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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 14:40

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Homélie de la messe inaugurale du pape François le mardi 19 mars 2013 place Saint-Pierre à Rome

Je remercie le Seigneur de pouvoir célébrer la messe d’inauguration de mon ministère pétrinien en la solennité de saint Joseph, époux de la Vierge Marie et Patron de l’Eglise universelle. C’est une coïncidence très riche de signification, d'autant que c’est aussi la fête de mon vénéré prédécesseur de qui nous sommes proches par la prière, pleins d’affection et de reconnaissance. Je salue avec affection les frères cardinaux et évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et les religieuses et tous les fidèles laïcs. Je remercie de leur présence les représentants des autres Eglises et communautés ecclésiales, de même que les représentants de la communauté juive et d’autres communautés religieuses encore. J’adresse mon cordial salut aux chefs d’état et de gouvernement, aux délégations officielles de nombreux pays du monde, ainsi qu'au corps diplomatique.

Nous avons entendu dans l’Evangile que Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit. Il prit chez lui son épouse. Dans ces paroles est déjà contenue la mission que Dieu confie à Joseph, celle d’être un gardien. Gardien de qui? De Marie et de Jésus, une garde qui s’étend ensuite à l’Eglise, comme l’a souligné le bienheureux Jean-Paul II. Saint Joseph a pris un soin affectueux de Marie et s’est consacré avec joie à l’éducation de Jésus le Christ, de même il est le gardien et le protecteur de son Corps mystique, l’Eglise, dont la Vierge sainte est l'image et le modèle. Comment Joseph exerça-t-il cette garde? Avec discrétion, avec humilité, dans le silence, mais par une présence constante et une fidélité totale, même quand il ne comprenait pas. Depuis son mariage avec Marie jusqu’à l’épisode de Jésus, enfant de douze ans, dans le Temple de Jérusalem, il accompagne chaque moment avec prévenance et avec amour. Il est auprès de Marie son épouse dans les moments sereins et dans les moments difficiles de la vie, dans le voyage à Bethléem pour le recensement et dans les heures d’anxiété et de joie de l’enfantement. Il est là lors de la dramatique fuite en Egypte et dans la recherche inquiète du fils au Temple, et ensuite dans le quotidien de la maison de Nazareth, dans l’atelier où il a enseigné le métier à Jésus. Comment Joseph vécut-il sa vocation de gardien de Marie, de Jésus, de l’Eglise? Dans la constante attention à Dieu, ouvert à ses signes, disponible à son projet, non pas tant au sien propre . C’est cela que Dieu demande à David, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, Dieu ne désire pas une maison construite par l’homme, mais la fidélité à sa Parole, à son dessein. C’est Dieu lui-même qui construit la maison, mais de pierres vivantes marquées de son Esprit. Et Joseph est gardien, parce qu’il sait écouter Dieu, il se laisse guider par sa volonté, et justement pour cela il est encore plus sensible aux personnes qui lui sont confiées, il sait lire avec réalisme les événements, il est attentif à ce qui l’entoure, et il sait prendre les décisions les plus sages. En lui, chers amis, nous voyons comment on répond à la vocation de Dieu, avec disponibilité, avec promptitude, mais nous voyons aussi quel est le centre de la vocation chrétienne: le Christ! Nous gardons le Christ dans notre vie, pour garder les autres, pour garder la création! Mais la vocation de garder ne concerne pas seulement nous les chrétiens, elle a une dimension qui précède et qui est simplement humaine, elle concerne tout le monde. C’est le fait de garder la création tout entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme nous l’a montré saint François d’Assise. C’est le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons. C’est le fait de garder les gens, d’avoir soin de tous, de chaque personne, avec amour, spécialement des enfants, des personnes âgées, de celles qui sont plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur. C’est d’avoir soin l’un de l’autre dans la famille : les époux se gardent réciproquement, puis comme parents ils prennent soin des enfants et avec le temps aussi les enfants deviennent gardiens des parents. C’est le fait de vivre avec sincérité les amitiés, qui sont une garde réciproque dans la confiance, dans le respect et dans le bien. Au fond, tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous. Soyez des gardiens des dons de Dieu! Et quand l’homme manque à cette responsabilité, quand nous ne prenons pas soin de la création et des frères, alors la destruction trouve une place et le cœur s’endurcit. A chaque époque de l’histoire, malheureusement, il y a des Hérode qui trament des desseins de mort, détruisent et défigurent le visage de l’homme et de la femme.

Je voudrais demander, je les en prie, à tous ceux qui occupent des responsabilités dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté d'être gardiens de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement. Ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde. Mais pour garder nous devons aussi avoir soin de nous-mêmes! Rappelons-nous que la haine, l’envie, l’orgueil souillent la vie. Garder veut dire alors veiller sur nos sentiments, sur notre cœur, parce que c’est de là que sortent les intentions bonnes et mauvaises, celles qui construisent et celles qui détruisent. Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse! Une remarque supplémentaire: Prendre soin, garder, demande bonté, demande d’être vécu avec tendresse. Dans les Evangiles, saint Joseph apparaît comme un homme fort, courageux, travailleur, mais dans son âme émerge une grande tendresse, qui n’est pas la vertu du faible, mais au contraire, dénote une force d’âme et une capacité d’attention, de compassion, de vraie ouverture à l’autre, d’amour. Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, de la tendresse.

Aujourd’hui, en même temps que la fête de saint Joseph, nous célébrons l’inauguration du ministère du nouvel Evêque de Rome, Successeur de Pierre, qui comporte aussi un pouvoir. Certes, Jésus-Christ a donné un pouvoir à Pierre, mais de quel pouvoir s’agit-il? A la triple question de Jésus à Pierre sur l’amour, suit une triple invitation: Sois le pasteur de mes agneaux, sois le pasteur de mes brebis. N’oublions jamais que le vrai pouvoir est le service et que le Pape aussi pour exercer le pouvoir doit entrer toujours plus dans ce service qui a son sommet lumineux sur la Croix, il doit regarder vers le service humble, concret, riche de foi, de saint Joseph et comme lui, ouvrir les bras pour garder tout le peuple de Dieu et accueillir avec affection et tendresse l’humanité tout entière, spécialement les plus pauvres, les plus faibles, les plus petits, ceux que Matthieu décrit dans le jugement final sur la charité, celui qui a faim, soif, est étranger, nu, malade, en prison. Seul celui qui sert avec amour sait garder! Dans la deuxième lecture, saint Paul parle d’Abraham, qui, espérant contre toute espérance, a cru. Espérant contre toute espérance! Aujourd’hui encore devant tant de traits de ciel gris, nous avons besoin de voir la lumière de l’espérance et de donner nous-mêmes espérance. Garder la création, tout homme et toute femme, avec un regard de tendresse et d’amour, c’est ouvrir l’horizon de l’espérance, c’est ouvrir une trouée de lumière au milieu de tant de nuages, c’est porter la chaleur de l’espérance! Et pour le croyant, pour nous chrétiens, comme Abraham, comme Joseph, l’espérance que nous po rtons a l’horizon de Dieu qui nous a été ouvert dans le Christ, est fondée sur le rocher qui est Dieu. Garder Jésus et Marie, garder la création tout entière, garder chaque personne, spécialement la plus pauvre, nous garder nous-mêmes. Voici un service que l’Evêque de Rome est appelé à accomplir, mais auquel nous sommes tous appelés pour faire resplendir l’étoile de l’espérance, Gardons avec amour ce que Dieu nous a donné! Je demande l’intercession de la Vierge Marie, de saint Joseph, des saints Pierre et Paul, de saint François, afin que l’Esprit Saint accompagne mon ministère et je demande à tous de priez pour moi. Amen.

Pape François, Rome le 19 mars 2013
 

 

 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 07:06

Le "pape sourire" a commencé son pontificat sous le signe de saint François d’Assise, celui de la pauvreté et de l’aide aux plus démunis, et met ses gestes en conformité avec sa foi, au détriment d’un protocole parfois lourd et peut-être aussi de sa sécurité personnelle. Cela n’a pas empêché les abonnés à l’anticléricalisme primaire de taxer de manière totalement infondée le nouveau pape d’ami des dictateurs.


yartiPapeFrancisco01Le contraste est frappant entre le nouveau Président chinois, Xi Jinping, intronisé officiellement le 14 mars 2013 à Pékin et responsable de 1,3 milliard de Chinois qui, le 17 mars 2013, à la fin de la première session de la 12e APN, a prononcé un discours assez combatif sur le renouveau de la nation chinoise (comment faut-il l’interpréter ?) et le nouveau pape François, élu le 13 mars 2013 à Rome, responsable de 1,3 milliard de catholiques dans le monde, dont l’attitude simple et directe, depuis cinq jours, montre que l’Église catholique est plus dans une phase d’ouverture au monde que dans une phase de repli identitaire.

Visage un peu à la Paul VI, bonhomie à la Jean XXIII, le pape François poursuit la désacralisation de la fonction pontificale : ce n’est pas nouveau, puisque Jean-Paul II se montrait skieur et nageur et Benoît XVI se montrait homme épuisé devant renoncer à la lourdeur de sa charge. Il séduit tous les fidèles par sa volonté de rendre réelles l’humilité et la simplicité.

C’est peut-être dans l’air du temps (comme François Hollande qui prend le train au lieu de l’avion pour se rendre à Bruxelles) mais c’est aussi le comportement de Jorge Mario Bergoglio depuis toujours, même cardinal, même primat d’Argentine, même archevêque de Buenos Aires (il avait refusé d’habiter dans la résidence épiscopale). Il a toujours voulu rester au contact avec le peuple qui souffre, n’hésitant pas à faire ses trajets en métro sans aucune protection, comme tout le monde.

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Égal donc à lui-même, le pape François donne au monde des images inédites d’un pape homme, plus humain que divin, très éloigné des oripeaux de la monarchie élective du Vatican, à tel point que des gestes pourtant ordinaires et normaux en deviennent… sacrés !

Ainsi, le 14 mars 2013, il a fait un détour pour régler sa note d’hôtel à la résidence Sainte-Marthe (pourtant, peut-on imaginer un pape ne pas payer ses factures ? "tu ne voleras point" !) ; ainsi, le 17 mars 2013, après l’Angélus de midi, il est allé au contact avec les 150 000 personnes venues l’attendre et le rencontrer place Saint-Pierre, dans un bain de foule improvisé et sans précédent. On peut imaginer que la papamobile, construite après l’attentat du 13 mai 1981 contre Jean-Paul II, restera tranquillement au garage lors des futurs déplacements papaux.

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Cette attitude montre un esprit jeune (jamais un pape n’a été aussi jeune depuis 1996 !) et ne pouvait pas laisser indifférents même les non catholiques et les non chrétiens, les croyants d’autres religions, les athées, les agnostiques, etc. pour qui le pape porte aussi des valeurs morales au-delà de sa représentation religieuse, dans un monde globalisé qui peut écraser les plus faibles.

Et c’est sûr que sa simplicité le rend inattaquable dans sa préoccupation contre la pauvreté. Mais il n’a pas fallu une heure pour qu’une polémique de mauvais goût surgît. Les médias ont parlé à cette occasion des "opposants au pape", comme s’il faisait de la politique (on s’est aussi interrogé pour savoir si c’était un "pape de droite" ou un "pape de gauche", comme s’il fallait à tout prix politiser les religions ; rappelons que la laïcité pourrait aussi s’appliquer dans l’autre sens, à savoir, pas de politique dans la religion). On peut ne pas croire (heureusement, c’est la liberté du culte), on peut s’opposer au christianisme, mais comment peut-on s’opposer à un homme dont on ne connaît rien, ou qui ne fait que s’occuper des plus démunis ? Cela n’a aucun sens. Réflexe pavlovien, peut-être ?

Pourtant, la polémique a toute de suite enflé en France et restera probablement une épine dans le pontificat comme les jeunesses hitlérienne pour Benoît XVI. Rappelons qu’on avait reproché à l’adolescent de 14 ans, que son prédécesseur fut, d’avoir été enrôlé de force aux jeunesses hitlériennes, qui étaient le cadre éducatif extrascolaire obligé de tous les enfants du IIIe Reich, et que Josef Ratzinger avait par la suite, avant la fin de la guerre, déserté l’armée allemande après n’avoir tiré aucun coup de feu. De là à en faire un nazi, les contempteurs n’avaient pas hésité comme on a longtemps fait l’amalgame entre "Allemands" et "nazis".

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Au successeur de Benoît XVI, on reproche une passivité, une proximité voire une complicité avec la junte militaire en Argentine de 1976 à 1983. Rappelons que Jorge Mario Bergoglio n’était qu’un simple prêtre durant cette époque (il ne fut évêque qu’en 1992, archevêque qu’en 1997 et cardinal qu’en 2001).

À partir de 1973, il était le Supérieur des Jésuites d’Argentine ("provincial"). C’est dans ce cadre qu’on lui reproche de ne rien avoir fait pour aider deux prêtres jésuites qui furent enlevés et torturés par la junte militaire, Orlando Yorio et Francisco Jalics arrêtés le 23 mars 1976, torturés puis libérés l’été suivant.

Le 15 mars 2013, le Vatican a dû démentir très fermement ces accusations qu’il a jugées « calomnieuse et diffamatoires » : « Il n’a jamais été accusé de rien [par la Justice argentine]. Lui-même [le futur pape] a rejeté les accusations de manière documentée. Il existe en revanche de nombreuses déclarations qui prouvent que Bergoglio fit beaucoup pour protéger de nombreuses personnes durant l’époque de la dictature militaire. ».

D’ailleurs, les reproches contre le pape sont exprimés sans aucun fait précis, aucune date, aucun geste dont on pourrait prouver la véracité ou au contraire le mensonge. Juste des sentiments, des impressions, des "on dit", des éléments flous, ce qui est le lot des rumeurs infondées, sans base factuelle, donc, non seulement sans la moindre capacité d’être prouvées mais aussi sans capacité d’être infirmées, d’être contredites clairement. Les critiques ont même poussé leur mauvaise foi à parler de l’implication du Jorge Marie Bergoglio dans une affaire judiciaire sans préciser qu’il n’était allé devant la justice qu’en seule qualité de témoin !

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Ce mauvais procès fait au pape n’entame apparemment pas sa sérénité ni sa simplicité et c’est l’essentiel. Le trône de saint Pierre, qui fut, à une époque, effectivement pollué par des enjeux politiques, n’est plus, depuis au moins le pape Léon XIII, qu’un magistère moral et verbal pour l’ensemble de l’Église catholique. Loin d’être au sommet d’une quelconque pyramide hiérarchique, contentant d’ailleurs protestants et orthodoxes, le pape François s’était considéré dès ses premières paroles comme le simple évêque de Rome.

Et c’est ce mardi 19 mars 2013 à 9h30 que le pontificat du pape François sera officiellement inauguré à Rome.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Communiqué du Vatican du 15 mars 2013 sur la junte militaire en Argentine.
Élection du pape François (13 mars 2013).
Le conclave des 12-13 mars 2013.

Mode d’emploi pour l’élection d’un pape depuis le 22 février 2013 (texte officiel).
L’infaillibilité pontificale à l’épreuve des faits.
La renonciation de Benoît XVI.
50 ans après Vatican II, la nécessité d’un nouvel aggiornamento.
Benoît XVI et le préservatif : premier pas (22/11/2010).
Jean-Paul II : N’ayez pas peur… de pardonner !
Le pape Benoît XVI à Paris : une foule inattendue aux Invalides (15/09/2008).
Expérimentation sur l’embryon humain.
La Passion du Christ : petites réflexions périphériques.

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http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/les-premiers-pas-du-pape-francois-132584








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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 20:49

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Aucune compromission avec le régime de la junte militaire
Calomnie et diffamation: mise au point du Vatican

ROME, 15 mars 2013 - Aucune compromission du père Jorge Mario Bergoglio avec le régime de la junte militaire: le Vatican a fermement rejeté vendredi midi les accusations de connivence présumée avec la junte militaire argentine à l'encontre du pape François, alors qu'il était provincial des Jésuites argentins, les qualifiant de "calomnieuses et diffamatoires".

Le père Lombardi a souligné, lors de sa renocntre quotidienne avec la presse, avant de lire la déclaration suivante, que l'un des deux jésuites enlevés par la junte et que Jorge Mario Bergoglio n'aurait soi-disant pas protégé, a raconté ces jours-ci à un journal allemand qu'ils avaient tous ensemble avec le père Bergoglio "concélébré une messe quand celui-ci était évêque de Buenos Aires dans une manifestation publique de paix et d'harmonie".

"Les détracteurs de Jorge Bergoglio stigmatisent son rôle dans la disparition de deux missionnaires jésuites, Orlando Yorio et Francisco Jalics, emprisonnés le 23 mars 1976, puis torturés sur ordre de la junte. Ils avaient été libérés cinq mois plus tard", précise Radio Vaticna qui publie cette traduction.

Voici le texte de la déclaration officielle:

"La campagne contre Bergoglio est de notoriété publique et remonte déjà à plusieurs années en arrière. Elle est menée par une publication spécialisée dans des campagnes parfois calomnieuses et diffamatoires. La matrice anticléricale de cette campagne et d'autres accusations contre Bergoglio est notoire et évidente. L'accusation se réfère à l'époque où Bergoglio n'était pas encore évêque, mais supérieur des Jésuites en Argentine et à l'épisode des deux prêtres qui ont été enlevés et qu'il n'aurait pas protégés. Jamais il n'y eut d'accusation crédible et concrète à son encontre. La Justice argentine l'a interrogé une fois en tant que personne informée des faits, mais il n'a jamais été accusé de rien. Lui-même a rejeté les accusations de manière documentée. Il existe par contre de nombreuses déclarations qui prouvent que Bergoglio fit beaucoup pour protéger de nombreuses personnes durant l'époque de la dictature militaire. On connaît aussi le rôle de Bergoglio -une fois devenu évêque- pour appuyer les demandes de pardon de l'Eglise en Argentine pour ne pas avoir fait suffisamment pendant ce temps de la dictature. Les accusations font partie d'une utilisation d'analyses historico-sociologiques de la période de la dictature faite depuis des années par des éléments de la gauche anticléricale pour attaquer l'Eglise. Elle doivent être rejetées de manière ferme".

