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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 05:46

Après Lénine le 8 novembre 1917 (à 47 ans), Joseph Staline le 3 avril 1922 (à 43 ans), Nikita Khrouchtchev le 14 mars 1953 (à 58 ans), Leonid Brejnev le 14 octobre 1964 (à 57 ans), Youri Andropov le 12 novembre 1982 (à 68 ans), Konstantin Tchernenko le 13 février 1984 (à 72 ans), Mikhail Gorbatchev le 11 mars 1985 (à 54 ans), Boris Eltsine le 25 décembre 1991 (à 60 ans) et Vladimir Poutine le 1er janvier 2000 (à 47 ans), Dimitri Medvedev devient à 42 ans, ce 7 mai 2008, le dixième dirigeant de la Russie post-monarchique, et aussi le plus jeune.



C’est à dix heures, heure de Paris, ce mercredi 7 mai 2008 qu’ont débuté les cérémonies officielles pour investir le nouveau Président de la Fédération de Russie Dimitri Medvedev élu avec une large majorité (et sans réelle opposition) le 2 mars 2008.

Après la passation des pouvoirs avec son prédécesseur Vladimir Poutine devant 2 400 invités, Medvedev doit se faire consacrer avec son épouse Svetlana à la cathédrale de l’Annonciation par Alexis II, le patriarche de toutes les Russies (Medvedev avait été discrètement baptisé en 1988 : « À partir de ce moment, je crois, une nouvelle vie a commencé pour moi. »).

Le lendemain, jeudi 8 mai 2008, Vladimir Poutine devrait être sans surprise désigné le nouveau Premier Ministre et approuvé par le Parlement. Il avait préalablement été nommé chef de son part, Russie unie, qui avait gagné une large majorité des sièges aux dernières élections législatives (en décembre 2007).

Le vendredi 9 mai 2008 (jour de grande fête en Russie pour célébrer la fin de la Seconde Guerre Mondiale), un grand défilé militaire est prévu pour montrer à la face du monde la grandeur retrouvée de la Russie.

Il va donc être très important de suivre les événements de politique intérieure et extérieure de la Russie dans les semaines prochaines, pour savoir quelle va être la répartition des rôles entre un Poutine décidément toujours présent et un Medvedev docile, loyal, fidèle et que certains qualifient de falot.


L’héritage de Poutine

Après une période de grande désorganisation de la Russie sous Eltsine, mais aussi de grande liberté d’expression, Poutine, ancien patron de l’ex-KGB, peut s’enorgueillir d’une grande popularité car il a restauré à la fois les structures de l’État russe (en proie à la désintégration) et la dignité du peuple russe sur le plan international.

Poutine a repris le contrôle des grands groupes industriels, mettant au pas l’oligarchie naissante (quelques oligarques ont été condamnés et enfermés, d’autres ont dû s’exiler), et grâce à la hausse du prix du pétrole, la Russie connaît une forte croissance avec un PIB de 1 300 milliards de dollars et des réserves en or atteignant 500 milliards de dollars. Poutine a même la volonté de faire de la Russie la septième puissance économique du monde d’ici 2020.

Sur le plan diplomatique, Poutine a placé la Russie comme membre à part entière du G8 (le présidant même en 2006), et a pris des positions très fermes sur un certain nombre de dossiers (Iran, Kosovo entre autres).

Cette reprise en main de l’autorité russe a eu quelques dommages collatéraux, dont le plus important est la restriction des libertés politiques. Les opposants politiques sont pourchassés, interdits de manifestations (encore ce 6 mai 2008 à Moscou), voire assassinés (comme la journaliste Anna Politkovskaïa en octobre 2006) ou empoisonnées (comme l’ancien espion Alexander Litvinenko en novembre 2006), et les télévisions sont sous contrôle du pouvoir politique.

Malgré ces signes de faiblesse démocratique, la Russie a poursuivi son moratoire sur la peine de mort et n’a pas bouleversé ses institutions pour permettre à Poutine de se maintenir à sa tête.

Même si ses méthodes brutales peuvent choquer les vieilles démocraties occidentales, Poutine jouit d’une popularité exceptionnelle à l’intérieur de son pays, ce qui fait de lui un héros, certes populiste, mais un réel redresseur d’une dignité qui avait été humiliée après l’effondrement de l’Union Soviétique.

Il est intéressant de noter que la dernière mesure diplomatique de Poutine a été de signer le 6 mai 2008 un accord avec son ancien ennemi de la guerre froide, les États-Unis, sur le nucléaire civil (accord signé par Serge Kirienko, ancien Premier Ministre russe et patron de Rosatom, entreprise publique russe de coopération nucléaire, et par William Burns, l’ambassadeur des États-Unis à Moscou). Ce contrat prévoit une coopération sur le stockage des matériaux nucléaires et sur le développements de nouveaux réacteurs nucléaires.


Les enjeux du mandat de Medvedev

Enjeux institutionnels

Le premier enjeu intérieur concerne évidemment la part d’initiative qu’aura Medvedev dans le nouveau dispositif mis en place par Poutine seul. Chef des armées et à ce titre, capable de déclencher une attaque ou une riposte nucléaire, Medvedev devrait progressivement se démarquer de Poutine qui serait surtout chargé de préserver les intérêts économiques de l’État russe, notamment du point de vue énergétique (le gaz et le pétrole étant le véritable trésor de la Fédération de Russie).

Indépendamment des enjeux de pouvoirs, l’autre élément intéressant sera d’observer si ce régime volontairement présidentiel n’évoluerait pas progressivement en régime parlementaire où le Premier Ministre soutenu par une majorité parlementaire prendrait l’ascendant sur un Président malgré son élection au suffrage direct (comme en Autriche ou au Portugal).

Même si Medvedev s’oppose à toute évolution du régime : « Notre pays était, et demeure, une république présidentielle. Il ne peut pas en être autrement. Il ne peut pas y avoir deux, ou trois, ou cinq centres de pouvoir. C’est le Président qui gouverne en Russie, et selon la Constitution, il ne peut y avoir qu’un seul Président. » (dans le magazine ‘Itogui’, quelques jours avant son élection du 2 mars 2008).

Influences croisées de Medvedev et de Poutine

Parmi les principaux critères se trouvent les nominations dans les différents postes de l’État. Hommes de Poutine ou hommes de Medvedev. On se souvient qu’au début de sa présidence, Poutine avait été très progressif dans le placement de ses hommes, maintenant longtemps ceux de Boris Eltsine.

Une dépêche très intéressante de Reuters évoque le sort d’un certain nombre de responsables politiques russes qui porte à croire que Poutine voudra absolument préserver ses hommes dans les postes concernant la sécurité et la défense qu’il ne pourra plus contrôler directement (au contraire des postes économiques qui seront de sa compétence en tant que Premier Ministre).

Politique étrangère

De nombreux enjeux montrent l’importance de la Russie et toute évolution diplomatique sera observée avec beaucoup d’attention. Jean-Claude Juncker, Premier Ministre du Luxembourg, a déjà pu constater quelques qualités chez Medvedev : « intelligent, avec une excellente maîtrise des dossiers et un bon sens de l’humour ».

Le dossier sur le nucléaire en Iran reste évidemment le plus grave et jamais la Russie ne pourrait rester silencieuse si les États-Unis avaient par malheur décidé d’entamer un conflit armé avec l’Iran (dont la puissance, la taille et l’intérêt géostratégique n’ont rien à avoir avec l’Irak).

La résolution du conflit israélo-palestinien ne pourra pas se passer non plus de la Russie, parti engagé dans le Quartette avec les États-Unis, l’Union Européenne et l’ONU.

Les séparatistes pro-russes d’Abkhazie pourraient déclencher un nouveau conflit en Géorgie. Une guerre entre la Géorgie et la Russie serait selon certains imminente d’autant plus que la Géorgie, qui est une voie de transit du pétrole et du gaz caucasiens, vient de demander son adhésion à l’OTAN. Medvedev voudra-t-il sa propre guerre comme Poutine a eu celle de Tchétchénie (la seconde) pour se rendre populaire auprès de la population russe ?

