au niveau international et au niveau ecclésiastique. L’heure est venue de trouver le juste équilibre de toutes les valeurs en jeu et de donner des directives uniformes pour l’Eglise, en évitant les deux extrêmes d’un justicialisme, provoqué par le sens de la faute en raison des erreurs du passé et de la pression du monde médiatique, et d’une autodéfense qui n’affronte pas les causes et les conséquences de ces graves délits.

Dans ce contexte, je souhaite mentionner les “Best Practices” formulées, sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé[14], par un groupe de dix agences internationales qui a développé et approuvé un ensemble de mesures appelé INSPIRE, c’est-à-dire sept stratégies pour mettre fin à la violence contre les enfants[15].

Se prévalant de ces lignes-guide, l’Eglise, dans son itinéraire législatif, grâce aussi au travail accompli, ces dernières années, par la Commission Pontificale pour la Protection des Mineurs, et grâce à la contribution de notre présente rencontre, on se concentrera sur les dimensions suivantes :

1. La protection des enfants : l’objectif premier de toute mesure est celui de protéger les petits et d’empêcher qu’ils soient victimes de tout abus psychologique et physique. Il convient donc de changer les mentalités pour combattre l’attitude défensive et réactive visant à sauvegarder l’Institution, au bénéfice d’une recherche sincère et décidée du bien de la communauté, en donnant la priorité aux victimes des abus dans tous les sens du terme. Doivent toujours être présents sous nos yeux les visages innocents des petits, rappelant la parole du Maître : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. Malheureux le monde à cause des scandales! Il est inévitable qu’arrivent les scandales ; cependant, malheureux celui par qui le scandale arrive! » (Mt 18, 6-7).

2. Un sérieux irréprochable : je voudrais redire ici que l’« l’Eglise ne se ménagera pas pour faire tout ce qui est nécessaire afin de livrer à la justice quiconque aura commis de tels délits. L’Eglise ne cherchera jamais à étouffer ou à sous-estimer aucun cas. » (Discours à la Curie romaine, 21 décembre 2018). En raison de sa conviction, « les péchés et les crimes des personnes consacrées se colorent de teintes encore plus sombres d’infidélité, de honte, et ils déforment le visage de l’Eglise en minant sa crédibilité. En effet, l’Eglise, ainsi que ses enfants fidèles, est aussi victime de ces infidélités et de ces véritables “délits de détournement” » (ibid.).

3. Une véritable purification : malgré les mesures prises et les progrès faits en matière de prévention des abus, il convient d’imposer un perpétuel et renouvelé engagement à la sainteté des pasteurs dont la configuration au Christ Bon Pasteur est un droit du peuple de Dieu. On rappelle donc « la ferme volonté de persévérer, de toutes ses forces, sur la route de la purification. L’Eglise s’interrogera sur comment protéger les enfants, comment éviter de telles catastrophes, comment soigner et réintégrer les victimes, comment renforcer la formation dans les séminaires […]. On cherchera à transformer les erreurs commises en opportunité pour éliminer ce fléau non seulement du corps de l’Eglise mais aussi de la société » (ibid.). La sainte crainte de Dieu nous porte à nous accuser nous-mêmes – comme personne et comme institution – et à réparer nos manquements. S’accuser soi-même : c’est un début de sagesse lié à la sainte crainte de Dieu. Apprendre à s’accuser soi-même, comme personne, comme institution, comme société. En réalité, nous ne devons pas tomber dans le piège d’accuser les autres, ce qui est un pas vers le prétexte qui nous sépare de la réalité.

4. La formation : autrement dit, les exigences de la sélection et de la formation des candidats au sacerdoce avec des critères non seulement négatifs, visant principalement à exclure les personnalités problématiques, mais aussi positifs en offrant un chemin de formation équilibré pour les candidats idoines, tendu vers la sainteté y compris la vertu de chasteté. Saint Paul VI, dans l’Encyclique Sacerdotalis caelibatus écrit : « Une vie qui, comme celle du prêtre gardant le célibat, comporte un si total et si intime engagement dans toute sa structure intérieure et extérieure, exclut en effet les sujets insuffisamment équilibrés du point de vue psychophysiologique et moral ; et l’on ne peut prétendre que, en ce domaine, la grâce supplée la nature » (n. 64).