 

 

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 21:01

Pape sourire, François Ier a simplement plaisanté en se présentant devant la foule romaine : « Les cardinaux sont allés me chercher au bout du monde ! ».


yartiFrancois01Le conclave n’aura pas duré plus longtemps que celui qui a élu Benoît XVI le 19 avril 2005 : seulement trois demi-jours, cinq tours de scrutins pour les 115 cardinaux enfermés dans la Chapelle Sixtine depuis le 12 mars 2013.

La fumée blanche est sortie de la Chapelle à 19h10 ce mercredi 13 mars 2013 et l’attente fut très excitante. Pour un peu, on se croirait au second tour d’une élection présidentielle française où l’on attendrait le visage du nouveau élu à 20h00. La foule avait confiance dans l’ignorance pour accueillir l’évêque de Rome, quel qu’il soit.

Le nom du nouveau pape, le 266e depuis saint Pierre, a été annoncé en latin par le cardinal français Jean-Louis Tauran (69 ans), le protodiacre, à 20h13 devant une foule de plus en plus grande rassemblant les Romains revenant du travail. Rappelons qu’il y a trois types de cardinaux, des cardinaux-évêques (très peu nombreux), des cardinaux-prêtres et des cardinaux-diacres et que chacun est responsable d’une des très nombreuses églises à Rome. Le protodiacre est le cardinal-diacre le plus important (le plus ancien) parmi les cardinaux électeurs.

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Le nouveau pape s’appelle Jorge Mario Bergoglio, cardinal d’Argentine, archevêque de Buenos Aires depuis le 3 juin 1997, né le 17 décembre 1936 (il a donc 76 ans). Il a choisi de se faire appeler François Ier (Franscesco en latin que Wikipédia avait traduit dès la minute qui suivit l’annonce par "Francis") en l’honneur de saint François d’Assise.

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Et ce n’est pas étonnant. Ce pape a été toute sa vie au contact avec la pauvreté et les plus humbles, vivant de manière très pauvre avec une discipline très rigoureuse (se levant tous les jours à 4h du matin). Et son humilité a été tout de suite ressentie par la foule pendant les quinze minutes au cous desquelles il s’est exprimé hors de tout protocole.

Après avoir rendu hommage à son prédécesseur, Benoît XVI dans un contexte historique sans précédent, François Ier, avant de bénir traditionnellement les fidèles venus l’acclamer, a d’abord demandé que ceux-ci le bénissent et prient pour lui dans cette loure charge. Une simplicité qu’il a exprimée aussi en se disant seulement évêque de Rome parmi les autres évêques.

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D’un point de vue historique, c’est la première fois de toute l’histoire du christianisme que le pape est originaire d’Amérique. Et en particulier, d’Amérique latine où il y a la force la plus vivante de la foi depuis plusieurs décennies. C’est aussi la première fois que le pape est un Jésuite.

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Le nouveau pape est un fils d’immigrés italiens pauvres qui a fait des études de chimie et aussi de philosophie et de psychologie (qu’il a enseignée). Il est entré chez les Jésuites le 11 mars 1958 et a été ordonné prêtre le 27 juin 1969 par Ramon José Castellano. Consacré évêque le 15 août 1992 par le cardinal Antonio Quarracino, il a été nommé archevêque de Buenos Aires le 15 août 1997 à la mort d’Antonio Quarracino, et a été créé cardinal-prêtre de San Roberto Bellarmino le 21 février 2001 par Jean-Paul II. Lors du conclave d’avril 2005, il faisait partie des "outsiders" dans la succession de Jean-Paul II.

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Il a soutenu des prêtres réprimés par la dictature militaire et a toujours été du côté des pauvres dans sa mission à Buenos Aires. Sa devise de cardinal est d’ailleurs : "Miserando atque eligendo".

Il est bien sûr difficile de donner une idée de ce que va être son pontificat. Il est probable que sa simplicité va être mise à mal avec les dorures de la fonction qu’il tentera probablement de réduire pour aller à l’essentiel, à savoir le message de l’Évangile.

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Encore une fois, les pronostics ont tous été déjoués. Certains exégètes du conclave affirment que durant ces deux jours, le cardinal argentin aurait parlé le langage du cœur, en opposition avec un langage plus politique qui aurait pu être celui des favoris Angelo Scola et Odilo Pedro Scherer.

L’âge de ce nouveau pape (76 ans) n’est pas peut-être pas le meilleur gage pour réformer la Curie ou pour impulser un nouvel acte à la "modernisation" de l’Église qu’une partie des catholiques souhaite, modernisation qui n’a pas, d’ailleurs, beaucoup de sens dans un monde si mouvant, si rapide, si changeant.

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En revanche, la précieuse personnalité de François Ier laisse entrevoir la volonté de ramener l’image de la fonction pontificale à ce qu’elle doit être, à savoir un simple pasteur parmi les brebis, sans despotisme centralisateur. Ce n’est pas la première fois qu’un pape est humble. Au contraire, la plupart de ses prédécesseurs l’ont été, et en particulier Benoît XVI dans le renonciation en est une preuve indiscutable.

Être du côté des pauvres, l’Église catholique l’a toujours été. Avec ce pape humble et simple, ce sera peut-être plus "voyant", plus évident. Son sourire ressemble à la bonhomie d’un Jean XXIII ou d’un… Jean-Paul Ier.

Le pape n’est pas mort, vive le pape !



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 mars 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Précisions rajoutées le 13 mars 2013 à 23h00 :
Selon le père Frederico Lombardi, le nouveau pape a déjà parlé au téléphone avec Benoît XVI. L'agenda de François Ier sera le suivant : la messe avec les Cardinaux dans la Chapelle Sixtine aura lieu demain jeudi 14 mars 2013 à 17h00. Vendredi 15, à 11h00 en la Chapelle Sixtine, il rencontrera le Collège cardinalice, électeurs et non électeurs. Samedi 16, toujours à 11h00, dans la Salle Paul VI, le pape accordera une audience aux journalistes et aux communicateurs sociaux. Dimanche 17 à midi, aura lieu le premier Angélus du pontificat, Place Saint-Pierre. La messe d'inauguration du pontificat aura lieu le 19 mars 2013 à 9h30. La visite de demain jeudi se fera dans une église mariale de Rome, sous forme privée.


NB anecdotique : François Hollande, François Fillon et François Bayrou, entre autres, pourraient trouver dans l’élection de ce nouveau pape un petit motif de satisfaction personnelle !


Pour aller plus loin :
Le conclave des 12-13 mars 2013.
Mode d’emploi pour l’élection d’un pape depuis le 22 février 2013 (texte officiel).
L’infaillibilité pontificale à l’épreuve des faits.
La renonciation de Benoît XVI.
50 ans après Vatican II, la nécessité d’un nouvel aggiornamento.
Benoît XVI et le préservatif : premier pas (22/11/2010).
Jean-Paul II : N’ayez pas peur… de pardonner !
Le pape Benoît XVI à Paris : une foule inattendue aux Invalides (15/09/2008).
Expérimentation sur l’embryon humain.
La Passion du Christ : petites réflexions périphériques.

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http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/jorge-mario-bergoglio-ou-francois-132333

 

 

 

 

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 20:13

Le cardinal français protodiacre Jean-Louis Tauran a annoncé le nom du nouveau pape ce mercredi 13 mars 2013 à 20h13. C'est le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio (76 ans), archevêque de Buenos Aires, qui a été élu pape ce jour. Il a pris comme nom de règne sur le trône de saint Pierre : François Ier.


Sur le conclave, lire ceci :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-116050866.html


Sur le nouveau pape, lire ceci :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-116144407.html


SR


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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 19:19

Les 115 cardinaux réunis en conclave depuis mardi 12 mars 2013 au Vatican ont élu un nouveau pape. C'est la signification de la fumée blanche aperçue au-dessus de la Basilique Saint-Pierre de Rome.

Sur le conclave, lire ceci :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-116050866.html


SR

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 07:11

Extrait du Code de droit canonique : « S’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que ce soit. » (canon 332 §2).


yartiConclave201302Dans l’après-midi du mardi 12 mars 2013, la Chapelle Sixtine, collée à la Basilique Saint-Pierre de Rome, fermera ses portes jusqu’à ce qu’un nouveau pape soit élu. Il sera alors 16h45. Ce sera le conclave de mars 2013. Les cardinaux y seront enfermés (cum clave : fermé à clef) et dormiront à la résidence Saint-Marthe autant de temps qu’il le faudra. Les ondes électromagnétiques seront brouillées pour éviter la communication avec l’extérieur. Le premier scrutin interviendra avant 19h15 et quatre scrutins, le cas échéant, se dérouleront le lendemain à partir de 9h30, et ainsi de suite (la règle exacte dans ce texte officiel).


Monarchie élective

Un conclave est la réunion à huis clos de tous les cardinaux électeurs (c’est-à-dire âgés de moins de 80 ans) pour élire le nouveau pape. C’est une monarchie donc très particulière puisqu’elle n’est pas héréditaire (et pour cause, les prêtres ne peuvent pas se marier ni avoir des enfants, même si, en théorie, un laïc peut être nommé cardinal et même si le pape peut n’être qu’un simple catholique, homme cependant). Pas héréditaire mais élective.

Et élu par une élection très particulière, puisqu’il est interdit aux éventuels prétendants de faire campagne, et si le vote est secret, il est quand même interdit de voter pour soi. C’est pourquoi il est nécessaire de recueillir une majorité des deux tiers. Les papes élus de manière très serrée demandaient généralement un nouveau vote pour avoir une plus large majorité et pour que son vote personnel ne soit pas soumis à quelques suspicions.

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Un conclave est un événement mondial très rare. Il n’y en a eu que cinq sur les cinquante dernières années : du 19 au 21 juin 1963 pour l’élection de Paul VI, du 25 au 26 août 1978 pour l’élection de Jean-Paul Ier, du 14 au 16 octobre 1978 pour l’élection de Jean-Paul II, du 18 au 19 avril 2005 pour l’élection de Benoît XVI et enfin, à partir du 12 mars 2013 pour le prochain pape. Pour conclure l’élection, il a fallu respectivement 6, 4, 8 et 4 tours de scrutin, ce qui peut être considéré comme relativement peu élevé.


Événement historique

Bien que second conclave du XXIe siècle, ce conclave sera historique car pour la première fois depuis près d’un millénaire, le pape précédent n’est pas encore mort au moment de l’élection de son successeur. Réunissant dans la Salle Clémentine tous les cardinaux déjà présents à Rome, le 28 février 2013, dernier jour de son pontificat, Benoît XVI leur a déclaré très simplement : « Parmi vous, parmi le Collège cardinalice, il y a aussi le prochain pape, auquel je promets déjà, aujourd’hui, révérence et obéissance inconditionnelles. ».

Même dans le cas de la renonciation de Grégoire XII, le 4 juillet 1415 (avant-dernier cas de renonciation avant Benoît XVI), son successeur Martin V n’avait été élu qu’après la mort de ce dernier (la situation était cependant très confuse avec la présence de plusieurs antipapes à Pise et à Avignon). Refusant de s’impliquer dans des affaires qui ne le concernent plus, Benoît XVI a préféré momentanément s’éloigner pendant quelques semaines dans la résidence d’été des papes, à Castel Gandolfo, un petit remake des vacances irlandaises de De Gaulle pendant l’élection de son successeur.


Retour dans l’histoire de la papauté

Il faut remonter au précédent de Célestin V  pour retrouver le cas d’un conclave réuni avec un pape renonciateur encore vivant. Élu pape le 5 juillet 1294 à 85 ans (la vacance du Siège apostolique durait depuis le 4 avril 1292), Célestin V avait renoncé à son pontificat le 13 décembre 1294 (après cinq mois). Le conclave s’est réuni le 24 décembre 1294 pour élire Boniface VIII qui fit enfermer son prédécesseur pour éviter toute contestation juridique (mort le 19 mai 1296, Célestin V fut canonisé très rapidement, dès le 5 mai 1313, pour des raisons surtout politiques).

Avant la renonciation de Célestin V, il y a eu quelques autres cas historiques dont le caractère libre de la renonciation (à distinguer des dépositions) n’a jamais vraiment été établi : Grégoire VI le 20 décembre 1046, Benoît IX le 1er mai 1045 (il aurait en fait renoncé trois fois), Sylvestre III le 10 mars 1045 (ces trois papes furent vivants déjà élus papes ensemble et furent tous les trois déposés), Jean XVIII le 18 juillet 1009, Benoît V le 23 juin 964, Martin Ier le 8 septembre 654, et Pontien le 28 septembre 235.

yartiConclave201301

Notons entre parenthèses que rien n’est prévu en cas d’incapacité du pape. Il est impossible de convoquer un conclave sans sa propre renonciation librement consentie. On peut imaginer dans l’avenir par exemple un pape qui serait dans le même cas que l’ancien Premier Ministre israélien Ariel Sharon, toujours vivant après sept ans de coma profond, dans lequel il a plongé le 4 janvier 2006 à l’âge de 77 ans. Dans les textes actuels, il serait impossible aux cardinaux d’élire un nouveau pape tant qu’il serait vivant.


Simple pèlerin

La simplicité de Benoît XVI s’était également exprimée dans ses dernières paroles à son arrivée à Castel Gandolfo, attendu par de nombreux fidèles : « Vous savez que cette journée est différente des précédentes. Je ne suis plus …pontife suprême de l’Église catholique. Je le suis encore jusqu’à huit heures, ce soir, mais après, je ne le suis plus. Je suis simplement un pèlerin qui commence la dernière étape de son pèlerinage sur cette terre. Je voudrais encore avec mon cœur, mon amour et ma prière, avec ma réflexion, avec toutes mes forces intérieures, travailler pour le bien commun de l’Église et de l’humanité. Et je me sens très soutenu par votre sympathie. Merci à vous ! ».

Depuis l’annonce de sa renonciation, le 11 février 2013, Benoît XVI a suscité bien des pronostics et des rumeurs sur l’identité du futur pape. Il est à noter que l’élection se fera "joyeusement" au sens où les cardinaux ne seront donc pas en deuil du précédent pape. Séparer les deux événements ne peut être que bénéfique dans la recherche d’un successeur, faite hors de l’émotion et de la peine qui avaient probablement avantagé Josef Ratzinger lors de la mort de Jean-Paul II parce qu’il était son plus proche collaborateur.

Tout le monde s’évertue d’ailleurs à rappeler que les cardinaux papables sont rarement ceux qui sont réellement élus et que cela pourrait même avoir un effet négatif. Cela dit, l’élection de Benoît XVI avait été l’hypothèse la plus probable en avril 2005 avant le précédent conclave. Mais il est vrai que la vraie surprise serait qu’il n’y ait pas de surprise.


Composition du corps électoral

Rappelons tout d’accord quelques éléments factuels. Sur les 207 cardinaux encore vivants, membre du Collège cardinalice (nouveau nom du Sacré Collège), 117 sont des cardinaux électeurs (et donc éligibles, même si tout baptisé pourrait être élu). Pour cela, il faut avoir moins de 80 ans. Si le cardinal allemand Walter Kasper fait partie des électeurs, alors qu’il a eu 80 ans déjà le 5 mars 2013, c’est parce que la composition de l’électorat est fixée au début de la vacance du Siège apostolique, à savoir au 1er mars 2013.

En revanche, le cardinal ukrainien Lubomyr Husar, archevêque majeur émérite de Kiev, qui a eu 80 ans le 26 février dernier, n’est pas électeur. Il aurait pu l’être à trois jours près. Ce seuil peut paraître assez arbitraire et injuste mais il en faut bien un seuil, même s’il est assez récent, pour éviter l’élection de pape trop vieux (80 ans, c’est déjà très âgé) et surtout, éviter que le collège électoral ne soit plus qu’une assemblée de "grabataires" vieillissants.

En fait, seulement 115 participeront aux scrutins à partir de ce 12 mars. Deux cardinaux ne sont pas présents au Vatican : l’un pour raison de santé (l’archevêque émérite de Jakarta Julius Riyadi Darmaatmadja, 78 ans) et l’autre, l’archevêque émérite d’Édimbourg Keith O’Brien (presque 75 ans), pour éviter de "polluer" médiatiquement le conclave par un scandale sexuel où il est très impliqué (la possibilité qu’un tel cardinal pût devenir pape avait de quoi faire frémir la planète entière, cependant, deux ou trois autres cardinaux pourraient être dans un cas passablement similaires mais se sont quand même déplacés).

Donc, dans tous les cas, le prochain pape devra avoir réuni au moins 77 cardinaux sur son nom pour obtenir la majorité des deux tiers.


Quelques données sur le collège électoral

Les plus jeunes des cardinaux sont l’Indien Baselios Cleemis (53 ans), l’archevêque de Manille Luis Antonio Tagle (55 ans) et l’archevêque de Berlin Rainer Woelki (56 ans) alors que les plus âgés sont, après Walter Kasper, l’archevêque émérite de Turin Severino Poletto, le Mexicain Juan Sandoval Iniguez (tous les deux vont avoir 80 ans dans quelques jours) et le Primat de Belgique Godfried Danneels (79 ans). Seulement 17 cardinaux ont moins de 65 ans et 46 ont plus de 75 ans.

