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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 23:16

(verbatim)


Sur la venue du pape à Strasbourg, lire ceci :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-125079837.html




Cité du Vatican 25 novembre 2014 (VIS). Hier en fin d'après-midi, après avoir donné l'absoute à la fin de la messe de funérailles du Cardinal Angelini, le Saint-Père s'est rendu en la basilique Ste.Marie Majeure. Il a prié une petite demi heure devant l'icône de la Salus Populi Romani et déposé un bouquet aux couleurs du drapeau européen.

Le Pape s'adresse au Parlement européen

Cité du Vatican 25 novembre 2014 (VIS). L'avenir de l'Europe dépendra de sa capacité à redécouvrir le lien vital existant entre dignité et transcendance, au risque de perdre son âme. Tel a été le point d'orgue du long discours prononcé par le Pape, ce matin à Strasbourg (France), devant le Parlement européen. Organe législatif de l'Union européenne (28 état et 508 millions d'habitants), il est la seule institution communautaire élue au suffrage universel direct (751 députés). L'avion papal a atterri vers 10 h et le Saint-Père a été accueilli au nom du gouvernement français par la Ministre de l'écologie, les autorités locales et deux Vice Présidents du Parlement européen. Il s'est aussitôt rendu en ville au siège de cette institution, où l'attendait le Président Martin Schultz, entouré des délégués du Bureau de l'assemblée et des présidents des huit Groupes parlementaires. Il a écrit sur le livre d'or: "Puisse le Parlement européen demeurer un lieu où chacun concourt à ce que, consciente de son passé, l'Europe envisage avec confiance son avenir et vive le présent remplie d'espérance".

Après le discours du Président, le Pape François s'est adressé à l'assemblée réunie en session solennelle. Voici les passages saillants de son intervention: "Ma visite a lieu plus d?un quart de siècle après celle accomplie par Jean- Paul II. Beaucoup de choses ont changé depuis lors, en Europe et dans le reste du monde. Les blocs opposés qui divisaient alors le continent n?existent plus, et le désir que l?Europe, se donnant souverainement des institutions libres, puisse un jour se déployer aux dimensions que lui ont données la géographie et plus encore l?histoire, se réalise lentement. A côté d?une Union européenne plus grande, il y a aussi un monde plus complexe, et en fort mouvement. Un monde toujours plus interconnecté et globalisé, et donc de moins en moins eurocentrique. A une Union plus étendue, plus influente, semble cependant s?adjoindre l?image d?une Europe un peu vieillie et comprimée, qui tend à se sentir moins protagoniste dans un contexte qui la regarde souvent avec distance, méfiance, et parfois avec suspicion. En m?adressant à vous comme pasteur, je désire adresser à tous les citoyens européens un message d?espérance et d?encouragement, fondé sur la conviction de ce que les difficultés peuvent devenir de puissantes promotrices d?unité. Elles peuvent servir à vaincre toutes les peurs que l?Europe et le monde traversent. Quant à l?espérance dans le Seigneur, elle transforme le mal en bien, et la mort en vie. C'est là un encouragement à revenir aux solides convictions des pères fondateurs de l?Union européenne, qui ont souhaité un avenir fondé sur la capacité de travailler ensemble afin de dépasser les divisions, et favoriser la paix et la communion entre tous les peuples du continent. Au centre de cet ambitieux projet politique il y avait la confiance en l?homme, non pas tant comme citoyen, ni comme sujet économique, mais en l?homme comme personne dotée d?une dignité transcendante. Je tiens avant tout à souligner le lien étroit qui existe entre les mots dignité et transcendante.

La dignité est le mot-clé qui a caractérisé la reconstruction après la seconde guerre. Notre histoire récente se caractérise par l?indubitable caractère central de la dignité humaine contre les violences multiples et les discriminations qui, même en Europe, n?ont pas manqué dans le cours des siècles. La perception de l?importance des droits humains naît justement comme aboutissement d?un long chemin, fait de multiples souffrances et sacrifices, qui a contribué à former la conscience du caractère précieux, de l?unicité qu?on ne peut répéter de toute personne humaine individuelle. Cette conscience culturelle trouve son fondement, non seulement dans les événements de l?histoire, mais surtout dans la pensée européenne, caractérisée par une riche convergence de sources lointaines, de la Grèce à Rome, des fonds celtes, germaniques et slaves au christianisme qui l?a profondément pétrie, donnant lieu justement au concept de personne. Aujourd?hui, la promotion des droits de l'homme joue un rôle central dans l?engagement de l?Union européenne, en vue de favoriser la dignité de la personne, en son sein comme dans ses rapports avec les autres pays. Il s?agit d?un engagement important et admirable, puisque trop de situations subsistent encore dans lesquelles les êtres humains sont traités comme des objets dont on peut programmer la conception, la configuration et l?utilité, et qui ensuite peuvent être jetés quand ils ne servent plus, parce qu?ils deviennent faibles, malades ou vieux... Promouvoir la dignité de la personne signifie reconnaître qu?elle possède des droits inaliénables dont elle ne peut être privée au gré de certains, et encore moins au bénéfice d?intérêts économiques. Mais il convient de faire attention à ne pas tomber dans des équivoques qui peuvent naître d?un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd?hui la tendance à une revendication toujours plus grande des droits individuels, je dirais même privatifs. C'est une tendance qui cache une conception de la personne détachée de tout contexte social et anthropologique...toujours plus insensible aux réalités du contexte. Le concept de devoir, pourtant essentiel et complémentaire, semble dissocié de celui de droit, de sorte qu?on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel droits et devoirs des uns et des autres sont connexes... C'est pourquoi je considère qu?il est plus que jamais vital d?approfondir aujourd?hui une culture des droits humains qui puisse sagement relier la dimension individuelle, ou mieux, personnelle, à celle de bien commun, de ce nous-tous formé d?individus, de familles et de groupes intermédiaires qui s?unissent en communauté sociale. En effet, si le droit de chacun n?est pas harmonieusement ordonné au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par conséquent, devenir source de conflits et de violences. Parler de la dignité transcendante de l?homme signifie donc faire appel à sa nature, à sa capacité innée de distinguer le bien du mal, à cette boussole inscrite dans nos c?urs et que Dieu a imprimée dans l?univers créé. Cela signifie surtout regarder l?homme non pas comme un absolu, mais comme un être relationnel. Une des maladies que je vois la plus répandue aujourd?hui en Europe est la solitude, précisément de celui qui est privé de liens. On la voit particulièrement chez les personnes âgées, souvent abandonnées à leur destin, comme aussi chez les jeunes privés de points de référence et d?opportunités pour l?avenir. On la voit chez les nombreux pauvres qui peuplent nos villes. On la voit dans le regard perdu des migrants qui sont venus ici en recherche d?un avenir meilleur. Cette solitude a été ensuite accentuée par la crise économique, dont les effets perdurent encore, avec des conséquences dramatiques du point de vue social. On peut constater qu?au cours des dernières années, à côté du processus d?élargissement de l?Union européenne, s?est accrue la méfiance des citoyens vis-à-vis des institutions considérées comme distantes, occupées à établir des règles perçues comme éloignées de la sensibilité des peuples, sinon complètement nuisibles. D?un peu partout on a une impression générale de fatigue et de vieillissement, d?une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante. Par conséquent, les grands idéaux qui ont inspiré l?Europe semblent avoir perdu leur force attractive, en faveur de la technique bureaucratique de ses institutions.

A cela s?ajoutent des styles de vie un peu égoïstes, caractérisés par une opulence désormais insoutenable et souvent indifférente au monde environnant, surtout aux plus pauvres. On constate avec regret une prévalence des questions techniques et économiques au centre du débat politique, au détriment d?une authentique orientation anthropologique. L?être humain risque d?être réduit à un simple engrenage qui le traite à la manière d?un bien de consommation à utiliser, de sorte que lorsque la vie n?est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître.

Quelle grande méprise lorsque l?absolutisme de la technique prévaut et finit par produire une confusion entre la fin et les moyens. Résultat inévitable de la culture du déchet et le consumérisme exagéré... Prendre soin de la fragilité veut dire force et tendresse, lutte et fécondité, au milieu d?un modèle fonctionnel et privatisé qui conduit inexorablement à cette culture du déchet. Prendre soin de la fragilité de la personne et des peuples signifie garder la mémoire et l?espérance, prendre en charge la personne présente dans sa situation la plus marginale et angoissante et être capable de l?oindre de dignité... Pour répondre à cette question, permettez-moi de recourir à une image. Au Vatican une des fresques de Raphaël représente l'Ecole d?Athènes. Au centre se trouvent Platon et Aristote. Le premier a le doigt qui pointe vers le haut, vers le monde des idées, nous pourrions dire vers le ciel. Le second tend la main vers celui qui regarde, vers la terre, la réalité concrète. Cela me parait être une image qui décrit bien l?Europe et son histoire, faite de la rencontre continuelle entre le ciel et la terre, où le ciel indique l?ouverture à la transcendance, à Dieu, qui a depuis toujours caractérisé l?homme européen, et la terre qui représente sa capacité pratique et concrète à affronter les situations et les problèmes. L?avenir de l?Europe dépend de la redécouverte du lien vital et inséparable entre ces deux éléments. Une Europe qui n?a plus la capacité de s?ouvrir à la dimension transcendante de la vie est une Europe qui lentement risque de perdre son âme, ainsi que cet esprit humaniste qu?elle aime et défend cependant.

En ce sens j?estime fondamental, non seulement le patrimoine que le christianisme a laissé dans le passé pour la formation socioculturelle du continent, mais surtout la contribution qu?il veut donner, aujourd?hui et dans l?avenir, à sa croissance. Cette contribution n?est pas un danger pour la laïcité des états ni pour l?indépendance des institutions de l?Union, mais au contraire un enrichissement. Les idéaux qui l?ont formée dès l?origine le montrent bien: La paix, la subsidiarité et la solidarité réciproque, un humanisme centré sur le respect de la dignité de la personne. Je désire donc renouveler la disponibilité du Saint Siège et de l?Eglise catholique, par le biais de la Commission des conférences épiscopales européennes, pour entretenir un dialogue profitable, ouvert et transparent avec les institutions de l?Union européenne. De même, je suis convaincu qu?une Europe capable de mettre à profit ses propres racines religieuses, sachant en recueillir la richesse et les potentialités, peut être plus facilement immunisée contre les nombreux extrémismes qui déferlent dans le monde d?aujourd?hui, et aussi contre le grand vide d?idées auquel nous assistons en Occident, parce que c?est l?oubli de Dieu, et non pas sa glorification, qui engendre la violence. Nous ne pouvons pas ne pas rappeler les nombreuses injustices et persécutions qui frappent quotidiennement les minorités religieuses, en particulier chrétiennes, en divers endroits du monde. Des communautés et des personnes sont l?objet de violences barbares, chassées de leurs maisons et de leurs patries, vendues comme esclaves, décapitées, crucifiées et brûlées vives, dans le silence honteux et complice de beaucoup.

La devise de l?Union européenne est Unité dans la diversité, mais l?unité ne signifie pas uniformité politique, économique, culturelle ou de pensée... J?estime que l?Europe est une famille des peuples, lesquels pourront sentir les institutions de l?Union proches dans la mesure où elles sauront sagement conjuguer l?idéal de l?unité à laquelle on aspire, à la diversité propre de chacun, valorisant les traditions particulières, prenant conscience de son histoire et de ses racines, se libérant de nombreuses manipulations et phobies... D?autre part, les particularités de chacun constituent une richesse authentique dans la mesure où elles sont mises au service de tous. Il faut toujours se souvenir de l?architecture propre de l?Union européenne, basée sur les principes de solidarité et de subsidiarité, de sorte que l?aide mutuelle prévale, et que l?on puisse marcher dans la confiance réciproque. Dans cette dynamique d?unité-particularité, se pose à vous eurodéputés, l?exigence de maintenir vivante la démocratie des peuples d?Europe. Une conception uniformisante de la mondialisation touche la vitalité du système démocratique, affaiblissant le débat riche, fécond et constructif des organisations et des partis politiques entre eux. On court ainsi le risque de vivre dans le règne de l?idée, de la seule parole, de l?image, du sophisme? et de finir par confondre la réalité de la démocratie avec un nouveau nominalisme politique. Maintenir vivante la démocratie en Europe demande d?éviter les manières globalisantes de diluer la réalité, les purismes angéliques, les totalitarismes du relativisme, les fondamentalismes anti-historiques, les éthiques sans bonté, les intellectualismes sans sagesse. Maintenir vivante la réalité des démocraties est un défi actuel, en évitant que leur force réelle soit écartée face à la pression d?intérêts multinationaux non universels, qui les fragilisent et les transforment en systèmes uniformisés de pouvoir financier au service d?empires inconnus. C?est un défi qu?aujourd?hui l?histoire vous lance.

