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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 12:17

Accusé d’être d’une autre époque, le pape actuel, au contraire de son prédécesseur, donne sa marque dans une pratique révolutionnaire, moins sacralisée et plus libre, plus honnête et plus modeste, de son ministère : élu à vie, le renoncement à la papauté a été extrêmement rare dans l’histoire du christianisme. Il est le troisième pape à avoir renoncé à ses fonctions.


yartiBenoitXVI201301Une conception moderne de la monarchie encourage l'abdication en raison du grand âge. C'était d'ailleurs ce que venait de faire la Reine des Pays-Bas Beatrix à 75 ans le 28 janvier 2013, annonçant son abdication pour le 30 avril 2013 en faveur de son fils aîné Willem-Alexander.

Le pape Benoît XVI a ainsi annoncé sa démission au Vatican avec ces mots : « Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière. Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire. » (11 février 2013).

Le 4 juillet 1415, le pape Grégoire XII donnait sa démission de pape à l’âge 90 ans. Élu pape le 30 novembre 1406 dans un contexte de grande division de l’Église (avec des antipapes à Avignon et à Pise), il renonça à la papauté pour réunifier l’Église catholique après la déposition de l’antipape Jean XXIII (pas celui du Concile Vatican II) le 29 mai 1415. Son successeur Martin V, accepté par tous, ne fut élu que le 11 novembre 1417, soit quelques semaines après la mort de Grégoire XII.

C’était la dernière fois qu’un pape avait donné sa démission. L’actuel pape Benoît XVI donnera lui aussi sa démission de pape le 28 février 2013. L’information a été annoncée ce lundi 11 février 2013 à midi et a étonné le monde entier par sa détermination et sa fulgurance.

Benoît XVI est le successeur de Jean-Paul II, ce qui fut un lourd héritage tant médiatique que politique.

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Il a été élu 265e pape dans un grand consensus le 19 avril 2005 à 17h56. Né le 16 avril 1927 en Bavière, ordonné prêtre le 29 juin 1951, docteur en théologie le 11 juillet 1953, consacré évêque le 28 mai 1977 et créé cardinal le 27 juin 1977 par Paul VI, Joseph Ratzinger était, à la mort de Jean-Paul II, le plus ancien des cardinaux présents au conclave, l’un des deux cardinaux survivants nommés par Paul VI. Il fut aussi le pape le plus âgé depuis Clément XII (élu le 16 juillet 1730 à 78 ans) et le premier pape allemand depuis Victor II (mort le 28 juillet 1057).

Malgré son grand âge (élu trois jours après son 78e anniversaire), Benoît XVI n’aura pas été un pape de transition, avec presque huit années de pontificat. Aspirant à préserver le dogme de l’Église (sujet qu’il a étudié toute sa vie), il n’est jamais vraiment parvenu à retrouver le charisme de son prédécesseur même si les foules l’attendaient régulièrement à ses déplacements, même à Paris ou à Cologne.

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Un peu extérieur de la société moderne, peu porté par le goût du pouvoir, Benoît XVI n’a pas hésité pourtant à se montrer audacieux en condamnant à la fois le communisme et le capitalisme, en se focalisant sur la pauvreté, sur la faim et sur la paix dans le monde. Ses trois encycliques montrent à la fois une très grande densité intellectuelle mais aussi une très grande tolérance et ouverture vers le monde des plus humbles : "Deus Caritas Est" (Dieu est Amour) le 25 décembre 2005, "Spe Salvi" (Sauvés dans l’Espérance) le 30 novembre 2007, et "Caritas in Vertitate" (L’Amour dans la Vérité) le 29 juin 2009.

Benoît XVI ne démissionne pas pour des raisons schismatiques comme Grégoire XII. Sa décision peut apparaître en revanche d’une grande sagesse et permettre une modernisation des institutions catholiques qu’attendent beaucoup de fidèles.

Son prédécesseur Jean-Paul II, souffrant d’une maladie douloureuse qui avait rendu médiatique le fait qu’il n’était pas indigne d’être malade, avait refusé obstinément de démissionner car il considérait ses fonctions comme un devoir de Dieu et il voulait attendre, pour s’en décharger, que Dieu le rappelât à Lui.

Cela n’était cependant pas sans contradiction avec la règle qui veut qu’un évêque doit être mis à la retraite le jour de ses 75 ans et qu’un cardinal de plus de 80 ans ne peut ni être électeur ni être éligible pour devenir pape.

Benoît XVI a peut-être pris sa décision parce qu’il avait 85 ans, l’âge de Jean-Paul II à sa mort. Ne pas vouloir aller au-delà, servir aussi, par ce précédent historique, de modèle à ses successeurs. Car il sera de plus en plus courant, désormais, de mourir au-delà de 90 ans voire 100 ans et ce n’est pas raisonnable que l’Église puisse être animée par une personnalité d’un autre âge, d’une autre époque.

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Le porte-parole du pape, le père Frederico Lombardi, a précisé que le nouveau pape devrait être élu pour Pâques, à savoir le 31 mars 2013. Benoît XVI ne participera pas au concile et après un séjour dans la résidence d’été des papes de Castel Gandolfo, près de Rome, il se retirera dans un monastère dans l’enceinte du Vatican.

À ce jour, le Sacré Collège qui rassemble l’ensemble des cardinaux, compte 209 cardinaux depuis le décès du cardinal polonais Josef Glemp (le 23 janvier 2013) et celui du cardinal italien Giovanni Cheli (le 8 février 2013), dont 118 cardinaux électeurs (moins de 80 ans). La majorité de deux tiers est indispensable pour être élu, soit 80 voix.

Je salue cet acte courageux et plein de bon sens, celui de ne pas attendre d’être complètement inapte pour arrêter d’exercer ces hautes responsabilités. Pour la première fois, le nouveau pape sera élu alors que son prédécesseur sera toujours vivant.

Sa devise papale était : « Nos ergo debemus sublevare huiusmodi, ut cooperatores simus veritatis » qu’on peut traduire par : « Nous devons aider de tels hommes et être avec eux les artisans de la vérité » (3 Jean 1.8).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 février 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
50 ans après Vatican II, la nécessité d’un nouvel aggiornamento.
Benoît XVI et le préservatif : premier pas (22/11/2010).
Jean-Paul II : N’ayez pas peur… de pardonner !
Le pape Benoît XVI à Paris : une foule inattendue aux Invalides (15/09/2008).
Expérimentation sur l’embryon humain.
La Passion du Christ : petites réflexions périphériques.
Caritas in Veritate (2009) par Benoît XVI.
Spe Salvi (2007) par Benoît XVI.
Deus Caritas Est (2005) par Benoît XVI.

yartiBenoitXVI201305


 
http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/la-demission-revolutionnaire-du-130497

 

 

 

 

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 12:02


Démission imminente du pape Benoît XVI le 28 février 2013


ALERTE INFO DU FIGARO>11/02/2013 à 11H54   
Le pape Benoît XVI va démissionner, selon des médias italiens
Le pape Benoît XVI va démissionner, selon l'agence de presse italienne Ansa.
Selon le quotidien La Repubblica, il quittera ses fonctions le 28 février.

 

Pour en savoir plus, lire ici :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-115245367.html

 

 

 

 



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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 14:58

L'Université du Québec à Chicoutimi a numérisé (entre autres) le dernier livre de Sigmund Freud "Moïse et le monothéisme" publié après sa mort en 1939 et traduit de l'allemand par Anne Bermann en 1948

Cliquer sur le lien pour télécharger le livre de Freud (fichier .pdf) :
http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/moise_et_le_monotheisme/moise_et_le_monotheisme.pdf


SR

 

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 07:09

En un demi-siècle, les sciences et technologies ont énormément progressé et la vie sociale a, elle aussi, beaucoup évolué. Vatican II fut une mise à jour tardive des relations entre l’Église et la société contemporaine. Une nouvelle mise à jour semble inéluctable avec les développements rapides du monde actuel.


yartiVaticanII01Le 11 octobre 1962, il y a cinquante ans, le pape Jean XXIII venait d’ouvrir le concile Vatican II, vingt et unième "réunion" de tous les évêques catholiques depuis le concile de Nicée I en 325, pour réfléchir sur la foi, la doctrine et la liturgie. Deux mille cinq cent quarante évêques étaient présents à la session d’ouverture. « L’événement du siècle », selon De Gaulle dont les sources chrétiennes l’inspiraient régulièrement.


Infaillible ?

Le précédent concile datait d’un siècle avant, Vatican I qui fut interrompu le 20 octobre 1870 lorsque les troupes italiennes arrivèrent à Rome et conquirent les États pontificaux. C’est au cours de ce concile que fut décidé le principe de l’infaillibilité papale (grâce à l’absence, pour guerre, des évêques allemands et français, dont Mgr Dupanloup, qui y étaient plutôt hostiles). Le vote a eu lieu le 18 octobre 1870 par 533 voix pour et 2 voix contre afin d’approuver la suprématie du pape. Il faut savoir qu’au cours des deux millénaires, la question revenait souvent de savoir qui avait le dernier mot, le pape ou l’assemblée des évêques réunie en concile.

Contrairement à ce qui est souvent cru, cette infaillibilité ne donne pas quitus "divin" à tout ce que dit ou fait le pape en tant que tel (il est faillible autant qu’un autre humain) mais seulement lorsqu’il parle ex cathedra et qu’il engage spécifiquement son autorité sur la morale et la foi. Elle a été une nouvelle fois explicitée le 21 novembre 1964 au cours de Vatican II : « Le pontife romain, chef du collège des évêques, jouit, du fait même de sa charge, de cette infaillibilité quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi, il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs. » ("Lumen Gentium").

En clair, cela signifie que le pape peut évidemment se tromper mais que lorsqu’il émet une déclaration "infaillible", elle est définitive à l’ensemble des fidèles et ne peut être contredite par une autre déclaration "infaillible". Cette infaillibilité n’est donc évoquée que de manière très exceptionnelle sur des points de doctrine que le pape considère comme essentiels et immuables.

Et c’est parce que c’est exceptionnelle que cette infaillibilité, en pratique, n’a été proclamée qu’une seule fois depuis 1870, par Pie XII sur le dogme de l’Assomption de la Vierge Marie ("Munificentissimus Deus", le 1er novembre 1950), mais en aucun cas sur l’interdiction de la contraception artificielle ("Humanae Vitae", Paul VI le 25 juillet 1968), l’impossibilité d’ordonner des femmes prêtres ("Ordinatio Sacerdotalis", Jean-Paul II le 22 mai 1994), ni même sur l’avortement ou l’euthanasie ("Evangelium Vitae", Jean-Paul II le 25 mars 1995).

Mais revenons à Vatican II.


Jean XXIII

Le pape Jean XXIII prononça devant les deux milliers et demi d’évêques le 11 octobre 1962 un discours d’ouverture considéré comme marquant : « Notre devoir ne consiste pas seulement à conserver ce trésor précieux comme si nous nous préoccupions uniquement de l’antiquité, mais de nous consacrer avec une ferme volonté et sans peur à cette tâche que notre époque exige. (…) Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée d’une façon qui corresponde aux exigences de notre temps. En effet, il faut faire la distinction entre le dépôt de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérée doctrine, et la façon dont celles-ci sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. ».

Et il leur donnait une méthode : « Il vous faut la sérénité et la paix du cœur, la concorde fraternelle, la modération des propositions, la dignité dans les discussions, la sagesse dans toutes les délibérations. Fasse le Ciel que vos activités et travaux sur lesquels se concentrent non seulement les regards du monde mais aussi les espérances de l’univers, répondent amplement à l’attente. ».

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Atteint d’un cancer de l’estomac, Jean XXIII s’éteignit le 3 juin 1963 bien avant l’achèvement des travaux conciliaires. Son acte majeur a donc été l’organisation de ce concile, décidée publiquement le 25 janvier 1959 et cette initiative fut considérée par le futur Paul VI comme un « événement historique de première grandeur, (…) grand pour l’Église entière et pour l’humanité ». Probablement que l’idée originelle d’un concile fût venue du théologien français Yves Congar (devenu cardinal quelques mois avant sa mort) car ce dernier préconisait depuis des années des réformes internes, notamment dans son livre "Vraie et fausse réforme dans l’Église" (1950) que le futur Jean XXIII avait attentivement lu.

Cette démarche conciliaire lui a valu une grande sympathie populaire, et exemple parmi d’autres, à sa mort, de nombreuses communes françaises donnèrent son nom à une rue ou une école. Il a été béatifié par Jean-Paul II le 3 septembre 2000.


Paul VI

Paul VI, archevêque de Milan très impliqué dans les travaux préparatoires du concile, lui succéda le 21 juin 1963 et continua les travaux de Vatican II.

Parmi les réalisations du concile, il y a eu ce changement de nom très symbolique néanmoins essentiel de la "Sacrée congrégation du Saint-Office" (anciennement appelé "Sainte Inquisition romaine et universelle" jusqu’au 29 juin 1908) en Congrégation pour la doctrine de la foi (que le cardinal Josef Ratzinger allait présider de 1981 à 2005 sous le pontificat de Jean-Paul II). Créée le 21 juillet 1542, cette plus ancienne congrégation est désormais chargée (depuis le 28 juin 1988) de « promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique » ("Pastor Bonus").

Cette réforme du Saint-Office fut une réalisation de Josef Ratzinger, qui, théologien et pas encore évêque de Munich, conseilla durant tout le concile, comme "consulteur théologique", l’archevêque de Cologne Josef Frings qui fit un discours très audacieux le 8 novembre 1963 (préparé par Josef Ratzinger) sur les actions du Saint-Office qui « ne sont pas en harmonie avec les temps modernes et sont une source de scandale pour le monde entier ».

L’une des innovations très visibles de Vatican II fut aussi la modernisation de la liturgie dans le but de renforcer la participation active des laïcs aux célébrations eucharistiques (usage des langues locales au détriment du latin, autel tourné dans l’autre sens, etc.).

Après quatre sessions, le concile se termina le 8 décembre 1965 par le discours de clôture de Paul VI qui concluait ainsi : « Mais alors, ce Concile (…), ne serait-il pas destiné à ouvrir une nouvelle fois au monde moderne les voies d’une ascension vers la liberté et le vrai bonheur ? Ne donnerait-il pas, en fin de compte, un enseignement simple, neuf, neuf et solennel pour apprendre à aimer l’homme afin d’aimer Dieu ? Aimer l’homme, disons-nous, non pas comme un simple moyen, mais comme un premier terme dans la montée vers le terme suprême et transcendant. Et alors, le Concile tout entier se résume finalement dans cette conclusion religieuse : il n’est pas autre chose qu’un appel amical et pressant qui convie l’humanité à retrouver, par la voie de l’amour fraternel, ce Dieu dont on a pu dire : "S’éloigner de lui, c’est périr ; se tourner vers lui, c’est ressusciter ; demeurer en lui, c’est être inébranlable ; (…) retourner à lui, c’est renaître ; habiter en lui, c’est vivre." (saint Augustin) ».

