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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 03:55

« Et voilà que les éminents cardinaux ont appelé un nouvel évêque de Rome. Ils l’ont appelé d’un pays lointain, lointain, mais toujours si proche par la communion dans la foi et la tradition chrétienne. J’ai eu peur en recevant cette nomination, mais je l’ai fait en esprit d’obéissance à Notre-Seigneur Jésus-Christ et de confiance totale à sa Mère, la Très Sainte Vierge. » (Karol Wojtyla, le 16 octobre 1978 à Rome).


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C’était il y a quarante ans exactement, le lundi 16 octobre 1978, une année qui a connu trois papes. Paul VI, qui vient d'être canonisé ce dimanche 14 octobre 2018, est mort le 6 août 1978. Son successeur Jean-Paul Ier fut élu le 26 août 1978 mais est mort un mois plus tard, le 28 septembre 1978. Enfin, Jean-Paul II (canonisé le 27 avril 2014) a été élu pape le 16 octobre 1978. Pape jeune (pour un pape), 58 ans.

Son nom est Karol Wojtyla et son "pays lointain" est bien sûr la Pologne. Archevêque de Cracovie. Lorsqu’un cardinal est élu pape, il doit tout de suite trouver son nom de pape, et ce n’est pas sûr que tous les cardinaux éligibles y pensent avant le conclave. Du coup, parce qu’il était Polonais, Karol Wojtyla avait proposé à ses collègues de s’appeler Stanislas Ier. Mais on l’en dissuada car cela faisait plusieurs siècles qu’aucun pape n’avait jamais "commencé" un nouveau nom. Traditionnellement, le nouveau pape reprend un nom d’un pape ancien dont il voudrait s’inspirer. Le pape François a rompu cette tradition le 13 mars 2013 en démarrant un nouveau nom tout en se refusant d’y mettre un numéro (François Ier) qui ferait de lui un peu un roi (un célèbre roi de France par exemple). Finalement, Karol Wojtyla a choisi Jean-Paul II pour rendre hommage à son prédécesseur resté très brièvement, lui-même ayant pris cette appellation pour rendre hommage à ses deux prédécesseurs directs, saint Jean XXIII et saint Paul VI.

Les premières paroles du nouveau pape, ce fut donc de dire : "J’ai eu peur !". Il y avait de quoi, bien sûr, car la fonction, le symbole, face à l’histoire, oblige beaucoup celui qui va l’incarner. Et l’on sait, a posteriori, que Jean-Paul II a su incarner ses fonctions de manière extraordinairement vivante et dynamique.

Ce fut quelques jours plus tard, lors de son homélie pour la messe solennelle d’intronisation, le dimanche 22 octobre 1978, qu’il a prononcé les paroles qui sont restées célèbres. Il déclara aux fidèles : « Frères et sœurs, n’ayez pas peur d’accueillir le Christ et d’accepter son pouvoir ! ». C’était là une parole d’humilité : en disant à la fois "j’ai peur" et en disant au monde entier "n’ayez pas peur !".

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Il ajouta : « Aidez le pape et tous ceux qui veulent servir le Christ et, avec la puissance du Christ, servir l’homme et l’humanité entière ! N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N’ayez pas peur ! Le Christ sait "ce qu’il y a dans l’homme" ! Et lui seul le sait ! Aujourd’hui, si souvent l’homme ignore ce qu’il porte au-dedans de lui, dans les profondeurs de son esprit et de son cœur. Si souvent il est incertain du sens de sa vie sur cette terre. Il est envahi par le doute qui se transforme en désespoir. Permettez donc, je vous prie, je vous l’implore avec humilité et confiance, permettez au Christ de parler à l’homme. Lui seul a des paroles de vie, oui, de vie éternelle ! ».

Dans ces quelques mots, presque tout y était pour les temps à venir. Par exemple, ouvrir les frontières des États : les humains forment une communauté unique et pas séparable par des frontières artificielles (récentes d’ailleurs : devait-on avoir un visa pour voyager au XVIIIe siècle ?). Cela signifie plus d’humanité pour les réfugiés. Ouvrir les systèmes économiques, ce n’est pas forcément du libéralisme mais surtout, de la redistribution, que tous les hommes puissent bénéficiaient des mêmes richesses de la terre. Encourager l’égalité. Ouvrir les systèmes politiques, c’est évidemment encourager la démocratie et la liberté, à une époque où la Pologne, la moitié de l’Europe étaient enfermées dans une dictature communiste. Ouvrir les immenses domaines de la culture, c’est favoriser la transmission des savoirs, lutter contre l’analphabétisme, éduquer, instruire, soigner, etc.

Il termina sa première homélie pontificale avec cette grande forme d’humilité en parallèle avec son étonnante vigueur et force intérieure : « Et je m’adresse encore à tous les hommes, à chaque homme (…). Priez pour moi ! Aidez-moi, afin que je puisse vous servir ! ».

Je propose ici de reprendre quelques premières paroles de ce nouveau pape si médiatique, si inhabituel pour l’époque. Un pape qui faisait du sport, qui skiait devant les caméras, qui voyageait, qui rencontrait les gens. Des millions de personnes ont pu l’écouter de vive voix dans le monde.

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Si Jean-Paul II a si bien incarné la fonction pontificale, c’était parce qu’il avait un véritable charisme et un talent pour la communication (il avait fait du théâtre dans sa jeunesse). Les relations avec les journalistes étaient donc essentielles pour lui et l’Église qu’il servait.

Quelques jours après son élection, le 21 octobre 1978, il leur adressa un salut amical : « Soyez vivement remerciés de tout ce que vous avez fait, de ce que vous ferez, pour présenter au grand public, dans la presse, à la radio, à la télévision, les événements de l’Église catholique qui vous ont plusieurs fois rassemblés à Rome depuis deux mois. Certes, au simple niveau professionnel, vous avez vécu des journées éprouvantes autant qu’émouvantes. Le caractère soudain, imprévisible, des faits qui se sont succédé, vous a obligés à faire appel à une somme de connaissances en matière d’information religieuse qui vous étaient peut-être peu familières, puis à faire face, dans des conditions parfois fébriles, à une exigence qui connaît la maladie du siècle : la hâte. Pour vous, attendre la fumée blanche n’était pas une heure de tout repos ! Merci d’abord d’avoir fait si largement écho, avec un respect unanime, au labeur considérable et véritablement historique du grand pape Paul VI. Merci d’avoir rendu si familier le visage souriant et l’attitude évangélique de mon prédécesseur immédiat, Jean-Paul Ier. Merci encore du relief favorable que vous avez donné au récent conclave, à mon élection et aux premiers pas que j’ai accomplis dans la lourde charge du pontificat. ».

Il comprenait la dure tâche des journalistes d’analyser les événements : « Il est difficile de bien présenter le vrai visage de l’Église. Oui, les événements sont toujours difficiles à lire, et à faire lire. D’abord ils sont presque toujours complexes. Il suffit qu’un élément soit oublié par inadvertance, omis volontairement, minimisé ou au contraire accentué outre mesure, pour fausser la vision présente et les prévisions à venir. Les faits d’Église sont en outre plus difficiles à saisir pour ceux qui les regardent, je le dis en tout respect de chacun, en dehors d’une vision de foi, et plus encore à exprimer à un large public qui en perçoit difficilement le vrai sens. ».

Ces changements de papes (trois papes en 1978) ont passionné de nombreuses personnes : « Peut-être avez-vous été vous-mêmes surpris et encouragés par l’importance qu’y attribuait, dans tous les pays, un très large public que d’aucuns croyaient indifférent ou allergique à l’institution ecclésiastique et aux choses spirituelles. En réalité, la transmission de la charge suprême confiée par le Christ à saint Pierre, à l’égard de tous les peuples à évangéliser et de tous les disciples du Christ à rassembler dans l’unité, est vraiment apparue comme une réalité transcendant les événements habituels. ».

Au-delà de la communication et du faire-savoir, il y avait bien sûr le fond. Le fond du message papal n’était pas de nature politique mais de nature spirituelle. Et pour son premier Noël, il a délivré le message principal du christianisme qui est l’humanisme : chaque humain est unique, et aussi, chaque humain est uni à l’humanité tout entière.

Le 25 décembre 1978, lors de son premier message urbi et orbi de Noël, Jean-Paul II s’adressa en effet aux fidèles venus Place Saint-Pierre avec cet humanisme qui caractérise le christianisme et le catholicisme (catholique signifie universel) : « Ce message s’adresse à chaque homme, à l’homme dans son humanité. Noël est la fête de l’homme. C’est la naissance de l’homme. L’un des milliards d’hommes qui sont nés, qui naissent et qui naîtront sur la terre. Un homme, un élément de cette immense statistique. Ce n’est pas par hasard que Jésus est venu au monde à l’époque du recensement quand un empereur romain voulait savoir combien son pays comptait de sujets. L’homme, objet de calcul, qui entre dans la catégorie de la quantité ; un parmi des milliards. Et en même temps, un être unique, absolument singulier. Si  nous célébrons aujourd’hui de manière aussi solennelle la naissance de Jésus, nous le faisons pour rendre témoignage au fait que chaque homme est unique, absolument singulier. Si nos statistiques humaines, nos catégories humaines, nos systèmes politiques, économiques et sociaux humains, les simples capacités humaines ne réussissent pas à assurer à l’homme la possibilité de naître, d’exister et d’agir en tant qu’être unique et absolument singulier, tout cela lui est assuré par Dieu. Pour lui, et en face de lui, l’homme est toujours quelqu’un d’unique, d’absolument singulier ; quelqu’un éternellement pensé et éternellement choisi, quelqu’un appelé et nommé par son propre nom. ».

En plus d’un quart de siècle, Jean-Paul II a visité quasiment tous les pays de la planète, a parlé avec de très nombreux peuples. Inlassablement, avec beaucoup de souffrance à la fin de sa vie, mais avec foi et espérance, il a transmis ce message de l’humain. La "bonne nouvelle", c’est cet humanisme-là. Ce pape fut critiqué par les uns et par les autres parce que ceux-ci restaient dans un cadre politique : trop à droite pour la gauche car trop rivé aux valeurs traditionnelles, mais trop à gauche pour la droite parce qu’il a toujours rappelé que le principal était la place que l’homme avait dans la société, ce qui signifiait entre autres justice sociale, accueil des réfugiés et abolition de la peine de mort. Doublement contesté et pourtant, unanimement et durablement respecté, parce que son moteur n’était pas la haine mais l’amour. Cela fait quarante ans que l’humanité a "profité" de son message …"révolutionnaire".


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La "peur" de saint Jean-Paul II.
Lech Walesa.
La canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII.
La canonisation de Paul VI et de Mgr Romero.
Paul VI.
Mgr Oscar Romero.
La canonisation de Jean-Paul II et Jean XXIII.
Jean-Paul II.
Concile Vatican II.
Saint Nicolas II.
Barbe Acarie.
Divine douceur.
Maurice Bellet.
Le plus dur est passé.
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
La révocation de l’Édit de Nantes.
La laïcité française depuis 1905.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181016-jean-paul-ii-0.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/13/36776238.html



 

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 05:33

« Aujourd’hui à vous, je dis : vous n’êtes pas seuls, l’Église est avec vous, le pape est avec vous. Je porte chacun de vous dans mon cœur et je fais miennes les intentions que vous avez au fond de vous-mêmes, je fais miens vos remerciements pour les joies, vos demandes d’aide dans les difficultés, votre désir de consolation dans les moments de peine et de souffrance. » (Pape François, le 25 juillet 2013 à Rio de Janeiro).


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Ce dimanche 14 octobre 2018 à 10 heures 15, sur la place Saint-Pierre à Rome, va avoir lieu une "double" canonisation par le pape François, à l’occasion du Synode des jeunes. Celle du pape Paul VI et celle de l’archevêque de San Salvador assassiné, Mgr Oscar Romero.

La canonisation est le stade ultime de la mise en exemple d’un chrétien auprès des autres chrétiens. Pour la canonisation, il faut d’abord une béatification pour devenir "bienheureux". Que ce soit pour la béatification ou pour la canonisation, il faut un procès avec instruction pour enquêter sur la vie et l’action de la personne concernée.

On pourrait comparer ce type de cérémonie à l’équivalent non religieux de la cérémonie très républicaine d’inhumation au Panthéon. Une sorte de Prix Nobel posthume pour l’ensemble d’une existence. Évidemment, il y a une part de subjectivité, et si beaucoup de saints l’ont été dans leur propre humilité, d’autres humains, encore plus humbles mais dont la richesse d’âme fut tout aussi immense, ont été certainement oubliés depuis le début de l’histoire du monde (du moins depuis le début du christianisme). Nécessairement.

Et les statistiques sont souvent désolantes : peu de femmes, beaucoup d’Européens alors que l’Europe ne regroupe maintenant qu’un quart des fidèles de l’Église catholique, etc. C’était la raison pour laquelle le pape Jean-Paul II n’hésitait pas à beaucoup béatifier et à beaucoup canoniser : il voulait que les populations du monde entier aient leurs propres saints locaux. Pendant ses vingt-six ans de pontificat, il a béatifié et canonisé autant de personnes que pendant les cinq derniers siècles !

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Parmi les plus de mille cents personnes béatifiées depuis le début du pontificat du pape François, il y a les 552 martyrs de la guerre d’Espagne (qui furent assassinés par les miliciens républicains entre 1936 et 1939), béatifiés le 13 octobre 2013 à Tarragone, les martyrs d’Albanie, persécutés par le régime communiste en Albanie entre 1945 et 1974, béatifiés le 5 novembre 2016 à Shkodra, les 17 martyrs du Laos, assassinés par les guérilleros communistes entre 1954 et 1970, béatifiés le 11 décembre 2016 à Vientiane, ainsi que Louis-Antoine Ormières (1809-1890), prêtre français, béatifié le 22 avril 2017 à Oviedo, et Jean-Baptiste Fouque (1851-1926), prêtre français, béatifié le 30 septembre 2018 à Marseille.

Parmi les presque neuf cents personnes canonisées depuis le début du pontificat du pape François, il y a Jean XXIII et Jean-Paul II le 27 avril 2014 à Rome, et Mère Teresa de Calcutta le 4 septembre 2016 à Rome. À ce jour, 885 ont été canonisés par le pape François, ce qui en fait le pape qui a canonisé le plus de personnes de toute l’histoire de l’Église catholique.

Le pape François tenait beaucoup à la canonisation de Mgr Romero. Il a autorisé sa béatification le 3 février 2015. Quant à l’un de ses prédécesseurs, Paul VI, il l’a béatifié le 19 octobre 2014 à Rome. Il les réunit ce dimanche 14 octobre 2018 dans une canonisation commune, un peu à l’instar de la double canonisation, toujours par François, des deux papes Jean XXIII et Jean-Paul II.

Avec une différence, car ce n’est en fait pas une double canonisation, mais une septuple canonisation. En effet, le pape François va canoniser en tout sept personnes ce même jour.

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Voici très succinctement quelques repères biographiques.

1. Le pape Paul VI (Giovanni Montini), est né près de Bescia le 26 septembre 1897. Il fut ordonné prêtre le 29 mai 1920 et consacré évêque le 12 décembre 1954 pour être archevêque de Milan du 12 décembre 1964 au 21 juin 1963. Il fut créé cardinal le 15 décembre 1958 par Jean XXIII et fut élu pape le 21 juin 1963 à la mort de Jean XXIII. Pendant ses quinze années de pontificat, il a fait entrer l’Église catholique dans l’ère moderne, en poursuivant le Concile Vatican II convoqué par son prédécesseur, qui a renouvelé la liturgie, et en s’ouvrant au monde, faisant de très nombreux voyages hors du Vatican (ce qui était très rare à l’époque) et nouant des relations avec les autres religions. Il est mort d’une crise cardiaque à Castel Gandolfo le 6 août 1978 à presque 81 ans.

Paul VI fut béatifié par le pape François le 19 octobre 2014 à Rome : « En ce jour de la béatification du pape Paul VI, me reviennent à l’esprit ses paroles, par lesquelles il a institué le Synode des évêques : "En observant attentivement les signes des temps, nous nous efforçons d’adapter les orientations et les méthodes… aux besoins croissants de notre époque et à l’évolution de la société". À l’égard de ce grand pape, de ce courageux chrétien, de cet apôtre infatigable, nous ne pouvons dire aujourd’hui devant Dieu qu’une parole aussi simple que sincère et importante : merci ! Merci à notre cher et bien-aimé pape Paul VI ! Merci pour ton témoignage humble et prophétique d’amour du Christ et de son Église ! (…) Paul VI a vraiment su "rendre à Dieu ce qui est à Dieu" en consacrant sa vie tout entière à "l’engagement sacré, solennel et très grave : celui de continuer dans le temps et d’étendre sur la terre la mission du Christ", en aimant l’Église et en la guidant pour qu’elle soit "en même temps mère aimante de tous les hommes et dispensatrice du salut". ».

2. Mgr Oscar Romero est né au Salvador le 15 août 1917. Il fut ordonné prêtre le 4 avril 1942 et consacré évêque le 21 juin 1970. Il fut archevêque de San Salvador à partir du 3 février 1977 et se démena pour venir en aide aux populations les plus pauvres lors de la junte militaire. Il fut assassiné par les escadrons de la mort en pleine messe à San Salvador le 24 mars 1980 à 62 ans. Il fut béatifié par l’archevêque de San Salvador, Mgr José Luis Escobar Alas, le 23 mai 2015 à San Salvador.

Le pape François rédigea à l’occasion de la béatification de Mgr Romero une lettre le même jour : « En ce jour de fête pour la Nation salvadorienne, et aussi pour les pays frères d’Amérique latine, rendons grâce à Dieu parce qu’il a accordé à l’évêque martyr la capacité de voir et d’entendre la souffrance de son peuple et a façonné son cœur afin que, en son nom, il l’oriente et l’illumine jusqu’à faire de son action un exercice total de charité chrétienne. (…) Mgr Romero nous invite au bon sens et à la réflexion, au respect pour la vie et à la concorde. Il est nécessaire de renoncer à la "violence de l’épée, à celle de la haine" et de vivre "la violence de l’amour (…), celle que chacun de nous se fait à soi-même pour vaincre ses propres égoïsmes et afin qu’il n’y ait pas d’inégalités si cruelles entre nous". Il a su voir et a expérimenté dans sa chair "l’égoïsme qui se cache dans ceux qui ne veulent pas céder ce qui leur appartient pour le donner aux autres". Et, avec un cœur de père, il s’est préoccupé des "majorités pauvres", demandant aux puissants de transformer "les armes en faux pour le travail". » (23 mai 2015).