Donner espérance à l?Europe ne signifie pas seulement reconnaître le caractère central de la personne humaine. Cela implique aussi d?en favoriser les capacités. Il s?agit donc d?y investir ainsi que dans les domaines où ses talents se forment et portent du fruit. Le premier domaine est sûrement celui de l?éducation, à partir de la famille, cellule fondamentale et élément précieux de toute société. La famille unie, féconde et indissoluble porte avec elle les éléments fondamentaux pour donner espérance à l?avenir. Sans cette solidité, on finit par construire sur le sable, avec de graves conséquences sociales. D?autre part, souligner l?importance de la famille non seulement aide à donner des perspectives et l?espérance aux nouvelles générations, mais aussi aux nombreuses personnes âgées, souvent contraintes à vivre dans des conditions de solitude et d?abandon parce qu?il n?y a plus la chaleur d?un foyer familial en mesure de les accompagner et de les soutenir. A côté de la famille, il y a les institutions éducatives, les écoles et les universités... Les jeunes d?aujourd?hui demandent à pouvoir recevoir une formation adéquate et complète pour regarder l?avenir avec espérance, plutôt qu?avec désillusion.

L?Europe a toujours été en première ligne en faveur de l?écologie. Notre terre a en effet besoin de soins continus et d?attentions. Chacun a une responsabilité personnelle dans la protection de la création, don précieux que Dieu a mis entre les mains des hommes. Cela signifie, d?une part, que la nature est à notre disposition, que nous pouvons en jouir et en faire un bon usage. Mais, d?autre part, cela signifie que nous n?en sommes pas les propriétaires. Gardiens, mais non propriétaires. Par conséquent, nous devons l?aimer et la respecter, tandis qu?au contraire, nous sommes souvent guidés par l?orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, d?exploiter; nous ne la gardons pas, nous ne la respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont il faut prendre soin. Respecter l?environnement signifie cependant non seulement se limiter à éviter de le défigurer, mais aussi l?utiliser pour le bien. Je pense surtout au secteur agricole, appelé à donner soutien et nourriture à l?homme. On ne peut tolérer que des millions de personnes dans le monde meurent de faim, tandis que des tonnes de denrées alimentaires sont jetées chaque jour de nos tables. En outre, respecter la nature, nous rappelle que l?homme lui-même en est une partie fondamentale. A côté d?une écologie environnementale, il faut donc une écologie humaine, faite du respect de la personne, que j?ai voulu rappeler aujourd?hui en m?adressant à vous. Le deuxième domaine dans lequel fleurissent les talents de la personne humaine, c?est le travail. Il est temps de favoriser les politiques de l?emploi, mais il est surtout nécessaire de redonner la dignité au travail, en garantissant aussi d?adéquates conditions pour sa réalisation. Cela implique, d?une part, de repérer de nouvelles manières de conjuguer la flexibilité du marché avec les nécessités de stabilité et de certitude des perspectives d?emploi, indispensables pour le développement humain des travailleurs. D?autre part, cela signifie favoriser un contexte social adéquat, qui ne vise pas l?exploitation des personnes, mais à garantir, à travers le travail, la possibilité de construire une famille et d?éduquer les enfants.

De même, est-il nécessaire d?affronter ensemble la question migratoire. On ne peut tolérer que la Mer Méditerranéenne devienne un grand cimetière... L?absence d?un soutien réciproque au sein de l?Union européenne risque d?encourager des solutions particularistes aux problèmes, qui ne tiennent pas compte de la dignité humaine des immigrés, favorisant le travail d?esclave et des tensions sociales continuelles. L?Europe sera en mesure de faire face aux problématiques liées à l?immigration si elle sait proposer avec clarté sa propre identité culturelle et mettre en acte des législations adéquates qui sachent en même temps protéger les droits des citoyens européens et garantir l?accueil des migrants. Elle doit adopter des politiques justes, courageuses et concrètes qui aident leurs pays d?origine dans le développement socio-politique et dans la résolution des conflits internes causes principales du phénomène, au lieu des politiques d?intérêt qui accroissent et alimentent ces conflits.

La conscience de sa propre identité est nécessaire à l'Europe pour dialoguer de manière prospective avec les états qui ont demandé d?entrer pour faire partie de l?Union européenne à l?avenir. Je pense surtout à ceux de l?aire balkanique pour lesquels l?entrée dans l?Union européenne pourra répondre à l?idéal de paix dans une région qui a grandement souffert des conflits dans le passé. Enfin, la conscience de sa propre identité est indispensable dans les rapports avec les autres pays voisins, particulièrement avec ceux qui bordent la Méditerranée, dont beaucoup souffrent à cause de conflits internes et de la pression du fondamentalisme religieux ainsi que du terrorisme international. C'est à vous les législateurs que revient le devoir de protéger et de faire grandir l?identité européenne, afin que les citoyens retrouvent confiance dans les institutions de l?Union et dans le projet de paix et d?amitié qui en est le fondement. Sachant que plus grandit le pouvoir de l?homme plus s?élargit le champ de ses responsabilités, personnelles et communautaires. Je vous exhorte donc à travailler pour que l?Europe redécouvre sa bonne âme.

Un auteur anonyme du II siècle a écrit que les chrétiens représentent dans le monde ce qu?est l?âme dans le corps. Le rôle de l?âme est de soutenir le corps, d?en être la conscience et la mémoire historique. Et une histoire bimillénaire lie l?Europe et le christianisme. Une histoire non exempte de conflits et d?erreurs, mais toujours animée par le désir de construire pour le bien. Nous le voyons dans la beauté de nos villes, et plus encore dans celle des multiples ?uvres de charité et d?édification commune qui parsèment le continent. Cette histoire, en grande partie, est encore à écrire. Elle est notre présent et aussi notre avenir. Elle est notre identité. Et l?Europe a fortement besoin de redécouvrir son visage pour grandir, selon l?esprit de ses pères fondateurs, dans la paix et dans la concorde, puisqu?elle-même n?est pas encore à l?abri de conflits. L?heure est venue de construire ensemble l?Europe qui tourne, non pas autour de l?économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables. L?Europe doit assumer avec courage son passé et regarder avec confiance son avenir pour vivre pleinement et avec espérance son présent. Le moment est venu d?abandonner l?idée d?une Europe effrayée et repliée sur elle-même, pour susciter et promouvoir l?Europe protagoniste, porteuse de science, d?art, de musique, de valeurs humaines et aussi de foi. L?Europe qui contemple le ciel et poursuit des idéaux, l?Europe qui regarde, défend et protège l?homme, l?Europe qui chemine sur une terre sûre et solide, sera une précieuse référence pour toute l?humanité!".

Visite du Pape au Conseil de l'Europe

Cité du Vatican 25 novembre 2014 (VIS). Après sa visite au Parlement européen, le Saint-Père a gagné vers midi en voiture le siège du Conseil de l'Europe, institution distincte de l'Union européenne regroupant 47 états. Après l'accueil du Secrétaire Général M.Thorbjorn Jagland, de Mme.Anne Brasseur, Présidente de l?assemblée, et des membres du Comité ministériel, il a gagné l´hémicycle pour s'adresser à l'ensemble des composantes du Conseil, son Assemblée Parlementaire, les Représentants des pays membres, les Juges de la Cour européenne des droits de l?homme. Voici l'intégralité de son discours:

"Presque toute l?Europe est présente en cette enceinte, avec ses peuples, ses langues, ses expressions culturelles et religieuses, qui constituent la richesse de ce continent... Je vous remercie tous de tout c?ur pour l?engagement que vous prodiguez et pour la contribution que vous offrez à la paix en Europe, par la promotion de la démocratie, des droits humains et de l?état de droit. Dans l?intention de ses fondateurs, le Conseil de l?Europe, qui célèbre cette année son 65 anniversaire, répondait à une tension vers un idéal d?unité qui, à plusieurs reprises, a animé la vie du continent depuis l?Antiquité. Cependant, au cours des siècles, des poussées particularistes ont souvent prévalu, caractérisées par la succession de diverses volontés hégémoniques. Qu?il suffise de penser que dix ans avant ce 5 mai 1949, où a été signé à Londres le traité qui a institué le Conseil de l?Europe, commençait le plus cruel et le plus déchirant conflit dont ces terres se souviennent et dont les divisions se sont poursuivies pendant de longues années, alors que ce qu?on a appelé le rideau de fer coupait en deux le continent de la Baltique au Golfe de Trieste. Le projet des Pères fondateurs était de reconstruire l?Europe dans un esprit de service mutuel, qui aujourd?hui encore, dans un monde plus enclin à revendiquer qu?à servir, doit constituer la clef de voûte de la mission du Conseil de l?Europe, en faveur de la paix, de la liberté et de la dignité humaine.

D?autre part, la voie privilégiée vers la paix...est de reconnaître dans l?autre non un ennemi à combattre, mais un frère à accueillir. Il s?agit d?un processus continu, qu?on ne peut jamais considérer pleinement achevé. C?est justement l?intuition qu?ont eue les fondateurs, qui ont compris que la paix était un bien à conquérir continuellement, et qu?elle exigeait une vigilance absolue. Ils étaient conscients que les guerres s?alimentent dans le but de prendre possession des espaces, de figer les processus et de chercher à les arrêter. Par contre, ils recherchaient la paix qui peut s?obtenir seulement par l?attitude constante d?initier des processus et de les poursuivre. De cette manière, ils affirmaient la volonté de cheminer en murissant dans le temps, parce que c?est justement le temps qui gouverne les espaces, les éclaire et les transforme en une chaîne continue de croissance, sans voies de retour. C?est pourquoi, construire la paix demande de privilégier les actions qui génèrent de nouveaux dynamismes dans la société et impliquent d?autres personnes et d?autres groupes qui les développeront, jusqu?à ce qu?ils portent du fruit dans des événements historiques importants. Pour cela, ils ont créé cet organisme stable.

Quelques années après, Paul VI eut à rappeler que les institutions mêmes qui, sur le plan juridique et dans le concert des nations, ont pour rôle et pour mérite de proclamer et de conserver la paix, n'atteignent le but prévu que si elles sont continuellement à l'?uvre, si elles savent à chaque instant engendrer la paix, faire la paix. Un chemin constant d?humanisation est nécessaire, de sorte qu?il ne suffit pas de contenir les guerres, de suspendre les luttes, une paix imposée ne suffit pas, non plus qu'une paix utilitaire et provisoire. Il faut tendre vers une paix aimée, libre, fraternelle, et donc fondée sur la réconciliation des esprits. C?est-à-dire poursuivre les processus sans anxiété mais certainement avec des convictions claires et avec ténacité. Pour conquérir le bien qu'est la paix, il faut avant tout y éduquer, en éloignant une culture du conflit qui vise à la peur de l?autre, à la marginalisation de celui qui pense ou vit de manière différente. Il est vrai que le conflit ne peut être ignoré ou dissimulé, il doit être assumé. Mais si nous y restons bloqués, nous perdons la perspective, les horizons se limitent et la réalité elle-même demeure fragmentée. Quand nous nous arrêtons à la situation conflictuelle, nous perdons le sens de l?unité profonde de la réalité, nous arrêtons l?histoire et nous tombons dans les usures internes des contradictions stériles.

Malheureusement, la paix est encore trop souvent blessée. Elle l?est dans de nombreuses parties du monde, où font rage des conflits de diverses sortes. Elle l?est aussi ici en Europe, où des tensions ne cessent pas. Que de douleur et combien de morts encore sur ce continent, qui aspire à la paix, mais pourtant retombe facilement dans les tentations d?autrefois! Pour cela, l??uvre du Conseil de l?Europe dans la recherche d?une solution politique aux crises en cours est importante et encourageante. Mais la paix est aussi mise à l?épreuve par d?autres formes de conflit, tels que le terrorisme religieux et international, qui nourrit un profond mépris pour la vie humaine et fauche sans discernement des victimes innocentes. Ce phénomène est malheureusement très souvent alimenté par un trafic d?armes en toute tranquillité. L?Eglise considère que la course aux armements est une plaie extrêmement grave de l?humanité et lèse les pauvres d?une manière intolérable. La paix est violée aussi par le trafic des êtres humains, qui est le nouvel esclavage de notre temps et qui transforme les personnes en marchandises d?échange, privant les victimes de toute dignité. Assez souvent, nous notons combien ces phénomènes sont liés entre eux. Le Conseil de l?Europe, à travers ses commissions et ses groupes d?experts, exerce un rôle important et significatif dans le combat contre ces formes d?inhumanité. Cependant, la paix n?est pas la simple absence de guerres, de conflits et de tensions. Dans la vision chrétienne, elle est, en même temps, don de Dieu et fruit de l?action libre et raisonnable de l?homme qui entend poursuivre le bien commun dans la vérité et dans l?amour. Cet ordre rationnel et moral s'appuie précisément sur la décision de la conscience des êtres humains à la recherche de l'harmonie dans leurs rapports réciproques, dans le respect de la justice pour tous.Comment donc poursuivre l?objectif ambitieux de la paix?

La voie choisie par le Conseil de l?Europe est avant tout celui de la promotion des droits humains, auxquels est lié le développement de la démocratie et de l?état de droit. C?est un travail particulièrement précieux, avec d?importantes implications éthiques et sociales, puisque d?une juste conception de ces termes et d?une réflexion constante sur eux dépendent le développement de nos sociétés, leur cohabitation pacifique et leur avenir. Cette recherche est l?une des plus grandes contributions que l?Europe a offerte et offre encore au monde entier. C?est pourquoi je ressens ici le devoir de rappeler l?importance de l?apport et de la responsabilité de l?Europe dans le développement culturel de l?humanité. Je voudrais le faire en partant d?une image que j?emprunte à un poète italien du XX siècle, Clemente Rebora, qui décrit un peuplier, avec ses branches élevées vers le ciel et agitées par le vent, son tronc solide et ferme, ainsi que ses racines profondes qui s?enfoncent dans la terre. En un certain sens, nous pouvons penser à l?Europe à la lumière de cette image.