Car c’est peut-être ce qui distingue cette religion des autres, son premier "mot d’ordre", c’est d’aimer, d’aimer son prochain comme soi-même, mais aussi tout en se respectant et en respectant l’autre.


Herméneutique de la discontinuité

Dans les interprétations du concile Vatican II, il y a eu deux "écoles", celle qui privilégiait la rupture par rapport au passé, très communiquée dans les médias qui la voyaient d’un œil favorable, et au contraire, celle qui y voyait une réforme en continuité des deux millénaires de christianisme, une évolution progressive et cohérente.

Peut-être que la meilleure défense de l’évolution positive de l’Église catholique est à mettre sur le compte du détracteur de Vatican II le plus célèbre, à savoir l’évêque traditionaliste Mgr Marcel Lefebvre qui considérait, peu avant son excommunication, le 2 décembre 1986, que les papes depuis 1965 trahissaient leur propre religion : « Adoptant la religion libérale du protestantisme et de la Révolution, les principes naturalistes de Jean-Jacques Rousseau, les libertés athées de la Constitution des Droits de l’Homme, le principe de la dignité humaine n’ayant plus de rapport avec la vérité et la dignité morale, les Autorités romaines tournent le dos à leurs prédécesseurs (…) et elles se mettent au service des destructeurs de la chrétienté (…) ».

Ce qui donne, en traduisant, que justement, l’Église a commencé à prendre en compte le droit des personnes à vivre la vie qu’elles veulent indépendamment de toute contrainte morale extérieure. Et elle a enfin compris que le libre arbitre commence d’abord par ses propres fidèles. Cela a été un pas très positif dans la modernisation sociale de l’Église.

D’ailleurs, concernant les relations conflictuelles entre les traditionalistes (à savoir, la Fraternité Saint-Pie-X d’Écône) et le pape, le philosophe Marcel Gauchet juge que c’est d’un enjeu mineur qui n’a rien d’intéressant sur le plan religieux : « Globalement, c’est un problème très secondaire qui est un peu réglé par le fait qu’il y ait une espèce de tolérance qui s’est établie à l’égard de toute les formes cultuelles ou sacramentelles. On revient un peu à l’Église tridentine où l’on laissait les communautés locales gérer leurs affaires sur le plan liturgique. ».


Interprétation de Benoît XVI

Très impliqué dans le processus du concile Vatican II auprès du cardinal Josef Frings, nommé évêque de Cologne le 1er mai 1942 (jusqu’en 1969) et connu pour s’être opposé courageusement aux nazis (il clamait que la répression contre les Juifs était une « injustice qui criait vengeance au Ciel »), Josef Ratzinger était considéré comme un théologien réformateur face à la vieille institution catholique. Il prônait surtout un retour aux sources du christianisme afin de se rapprocher de la société moderne et défendait le principe permanent de remise à jour ("aggiornamento") qui renouvellerait la foi régulièrement et lui alimenterait la vie.

Devenu le pape Benoît XVI, Josef Ratzinger rappelait le 22 décembre 2005 les raisons de Vatican II en indiquant les trois discussions nécessaires : d’une part, « définir de façon nouvelle les relations entre foi et sciences modernes », d’autre part, « définir de façon nouvelle le rapport entre l’Église et l’État moderne » et enfin, définir le « rapport entre foi chrétienne et religions du monde ».

Si la deuxième discussion a abouti avec efficacité, en prônant « la responsabilité d’une coexistence ordonnée et tolérante entre les citoyens et de leur liberté d’exercer leur religion », en clair, en soutenant le principe de laïcité et neutralité religieuse des États (et donc, en renonçant à l’hégémonie de l’Église), la première mériterait d’être bien plus approfondie et la troisième reste parfois laborieuse (en particulier dans ses rapports avec l’islam ; en revanche, les rapports avec la "foi d’Israël" ont considérablement évolué).

D’ailleurs, il insistait beaucoup sur ce sujet de la liberté religieuse qui pourrait être « considérée comme une expression de l’incapacité de l’homme à trouver la vérité, et, par conséquent, devenir une exaltation du relativisme » alors qu’il faudrait « considérer la liberté de religion comme une nécessité découlant de la coexistence humaine, et même comme une conséquence intrinsèque de la vérité qui ne peut être imposée de l’extérieur, mais qui doit être adoptée par l’homme uniquement à travers le processus de la conviction ».

Il constatait entre autres : « Dans la période entre les deux guerres mondiales et plus encore après la Seconde guerre mondiale, des hommes d’État catholiques avaient démontré qu’il peut exister un État moderne laïc qui, toutefois, n’est pas neutre en ce qui concerne les valeurs, mais qui vit en puisant aux grandes sources éthiques ouvertes par le christianisme. La doctrine sociale catholique, qui se développait peu à peu, était devenue un modèle important entre le libéralisme radical et la théorie marxiste de l’État. ». En d’autres termes, Benoît XVI estime nécessaire que l’Église encourage l’émergence de cette "troisième voie".


Transition vers le nouveau siècle

Benoît XVI a décidé de "promulguer" une Année de la foi du 11 octobre 2012 au 24 novembre 2013 : « Nous voudrons célébrer cette Année de manière digne et féconde. La réflexion sur la foi devra s’intensifier pour aider tous ceux qui croient au Christ à rendre plus consciente et à revigorer leur adhésion à l’Évangile, surtout en un moment de profond changement comme celui que l’humanité est en train de vivre. » (Rome le 11 octobre 2011).

Il est probable que le pape Benoît XVI (bien moins conservateur donc qu’on ne le clame souvent ; il suffit de lire sa première encyclique "Deus Caritas Est" du 25 janvier 2006) reste un pape de transition après le très long et très riche pontificat de Jean-Paul II. De transition même si la durée du pontificat n’y fait rien.

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Élu le 19 avril 2005 trois jours après son 78e anniversaire, parce qu’il était le plus anciens des cardinaux, selon l’idée de Mgr Jean-Marie Lustiger, Benoît XVI est donc pape depuis plus de sept ans, soit bien plus long que le pontificat de Jean XXIII (moins de cinq ans) qui fut un élément moteur dans la modernisation de l’Église catholique et son entrée dans le XXe siècle.


Vers Vatican III ?

Justement, interrogé par "La Vie" le 25 septembre 2012, Marcel Gauchet pense qu’un nouveau concile, Vatican III, devient indispensable pour faire rentrer l’Église dans le XXIe siècle. Il considère en effet que Vatican II était un rattrapage sur le passé et qu’il est complètement dépassé avec les nouveaux enjeux de la société actuelle, tant sur les progrès scientifiques que sur l’évolution des mœurs.

Marcel Gauchet estime que si Vatican II a réglé la liberté religieuse et la liberté politique, il faudrait maintenant régler la liberté des personnes, notamment dans leur intimité fondamentale : sexualité, procréation, cellule familiale, éthique médicale : « Ce n’est pas simplement un problème d’institution, c’est un problème doctrinal qui nécessiterait une révision très profonde car le décalage avec la société est complet. ».

L’intellectuel voit d’ailleurs deux évolutions possibles pour l’Église qui perd de plus en plus de fidèles : un repli sur soi « pour former une église très soudée, minoritaire et identitaire », ou au contraire, une grande ouverture, déjà très pratiquée en particulier par les évêques français, où les "sympathisants", plus nombreux que les pratiquants, doivent être mieux entendus et impliqués.


Le pari de l’ouverture

Il n’y a pas en fait d’autre choix pour une Église qui a renoncé à l’hégémonie que de s’adapter à la société moderne. Il y a encore trop peu de réflexions sur des domaines entiers des sciences, comme la génétique, le nucléaire, et même la physique quantique dont les implications philosophiques devraient servir de terreau à une nouvelle pensée chrétienne.

Que le prochain pape soit européen, africain, sud-américain ou même asiatique, pour l’instant, tout est possible entre la frilosité du repli identitaire et l’enivrante audace de séparer le tangible de l’intangible et de s’ouvrir vers des pratiques plus en lien avec notre siècle (comme l’ordination des femmes et la contraception) sans pour autant renoncer aux dogmes essentiels. La première voie (repli) conduirait inéluctablement à la disparition progressive tandis que la seconde voie (adaptation), bien plus ambitieuse, rendrait également un fier service à la société laïque. Mais pour cela, il faut des hommes (et des femmes) pour porter cette espérance.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Paul II et le pardon.
Benoît XVI aux Invalides.
Benoît XVI et les préservatifs.
Mgr Lustiger.
La passion du Christ.
Deus Caritas Est (texte intégral).
Interview de Marcel Gaucher ("La Vie" du 25 septembre 2012).

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 http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/50-ans-apres-vatican-ii-la-124063 
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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 07:37

Pas de liberté sans responsabilité. C’est la règle qui devrait prévaloir dans une société avancée. Malheureusement, quand la passion l’emporte sur la raison, il n’y a plus rien pour dissiper les haines et les peurs qui en sont souvent la cause.


yartiIslamRouge05Je reviens sur mon précédent article dont j’avais cru le titre assez clair pour exprimer mon inquiétude face à ce courant islamiste dur qui n’hésite plus à tuer pour protester contre toutes les marques d’irrespect vis-à-vis de l’islam. Précisons d’ailleurs tuer de manière totalement aveugle et aléatoire puisque ce ne sont que des supposés compatriotes de supposés auteurs de marques d’irrespect qui en sont victimes, ce qui montre un manque de logique même dans cette folie violente. Il est bien connu que le mépris et l’indifférence sont des armes bien plus intelligentes et surtout, bien plus efficaces, que cette brutalité odieuse.

C’est le problème de tout discours raisonnable et modéré lorsqu’il est confronté à un climat où les passions s’échauffent et où l’émotion est reine. Et l’émotion a fonction de cliver : soit on est d’un côté, soit on est de l’autre. Soit on est un admirateur fasciné de la vulgarité des œuvres de "Charlie Hebdo" placé sur le piédestal de la défense des libertés suprêmes, soit on est un musulman aigri qui s’insurge et qui pourrait même en devenir violent.

Bon, il se trouve que je ne suis ni l’un ni l’autre et je suppose (je n’ai pas de sondage sous la main) que la grande majorité des gens, en France du moins, sont comme moi, abasourdi par tant de haine de part et d’autres. Non, bien sûr que je ne mets pas les deux (caricaturistes irrespectueux et terroristes islamistes) dans le même camp, car les uns sont des adolescents retardés tandis que les autres sont de véritables assassins qui doivent être sévèrement condamnés, mais je refuse de diviser le monde entre ces deux seules parties ! Il y a droit à une réflexion un peu plus subtile !

Il ne faut pas oublier qu’un gouvernement est d’abord saisi de l’intérêt général. En quelques sortes, par effet négatif, qu’il y ait, dans son pays et à l’extérieur, le moins de casse possible avec une réalité qui est ce qu’elle est. C’est un principe très insatisfaisant intellectuellement puisque cela nécessite en permanence une négociation entre le possible et le souhaitable, entre les principes généraux et des conséquences dramatiques dont on ne maîtrise rien.

Le pragmatisme, c’est la vertu des sociétés démocratiques. Rester arc-bouté sur des principes nobles (louables et valables en théorie) sans prendre en compte la réalité parfois désastreuse des situations, c’est acheminer les sociétés dans une dérive soit sectaire, soit anarchique, mais dans tous les cas, dans la dictature d’une idée face aux multitudes de cas particuliers que représentent les personnes humaines qui les composent. On a assez vu comment cela s’est passé avec le socialisme sous Staline ou le nationalisme sous Hitler, et on peut voir aussi comment cela se passe encore aujourd’hui avec l’islamisme (que je qualifierais comme un "islam politique") dans certains pays comme l’Iran, l’Arabie saoudite etc.

Mon propos ici n’est pas de faire des analogies, mais juste d’expliquer que gouverner, c’est essayer de faire en sorte que toutes les personnes d’une même nation puissent jouir de tous ses droits et en particulier, du premier d’entre eux, à savoir vivre.

Mon article précédent a surtout choqué car dans une audace folle, je proposais d’interdire la publication de ces caricatures. Pas pour interdire l’expression de la liberté de la presse mais parce qu’il paraît évident que cette publication mettait en danger les intérêts français et les Français vivant notamment à l’étranger. Le gouvernement français le pense lui-même puisqu’il a décidé de fermer ce vendredi (jour de la prière) toutes les administrations et écoles dans les représentations diplomatiques de certains pays musulmans. Ce n’est donc pas une menace prise à la légère, c’est un danger réel. Et si le gouvernement ne l’avait pas envisagé, on le lui aurait reproché.

Car c’est l’un des rôles de l’État, protéger tous ses citoyens, et quand des dessinateurs sans talent s’amusent pour une finalité publicitaire à faire de l’irrespect de manière inconséquente, d’autres de leurs compatriotes risquent leur vie. Ce n’est pas anodin.

Alors, évidemment, on sort sans cesse la liberté d’expression, et c’est vrai que je suis bien content qu’elle existe sinon, je ne pourrais pas moi-même m’exprimer. Mais la liberté d’expression est-elle le droit "le plus prioritaire" dans la hiérarchie de valeurs d’une République moderne ? La vie, par exemple, n’est-elle pas un droit plus important ? Je pose la question.

Et puis, il y a toujours deux poids et deux mesures. On refuse l’interdiction ponctuelle de publications irrespectueuses prêtes à mettre des ambassades à feu et à sang et on ne chigne pas un seul mot quand le gouvernement interdit plusieurs manifestations pour protester contre ces caricatures. Si la première n’avait pas fait de demande d’autorisation (et donc était de facto illégale), ce n’était pas le cas de la seconde et j’ai applaudi cette interdiction de manifestation qui pouvait très rapidement dégénérer (et mettre l’ordre public en danger, et donc des vies en danger). Là, il n’y a plus personne pour protester en invoquant ce droit imprescriptible à pouvoir manifester librement sur la place publique dans une démocratie. Pourquoi ? Pourtant, c’est la même restriction de liberté que l’interdiction de caricatures inconséquentes.

C’est cela, une société moderne et apaisée : c’est pouvoir jouir de la liberté mais avec cette nécessaire responsabilité sans laquelle aucune liberté ne vaut. Si vous avez des enfants, vous pouvez bien comprendre qu’il va y avoir un âge où vous serez bien obligé d’accepter qu’ils sortent seuls le soir. Cette liberté ne peut pas s’octroyer sans un minimum de responsabilité. Si l’enfant n’était pas raisonnable et passait toute la nuit dehors pour sa première sortie, il serait fort probable que vous ne lui redonneriez pas d’autorisation de sortie avant un certain temps et une certaine discussion.

