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25 janvier 2022 2 25 /01 /janvier /2022 18:09

« Est-il logique de bénéficier des soins gratuits quand on a refusé pour soi la vaccination gratuite et qu’on met doublement en danger les autres, en pouvant les contaminer et en pouvant prendre une place en soins intensifs nécessaire pour un autre patient ? » (Martin Hirsch, le 25 janvier 2022 dans "Le Monde").



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Depuis quelques jours, une question posée par Martin Hirsch a provoqué un tollé général dans le monde politique et médical. Martin Hirsch est depuis le 13 novembre 2013 le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), c’est-à-dire l’un de ceux qui ont dû gérer concrètement la crise sanitaire dans les hôpitaux.

Martin Hirsch a voulu être médecin dans sa jeunesse, mais il n’a pas poursuivi ses études de médecine et il finit normalien et énarque, dans la botte, au Conseil d’État, soit un haut fonctionnaire qui a "réussi" par la "méritocratie". Il a été président de l’association Emmaüs France de mai 2002 à mai 2007, puis Haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté et à la Jeunesse de mai 2007 à mars 2010 dans le gouvernement de François Fillon.

S’il a posé cette question qu’il reconnaît "délicate" dans une tribune du journal "Le Monde" parue le 25 janvier 2022, c’est parce qu’il voyait bien qu’elle était posée implicitement par des médecins dans les hôpitaux. La pandémie de covid-19 a en effet impacté sur les soins de tous les patients, pas seulement ceux du covid-19.

Si le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran estimait le 25 janvier 2022 sur LCI (le matin, avant la parution de la tribune le soir) que le système hospitalier "tiendrait le coup" avec cette cinquième et sixième vagues (delta et omicron), il affirmait cependant que le pic de la sixième vague n’était pas encore atteint.

C’est même pire depuis quelques jours puisque le taux de reproduction effectif (à savoir la dérivée seconde des contaminations par rapport au temps, la pente de la pente), qui baissait régulièrement depuis deux semaines, s’est remise à augmenter ces derniers jours, ce qui signifie que le sommet est encore loin d’être atteint (certains parlent de mi-février 2022 et d’autres de mars 2022). Il faut dire que la même journée du 25 janvier 2022 a connu le pire nombre de cas positifs détectés depuis mars 2020, à savoir 501 635 !

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Cette indication signifie que nous sommes encore en pleine vague, avec un taux d’incidence 3 900 nouveaux cas par 100 000 habitants en une semaine (soit 4% de la population totale !). Actuellement, il y a plus de 6,6 millions de Français qui sont covid positifs, soit près de 10% de la population totale. Heureusement, ce nombre n’est pas significatif des conséquences sanitaires. Avec le vaccin, le variant omicron semble beaucoup moins agressif que le variant delta. La courbe des contaminations sert donc surtout à donner l’unité de temps sur les tendances à l’hôpital.

Il ne faut pas pour autant négliger le danger. Il reste encore des contaminations au variant delta (semble-t-il surtout dans le Sud de la France), au 23 janvier 2022, 1,4% des nouvelles contaminations sont au variant delta, le reste omicron, cela semble faible mais étant donné la forte circulation du virus, cela signifie quand même entre 4 000 et 5 000 nouveaux cas de variant delta par jour. Tous les jours, 300 à 400 personnes sont encore admises en réanimation pour covid-19, la plupart non-vaccinées ou dont la dose de rappel n’a pas encore été faite dans les délais.

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Le nombre de places en réanimation occupées par des malades du covid-19 est heureusement en baisse, il n’a jamais dépassé le seuil des 4 000 et il est à 3 694 au 27 janvier 2022, ce qui reste élevé et surtout, la baisse est très lente.

Du reste, conséquence des fortes contaminations de la seconde quinzaine de décembre 2021 et du début de l’année, le nombre de décès quotidien hélas augmente beaucoup en ce moment et risque de ne pas redescendre avant un ou deux mois, preuve que la situation est loin d’être rassurante (le 25 janvier 2022, il y a eu presque 500 décès, souvent en 250 et 350 par jour. Le directeur de l’OMS Europe avait averti le 4 novembre 2021 qu’il y aurait encore 500 000 décès du covid-19 en Europe (y compris la Russie). Cela reste dans le domaine du possible.

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La situation est alarmante aussi dans l’hospitalisation conventionnelle car, comme au Danemark, comme au Royaume-Uni, comme en Afrique du Sud, la courbe des hospitalisations conventionnelles, probablement dues à l’infection au variant omicron, monte proportionnellement à celle des contaminations. Il y a deux jours, le seuil de 30 000 a été franchi, il est de 30 982 au 27 janvier 2022. Chaque jour, plus de 3 000 nouveaux patients du covid sont admis à l’hospital.

On atteint des seuils proches des trois premières vagues (mars-avril 2020, novembre-décembre 2020 et avril 2021). Ces hospitalisations sont généralement moins graves, souvent, il y a juste un besoin d’oxygénation et une mise en observation. Deux éléments pour en relativiser la gravité : les séjours sont de courte durée, quelques jours (mais le nombre de contaminations reste très élevé). Autre élément : il y aurait environ 20% de contaminations "accessoires" à l’hôpital, c’est-à-dire que la personne est venue à l’hôpital pour une autre pathologie que le covid-19 et elle a été testée positive. Le covid n’est donc pas la cause de sa venue à l’hôpital et cette personne ne devrait donc pas être comptée dans les statistiques sanitaires.

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En somme, même si la période est tendue, le système sanitaire pourra tenir, comme l’a assuré Olivier Véran, car le variant delta est en pleine décrue et le variant omicron développe peu de formes graves (en réanimation, un médecin évaluait dans son service à 20% le nombre de patients contaminés à l’omicron sur l’ensemble des patients covid, c’est juste une indication).

Néanmoins, et cela fait revenir à la provocation, car c’en était une, de Martin Hirsch, cette situation impacte beaucoup sur la situation des autres patients dont on a déprogrammé les opérations, ce qui aura des conséquences désastreuses à moyen terme (le regretté professeur Axel Kahn évaluait l’an dernier que pour la première année de crise sanitaire, environ 13 000 personnes supplémentaires malades du cancer mourraient ou seraient mortes pour avoir trop attendu d’être soignées voire dépistées) : « On a senti ces derniers mois un débat, effectivement, ceux qui suivait des patients avec un cancer auquel on disait : votre patient pourra aller à la table d’opération dans trois semaines, pourquoi ? parce qu’on a beaucoup de patients à prendre en charge, là, ça suscitait des tensions. ».

Si tout le monde, ou, du moins, toutes les personnes fragiles (à définition peu précise) étaient vaccinées, on réduirait au moins de moitié le nombre de malades du covid en réanimation. C’est la raison du passe vaccinal, d’autant plus qu’on a laissé filer l’épidémie depuis Noël parce qu’on a pris très peu de mesures de restrictions sanitaires, pas de confinement ni de couvre-feu ni de fermeture des commerces "non essentiels" (ce qui fait pour la France, comme pour le Danemark, l’un des taux d’incidence les plus élevés d’Europe).

Cette stratégie de non-restriction peut doublement s’expliquer : avec un variant comme omicron à très fort taux de contamination, à moins de revenir au premier confinement, très sévère, aucune restriction n’aurait été vraiment efficace ; de plus, en s’attachant à protéger avec le vaccin, on évite la catastrophe sanitaire. Cette situation et ces circonstances expliquent pourquoi le gouvernement a mis en place le passe vaccinal, comme dans beaucoup de pays du monde, à quelques différences près. Au lieu d’essayer d’arrêter la pluie, on s’équipe d’un parapluie.

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Martin Hirsch est venu s’expliquer sur France 5 le lendemain, le mercredi 26 janvier 2022. Il a d’abord tenu à rappeler son sens de l’éthique. Un médecin doit soigner sans chercher à savoir qui est le patient : « Je pense qu’il ne faut jamais rentrer dans : on choisit ses patients sur d’autres critères que des critères médicaux et dire : tu ne t’es pas bien comporté il y a un jour, une semaine, il y a un mois, il y a trois mois, ça, c’est anti-éthique absolu. ».

Le directeur général de AP-HP est resté sur l’idée originelle de la sécurité sociale, la solidarité nationale : « Je reviens à la source. C’est quoi la belle source ? C’est le Conseil national de la résistance qui institue un système d’État providence etc. qui aujourd’hui doit garder ses mêmes principes, donc on ne ferme la porte de l’hôpital et les soins à personne, mais d’être allié avec la responsabilité qui permet à tout le monde d’en bénéficier. ».

Le mot est lâché : pas de solidarité sans responsabilité. C’est comme pour la liberté. La responsabilité est un élément déterminant dans les sociétés complexes : « La solidarité, c’est fabuleux et on y tient, mais parfois, elle est mise à mal parce que quand il y a des passagers clandestins, il y a une partie de la population qui a envie de remettre en cause la solidarité. Moi, je n’ai pas envie qu’on remette en cause la solidarité, mais s’il y a un peu de responsabilité dedans, ce n’est pas plus absurde que cela, au contraire. ».

D’où la question qui fâche : « Est-ce que, lorsque la vaccination est gratuite, et qu’elle est d’intérêt collective, et qu’elle a un impact sur les autres, est-ce qu’on doit avoir le refus de la vaccination gratuite, la demande des soins gratuits, de hurler quand on met des passes vaccinaux, etc., je pense qu’il y a un moment, ça peut donner une sorte d’incohérence. ».

Et de poursuivre : « Se poser la question de savoir si, en général, le fait qu’un instrument de prévention gratuit est disponible, qu’il peut être utilisé et qui est reconnu par la communauté scientifique comme quelque chose qui est utile, y renoncer, est-ce qu’on y renonce sans n’en porter aucune des conséquences, ou est-ce que, effectivement, on allie le fait qu’on tend la main pour soigner, mais on dit qu’il n’y a aucune raison qu’il n’y ait pas de conséquence alors qu’il va y avoir des conséquences sur les autres patients qu’on aura du mal à soigner et qui eux n’y peuvent rien. ».





À mon sens, je trouve que poser la question en débat public fera plus de tort que de bien. D’une part, cela renforce la victimisation des personnes non-vaccinées, alors que celles-ci, comme les autres, ont cotisé et bénéficient donc du droit à être soignés. D’autre part, même en admettant qu’on se livre à ce principe (non-vacciné alors non-remboursé), et qu’il soit admis constitutionnellement (ce qui est une autre paire de manches ; le député Sébastien Huyghe avait proposé un amendement allant dans ce sens pour le passe vaccinal, mais il a été heureusement rejeté), ça ne responsabilisera pas plus, soit parce qu’une personne non-vaccinée dite très riche "se paiera" sa non-vaccination (considérant que l’intégrité de son corps n’a pas de prix), soit parce que justement, insolvable, la personne non-vaccinée ne pourra pas payer de toute façon.

Il faut savoir qu’un séjour en réanimation pour covid-19, c’est autour de 3 500 euros par jour et il faut compter trois semaines environ, soit autour de 75 000 euros, ce qui est une somme colossale pour de nombreux Français. À partir du moment où le vaccin n’est pas obligatoire, l’hôpital ne peut exiger une telle somme pour être soigné. J’ai bien compris que Martin Hirsch ne cherchait pas à ce que les soins soient entièrement payés, mais seulement qu’ils ne soient pas gratuits à 100% comme c’est le cas aujourd’hui.

En outre, cela ouvre la porte à un principe qui n’a rien à voir avec notre modèle social : celui de soigner selon le comportement du patient. Si le patient avait bien respecté toutes les consignes d’une vie saine, non seulement par son alimentation, son activité sportive, mais aussi en roulant prudemment, etc., alors il bénéficierait de soins gratuits (ou remboursés selon les règles actuelles de l’assurance maladie), sinon il devrait payer. Et il faudrait encore établir cette vie saine qui ne pourrait passer que par un moyen de surveillance de type "chinois" avec le crédit social. Nous avons la chance (malchance pour les Chinois) d’avoir dans le monde une société qui s’achemine très rapidement vers ce type de modèle : le voulons-nous en France ? Personne n’en voudrait. La question va bien au-delà de la simple tension hospitalière ponctuelle (même si cela dure depuis deux ans avec le covid-19, et même depuis plus longtemps), et remet en cause beaucoup plus qu’une politique de la santé. Car pour cela, il faudrait surveiller. Ce serait toute l’organisation de la société qui serait impactée avec des conséquences sur les assurances, etc.

Les principaux arguments pour s’opposer à cette proposition, c’est de dire qu’avec cette logique, on fera payer les soins d’un cancer du poumon aux fumeurs, d’un cancer du foie aux alcooliques, d’un diabète à ceux qui mangent trop de sucre, etc. La situation du chauffard sur la route est en revanche différent car les "assujettis sociaux" ne paient pas les soins qu’il pourrait recevoir : l’hôpital est payé par l’assurance du chauffard, donc, pour ce cas précis, il y a bien en jeu un principe de responsabilité (et quand il n’y a pas d’assurance, c’est un fonds de solidarité qui paie).

Martin Hirsch a balayé cet argument : « Je trouve qu’il y a une très très grande différence et qu’on ne peut pas blâmer quelqu’un sur un comportement, une addiction, et je redis : le système de soins qui est ouvert à tout le monde. Mais je fais cette différence. S’il y a un système de dépistage, on doit tous les cinq ans le faire, est-ce qu’on doit avoir exactement la même protection et le même taux de remboursement si on le néglige que quelqu’un qui ne le néglige pas ? (…) Si je pose cette question-là, c’est que je ne voudrais pas qu’un jour, on se dise : les dépenses de santé explosent parce qu’il y a toute une partie de comportements dits irresponsables qui remettent en cause la solidarité. ».

C’est le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon, qui a trouvé, à mon sens, le meilleur contre-argument, le 27 janvier 2022 sur LCI : « On ne peut pas créer un cadre éthique spécial, même en pleine crise sanitaire, pour le covid. (…) On soigne évidemment les gens qui ont pris des risques (…). Créer une "jurisprudence" ne me paraît pas une bonne idée. (…) Bien sûr que ça menace la solidarité, dans la mesure où (…) ce remplissage de l’hôpital, qui n’est pas du tout terminé, on voit les pressions qu’il y a encore sur les réanimations (…), ça veut dire que les autres malades doivent se serrer sur les 30% de capacité qui restent, donc bien sûr, je comprends. Mais mettre finalement une ségrégation en fonction de la non-utilisation d’un outil de prévention, je le répète, il faudrait l’appliquer aussi à d’autres pathologies. Je prends un autre exemple. Il y a plein de pathologies cardiovasculaires dont le risque peut être diminué en prenant des statines ou des médicaments préventifs que les gens ne prennent pas, ou prennent mal. Vous voyez ce que je veux dire ? En France, à ma connaissance, il n’y a aucune pathologie qui ne soit pas remboursée ou prise en charge par la solidarité nationale au registre que les gens ne sont pas [observants]. (…) Je crois que c’est une réflexion qui dépasse le cadre de l’hôpital public, c’est une réflexion qui est d’abord parlementaire et éthique. (…) On soigne les antivax, on soigne les non-vaccinés, on soigne les opposants. ».





L’opportunité de cette question selon Gilles Pialoux : « C’est un débat parce qu’il arrive un moment où effectivement on ne comprend pas pourquoi les gens s’obstinent à ne pas utiliser un outil qui est efficace, je parle surtout du schéma vaccinal complet dont on sait que c’est la ligne Maginot et que ça divise par 25 le risque de rentrer en soins critiques. C’est le rôle du médecin aussi d’accepter que certains n’aient pas compris le rôle du vaccin, ou n’aient pas voulu car mal informés. ».