Au cours de son histoire, l'Europe a toujours tendu vers le haut, vers des objectifs nouveaux et ambitieux, animée par un désir insatiable de connaissance, de développement, de progrès, de paix et d?unité. Mais l?élévation de la pensée, de la culture, des découvertes scientifiques est possible seulement à cause de la solidité du tronc et de la profondeur des racines qui l?alimentent. Si les racines se perdent, lentement le tronc se vide et meurt et les branches, autrefois vigoureuses et droite, se plient vers la terre et tombent. Ici, se trouve peut-être l?un des paradoxes les plus incompréhensibles pour une mentalité scientifique qui s?isole. Pour marcher vers l?avenir, il faut le passé, de profondes racines sont nécessaires et il faut aussi le courage de ne pas se cacher face au présent et à ses défis. Il faut de la mémoire, du courage, une utopie saine et humaine. D?autre part, fait observer Rebora, le tronc s?enfonce là où il y a davantage de vrai. Les racines s?aliment de la vérité, qui constitue la nourriture, la sève vitale de n?importe quelle société qui désire être vraiment libre, humaine et solidaire. En outre, la vérité fait appel à la conscience, qui est irréductible aux conditionnements, et pour cela est capable de connaître sa propre dignité et de s?ouvrir à l?absolu, en devenant source des choix fondamentaux guidés par la recherche du bien pour les autres et pour soi et lieu d?une liberté responsable... Sans cette recherche de la vérité, chacun devient la mesure de soi-même et de son propre agir, ouvrant la voie à l?affirmation subjective des droits, de sorte qu?à la conception de droit humain, qui a en soi une portée universelle, se substitue l?idée de droit individualiste. Cela conduit à être foncièrement insouciant des autres et à favoriser la globalisation de l?indifférence qui naît de l?égoïsme, fruit d?une conception de l?homme incapable d?accueillir la vérité et de vivre une authentique dimension sociale. Un tel individualisme rend humainement pauvre et culturellement stérile, puisqu?il rompt de fait les racines fécondes sur lesquelles se greffe l?arbre. De l?individualisme indifférent naît le culte de l?opulence, auquel correspond la culture de déchet dans laquelle nous sommes immergés. Nous avons, de fait, trop de choses, qui souvent ne servent pas, mais nous ne sommes plus en mesure de construire d?authentiques relations humaines, empreintes de vérité et de respect mutuel. Ainsi, aujourd?hui nous avons devant les yeux l?image d?une Europe blessée, à cause des nombreuses épreuves du passé, mais aussi à cause des crises actuelles, qu?elle ne semble plus capable d?affronter avec la vitalité et l?énergie d?autrefois. Une Europe un peu fatiguée et pessimiste, qui se sent assiégée par les nouveautés provenant des autres continents. Europe, où est ta vigueur? Où est cette tension vers un idéal qui a animé ton histoire et l?a rendue grande? Où est ton esprit d?entreprise et de curiosité? Où est ta soif de vérité, que jusqu?à présent tu as communiquée au monde avec passion? De la réponse à ces questions, dépendra l?avenir du continent. D?autre part, un tronc sans racines peut continuer d?avoir une apparence de vie, mais à l?intérieur il se vide et meurt. L?Europe doit réfléchir pour savoir si son immense patrimoine humain, artistique, technique, social, politique, économique et religieux est un simple héritage de musée du passé, ou bien si elle est encore capable d?inspirer la culture et d?ouvrir ses trésors à l?humanité entière. Dans la réponse à cette interrogation, le Conseil de l?Europe avec ses institutions a un rôle de première importance. Je pense particulièrement au rôle de la Cour européenne des Droits de l?Homme, qui constitue en quelque sorte la conscience de l?Europe pour le respect des droits humains. Je souhaite que cette conscience murisse toujours plus, non par un simple consensus entre les parties, mais comme fruit de la tension vers ces racines profondes, qui constituent les fondements sur lesquels les fondateurs de l?Europe contemporaine ont choisi de construire.

A côté des racines qu?il faut...maintenir vivantes par l?exercice quotidien de la mémoire, puisqu?elles constituent le patrimoine génétique de l?Europe, il y a les défis actuels du continent qui nous obligent à une créativité continue. Pour être fécondes ces racines doivent se projettent vers les utopies de l?avenir. Je me permets d?en mentionner seulement deux, le défi de la multi-polarité et le défi de la transversalité. L?histoire de l?Europe peut nous amener à concevoir celle-ci naïvement comme une bipolarité, ou tout au plus comme une tri-polarité (pensons à l?antique conception Rome ? Byzance ? Moscou), et à nous mouvoir à l?intérieur de ce schéma, fruit de réductionnismes géopolitiques hégémoniques, dans l?interprétation du présent et dans la projection vers l?utopie de l?avenir. Aujourd?hui, les choses ne se présentent pas ainsi et nous pouvons légitimement parler d?une Europe multipolaire. Les tensions, aussi bien celles qui construisent que celles qui détruisent, se produisent entre de multiples pôles culturels, religieux et politiques. L?Europe aujourd?hui affronte le défi de globaliser de manière originale cette multi-polarité. Les cultures ne s?identifient pas nécessairement avec les pays qui ont diverses cultures, dont certaines s?expriment dans des pays différents. Il en est de même des expressions politiques, religieuses et associatives. Globaliser de manière originale la multi-polarité comporte le défi d?une harmonie constructive, libérée d?hégémonies qui, bien qu?elles semblent pragmatiquement faciliter le chemin, finissent par détruire l?originalité culturelle et religieuse des peuples. Parler de la multipolarité européenne signifie parler de peuples qui naissent, croissent et se projettent vers l?avenir. La tâche de globaliser la multi-polarité de l?Europe, nous ne pouvons pas l?imaginer avec l?image de la sphère, dans laquelle tout est égal et ordonné, mais qui en définitive est réductrice puisque chaque point est équidistant du centre. L'image du polyèdre est meilleure car l?unité harmonique du tout conserve la particularité de chacune des parties. Aujourd?hui, l?Europe est multipolaire dans ses relations et ses tensions ; on ne peut ni penser ni construire l?Europe sans assumer à fond cette réalité multipolaire.

L?autre défi que je voudrais mentionner est la transversalité. Je pars d?une expérience personnelle: Dans mes rencontres...j?ai pu remarquer que les hommes politiques jeunes affrontent la réalité avec une perspective différente par rapport à leurs collègues européens plus âgés. Ils disent peut-être des choses apparemment similaires, mais l?approche est différente... Cette donnée empirique indique une réalité de l?Europe contemporaine que l?on ne peut ignorer sur le chemin de la consolidation continentale et de sa projection. Il faut tenir compte de cette transversalité qui se retrouve dans tous les domaines. Cela ne peut se faire sans recourir au dialogue, même inter-générationnel. Si nous voulions définir aujourd?hui le continent, nous devrions parler d?une Europe en dialogue, qui fait en sorte que la transversalité d?opinions et de réflexions soit au service des peuples unis dans l?harmonie. Emprunter ce chemin de communication transversale comporte non seulement une empathie générationnelle mais aussi une méthodologie historique de croissance. Dans le monde politique actuel de l?Europe, le dialogue uniquement interne aux organismes politiques, religieux, culturels, de sa propre appartenance se révèle stérile. L?histoire aujourd?hui demande pour la rencontre, la capacité de sortir des structures qui contiennent sa propre identité afin de la rendre plus forte et plus féconde dans la confrontation fraternelle de la transversalité. Une Europe qui dialogue seulement entre ses groupes d?appartenance fermés reste à mi-chemin. On a donc besoin de l?esprit de jeunesse qui accepte le défi de la transversalité.

Dans cette perspective, j?accueille positivement la volonté du Conseil de l?Europe d?investir dans le dialogue inter-culturel, y compris dans sa dimension religieuse, par les Rencontres sur la dimension religieuse du dialogue interculturel. Il s?agit d?une occasion propice pour un échange ouvert, respectueux et enrichissant entre personnes et groupes de diverses origine, tradition ethnique, linguistique et religieuse, dans un esprit de compréhension et de respect mutuel. Ces rencontres semblent particulièrement importantes dans le contexte actuel multiculturel, multipolaire, à la recherche de son propre visage pour conjuguer avec sagesse l?identité européenne formée à travers les siècles avec les instances provenant des autres peuples qui se manifestent à présent sur le continent. C?est dans cette logique qu?il faut comprendre l?apport que le christianisme peut fournir aujourd?hui au développement culturel et social européen dans le cadre d?une relation correcte entre religion et société. Dans la vision chrétienne, raison et foi, religion et société sont appelées à s?éclairer réciproquement, en se soutenant mutuellement et, si nécessaire, en se purifiant les unes les autres des extrémismes idéologiques dans lesquelles elles peuvent tomber. La société européenne tout entière ne peut que tirer profit d?un lien renouvelé entre les deux domaines, soit pour faire face à un fondamentalisme religieux qui est surtout ennemi de Dieu, soit pour remédier à une raison réduite, qui ne fait pas honneur à l?homme. Les thèmes d?actualité, dans lesquels je suis convaincu qu?il peut y avoir un enrichissement mutuel, où l?Eglise catholique, via notamment le Conseil des Conférences épiscopales d?Europe peut collaborer avec le Conseil de l?Europe et offrir une contribution fondamentale, sont très nombreux. Avant tout, à la lumière de tout ce que je viens de dire, il y a le domaine d?une réflexion éthique sur les droits humains, sur lesquels votre Organisation est souvent appelée à se pencher. Je pense particulièrement aux thèmes liés à la protection de la vie humaine, questions délicates qui ont besoin d?être soumises à un examen attentif, qui tienne compte de la vérité de tout l?être humain, sans se limiter à des domaines spécifiques médicaux, scientifiques ou juridiques.

De même, et ils sont nombreux, les défis du monde contemporains qui requièrent une étude et un engagement commun, à commencer par l?accueil des migrants, qui ont besoin d?abord et avant tout de l?essentiel pour vivre, mais principalement que leur dignité de personnes soit reconnue. Il y a ensuite le grave problème du travail, surtout en ce qui concerne les niveaux élevés de chômage des jeunes dans beaucoup de pays. C'est une vraie hypothèque pour l?avenir mais aussi pour la question de la dignité du travail. Je souhaite vivement que s?instaure une nouvelle collaboration sociale et économique, affranchie de conditionnements idéologiques, qui sache faire face au monde globalisé, en maintenant vivant ce sens de solidarité et de charité réciproques qui a tant caractérisé le visage de l?Europe grâce à l?action généreuse de centaines d?hommes et de femmes, dont certains sont considérés saints par l?Eglise catholique, qui se sont dépensés pour développer le continent, tant à travers l?activité d?entreprise qu?à travers des ?uvres éducatives, d?assistance et de promotion humaine. Surtout ces dernières représentent un point de référence important pour les nombreux pauvres qui vivent en Europe. Combien il y en a dans nos rues! Ils demandent non seulement le pain pour survivre, ce qui est le plus élémentaire des droits, mais ils demandent aussi à redécouvrir la valeur de leur propre vie, que la pauvreté tend à faire oublier, et à retrouver la dignité conférée par le travail.

Enfin, parmi les thèmes qui sollicitent notre réflexion et notre collaboration, il y a la protection de l?environnement, de notre bien-aimée terre qui est la grande ressource que Dieu nous a donnée et qui est à notre disposition non pour être défigurée, exploitée et avilie, mais pour que nous puissions y vivre avec dignité, en jouissant de son immense beauté. Paul VI a défini l?Eglise comme experte en humanité. Dans le monde, à l?imitation du Christ, malgré les péchés de ses enfants, elle ne cherche rien d?autre que de servir et de rendre témoignage à la vérité. Rien d?autre que cet esprit ne nous guide dans le soutien du chemin de l?humanité. Dans cette disposition d?esprit, le Saint-Siège entend continuer sa propre collaboration avec le Conseil de l?Europe, qui revêt aujourd?hui un rôle fondamental pour forger la mentalité des futures générations européennes. Il s?agit de développer ensemble une réflexion dans tous les domaines, afin que s?instaure une sorte de nouvelle agora, dans laquelle chaque instance civile et religieuse puisse librement se confronter avec les autres, même dans la séparation des domaines et dans la diversité des positions, animée exclusivement par le désir de vérité et par celui d?édifier le bien commun. La culture, en effet, naît toujours de la rencontre réciproque, destinée à stimuler la richesse intellectuelle et la créativité de ceux qui y prennent part. Outre le fait que c?est la réalisation du bien, cela est beau. Je souhaite que l?Europe, en redécouvrant son patrimoine historique et la profondeur de ses racines, en assumant sa vivante multi-polarité et le phénomène de la transversalité en dialogue, retrouve cette jeunesse d?esprit qui l?a rendue féconde et grande".