5. Renforcer et vérifier les lignes-guides des Conférences Episcopales : c’est-à-dire réaffirmer l’exigence de l’unité des évêques dans l’application des mesures qui ont valeur de normes et non pas uniquement d’orientations. Des normes, pas uniquement des orientations. Aucun abus ne doit jamais être couvert (comme ce fut le cas par le passé) et sous-évalué, étant donné que la couverture des abus favorise l’expansion du mal et ajoute un nouveau scandale. En particulier, développer une nouvelle approche efficace pour la prévention dans toutes les institutions et les milieux des activités ecclésiales.

6. Accompagner les personnes victimes d’abus : Le mal qu’elles ont vécu laisse en elles des blessures indélébiles qui se manifestent également par des rancœurs et des tendances à l’autodestruction. L’Église a donc le devoir de leur offrir tout le soutien nécessaire en recourant à des experts dans ce domaine. Écouter, je me permets cette expression : ‘‘perdre du temps’’ dans l’écoute. L’écoute guérit le blessé et nous guérit aussi nous-mêmes de l’égoïsme, de la distance, du ‘‘cela ne me regarde pas’’, de l’attitude du prêtre et du lévite dans la parabole du bon samaritain.

7. Le monde digital : la protection des mineurs doit tenir compte des nouvelles formes d’abus sexuel et d’abus de tout genre qui les menacent dans les milieux où ils vivent et à travers les nouveaux instruments qu’ils utilisent. Les séminaristes, les prêtres, les religieux, les religieuses, les agents pastoraux et tous doivent être conscients que le monde digital et l’utilisation de ses instruments ont souvent plus d’impact qu’on ne le pense. Il faut ici encourager les pays et les Autorités à appliquer toutes les mesures nécessaires pour limiter les sites web qui menacent la dignité de l’homme, de la femme et en particulier des mineurs. Frères et sœurs, le crime ne jouit pas du droit de liberté. Il faut absolument nous opposer avec la plus ferme détermination à ces abominations, veiller et lutter afin que le développement des petits ne soit pas troublé ou brouillé par leur accès incontrôlé à la pornographie qui laissera des traces négatives profondes dans leur esprit et dans leur âme. Nous devons nous engager afin que les jeunes gens et les jeunes filles, en particulier les séminaristes et le clergé, ne deviennent pas des esclaves de dépendances fondées sur l’exploitation et l’abus criminel des innocents et de leurs images et sur le mépris de la dignité de la femme ainsi que de la personne humaine. Sont mises en évidence les nouvelles normes sur les ‘‘délits les plus graves’’ approuvées par le Pape Benoît XVI en 2010, auxquels était ajouté comme nouveau cas d’espèce de délit « l’acquisition, la détention ou la divulgation » par un clerc « d’images pornographiques de mineurs […], de quelque manière que ce soit et quel que soit l’instrument employé ». On parlait alors de « mineurs [de moins] de quatorze ans » ; à présent nous estimons nécessaire de hausser cette limite d’âge pour étendre la protection des mineurs et insister sur la gravité de ces faits.

8. Le tourisme sexuel : le comportement, le regard, l’esprit des disciples et des serviteurs de Jésus doivent savoir reconnaître l’image de Dieu dans chaque créature humaine, en commençant par les plus innocentes. C’est seulement en puisant dans ce respect radical de la dignité de l’autre que nous pourrons le défendre de la puissance déferlante de la violence, de l’exploitation, de l’abus et de la corruption, et le servir de manière crédible dans sa croissance intégrale, humaine et spirituelle, dans la rencontre avec les autres et avec Dieu. Afin de combattre le tourisme sexuel, il faut la répression judiciaire, mais aussi le soutien et des projets de réinsertion des victimes de ce phénomène criminel. Les communautés ecclésiales sont appelées à renforcer l’accompagnement pastoral des personnes exploitées par le tourisme sexuel. Parmi celles-ci, les plus vulnérables et ayant besoin d’une aide particulière sont sûrement les femmes, les mineurs et les enfants : ces derniers, toutefois, ont besoin d’une protection et d’une attention spéciales. Que les autorités gouvernementales leur accordent la priorité et agissent de toute urgence pour combattre le trafic et l’exploitation économique des enfants. À cet effet, il est important de coordonner les efforts à tous les niveaux de la société et aussi de collaborer étroitement avec les organisations internationales en vue d’élaborer un cadre juridique qui protège les mineurs contre l’exploitation sexuelle dans le tourisme et qui permette de poursuivre légalement les délinquants[16].