Martin Hirsch semble bien seul dans son questionnement. Comme l’a dit le professeur Gilles Pialoux, son questionnement est beaucoup plus général qu’un débat sur l’hôpital public. Les médecins soignent et n’ont aucune volonté de choisir leurs patients, et c’est très heureux, tandis que Martin Hirsch est un gestionnaire d’hôpitaux. Il aurait pu sortir ce pavé dans la mare il y a six mois puisque le vaccin existait déjà. Il aborde ce thème au plus mauvais moment, en plein campagne présidentielle, et on imagine mal qu’un candidat, quel qu’il soit, aussi "libéral" soit-il, mette en avant le principe de responsabilité des patients pour assurer la gratuité des soins.

Toutefois, d’autres pays ont déjà choisi cette condition de responsabilité : la Grèce impose une amende de 100 euros par jour pour les personnes non-vaccinées de 60 ans et plus qui seraient hospitalisées ; le Québec et Singapour demandent aussi une participation aux frais d’hospitalisation. La France s’honorerait en conservant son propre modèle de société qui est la solidarité nationale, sans condition.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


(Les quatre graphiques proviennent du site de Guillaume Rozier, covidtracker.fr).


Pour aller plus loin :
Faut-il faire payer les soins covid aux personnes non-vaccinées ?
Martin Hirsch.
Passe vaccinal (3) : validé par le Conseil Constitutionnel, il entre en vigueur le 24 janvier 2022.
Où en est la pandémie de covid-19 ce 18 janvier 2022 en France ?
Novak Djokovic.
Novax Djocovid.
Passe vaccinal (2) : Claude Malhuret charge lourdement les antivax.
Discours de Claude Malhuret le 11 janvier 2022 au Sénat (texte intégral et vidéo).
Les Français en ont marre des antivax !
Passe vaccinal (1) : quel député a voté quoi ?
Claude Malhuret le 4 mai 2020.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220125-martin-hirsch.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/27/39323155.html





 

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11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 10:22

« Sa mémoire immédiate est intacte. Le reste est noir. Son esprit porte le voile noir des veuves. Il en a croisé parfois. Elles lui font peur. Ces grands fantômes, ces spectres, il s'en méfie, il a peur qu'ils l'emmènent là où il ne guérira pas. » (Valérie Perrin, "Les Oubliés du dimanche", éd. Albin Michel, 2015).



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C’est une histoire triste parmi les autres, mais qui engendre beaucoup de colère contre tous les complotistes des réseaux sociaux qui découragent les Français (et les autres) d’aller se faire vacciner. Elle a été rendue publique ce samedi 11 décembre 2021 mais elle n’est hélas pas la seule. Une femme de 54 ans qui s’était présentée à l’hôpital avec un faux passe sanitaire est morte d’une forme sévère du covid-19.

Parce que les médecins avaient cru que la patiente était vaccinée, ils ont recherché ailleurs la cause de son mal et ils ont perdu beaucoup de temps qui aurait pu la sauver. Son mari ne savait pas qu’elle s’était fait faire un faux passe sanitaire, c’est-à-dire un certificat de complaisance réalisé par un médecin voyou qui non seulement, pour de l’argent, a trahi la loi et la déontologie, mais a aussi provoqué la mort d’au moins une personne, j’écris "au moins" car si son affaire frelatée aux faux passes sanitaires concerne des centaines voire des milliers de personnes, malheureusement, cette femme pourrait ne pas être la seule. Elle était la mère d’un enfant de 13 ans et son mari, effondré, a décidé de déposer plainte pour homicide (information en une des journaux de BFM-TV le 11 décembre 2021).

S’il y a une loi qui oblige le passe sanitaire dans certains lieux publics, c’est parce que justement, une simple recommandation ne suffit pas, cet événement tragique l’illustre, alors que la vaccination est gratuite et l’achat d’un faux passe sanitaire très coûteux. La raison d’un tel sacrifice financier, surtout avant cette période de fêtes qui sont chères pour les ménages, est surtout un endoctrinement dans les réseaux sociaux par des arguments complètement bidon, faux et dangereux. Comme on le voit, ces faux arguments parfois jetés avec légèreté ne sont pas sans conséquences et chacun à son niveau, dans son expression, devrait peser un peu plus les conséquences de ce qu’il avance.

Il faut savoir que la dernière loi de vigilance sanitaire est devenu très sévère contre ceux qui sciemment veulent tromper la société en créant un délit : « portant sur le fait d’utiliser, d’établir, de transmettre ou de proposer un faux passe sanitaire » sanctionné d’une peine de cinq d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Cela devrait faire réfléchir les médecins véreux.

Mais il faut aussi savoir que les "victimes", car ceux qui achètent ces faux passes sanitaires sont victimes, ne risquent rien à dénoncer celui qui leur a proposé voire vendu un tel faux passe sanitaire : ils ne seront pas poursuivis. Il faut qu’ils le sachent s’ils veulent faire arrêter cette désastreuse machinerie de la mort pour le seul profit pécuniaire de quelques-uns (procédé qui n’a rien de complotiste ni d’idéologique, d’ailleurs, la plupart de ceux qui prônent la non-vaccination sur les réseaux sociaux sont eux-mêmes vaccinés mais engrangent des revenus avec l’audience très élevée de leur site Internet).

L'Assurance maladie a indiqué qu'elle avait déjoué environ 40 000 faux passes sanitaires depuis le mois de septembre 2021. Il ne faut pas se tromper sur la nature du faux passe sanitaire. La motivation n'est pas politique mais économique, s'enrichir sur le dos de la santé des personnes. Un faux passe sanitaire peut conduire à la mort, et c'est le même procédé dégueulasse que les passeurs de réfugiés dans les mers (Méditerranée, Manche, etc.), proposant pour des prix exorbitants un rafiot qui a de grands risques de ne pas finir la traversée. Mais les passeurs s'en moquent de ces tragédies humaines, ils ont l'argent des victimes ; leur vénalité est comptable des morts qui en résultent, ce sont des meurtres. Délivrer un faux passe sanitaire est aussi scandaleux, aussi dégueulasse, aussi meurtrier.

Avec entre 50 000 et 60 000 nouveaux cas détectés chaque jour depuis une dizaine de jours, nous sommes en plein dans la cinquième vague. La montée du nombre des hospitalisations et des admissions en réanimation est très forte. Deux sources d’optimisme sont cependant à noter : le taux effectif de reproduction, le "fameux" R0 (la dérivée seconde du nombre de cas, c’est-à-dire la pente de la pente, ou son accélération) est en train de redescendre depuis deux semaines. Au plus fort, le 20 novembre 2021, il était à 1,59 et au 4 décembre 2021, il est à 1,42 ; c’est encore bien trop haut car tant qu’il est au-dessus de 1,00, l’épidémie s’aggrave, mais cette baisse laisse entendre que l’aggravation est de moins en moins forte, et on le voit aussi sur le taux d’incidence qui est de 519 nouveaux cas pour 100 000 habitants (ce qui est énorme), et en hausse de seulement 19% en une semaine alors qu’il avait bondi de 50% à 100% les semaines précédentes.

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L’autre source d’optimisme, c’est évidemment cette nouvelle course à la montre qu’est la généralisation de la troisième dose, cette dose de rappel au bout du cinquième et sixième mois, et plus globalement, de la vaccination en général : curieusement, le gouvernement a toujours commencé à avancer à reculons avant de, enfin, foncer. C’était le cas pour le début de la campagne de vaccination en janvier 2021. C’était le cas aussi pour cette dose de rappel qu’il a recommandé du bout des lèvres, jusqu’à ce qu’elle soit désormais imposée pour maintenir valide son passe sanitaire (pour les plus de 65 ans, le passe sanitaire ne sera plus valide à partir du 15 décembre 2021 si la dose de rappel n’a pas été injectée dans les sept mois après la deuxième dose ; pour les autres, cette mesure s’appliquera à partir du 15 janvier 2022). Et c’est le cas enfin de la vaccination des enfants de 5 à 12 ans, possible à partir du 15 décembre 2021, d’abord uniquement pour les enfants avec comorbidités, et quelques jours plus tard, cette mesure sera enfin généralisée, comme cela s’est passé en Israël et aux États-Unis.

Parallèlement aux fortes incitations du gouvernement, il fallait aussi assurer au niveau logistique. Comme toujours, des gens ont râlé car au début de cette nouvelle campagne de vaccination, certains rendez-vous étaient fixés au mois de janvier, faute de mieux. 200 centres de vaccination ont rouverts depuis quelques jours et les médecins, les pharmaciens, les infirmiers contribuent aujourd’hui beaucoup plus qu’il y a huit mois à l’effort national parce que les conditions de stockage des vaccins se sont assouplies. Dans beaucoup d’officines (pharmacies) et même dans certains centres de vaccination, voire centres commerciaux, on peut venir se faire vacciner, première dose comme dose de rappel, sans rendez-vous. On est loin de la pénurie de doses du printemps dernier. Le gouvernement a même encouragé les pharmacies à ouvrir les dimanches de décembre pour permettre la vaccination massive.

La situation à ce jour est très impressionnante. Il y a eu 780 000 doses injectées le vendredi 10 décembre 2021. Chaque jour, ce chiffre augmente comme le montre ce tableau de CovidTracker.fr (le nombre quotidien des doses injectées).

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Au 10 décembre 2021, il y avait donc 52 248 386 personnes ayant reçu au moins une dose (77,5% de la population totale, soit 90,6% de la population éligible), 51 172 620 personnes ayant reçu deux doses (ou ayant été complètement vaccinées) et 13 766 535 personnes ayant reçu la dose de rappel (20,4% de la population totale, soit 23,9% de la population éligible). C’est déjà beaucoup et on peut imaginer que l’objectif très ambitieux du gouvernement a des chances d’être atteint, à savoir 25 millions de doses de rappel avant Noël (c’est très ambitieux car il ne reste plus que deux semaines, mais le rythme est là).

C’est une course de vitesse puisque la baisse d’efficacité en pleine période épidémique est une catastrophe (contamination, transmission, réanimation pour les formes graves). La chance, c’est que la protection est renforcée quasiment immédiatement après la dose de rappel (après un ou deux jours), au contraire des deux premières doses avec plusieurs semaines de décalage.

Et même si la dose de rappel est nécessaire pour "booster" le système immunitaire (comme on dit), il n’y a pas de comparaison entre cette vague épidémique qui vaut la deuxième vague de novembre 2020 et ses conséquences sur le nombre d’hospitalisations et d’admissions en réanimation qui est beaucoup moindre qu’en automne 2020 (ainsi que le nombre de décès mais nous sommes encore loin du pic de cette vague, hélas).

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C’est ce qu’a voulu montrer le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal en venant ce samedi 11 décembre 2021 dans la matinée au centre commercial de Vélizy 2, l’un des grands centres commerciaux de la région parisienne. En effet, c’est là qu’il s’est fait injecter sa dose de rappel, et en choisissant le vaccin Moderna, alors qu’il a lui-même 30 ans, il a voulu signifier qu’il n’y avait pas de risque à le prendre (depuis quelques semaines, les personnes veulent du Pfizer et pas du Moderna). D’ailleurs, il n’y a qu’en France que des patients demandent une marque déterminée de vaccin, à l’étranger, ils laissent le choix aux médecins qui sont plus compétents qu’eux pour ce faire.

Bien entendu, on ne manquera pas de remarquer que le ministre est venu dans la commune où vote la candidate LR à l’élection présidentielle Valérie Pécresse, ancienne députée des lieux de 2002 à 2016. Du reste, depuis 2020, Valérie Pécresse est également conseillère municipale de Vélizy-Villacoublay, dont le maire depuis mars 2014, Pascal Thévenot, l’un de ses proches, lui avait succédé comme député le 20 mars 2016 avec la triple investiture LR-UDI-MoDem, et ce dernier s’est fait battre en juin 2017 par le candidat du MoDem Jean-Noël Barrot.

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Le hasard a fait que je me suis retrouvé dans ce centre commercial de Vélizy 2 quelques heures après la venue de Gabriel Attal. Je n’avais aucune envie de me retrouver ainsi dans un flot des consommateurs un week-end d’avant Noël mais j’avais une obligation personnelle (et médicale) pour y aller. J’ai pu constater qu’effectivement, il était possible tant de se faire tester que de se faire vacciner sans rendez-vous, et la file d’attente avait environ une trentaine de personnes (je ne sais pas ce que cela signifie en durée, car je ne sais pas combien il y avait de postes de vaccination).

Mon sentiment est partagé. D’une part, je trouve excellent cette capacité à offrir aux chalands de faire sa dose de rappel au milieu des courses (attention néanmoins à se ménager du repos dans les jours qui suivent, on peut se retrouver dans un fort état grippal avec fièvre assommante pendant un ou deux jours). D’autre part, ce centre commercial, probablement comme les autres, est un évident nid à virus, dans la mesure où plus de la moitié des gens ne respecte aucune distanciation physique ni ne porte correctement le masque, le nez dégagé si ce n’est le masque baissé jusqu’au cou.

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C’est malheureux à dire, mais il n’y a pas de demi-mesure : ou il n’y a aucune épidémie, il n’y a quasiment aucune vigilance (malgré les panneaux au sol, ou verticaux, les directions du centre de vaccination, de dépistage, qui rappellent qu’on est en pleine vague épidémique), ou on reconfine et le centre commercial est fermé. Et sans risque. Cela explique les mesures précédentes de confinement. On pourrait imaginer une solution intermédiaire où les gens sont respectueux des autres en gardant le masque et en gardant une certaine distance, mais c’est trop leur demander.

Pourtant, plus de 100 personnes meurent chaque jour du covid-19 en France et cela va sans doute augmenter les prochains avec une forte progression (en Allemagne, ce sont près de 500 décès par jour, niveau que je pense qu’on n’atteindra pas car une partie de l’Allemagne de l’Est a été peu vaccinée). Si on pensait au risque (dont il ne faut pas avoir peur), on aurait la vigilance pour ne pas contaminer les autres.

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Le gouvernement a fait le "pari" (je n’aime pas trop ce mot) de ne prendre quasiment aucune mesure de reconfinement pour cette très forte cinquième vague en pensant avec raison que la vaccination nous protégera d’autant plus que la dose de rappel sera généralisée. On peut reprocher à Emmanuel Macron de ne pas se déclarer candidat, et il est vrai qu’à moins de quatre mois du premier tour (10 avril 2022 !), il serait certainement temps, mais franchement, vous croyez qu’il en est déjà là quand un pays est en tel danger épidémique ? Qu’on ne sait pas ce qui se passera à Noël d’un point de vue épidémique. Sans compter les considérations économiques et la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne, le gouvernement ne peut pas se payer le luxe de faire campagne dès maintenant : il a encore trop de travail !

Et la réussite de la lutte contre la pandémie de covid-19, elle ne sera pas attribuée au gouvernement, mais à l’ensemble des Français. C’est pourquoi, hors de toute considération politique, les Français doivent garder leur vigilance pour préserver les personnes les plus fragiles, et c’est une roulette russe, cette femme de 54 ans qui avait voulu se faire passer pour une personne vaccinée, je suis persuadé qu’elle se croyait invincible et certainement pas une "personne fragile". Donc, la conclusion, ce n’est pas la peur, mais la raison, le sens des responsabilités, et finalement, la vigilance. Heureusement, 90,6% des personnes éligibles en font preuve aujourd’hui, c’est rassurant et très prometteur pour l’avenir de ce beau pays qu’est la France. Protégez-vous et protégez vos proches !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Faux passe sanitaire mortel et dose de rappel salutaire.
Gabriel Attal.
Cinquième vague : de nouvelles restrictions sanitaires ce lundi 6 décembre 2021 ?
Professeur Bertrand Guidet.
Troisième dose et fulgurance.
Confinement ou obligation vaccinale : faut-il écouter le docteur Martin Blachier ?
Martin Blachier.
La France d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 9 novembre 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Témoignage : je suis (presque) vacciné !
Témoignage : au cœur d’un centre de vaccination contre le covid-19 (1).
7 idées fausses sur le passe sanitaire.
Covid-19 : 5 millions de décès dans le monde et la 5e vague en France ?
Covid-19 : faut-il vacciner aussi les enfants de moins de 12 ans ?
Infection ou vaccination : quelle est la meilleure protection contre le covid-19 ?
Prolonger la possibilité du passe sanitaire jusqu’au 31 juillet 2022 ?
50 millions de vaccinés contre le covid-19 en France !
Covid-19 : comprendre la situation épidémique en Israël.