Visite du Président égyptien

Cité du Vatican, 25 novembre 2014 (VIS). Le Saint-Père a reçu hier après-midi le Président égyptien M.Abdel Fattah Al-Sisi, qui s'est ensuite entretenu avec le Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d'Etat. Ces entretiens cordiaux ont permis de parler de la situation du pays, et de saluer la présence solidaire de l'Eglise au sein de la société égyptienne dans cette phase de transition politique.

(Source : communiqués officiels de la cité du Vatican du 25 novembre 2014)

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 07:51

« Pape efficace et sage », Giovanni Battista Montini, devenu Paul VI, a poursuivi l’œuvre historique de Jean XXIII en reprenant les travaux du Concile Vatican II. À la fois moderne dans l’ouverture aux autres et rigoureux sur la foi, il a ouvert la voie à deux de ses grands successeurs, Jean-Paul II et l’actuel pape François. Première partie.


yartiPaulVI06L’ancien pape Paul VI va être béatifié au Vatican ce dimanche 19 octobre 2014 par son successeur, le pape François. Cette journée conclura également les travaux de la 3e assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques sur les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation qui se tient du 5 au 19 octobre 2014 au Vatican.

Pour rappel, la "procédure" de béatification permet de rendre une personne disparue "bienheureux" de l’Église catholique. Elle précède son éventuelle canonisation qui en ferait un "saint". La fête de la Toussaint enseigne que tous les êtres humains sont des saints et peuvent s’approcher de cette sainteté. Les béatifications et les canonisations tendent surtout à montrer aux autres quelques modèles d’existence.

Pour autant, il y a un réel étonnement à vouloir béatifier voire canoniser les papes, surtout lorsqu’ils sont récents : Pie X, Pie XII (en cours), Jean XXIII, Jean-Paul II, et maintenant, Paul VI.

Pour ce dernier, son procès en béatification fut ouvert officiellement plus de quatorze ans après sa mort, le 11 mai 1993 par Jean-Paul II (en fait, dès le 18 mars 1993 : nihil obstat, rien n’est connu contre), et c’est son successeur François qui a approuvé l’issue de la procédure le 9 mai 2014 et annoncé la cérémonie pour dimanche prochain. Parce que finalement, le pape devient juge et partie, en acceptant de béatifier ou de canoniser ses prédécesseurs.

Cette cérémonie est néanmoins l’occasion heureuse de revenir sur la vie et l’œuvre de Paul VI, pape dont le pontificat fut certes long, mais pas le plus long de l’histoire catholique récente : du 21 juin 1963 au 6 août 1978, plus de quinze ans (celui de Jean-Paul II dura plus de vingt-six ans, un an de plus que celui de Léon XIII, celui de Pie XI dix-sept ans et celui de Pie XII dix-neuf ans). Ce premier article évoque la vie de Paul VI avant son élection pontificale.


Inspiré par la doctrine sociale de l’Église

Né le 26 septembre 1897, Paul VI était italien et s’appelait Giovanni Battista Montini. Son père Giorgio (1860-1943) était un journaliste catholique proche des déshérités (il a créé une structure de conseil juridique gratuit pour les ouvriers et les paysans) et a été élu trois fois député du PPI ("parti populaire italien", parti démocrate-chrétien de l’entre deux guerres, créé le 18 janvier 1919 inspiré par la doctrine sociale de l’Église, dirigé en 1923 par Alcide de Gasperi et dissous par Mussolini le 5 novembre 1926 parce qu’il était le premier parti antifasciste). Giovanni Battista a eu un frère aîné qui fut également parlementaire par la suite (sénateur), Lodovico.

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Durant ses études, chez les Jésuites puis au séminaire, Giovanni Battista Montini eut l’occasion d’être, plus que ses camarades, au contact avec la "vraie vie", car sa santé fragile l’obligeait de se retirer souvent de l’internat. Ce n’est donc pas un hasard que lorsqu’il est devenu pape, il fut l’un des premiers papes à vouloir connaître le monde réel, à s’exprimer en neuf langues, à faire des voyages officiels autour du monde au lieu de rester retrancher au Vatican. Son successeur Jean-Paul II a ensuite amplifié ce mouvement d’ouverture au monde.

Ému à la mort du pape Léon XIII (il n’avait que 6 ans), brillant écolier puis étudiant, il fut ordonné prêtre le 29 mai 1920, bénéficiant d’une dérogation car il fallait en principe avoir au moins 24 ans pour devenir prêtre. Le 9 décembre 1922, il a soutenu sa thèse de doctorat en droit canon et est allé en été 1924 en France pour y apprendre la langue française. Très vite, il s’engagea au sein de l’enseignement universitaire comme aumônier national de la Fédération des universitaires catholiques italiens (FUCI créée en 1896 et regroupant de nombreux intellectuels ou politiques démocrates-chrétiens, dont Aldo Moro, Giulio Andreotti, Emilio Colombo, Franco Marini, Amintore Fanfani, Romano Prodi et Francesco Cossiga) et travailla au Vatican dans la diplomatie et l’administration, au sein de la Secrétairerie d’État à partir du 24 octobre 1924.


Prélat influent au Vatican

Ses activités au sein de la FUCI furent de plus en plus mouvementées à cause de l’opposition très violente entre les étudiants catholiques et les étudiants fascistes (Benito Mussolini est devenu chef du gouvernement italien le 31 octobre 1922). Parmi les étudiants catholiques antifascistes qu’il a rencontrés, une personnalité qui est devenue un ami proche, Aldo Moro (1916-1978), qui présida la FUCI de 1939 à 1941.

Craignant une trop grande indulgence du pape avec le fascisme, Giovanni Battista fut très réticent avec les Accords du Latran signés le 11 février 1929 entre l’État italien et le Vatican, mais ces accords étaient nécessaires car ils ont normalisé les rapports entre les deux États depuis la fin des États pontificaux le 20 septembre 1870. Par ailleurs, ces accords furent approuvés par Aristide Briand, alors chef du gouvernement français, et furent confirmés après 1945 par la nouvelle République italienne (intégrés dans la Constitution).

Fidèle à la pensée du philosophe chrétien Jacques Maritain (1882-1973), qui fut également ambassadeur de France au Vatican de 1945 à 1948, Giovanni Battista Montini rédigea beaucoup d’articles de réflexion sur l’enseignement du Nouveau Testament et continua à enseigner l’histoire et la diplomatie pontificale.

Après avoir quitté ses responsabilités au sein de la FUCI le 12 mars 1933, Giovanni Battista Montini prit beaucoup d’importance au sein de la Curie romaine le 13 décembre 1937 en devenant Substitut aux Affaires ordinaires qui en fit l’un des plus proches collaborateurs de Pie XI (pape du 6 février 1922 au 10 février 1939) qui avait dénoncé très tôt le totalitarisme en Europe, qu’il fût fasciste (dans son encyclique "Non abbiamo bisogno" publiée le 29 juin 1931), nazi (dans son encyclique "Mit brennender Sorge" publiée le 10 mars 1937) ou communiste (dans son encyclique "Divini Redemptoris" publié le 19 mars 1937).

Après l’élection du nouveau pape Pie XII le 2 mars 1939 et la mort du Secrétaire d’État Luigi Maglione le 22 août 1944 qui ne fut pas remplacé (Pie XII l’avait précédé dans cette fonction du 9 février 1930 au 10 février 1939 et fut un pape centralisant toutes les décisions), Giovanni Battista Montini fut le bras droit du pape (nommé pro-Secrétaire d’État en novembre 1952). Il est intervenu dans de nombreuses affaires, que ce soit pendant la guerre (intervention pour éviter la déportation des Juifs de Slovaquie etc. ; à partir du 24 juin 1942, le Vatican a aidé les victimes du nazisme discrètement pour éviter des représailles), ou après la guerre (soutien à l’unité des catholiques au sein de la démocratie-chrétienne italienne, relations avec la France par l’intermédiaire de Jacques Maritain devenu ambassadeur, contribution dans la rédaction de la Constitution italienne ratifiée le 2 juin 1946, etc.).


Archevêque de Milan

Ami intime du philosophe Jean Guitton (1901-1999) qu’il invita comme observateur à Vatican II, défendant les théologiens français contestés Yves Congar (1904-1995) et Henri de Lubac (1896-1991) qui furent tous les deux créés cardinaux par Jean-Paul II, Giovanni Battista Montini fut éloigné du Vatican le 6 novembre 1954 par Pie XII en devenant archevêque de Milan, ordonné le 12 décembre 1953 par le cardinal Eugène Tisserand (1884-1972), né à Nancy, futur académicien français et archiviste des Archives du Vatican (en l’absence de Pie XII, malade, qui laissa juste un message enregistré). Sa devise épiscopale fut "In nomine Domini".

L’archevêché de Milan est le plus grand d’Italie (3 millions de fidèles) et avait déjà donné plusieurs papes, Urbain III (archevêque de Milan du 9 mai 1185 au 20 octobre 1187), Pie IV (de 1559 au 6 février 1560), et Pie XI (du 13 juin 1921 au 6 février 1922) ; et l’actuel archevêque, Mgr Angelo Scola (depuis le 28 juin 2011) était donné papabile en mars 2013. Paradoxalement, cette fonction pourtant prestigieuse pour Giovanni Battista Montini était le moyen pour Pie XII de ne pas le nommer cardinal et d’éviter ainsi qu’il fût son successeur le cas échéant.

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Le nouvel archevêque s'est beaucoup investi à visiter de nombreux lieux de l’archidiocèse pour rencontrer tous les habitants, quels qu’ils fussent, à favoriser l’expression culturelle et à construire près d’une centaine de nouvelles églises en impliquant des artistes contemporains. L’action pourtant innovatrice de Giovanni Battista Montini à Milan ne l’a pas beaucoup passionné. Gardant ses relations avec différents théologiens connus auparavant, il regrettait son éloignement du Vatican où il pensait avoir eu plus d’influence au sein de l’Église.

Très malade, Pie XII s’éteignit le 9 octobre 1958. Le conclave se déroula du 26 au 28 octobre 1958. Ce fut un ami proche de Giovanni Battista Montini, le cardinal Angelo Roncalli (1881-1963), patriarche de Venise, qui fut élu sous le nom de Jean XXIII. Il l’avait bien connu depuis longtemps car Angelo Roncalli fut lui aussi diplomate du Vatican, nonce (ambassadeur) en Bulgarie, en Turquie et en France.


Enfin cardinal

Certains cardinaux avaient évoqué la possibilité (très rare dans la pratique) d’élire pape le très populaire Giovanni Battista Montini bien qu’il ne fût pas cardinal (il aurait recueilli quelques voix). Dès l’élection de Jean XXIII, cette petite mesquinerie de Pie XII fut réparée : Giovanni Battista Montini fut créé cardinal le 15 décembre 1958 au cours d’un consistoire que Pie XII avait commencé à préparer. Angelo Roncalli aurait expliqué en 1955 qu’il aurait voté au conclave pour Giovanni Battista Montini si ce dernier avait été cardinal. C’est assez amusant d’imaginer qu’un prédécesseur pût voter pour son successeur, et cela marque le lien de proximité entre les deux hommes.

Giovanni Battista Montini a tout de suite compris l’importance historique du futur Concile Vatican II, reprenant celui inachevé de 1870 ; le 26 janvier 1959, il qualifiait ainsi ce concile : « événement historique de première importance (…) grand pour l’Église entière et pour l’humanité ». Très actif dans sa préparation et bientôt coordonnateur des autres commissions du concile, le cardinal Montini voulait aussi proclamer la liberté religieuse comme l’un des droits naturels de l’homme.

Faisant plusieurs voyages à l’étranger (Brésil, États-Unis, Afrique du Sud, Rhodésie, Ghana, Nigeria, Irlande, etc.), Giovanni Battista Montini avait une parole qui faisait écho, montrait à la fois de la modernité et ouverture d’esprit tout en restant fidèle aux dogmes (il avait condamné le film de Federico Fellini "La Dolce Vita" dont la première projection à Milan le 5 février 1960 fut assez mouvementée). Connu des gens, connaissant bien les rouages du Vatican, un des acteurs majeurs de Vatican II, le cardinal Montini était un successeur naturel de Jean XXIII lorsque la situation s’est présentée.


Un nouveau conclave

Après la mort de Jean XXIII, un nouveau conclave est convoqué du 19 au 21 juin 1963. À 11 heures 22 le 21 juin 1963, les cardinaux ont élu pape Giovanni Battista Montini à 65 ans, l’un des favoris connaissant bien la Curie romaine depuis les années 1930, qui a pris le nom de Paul VI.

Giuseppe Siri (1906-1989), archevêque de Gênes depuis le 14 mai 1946, créé cardinal le 12 janvier 1953, était aussi papabile, comme il l’avait déjà été en 1958. Bien que représentant l’aile traditionnelle et conservatrice de l’Église, très anticommuniste, Giuseppe Siri est resté fidèle au Vatican, a appliqué dans son archidiocèse de Gênes, par la suite, le Concile Vatican II, et s’est toujours opposé aux courants traditionalistes, en particulier celui de Mgr Marcel Lefebvre (1905-1991), bien que certains traditionalistes voyaient en lui le véritable pape, laissant entendre sans rien prouver (version réfutée par le cardinal Siri lui-même) qu’il aurait recueilli lors des deux conclaves (1958 et 1963) une majorité des voix et qu’il aurait même pris le nom de Grégoire XVII (pour être élu, il faut au moins les deux tiers des voix).