Parmi les cardinaux électeurs, il y a 4 Français, qui semblent n’avoir aucune "chance" pour être élu pape (l’Église de France étant d’ailleurs de moins en moins influente au Vatican, contrairement à il y a une trentaine d’années) : l’archevêque de Paris André Vingt-Trois (70 ans), le protodiacre Jean-Louis Tauran (69 ans), l’archevêque de Bordeaux Jean-Pierre Ricard (68 ans) et l’archevêque de Lyon Philippe Barbarin (62 ans) qui, bien que le benjamin, est le premier dans l’ordre protocolaire des Français (car le plus ancien dans le grade le plus élevé).

Il n’y a plus que 60 cardinaux électeurs européens (dont 28 Italiens, 6 Allemands, 5 Espagnols et 4 Polonais), même si l’Europe reste le continent le mieux représenté. Benoît XVI avait nommé beaucoup de cardinaux extra-européens pour faire entrer la mondialisation au Vatican : 19 cardinaux électeurs sont d’Amérique latine (dont 5 du Brésil et 3 du Mexique), 14 d’Amérique du Nord, 11 d’Afrique (dont 2 du Nigeria), 10 d’Asie (dont 5 Indiens et 1 Chinois) et enfin 1 d’Australie.


Lignes de partage

Contrairement à ce qui est souvent expliqué avant un conclave, le clivage entre les cardinaux n’est pas entre "conservateurs" et "réformateurs". Déjà parce que c’est un groupe relativement bien homogène puisque c’est une assemblée formée par cooptation, en quelques sortes. Dans ce conclave du 12 mars 2013, 67 cardinaux électeurs ont été nommés par Benoît XVI et 48 par Jean-Paul II, autrement dit, leur existence provient d’hommes qui avaient une idée de l’Église sensiblement identique. Ensuite, parce le rôle d’un pape est forcément conservateur, celui de préserver les enseignements du Christ au trône de saint Pierre. Enfin, les deux mots sont galvaudés et utilisés à tout bout de champ, à tel point que le cardinal autrichien Christoph Schönborn (68 ans), archevêque de Vienne, par exemple, a été qualifié soit de conservateur, soit de réformateur selon les journaux.

Certains voient une division plus subtile entre des cardinaux plus anciens partisans de la ligne Vatican II, voulant s’ouvrir davantage vers les fidèles, mais opposés à toute réforme sociétale (profondément contre le "mariage gay" par exemple), et une ligne plus proche de Benoît XVI, et moins âgée, qui voudrait centrer l’action de l’Église avant tout autour de la liturgie, adhérant à cette phrase "lex orandi, lex credenti" (la manière de prier dirige la manière de croire).

La réalité est que personne n’est capable, pas même le futur pape, de savoir s’il sera un "conservateur" ou un "réformateur". Benoît XVI, qui fut l’un des théologiens les plus réformateurs du concile Vatican II, fut au début de son pontificat considéré comme conservateur avant que les médias ne soient revenus sur ce qualificatif depuis le 11 février 2013 qui collait si mal avec un pape que avait rompu au moins six siècles de tradition historique avec sa renonciation dédramatisée et pateline, créant peut-être le précédent "moderne" de retraite des papes (sujet tabou sous Jean-Paul II et ses prédécesseurs). Pas vraiment conservateur non plus un pape qui, au départ définitif de ses appartements, envoie un tweet à tous les fidèles depuis son hélicoptère !

On pourrait en dire autant de Jean-Paul II, élu comme un pape très jeune, faisant du ski et de la natation, mais connu pour les moins âgés comme un vieillard malade et épuisé par la vie. Ou encore de Jean XXIII, pape élu âgé de transition, considéré comme conservateur après le long pontificat de Pie XII, et qui déclencha Vatican II.

A priori, tous les cardinaux sont des personnalités très riches intellectuellement, qui ont un poids dans leur Église nationale et seraient probablement capables d’être de bons papes. Comme l’ont montré les maladresses médiatiques de Benoît XVI, plus passionné par la théologie que par la communication politique, le futur pape devra être à l’aise dans son rôle essentiel de grand communicant, dans ce monde où les médias prennent une place si imposante et sans complaisance.


Deux défis majeurs : transformer la Curie et approfondir les relations entre la science et la foi

À mon sens, deux défis majeurs attendent le prochain pape, au-delà des aspects sociétaux qui se réguleront naturellement avec la crise des vocations : d’une part, le besoin impératif de mettre de l’ordre dans la Curie romaine (avec deux idées contradictoires : il faut un Italien qui connaisse parfaitement ces affaires ; au contraire, il faut mettre un candide qui n’aura pas peur de bousculer l’ordre en place) ; d’autre part, le besoin impérieux, tout en restant inflexible sur les dogmes immuables, de s’adapter au monde qui entoure l’Église, et en particulier, approfondir nettement la réflexion sur les défis majeurs auxquels les progrès scientifiques aboutissent sur l’éthique et la morale (en particulier, sur la génétique, l’informatique mais aussi la conception du monde avec la physique quantique et la Relativité générale ; ce fut un chanoine et physicien belge, Georges Lemaître, qui fut à l’origine du concept du Big Bang).


Origine géographique et âge

De même, parler d’un clivage entre les Européens et les "non-Européens" (Sud-américains, Africains, Asiatiques ?) n’a pas trop de sens non plus, et l’élection d’un "pape noir" ne réjouirait peut-être pas autant que ça les "progressistes". Certes, une Église qui fut souvent dirigée par un Italien capable d’être représentée par un pape d’une nationalité très diverse pourrait être une preuve d’adaptation au monde contemporain. Après tout, un pape philippin ne serait pas injustifié alors qu’il y a actuellement plus de catholiques aux Philippines qu’en Italie.

Toutefois, croire que l’unique origine géographique est un élément déterminant du prochain pontificat est sans doute une erreur. Ce fut le cas pour Jean-Paul II qui accompagna si ce n’est précipita l’effondrement de l’empire soviétique, mais aujourd’hui, tous les enjeux sont à l’échelle planétaire : faim dans le monde, paix des peuples, vie sociale et pauvreté face aux impérialismes financiers, éducation, environnement, etc.

La connaissance de langues étrangères serait évidemment "un plus" dans le CV ! Mais s’il y avait un élément personnel de distinction plus important, ce serait peut-être l’âge : plus le nouveau pape sera jeune, plus il aura la capacité d’exercer un magistère sur du long terme. Là encore, cette règle fut contredite en 1978 par Jean-Paul 1er élu pas excessivement âgé (65 ans) mais dont le pontificat ne dura que trente-trois jours.


Quelques noms volés, pour la seule curiosité des observateurs

Même si, comme je l’ai expliqué plus haut, ce petit jeu n’a pas trop de sens, tombons-y quand même, le côté "course de chevaux" étant toujours apprécié dans chaque succession (et pas seulement papale).

yartiConclave201304

Les cardinaux les plus souvent cités dans la presse pour succéder à Benoît XVI sont notamment l’archevêque de Milan Angelo Scola (71 ans), l’archevêque de Sao Paulo Odilo Pedro Scherer (63 ans), le Ghanéen Peter Turkson (64 ans), le Guinéen Robert Sarah (67 ans), le Primat d’Autriche Christoph Schönborn (68 ans), l’archevêque de New York Timothy Dolan (63 ans), le Canadien Marc Ouellet (68 ans), l’Italien Mauro Piacenza (68 ans), l’archevêque de Manille Luis Antonio Tagle (55 ans), l’évêque de Hong Kong John Tong Hon (73 ans), ou encore l’Hondurien Oscar Andres Rodriguez Maradiaga (70 ans), sans compter avec l’actualité, avec l’archevêque de Caracas Jorge Liberato Urosa Savino (70 ans).


Les cardinaux recommandent aux fidèles de prier pour qu’ils fassent le bon choix…

Il n’en reste pas moins, en effet, que le hasard, ou la grâce de l’Esprit Saint pour ces cardinaux, jouera un rôle qui pourra surprendre dans une issue électorale improbable. Contrairement aux précédents conclaves, les cardinaux ont déjà eu un mois (depuis le 11 février) pour réfléchir à la question.

Tous les cardinaux voudront de toute façon conclure avant le début de la Semaine Sainte (le jour des Rameaux, dimanche 24 mars 2013) dont la présence dans leur communauté respective est essentielle. Mais, "on" dit déjà que le conclave sera court… La fumée blanche viendra-t-elle peut-être dès mercredi ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mars 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mode d’emploi pour l’élection d’un pape depuis le 22 février 2013 (texte officiel).
L’infaillibilité pontificale à l’épreuve des faits.
La renonciation de Benoît XVI.
50 ans après Vatican II, la nécessité d’un nouvel aggiornamento.
Benoît XVI et le préservatif : premier pas (22/11/2010).
Jean-Paul II : N’ayez pas peur… de pardonner !
Le pape Benoît XVI à Paris : une foule inattendue aux Invalides (15/09/2008).
Expérimentation sur l’embryon humain.
La Passion du Christ : petites réflexions périphériques.

yartiConclave201305
 


http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/conclave-de-mars-2013-l-inconnu-du-132202

 

 

 

 

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 17:46

Le conclave pour désigner le prochain pape commencera le mardi 12 mars 2013 au Vatican.
Annonce faite ce vendredi 8 mars 2013 pendant l'hommage international rendu à Hugo Chavez par une dizaine de chefs d'Etat à Caracas.


Sur le pape émérite :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-115273447.html


Sur Hugo Chavez :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-115941448.html


SR

 

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 23:30

(verbatim)




JEAN-PAUL II
SOUVERAIN PONTIFE
CONSTITUTION APOSTOLIQUE
UNIVERSI DOMINICI GREGIS
SUR LA VACANCE
DU SIÈGE APOSTOLIQUE
ET L'ÉLECTION
DU PONTIFE ROMAIN


JEAN-PAUL ÉVÊQUE
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU
EN PERPÉTUELLE MÉMOIRE


 
Lettre Apostolique en forme de « Motu Proprio » sur quelques modifications aux normes relatives à l'élection du Pontife Romain (22 février 2013)
[Anglais, Espagnol, Français, Italien, Latin, Portugais]

Motu Proprio rétablissant la règle traditionnelle relative à la majorité requise pour l'élection du Souverain Pontife (11 juin 2007)
[Français, Latin]


Le Pasteur de tout le troupeau du Seigneur est l'évêque de l'Église de Rome, dans laquelle le bienheureux Apôtre Pierre, par une souveraine disposition de la divine Providence, rendit au Christ le suprême témoignage de son sang par le martyre. Il est donc bien compréhensible que la légitime succession apostolique sur ce Siège, avec lequel, "en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s'accorder toute Église" (1), ait toujours été l'objet d'attentions particulières.

C'est pourquoi, au cours des siècles, les Souverains Pontifes ont considéré comme leur devoir propre, et aussi comme leur droit spécifique, d'organiser l'élection régulière de leur Successeur par des normes appropriées. Ainsi, en des temps encore tout proches, mes prédécesseurs, saint Pie X (2), Pie XI (3), Pie XII (4), Jean XXIII (5) et dernièrement Paul VI (6), chacun dans l'intention de répondre aux exigences d'une période historique particulière, veillèrent à promulguer sur cette question des règles sages et appropriées, pour préciser la préparation adéquate et le déroulement régulier de l'assemblée des électeurs, auxquels est confiée la charge importante et difficile d'élire le Pontife Romain, en raison de la vacance du Siège apostolique.

Si aujourd'hui je m'apprête à aborder à mon tour cette question, ce n'est certainement pas par manque d'estime pour les normes précédentes, que j'apprécie profondément et que j'entends en grande partie confirmer, au moins quant à l'essentiel et aux principes de fond qui les ont inspirées. Ce qui me pousse à cette démarche, c'est la conscience des mutations de la situation dans laquelle vit aujourd'hui l'Église et, en outre, la nécessité de tenir compte de la révision générale de la loi canonique, heureusement accomplie à la satisfaction de l'ensemble de l'Épiscopat, grâce à la publication et à la promulgation tout d'abord du Code de Droit canonique, puis du Code des Canons des Églises orientales. Après cette révision, inspirée par le deuxième Concile œcuménique du Vatican, je me suis attaché ultérieurement à réaliser la réforme de la Curie romaine par la Constitution apostolique Pastor bonus (7). D'ailleurs, ce sont précisément les dispositions du canon 335 du Code de Droit canonique, reprises dans le canon 47 du Code des Canons des Églises orientales, qui laissent entendre qu'il existe un devoir d'édicter et de remettre constamment à jour des lois spécifiques pour régler le pourvoi canonique du Siège de Rome, vacant pour quelque motif que ce soit.

Dans la formulation de la nouvelle discipline, tout en tenant compte des exigences de notre temps, j'ai pris soin de ne pas dévier en substance de la ligne de la sage et vénérable tradition en vigueur jusqu'à présent.

En vérité, apparaît indiscutable le principe selon lequel il revient aux Pontifes romains de définir, en l'adaptant aux changements des temps, la manière dont doit être effectuée la désignation de la personne appelée à assumer la succession de Pierre sur le Siège de Rome. En premier lieu, cela concerne l'organisme auquel est confié la charge de pourvoir à l'élection du Pontife Romain : en vertu d'une pratique millénaire, consacrée par des normes canoniques précises, confirmée aussi par une disposition explicite du Code de Droit canonique en vigueur (cf. can. 349 du C.I.C.), cet organisme est constitué par le Collège des Cardinaux de la Sainte Église Romaine. S'il appartient en vérité au dépôt de la foi que le pouvoir du Souverain Pontife provient directement du Christ, dont il est le Vicaire sur la terre (8), il est aussi hors de doute que ce pouvoir suprême dans l'Église lui est conféré « par l'élection légitime acceptée par lui, conjointement à la consécration épiscopale » (9). Par conséquent, la tâche qui incombe à l'organisme chargé de pourvoir à cette élection est d'une importance capitale. De ce fait, les normes qui en régissent les actes devront être claires et très précises, afin que l'élection elle-même advienne selon le mode le plus digne et convenant à la responsabilité suprême que l'élu, par investiture divine, devra assumer par son assentiment.

Par conséquent, confirmant la norme du Code de Droit canonique en vigueur (cf. canon 349 du C.I.C.), dans laquelle se reflète la pratique désormais millénaire de l'Église, je déclare une fois encore que le Collège des électeurs du Souverain Pontife est constitué uniquement des Pères Cardinaux de la Sainte Église Romaine. En eux, s'expriment, comme en une admirable synthèse, les deux aspects qui caractérisent la figure et la charge du Pontife Romain : Romain, parce qu'identifié à la personne de l'Évêque de l'Église qui est à Rome et, donc, en relation étroite avec le clergé de cette Ville, représenté par les Cardinaux des titres presbytéraux et diaconaux de Rome, et avec les Cardinaux Évêques des sièges suburbicaires ; Pontife de l'Église universelle, parce qu'il est appelé à prendre de manière visible la charge du Pasteur invisible qui guide le troupeau tout entier vers les pâturages de la vie éternelle. L'universalité de l'Église est du reste bien représentée dans la composition même du Collège cardinalice, qui rassemble des Cardinaux de tous les continents.

Dans les circonstances historiques présentes, la dimension universelle de l'Église paraît suffisamment exprimée par le Collège des cent vingt Cardinaux électeurs, composé de Cardinaux provenant de toutes les parties du monde et des cultures les plus diverses. Je confirme donc le nombre maximal des Cardinaux électeurs, précisant en même temps que le maintien de la norme établie par mon prédécesseur Paul VI, norme selon laquelle ne participent pas à l'élection ceux qui ont atteint, le jour du début de la vacance du Siège apostolique, quatre-vingts ans, ne veut nullement être un signe de moindre considération (10). En effet, la raison de cette disposition est à rechercher dans la volonté de ne pas ajouter au poids d'un âge si vénérable la charge représentée par la responsabilité du choix de celui qui devra guider le troupeau du Christ de manière appropriée aux exigences des temps. Cela n'empêche pas cependant que les Pères Cardinaux ayant dépassé les quatre-vingts ans prennent part aux réunions préparatoires du Conclave, selon ce qui est précisé plus loin. On attend d'eux en particulier que, durant la vacance du Siège, et surtout pendant le déroulement de l'élection du Souverain Pontife, se faisant les animateurs du Peuple de Dieu rassemblé dans les Basiliques patriarcales de la ville de Rome comme dans d'autres églises des diocèses répandus à travers le monde entier, ils s'associent à la tâche des électeurs, par d'intenses prières et par des supplications à l'Esprit Saint, implorant à leur intention la lumière nécessaire pour faire leur choix sous le regard de Dieu seul, en recherchant uniquement « le salut des âmes qui doit toujours être dans l'Église la loi suprême » (11).

J'ai voulu accorder une attention particulière à la très ancienne institution du Conclave ; à cet égard, les normes et les pratiques ont été consacrées et définies aussi par des dispositions solennelles de nombre de mes Prédécesseurs. Un examen historique attentif confirme non seulement l'opportunité contingente de cette institution, en raison des circonstances où elle est apparue et où elle a été peu à peu définie de manière normative, mais aussi sa constante utilité pour le déroulement ordonné, diligent et régulier des actes de l'élection elle-même, particulièrement dans les périodes de tension et de trouble.