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3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 17:32

« Es-tu incapable de concevoir qu’il y ait des gens qui n’aiment pas vivre ? » (Amélie Nothomb, 1995).



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Ce lundi 6 décembre 2021 dans la matinée, le conseil de défense sanitaire se réunit une nouvelle fois pour encaisser la mauvaise nouvelle de la semaine dernière : la France est submergée par la cinquième vague, et a besoin de renforcer ses protections dans l’optique des fêtes de Noël.

Avant tout chose, précisions deux choses. La première, c’est que cette cinquième vague n’a rien à voir avec le variant omicron (25 cas détecté à ce jour en France) et sans doute que les informations sur ce variant d’origine sud-africaine a pollué l’importance de l’urgence sanitaire provenant du variant delta. Si le variant omicron devait poser un problème, soit qu’il est très contaminant au point de l’emporter sur les autres variants, soit qu’il est très agressif, soit les deux à la fois, on est pour l’instant dans l’expectative, ce problème se poserait à l’éventuelle sixième vague, vers la fin de l’hiver ou au début du printemps 2022, comme le variant alpha l’a été au printemps 2021.

La seconde chose est qu’il n’y a aucune surprise à observer maintenant une forte hausse des paramètres de l’épidémie, puisque cette cinquième vague a démarré en France dès la fin du mois de septembre 2021, et son démarrage est toujours très lent et progressif. Pourquoi serions-nous épargnés du tsunami allemand, suisse, autrichien, néerlandais, belge ? Dans ces pays, on commence à prendre des mesures très restrictives.

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Les journalistes, qui sont incapables de regarder les données sanitaires au jour le jour (pourtant, il n’y a pas besoin de sortir de Saint-Cyr), sont retombés dans le complexe de supériorité française : ça ne peut pas nous arriver car… (car on a le meilleur système de santé, ça au début, plus maintenant ; car on est parmi les mieux vaccinés, ce qui est vrai ; car c’est bientôt Noël et il ne faut pas ennuyer les Français avec cela, etc.). En février 2020, on le disait aussi en voyant l’horreur sanitaire en Italie, quelques semaines avant d’être submergé aussi par cette horreur.

Depuis une semaine, nous en sommes à environ 50 000 nouveaux cas dépistés par jour (51 624 le 4 décembre, 42 252 le 5 décembre), ce qui est énorme : impossible de retrouver les chaînes de contamination, impossible de tracer, d’enquêter, d’isoler… Le taux d’incidence est près de 450 nouveaux cas par 100 000 habitants en une semaine (une augmentation de 50% en une semaine !). Nous ne contrôlons plus rien et encore, avec les tests dits de confort payants, ce nombre est probablement sous-estimé. Notre vrai atout, celui de toute l’Europe occidentale (l’Est s’est beaucoup moins bien vacciné), c’est la vaccination et globalement, c’est vrai : il y a bien moins de morts par dizaine de milliers de cas détectés dans les pays massivement vaccinés.

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La surprise étonnante des journalistes, c’est de ne pas avoir imaginé que l’augmentation du nombre de cas aurait une conséquence mécanique (et différée de deux semaines) sur le nombre d’hospitalisations, le nombre d’admissions en réanimation, et hélas, sur le nombre de décès. La seule et heureuse conséquence de la vaccination, c’est que les niveaux de ces trois derniers nombres sont inférieurs à ceux-là lors des vagues précédant l’été 2021.

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En ce sens, il faut s’attendre à connaître le même sort que le Royaume-Uni. Actuellement, il y a 11 526 patients hospitalisés pour cause de covid-19 (au début de la vague, la moitié) dont 2 066 patients en réanimation. Il y a eu 635 décès ces sept derniers jours, soit une augmentation de 50% par rapport à la semaine précédente. Le seuil de 120 000 décès en France depuis le début de la pandémie va être franchi cette semaine (119 535 au 5 décembre).

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Plus inquiétante est l’Allemagne qui est maintenant à un rythme très dangereux, plus de 70 000 nouveaux cas par jour et un rythme quotidien autour de 400 décès, ce qui est beaucoup (le Royaume-Uni est de l’ordre de 200 et la France de l’ordre de 100 mais en France, cela va mécaniquement monter les prochaines semaines). Ce n’est pourtant pas compliqué d’anticiper, de prévoir cette situation : c’est la cinquième fois que cela arrive et dès la remontée du taux d’incidence, à la fin du mois de septembre, c’était imaginable sans être devin.

Faut-il considérer que le gouvernement n’a pas anticipé ? Je ne le pense pas. Il ne doit pas répondre qu’à des impératifs sanitaires mais aussi politiques et surtout économiques. Tant qu’il n’y a pas à s’inquiéter (à l’hôpital), il veut permettre le déroulement normal de l’économie et de la société. Mais ne disons pas qu’il faudrait plus de place en réanimation : un patient en réanimation sur trois meurt encore du covid-19, il faut donc les empêcher d’être en réanimation, soit en se faisant vacciner, soit en se protégeant par les gestes barrières. Ce qu’il faut, c’est réduire le taux d’incidence, pas le laisser s’enflammer à des niveaux que connaît aujourd’hui l’Allemagne fédérale.

L’introduction du passe sanitaire a été un grand avantage français sur les pays voisins dans cette cinquième vague car elle a permis d’anticiper et de retarder l’arrivée exponentielle. Aujourd’hui, pas un député ne viendrait critiquer la prolongation du passe sanitaire et si le gouvernement ne l’avait pas demandée (et obtenue) au Parlement, l’opposition lui aurait reproché de ne pas avoir anticipé et elle aurait eu raison. Toute la politique sanitaire du gouvernement est de ne pas reconfiner ni proclamer le couvre-feu. Pour l’instant, contrairement à nos voisins, cela a tenu, mais il est maintenant clair que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour freiner la circulation du virus.

On peut faire dans le déni, ou en rendant coupable le gouvernement français de cette résurgence épidémique qui vient de l’Est, c’est une réaction d’enfant et il ne faut alors pas s’étonner que le gouvernement fasse dans l’infantilisation. Cette infantilisation a un cadre manichéen : soit tout va bien, au point d’oublier les gestes barrières, soit il faut de la gravité en donnant un coup de massue (confinement, couvre-feu). Il y a rarement de la demi-mesure, c’est-à-dire, laisser les gens libres tout en imposant le respect des gestes barrières. Pourtant, dans leur grande majorité, les "gens" sont responsables, ils répondent présents aux appels du gouvernement ou du Président de la République (on le voit pour la troisième dose, on le voyait aussi pour les premières doses en juillet, on le voyait pour les différents confinements). Le peuple français comprend et accepte les efforts, mais il a peut-être besoin d’avoir peur avant de réagir.

Deux ans après le début de la crise, le déni devrait passer à un autre stade, plus efficace, plus pragmatique : que faire pour éviter, contrôler, lutter contre l’épidémie ? Dès lors qu’il y en a qui ont politisé le covid-19 (Donald Trump le premier), il est de toute façon difficile de les sortir de cette impasse complotiste. Pour rassurer : c’est normal, dans toutes les épidémies, depuis mille ans, il y a eu ces mouvements irréfléchis ou irrationnels qui rendent la lutte collective plus compliquée, et c’est pour cela que le gouvernement, bien sûr, doit faire avec cette situation. La communication joue un rôle aussi important que la raison.

Insistons aussi sur le fait que le vaccin n’est jamais efficace à 100%. Donc, il y aura toujours des personnes vaccinées qui seront contaminées, voire hospitalisées et même en réanimation, mais la probabilité de s’y retrouver est bien plus faible que si la personne n’est pas vaccinée. De plus, la perte d’efficacité du vaccin au bout de cinq à six mois explique aussi la décision de faire une dose de rappel massivement dans toute la population (aujourd’hui, à un rythme quotidien d’environ un demi million, ce qui est une performance).

Vendredi 3 décembre 2021 sur LCI, le professeur Bertrand Guidet, chef du service de médecine intensive et réanimation de l’hôpital Saint-Antoine à Paris et membre de l’Académie nationale de médecine, habitué des plateaux de télévision, s’est montré sous un jour très différent, complètement ému, voire en colère. Trémolos dans sa voix, il en a marre d’être le service après-vente de l’irresponsabilité de ses contemporains !

Ses places dans son service se remplissent très vite pour soigner les malades du covid-19, son personnel est déjà épuisé et le pire est à venir puisque la situation hospitalière correspond à la situation épidémique d’il y a quinze jours, c’est-à-dire avant la "montée fulgurante". Il a pris l’exemple dans son service d’un enseignant qui refusait d’être vacciné et qui allait être intubé dans les heures qui venaient. Cette place aurait pu être occupée par un malade du cancer si ce patient avait été vacciné.

Bertrand Guidet fait partie généralement des médecins modérés qui souhaitent temporiser, ne pas faire peur mais alerter cependant, évitant toute polémique politique vaine. Or, ce soir-là, il s’est interrogé gravement. Bientôt, il va devoir répondre à la question : qui faudra-t-il choisir s’il y a trop de demandes en réanimation : un malade du cancer qui a fait l’effort d’être vacciné ou un malade du covid-19 non-vacciné ?

Il s’est en outre résolu à proposer trois pistes pour répondre à cette cinquième vague : l’obligation vaccinale, car l’irresponsabilité des personnes non-vaccinées met en danger les patients qui ont d’autres pathologies (le professeur Axel Kahn avait évalué à 13 000 décès les conséquences de la première vague sur les malades du cancer qui n’avaient pu être dépistés ou soignés à temps) ; la vaccination des enfants de moins de 12 ans (leur taux d’incidence est nettement supérieur à la moyenne, la contamination passe par les enfants avec l’école) ; enfin, de nouvelles restrictions pour les personnes non-vaccinées.

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Bien entendu, le professeur Guidet était lucide sur le fait que c’étaient des propositions sanitaires et qu’elles n’ont pas été analysées sous l’angle politique, admettant d’ailleurs que l’acceptation de nouvelles mesures restrictives est un élément majeur de leur réussite. Gabriel Attal, qui contrôlait les passes sanitaires le 4 décembre 2021 à l’aéroport de Roissy Charles-De-Gaulle (LCI titrait de manière très ambiguë : "Contrôles à Roissy : Gabriel Attal interpellé" !), a encore réaffirmé qu’il n’était pas question de prendre des mesures de confinement, de couvre-feu ou encore d’obligation vaccinale (comme compte le décider le futur Chancelier allemand Olaf Scholz et comme le réclame le parti socialiste en France).

En tout cas, le gouvernement est attendu ce lundi 6 décembre 2021 sur de nouvelles mesures sanitaires pour encaisser le mieux possible le nouveau choc hospitalier. Faudra-t-il agir sur le télétravail au risque de réduire l’activité économique ? réinstaurer des jauges dans les lieux fermés recevant du public ? généraliser la vaccination des enfants ? Le taux d’incidence est déjà supérieur à celui de la troisième vague, mais heureusement, ce n’est pas le cas encore sur le plan hospitalier. Ce nouveau tour de vis est particulièrement délicat à décider : les fêtes de Noël et l’élection présidentielle sont toujours en arrière-plan. Je ne doute pas que le gouvernement privilégie l’esprit de responsabilité sur toute autre considération, en particulier électoraliste.

Cet esprit de responsabilité, ce n’est pas ce qui transpirait chez Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour qui, en réunissant leurs milliers d’adeptes ce dimanche 5 décembre 2021, ont pris le grave risque de créer des foyers épidémiques mortifères. En renonçant à leur meeting de la Porte de Versailles prévu le 11 décembre 2021, Les Républicains et Valérie Pécresse ont au moins montré sérieux et sens des responsabilités, c’est heureux.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


(Les quatre graphiques proviennent du site de Guillaume Rozier : www.covidtracker.fr ; merci à lui !)


Pour aller plus loin :
Cinquième vague : de nouvelles restrictions sanitaires ce lundi 6 décembre 2021 ?
Professeur Bertrand Guidet.
Troisième dose et fulgurance.
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Covid-19 : comprendre la situation épidémique en Israël.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211203-bertrand-guidet.html

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 07:15

Parmi l'une de ses dernières interventions dans les médias, le professeur Axel Kahn a été l'invité de Léa Salamé dans la matinale de France Inter le lundi 17 mai 2021. Il y évoquait sa mort prochaine. On peut le réentendre sur le site de Radio France.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'interview (fichier .mp3) :
https://rf.proxycast.org/b29840e6-6438-4590-99b0-696b70615f08/11710-17.05.2021-ITEMA_22673029-2021F16770S0137.mp3

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210706-axel-kahn.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210517-interview-axel-kahn.html




 

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 03:52

« La santé peut paraître à la longue un peu fade.
Il faut, pour la sentir, avoir été malade. »
(Jean-François Collin d’Harleville (1788).



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La conférence de presse très attendue du Premier Ministre Jean Castex, tenue ce jeudi 18 mars 2021 à 19 heures, a présenté les nouvelles mesures sanitaires pour le pays. L’objectif a toujours été très clair : freiner la circulation du virus alors que l’épidémie est en train d’exploser de nouveau.

Jean Castex, comme Olivier Véran qui s’est exprimé après lui, ont eu du mal à donner un nom à ces mesures : confinement ou pas confinement ? Pour la première fois depuis un an, ces mesures très sévères n’ont pas été énoncées par le Président de la République Emmanuel Macron mais par le Premier Ministre clairement responsable au sein de l’exécutif de ce sujet depuis Noël.

Autre innovation, ces mesures sont prises à l’échelon territorial et pas sur toute la France. Sont concernés seize départements, la région Île-de-France, la région Hauts-de-France, les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime et l’Eure. Ils représentent environ 20 millions d’habitants et 40% du PIB. Les "élus locaux" ont été contactés et consultés avant l’annonce des mesures.

Ces mesures prennent effet ce vendredi 19 mars 2021 à minuit pour une durée minimale de quatre semaines (16 avril 2021). D’autres départements, le cas échéant, en fonction des différents paramètres, pourraient rejoindre ces seize départements.

C’est un confinement : les mesures sont applicables sept jours sur sept et pas seulement le week-end ; seuls restent ouverts les commerces dits "essentiels" (l’alimentaire, mais aussi les livres et la musique, au contraire de l’automne 2020) ; il faut une attestation pour aller se promener, sortir de chez soi, à moins de 10 kilomètres de chez soi ; les déplacements interrégionaux sont interdits.

Ce n’est pas un confinement : pas de limite de durée pour les promenades ; assouplissement des horaires du couvre-feu qui commence (sur tout le territoire) à 19 heures au lieu de 18 heurs (en raison de l’heure d’été) ; les écoles maternelles, primaires et les collèges restent ouverts, les lycées restent ouverts sous condition de jauge (à moitié) ; assouplissement du sports en plein air pour les enfants, tant en scolaire qu’en extrascolaire.

Même Olivier Véran, qui a fait une présentation très utile sur les différentes étapes et possibilités pour un personne en cas de contamination, n’a pas vraiment été capable de qualifier ces mesures sanitaires. Cela ressemble à une politique du en-même-temps. Par exemple, à quoi sert un horaire de couvre-feu dans un territoire en confinement ? Le confinement n’est-il pas un couvre-feu étendu à toute la journée ? On avait déjà eu cette bizarrerie en décembre dernier.

Jean Castex a évoqué l’origine des contaminations. L’une, à environ 30% (il me semble) des contaminations aux origines connues, est sur le lieu de travail, soit par relâchement (pas de masque, etc.), soit au moment de déjeuner ou de la pause-café. Il a redit son exhortation à faire quatre jours de télétravail sur cinq, selon les possibilités. Mais cette recommandation ne change pas depuis plusieurs mois, rien de nouveau, et impossible d’obliger au télétravail, cela dépend des activités et seul le chef d’entreprise est capable d’en discerner les possibilités. De toute façon, les inspecteurs du travail ne sont pas en nombre suffisant pour aller vérifier dans chaque entreprise que les recommandations du gouvernement sont appliquées.