À Eugène Tisserand, cardinal doyen, Paul VI accepta la lourde charge en ces termes, reprenant sa devise milanaise : « Accepto in nomine Domini » [J’accepte au nom du Seigneur].

Dans un prochain article, j’évoquerai le pontificat de Paul VI, en particulier son encyclique sur la famille "Humanae Vitae" publiée le 25 juillet 1968 et qui fut en question lors du Synode des évêques qui s’achève ce 19 octobre 2014.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Aldo Moro.
Le Concile Vatican II.
Jean XXIII et Jean-Paul II.
Benoît XVI.
Le pape François.
Lampedusa.
La Pardon.
La Passion.

yartiPaulVI05 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/paul-vi-in-nomine-domini-1-158148

 

 

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 07:46

« C’est la mort en effet qui manifeste de la manière la plus saisissante l’absurdité de la vie. La mort est perverse, impardonnable. C’est elle finalement qui fait de la vie humaine cette histoire de fous dont parle Shakespeare. Qui peut tolérer que la pensée s’abîme dans le néant ? Le néant spirituel, voilà bien le scandale (…). Pourtant, une réflexion sereine et approfondie convainc l’homme de raison que la mort est logique, normale, tout à fait logique, tout à fait normale. Une fois accompli l’acte de procréation, la mort de l’individu était la seule invention possible. Elle apparaît même comme un simple incident dans une aventure grandiose. Elle fait partie de l’histoire de la vie. La haïr, c’est haïr la vie. Et si l’affaire paraît absurde, ce n’est que pour nos cervelles étroites (…). » (Mgr Decourtray, le 10 mars 1994, en expliquant la pensée de Jean Hamburger).


yartiDecourtray01Il y a exactement vingt ans, le 16 septembre 1994 à Lyon, le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon, s’était éteint à 71 ans quatre jours après un accident vasculaire cérébral. Il fut enterré le 22 septembre à la primatiale Saint-Jean de Lyon. C’est l’occasion de lui rendre hommage, de rendre hommage à son action, à ses prises de position, à son courage d’homme libre.

S’il était encore vivant et en activité, il aurait probablement réagi très ouvertement pour prendre la défense des chrétiens en Irak, et des autres populations atrocement massacrées par les terroristes islamistes sans humanité. Il l’aurait sans doute fait comme il l’avait fait pour défendre les chrétiens du Liban en prenant place pendant une semaine dans un camp de réfugiés en juin 1985.


Rapide biographie

Né le 9 avril 1923 dans le Nord, Albert Decourtray a poursuivi ses études au grand séminaire de Lille. Il a été ordonné prêtre le 29 juin 1947 et a soutenu à Rome sa thèse de doctorat en théologie en 1951 sur Nicolas Malebranche ("Foi et raison chez Malebranche", 1949). Après un début d’activité à Lille (comme enseignant et vicaire), il fut nommé évêque auxiliaire de Dijon le 1er juin 1971 puis "pleinement" évêque de Dijon le 24 avril 1974 par le pape Paul VI. Albert Decourtray fut ensuite nommé archevêque de Lyon le 5 novembre 1981 par le pape Jean-Paul II, honoré du titre de Primat des Gaules, et cela malgré un cancer qui lui fit perdre la voix pendant quelques mois (en 1980).

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Contrairement à ses prédécesseurs à Lyon, Albert Decourtray a dû attendre plus de trois ans pour être créé cardinal le 25 mai 1985. Pendant une dizaine d’années, Albert Decourtray et Jean-Marie Lustiger, cardinal de Paris, furent les porte-parole très médiatiques de l’Église catholique française. Ils furent même invités plusieurs fois à l’émission politique la plus importante du moment, "L’heure de vérité" sur Antenne 2. Ainsi, devant des millions de téléspectateurs, Albert Decourtray expliquait à propos du sida et du préservatif le 12 décembre 1988 : « Quand il faut choisir entre donner la mort et prendre un moyen qui n’est pas bon, il faut choisir le moindre mal. ». Il avait déjà été l’invité de la même émission le 18 mars 1985 où de nombreux Français l’avaient découvert.

Peu de temps avant sa disparition, Albert Decourtray entra à l’Académie française. Auteur d’une dizaine d’ouvrages sur la foi et sur son parcours, dont "Une Voix dans la rumeur du monde" paru le 11 mai 1988 (éd. Le Centurion) mais pas du tout candidat, il fut élu le 1er juillet 1993 (contre Jean Raspail) dans le fauteuil du professeur Jean Hamburger, celui de Maurice Barrès, du maréchal Juin et de Pierre Emmanuel, et y fut solennellement reçu le 10 mars 1994 par l’ancien ministre Maurice Schumann, la voix de la France pendant la guerre sur la BBC : « Je suis étonné et heureux. Quand j’ai appris que ma candidature avait été déposée, j’ai d’abord cru à un canular ! Tout le monde sait bien que je ne suis pas un écrivain. Si j’ai accepté cette aventure inattendue, c’est pour l’Église. Et c’est elle qui est aujourd’hui honorée, plus que ma personne. » (Radio Fourvière). C’est d’ailleurs le cardinal Jean-Marie Lustiger qui lui succéda le 15 juin 1995.

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L’ancien ministre Alain Peyrefitte prononça l’hommage des académiciens le 29 septembre 1994 : « En le prenant subitement, le destin l’a laissé intact : il nous l’a enlevé, mais il nous l’a rendu aussi, dans toute la force de sa vie spirituelle. Et même, les quelques jours où il est resté dans le vestibule de la mort ont été comme une préparation, comme une façon de disposer les esprits à entendre la leçon de cette vie. ».

Son "alter ego" de Paris, Mgr Jean-Marie Lustiger, prononça lui aussi un hommage lors de son discours de réception à l’Académie française le 14 mars 1996 : « Albert Decourtray semble avoir traversé les épouvantes de notre siècle comme les trois jeunes hommes de Daniel, qui marchaient dans la fournaise sans être consumés. Le souffle brûlant de l’athéisme et de la révolte, le nihilisme et les puissantes fureurs collectives qui ont bouleversé l’Europe et déchiré la France ne l’ont pas, semble-t-il, affecté. ».

Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Chambéry, rendit également hommage à Albert Decourtray dans son homélie à la primatiale Saint-Jean de Lyon le 17 septembre 2004 lors du dixième anniversaire de sa disparition.


Quelques prises de position

Le cardinal Decourtray était un homme de son temps, commentant régulièrement l’actualité et prenant également position, notamment dans ses responsabilités de président de la conférence des évêques de France, élu le 6 novembre 1987 pour un mandat de trois ans (succédant à Mgr Jean Vilnet).

Très proche de la communauté juive, il a donné aux historiens, le 9 juin 1989, l’accès aux archives du diocèse de Lyon pour mettre au clair les relations entre le milicien pétainiste Paul Touvier et l’Église de Lyon sous l’Occupation : « Un tort bien établi, et que l’on porte dans la vérité et le courage, est préférable à l’innocence suspecte. » (juin 1990).

Avec le cardinal Lustiger, d’origine juive et polonaise, le cardinal Decourtray a également contribué le 22 février 1987 à la résolution du problème posé par la présence d’un carmel près du camp d’extermination d’Auschwitz qu’il avait déjà visité le 23 juin 1983 : « Désormais, la vérité apparaît dans sa nudité ; le chemin d’Auschwitz, avec le cardinal Lustiger, change tout, et semble sans retour. Albert Decourtray est rudement atteint. L’explication paraît vaine, il n’existe pas de justification de l’insupportable. L’émerveillement de la foi demeure, mais il s’accompagne maintenant de l’épouvante devant la profondeur du mal. » (Laurent Ulrich le 17 septembre 2004).

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Mgr Decourtray l’évoquait ainsi : « D’une certaine manière, la foi rend plus assurée la présence, mais plus épais le mystère. » (1994). Il comprenait aussi : « J’ai la conviction qu’entre le gamin et le cardinal, il n’y a pas de différence (…). À l’origine de ma foi (…), il y a une sorte d’émerveillement, lequel a résisté à toutes les épreuves. Et pourtant, il y a une différence considérable : enfant, j’étais émerveillé mais je n’étais pas épouvanté ; aujourd’hui, je suis émerveillé ET épouvanté. ».

Sensibilité, courage et détermination : c’étaient aussi ces éléments qui avaient rendu Albert Decourtray très réticent lors de la réception officielle que le pape Jean-Paul II avait organisée au Vatican le 24 juin 1987 en l’honneur du Président autrichien Kurt Waldheim, ancien officier SS. Pour exprimer son "désarroi" (salué par le philosophe Emmanuel Levinas), il avait visité le même jour la synagogue du quai Tilsitt. Un peu avant, il s’était rendu à Izieu le 26 avril 1987 et avait posé longuement la main sur l’épaule d’un enfant juif, quelques jours avant l’ouverture du procès de Klaus Barbie à Lyon, responsable de la rafle d’Izieu. Les cardinaux Lustiger et Decourtray avaient alors publié un communiqué de mise au point : « Nous portons dans notre mémoire et notre chair la marque de la folie nazie. Elle n’a cessé de poser à la communauté internationale et à tous ses responsables un problème moral, dont l’affaire Waldheim est la plus récente manifestation. Par toute son action, Jean-Paul II a montré que les raisons de la politique ne doivent pas l’emporter sur les exigences de la morale. ».

Ces exigences de la morale ont rapidement convaincu Albert Decourtray de l’importance de l’union des pays européens. Il avait même invité Jacques Delors à débattre avec les évêques. Régulièrement sollicité par des évêques européens, il s’était rendu à Strasbourg le 5 février 1988 pour recevoir le premier prix des Droits de l’homme, où il a déclaré : « Précisément ici, à Strasbourg, comment ne nous sentirions-nous pas appelés à garder la mémoire européenne des valeurs qui ont été oubliées, perverties, trahies, bafouées ? Et du drame qui nous a tous abaissés par la Shoah des juifs sur cette terre chrétienne qui aurait dû être une terre d’asile, d’accueil et de respect des diversités. Comment ne nous sentirions-nous pas appelés à défendre et à développer une véritable union européenne, celle qui conduit de la mémoire à la paix, et de la paix entre les peuples jadis ennemis à la paix universelle fondée sur la justice ? ».

Toute la pensée a porté Mgr Decourtray à refuser toute consigne de vote sans pour autant refuser l’engagement. Ainsi s’est-il senti tenu de refuser toute « complaisance nationaliste ». Ce qui, en clair. revenait malgré l’apolitisme à condamner les idées véhiculées par le Front national dans les années 1980 qui restent les mêmes dans les années 2010 : « Je m’efforce de ne condamner personne, mais je me sens tenu de condamner des idées en fonction de l’Évangile. Or, il est bien certain que l’accueil de l’étranger et de l’immigré fait partie de l’Évangile. Je ne veux pas peser sur les consciences, mais contribuer, à ma place, à éclairer les hommes pour qu’ils se décident en connaissance de cause et au nom des valeurs essentielles de la conscience humaine. » ("Lyon Figaro" le 10 novembre 1987). Il avait été déjà très clair deux ans auparavant, le 20 février 1985 à Lyon : « Nous en avons assez de voir grandir la haine contre les immigrés. Nous en avons assez des idéologies qui la justifient et d’un parti dont les thèses sont incompatibles avec l’enseignement de l’Église. ».

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Il y a un quart de siècle, des affaires politico-financières avaient déjà obscurci la crédibilité des partis politiques de gouvernement. Impressionné par l’émeute du 6 février 1934 lorsqu’il était enfant, Albert Decourtray avait une pensée assez fine du sujet (en 1987) : « C’est l’exploitation des affaires qui m’ennuie. Que la vérité soit faite et que la justice soit rendue, c’est normal. L’exploitation de ces affaires ne me paraît pas bonne, d’où qu’elle vienne. Je redoute que cela ne crée un climat favorable au rejet de la démocratie. Je me souviens des années 34, même si j’étais très jeune ; et même si l’Histoire se contente de bégayer, je n’ai pas envie de ces bégaiements-là ! ».


Sa personnalité, libre, simple et directe

Mgr Laurent Ulrich (archevêque de Lille, depuis le 1er février 2008), qui fut son étudiant, ordonné diacre à Lyon puis prêtre à Dijon le 2 décembre 1979 par lui, rappelait que Mgr Decourtray avait évoqué (en 1986), en racontant son environnement familial très pieux, la « foi habituée » selon une expression de Charles Péguy, un auteur qu’il a aimé pour son amour si bienveillant et son goût de la liberté : « Pour lui, ce fut le terreau sur lequel il a pu faire mûrir sa décision personnelle de la foi. Mais de cette atmosphère, comme de ce choix personnel, il parle toujours comme d’une évidence simple, et d’un ravissement sans ombre. ».