3. Francesco Spinelli est né à Milan le 14 avril 1853. Il fut ordonné prêtre le 17 octobre 1875. En plein recueillement à la Basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, il a eu une vision de jeunes filles se consacrant à la foi. Il consacra sa vie à aider les pauvres et les marginaux, et créa deux congrégations de religieuses pour les jeunes filles pauvres, d’abord les Sœurs sacramentines le 15 décembre 1882 à Bergame (congrégation qui a obtenu le décret de louange le 11 avril 1900 puis l’approbation du pape Léon XIII le 14 décembre 1906), avec Gertrude Comensoli (1847-1903), canonisée par Benoît XVI le 26 avril 2009, puis les Sœurs adoratrices du Saint-Sacrement en 1892 à Rivolta d’Adda. Il est mort à Rivolta d’Adda le 6 février 1913. Il fut béatifié par Jean-Paul II le 21 juin 1992 à Caravaggio.

4. Vincenzo Romano est né à Torre del Greco, au Royaume de Naples, le 3 juin 1751 et fut ordonné prêtre le 10 juin 1775. Curé de Torre del Greco, il se dévoua pour ses paroissiens, venant en aide aux malades et aux déshérités, créant une école, construisant une basilique, et son engagement fut très efficace pour aider la population après l’éruption du Vésuve pendant la nuit du 15 au 16 juillet 1794 où 27 millions de mètres cube de lave ont détruit une grande partie de Torre del Greco. Il est mort à Torre del Greco le 20 décembre 1831 à 80 ans et fut béatifié par Paul VI le 17 novembre 1963 à Rome.

5. Maria Katharina Kasper est née à Dernbach, en Rhénanie-Palatinat le 26 mai 1820. Elle fut une religieuse allemande qui a fondé le 15 août 1851 la congrégation des Pauvres servantes de Jésus-Christ pour aider les malades et soulager les gens de leur misère. Elle reçut le décret de louange le 9 mars 1860 et l’approbation pontificale le 20 mai 1870 (par Pie IX). Elle est morte à Dernbach le 2 février 1898 à 77 ans et fut béatifiée par Paul VI le 15 avril 1978 à Rome. En 2009, la congrégation regroupait près de 700 religieuses dans une centaine d’établissements.

6. Nazaria Ignazia March Mesa est née à Madrid le 10 janvier 1889. Sa vocation de religieuse (espagnole) commença à l’âge de 9 ans. Sa famille a dû partir pour le Mexique pour des raisons financières. Elle est devenue religieuse en Espagne et fut envoyée en Bolivie en 1912 pour former de nouvelles religieuses. Elle accompagna et soigna les mourants et les malades. Elle créa la congrégation des Sœurs missionnaires croisées de l’Église le 16 juin 1925 qui reçut le décret de louange le 8 avril 1935 et l’approbation pontificale le 9 juin 1947. Elle est morte à Buenos Aires le 6 juillet 1943 à 54 ans. Elle fut béatifiée par Jean-Paul II le 27 septembre 1992 à Rome.

7. Nunzio Sulprizio est né à Pescosansonesco, en Italie, le 13 avril 1817. Orphelin à l’âge de 6 ans, très pauvre, recueilli par un oncle très violent qui l’a beaucoup maltraité, il travailla très tôt comme artisan et fut d’une santé très fragile, handicapé par un pied malade au point de mourir à Naples le 5 mai 1836 à 19 ans de la gangrène, malgré quatre ans de soins réguliers dans un hôpital. Parce qu’il ne s’est jamais plaint de ses souffrances et qu’il aida lui-même ses collègues ouvriers, il fut béatifié par Paul VI le 1er décembre 1963 à Rome, au cours du Concile Vatican II, proposé comme modèle aux jeunes, aux apprentis et aux personnes en situation de handicap.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 octobre 2018)
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Pour aller plus loin :
La canonisation de Paul VI et de Mgr Romero.
Paul VI.
Mgr Oscar Romero.
La canonisation de Jean-Paul II et Jean XXIII.
Jean-Paul II.
Concile Vatican II.
Saint Nicolas II.
Barbe Acarie.
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Le début de la révolution luthérienne.
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Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
La révocation de l’Édit de Nantes.
La laïcité française depuis 1905.

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https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/paul-vi-et-mgr-romero-bientot-208478

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6 juillet 2018 5 06 /07 /juillet /2018 01:43

Né le 6 avril 1943 à Bordeaux, Jean-Louis Tauran a soutenu une thèse de doctorat en théologie sur le droit canon. Il a été ordonné prêtre le 20 septembre 1969 à Bordeaux par Mgr Marius Maziers. En 1975, il commença à travailler pour la diplomatie du Vatican, à la République dominicaine, puis au Liban, enfin à l'OSCE. En 1988, il fut nommé sous-secrétaire du Conseil pour les affaires publiques de l'Église. Consacré évêque le 6 janvier 1991 à Rome par Jean-Paul II, il fut alors archevêque in partitbus de Thélepte et Secrétaire pour les relations du Vatican avec les États à la Secrétairie d'État du 1er décembre 1990 au 6 octobre 2003. Créé cardinal le 21 octobre 2003 par Jean-Paul II, comme cardinal-diacre de Sant Apollinare alle Terme Neroniane-Allessandrine et nommé le 24 novembre 2003 cardinal archiviste et bibliothécaire, il fut nmmé le 25 juin 2007 Président du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux (succédant à Mgr Paul Poupard) jusqu'à sa mort, cardinal protodiacre de 21 février 2011 au 12 juin 2014, chargé d'annoncer le nom du nouveau pape François le 13 mars 2013. Mgr Jean-Louis Tauran fut nommé le 29 mars 2014 préfet d Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, élevé cardinal-prêtre le 12 juin 2014 et nommé le 20 décembre 2014 camerlingue de la Sainte Église, prêtant serment. le 9 mars 2015. Il était atteint de la maladie de Parkinson.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180705-jean-louis-tauran.html


 

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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 03:10

« Nous devrions être bien aises quand il se présente quelque action de charité et être toujours prêts à quitter toutes nos dévotions pour cela (…). Il n’est rien de petit en ce qui pourrait servir la charité. Une âme ne peut jamais bien faire si elle ne se jette à perte de vue entre les bras de la Providence divine, parce qu’alors Dieu semble obligé par sa promesse de l’assister (…). On ne peut se fier aux moyens humains, mais à la Providence. Mais il faut se fier aux moyens humains comme s’il n’y avait pas de Providence. ».


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Ce n’est pas un hasard si une institution de la République pourtant laïque, un comité Théodule pourrait-on dire, a inscrit le quatrième centenaire de la mort de Barbe Acarie dans l’annuaire de 2018 : il s’agit de la Mission aux Commémorations du Ministère de la Culture créée en 1997. Pourquoi la République veut-elle faire la promotion d’une femme religieuse, mystique, qui fut béatifiée en pleine Révolution française ? Peut-être parce qu’elle fait partie de l’histoire de France, tout simplement, avec sa plus grande humilité pourtant. C’est elle qui a introduit l’Ordre du Carmel réformé en France, ce qui donna lieu à un ressourcement spirituel très important, à une renaissance spirituelle au XVIIe siècle.

Est-elle toujours d'actualité en 2018 ? Peut-être. Barbe Acarie est célébrée comme une mystique mais aussi, d’abord, concrètement, comme une femme moderne, une épouse, une mère, puis une religieuse. Alors qu’elle pouvait profiter d’une vie facile, riche, belle et cultivée, brillante en société, elle préféra se focaliser sur la détresse de ses prochains sans s’occuper de son confort personnel.

Barbe Acarie est morte à Pontoise le 18 avril 1618 à l’âge de 52 ans. Elle est née le 1er février 1566 à Paris sous le nom de Barbe Avrillot. Elle a vécu dans l’époque troublée des guerres de religion. La Ligue, dirigée par le duc de Guise (1550-1588), représentant les catholiques, ont pourchassé les protestants. Le père de Barbe Acarie fut l’un des militaires de la Ligue.

Il faut se rappeler le contexte historique de l’époque.

Le Concile de Trente s’est achevé le 4 décembre 1563, il avait pour but de réagir au développement du protestantisme par une réforme de l’Église catholique, mais cette réforme n’a pas pu encore s’appliquer en France à cause des guerres de religions.

En effet, le 1er mars 1562 à Vassy (près de  Joinville), une cinquantaine de protestants furent massacrés par les troupes du duc de Guise. Peu après, le 24 août 1572, ce fut le massacre de la Saint-Barthélemy. Ce fut le début des guerres de religions en France. Les crimes de la future Ligue avaient pour but de protester contre l’édit royal de janvier 1562 qui laissait une relative liberté de culte aux protestants. Henri de Guise créa la Ligue catholique en 1576 (soutenue par l’Espagne), se rendit maître de la ville de Paris le 12 mai 1588 mais fut assassiné le 23 décembre 1588 à Blois sur ordre du roi pourtant très catholique Henri III (1551-1589). Par vengeance, ce dernier fut lui-même assassiné le 2 août 1589. Le duc de Guise avait pour objectif de prendre le pouvoir, ce qui créait un véritable danger pour le roi qui avait été chassé de Paris par lui.

Sans descendance, le dernier des Valois laissa la couronne au futur Henri IV (1553-1610), roi de Navarre (et époux de la reine Margot, sœur d’Henri III), protestant, qui fit le siège de Paris en 1590, puis, comprenant qu’il ne serait jamais accepté sans cela, il s’est converti au catholicisme le 25 juillet 1593 à Saint-Denis pour se faire sacré roi de France le 27 février 1594 à Chartres, reconnu par le pape le 7 décembre 1595. Le conflit religieux s’est alors momentanément éteint avec l’Édit de Nantes signé le 30 avril 1598. Henri IV fut par la suite, lui aussi, assassiné le 14 mai 1610.

Ce trop bref résumé historique peut donner une petite idée de l’environnement dans lequel Barbe Acarie vivait. Elle était dans une famille de ligueurs et plus tard, sa belle-famille aussi était dans la Ligue.

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Enfant, elle étudia dans un internat religieux, chez les Clarisses de Longchamp, jusqu’à l’âge de 13 ans. Sa mère l’en a retirée parce que la fille voulait devenir religieuse, or, ce n’était pas du tout ce que sa famille voulait. Après avoir maintes fois résisté à sa mère qui ne la portait pas en amour, elle se résigna à se marier en 1882, à l’âge de 16 ans, avec l’homme qu’on lui "donna", Pierre Acarie (1560-1613), l’un des riches dirigeants de la Ligue catholique.

Malgré ce mariage forcé, aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd’hui, ce mariage fut heureux et d’amour sincère, fidèle et réciproque, à tel point que Barbe Acarie fut par la suite célébrée aussi comme une épouse exemplaire, et aussi comme une mère modèle, celle de six enfants qu’elle a éduqués avec amour mais aussi droiture, en leur inculquant l’attachement à la vérité. Elle a toujours voulu que ses enfants fissent ce qu’ils voulaient faire eux-mêmes de leur vie, et ses trois filles entrèrent d’elles-mêmes, sans encouragement maternel, au futur carmel que leur mère avait créé…

Manquant d’amour de sa mère pendant son enfance, Barbe Acarie avait "cultivé" une certaine proximité avec la Vierge Marie qui était, en quelques sortes, sa mère de substitution. Le texte narrant sa biographie insiste sur cette enfance : « Il résulte de cette enfance difficile, une grande sensibilité à la souffrance d’autrui, une capacité remarquable au renoncement jusqu’au mépris de soi, un silence volontaire sur une vie mystique étonnement riche. ».

En 1587, après plusieurs années faciles dans sa belle-famille aisée, elle entra dans une vie caritative et mystique. Elle arrêta de briller en société, de s’habiller richement, et se consacra aux plus démunis. Elle se démena pour secourir les blessés en 1589 à Senlis puis en 1590 lors du siège de Paris. Elle accueillit chez elle tous ceux qui en avaient besoin. En 1593, elle a eu ses premiers stigmates, invisibles mais qui la faisait souffrir régulièrement, et reconnus par l’Église catholique.

Malgré des problèmes de santé (notamment à cause d’une chute à cheval) et d’autres épreuves familiales, car son mari, après la défaite de la Ligue et la victoire d’Henri IV, a vu ses biens confisqués et a dû s’exiler entre 1594 et 1599, elle a toujours cherché à aider les autres, avec courage et joie. Pendant cette période, elle vécut très pauvrement et sa famille (celle de son côté) ne l’aida pas (elle ne revit son père que pour l’accompagner dans la mort en 1602).

À partir de 1599 et l’apaisement religieux grâce à l’Édit de Nantes, son mari a pu revenir en France et a retrouvé ses biens (en 1598), notamment son hôtel particulier dans le Marais à Paris. Barbe Acarie, de plus en plus mystique, aurait eu la vision de la Vierge en 1599, ce qui l’encouragea à recevoir de nombreuses personnalités, notamment religieuses dans  le "salon Acarie". Y furent invités notamment saint Vincent de Paul et saint François de Sales, mais aussi son cousin, également un cardinal, et même Marie de Médicis.

En 1601, elle aurait eu deux apparitions de Thérèse d’Avila (1515-1582). Qui était Thérèse d’Avila ? Elle fut l’une des "figures majeures de la spiritualité chrétienne". Elle a réformé l’Ordre du Carmel espagnol au point d’en devenir un ordre religieux à part entière, autonome, l’Ordre des Carmes déchaux qui allait "envahir" toute l’Europe au XVIIe siècle. Mystique, déclarée docteure de l’Église catholique (la première femme) le 27 septembre 1970 par Paul VI, Thérèse d’Avila fut béatifiée le 14 avril 1614 par Paul V, puis canonisée le 12 mars 1622 par Grégoire XV.

Donc, c’est intéressant de bien noter qu’en 1601, lorsqu’elle serait apparue à Barbe Acarie, Thérèse d’Avila n’était encore ni sainte ni même bienheureuse. Et que lui aurait-elle dit ? D’aller essaimer le Carmel réformé en France. L’année suivante, une nouvelle apparition de Thérèse d’Avila l’aurait encouragée à ce qu’elle devînt elle-même sœur converse. Elle participa à la fondation du premier Carmel réformé en 1604 à Paris. Ses trois filles y entrèrent (sans qu’elle ne les ait encouragées), l’une, Marguerite (1590-1660) le 15 septembre 1605 et les deux autres, Marie (1585-1641) et Geneviève (1592-1644), le 23 mars 1608.

Depuis deux décennies, il y a eu des tentatives pour implanter depuis l’Espagne le Carmel réformé en France, à la fin du XVIe siècle, mais les relations entre l’Espagne et la France étaient politiquement assez mauvaises (l’Espagne ayant soutenu la Ligue catholique qui a été défaite). Jean de Quintanadoine de Brétigny (1556-1634), prêtre de Rouen, qui voulut introduire le Carmel réformé en France dès 1582, fut "séduit" par cet ordre monastique à la suite d’une rencontre au Carmel de Séville, mais déçu de n’être pas parvenu à l’implanter en France, il se mit à traduire en 1601 l’œuvre spirituelle de Thérèse d’Avila. Barbe Acarie l’a lue.

Ce fut à partir de ces lectures qu’elle aurait eu ses apparitions. Les amis ecclésiastiques de Barbe Acarie furent eux aussi "séduits" par l’idée d’installer le Carmel réformé de Thérèse d’Avila en France, et tout se débloqua en quelques années pour en fonder un premier le 15 octobre 1604 à Paris, comme déjà indiqué.

Plus précisément, le pape Clément VII accepta le 3 novembre 1603 la création de ce premier carmel réformé en France mais il a fallu que Barbe Acarie envoyât en Espagne son cousin Pierre de Bérulle (1575-1929), futur cardinal, avec une lettre de recommandation d’Henri IV, pour convaincre les carmélites espagnoles de missionner quelques-unes des leurs, dont deux élèves directes de Thérèse d’Avila, Anne de Jésus (1545-1621) et Anne de Saint-Barthélemy (1549-1626), pour ouvrir le Carmel de l’Incarnation, rue Saint-Jacques à Paris, premier carmel en France (qui fut rasé en 1797). En 1644, seulement quarante ans plus tard, le Carmel français était déjà composé de cinquante-cinq monastères ! (À la mort de Barbe Acarie, il y avait déjà vingt-sept carmels !).

En 1606, une maladie a mis Barbe Acarie dans un état de coma puis, à son réveil, avec l’esprit d’un enfant. Lorsque son mari est mort le 17 novembre 1613 (d’une courte et pénible maladie), la veuve se destina à la vie monacale. Barbe Acarie, en mauvaise santé, entra au Carmel comme (simple) sœur converse le 15 février 1614 sous le nom de sœur Marie de l’Incarnation, d’abord à Amiens (où elle enseigna et conseilla beaucoup les novices et les carmélites, mêem la prieure), puis à Pontoise en décembre 1616 où elle est morte le 18 avril 1618, il y a exactement quatre cents ans. Les gens crièrent alors : « La sainte est morte, la sainte est morte ! ». Tous ceux qui la connaissaient l’avaient déjà canonisée de son vivant.

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Carmélite pendant ses quatre dernières années de vie, Barbe Acarie fut un modèle spirituel pour beaucoup de monde, au point que furent publiés après sa mort des ouvrages de spiritualité d’elle-même ou inspirés par elle-même, en 1621, "La Vie admirable de Sœur Marie de l’Incarnation", et en 1622, "Les Vrais Exercices de Sœur Marie de l’Incarnation composés par elle-même" qui fut réédité très souvent partout en Europe. Barbe Acarie fut béatifiée le 5 juin 1791 par Pie VI, sous le nom de bienheureuse Marie de l’Incarnation.

Après un colloque international les 12 et 13 avril 2018 à l’Institut catholique de Paris sur "Mystique, politique et société au lendemain des guerres de religion" et une commémoration le dimanche 15 avril 2018 au carmel de Pontoise, une autre journée consacrée à Barbe Acarie a lieu le samedi 5 mai 2018 en l’église Saint-Joseph-des-Carmes à Paris à partir de 10 heures, avec conférences, célébration, projection d’un film documentaire (réalisé par Marlène et Xavier Goulard) et pique-nique.