Le conflit énergétique avec l’Ukraine, l’indépendance du Kosovo, l’élargissement de l’OTAN, la mise en place d’un bouclier anti-missile américain sont autant de sujets qui entravent les relations entre la Russie et l’Union Européenne. Selon Juncker, Medvedev « considère que la Russie fait partie de l’Europe et veut que la Russie et l’Union Européenne travaillent ensemble pour répondre aux problèmes auxquels notre continent est confronté, qu’ils soient économiques, liés à la sécurité ou autres. ».

L’attitude de la Russie au cours des Jeux Olympiques de Pékin en août 2008 sera également scrutée avec minutie. On se rappelle que ce sera la Russie qui organisera les JO d’hiver en 2014, à Sotchi et qu’elle ne souhaitera sans doute pas que des États lui fassent des leçons de démocratie. D’ailleurs, avec le Kazakhstan, la Chine sera l’un des premiers pays que visitera Medvedev en tant que nouveau Président russe.

L’Afrique pourrait aussi être un nouveau défi de taille pour la Russie. La chute de l’Union Soviétique lui a fait en effet perdre beaucoup d’influence en Afrique et la Chine a su capter économiquement l’intérêt des Africains. Nul doute que la Russie devra y jouer un nouveau rôle.

Ouverture économique

Là où sera attendu Medvedev sera dans le domaine économique, encore qu’il ait dû céder une partie du contrôle à son prédécesseur direct. En effet, Medvedev a toujours déclaré qu’il était un libéral dans le sens économique du terme. Toute sa campagne présidentielle a été basée sur cela, en défendant un programme cohérent et volontariste pour aider l’économie russe à se développer et à se moderniser. Un programme auquel il a attaché beaucoup d’importance.

Dimitri Medvedev l’a encore répété lors de son discours d’investiture au Kremlin ce 7 mai 2008 en insistant sur l’innovation tout azimuts : « Nous construirons des entreprises avancées, moderniserons l’industrie et l’agriculture, créerons de fortes motivations pour les investissements privés et, plus généralement, veillerons à ce que la Russie se hisse durablement parmi les leaders du développement technologique et intellectuel. ».

Avec pour ambition : « que la Russie devienne l’un des meilleurs pays du monde ».

Le réel défi reste dans l’apparition (aujourd’hui encore trop timide) d’une véritable classe moyenne qui pourra avoir la capacité financière de consommer.

Les ressources naturelles de la Russie ne manquent pas, notamment avec le gaz et le pétrole et aussi sa position géographique qui autoriserait de nouveaux couloirs aériens survolant son territoire et réduisant la durée des vols intercontinentaux.

Un autre challenge est aussi d’en finir avec la criminalité sur internet. La plupart des escrocs virtuels sont effectivement hébergés par des sites russes qui jouissent encore d’une trop grande impunité.

Une démocratie à restaurer

Ce sera, là aussi, un chantier qui devrait permettre à Medvedev de se différencier de Poutine. Pourra-t-il entamer une ouverture politique afin de desserrer l’étau des médias russes et autoriser l’expression d’une réelle opposition ? Medvedev serait plutôt partisan de cette libéralisation, mais en aura-t-il les moyens ?


Wait and see

À court terme, la continuité politique paraît assurée en Russie.

Il reste que forcément, Dimitri Medvedev, par sa personnalité, par ses préférences, par ses nominations, marquera petit à petit la politique de son pays.

Jusqu’à un éventuel désaccord majeur avec Vladimir Poutine.

Ce jour-là, le risque serait grand d’un retour à un État autoritaire mais inversement, une telle divergence pourrait aussi finalement aboutir un ancrage définitif de la démocratie en Russie.

Laissons donc Medvedev faire ses premiers pas, mais observons bien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 mai 2008)


Pour aller plus loin :

La pratique institutionnelle dans la Russie post-soviétique (aussi sur Agoravox).

Nouvelle star ou nouveau tsar ? (aussi sur Agoravox).

Le sacre virtuel de Medvedev (aussi sur Agoravox).






http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39626

Une d'Agoravox du 7 mai 2008
http://www.agoravox.fr/edition_du_jour.php3?date_du_jour=2008-05-07


http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080507/tot-russie-l-enigme-medvedev-un-innovate-89f340e.html


http://www.centpapiers.com/Russie-l-enigme-Medvedev-un,3700


http://www.lepost.fr/article/2008/05/07/1190292_russie-l-enigme-medvedev-un-innovateur-au-kremlin.html


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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 00:00

(dépêche)


Interrogations sur le futur rapport de forces à Moscou

MOSCOU (Reuters) - Avec l'installation de Dmitri Medvedev au Kremlin, ce mercredi, l'annonce de la composition du prochain gouvernement russe lèvera un coin du voile opaque recouvrant les nouveaux rapports de force à la tête de l'Etat.


Les investisseurs et les diplomates étrangers s'interrogent sur l'identité de ceux qui tiendront les rênes de la
Russie, détentrice du second arsenal nucléaire au monde et dont l'économie, en pleine expansion, pèse aujourd'hui 1.300 milliards de dollars.


Medvedev remplacera Vladimir Poutine à la présidence, mais ce dernier, dont le pouvoir est profondément enraciné dans des réseaux et des factions formant l'ossature du pays, deviendra un Premier ministre tellement influent que certains observateurs affirment que c'est lui qui détiendra de fait le pouvoir, et non son protégé.


"Le poids des hommes de Medvedev et leurs positions au sein de l'administration indiqueront si Poutine a l'intention de rester pleinement aux commandes", estime Pavel Saline, analyste au Centre pour la politique actuelle de la Russie.


Or l'influence respective des deux dirigeants aura d'importantes répercussions sur la politique.


Si les hommes de Poutine - souvent issus des services de renseignement et partisans d'une ligne dure - maintiennent leur domination, l'Etat conservera le contrôle de l'économie et Moscou continuera d'entretenir des relations parfois tendues avec l'Occident.


Mais si Medvedev parvient à installer à des postes clefs des membres de son entourage - juristes ou hommes d'affaires - il y a des chances qu'il libéralise l'économie et adopte une approche plus conciliante en politique étrangère.


Les spéculations vont bon train à Moscou, mais les informations sont rares.


"Il existe une liste (de nominations), mais je pense que seules deux personnes savent ce qu'elle contient", dit, sous le sceau de l'anonymat, une personnalité en contact régulier avec des responsables du Kremlin.


SILOVIKI


Deux postes en particulier devraient donner des indications cruciales sur l'équilibre futur du pouvoir: celui de Sergueï Sobianine, secrétaire général du Kremlin, et celui de Nikolaï Patrouchev, chef du Service fédéral de sécurité (FSB).


Les titulaires de ces deux postes exercent une énorme influence sur la politique russe et pourraient jouer un rôle crucial en cas de crise.


Les investisseurs, à l'affût de tout indice sur la gestion de l'économie, s'intéresseront tout particulièrement au rôle futur du ministre des Finances Alexis Koudrine.


Les observateurs se pencheront aussi sur le sort, s'ils quittent le Kremlin, d'Igor Setchine et de Vladislav Sourkov, secrétaires généraux adjoints de Poutine, et sur l'identité de leurs successeurs.


Setchine préside la compagnie pétrolière Rosneft, contrôlée par l'Etat, et il est considéré comme le chef officieux au Kremlin d'un groupe d'anciens officiers des services de sécurité, les siloviki. Son nom a été avancé pour prendre la tête de l'appareil gouvernemental.


"La composition du gouvernement est plus simple parce que ces gens connus pour être les siloviki du Kremlin, l'une des bases de pouvoir de Poutine, sont susceptibles d'entrer au gouvernement", estime Saline.