C’est pareil dans une société mondialisée comme celle d’aujourd’hui, où le moindre pet d’un point du monde peut entraîner des réactions insensées à l’autre bout du monde. Un gouvernement français sera bien impuissant dans des pays étrangers où régissent d’autres lois parfois très critiquables. Bien sûr que les terroristes islamistes qui manifestent leur violence sont condamnables et sont les premiers et seuls responsables de ces violences. Une caricature n’a pas à susciter autant de réactions épidermiques. Mais quand on a un tantinet de responsabilité, on sait, d’un point de vue purement mécanique, que ces caricatures provoqueront des dégâts humains. Alors pourquoi agiter le chiffon rouge si ce n’est pas pour faire enrager le taureau ? Je rejette l’argument des faux candides qui mettent la main sur le cœur en disant que non, c’est juste la manifestation de la liberté d’expression.

Non, le monde est plus complexe que le cerveau d’un dessinateur post-soixante-huitard. Aujourd’hui, le monde musulman est hypersensible. C’est un fait, c’est une réalité concrète, que je déplore mais qu’il m’est difficile de faire changer immédiatement sauf à croire aux bisounours. L’Égypte, la Libye, la Tunisie, bien d’autres pays sont dans des situations politiques transitoires où tout peut se produire, le meilleur (démocratie) comme le pire (dictature islamique).

Mettre l’huile sur le feu dans un tel contexte est d’une irresponsabilité complète. Si l’objectif était de se dire que par son action personnelle, on peut enflammer le monde, bravo, la mission est remplie. Mais réfléchissons plutôt à construire et pas à détruire, et là, c’est bien plus compliqué évidemment.

Bien sûr que non que refuser des caricatures irresponsables, ce serait céder face à l’ennemi. D’abord, parce que la France n’a pas d’ennemi et n’est pas en guerre. Les musulmans ne sont pas des ennemis de la France. Plusieurs millions sont même français et la plupart sont plus français que musulmans s’ils devaient se définir. Ensuite, parce que c’est un sophisme, celui de croire qu’on va leur laisser du terrain, qu’ils vont pouvoir avancer leurs pions, bref, que c’est sûr, "ils" vont "nous" envahir… En somme, ils sont parmi nous et tout va mal. Ben non, ça ne se résume pas ainsi. Il y a des réseaux terroristes et il me semble que la police et la justice françaises sont particulièrement performantes pour les pourchasser, mais cependant pas suffisamment.

La liberté, c’est la responsabilité. "Charlie Hebdo" a publié ses caricatures sciemment, en parfaite connaissance de cause (faut-il payer la protection policière que son directeur a lui-même demandée ?), dans un simple esprit consumériste (et même capitaliste !) et il y a encore quelques crédules qui moutonneraient dans leur sens et dans leur combine éculée ? Étrange sentiment pour une nation éclairée.

Je refuse le clivage d’une société entre assassins au nom d’Allah, d’un côté, et misérables provocateurs, de l’autre côté. La grande majorité des musulmans ne veut tuer aucun incroyant et la grande majorité des non musulmans respecte les musulmans dans leur foi. Et si en France, terre des libertés et de la laïcité, c’est-à-dire de la neutralité, il n’y avait plus la place pour tous les cultes, pour toutes les croyances (ou non croyances), alors, c’est vrai, ce ne serait plus la peine de rechercher la paix ailleurs dans le monde, et en particulier au Proche-Orient.

La liberté du culte ne peut d’ailleurs pas se concevoir de manière pacifiée si certaines religions sont systématiquement stigmatisées. Certes, les religions stigmatisées devraient être assez fortes pour supporter ce genre d’irrespect (il faut vraiment manquer d’assurance pour être ébranlé par si peu) mais la République laïque doit assurer le respect des cultes pour favoriser un vivre ensemble harmonieux. Le moindre qu’on puisse dire, c’est que "Charlie Hebdo" n’y contribue pas, mais c’est dans sa logique satirique et celle-ci est tout aussi respectable.

L’État est là pour garantir la sécurité physique de ses citoyens. C’est le minimum qu’on peut lui demander, bien avant la retraite, la santé ou l’éducation. Or, dans le contexte international très tendu, la sortie de "Charlie Hebdo" ne fait qu’attiser la violence et la haine. C’est déplorable, c’est condamnable que cela se passe ainsi, c’est même inadmissible, mais c’est la réalité. Comme j’écrivais précédemment, dans le brasier de la haine, on ne distingue plus l’huile ni le feu.

Il ne s’agit pas de ménager ces fous d’Allah (de toute façon, quoi que fassent les gouvernements dits "occidentaux", ils ne changeraient pas de comportement ni d’opinion), mais il s’agit de protéger ce qui peut encore l’être, à savoir la vie de personnes, leur famille, leur entourage, celle de diplomates français, d’expatriés français, celle des otages actuellement détenus (on a assez contesté la mort des deux otages du Niger en début 2011)…

Certains parlent même d’honneur ("Charlie Hebdo" serait-il l’honneur de la France ? Pauvre pays, dans un pareil cas !). Ou de déshonneur. Que ce serait déshonorant de faire des concessions aux fous d’Allah. Mais ce ne sont pas des concessions ! Ce ne seraient que des mesures pour protéger les personnes. Veut-on rester dans l’honneur et accepter le massacre d’otages quand il y a une prise d’otage ? Ou alors, faut-il que tout soit fait, tout !, pour que la vie de chaque otage soit précieusement sauvegardée ?

Est-ce un manque d’honneur pour ces employés d’une épicerie de Marseille qui ont reçu une formation spéciale en cas de braquage pour donner la caisse calmement sans s’y opposer et sans effusion de sang ? Dans ce dernier cas, est-ce une concession au braqueur ? Est-ce un encouragement à braquer ? Ou est-ce simplement une attitude raisonnable pour éviter au maximum les dégâts irréparables (le gérant de l’épicerie avait même souri en disant son soulagement qu’il n’y ait pas eu de mort, le montant de sa caisse dérobée était très annexe dans sa hiérarchie des valeurs).

Je suis pragmatique et je raisonnerais exactement de la même manière dans d’autres contextes. Par exemple, un dimanche soir, en revenant chez moi, j’ai découvert qu’il y avait une cinquantaine de cars de CRS (je les ai comptés !) et une douzaine de gros camions de pompiers (avec l’échelle) autour du Parc des Princes. La raison ? Un banal match de football entre PSG et OM ! Faudrait-il encore accepter de tels matchs s’ils génèrent systématiquement des violences, condamnables mais prévisibles ?

Dans l’affaire des caricatures, il ne s’agit pas de rendre délictueux le blasphème comme certains islamistes extrémistes le voudraient. Le blasphème ne signifie rien dans une République laïque, et heureusement, sinon, n’importe quel gourou pourrait revendiquer n’importe quel caprice personnel.

Il s’agit juste d’assurer le maintien de l’ordre, de s’assurer que des vies ne soient pas mises inutilement en danger pour un enjeu mineur (le porte-monnaie du directeur d’un magazine médiocre). Allez agiter les beaux principes (de liberté etc.) devant les familles en deuil : où est-elle, la liberté, pour ces cadavres victimes innocentes et aveugles de vidéos ou de caricatures débiles faisant réagir d’autres débiles ?

Devenir adulte, c’est se rendre compte le mieux possible des conséquences de ses actes dans un monde imparfait. C’est cela, la responsabilité, et sans elle, la liberté n’est qu’un leurre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’islam rouge (mon précédent article).


yartiIslamRouge01


http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/retour-sur-l-islam-rouge-123033



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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 07:56

Le monde est fou ! Les provocateurs islamophobes en mal de notoriété ou de fortune rejoignent dans l'irresponsabilité les terroristes islamistes pour une alliance objective, celle de déstabiliser un monde déjà complexe qui aurait pu dans sa déshérence se passer de leur parti pris. Au milieu du brasier de la haine, on ne distingue plus ni l’huile ni le feu.


yartiIslamRouge01Mardi soir, j’avais entendu la fin d’une interview du patron du magazine satirique "Charlie Hebdo" à qui on demandait très sérieusement s’il avait demandé l’appui et la protection de forces de police pour la nuit. Je n’avais pas vraiment compris les choses mais c’est un peu plus tard que j’ai appris que la revue avait décidé de publier de nouvelles caricatures insultantes de Mahomet.

Ce mercredi 19 septembre 2012, une dépêche matinale est venue m’apprendre que toutes les ambassades françaises sont mises en alerte à cause de cette pitoyable publication. Sur France Info le matin, le Ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius expliquait ainsi doctement : « J’ai évidemment envoyé des instructions pour que dans tous les pays où cela peut poser des problèmes, on prenne des précautions de sécurité particulières. ».

Et Laurent Fabius n’a pas tort de s’alarmer ainsi sur l’intégrité physique de nos ressortissants : l’ambassadeur américain en Libye Christopher Stevens (52 ans) le 11 septembre 2012 et six autres Américains au moins (trois en Libye, un au Yémen, deux en Afghanistan) ont perdu leur vie au cours d’attentats islamistes. Si en Libye, il est fort probable que ce fût une opération antiaméricaine préméditée de longue date (pour la date anniversaire du 11 septembre 2001), il est clair que le "monde musulman" a très mal réagi contre la diffusion sur Internet (dès le 2 juillet 2012 !) d’un film ouvertement provocateur, "Innocence of Muslims", très médiocrement réalisé par un citoyen américain (de religion copte) habitant près de Los Angeles (actuellement écouté par la police et déjà condamné pour fraude bancaire), employant des acteurs de films porno pour affirmer que Mahomet serait homosexuel et pédophile.

Des troubles et des violences à cause de ce film ont été observés dans de nombreux pays, en Égypte, en Tunisie, en Afghanistan, en Libye, au Yémen, au Liban, au Maroc, en Indonésie, en Algérie, au Pakistan, en Inde, au Soudan, et aussi en France et en Belgique, même en Australie, et ont entraîné la mort d’au moins treize autres personnes (en plus des sept Américains déjà cités).

Dans quel monde vit-on ?! Ce film est particulièrement mauvais, tant sur la forme que sur le fond, n’apporte rien aux débats sur la religion, est même contreproductif (ne convainc que les convaincus et renforce la position des islamistes durs) et ne fait qu’attiser la haine réciproque et la violence. Tout comme ces caricatures dans "Charlie Hebdo" qui sont plutôt peu subtiles, puériles, bêtes et méchantes et ne sont que le résultat, pour se soulager, d’une provocation plutôt narcissique.

yartiIslamRouge02

Mais face à ces pitoyables tentatives d’art et de culture, réagir avec autant d’excès contre la bêtise humaine m’apparaît d’autant plus stupide et condamnable que ça a déjà coûté des vies humaines. Pour plusieurs raisons : d’une part, pourquoi réagir contre les Américains, contre le gouvernement américain alors qu’il ne s’agit que de l’initiative d’un seul Américain ? Depuis quand un gouvernement est-il obligé d’assumer toutes les bêtises d’expression de ses compatriotes ? D’autre part, la violence n’a jamais rien apporté et il est possible que ces provocations antimusulmanes ne soient que des prétextes à des déstabilisations à enjeu bien plus grand.

Je suis heureux que le gouvernement français ait interdit la prochaine manifestation annoncée des islamistes au Trocadéro (interdiction confirmée par le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault lui-même) comme je me réjouis de sa fermeté dans la précédente manifestation qui n’avait pas été autorisée par absence de demande.

Mais je me pose des questions sur l’intelligence des provocateurs de pacotille qui n’ont pas compris que leur ego, éventuellement leur portefeuille (la provocation fait vendre), ne valent rien par rapport aux nombreuses vies humaines qui sont, par leur seule faute, en danger à travers le monde.

Je me réjouis donc de la précaution dictée par Laurent Fabius, mais j’irais bien plus loin à la place du gouvernement : j’interdirais la publication de ces provocations de "Charlie Hebdo", non pas parce que je suis contre tout humour ou toute critique contre l’islam, même nulle, mais parce qu’il est désormais prouvé qu’elles engendrent de sérieux troubles à l’ordre public et que des hommes risquent d’être (bêtement) tués à cause de ces caprices de potaches.

Là, je pointe évidemment l’étape cruciale du débat : quand deux libertés fondamentale se télescopent. Il y a la liberté d’expression qui est l’un des éléments majeurs d’une démocratie, mais il y a aussi la liberté du culte et les musulmans, comme tous les autres (chrétiens, juifs, agnostiques, athées, rien-du-tout) ont le droit au respect. Tout comme manifester avec violence, blesser, tuer, n’est pas acceptable quelle qu’en soit la raison.

Heureusement, les islamistes extrémistes ne sont qu'une minorité et ne sont pas la plus grande majorité des mulsulmans. Mais aujourd’hui, dans le monde, ce sont les ultras qui gagnent des places. C’est le Likoud de Netanyahou et le Hamas qui sont gagnants chez eux. Ce sont les faucons et vouloir la paix serait un signe de faiblesse (de même calibre que : "elle est moins grosse que la tienne" ; aparté : ces provocations sont rarement le fait de femmes). Même Mitt Romney, pourtant considéré comme un candidat républicain modéré, s’y est mis.

Jamais la paix ne gagnera avec autant de provocations de part et d’autre du monde et aussi peu de pardon. Faut-il pour autant bâillonner ceux qui veulent critiquer les religions, en particulier l’islam ? Non, bien sûr, d’autant plus que c’est dans la critique qu’il y a construction et amélioration (la loi du 9 décembre 1905 le prouve en France).

Mais de grâce, messieurs les ultras de tout bord, arrêtez de provoquer, cessez d’insulter et respectez les autres ! En respectant les autres, vous respectez l’humanité, et en définitive, vous vous respectez vous-mêmes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Islamophobie d’État ?
Mariage musulman annulé.
Un guerrier de la paix.
Pardonner.
L'équation islamiste = terroriste ?
Incompréhensions américaines.
10 ans après le 11 septembre.

yartiIslamRouge03


http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/l-islam-rouge-122944

 


 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:33

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Édit de Nantes
en faveur de ceux de la religion prétendue réformée

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HENRY par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre A tous présents et à venir.

Salut.

 

Entre les grâces infinies qu'il a plu à Dieu nous départir, celle est bien des plus insignes et remarquables de nous avoir donné la vertu et la force de ne céder aux effroyables troubles, confusions et désordres qui se trouvèrent à notre avènement à ce royaume, qui était divisé en tant de parts et de factions que la plus légitime en était quasi la moindre, et de nous être néanmoins tellement roidis contre cette tourmente que nous l'ayons enfin surmontée et touchions maintenant le port de salut et repos de cet État. De quoi à lui seul en soit la gloire tout entière et à nous la grâce et l'obligation qu'il se soit voulu servir de notre labeur pour parfaire ce bon oeuvre. Auquel il a été visible à tous si nous avons porté ce qui était non seulement de notre devoir et pouvoir, mais quelque chose de plus qui n'eût peut-être pas été en autre temps bien convenable à la dignité que nous tenons, que nous n' avons plus eu crainte d'y exposer puisque nous y avons tant de fois et si librement exposé notre propre vie.