C’est cette simplicité qui est revenue dans les mots de l’archevêque de Chambéry pour le décrire : « Intelligent, à l’aise, présent, courageux aussi. Et même habile. Nous l’admirions, nous l’aimions : sa simplicité désarmait. Il allait partout, se présentait là même où l’on n’espérait plus la venue d’un évêque, il écoutait, il répondait chaleureusement, il gagnait l’estime, même sans remporter à tout coup l’adhésion. ».

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Selon les historiens lyonnais Bernard Berthod et Régis Ladous dans une biographie qui lui fut consacrée en 1996 (éd. LUGD), les journalistes appréciaient « son côté simple, proche, spontané, son refus de la langue de bois, sa bonne grâce à répondre aux questions ». L’un d’eux, Paul Gravillon était très clair (en 1991) : « Il est ouvert, libéral, primesautier. Il a le sens des formules… C’est un "causeur de salon" qui sait qu’il va choquer. Il a une intelligence fine et une sensibilité aiguë. ».

Émile Poulat dans "Universalia" (1995) le décrivait de la même manière : « On le dit inclassable et imprévisible, homme de cœur porté par ses intuitions à hue et à dia. Il aurait sans doute rectifié : homme de vérité, qui ne s’encombre pas de précautions. De fait, il ne se privait pas de dire simplement ce qu’il ressentait profondément, et il savait user de sa fonction comme de sa séduction pour dire ce qu’il voulait faire entendre. ».

Henri Tincq a rajouté dans "Le Monde" le 27 novembre 1990 : Mgr Decourtray « est bien vu chez les gens simples, croyants ou non [et] déroute dans les beaux quartiers [ainsi que] dans le clergé et le laïcat progressistes ».

N’ayant pas peur de choquer, Albert Decourtray a multiplié les petites phrases qui ont nécessité par la suite mises au point et précisions. J’en cite quelques-unes. Le 4 novembre 1989 : « Je n’ai rien contre la mode. Mais je préfère le foulard au dévergondage qui s’étale sur les murs de Lyon. » ("Figaro Magazine") ; le 5 janvier 1990 : « Il y a eu connivence entre certains évêques et le marxisme. » ; le 1er novembre 1990 : « Mieux vaut la guerre que le déshonneur. »


Un homme dans son époque

Intellectuel et sensible, rationnel et passionné, engagé et indigné, le cardinal Albert Decourtray a, durant toute son existence, été une petite voix dans le monde, l’une des premières voix médiatisée de l’Église de France, avec ses failles d’humain mais aussi avec la détermination du fidèle. Avoir la foi, c’est être à l’écoute, et c’est cela qu’ont dû ressentir tous les interlocuteurs lyonnais de leur prélat, lorsqu’il discutait avec les gens, il était entièrement présent avec eux. C’est cette simplicité dans l’écoute qui a fait de Mgr Decourtray un homme respecté et regretté par de nombreuses personnes, même vingt ans après sa disparition.

"In simplicitate" ("Dans la simplicité") fut justement sa devise épiscopale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 septembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Paul II.
Jean-Marie Lustiger.
Le préservatif et l’Église.
La Shoah.
Charles Péguy.


(Illustrations reprises principalement du site lyon.catholique.fr)

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http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/albert-decourtray-1923-1994-une-156826



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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 12:37

Le Vatican a confirmé le 11 septembre 2014 que le Pape François se rendrait à Strasbourg le mardi 25 novembre 2014 pour prononcer un discours solennel dans l'hémicycle du Parlement Européen sur l'invitation du Président de cette instance, l'Allemand Martin Schulz. Aucune autre visite en France ne serait a priori prévue à cette occasion.

SR


"Visite du Pape au parlement de Strasbourg
Cité du Vatican,11 septembre 2014 (VIS): Confirmant l'annonce faite ce matin par le Président du Parlement Européen M.Martin Schulz, le P.Federico Lombardi a déclaré que le Saint-Père avait accepté l'invitation à se rendre à Strasbourg le 25 novembre. Il prononcera un discours devant les parlementaires réunis en session solennelle."


 

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 07:15

Aux grands saints, l’Église reconnaissante (pour paraphraser le frontispice du Panthéon à Paris).


yartiCanoni05Il se passera dans la matinée du dimanche 27 avril 2014 au Vatican un événement tout à fait exceptionnel : l’Église catholique procédera à la canonisation de deux de ses papes, très récents, Jean XXIII et Jean-Paul II, en présence probablement de deux papes vivants, le pape François et le pape émérite Benoît XVI qui a démissionné (renoncé) le 28 février 2013. La célébration sera retransmise en direct notamment sur France 2.

C’est lors du consistoire du 30 septembre 2013 que la date a été fixée, le deuxième dimanche de Pâques, comme à la mort de Jean-Paul II, et le jour du 75e anniversaire du cardinal Stanislaw Dziwisz, archevêque de Cracovie depuis le 3 juin, 2005, qui fut le secrétaire particulier de Jean-Paul II au Vatican pendant tout son pontificat.


Canonisation

On pourra toujours disserter sur l’intérêt d’une canonisation dans une Église qui considère chaque être humain, même le plus modeste, comme un trésor précieux du monde, égal en dignité. Il est étonnant d’ailleurs que ceux qui en parlent le plus souvent sont en général des personnes qui, loin de se revendiquer croyants, sont au contraire plutôt opposées au christianisme pour des raisons très diverses. Pourtant, ces histoires de canonisation ne regardent que ceux qui reconnaissent l’autorité du pape. Les autres ne devraient pas avoir d’avis sur la question parce que cela ne les regarde pas, cela ne regarde qu’une organisation interne même si elle a vocation à l’universalité.

Pour rappel, on ne canonise que des personnes déjà béatifiées. Et pour être béatifié, il faut avoir commis un miracle. Pour être canonisé, il faut avoir commis également un second miracle, sauf en cas de procédure simplifiée, ce qui a été le cas pour Jean XXIII. En général, le miracle correspond à une guérison inexpliquée d’une personne qui avait prié la personne à béatifier ou à canoniser …après la mort de celle-ci (le 25 mai 1966 pour Jean XXIII, les 2 juin 2005 et 1er mai 2011 pour Jean-Paul II).

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On pourra donc être surpris des motivations officielles alors que si ces deux papes sont canonisés, c’est avant tout pour leur action de leur vivant, sous leur pontificat. Aux funérailles de Jean-Paul II le 8 avril 2005, le peuple de Rome, ému, avait scandé ces mots très clairs : "Santo subito !" ("Saint immédiatement !"), alors que le pape défunt n’avait encore commis aucun des miracles qui lui vaut maintenant sa canonisation.

Mais qu’importe ! Le droit canon est très formel alors que l’idée est d’honorer deux personnalités très riches de l’Église catholique, et le (bon) pape François, assez habile politique, a eu l’intelligence de les canoniser en même temps.

Pour Jean-Paul II, c’est sans doute un record de rapidité puisqu’il est mort seulement il y a neuf ans, si l’on met à part la canonisation très rapide de saint Antoine de Padoue, mort à 36 ans le 13 juin 1231 et canonisé le 30 mai 1232. Pour simple élément de comparaison, Jeanne d’Arc, morte à 19 ans le 30 mai 1431, a été béatifiée le 18 avril 1909 et canonisée le 16 mai 1920, soit près d’un demi-millénaire après sa tragique disparition. Et Jeanne d’Arc, elle est devenue en même temps une sainte républicaine en France, avec la loi du 10 juillet 1920 (à peine deux mois après sa canonisation) qui la célèbre chaque année au cours d’une fête nationale.


Panthéonisation

Après tout, la religiosité de la laïcité républicaine en France fabrique tout autant que l’Église catholique ses saints laïcs, grâce au Panthéon, et selon l’annonce faite par le Président François Hollande au Mont Valérien le 21 février 2014, quatre nouvelles personnalités de la Résistance seront honorées et introduites au Panthéon le 27 mai 2015 : Germaine Tillion, Jean Zay, Pierre Brossolette et Geneviève Anthonioz-De Gaulle.

Cette marque de reconnaissance de la République française a, elle aussi, une vocation universelle : « Le Panthéon, c’est le lieu où la patrie affirme sa reconnaissance à des hommes, à des femmes (…), qui ont, par leur courage ou par leur génie, permis à la France d’être la France, pour la France et au-delà de la France. C’est notre génie national que de pouvoir parler bien au-delà des frontières, à tous les peuples qui se battent encore aujourd’hui pour affirmer leur liberté et leur aspiration à être traités comme des peuples dignes de l’être. » et d’ajouter, après avoir indiqué les quatre noms : « Je sais bien que d’autres figures auraient pu, dans ce même esprit, cette même évocation, entrer également dans ce grand monument de la mémoire nationale. Des femmes ou des hommes célèbres ou des anonymes qui, par leurs engagements, leur courage, leurs sacrifices, leurs idées, ont sauvé l’honneur du pays. Pourquoi ce choix ? ».

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Revenons donc aux deux futurs saints de dimanche prochain. Leur canonisation sera l’occasion de se pencher sur leur personnalité et sur leur pontificat qui fut, chacun, une étape clef de l’histoire de l’Église catholique.


Le pape Jean XXIII

Né le 25 novembre 1881 en Lombardie dans un milieu modeste, marqué par le catholicisme social, Angelo Roncalli fut ordonné prêtre le 10 août 1904, consacré évêque le 19 mars 1925 et créé cardinal le 12 janvier 1953 par Pie XII. Diplomate francophile plein d’humour, il avait été nonce apostolique à Paris juste après la guerre, entre 1944 et 1953. Il fut ensuite nommé patriarche de Venise à partir du 15 janvier 1953, jusqu’à son élection comme pape à 76 ans le 28 octobre 1958 pour succéder à Pie XII. À Venise, il empruntait les transports en commun, comme l’actuel pape François, et ne voulait mettre aucune distance avec ses fidèles.

La succession de Pie XII, après dix-neuf années de pontificat et une centralisation importante du Vatican, amena les cardinaux du conclave à désigner un pape plutôt âgé, de transition (comme du reste pour la succession de Jean-Paul II). Le nom choisi par Angelo Roncalli, Jean XXIII, faisait référence à son lointain prédécesseur, Jean XXII, lui aussi élu assez âgé, à 72 ans, le 7 août 1316, considéré comme un pape de transition, rendu célèbre dans "Les Rois maudits" de Maurice Druon, et qui finalement dirigea l’Église pendant dix-huit années (jusqu’à sa mort le 4 décembre 1334).

Lui aussi considéré comme pape de transition, Jean XXIII a marqué son pontificat par le Concile Vatican II qu’il convoqua le 25 janvier 1959, soit moins de trois mois après son élection, et qu’il ouvrit le 11 octobre 1962. Malade, il a eu le temps de terminer sa huitième encyclique "Pacem in Terris" ("Paix sur Terre") publiée le 11 avril 1963, quelques semaines avant sa mort, où il encouragea la démocratie, la solidarité, la liberté et la justice.

Parmi ses autres encycliques, il y a eu "Sacerdotii Nostri Primordia" le 31 juillet 1959 où il rendait hommage à saint Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars, et "Mater et Magistra" le 16 mai 1961, où il rendait hommage à son prédécesseur Léon XIII dont il se sentait particulièrement proche, en commémorant sa fameuse encyclique "Rerum Novarum" publiée le 15 mai 1891, hommage rendu également par son successeur Jean-Paul II avec l’encyclique "Centesimus Annus" le 1er mai 1991.

Jean XXIII est mort à 81 ans le 3 juin 1963, un lundi de Pentecôte, et fut considéré comme un pape plein de bonté et d’humanité, jovial et ouvert. Il a mis en route un processus qu’il pressentait important sans en avoir maîtrisé les conclusions (Vatican II). Son successeur Jean-Paul II l’a béatifié le 3 septembre 2000 à l’occasion du Jubilé de l’an 2000.


Le pape Jean-Paul II

Né le 18 mai 1920 près de Cracovie, Karol Wojtyla fut ordonné prêtre le 1er novembre 1946, consacré évêque le 28 juin 1967, nommé archevêque de Cracovie le 13 janvier 1964 et créé cardinal le 28 juin 1967 par Paul VI. À la suite de la disparition soudaine du pape Jean-Paul Ier après un mois de pontificat, il fut élu pape à 58 ans le 16 octobre 1978.

Pape jeune, sportif (ski, natation, etc.), premier pape polonais, Jean-Paul II fut aussi l’un des papes les plus longs de l’histoire chrétienne, avec un pontificat de plus de vingt-six ans, troisième plus long après les pontificats de saint Pierre (le premier pape) et de Pie IX (1846-1878). Cette double image qui, au-delà du charisme médiatique, a marqué le monde : de pape jeune et en bonne santé, présent partout dans le monde, il était devenu l’homme très malade à partir du milieu des années 1990, âgé et diminué par la souffrance, mais il n’avait pas voulu renoncer à sa charge, la considérant comme une mission et un devoir (Benoît XVI, au contraire, a inauguré une autre façon de voir cette charge, laissant à ses successeurs la possibilité, comme lui, de renoncer pour des raisons de santé).