"Poutine ne voudra pas céder le contrôle des siloviki."


Le sort des rivaux de Setchine, comme par exemple le premier vice-premier ministre Sergueï Ivanov, sera suivi de près, tout comme celui d'un groupe de juristes, condisciples de Medvedev à Saint-Pétersbourg.


Anton Ivanov, juriste de Saint-Pétersbourg et président de la Cour suprême d'arbitrage, est considéré comme un ami de Medvedev tandis qu'Alexandre Volochine, ancien secrétaire général du Kremlin sous Poutine, pourrait devenir l'un de ses conseillers.



Par Guy Faulconbridge (Reuters) - Lundi 5 mai 2008 à 14h21
Version française Nicole Dupont

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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 08:54

Comme prévu, Medvedev est élu avec une écrasante majorité, presqu’aussi bien que Poutine en 2004, ce qui ne signifie pas grand chose.




Ce 2 mars 2008, le successeur désigné de Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev, 42 ans, aurait été élu Président de la Fédération de Russie avec environ 70% des voix (70,23%
selon le président de la Commission électorale centrale, Vladimir Tchourov, sur 99,45% des 96 000 bureaux de vote).

Les autres candidats qui participaient à l’élection sont
plus ou moins sous contrôle du Kremlin.

Guennadi Ziouganov, du Parti communiste, aurait obtenu 17,77%, Vladimir Jirinovski, du Pari ‘libéral-démocrate’ (en fait, nationaliste), atteindrait 9,37% et Andreï Bogdanov, candidat inconnu pour les Russes, 1,29%.

La participation électorale serait à environ 66% des 109 millions d’électeurs inscrits.

Je propose de revenir sur le déroulement de cette élection qui, selon certains responsables russes, relève de la « farce honteuse ».


Comment être candidat ?

Ne peuvent se présenter que des candidats présentés par des partis politiques représentés à la Douma ou les candidats ayant collecté au moins deux millions de signatures de citoyens.

Or, les élections législatives du 2 décembre 2007 ont éliminé les partis ouvertement d’opposition (ceux des libéraux Iavlinski, Nemtsov etc.) et la possibilité de collecter plus de deux millions de signatures s’avéraient matériellement impossible à réaliser en seulement quelques semaines (rappelons la difficulté, pour certains partis non parlementaires en France, de rassembler 500 signatures d’élus locaux en plusieurs mois).

C’est ainsi que la candidature de l’ancien Premier Ministre (eltsinien libéral) Mikhaïl Kassianov, le seul en mesure de faire entendre une véritable opposition politique, a été invalidée en raison de plusieurs dizaines de milliers de signatures soi-disantes non conformes.

L’ancien Vice-Premier Ministre (également eltsinien libéral) Boris Nemtsov et le champion d’échec Garry Gasparov avaient également renoncé pour ces mêmes raisons. Gasparov fut sans doute le plus virulent, arrêté à deux reprises alors qu’il manifestait (il a même passé cinq jours en prison en novembre 2007).

C’est pourquoi la validation de la candidature de l’homme politique farfelu Andréï Bogdanov, 38 ans, ancien responsable des relations publiques du parti de Poutine et prônant l’adhésion de Russie à l’Union Européenne, représentant un parti tout aussi inconnu, n’a pu avoir lieu qu’avec l’aide du Kremlin qui avait besoin d’au moins un candidat non issu d’un parti parlementaire.

Dans de telles circonstances, l’enjeu politique se déplaçait dans la participation du scrutin.


Une modification essentielle dans la règle du jeu

Si Vladimir Poutine n’a pas modifié la Constitution pour supprimer la limitation à deux mandats présidentiels consécutifs de quatre ans alors qu’il en avait la possibilité parlementaire depuis décembre 2003, il a quand même fait adopter deux lois importantes.

La première interdit toute manifestation pendant une campagne électorale, ce qui limitait juridiquement l’action revendicative de Garry Kasparov (le jour même de l’élection d’ailleurs, où il fut interdit de se rendre sur la Place Rouge pour protester contre cette élection sous contrôle).

La seconde, qui me paraît essentielle dans le dispositif qu’a imaginé Poutine pour conserver son pouvoir, abroge l’existence d’un seuil limite de participation pour valider l’élection présidentielle. Cette mesure est importante, puisqu’en organisant une élection avec un contrôle total des candidats, Poutine pouvait rencontrer un dernier obstacle, une forte abstention, signe d’un désaveu profond à sa politique et surtout, rendant juridiquement impossible l’élection de Medvedev.

Cette barrière jiuridique étant levée, même si l’abstention reste évidemment un élément important d’appréciation de l’adhésion populaire au candidat officiel, elle n’empêche plus son élection formelle.


Une campagne électorale très inéquitable

La campagne électorale s’est déroulée ces dernières semaines avec une très grande inégalité de traitement médiatique. Seul était visible le candidat officiel du pouvoir, Medvedev, par de grandes affiches électorales dans les agglomérations, par les multiples reportages télévisés retransmettant le moindre de ses déplacements... alors que les trois autres candidats n’avaient quasiment aucune couverture médiatique.

Le Kremlin a d’ailleurs focalisé son effort sur la participation, incitant les électeurs à se rendre dans les bureaux de vote, sachant qu’une forte mobilisation renforcerait l’assise électorale de Medvedev.

Pendant le scrutin (la plupart des images que j’ai pu voir des bureaux de vote montraient des bureaux de vote plutôt vides), des responsables locaux de la Commission électorale centrale avouaient même qu’il y aurait nécessairement une forte participation, au besoin en trichant un peu (reportage sur France 2 du 2 mars 2008).


Un contrôle autoritaire peu compréhensible

Ce qui est évidemment très étrange, c’est ce plan de Poutine, minutieusement réfléchi, sans détail oublié, pour s’assurer de la victoire de son filleul.

Car même avec une candidature de Kassianov, de Gasparov et aussi de Nemtsov, même sans la suppression du seuil limite de participation pour valider le scrutin, il paraissait très probable que Medvedev eût été élu dès le premier tour et largement.

En effet, Poutine garde une forte popularité (surtout en dehors des grandes villes) car il a été celui qui a stoppé la désorganisation administrative et la jungle financière encouragées par son prédécesseur Boris Eltsine (qui
reste le plus impopulaire des dirigeants de la Russie depuis Nicolas II). Il a su hisser la Russie post-soviétique au sein des grands pays industriels et retrouver une voix écoutée dans le monde, notamment sur des sujets cruciaux comme l’Iran, la Corée du Nord ou encore la politique énergétique.

Si bien que n’importe quel candidat adoubé par Poutine aurait de toutes façons été largement élu.


Les réactions

Le premier heureux est évidemment Poutine lui-même qui
a insisté sur la continuité de la politique qu’il a mise en œuvre : « Une telle victoire implique beaucoup d'obligations. Cette victoire servira de garantie que le cours que nous avons suivi ces huit dernières années, sera poursuivi. » relayé par le nouvel élu : « Nous allons augmenter la stabilité, améliorer la qualité de vie et avancer sur le chemin que nous avons choisi. ».

Poutine a par ailleurs considéré que ce scrutin s'était déroulé « en stricte conformité avec la Constitution nationale et dans les délais prévus par la loi. (...) Cela veut dire que
nous vivons dans un État démocratique, et que notre société civile devient efficace, responsable et active ».

Gasparov avait déjà indiqué dans une conférence de presse le 26 février 2008 : « Nous avons affaire à
une farce honteuse. » et a appelé à manifester à Moscou et à Saint-Pétersbourg demain, 4 mars 2008, pour scander « à bas la monarchie et la succession ! ».

Ziouganov et le Parti communiste ont déjà annoncé qu’
ils contesteraient les résultats de l’élection, constatant de nombreuses irrégularités.