Quelques citations de Barbe Acarie…

L’humilité : « L’âme humble est toujours vigoureuse, toujours courageuse, toujours prête d’entreprendre de grandes choses. ».

La faute : « Quand nous sommes tombés en quelque faute, s’amuser à faire des retours sur sa faute, avec peine, c’est amour-propre et perte de temps (…). Quand nous faisons des fautes extérieures et qu’on voit ce que nous sommes, nous devons bien avoir regret de notre faute, mais nous devons aussi être bien aises de ce que, par-là, on connaître ce que nous sommes (…). C’est le plus grand bien qu’on puisse nous faire que de nous reprendre de nos fautes. ».

Se consacrer à la vie spirituelle : « Maintenant, mon Dieu, je suis toute à vous. C’est pourquoi je prendrai la hardiesse de demander non seulement vos dons et vos grâces, mais aussi vous-même, et spécialement en la réception de votre très précieux corps, en ce Saint Sacrement que je désire recevoir pour être plus parfaitement conjointe et unie avec vous. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 avril 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dossier de documentation sur Barbe Acarie (à télécharger).
Barbe Acarie.
Divine douceur.
Maurice Bellet.
Le plus dur est passé.
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
Le coup de Jarnac.
Concini.
La révocation de l’Édit de Nantes.
Philippe V.
François Ier.
Louis XIV.
Lully.
L’émigration irlandaise.
La laïcité française depuis 1905.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180418-barbe-acarie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/barbe-acarie-bienheureuse-femme-de-203506

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/04/18/36330322.html



 

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17 avril 2018 2 17 /04 /avril /2018 01:34

Un dossier de presse a été réalisé à l'occasion des 400 ans de la mort de Barbe Acarie.

Cliquer sur le lien pour télécharger le dossier (fichier .pdf) :
http://www.ndbm.fr/wp-content/uploads/2018/01/DOSSIER-DE-PRESSE-CENTENAIRE-DE-MADAME-ACARIE.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180418-barbe-acarie.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180414-dossier-barbe-acarie.html

 

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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 23:03

(verbatim)

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180409-macron.html




Discours du Président Emmanuel Macron aux catholiques, au Collège des Bernardins, le 9 avril 2018 à Paris


Monsieur le Ministre d'État,
Mesdames les Ministres,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le nonce,
Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs les représentants des cultes,

Monseigneur,
Mesdames et messieurs,

Je vous remercie vivement, Monseigneur, et je remercie la Conférence des évêques de France de cette invitation à m'exprimer ici ce soir, en ce lieu si particulier et si beau du Collège des Bernardins, dont je veux aussi remercier les responsables et les équipes.

Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, sans doute, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l'avons fait, c'est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l'Église et l'État s'est abîmé, et qu'il nous importe à vous comme à moi de le réparer.

Pour cela, il n'est pas d'autre moyen qu'un dialogue en vérité.

Ce dialogue est indispensable, et si je devais résumer mon point de vue, je dirais qu'une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n'irait pas au bout de sa vocation; et qu'un président de la République prétendant se désintéresser de l'Église et des catholiques manquerait à son devoir.

L'exemple du colonel Beltrame par lequel, Monseigneur, vous venez d'achever votre propos, illustre ce point de vue d'une manière que je crois éclairante.

Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque.

Les uns y ont vu l'acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire.

Les autres y ont vu la manifestation d'une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique.

D'autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l'épreuve suprême de la mort.

Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu'il est impossible de les démêler, et c'est même inutile, car cette conduite héroïque c'est la vérité d'un homme dans toute sa complexité qui s'est livrée.

Mais dans ce pays de France qui ne ménage pas sa méfiance à l'égard des religions, je n'ai pas entendu une seule voix se lever pour contester cette évidence, gravée au cœur de notre imaginaire collectif et qui est celle-ci : lorsque vient l'heure de la plus grande intensité, lorsque l'épreuve commande de rassembler toutes les ressources qu'on a en soi au service de la France, la part du citoyen et la part du catholique brûlent, chez le croyant véritable, d'une même flamme.

Je suis convaincu que les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme se sont forgés dans ces moments où est vérifiée la valeur réelle des hommes et des femmes. Il n'est pas besoin de remonter aux bâtisseurs de cathédrales et à Jeanne d'Arc : l'histoire récente nous offre mille exemples, depuis l'Union sacrée de 1914 jusqu'aux résistants de 40, des Justes aux refondateurs de la République, des pères de l'Europe aux inventeurs du syndicalisme moderne, de la gravité éminemment digne qui suivit l'assassinat du Père Hamel à la mort du colonel Beltrame. Oui, la France a été fortifiée par l'engagement des catholiques.

Disant cela, je ne m'y trompe pas. Si les catholiques ont voulu servir et grandir la France, s'ils ont accepté de mourir, ce n'est pas seulement au nom d'idéaux humanistes. Ce n'est pas au nom seulement d'une morale judéo-chrétienne sécularisée. C'est parce qu'ils étaient portés par leur foi en Dieu et par leur pratique religieuse.

Certains pourront considérer que de tels propos sont en infraction avec la laïcité. Mais après tout, nous comptons aussi des martyrs et des héros de toute confession et notre histoire récente nous l'a encore montré et y compris des athées, qui ont trouvé au fond de leur morale les sources d'un sacrifice complet. Reconnaître les uns n'est pas diminuer les autres, et je considère que la laïcité n'a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens.

Je suis, comme chef de l'État, garant de la liberté de croire et de ne pas croire, mais je ne suis ni l'inventeur ni le promoteur d'une religion d'État substituant à la transcendance divine un credo républicain. M'aveugler volontairement sur la dimension spirituelle que les catholiques investissent dans leur vie morale, intellectuelle, familiale, professionnelle, sociale, ce serait me condamner à n'avoir de la France qu'une vue partielle ; ce serait méconnaître le pays, son histoire, ses citoyens ; et affectant l'indifférence, je dérogerais à ma mission.

Et cette même indifférence je ne l'ai pas davantage à l'égard de toutes les confessions qui aujourd'hui habitent notre pays.

Et c'est bien parce que je ne suis pas indifférent, que je perçois combien le chemin que l'État et l'Église partagent depuis si longtemps, est aujourd'hui semé de malentendus et de défiance réciproques.

Ce n'est certes pas la première fois dans notre histoire. Il est de la nature de l'Église d'interroger constamment son rapport au politique, dans cette hésitation parfaitement décrite par Marrou dans sa Théologie de l'histoire, et l'histoire de France a vu se succéder des moments où l'Église s'installait au cœur de la cité, et des moments où elle campait hors-les-murs.

Mais aujourd'hui, dans ce moment de grande fragilité sociale, quand l'étoffe même de la nation menace de se déchirer, je considère de ma responsabilité de ne pas laisser s'éroder la confiance des catholiques à l'égard de la politique – et des politiques. Je ne puis me résoudre à cette déprise. Et je ne saurais laisser s'aggraver cette déception.

C'est d'autant plus vrai que la situation actuelle est moins le fruit d'une décision de l'Église que le résultat de plusieurs années pendant lesquels les politiques ont profondément méconnu les catholiques de France.

Ainsi, d'un côté, une partie de la classe politique a sans doute surjoué l'attachement aux catholiques, pour des raisons qui n'étaient souvent que trop évidemment électoralistes.

Ce faisant, on a réduit les catholiques à cet animal étrange qu'on appelle l'"électorat catholique" et qui est en réalité une sociologie. Et l'on a ainsi fait le lit d'une vision communautariste contredisant la diversité et la vitalité de l'Église de France, mais aussi l'aspiration du catholicisme à l'universel – comme son nom l'indique – au profit d'une réduction catégorielle assez médiocre.

De l'autre côté, on a trouvé toutes les raisons de ne pas écouter les catholiques, les reléguant par méfiance acquise et par calcul au rang de minorité militante contrariant l'unanimité républicaine.

Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. Et il ne me semble ni sain ni bon que le politique se soit ingénié avec autant de détermination soit à les instrumentaliser, soit à les ignorer, alors que c'est d'un dialogue et d'une coopération d'une toute autre tenue, d'une contribution d'un tout autre poids à la compréhension de notre temps et à l'action dont nous avons besoin pour faire que les choses évoluent dans le bon sens.

C'est ce que votre belle allocution a bien montré, Monseigneur. Les préoccupations que vous venez de soulever, et je tâcherai pour quelques-unes d'y répondre ou d'y apporter un éclairage provisoire, ces préoccupations ne sont pas les fantasmes de quelques-uns. Les questions qui sont les vôtres ne se bornent pas aux intérêts d'une communauté restreinte. Ce sont des questions pour nous tous, pour toute la nation, pour notre humanité tout entière.

Ce questionnement intéresse toute la France non parce qu'il est spécifiquement catholique, mais parce qu'il repose sur une idée de l'homme, de son destin, de sa vocation, qui sont au cœur de notre devenir immédiat. Parce qu'il entend offrir un sens et des repères à ce qui trop souvent en manque.

C'est parce que j'entends faire droit à ces interrogations que je suis ici ce soir. Et pour vous demander solennellement de ne pas vous sentir aux marches de la République, mais de retrouver le goût et le sel du rôle que vous y avez toujours joué.

Je sais que l'on a débattu comme du sexe des anges des racines chrétiennes de l'Europe. Et que cette dénomination a été écartée par les parlementaires européens. Mais après tout, l'évidence historique se passe parfois de symboles. Et surtout, ce ne sont pas les racines qui nous importent, car elles peuvent aussi bien être mortes. Ce qui importe, c'est la sève. Et je suis convaincu que la sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre nation.

C'est pour tenter de cerner cela que je suis ici ce soir. Pour vous dire que la République attend beaucoup de vous. Elle attend très précisément, si vous m'y autorisez, que vous lui fassiez trois dons,

Le don de votre sagesse.
Le don de votre engagement.
Et le don de votre liberté.

L'urgence de notre politique contemporaine, c'est de retrouver son enracinement dans la question de l'homme ou, pour parler avec Mounier, de la personne.

Nous ne pouvons plus, dans le monde tel qu'il va, nous satisfaire d'un progrès économique ou scientifique qui ne s'interroge pas sur son impact sur l'humanité et sur le monde. C'est ce que je suis allé dire à la tribune des Nations unies à New York, mais aussi à Davos ou encore au Collège de France il y a quelques jours lorsque j'y ai parlé d'intelligence artificielle : nous avons besoin de donner un cap à notre action, et ce cap, c'est l'homme.

Or il n'est pas possible d'avancer sur cette voie sans croiser le chemin du catholicisme, qui depuis des siècles creuse patiemment ce questionnement. Il le creuse dans son questionnement propre, dans un dialogue avec les autres religions. Questionnement qui lui donne la forme d'une architecture, d'une peinture, d'une philosophie, d'une littérature, qui toutes tentent, de mille manières, d'exprimer la nature humaine et le sens de la vie. "Vénérable parce qu'elle a bien connu l'homme", dit Pascal de la religion chrétienne. Et certes, d'autres religions, d'autres philosophies ont creusé le mystère de l'homme. Mais la sécularisation ne saurait éliminer la longue tradition chrétienne.

Au cœur de cette interrogation sur le sens de la vie, sur la place que nous réservons à la personne, sur la façon dont nous lui conférons sa dignité, vous avez, Monseigneur, placé deux sujets de notre temps : la bioéthique et le sujet des migrants.

Vous avez ainsi établi un lien intime entre des sujets que la politique et la morale ordinaires auraient volontiers traités à part. Vous considérez que notre devoir est de protéger la vie, en particulier lorsque cette vie est sans défense. Entre la vie de l'enfant à naître, celle de l'être parvenu au seuil de la mort, ou celle du réfugié qui a tout perdu, vous voyez ce trait commun du dénuement, de la nudité et de la vulnérabilité absolue. Ces êtres sont exposés. Ils attendent tout de l'autre, de la main qui se tend, de la bienveillance qui prendra soin d'eux. Ces deux sujets mobilisent notre part la plus humaine et la conception même que nous nous faisons de l'humain. Et cette cohérence s'impose à tous.

Alors j'ai entendu, Monseigneur, mesdames et messieurs, les inquiétudes montant du monde catholique. Et je veux ici tenter d'y répondre, ou en tout cas d'y donner notre part de vérité et de conviction.

Sur les migrants, on nous reproche parfois de ne pas accueillir avec assez de générosité ni de douceur. De laisser s'installer des cas préoccupants dans les centres de rétention ou de refouler les mineurs isolés. On nous accuse même de laisser prospérer des violences policières.

Mais à dire vrai, que sommes-nous en train de faire ? Nous tentons dans l'urgence de mettre un terme à des situations dont nous avons parfois hérité et qui se développent à cause de l'absence de règles, de leur mauvaise application, ou de leur mauvaise qualité - et je pense ici aux délais de traitement administratifs mais aussi aux conditions d'octroi de titres de réfugiés.

Notre travail, celui que conduit chaque jour le ministre d'État, est de sortir du flou juridique des gens qui s'y égarent et qui espèrent en vain, qui tentent de reconstruire quelque chose ici, puis qui sont expulsés, cependant que d'autres, qui pourraient faire leur vie chez nous, souffrent des conditions d'accueil dégradées dans des centres débordés.

C'est la conciliation du droit et de l'humanité que nous tentons. Le pape François a donné un nom à cet équilibre, il l'a appelé "prudence", faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d'accueillir mais également à celle politique et juridique d'héberger et d'intégrer. C'est le cap de cet humanisme réaliste que j'ai fixé.

Il y aura toujours des situations difficiles, il y aura parfois des situations inacceptables et il nous faudra, à chaque fois, ensemble, tout faire pour les résoudre. Mais je n'oublie pas non plus que nous portons aussi la responsabilité des territoires souvent difficiles où ces réfugiés arrivent. Nous savons que les afflux de populations nouvelles plongent la population locale dans l'incertitude, la pousse vers des options politiques extrêmes, déclenche souvent un repli qui tient du réflexe de protection. Une forme d'angoisse quotidienne se fait jour qui crée comme une concurrence des misères.

Notre exigence est justement dans une tension éthique permanente de tenir ces principes. Celui d'un humanisme qui est le nôtre et de ne rien renoncer, en particulier pour protéger les réfugiés. C'est notre devoir moral et c'est inscrit dans notre Constitution. Nous engager clairement pour que l'ordre républicain soit maintenu et que cette protection des plus faibles ne signifie pas pour autant l'anomie et l'absence de discernement car il y a aussi des règles qu'il faudra faire valoir. Et pour que des places soient trouvées, comme c'était dit tout à l'heure dans les centres d'hébergement, ou dans les situations les plus difficiles, il faut aussi accepter que prenant notre part de cette misère, nous ne pouvons pas la prendre tout entière sans distinction des situations. et il nous faut aussi tenir la cohésion nationale de notre pays, où parfois d'aucuns ne parlent plus de cette générosité que nous évoquons ce soir mais ne veulent voir que la part effrayante de l'autre. Et nourrissent ce geste pour porter plus loin leur projet.

C'est bien parce que nous avons à tenir ces principes parfois contradictoires, dans une tension constante, que j'ai voulu que nous portions cet humanisme réaliste et que je l'assume pleinement devant vous.

Là où nous avons besoin de votre sagesse, c'est pour partout tenir ce discours d'humanisme réaliste. C'est pour conduire à l'engagement de celles et ceux qui pourront nous aider et c'est d'éviter les discours du pire, la montée des peurs qui continueront de se nourrir de cette part de nous, car les flux massifs dont vous avez parlé et dont je parle à l'instant ne se tariront pas d'ici demain. Ils sont le fruit de grands déséquilibres du monde et qu'il s'agisse des conflits politiques, qu'il s'agisse de la misère économique et sociale ou des défis climatiques, ils continueront à alimenter dans les années et les décennies qui viennent des grandes migrations auxquelles nous serons confrontés. et il nous faudra continuer à tenir inlassablement ce cap. À constamment tenter de tenir nos principes au réel. Et je ne céderai en la matière ni aux facilités des uns, ni aux facilités des autres. Car ce serait manquer à ma mission.

Sur la bioéthique, on nous soupçonne de jouer parfois un agenda caché. De connaître d'avance les résultats d'un débat qui ouvrira de nouvelles possibilités dans la procréation assistée, ouvrant la porte à des pratiques qui irrésistiblement s'imposeront ensuite, comme la gestation pour autrui. Et certains se disent que l'introduction dans ces débats de représentants de l'Église catholique, comme de l'ensemble des représentants des cultes, comme je m'y suis engagé dès le début de mon mandat est un leurre, destiné à diluer la parole de l'Église ou à la prendre en otage.

Vous le savez, j'ai décidé que l'avis du Conseil consultatif national d'éthique (CCNE), monsieur le président, n'était pas suffisant et qu'il fallait l'enrichir d'avis de responsables religieux. Et j'ai souhaité aussi que ce travail sur les lois bioéthiques, que notre droit nous impose de revoir, puisse être nourri d'un débat organisé par le CCNE mais où toutes les familles - philosophique, religieuse, politique -, et notre société auront à s'exprimer de manière pleine et entière. C'est parce que je suis convaincu que nous ne sommes pas là face à un problème simple qui pourrait se trancher par une loi seule. Mais nous sommes parfois face à des débats moraux, éthiques profonds qui touchent au plus intime de chacun d'entre nous.

J'entends l'Église lorsqu'elle se montre rigoureuse sur les fondations humaines de toute évolution technique. J'entends votre voix lorsqu'elle nous invite à ne rien réduire à cet agir technique dont vous avez parfaitement montré les limites. J'entends la place essentielle que vous donnez à notre société à la famille, aux familles, oserais-je dire. J'entends aussi ce souci de savoir conjuguer la filiation avec les projets que des parents peuvent avoir pour leurs enfants.

Nous sommes aussi confrontés à une société où les formes de la famille évoluent radicalement, où le statut de l'enfant parfois se brouille. Et nos concitoyens rêvent de fonder des cellules familiales. Or aujourd'hui nos concitoyens rêvent de fonder des cellules familiales de modèle traditionnel à partir de schémas familiaux qui le sont moins. J'entends les revendications que formulent les instances catholiques, les associations catholiques, mais là encore, certains principes énoncés par l'Église sont confrontés à des réalités contradictoires et complexes, qui traversent les catholiques eux-mêmes.