Le long pontificat de Jean-Paul II lui a permis de réaliser beaucoup de choses. Faire progresser l’œcuménisme et les relations interreligieuses, par exemple, entre catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans, bouddhistes… À son initiative, près de deux cents représentants religieux se sont rencontrés une première fois à Assise le 27 octobre 1986 (les rencontres d’Assise furent poursuivies le 10 janvier 1993, le 24 janvier 2002 et le 27 octobre 2011). Il a aussi béatifié et canonisé beaucoup de personnes, plus de mille bienheureux et près de cinq cents saints, dans le but de démontrer que tous les chrétiens étaient appelés à devenir des saints, et pour rendre la sainteté universelle, quels que soient l’origine, la nationalité, le mode de vie, etc.

Il a fait de très nombreux voyages pour visiter tous les fidèles, il a rencontré près de cinq cent millions de personnes dans cent trente pays, notamment lors des Journées mondiales de la jeunesse qu’il a initiées (dont il devient, le 13 avril 2014, le saint patron), au cours de cent quatre voyages hors d’Italie, visitant plus de six cents villes et parcourant plus d’un million de kilomètres.

Loin d’être un pape de repli identitaire, Jean-Paul II fut plutôt un pape ouvert, ouvert aux autres, au monde, à la modernité. C’était tout le sens de sa première homélie prononcée le 22 octobre 1978 : « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ. À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, des systèmes politiques et économiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation et du développement. N’ayez pas peur ! ». Un pape qui n’avait pas peur non plus de pardonner, même à Mehmet Ali Agca, l’auteur de la tentative d’assassinat contre lui, le 13 mai 1981 à Rome.

Défenseur du Concile Vatican II, il demanda sans cesse, dans tous les pays du monde, l’abolition de la peine de mort et lutta contre le capitalisme autant que le communisme. Il prôna toutes les libertés et en particulier celle de pratiquer sa propre religion et montra du doigt les inégalités sans cesse croissantes entre riches et pauvres. Dans l’une de ses premières encycliques, "Laborem Exercens" du 14 septembre 1981, il a réaffirmé la supériorité du travail sur le capital et la légitimité des syndicats, en apportant ainsi un soutien très visible à Solidarnosc. Il prôna aussi la paix partout dans le monde (y compris en Irak).

Jean-Paul II fut principalement le symbole de la lutte contre l’impérialisme soviétique, redonnant espoir aux Polonais qui se sont soulevés à Gdansk quelques mois après son élection, sous le leadership de Lech Walesa. Même s’il n’y a pas contribué directement, il fut l’une des causes morales de la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et de la dislocation de l’Union Soviétique le 25 décembre 1991.

Parmi les documents majeurs de son pontificat, Jean-Paul II a approuvé le 11 octobre 1992 le nouveau Catéchisme de l’Église catholique, en partie rédigé par le cardinal autrichien Christroph Schönborn sous la direction du cardinal Josef Ratzinger (le futur Benoît XVI), et a rédigé quatorze encycliques dont certaines sont très importantes, comme "Centesimus Annus" le 1er mai 1991 en complément de "Rerum Novarum" de Léon XIII, et aussi "Fides et Ratio", le 14 septembre 1998, sur les rapports entre la foi et la raison, qui ne sont pas incompatibles.

Sur le plan scientifique, il avait reconnu le 31octobre 1992 l’erreur de la condamnation de Galilée en 1633 et estimé le 22 octobre 1996 que la théorie de l’Évolution était « plus qu’une hypothèse », reprenant un mot que son prédécesseur Pie XII avait utilisé dans son encyclique "Humani Generis" promulguée le 15 août 1950 : « Il nous reste à dire un mot des sciences qu’on dit positives, mais qui sont plus ou moins connexes avec les vérités de la foi chrétienne. Nombreux sont ceux qui demandent avec insistance que la religion catholique tienne le plus grand compte de ces disciplines. Et cela est assurément louable lorsqu’il s’agit de faits réellement démontrés ; mais cela ne doit pas être accepté qu’avec précaution, dés qu’il s’agit bien plutôt d’hypothèses qui, même si elles trouvent quelque appui dans la science humaine, touchent à la doctrine contenue dans la Sainte Écriture et la Tradition. ».

Jean-Paul II est mort à 84 ans le 2 avril 2005, quelques heures avant le deuxième dimanche de Pâques, après avoir souffert de longues semaines. Parmi ses combats, il voulait aussi montrer la dignité des malades en fin de vie, que chaque être était digne, quel que soit l’état de santé. Il fut béatifié le 1er mai 2011 par son successeur Benoît XVI, également le deuxième dimanche de Pâques.


Deux figures exemplaires du XXe siècle

Le XXe siècle fut l’un des siècles les plus noirs de l’histoire de l'humanité, ayant connu les horreurs cumulées du nazisme et du communisme. Pourtant, il fut aussi un siècle particulièrement éclairé pour les sciences et les arts. Par cette cérémonie de canonisation du 27 avril 2014, l’Église catholique présente ainsi aux peuples du monde deux figures exemplaires, parmi tant d’autres, de vies consacrées aux autres.

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Je me réjouis que la France, laïque, y soit représentée avec la présence d’une délégation parlementaire et du Premier Ministre Manuel Valls, ancien maire de la seule ville française qui a construit une cathédrale au XXe siècle. La France fut l’un des pays les plus visités de Jean-Paul II et Jean XXIII fut le nonce apostolique à Paris pendant presque une décennie ; il semblait donc tout à fait naturel que la France, en tant qu’État comme en tant que nation, honore deux chefs d’un État voisin et ami au même titre que les invités à un mariage participent à la cérémonie religieuse même s’ils ne sont pas croyants dans la religion des mariés.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le pape François.
Jean-Paul II et le pardon.
Benoît XVI et l’infaillibilité.
La renonciation de Benoît XVI.
Le Concile Vatican II.
Pourquoi m’as-tu abandonné ?

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http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/jean-xxiii-et-jean-paul-ii-151147

 

 

 

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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 07:14

« Et à la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri en disant : "Eloï ! Eloï ! Lama sabachthani !", c’est-à-dire : "Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ?" » (Marc XV, 34).


yartiPourquoiMasTuAbandonne01Ce vendredi 18 avril 2014, les chrétiens célèbrent le Vendredi Saint qui remémore la mort du Christ durant la Semaine Sainte qui se terminera par la fête de Pâques, qui correspond, pour les croyants, à la Résurrection de Jésus. Le Jeudi Saint et le Vendredi Saint, c’est ce qu’on appelle la Passion du Christ, l’histoire de ses deux dernières journées, la Cène avec ses douze apôtres, la méditation sur le Mont des Oliviers, puis, le lendemain, l’arrestation, le jugement, la torture et la Croix.

En fait, toute cette histoire est racontée dès le dimanche des Rameaux, et dans l’Évangile selon saint Marc (et aussi selon saint Matthieu, mais avec une très légère variation dans sa transcription grecque), il est décrit l’effroyable doute qu’a exprimé Jésus sur sa Croix, quelques minutes avant de mourir : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

Une phrase d’autant plus incompréhensible que Jésus savait exactement à quoi s’en tenir dès le début. Les larmes de sang sur le Mont des Oliviers, la peur de ce qu’il va advenir pour lui et finalement, la réalisation de ses paroles. Et s’il s’était trompé ? Et si tout cela n’avait été qu’une illusion ? Il n’y aurait plus de Père, il serait alors tout seul, à son terrible sort, sans porte de sortie ? Le doute du plus chrétien des chrétiens renvoie à l’essence même de la foi.

Il y a très longtemps, j’avais eu connaissance d’un très vieux prêtre qui, sur son lit d’agonie, avait, lui aussi, douté de la sorte. Et si Dieu n’existait pas ? Toute une vie pour rien ? Je me disais à l’époque que l’existence de Dieu n’était pas l’essentiel : qu’Il existe ou pas, la vie d’un prêtre a sûrement été aussi voire probablement plus utile que bien des autres vies, et à commencer par la petite mienne.

Le doute est d’ailleurs le moteur de la foi. La foi du charbonnier, comme on disait, c’est la foi aveugle, la foi qui laisse les autres réfléchir à sa place, et somme toute, un comportement typiquement sectaire. La foi se nourrit du doute, n’est qu’une lente progression. C’est par le doute qu’on se renforce.

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Cette question : "Pourquoi m’as-tu abandonné ?" ne cesse de résonner en moi dans des contextes bien différents de la Passion du Christ.

Me vient à l’esprit l’idée de décliner la phrase pour nos Présidents de la Ve République. Le choix est forcément subjectif. J’y inscris aussi une date de référence.

Charles De Gaulle : Mon Peuple ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? (27 avril 1969)
Georges Pompidou : Ma Santé ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? (2 avril 1974)
Valéry Giscard d’Estaing : Mon Allié ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? (25 août 1976)
François Mitterrand : Mon Socialisme ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? (22 mars 1983)
Jacques Chirac : Mon Europe ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? (29 mai 2005)
Nicolas Sarkozy : Ma Chérie ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? (15 octobre 2007)

Et François Hollande ?

Pour tout dire, mon idée s’était d’abord appliquée à lui dès la fin de l’année 2012 et ses incantations sur l’inversion de la courbe du chômage.

Car François Hollande était bien dans ce cadre : considérant, comme ancien élève de HEC, que le cycle ne pouvait que remonter après avoir été tout en bas, la croissance reviendrait comme par enchantement (ce rêve réenchanté). Comme une véritable opération du saint Esprit. Il y a une véritable religiosité dans cette croyance.

Pendant les premiers mois de 2013, tous les ministres s’évertuaient à marteler que l’objectif des 3,0% du PIB de déficit public serait atteint pour l’année 2013. Au final, 4,3% ! Une foi quasiment du charbonnier.

Le problème, c’est qu’il n’y a que le gouvernement qui ne doute pas. Les Français, et principalement, les électeurs de François Hollande le 6 mai 2012, eux, sont dubitatifs depuis longtemps. On pensait aussi qu’il y aurait rebond avec la nomination de Manuel Valls à Matignon. Même pas ! Chute de 5% ! Certains sondages ont même évalué la satisfaction des Français à seulement 17% ! Cela ne s’est encore jamais produit. Avec les incertitudes des enquêtes d’opinion, on va bientôt tomber dans des pourcentages négatifs !

Les déclarations de Manuel Valls à l’issue du conseil des ministres du 16 avril 2014 restent encore très colorées de cette foi du charbonnier. On veut faire 50 milliards d’euros d’économie (son plan ne me paraît pas du tout capable d’atteindre cet objectif), mais l’objectif lui-même me paraît bancal. Le pacte de responsabilité et de solidarité va coûter plus de 50 milliards d’euros en lui-même. Et en plus, on veut encore baisser le déficit public (ce qui est une bonne chose dans le principe). Si bien que n’importe quel enfant sachant faire des additions répliquerait au gouvernement : il faut faire au moins 100 milliards d’euros d’économie.

Au lieu de cela, on continue à embaucher à tout va dans la fonction publique, en sachant que l’engagement de l’État pour le recrutement d’un fonctionnaire dure 73 ans en moyenne (carrière, retraite, pension de reversion) avec un coût total moyen de l’ordre de 1,5 million d’euros par embauche. On préfère réduire (avec l’inflation) la pension des retraités à augmenter l’âge de la retraite. On oublie de réformer les régimes spéciaux de retraite. On préfère ne pas faire les réformes de structures, attendues depuis le début des années 1990 pour continuer à coller des rustines. Et on fusille le pan entier de l’assurance autonomie que Nicolas Sarkozy avait renoncé à mettre en place en été 2011 à cause de la crise de l’euro.

C’est la mystification hollandienne qui dure depuis presque deux ans : on ne peut pas dire en même temps qu’on va alléger les prélèvements des entreprises, réduire l’imposition des particuliers, diminuer le déficit public sans y mettre parallèlement les véritables moyens de cette politique, à savoir une baisse drastique des dépenses publiques.

Mais tout le raisonnement du gouvernement, ce gouvernement-ci comme le précédent, car les mesures annoncées étaient déjà prêtes avant les municipales, tient à un seul acte de foi, un dogme révélé : la croissance reviendra en France, ce qui permettra une augmentation mécanique des recettes de l’État et donc, un réduction parallèle du déficit public.

Un acte de foi tellement fort que Michel Sapin, lors de son premier déplacement à Bruxelles comme nouveau Ministre des Finances, n’a même pas osé demander un délai supplémentaire pour l’objectif des 3%.

Mais rappelons par ailleurs avec force que cet objectif n’est pas assez ambitieux. L’objectif doit être de 0% ! On ne doit pas dépenser plus que l’on ne gagne. Une gestion que tout ménage connaît puisque, contrairement à l’État, un foyer n’est pas capable de se surendetter autant que l’État (la solvabilité étant calculée par le rapport entre l’endettement et les recettes et pas par rapport à un équivalent du PIB qui ne signifie pas grand chose financièrement). Ce n’est pas l’Europe qui nous impose cette rigueur, c’est la France qui souhaite l’atteindre pour retrouver son indépendance financière et donc, sa souveraineté nationale.

Croire que l’hypothétique croissance venue de nulle part va résoudre toutes les difficultés budgétaires de ce quinquennat, c’est croire que le salut réside dans l’immobilisme et le statu quo d’une société pourtant sclérosée. Cet acte de foi sera sans doute à l’origine de bien des crissements de dents à la fin de ce quinquennat.