Le chef des observateurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Andreas Groos, a réussi,
par sa réaction, à regretter le contrôle autoritaire de l’élection tout en en reconnaissant le vainqueur : « Le résultat de l'élection présidentielle du 2 mars reflète la volonté des électeurs dont le potentiel démocratique n'a cependant pas été pleinement exploité ».

La veille d’une nouvelle échéance cruciale dans les primaires démocrates (Texas et Ohio), les candidats démocrates se sont déclarés
déçus par le recul démocratique.

Barack Obama est « déçu par le fait que cette élection n'ait été ni complètement libre ni honnête, en raison de l'absence de liberté de la presse et de l'oppression dont ont été victimes les hommes politiques et les partis d'opposition » tandis que Hillary Clinton a affirmé : « L'élection n'a été ni ouverte ni démocratique, et le peuple russe a été privé de la possibilité de choisir ses leaders et de décider de l'avenir du pays. On ne peut décrire autrement cette élection. ».


La Russie est-elle une démocratie ?

Dans la population, certains s’inquiètent toutefois de l’autoritarisme du régime mis en place par Poutine. Voici quelques réflexions recueillies :

« La situation s'aggrave. Surtout pour les libertés politiques. Parce que la société laisse faire. Regardez la télé, elle était plus libre sous Brejnev. »

« Pour beaucoup de jeunes exprimer son opinion à haute voix est ridicule. Les gens sont devenus indifférents, ont perdu de leur sensibilité, se sont enfermés. »

« Le FSB (ex-KGB) est partout. Il nous surveille. Ça fait peur. Dans nos geôles, il y a 70 prisonniers politiques. Sommes-nous encore un pays démocratique ? »

« Poutine, ce n'est pas une dictature. C'est un régime autoritaire, avec des signes de totalitarisme. »


Comment ‘jauger’ Medvedev ?

Un vrai Président ?

Dans une conférence de presse ce lundi 3 mars 2008, Medvedev a déjà répondu sur ses responsabilités diplomatiques malgré son inexpérience : « selon la Constitution, le président détermine la politique étrangère ».

Medvedev, répondant au « pouvoir exécutif suprême » qu’incarnerait très nouvellement, selon Poutine, le Premier Ministre, a déjà expliqué il y a quelques jours (dans une interview au magazine russe Itogui) que la Russie « 
a été et restera une République présidentielle [dans laquelle] il ne peut y avoir deux, trois ou cinq centres ».

Il a par ailleurs
insisté sur la confiance qu’il vient de recevoir : « Toute personne qui reçoit l'appui de la majorité des électeurs lors d'un scrutin détient un mandat de confiance. ».

Medvedev a été un juriste qui a beaucoup aidé Poutine. Travailleur consciencieux, il a été associé systématiquement à la montée en puissance de Poutine car il avait réussi notamment à lui éviter d’être au centre d’un scandale financier.

En effet, une commission du parlement de Saint-Pétersbourg soupçonnait en 1992 le premier adjoint de l’époque, Poutine, de s’être enrichi dans un marché de troc en pleine pénurie alimentaire. Une enquête judiciaire a été ouverte mais vite refermée. Le politologue
Alexei Moukhine explique que « c’est Medvedev, jeune juriste de la mairie, qui a sauvé Poutine en trouvant des failles juridiques au dossier » sans pour autant savoir si Poutine se serait vraiment enrichi ou aurait seulement été négligeant.

Et Medvedev a su se faire aimer depuis sa désignation le 10 décembre 2007. Sa campagne
fut de proximité. Ainsi, il est allé féliciter la mère d’un nouveau-né en compagnie du partiarche orthodoxe Alexis II (dont son épouse est une proche), ou discuter pouvoir d’achat avec les marins de Mourmansk.

Medvedev fait aussi beaucoup de sport : natation, jogging, yoga et haltérophilie. Sa femme blonde Svetlana est très glamour, et se fera sans doute vite appréciée pour les défilés de mode qu’elle organise ou ses actions éducatives.

Il est probable que Dmitri Medvedev va être apprécié de la population pour son style simple et réservé.

Il a présenté
un programme économique cohérent qui me semble pertinent et auquel il semble très attaché. Son but est de renforcer l’économie russe pour faire enfin émerger une véritable classe moyenne, estimant que cette chance de modernisation est donnée seulement « une fois tous les cent ans ».

Ou une Reine d’Angleterre ?

Beaucoup décrivent le caractère de Medvedev comme faible, effacé, réservé et pour lesquels il demeurerait toujours le subordonné de Poutine.

Un exemple parmi d’autres : le 20 février 2008, Medvedev et Poutine visitent le centre aéronautique de Jukovski. Les deux hommes pénétrent dans le cockpit d’un nouveau Tupolev, et Medvedev s’assoit machinalement dans le siège du copilote laissant à Poutine les commandes.

Même s’il ne déclare qu’un faible patrimoine et un revenu limité, un ancien collaborateur de Poutine, Stanislav Belkovski, explique que Medevedev « a la même philosophie que Poutine : il croit en la toute puissance de l’argent ».


La suite...

L’investiture de Dmitri Medvedev aura lieu le 7 mai 2008. Ensuite, il procédera à la nomination du Premier Ministre (certainement Vladimir Poutine, puisqu’il l’a déjà annoncé) et du reste du gouvernement.

Le choix des futurs ministres donnera une première idée sur la capacité de Medvedev à assumer seul ses nouvelles responsabilités présidentielles, et sur la possibilité d’être l’otage des ‘tchékistes’.

Faisons le pari que cette élection, bien peu démocratique, soit le point de départ d’une présidence à l’autorité sûrement maladroite initialement, puis qui s’affirmerait dans une voie de plus grande sincérité démocratique.

Loin de reprendre les thèmes de Poutine, Medvedev n’a-t-il pas martelé pendant sa campagne qu’il préfère avant tout « 
la liberté dans toutes ses manifestations : liberté individuelle, liberté économique, liberté d’expression » ?

Laissons-lui le bénéfice du doute.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 mars 2008)


NB :

Ce troisième article est la suite du
premier sur la pratique institutionnelle russe depuis Eltsine et du deuxième sur les enjeux de l’élection du 2 mars 2008.

  

  
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=36882

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080304/tot-election-presidentielle-en-russie-3-89f340e.html

http://www.lepost.fr/article/2008/03/04/1109377_election-presidentielle-en-russie-3-le-sacre-virtuel-de-medvedev-au-cours-d-une-farce-honteuse.html


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2 mars 2008 7 02 /03 /mars /2008 20:52

D'après les premières dépêches annonçant les premiers résultats de l'élection présidentielle qui s'est déroulée en Russie jusqu'à 19h00 (heure française) ce 2 mars 2008, Dmitri Medvedev aurait obtenu entre 67,4% et 69,6% selon des sondages sortie des urnes ou 64,55% selon la commission électorale après le dépouillement de 16% des bureaux de vote.

Derrière lui, le communiste Guennadi Ziouganov obtient 17,2 à 19,5% des suffrages, l'ultra-nationaliste proche du Kremlin Vladimir Jirinovski 10,5 à 11,4% et l'énigmatique Andreï Bogdanov qui prône l'adhésion de la Russie à l'Union Européenne 1,4 à 1,8%, selon les différents sondages à la sortie des bureaux de vote.   


La participation serait 
de l'ordre de 60% ou plus, soit supérieure à celle des élections législatives du 2 décembre 2007 et à celle de l'élection présidentielle du 14 mars 2004.

 




 Article paru aussi sur LePost.







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2 mars 2008 7 02 /03 /mars /2008 19:47

D'après les premières dépêches annonçant les premiers résultats de l'élection présidentielle qui s'est déroulée en Russie jusqu'à 19h00 (heure française) ce 2 mars 2008, Dmitri Medvedev aurait obtenu entre 67,4% et 69,6% selon des sondages sortie des urnes ou 64,55% selon la commission électorale après le dépouillement de 16% des bureaux de vote.