Pour cela précisément, tout en étant conscient de l'évaluation des théologiens et des canonistes de chaque époque, qui de manière concordante reconnaissent que cette institution n'est pas, de par sa nature, nécessaire à l'élection valide du Pontife Romain, je confirme par cette Constitution la permanence de sa structure essentielle, y apportant cependant quelques modifications, de manière à en adapter la discipline aux exigences actuelles. En particulier, j'ai considéré comme opportun de décider que, pendant toute la durée de l'élection, le logement des Cardinaux électeurs et de ceux qui sont appelés à collaborer au déroulement régulier de l'élection elle-même soit situé dans des locaux convenables de l'État de la Cité du Vatican. Même s'il est petit, l'État est suffisant pour assurer à l'intérieur de son enceinte, grâce aussi aux dispositions opportunes indiquées plus loin, l'isolement et ainsi le recueillement qu'un acte vital pour l'Église entière exige de la part des électeurs.

En même temps, étant donné le caractère sacré de l'acte et donc qu'il doit se dérouler dans un lieu approprié où, d'une part, les actions liturgiques puissent se conjuguer avec les formalités juridiques et où, d'autre part, il soit rendu plus facile aux électeurs de disposer leur esprit à accueillir les motions intérieures de l'Esprit Saint, je décide que l'élection continuera à se dérouler dans la Chapelle Sixtine, où tout concourt à entretenir le sentiment de la présence de Dieu, devant qui chacun devra se présenter un jour pour être jugé.

En outre, avec mon autorité apostolique, je confirme le devoir de maintenir le plus rigoureux secret sur tout ce qui concerne directement ou indirectement les actes mêmes de l'élection : cependant, j'ai voulu simplifier et réduire à l'essentiel les normes relatives à ce dernier aspect, de manière à éviter les incertitudes et les doutes, et peut-être aussi les problèmes de conscience ultérieurs pour ceux qui ont pris part à l'élection.

Enfin, j'ai estimé nécessaire de revoir la forme même de l'élection, tenant aussi compte des exigences ecclésiales actuelles et des orientations de la culture moderne. Il m'est donc apparu opportun de ne pas conserver le mode d'élection par acclamation quasi ex inspiratione, la jugeant désormais inapte à interpréter l'avis d'un collège d'électeurs plus nombreux et si divers par les origines. Il est également apparu nécessaire de renoncer à l'élection per compromissum, non seulement parce qu'elle est difficile à réaliser, comme il ressort de l'accumulation presque inextricable de normes qui ont été émises sur cette question, mais aussi parce qu'elle est de nature à entraîner une certaine perte de responsabilité pour les électeurs, qui, dans une telle hypothèse, ne seraient pas appelés personnellement à exprimer leur vote.

Après mûre réflexion, j'ai donc décidé d'établir que l'unique forme par laquelle les électeurs peuvent exprimer leur vote pour l'élection du Pontife Romain est celle du scrutin secret, accompli selon les normes indiquées ci-dessous. Cette forme, en effet, donne la meilleure garantie de clarté, de rectitude, de simplicité, de transparence et, surtout, de participation effective et constructive de chacun des Pères Cardinaux, appelés à constituer l'assemblée des électeurs du Successeur de Pierre.

Dans ces intentions, je promulgue la présente Constitution apostolique, qui contient les normes auxquelles doivent se conformer rigoureusement les Cardinaux qui ont le droit et le devoir d'élire le Successeur de Pierre, Chef visible de toute l'Église et Serviteur des serviteurs de Dieu, lorsque le Siège de Rome devient vacant.


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PREMIÈRE PARTIE

VACANCE DU SIÈGE APOSTOLIQUE

CHAPITRE I

POUVOIRS DU COLLÈGE DES CARDINAUX
DURANT LA VACANCE DU SIÈGE APOSTOLIQUE

1. Pendant la vacance du Siège apostolique, le Collège des Cardinaux n'a aucun pouvoir ni aucune juridiction sur les questions qui sont du ressort du Souverain Pontife, durant sa vie ou dans l'exercice des fonctions de sa charge ; ces questions devront toutes être réservées exclusivement au futur Pontife. Je déclare donc invalide et nul tout acte de pouvoir ou de juridiction appartenant au Pontife Romain, durant sa vie ou dans l'exercice des fonctions de sa charge, que le Collège des Cardinaux lui-même croirait devoir poser, sinon dans les limites de ce qui est expressément permis par la présente Constitution.

2. Durant la période où le Siège apostolique est vacant, le gouvernement de l'Église est confié au Collège des Cardinaux seulement pour expédier les affaires courantes ou celles qui ne peuvent être différées (cf. n. 6) et pour la préparation de ce qui est nécessaire en vue de l'élection du nouveau Pontife. Cette tâche devra être accomplie selon les modalités et dans les limites prévues par la présente Constitution : devront par conséquent être absolument exclues les affaires qui - en vertu de la loi ou en vertu de la pratique - relèvent des pouvoirs du seul Pontife Romain lui-même ou bien qui concernent les normes pour l'élection du nouveau Pontife suivant les dispositions de la présente Constitution.

3. J'établis en outre que le Collège des Cardinaux ne peut en aucune façon prendre des dispositions sur les droits du Siège apostolique et de l'Église Romaine, et encore moins abandonner certains de ces droits, directement ou indirectement, même pour régler des dissensions ou pour poursuivre des actions perpétrées contre ces mêmes droits après la mort ou la démission valide du Pontife (12). Tous les Cardinaux défendront soigneusement ces droits.

4. Durant la vacance du Siège apostolique, on ne peut en aucune façon corriger ni modifier les lois promulguées par les Pontifes Romains, ni leur ajouter ni leur retrancher quelque chose, ni en dispenser même partiellement, surtout en ce qui concerne les règles pour l'élection du Souverain Pontife. De plus, s'il se produisait éventuellement que quelque chose soit fait ou tenté contre cette prescription, de par ma suprême autorité, je le déclare nul et non avenu.

5. S'il surgissait des doutes sur les prescriptions contenues dans la présente Constitution, ou sur la façon de les mettre en œuvre, je dispose formellement que tout pouvoir d'émettre un jugement en ce domaine appartient au Collège des Cardinaux, auquel j'attribue donc la faculté d'en interpréter les points douteux ou controversés, établissant que, s'il faut délibérer sur ces questions et sur d'autres semblables, excepté l'acte de l'élection, il suffira que la majorité des Cardinaux réunis s'accorde sur la même opinion.

6. De la même façon, dans le cas d'un problème qui, selon la majorité des Cardinaux réunis, ne peut être remis à plus tard, le Collège des Cardinaux prendra une décision conforme à l'avis de la majorité.

 

CHAPITRE II

LES CONGRÉGATIONS DES CARDINAUX PRÉPARATOIRES
À L'ÉLECTION DU SOUVERAIN PONTIFE

7. Durant la vacance du Siège, il y aura deux sortes de congrégations des Cardinaux : l'une générale, c'est-à-dire de tout le Collège jusqu'au commencement de l'élection, et l'autre particulière. Aux congrégations générales doivent participer tous les Cardinaux qui ne sont pas légitimement empêchés, dès qu'ils ont été informés de la vacance du Siège apostolique. Toutefois, aux Cardinaux qui, selon la norme du n. 33 de la présente Constitution, ne jouissent pas du droit d'élire le Pontife, est accordée la faculté de s'abstenir, s'ils le préfèrent, de participer à ces congrégations générales.

La congrégation particulière est composée du Cardinal Camerlingue de la Sainte Église Romaine et de trois Cardinaux, un de chaque ordre, tirés au sort parmi les Cardinaux électeurs déjà arrivés à Rome. La charge de ces trois Cardinaux, dits assistants, cesse à la fin du troisième jour, et d'autres leur succèdent, toujours par tirage au sort, pour une égale durée, même après le commencement de l'élection.

Pendant la période de l'élection, les questions les plus importantes sont traitées, si nécessaire, par l'assemblée des Cardinaux électeurs, tandis que les affaires ordinaires continuent à être traitées par la congrégation particulière des Cardinaux. Dans les congrégations générales et particulières, durant la vacance du Siège, les Cardinaux porteront la soutane noire filetée habituelle et la ceinture rouge, avec la calotte, la croix pectorale et l'anneau.

8. Dans les congrégations particulières, on doit traiter seulement les questions d'importance mineure qui se présentent au jour le jour ou d'un moment à l'autre. Mais s'il surgit des questions plus graves qui demandent un examen plus approfondi, elles doivent être soumises à la congrégation générale. En outre, ce qui a été décidé, résolu ou repoussé dans une congrégation particulière ne peut être abrogé, modifié ou accordé dans une autre ; le droit d'agir ainsi appartient seulement à la congrégation générale, et à la majorité des voix.

9. Les congrégations générales des Cardinaux se tiendront dans le Palais apostolique du Vatican ou, si les circonstances le demandent, dans un autre lieu que les Cardinaux eux-mêmes jugeraient plus adapté. Elles seront présidées par le Doyen du Collège ou, s'il est absent ou légitimement empêché, par le Vice-Doyen. Si l'un d'entre eux, ou les deux, ne jouissaient plus du droit d'élire le Pontife, selon la norme du n. 33 de la présente Constitution, le Cardinal électeur le plus ancien, suivant l'ordre habituel de préséance, présidera les assemblées des Cardinaux électeurs.

10. Le vote, dans les congrégations des Cardinaux, s'il s'agit de choses d'importance majeure, ne doit pas se faire oralement, mais sous une forme secrète.

11. Les congrégations générales qui précèdent le commencement de l'élection, appelées pour cette raison "préparatoires", doivent avoir lieu quotidiennement, à partir du jour qui sera fixé par le Camerlingue de la Sainte Église Romaine conjointement avec le premier des Cardinaux électeurs de chaque ordre, même les jours où l'on célèbre les obsèques du Pontife défunt. Cela devra être accompli pour permettre au Cardinal Camerlingue de recueillir l'avis du Collège et de lui faire les communications qu'il estimera nécessaires ou opportunes ; cela permettra aussi à chacun des Cardinaux d'exprimer son sentiment sur les problèmes qui se présentent, de demander des explications en cas de doute ou de faire des propositions.

12. Lors des premières congrégations générales, on fera en sorte que tous les Cardinaux disposent d'un exemplaire de la présente Constitution et, en même temps, qu'ils aient la possibilité de formuler éventuellement des questions sur la signification et sur l'exécution des normes qu'elle établit. En outre, il convient que soit lue la partie de la présente Constitution concernant la vacance du Siège apostolique. Au même moment, tous les Cardinaux présents devront prêter serment d'observer les prescriptions de cette Constitution et de garder le secret. Ce serment, qui devra être prêté également par les Cardinaux qui, arrivant en retard, participent à ces congrégations dans un deuxième temps, sera lu par le Cardinal Doyen ou, éventuellement, par un autre président du Collège, conformément à la norme définie par le n. 9 de la présente Constitution, en présence des autres Cardinaux, selon la formule suivante :

Nous, Cardinaux de la Sainte Église Romaine, dans l'ordre des Évêques, des Prêtres et des Diacres, promettons, nous déclarons obligés et jurons, tous et chacun, d'observer exactement et fidèlement toutes les normes contenues dans la Constitution apostolique Universi Dominici Gregis du Souverain Pontife Jean-Paul II, et de maintenir scrupuleusement le secret sur tout ce qui a rapport de quelque manière que ce soit avec l'élection du Pontife Romain, ou qui, de par sa nature, pendant la vacance du Siège apostolique, demande le même secret.

Ensuite, chaque Cardinal dira : Et moi, N. Cardinal N. je promets, je m'oblige et je jure. Et, posant la main sur l'Évangile, il ajoutera : Que Dieu m'aide en cela, et ces saints Évangiles que je touche de ma main.

13. Dans une des congrégations qui suivront immédiatement, les Cardinaux devront, selon un ordre du jour préétabli, prendre les décisions les plus urgentes en vue de commencer les actes de l'élection, à savoir :

a) fixer le jour, l'heure et de quelle façon le corps du Pontife défunt sera porté dans la Basilique vaticane pour être exposé à l'hommage des fidèles ;

b) prendre toutes les dispositions nécessaires pour les obsèques du pontife défunt, qui devront être célébrées durant neuf jours consécutifs, et fixer le moment où elles commenceront, de telle sorte que l'inhumation ait lieu, sauf raison spéciale, entre le quatrième et le sixième jour après la mort ;

c) demander à la commission composée du Cardinal Camerlingue et des Cardinaux qui remplissaient respectivement la charge de Secrétaire d'État et de Président de la Commission pontificale pour l'État de la Cité du Vatican de préparer en temps opportun les locaux de la Domus Sanctæ Marthæ pour le logement convenable des Cardinaux électeurs et des personnes dont il est question au n. 46 de la présente Constitution, et de prévoir, en même temps, la mise en place de ce qui est nécessaire pour aménager la Chapelle Sixtine, afin que les opérations de vote puissent se dérouler commodément, dans l'ordre et dans le plus grand secret, conformément à ce qui est prévu et établi dans la présente Constitution ;

d) confier à deux ecclésiastiques exemplaires pour leur doctrine, leur sagesse et leur autorité morale la tâche de prononcer devant les Cardinaux deux méditations approfondies sur les problèmes de l'Église à ce moment-là et sur le choix éclairé du nouveau Pontife ; en même temps, restant ferme ce qui est prévu au n. 52 de la présente Constitution, ils veilleront à fixer le jour et l'heure où devra leur être adressée la première de ces méditations ;

e) approuver - sur proposition de l'Administration du Siège apostolique ou, pour ce qui est de sa compétence, du Gouvernement de l'État de la Cité du Vatican - les dépenses courantes depuis la mort du Pontife jusqu'à l'élection de son successeur ;

f) lire, au cas où il y en aurait, les documents laissés par le Pontife défunt à l'intention du Collège des Cardinaux ;

g) prendre soin de faire annuler l'Anneau du Pêcheur et le sceau de plomb sous lesquels sont expédiées les Lettres apostoliques ;

h) prendre les dispositions nécessaires pour l'attribution des logements des Cardinaux électeurs par tirage au sort ;

i) fixer le jour et l'heure du commencement des opérations de vote.


CHAPITRE III

DIVERSES CHARGES PENDANT LA VACANCE
DU SIÈGE APOSTOLIQUE

14. Selon l'art. 6 de la Constitution apostolique Pastor bonus (13), à la mort du Pontife, tous les Chefs des Dicastères de la Curie romaine, c'est-à-dire le Cardinal Secrétaire d'État, les Cardinaux Préfets, les Archevêques Présidents, ainsi que les membres de ces mêmes Dicastères, cessent leurs fonctions. Exception est faite pour le Camerlingue de la Sainte Église Romaine et pour le grand Pénitencier, qui continuent à s'occuper des affaires courantes, soumettant au Collège des Cardinaux ce qui aurait dû être référé au Souverain Pontife.

De même, conformément à ce que stipule la Constitution apostolique Vicariæ potestatis (n. 2 § 1)(14), le Cardinal Vicaire général pour le diocèse de Rome ne quitte pas sa charge pendant la vacance du Siège apostolique et il en est de même du Cardinal Archiprêtre de la Basilique vaticane et Vicaire général pour la Cité du Vatican, pour ce qui relève de sa juridiction.

15. Si les charges de Camerlingue de la Sainte Église Romaine ou de grand Pénitencier se trouvent vacantes à la mort du Pontife ou avant l'élection de son successeur, le Collège des Cardinaux devra, le plus vite possible, élire le Cardinal ou, selon les cas, les Cardinaux qui en assumeront les fonctions jusqu'à l'élection du nouveau Pontife. Dans chacun des cas cités, l'élection se fait par vote secret de tous les Cardinaux électeurs présents, au moyen de bulletins qui seront distribués et recueillis par les cérémoniaires, puis ouverts en présence du Camerlingue et des trois Cardinaux assistants, s'il s'agit d'élire le grand Pénitencier, ou bien en présence des trois Cardinaux susmentionnés et du secrétaire du Collège des Cardinaux, s'il s'agit d'élire le Camerlingue. Sera élu et jouira ipso facto de toutes les facultés liées à la charge celui qui aura obtenu la majorité des suffrages. En cas d'égalité des voix, sera désigné celui qui appartient à l'ordre le plus élevé et, dans le même ordre, celui qui a été créé Cardinal le premier. Jusqu'à l'élection du Camerlingue, ses fonctions sont exercées par le Doyen du Collège ou, s'il est absent ou légitimement empêché, par le Vice-Doyen ou par le Cardinal le plus ancien selon l'ordre habituel de préséance, conformément au n. 9 de la présente Constitution, qui peut prendre sans délai les décisions appelées par les circonstances.

16. Mais, si le Vicaire général pour le diocèse de Rome venait à disparaître pendant la vacance du Siège apostolique, le vice-gérant alors en fonction exercera la charge propre au Cardinal vicaire en plus de sa propre juridiction ordinaire (15). S'il n'y a pas non plus de vice-gérant, le premier nommé des Évêques auxiliaires en remplira les fonctions.

17. Dès qu'il a reçu la nouvelle de la mort du Souverain Pontife, le Camerlingue de la Sainte Église Romaine doit constater officiellement la mort du Pontife en présence du Maître des Célébrations liturgiques pontificales, des prélats clercs et du secrétaire et chancelier de la Chambre apostolique ; ce dernier rédigera le document ou acte de décès authentique. Le Camerlingue doit en outre apposer les scellés au bureau et à la chambre du Pontife, s'assurant que le personnel qui réside habituellement dans l'appartement privé puisse y demeurer jusqu'après la sépulture du Pape, au moment où tout l'appartement pontifical sera mis sous scellés ; informer de la mort le Cardinal Vicaire de Rome, lequel en donnera la nouvelle au peuple romain par une déclaration spéciale ; et de même le Cardinal Archiprêtre de la Basilique vaticane ; il doit prendre possession du Palais apostolique du Vatican et, personnellement ou par un délégué, des Palais du Latran et de Castel Gandolfo dont il assurera la garde et le gouvernement ; déterminer, après avoir consulté les Cardinaux chefs des trois ordres, tout ce qui concerne la sépulture du Pontife, à moins que ce dernier, de son vivant, n'ait fait connaître ses volontés à ce sujet ; veiller, au nom et avec le consentement du Collège des Cardinaux, à tout ce que les circonstances suggéreront pour défendre les droits du Siège apostolique et assurer sa bonne administration. Il revient en effet au Camerlingue de la Sainte Église Romaine, pendant la vacance du Siège apostolique, de veiller à l'administration des biens et des droits temporels du Saint-Siège, avec l'aide des trois Cardinaux assistants, après avoir obtenu, une fois pour les questions moins importantes et chaque fois pour les plus graves, le vote du Collège des Cardinaux.