Et en cette grande concurrence de si grandes et périlleuses affaires ne se pouvant toutes composer tout à la fois et en même temps, il nous a fallu tenir cet ordre d'entreprendre premièrement celles qui ne se pouvaient terminer que par la force et plutôt remettre et suspendre pour quelque temps les autres qui se devaient et pouvaient traiter par la raison et la justice, comme les différends généraux d'entre nos bons sujets et les maux particuliers des plus saines parties de l'État que nous estimions pouvoir bien plus aisément guérir, après en avoir ôté la cause principale qui était en la continuation de la guerre civile. En quoi nous étant, par la grâce de Dieu, bien et heureusement succédé, et les armes et hostilités étant du tout cessées en tout le dedans du royaume, nous espérons qu'il nous succédera aussi bien aux autres affaires qui restent à y composer et que, par ce moyen, nous parviendrons à l'établissement d'une bonne paix et tranquille repos qui a toujours été le but de tous nos voeux et intentions et le prix que nous désirons de tant de peines et travaux auxquels nous avons passé ce cours de notre âge.

Entre les affaires auxquelles il a fallu donner patience et l'une des principales ont été les plaintes que nous avons reçues de plusieurs de nos provinces et villes catholiques de ce que l'exercice de la religion catholique n'était pas universellement rétabli comme il est porté par les édits ci-devant faits pour la pacification des troubles à l'occasion de la religion. Comme aussi les supplications et remontrances qui nous ont été faites par nos sujets de la religion prétendue réformée, tant sur l'inexécution de ce qui leur est accordé par ces édits que sur ce qu'ils désireraient y être ajouté pour l'exercice de leur dite religion, la liberté de leurs consciences, et la sûreté de leurs personnes et fortunes, présumant avoir juste sujet d'en avoir nouvelles et plus grandes appréhensions à cause de ces derniers troubles et mouvements dont le principal prétexte et fondement a été sur leur ruine. A quoi, pour ne nous charger de trop d' affaires tout à la fois, et aussi que la fureur des armes ne compatisse point à l'établissement des lois, pour bonnes qu'elles puissent être, nous avons toujours différé de temps en temps de pourvoir. Mais maintenant qu'il plaît à Dieu commencer à nous faire jouir de quelque meilleur repos, nous avons estimé ne le pouvoir mieux employer qu'à vaquer à ce qui peut concerner la gloire de son saint nom et service et à pourvoir qu'il puisse être adoré et prié par tous nos sujets et s' il ne lui a plu permettre que ce soit pour encore en une même forme et religion, que ce soit au moins d'une même intention et avec telle règle qu'il n'y ait point pour cela de trouble et de tumulte entre eux, et que nous et ce royaume puissions toujours mériter et conserver le titre glorieux de Très chrétiens qui a été par tant de mérites et dès si longtemps acquis, et par même moyen ôter la cause du mal et troubles qui peut advenir sur le fait de la religion qui est toujours le plus glissant et pénétrant de tous les autres.

Pour cette occasion, ayant reconnu cette affaire de très grande importance et digne de très bonne considération, après avoir repris les cahiers des plaintes de nos sujets catholiques, ayant aussi permis à nos sujets de la religion prétendue réformée de s'assembler par députés pour dresser les leurs et mettre ensemble toutes leurs remontrances et, sur ce fait, conféré avec eux par diverses fois, et revu les édits précédents, nous avons jugé nécessaire de donner maintenant sur le tout à tous nos sujets une loi générale, claire, nette et absolue, par laquelle ils soient réglés sur tous les différends qui sont ci-devant sur ce survenus entre eux, et y pourront encore survenir ci-après, et dont les uns et les autres aient sujet de se contenter, selon que la qualité du temps le peut porter. N'étant pour notre regard entrés en cette délibération que pour le seul zèle que nous avons au service de Dieu et qu'il se puisse dorénavant faire et rendre par tous nos dits sujets et établir entr'eux une bonne et perdurable paix.

Sur quoi nous implorons et attendons de sa divine bonté la même protection et faveur qu'il a toujours visiblement départie à ce royaume, depuis sa naissance et pendant tout ce long âge qu'il a atteint et qu'elle fasse la grâce à nos dits sujets de bien comprendre qu'en l'observation de cette notre ordonnance consiste, après ce qui est de leur devoir envers Dieu et envers nous, le principal fondement de leur union et concorde, tranquillité et repos, et du rétablissement de tout cet État en sa première splendeur, opulence et force. Comme de notre part nous promettons de la faire exactement observer sans souffrir qu'il y soit aucunement contrevenu.

Pour ces causes, ayant avec l'avis des princes de notre sang, autres princes et officiers de la Couronne et autres grands et notables personnages de notre Conseil d'État étant près de nous, bien et diligemment pesé et considéré toute cette affaire, avons, par cet Édit perpétuel et irrévocable, dit, déclaré et ordonné, disons, déclarons et ordonnons :

 

I.
Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées d'une part et d'autre, depuis le commencement du mois de mars 1585 jusqu'à notre avènement à la couronne et durant les autres troubles précédents et à leur occasion, demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue. Et ne sera loisible ni permis à nos procureurs généraux, ni autres personnes quelconques, publiques ni privées, en quelque temps, ni pour quelque occasion que ce soit, en faire mention, procès ou poursuite en aucunes cours ou juridictions que ce soit.

 

II.
Défendons à tous nos sujets, de quelque état et qualité qu'ils soient, d'en renouveler la mémoire, s'attaquer, ressentir, injurier, ni provoquer l'un l'autre par reproche de ce qui s'est passé, pour quelque cause et prétexte que ce soit, en disputer, contester, quereller ni s'outrager ou s'offenser de fait ou de parole, mais se contenir et vivre paisiblement ensemble comme frères, amis et concitoyens, sur peine aux contrevenants d'être punis comme infracteurs de paix et perturbateurs du repos public.

 

III.
Ordonnons que la religion catholique, apostolique et romaine sera remise et rétablie en tous les lieux et endroits de cestui notre royaume et pays de notre obéissance où l'exercice d'icelle a été intermis pour y être paisiblement et librement exercé sans aucun trouble ou empêchement. Défendant très expressément à toutes personnes, de quelque état, qualité ou condition qu'elles soient, sur les peines que dessus, de ne troubler, molester ni inquiéter les ecclésiastiques en la célébration du divin service, jouissance et perception des dîmes, fruits et revenus de leurs bénéfices, et tous autres droits et devoirs qui leur appartiennent; et que tous ceux qui, durant les troubles, se sont emparés des églises, maisons, biens et revenus appartenant auxdits ecclésiastiques et qui les détiennent et occupent, leur en délaissent l'entière possession et paisible jouissance, en tels droits, libertés et sûretés qu'ils avaient auparavant qu'ils en fussent dessaisis. Défendant aussi très expressément à ceux de ladite religion prétendue réformée de faire prêches ni aucun exercice de ladite religion ès églises, maisons et habitations desdits ecclésiastiques.

 

IV.
Sera au choix de ces ecclésiastiques d'acheter les maisons et bâtiments construits aux places profanes sur eux occupées durant les troubles, ou contraindre les possesseurs desdits bâtiments d'acheter le fonds, le tout suivant l'estimation qui en sera faite par experts dont les parties conviendront; et à faute d'en convenir, leur en sera pourvu par les juges des lieux, sauf auxdits possesseurs le recours contre qui il appartiendra. Et [au cas] où lesdits ecclésiastiques contraindraient les possesseurs d'acheter le fonds, les deniers de l'estimation ne seront mis en leurs mains ains [mais] demeureront lesdits possesseurs chargés pour en faire profit à raison du denier vingt jusqu'à ce qu'ils aient été employés au profit de l'Église, ce qui se fera dans un an, et [au cas] où ledit temps passé, l'acquéreur ne voudrait plus continuer ladite rente, il en sera déchargé, en consignant les deniers entre les mains de personne solvable avec l'autorité de la justice. Et pour les lieux sacrés, en sera donné avis par les commissaires qui seront ordonnés pour l'exécution du présent Édit, pour sur ce y être par nous pourvu.

 

V.
Ne pourront toutefois les fonds et places occupés pour les réparations et fortifications des villes et lieux de notre royaume, et les matériaux y employés, être revendiqués ni répétés [réclamés] par les ecclésiastiques ou autres personnes publiques ou privées, que lorsque lesdites réparations et fortifications seront démolies par nos ordonnances.

 

VI.
Et pour ne laisser aucune occasion de troubles et différends entre nos sujets, avons permis et permettons à ceux de ladite religion prétendue réformée vivre et demeurer par toutes les villes et lieux de cestui notre royaume et pays de notre obéissance, sans être enquis, vexés, molestés ni astreints à faire chose pour le fait de la religion contre leur conscience, ni pour raison d'icelle être recherchés dans les maisons et lieux où ils voudront habiter, en se comportant au reste selon qu'il est contenu en notre présent Édit.

 

VII.
Nous avons aussi permis à tous seigneurs, gentilshommes et autres personnes, tant régnicoles qu'autres, faisant profession de la religion prétendue réformée, ayant en notre royaume et pays de notre obéissance haute justice ou plein fief de haubert, comme en Normandie, soit en propriété ou usufruit, en tout ou par moitié ou pour la troisième partie, avoir en telle de leurs maisons desdites hautes justices ou fiefs susdits, qu'ils seront tenus nommer devant nos baillis et sénéchaux, chacun en son détroit, pour leur principal domicile l'exercice de ladite religion, tant qu'ils y seront résidents, et en leur absence, leurs femmes ou bien leur famille ou partie d'icelle. Et encore [en cas] que le droit de justice ou plein fief de haubert soit controversé, néanmoins l'exercice de ladite religion y pourra être fait, pourvu que les dessusdits soient en possession actuelle de ladite haute justice, encore que notre procureur général soit partie. Nous leur permettons aussi avoir ledit exercice en leurs autres maisons de haute justice ou fiefs susdits de haubert tant qu'ils y seront présents et non autrement, le tout tant pour eux, leur famille, sujets, qu'autres qui y voudront aller.

 

VIII.
Es maisons des fiefs où ceux de ladite religion n'auront ladite haute justice ou fief de haubert, ne pourront faire ledit exercice que pour leur famille tant seulement. N'entendons toutefois, s'il y survenait d'autres personnes jusqu'au nombre de trente, outre leur famille, soit à l'occasion des baptêmes, visites de leurs amis, ou autrement, qu'ils en puissent être recherchés, moyennant aussi que lesdites maisons ne soient au dedans des villes, bourgs ou villages appartenant aux seigneurs hauts justiciers catholiques autres que nous esquels lesdits seigneurs catholiques ont leurs maisons. Auquel cas, ceux de ladite religion ne pourront dans lesdits villes, bourgs ou villages, faire ledit exercice, si ce n'est par permission et congé desdits seigneurs hauts justiciers, et non autrement.

 

IX.
Nous permettons aussi à ceux de ladite religion faire et continuer l'exercice d'icelle en toutes les villes et lieux de notre obéissance où il était par eux établi et fait publiquement par plusieurs et diverses fois en l'année 1596 et en l'année 1597, jusqu'à la fin du mois d'août, nonobstant tous arrêts et jugements à ce contraires.

 

X.
Pourra semblablement cet exercice être établi et rétabli en toutes les villes et places où il a été établi ou dû être par l'édit de pacification fait en l'année 1577, articles particuliers et conférences de Nérac et Fleix, sans que ledit établissement puisse être empêché ès lieux et places du domaine donnés par ledit édit, articles et conférences, pour lieux de bailliages ou qui le seront ci-après, encore qu'ils aient été depuis aliénés à personnes catholiques ou le seront à l'avenir. N'entendons toutefois que ledit exercice puisse être rétabli dans ès lieux et places dudit domaine qui ont été cidevant possédés par ceux de ladite religion prétendue réformée, esquels il aurait été mis en considération de leurs personnes ou à cause du privilège des fiefs, si lesdits fiefs se trouvent à présent possédés par personnes de ladite religion catholique, apostolique et romaine.

 

XI.
Davantage, en chacun des anciens bailliages, sénéchaussées et gouvernements tenant lieu de bailliage, ressortissant nuement et sans moyen ès cours de parlement, nous ordonnons qu'ès faubourgs d'une ville, outre celles qui leur ont été accordées par ledit Édit, articles particuliers et conférences, et [au cas] où il n'y aurait des villes, en un bourg ou village l'exercice de ladite religion prétendue réformée se pourra faire publiquement pour tous ceux qui y voudront aller, encore qu'esdits bailliages, sénéchaussées et gouvernements il y ait plusieurs lieux où l'exercice soit à présent établi, fors et excepté pour ledit lieu de bailliage nouvellement accordé par le présent Édit, les villes esquelles il y a archevêché et évêché, sans toutefois que ceux de ladite religion prétendue réformée soient pour cela privés de ne pouvoir demander et nommer pour ledit lieu d'exercice les bourgs et villages proches desdites villes, excepté aussi les lieux et seigneuries appartenant aux ecclésiastiques, esquelles nous n'entendons que ledit second lieu de bailliage puisse être établi, les en ayant de grâce spéciale exceptés et réservés. Voulons et entendons sous le nom d'anciens bailliages parler de ceux qui étaient du temps du feu roi Henry notre très-honoré seigneur et beau-père, tenus pour bailliages, sénéchaussées et gouvernements ressortissants sans moyen en nosdites cours.

 

XII.
N'entendons par le présent Édit déroger aux édits et accords ci-devant faits pour la réduction d'aucuns princes, seigneurs, gentilshommes et villes catholiques en notre obéissance, en ce qui concerne l'exercice de ladite religion, lesquels édits et accords seront entretenus et observés pour ce regard selon qu'il sera porté par les instructions des commissaires qui seront ordonnés pour l'exécution du présent Édit.

 

XIII.
Défendons très expressément à tous ceux de ladite religion faire aucun exercice d'icelle tant pour le ministère, règlement, discipline ou instruction publique d'enfants et autres, en cestui notre royaume et pays de notre obéissance, en ce qui concerne la religion, fois qu'ès lieux permis et octroyés par le présent Édit.

 

XIV.
Comme aussi de faire aucun exercice de ladite religion en notre Cour et suite, ni pareillement en nos terres et pays qui sont delà les monts, ni aussi en notre ville de Paris, ni à cinq lieues de ladite ville. Toutefois ceux de ladite religion demeurant esdites terres et pays de delà les monts, et en notre ville, et cinq lieues autour d'icelle, ne pourront être recherchés en leurs maisons, ni astreints à faire chose pour le regard de leur religion contre leur conscience, en se comportant au reste selon qu'il est contenu en notre présent Edit.