La participation serait de l'ordre de 60% ou plus, soit supérieure à celle des élections législatives du 2 décembre 2007 et à celle de l'élection présidentielle du 14 mars 2004.

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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 09:41

Dimanche 2 mars 2008 a lieu, dans l’indifférence quasi-générale des médias français, le premier tour (et probablement le seul) d’une élection pourtant importante en Russie puisqu’il s’agit de désigner le successeur de Vladimir Poutine.

 

La plupart des médias avaient revu à la baisse le nombre de journalistes pou_ymedvedevpoutinempoutine_medvedev200.jpgr se déplacer en Russie dans cette campagne terne, considérant le faible enjeu du scrutin. 

Faible enjeu, élection importante… une contradiction pourtant compréhensible à la vue des sondages qui placent Dmitri Anatolievitch Medvedev largement gagnant (de l’ordre de 60%) et même adulé des enfants.
 

L’article précédent avait pour but de présenter (partiellement) la pratique politique de la Fédération de Russie.


Le déséquilibre entre la Présidence de la Fédération et la Douma

Que tirer de l’observation de la pratique institutionnelle en Russie depuis la nouvelle Constitution de 1993 ?

D’abord, que le pouvoir présidentiel est prédominant sur le pouvoir des parlementaires.

Même si, effectivement, la nomination de chaque chef du gouvernement doit être approuvée par la Douma (ce qui a d’ailleurs fait renverser Kirienko au profit de Primakov), la politique de la nation émane clairement du Président de la Fédération.

L’explication, c’est sans doute le fait que le gouvernement, pléthorique, est plus une instance d’administration et d’exécution que d’initiative et de stratégie.

En parallèle, en effet, institués à l’époque d’Eltsine, l’Administration présidentielle et le Conseil de sécurité, directement reliés au Président, ont une influence politique décisive (on notera que Poutine comme Medvedev y eurent un rôle prépondérant avant d’entrer au gouvernement).

Poutine, l’héritier, le protégé d’Eltsine, s’est vite débarrassé de son clan pour mettre sa propre marque et asseoir son autorité jusqu’à faire récemment adopter une loi pour interdire les manifestations en périodes électorales.

Marie Mendras, professeur à l’IEP de Paris, notait dans le journal Le Monde du 15 octobre 2006 :

« Il n’y a plus ni Parlement ni Cour constitutionnelle dignes de ce nom, le gouvernement est court-circuité par l’administration présidentielle, les juges sont soumis au pouvoir politique dès qu’une affaire devient délicate. Cela nous ramène au problème de la violence et de l’impunité (…). Désinstitutionnalisation du régime, opacité des décisions, montée de l’arbitraire et des méthodes expéditives : tout cela traduit une agitation croissante des cercles dirigeants. »


Le successeur officiel de Poutine… et les trois autres

La question de la succession a été réglée dès le 10 décembre 2007 (juste après l’éclatante victoire législative de Poutine) avec le choix de Medvedev, l’un des proches pétersbourgeois de Poutine, qui a reçu également le soutien de son principal rival Sergueï Ivanov.

Dans l’élection du 2 mars 2008, quatre candidats sont en compétition.

Dmitri Medvedev
(42 ans), soutenu par Poutine (donc, vainqueur largement attendu), représentant le 1
er parti à la Douma (315 sièges, 64%). Il est le gage de la stabilité politique.

Guennadi Ziouganov
(64 ans), le perpétuel candidat communiste, représentant le 2
e parti à la Douma (57 sièges, 12%).

Vladimir Jirinovski
(61 ans), le leader nationaliste, aussi ancien candidat, représentant le 3
e parti à la Douma (40 sièges, 8%).

Andreï Bogdanov
(38 ans), représentant du Parti démocrate de Russie, inconnu et pro-européen (aidé à l’évidence par Poutine pour obtenir ses signatures).


Absence de vrais candidats d’opposition

Ces quatre candidats sont tous ‘sous contrôle’ du Kremlin. Les vrais candidats d’opposition n’ont pas pu ou pas voulu se présenter.

Mikhaïl Kassianov
(50 ans), ancien Premier Ministre et proche du cercle d’Eltsine, a vu sa candidature invalidée par la Commission électorale centrale en raison d’irrégularités dans sa collecte de signatures.

Boris Nemtsov
(48 ans), ancien Vice-Premier Ministre, qui fut l’un des dauphins d’Eltsine, a refusé de participer à l’élection présidentielle dont les résultats seraient connus d’avance.

Garry Gasparov
(44 ans), violenté par les forces de l’ordre pendant la campagne législative, a également renoncé pour cause d’ostracisme (et a regretté la trop grande complaisance du Président français Nicolas Sarkozy envers Poutine).


Le programme de Medvedev

Au forum économique de Krasnoaïarsk le 15 février 2008, Medvedev a développé son programme présidentiel basé sur les quatres ‘I’ : institutions, infrastructures, innovations et investissements. Parmi ses intentions, il veut diminuer le vide juridique, ôter les barrières administratives, réduire la fiscalité pour favoriser les investissements, renforcer le rouble, et élaborer une meilleure protection sociale.

La victoire de Medvedev est inéluctable mais sera sans doute moins triomphale que celle de Poutine en mars 2004.

La véritable question, après le 2 mars 2008, c’est de savoir qui va être le véritable maître du pouvoir politique en Russie et quel va être le sort de Poutine.


Les options qui ont déjà été écartées

L’option constitutionnelle

Comme cela avait été dit dans le premier article, Poutine a décidé de ne pas réformer la Constitution pour se permettre de présenter une nouvelle fois à l’élection présidentielle.

Pourtant, il en avait les moyens juridiques : contrôlant parfaitement les élections législatives, dès fin 2003, il avait à la Douma la majorité qualifiée (plus de 300 voix) pour une telle réforme. Sa grande popularité aurait pu en être la justification (‘le peuple me redemande encore’).

Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Peut-être pour préserver son image internationale, qui, bien que ternie par une Tchétchénie ensanglantée et quelques bavures dans des affaires d’otages, reste encore assez élogieuse grâce à la croissance économique du pays (et la montée de son niveau de vie), à l’importance stratégique de ses ressources d’énergie et à son soutien à la lutte contre le terrorisme islamique (il a même présidé un sommet du G8 en 2006).

L’option politico-industrielle

Poutine aurait pu se retirer de l’avant-scène politique et garder une influence décisive en dirigeant par exemple Gazprom, premier groupe industriel russe et la quatrième du monde et très protégé par le Kremlin.

À l’instar d’Anatoli Tchoubaïs (ce dernier ayant été considéré en 2004 par le Financial Times comme le 54
e homme d’affaire le plus influent du monde).

Cette option a été définitivement abandonnée le 4 février 2008 car le renouvellement de la direction de Gazprom(*) laisse entrevoir que ce serait l’actuel Premier Ministre Zoubkov qui deviendrait le 27 juin 2008 le prochain président de Gazprom (en remplacement de Medvedev).

L’option internationale

En décembre 2007, des rumeurs (vite tues) avaient prêté à Poutine l’intention de devenir le premier Président d’une Union politique entre la Russie et la Biélorussie (Belarus). Mais en fait, la Russie s’est toujours opposée cette union voulue surtout par le Président biélorusse autocrate Alexandre Loukchenko qui avait eu l’ambition démesurée de succéder à Eltsine.


L’option annoncée

Le suspens est assez faible puisque, dans un jeu de duo, Poutine a annoncé qu’il envisageait de redevenir Premier Ministre après l’élection présidentielle et Medvedev a confirmé qu’il le nommerait s’il était élu.

Poutine s’était présenté aussi aux législatives, et son parti ayant la majorité absolue est capable de faire la pluie et le beau temps.

Contrairement à la France, qui commence à avoir régulièrement des élections législatives quelques semaines après l’élection présidentielle, la Russie se trouve dans le cas inverse : le Président de la Fédération élu en mars doit tenir compte de la majorité de la Douma élue au mois de décembre précédent. (Comme en France, le Président peut dissoudre l’Assemblée).