Les éditorialistes s’en sont donnés à cœur joie sur cette ambivalence : on peut critiquer le principe de demi-mesures, l’absence de mesures "radicales" pour réellement freiner la circulation du virus, mais on peut critiquer aussi de nouvelles contraintes après un an de crise sanitaire qui provoquent une réelle lassitude des efforts, le mot lassitude a été prononcé par Jean Castex.

Les uns évoquent les "perdants" de ces mesures, à savoir les professions culturelles, les restaurateurs, etc., sans se rendre compte qu’il y a actuellement des centaines de personnes qui meurent chaque jour du covid-19 (autour de 300) et qu’il y a des risques, sauf effet de la vaccination (40% des personnes de plus de 75 ans ont déjà été vaccinées en première injection), que ce nombre monte proportionnellement au nombre de nouveaux cas.

Les autres, à mon sens "pires", expriment leur colère en disant qu’il aurait suffi de quelques centaines voire milliers de lits en réanimation supplémentaires pour éviter de reconfiner aujourd’hui la région capitale. En quelle langue faudrait-il leur dire ? Les lits de réanimation ne sauvent pas tout le monde, le tiers mourra du covid-19. Il faut bien sûr autant de lits de réanimation que nécessaires pour soigner et sauver les malades, mais plus il y a de malades en réanimation, plus il y a de décès. Et sans freiner la circulation du virus, le nombre d’admission en réanimation, suivant également l’exponentielle, ne correspondra jamais à une quelconque anticipation, aussi ambitieuse soit-elle, car il sera trop élevé.

Ces deux types d’éditorialistes, en fait, râlent surtout parce qu’ils sont dérangés dans leur petit confort même si le confinement-là impactera peu leur vie car ils auront une attestation professionnelle pour aller où bon ils voudront, mais ils continueront à protester contre la fermeture des restaurants (chic si possible), des opéras, des théâtres, etc.

Bref, dans une crise sanitaire, c’est peut-être malheureux pour la démocratie (le premier droit pour pratiquer la démocratie, avant la liberté, c’est de rester en vie, sinon tout le reste est inutile et sans objet), j’écris "peut-être" car en Europe, nous savons tous que les contraintes sont toujours provisoires et ceux qui prétendraient le contraire sont de mauvaise foi (mais après tout, la mauvaise foi n’a jamais été interdite et c’est d’ailleurs une caractéristique de la démocratie, au même titre que la liberté d’expression), mais le premier devoir d’un État, c’est de protéger les plus faibles, les plus vulnérables.

Le nombre de nouveaux cas quotidiens explose désormais, hélas. Certains, autour d’eux, peuvent le constater personnellement (dans son lieu de travail, dans la ville où ils habitent, dans des associations, etc.). Personnellement, depuis deux semaines, je l’ai constaté dans deux milieux très différents. Cela désorganise complètement l’économie : chaque nouveau cas détecté, non seulement, doit s’isoler pendant ix jours (au moins), mais il fait isoler ses éventuels cas contact (pendant la même période d’incubation). Ne rien faire pour freiner la circulation du virus, c’est, à moyen terme, paralyser l’économie.

Le 18 mars 2021, il y a eu 35 000 cas, la veille (généralement, les chiffres donnés le mercredi sont plus élevés dans la semaine que ceux du jeudi), c’était 38 500. On est parti d’environ 15 000 et l’on s’achemine à 40 000. Le taux d’incidence de la région Île-de-France est affolant : 404 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants le lundi 15 mars, 419 le mardi 16 mars, 425 le mercredi 17 mars, 446 le jeudi 18 mars 2021 (10% de plus en trois jours seulement). Le nombre d’admissions en réanimation suit vertigineusement la même pente. 4 246 au niveau national, 1 201 en Île-de-France (les deux nombres remontent).

Les mesures annoncées le 18 mars 2021 seront-elles efficaces ? Tout le monde l’espère, mais l’avis de nombreux médecins hospitaliers est déjà forgé : ce ne sera pas suffisant. Le confinement territorial ne se comprend que si les régions non confinées ne sont pas dans une situation alarmante, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Partout, le virus circule, et le dispositif adopté pourrait rajouter de nouveaux départements au fil des prochaines semaines.

Oui, le virus continue ses ravages, mais ce n’est pas spécifique à la France, en Pologne, en Italie, en République tchèque, etc., il semble y avoir une nouvelle vague et l’Allemagne, encore sous confinement long, lutte pour contenir cette nouvelle vague. Le gouvernement n’y est pour rien, je l’ai écrit et répété. Ce qu’il peut faire, c’est accompagner ces vagues de manière plus ou moins efficace. Il suffit de regarder ce qu’il en est dans deux pays durement touchés : depuis l’arrivée de Joe Biden (il y a deux mois) et la généralisation du port du masque, il y a eu une nette baisse du nombre de contaminations et, par voie de conséquence, du nombre de décès (l’effet de la vaccination massive est aussi à prendre en compte). Au contraire, lorsqu’on se moque de cette épidémie, cela donne un pays comme le Brésil, probablement le pire actuellement, avec plus de 2 000 décès par jour et qui va atteindre un total de 300 000 décès dans une semaine (les États-Unis, eux, viennent de dépasser 550 000 décès).

Seuls les bisounours peuvent dire, par "lassitude" : pouce, le virus, c’est fini, retourne d’où tu viens, je ne veux plus jouer ! Mais il ne négocie pas, il ne joue pas, il n’est même pas vivant, il est une sorte d’éruption de la nature, celle qui a permis l’Évolution, et les humains, grâce à leur génie, ont heureusement trouvé rapidement (en moins d’un an) la parade pour sortir de ce cauchemar : la vaccination.

C’est donc effectivement sur la capacité du gouvernement à assurer le plus rapidement possible la vaccination à tous les habitants que sera jugé, in fine, le Président Emmanuel Macron lorsque sera venu l’heure du bilan de cette crise sanitaire. L’objectif du gouvernement est d’autant plus ambitieux qu’il y a des "embûches" (retard d’approvisionnement, etc.) : 10 millions de personnes vaccinées au 15 avril 2021 (début de la vaccination des 50-75 ans), 20 millions au 15 mai 2021 et 30 millions au 30 juin 2021. On est actuellement à plus de 5,3 millions de personnes vaccinées en France (au 18 mars 2021). La vaccination massive de la population permettra la réouverture des lieux sociaux et un retour progressif à la vie normale mais si on ne retrouvera jamais la vie d’avant-covid (par exemple, définitivement finie, la bise à la collègue !).

L’histoire dira si le gouvernement a eu raison de suivre ses partenaires européens en suspendant provisoirement la vaccination avec le vaccin AstraZeneca. Jean Castex a en tout cas compris, avec un peu de lenteur, que la politique de l’exemple est le meilleur moyen de convaincre ses compatriotes d’aller se faire vacciner. Qui irait lui reprocher de se faire vacciner bien que moins de 75 ans, sans comorbidité ? S’il y a bien des personnes qui vivent dangereusement en période de crise sanitaire, ce sont bien les responsables politiques, surtout ceux au pouvoir, qui rencontrent chaque jour de très nombreuses personnes différentes (d’ailleurs, nombreux furent les ministres qui ont été contaminés depuis un an).

Olivier Véran a eu sa première dose d’AstraZeneca le 8 février 2021. Jean Castex va l’avoir ce vendredi 19 mars 2021 dans l’après-midi, le jour même de la reprise de cette vaccination. Pour ces prochains mois, ce devra être l’obsession majeure du gouvernement : vacciner, vacciner ! Vacciner matin, midi et soir, vacciner la nuit, le week-end. Cette course de vitesse est une course de la vie. À chacun d’y prendre sa part. D’y prendre sa dose.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alors, confinement ou pas confinement ?
Pr. Gilbert Deray.
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210318-covid-cv.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/alors-confinement-ou-pas-231726

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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 03:53

« On va soit confiner le pays une bonne fois pour toutes, comme on aurait dû le faire il y a déjà quelques mois, soit on ne contiendra pas l’épidémie à covid-19. » (Pr. Gilbert Deray, le 16 mars 2021 sur LCI).


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Mon titre est un pastiche de ce que l’ancien Président du Conseil Edgar Faure a sous-titré lorsqu’il a sorti en 1982 le premier tome de ses mémoires : "Avoir toujours raison …c’est un grand tort" (chez Plon). Hélas, lorsqu’il y a des vies humaines en jeu, c’est toujours triste de constater que ses craintes étaient fondées sur la réalité. En fait, sur le plateau de David Pujadas le soir du mardi 16 mars 2021 sur LCI, ce n’était pas de la tristesse mais une certaine forme de colère, une colère calme, courtoise, polie, mais une colère affirmée qui avait envahi le visage du professeur Gilbert Deray.

Gilbert Deray est un grand médecin, chef du service de néphrologie à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris. Ses compétences sont reconnues internationalement et il n’est pas du genre à semer la polémique dans les médias à cause d’un ego proche de l’embolie. Il a répondu aux questions désespérément naïves de David Pujadas qui s’accrochait dur comme fer à l’idée qu’on est encore sur un plateau, que le nombre de nouveaux cas ne bougeait pas, alors que lui-même, cinq minutes auparavant, venait de présenter une carte de France presque verte (sauf Hauts-de-France, Île-de-France et PACA) il y a sept jours (carte du taux d’incidence) et une autre carte de France, du jour de l’émission (le 16 mars 2021) complètement rouge, prouvant que loin d’être stable, au contraire, la situation est alarmante et empire !

Pourquoi ceux qui savent, ceux qui pratiquent, ceux qui ont l’expérience ne sont-ils donc pas écoutés ? David Pujadas s’est "complu" à demander : oui mais "vous" (les spécialistes), vous vous êtes trompés, vous nous aviez prévu une montée et elle n’a jamais eu lieu !

Mais c’est faux, cette affirmation ! La professeure Karine Lacombe, invitée chez Bourdin sur BFM-TV le 20 janvier 2021 (pas hier, il y a deux mois !) disait très clairement : « L’épidémie progresse (…). On s’attend à un mois de mars très dur. ». Le mois de mars 2021 sera dur parce que les premiers variants anglais sont arrivés en décembre 2021 en France. En Angleterre, on a détecté les premiers en septembre 2020 et cela s’est enflammé en décembre. Cela correspond donc à mars-avril en France. On a cru que l’absence de hausse en février signifiait une fin d’épidémie, c’était trompeur mais on pouvait le prévoir. Du moins, ceux qui observaient scrupuleusement, chaque jour, les chiffres.

Mais Gilbert Deray n’a pas répondu à David Pujadas avec cette argumentation. Il a simplement dit que ce n’était pas le fait qu’il y ait une hausse ultérieure ou pas qui posait un problème, mais déjà le niveau haut du plateau qui signifiait qu’on acceptait en conscience que chaque jour, 300 à 400 personnes perdent leur vie à cause du covid-19 en France. C’est comme si l’État les lâchait, lâchait ces personnes les plus vulnérables au profit de je ne sais quel intérêt économique ou politique qui tarde à venir de toute façon. C’est ce constat intolérable que le professeur Axel Kahn cherche aussi à exprimer depuis six semaines.

Il y a eu un conseil de défense sanitaire ce mercredi 17 mars 2021 matin, et une annonce sur de nouvelles mesures sanitaires est prévue dans une conférence de presse de Jean Castex et Olivier Véran le lendemain, jeudi 18 mars 2021 à 18 heures, le temps, a déclaré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, de "consulter" les élus locaux. Valérie Pécresse, président du conseil régional d’Île-de-France, et Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, ont ainsi été contactés dans la journée par le Premier Ministre ou le Ministre de la Santé. Dans les tuyaux, un confinement plus ou moins dur de l’Île-de-France et des Hauts-de-France.

Mais c’est trop tard, a lâché Gilbert Deray avec un amer pessimisme : « Moi qui appelle à du confinement depuis des semaines et des semaines (en Île-de-France), eh bien, c’est trop tard, parce que comment vous allez confiner une région maintenant ? Dans ce que dit le conseil scientifique, quand on le lit bien, il ne dit pas seulement qu’il faut confiner des régions. Il dit aussi : faut qu’on soit efficace ! Et pour être efficace, il faut qu’autour, ce soit vert. Mais il n’y a plus de zones vertes. (…) Si nous confinons aujourd’hui l’Île-de-France, plus PACA, plus les Hauts-de-France, je ne vois pas bien à quoi ça va servir. ».

Auparavant, après avoir exprimé sa surprise et son amertume sur la suspension provisoire du vaccin AstraZeneca (je reviendrai peut-être sur le sujet plus tard), Gilbert Deray a rappelé que le plateau supposé n’était pas un plateau : « Nous sommes depuis des semaines dans la même situation, qui est une situation de plateau très élevé. Et d’ailleurs, je vais vous l’illustrer. Dimanche, notre Premier Ministre nous disait : en Île-de-France, ça va encore parce qu’on est à moins de 400. Lundi, on était à plus de 400. ».

404 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants en Île-de-France le 15 mars 2021, mais 419 le 16 mars 2021, et cela se poursuit. Rappelons que le critère pour passer en couleur "orange" dans un département est de ramener le taux d’incidence à moins de 50 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants. Actuellement, en Île-de-France, on est à environ dix fois plus que ce seuil, et l’on devrait s’estimer satisfait ? Notons qu’au niveau national, ce taux d’incidence était de 252,5 au 14 mars 2021 (cinq fois plus que le seuil fixé comme insupportable).

La semaine dernière, un autre éminent scientifique et praticien hospitalier, le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Tenon à Paris, invité d’Anne-Élisabeth Lemoine le 12 mars 2021 dans "C à vous" sur France 5, avait eu le même genre de réflexion : « On sait très bien, et ça a été donné dans le dernier avis du conseil scientifique, que plus on repousse le confinement, que ce soit national ou régional, plus il sera dur et plus il sera long. Les Français n’ont pas intégré cette donnée-là, en tout cas, elle n’a pas été intégrée parce qu’on ne leur a pas expliqué. ».

Gilles Pialoux enrageait d’ailleurs sur une expression souvent répétée par le gouvernement : « "Un jour de gagné", c’est une expression qu’en tant que soignant, je ne supporte pas parce que pour l’instant, on n’a pas démontré que c’étaient des jours de gagné. Un jour de gagné, c’est 25 000 cas et 300 morts, donc, on ne peut avoir ce discours. Je trouve que les mots ont leur importance. Ce ne sont pas des jours de gagné parce qu’on ne sait pas quel est, au bout, ce qu’on aura gagné. ». Quelques jours plus tard, c’est plus de 30 000 voire plus de 35 000 nouveaux cas par jour dont il faut tenir compte.

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Aujourd’hui, effectivement, la situation est encore plus grave. Une semaine déjà est passé avec cette phrase : « Toutes les douze minutes, un Francilien est admis en réanimation. » avait constaté le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran le 11 mars 2021 (une éternité déjà !). Mais ce mercredi 17 mars 2021 au soir, la situation est désormais plus claire que jamais, et ceux qui n’avaient pas compris vont se réveiller avec la gueule de bois : nous sommes bien, hélas, en début de courbe exponentielle. Il y a eu 38 501 nouveaux cas testés positifs au covid-19 en une seule journée. On a, hélas, une hausse brutale depuis quelques jours qui ne laisse rien augurer de bon.

Insistons sur le fait que le Président Emmanuel Macron n’y est pour rien, il ne fait que réagir à cette probable troisième vague, il ne l’a pas initiée, tout au plus pourrait-on lui reprocher (et je le fais) de ne pas l’avoir anticipée, de ne pas l’avoir anticipée sciemment. La France n’est pas seule dans cette nouvelle tempête et l’Italie, l’Allemagne, les pays d’Europe centrale et orientale sont également touchés par ce regain épidémique.