 

XV.
Ne pourra aussi l'exercice public de ladite religion être fait aux armées, sinon aux quartiers des chefs qui en feront profession, autres toutefois que celui où sera le logis de notre personne.

 

XVI.
Suivant l'article deuxième de la conférence de Nérac, nous permettons à ceux de ladite religion de pouvoir bâtir des lieux pour l'exercice d'icelle, aux villes et places où il leur est accordé, et leur seront rendus ceux qu'ils ont cidevant bâtis ou le fonds d'iceux, en l'état qu'il est à présent, même ès lieux où ledit exercice ne leur est permis, sinon qu'ils eussent été convertis en autre nature d'édifices. Auquel cas leur seront baillés par les possesseurs desdits édifices, des lieux et places de même prix et valeur qu'ils étaient avant qu'ils y eussent bâti, ou la juste estimation d'iceux à dire d'experts, sauf auxdits propriétaires et possesseurs leurs recours contre qui il appartiendra.

 

XVII.
Nous défendons à tous prêcheurs lecteurs, et autres qui parlent en public, user d'aucunes paroles, discours et propos tendant à exciter le peuple à sédition. Ains [mais] leur avons enjoint et enjoignons de se contenir et comporter modestement et de ne rien dire qui ne soit à l'instruction et édification des auditeurs et à maintenir le repos et tranquillité par nous établie en notredit royaume sur les peines portées par nos précédent édits. Enjoignant très expressément à nos procureurs généraux et leurs substituts d'informer d'office contre ceux qui y contreviendront, à peine d'en répondre en leurs propres et privés noms, et de privation de leurs offices.

 

XVIII.
Défendons aussi à tous nos sujets, de quelque qualité et condition qu'ils soient, d'enlever par force ou induction, contre le gré de leurs parents, les enfants de ladite religion pour les faire baptiser ou confirmer en l'Église catholique, apostolique et romaine. Comme aussi mêmes défenses sont faites à ceux de ladite religion prétendue réformée, le tout à peine d'être punis exemplairement.

 

XIX.
Ceux de ladite religion prétendue réformée ne seront aucunement astreints ni demeureront obligés pour raison des abjurations, promesses et serments qu'ils ont ci-devant faits, ou cautions par eux baillées concernant le fait de ladite religion et n'en pourront être molestés ni travaillés en quelque sorte que ce soit.

 

XX.
Seront tenus aussi garder et observer les fêtes indictes en l'Église catholique, apostolique et romaine, et ne pourront ès jours d' icelles besogner, vendre ni étaler à boutiques ouvertes, ni pareillement les artisans travailler hors leurs boutiques et en chambres et maisons fermées, esdits jours de fêtes et autres jours défendus, en aucun métier dont le bruit puisse être entendu au dehors des passants ou des voisins, dont la recherche néanmoins ne pourra être faite que par les officiers de la justice.

 

XXI.
Ne pourront les livres concernant ladite religion prétendue réformée être imprimés et vendus publiquement qu'ès villes et lieux où l'exercice public de ladite religion est permis. Et pour les autres livres qui seront imprimés ès autres villes, seront vus et visités, tant par nos officiers que théologiens, ainsi qu'il est porté par nos ordonnances. Défendant très expressément l'impression, publication et vente de tous livres, libelles et écrits diffamatoires, sur les peines contenues en nos ordonnances, enjoignant à tous nos juges et officiers d'y tenir la main.

 

XXII.
Ordonnons qu'il ne sera fait différence ni distinction, pour le fait de ladite religion, à recevoir les écoliers pour être instruits ès universités, collèges et écoles, et les malades et pauvres ès hôpitaux, maladreries et aumônes publiques.

 

XXIII.
Ceux de ladite religion prétendue réformée seront tenus garder les lois de l'Église catholique, apostolique et romaine, reçues en notre cestui royaume pour le fait des mariages contractés et à contracter ès degrés de consanguinité et affinité.

 

XXIV.
Pareillement, ceux de ladite religion payeront les droits d'entrée comme il est accoutumé pour les charges et offices dont ils seront pourvus, sans être contraints assister à aucunes cérémonies contraires à leurdite religion ; et étant appelés par serment, ne seront tenus d'en faire d'autre que de lever la main, jurer et promettre à Dieu qu'ils diront la vérité; et ne seront aussi tenus de prendre dispense de serment par eux prêté en passant les contrats et obligations.

 

XXV.
Voulons et ordonnons que tous ceux de ladite religion prétendue réformée et autres qui ont suivi leur parti, de quelque état, qualité ou condition qu'ils soient, tenus et contraints par toutes voies dues et raisonnables et sous les peines contenues aux édits sur ce faits payer et acquitter les dîmes aux curés et autres ecclésiastiques, et à tous autres à qui elles appartiennent selon l'usage et coutume des lieux.

 

XXVI.
Les exhérédations ou privations, soit par disposition d'entre vifs ou testamentaires, faites seulement en haine ou pour cause de religion n'auront lieu tant pour le passé que pour l'avenir entre nos sujets.

 

XXVII.
Afin de réunir d'autant mieux les volontés de nos sujets, comme est notre intention, et ôter toutes plaintes à l'avenir, déclarons tous ceux qui font ou feront profession de ladite religion prétendue réformée capables de tenir et exercer tous états, dignités, offices et charges publiques quelconques, royales, seigneuriales, ou des villes de notredit royaume, pays, terres et seigneuries de notre obéissance, nonobstant tous serments à ce contraires, et d'être indifféremment admis et reçus en iceux et se contenteront nos cours de parlements et autres juges d'informer et enquérir sur la vie, moeurs, religion et honnête conversation de ceux qui sont ou seront pourvus d'offices, tant d'une religion que d'autre, sans prendre d'eux autre serment que de bien et fidèlement servir le Roi en l'exercice de leurs charges et garder les ordonnances comme il a été observé de tout temps. Advenant aussi vacation desdits états, charges et offices, pour le regard de ceux qui seront en notre disposition, il y sera par nous pourvu indifféremment, sans distinction de personnes capables, comme chose qui regarde l'union de nos sujets. Entendons aussi que ceux de ladite religion prétendue réformée puissent être admis et reçus en tous conseils, délibérations, assemblées et fonctions qui dépendent des choses dites dessus sans que pour raison de ladite religion ils en puissent être rejetés ou empêchés d'en jouir.

 

XXVIII.
Ordonnons pour l'enterrement des morts de ceux de ladite religion pour toutes les villes et lieux de ce royaume, qu'il leur sera pourvu promptement en chacun lieu par nos officiers et magistrats et par les commissaires que nous députerons à l'exécution de notre présent Édit d'une place la plus commode que faire se pourra. Et les cimetières qu'ils avaient par ci-devant et dont ils ont été privés à l'occasion des troubles leur seront rendus, sinon qu'ils se trouvassent à présent occupés par édifices et bâtiments, de quelque qualité qu'ils soient, auquel cas leur en sera pourvu d'autres gratuitement.

 

XXIX.
Enjoignons très expressément à nosdits officiers de tenir la main à ce qu'auxdits enterrements il ne se commette aucun scandale, et seront tenus dans quinze jours après la réquisition qui en sera faite, pourvoir à ceux de ladite religion de lieu commode pour lesdites sépultures sans user de longueur et remise, à peine de cinq cents écus en leur propres et privés noms. Sont aussi faites défenses, tant auxdits officiers que tous autres, de rien exiger pour la conduite desdits corps morts, sur peine de concussion.

 

XXX.
Afin que la justice soit rendue et administrée à nos sujets sans aucune suspicion, haine ou faveur, comme étant un des principaux moyens pour les maintenir en paix et concorde, avons ordonné et ordonnons qu'en notre cour de parlement de Paris sera établie une chambre composée d'un président et seize conseillers dudit parlement, laquelle sera appelée et intitulée la Chambre de l'Édit et connaîtra non seulement des causes et procès de ceux de ladite religion prétendue réformée qui seront dans l'étendue de ladite cour, mais aussi des ressorts de nos parlements de Normandie et Bretagne, selon la juridiction qui lui sera ci-après attribuée par ce présent Édit et ce, jusqu'à tant qu'en chacun desdits parlements ait été établie une chambre pour rendre la justice sur les lieux. Ordonnons aussi que des quatre offices de conseillers en notredit parlement restant de la dernière érection qui en a par nous été faite en seront présentement pourvus et reçus audit parlement quatre de ceux de ladite religion prétendue réformée suffisants et capables qui seront distribués, à savoir le premier reçu, en la Chambre de l'Édit et les autres trois, à mesure qu'ils seront reçus, en trois des Chambres des enquêtes. Et outre que des deux premiers offices de conseillers lais [laïcs] de ladite cour qui viendront à vaquer par mort, en seront aussi pourvus deux de ladite religion prétendue réformée et iceux reçus, distribués aussi aux deux autres Chambres des enquêtes.

 

XXXI.
Outre la chambre ci-devant établie à Castres pour le ressort de notre cour de parlement de Toulouse, laquelle sera continuée en l'état qu'elle est, nous avons pour les mêmes considérations ordonné et ordonnons qu'en chacune de nos cours de parlement de Grenoble et Bordeaux sera pareillement établie une chambre composée de deux présidents, l'un catholique et l'autre de ladite religion prétendue réformée, et douze conseillers dont les six seront catholiques et les autres six de ladite religion, lesquels président et conseillers catholiques seront par nous pris et choisis des corps de nosdites cours. Et quant à ceux de ladite religion sera fait création nouvelle d'un président et six conseillers pour le parlement de Bordeaux et d'un président et trois conseillers pour celui de Grenoble, lesquels avec les trois conseillers de ladite religion qui sont à présent audit parlement seront employés en la chambre de Dauphiné, et seront créés lesdits offices de nouvelle création aux mêmes gages, honneurs, autorités et prérogatives que les autres desdites cours, et sera la séance de ladite chambre de Bordeaux, audit Bordeaux ou à Nérac, et celle de Dauphiné, à Grenoble.

 

XXXII.
Ladite chambre de Dauphiné connaîtra des causes de ceux de ladite religion prétendue réformée du ressort de notre parlement de Provence, sans qu'ils aient besoin de prendre lettres d'évocation ni autres provisions qu'en notre chancellerie de Dauphiné, comme aussi ceux de ladite religion de Normandie et Bretagne ne seront tenus prendre lettres d'évocation ni autres provisions qu'en notre chancellerie de Paris.

 

XXXIII.
Nos sujets de ladite religion du parlement de Bourgogne auront le choix et option de plaider en la chambre ordonnée au parlement de Paris ou en celle de Dauphiné. Et ne seront aussi tenus prendre lettres d'évocation ni autres provisions qu'esdites chancelleries de Paris ou Dauphiné, selon l'option qu'ils feront.

 

XXXIV.
Toutes lesdites chambres composées comme dit est connaîtront et jugeront en souveraineté et dernier ressort par arrêt privativement à tous autres des procès et différends mus et à mouvoir esquels de ladite religion prétendue réformée seront parties principales, ou garants, en demandant ou défendant en toutes matières, tant civiles que criminelles, soient lesdits procès par écrit ou appellations verbales, et ce si bon semble auxdites parties et l'une d'icelles le requiert, avant contestation en cause, pour le regard des procès à mouvoir; excepté toutefois pour toutes matières bénéficiales et les possessoires des dîmes non inféodés, les patronats ecclésiastiques et les causes où il s'agira des droits et devoirs ou domaine de l'Église qui seront toutes traitées et jugées ès cours de parlement, sans que lesdites chambres de l'Édit en puissent connaître. Comme aussi nous voulons que pour juger et décider les procès criminels qui interviendront entre lesdits ecclésiastiques et ceux de ladite religion prétendue réformée, si l'ecclésiastique est défendeur, en ce cas la connaissance et jugement du procès criminel appartiendra à nos cours souveraines, privativement auxdites chambres, et [dans le cas] où l'ecclésiastique sera demandeur et celui de ladite religion défendeur, la connaissance et jugement du procès criminel appartiendra par appel et en dernier ressort auxdites chambres établies. Connaîtront aussi lesdites chambres, en temps de vacations, des matières attribuées par les édits et ordonnances aux chambres établies en temps de vacations, chacune en son ressort.

 

XXXV.
Sera la chambre de Grenoble dès à présent unie et incorporée au corps de ladite cour de parlement et les présidents et conseillers de ladite religion prétendue réformée nommés présidents et conseillers de ladite cour, et tenus du rang et nombreux d'iceux. Et à ces fins seront premièrement distribués par les autres chambres, puis extraits et tirés d'icelles pour être employés et servir en celle que nous ordonnons de nouveau, à la charge toutefois qu'ils assisteront et auront voix et séance en toutes les délibérations qui se feront, les chambres assemblées, et jouiront des mêmes gages, autorités et prééminences que font les autres présidents et conseillers de ladite cour.

 

XXXVI.
Voulons et entendons que lesdites chambres de Castres et Bordeaux soient réunies et incorporées en iceux parlements en la même forme que les autres quand besoin sera, et que les causes qui nous ont mû d'en faire l'établissement cesseront et n'auront plus de lieu entre nos sujets, et seront à ces fins les présidents et conseillers d'icelles, de ladite religion, nommés et tenus pour présidents et conseillers desdites cours.

 

XXXVII.
Seront aussi créés et érigés de nouveau en la chambre ordonnée pour le parlement de Bordeaux deux substituts de nos procureurs et avocats généraux, dont celui du procureur sera catholique et l'autre de ladite religion, lesquels seront pourvus desdits offices aux gages compétents.

 

XXXVIII.
Ne prendront tous lesdits substituts autre qualité que de substitut, et lorsque les chambres ordonnées pour les parlements de Toulouse et Bordeaux seront unies et incorporées auxdits parlements, seront lesdits substituts pourvus d'offices de conseillers en iceux.

 

XXXIX.
Les expéditions de la chancellerie de la chambre de Bordeaux se feront en présence de deux conseillers d'icelle chambre, dont l'un sera catholique et l'autre de ladite religion prétendue réformée, en l'absence d'un des maîtres des requêtes de notre hôtel; et l'un des notaires et secrétaires de ladite cour de parlement de Bordeaux fera résidence au lieu où ladite chambre sera établie, ou bien un des secrétaires ordinaires de la chancellerie, pour signer les expéditions de ladite chancellerie.