Mais, depuis 1993, le Premier Ministre n’a jamais été qu’un fonctionnaire docile aux ordres du Président. Comment pourrait-on concevoir l’avenir ?
 _ymedvedevpoutineputindec102007.jpg

L’option présidentielle

Poutine assumerait pendant quelques mois ou années le rôle de Premier Ministre, et, à l’occasion d’un événement quelconque, il demanderait à Medvedev de démissionner. Poutine pourrait alors concourir à nouveau à l’élection présidentielle pour deux mandats encore (il a 55 ans) et garder la maîtrise de la vie politique pendant presque vingt ans (d’ailleurs, le projet Poutine fixe les priorités jusqu’en 2020 !). Medvedev serait évidemment récompensé pour sa grande loyauté.


L’option parlementaire

Medvedev resterait docile et laisserait Poutine gouverner, avec une grande part d’initiative provenant du Premier Ministre. Ce dernier serait assuré d’être maintenu en raison de la majorité à la Douma. Cet attelage pourrait durer ainsi jusqu’à la prochaine élection présidentielle de mars 2012. Ensuite, cela dépendrait du résultat des élections législatives de décembre 2011.

Cette hypothèse serait sans doute une progression extraordinaire dans la voie démocratique. En effet, par nécessité et pour préserver son pouvoir, Poutine aurait besoin de transférer l’initiative politique de l’administration présidentielle vers le gouvernement qui, ainsi, se politiserait.


L’option medvedevienne

La loyauté est une chose et le réalisme politique une autre. Medvedev va probablement devenir dans quelques jours le prochain Président de la Fédération de Russie aux pouvoirs très étendus.

Il est très intelligent, a une bonne image internationale d’homme libéral, est jeune (42 ans)… bref… il y a de fortes chances pour que Medvedev devienne la coqueluche des médias russes (comme cela s’observe depuis mi-décembre 2007) mais aussi de la communauté internationale.

Sa popularité pourrait lui donner donc quelques ambitions personnelles.

En France, on se souvient qu’Édouard Balladur, qui avait occupé en mars 1993 Matignon à la place de Jacques Chirac, pourtant président du parti victorieux (pour ne pas renouveler son erreur de 1986-1988), a très vite oublié sa loyauté (il avait même théorisé la cohabitation en énonçant qu’un Premier Ministre de cohabitation ne devait pas être candidat) et s’est senti investi par sa popularité à se présenter à l’élection présidentielle… contre Jacques Chirac (poussé entre autres par Nicolas Sarkozy).

Medvedev pourrait donc faire exactement comme Poutine en 2000, qui a accédé au pouvoir grâce au clan Eltsine (et particulièrement Berezovski) et qui, petit à petit, s’en est détaché (voire l’a pourchassé) pour diriger lui-même le pays.

Rien n’empêchera, constitutionnellement, Medvedev de limoger Poutine.

Medvedev a déjà récusé le terme poutinien de « démocratie souveraine » pour préférer celui de liberté : « La liberté est meilleure que l’absence de liberté. Ces mots sont la quintessence de l’expérience humaine. ».


Poutine vs Medvedev : qui l’emportera ?

Je suis bien incapable de savoir quelle sera l’option qui l’emportera, et sans doute peut-être un peu les trois à la fois ou une autre plus innovante.

Ce qui sera en tout fort intéressant, c’est d’observer l’évolution de ce couple assez particulier en Russie…

La désignation de Medvedev a montré que la Russie s’installe résolument dans le vie économique globalisée (celle d’Ivanov aurait plus indiqué un repli sécuritaire).

Il n’y aura plus qu’à ouvrir aussi la vie démocratique intérieure pour achever la ‘normalisation’ de la Russie au sein des grandes puissances du ‘monde libre’.

Mais le pays en est encore très éloigné.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 février 2008)


(*) Viktor Khristenko, qui fut Premier Ministre par intérim du 24 février 2004 au 5 mars 2004, sera lui aussi, à partir du 27 juin 2008, membre de la direction de Gazprom.



À lire aussi :

Analyse de Libération.

Analyse de L’Humanité.

L’Église orthodoxe derrière Medvedev.


Medvedev victime d’attaques antisémites.

 



     Article paru sur Agoravox.

 






 
Article également repris sur Yahoo Actualités.






        Article paru aussi
        sur CentPapiers.









 Article paru aussi sur LePost.





 

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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 09:37

Le 2 mars 2008 aura lieu la 5e élection au suffrage universel direct du Président de la Fédération de Russie.



Dans ce premier article sont présentés les principaux évènements politiques de la Russie depuis la dissolution de l’URSS, sans prétention ni historique ni d’exhaustivité. Dans un
second article, les enjeux de l’élection présidentielle de 2008.


_yeltsinepoutineaaa20071129PHOWWW00166.jpgBoris Eltsine (disparu le 23 avril 2007) fut élu au suffrage indirect Président de la Fédération de Russie à l’époque où elle n’était encore qu’une des républiques administratives composant l’Union Soviétique (le 12 juin 1990), et cela malgré la volonté de Gorbatchev.

 

Dichotomie URSS/Russie 

Moscou devient alors schizophrène entre deux pouvoirs concurrents : l’Union Soviétique et la Russie qui occupait 76% du territoire de la première.
 

Eltsine fit adopter par référendum (le 17 mars 1991) le principe de l’élection du Président de la Fédération de Russie au scrutin universel direct. Et réussit, malgré l’opposition du pouvoir central soviétique, à se faire élire le 12 juin 1991 (contre l’ancien Premier Ministre soviétique Nikolaï Ryjkov).

Cette élection directe du chef de l’État russe (pas tout à fait encore) est une première dans la grande histoire de la Russie. C’est d’elle que découle l’élection du 2 mars 2008.

_yeltsinegorbatchevaaaEltsine_et_Gorbatchev.jpgL’échec du coup d’État du 19 août 1991 issu des ‘conservateurs’ (le Vice-Président de l’URSS Guennadi Ianaev mis à leur tête) précipita l’effondrement de toutes les institutions soviétiques. Petit à petit, Eltsine prit le contrôle de plus en plus de centres stratégiques (radio, télévision, agences économiques…).


Dissolution de l’URSS

Eltsine parvint finalement à récupérer les derniers pouvoirs régaliens de Gorbatchev (notamment la dissuasion nucléaire et l’Armée rouge) le 25 décembre 1991 à la suite de la dissolution de l’Union Soviétique (effective dès le 8 décembre 1991).

Il nomma alors un jeune libéral Egor Gaïdar (36 ans) comme Premier Ministre de ce nouvel État russe le 15 juin 1992 pour mettre en œuvre une série de privatisations qui va considérablement désorganiser l’État et enrichir les oligarques, notamment Boris Berezovski (Gaïdar aurait été victime, selon ses proches, d’un empoisonnement à Dublin le 24 novembre 2006, quelques semaines après l’empoisonnement mortel d’Alexandre Litvinenko à Londres).

Il resta à la tête du gouvernement jusqu’au 14 décembre 1992, remplacé par Viktor Tchernomyrdine (premier président de Gazprom).


Une grave crise constitutionnelle en 1993

Début 1993, pour asseoir son autorité, Eltsine s’opposa constamment avec la Douma (chambre basse russe), encouragé par le référendum du 25 avril 1993. Ce qui aboutit à la dissolution du Parlement le 21 septembre 1993. Mais les députés s’y opposèrent, destituèrent Eltsine et le remplaçèrent par Alexarndre Routskoï. Rouslan Khasboulatov (le Président du Parlement) et Routskoï s’enfermèrent avec leurs députés dans l’édifice de la Douma et Eltsine donna l’assaut le 3 octobre 1993, faisant environ 150 morts.