Permettez-moi maintenant d’adresser ma vive gratitude à tous les prêtres et à toute les personnes consacrées qui servent le Seigneur fidèlement et totalement et qui se sentent déshonorés et discrédités par les comportements honteux de quelques de leurs confrères. Nous portons tous – Eglise, personnes consacrées, peuple de Dieu, voire Dieu lui-même – les conséquences de leur infidélité. Je remercie, au nom de toute l’Église, la très grande majorité des prêtres qui non seulement sont fidèles à leur célibat mais se dépensent dans un ministère rendu aujourd’hui encore plus difficile par les scandales provoqués par un petit nombre (mais toujours trop nombreux) de leurs confrères. Et merci également aux fidèles qui connaissent bien leurs bons pasteurs et continuent de prier pour eux et de les soutenir.

Enfin, je voudrais souligner l’importance de la nécessité de transformer ce mal en une opportunité de purification. Regardons la figure d’Edith Stein – Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, - certaine que « dans la nuit la plus obscure surgissent les plus grands prophètes et les plus grands saints. Mais le courant vivifiant de la vie mystique demeure invisible. Il est certain que les événements décisifs de l’histoire du monde ont été essentiellement influencés par des âmes dont rien n’est dit dans les livres d’histoire. Et quelles sont les âmes que nous devrons remercier pour les événements décisifs de notre vie personnelle, c’est une chose que nous saurons seulement le jour où tout ce qui est caché sera manifesté ». Le saint peuple fidèle de Dieu, dans son silence quotidien, sous de nombreuses formes et de bien des manières continue de rendre visible et atteste, avec une espérance ‘‘obstinée’’, que le Seigneur n’abandonne pas, qu’il soutient le dévouement constant et, en de nombreuses situations, souffrant de ses fils. Le saint et patient peuple fidèle de Dieu, soutenu et vivifié par l’Esprit Saint, est le meilleur visage de l’Église prophétique qui sait mettre au centre son Seigneur en se donnant chaque jour. Ce sera précisément ce saint peuple de Dieu qui nous libérera du fléau du cléricalisme, terrain fertile de toutes ces abominations.

Le meilleur résultat et la plus efficace résolution que nous puissions offrir aux victimes, au peuple de la Sainte Mère Église et au monde entier, c’est l’engagement à une conversion personnelle et collective, l’humilité d’apprendre, d’écouter, d’assister et de protéger les plus vulnérables.

Je lance un appel pressant pour la lutte, à tous les niveaux, contre les abus sur mineurs - dans le domaine sexuel comme dans d’autres domaines - de la part de toutes les autorités comme des personnes individuelles, car il s’agit de crimes abominables qui doivent disparaître de la face de la terre. Beaucoup de victimes cachées dans les familles et dans divers milieux de nos sociétés, le demandent.

 

[1] Cf. Maria Isabel Martinez Perez, Abusos sexuales en niños y adolescentes, Ed. Criminología y Justicia, 2012 : sont dénoncés seulement 2% des cas, surtout quand les abus se produisent dans le milieu familial. On estime de 15% à 20% des victimes de pédophilies dans notre société. Seulement 50% des enfants révèlent l’abus qu’ils ont subi et, dans ces cas, seul 15% sont effectivement dénoncés. Et seulement 5% sont finalement jugés.

[2]1 cas sur 3 n’en parle avec personne (Données 2017 recueillies par l’organisation no-profit THORN).

[3] Niveau mondial : en 2017, l’Oms a estimé que jusqu’à un milliard de mineurs âgés de 2 à 17 ans a subi des violences ou des négligences physiques, émotionnelles ou sexuelles. Les abus sexuels (des attouchements au viol), d’après certaines estimations de l’Unicef de 2014, concerneraient plus de 120 millions de fillettes, parmi lesquels on constate le plus grand nombre de victimes. En 2017, la même organisation Onu a indiqué que dans 38 pays du monde, à faible et moyen revenu, presque 17 millions de femmes adultes ont reconnu avoir eu un rapport sexuel forcé pendant l’enfance.

Europe : en 2013, l’Oms a estimé que plus de 18 millions de personnes ont été victimes d’un abus. D’après l’Unicef, dans 28 pays européens, environ 2,5 millions de jeunes femmes ont déclaré avoir subi des abus sexuels avec ou sans contact physique avant leur 15 ans (données diffusées en 2017). En outre, 44 millions (correspondant à 22,9%) ont été victimes de violence physique, et 55 millions (29,6%) de violence psychologique. Et pas seulement : en 2017, le Rapport Interpol sur l’exploitation sexuelle des mineurs a conduit à identifier 14 289 victimes dans 54 pays européens. En ce qui concerne l’Italie en 2017, le Cesvi a estimé que 6 millions d’enfants ont subi des mauvais traitements. En outre, d’après les données établies par le "Téléphone bleu", dans la période du 1er janvier au 31 décembre 2017, les cas d’abus sexuels et de pédophilie gérés par le Service 114 Urgence Enfance ont été de 98, ce qui correspond à 7,5% de la totalité des cas gérés par le Service. 65% des mineurs demandant de l’aide étaient constitués par des victimes de sexe féminin et en outre 40% avaient un âge inférieur à 11 ans.