C’est difficile de dire que la campagne de vaccination aura des effets rapides, mais il semble désormais établi que ces effets sont néanmoins plus rapides que prévus. La lenteur de cette campagne ne permet cependant pas d’éviter des mesures nouvelles pour freiner la circulation du virus avant la fin du printemps 2021. L’aspect positif est que les vaccins existent, sont très efficaces et aussi rapidement très efficaces (dans les EHPAD, c’est quasiment le jour et la nuit). L’aspect négatif de la situation actuelle, c’est que le variant anglais semble atteindre, dans la forme grave de la maladie, un plus grand nombre des personnes plus jeunes que l’an dernier. Beaucoup de faits actuellement observés déboussolent les scientifiques car il faudra beaucoup de temps d’analyse pour comprendre vraiment ce qui se passe sous nos yeux.

Même le nombre d’admissions en réanimation est sujet à étonnement. En forte hausse depuis deux semaines, atteignant 4 239 le 16 mars 2021 (en Île-de-France 1 177, soit plus que le pic de la deuxième vague), ce nombre est redescendu de 20 personnes le 17 mars 2021 (de 16 en Île-de-France) malgré une hausse continue du nombre de cas depuis plus d’une semaine.

L’une des grandes difficultés du coronavirus SARS-CoV-2, c’est la cinétique de l’épidémie, la durée entre la contamination et les premiers symptômes, la durée entre la capacité à contaminer les autres et les premiers symptômes, la durée pendant laquelle le malade peut contaminer les autres, ainsi que la durée de séjour en service de réanimation qui s’allonge au fur et à mesure que l’âge moyen diminue. Ce rallongement de cette durée de séjour en réanimation renforce évidemment la tension hospitalière. Ces données signifient aussi qu’on ne pourra pas voir les conséquences d’éventuelles nouvelles mesures sanitaires avant deux à trois semaines. Dans tous les cas, et comme chaque jeudi, rendez-vous est pris ce jeudi soir à 18 heures.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pr. Gilbert Deray.
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210316-gilbert-deray.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/avoir-raison-trop-tot-est-toujours-231708

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/17/38871655.html




 

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16 mars 2021 2 16 /03 /mars /2021 03:28

« Les voyageurs parlent d’une espèce d’hommes sauvages, qui soufflent au passant des aiguilles empoisonnées. C’est l’image de nos critiques. » (Diderot, 1758).



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Il y a exactement un an, le 16 mars 2020, dans une allocution télévisée, le Président Emmanuel Macron a annoncé le confinement strict de tout le pays. À cette occasion, plutôt maladroitement, il a parlé d’une guerre à mener. La pandémie de covid-19 avait démarré probablement dès novembre 2019, voire avant, mais ce fut à ces minutes que la plupart des Français ont réellement compris la gravité de l’événement mondial. Sidération, peur (oui, peur !), responsabilité, solidarité. On est entré dans une période compliquée et totalement nouvelle. Une période d’incertitudes, de connaissances éparses, de déstabilisation généralisée mais aussi de remise en cause multiples.

Cela faisait déjà près de deux mois que beaucoup de citoyens se croyant éclairés par de nouveaux outils d’information s’étaient improvisés virologues, épidémiologistes, infectiologues, etc. mais le confinement a apporté une note supplémentaire dans l’information et la désinformation ambiante : beaucoup plus de monde avait du temps pour rechercher de l’information ou de la désinformation.

Au fil des semaines et des mois, au fil des montées et des descentes épidémiques, la contestation politique s’est exprimée sous une forme complètement improductive de critiques contre le gouvernement. Ces critiques peuvent être sincères mais elle se trompent d’objectif : l’ennemi, c’est le virus et maintenant, ses variants. L’ennemi, ce n’est pas le gouvernement qui, comme ceux des autres pays, doit faire face avec plus ou moins de pertinence et d’anticipation. Dans les sondages, si les critiques ne sont pas exclues dans la gestion par le Président de la République actuel, il est clairement dit qu’aucune autre personnalité politique n’est créditée du potentiel de faire mieux.

Je ne parle évidemment pas des "fake news" et des propos ouvertement complotistes qui, par la nouveauté de la maladie, ses faces inconnues, ses zones obscures et les connaissances qu’on a pu petit à petit acquérir au fil du temps, ont pu s’engouffrer dans la brèche de la crédulité. Pour dire quoi ? Que ce serait une manipulation ? Mondiale ? Dans chaque pays du monde ? Que les 2,7 millions de personnes décédées n’auraient que fait un mauvais rêve et qu’il faudrait qu’elles quittent leur tombeau pour retrouver le cours de leur vie d’avant-covid-19 ? Que les 121 millions de personnes dépistées positives, plus toutes les autres, non dépistées, surtout pendant la première vague, n’auraient jamais rien eu qu’une petite grippe ? même ceux qui, après deux ou trois mois d’hospitalisation, gardent des séquelles durables ?

On peut évidemment faire des comparaisons. En France, comme on est défaitiste, on se croit toujours les pires, et pourtant, parmi les pays "les plus comparables", la France n’a vraiment pas à rougir. Car finalement, quel est le principal critère à prendre en compte ? Les dégâts humains, le nombre de décès (on pourra aussi reporter sur la population totale mais est-ce si pertinent ?).

Sur ces deux funestes indicateurs, la France est loin d’être dans le bilan honteux : 90 762 décès à ce jour, le 15 mars 2021 (soit 0,139% de la population nationale), à comparer avec les 548 000 décès des États-Unis (0,165%), les 125 600 décès du Royaume-Uni (0,184%), les 102 500 décès de l’Italie (0,170%), les 72 500 décès de l’Espagne (0,155%)… Seule, l’Allemagne affiche un nombre nettement plus bas, avec quand même plus de 74 100 décès (0,088%), mais le pays a eu "de la chance" d’avoir été peu touché lors de la première vague et la deuxième vague a été très dure pour l’Allemagne avec des pics de 1 200 voire 1 400 décès chaque jour, et cela malgré un système de santé qui était sans arrêt vanté de ce côté-ci du Rhin.

En fait, c’est vraiment stupide de dire que les gouvernements ne savent pas anticiper parce que le virus suit une logique complètement floue et aléatoire (comme la météo), sans compter qu’on ne connaissait même pas son existence ni ses caractéristiques avant janvier 2020. Il faut au contraire saluer l’extraordinaire puissance des scientifiques du monde entier à avoir su, d’une part, séquencer très rapidement le coronavirus, d’autre part, évaluer les différents modes de contamination et de protection, enfin, concevoir et mettre sur le marché en moins d’un an des vaccins avec une efficacité exceptionnelle (97% pour le vaccin Pfizer-Biontech).

Tout ce qui est nouveau fait peur, et c’est très normal. Une telle pandémie fait peur, angoisse, on ne peut même pas dire qu’on pourrait prendre l’avion et se réfugier discrètement en Amérique latine. Il faudrait aller au Pôle Nord, ou sur Mars pour pouvoir quitter ce cauchemar que j’espère provisoire.

Du gouvernement français qui a géré cette crise sanitaire, on n’a fait que reproches sur reproches.

Par exemple, les masques chirurgicaux. Tout le monde pouvait comprendre la pénurie de masques dans un contexte où 7 milliards d’être humains en avaient besoin au même moment (toutes les quatre heures) et dont la production était essentiellement basée dans une région de Chine qui avait arrêté toutes ses usines pendant plusieurs semaines. Que les masques fussent réservés au personnel soignant, alors que des médecins sont morts du covid-19, ne paraît pas inopportun. Aujourd’hui, il n’y a plus de pénurie, les masques coûtent même bien moins cher qu’en mai 2020 et tout le monde les utilise sans que cela soit un problème, même les plus récalcitrants ont fini, au fil des mois, par les porter et même, les porter "bien", en recouvrant le nez.

Autre exemple, les tests PCR. Oui, évidemment, il y avait aussi pénurie des différents composants du test, et donc, cela ne paraissait pas anormal que les personnes faiblement touchés par le covid-19 ne fussent pas dépistées et seulement "soupçonnés de covid-19", comme c’est, du reste, le cas pour la plupart des maladies infectieuses. Aujourd’hui, après une phase effectivement de mise en route (le déploiement des laboratoires d’analyses, etc.), la France peut s’enorgueillir d’être parmi les pays qui dépistent le plus massivement, et cela gratuitement contrairement au Royaume-Uni. Ainsi, au 15 mars 2021, près de 58 millions de tests ont été réalisés depuis le début de l’épidémie, à comparer, par exemple, à l’Allemagne (le fameux modèle qu’on sort sans arrêt tout en la haïssant) qui n’en a réalisé que 46 millions (avec pourtant 30% de population en plus).

On pourrait aussi prendre l’exemple de la vaccination, seule sortie rapide possible de cette satanée crise, et la France n’a pas à rougir de ses 5,14 millions de personnes vaccinées, en particulier les plus fragiles. Ce n’est évidemment pas assez rapide et la suspension d’AstraZeneca ne fait pas l’affaire de cette stratégie de vaccination (j’y reviens plus loin), mais tout le monde comprend que, comme pour les masques, l’industrie pharmaceutique ne peut pas produire 14 milliards de doses (deux fois la population mondiale) en un simple claquement de doigts et ceux qui voudraient avoir des doses pour les leurs seuls sans se préoccuper des autres savent que c’est stupide. Car il faudra limiter les foyers d’infection partout dans le monde (l’expansion de l’épidémie en janvier-mars 2020 a montré que ces foyers s’exportent rapidement dans un monde globalisé).

Parmi les autres critiques, il y a les revendicatifs ou les "y avait qu’à faire" qui sont totalement improductifs. Par exemple, les lits de réanimation. Le problème n’est pas le manque de lits de réanimation puisqu’il y a possibilité d’atteindre les 10 000 en cas de nécessité. Le problème est de ne pas les remplir, ces lits. Aujourd’hui, une personne malade du covid-19 qui entre en réanimation sur quatre n’en sort pas vivante (le taux a pu être d’un sur trois voire d’un sur deux pendant la première vague, les médecins ont fait des progrès à ce titre). C’est cela, la réalité. Ce n’est pas multiplier les lits qui va réduire la mortalité. Il faut avant tout réduire le nombre d’entrées en freinant au maximum la circulation du virus (c’est proportionnel). On a bien vu que l’Allemagne, dotée de nombreux lits de réanimation, a eu une forte mortalité au pire de sa deuxième vague.

Tout est donc bon pour critiquer la gestion du gouvernement et les mêmes n’hésitaient pas à faire des critiques complètement incohérentes. Par exemple, critiquer la pénurie de masques d’un côté, et critiquer l’obligation du port du masque de l’autre côté. Critiquer l’absence de confinement d’un côté, et l’absence de liberté en cas de confinement de l’autre côté. Critiquer la pénurie de tests PCR d’un côté, et critiquer le dépistage massif de l’autre côté. Critiquer la précipitation de la vaccination (avec une technologie nouvelle) d’un côté, et critiquer les retards à la vaccination de l’autre côté, ou même, la pénurie des doses (ce qui, encore une fois, dans un contexte aussi tendu, ne peut que se comprendre à moins de croire au Père Noël). Ou même, critiquer le principe du vaccin (ou la peur qu’il engendre de se faire vacciner) d’un côté, et le retard à la vaccination de l’autre côté. La critique systématique est souvent définie dans l’incohérence la plus complète.

C’est un peu normal car les pouvoirs publics, qui font face à une crise inédite et durable, doivent s’occuper de mille paramètres et sont toujours sur la ligne de crête, donc, peuvent être critiqués des deux côtés, en faire trop ou pas assez.

La palme de l’incohérence dans les critiques serait peut-être à décerner au journaliste Guillaume Roquette (dont je n’ai rien de mal à dire par ailleurs) qui, le soir du 14 mars 2021, sur LCI, a formulé deux critiques totalement contradictoires en moins de cinq minutes (il s’est fait vite remettre en face de ses contradictions par l’ancien ministre socialiste Jean-Marie Le Guen, par ailleurs médecin) : d’un côté, il soutenait que même s’il n’y avait pas de raisons scientifiques, il fallait suspendre la vaccination avec AstraZeneca au nom du sacro-saint principe de précaution (sur ce point, le gouvernement lui a donné raison le lendemain), de l’autre côté, il critiquait le retard à la vaccination et prenait comme exemple la vaccination massive du Royaume-Uni qui, justement, avait refusé le principe de précaution en prenant de très nombreux risques pour sa population. On ne peut pas faire les deux critiques à la fois.

À côté de cela, de ces critiqueurs dont l’objet est de critiquer pour critiquer, mais bon, on est en démocratie, tout le monde a le droit de critiquer et j’ai moi-même mon lot de critiques à formuler, après tout, si tous les Français peuvent être entraîneurs de l’équipe de France de football, tous peuvent aussi gérer la crise sanitaire engendrée par cette pandémie !… à côté de ces critiques, il y a des gourous qui, parfois diplômés voire reconnus dans leur métier scientifique, bénéficiant au maximum du "système", ont dit franchement n’importe quoi, au début sans doute par erreur sincère, mais par la suite, par un ego démesuré qui refuse le principe même d’une erreur personnelle. Ceux-là, au bout de quatorze mois, on ne les entend plus, on ne les écoute plus car ils sont complètement hors-jeu dans la crédibilité qu’on peut attendre dans leurs professions.

Il y a aussi des incompréhensions, comme cette forte réticence du personnel soignant à se faire vacciner. Là aussi, la situation est grave : le covid-19 est devenue la première maladie nosocomiale. 45 000 contaminations ont eu lieu à l’hôpital, des centaines de personnes hospitalisées pour d’autres pathologies ont été contaminées et sont mortes du covid-19. Il paraît peu réaliste de rendre obligatoire la vaccination du personnel soignant : les chefs de service ne vont pas faire venir la police pour réprimer le refus de vaccination, mais l’esprit de responsabilité doit cependant l’emporter sur des appréhensions certes légitimes mais incompatibles avec la vocation des soignants qui est de protéger au maximum leurs patients.

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La situation de ce lundi 15 mars 2021 n’est malheureusement pas très encourageante pour le gouvernement et surtout, pour les Français. Le taux d’incidence de la région Île-de-France, 404,5 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants, est en train d’exploser, et, mécaniquement, le nombre de lits en réanimation, avec 1 166, a franchi en Île-de-France les 1 138 du pic de la deuxième vague en novembre (dans toute la France, 4 219 lits en réanimation sont occupés par des malades de covid-19, à ce rythme, on atteindre les 5 000 lits bien avant la fin du mois).

Faut-il être surpris ? Malheureusement non. Certains scientifiques sont plus crédibles que d’autres au bout de quatorze mois. Par exemple, la professeure Karine Lacombe avait déclaré sur BFM-TV le 20 janvier 2021 : « L’épidémie progresse (…). On s’attend à un mois de mars très dur. ». Pourquoi a-t-elle eu raison ? Parce que le variant anglais a mis trois mois avant d’exploser au Royaume-Uni. En France, cela correspond hélas au mois de mars. L’explosion est probablement de plus faible ampleur qu’en Angleterre car nous avons maintenu des mesures très restrictives (le couvre-feu à 18 heures) mais insuffisantes pour réduire le haut niveau de circulation du virus. De plus, le contexte épidémique européen est de nouveau mauvais après une éclaircie en février 2021 : l’Italie reconfine pour la majeure partie de son territoire à partir du 15 mars jusqu’au 6 avril prochain au moins (lendemain du week-end de Pâques). La plupart des grands pays sont encore en confinement depuis le nouvel an (Royaume-Uni, Allemagne) avec une grande efficacité sur la circulation du virus.

Autre inquiétude, le rajeunissement des patients admis en réanimation. Un des chefs de service en réanimation à Paris a expliqué le 13 mars 2021 que dans son service, 45% des patients avaient moins de 65 ans, mais ce taux n'est pas forcément représentatif. Au niveau national, les statistiques sont impressionnantes. On n’est (hélas) pas encore au pic d’occupation des lits en réanimation, et déjà, il y a maintenant 693 patients entre 50 et 59 ans à comparer aux 666 du pic de novembre 2020, 292 patients entre 40 et 49 ans (238 au pic de novembre), 104 patients entre 30 et 39 ans (95 au pic de novembre) et 36 patients entre 20 et 29 ans (30 au pic de novembre). Parallèlement, il y a beaucoup moins de patients très âgés (80 à 89 ans par exemple).