Voilà un conflit quasi-de guerre civile qui illustra la rivalité de légitimité entre un Président élu démocratiquement et des parlementaires élus un peu moins démocratiquement. Une dualité qu’on peut retrouver, bien évidemment plus pacifiquement, dans la Ve République qui donna, finalement, une prime à la légitimité parlementaire (avec les trois cohabitations).

Eltsine interdit les journaux d’oppositions pendant la nouvelle campagne électorale et le 12 décembre 1993, Eltsine fut approuvé avec la ratification de sa nouvelle Constitution. Se déroulèrent au même moment les premières élections législatives libres (‘libres’ tout en n’oubliant pas que les journaux d’opposition étaient interdits !).


La Constitution de 1993

Cette nouvelle Constitution russe est une sorte de mélange de la Constitution des États-Unis et de la Constitution de la Ve République française.

Une Présidence à moitié ‘américaine’

Son article 81 (très ‘américain’) proclame que « Le Président de la Fédération de Russie est élu pour quatre ans par les citoyens de la Fédération de Russie sur la base du suffrage universel, égal et direct, au scrutin secret).

Et surtout que :

« Une même personne ne peut exercer la fonction de Président de la Fédération de Russie plus de deux mandats consécutifs ».

Le mode de scrutin présidentiel est cependant très différent que celui en cours aux États-Unis, mais même durée pour le mandat présidentiel et même limitation.

Cet article avait déjà été la cause d’une polémique contre la nouvelle candidature de Boris Eltsine à l’élection présidentielle de 1996. Ayant déjà effectué deux mandats (élus deux fois, en 1990 et en 1991), ce dernier expliquait que la Constitution ne devait s’appliquer qu’à partir de 1993.

C’est évidemment cet article qui empêche Poutine de se représenter une nouvelle fois, et sa décision de ne pas réviser la Constitution pour contourner cet empêchement constitutionnel est louable dans un État de droit, même si d’autres possibilités de contournement sont possibles.

Une Présidence à moitié ‘française’

Son article 83 (très ‘français’) édictent les règles entre l’Exécutif et le Législatif :

« Le Président de la Fédération de Russie nomme avec l’accord de la Douma d’État le Président du Gouvernement de la Fédération de Russie. »

Il « a le droit de présider les séances du Gouvernement de la Fédération de Russie. »

« Sur proposition du Président du Gouvernement de la Fédération de Russie, [il] nomme aux fonctions de vice-présidents du Gouvernement et de ministres fédéraux et met fin à ces fonctions. »

Par ailleurs, l’article 84 donne au Président de la Fédération de Russie le pouvoir de dissoudre la Douma, d’organiser des référendums, de promulguer les lois, et de s’adresser aux parlementaires par « des messages annuels sur la situation dans le pays et sur les orientations fondamentales de la politique intérieure et extérieure de l’État ». (Cette dernière prérogative étant un véritable mélange entre le discours sur l’état de l’Union du Président des États-Unis, physiquement présent chaque année au Congrès et les messages écrits éventuels du Président français au Parlement).

Ces deux articles (83 et 84) correspondent assez bien aux articles 8, 9, 10, 11, 12 et 18 de la Constitution française du 4 octobre 1958 (avec souvent les mêmes termes).

Une Présidence 100% ‘russe’

Eltsine avait intégré d’autres pouvoirs dans l’article 83, notamment celui de « former et présider le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie » et celui de « former l’Administration du Président de la Fédération de Russie », le chef de l’Administration présidentielle ayant un statut constitutionnel que n’ont pas, par exemple, en France, le secrétaire général de l’Élysée ou la directrice de cabinet du Président de la République.

De plus, dans l’article 87, « le Président de la Fédération de Russie est le Commandant en chef suprême des Forces armées de la Fédération de Russie ».

L’article 92 définit aussi que c’est la Président du Gouvernement qui assure éventuellement l’intérim présidentiel contrairement aux États-Unis (c’est le Vice-Président élu) et à la France (c’est le Président du Sénat, Charles De Gaulle aurait voulu d’ailleurs que ce fût le Premier Ministre).


La Russie désorganisée d’Eltsine

_yeltsineaaaazemlianichenkohl7.jpgPendant les cinq années de sa présidence, Eltsine fut très critiqué, notamment pour le délabrement de l’administration, la corruption, et aussi en raison de son état de santé très fragile (problèmes cardiaques et alcoolisme notamment).

Après plusieurs années de laxisme en Tchétchénie, Eltsine initia la première guerre de Tchétchénie le 11 décembre 1994, afin de faire preuve d’autorité avant les élections. Celle-ci fut laborieuse en raison de la résistance des combattants ennemis bien armés.

Aux élections législatives suivantes (21 décembre 1995), les communistes gagnèrent les élections. Boris Eltsine est quand même réélu le 3 juillet 1996 au second tour face à Guennadi Ziouganov, le leader des communistes russes, qui obtint 40,3%. Le général Alexandre Lebed (qui s’était opposé à la guerre en Tchétchénie) était également candidat et arriva en troisième position au premier tour (environ 15%). Gorbatchev s’était aussi présenté mais obtint un score ridiculement bas.

Eltsine nomma alors Lebed secrétaire du Conseil de sécurités qui conclut la paix en Tchétchénie le 31 août 1996 (accord de Khassiavourt, au Daghestan).

En 1997, un agent du KGB proche d’Anatoli Sobtchak (maire de Saint-Pétersbourg) entra à l’Administration présidentielle. Très vite, il prit une influence déterminante en devenant le premier adjoint du chef. Vladimir Poutine commença son ascension au pouvoir.

La longévité de Tchernomyrdine, sa proximité avec l’oligarchie, firent de ce dernier le successeur probable d’Eltsine.

Mais Eltsine le renvoya et nomma Sergueï Kirienko (35 ans) le 23 mars 1998. Cette nomination sembla être un fait du prince, capricieux et instable, hésitant sur le choix de son ‘dauphin’ et dominé par les luttes internes.

Kirienko se trouva confronté à la grave crise financière de l’été 1998. La Douma (dominée par communistes) réclama sa démission, et l’obtint le 23 août 1998.

Eltsine ne put cependant pas imposer le retour de Tchernomyrdine (qui revint tout de même par intérim) et dut se résoudre le 11 septembre 1998 à désigner Evgueni Primakov (alors Ministre des Affaires Étrangères) réclamé par les députés. Plus ‘orthodoxe’ (venant du KGB), Primakov évoqua même sa volonté de se présenter à la prochaine élection présidentielle.

Primakov fut limogé le 12 mai 1999 et son successeur, Sergueï Stepachine, fut nommé temporairement (le temps de trouver un dauphin ?).


La Russie autoritaire de Poutine

Le 9 août 1999, Vladimir Poutine fut nommé Premier Ministre, à quatre mois des élections législatives. Le 1
er octobre 1999, il engagea l’armée dans une seconde guerre en Tchétchénie après des attentats meurtriers dont l’origine resta obscure.

Dmitri Medvedev entra alors dans l’Administration présidentielle comme adjoint au chef, Alexandre Volochine, en décembre 1999.

Le 31 décembre 1999, convaincu par sa fille Tatiana, Boris Eltsine surprit en annonçant, en même temps que ses vœux pour l’an 2000, sa démission, laissant la place à Poutine et au clan Berezovski.

La question de la succession d’Eltsine fut donc réglée après bien des incertitudes.

Parmi les autres prétendants, étaient également cités les deux jeunes Vice-Premiers Ministres Boris Nemtsov et Anatoli Tchoubaïs, le chef de la garde rapprochée d’Eltsine, Alexandre Korjakov, ou même l’influent maire de Moscou Youri Loujkov. Et en 2005, Eltsine indiqua qu’il avait voulu finalement désigner Stepachine.

Poutine fut élu le 26 mars 2000 dès le premier tour avec près de 53% contre le communiste Ziouganov (29%) et le libéral Iavlinski (6%).