Asie : En Inde dans la décennie 2001-2011, l’"Asian Center for Human Rights"a constaté un total de 48 338 cas de viols de mineurs, avec une augmentation égale à 336% : de 2113 cas en 2001, en effet, on est arrivé à 7112 cas en 2011.

Amérique : aux Etats Unis les données officielles du gouvernement observent que plus de 700 000 enfants, chaque année, sont victimes de violence et de mauvais traitements. D’après l’International Center for Missing and Exploited Children (Icmec), un enfant sur 10 subit des abus sexuels.

Afrique : en Afrique du Sud, les données d’une recherche menée par le Centre pour la justice et la prévention des crimes de l’Université de la Ville du Cap, a montré, en 2016, qu’un jeune sud-africain sur trois, masculin ou féminin, est menacé d’abus sexuels avant d’avoir atteint ses 17 ans. D’après l’étude, la première du genre à l’échelle nationale en Afrique du Sud, 784 967 jeunes âgés entre 15 et 17 ans ont déjà subi des abus sexuels. Les victimes dans ce cas sont principalement des jeunes garçons. Pas même un tiers a dénoncé les violences aux Autorités. Dans d’autres pays africains, les abus sexuels sur les mineurs s’insèrent dans le contexte plus large des violences liées aux conflits qui ensanglantent le continent et sont difficilement quantifiables. Le phénomène est aussi étroitement lié à la pratique des mariages précoces répandus dans différentes nations africaines et pas seulement.

Océanie: en Australie, d’après les données diffusées par l’Australian Institute of Health and Welfare (Aihw), en février 2018, concernant les années 2015-2017, une femme sur 6 (16%, autrement dit 1,5 millions) a signalé avoir subi des abus physiques et/ou sexuels avant leurs 15 ans, et un homme sur 9 (11%, c’est-à-dire 992 000) a indiqué avoir fait l’expérience de cet abus quand il était jeune. En 2015-2016, en outre, environ 450 000 enfants ont été l’objet de mesures de protection de l’enfance, et 55 600 mineurs ont été éloignés de leur foyer pour soigner les abus subis et éviter d’autres. Enfin, ne pas oublier les risques encourus par les mineurs indigènes : toujours d’après l’Aihw, En 2015-2016, les enfants indigènes ont eu 7 fois plus de probabilité d’être l’objet d’abus ou d’abandon par rapport à leurs camarades non indigènes (cf. http://www.pbc2019.org/it/protezione-dei-minori/abuso-dei-minori-a-livello-globale).

[4]Les données rapportées se réfèrent à un échantillonnage de pays choisis sur la fiabilité des sources disponibles. Les recherches diffusées par l’Unicef sur 30 pays confirment ce fait : un petit pourcentage de victimes a affirmé avoir demandé de l’aide.

[5]Cf. https://www.repubblica.it/salute/prevenzione/2016/05/12/news/maltrattamenti-sui_minori_tutti_gli_abusi - 139630223.

[6]Plus particulièrement, le présumé responsable de la souffrance subie par un mineur est, dans 73,7% des cas un parent (la mère dans 44,2% des cas et le père dans 29,5%), un membre de la famille dans 3,3% des cas, un ami dans 3,2%, une connaissance dans 3%, un enseignant dans 2,5% des cas. Les données mettent en lumière le fait que le responsable est une personne extérieure adulte dans un petit pourcentage de cas (2,2%) (cf. Ibid.).

[7] Une étude anglaise de 2011, réalisée par le Nspcc (National Society for the Prevention of Cruelty to Children), a indiqué que 29% des sujets interrogés rapportaient avoir subi des harcèlements sexuels (physiques et verbaux) dans les centres où ils pratiquaient un sport.

[8]D’après les données 2017 de l’IWF (Internet Watch Foundation), toutes les 7 minutes une page web envoie des images d’enfants sexuellement abusés. En 2017, ont été identifiés 78 589 URL contenant des images d’abus sexuels, concentrés en particulier dans les Pays-Bas, suivis par les États-Unis, le Canada, la France et la Russie. 55% des victimes ont moins de 10 ans, 86% sont des filles, 7% des garçons, 5% les deux.