La cause de ce rajeunissement n’est pas encore établie clairement mais on peut citer trois causes possibles qui peuvent se cumuler : d’une part, l’efficacité de la vaccination d’une population âgée (il y a 65% d’efficacité dès la troisième semaine après l’injection de la première dose) ; d’autre part, les personnes âgées, parce que vulnérables, font très attention aux gestes barrières, voire s’autoconfinent, etc. ; enfin, la possibilité la pire, le variant anglais s’attaque aussi aux plus jeunes. Certains chefs de service ont déjà constaté une virulence plus forte du virus dans les formes sévères. Ainsi, parmi les patients admis en réanimation, 50% sont désormais sous intubation alors qu’en novembre, ils n’étaient qu’un tiers.

Ce rajeunissement a une conséquence : l’augmentation du nombre de lits occupés. En effet, la moyenne de séjour en réanimation pour des patients "jeunes" (moins de 50 ans) est de six semaines au lieu de quatre semaines (et ceux qui meurent meurent plus vite quand ils sont plus âgés).

Y aura-t-il reconfinement strict en Île-de-France pour réduire la tension hospitalière ? La plupart des médecins hospitaliers le demandent depuis le mois de janvier 2021, et disent même aujourd’hui que c’est "trop tard" dans la mesure où les nouvelles mesures ne feront d’effet que dans deux ou trois semaines.

Tout est une course de vitesse et la politique de non-confinement ne se comprendrait qu’avec une politique de vaccination massive, vaccination "matin midi et soir", comme l’a asséné Nicolas Sarkozy le 3 mars 2021 sur TF1. Mais il manque des doses et la suspension du vaccin AstraZeneca dont des millions de doses allaient être livrées ne facilite pas l’accélération de la vaccination (du reste, le Royaume-Uni a fait une vaccination massive tout en confinant très strictement).

L’effet rapide (et surprenant) de la vaccination des personnes vulnérables tant sur le nombre de lits de réanimation occupés que sur le nombre de décès doit cependant apporter un certain optimisme : malgré les variants, malgré les difficultés, on viendra à bout de cette épidémie parce qu’on a su développer des outils de prévention particulièrement efficaces. Pourvu qu’on les utilise massivement…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210315-covid-ct.html

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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 03:52

« Je vais, là, devoir être très explicite : lorsqu’un pays, une société, une civilisation, en vient à légaliser l’euthanasie, il perd à mes yeux tout droit au respect. Il devient dès lors non seulement légitime, mais souhaitable, de le détruire ; afin qu’autre chose, un autre pays, une autre société, une autre civilisation, ait une chance d’advenir. » (Michel Houellebecq, "Le Figaro" du 5 avril 2021).



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L’euthanasie est un sujet qui revient sans cesse. C’est un sujet essentiel puisqu’il parle de la vie et de la mort, de sa vie, de celle des proches. Cette intimité immédiate peut remplacer la raison par l’émotion. Chacun en a une conscience qui est respectable, mais beaucoup s’aventure dans cette réflexion avec des idées biaisées. Ce jeudi 8 avril 2021 est examinée à l’Assemblée Nationale la proposition de loi émanant d’un député proche de la majorité qui souhaite instaurer l’euthanasie et le suicide assisté. Le 11 mars 2021, à peine un mois auparavant, les sénateurs avaient rejeté une autre proposition de loi, cette fois-ci d’une sénatrice socialiste, qui exigeait les mêmes mesures. Ce type d’initiative est régulièrement mis sur la table, et je propose ici de dire pourquoi sur le fond et sur le calendrier ces propositions me paraissent très inquiétantes. Mais plus inquiétante encore est l’hésitation du pouvoir exécutif sur le sujet.

La réalité que recouvre l’euthanasie est tellement dérangeante que pas un de ses promoteurs n’ose prononcer son nom. Ils préfèrent "mourir avec dignité", comme si être affaibli, être vulnérable, être en situation d’extrême dépendance (ce qui, finalement, est notre futur si tout se passe bien dans notre vie, sans maladie, sans agression et sans accident) était indigne d’être vécu. Comme si le clivage était "mourir avec dignité" ou "vivre avec indignité". Comme si le fait d’être un impotent, un inutile, un improductif nécessitait d’être immédiatement éliminé d’une société qui promeut en permanence la jeunesse, la force, la forme, le dynamisme, bref, le mode de vie Hollywood chewing-gum.

L’euthanasie, c’est commode quand on ne veut plus être solidaire. C’est commode quand on ne veut plus accompagner les fragiles sinon en les éliminant. C’est commode quand on ne veut plus financer leur occupation de lit, leurs soins, leur présence, leur existence. L’euthanasie, c’est écarter les mauvais éléments du bon grain de la société de surconsommation. Comment, dès lors, ne pas y associer l’eugénisme que sous-tend nécessairement le concept ?

Ce débat arrive à un moment assez peu opportun. D’une part, en pleine crise sanitaire, on essaie plutôt de sauver des vies que de faire mourir. La lutte de tous les instants, c’est de sortir de cette pandémie de la mort. Encourager l’abandon de l’autre, encourager le suicide assisté, c’est au mieux une maladresse de contexte. Imagine-t-on augmenter le nombre de lits en réanimation si l’on promeut l’euthanasie ? Faudra-t-il réanimer les candidats au suicide qui ont échoué dans leur tentative ? D’autre part, il existe une loi qui est encore trop peu connue et qui manque aussi d’accompagnement budgétaire. Ce qu’il faut, c’est ne pas souffrir et donner des moyens massifs pour créer des unités mobiles de soins palliatifs capables de visiter les domiciles, capables d’être présentes dans tous les services hospitaliers et pas seulement au "service des soins palliatifs".

La fin de vie est un sujet que j’ai très souvent abordé ici (voir en fin d’article). Je ne souhaite pas forcément reprendre tous les arguments qui me font opposer au principe de l’euthanasie. Chaque situation est unique et vouloir légiférer sur le sujet est plus qu’une erreur, c’est une horreur. La loi généralise alors que la mort est singulière. C’est ouvrir une brèche béante sur un interdit que reprend l’un des commandements chrétiens mais qui n’est qu’une injonction morale qu’on retrouve dans le code pénal, celui d’un pays comme le nôtre, laïque et sans rapport aucun avec la religion, sinon son origine.

C’est étrange d’ailleurs que certains promoteurs de l’euthanasie fustigent toute argumentation qui leur est opposée sous prétexte qu’elle pourrait être d’inspiration religieuse (chrétienne, mais également d’autres religions), alors qu’eux-mêmes évoquent "l’exigence morale" qui devrait rendre légal le fait de tuer des personnes fragiles et vulnérables. Alors, oui, plaçons-nous toujours sur le plan moral, et jamais sur le plan religieux. L’opposition à l’euthanasie n’est d’ailleurs pas réservée aux croyants, beaucoup de personnes athées ou agnostiques la combattent à juste titre, pour la même raison, morale. L’exigence morale, c’est de ne pas légaliser ce qui est un assassinat, un meurtre avec préméditation. Plus la frontière est floue, plus les abus viendront. Un médecin a prêté serment avant d’exercer. Le serment d’Hippocrate est assez clair : « Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion. ». Il n’y a rien de religieux à cela. Seulement le service aux malades, les soigner les mieux possibles. Ne pas les abandonner dans leur propre déchéance.

Certains pays ont montré, par leur législation, ou leur non-législation, des horreurs que je ne souhaite absolument pas en France. La Suisse, par exemple, n’a jamais légalisé le suicide assisté, simplemeent, des associations militantes (et vénales) ont pu profiter d’un vide juridique qui permettait d’aider (le mot est mal choisi) les personnes candidate au suicide. Ceux qui s’intéressent d’un peu près à ce qui se passe à travers ces associations sont horrifiés, on y fait mourir mal, parfois dans des parkings désaffectés, au point que le gouvernement suisse songe aujourd’hui à légiférer, c’est-à-dire à interdire cette pratique qui fait les choux gras de quelques individus dans un business européen (la France et l’Allemagne sont de grands pourvoyeurs de clients).

En Belgique, la législation et la pratique de l’euthanasie est inquiétante, on a "euthanasié" des personnes en dépression nerveuse qui, par définition, sont suicidaires (on aurait peut-être pu les soigner, leur dire que la vie vaut le coup d’être vécue au lieu d’aller dans leur sens), d’autres en situation de handicap mental, d’autres encore parce qu’elles étaient orphelines et sans capacité à vivre sans parents, d’autres carrément des enfants, etc. Bref, plus le temps avance, plus le prétendu "progressisme" se fait en sens inverse, vers plus de barbarie, plus de lâcheté, plus d’égoïsme.

Ce sont toujours les bien portants qui réclament l’euthanasie, mais la plupart des médecins peuvent constater, à quelques exceptions, que très rares sont ceux qui, réellement, sont en situation de fin de vie et veulent être euthanasiés. Souvent, ce sont des personnes qui sont peu accompagnées qui veulent en finir. Ils ne reçoivent plus l’image d’humanité d’eux-mêmes. Parler de dignité, c’est les rendre indignes, leur enlever leur humanité.

Les sondages sont régulièrement émis et donnent une très mauvaise photographie de "l’opinion publique". On tronque l’enjeu avec un sophisme insupportable. On pose la question : voulez-vous souffrir atrocement ou qu’on vous achève ? Normal que 95% répondent vouloir être achevés (parmi lesquels des croyants, etc.). On se demande même pourquoi il y aurait encore 5% qui seraient prêts à souffrir. La bonne question n’est pas celle-là mais celle-ci : comment supprimer la souffrance ?

C’est en gros l’argumentation d’un auteur que j’adore particulièrement, Michel Houellebecq, et lui qui s’invite rarement dans les débats politiques, semble vouloir s’engager personnellement pour pourfendre les zélateurs de l’euthanasie. Il l’a fait dans une excellente tribune publiée par "Le Figaro" le 5 avril 2021. Elle reprend quelques éléments d’une autre tribune publiée dans "Le Monde" le 12 juillet 2019, à la mort voulue de Vincent Lambert, voulue par d’autres que lui.

Je ne suis pas toujours en accord avec toutes ses idées (par exemple, il veut la dépénalisation de la consommation de drogues) mais il semble avoir les mêmes valeurs que moi. Très étrangement, d’ailleurs, ce n’est pas signalé et pourtant, c’est remarquable : en combattant l’euthanasie, il rejoint probablement les positions de l’islam, tout comme celles du christianisme. Mais plus généralement, désabusé, le romancier se désespère de voir les religions avoir une influence quelconque sur ce débat alors que justement, les lobbyistes de l’euthanasie croient que la religion serait encore très influente (ce qui est un anachronisme, je crois que Michel Houellebecq a raison, la religion n’a plus beaucoup d’influence, même quand elle sait se mobiliser contre le mariage pour tous, et agiter cet étendard tend à déplacer le débat en disant : bouuh, ce sont les intégristes qui sont contre l’euthanasie, mesure supposée progressiste, moderniste et tout ça).

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Le raisonnement de Michel Houellebecq est très clair et très simple dans sa logique. Premièrement : « Personne n’a envie de mourir. On préfère en général une vie amoindrie à pas de vie du tout ; parce qu’il reste de petites joies. ». Deuxièmement : « Personne n’a envie de souffrir. J’entends, de souffrir physiquement. (…) La souffrance physique n’est rien d’autre qu’un enfer pur, dénué d’intérêt comme de sens, dont on ne peut tirer aucun enseignement. (…) À peu près tout le monde, placé devant une alternative entre une souffrance insoutenable et la mort, choisit la mort. ». Les personnes diminuées savent ce qu’est une "petite joie". Le plaisir encore de savourer un fruit, de ressentir la chaleur du soleil, l’odeur d’une fleur…

Ces deux premières propositions sont communes à tous les "protagonistes" de ce débat. Elles sont consensuelles. Mais les partisans de l’euthanasie oublient la troisième proposition que Michel Houellebecq qualifie de la plus importante : « On peut éliminer la souffrance physique. ». Et de rappeler la découverte de la morphine en 1804 (il évoque aussi l’hypnose). C’est tout l’objet de relancer un nouveau plan pour les soins palliatifs : soigner et pas tuer les patients en fin de vie, pour tuer la souffrance au lieu de la personne. Là est l’humanisme.

Dans ses deux tribunes sur le sujet, Michel Houellebecq revient aussi sur la "dignité" sans arrêt mise en avant par les partisans de l’euthanasie.

Le 12 juillet 2019 : « J’ai consulté Le Petit Larousse (édition 2017). Il définit, assez simplement, la dignité comme le "respect que mérite quelqu’un". (…) La dignité (le respect qu’on vous doit), si elle peut être altérée par divers actes moralement répréhensibles, ne peut en aucun cas l’être par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé. Ou alors c’est qu’il y a eu, effectivement, une "évolution des mentalités". Je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’en réjouir. ».

Le 5 avril 2021 : « Je vais finir de perdre mes cheveux et mes dents, mes poumons vont commencer à partir en lambeaux. Je vais devenir plus ou moins impotent, plus ou moins impuissant, peut-être incontinent, peut-être aveugle. Au bout d’un certain temps, un certain stade de dégradation physique une fois atteint, je finirai forcément par me dire (encore heureux si on ne me le fait pas remarquer) que je n’ai plus aucune dignité. Bon, et alors ? Si c’est ça, la dignité, on peut très bien vivre sans ; on s’en passe. Par contre, on a tous plus ou moins besoin de se sentir nécessaires ou aimés ; à défaut estimés, voire admirés, dans mon cas c’est possible. Ça aussi, c’est vrai, on peut le perdre ; mais là, on n’y peut pas grand-chose ; les autres jouent à cet égard un rôle tout à fait déterminant. ». Le regard de l’autre renvoie sa propre humanité.

Je voudrais revenir au débat sénatorial du 11 mars 2021. Je regrette d’avoir une position commune avec le RN mais c’est le cas sur ce sujet. L’unique sénateur RN, élu de Marseille, Stéphane Ravier a exprimé précisément ce qui me paraît sensé et pertinent : « Alors que nous avons mis à l’arrêt l’économie pour protéger nos anciens et nos plus fragiles ces derniers mois, vous balayez ces sacrifices pour offrir aux Français une perspective macabre dans un projet nauséabond et matérialiste, ce projet que l’on nomme par antinomie "progressiste", pour éliminer ceux qui ne sont plus jugés utiles. Le professeur Jean Bernard disait qu’il faut "ajouter de la vie aux jours lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie". C’est cela, la médecine humaniste. La souffrance peut faire peur, la liberté sans frein peut séduire ; mais jamais la mort précipitée ne doit être une solution. Une fin de vie confortable, voilà ce qui fait honneur à la société, à la conscience individuelle. Ne cédons pas à l’inconscience collective ! ».

L’orateur suivant était (le même jour) le sénateur LR René-Paul Savary, qui est aussi un médecin généraliste et qui a commencé son intervention en étonnant ses contradicteurs : « Je me souviens de Jeanne, me répétant à chaque visite, qu’elle voulait en finir, qu’elle souffrait le martyre. Je lui ai dit que j’étais prêt à répondre à sa volonté. J’ai alors vu dans son expression la crainte de ne plus vivre. Au fond d’elle-même, elle n’était pas prête. La volonté d’un jour n’est pas forcément celle de toujours. (…) [Cette proposition de loi] est plus sociétale que médicale (…). Les patients désireux de mourir le veulent-ils vraiment ? Leur volonté ne peut-elle être orientée ? Décrire la mort par euthanasie comme "naturelle", n’est-ce pas le signe d’une science à la dérive ? (…) Selon un collectif de médecins gériatres, dans les pays où l’aide active à mourir est autorisée, les patients peuvent ressentir une pression de la société ou de leur famille pour demander une mort anticipée. ».