Tous les jours, tous les jours, les mêmes associations catholiques et les prêtres, accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles, des familles recourant à l'avortement, à la fécondation in vitro, à la PMA, des familles confrontées à l'état végétatif d'un des leurs, des familles où l'un croit et l'autre non, apportant dans la famille la déchirure des choix spirituels et moraux. Et cela, je le sais, c'est votre quotidien aussi.

L'Église accompagne inlassablement ces situations délicates et tente de concilier ses principes et le réel. C'est pourquoi je ne suis pas en train de dire que l'expérience du réel défait ou invalide les positions adoptées par l'Église.

Je dis que simplement que, là aussi, il faut trouver la limite. Car la société est ouverte à tous les possibles, mais la manipulation et la fabrication du vivant ne peuvent s'étendre à l'infini sans remettre en cause l'idée même de l'homme et de la vie. Ainsi, le politique et l'Église partagent cette mission de mettre les mains dans la glaise du réel, de se confronter tous les jours à ce que le temporel a, si j'ose dire, de plus temporel.

Et c'est souvent dur, compliqué, exigeant et imparfait. Et les solutions ne viennent pas d'elles-mêmes. Elles naissent de l'articulation entre ce réel et une pensée, un système de valeur, une conception du monde. Elles sont, bien souvent, le choix du moindre mal, toujours précaire. Et cela aussi est exigeant, et difficile.

C'est pourquoi, en écoutant l'Église sur ces sujets, nous ne haussons pas les épaules. Nous écoutons une voix qui tire sa force du réel et sa clarté d'une pensée où la raison dialogue avec une conception transcendante de l'homme. Nous l'écoutons avec intérêt, avec respect et même nous pouvons faire nôtres nombre de ses points. Mais cette voix de l'Église, nous savons au fond vous et moi qu'elle ne peut être injonctive. Parce qu'elle est faite de l'humilité de ceux qui pétrissent le temporel. Elle ne peut dès lors être que questionnante. Et sur tous ces sujets, et en particulier sur ces deux sujets que je viens d'évoquer, parce qu'ils se construisent en profondeur dans ces tensions éthiques, entre nos principes, parfois nos idéaux et le réel nous ramènent à l'humilité profonde de notre condition

L'État et l'Église appartiennent à deux ordres institutionnels différents, qui n'exercent pas leur mandat sur le même plan. Mais tous deux exercent une autorité et même une juridiction. Ainsi, nous avons chacun forgé nos certitudes et nous avons le devoir de les formuler clairement, pour établir des règles, car c'est notre devoir d'état. Aussi le chemin que nous partageons pourrait se réduire à n'être que le commerce de nos certitudes.

Mais nous savons aussi, vous comme nous, que notre tâche va au-delà. Nous savons qu'elle est de faire vivre le souffle de ce que nous servons, d'en faire grandir la flamme, même si c'est difficile et surtout si c'est difficile. Nous devons constamment nous soustraire à la tentation d'agir en simples gestionnaires de ce qui nous a été confié.

Et c'est pourquoi notre échange doit se fonder non sur la solidité de certaines certitudes, mais sur la fragilité de ce qui nous interroge, et parfois nous désempare. Nous devons oser fonder notre relation sur le partage de ces incertitudes. C'est-à-dire sur le partage des questions, et singulièrement des questions de l'homme.

C'est là que notre échange a toujours été le plus fécond : dans la crise, face à l'inconnu, face au risque, dans la conscience partagée du pas à franchir, du pari à tenter. Et c'est là que la nation s'est le plus souvent grandie de la sagesse de l'Église, car voilà des siècles et des millénaires que l'Église tente ses paris, et ose son risque. C'est par là qu'elle a enrichi la nation.

C'est cela, si vous m'y autorisez, la part catholique de la France. C'est cette part qui dans l'horizon séculier instille tout de même la question intranquille du salut, que chacun, qu'il croie ou ne croie pas, interprétera à sa manière, mais dont chacun pressent qu'elle met en jeu sa vie entière, le sens de cette vie, la portée qu'on lui donne et la trace qu'elle laissera.

Cet horizon du salut a certes totalement disparu de l'ordinaire des sociétés contemporaines, mais c'est un tort, et l'on voit à bien à des signes qu'il demeure enfoui. Chacun a sa manière de la nommer, de le transformer, de le porter. Mais c'est tout à la fois la question du sens et de l'absolu dans nos sociétés. Que l'incertitude du salut apporte à toutes les vies, même les plus résolument matérielles, comme un tremblé, au sens pictural du terme est une évidence. Paul Ricœur, si vous m'autorisez à le citer ce soir, a trouvé les mots justes dans une conférence prononcée à Amiens en 1967 : "maintenir un but lointain pour les hommes, appelons-le un idéal, en un sens moral, et une espérance, en un sens religieux."

Ce soir-là, face à un public où certains avaient la foi, et d'autres non, Paul Ricœur invita son auditoire à dépasser ce qu'il appela "la prospective sans perspective" avec cette formule qui, je n'en doute pas, nous réunira tous ici ce soir : " Viser plus, demander plus. C'est cela l'espoir ; il attend toujours plus que de l'effectuable."

Ainsi, l'Église n'est pas à mes yeux cette instance que trop souvent on caricature en gardienne des bonnes mœurs. Elle est cette source d'incertitude qui parcourt toute vie, et qui fait du dialogue, de la question, de la quête, le cœur même du sens, même parmi ceux qui ne croient pas.

C'est pour cela que le premier don que je vous demande est celui de l'humilité du questionnement, le don de cette sagesse qui trouve son enracinement dans la question de l'homme et donc dans les questions que l'homme se pose. Car c'est cela, l'Église à son meilleur, c'est celle qui dit "frappez, et l'on vous ouvrira", qui se pose en recours et en voix amie dans un monde où le doute, l'incertain, le changeant sont de règle, où le sens toujours échappe, et toujours se reconquiert. C'est une Église dont je n'attends pas des leçons, mais plutôt cette sagesse d'humilité face en particulier à ces deux sujets que vous avez souhaité évoquer, et que je viens d'esquisser en réponse. Parce que nous ne pouvons avoir qu'un horizon commun, et en cherchant chaque jour à faire du mieux, à accepter au fond la part d'intranquillité irréductible qui va avec notre action.

Questionner, ce n'est pas pour autant refuser d'agir. C'est au contraire tenter de rendre l'action conforme à des principes qui la précèdent et la fondent. Et c'est cette cohérence entre pensée et action qui fait la force de cet engagement que la France attend de vous. Ce deuxième don dont je souhaitais vous parler.

Ce qui grève notre pays, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce n'est pas seulement la crise économique. C'est le relativisme. C'est même le nihilisme. C'est tout ce qui laisse à penser que cela n'en vaut pas la peine. Pas la peine d'apprendre. Pas la peine de travailler. Et surtout pas la peine de tendre la main, et de s'engager au service de plus grand que soi.

Le système progressivement a enfermé nos concitoyens dans l'à-quoi bon, en ne rémunérant plus vraiment le travail ou plus tout à fait, en décourageant l'initiative, en protégeant mal les plus fragiles, en assignant à résidence les plus défavorisés et en considérant que l'ère post-moderne dans laquelle nous étions arrivés était l'ère du grand doute, qui permettait de renoncer à tout absolu.

C'est dans ce contexte de décrue des solidarités et de l'espoir que les catholiques se sont massivement tournés vers l'action associative. Vers l'engagement.

Vous êtes aujourd'hui une composante majeure de cette partie de la nation qui a décidé de s'occuper de l'autre partie, nous en avons vu des témoignages très émouvants tout à l'heure, celle des malades, des isolés, des déclassés, des vulnérables, des abandonnés, des handicapés, des prisonniers, quels que soient leur appartenance ethnique ou religieuse. (…) Les Français ne mesurent pas toujours cette mutation de l'engagement catholique. Vous êtes passés des activités de travailleurs sociaux à celles de militants associatifs se tenant auprès de la part fragile de notre pays, que les associations où les catholiques s'engagent soient explicitement catholiques ou pas, comme les Restos du Cœur.

Je crains que les politiques ne se soient trop longtemps conduits comme si cet engagement était un acquis. Comme si c'était normal. Comme si le pansement ainsi posé par les catholiques, et par tant d'autres, sur la souffrance sociale dédouanait une certaine impuissance publique.

Je voudrais saluer avec infiniment de respect toutes celles et tous ceux qui ont fait ce choix sans compter leur temps ni leur énergie. Et permettez-moi aussi de saluer tous ces prêtres et ces religieux qui de cet engagement ont fait leur vie, et qui chaque jour dans les paroisses françaises accueillent, échangent, œuvrent au plus près des détresses ou des malheurs, ou partagent la joie des familles lors des événements heureux. Parmi eux se trouvent aussi les aumôniers aux armées ou dans nos prisons, et je salue ici leur représentant. Eux aussi sont des engagés. Et permettez-moi d'associer ce faisant, également, tous les engagés des autres religions, dont les représentants sont ici présents et qui partagent cette communauté d'engagement avec vous.

Cet engagement est vital pour la France. Et par-delà les appels, les injonctions, les interpellations que vous nous adressez pour nous dire de faire plus, de faire mieux, je sais, nous savons tous, que le travail que vous accomplissez n'est pas un pis-aller, mais une part du ciment même de notre cohésion nationale.

Ce don de l'engagement n'est pas seulement vital, il est exemplaire.
Mais je suis venu vous appeler à faire davantage encore.

Car, ce n'est pas un mystère, l'énergie consacrée à cet engagement associatif a été aussi largement soustraite à l'engagement politique.

Or je crois que la politique, si décevante qu'elle ait pu être aux yeux de certains, si desséchante parfois, aux yeux d'autres, a besoin de l'énergie des engagés, de votre énergie. Elle a besoin de l'énergie de ceux qui donnent du sens à l'action et qui placent en son cœur une forme d'espérance.

Plus que jamais l'action politique a besoin de ce que la philosophe Simone Weil appelait l'effectivité. C'est-à-dire cette capacité à faire exister dans le réel les principes fondamentaux qui structurent la vie morale, intellectuelle et, dans le cas des croyants, spirituelle.

C'est ce qu'ont apporté à la politique française les grandes figures que furent le général De Gaulle, Georges Bidault, Robert Schuman, Jacques Delors, ou encore les grandes consciences françaises qui ont éclairé l'action politique, comme Clavel, Mauriac, Lubac, Marrou… Et ce n'est pas une pratique théocratique ni une conception religieuse du pouvoir qui s'est fait jour, mais une exigence chrétienne importée dans le champ laïc de la politique.

Cette place aujourd'hui est à prendre. Non parce qu'il faudrait à la politique française son quota de catholiques, de protestants, de juifs ou de musulmans, non, ni parce que les responsables politiques de qualité ne se recruteraient que dans les rangs des gens de foi, mais parce que cette flamme commune dont je parlais tout à l'heure à propos d'Arnaud Beltrame fait partie de notre histoire et de ce qui toujours a guidé notre pays. Le retrait ou la mise sous le boisseau de cette lumière n'est pas une bonne nouvelle.

C'est pourquoi, depuis le point de vue qui est le mien, un point de vue de chef d'État, un point de vue laïc, je dois me soucier que ceux qui travaillent au cœur de la société française, ceux qui s'engagent pour soigner ses blessures et consoler ses malades, aient aussi une voix sur la scène politique. Sur la scène politique nationale comme sur la scène politique européenne. Ce à quoi je veux vous appeler ce soir, c'est à vous engager politiquement, dans notre débat national et dans notre débat européen. car votre foi est une part d'engagement dont ce débat a besoin. Et parce que, historiquement, vous l'avez toujours nourri.

Car l'effectivité implique de ne pas déconnecter l'action individuelle de l'action politique et publique.

A ce propos, il me faut rappeler la clarté parfaite du texte proposé par la Conférence des évêques en novembre 2016 en vue de l'élection présidentielle, intitulé "Retrouver le sens du politique".

J'avais fondé En Marche ! quelques mois plus tôt et sans vouloir engager, Monseigneur, une querelle de droits d'auteur, j'y ai lu ces phrases dont la consonance avec ce qui a guidé mon engagement m'a alors frappé. Il y est ainsi écrit que, je cite : "Nous ne pouvons pas laisser notre pays voir ce qui le fonde risquer de s'abîmer gravement, avec toutes les conséquences qu'une société divisée peut connaître. C'est à un travail de refondation auquel il nous faut, ensemble, nous atteler."

Recherche du sens, de nouvelles solidarités, mais aussi espoir dans l'Europe, ce document énumère tout ce qui peut porter un citoyen à s'engager, et s'adresse au catholique en liant avec simplicité la foi à l'engagement politique, par cette formule, que je cite : "Le danger serait d'oublier ce qui nous a construits, ou à l'inverse de rêver du retour à un âge d'or imaginaire ou d'aspirer à une Église de purs et à une contre-culture située en dehors du monde, en position de surplomb et de juge."

Depuis trop longtemps, le champ politique était devenu un théâtre d'ombres. Et aujourd'hui encore, le récit politique emprunte trop souvent aux schémas les plus éculés et les plus réducteurs, semblant ignorer le souffle de l'Histoire et ce que le retour du tragique dans notre monde contemporain exige de nous.

Je pense pour ma part que nous pouvons construire une politique effective, une politique qui échappe au cynisme ordinaire pour graver dans le réel ce qui doit être le premier devoir du politique, je veux dire la dignité de l'homme.

Je crois en un engagement politique qui serve cette dignité. Qui la reconstruise où elle a été bafouée. Qui la préserve où elle est menacée. Qui en fasse le trésor véritable de chaque citoyen.

Je crois dans cet engagement politique qui permette de restaurer la première des dignités, celle de vivre de son travail. Je crois dans cet engagement politique qui permet de redresser la dignité la plus fondamentale, la dignité des plus fragiles. celle qui justement ne se résout à aucune fatalité sociale, et vous en avez été des exemples magnifiques tous les six, à l'instant, et qui considère que faire œuvre d'engagement politique c'est aussi changer les pratiques là où on est de la société, et son regard.

Les six voix que nous avons entendues au début de cette soirée, ce sont six voix d'engagement, qui a en lui une forme d'engagement politique, qui ne suppose qu'à poursuivre ce chemin pour trouver aussi d'autres débouchés, mais où à chaque fois j'ai voulu lire ce refus d'une fatalité, cette volonté de s'occuper de l'autre, et surtout cette volonté par la considération apportée, d'une conversion des regards.

C'est cela l'engagement dans une société. C'est donner de son temps, de son énergie, c'est considérer que la société n'est pas un corps mort qui ne serait modifiable soit que par des politiques publiques ou des textes, soit qui ne serait soumis qu'à la fatalité des temps, c'est que tout peut être changé, si on décide de s'engager, de faire, et par son action, de changer son regard, par, son action de donner une chance à l'autre, mais aussi de nous révéler à nous-même que cet autre nous transforme.

On parle beaucoup aujourd'hui d'inclusivité. Ça n'est pas un très joli mot et je ne suis pas sûr qu'il soit toujours compris par toutes et tous. Mais il veut dire cela. Ce que nous tentons de faire sur l'autisme, sur le handicap, ce que je veux que nous poursuivions pour restaurer la dignité de nos prisonniers. Ce que je veux que nous poursuivions pour la dignité des plus fragiles dans nos sociétés, c'est de simplement considérer qu'il y a toujours un autre, à un moment donné de sa vie auquel il peut quelque chose ou auquel il ne peut rien, que cet autre a quelque chose à apporter à la société.

Allez voir une classe ou une crèche, nous étions il y a quelques jours, où l'on place des jeunes enfants ayant des troubles autistiques et vous verrez ce qu'ils apportent aux autres enfants. Et je vous le dis monsieur, ne pensez pas simplement qu'on vous aide, nous avons vu tout à l'heure dans l'émotion de votre frère, tout ce que vous lui avez apporté et qu'aucun autre n'aurait pu apporter. Cette conversion du regard seul l'engagement la rend possible. Et au cœur de cet engagement, une indignation profonde, humaniste, éthique. Et notre société politique en a besoin.

Et cet engagement que vous portez, j'en ai besoin pour notre pays comme j'en ai besoin pour notre Europe. Parce que notre principal risque aujourd'hui, c'est l'anomie, c'est l'atonie, c'est l'assoupissement. Nous avons trop de nos concitoyens qui pensent que ce qui est acquis est devenu naturel, qui oublient les grands basculements auxquels notre société et notre continent sont aujourd'hui soumis. Ils veulent penser que cela n'a jamais été, oubliant que notre Europe ne vit qu'au début d'une parenthèse dorée qui n'a que 70 ans de paix, elle qui a toujours été bousculé par des guerres. trop de nos concitoyens pensent que la fraternité dont on parle, c'est une question d'argent publique et de politique publique, et qu'ils n'auraient pas leur part indispensable Tous ces combats qui sont au cœur de l'engagement politique contemporain. Les parlementaires ici présents les portent dans leur part de vérité, qu'il s'agisse de lutter contre le réchauffement climatique, de lutter pour une Europe qui protège, et qui revisite ses ambitions pour une société plus juste, mais ils ne seront pas possibles si à tous les niveaux de la société, ils ne sont accompagnés d'un engagement politique profond, un engagement politique auquel j'appelle les catholiques, pour notre pays et pour notre Europe.

Le don de l'engagement que je vous demande, c'est celui-ci : ne restez pas au seuil. Ne renoncez pas à la République que vous avez si fortement contribué à forger. Ne renoncez pas à cette Europe, dont vous avez nourri le sens. Ne laissez pas en friche les terres que vous avez semées. Ne retirez pas à la République la rectitude précieuse que tant de fidèles anonymes apportent à leur vie de citoyen.

Il y a au cœur de cet engagement dont notre pays a besoin la part d'indignation et de confiance dans l'avenir que vous pouvez apporter.

Cependant, pour vous rassurer, ce n'est pas un enrôlement que je suis venu vous proposer. Et je suis même venu vous demander un troisième don que vous pouvez faire à la nation, c'est précisément celui de votre liberté.

Partager le chemin, ce n'est pas toujours marcher du même pas.