[9] Les destinations les plus fréquentes sont le Brésil, la république Dominicaine, la Colombie, outre la Thaïlande et le Cambodge. A celle-ci se sont ajoutées certains pays d’Afrique et de l’Europe de l’Est. Les six premiers pays de provenance de ceux qui commettent les abus, en revanche, sont la France, l’Allemagne, le Royaume Uni, la Chine, le Japon et l’Italie. A ne pas négliger non plus le nombre croissant des femmes qui voyagent dans les pays en voie de développement à la recherche de sexe moyennant paiement avec des mineurs : au total elles représentent 10% des touristes sexuels dans le monde. De plus selon une étude conduite par Ecpat Iternational (End Child Prostitution in Asian Tourism) entre 2015 et 2016, 35% des touristes sexuels pédophiles étaient des clients habituels, et que 65% des clients occasionnels (cf. https://www.osservatoriodiritti.il/2018/03/27/turismo-sessuale-minorile-nel-mondo-italia-ecpat).

[10] « Si cette très grave calamité est parvenue à toucher certains ministres consacrés, on se demande dans quelle mesure elle est profonde dans nos sociétés et dans nos familles ? » (Discours à la Curie romaine, 21 décembre 2018).

[11] Cf. R.H. Benson, The Lord of the World, Dodd, Mead and Company, London 1907.

[12] « Quare times, Herodes, qui audis Regem natum ? Non venit ille ut te excludat, sed ut diabolum vincat. Sed tu haec non intelligens turbaris et saevis ; et ut perdas unum quem quaeris, per tot infantium mortes efficeris crudelis […] Necas parvulos corpore quia te necat timor in corde » (S. Quadvultdeus, Sermo 2 de Symbolo : PL 40, 655).

[13] « Quemadmodum enim ille, effuso in scientiae lignum veneno suo, naturam gusto corruperat, sic et ipse dominicam carnem vorandam presumens, Deitatis in ea virtute, corruptus interitusque sublatus est » (Maximus Confessor, Centuria 1, 8-13 : PG, 1182-1186).

[14](CDC : United States Centers for Disease Control and Prevention ; CRC : Convention on the Rights of the Child ; End Violence Against Children : The Global Partnership ; PAHO : Pan American Health Organization ; PEPFAR : President’s Emergency Program for AIDS Relief ; TfG : Together for Girls; Unicef: United Nations Children’s Fund; UNODC: United Nations Office on Drugs and Crime; USAID: United States Agency for International Development; WHO: World Health Organization).

[15] Chaque lettre du mot INSPIRE représente une des stratégies, et la plupart a démontré avoir des effets préventifs contre divers types de violence, en plus d’effets bénéfiques dans des domaines comme la santé mentale, l’éducation et la réduction de la criminalité. Les sept stratégies sont les suivantes : Implementation and enforcement of laws : mise en œuvre et application des lois (par exemple, interdire les disciplines violentes et limiter l’accès à l’alcool et aux armes à feu) ; Norms and values : normes et valeurs à changer (par exemple, celles qui pardonnent l’abus sexuel sur les filles ou le comportements agressifs entre garçons) ; Safe environments : milieux sûrs (par exemple identifier dans les quartiers les “points chauds” de violence et affronter les causes locales à travers une politique qui résolve les problèmes et autres interventions) ; Parent and caregiver support : parents et soutiens de l’assistant familial (par exemple en fournissant une formation aux parents pour les jeunes, aux nouveaux parents) ; Income and economic strengthening : revenu et renforcement économique (comme le micro crédit et la formation à l’égalité des sexes) ; Response and support services : services de réponse et de soutien (par exemple, garantir que les enfants exposés à la violence puissent accéder à des soins d’urgence efficaces et recevoir un soutien psycho-social adapté) ; Education and life skills : instruction et habilitation à la vie (par exemple, garantir que les enfants fréquentent l’école et fournir les compétence sociales).

[16] Cf. Document final du VIème Congrès mondial sur la pastorale du tourisme, 27 juillet 2004.

Le pape François, le 24 février 2019 au Vatican.

Source : w2.vatican.va/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190224-discours-pape-francois-pedophilie.html

 

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30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 21:51

La Conférence des évêques français a publié un rapport sur la lutte contre la pédophilie en octobre 2018 qu'on peut lire sur Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
https://eglise.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/2/2018/10/Rapport-Lutter-contre-pedophilie.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190308-pedophilie-eglise-catholique.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190307-philippe-barbarin.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190224-pape-francois.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190308-rapport-pedophilie-episcopat-francais.html


 

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