Si bien que j’imagine donc effectivement bien François Hollande dire, dans trois ans, le soir du 7 mai 2017, ou, si l’on veut être cruel, le soir du 23 avril 2017 : Ma Croissance ! Pourquoi m’as-tu abandonné ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Passion du Christ : petites réflexions périphériques.
Quand est mort Jésus-Christ ?
Texte selon saint Matthieu.


(Les trois illustrations sont des œuvres de Pablo Picasso).

yartiPourquoiMasTuAbandonne02



http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pourquoi-m-as-tu-abandonne-150815

 

 

 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 07:11

Le magazine chrétien "La Vie" n°3562 du 5 décembre 2013 publie un sondage exclusif réalisé par Paradox’Opinion sur des données de OpinionWay au titre accrocheur, "La tentation FN : les catholiques vont-ils craquer ?".


yartiCathoFN01Pendant une année, certains élus socialistes ont savamment matraqué les esprits dans les médias sur la supposée équivalence ente catholicisme et extrême droite. Ils auraient mieux fait de prendre à sa juste mesure la nature et l’amplitude des manifestations du printemps dernier contre le mariage gay.

Cependant, ils ont réussi à faire croire à beaucoup de personnes qu’être catholique était nécessairement être intégriste ou traditionaliste.

C’est pourquoi l’étude d’opinion que le journal chrétien "La Vie" a commandée sur le sujet est intéressante à découvrir. Le titre de l’hebdomadaire cette semaine porte en effet sur le lien supposé entre catholiques et extrémistes de droite. L’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 7 486 personnes de plus de 18 ans représentatif de la population française au sein duquel 495 catholiques pratiquants ont été identifiés et interrogés (soit 6,6%).

Le sondage n’a pris en compte que l’avis des "catholiques pratiquants" et les a comparés à l’avis de l’ensemble des Français sondés. Cela permet de détailler quelques spécificités politiques des catholiques, bien que ceux-ci ne réfléchissent pas politiquement par "communauté religieuse". Chacun a son libre arbitre.

La définition du "catholique pratiquant" est assez simple : il s’agit d’une personne qui va à la messe au moins quelques fois par mois. Donc, pas seulement pour des occasions exceptionnelles (Noël, Pâques, mariages, baptêmes, enterrements, etc.).

Autre condition de départ, il n’a pas été testé les "catholiques non pratiquants", qui représenteraient environ entre 50% et 60% de la population française, dans la mesure où ceux-ci réagissent comme l’ensemble des Français. Ils n’ont pas de spécificité particulière dans leurs options politiques.

Pour l’Église catholique, qui a, depuis neuf mois, un nouveau pape, très progressiste, le pape François, prêt à rappeler quelques fondamentaux dans des affaires politiquement épineuses, cette enquête d’opinion a donc de quoi rassurer et de quoi contredire les élus socialistes cités en début d’article.

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En effet, à la question "Dites-nous si vous appréciez peu, pas du tout, assez, beaucoup Marine Le Pen", 66% des catholiques disent ne pas apprécier Marine Le Pen tandis qu’ils ne sont que 61% des sondés pour l’ensemble des Français.

En faisant la distinction par les âges, les plus âgés sont les plus sceptiques vis-à-vis de la présidente du FN : 72% pour les plus de 65 ans tandis que les moins de 35 ans ne sont que 50% à ne pas l’apprécier. Les autres tranches d’âges se situent entre les deux.

Par ailleurs, les catholiques ne sont que 7% à se sentir proches du Front national tandis que l’ensemble de la population l’est à 13%. 10% des catholiques de moins de 35 ans se sentent proches du FN, et seulement 1% des catholiques âgés de plus de 65 ans.

Cela signifie clairement que les catholiques pratiquants sont moins enclins que l’ensemble des Français à se laisser séduire par les thèmes populistes du FN.

C’est assez facile à comprendre puisqu’ils sont généralement situés au centre droit sur l’échiquier politique, la place généralement admise de la "démocratie chrétienne", terme qui n’a jamais été utilisé en France pour raison salutaire de laïcité républicaine et qui correspondait au MRP juste après la guerre ou encore au CD, CDS et enfin UDF version unifiée à partir de 1998 (dont le MoDem et l’UDI pourraient se disputer l’héritage).

L’un des signes distinctifs essentiels de ces catholiques pratiquants, c’est qu’ils sont toujours aussi fermement partisans de la construction européenne, malgré le climat eurosceptique très marqué de ces dernières années. C’est d’ailleurs assez logiques puisque ce sont essentiellement des chrétiens (du centre droit ou du centre gauche) qui ont façonné l’Europe depuis 56 ans. Les catholiques sont attachés à l’Union Européenne car ils considèrent qu’elle est toujours porteuse des valeurs humanistes.

Ainsi, à la question "Êtes-vous favorable ou opposé à la disparition de l’euro et au retour du franc ?", 73% des catholiques pratiquants se disent opposés alors que l’ensemble des Français n’est opposé qu’à hauteur de 59%. Seulement 14% des catholiques sont favorables au retour du franc tandis que les sondés sont la moitié plus, 21% à y être favorables pour l’ensemble des Français.

Tout oppose le positionnement du FN aux catholiques. Ainsi, opposés au protectionnisme, ces derniers voient à 60% la mondialisation plutôt comme une opportunité pour l’économie française et pour la modernisation du pays.

En clair, si le pouvoir socialiste a visiblement perdu définitivement l’électorat catholique à l’occasion de ses débats houleux sur des sujets de société, électorat qu’il avait réussi à conquérir voire fidéliser il y a quelques décennies en Bretagne et en Alsace, par exemple, cela ne s’est pas fait au bénéfice du FN mais simplement d’un centre droit qui peut se conjuguer politiquement de multiples manières dans le paysage français actuel. D’autant plus qu’il y a 46% des catholiques (ils n’étaient que 30% en 2012 !) à ne plus faire confiance "ni à la droite ni à la gauche" pour gouverner le pays.

Ce sondage est donc un sérieux démenti à la caricature martelée par certains élus socialistes sur la prétendue osmose entre les courants catholiques et les groupuscules identitaires ou traditionalistes qui se sont montrés durant les manifs pour tous.

Gageons que la plupart des médias passeront sous silence ce genre de conclusion et insisteront plutôt sur la lepénisation des jeunes esprits


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 décembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Un nouveau pape.
L’héritage de la démocratie chrétienne.
La laïcité et le hollandisme révolutionnaire.
Le mariage gay est-il soluble dans le christianisme ?
L’Europe.
Le syndrome bleu marine.
Le Front national.
La solution protectionniste ?
La lepénisation des esprits.


yartiCathoFN02


 

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/les-catholiques-sont-ils-attires-144694

 






 

 

 

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 14:16

Né en 1942, le Tchadien Matthias N'Garteri Mayadi fut ordonné prêtre catholique le 30 décembre 1978 puis évêque le 12 avril 1986 (premier prêtre tchadien à devenir évêque). Depuis le 31 juillet 2003, il était l'archevêque de N'Djamena. Il est mort d'un accident vasculaire cérébral au cours d'un vol vers Lyon pour se soigner d'une maladie qu'il avait rendue publique deux jours auparavant.

SR

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 15:48

Le Papa François a répondu à un triple entretien les 19, 23 et 29 août 2013 pour les revues culturelles jésuites sous la direction du père Antonio Spadaro. Cet entretien, qui a fait beaucoup de bruit dans les médias, a été traduit en français dans la revue jésuite "Etudes" le 19 septembre 2013 par François Euvé et Hervé Nicq. Il est aujourd'hui possible de prendre connaissance de l'intégralité de ce triple entretien de trente pages.


Cliquer sur le lien pour télécharger l'entretien (fichier .pdf) :
http://newsletter.revue-etudes.com/TU_Septembre_2013/TU10-13.pdf


SR


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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 00:22

(dépêche)


Cité du Vatican, 3 juin 2013 (VIS). Le 3 juin 1963 mourait Angelo Giuseppe Roncalli, surnommé le Bon Pape Jean, après un pontificat de cinq ans qui laissa l'empreinte de réformes historiques de l'Eglise. Celui qui ne devait être qu'un Pape de transition, élu après trois jours de conclave, "sut rajeunir l'Eglise et renouer le dialogue avec le monde moderne dans une confiance affectueuse", selon les paroles-mêmes de Jean-Paul II qui le déclara bienheureux en 2000. Bien que Jean XXIII n'ait pu voir tous les fruits des changements qu'il avait proposés, ceux-ci transformèrent profondément l'Eglise catholique. Il oeuvra pour la paix dans le monde notamment avec son encyclique Pacem in Terris (1963), révolutionna l'Eglise en convoquant le concile Vatican II, pour moderniser et mettre l'institution en adéquation avec son temps, et réforma aussi la messe permettant l'usage des langues vivantes au lieu du latin. En cinq ans, son pontificat ne passa pas inaperçu et, aujourd'hui encore, comme il l'avait dit, Vatican II continue d'ouvrir les portes et les fenêtres pour faire entrer de l'air frais, une expression souvent reprise depuis l'élection du Cardinal Bergoglio que la presse internationale a qualifié de nouveau Roncalli. Le Pape François recevra ce soir en la Basilique vaticane deux mille pèlerins de Bergame (Italie), venu honorer leur compatriote le bienheureux Jean XXIII qui sut gagner l'estime et l'affection des fidèles grâce à son caractère bon, cordial et simple.


LE PAPE FRANÇOIS EVOQUE JEAN XXIII

Cité du Vatican, 4 juin 2013 (VIS). Hier en fin d'après-midi, à l'issue de la messe célébrée en la Basilique vaticane pour commémorer le cinquantième anniversaire de la mort de Jean XXIII, le Pape François a salué le pèlerinage diocésain de Bergame (Italie). Après s'être recueilli devant la chasse de Jean XXIII, il a évoqué le spectacle de la Place St.Pierre priante au soir du 3 juin 1963 et l'annonce du décès du Bon Pape Jean. Le monde et l'Eglise avaient reconnu en lui un père et un pasteur, parvenant à conquérir le coeur de beaucoup de non catholiques et de non chrétiens. Après avoir posé la question, le Saint-Père a répondu que tout est résumé dans sa devise épiscopale: Obéissance et paix: "La paix est l'aspect le plus évident retenu par les gens. Angelo Roncalli était un homme capable de transmettre la paix, une paix naturelle, sereine et cordiale qui se manifesta au monde entier dès l'élection. Elle se manifestait dans sa bonté. Qu'il est beau de trouver un prêtre qui soit bon!". Lorsque saint Ignace dressait la liste des vertus qu'un supérieur se devait d'avoir, "il disait: après tout, s'il n'a pas ces qualités, qu'il soit au moins bon. C'est essentiel". La bonté, qui fut la caractéristique majeure de Jean XXIII, "lui permit partout de lier de solides amitiés, d'entrer en contact avec des milieux éloignés du catholicisme dans lequel il était né et avait grandi. Auprès de ces derniers il démontra son efficacité en se faisant promoteur d'unité. Dedans comme en dehors de la communauté ecclésiale il ouvrit au dialogue, avec les autres confessions chrétiennes, l'hébraïsme et l'islam, tant d'autres personnes de bonne volonté".

L'obéissance maintenant: "Elle est en réalité l'instrument pour parvenir à la paix. De manière simple et concrète, il accomplit le service qu'on attendait de lui, sans rien chercher pour lui, sans rien refuser à l'autre, même s'il s'agissait de s'en aller vers des réalités inconnues, de résider des années durant dans pays où la présence des catholiques était très faible. En agissant ainsi, comme un enfant, il a parcouru son chemin sacerdotal. Avec la même obéissance, l'évêque Roncalli a vécu dans la plus profonde des fidélités, en s'abandonnant à la Providence, comme il le disait lui même. Dans la foi, il a toujours reconnu que ce mode de vie apparemment guidé par d'autres et non soumis à ses goûts et à sa sensibilité spirituelle, c'était Dieu qui traçait sa route. Homme de gouvernement, il était un conducteur mais un conducteur conduit par l'Esprit. Dans son abandon quotidien à la volonté divine, le futur Pape a vécu la purification qui lui a permis le détachement de soi et l'adhésion au Christ, laissant ainsi émerger la sainteté que l'Eglise lui a officiellement reconnue". La source de la bonté du Pape Jean est Jésus. C'est aussi la source "de la paix qu'il a diffusée dans le monde. Cette obéissance évangélique, qui est la racine de sa sainteté, doit être un exemple pour nous tous et pour l'Eglise d'aujourd'hui. Si nous savons nous laisser guider par l'Esprit, si nous savons mortifier notre égoïsme pour faire place à l'amour et à la volonté du Seigneur, nous trouverons la paix. Nous serons alors des bâtisseurs d'une paix que nous diffuserons". En conclusion le Pape François a recommandé aux bergamasques de conserver l'esprit et l'exemple lumineux de Jean XXIII: "Approfondissez l'étude de sa vie et de ses écrits, mais surtout imitez sa sainteté. Laissez-vous guider par l'Esprit et ne craignez pas les risques. Lui n'avait pas peur d'être docile à l'Esprit et d'aller de l'avant dans l'amour de l'Eglise! Le reste, Dieu le fera".

 

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Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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