 

XL.
Voulons et ordonnons qu'en ladite chambre de Bordeaux il y ait deux commis du greffier dudit parlement, l'un au civil et l'autre au criminel, qui exerceront leurs charges par nos commissions et seront commis aux greffes civil et criminel et pourtant ne pourront être destitués ni révoqués par lesdits greffiers du parlement; toutefois seront tenus rendre l'émolument desdits greffes auxdits greffiers; lesquels commis seront salariés par lesdits greffiers selon qu'il sera avisé et arbitré par ladite chambre. Plus, y sera ordonné des huissiers catholiques qui seront pris en la cour ou d'ailleurs, selon notre bon plaisir, outre lesquels en sera de nouveau érigé deux de ladite religion et pourvus gratuitement, et seront tous les huissiers réglés par la chambre, tant en l'exercice et département de leurs charges qu'ès émoluments qu'ils devront prendre. Sera aussi expédiée commission d'un payeur des gages et receveur des amendes de ladite chambre pour en être pourvu tel qu'il nous plaira, si la chambre est établie ailleurs qu'en ladite ville ; et la commission ci-devant accordée au payeur des gages de la chambre de Castres sortira son plein et entier effet; et sera jointe à ladite charge la commission de la recette des amendes de ladite chambre.

 

XLI.
Sera pourvu de bonnes et suffisantes assignations pour les gages des officiers des chambres ordonnées par cet Édit.

 

XLII.
Les présidents, conseillers et autres officiers catholiques desdites chambres seront continués le plus longuement que faire se pourra et comme nous verrons être à faire pour notre service et le bien de nos sujets et en licenciant les uns sera pourvu d'autres en leurs places avant leur pertement [départ] sans qu'ils puissent durant le temps de leur service se départir ni absenter desdites chambres sans le congé d' icelles qui sera jugé sur les causes de l'ordonnance.

 

XLIII.
Seront lesdites chambres établies dedans six mois, pendant lesquels, si tant l'établissement demeure à être fait, les procès mus et à mouvoir où ceux de ladite religion seront parties, des ressorts de nos parlements de Paris, Rouen, Dijon et Rennes, seront évoqués en la chambre établie présentement à Paris en vertu de l'édit de l'an 1577, ou bien au Grand Conseil, au choix et option de ceux de ladite religion, s'ils le requièrent. Ceux qui seront du parlement de Bordeaux, en la chambre établie à Castres ou audit Grand Conseil, à leur choix, et ceux qui seront de Provence, au parlement de Grenoble. Et si lesdites Chambres ne sont établies dans trois mois après la présentation qui y aura été faite de notre présent Édit, celui de nos parlements qui en aura fait refus sera interdit de connaître et juger des causes de ceux de ladite religion.

 

XLIV.
Les procès non encore jugés, pendants esdites cours de parlement et Grand Conseils, de la qualité susdite, seront renvoyés, en quelque état qu'ils soient, esdites chambres, chacun en son ressort, si l'une des parties de ladite religion le requiert, dedans quatre mois après l'établissement d'icelles, et quant à ceux qui seront discontinués et ne sont en état de juger, lesdits de la religion seront tenus faire déclaration à la première intimation et signification qui leur sera faite de la poursuite, et ledit temps passé, ne seront plus reçus à requérir lesdits renvois.

 

XLV.
Lesdites chambres de Grenoble et Bordeaux, comme aussi celle de Castres, garderont les formes et style des parlements au ressort desquels elles seront établies, et jugeront en nombre égal d'une et d'autre religion, si les parties ne consentent au contraire.

 

XLVI.
Tous les juges auxquels l'adresse sera faite des exécutions des arrêts, commissions desdites chambres et lettres obtenues ès chancelleries d'icelles, ensemble tous huissiers et sergents seront tenus les mettre à exécution, et lesdits huissiers et sergents faire tous exploits par tout notre royaume, sans demander placet, visa ne pareatis, à peine de suspension de leurs états et des dépens, dommages et intérêts des parties, dont la connaissance appartiendra auxdites chambres .

 

XLVII.
Ne seront accordées aucunes évocations des causes dont la connaissance est attribuée auxdites chambres, sinon ès cas des ordonnances dont le renvoi sera fait à la plus prochaine chambre établie suivant notre Édit; et les partages des procès desdites chambres seront jugés en la plus prochaine, observant la proportion et forme desdites chambres dont les procès seront procédés ; excepté pour la Chambre de l'Édit en notre parlement de Paris où les procès partis seront départis en la même chambre, par les juges qui seront par nous nommés par nos lettres particulières pour cet effet, si mieux les parties n'aiment attendre le renouvellement de ladite chambre. Et advenant qu'un même procès soit parti en toutes les chambres mi-parties, le partage sera renvoyé à ladite chambre de Paris.

 

XLVIII.
Les récusations qui seront proposées contre les présidents et conseillers des chambres mi-parties pourront être jugées au nombre de six, auquel nombre les parties seront tenues de se restreindre, autrement sera passé outre, sans avoir égard auxdites récusations.

 

XLIX.
L'examen des présidents et conseillers nouvellement érigés esdites chambres mi-parties sera fait en notre privé Conseils ou par lesdites chambres, chacune en son détroit, quand elles seront en nombre suffisant, et néanmoins le serment accoutumé sera par eux prêté dans les cours où lesdites chambres seront établies et, à leur refus, en notre dit Conseil privé excepté ceux de la chambre de Languedoc, lesquels prêteront le serment ès mains de notre chancelier ou en icelle chambre.

 

L.
Voulons et ordonnons que la réception de nos officiers de ladite religion soit jugée esdites chambres mi-parties par la pluralité des voix, comme il est accoutumé pour les autres jugements, sans qu'il soit besoin que les opinions surpassent des deux tiers suivant l'ordonnance, à laquelle pour ce regard est dérogé.

 

LI.
Seront faites aux chambres mi-parties les propositions, délibérations et résolutions qui appartiendront au repos public et pour l'état particulier et police des villes où icelles chambres seront.

 

LII.
L'article de la juridiction desdites chambres ordonnées par le présent Édit sera suivi et observé selon sa forme et teneur, même en ce qui concerne l'exécution, inexécution ou infraction de nos édits, quand ceux de ladite religion seront parties.

 

LIII.
Les officiers subalternes royaux ou autres dont la réception appartient à nos cours de parlement, s'ils sont de ladite religion prétendue réformée, pourront être examinés et reçus esdites chambres, à savoir ceux des ressorts des parlements de Paris, Normandie et Bretagne en la chambre de Paris; ceux de Dauphiné et Provence en la chambre de Grenoble; ceux de Bourgogne en ladite Chambre de Paris ou de Dauphiné à leur choix; ceux du ressort de Toulouse en la chambre de Castres, et ceux du parlement de Bordeaux en la chambre de Guyenne, sans qu'autres se puissent opposer à leur réception et rendre parties, que nos procureurs généraux ou leurs substituts et les pourvus esdits offices. Et néanmoins le serment accoutumé sera par eux prêté ès cours de parlements, lesquelles ne pourront prendre aucune connaissance de leursdites réceptions, et au refus desdits parlements, lesdits officiers prêteront le serment esdites chambres, après lequel ainsi prêté, seront tenus présenter par un huissier ou notaire l'acte de leurs réceptions aux greffiers desdites cours de parlements et en laisser copie collationnée auxdits greffiers, auxquels est enjoint d'enregistrer lesdits actes, à peine de tous dépens, dommages et intérêts des parties. Et [au cas] où lesdits greffiers seront refusant de ce faire, suffira auxdits officiers de rapporter l'acte de ladite sommation expédié par lesdits huissiers ou notaires, et icelle faire enregistrer au greffe de leursdites juridictions pour y avoir recours quand besoin sera, à peine de nullité de leurs procédures et jugements. Et quant aux officiers dont la réception n' a accoutumé d'être faite en nosdits parlements en cas que ceux à qui elle appartient fissent refus de procéder audit examen et réception, se retireront lesdits officiers par devers lesdites chambres, pour leur être pourvu comme il appartiendra.

 

LIV.
Les officiers de ladite religion prétendue réformée qui seront pourvus ci-après pour servir dans les corps de nos cours de parlements, Grand Conseil, chambres des comptes, cours des aides, bureaux des trésoriers généraux de France et autres officiers des finances seront examinés et reçus ès lieux où ils ont accoutumé de l'être; et en cas de refus ou déni de justice, leur sera pourvu en notre Conseil privé.

 

LV.
Les réceptions de nos officiers faites en la chambre ci-devant établie à Castres demeureront valables, nonobstant tous arrêts et ordonnances à ce contraires. Seront aussi valables les réceptions des juges, conseillers, élus et autres officiers de ladite religion faites en notre privé Conseil ou par commissaires par nous ordonnés pour le refus de nos cours de parlements, des aides et chambres des comptes, tout ainsi que si elles étaient faites esdites cours et chambres et par les autres juges à qui la réception appartient; et seront leurs gages alloués par les chambres des comptes sans difficulté; et si aucuns ont été rayés, seront rétablis sans qu'il soit besoin d'autre jussion que le présent Édit et sans que lesdits officiers soient tenus de faire apparaître d'autre réception, nonobstant tous arrêts donnés au contraire, lesquels demeureront nuls et de nul effet.

 

LVI.
En attendant qu'il y ait moyen de subvenir aux frais de justice desdites chambres sur les deniers des amendes, sera par nous pourvu d'assignation valable et suffisante pour fournir auxdits frais, sauf d'en répéter [réclamer] les deniers sur les biens des condamnés.

 

LVII.
Les présidents et conseillers de ladite religion prétendue réformée ci-devant reçus en notre cour de parlement du Dauphiné et en la Chambre de l'Édit incorporée en icelle continueront et auront leurs séances et ordres d'icelles, à savoir, les présidents comme ils en ont joui et jouissent à présent, et les conseillers suivant les arrêts et provisions qu'ils en ont obtenus en notre Conseil privé.

 

LVIII.
Déclarons toutes sentences, jugements, arrêts, saisies, ventes et décrets faits et donnés contre ceux de ladite religion prétendue réformée, tant vivants que morts, depuis le trépas du feu roi Henry second, notre très-honoré seigneur et beau-père, à l'occasion de ladite religion, tumultes et troubles depuis advenus, ensemble l'exécution d'iceux jugements et décrets, dès à présent cassés, révoqués et annulés, et iceux cassons, révoquons et annulons, ordonnant qu'ils seront rayés et ôtés des registres des greffes des cours, tant souveraines qu'inférieures. Comme nous voulons aussi être ôtées et effacées toutes marques, vestiges et monuments desdites exécutions, livres et actes diffamatoires contre leurs personnes, mémoire et postérité, et que les places esquelles été faites pour cette occasion démolitions ou rasements soient rendues en tel état qu'elles sont aux propriétaires d'icelles, pour en jouir et disposer à leur volonté. Et généralement avons cassé, révoqué et annulé toutes procédures et informations faites pour entreprises quelconques, prétendus crimes de lèse-majesté et autres; nonobstant lesquelles procédures, arrêts et jugements contenant réunion, incorporation et confiscation, voulons que ceux de ladite religion et autres qui ont suivi leur parti ou leurs héritiers rentrent en la possession réelle et actuelle de tous et chacuns leurs biens.

 

LIX.
Toutes procédures faites, jugements et arrêts donnés durant les troubles contre ceux de ladite religion qui ont porté les armes ou se sont retirés hors de notre royaume ou dans icelui, ès villes et pays par eux tenus, en quelque autre matière que de la religion et troubles, ensemble toutes péremptions d'instances, prescriptions tant légales, conventionnelles que coutumières, et saisies féodales échues pendant lesdits troubles ou par empêchements légitimes provenus d'iceux et dont la connaissance demeurera à nos juges, seront estimées comme non faites, données ni advenues; et telles les avons déclarées et déclarons et icelles mises et mettons à néant, sans que les parties s'en puissent aucunement aider, ains [mais] seront remises en l'état qu'elles étaient auparavant, nonobstant lesdits arrêts et l'exécution d'iceux, et leur sera rendue la possession en laquelle ils étaient pour ce regard. Ce que dessus aura pareillement lieu pour le regard des autres qui ont suivi le parti de ceux de ladite religion, ou qui ont été absents de notre royaume pour le fait des troubles. Et pour les enfants mineurs de ceux de la qualité susdite qui sont morts pendant les troubles, remettons les parties au même état qu'elles étaient auparavant sans refondre les dépens, ni être tenus de consigner les amendes. N'entendons toutefois que les jugements donnés par les juges présidiaux ou autres juges inférieurs contre ceux de ladite religion ou qui ont suivi leur parti, demeurent nuls, s'ils ont été donnés par juges siégeant ès villes par eux tenues et qui leur étaient de libre accès.

 

LX.
Les arrêts donnés en nos cours de parlements, ès matières dont la connaissance appartient aux chambres ordonnées par l'édit de l'an 1577 et articles de Nérac et Fleix esquelles cours les parties n'ont procédé volontairement, c'est-à-dire ont allégué et proposé fins déclinatoires ou qui ont été donnés par défaut ou forclusion, tant en matière civile que criminelle, nonobstant lesquelles fins lesdites parties ont été contraintes de passer outre, seront pareillement nuls et de nulle valeur Et pour le regard des arrêts donnés contre ceux de ladite religion, qui ont procédé volontairement et sans avoir proposé fins déclinatoires, iceux arrêts demeureront et néanmoins sans préjudice de l'exécution d'iceux se pourront, si bon leur semble, pourvoir par requête civile devant les chambres ordonnées par le présent Édit, sans que le temps porté par les ordonnances ait couru à leur préjudice. Et jusqu'à ce que ces chambres et chancelleries d'icelles soient établies, les appellations verbales ou par écrit interjetées par ceux de ladite religion devant les juges, greffiers ou commis, exécuteurs des arrêts et jugements, auront pareil effet que si elles étaient relevées par lettres royaux.

 

LXI.
En toutes enquêtes qui se feront pour quelque cause que ce soit, ès matières civiles, si l'enquêteur ou commissaire est catholique, seront les parties tenues de convenir d'un adjoint et [au cas] où ils n'en conviendraient, en sera pris d'office par ledit enquêteur ou commissaire un qui sera de ladite religion prétendue réformée et sera la même chose pratiquée quand le commissaire ou enquêteur sera de ladite religion, pour l'adjoint qui sera catholique.

 

LXII.
Voulons et ordonnons que nos juges puissent connaître de la validité des testaments auxquels ceux de ladite religion auront intérêt, s'ils le requièrent ; et les appellations desdits jugements pourront être relevées auxdites chambres ordonnées pour les procès de ceux de ladite religion, nonobstant toutes coutumes à ce contraires, même celle de Bretagne.

 

LXIII.
Pour obvier tous différends qui pourraient survenir entre nos cours de parlements et les chambres d'icelles cours ordonnées par notre présent Édit, sera par nous fait un bon et ample règlement entre lesdites cours et chambres, et tel que ceux de ladite religion prétendue réformée jouiront entièrement dudit Édit, lequel règlement sera vérifié en nos cours de parlements et gardé et observé, sans avoir égard aux précédents.

 

LXIV.
Inhibons et défendons à toutes nos cours souveraines et autres de ce royaume de connaître et juger les procès civils et criminels de ceux de ladite religion, dont par notre Édit est attribuée la connaissance auxdites chambres, pourvu que le renvoi en soit demandé, comme il est dit au XLC article ci-dessus.