18. Le Cardinal grand Pénitencier et ses collaborateurs, pendant la vacance du Siège, pourront accomplir ce qui a été établi par mon prédécesseur Pie XI dans la Constitution apostolique Quæ divinitus du 25 mars 1935 (16), et par moi-même dans la Constitution apostolique Pastor bonus(17).

19. Il appartient au Doyen du Collège des Cardinaux, dès que le Cardinal Camerlingue ou le Préfet de la Maison pontificale l'aura informé de la mort du Pontife, d'en communiquer la nouvelle à tous les Cardinaux et de les convoquer pour les congrégations du Collège. De même, il fera part de la mort du Pontife au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège et aux Chefs d'État des nations correspondantes.

20. Pendant la vacance du Siège apostolique, le Substitut de la Secrétairerie d'État ainsi que le Secrétaire pour les Relations avec les États et les Secrétaires des Dicastères de la curie romaine garderont la direction de leurs services respectifs et en répondront devant le Collège des Cardinaux.

21. De même, la mission et les pouvoirs des représentants pontificaux ne cessent pas.

22. L'aumônier de Sa Sainteté continuera à exercer ses oeuvres de charité, en observant les critères en usage du vivant du Pontife ; et il sera soumis au Collège des Cardinaux jusqu'à l'élection du nouveau Pontife.

23. Pendant la vacance du Siège, tout le pouvoir civil du Souverain Pontife concernant le gouvernement de la Cité du Vatican revient au Collège des Cardinaux ; cependant, celui-ci ne pourra porter de décrets qu'en cas d'urgente nécessité et seulement pour la durée de la vacance du Saint-Siège. Ces décrets n'auront de valeur par la suite que si le nouveau Pontife les confirme.


CHAPITRE IV

LES POUVOIRS DES DICASTÈRES DE LA CURIE ROMAINE
PENDANT LA VACANCE DU SIÈGE APOSTOLIQUE

24. Durant la vacance du Siège, les dicastères de la curie romaine, à l'exception de ceux dont il est question au n. 26 de la présente Constitution, n'ont aucun pouvoir en ce qui concerne les affaires que, Sede plena, ils ne peuvent traiter ou expédier que facto verbo cum SS.mo, ou bien Ex Audientia SS.mi, ou vigore specialium et extraordinariarum facultatum que le Pontife Romain a coutume d'accorder aux Préfets, aux Présidents ou aux Secrétaires de ces dicastères.

25. Au contraire, les facultés ordinaires de chaque dicastère ne sont pas supprimées par la mort du Pontife ; j'établis toutefois que les dicastères ne doivent user de ces facultés que dans la concession de grâces de moindre importance, tandis que les affaires plus graves ou controversées, si leur solution peut être différée, devront être exclusivement réservées au futur Pontife ; mais, si elles n'admettent aucun retard (comme, entre autres, les cas in articulo mortis pour les dispenses que le Souverain Pontife a coutume d'accorder), le Collège des Cardinaux pourra les confier au Cardinal qui était Préfet jusqu'à la mort du Pontife, ou à l'Archevêque jusqu'alors Président, et aux autres Cardinaux du même dicastère à qui le Souverain Pontife défunt en aurait probablement confié l'examen. En de telles circonstances, ils pourront décider per modum provisionis, jusqu'à l'élection du Pontife, ce qu'ils auront jugé le plus apte à la sauvegarde et à la défense des droits et des traditions ecclésiastiques.

26. Le Tribunal suprême de la Signature apostolique et le Tribunal de la Rote romaine continuent, pendant la vacance du Saint-Siège, à traiter les causes selon leurs lois propres, restant fermes les prescriptions figurant dans l'article 18, alinéas 1 et 3 de la Constitution apostolique Pastor bonus (18).


CHAPITRE V

LES FUNÉRAILLES DU PONTIFE ROMAIN

27. Après le décès du Pontife Romain, les Cardinaux célébreront pendant neuf jours consécutifs les services funèbres pour le repos de son âme, selon les normes de l'Ordo exequiarum Romani Pontificis, auxquelles ils se conformeront fidèlement, ainsi qu'à celles de l'Ordo rituum Conclavis.

28. Si l'inhumation a lieu dans la Basilique vaticane, son procès-verbal authentique est rédigé par le notaire du chapitre de cette même Basilique ou par le chanoine archiviste. Ensuite, un délégué du Cardinal Camerlingue et un délégué du Préfet de la Maison pontificale rédigeront séparément les documents qui font foi de ce que l'inhumation a eu lieu ; le premier en présence des membres de la Chambre apostolique, le second en présence du Préfet de la Maison pontificale.

29. Si le Pontife Romain devait mourir en dehors de Rome, il appartient au Collège des Cardinaux de prendre toutes les dispositions nécessaires pour un transfert digne et honorable de sa dépouille mortelle à la Basilique Saint-Pierre du Vatican.

30. Personne n'a le droit de prendre, en utilisant quelque moyen que ce soit, des images du Souverain Pontife alité et malade ou défunt, ni d'enregistrer avec quelque procédé que ce soit ses paroles pour les reproduire par la suite. Si quelqu'un, après la mort du Pape, désire prendre de lui des photographies à titre documentaire, il devra en faire la demande au Cardinal Camerlingue de la Sainte Église Romaine, lequel ne permettra cependant de photographier le Souverain Pontife que s'il est revêtu des vêtements pontificaux.

31. Après l'inhumation du Souverain Pontife et pendant l'élection du nouveau Pape, aucune pièce de l'appartement privé des Souverains Pontifes ne sera habitée.

32. Si le Souverain Pontife défunt a fait un testament concernant ses biens, laissant des lettres et des documents privés, et s'il a désigné son exécuteur testamentaire, il revient à celui-ci, en vertu des pouvoirs reçus du testateur, de prendre les décisions et les dispositions nécessaires concernant les biens privés et les écrits du Pontife défunt. Cet exécuteur ne rendra compte de son action qu'au nouveau Souverain Pontife.


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DEUXIÈME PARTIE

L'ÉLECTION DU PONTIFE ROMAIN

CHAPITRE I

LES ÉLECTEURS DU PONTIFE ROMAIN

33. Le droit d'élire le Pontife Romain appartient uniquement aux Cardinaux de la Sainte Église Romaine, à l'exception de ceux qui, avant le jour de la mort du Souverain Pontife ou avant le jour où le Siège apostolique est devenu vacant, ont déjà quatre-vingts ans accomplis. Le nombre maximum de Cardinaux électeurs ne doit pas dépasser cent vingt. Il est absolument exclu que tout autre dignitaire ecclésiastique ait le droit d'élection active ou bien qu'intervienne une autorité laïque quels que soient son rang ou son ordre.

34. S'il arrive que le Siège apostolique devienne vacant pendant la célébration d'un concile œcuménique ou d'un synode des Évêques, qu'ils se tiennent à Rome ou en un autre lieu dans le monde, l'élection du nouveau Pontife devra être faite uniquement et exclusivement par les Cardinaux électeurs qui sont désignés dans le numéro précédent, et non par le concile lui-même ou par le synode des Évêques. C'est pourquoi je déclare nuls et invalides les actes qui, en quelque manière, auraient la témérité de vouloir modifier les normes de l'élection ou le collège des électeurs. Bien plus, étant confirmés à ce sujet le can. 340 et aussi le can. 347, § 2 du C.I.C. et le can. 53 du C.C.E.O., le concile lui-même ou le synode des Évêques, à quelque point qu'ils se trouvent, doivent être considérés comme suspendus immédiatement ipso iure, dès qu'on a reçu la nouvelle de la vacance du Siège apostolique. Ils doivent donc aussitôt, sans nul retard, cesser toute réunion, congrégation ou session, et arrêter la rédaction ou la préparation de tous décrets ou canons, ou s'abstenir de promulguer ceux qui ont été confirmés, sous peine de leur nullité ; et ni le concile ni le synode ne pourront continuer pour quelque motif que ce soit, même très grave et digne de considération spéciale, jusqu'à ce que le nouveau Pontife canoniquement élu ait ordonné de les reprendre ou de les continuer.

35. Aucun Cardinal électeur ne pourra être exclu de l'élection active ou passive pour quelque motif ou prétexte que ce soit, restant sauf ce qui a été prescrit au n. 40 de la présente Constitution.

36. Un Cardinal de la Sainte Église Romaine qui a été créé et dont la nomination a été publiée en Consistoire, a, par là-même, le droit d'élire le Pontife selon la norme du n. 33 de la présente Constitution, même si la barrette ne lui a pas encore été imposée, si l'anneau ne lui pas été remis et s'il n'a pas prêté serment. Au contraire, ne jouissent pas de ce droit les Cardinaux canoniquement déposés ou ceux qui ont démissionné, avec le consentement du Pontife Romain, de la dignité cardinalice. De plus, pendant la vacance du Siège, le Collège des Cardinaux ne peut ni les réadmettre ni les réhabiliter.

37. J'établis aussi que, à partir du moment où le Siège apostolique est légitimement vacant, les Cardinaux électeurs présents doivent attendre les absents pendant quinze jours pleins ; toutefois, je laisse au collège des Cardinaux la faculté de différer de quelques jours, s'il y a des motifs graves, le commencement de l'élection. Mais, passés vingt jours au plus depuis le commencement de la vacance du siège, tous les Cardinaux électeurs présents sont tenus de procéder à l'élection.

38. Tous les Cardinaux électeurs, convoqués par le Doyen, ou par un autre Cardinal en son nom, pour l'élection du nouveau Pontife, sont obligés, en vertu de la sainte obéissance, d'obtempérer à la convocation et de se rendre au lieu désigné, à moins d'être retenus par la maladie ou par un autre empêchement grave qui devra toutefois être reconnu par le Collège des Cardinaux.

39. Cependant, si des Cardinaux électeurs arrivent re integra, c'est-à-dire avant que l'on ait procédé à l'élection du Pasteur de l'Église, ils seront admis au processus de l'élection, au point où il se trouve.

40. S'il se trouvait qu'un Cardinal ayant le droit de vote refusait d'entrer dans la Cité du Vatican pour participer au processus de l'élection ou, par la suite, après le commencement, refusait de rester pour remplir sa charge, sans raison manifeste de maladie reconnue sous serment par les médecins et attestée par la majorité des électeurs, les autres procéderont librement aux actes de l'élection, sans l'attendre, ni le réadmettre. Au contraire, si un Cardinal électeur est contraint de sortir de la Cité du Vatican, une maladie étant survenue, on peut procéder à l'élection même sans demander son vote ; mais s'il veut entrer à nouveau dans le lieu susdit de l'élection, après sa guérison ou même avant, il doit y être réadmis.

En outre, si un Cardinal électeur sort de la Cité du Vatican pour quelque motif grave, reconnu par la majorité des électeurs, il peut y retourner pour reprendre part à l'élection.


CHAPITRE II

LE LIEU DE L'ÉLECTION ET LES PERSONNES
QUI Y SONT ADMISES
EN RAISON DE LEUR CHARGE

41. Le Conclave pour l'élection du Souverain Pontife se déroulera à l'intérieur du territoire de la Cité du Vatican, dans des secteurs et des édifices déterminés, fermés aux personnes étrangères, de telle manière que soient assurés une installation et un séjour convenables pour les Cardinaux électeurs et ceux qui sont légitimement appelés à collaborer au déroulement régulier de l'élection elle-même.

42. Au moment fixé pour le commencement des actes de l'élection du Souverain Pontife, tous les Cardinaux électeurs devront avoir reçu l'attribution d'un logement convenable, et s'y être installés, dans l'édifice appelé Domus Sanctæ Marthæ, récemment construit dans la Cité du Vatican.

Si des raisons de santé, préalablement reconnues par la congrégation cardinalice particulière, exigent qu'un Cardinal électeur ait près de lui, même pendant l'élection, un infirmier, on devra lui assurer également un logement adapté.

43. À partir du moment où a été fixé le commencement des actes de l'élection, jusqu'à l'annonce publique de l'élection du Souverain Pontife ou, en tout cas, jusqu'au moment décidé par le nouveau Pontife, les locaux de la Domus Sanctæ Marthæ, de même que, d'une manière particulière, la Chapelle Sixtine et les lieux destinés aux célébrations liturgiques devront être fermés, sous l'autorité du Cardinal Camerlingue et avec la collaboration extérieure du Substitut de la Secrétairerie d'État, aux personnes non autorisées, selon ce qui est établi dans les numéros suivants.

Tout le territoire de la Cité du Vatican, de même que l'activité ordinaire des services ayant leur siège dans ce cadre, devront être organisés, pour ladite période, de manière à assurer le secret et le déroulement libre de tous les actes liés à l'élection du Souverain Pontife. En particulier, on devra veiller à ce que les Cardinaux électeurs ne soient approchés par personne pendant qu'ils seront transportés de la Domus Sanctæ Marthæ au Palais apostolique du Vatican.

44. Les Cardinaux électeurs, depuis le début des actes de l'élection jusqu'à ce qu'elle soit accomplie et annoncée publiquement, s'abstiendront d'entretenir des correspondances épistolaires, téléphoniques ou par d'autres moyens de communication avec des personnes étrangères au cadre où se déroule cette élection, sauf en raison d'une nécessité urgente et prouvée, dûment reconnue par la congrégation particulière mentionnée au n. 7. La même congrégation a compétence pour admettre la nécessité et l'urgence, pour les Cardinaux grand Pénitencier, Vicaire général pour le diocèse de Rome et Archiprêtre de la Basilique vaticane, de communiquer avec leurs services respectifs.

45. À tous ceux qui ne sont pas désignés dans le numéro suivant et qui, tout en étant légitimement présents dans la Cité du Vatican, ainsi qu'il est prévu au n. 43 de la présente Constitution, viendraient à rencontrer fortuitement l'un ou l'autre des Cardinaux électeurs pendant l'élection, il est absolument interdit d'entretenir une conversation, sous quelque forme que ce soit, avec quelque moyen que ce soit et pour quelque motif que ce soit, avec ces mêmes Pères Cardinaux.

46. Pour faire face aux besoins personnels et de service liés au déroulement de l'élection, devront être disponibles et donc convenablement logés dans des locaux adaptés à l'intérieur des limites déterminées au n. 43 de la présente Constitution, le Secrétaire du Collège cardinalice, qui fait fonction de Secrétaire de l'assemblée élective ; le Maître des Célébrations liturgiques pontificales avec deux cérémoniaires et deux religieux chargés de la sacristie pontificale ; un ecclésiastique choisi par le Cardinal Doyen ou par le Cardinal qui le remplace, afin de l'assister dans sa propre charge.

En outre, devront être à disposition quelques religieux de diverses langues pour les confessions, ainsi que deux médecins pour des urgences éventuelles.

On devra aussi mettre à disposition en temps utile un nombre suffisant de personnes pour assurer les services des repas et de la propreté.

Toutes les personnes désignées ici devront être approuvées au préalable par le Cardinal Camerlingue et les trois assistants.

47. Toutes les personnes énumérées au n. 46 de la présente Constitution qui, pour quelque motif que ce soit et à quelque moment que ce soit, viendraient à être informées par n'importe quelle personne de ce qui concerne directement ou indirectement les actes propres de l'élection et, en particulier, de ce qui a trait aux scrutins ayant eu lieu pour l'élection elle-même, sont obligées à un strict secret envers toute personne extérieure au Collège des Cardinaux électeurs ; à cette fin, avant le commencement des actes de l'élection, elles devront prêter serment suivant les modalités et la formule indiquées au numéro suivant.

48. Les personnes désignées au n. 46 de la présente Constitution, dûment averties du sens et de la portée du serment à prêter, avant le commencement des actes de l'élection, devant le Cardinal Camerlingue ou un autre Cardinal délégué par lui, en présence de deux cérémoniaires, devront prêter serment en temps voulu, selon la formule suivante qu'elles signeront :

Moi, N. N., je promets et je jure de garder le secret absolu, et à l'égard de quiconque ne fait pas partie du Collège des Cardinaux électeurs, et cela perpétuellement, à moins que je n'en reçoive une faculté particulière expressément accordée par le nouveau Pontife élu ou par ses successeurs, sur tout ce qui concerne directement ou indirectement les votes et les scrutins pour l'élection du Souverain Pontife.

Je promets également et je jure de m'abstenir de me servir d'aucun instrument d'enregistrement, d'audition ou de vision de ce qui, pendant l'élection, se déroule dans le cadre de la Cité du Vatican, et particulièrement de ce qui a trait directement ou indirectement, de quelque manière que ce soit, aux actes liés à l'élection elle-même.

Je déclare que j'émets ce serment en ayant conscience que l'enfreindre entraînera à mon égard les sanctions spirituelles et canoniques que le futur Souverain Pontife estimera devoir adopter (cf. can. 1399 du C.I.C.).

Que Dieu m'y aide ainsi que ces saints Évangiles que je touche de ma main.