Je me souviens de ce joli texte où Emmanuel Mounier explique que l'Église, en politique, a toujours été à la fois en avance et en retard. Jamais tout à fait contemporaine. Jamais tout à fait de son temps. Cela fait grincer quelques dents.

Mais il faut accepter ce contretemps. Il faut accepter que tout, dans notre monde, n'obéisse pas au même rythme. Et la première liberté dont l'Église peut faire don, c'est d'être intempestive. Certains la trouveront réactionnaire. D'autres, sur d'autres sujets, bien trop audacieuse. Je crois simplement qu'elle doit être un de ces points fixes dont notre humanité a besoin au creux de ce monde devenu oscillant. Un de ces repères qui ne cède pas à l'humeur des temps.

C'est pourquoi, Monseigneur, mesdames et messieurs, il nous faudra vivre cahin-caha avec votre côté intempestif et la nécessité que j'aurais d'être dans le temps du pays. Et c'est ce déséquilibre constant qui nous fera ensemble cheminer.

"La vie active", disait Grégoire, "est service, la vie contemplative est une liberté" : je voudrais ce soir, en rappelant l'importance de cette part intempestive, et de ce point fixe que vous pouvez représenter, avoir une pensée pour toutes celles et tous ceux qui se sont engagés dans une vie recluse, ou une vie communautaire, une vie de prière et de travail. Même si elle semble pour certains à contretemps, ce type de vie est aussi l'exercice d'une liberté. Elle démontre que le temps de l'Église n'est pas celui du monde et certainement pas celui de la politique telle qu'elle va, et c'est très bien ainsi.

Ce que j'attends que l'Église nous offre, c'est aussi sa liberté de parole. Nous avons parlé des alertes lancées par les associations ou par l'épiscopat. Je songe aussi aux monitions du Pape, qui trouve dans une adhésion constante au réel de quoi rappeler les exigences de la condition humaine. Cette liberté de parole, dans une époque où les droits font florès, présente souvent la particularité de rappeler les devoirs de l'homme. Envers soi-même, son prochain, ou envers notre planète.

La simple mention des devoirs qui s'imposent à nous est parfois irritante. Cette voix qui sait dire ce qui fâche, nos concitoyens l'entendent, même s'ils sont éloignés de l'Église. C'est une voix qui n'est pas dénuée de cette ironie "parfois tendre, parfois glacée" dont parlait Jean Grosjean dans son commentaire de Paul. Une voix qui sait comme peu d'autres subvertir les certitudes, jusque dans ses rangs.

Cette voix qui se fait tantôt révolutionnaire, tantôt conservatrice, et souvent les deux à la fois, comme le disait Lubac dans ses Paradoxes, est importante pour notre société. Il faut être très libre pour oser être paradoxal, et il faut être paradoxal pour être vraiment libre. C'est ce que nous rappellent les meilleurs écrivains catholiques, de Maurice Clavel à Alexis Jenni, de Georges Bernanos à Sylvie Germain, de Paul Claudel à François Sureau, de François Mauriac à Florence Delay, de Julien Green à Christiane Rancé.

Dans cette liberté de parole, de regard qui est le leur, nous trouvons une part de ce qui peut éclairer notre société. Et dans cette liberté de parole, je range la volonté de l'Église d'initier, d'entretenir et de renforcer le libre dialogue avec l'islam dont le monde a tant besoin, et que vous avez évoqué.

Car il n'est pas de compréhension de l'islam qui ne passe par des clercs, comme il n'est pas de dialogue interreligieux sans les religions.

Ces lieux en sont le témoin : le pluralisme religieux est une donnée fondamentale de notre temps. Monseigneur Lustiger en avait eu l'intuition forte lorsqu'il a voulu faire revivre le Collège des Bernardins pour accueillir tous les dialogues. L'histoire lui a donné raison. Il n'y a pas plus urgent aujourd'hui qu'accroître la connaissance mutuelle des peuples, des cultures, des religions. Et il n'y a d'autre moyen pour cela que la rencontre, par la voix, mais aussi par les livres, et par le travail partagé, toutes choses dont Benoît XVI avait raconté l'enracinement dans la pensée cistercienne lors de son passage ici en 2008.

Ce partage s'exerce en pleine liberté, chacun dans ses termes et ses références. Il est le socle indispensable du travail que l'État de son côté doit mener pour penser toujours à nouveaux frais la place des religions dans la société et la relation entre religions, société et puissance publique. Et pour cela, je compte beaucoup sur vous, sur vous tous, pour nourrir ce dialogue, et l'enraciner dans notre histoire commune, qui a ses particularités, mais dont la particularité est d'avoir justement toujours attaché à la nation française cette capacité à penser les universels. Ce partage, ce travail, nous le menons résolument, après tant d'années d'hésitation ou de renoncement. Et les mois à venir seront décisifs à cet égard.

Ce partage que vous entretenez est d'autant plus important que les chrétiens payent de leur vie leur attachement au pluralisme religieux. Je pense aux chrétiens d'Orient. Le politique partage avec l'Église la responsabilité de ces persécutés. Car non seulement nous avons hérité historiquement du devoir de les protéger, mais nous savons que partout où ils sont, ils sont l'emblème de la tolérance religieuse. Je tiens à saluer le travail admirable accompli par des mouvements comme l'Œuvre d'Orient, Caritas France et la Communauté Sant'Egidio pour permettre l'accueil sur le territoire national des familles réfugiées, et pour venir en aide sur place, avec le soutien de l'État.

Comme je l'ai dit lors de l'inauguration de l'exposition Chrétiens d'Orient à l'Institut du monde arabe le 25 septembre dernier, l'avenir de cette partie du monde ne se fera pas sans la participation de toutes les minorités, de toutes les religions et en particulier des Chrétiens d'Orient. Les sacrifier, comme le voudraient certains, les oublier, c'est être sûr qu'aucune stabilité, aucun projet ne se construira dans la durée dans cette région.

Il est enfin une dernière liberté dont l'Église doit nous faire don, c'est de la liberté spirituelle.

Car nous ne sommes pas faits pour un monde qui ne serait traversé que de buts matérialistes. Nos contemporains ont besoin, qu'ils croient ou ne croient pas, d'entendre parler d'une autre perspective sur l'homme que la perspective matérielle. Ils ont besoin d'étancher une autre soif, qui est une soif d'absolu. Il ne s'agit pas ici de conversion mais d'une voix qui, avec d'autres, ose encore parler de l'homme comme d'un vivant doté d'esprit. Qui ose parler d'autre chose que du temporel, mais sans abdiquer la raison ni le réel. Qui ose aller dans l'intensité d'une espérance, et qui, parfois, nous fait toucher du doigt ce mystère de l'humanité qu'on appelle la sainteté, dont le pape François dit dans l'exhortation parue ce jour qu'elle est "le plus beau visage de l'Église".

Cette liberté, c'est celle d'être vous-mêmes. Sans chercher à complaire ni à séduire. Mais en accomplissant votre œuvre dans la plénitude de son sens. Dans la règle qui lui est propre et qui depuis toujours nous vaut des pensées fortes, une théologie humaine, une Église qui sait guider les plus fervents comme les non-baptisés, les établis comme les exclus.

"Une Église triomphant parmi les hommes ne devrait-elle pas s'inquiéter d'avoir déjà tout compromis de son élection en ayant passé un compromis avec le monde ?"

Cette interrogation n'est pas mienne ce sont les mots de Jean-Luc Marion qui devraient servir de baume à l'Église et aux catholiques aux heures de doute sur la place des catholiques en France, sur l'audience de l'Église, sur la considération qui leur est accordée. L'Église n'est pas tout à fait du monde et n'a pas à l'être. Nous qui sommes aux prises avec le temporel le savons et ne devons pas essayer de l'y entraîner intégralement, pas plus que nous ne devons le faire avec aucune religion. Ce n'est ni notre rôle ni leur place.

Mais cela n'exclut pas la confiance et cela n'exclut pas le dialogue. Surtout, cela n'exclut pas la reconnaissance mutuelle de nos forces et de nos faiblesses, de nos imperfections institutionnelles et humaines.

Car nous vivons une époque où l'alliance des bonnes volontés est trop précieuse pour tolérer qu'elles perdent leur temps à se juger entre elles. Nous devons une bonne fois pour toutes admettre l'inconfort d'un dialogue qui repose sur la disparité de nos natures, mais aussi admettre la nécessité de ce dialogue car nous visons chacun dans notre ordre à des fins communes, qui sont la dignité et le sens.

Certes, les institutions politiques n'ont pas les promesses de l'éternité ; mais l'Église elle-même ne peut risquer avant le temps de faucher à la fois le bon grain et l'ivraie. Et dans cet entre-deux où nous sommes, où nous avons reçu la charge de l'héritage de l'homme et du monde, oui, si nous savons juger les choses avec exactitude, nous pourrons accomplir des grandes choses ensemble.

C'est peut-être assigner là à l'Église de France une responsabilité exorbitante, mais elle est à la mesure de notre histoire, et notre rencontre ce soir atteste, je crois, que vous y êtes prêts.

Monseigneur, Mesdames et Messieurs, sachez en tout cas que j'y suis prêt aussi.
Je vous remercie.

Emmanuel Macron, le 9 avril 2018 à la Conférence des évêques de France réunie au Collège des Bernardins, à Paris.

Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180409-discours-macron-bernardins.html

 

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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 03:14

« Il y a deux sortes de théologiens : ceux qui parlent des incroyants à d’autres théologiens, ceux qui parlent aux incroyants. » ("Minuscule traité acide de spiritualité", éd. Bayard, 2010).


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À plus de 94 ans, les yeux pétillants, le sourire bienveillant, l’esprit alerte. Il avait toute sa tête, tête pour penser, écouter, parler, écrire. Il participait encore à un week-end d’échanges et de partage à Paris le 11 mars 2018… Et puis, quelques jours avant Pâques, quelques heures avant le Vendredi Saint, un accident vasculaire cérébral. Il semblait s’être remis mais hélas, il est finalement parti sur l’autre rive ce jeudi 5 avril 2018 dans un hôpital parisien. Né le 19 décembre 1923, Maurice Bellet faisait partie de ces intellectuels privilégiés dont le grand âge n’était pas un obstacle à la réflexion et aux rencontres. Il était probablement l’un des plus grands théologiens français de notre époque, trop humble pour passer son temps dans les médias, mais sans jamais rester dans sa tour d’ivoire. Élodie Maurot, du journal "La Croix", l’a appelé le 5 avril 2018 « explorateur de la foi ».

J’ai eu la grande chance d’avoir saisi l’occasion d’échanger quelques réflexions avec lui il y a quelques années. Ce qui m’avait frappé avant tout, c’était sa simplicité bienveillante, assoiffé des mots des autres. Il était déjà un vieillard, le poids des années le rendait courbé, mais dans les yeux, dans le regard, dans la parole, dans le cœur aussi, sa jeunesse n’avait pas pris une ride, l’éclat restait toujours aussi vivifiant, affamé d’échanges. J’ai trouvé en lui une très grande écoute, de la passion, de l’intérêt, de la curiosité, de l’attention, de l’éveil.

Maurice Bellet n’était pas un intellectuel ordinaire : fils de parents qui avaient suivi Marc Sangnier dans le mouvement "Le Sillon" où ils s’étaient rencontrés, il avait choisi d’être prêtre. Il a fait ses études au grand séminaire de Paris, puis au séminaire universitaire des Carmes, et aussi à la Sorbonne. Il fut ordonné en 1949 à Bourges. Il a passé deux doctorats, un doctorat en théologie, sous la direction de Claude Geffré, et un doctorat en philosophie, sous la direction de Paul Ricœur, avec, dans le jury, la présence d’Emmanuel Levinas. Cela donne une idée du niveau intellectuel.

Prêtre, théologien, philosophe, mais il n’était pas "que" cela. Il était aussi psychanalyste. Il a eu l’autorisation de sa hiérarchie pour faire une formation à la psychanalyse. La psychanalyse et l’Église catholique ont eu des relations mouvementées. C’est pour cela que Maurice Bellet, prêtre engagé dans le monde d’aujourd’hui, a toujours été un peu à la marge de l’Église, jamais en dehors, mais pas forcément pleinement à l’intérieur car trop électron libre, trop le besoin de penser par lui-même, de reformuler le langage de l’Église.

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Deux de ses centres d’intérêt, le mal et le langage. Comment redonner espérance à des personnes qui sont descendues très bas ? Comment rendre compatibles la foi et le message de l’Église d’un côté, et la vie dans la société actuelle, principalement consumériste ? Comment adapter le langage religieux au monde moderne ?

Pendant près de soixante-dix ans, il a donc beaucoup réfléchi. Son activité tournait autour de quelques mots-clefs : écouter, parler, écrire. Écouter, pour lui, est un élément essentiel, une écoute sans jugement, c’était son matériau vivant, sa rencontre avec l’humain, avec les humains. Il écoutait encore quelques jours avant sa disparition.

Il définissait ainsi l’écoute : « L’écoute est sans jugement. Elle l’est primordialement. Elle le demeure. Elle y aboutit. Elle est sans jugement sur l’autre, de quelque ordre que ce soit : moral, médical, culturel, politique, religieux, etc. Oreille nue ! Rien ne précède l’écoute pure. Elle est sans catégories, sans classement, sans hiérarchie, sans comparaison, que ce soit à des normes, à des modèles, à tel autre. ».

Dans "L’Écoute" (1989), il se faisait petite souris : « Écouter, c’est être là, l’oreille ouverte, et laisser dire ce qui se dit. ». Sans omettre certaines prises de conscience : « Car s’il veut se faire entendre, c’est, sans doute, pour pouvoir enfin s’entendre lui-même. ».







Et puis écrire. Il a écrit beaucoup d’ouvrages. J’en ai compté au moins soixante-trois depuis 1963. Il en publiait environ un par an. Le dernier fut "Un Chemin sans chemin" chez Bayard, le 31 août 2016. Un prochain à paraître, collectif, le 20 avril 2018, parce que c’est peut-être à la "mode" en ce moment, "Mai 68 raconté par des catholiques" (aux éditions du Temps présent), avec la collaboration, notamment, de Mgr Jacques Gaillot. Ses livres ont paru, pour le plus grand nombre, aux éditions Desclée de Brouwer (DDB), certains chez Albin Michel, L’Harmattan, Le Cerf, Seuil, et les derniers chez Bayard. Traduits dans de nombreuses langues (anglais, allemand, espagnol, italien, néerlandais, portugais, et même chinois).

En plus, il a publié de nombreux articles dans plusieurs revues, notamment "Christus" (revue jésuite), "Études", "Esprit", "La Revue Française de Psychanalyse", "Autrement", "La Vie spirituelle", "Lumière & Vie", "Croire aujourd’hui", "Cahiers universitaires catholiques", etc. et a participé à de très nombreuses conférences, rencontres, etc. qui lui permettait d’être au contact avec la réalité humaine de son temps. Par ailleurs, il a enseigné à l’Institut Catholique de Paris, à la chaire de théologie pratique, jusqu’en 1990.

Les titres de ses ouvrages montrent beaucoup d’originalité et d’inventivité. Les ouvrages sont essentiellement des essais, parfois très difficiles à lire, mais qui peuvent aussi avoir un petit arrière-goût de mysticisme en raison d’un style parfois très poétique, mélodieux, harmonieux, souvent enthousiaste, et toujours optimiste malgré les noirceurs du monde (l’une de ses plus belles expressions est "divine douceur"). Malgré cette masse d’écrits, il n’était pas très présent médiatiquement parce qu’il ne courait ni après la célébrité (fébrile vanité) ni après l’audience même s’il avait réussi à rassembler des lecteurs fidèles et exigeants dans des expériences de partage.

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David Roure, du journal "La Croix", a écrit le 31  janvier 2015, dans un compte-rendu de lecture, qu’un livre de Maurice Bellet n’est jamais une « belle analyse bien structurée » : « Car Bellet n’écrit pas ainsi, mais par intuitions successives qui peuvent paraître parfois (mais pas toujours !) à son lecteur comme de lumineuses fulgurances. (…) Il montre magnifiquement avec sa prose inclassable qu’une pensée à la fois d’une fine intelligence et d’une liberté absolue reste toujours possible de nos jours… ».

Ses livres plus connus et les plus marquants sont "Le Dieu pervers" (éd. DDB) publié le 18 juin 1979, "L’Épreuve ou le tout petit livre de la divine douceur" (éd. DDB) publié en septembre 1987, "L’Écoute" (éd. DDB) publié le 31 juillet 1989, "Incipit ou le commencement" (éd. DDB) publié le 7 octobre 1992 et "Minuscule traité acide de spiritualité" (éd. Bayard) publié le 16 septembre 2010.

Seyed Djamal Moussavi Chirazi, de l’Université Shahid Chamran, a écrit le 1er mai 2007 sur l’écriture de Maurice Bellet dans un article publié dans la Revue des Études de la Langue Française. Il a constaté : « Bellet s’en prend d’abord aux chrétiens et surtout à leur langage traditionnel. ». Et il a expliqué que le langage était l’un des enjeux de réflexion de Maurice Bellet : « Il cherche à transposer ses idées religieuses au public contemporain. Pour construire un langage convenable, toute l’attention de Maurice Bellet est centrée sur les différents aspects de la modernité, qui a perdu son lien avec le sacré, avec le divin. (…) C’est pourquoi tout l’effort de l’auteur est centré sur les diverses fonctions du langage religieux et ce que ce langage peut dire par rapport à la psychanalyse, à la politique, à la philosophie et en d’autres domaines. Autrement dit, il essaie de parler à autrui dans sa propre langue ; et plus il écrit, plus il renonce à son langage premier, celui des croyants. L’enjeu est la communication avec autrui, la compréhension réciproque, par conséquent, la nécessité d’un langage neuf. ». Souvent, Maurice Bellet essayait de dire la même chose de plusieurs manières différentes afin de toucher plus de monde.

Ce n’était pas la première fois que Seyed Djamal Moussavi Chirazi avait travaillé sur l’œuvre de Maurice Bellet puisqu’il avait soutenu sa thèse de doctorat en langue et littérature française en septembre 1999 à l’Université de Nancy-2 avec pour sujet : "L’évolution de l’écriture de Maurice Bellet". Pas la seule thèse sur Maurice Bellet puisque, par exemple, Daniel Lagacé-Roy a soutenu sa thèse de doctorat en théologie en juillet 2003 à l’Université de Montréal sur : "L’expérience du point-lieu chez Maurice Bellet. Étude d’un parcours discursif".