 

LXV.
Voulons aussi par manière de provision, et jusqu'à ce qu'en ayons autrement ordonné, qu'en tous procès mus ou à mouvoir où ceux de ladite religion seront en qualité de demandeurs ou défendeurs parties principales ou garants ès matières civiles esquelles nos officiers et sièges présidiaux ont pouvoir de juger en dernier ressort, leur soit permis de requérir que deux de la chambre où les procès se devront juger; s'abstiennent du jugement d'iceux ; lesquels sans expression de cause seront tenus s'en abstenir, nonobstant l'ordonnance par laquelle les juges ne se peuvent tenir pour récusés sans cause, leur demeurant outre ce les récusations de droit contre les autres ; et ès esquelles matières criminelles aussi lesdits présidiaux et autres juges royaux subalternes jugent en dernier ressort, pourront les prévenus étant de ladite religion requérir que trois desdits juges s' abstiennent du jugement de leurs procès, sans expression de cause Et les prévôts des maréchaux de France, vibaillis, visénéchaux, lieutenants de robe Courte et autres officiers de semblable qualité jugeront suivant les ordonnances et règlements ci-devant donnés pour le regard des vagabonds; et quant aux domiciliés, chargés et prévenus des cas prévôtaux, s'ils sont de ladite religion, pourront requérir que trois desdits juges qui en peuvent connaître s'abstiennent du jugement de leur procès et seront tenus s'en abstenir, sans aucune expression de cause, sauf si en la compagnie où lesdits procès se jugeront se trouvaient jusqu'au nombre de deux en matière civile et trois en matière criminelle de ladite religion, auquel cas ne sera permis de récuser sans expression de cause; ce qui sera commun et réciproque aux catholiques en la forme que dessus, pour le regard desdites récusations de juges où ceux de ladite religion prétendue réformée seront en plus grand nombre. N'entendons toutefois que lesdits sièges présidiaux, prévôts des maréchaux, vibaillis, visénéchaux et autres qui jugent en dernier ressort prennent en vertu de ce que dit est connaissance des troubles passés. Et quant aux crimes et excès advenus par autre occasion que du fait des troubles, depuis le commencement du mois de mars de l'année 1585 jusqu'à la fin de l'année 1597, en cas qu'ils en prennent connaissance, voulons qu'il y puisse avoir appel de leurs jugements par devant les chambres ordonnées par le présent édit comme il se pratiquera en semblable pour les catholiques complices, et où ceux de ladite religion prétendue réformée seront parties.

 

LXVI.
Voulons aussi et ordonnons que dorénavant, en toutes instructions autres qu'informations de procès criminels ès sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne, Rouergue, Lauraguais, Béziers, Montpellier et Nîmes, le magistrat ou commissaire député pour ladite instruction, s'il est catholique, sera tenu prendre un adjoint qui soit de ladite religion prétendue réformée, dont les parties conviendront et [au cas] où ils n'en pourraient convenir, en sera pris d'office un de ladite religion par le susdit magistrat ou commissaire ; comme en semblable, si ledit magistrat ou commissaire est de ladite religion, il sera tenu, en la même forme susdite, prendre un adjoint catholique.

 

LXVII.
Quand il sera question de faire procès criminel par les prévôts des maréchaux ou leurs lieutenants à quelqu'un de ladite religion domicilié qui sera chargé et accusé d'un crime prévôtal, lesdits prévôts ou leursdits lieutenants, s'ils sont catholiques, seront tenus d'appeler à l'instruction desdits procès un adjoint de ladite religion, lequel adjoint assistera aussi au jugement de la compétence et au jugement définitif dudit procès, laquelle compétence ne pourra être jugée qu'au plus prochain siège présidial, en assemblée, avec les principaux officiers dudit siège qui seront trouvés sur les lieux, à peine de nullité, sinon que les prévenus requissent que la compétence fût jugée esdites chambres ordonnées par le présent Édit; auquel cas, pour le regard des domiciliés ès provinces de Guyenne, Languedoc, Provence et Dauphiné, les substituts de nos procureurs généraux esdites chambres feront, à la requête d'iceux domiciliés, apporter en icelles les charges et informations faites contre iceux pour connaître et juger si les causes sont prévôtables ou non, pour après selon la qualité des crimes être par icelles chambres renvoyés à l'ordinaire ou jugés prévôtablement, ainsi qu'ils Verront être à faire par raison, en observant le contenu en notre présent Édit et seront tenus les juges présidiaux, prévôts des maréchaux, vibaillis, visénéchaux et autres qui Jugent en dernier ressort de respectivement obéir et satisfaire aux commandements qui leur seront faits par lesdites chambres, tout ainsi qu'ils ont accoutumé de faire auxdits parlements, à peine de privation de leurs états.

 

LXVIII.
Les criées, affiches et subhastations des héritages dont on poursuit le décret seront faites ès lieux et heures accoutumées, si faire se peut, suivant nos ordonnances, ou bien ès marchés publics, si, au lieu où sont assis les héritages y a marché [au cas] où il n'y en aurait point, seront faites au plus prochain marché du ressort du siège où l'adjudication se doit faire, et seront les affiches mises au poteau dudit marché et à l'entrée de l' auditoire dudit lieu, et par ce moyen seront bonnes et valables lesdites criées et passé outre à l' interposition du décret, sans s'arrêter aux nullités qui pourraient être alléguées pour ce regard.

 

LXIX.
Tous titres, papiers, enseignements et documents qui ont été pris seront rendus et restitués de part et d'autre à ceux à qui ils appartiennent, encore que lesdits papiers ou les châteaux et maisons esquels ils étaient gardés aient été pris et saisis, soit par spéciales commissions du feu roi dernier décédé, notre très-honoré seigneur et beau-frère, ou nôtres, ou par les mandements des gouverneurs et lieutenants généraux de nos provinces, ou de l'autorité des chefs de l'autre part, ou sous quelque autre prétexte que ce soit.

 

LXX.
Les enfants de ceux qui se sont retirés hors de notre royaume, depuis la mort du feu roi Henry deuxième, notre très-honoré seigneur et beau-père, pour cause de la religion et troubles, encore que lesdits enfants soient nés hors ledit royaume, seront tenus pour vrais François et régnicoles, et tels les avons déclarés et déclarons, sans qu'il leur soit besoin prendre lettres de naturalité ou autres provisions de nous que le présent Edit, nonobstant toutes lettres à ce contraires, auxquelles nous avons dérogé et dérogeons ; à la charge que lesdits enfants nés ès pays étrangers seront tenus, dans dix ans après la publication du présent Édit, de venir demeurer dans ce royaume.

 

LXXI.
Ceux de ladite religion prétendue réformée et autres qui ont suivi leur parti, lesquels auraient pris à ferme avant les troubles aucuns greffes ou autre domaine, gabelle, imposition foraine et autres droits à nous appartenant dont ils n' ont pu jouir à cause d' iceux troubles, demeureront déchargés, comme nous les déchargeons de ce qu'ils n'auront reçu desdites fermes, ou qu'ils auront sans fraude payé ailleurs qu'ès recettes de nos finances, nonobstant toutes obligations sur ce par eux passées.

 

LXXII.
Toutes places, villes et provinces de notre royaume, pays, terres et seigneuries de notre obéissance useront et jouiront des mêmes privilèges, immunités, libertés, franchises, foires, marchés, juridictions et sièges de justice qu'elles faisaient auparavant les troubles commencés, au mois de mars [l'an] 1585 et autres précédents, nonobstant toutes lettres à ce contraires et les translations d'aucuns desdits sièges, pourvu qu'elles aient été faites seulement à l'occasion des troubles, quels sièges seront remis et rétablis ès villes et lieux où ils étaient auparavant.

 

LXXIII.
S'il y a quelques prisonniers qui soient encore détenus par autorité de justice ou autrement, même ès galères, à l'occasion des troubles ou de ladite religion, seront élargis et mis en pleine liberté.

 

LXXIV.
Ceux de ladite religion ne pourront ci-après être surchargés et foulés d'aucunes charges ordinaires ou extraordinaires plus que les catholiques et selon la proportion de leurs biens et facultés et pourront les parties qui prétendront être surchargés se pourvoir par devant les juges auxquels la connaissance en appartient, et seront tous nos sujets, tant de la religion catholique que prétendue réformée, indifféremment déchargés de toutes charges qui ont été imposées de part et d'autre du

rant les troubles sur ceux qui étaient de contraire parti et non consentants, ensemble des dettes créées et non payées, frais faits sans le consentement d'iceux, sans toutefois pouvoir répéter [réclamer] les fruits qui auront été employés au paiement desdites charges.

 

LXXV.
N'entendons aussi que ceux de ladite religion et autres qui ont suivi leur parti, ni les catholiques qui étaient demeurés ès villes et lieux par eux occupés et détenus, et qui leur ont contribué soient poursuivis pour le paiement des tailles, aides, octrois, crues, taillon, ustensiles, réparations et autres impositions et subsides échus et imposés durant les troubles advenus devant et jusqu'à notre avènement à la Couronne, soit par les édits, mandements des feu Rois nos prédécesseurs, ou par l'avis et délibération des gouverneurs et Etats des provinces, cours de parlement et autres, dont nous les avons déchargés et déchargeons, en défendant aux trésoriers généraux de France et de nos finances, receveurs généraux et particuliers, leurs commis entremetteurs et autres intendants et commissaires de nosdites finances, les rechercher, molester, ni inquiéter directement ou indirectement, en quelque sorte que ce soit.

 

LXXVI.
Demeureront tous, chefs, seigneurs, chevaliers, gentilshommes, officiers, corps de villes et communautés, et tous les autres qui les ont aidés et secourus, leurs veuves, hoirs et successeurs, quittes et déchargés de tous deniers qui ont été par eux et leurs ordonnances pris et levés, tant des deniers royaux, à quelque somme qu'ils se puissent monter, que des villes, communautés et particuliers, des rentes, revenus, argenterie, ventes de biens meubles ecclésiastiques et autres, bois de haute futaie soit du domaine ou autres, amendes, butins, rançons ou autre nature de deniers par eux pris à l'occasion des troubles commencés au mois de mars 1585 et autres troubles précédents jusqu'à notre avènement à la Couronne, sans qu'ils ni ceux qui auront été par eux commis à la levée desdits deniers et qui les ont baillés ou fournis par leurs ordonnances en puissent être aucunement recherchés à présent ni pour l'avenir; et demeureront quittes, tant eux que leurs commis, de tout le maniement et administration desdits deniers, en rapportant pour toutes décharges dans quatre mois après la publication du présent Édit faite en notre cour de parlement de Paris, acquits dument expédiés des chefs de ceux de ladite religion ou de ceux qui auront été par eux commis à l'audition et clôture des comptes, ou des communautés des villes qui ont eu commandement et charge durant lesdits troubles. Demeureront pareillement quittes et déchargés de tous actes d'hostilité, levée et conduite de gens de guerre, fabrication et évaluation de monnaie, faite selon l'ordonnance desdits chefs, fonte et prise d'artillerie et munitions, confection de poudres et salpêtres, prises, fortifications, démantèlements et démolitions des villes, châteaux, bourgs et bourgades, entreprises sur icelles, brûlements et démolitions d'églises et maisons, établissement de justice, jugements et exécutions d'iceux, soit en matière civile ou criminelle, police et règlement faits entre eux, voyages et intelligences, négociations, traités et contrats faits avec tous princes et communautés étrangères et introduction desdits étrangers ès villes et autres endroits de notre royaume et généralement de tout ce qui a été fait, géré et négocié durant lesdits troubles depuis la mort du feu Roi Henry deuxième, notre très-honoré seigneur et beaupère, par ceux de ladite religion et autres qui ont suivi leur parti, encore qu'il dût être particulièrement exprimé et spécifié.

 

LXXVII.
Demeureront aussi déchargés ceux de ladite religion de toutes assemblées générales et provinciales par eux faites et tenues, tant à Mantes que depuis ailleurs jusqu'à présent, ensemble des conseils par eux établis et ordonnés par les provinces, délibérations, ordonnances et règlements faits auxdites assemblées et conseils, établissement et augmentations de garnisons, assemblées de gens de guerre, levées et prises de nos deniers, soit entre les mains des receveurs généraux ou particuliers, collecteurs des paroisses ou autrement, en quelque façon que ce soit, arrêts de seel, continuation ou érection nouvelle des traites et péages, et recettes d'iceux, même à Royan et sur les rivières de Charente, Garonne, du Rhône et Dordogne, armements et combats par mer, et tous accidents et excès advenus pour faire payer lesdites traites, péages et autres deniers, fortifications des villes, châteaux et places, impositions de deniers et corvées, recettes d'iceux deniers, destitution de nos receveurs et fermiers et autres officiers, établissement d'autres en leurs places et de toutes unions, dépêches et négociations faites tant dedans que dehors le royaume; généralement de tout ce qui a été fait, délibéré, écrit et ordonné par lesdites assemblées et conseils, sans que ceux qui ont donné leurs avis, signé et exécuté, fait signer et exécuter lesdits ordonnances, règlements et délibérations en puissent être recherchés, ni leurs veuves, héritiers et successeurs, ores [aujourd'hui] ni à l'avenir, encore que les particularités ne soient ici à plein déclarées. Et sur le tout sera imposé silence perpétuel à nos procureurs généraux, leurs substituts et tous ceux qui pourraient y prétendre intérêt en quelque façon et manière que ce soit, nonobstant tous arrêts, sentences, jugements, informations et procédures faites au contraire.

 

LXXVIII.
Approuvons en outre, validons et autorisons les comptes qui ont été ouïs, clos et examinés par les députés de ladite assemblée, voulons qu'iceux, ensemble les acquits et pièces qui ont été rendues par les comptables, soient portées en notre chambre des comptes de Paris, trois mois après la publication du présent Édit et mises ès mains de notre procureur général pour être délivrés au garde des livres et registres de notre dite chambre pour y avoir recours toutes fois et quante que besoin sera, sans que lesdits comptes puissent être revus, ni lesdits comptables tenus à aucune comparution ni correction, sinon en cas d'omission de recette ou faux acquits, imposant silence à notre dit procureur général pour le surplus que l'on voudrait dire être défectueux et les formalités n' avoir été bien gardées. Défendant aux gens de nos comptes, tant de Paris que des autres provinces où elles sont établies, d'en prendre aucune connaissance en quelque sorte ou manière que ce soit.

 

LXXIX.
Et pour le regard des comptes qui n'auront encore été rendus, voulons iceux être ouïs, clos et examinés par les commissaires qui a ce seront par nous députés, lesquels sans difficulté passeront et alloueront toutes les parties payées par lesdits comptables en vertu des ordonnances de ladite assemblée, ou autre ayant pouvoir.