CHAPITRE III

LE DÉBUT DES ACTES DE L'ÉLECTION

49. Après les funérailles du Pontife défunt selon les rites prescrits et après que l'on aura préparé ce qui est nécessaire pour le déroulement régulier de l'élection, les Cardinaux électeurs se réuniront dans la Basilique Saint-Pierre du Vatican, ou ailleurs, selon l'opportunité et les exigences de temps et de lieu, au jour fixé - donc le quinzième jour après la mort du Pontife ou, selon ce qui est prévu au n. 37 de la présente Constitution, non après le vingtième jour - afin de prendre part à une célébration eucharistique solennelle de la Messe votive pro eligendo Papa (19). Elle devra avoir lieu si possible à une heure appropriée de la matinée, de manière à ce que dans l'après-midi puisse se dérouler ce qui est prescrit dans les numéros suivants de la présente Constitution.

50. De la Chapelle Pauline du Palais apostolique, où ils se seront réunis à une heure appropriée de l'après-midi, les Cardinaux électeurs, en habit de choeur, se rendront en procession solennelle à la Chapelle Sixtine du Palais apostolique, lieu du déroulement de l'élection, en invoquant l'assistance de l'Esprit Saint par le chant du Veni Creator.

51. En conservant les éléments essentiels du Conclave, mais en en modifiant quelques modalités secondaires, auxquelles le changement des circonstances a fait perdre ce qui les fondait antérieurement, par la présente Constitution, je déclare et je décide que tous les actes de l'élection du Souverain Pontife, selon ce qui est prescrit dans les numéros suivants, se dérouleront exclusivement dans la Chapelle dite Sixtine du Palais apostolique du Vatican, qui reste donc totalement isolée, jusqu'à ce que l'élection soit accomplie, de manière que soit assuré le secret absolu sur tout ce qui y sera fait ou dit, en rapport d'une manière ou d'une autre, directement ou indirectement, avec l'élection du Souverain Pontife.

Par conséquent, agissant sous l'autorité et la responsabilité du Camerlingue assisté de la congrégation particulière dont il est question au n. 7 de la présente Constitution, le Collège des Cardinaux veillera à ce que, à l'intérieur de ladite chapelle et des locaux attenants, tout soit préalablement installé, avec la collaboration extérieure du Substitut de la Secrétairerie d'État, en sorte que la régularité de l'élection et son caractère confidentiel soient assurés.

De manière spéciale, des contrôles sérieux et sévères devront être faits, avec l'aide de personnes de toute confiance et de capacités techniques éprouvées, pour que dans ces locaux des moyens audiovisuels de reproduction et de transmission vers l'extérieur ne soient pas subrepticement installés.

52. Lorsque les Cardinaux électeurs seront parvenus dans la Chapelle Sixtine, selon ce qui est défini au n. 50, les personnes qui ont fait partie de la procession solennelle étant encore présentes, ils prêteront serment selon la formule donnée au numéro suivant.

Le Cardinal Doyen ou le premier Cardinal selon l'ordre et l'ancienneté lira la formule à haute voix, selon ce qui est prescrit au n. 9 de la présente Constitution ; puis, à la fin, chacun des Cardinaux électeurs, la main sur l'Évangile, lira et prononcera la formule, ainsi qu'il est indiqué au numéro suivant.

Après que le dernier des Cardinaux électeurs aura prêté serment, l'extra omnes sera intimé par le Maître des Célébrations liturgiques pontificales, et toutes les personnes étrangères au Conclave devront quitter la Chapelle Sixtine.

Seuls y resteront le Maître des Célébrations liturgiques pontificales et l'ecclésiastique, choisi auparavant pour faire la deuxième des méditations aux Cardinaux électeurs, comme il est dit au n. 13/d, sur la tâche très lourde qui leur incombe et, donc, sur la nécessité d'agir avec une intention droite pour le bien de l'Église universelle, solum Deum præ oculis habentes.

53. En vertu des dispositions du numéro précédent, le Cardinal Doyen ou le premier des autres Cardinaux selon l'ordre et l'ancienneté prononcera la formule suivante de prestation de serment:

Nous tous et chacun de nous, Cardinaux électeurs présents à cette élection du Souverain Pontife, promettons, faisons le vœu et jurons d'observer fidèlement et scrupuleusement toutes les prescriptions contenues dans la Constitution apostolique du Souverain Pontife Jean-Paul II, Universi Dominici gregis, datée du 22 février 1996. De même, nous promettons, nous faisons le voeu et nous jurons que quiconque d'entre nous sera, par disposition divine, élu Pontife Romain, s'engagera à exercer fidèlement le munus Petrinum de Pasteur de l'Église universelle et ne cessera d'affirmer et de défendre avec courage les droits spirituels et temporels, ainsi que la liberté du Saint-Siège. Nous promettons et nous jurons surtout de garder avec la plus grande fidélité et avec tous, clercs et laïcs, le secret sur tout ce qui concerne d'une manière quelconque l'élection du Pontife Romain et sur ce qui se fait dans le lieu de l'élection et qui concerne directement ou indirectement les scrutins ; de ne violer en aucune façon ce secret aussi bien pendant qu'après l'élection du nouveau Pontife, à moins qu'une autorisation explicite en ait été accordée par le Pape lui-même ; de n'aider ou de ne favoriser aucune ingérence, opposition ni aucune autre forme d'intervention par lesquelles des autorités séculières, de quelque ordre et de quelque degré que ce soit, ou n'importe quel groupe, ou des individus voudraient s'immiscer dans l'élection du Pontife Romain.

Ensuite, chaque Cardinal électeur, selon l'ordre de préséance, prêtera serment selon la formule suivante:

Et moi, N. Cardinal N., je le promets, j'en fais le voeu et je le jure, et il ajoutera en posant la main sur l'Évangile: Que Dieu m'y aide ainsi que ces saints Évangiles que je touche de ma main.

54. Une fois la méditation achevée, l'ecclésiastique qui l'a prononcée quitte la Chapelle Sixtine, de même que le Maître des Célébrations liturgiques pontificales. Les Cardinaux électeurs, ayant récité les prières prévues par l'Ordo, le Cardinal Doyen (ou celui qui en fait fonction) pose en premier lieu la question de savoir si l'on peut désormais procéder aux actes de l'élection, ou s'il convient encore d'éclaircir des doutes concernant les normes et les modalités établies dans la présente Constitution, sans que ne soit toutefois permis, même s'il y avait unanimité parmi les électeurs, et cela sous peine de nullité de cette délibération, qu'aucune des normes, concernant de manière substantielle les actes de l'élection elle-même, puisse être modifiée ou remplacée.

Ensuite, si, selon la décision de la majorité des électeurs, rien ne s'oppose à ce que l'on procède aux actes de l'élection, on passera immédiatement à l'élection, selon les modalités prévues par la présente Constitution.

CHAPITRE IV

LE SECRET À GARDER
SUR TOUT CE QUI CONCERNE L'ÉLECTION

55. Le Cardinal Camerlingue et les trois Cardinaux assistants pro tempore ont l'obligation de veiller soigneusement à ce que ne soit violé d'aucune manière le caractère secret de ce qui se passe dans la Chapelle Sixtine, où se déroulent les opérations de vote, et dans les locaux attenants, avant, pendant et après les opérations.

De manière particulière, faisant aussi appel à la compétence de deux techniciens de confiance, ils chercheront à sauvegarder ce caractère secret, en s'assurant qu'aucun moyen d'enregistrement ou de transmission audiovisuelle ne soit introduit par quiconque dans aucun des locaux indiqués, particulièrement dans la Chapelle Sixtine, où se déroulent les actes de l'élection.

Si une quelconque infraction à cette norme était commise et découverte, leurs auteurs doivent savoir qu'ils seront soumis à de graves peines, selon ce que décidera le futur Pontife.

56. Pendant toute la durée des actes de l'élection, les Cardinaux électeurs sont tenus de s'abstenir de toute correspondance épistolaire et de toute conversation téléphonique ou par radio avec des personnes non expressément admises dans les bâtiments qui leur sont réservés.

Seules des raisons très graves et urgentes, vérifiées par la congrégation particulière des Cardinaux, dont il est question au n. 7, pourront permettre de tels contacts.

Avant que les actes de l'élection ne débutent, les Cardinaux électeurs devront donc veiller à prendre des dispositions pour ce qui concerne leurs exigences de travail ou personnelles qui ne peuvent être différées, en sorte qu'il ne soit pas nécessaire de recourir à de tels contacts.

57. De même, les Cardinaux électeurs devront s'abstenir de recevoir ou d'expédier des messages d'aucune sorte hors de la Cité du Vatican, étant naturellement interdit que ceux-ci aient comme intermédiaire une personne qui y soit légitimement admise. De manière particulière, il est interdit aux Cardinaux électeurs, pour toute la durée des actes de l'élection, de recevoir la presse quotidienne ou périodique, de quelque nature que ce soit, et d'écouter des émissions radiophoniques ou de regarder la télévision.

58. Ceux qui, à quelque titre que ce soit, selon ce qui est précisé au n. 46 de la présente Constitution, assurent un service pour les tâches inhérentes à l'élection, et qui directement ou indirectement pourraient d'une manière ou d'une autre violer le secret - qu'il s'agisse de paroles, d'écrits, de signes ou de toute autre chose - devront absolument l'éviter, car autrement ils encourraient la peine d'excommunication latæ sententiæ, réservée au Siège apostolique.

59. En particulier, il est interdit aux Cardinaux électeurs de révéler à toute autre personne des informations qui concernent directement ou indirectement les scrutins, de même que tout ce qui a été traité ou décidé au sujet de l'élection du Pontife dans les réunions des Cardinaux, aussi bien avant que pendant le temps de l'élection. Cette obligation au secret s'étend aussi aux Cardinaux non électeurs qui participent aux congrégations générales en vertu du n. 7 de la présente Constitution.

60. J'ordonne en outre aux Cardinaux électeurs, graviter onerata ipsorum conscientia, de conserver le secret sur tout cela même après l'élection du nouveau Pontife, se souvenant qu'il n'est permis de le violer en aucune façon, à moins qu'une permission particulière et expresse n'ait été concédée par le Pontife lui-même.

61. Enfin, pour que les Cardinaux électeurs puissent se garder de l'indiscrétion d'autrui aussi bien que des pièges qui pourraient être éventuellement tendus à leur indépendance de jugement et à leur liberté de décision, j'interdis absolument d'introduire, sous aucun prétexte, dans les lieux où se déroulent les actes de l'élection ou, s'ils s'y trouvent déjà, que soient utilisés tout genre d'appareils techniques qui servent à enregistrer, à reproduire ou à transmettre les voix, les images ou les écrits.


CHAPITRE V

LE DÉROULEMENT DE L'ÉLECTION

62. Étant abolis les modes d'élection dits per acclamationem seu inspirationem et per compromissum, la forme de l'élection du Pontife Romain sera dorénavant uniquement per scrutinium.

Par conséquent, j'établis que, pour la validité de l'élection du Pontife Romain, sont requis les deux tiers des suffrages de la totalité des électeurs présents.

Cependant, dans le cas où le nombre des Cardinaux présents n'est pas divisible en trois parties égales, un suffrage supplémentaire est requis pour la validité de l'élection du Souverain Pontife.

63. On procédera à l'élection immédiatement après qu'aient été achevés les actes dont il est question au n. 54 de la présente Constitution.

Au cas où cela a été fait dès l'après-midi du premier jour, il y aura un seul tour de scrutin ; les jours suivants, si l'élection n'a pas abouti au premier tour du scrutin, il devra y avoir deux votes, le matin et l'après-midi, en débutant toujours les opérations de vote à l'heure déjà fixée antérieurement dans les congrégations préparatoires ou durant la période de l'élection, cependant selon les modalités établies aux nn. 64 et suivants de la présente Constitution.

64. La procédure du scrutin se déroule en trois phases dont la première, qui

peut s'appeler pré-scrutin, comprend : 1. la préparation et la distribution des bulletins de vote par les cérémoniaires qui doivent en donner au moins deux ou trois à chaque Cardinal électeur ; 2. le tirage au sort, parmi tous les Cardinaux électeurs, de trois scrutateurs, de trois délégués pour recueillir les votes des malades, nommés plus brièvement infirmarii, et de trois réviseurs ; ce tirage au sort est fait publiquement par le dernier Cardinal diacre, qui tire dans l'ordre les neufs noms de ceux qui exerceront ces fonctions ; 3. si, dans le tirage au sort des scrutateurs, des infirmarii et des réviseurs, sortent les noms de Cardinaux électeurs qui, pour raison de santé ou pour tout autre motif, sont empêchés de remplir ces fonctions, on tire au sort à leur place des noms d'autres Cardinaux non empêchés. Les trois premiers tirés au sort feront fonction de scrutateurs, les trois suivants d'infirmarii, les trois derniers de réviseurs.

65. Pour cette phase du scrutin, il convient d'observer les dispositions suivantes : 1. le bulletin doit être de forme rectangulaire et, sur la moitié supérieure, il portera, imprimés si possible, ces mots : Eligo in Summum Pontificem ; la moitié inférieure comportera un espace libre pour y écrire le nom de l'élu ; le bulletin sera donc prévu de sorte qu'il puisse être plié en deux ; 2. la rédaction du bulletin doit être faite de manière secrète par chaque Cardinal électeur, qui inscrira clairement d'une écriture autant que possible non reconnaissable, le nom de celui qu'il élit, évitant d'écrire plusieurs noms, parce que, dans ce cas, le vote serait nul, et pliant et repliant ensuite le bulletin ; 3. durant les votes, les Cardinaux électeurs devront seuls rester dans la Chapelle Sixtine, et donc, aussitôt après la distribution des bulletins et avant que les électeurs commencent à écrire, le Secrétaire du Collège des Cardinaux, le Maître des Célébrations liturgiques pontificales et les cérémoniaires devront sortir de la chapelle ; après leur sortie, le dernier des Cardinaux diacres ferme la porte, l'ouvrant et la fermant toutes les fois que ce sera nécessaire, comme par exemple lorsque les infirmarii sortiront pour recueillir les votes des malades et lorsqu'ils reviendront dans la chapelle.

66. La seconde phase, qui est le scrutin proprement dit, comprend : 1. le dépôt des bulletins dans l'urne ; 2. le mélange des bulletins et leur décompte ; 3. le dépouillement des suffrages. Chaque Cardinal électeur, selon l'ordre de préséance, après avoir écrit et plié son bulletin, le tenant levé de telle sorte qu'il puisse être vu, le porte à l'autel, près duquel se tiennent les scrutateurs et sur lequel il y a une urne couverte d'un plateau pour recevoir les bulletins. Arrivé là, le Cardinal électeur prononce, à haute voix, le serment selon la formule suivante : Je prends à témoin le Christ Seigneur, qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu. Après cela, il dépose son bulletin sur le plateau et, au moyen de celui-ci, il le met dans l'urne ; ayant fait cela, il s'incline vers l'autel et regagne sa place.

Si l'un des Cardinaux électeurs, parmi ceux qui sont présents dans la chapelle, ne peut se rendre à l'autel à cause de sa santé, le dernier des scrutateurs s'approche de lui ; et cet électeur, après avoir prêté le serment susdit, remet son bulletin plié à ce scrutateur qui le porte ostensiblement à l'autel et, sans prononcer le serment, le dépose sur le plateau et, par son moyen, le met dans l'urne.

67. S'il y a des Cardinaux électeurs malades dans leurs chambres, selon ce qu'il est dit au n. 41 et suivants de la présente Constitution, les trois infirmarii se rendent auprès d'eux avec une boîte portant à sa partie supérieure une fente par où un bulletin de vote plié puisse être introduit. Avant de remettre cette boîte aux infirmarii, les scrutateurs l'ouvriront publiquement, en sorte que les autres électeurs puissent constater qu'elle est vide, puis ils la refermeront et en déposeront la clé sur l'autel. Ensuite, les infirmarii, avec la boîte fermée et un petit plateau contenant un nombre suffisant de bulletins, se rendent dûment accompagnés à la Domus Sanctæ Marthæ auprès de chaque malade qui, ayant pris un bulletin, vote secrètement, plie le bulletin et, après avoir prêté le serment déjà mentionné, l'introduit par la fente dans la boîte. Si un malade ne peut pas écrire, un des trois infirmarii ou un autre Cardinal électeur, désigné par le malade, après avoir, entre les mains des infirmarii eux-mêmes, prêté serment de garder le secret, fait ce qui est indiqué ci-dessus. Ceci achevé, les infirmarii reportent dans la chapelle la boîte, qui sera ouverte par les scrutateurs, après que les Cardinaux présents auront déposé leur bulletin, en comptant les bulletins qui s'y trouvent ; après avoir constaté qu'il y a autant de bulletins que le nombre de malades, ils les poseront un à un sur le plateau et, par son moyen, ils les mettront tous ensemble dans l'urne. Pour ne pas trop prolonger le scrutin, les infirmarii pourront remplir leurs propres bulletins et les déposer dans l'urne aussitôt après le premier des Cardinaux, et se rendre alors auprès des malades pour recueillir leurs votes, de la manière indiquée ci-dessus, tandis que les autres électeurs déposent leur bulletin.

68. Lorsque tous les Cardinaux électeurs auront déposé leur bulletin dans l'urne, le premier scrutateur agitera cette dernière plusieurs fois pour mélanger les bulletins ; aussitôt après, le dernier des scrutateurs en fait le compte, prenant ostensiblement, un à un, chaque bulletin dans l'urne et le déposant dans un vase vide, préparé à cet effet. Si le nombre des bulletins ne correspond pas au nombre des électeurs, il faut les brûler tous et procéder aussitôt à un deuxième vote ; au contraire, s'il correspond au nombre des électeurs, on procède alors au dépouillement de la manière suivante.