L’essayiste chrétien Jean-Jacques Guillebaud a considéré Maurice Bellet comme parmi « les héritiers de cette longue chaîne de mystiques, hommes ou femmes » : « Eh c’est bien grâce à eux que l’Église échappe sans cesse à la sclérose et que le message ne s’affadit pas. ». Isabelle Francq, de l’hebdomadaire chrétien "La Vie", était encore plus catégorique en écrivant le 2 novembre 2006 ceci : « Sans Maurice Bellet, le christianisme français contemporain ne serait pas le même : l’un des premiers, il a su établir un pont entre la psychanalyse et l’Évangile, à mille lieux d’un insipide mélange des genres qu’il déplore. Sa vie et son œuvre ouvrent une voie à qui accepte d’entendre l’appel du Christ comme une invitation à traverser ses ombres et ses doutes. Au risque de s’éloigner des certitudes établies et bien pensantes. ». Se confiant à "La Vie", Maurice Bellet précisait : « J’occupe un lieu charnière, intercalaire. Ce qui peut être dangereux si l’on manque de rigueur. À trop mélanger religion et psychanalyse, on peut obtenir une spiritualité freudienne vaseuse. » (2 novembre 2006).







Maurice Bellet n’a jamais cessé de poursuivre au mieux ses réflexions en interaction avec les autres. Déjà le 2 novembre 2006, il craignait la brièveté de son espérance de vie : « J’ai peur de ne pas avoir le temps de faire tout ce que j’aimerais. » ("La Vie"). Ses pensées restaient bien ancrées dans ce besoin de continuer son œuvre. Pas dans le sens prétentieux du terme, car il n’avait vraiment rien à étaler, rien à montrer. Plutôt dans le sens d’affiner son raisonnement, sa pensée, de préciser, de compléter, de mettre à jour, de mieux ordonner, de mieux faire comprendre, de donner toujours plus de cohérence, de mieux s’inspirer des autres.

Prêtre, philosophe, théologien, psychanalyste, économiste, écrivain et conférencier, il a cherché à prendre la substance de la moelle de la réalité et de la malaxer avec Dieu et avec la mémoire et la souffrance des hommes. L’idée était ambitieuse car elle aurait voulu tenir compte de tout, même des sciences, même de l’humain, surtout de l’humain, et c’était en même temps une ambition modeste car il n’avait rien à dicter, rien à conseiller, rien à vendre à personne. Juste à écouter. Juste à parler. Juste à donner des mots. À prêter des mots aux détresses.

Le 1er juin 2008, Maurice Bellet expliquait ses débuts : « Les temps étaient difficiles : songez qu’au grand séminaire de Paris où j’ai fait mes études, le portrait de Pétain trônait dans le hall tandis qu’une sentinelle allemande était postée à l’entrée… ambiance ! ».

Dans sa pensée, il a réuni trois ingrédients à ce qu’il appelait la déflagration, la foi, la philosophie (comme expérience spirituelle) et la psychanalyse : « En travaillant sur ces trois domaines à la fois, j’essaye de voir quel chemin d’humanité possible se dessine. (…) Un chemin qui permet de s’attaquer à la grande question : comment l’humanité peut-elle survivre  et comment l’homme peut-il supporter sa propre condition ? (…) Avec d’autres chercheurs et penseurs, je constate en effet qu’il y a en ce monde une détresse telle… que nous ne la voyons plus. Cette maladie dangereuse, car souterraine, se traduit par des symptômes inquiétants, ceux d’un individualisme poussé à l’extrême. Ainsi les désastres écologiques que nous connaissons ou encore l’incroyable écart entre un Bill Gates et un paysan de la Haute Égypte, autrement dit, la fracture entre le Nord et le Sud. Sans oublier la "perversion ordinaire", soit les perturbations psychiques qui affectent de nombreux jeunes : privés de la moindre notion de limite et de repère, ceux-ci se livrent à toutes sortes d’envies spasmodiques et compulsives… dont la violence. (…) Or je le répète, le lieu où l’on peut déceler cette maladie afin d’y faire face, c’est bien la philosophie, la religion par la théologie et la psychanalyse. Voilà mon travail et mon engagement tout à la fois intellectuel, spirituel et existentiel. ».

Un lecteur de "La Traversée de l’en-bas" (éd. Bayard), livre sorti le 29 septembre 2005 sur la dépression, lui a écrit ces mots très précieux : « Pour moi, il n’y a pas de traversée, mais je vous remercie d’avoir écrit ce livre, car je suis comme le prisonnier qui, dans sa cellule, entend frapper contre le mur : il sait qu’il n’est pas seul. ». Et Maurice Bellet de commenter : « Mes écrits et mes conférences n’ont pas d’autre ambition que d’aider les gens à mettre des paroles sur leur vie, de manière qu’ils puissent effectivement la vivre (…). Bien entendu, je n’ai pas la prétention de m’adresser à tout le monde ! ».

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Je propose ici une première citation très belle d’un de ses livres, "L’Épreuve ou le tout petit livre de la divine douceur" (1987), qui pourrait accompagner par exemple la disparition d’un être cher après une maladie invalidante… Il ne parle pas des "sans dents" mais des "sans force et sans pouvoir".

« Ô vous, dont j’étais, dont je suis, les écartés, les allongés, les promis à la mort, les sans force et sans pouvoir, à tout être humain vivant, il est permis d’être le sel de la terre.
Il lui suffit d’aimer, autant qu’il peut, la divine douceur. Il lui suffit, dans l’océan de trouble et de douleur, d’une goutte de cette eau pure.
Alors, à la mesure même de son abîme, fût-ce le désespoir et la folie, sa vie humaine s’élève à la vie divine, qui est la vie humaine enfin libre de l’horreur et du démoniaque, libre en sa source et son principe.
Alors, tout humain peut ouvrir la bouche, pour nourrir sa grande faim et donner sa parole au monde.
Car tel est le mot de la divine douceur, le premier et le dernier, elle ne dit rien d’autre : il n’y a pas de bouche inutile. »

La dernière phrase est très forte : IL N’Y A PAS DE BOUCHE INUTILE !
Même si on est un accidenté de la vie, ou de la naissance, malade, en situation de handicap, dépressif, etc.

Il avait écrit tout ce livre sur son lit d’hôpital alors qu’il était profondément malade dans les années 1980 : « En écrivant ce livre (…), j’ai tâché de montrer qu’au sein même de la souffrance, de la douleur et de la dépendance… il est possible de vivre dans cet état de profonde paix, miséricordieuse et rassérénante (…) Une divine douceur qui nous invite ainsi à quitter la voie de la tristesse et de la cruauté pour passer sur un chemin de joie et de grâce. ».

Les obsèques de Maurice Bellet auront lieu mardi 10 avril 2018 à 11 heures à la chapelle de la Maison Marie-Thérèse, au 277 boulevard Raspail, dans le quatorzième arrondissment de Paris, célébrées par son ancien élève, le père Dumas, aumônier de l'hôpital Sainte-Anne, qui lui a donné le sacrement des malades le 4 avril 2018. L'inhumation se fera au cimetière de Montparnasse.

Dans un prochain article, je proposerai d’autres citations très intéressantes de Maurice Bellet tirées de sa vaste œuvre, à la fois originale, littéraire, académique et religieuse. Il va beaucoup manquer. J’ai une pensée émue pour tous ceux pour qui Maurice Bellet était un des phares dans leur vie, qu’ils se rappellent que la pensée résistera aux temps et qu’il restera le souvenir des paroles et la pérennité des écrits.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel de Maurice Bellet.
Maurice Bellet.
Quelques citations de Maurice Bellet.
Le philosophe Alain.
Paul Ricœur.
Emmanuel Levinas.
Sigmund Freud.
Simone Weil.
Étienne Borne.
Edgar Morin.
Aimé Césaire.
Roland Barthes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180405-maurice-bellet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/maurice-bellet-emigre-sur-l-autre-203132

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/04/07/36299321.html



 

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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 03:29

« Votre Majesté sérénissime et Vos Seigneuries m’ont demandé une réponse simple. La voici sans détour et sans artifice. À moins qu’on ne me convainque de mon erreur par des attestations des Écritures ou par des raisons évidentes, car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu’il est évident qu’ils se sont souvent trompés et contredits, je suis lié par les textes des Écritures que j’ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me vienne en aide. Amen. » (Luther à Charles-Quint le 19 avril 1521 à Worms).


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Il est des dates symboliques et ce mardi 31 octobre 2017 l’est particulièrement : il y a cinq cents ans, le moine catholique Martin Luther publia un document appelé ses "95 thèses" qui se voulait la base d’une longue discussion théologique entre intellectuels et religieux (une "dispute théologique"). À l’époque, il n’y avait pas de télévision, ni de presse, ni de radio, ni d’Internet bien sûr, et le débat public se faisait beaucoup plus lentement dans les salons et les cours, avec un seul vecteur, l’imprimerie.

Cette date marque le début de la Réforme protestante. Curieusement, le pape François, car ardent défenseur de l’œcuménisme (dialogue entre les différents courants du christianisme), a participé à la première cérémonie de ce demi-millénaire qui a eu lieu le 31 octobre 2016 à la cathédrale de Lund, en Suède. Cette participation était la conclusion d’une étude commune rapportée en 2013 sur le thème : "Du conflit à la communion : commémoration commune luthérano-catholique de la Réforme en 2017". Le patriarche (orthodoxe) de Constantinople Bartholomé Ier s’est, lui aussi, déplacé pour cette commémoration en Allemagne, le 29 mai 2017 à Wittenberg et à Tübingen. Ce déplacement rappelait que les luthériens avaient engagé un dialogue constructif avec les orthodoxes dès 1573.

Avec le recul historique de tous ces siècles, les guerres de religions très meurtrières entre catholiques et protestants qui ne furent réglées, en France, que par la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité, principe de neutralité religieuse adoptée par l’État républicain, mais aussi les révolutions industrielles qui ont donné un avantage marchand aux nations majoritairement protestantes sur les catholiques, on pourrait comprendre la distinction religieuse et économique de ces deux courants chrétiens. Et pourtant, on pourrait presque dire qu’en cinq siècles, l’Église catholique s’est, elle aussi, profondément "réformée".

La lecture des "95 thèses" de Luther est assez fastidieuse et elles semblent parfois très archaïques. Pas les thèses elles-mêmes, mais les sujets. Beaucoup d’elles évoquent les "indulgences" qui étaient souvent l’objet de trafics pas très "catholiques" qui maintenaient certains religieux dans un pouvoir temporel qui n’était pas le leur et n’aurait jamais dû être le leur. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si la Suisse a accueilli favorablement les premiers protestants, car ce commerce des indulgences faisait sortir beaucoup d’argent de ce pays.

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Rappelons très sommairement qui était Luther : Martin Luther est né le 10 novembre 1483 à Eisleben, en Allemagne, plus précisément en Thuringe (dépendant du grand-électeur de Saxe). Poussé par son père devenu bourgeois par l’exploitation minière, il fit des études supérieures à Erfurt, mais au lieu d’étudier le droit comme voulu par son père, il étudia la théologie et la philosophie. Le 2 juillet 1505, il a cru mourir par la foudre venue le frapper très proche et s’est promis de devenir moine s’il en réchappait. Quinze jours plus tard, il entra chez les Augustins à Erfurt. Son père fut désespéré de voir son fils aîné avec tant de talent devenir moine ("fainéant" !). Luther fut ordonné prêtre en 1507 et enseigna la théologie à Erfurt, puis à Wittenberg après avoir soutenu sa thèse de doctorat en théologie en 1512.

Martin Luther cherchait d’abord une voie pour le salut de son âme, la sienne et celle des hommes en général. Il trouva dans l’épître de saint Paul aux Romains (texte écrit à Corinthe vers l’an 58) une grande source de foi et de réflexion : « Alors, je commençai à comprendre que la "justice de Dieu" est celle par laquelle le juste vit du don de Dieu, à savoir de la foi, et que la signification était celle-ci : par l’Évangile nous est révélée la justice de Dieu (…), par lequel le Dieu miséricordieux nous justifie [nous justifie = nous transforme en serviteurs de Dieu] par la foi (…). Alors, je me sentis un homme né de nouveau et entré, les portes grand ouvertes, dans le paradis même. À l’instant même, les Écritures m’apparurent sous un autre visage. ». Seule la foi libérait et sauvait. Les indulgences qui avaient la prétention de résoudre tout ne résolvaient rien, ne servaient en aucun cas le salut.

Autrement dit, l’essentiel, pour Luther, était de se baser sur la Bible et les textes, et pas sur une sorte de hiérarchie de l’Église. Cette idée remettait en cause l’autorité du pape. En effet, lorsque le pape Jules II (1443-1513), puis son successeur Léon X (1475-1521), fils de Laurent de Médecis, décidèrent de construire la basilique Saint-Pierre de Rome en la finançant par des ventes des indulgences, le conflit commença.

Révolté par la méthode, Luther a écrit le 31 octobre 1517 une lettre au futur cardinal Albert IV de Brandebourg (1490-1545), prince-électeur et archevêque de Mayence depuis 1514, qui soutenait l’initiative pontificale, pour lui demander de ne pas se prêter à cette mascarade financière, et il a complété sa lettre par ses "95 thèses" dont l’un des objectifs était d’arrêter les abus de certains religieux dans le commerce des indulgences. Le matin même, Luther aurait placardé sur les portes de l’église de la Toussaint à Wittenberg ce document théologique (pratique qui était assez courante à l’époque).

Cet affichage dans l’église n’a pas été authentifié d’un point de vue historique (douteux car il n’aurait résidé à Wittenberg qu’à partir de 1518 ; plausible car en affichant la veille de la Toussaint, il pouvait s’assurer une forte audience), mais ce qui est sûr, c’est que ses "95 thèses" furent envoyées et diffusées un peu partout en Europe et sont devenues un sujet de polémique publique jusqu’au Vatican prévenu par l’archevêque Albert de Brandebourg.

Au-delà des indulgences, Luther remettait en cause beaucoup de dogmes, comme celui du Purgatoire. Il remettait en cause l’autorité du pape et estimait qu’il fallait se focaliser sur les enseignements de la Bible et pas les directives de la hiérarchie catholique.

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La réaction pontificale fut assez rapide : le pape Léon X chercha par tous les moyens la rétractation de Luther. Entre octobre 1518 et octobre 1520, il adopta une attitude conciliante, lui proposant d’arrêter sa campagne contre les indulgences et lui promettant d’être protégé de ses adversaires comme Albert de Brandebourg. Mais Luther était au contraire très remonté par ses opposants (notamment Johannes Eck) et renforça sa défiance avec le pape, rejetant par exemple l’infaillibilité des conciles.

Léon X publia le 15 juin 1520 la bulle pontificale "Exsurge Domine" titrée explicitement : "Bulle contre les erreurs de Martin Luther et ses disciples". Elle fut une réponse aux "95 thèses" de Luther en lui demandant de rectifier 41 points, sous peine d’excommunication, en lui imposant un délai, jusqu’au 10 décembre 1520.

À cette date, par provocation, au lieu de "rectifier" (et de se soumettre à l’ultimatum), Luther brûla publiquement à Wittenberg son exemplaire de la bulle pontificale et aussi son exemplaire du droit canon. Il répondait ainsi à l’autodafé de ses livres fait par le théologien Johannes Eck (1486-1543), l’un des principaux contradicteurs de Luther et participant à la "disputatio" de Leipzig, grand débat universitaire théologique qui s’est déroulé du 27 juin au 15 juillet 1519 à l’Université de Leipzig (où participait également Luther) et qui formalisa les grandes différences doctrinales entre les catholiques et les (futurs) protestants.

La conséquence en fut que, par la bulle "Decet Romanum Pontificem" publiée le 3 janvier 1521, Léon X excommunia Martin Luther. Depuis la fin du XXe siècle, plusieurs théologiens catholiques et luthériens ont essayé de faire pression sur le Vatican pour annuler cette excommunication. La dispute théologique évolua alors en une affaire géopolitique.

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Dans une logique de confrontation totale, Léon X voulait que le Saint-Empire Romain Germanique le proscrivît en l’excluant du ban (de l’ensemble des sujets justiciables), ce qui avait pour conséquence la confiscation des biens et la possibilité d’être assassiné impunément. Cette procédure était aussi la suite logique d’une excommunication, mais elle nécessitait une instruction (avant 1519, la mise au ban était automatique).

Le tout jeune nouvel empereur Charles-Quint (1500-1558), il venait de prendre le titre le 28 juin 1519 à seulement 19 ans (sacré à Aix-la-Chapelle le 23 octobre 1520), convoqua Luther le 18 avril 1521 devant la Diète impériale de Worms, en Rhénanie-Palatinat, où se déroulait l’assemblée générale des États présidée par l’empereur du 28 janvier au 26 mai 1521. Devant l’empereur, Luther refusa de renoncer à ses "95 thèses" et lui déclara le 19 avril 1521 très clairement : « Je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. ». Son "procureur" Johannes Eck lui répondit : « Martin, il n’y a aucune des hérésie qui ont déchiré le sein de l’Église, qui n’ont pas eu pour origine les différentes interprétations des Écritures. ».

Les cinq journées suivantes furent consacrées à des concertations privées pour savoir ce qu’il allait advenir de Luther. Charles-Quint décida finalement le 26 mai 1521, par l’Édit de Worms, que Luther était hors-la-loi, interdit d’écrire, et en état d’arrestation : « Nous interdisons à toute personne, dès maintenant, d’oser, en paroles ou en actes, de recevoir, défendre, soutenir ou favoriser ledit Martin Luther. Au contraire, nous voulons qu’il soit appréhendé et puni comme un hérétique notoire, comme il le mérite (…) Nous déciderons la manière appropriée d’agir contre ledit Luther. Ceux qui aideront à sa capture seront récompensés généreusement pour leurs bons efforts. ». Dans les États allemands, il était ainsi interdit d’aider, d’héberger et même de nourrir Luther, ainsi que lire, posséder ou imprimer ses écrits, sous peine d’être considéré comme un criminel passible de mort.