Le Ministre des Finances Mikhaïl Kassianov fut nommé Premier Ministre le 7 mai 2000, représentant le clan Eltsine.

Tout en assurant une protection à la famille de Boris Eltsine, Poutine s’éloigna très vite des hommes et de la politique d’Eltsine pendant son premier mandat.

Voulant redorer la grandeur de la Russie, il renforça certains symboles patriotiques tout en employant un langage parfois très ordurier contre les terroristes.

Très vite, il adopta des méthodes très musclées dans la résolution des problèmes (naufrage du Koursk le 12 août 2000, carnage dans la prise d’otages à Moscou le 26 octobre 2002, massacre de Beslan le 1
er septembre 2004) et encouragea une dérive autoritaire.


’Déseltsinisation’ et ‘poutinisation’ du pouvoir

Poutine remercia le chef de l’Administration présidentielle, l’eltsinien Volochine, en 2003 et y nomma Dmitri Medvedev qui était depuis juin 2000 son premier adjoint, récompensé pour avoir dirigé la campagne présidentielle de Poutine. Medvedev fut aussi élu en juin 2000 le président de Gazprom (encore aujourd’hui).

Poutine plaça donc ses propres hommes, issus de l’ex-KGB et de sa période à Saint-Pétersbourg alors que Berezovski pensait pouvoir le contrôler comme il contrôlait Eltsine (il fut disgracié dès juillet 2000).

Poutine réussit à contrôler le milliardaire Roman Abramovitch (proche du clan Eltsine) ainsi qu’Anatoli Tchoubaïs (très impopulaire par ses réformes économiques).

Les élections du 7 décembre 2003 renforcèrent considérablement la mainmise de Poutine. Alors qu’en 1999, la majorité était très hétéroclite, en 2003, le parti de Poutine (Russie Unie) détint presque la majorité absolue (221 sièges sur 450) qu’il assura avec ses alliés. Mieux, Poutine avait les moyens parlementaires de réformer la Constitution (300 voix nécessaires), notamment la limitation à deux mandats consécutifs. Ce qu’il ne fit pas.

En revanche, le 24 février 2004, il limogea tout le gouvernement, éliminant politiquement les derniers eltsiniens et désigna à la tête du nouveau gouvernement Mikhaïl Fradkov le 1
er mars 2004. Soit à neuf jours de l’élection présidentielle, ce qui montra à l’évidence son évidente confiance dans les résultats.

En effet, porté par une opinion publique fière de retrouver la présence de la Russie dans les affaires du monde (intégration au G7, soutien à George W. Bush dans sa lutte contre le terrorisme après le 11 septembre 2001 etc.). Poutine fut brillamment réélu au premier tour le 14 mars 2004 avec 71,2%.


Équilibrisme entre les ‘factions’ internes

Fradkov étant considéré comme un technocrate apolitique, ce qui permit à Poutine de ne favoriser aucun camp en interne. La désignation de l’économiste Viktor Zoubkov (avec qui Poutine avait travaillé à Saint-Pétersbourg) au même poste le 12 septembre 2007 eut aussi le même but.

Car se dessineraient deux camps fortement opposés chez les ‘poutiniens’, dont l’objectif était la question de la succession de Poutine : les ‘libéraux pétersbourgeois’, issus de ministères économiques, et les ‘siloviki’ ou ‘tchékistes’, issus de ministères régaliens (Sécurité, Intérieur, Défense, FSB).

En termes de personnalités, la rivalité s’esquissa entre deux Vice-Premiers Ministres : Dmitri Medvedev pour les libéraux et Sergueï Ivanov pour les tchékistes.

Les élections législatives du 2 décembre 2007 furent un triomphe pour Poutine (malgré de nombreuses irrégularités) en confortant sa majorité avec 315 sièges pour son parti Russie Unie (recueillant 64,30%). Poutine, bien que Président, y participa comme tête de liste.


Épilogue : que sont-ils devenus aujourd’hui ?

Primakov
est président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Russie.


Tchernomyrdine
est ambassadeur de Russie en Ukraine.

Stepachine
est chef de la Cour des Comptes de Russie.

Fradkov
est directeur du renseignement extérieur (SVR, ex-remier bureau du KGB).

Tchoubaïs
est le patron de RAO EES Russie (‘équivalent russe’ d’EDF avant la fin du monopole de distribution d’électricité).

Nemtsov
est un opposant politique à Poutine mais a refusé de se présenter à l’élection présidentielle, ne la considérant pas loyale.

Berezovski
vit en exil à Londres, poursuivi par les justices russe et brésilienne.

Lebed
, après s’être fait élire gouverneur de Krasnoïarsk aidé de Berezovski, mourut dans un accident d’hélicoptère le 28 avril 2002 (son élimination ne semblait plus utile à Poutine dans la mesure où Lebed avait perdu sa popularité élevée à l’époque d’Eltsine, ce qui peut conforter la thèse d’un réel accident).

Sobtchak
, professeur de droit de Poutine (il participa à la rédaction de la Constitution de 1993) et maire de Saint-Pétersbourg avec pour premier adjoint Poutine, a dû s’exiler en France et en Grande-Bretagne à cause de poursuites judiciaires et est mort malade le 20 février 2000 en exil.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 février 2008)


NB :

Analyse de Russia Intelligence.

Autres sources : articles de presse et Wikipédia.


À suivre dans le second article : l’enjeu de l’élection présidentielle du 2 mars 2008.






      Article paru sur Agoravox.







  Article également repris sur Yahoo Actualités.






        Article paru aussi
        sur CentPapiers.









 Article paru aussi sur LePost.





 

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15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 09:15
(Dépêche)



Vladimir Poutine rend hommage à Alexandre Soljenitsyne

MOSCOU (Reuters) - Lors d'une cérémonie mardi au Kremlin, le président russe Vladimir Poutine a comblé d'éloges l'écrivain et ancien dissident Alexandre Soljenitsyne, prix Nobel de littérature 1971, qui n'était pas présent.

Poutine est un ancien officier du KGB, les services secrets soviétiques qui ont longtemps persécuté l'écrivain, aujourd'hui âgé de 88 ans.

Soljenitsyne était le premier d'une liste de douze personnalités russes auxquelles Poutine a rendu hommage lors de cette cérémonie. Le décret lui accordant un prix pour l'ensemble de son action, tant littéraire qu'humanitaire, a été signé la semaine dernière par le président russe.

"Des millions de personnes dans le monde associent le nom et l'oeuvre d'Alexandre Soljenitsyne au destin de la Russie elle-même", a déclaré Poutine lors de la cérémonie, à laquelle assistaient de nombreuses personnalités de la politique, des lettres et du spectacle.

"Ses recherches scientifiques et ses oeuvres littéraires hors du commun, en fait toute sa vie, sont dédiées à la patrie", a ajouté le président russe.

La chaîne de télévision Vesti-24 a ensuite diffusé des images montrant le président rendant visite à l'écrivain à son domicile.

Alexandre Soljenitsyne, qui ne cache pas ses opinions nationalistes et panslaves, apparaît rarement en public.

"Je suis très honoré par l'attention portée à mes travaux que révèle cette distinction de l'Etat russe", a déclaré l'écrivain, l'air fatigué, dans un discours enregistré où il peinait parfois à articuler les mots.

Soljenitsyne avait par le passé refusé une distinction de Boris Eltsine, affirmant ne pouvoir recevoir les honneurs d'un dirigeant qui opprimait son peuple.

Après avoir reçu le prix Nobel en 1970, l'écrivain, qui avait auparavant été emprisonné par les autorités soviétiques, avait dû passer 20 ans en exil avant de revenir en Russie en 1994.

Dans son ouvrage le plus célèbre, "L'Archipel du goulag", il raconte les violences commises contre les prisonniers politiques dans les camps soviétiques.

Mardi 12 juin 2007, 19h01


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Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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