69. Les scrutateurs sont assis à une table placée devant l'autel: le premier d'entre eux prend un bulletin, le déplie, regarde le nom de l'élu, et le donne au deuxième Scrutateur qui, lisant à son tour le nom de l'élu, le passe au troisième, lequel le lit à haute et intelligible voix, pour que tous les électeurs présents puissent noter le suffrage sur une feuille préparée à cet effet. Il note lui-même le nom lu sur le bulletin. Au cas où, au cours du dépouillement du scrutin, les scrutateurs trouveraient deux bulletins pliés de telle sorte qu'ils apparaissent remplis par un seul électeur, ces bulletins seront tenus pour un seul suffrage s'ils portent l'un et l'autre le même nom. Si, au contraire, ils portent deux noms différents, aucun des deux suffrages ne sera valide ; cependant, dans aucun des deux cas le scrutin ne sera annulé.

Le dépouillement du scrutin étant achevé, les scrutateurs font la somme des voix obtenues par les divers noms et les notent sur une feuille séparée. Le dernier des scrutateurs, au fur et à mesure qu'il lit les bulletins, les perfore avec une aiguille munie d'un fil à l'endroit où se trouve le mot Eligo, et il enfile ainsi tous les bulletins afin de les conserver plus sûrement. À la fin de la lecture des noms, les extrémités du fil sont liées par un nœud et tous les bulletins ainsi réunis sont placés dans un vase ou sur le coin de la table.

70. Vient alors la troisième et dernière phase, appelée aussi post-scrutin, qui comprend : 1. le décompte des voix ; 2. leur vérification ; 3. la combustion des bulletins.

Les scrutateurs feront le total des votes obtenus par chacun et, si personne n'a atteint les deux tiers des suffrages à ce scrutin, le Pape n'a pas été élu ; au contraire, si quelqu'un a recueilli les deux tiers des voix, il y a élection canoniquement valide du Pontife Romain.

Dans les deux cas, que l'élection ait été obtenue ou non, les réviseurs doivent contrôler aussi bien les bulletins de vote que les relevés des suffrages établis par les scrutateurs, afin de s'assurer que ces derniers ont accompli leur charge avec exactitude et fidélité.

Aussitôt après la vérification, avant que les Cardinaux électeurs ne quittent la Chapelle Sixtine, tous les bulletins de vote doivent être brûlés par les scrutateurs, avec l'aide du Secrétaire du Collège et des cérémoniaires, rappelés entre-temps par le dernier Cardinal diacre. Si toutefois on devait procéder immédiatement à un deuxième scrutin, les bulletins du premier scrutin seront brûlés seulement à la fin, en même temps que ceux du deuxième scrutin.

71. J'ordonne à tous et à chacun des Cardinaux électeurs, afin de sauvegarder plus sûrement le secret, de remettre au Cardinal Camerlingue ou à un autre des trois Cardinaux assistants, les notes de quelque genre que ce soit qu'ils auraient avec eux en relation avec le résultat de chaque scrutin, afin qu'elles soient brûlées avec les bulletins.

Je décide en outre que, à la fin de l'élection, le Cardinal Camerlingue de la Sainte Église Romaine rédigera un compte rendu, qui doit aussi être approuvé par les trois Cardinaux assistants, indiquant le résultat des votes intervenus au cours de chaque session. Ce compte rendu sera remis au Pape et sera ensuite conservé dans le dépôt d'archives approprié, dans une enveloppe scellée qui ne pourra être ouverte par personne, à moins que le Souverain Pontife ne l'ait permis expressément.

72. Confirmant les dispositions prises par mes prédécesseurs, saint Pie X (20), Pie XII (21) et Paul VI (22) je prescris que, le matin comme l'après-midi, aussitôt après un scrutin au cours duquel l'élection n'est pas intervenue, les Cardinaux électeurs procéderont immédiatement à un deuxième scrutin, dans lequel ils exprimeront à nouveau leur suffrage. Dans ce deuxième scrutin, on observera les mêmes formalités que pour le premier, à la différence que les électeurs ne sont pas tenus de prêter serment à nouveau, ni d'élire de nouveaux scrutateurs, infirmarii et réviseurs : ce qui a été fait pour le premier scrutin sur ce point vaut aussi pour le deuxième, sans qu'il soit besoin d'aucune répétition.

73. Tout ce qui a été établi précédemment à propos du déroulement des opérations de vote doit être observé soigneusement par les Cardinaux électeurs au cours de tous les scrutins qui devront avoir lieu chaque jour, le matin et l'après-midi, après la célébration de l'Eucharistie ou après les prières prévues par l'Ordo rituum Conclavis déjà mentionné.

74. Au cas où les Cardinaux électeurs auraient des difficultés à s'accorder sur la personne à élire, alors, après que les scrutins aient eu lieu sans résultat pendant trois jours selon la forme décrite aux numéros 62 et suivants, les scrutins sont suspendus pendant un jour au maximum, afin de laisser place à la prière, à un libre échange entre les votants et à une brève exhortation spirituelle par le premier des Cardinaux diacres. Puis on reprend les opérations de vote selon la même procédure et, après sept scrutins, si l'élection n'est pas intervenue, on fait une autre interruption laissant place à la prière, à un libre échange et à une exhortation par le premier des Cardinaux prêtres. On procède ensuite éventuellement à une autre série de sept scrutins, suivie, si le résultat n'a pas encore été obtenu, par un autre temps de prière, d'échange et d'exhortation par le premier Cardinal évêque. On reprend alors les scrutins selon la même procédure, au nombre de sept, si l'élection n'est pas encore intervenue.

75. S'il n'y a pas de résultat aux opérations de vote, bien que la procédure ait été observée comme il est prescrit au numéro précédent, les Cardinaux électeurs seront invités par le Camerlingue à exprimer leur avis sur la manière de procéder, et l'on procédera suivant ce que la majorité absolue d'entre eux aura décidé.

Cependant, on ne pourra renoncer à la nécessité de parvenir à une élection valide, soit à la majorité absolue des suffrages, soit par un scrutin portant sur deux noms seulement, ceux qui, dans le scrutin qui précède immédiatement, ont obtenu le plus grand nombre de voix, étant également requise dans cette seconde hypothèse la seule majorité absolue.

76. Si l'élection était faite d'une manière différente de ce qui est prescrit dans la présente Constitution ou que les conditions fixées ici n'aient pas été observées, l'élection est par le fait même nulle et non avenue, sans qu'il y ait besoin d'aucune déclaration à ce sujet, et, donc, elle ne donne aucun droit à la personne élue.

77. Je déclare que les dispositions concernant tout ce qui précède l'élection du Pontife Romain et son déroulement doivent être observées de manière intégrale, même si la vacance du Siège apostolique devait se produire par renonciation du Souverain Pontife, selon la norme du canon 332, § 2 du C.I.C. et du canon 44, § 2 du C.C.E.O.


CHAPITRE VI

CE QUI DOIT ÊTRE OBSERVÉ OU ÉVITÉ
DANS L'ÉLECTION DU SOUVERAIN PONTIFE

78. Si dans l'élection du Pontife Romain était perpétrée - que Dieu nous en préserve ! - le crime de simonie, je décide et je déclare que tous ceux qui s'en rendraient coupables encourront l'excommunication latae sententiae et qu'est cependant supprimée la nullité ou la non validité de cette élection simoniaque, afin que, pour cette raison - comme cela a déjà été établi par mes Prédécesseurs -, ne soit pas mise en cause la validité de l'élection du Pontife Romain (23).

79. De même, confirmant les prescriptions de mes Prédécesseurs, j'interdis à quiconque, fût-il revêtu de la dignité cardinalice, de contracter des engagements, tandis que le Pontife est vivant et sans l'avoir consulté, à propos de l'élection de son Successeur, ou de promettre des voix ou de prendre des décisions à ce sujet dans des réunions privées.

80. De même, je veux confirmer ce qui fut sanctionné par mes Prédécesseurs, afin d'exclure toute intervention extérieure dans l'élection du Souverain Pontife. C'est pourquoi de nouveau, en vertu de la sainte obéissance et sous peine d'excommunication latæ sententiæ, j'interdis à tous et à chacun des Cardinaux électeurs, présents et futurs, et également au Secrétaire du Collège des Cardinaux et à toutes les autres personnes ayant part à la préparation et au déroulement de ce qui est nécessaire pour l'élection, d'accepter, sous aucun prétexte, de n'importe quel pouvoir civil, la mission de proposer un veto, ou une exclusive, même sous forme d'un simple désir, ou de le révéler soit à tout le Collège des électeurs réunis, soit à chacun des électeurs, par écrit ou oralement, directement et immédiatement ou indirectement ou par des intermédiaires, avant le début de l'élection ou pendant son déroulement. Je veux que cette interdiction s'étende à toutes formes d'ingérences, d'oppositions, de désirs, par lesquels les autorités civiles de quelque ordre et de quelque degré que ce soit, ou n'importe quel groupe ou des individus voudraient s'immiscer dans l'élection du Pontife.

81. En outre, que les Cardinaux électeurs s'abstiennent de toute espèce de pactes, d'accords, de promesses ou d'autres engagements de quelque ordre que ce soit, qui pourraient les contraindre à donner ou à refuser leur vote à un ou à plusieurs candidats. Si ces choses se produisaient de fait, même sous serment, je décrète qu'un tel engagement est nul et non avenu, et que personne n'est obligé de le tenir ; et dès à présent, je frappe d'excommunication latæ sententiæ les transgresseurs de cette interdiction. Cependant, je n'entends pas interdire les échanges d'idées en vue de l'élection, durant la vacance du Siège.

82. Pareillement, j'interdis aux Cardinaux d'établir des accords avant l'élection, ou bien de prendre, par une entente commune, des engagements qu'ils s'obligeraient à respecter dans le cas où l'un d'eux accéderait au Pontificat. Si de telles promesses se réalisaient en fait, même par un serment, je les déclare également nulles et non avenues.

83. Avec la même insistance que mes Prédécesseurs, j'exhorte vivement les Cardinaux électeurs à ne pas se laisser guider, dans l'élection du Pontife, par la sympathie ou l'aversion, ou influencer par des faveurs ou par des rapports personnels envers quiconque, ou pousser par l'intervention de personnalités en vue ou de groupes de pression, ou par l'emprise des moyens de communication sociale, par la violence, par la crainte ou par la recherche de popularité. Mais, ayant devant les yeux uniquement la gloire de Dieu et le bien de l'Église, après avoir imploré l'aide divine, qu'ils donnent leur voix à celui qu'ils auront jugé plus capable que les autres, même hors du Collège cardinalice, de gouverner l'Église universelle avec fruit et utilité.

84. Pendant la vacance du Siège, et surtout durant la période où se déroule l'élection du Successeur de Pierre, l'Église est unie de manière toute particulière à ses Pasteurs et spécialement aux Cardinaux électeurs du Souverain Pontife, et elle implore de Dieu un nouveau Pape, comme don de sa bonté et de sa providence. En effet, à l'exemple de la première communauté chrétienne dont il est question dans les Actes des Apôtres (cf. 1, 14), l'Église universelle, spirituellement unie à Marie, Mère de Jésus, doit persévérer unanimement dans la prière ; ainsi l'élection du nouveau Pontife ne sera pas un fait étranger au Peuple de Dieu et réservé au seul Collège des électeurs, mais, dans un sens, elle sera une action de toute l'Église. En conséquence, j'établis que dans toutes les villes et autres lieux, au moins les plus importants, à peine connue la nouvelle de la vacance du Siège apostolique et, de manière particulière, de la mort du Pontife, ainsi qu'après la célébration des services solennels à son intention, on élève des prières humbles et assidues vers le Seigneur (cf. Mt 21, 22 ; Mc 11, 24), pour qu'il éclaire le cœur des électeurs et réalise si bien leur accord dans l'élection que cette dernière soit rapide, unanime et utile, comme l'exige le salut des âmes et le bien de tout le Peuple de Dieu.

85. Je recommande cela de manière très vive et très cordiale aux vénérés Pères Cardinaux qui, en raison de leur âge, ne jouissent plus du droit de participer à l'élection du Souverain Pontife. En vertu du lien très spécial avec le Siège apostolique que comporte la pourpre cardinalice, qu'ils guident le Peuple de Dieu particulièrement dans les Basiliques patriarcales de la ville de Rome et aussi dans les sanctuaires des autres Églises particulières, pour que, par la prière assidue et intense, surtout pendant que se déroule l'élection, soient accordées par Dieu Tout-Puissant l'assistance et les lumières de l'Esprit Saint nécessaires à leurs confrères électeurs ; ils participent ainsi efficacement et réellement à la lourde charge de donner un nouveau Pasteur à l'Église universelle.

86. Enfin, je prie celui qui sera élu de ne pas se dérober à la charge à laquelle il est appelé, par crainte de son poids, mais de se soumettre humblement au dessein de la volonté divine. Car Dieu qui lui impose la charge le soutient par sa main, pour que l'élu ne soit pas incapable de la porter ; Dieu qui donne cette lourde charge est aussi celui qui l'aide à l'accomplir, et celui qui confère la dignité, donne la force, afin que l'élu ne succombe pas sous le poids de la mission.


CHAPITRE VII

ACCEPTATION, PROCLAMATION ET DÉBUT
DU MINISTÈRE DU NOUVEAU PONTIFE

87. L'élection ayant eu lieu canoniquement, le dernier des Cardinaux diacres appelle dans le lieu de l'élection le Secrétaire du Collège des Cardinaux et le Maître des Célébrations liturgiques pontificales ; ensuite, le Cardinal Doyen, ou le premier des Cardinaux par l'ordre et par l'ancienneté, au nom de tout le Collège des électeurs, demande le consentement de l'élu en ces termes : "Acceptez-vous votre élection canonique comme Souverain Pontife ?" Et aussitôt qu'il a reçu le consentement, il lui demande : "De quel nom voulez-vous être appelé ?" Alors le Maître des Célébrations liturgiques pontificales, faisant fonction de notaire et ayant comme témoins deux cérémoniaires qui seront appelés à ce moment-là, rédige un procès-verbal de l'acceptation du nouveau Pontife et du nom qu'il a pris.

88. Après l'acceptation, l'élu qui a déjà reçu l'ordination épiscopale est immédiatement Évêque de l'Église de Rome, vrai Pape et Chef du Collège épiscopal ; il acquiert de facto et il peut exercer le pouvoir plein et suprême sur l'Église universelle.

Si l'élu n'a pas le caractère épiscopal, il doit aussitôt être ordonné évêque.

89. Une fois accomplies les autres formalités, conformément à l'Ordo rituum Conclavis, les Cardinaux électeurs s'avancent selon les règles fixées pour rendre hommage et pour faire acte d'obédience au nouveau Pontife. Puis on rend grâce à Dieu ; après quoi, le premier des Cardinaux diacres annonce au peuple dans l'attente l'élection accomplie et le nom du nouveau Pontife, qui, aussitôt après, donne la Bénédiction apostolique Urbi et Orbi, depuis le balcon de la Basilique vaticane.

Si l'élu n'a pas le caractère épiscopal, l'hommage lui est rendu et l'annonce est faite au peuple seulement après qu'il aura été solennellement ordonné évêque.

90. Si l'élu se trouve hors de la Cité du Vatican, il faut observer les normes contenues dans l'Ordo rituum conclavis déjà cité.

L'ordination épiscopale du Souverain Pontife élu qui n'est pas encore évêque, dont il est question aux numéros 88 et 89 de la présente Constitution, sera faite selon l'usage de l'Église par le Doyen du Collège des Cardinaux ou, en son absence, par le Vice-Doyen ou, si celui-ci est lui-même empêché, par le plus ancien des Cardinaux évêques.

91. Le Conclave prendra fin aussitôt après que le nouveau Souverain Pontife aura donné son consentement à son élection, à moins qu'il n'en décide autrement. À partir de ce moment, pourront se rendre auprès du nouveau Pontife le Substitut de la Secrétairerie d'État, le Secrétaire pour les Relations avec les États, le Préfet de la Maison pontificale et toute autre personne qui aura à traiter avec le Pontife de questions à ce moment-là nécessaires.

92. Après la cérémonie solennelle d'inauguration du pontificat et dans un délai convenable, le Pontife prendra possession de l'Archibasilique patriarcale du Latran, selon le rite prescrit.


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PROMULGATION

Par conséquent, après de mûres considérations et poussé par l'exemple de mes Prédécesseurs, j'établis et je prescris ces normes, décidant que personne ne doit oser s'opposer à la présente Constitution et à ce qu'elle contient pour quelque raison que ce soit. Elle doit être inviolablement observée par tous, nonobstant toutes choses contraires, mêmes dignes de mention très spéciale. Qu'elle soit publiée et obtienne ses effets pleins et intégraux, et qu'elle serve de guide à tous ceux à qui elle se réfère.

Je déclare en même temps abrogées, comme il a été établi plus haut, toutes les Constitutions et les dispositions prises à ce sujet par les Pontifes romains, et, en même temps, je déclare nul et non avenu ce qui, par quiconque, quelle que soit son autorité, consciemment ou inconsciemment, sera tenté en opposition à cette Constitution.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 22 février 1996, fête de la Chaire de saint Pierre Apôtre, en la dix-huitième année de mon Pontificat.


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(1) S. IRÉNÉE, Adversus haereses III, 3, 2 : SC 211 (1974), p. 33.

(2) Cf. Const. ap. Vacante Sede Apostolica (25 décembre 1904) : Pii X Pontificis Maximi Acta, III (1908), pp. 239-288.

(3) Cf. Motu proprio Cum Proxime, (1er mars 1922) : AAS 14 (1922), pp. 145-146 ; Const. ap. Quae divinitus (25 mars 1935) : AAS 27 (1935), pp. 97-113.

(4) Cf. Const. ap. Vacantis Apostolicae Sedis (8 décembre 1945) : AAS 38 (1946), pp. 65-99.