Martin Luther bénéficia cependant une grande popularité et surtout, du soutien de Frédéric III le Sage (1463-1525), prince-électeur de Saxe, qui avait fait un rêve prémonitoire le jour même du 31 octobre 15167, sur Martin Luther et sur le théologien tchèque Jan Hus (1373-1415), prêtre et recteur de l’Université de Prague, considéré comme hérétique notamment pour sa condamnation du trafic des indulgences, excommunié le 21 février 1411 par le pape Grégoire XII et supplicié le 6 juillet 1415 à Constance (avant de mourir brûlé vif, il aurait déclaré de manière prophétique : « Ils peuvent tuer l’oie [hus], mais dans cent ans, apparaîtra un cygne qu’ils ne pourront brûler. »). L’affiche du centenaire a repris l’évocation du rêve de Frédéric III le Sage.

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Luther n’a pas connu le triste sort de Jan Hus car imaginant le pire, Frédéric III le Sage l’avait heureusement "exfiltré" dès le 4 mai 1521 et mis en lieu sûr au château de Wartburg (près d’Eisenach) qu’il quitta le 6 mars 1522. Il retourna vivre au cloître de Wittenberg.

Tout en traduisant la Bible en allemand (il acheva ce long travail en 1534), Martin Luther continua à réfléchir et écrire sur la foi et la religion. Il considérait que le salut se faisait par la foi seule et pas par les bonnes œuvres ou par les sacrements, et il contestait tous les dogmes de l’Église qui n’étaient pas explicitement dans les Écritures.

Pendant ces années, la Réforme se propagea dans les États allemands au point d’en devenir un ciment politique, et Charles-Quint, en guerre contre la France de François Ier, avait du mal à être très présent sur ce sujet. À la Diète impériale de Spire (Speyer) du 25 juin au 27 août 1526, plusieurs princes et plusieurs cités impériales "protestèrent" contre l’application de l’Édit de Worms et plusieurs sujets furent abordés dans les débats, notamment les indulgences, le mariage des prêtres (sujet récurrent) et la célébration par des laïcs (non ordonnés) d’une partie du culte. Charles-Quint (absent des débats) fit répondre que l’urgence était de répondre à la révolte des paysans en améliorant leurs conditions de vie et que les sujets religieux devaient être traités par les princes eux-mêmes dans leur État : « Chaque État doit vivre, gouverner et croire comme il peut espérer, et avoir confiance pour répondre devant Dieu et sa Majesté impériale. ».

Je m’arrête un instant sur le soulèvement des paysans en Allemagne de 1524 à 1525 et sur la réaction de Luther qui a été critiqué pour avoir donné une religion aux princes et pas au peuple. Cette révolte se retournait contre les princes allemands qui avaient soutenu le théologien hérétique, si bien que Luther leur conseilla de la mater le plus fermement possible dans un texte titré "Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans" : « Tous ceux qui le peuvent doivent assommer, égorger et passer au fil de l’épée, secrètement ou en public, en sachant qu’il n’est rien de plus venimeux, de plus nuisible, de plus diabolique qu’un rebelle (…). Ici, c’est le temps du glaive et de la colère, et non le temps de la clémence. Aussi, l’autorité doit-elle foncer hardiment et frapper en toute bonne conscience, frapper aussi longtemps que la révolte aura un souffle de vie. (…) C’est pourquoi, chers Seigneurs, (…) poignardez, pourfendez, égorgez à qui mieux mieux. » (avril 1525). Ces soulèvements ont fait une centaine de milliers de victimes.

Il avait la même haine contre les sorcières car il était indiqué dans la Bible : « Tu n’accepteras pas de laisser vivre une sorcière. » (Exode, 22:17), si bien que dans son sermon du 25 août 1538, il n’hésita pas à dire : « Vous ne devez pas avoir de pitié pour les sorcières ; quant à moi, je les brûlerais ! ». De même, après une période de tolérance, Luther fut fortement antisémite à la fin de sa vie et prôna en 1543, dans un écrit incendiaire "Des Juifs et de leurs mensonges" la recommandation de tuer les rabbins s’ils continuaient à enseigner le judaïsme et de brûler les synagogues, ce qui en fit un texte très apprécié des nazis quatre siècles plus tard. Ce sujet précis mériterait un long développement et une réflexion contradictoire.

Revenons à Spire en 1526. Même si ce n’était pas du tout une décision d’accorder la liberté religieuse (Charles-Quint voulait l’application stricte de l’Édit de Worms), la décision de la Diète de Spire était une suspension temporaire (de l’accusation d’hérésie de Luther) pour calmer les princes (le conseil qui devait prendre position sur le sujet avait été repoussé par la suite à une vingtaine d’années !). La proximité des Turcs qui menaçaient le Saint-Empire et les différents entre l’empereur catholique et le pape Clément VII (1478-1534), cousin de Léon X, renforcèrent la cause protestante et la tolérance des catholiques allemands.

Cette non décision de Charles-Quint à Spire en 1526 fut effectivement considérée comme un encouragement au protestantisme. Lors de la Diète impériale d’Augsbourg réunie du 20 juin au 19 novembre 1530, Charles-Quint fut au contraire plus offensif. Les princes protestants lui présentèrent le 25 juin 1530 la "Confession d’Augsbourg" rédigée en partie par Luther et notamment un de ses disciples, le théologien Philippe Mélanchthon (1497-1560), universitaire de Wittenberg (et le créateur du mot "psychologie"). Ce texte fondateur composé de 28 articles exposa la doctrine de Luther : le salut vient de la foi, chaque fidèle est prêtre (égalité par le baptême) et la Bible est la seule autorité. Le 3 août 1530, les théologiens catholiques réfutèrent ce texte à Augsbourg et les luthériens répondirent le 22 septembre 1530, mais trop tard car Charles-Quint avait déjà proscrit le texte. Il donna aux princes protestants jusqu’au 15 avril 1531 pour se soumettre au catholicisme (et à l’empire).

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Luther recommanda dès le 20 septembre 1530 aux princes protestants de ne pas transiger avec les catholiques et de se préparer à la guerre. Une ligue des princes protestants allemands s’est alors constituée sous la houlette de Philippe Ier de Hesse (1504-1567) et de Jean-Frédéric Ier de Saxe (1503-1554). La Confession d’Augsbourg fut complétée par un autre texte, la Concorde de Wittenberg rédigée principalement par Philippe Mélanchthon et proclamée le 26 mai 1536 sur la base sur des discussions du concile réunissant tous les théologiens réformés (Allemagne et Suisse) entre le 21 et le 28 mai 1536 à Wittenberg. Ce texte a permis l’unité des théologiens réformés, y compris Jean Calvin (1509-1564), ce qui renforça leur puissance politique et militaire.

Les hostilités ne commencèrent réellement qu’à l’occasion du Concile de Trente convoqué le 22 mai 1542 par le pape Paul III (1468-1549), le pape qui a encouragé la création de la Compagnie de Jésus (les Jésuites) le 27 septembre 1540 et qui a condamné et interdit l’esclavage (lettre "Vertias ipsa" du 2 juin 1537). Le Concile de Trente se déroula du 13 décembre 1545 au 4 décembre 1563, pour répondre à la Réforme et chercher à retrouver l’unité des chrétiens. Mais il fut surtout le concile de la Contre-Réforme ; dès le 8 avril 1546, les pères conciliaires s’opposèrent très fermement aux doctrines protestantes (alors que Charles-Quint et Paul III souhaitaient des positions plus mesurées et auraient accepté une certaine évolution doctrinale).

En juin 1546, Charles-Quint envoya une armée contre les États du Saint-Empire qui ne reconnaissaient pas le Concile de Trente. Il a eu d’abord le dessus entre 1547 et 1551 mais, à cause de l’offensive de Maurice de Saxe (1521-1553), qui, invité à participer à une nouvelle session du Concile de Trente, attaqua les troupes impériales, l’empereur se trouva contraint à accorder la liberté religieuse aux protestants le 2 août 1552 (Paix de Passau).

Après une dizaine d’années de combats, la Paix d’Augsbourg signée le 25 septembre 1555, entre les États allemands protestants et les États allemands catholiques et l’empire, formalisa l’acceptation des princes protestants au sein du Saint-Empire. Son principe fut "cujus regio, ejus religio" (le prince de l’État détermine la religion de l’État). On peut comprendre alors pourquoi le libéralisme a pu éclore quelques siècles plus tard dans les pays protestants où la liberté et la tolérance religieuses avaient été conquises.

Charles-Quint avait donc échoué dans le maintien de l’unité catholique de son empire, ce qui l’amena à abdiquer et à laisser le 16 janvier 1556 la couronne impériale à son frère Ferdinand Ier (1503-1564) qui avait présidé la Diète de Spire en 1526 et qui, quoique catholique, fut beaucoup plus tolérant vis-à-vis des protestants. Cette paix dura jusqu’à ce qu’une majorité de grands-électeurs (à cause d’un retournement de la Bohême) fût capable d’élire le 28 août 1619 un empereur romain germanique …protestant. Ce fut la Guerre de Trente Ans (du 23 mai 1618 au 24 octobre 1648) qui décima entre 4 et 8 millions de victimes (principalement dans le Saint-Empire). Mais c'est une autre histoire !...

Quant à Luther lui-même, il est revenu sur ses vœux monastiques (en estimant que ces vœux n’avaient aucune valeur dans "De votis monasticis" publié en 1521) et s’est marié le 26 juin 1525 avec Catherine de Bore (1499-1552), religieuse qui fut protégée par la femme du peintre Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), ami de Martin Luther et de Philippe Mélanchthon. Ils ont eu six enfants. Très malade, Luther est mort à 62 ans le 17 février 1546 (à Eisleben, mais il avait vécu à Wittenberg).

L’influence de Luther fut historiquement très importante puisque la plupart des États allemands sont devenus protestants, la Suède l’est devenue en 1544, et même en Angleterre, la reine Élisabeth Ie créa l’anglicanisme en 1559. Parallèlement à Luther dans les États allemands, Ulrich Zwingli (1484-1531) à Zurich, Martin Bucer (1491-1551) à Strasbourg et Jean Calvin à Paris et à Genève propagèrent les idées de la Réforme protestante en Europe.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


(Les trois représentations de Martin Luther de cet article proviennent de Lucas Cranach l’Ancien).

Pour aller plus loin :
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
Le coup de Jarnac.
Concini.
La révocation de l’Édit de Nantes.
Philippe V.
François Ier.
Louis XIV.
Lully.
L’émigration irlandaise.
La laïcité française depuis 1905.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171031-luther.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-demi-millenaire-du-198118

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/10/27/35809530.html


 

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 03:59

« Vous connaissez certainement ce saint. C’est l’une des plus grandes figures de l’Église et de l’Histoire. Il est le protecteur des journalistes et des publicistes parce qu’il rédigea lui-même une première publication périodique. Nous pouvons qualifier d’œcuménique ce saint qui écrivit les "Controverses" afin de raisonner clairement et aimablement avec les calvinistes de son temps. Il fut un maître de spiritualité qui enseigna la perfection chrétienne pour tous les états de vie. Il fut sous ces aspects un précurseur du IIe Concile œcuménique du Vatican. Ses grands idéaux sont toujours d’actualité. » (Paul VI, le 29 janvier 1967).


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Dans le château de Sales, à Thorens-Glières (pas loin d’Annecy), dans le Duché de Savoie, il y a quatre cent cinquante ans, le 21 août 1567, est né François, fils aîné de François, seigneur de Sales, de Boisy et de Novel, et de Françoise de Sionnaz, fille du seigneur de la Thuile et de Vallières. François junior, plus connu maintenant sous le nom de saint François de Sales, était issu de familles de la noblesse savoyarde bien ancrée sur ses terres, à une époque où la Savoie n’était pas encore française. Son prénom, le même que celui de son père, fut un hommage rendu à saint François d’Assise en honneur duquel l’actuel pape François a choisi lui aussi son nom.

Il venait d’avoir 5 ans au moment du massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572). François de Sales a été un personnage clef de l’Église catholique à un moment crucial de l’histoire du christianisme.

Après le schisme provoqué par le mouvement de la réforme protestante, initiée par Luther mais aussi par Calvin à Genève, l’Église catholique a réagi par une "contre-réforme" qui fit démarrer l’identification au catholicisme. La création, le 15 août 1534 à Paris, des Jésuites par Ignace de Loyola (1491-1556), canonisé le 12 mars 1622, et le Concile de Trente, réuni du 13 décembre 1545 au 4 décembre 1563 sous cinq pontificats, y contribuèrent. Le Concile de Trente engagea un renouveau de l’Église, qui a créé les séminaires pour mieux former les prêtres, qui a réaffirmé l’importance tant des Écritures (sur les seules bases desquelles se fondent les protestants) que de la tradition, et qui a proposé la rédaction d’un catéchisme et le principe d’une mise à l’Index pour les livres interdits. Dès 1566, le pape Pie V a proposé ainsi aux fidèles un missel romain.

Parmi les acteurs majeurs du Concile de Trente, il y a eu le cardinal Charles Borromée (1538-1584), archevêque de Milan, canonisé dès le 1er novembre 1610 (fêté les 4 novembre), qui fut le modèle de François de Sales durant toute sa vie.

Alors qu’à l’âge de 11 ans, François de Sales voulait déjà devenir prêtre, sa famille, au contraire, comptait sur lui pour des ambitions plus temporelles et l’a envoyé au collège jésuite de Clermont à Paris (futur lycée Louis-le-Grand) pour y faire de brillantes études (français, latin,.grec, hébreu, rhétorique, théologie, philosophie, etc.). La France fut devenue pour lui rapidement une seconde patrie, après la Savoie. À la suite d’une quête mystique et angoissée sur la prédestination (professée par les calvinistes) à l’âge de 19 ans, il décida de consacrer sa vie à la foi chrétienne.

Il poursuivit ses études à Padoue où il a soutenu sa thèse de doctorat en théologie. Son père voulut en faire un seigneur, puis un mari, ce qu’il refusa, mais il ne lui refusa pas d’être avocat (à partir de 1592). Pendant quelques mois, François de Sales fut encore plongé dans ses hésitations entre une vie facile de noble et une vie austère de religieux. Le moindre doute disparut définitivement à l’âge de 25 ans. François de Sales est devenu diacre le 11 juin 1593 puis fut ordonné prêtre le 18 décembre 1593.

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Nommé prévôt du chapitre de Genève, il habitait à Annecy, siège de repli puisque Genève était occupé par les calvinistes. Au lieu de vouloir combattre les protestants par la violence, François de Sales voulait avant tout les convaincre par le dialogue : « C’est par la charité qu’il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu’il faut l’envahir, par la charité qu’il faut la recouvrer (…). Je ne vous propose ni le fer, ni cette poudre dont l’odeur et la saveur rappellent la fournaise infernale (…). Nous devons vivre selon la règle chrétienne, de telle sorte que nous soyons chanoines, c’est-à-dire réguliers, et enfants de Dieu non seulement de nom, mais encore d’effet. ».

Certaines zones du Duché de Savoie furent acquises aux calvinistes après une courte occupation des Suisses entre 1535 et 1564. Le duc Charles-Emmanuel Ier (1562-1630), duc de Savoie du 30 août 1580 au 26 juillet 1630, envoya alors François de Sales en mission dès le 9 septembre 1594 pour tenter faire reconvertir au catholicisme ces terres "perdues", en particulier le Chablais (autour de Thonon-les-Bains).

Les homélies de François de Sales furent cependant censurées par les protestants, ce qui conduisit le futur saint patron des journalistes à les publier régulièrement sur papier et à les placarder un peu partout en ville. En quelques années, François de Sales introduisit à Thonon-les-Bains le débat théologique contradictoire et restaura les messes publiques. Avec l’accord du pape Clément VIII (1536-1605), il entama même une discussion théologique avec le successeur de Jean Calvin (1509-1564), Théodore de Bèze (1519-1605), premier recteur, en 1559, de la future Université de Genève (à l’origine Académie de Genève). Son "credo" : « Les hommes font plus par amour et charité que sévérité et rigueur. ».

Après la réussite de sa mission (la reconquête catholique du Chablais sans la force), François de Sales fut nommé le 15 mars 1599 coadjuteur de son oncle, Claude de Granier (1538-1602), évêque de Genève, puis, lui succéda, à la mort de ce dernier, en se faisant ordonner, à l’âge de 35 ans, évêque de Genève le 8 décembre 1602 (établi toujours à Annecy), après avoir rempli quelques missions diplomatiques (le duché de Savoie et le royaume de France étaient en conflit et Annecy était une ville acquise au roi de France, Henri IV).

François de Sales a écrit plusieurs œuvres essentielles devenues des textes majeurs pour l’Église, en particulier son premier ouvrage au style facile à lire, "Introduction à la vie dévote" (écrit en 1608, à l’origine des lettres à sa cousine, et reçu avec beaucoup de succès, édité une quarantaine de fois en quelques années). Il a écrit aussi en 1615 son "Traité de l’amour de Dieu" et beaucoup d ‘autres textes qui traitent de la prière et de Dieu.

Toute sa vie, François de Sales, qui fut souvent chargé par le pape de quelques missions diplomatiques dans une époque troublée par les guerres de religion, prôna la force du dialogue sur la violence : « Il faut tout faire par amour, et rien par force. Il faut plus aimer l’obéissance que craindre la désobéissance. ».

Au-delà de son action religieuse, François de Sales, écrivain et orateur, a favorisé un véritable rayonnement culturel, au point de cofonder, à Annecy en début 1607, l’Académie florimontane, rassemblant l’élite intellectuelle de la Savoie, devenue le modèle pour la future Académie française fondée par Richelieu le 29 janvier 1935. Les travaux de l’académie s’arrêtèrent cependant dès 1610 en raison des emplois du temps surchargés de ses deux prestigieux animateurs, l’évêque de Genève et aussi le grand juriste Antoine Favre.

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Évoquant la personnalité du saint en faisant le compte rendu de la lettre apostolique du pape Paul VI à l'occasion du quatrième centenaire du "grand Docteur de l'Église", le journal "Nouvelliste du Rhône", premier quotidien valaisan du matin, l'a ainsi décrit, le 21 août 1967 : « Dans son ardent désir de promouvoir l'unité des chrétiens, saint François de Sales a su unir la bienveillance et la courtoisie du dialogue à la rigueur de l'exposé doctrinal. Il nous met ainsi en garde contre le faux irénisme, qui porterait atteinte à la pureté de la doctrine catholique. » (septième année, n°193)..