 

LXXX.
Demeureront tous collecteurs, receveurs, fermiers et tous autres bien et dûment déchargés de toutes les sommes de deniers qu'ils ont payées auxdits commis de ladite assemblée, de quelque nature qu'ils soient, jusqu'au dernier jour de ce mois. Voulons le tout être passé et alloué aux comptes qui s'en rendront en nos chambres des comptes purement et simplement en vertu des quittances qui seront ci-après rapportées et si aucunes étaient ci-après expédiées ou délivrées, elles demeureront nulles, et ceux qui les accepteront ou délivreront seront condamnés à l'amende de faux emploi. Et [au cas] où il y aurait quelques comptes déjà rendus, sur lesquels seraient intervenues aucunes radiations ou charges, pour ce regard avons icelles ôtées et levées, rétabli et rétablissons lesdites parties entièrement, en vertu, de ces présentes, sans qu'il soit besoin pour tout ce que dessus de lettres particulières ni autre chose que l'extrait du présent article.

 

LXXXI.
Les gouverneurs, capitaines, consuls et personnes commises au recouvrement des deniers pour payer les garnisons des places tenues par ceux de ladite religion auxquels nos receveurs et collecteurs des paroisses auraient fourni par prêt sur leurs cédules et obligations, soit par contrainte ou pour obéir aux commandements qui leur en ont été faits par les trésoriers généraux, les deniers nécessaires pour l'entretenement desdites garnisons jusqu'à la concurrence de ce qui était porté par l'état que nous avons fait expédier au commencement de l'an 1596 et augmentations depuis par nous accordées, seront tenus quittes et déchargés de ce qui a été payé pour l' effet susdit, encore que lesdites cédules et obligations n'en soit fait expresse mention, lesquelles leur seront rendues comme nulles. Et pour y satisfaire, les trésoriers et généraux en chacune généralité feront fournir par les receveurs particuliers de nos tailles leurs quittances auxdits collecteurs et par les receveurs généraux leurs quittances auxdits receveurs particuliers, pour la décharge desquels receveurs généraux seront les sommes dont ils auront tenu compte, ainsi que dit est, dossées [endossées] sur les mandements levés par le trésorier de l'Épargne, sous les noms des trésoriers généraux de l'extraordinaire de nos guerres, pour le paiement desdites garnisons; et [au cas] où lesdits mandements ne monteront autant que porte notre dit état de l'année 1596 et augmentation, ordonnons que pour y suppléer seront expédiés nouveaux mandements de ce qui s'en défaudroit pour la décharge de nos comptables et restitution desdites promesses et obligations, en sorte qu'il n'en soit rien demandé à l'avenir à ceux qui les auront faites, et que toutes lettres de validations qui seront nécessaires pour la décharge des comptables seront expédiées en vertu du présent article.

 

LXXXII.
Aussi ceux de ladite religion se départiront et désisteront dès à présent de toutes pratiques, négociations et intelligences, tant dedans que dehors notre royaume et lesdites assemblées et conseils établis dans les provinces se sépareront promptement et seront toutes ligues et associations faites ou à faire sous quelque prétexte que ce soit, au préjudice de notre présent édit cassées et annulées comme nous les cassons et annulons. Défendant très expressément à tous nos sujets de faire dorénavant aucunes cotisations et levées de deniers sans notre permission, fortification, enrôlement d'hommes, congrégations et assemblées autres que celles qui leur sont permises par notre Édit, et sans armes, ce que nous prohibons et défendons, sur peine d'être punis rigoureusement, et comme contempteurs et infracteurs de nos mandements et ordonnances.

 

LXXXIII.
Toutes prises qui ont été faites par mer durant les troubles en vertu des congés et aveux donnés et celles qui ont été faites par terre sur ceux de contraire parti et qui ont été jugées par les juges et commissaires de l'amirauté, ou par les chefs de ceux de ladite religion ou leur conseil, demeureront assoupies sous le bénéfice de notre présent Édit, sans qu'il en puisse être fait aucune poursuite, ni les capitaines et autres qui ont fait lesdites prises, leurs cautions et lesdits juges et officiers, leurs veuves et héritiers, recherchés ni molestés en quelque sorte que ce soit, nonobstant tous arrêts de notre Conseil privé et des parlements et toutes lettres de marques et saisies pendantes et non jugées, dont nous voulons leur être faite pleine et entière main-levée.

 

LXXXIV.
Ne pourront semblablement être recherchés ceux de ladite religion des oppositions et empêchements qu'ils ont donnés par ci-devant, même depuis les troubles, à l'exécution des arrêts et jugements donnés pour le rétablissement de la religion catholique, apostolique et romaine en divers lieux de ce royaume.

 

LXXXV.
Et quant à ce qui a été fait ou pris durant les troubles, hors la voie d'hostilité ou par hostilité contre les règlements publics ou particuliers des chefs ou des communautés des provinces qui avaient commandement, en pourra être faite poursuite par la voie de justice.

 

LXXXVI.
D'autant néanmoins que si ce qui a été fait contre les règlements d'une part et d'autre est indifféremment excepté et réservé de la générale abolition portée par notre présent Edit, et sujet à être recherché, il n'y a homme de guerre qui ne puisse être mis en peine, dont pourrait advenir renouvellement de troubles; à cette cause, nous voulons et ordonnons que seulement les cas exécrables demeureront exceptés de ladite abolition, comme ravissements et forcements de femmes et filles, brûlements, meurtres et voleries faites par prodition et de guet-apens hors des voies d'hostilité et pour exercer vengeances particulières contre le devoir de la guerre, infractions de passeports et sauvegardes, avec meurtre et pillage sans commandement pour le regard de ceux de ladite religion et autres qui ont suivi leur parti des chefs qui ont eu autorité sur eux, fondé sur particulières occasions qui les ont mus à le commander et ordonner.

 

LXXXVII.
Ordonnons aussi que punition sera faite des crimes et délits commis entre personnes de même parti si ce n'est en actes commandés par les chefs d'une part et d'autre, selon la nécessité, loi et ordre de la guerre. Et quant aux levées et exactions de deniers, port d'armes et autres exploits de guerre faits d'autorité privée et sans aveu, en sera faite poursuite par voie de justice.

 

LXXXVIII.
Dans les villes démantelées pendant les troubles, pourront les ruines et démantèlements d'icelles être par notre permission réédifiées et réparées par les habitants, à leurs frais et dépens, et les provisions octroyées ci-devant pour ce regard tiendront et auront lieu.

 

LXXXIX
Ordonnons, voulons et nous plaît que tous les seigneurs, chevaliers, gentilshommes et autres, de quelque qualité et condition qu'ils soient, de la religion prétendue réformée et autres qui ont suivi leur parti rentrent et soient effectuellement conservés en la jouissance de tous et chacuns leurs biens, droits, noms, raisons et actions, nonobstant les jugements ensuivis durant lesdits troubles et à raison d'iceux, lesquels arrêts, saisies, jugements et tout ce qui s'en serait ensuivi, nous avons à cette fin déclaré et déclarons nuls et de nul effet et valeur.

 

XC.
Les acquisitions que ceux de ladite religion prétendue réformée et autres qui ont suivi leur parti auront faites par autorité d'autres que des feus Rois nos prédécesseurs, pour les immeubles appartenant à l'Église, n'auront aucun lieu ni effet; ains [mais] ordonnons, voulons et nous plaît que lesdits ecclésiastiques rentrent incontinent et sans délai et soient conservés en la possession et jouissance réelle et actuelle desdits biens ainsi aliénés, sans être tenus de rendre le prix desdites ventes, et ce nonobstant lesdits contrats de vendition, lesquels à cet effet nous avons cassés et révoqués comme nuls, sans toutefois que lesdits acheteurs puissent avoir aucun recours contre les chefs par l'autorité desquels lesdits biens auront été vendus. Et néanmoins, pour les rembourser des deniers par eux véritablement et sans fraude déboursés, seront expédiées nos lettres patentes de permission à ceux de la dite religion, d'imposer et égaler sur eux les sommes à quoi se monteront lesdites ventes; sans que Iceux acquéreurs puissent prétendre aucune action pour leurs dommages et intérêts à faute de jouissance, mais se contenteront du remboursement des deniers par eux fournis pour le prix desdites acquisitions, précomptant sur icelui les fruits par eux perçus, en cas que ladite vente se trouvât faite à vil et injuste prix.

 

XCI.
Et afin que tant nos justiciers, officiers qu'autres nos sujets soient clairement et avec toute certitude avertis de nos vouloir et intention et pour ôter toutes ambiguïtés et doutes qui pourraient être faits au moyen des précédents édits, pour la diversité d'iceux nous avons déclaré et déclarons tous autres précédents édits, articles secrets, lettres, déclarations, modifications, restrictions, interprétations, arrêts et registres, tant secrets qu'autres délibérations, cidevant par nous ou les Rois nos prédécesseurs faites à nos cours de parlements et ailleurs concernant le fait de ladite religion et des troubles advenus en notredit royaume, être de nul effet et valeur, auxquels et aux dérogatoires y contenues, nous avons par cettui Édit dérogé et dérogeons et dès à présent, comme pour lors les cassons, révoquons et annulons, déclarant par exprès que nous voulons que notre Édit soit ferme et inviolable, gardé et observé, tant par nosdits justiciers, officiers qu'autres sujets, sans s'arrêter ni avoir aucun égard à tout ce qui pourrait être contraire ou dérogeant à icelui.

 

XCII.
Et pour plus grande assurance de l'entretenement et observation que nous désirons d'icelui, voulons, ordonnons, et nous plaît que tous les gouverneurs et lieutenants généraux de nos provinces, baillis, sénéchaux et autres juges ordinaires des villes de notredit royaume, incontinent après la réception d'icelui Édit jurent de le faire garder et observer chacun en leur détroit, comme aussi les maires, échevins, capitouls, consuls et jurats des villes, annuels et perpétuels. Enjoignons aussi à nosdits baillis, sénéchaux ou leurs lieutenants et autres juges faire jurer aux principaux habitants desdites villes, tant d'une que d'autre religion, l'entretenement du présent Edit incontinent après la publication d'icelui. Mettant tous ceux desdites villes en notre protection et sauvegarde, et les uns à la garde des autres, les chargeant respectivement et par actes publics de répondre civilement des contraventions qui seront faites à notredit Édit dans lesdites par les habitants d'icelles, ou bien représenter et mettre ès mains de la justice lesdits contrevenants.

Mandons à nos aimés et féaux les gens tenants nos cours de parlements, chambres des comptes et cours des aides, qu'incontinent après le présent édit reçu, ils aient, toutes choses cessantes et sur peine de nullité des actes qu'ils feraient autrement, à faire pareil serment que dessus et icelui notre Édit faire publier et enregistrer en nosdites cours selon la forme et teneur d'icelui, purement et simplement, sans user d'aucunes modifications, restrictions, déclarations ou registres secrets, ni attendre autre jussion, ni mandement de nous, et à nos procureurs généraux en requérir et pour suivre incontinent et sans délai cette publication.

Si donnons en mandement esdits gens tenant nosdites cours de parlements, chambres de nos comptes, cours de nos aides, baillis, sénéchaux, prévôts et autres nos justiciers et officiers qu'il appartiendra et à leurs lieutenants, qu'ils fassent lire, publier et enregistrer cestui présent Édit et ordonnance en leurs cours et juridictions et icelui entretenir, garder et observer de point en point et du contenu en faire jouir et user pleinement et paisiblement tous ceux qu'il appartiendra cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements au contraire; car tel est notre plaisir. En témoin de quoi nous avons signé les présentes de notre propre main et à icelles afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, fait mettre et apposer notre scel. Donné à Nantes au mois d'avril, l'an de grace 1598, et de nôtre règne le neuvième.

 

Signé: HENRY.

Et au-dessous: Par le roi, étant dans son Conseil, FORGET.

Et à côté: visa.

 

Et scellé du grand scel de cire verte, sur lacs de soie rouge et verte. Lues, publiées et regîstrées, ouï et ce consentant le procureur général du Roi, en parlement à Paris le 25 février 1599. Signé: VOYSIN.

 

Lu, publié et regîstré en la Chambre des Comptes, ouï et ce consentant le procureur général du Roi, le dernier jour de mars 1599. Signé: DE LA FONTAINE.

Lu, publié et regîstré, ouï et ce consentant le procureur général du Roi, à Paris en la Cour des Aides, le 30 avril 1599. Signé: BERNARD.



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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 00:05

Né le 23 juillet 1920 à Nantes, Adolphe-Marie Hardy a été ordonné prêtre le 31 mars 1945 à Nantes (à 24 ans) et il a été nommé évêque de Beauvais le 13 avril 1985 (à 64 ans), consacré par Mgr Jean-Marie Lustiger (cardinal de Paris, disparu le 5 août 2007) et les archevêques Jacques-Eugène Ménager (Reims, disparu le 13 mars 1998) et Émile Marcus (Nantes puis Toulouse, 81 ans) le 12 mai 1985. Il a donné sa démission le 13 mai 1995, s'approchant des 75 ans, âge habituel de la retraite pour les évêques. Son successeur à Beauvais a été Guy Thomazeau (73 ans) jusqu'au 28 août 2002, puis archevêque de Montpellier jusqu'à sa retraite récente, le 3 juin 2011. Venant de fêter son 91e anniversaire, Mgr Adolphe-Marie Hardy est mort le 9 août 2011.

SR

 

 

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 00:44

Né le 30 mars 1922 à Zelata di Bereguardo en Italie, Virgilio Noè a été ordonné prêtre (catholique) le 1er octobre 1944 à Pavie et obtint son doctorat en histoire de l'Église de l'Université pontificale grégorienne à Rome plusieurs années après. En 1969, il fut nommé maître des cérémonies pontificales auprès du pape Paul VI, puis le 30 janvier 1982 secrétaire de la Congrègation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Il fut consacré archevêque le 6 mars 1982 par le pape Jean-Paul II. Il fut archiprêtre de la basilique Saint-Pierre du 1er juillet 1997 au 24 avril 2002 et fut créé cardinal le 28 juin 1991 (cardinal-diacre, puis à partir du 26 février 2002, cardinal-prêtre). Il s'est éteint le 24 juillet 2011.


SR

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 23:40

Né à Walk (Estonie) le 21 octobre 1914, Casimir Swiatek a été ordonné prêtre (catholique) le 8 avril 1939 (à Pinsk en Biélorussie). Persécuté par les nazis puis les Soviétiques (il fut détenu au goulag de 1944 à 1954), il fut nommé archevêque de Minsk -Mohilev le 13 avril 1991 (à 76 ans) après la chute du mur de Berlin (consacré le 21 mai 1991) et fut créé cardinal par Jean-Paul II le 26 novembre 1994 (non électeur car ayant plus de 80 ans). Il démissionna de ses fonctions épiscopales le 14 juin 2006 à 91 ans (normalement, les évêques prennent leur retraite à 75 ans).

SR

 

 

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