(5) Cf. Motu proprio Summi Pontificis electio (5 septembre 1962) : AAS 54 (1962), pp. 632-640.

(6) Cf. Const. ap. Regimini Ecclesiæ universæ (15 août 1967) : AAS 59 (1967), pp. 885-928 ; Motu proprio Ingravescentem aetatem (21 novembre 1970) : AAS 62 (1970), pp. 810-813 ; Const. ap. Romano Pontifici eligendo (1er octobre 1975) : AAS 67 (1975), pp. 609-645.

(7) Cf. AAS 80 (1988), pp. 841-912.

(8) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. I, Const. dogm. Pastor aeternus, ch. III ; CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 18.

(9) Code de Droit canonique, can. 332 § 1 ; cf. Code des Canons des Églises orientales, can. 44 § 1.

(10) Cf. Motu proprio Ingravescentem aetatem (21 novembre 1970), II, 2 : AAS 62 (1970), p. 811 ; Const. ap. Romano Pontifici eligendo (1er octobre 1975), n. 33 : AAS 67 (1975), p. 622.

(11) Code de Droit canonique, can. 1752.

(12) Cf. Code de Droit canonique, can. 332 § 2 ; Code des Canons des Églises orientales, can. 44 § 2.

(13) Cf. AAS 80 (1988), p. 860.

(14) Cf. AAS 69 (1977), pp. 9-10.

(15) Cf. Const. ap. Vicariæ potestatis (6 janvier 1977), n. 2 § 4 : AAS 69 (1977), p. 10.

(16) Cf. n. 12 : AAS 27 (1935), pp. 112-113.

(17) Cf. art. 117 : AAS 80 (1988), p. 905.

(18) Cf. AAS 80 (1988), p. 864.

(19) Missale Romanum n. 4, p. 795.

(20) Cf. Const. ap. Vacante Sede Apostolica (25 décembre 1904), n. 76 : Pii X Pontificis Maximi Acta, III (1908), pp. 280-281.

(21) Cf. Const. ap. Vacantis Apostolicae Sedis (8 décembre 1945), n. 88 : AAS 38 (1946), p. 93.

(22) Cf. Const. ap. Romani Pontifici eligendo (1er octobre 1975), n. 74 : AAS 67 (1975), p. 639.

(23) Cf. S. PIE X, Const. ap. Vacante Sede Apostolica (25 décembre 1904), n. 79 : Pii X Pontificis Maximi Acta, III, (1908), p. 282 ; PIE XII, Const. ap. Vacantis Apostolicæ Sedis (8 décembre 1945), n. 92 : AAS 38 (1946), p. 94 ; PAUL VI, Const. ap. Romano Pontifici eligendo (1er  octobre 1975), n. 79 : AAS 67 (1975), p. 641.

Source :

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_constitutions/documents/hf_jp-ii_apc_22021996_universi-dominici-gregis_fr.html

 

 



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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 07:08

Loin des caricatures habituellement véhiculées dans les médias, Benoît XVI fut un apôtre de la raison et un humble qui n’a jamais prétendu autre chose que son caractère humain.


yartiInfaillible01Depuis la démission du pape Benoît XVI, ou plutôt, sa renonciation, annoncée le 11 février 2013, on a parlé, avec une pointe de surprise positive, de désacralisation de la fonction.


De droit divin ?

Le luxe apparent du Vatican, la distance ordinaire que le pape a avec les fidèles, sa protection qui nécessite des cloisons blindées entre lui et ceux qui l'accueillent au cours de ses voyages, la différence de génération entre un vieillard et des pays où la jeunesse explose la démographie, beaucoup d'éléments concourent à ce que le pape soit considéré comme une personnalité à part, un peu spéciale, un peu divine.

En fait, jamais le pape, les papes, lui et ses prédécesseurs, ne se sont sentis autrement que des hommes. Jean-Paul II aussi avait désacralisé et humanisé la fonction. Élu assez jeune, à 58 ans, le 16 octobre 1978, il n’hésitait pas à se montrer sportif, s’occupant de son corps, à faire du ski ou à faire quelques longueurs de natation dans la piscine qu’il avait fait construire dans sa résidence d’été.


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Grand communicant, ancien acteur de théâtre, Jean-Paul II a été un politique fin et avisé ; par exemple, lors du 1500e anniversaire du baptême de Clovis, le 22 septembre 1996 à Reims, où il a évité de froisser la susceptibilité laïque de la France qu’on disait "fille aînée de l’Église".


Choisir le moment

La différence entre Jean-Paul II et Benoît XVI, c’est que Jean-Paul II, malgré l’épuisement et la maladie, a toujours considéré que c’était son devoir de rester pape (on a aussi parlé souvent de démission à son sujet), que seul Dieu pourrait le délivrer, que Lui seul pouvait décider de la date de l’arrêt de ses souffrances.

En aparté, rappelons que Jean-Paul II aurait pu vivre un peu plus longtemps s’il n’avait pas refusé d’être soigné dans ses derniers jours. Il a préféré laisser faire la Nature, sans acharnement thérapeutique, ce qui peut d’ailleurs être la clef comportementale sur la fin de vie (François Mitterrand avait d’ailleurs adopté à peu près la même attitude).

Benoît XVI, au contraire de l’image caricaturale et faussée qu’il a laissée dans les médias par sa grande culture et sa posture très intellectuelle et intériorisée, est paradoxalement bien plus humain, plus simple et plus pragmatique que son prédécesseur. Gregory Joseph Burke, conseiller en communication de la Secrétairie d’État au Vatican, parle même du pape sortant comme d’un "communicant génial", un "amoureux du Christ" et un "apôtre de la joie" : « Ce qu’on retiendra de Benoît XVI, c’est la joie ! ».

Ce vieux pape a dû longtemps se dire qu’il devait avoir le courage d’aller jusqu’au bout même s’il avait déjà laissé entendre qu’une renonciation était tout à fait envisageable. Il est surtout pragmatique et lucide, sachant qu’à presque 86 ans, lui-même n’aurait pas la force de faire évoluer l’Église. Et justement, ses dernières paroles de pape ont été de proposer un nouveau concile pour le renouveau de l’Église.


Un testament en forme d’espoir pour l’avenir

Comme un Président de la République française arrivé en fin de mandat faisant le bilan d’un pays en proie aux difficultés, on pourrait se demander : mais pourquoi le pape ne l’a-t-il pas proposé au début de son pontificat ? Peut-être qu’à 78 ans, au moment de son élection, Benoît XVI ne se voyait déjà pas capable de mener à bien cette vaste entreprise. Après tout, Jean XXIII, élu déjà âgé, à presque 77 ans, le 28 octobre 1958, avait été considéré comme un conservateur de transition après le long pontificat de Pie XII, et c’est pourtant lui qui initia le concile Vatican II.

Benoît XVI est plus humble et plus modeste. Il sait que le renouveau passera forcément par un homme plus jeune, ou plutôt, plus solide, capable de mener beaucoup de rencontres et de voyages à un rythme très dense, qui aura du temps devant lui, de l’énergie. D’ailleurs, Benoît XVI avait hésité à son élection, le 19 avril 2005, à accepter la lourde charge que ses amis cardinaux lui avaient imposée. À la mort de Jean-Paul II, il souhaitait sagement se retirer et prendre sa retraite.

À cette annonce de retrait, il y a eu dans les commentaires de certains médias quelques affirmations qui m’agacent énormément. Il y en a deux en particulier.


Conservateur ?

La première, c’est de chercher à coller sur Benoît XVI de fausses images par simple ignorance de la réalité ou par simple paresse intellectuelle (les clichés ont toujours la vie dure, cette phrase est elle-même un cliché !). On a dit par exemple que le pape était un conservateur.

Rappelons que Josef Ratzinger fut l’un des prélats (il n’était pas encore cardinal mais déjà théologien) les plus dynamiques de Vatican II, qui a fait pencher le concile du côté du renouveau. Mais ses longues fonctions de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi entre le 25 novembre 1981 et le 13 mai 2005 ne pouvaient que le faire passer pour le gardien du temple des dogmes de l’Église (c’était son rôle).


Concilier la raison et la foi

Pourtant, loin de l’image très caricaturale d’un homme terriblement éloigné des réalités du monde, Benoît XVI a été avant tout un penseur bien en phase et aux prises avec les réalités d’aujourd’hui. Il a toujours affirmé avec force que la raison et la science, loin d’être des ennemies de la foi, devaient au contraire être mises en avant pour résoudre les problèmes du monde. La foi et la raison ne sont pas antagonistes, ne sont pas incompatibles, mais elles sont au contraire indissociables car complémentaires.

Cette raison humaine participe à la recherche de la vérité. Dans un important discours où il condamna fermement toute violence exercée au nom de la religion, Benoît XVI expliqua le 12 septembre 2006 à l’Université de Regensburg (Ratisbonne), où il enseigna : « La foi de l’Église s’est toujours tenue à la conviction qu’entre Dieu et nous, entre son Esprit créateur éternel et notre raison créée, il existe une vraie analogie. ». Le 20 septembre 2006, il précisa place Saint-Pierre de Rome : « À partir de ce que [l’empereur byzantin] Manuel Paléologue dit (…) de positif sur la raison qui doit présider à la transmission de la foi, je désirais expliquer que ce ne sont pas la religion et la violence qui vont de pair, mais bien la religion et la raison. ».

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Dans son allocution prévue lors sa rencontre avec les étudiants de l’Université La Sapienza de Rome le 17 janvier 2008 (mais finalement annulée deux jours avant), il avait également voulu insister sur l’autonomie de la raison et de la foi, ajoutant : « Le pape, précisément comme pasteur de sa communauté, est également devenu toujours plus une voie de la raison éthique de l’humanité. ».

Il articulait sa réflexion ainsi : « Je dirais que l'idée de saint Thomas sur le rapport entre philosophie et théologie pourrait être exprimée dans la formule trouvée par le Concile de Chalcédoine pour la christologie:  philosophie et théologie doivent entretenir entre elles des relations "sans confusion et sans séparation". "Sans confusion" signifie que chacune des deux doit conserver son identité. La philosophie doit rester véritablement une recherche de la raison dans sa liberté et dans sa responsabilité; elle doit voir ses limites et précisément ainsi sa grandeur et son étendue. La théologie doit continuer à puiser dans un trésor de connaissance qu'elle n'a pas inventée elle-même, qui la dépasse toujours et qui, ne pouvant jamais totalement s'épuiser dans la réflexion, engage précisément pour cela toujours de nouveau la pensée. ».

Du reste, c’était aussi ce que proclamait son prédécesseur Jean-Paul II dans l’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998 : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. » et Jean-Paul II mettait en garde à l’instar de Rabelais (« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. ») : « Certains hommes de science, privés de tout repère éthique, risquent de ne plus avoir comme centre d’intérêt la personne et l’ensemble de sa vie. De plus, certains d’entre eux, conscients des potentialités intérieures au progrès technologique, ne semblent céder plus qu’à la logique du marché, à la tentation d’un pouvoir démiurgique sur la nature et sur l’être humain lui-même. ».

Henri Tincq a le mieux résumé cette pensée de Benoît XVI dans "Le Monde" du 12 février 2013 : « L’articulation entre la révélation biblique et la raison grecque a été déterminante dans tous ses enseignements. C’est elle qui a inspiré l’encyclique "Fides et ratio" de Jean-Paul II (1998) ou le fameux discours de Benoît XVI à Ratisbonne (2006), dont ne sera retenue que la citation historique violemment critique envers l’islam. Ce pape mettait en garde l’homme contre tout asservissement de la foi à la raison d’État et de la raison d’État à une foi. En ce sens, il entendait prémunir le monde contre toute forme d’extrémisme. ».

Henri Tincq rappelait d’ailleurs cette différence entre les deux derniers papes : « Ratzinger n’est pas un philosophe ou un moraliste comme l’était Jean-Paul II (…). Lui est d’abord un théologien, convaincu que sa discipline est au-dessus de la philosophie. ».


Infaillible ?

Autre assertion de certains médias qui m’agace également, venant de ceux qui cherchent à critiquer sans finesse l’Église, c’est d’évoquer la prétention d’un pape infaillible.

Eh non ! Le pape n’a jamais prétendu être infaillible. Il n’est qu’un homme, et comme tout homme, il a sa part d’erreur, de faille, de doute, de peur, de fragilité, d’incertitude, de mauvaise conscience, d’hésitation…

Le dogme de l’infaillibilité pontificale ne date que du concile Vatican I, voté le 18 juillet 1870 dans la constitution apostolique "Pastor Aeternus" : « Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l'Église, jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les moeurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église. Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème. ».

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Il a été précisé dans la constitution apostolique "Lumen gentium" du 21 novembre 1964 adoptée au concile Vatican II : « Le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit, du fait même de sa charge, de cette infaillibilité quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi, il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs. ».

Ce dogme avait fait l’objet de sept mois d’âpres discussions théologiques en 1870. Donc, il est très récent, inventé de toute pièce par les hommes en un temps et en un lieu donnés, contestée par certains évêques présents au concile, comme le futur cardinal britannique John Henry Newman, béatifié le 19 septembre 2010 par Benoît XVI, et par l’évêque d’Orléans, Mgr Félix Dupanloup, également théologien et futur député.

Ce n’était sans doute pas très pertinent intellectuellement et assez prétentieux moralement. Il faut aussi se remettre dans le contexte historique où l’anticléricalisme gagnait en Europe en pleine recomposition (unification de l’Allemagne, unification de l’Italie, disparition des États de l’Église, chute de Napoléon III et du Second empire français etc.).


Un seul usage de ce dogme de primauté en un siècle et demi

Cette infaillibilité pontificale, c’était, disons, une sorte de joker que le pape pourrait brandir pour mieux asseoir son autorité au moment où sa puissance temporelle s’effondrait, ne laissant que son influence spirituelle. Un joker pour qu’un dogme ne puisse plus être remis en cause, qu’il ait valeur définitive, que ceux qui s’y opposeraient se mettraient alors en dehors de l’Église…

Or, cette "arme de dissuasion papale", cette infaillibilité, elle n’a été utilisée qu’une seule fois depuis 143 ans. Pour un seul dogme, celui de l’Assomption de la Vierge Marie, par le pape Pie XII dans la constitution apostolique "Munificentissimus Deus" du 1er novembre 1950 à la suite d’un débat théologique et de millions de demandes de fidèles formulées depuis la définition du dogme de l’Immaculée Conception par la bulle de Pie IX "Ineffabilis Deus" du 8 décembre 1854 : « Nous affirmons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme à la vie céleste. ». On y croit ou on n’y croit pas. La raison n’y a pas sa place. Argument d’autorité.

Jean-Paul II lui-même n’a jamais utilisé cette "commodité" intellectuelle pour quoi que ce soit (pas même sur l’avortement ni l’euthanasie dans son encyclique "Evangelium vitae" du 25 mars 1995) et Benoît XVI, dont l’humilité est immense, non plus.

L’infaillibilité pontificale n’est qu’un argument d’autorité, critiquable effectivement dans un monde moderne éclairé par la science et la raison, et des papes réfléchis et intellectuels n’ont pas de raison de s’en servir. Pie IX, qui fut le recordman de la longévité pontificale après saint Pierre (du 16 juin 1846 au 7 février 1878, trente et un ans et demi), avait été un pape particulièrement réactionnaire et antirépublicain (son successeur Léon XIII fut au contraire à l’origine de la doctrine sociale de l’Église).


Humilité et simplicité

Le pape infaillible ? Non, au contraire, le pape est un humble, conscient de ses responsabilités spirituelles, et surtout, conscient de ses limites. Conscient que seule, l’élection d’un nouveau pape, plus jeune et dynamique, pourrait faire avancer l’Église, lui permettre de répondre aux nombreux défis qui l’attendent : l’économie globalisée (le discours est très progressiste, où l’humain prime sur les intérêts financiers), les enjeux éthiques des progrès scientifiques (où une réflexion plus approfondie est nécessaire pour bien prendre en compte tous les aspects de ces thèmes), l’humain dans son environnement (en cas de conflit, faut-il vraiment avantager l’environnement à long terme sur l’humain à court terme ?), la paix des peuples, la rencontre avec les autres religions, etc.


Sur le départ

Le mercredi 27 février 2013 dans la matinée, Benoît XVI prononcera sa dernière allocution aux fidèles réunis place Saint-Pierre de Rome. Le lendemain à 20h00, il partira en retraite définitivement. On ne l’entendra plus. Son successeur aura d’immenses responsabilités. Il devrait être élu avant Pâques, soit avant le 31 mars 2013. Je ne doute pas qu’il sera aussi humble que son prédécesseur. Quant à son infaillibilité, elle demeurera dans les vieux placards du siècle passé.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (21 février 2013)
http://www.rakotoarison.eu


NB :
L'humoriste Pierre Desproges avait testé l'infaillibilité du pape, lors de "La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède", le 29 novembre 1982 sur France 3. Et il avait conclu avec bienveillance.




Pour aller plus loin :
La renonciation de Benoît XVI.
50 ans après Vatican II, la nécessité d’un nouvel aggiornamento.
Benoît XVI et le préservatif : premier pas (22/11/2010).
Jean-Paul II : N’ayez pas peur… de pardonner !
Le pape Benoît XVI à Paris : une foule inattendue aux Invalides (15/09/2008).
Expérimentation sur l’embryon humain.
La Passion du Christ : petites réflexions périphériques.
Caritas in Veritate (2009) par Benoît XVI.
Spe Salvi (2007) par Benoît XVI.
Deus Caritas Est (2005) par Benoît XVI.

yartiInfaillible04

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/infaillibilite-du-pape-et-humilite-131101

 



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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Religions
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