Renonçant ainsi à la vie facile de la noblesse, que sa famille lui procurait de naissance, François de Sales fut l’un des intellectuels les plus influents de son temps, très écouté notamment des rois de France Henri IV et Louis XIII, des politiques comme Lesdiguières et Richelieu, mais aussi des papes et de l’Église catholique en général. Il a rencontré en particulier le futur saint Vincent de Paul. le cardinal Henri de Gondi (qui lui proposa de devenir évêque de Paris), la future bienheureuse Marie de l’Incarnation (Barba Acarie), et surtout, la future sainte Jeanne de Chantal (veuve baronne), avec qui il a fondé, le 6 juin 1610, un nouvel ordre religieux, l’Ordre de la Visitation (de nos jours, cet ordre représente environ 3 000 religieuses réparties sur 155 monastères dans le monde).

Le travail spirituel de François de Sales fut rapidement reconnu par l’Église catholique puisque, mort à 55 ans le 28 décembre 1622, François de Sales fut béatifié le 8 janvier 1661 et canonisé le 19 avril 1665 par le même pape, un contemporain, Alexandre VII (1599-1667). Il fut déclaré par ailleurs, le 16 novembre 1877 par Pie IX, docteur de l’Église, "docteur de l’Amour", et déclaré, le 26 janvier 1923 par Pie XI, saint patron des journalistes, des éditeurs et des écrivains, fêté les 24 janvier.

Son frère Jean-François de Sales (1578-1635) lui succéda comme évêque de Genève. Sa famille, la maison de Sales, continua encore longtemps à influencer la vie franco-italienne puisque Cavour (1710-1861), Président du Conseil des ministres du royaume de Sardaigne du 4 novembre 1852 au 19 juillet 1859 et du 21 janvier 1860 au 23 mars 1861, puis Président du Conseil des ministres du royaume d’Italie du 23 mars 1861 au 5 juin 1861, un des pères de l’unité italienne avec Garibaldi, Mazzini et Victor-Emmanuel II, était un descendant des Sales par sa grand-mère paternelle Philippine, qui était l’arrière-petite-nièce de saint François de Sales.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 août 2017)
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Pour aller plus loin :
Saint François de Sales.
Les saints enfants de Fatima.
L’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998.
L’infaillibilité papale.
Pâques.
Le pape Formose.
La tunique d’Argenteuil.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Hommage à l'abbé Pierre.
Mère Teresa.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Concile Vatican II.
Jean XXIII.
Paul VI.
Jean-Paul II.
Benoît XVI.
Monseigneur Romero.
Sœur Emmanuelle.
Le dalaï-lama.
Jean-Marie Vianney.
Jean-Marie Lustiger.
Albert Decourtray.
Le Pardon.
La Passion.

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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 06:22

« À un certain moment, le soleil s’arrête, et puis recommence à danser, à tournoyer ; il s’arrête encore une fois, se remet encore une fois à danser, jusqu’au moment, enfin, où il paraît se détacher du ciel, et s’avancer sur nous. Ce fut un instant terrible ! » (témoignage sur le phénomène observé par des dizaines de milliers de personnes le 13 octobre 1917 et déclaré "miracle" le 13 octobre 1930 par l’Église catholique).



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Le pape François s’est rendu ces 12 et 13 mai 2017 à Fatima, au Portugal, site du pèlerinage qui célèbre les apparitions de la Vierge Marie. La première apparition a eu lieu il y a exactement un siècle, le 13 mai 1917, en pleine Première Guerre mondiale. Le pape François a canonisé le 13 mai 2017 deux des trois enfants engagés dans ces apparitions, Jacinta et Francisco Marto. Ils avaient été auparavant déclarés vénérables le 13 mai 1989 et furent béatifiés le 13 mai 2000 à Fatima par le pape Jean-Paul II.

On peut dire ce qu’on veut des canonisations et on peut croire ou pas aux miracles ou aux apparitions étranges, mais l’intérêt de cet événement, c’est avant tout de se pencher sur certaines personnes, souvent humbles (la plupart des personnes canonisées ne sont ni célèbres ni aisées), qui, parmi d’autres (beaucoup d’autres personnes sont oubliées), ont apporté leur petite pierre dans l’espérance humaine.

De quoi s’agit-il ? Du petit village de Fatima, au Portugal, à 130 kilomètres au nord de Lisbonne, en pleine campagne, habité par quelques centaines de personnes réparties sur plusieurs dizaines de hameaux. Le Portugal, pays très catholique, était passé le 5 octobre 1910 d’un royaume catholique à une république laïque avec des lois anticléricales qui pouvaient être comparées à celles de la IIIe République française de l’époque.

Trois personnes ont été concernées par les apparitions. On parle de bergers, mais il vaut mieux parler d’enfants, qui gardaient les moutons (l’école n’était pas obligatoire). La plus âgée était Lucia dos Sanstos, née le 28 mars 1907. Elle avait donc 10 ans. Elle était avec ses deux cousins, Francisco Marto, né le 11 juin 1908 (il avait 8 ans) et sa sœur, Jacinta Marto, née le 11 mars 1910 (elle avait 7 ans).

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Les trois enfants avaient déjà vu quelques apparitions, une lueur de forme humaine en 1915 et "l’ange de la Paix" trois fois en 1916 (au printemps, en été et en automne). Lucia, Francisco et Jacinta ont vu ensuite l’apparition d’une « dame toute vêtue de blanc » le dimanche 13 mai 1917 à midi, qui s’adressait à Lucia et qui leur donna rendez-vous chaque mois au même lieu même heure.

La discrétion n’était pas possible avec des enfants et tout le village a su très vite cet étrange phénomène. La mère de Lucia, qui l’adorait, lui en a beaucoup voulu et a cru qu’elle faisait son intéressante, elle l’a insultée pour cela. Le curé lui-même restait très dubitatif et ne voulait pas que l’Église en fût mêlée. C’est souvent le cas des "miracles", l’Église reste très prudente et craint une provocation ou un canular.

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Le mois suivant, le 13 juin 1917, la nouvelle apparition a dit à Lucia que ses cousins partiraient bientôt mais qu’elle, restée vivante, devrait étudier, s’instruire, pour témoigner et transmettre aux autres ce qu’elle était en train de vivre. Lors de cette deuxième apparition, plusieurs dizaines de curieux s’étaient joints aux enfants mais n’ont pas pu voir l’apparition, seuls les trois enfants l’ont vue. Les curieux ont vu pourtant que l’arbre sur lequel était perchée la Vierge avait un certain poids et lors du départ de l’apparition, l’arbre était allégé.

Le 13 juillet 1917 (un vendredi), la Vierge est apparue une nouvelle fois aux trois enfants, devant des milliers de curieux qui n’ont rien perçu. Elle leur a demandé de prier tous les jours pour que la guerre s’arrêtât. Elle leur aurait également révélé un secret en trois parties qui ne furent dévoilées que bien plus tard (j’y reviendrai dans un autre article).

Le gouverneur des lieux, anticlérical notoire, agacé par cette agitation religieuse et peu compréhensible, décida d’enfermer les trois enfants lors de la supposée quatrième apparition, le 13 août 1917 et il voulut connaître le secret du mois précédent. Des dizaines de milliers de pèlerins furent au rendez-vous du 13 août 1917, mais rien ne se passa, en l’absence des trois enfants qui furent finalement libérés deux jours plus tard. La Vierge leur est alors apparue le 19 août 1917 dans un pré, sans curieux et leur annonça un miracle prochain pour que les incrédules pussent croire.

Le mois suivant, le 13 septembre 1917, devant une foule encore plus grande, les trois enfants ont pu voir une nouvelle fois l’apparition de la Vierge. Le mois encore suivant, le 13 octobre 1917, alors qu’il pleuvait beaucoup, la foule, complètement trempée, toujours plus nombreuse (entre 50 000 et 100 000 personnes) a vu un "miracle", la pluie s’est arrêtée et le soleil est venu, tourna sur lui-même : « disque opaque tournant dans le ciel » et « jetant des lumières multicolores sur le paysage, les gens et les nuages environnants », puis se rapprocha même très près du sol pendant une dizaine de minutes avant de revenir à sa place normale. L’apparition annonça à Lucia la fin prochaine de la guerre et lui demanda de construire une chapelle en son honneur.

Le journaliste anticlérical Avelino de Almeida, qui ne croyait pas du tout aux apparitions précédentes, assista cependant à ce "miracle" et publia le 15 octobre 1917 dans son journal "O Século" un article exprimant sa fascination : « On voit l’immense multitude se tourner vers le soleil, qui apparaît au zénith, dégagé de nuages. Il ressemble à une plaque d’argent mat, et il est possible de le fixer sans le moindre effort. Il ne brûle pas les yeux. Il n’aveugle pas. On dirait qu’il se produit une éclipse. Mais voici que s’élève une clameur immense, et ceux qui sont plus près de la foule l’entendent crier "Miracle ! Miracle ! Merveille ! Merveille ! ". (…) Et l’on assiste alors à un spectacle unique et incroyable pour tous ceux qui n’en furent pas témoins. (…) Sous les yeux éblouis de cette foule, dont l’attitude nous transporte aux temps bibliques et qui, pâte d’épouvante et tête nue, regarde l’azur firmament, le soleil trembla ! Le soleil eut des mouvements brusques, jamais vus, et en dehors des lois cosmiques ! Le soleil "se mit à danser" selon l’expression typique des paysans ! (…) Il ne reste maintenant qu’une chose : c’est que des savants nous expliquent, du haut de leur compétence, la macabre danse solaire qui, aujourd’hui à Fatima, a fait jaillir des hosannas de la poitrine des fidèles, et qui, comme me l’affirment les gens dignes de foi, a laissé très impressionnés les libres-penseurs eux-mêmes, ainsi que d’autres personnes sans aucune préoccupation religieuse qui étaient accourues sur cette lande désormais célèbre. ».

Un autre témoin, médecin, affirma : « Non seulement on voyait le soleil tomber du ciel, mais on sentait l’augmentation de la chaleur avec l’approche du soleil, ce qui sécha vite les habits trempés des spectateurs, et donna à tous ceux qui assistèrent l’impression nette de cette fin du monde prédite dans l’Évangile. ».

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Le prêtre italien Jean De Marchi, chercheur, a tenté d’enquêter pendant sept années sur ce phénomène et a publié en 1952 son livre "The Immaculate Heart" où il constata : « Les personnes présentes étaient des croyants et des non-croyants, des vieilles dames pieuses et des jeunes hommes rebelles. Des centaines de personnes, de ces deux groupes, ont donné un témoignage formel. Les récits peuvent varier, des impressions ou des détails mineurs être confus, mais aucun, à notre connaissance, n’a directement nié avoir vu le prodige du soleil. ». Jean De Marchi écrivit aussi : « Les ingénieurs qui ont étudié ce cas ont estimé qu’une quantité incroyable d’énergie aurait été nécessaire pour assécher, en quelques minutes, les flaques d’eau qui avaient été formées sur le terrain, comme cela a été signalé par des témoins. ».

Les tentatives d’explication non surnaturelle de ce phénomène vu par des dizaines de milliers de personnes de bonne foi n’ont jamais vraiment abouti de manière convaincante (hallucination collective, permanence rétinienne, etc.). Cependant, si ce phénomène étrange fut observé par des personnes isolées, à une vingtaine de kilomètres des lieux, aucun télescope du même hémisphère nord n’a pu l’observer dans le monde. Certains envisagent, comme origine du phénomène, un parhélie qui est la réflexion et la réfraction du soleil dans les nuages.

Lucia a vu par la suite d’autres apparitions, les 15 juin 1921, 15 décembre 1925, 15 février 1926 et 13 juin 1929. Ses deux cousins, malades (atteints de la grippe espagnole), en virent aussi une en décembre 1918.

Comme beaucoup d’autres, la famille Marto fut victime de la grippe espagnole en 1918 mais a réussi à s’en remettre. Mais ses deux enfants firent une rechute le 23 décembre 1918. Francisco Marto est mort après une longue agonie à 10 ans le 4 avril 1919 (l’apparition lui avait annoncé qu’il allait beaucoup souffrir). Sa sœur Jacinta n’a pas pu assister à son enterrement car elle était elle-même trop malade et atteinte d’une pleurésie purulente, elle est morte après de longues souffrances le 20 février 1920.

Jacinta fut d’abord enterrée dans la ville nouvelle d’Ourem, puis ses restes furent transférés à Fatima le 12 septembre 1935 ; son corps, visible par l’ouverture du cercueil, ne sembla pas s’être décomposé. Ses cendres furent ensuite transférées le 1er mai 1951dans la basilique de Fatima construite entre temps, et celles de son frère Francisco furent transférées également le 13 mars 1952.

Le procès en béatification de Jacinta et Francisco s’est ouvert en 1946, consacrant cinquante-quatre ans plus tard les deux enfants comme les deux personnes non martyres béatifiées les plus jeunes de l’histoire chrétienne. Leur fête est le 20 février pour Jacinta et 4 avril pour Francisco (dates de leur mort).

Quant à Lucia, elle a vécu longtemps. Elle fit ses études à Porto à partir de 1921 et ensuite, entra dans les ordres. Elle devint carmélite d’abord en Espagne puis au Portugal (en 1946), sous le nom de Sœur Maria Lucia de Jésus et du Cœur Immaculé. Ses premiers vœux ont été faits le 3 octobre 1928 et les vœux perpétuels le 3 octobre 1934, sa profession de carmélite le 31 mai 1949. Sa vie était très stricte avec interdiction d’avoir des conversations avec l’extérieur du couvent. Elle retourna à Fatima avec le pape Paul VI le 13 mai 1967 pour la célébration du cinquantenaire des apparitions.

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Sœur Lucia a rédigé six mémoires adressés à son évêque pour apporter le témoignage des apparitions qu’elle a vues, entre 1935 et 1941, en 1989 et en 1993. Elle publia le 31 août 1941  (3e mémoire) et le 8 décembre 1941 (4e mémoire) les deux premières parties du secret révélé le 13 juillet 1917.

Le troisième élément du secret fut écrit par Lucia le 3 janvier 1944 et adressé sous enveloppe scellée à son évêque, puis remise au Vatican le 4 avril 1957. Cette enveloppe est arrivée entre les mains du pape Jean XXIII le 17 août 1959, mais il préféra ne pas l’ouvrir, au contraire de son successeur Paul VI qui a lu le texte le 27 mars 1965 en refusant de le publier. Après l’attentat du 13 mai 1981, Jean-Paul II se fit remettre l’enveloppe le 18 juillet 1981 qu’il redonna aux archives secrètes du Vatican le 11 août 1981. Le Vatican publia ce texte le 26 juin 2000 (par le cardinal Tarcisio Bertone) après l’authentification du texte complet par Lucia le 27 avril 2000. L'ancien pape Benoît XVI a dû rompre son silence le 21 mai 2016 pour confirmer que la totalité du message de Lucia avait bien été publiée le 26 juin 2000 sous sa propre supervision en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Le pape Jean-Paul II fut convaincu qu’il a eu sa vie sauve lors de l’attentat du 13 mai 1981 grâce à l’action de Notre-Dame de Fatima. Ce fut pourquoi il alla à Fatima l’année suivante, le 13 mai 1982, accompagné de Lucia, qui y retourna encore avec le même pape le 13 mai 1990 et le 13 mai 2000 pour la béatification de ses deux cousins.

On pourrait se demander pourquoi seuls les cousins ont été béatifiés et maintenant canonisés : tout simplement parce que Lucia était encore vivante. Elle est morte très récemment, à l’âge de 97 ans, le 13 février 2005. C’est assez impressionnant de savoir qu’elle aurait pu témoigner encore récemment, mais ce n’était pas possible d’être devant une caméra car le règlement de sa communauté religieuse l’interdisait.

Le 15 février 2005, le Portugal déclara un jour de deuil national en hommage à Lucia, la campagne des élections législatives qui avaient lieu le 20 février 2005 a même été interrompue pour cette raison. Le 19 février 2006, ses restes ont rejoint ceux de ses deux cousins à Fatima. Le procès en béatification de Lucia fut ouvert le 13 février 2008 par le pape Benoît XVI, sortant de la règle d’attente des cinq ans après la mort avant d'entamer une procédure, comme pour Jean-Paul II (mort quelques semaines après Lucia) et pour Mère Teresa.

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Officiellement, le Vatican a reconnu les apparitions le 13 octobre 1930 et a ainsi autorisé le culte de Notre-Dame de Fatima. Sur les lieux des apparitions, à Fatima, la construction de la première chapelle a commencé le 28 avril 1919 sur l’emplacement exact du chêne sur lequel la Vierge est apparue en 1917, et la chapelle fut consacrée le 13 octobre 1921 (elle fut ensuite détruite puis reconstruite).

La construction de l’église Notre-Dame du Rosaire a débuté le 13 mai 1928 et elle fut consacrée le 7 octobre 1953 ; le titre de basilique lui est accordé le 11 novembre 1954 par le pape Pie XII. Une longue colonnade fut construite entre 1949 et 1954. Les lieux furent fréquentés par une foule sans cesse croissante au fil des années. En 1997, il y a eu 4 millions de pèlerins pour le quatre-vingtième anniversaire. Une nouvelle basilique (la basilique de la Sainte-Trinité) fut construite à partir 2004 et consacrée le 12 octobre 2007 pour accueillir 9 000 fidèles (40 000 mètres carré).

Ce centième anniversaire est l’occasion de rappeler que ce pèlerinage à Fatima est une réalité humaine, des rencontres humaines fortes de sens, que ces apparitions furent réelles ou pas. Et cela, depuis un siècle.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les saints enfants de Fatima.
L’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998.
L’infaillibilité papale.
Pâques.
Le pape Formose.
La tunique d’Argenteuil.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Hommage à l'abbé Pierre.
Mère Teresa.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Concile Vatican II.
Jean XXIII.
Paul VI.
Jean-Paul II.
Benoît XVI.
Monseigneur Romero.
Sœur Emmanuelle.
Le dalaï-lama.
Jean-Marie Vianney.
Jean-Marie Lustiger.
Albert Decourtray.
Le Pardon.
La Passion.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170513-fatima.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/les-saints-enfants-de-fatima-193140

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/13/35281666.html
 

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