Cette pression sera incontournable avec l’aspect économique des choses. Sur le plan personnel et familial, combien de familles voudraient-elles être "soulagées" par la mort de leur ascendant, avec un héritage en plus ? mais ce n’est pas cela qui m’inquiète le plus, c’est plutôt sur le plan national et politique, combien de gouvernements résisteront-ils avant d’imposer dans les faits l’euthanasie pour des raisons budgétaires ? Car évidemment, les six derniers mois d’une existence sont les plus coûteux pour la sécurité sociale. Il suffirait de les supprimer purement et simplement.

De plus, si on euthanasie les malades au lieu de les soigner, ce n’est pas ainsi qu’on fera des progrès dans la recherche médicale. Sauver des vies, c’est l’une des motivations clefs des scientifiques pour imaginer de nouveaux traitements et de nouveaux vaccins, on l’a bien vu avec la pandémie du covid-19. À quoi servirait-il de soigner des malades prêts à s’avouer vaincus et à mourir terrassés par leur maladie en y étant "aidés" ?

Vouloir en finir n’est pourtant parfois qu’un simple mouvement d’humeur. Ce changement de pied (vouloir en finir, vouloir continuer à vivre) est un comportement ordinaire des malades en grande vulnérabilité. L’idée d’un fardeau que parfois, il est difficile mais pas impossible de supporter. Michel Houellebecq en parle dans sa tribune du 12 juillet 2019 : « Moi aussi, dans certaines circonstances (heureusement peu nombreuses) de ma vie, j’ai été prêt à tout, à supplier qu’on m’achève, qu’on me pique, tout plutôt que de continuer à supporter ça. Et puis on m’a fait une piqûre (de morphine), et mon point de vue a changé radicalement, du tout au tout. En quelques minutes, presque en quelques secondes. ». Mais dans sa tribune du 5 avril 2021, il explique qu’une demande d’euthanasie cache parfois une autre demande, plus importante : « Et je me vois très bien demander à mourir juste dans l’espoir qu’on me réponde : "Mais non mais non, reste avec nous" ; ce serait tout à fait dans mon style. Et en plus j’avoue cela sans la moindre honte. ». Nous sommes peut-être entrés dans une société du seul premier degré.

La réalité, c’est qu’il existe déjà une loi depuis le 22 avril 2005, qui a été complétée le 2 février 2016 et qui demande encore à être connue : la loi Claeys-Leonetti. Pourquoi vouloir changer la loi alors qu’il existe déjà une loi pour la fin de vie qui a fait quasiment le consensus ? On ne peut pas légiférer sur la mort sans avoir un consensus, c’est un sujet trop sensible, trop profond, trop grave pour qu’il crée un clivage entre les pour et les contre. Or, cette loi interdit l’acharnement thérapeutique, elle est basée avant tout sur la suppression de toute souffrance et sur la volonté des patients qui peut s’exprimer dans les directives anticipées (même si, là encore, on peut avoir une vision différente lorsqu’on est bien portant et lorsqu’on est malade). Il faut déjà appliquer la loi avant d’en faire une nouvelle. Elle répond à presque toutes les situations de grande détresse.

Ce qui est un scandale, ce n’est pas que l’euthanasie ne soit pas possible. D’ailleurs, elle l’est dans le secret des chambres d’hôpital, et si on critique ces euthanasies clandestines, ce n’est pas pour un meilleur accompagnement des personnes en fin de vie, c’est avant tout pour une meilleure protection juridique. Or, justement, le sujet est tellement singulier qu’en ne légiférant pas, ceux qui les pratiquent (avec leurs raisons et leur conscience, que je ne me permettrais en aucun cas de juger) doivent prendre leurs propres responsabilités, et à ma connaissance, aucun médecin n’a été inquiété ni surtout condamné par la justice pour une telle pratique, même considéré, au yeux du droit, illégale. En revanche, le médecin ou l’infirmière voleur d’héritage qui tue en série de nombreux patients vulnérables aura plus de mal à être condamné par la justice avec une loi sur l’euthanasie puisque l’horrible précédent de Vincent Lambert montre bien qu’on peut supposer la volonté d’un patient incapable de l’exprimer dans le sens qu’on veut. L’exemple de l’affaire Bonnemaison est très instructif à cet égard.

Ce qui est un scandale, c’est qu’on souffre encore, c’est-à-dire, que les soins palliatifs ne soient pas encore assez développés. C’était le sens de la réponse du gouvernement le 11 mars 2021 au Sénat. Le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a en effet annoncé un nouveau plan de développement des soins palliatifs, ce qui est la vraie réponse aux fins de vie scandaleuses qu’on peut encore décrire dans la France d’aujourd’hui : « À compter du mois d’avril [2021] sera lancé le cinquième plan national pour les soins palliatifs et l’accompagnement de la fin de vie. Il sera piloté par les docteurs Olivier Mermet et Bruno Richard. Ce plan sera triennal. Nous y inscrirons l’amélioration de la formation initiale et continue des soignants. Avec Frédéric Vidal, nous travaillons à intégrer la fin de vie dans les formations de santé. Nous développerons la prise en charge en ville, avec la mise à disposition du midazolam fin 2021. Il y a aussi un enjeu de moyens : le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) augmentera la dotation socle des soins palliatifs. Le Ségur de la santé a prévu 7 millions d’euros pour l’appui sanitaire dans les EHPAD, comprenant des astreintes de soins palliatifs. ».

Le ministre a auparavant insisté sur l’application d’abord de la législation actuelle : « Aide-soignant en EHPAD, puis médecin neurologue, j’ai assisté de près à l’imminence de la mort. Ces instants sont toujours des épreuves de vérité et de doute, parfois de sérénité. Il y a cinq ans, le législateur a voté la loi Claeys-Leonetti, issue d’un large consensus (…). Elle a notamment affirmé le droit du malade à demander l’arrêt des traitements (…). L’enjeu n’est pas tant de faire évoluer cette loi que de la faire connaître, aussi bien des professionnels que de nos concitoyens. Seuls 18% des Français de plus de 50 ans ont rédigé des directives anticipées. (…) Sur ce sujet intime, je ne crois pas que certaines législations soient plus "en avance" que d’autres. ».

Olivier Véran, qui n’a pas peur d’aller sur le terrain des complotistes, a alors évoqué le Rivotril dont le but n’était pas d’euthanasier les personnes atteintes du covid-19 en EHPAD mais de réduire leur éventuelle souffrance dans le traitement de la maladie. D’ailleurs, croire que le gouvernement voudrait se débarrasser des résidents dans les EHPAD est une impression contredite par la stratégie gouvernementale de la vaccination qui a permis quasiment la fin de la mortalité covid-19 en EHPAD alors qu’elle correspondait à un tiers environ de la mortalité générale en France avant janvier 2021. En effet, il a dit : « Si les soignants ne sont pas sensibilisés, ils ne peuvent appliquer correctement la loi. Durant la crise sanitaire, lorsque j’ai autorisé l’administration à domicile de produits antidouleur comme le Rivotril, je me suis parfois heurté à des réactions très négatives. ».

Appliquons la loi, misons massivement sur les soins palliatifs, cela demande un effort budgetaire mais c’est un investissement nécessaire, c’est le rôle de l’État protecteur, protecteur des vies humaines et protecteur du meilleur confort en fin de vie. On imagine beaucoup trop facilement ce qu’un État pourrait y gagner avec une généralisation massive de la pratique de l’euthanasie, la culpabilisation des personnes vulnérables qui oseraient vouloir rester en vie alors que la décence nouvelle imposerait de s’effacer pour libérer la place aux plus jeunes et surtout aux plus productifs, pour économiser de l’argent qui pourrait être dépensé à des choses plus futiles que soigner des apprentis mourants. Dès lors qu’on commence avec cette logique de la mort, avec cette culture de la mort, il n’y aura plus de limite, et les fictions comme le "Soleil vert" deviendront hélas une triste réalité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu

Les trois illustrations proviennent de tableaux de Paula Modersohn-Becker.


Pour aller plus loin :
Tribune de Michel Houellebecq dans "Le Figaro" du 5 avril 2021.
Tribune de Michel Houellebecq dans "Le Monde" du 12 juillet 2019.
Euthanasie : soigner ou achever ?
Soins palliatifs.
Le congé de proche aidant.
Stephen Hawking et la dépendance.
Le plus dur est passé.
Le réveil de conscience est possible !
On n’emporte rien dans la tombe.
Les nouvelles directives anticipées depuis le 6 août 2016.
La dignité et le handicap.
Alain Minc et le coût des soins des "très vieux".
Euthanasie ou sédation ?
François Hollande et la fin de vie.
Texte intégral de la loi n°2016-87 du 2 février 2016.
La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
La leçon du procès Bonnemaison.
Les sondages sur la fin de vie.
Les expériences de l’étranger.
Fausse solution.
Autre fausse solution.
La loi du 22 avril 2005.
Chaque vie humaine compte.
Vincent Lambert.
Au cœur de la civilisation humaine.
Pr. Claude Huriet.
Pr. Jacques Testart.
Bioéthique 2021 (9).

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210311-fin-de-vie-cx.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/08/38909013.html







 

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12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 03:22

« La mobilisation du système de santé est totale, partout en France, particulièrement en Île-de-France. Elle le sera encore plus dans les prochaines semaines car la pression hospitalière va continuer de monter. Considérant que la dynamique épidémique dans la région ne baisse pas encore, soyons clairs : à ce stade, nous ne savons pas quand ni où se situe le pic épidémique. Cette situation inquiétante, nous y faisons face (…) en armant au maximum notre système de soin (…). Et si l’épidémie se poursuit à ce niveau et à ce rythme, et si la pression sanitaire devient malgré tout trop forte, alors nous prendrons toutes les mesures qui s’imposent pour freiner la circulation du virus et sauver des vies. » (Olivier Véran, conférence de presse du 11 mars 2021).




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Il y a une grande incompréhension dans la situation sanitaire française. Au contraire de mars 2020 et octobre 2020, le Président Emmanuel Macron a refusé de prendre des mesures efficaces en janvier 2021 pour réduire le nombre de nouveaux cas détectés de covid-19. Ce nombre, répétons-le, détermine le nombre d’hospitalisations et d’occupations covid-19 des lits en réanimation et aussi, toujours avec un décalage dans le temps, le nombre de décès.

La conférence de presse du Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran qu’il a tenue ce jeudi 11 mars 2021 à 18 heures, est à cet égard un exercice extraordinaire de communication. En gros, la situation est alarmante sinon inquiétante, mais …on ne fait rien !

Tout vient en fait de ce 15 décembre 2020, date décidée par l’Élysée pour arrêter le deuxième confinement. Il y avait deux objectifs avant de pouvoir déconfiner : passer en dessous de la barre des 3 000 lits de réanimation occupés par des patients du covid-19, et en dessous de la barre des 5 000 nouveaux cas détectés chaque jour. Si la première condition a été remplie, ce n’était pas le cas de la seconde : on était alors à environ 15 000 nouveaux cas quotidiens.

Malgré cet objectif non rempli, on pouvait comprendre le desserrage de l’étau social, d’autant plus que les fêtes de Noël furent beaucoup moins graves de conséquence que prévu (mais on ne l’a su qu’après coup), et cela grâce à la grande prudence de la plupart des Français. Mais à partir de début janvier 2021, il aurait été nécessaire de prendre des mesures pour faire descendre ce plateau particulièrement élevé, et cela dans un contexte où toute l’Europe, en particulier le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les pays d’Europe centrale et orientale, durement touchés, ont reconfiné et où les variants (anglais, sud-africain et brésilien) changent la donne en ce sens qu’ils rendent la maladie à la fois (hélas) plus contagieuse et plus virulente. Effectivement, la moyenne d’âge descend dans les services de réanimation, et il y a beaucoup plus de formes sévères de la maladie par nombre de malades.

C’est vrai que depuis le 15 décembre 2020, la situation n’est pas totalement "déconfinée", puisqu’il y a toujours eu des mesures de couvre-feu, renforcées en janvier. C’est sans doute grâce à elles que la souche originelle du covid-19 a été maîtrisée mais pas les variants. Ou alors, c’est grâce à ce couvre-feu qu’on a évité une expansion exponentielle. Cependant, la situation n’a jamais été satisfaisante depuis trois mois.

Petit à petit, au fil des mois, le plateau est passé d’entre 15 000 et 20 000, à entre 20 000 et 25 000, et maintenant, on est plutôt entre 25 000 et 30 000 nouveaux cas détectés chaque jour. Lorsqu’on a reconfiné à la fin du mois d’octobre 2020, on en était à 40 000 nouveaux cas détectés.

Certes, il faut pondérer cette information sur le nombre de cas par un renforcement de la politique des tests avec l’arrivée des tests salivaires dans les écoles à partir du 22 février 2021 (environ 200 000 à 300 000 tests par semaine en plus), mais le nombre reste à un niveau particulièrement élevé, largement en tête en Europe, et même dans le monde où seuls les États-Unis et le Brésil font pire. Néanmoins, les dernières communications montrent une nouvelle flambée en Allemagne et en Italie.

Un mot sur les tests. On a beaucoup critiqué la France avec ses tests. Aujourd’hui, plus de 56 millions de tests ont été réalisés depuis un an, soit environ 85 pour 100 habitants. L’Allemagne, considérée comme "modèle" jusqu’en septembre dernier, en a réalisé seulement 46 millions, soit environ 55 pour 100 habitants. En tout, la France a détecté près de 4 millions de cas en un an, chiffre largement sous-estimé puisqu’on ne testait que les patients hospitalisés durant la première vague. Une étude sérologique aurait indiqué que 17% de la population aurait eu le covid-19 (30% en région parisienne).

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Parallèlement, si le nombre des hospitalisations semble se stabiliser autour de 25 000, le nombre de lits de réanimation occupés par des malades du covid-19 ne cesse de monter depuis plusieurs semaines, et en deux mois et demi, on est passé de 2 500 à 4 000, soit 80% du total ordinaire. Cela signifie qu’il y a eu beaucoup de déprogrammation d’opérations hors covid-19 afin de désengorger l’hôpital. Ce niveau en réanimation n’est pas très éloigné du pic de novembre 2020 (en revanche, en avril 2020, le pic était monté jusqu’à plus de 7 000).

Insistons à cet égard sur un sujet très important : on parle souvent de manque de lits disponibles en réanimation. Il faut être clair : aucun système de santé ne peut absorber sans tension une telle pandémie aussi durable. D’une part, la maladie est très longue (le temps d’occupation par malade est supérieur à d’autres pathologies, il faut compter deux à trois semaines), et d’autre part, la crise du covid-19 n’a pas cessé depuis maintenant exactement un an. Si un système de santé pouvait absorber un tel choc, cela signifierait qu’il était largement surdimensionné en situation ordinaire, et cela aurait été reproché aux gouvernements qui l’auraient surdimensionné, déjà qu’on a reproché à Roselyne Bachelot d’en avoir fait trop pour l’épidémie de grippe A en 2009 (elle a eu pourtant raison).

Mais surtout, la capacité des services en réanimation n’est pas le sujet. Certes, c’est le sujet des médecins hospitaliers et l’on peut y voir là une opportunité de rappeler qu’il ne fallait pas faire autant d’économies budgétaires. Le sujet, c’est la santé et la protection des Français. Or, on aurait tous les lits en réanimation qu’on voudrait pour le covid-19, la situation ne serait pas pour autant confortable car hélas, la maladie tue, et (environ) un tiers des patients en réanimation décèderont de la maladie.

Le nombre de décès quotidien a baissé depuis quelques semaines, passant d’environ 500 à environ 300. Cela reste trop, beaucoup trop, inacceptable, intolérable rappellent des médecins comme le professeur Axel Kahn. Si on regarde le nombre de morts depuis le 15 décembre 2020, on constate un nombre très élevé. Au 15 décembre 2020 (fin du deuxième confinement), le nombre de décès était en effet de 59 072. Au 29 janvier 2021, lors du choix présidentiel de ne rien faire, il était de 75 620. Au 11 mars 2021, il est de 89 830. Depuis le début du déconfinement, il y a eu 30 758 décès, soit plus que lors de la première vague (environ 28 000 décès). Depuis la décision de ne pas confiner, il y a eu déjà 14 210 décès. À ce rythme, la France aura atteint son 100 000e décès covid-19 dans un mois. Seuil que vient d’atteindre l’Italie et qu’a atteint depuis plusieurs semaines le Royaume-Uni.

De même, c’est peu pertinent d’évoquer la campagne de vaccination pour limiter les dégâts. Il faut environ 60% de personnes vaccinées dans une population pour y voir un effet positif sur la dynamique épidémique. En clair, il est peu probable que la campagne de vaccination puisse avoir un effet notable avant la fin du printemps prochain. À une exception importante près, car on commence à en voir les effets dès maintenant, c’est sur le nombre de décès en EHPAD, qui a considérablement baissé depuis un mois.

Le rythme de plusieurs centaines de décès reste énorme. Et il ne tient pas compte des décès futurs de personnes ayant des pathologies non-covid-19 (comme le cancer) qui n’auront pas été détectées suffisamment ou dont on aurait retardé d’éventuelles opérations. Dans un tel contexte, il est donc absolument nécessaire, avant tout, de réduire le nombre de contaminations. Heureusement, le taux de reproduction effectif, qui était encore supérieur à 1 la semaine dernière, est en train de redescendre (mais depuis trois mois, il ne cesse de faire du yoyo)..

Alors, quand Olivier Véran parle de prendre « toutes les mesures qui s’imposent pour freiner la circulation du virus et sauver des vies », on peut s’étonner de ne pas l’entendre prononcer le mot interdit : reconfinement. On a dit que le Président Emmanuel Macron a pris un risque en ne reconfinant pas. Erreur : ce n’est pas le Président de la République mais bien l’ensemble des Français qui prend ce risque, en particulier les milliers de Français dont on sait, hélas, qu’ils feront partie des futures victimes de cette véritable saloperie qu’est le covid-19. Il est peut-être temps de se réveiller et de rappeler les fondamentaux : la vie humaine vaut plus que l’argent. C’était en tout cas ce qu’avait dit Emmanuel Macron lui-même dans son allocution télévisée du 28 octobre 2020 : « Pour nous, rien n’est plus important que la vie humaine. ».

Alors, faute de mieux, laissons Olivier Véran rappeler quelques consignes élémentaires : « À ce stade, on peut donc dire que les variants sont plus contagieux mais aussi plus dangereux, et qu’ils représentent plus des deux tiers des contaminations en France. Face à ce constat, il est primordial de ne pas baisser notre garde, de prendre soin les uns des autres, de ne pas nous mettre dans des situations à risque de contamination. Il est indispensable de se faire tester au moindre doute, de s’isoler sans délai en cas de symptômes (…). Il faut respecter les règles en vigueur partout où elles existent, elles sont là pour vous protéger. » (11 mars 2021).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?
Publication scientifique à télécharger : Carrat, F., Figoni, J., Henny, J. et al. Evidence of early circulation of SARS-CoV-2 in France: findings from the population-based “CONSTANCES” cohort. Eur J Epidemiol (2021).
Origine du coronavirus SARS-CoV-2 : détecté et en circulation en France depuis le 5 novembre 2019 ?
Covid-19 : inquiétudes médicales sur le pari d’Emmanuel Macron.
Axel Kahn.
Procrastination ?
Conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex le 29 janvier 2021 à l’Élysée (texte intégral).
Faut-il confiner seulement les personnes âgées ?
Katalin Kariko.
Li Wenliang.
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
Agnès Buzyn.
Pandémie de covid-19 : plus de 2 millions de décès et une poignée de néo-négationnistes.
Covid-19 : faut-il rapidement un troisième confinement ?
7 questions sur les vaccins contre le covid-19.
Remdesivir : la polémique qu’on n’a pas eue en France…
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Nouvelles attestations de déplacements à partir du 28 novembre 2020 (à télécharger).
Il regarde le soleil dans tes yeux !
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Covid-19 : faut-il rendre contraignant l’isolement des personnes contaminées ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 24 novembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Covid-19 : vaccins et informations parcellaires.
La lune de Jupiter.
Faudra-t-il rendre obligatoire le futur vaccin contre le covid-19 ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210311-covid-cs.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/covid-19-le-mot-interdit-231552

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/11/38860515.html





 

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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 03:17

« Des drames, il y en a tout autour de vous, chaque mort est le drame de quelqu’un. » (Valérie Perrin, "Changer l’eau des fleurs", 28 février 2018).



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Trois semaines après la décision (du 29 janvier 2021), la France vit sous le régime de non-confinement, même si un couvre-feu très strict, dès 18 heures, est appliqué. Refusant d’écouter la plupart des médecins hospitaliers qui vivaient la réalité de la pandémie au quotidien, le Président Emmanuel Macron a abandonné (à ce jour) l’idée d’un troisième reconfinement, faisant le "pari" qu’on pourrait maîtriser l’épidémie sans cette mesure extrême. Le mot "pari" est peu respectueux du contexte de crise sanitaire : on ne parie pas sur la santé des personnes. La question est donc plutôt : a-t-il eu raison ? 

Le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a laissé entendre, dans sa conférence de presse du 18 février 2021, qu’il n’était de toute façon pas question de reconfiner avant la fin des vacances scolaires (week-end des 6 et 7 mars 2021), mais il n’était pas non plus question d’assouplir les mesures sanitaires actuelles. Pourtant, la pression est forte de rouvrir de nombreux commerces, restaurants, bars, salles de sport, de culture, cinémas, théâtres, remontées mécaniques, etc. C’est cela la France, on presse pour tout fermer ou pour tout ouvrir, il y a souvent de la démesure au lieu de la mesure.

Le constat actuel est qu’il n’y a pas de pic épidémique comme on en avait connu en mars 2020 et en octobre 2020. Pourtant, ce pic avait été annoncé il y a plusieurs semaines. Il faut évidemment s’en réjouir : les bonnes nouvelles sont trop rares pour ne pas se féliciter des erreurs de ceux qui sont trop prudents. Le contraire serait plus grave. Pourtant, je ne suis pas du tout d’accord avec l’idée que, ouf, on a évité la catastrophe et que tout va bien même si les médecins hospitaliers font un peu moins les prévisionnistes de la catastrophe future. On n’a pas évité la catastrophe, on est dans la catastrophe. On est en plein dedans !

Rappelons que la France a confiné (une deuxième fois) bien plus tôt que ses voisins, à la fin du mois d’octobre 2020 jusqu’au milieu du mois de décembre 2020. Ce choix, clairement assumé par Emmanuel Macron, avait l’objectif de protéger la vie des personnes vulnérables. Le pic épidémique a été stoppé et la vague a reflué assez tôt, plus tôt même que prévu (on prévoyait au pire moment 9 000 lits occupés en réanimation, ce ne fut "que" 5 000, en avril 2020, c’était plus de 7 000).

Malheureusement, la vague a reflué, malgré tout, trop lentement. Juste avant Noël, au lieu des 5 000 nouveaux cas détectés, seuil pour arrêter de confiner, on en était encore à 15 000. Pour des raisons pas seulement politiques mais aussi psychologiques, le gouvernement n’a pas voulu prolonger le confinement pour les fêtes de Noël et du Nouvel An, tout en maintenant des mesures sanitaires très strictes qui ont été suivies, si bien qu le pic des fêtes qui aurait dû avoir lieu n’a pas été observé : le comportement des Français a été prudent et c’est pour cela qu’il n’y a pas eu un redémarrage de l’épidémie. L’autre raison d’avoir accepté la fin du confinement le 15 décembre 2020, c’est qu le nombre des lits en réanimation occupés par un malade du covid-19 était redescendu en dessous du seuil voulu, 3 000.

Depuis le début de l’année 2021 (soit sept semaines), nous vivons sur un plateau, un peu comme cette incommode guerre de position juste avant la Blitzkrieg. Ce plateau est-il satisfaisant ? Oui, si l’on considère qu’il n’a pas galopé à la hausse, mais il n’est pas non plus descendu. Je parle bien sûr, pas du plateau (Olivier Véran avait inventé le concept de plateau montant), mais du nombre des nouveaux cas détectés. Ce nombre a un peu évolué, en légère hausse jusqu’au début du mois de février 2021, puis en légère baisse jusqu’à ces derniers jours où il semble remonter légèrement. Ces fluctuations sont difficilement interprétables et pourraient être comprises comme un bruit de fond peu significatif.

Ce plateau est toujours entre 20 000 et 25 000 nouveaux cas quotidiens. C’est énorme, puisque je rappelle que l’objectif du déconfinement en décembre avait été fixé à 5 000, ce qui est déjà beaucoup si on veut vraiment tracer les chaînes de contamination et isoler réellement les patients contaminés. À 20 000 par jour, c’est en pratique impossible.

Alors, aujourd’hui, où va-t-on ?

La situation de la France n’est pas glorieuse. Alors qu’en janvier 2021, on pouvait dire que la France avait anticipé cette nouvelle vague européenne (qui est venue surtout de l’Est européen), et avait réussi à maintenir une certaine étanchéité, faisant figure de bonne élève, aujourd’hui, elle paraît être le cancre de la classe européenne, et même mondiale.

En effet, cela fait plusieurs jours que la France est dans la situation la plus délicate en Europe. Grâce à leurs mesures de confinement sévère (l’Allemagne l’a prolongé jusqu’au 4 mars 2021), le nombre de nouveaux cas quotidiens, comme prévu, est descendu drastiquement. Entre parenthèses, voici une excellente démonstration de l’effet bénéfique d’un confinement sur l’épidémie pour ceux qui n’auraient pas encore été convaincus. En France, on ne descend pas. Dans tous les pays qui ont confiné après Noël, on descend beaucoup.

Par exemple, ce vendredi 19 février 2021 (attention, c’est une photographie et c’est toutefois plus représentatif de prendre une moyenne glissante sur les sept derniers jours), la France a eu 24 116 nouveaux cas, tandis que le pays le pire de cette vague, le Royaume-Uni, n’a eu plus que 12 027 (cela avait atteint les 80 000 quotidien au pire du pic), l’Allemagne, qui était aussi en mauvaise posture depuis décembre, n’a plus que 9 041 nouveaux cas, l’Italie 15 479 nouveaux cas, l’Espagne 11 435 nouveaux cas, etc.

Non seulement la France est devenue, par son statu quo, la mauvaise élève de l’Europe, mais quasiment du monde. Depuis plusieurs jours, la France, en absolu (c’est ainsi qu’il faut compter, pas rapporté à la population car cela ne signifierait rien selon la grandeur du territoire), est classée en troisième position parmi les pays où la situation épidémique est la pire, derrière les États-Unis avec 78 640 et le Brésil qui a eu 51 050 nouveaux cas, mais devant l’Inde avec 14 199, la Russie avec 13 433, et même le Mexique, lui aussi durement touché, qui n’a eu que 9 099 nouveaux cas.

Même si le seuil de 2,5 millions de décès (dans le monde) dus au covid-19 va être franchi dans quelques jours, l’OMS a communiqué plutôt positivement sur le sujet en affirmant que l’épidémie régressait globalement dans le monde, ce qui est effectivement une bonne nouvelle, dont ne profite malheureusement pas la France.

La situation des décès en Europe est un peu différente en raison du retard entre contamination et décès (de quatre à six semaines environ). La France est à un niveau inférieur à ces autres pays européens mais seulement en raison de ce retard. Déjà, le nombre de lits en réanimation est éloquent : l’Allemagne en a désormais moins tandis que la France stagne autour de 3 300, le niveau de la première quinzaine de décembre.

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La docteure Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique, expliquait ce 19 février 2021 que cette situation était loin d’être satisfaisante et qu’un reconfinement court pourrait avoir son utilité pour faire descendre ce plateau haut. En effet, actuellement, malgré le couvre-feu très strict, le nombre de nouveaux cas ne descend pas de manière significative. On ne peut pas accepter un nombre de décès entre 400 et 500 chaque jour depuis plus de deux mois (409 le 19 février 2021). Si on attend encore deux mois avec la même situation, la France aura dépassé largement les 100 000 décès depuis le début de la pandémie. En ce sens, comme le répétait le professeur Axel Kahn, la situation est intolérable (Axel Kahn propose un reconfinement de plusieurs semaines pour arrêter le massacre actuel).

Hélène Rossinot a également rappelé que le covid-19 ne s’en prenait pas seulement aux personnes âgées, mais aussi à des personnes jeunes sans comorbidité, qui peuvent avoir des séquelles, d’autres vivre un covid-19 long, de plusieurs mois, parfois six mois. La maladie n’est pas anodine et est éprouvante.

C’était aussi l’occasion, pour Hélène Rossinot, de commenter à nouveau ce nouveau communiqué du conseil scientifique qui proposait un autoconfinement des personnes à risques. Encore une fois, a-t-elle répété avec raison, les personnes à risques le savent très bien et se sont déjà autoconfinées depuis un an ! La situation ne changera donc pas et la recommandation ne sert à rien : ceux qui ne la suivent pas aujourd’hui ne la suivront pas plus demain.

Et les personnes vulnérables, elles ne sont pas seulement les personnes âgées, elles sont aussi les personnes en surpoids, les personnes avec diabète, les personnes avec hypertension, etc. en bref, cela en fait beaucoup, autour de 20 à 25 millions de personnes en France. De plus, les personnes vulnérables doivent pouvoir vivre et ont donc besoin de contact avec des personnes qui viendraient leur apporter des courses, les soigner, les laver, etc. Ce n’est ni réaliste ni éthique de ne vouloir confiner que les personnes âgées. J’avais déjà évoqué cet isolement des personnes vulnérables qui semble être un dada du professeur Jean-François Delfraissy qu’il remet sans cesse en avant.

Une idée récurrente qui oublie que justement, là où les personnes vulnérables furent les mieux confinées, ce fut une véritable hécatombe, à savoir dans les EHPAD, tout simplement parce que la vie impose des interactions avec des personnes aidantes non confinées, de l’extérieur, qui ont apporté le virus.

Je profite aussi de cette remarque pour aller contre le sens conventionnel des médias, contre ce qu’on entend à longueur de journée dans les médias. On dit en effet souvent que les jeunes sont la génération sacrifiée, et qu’elle est sacrifiée à cause des personnes âgées. C’est vrai que c’est difficile d’être jeune en 2021, qu’être étudiant, ou lycéen, ne plus pouvoir voir ses amis ou même se faire des amis, c’est difficile. Mais il ne faut pas dire non plus n’importe quoi !

Aujourd’hui, c’est exactement le contraire qui se passe : ce sont les personnes vulnérables, les personnes âgées qui sont sacrifiées, qui meurent du covid-19 à raison d’un demi millier par jour, un décès toutes les trois minutes !, parce qu’on n’a pas voulu reconfiner quelques semaines et qu’on a voulu sauvegarder la vie des moins vulnérables. Elle est là, la réalité du moment.

Le scénario catastrophe est toujours dans le champ des possibles, à coup de variants qui éclateraient exponentiellement, mais on se demande pourquoi cette explosion n’a pas déjà eu lieu. Si, chaque jour qui passe, ce scénario s’éloigne un peu plus, le scénario le plus rose paraît fort improbable. à savoir une baisse spontanée et rapide du nombre de nouveaux cas sans rien faire. Cette hypothèse, sans mesure adéquate, est peu probable avant le retour des jours chauds, c’est-à-dire la fin du printemps. Combien faut-il encore de dizaine de milliers de morts pour sortir de ce statu quo qui oublie toute l’horreur quotidienne de la pandémie ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les jeunes, génération sacrifiée ?
Publication scientifique à télécharger : Carrat, F., Figoni, J., Henny, J. et al. Evidence of early circulation of SARS-CoV-2 in France: findings from the population-based “CONSTANCES” cohort. Eur J Epidemiol (2021).
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