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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 07:15

Parmi l'une de ses dernières interventions dans les médias, le professeur Axel Kahn a été l'invité de Léa Salamé dans la matinale de France Inter le lundi 17 mai 2021. Il y évoquait sa mort prochaine. On peut le réentendre sur le site de Radio France.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'interview (fichier .mp3) :
https://rf.proxycast.org/b29840e6-6438-4590-99b0-696b70615f08/11710-17.05.2021-ITEMA_22673029-2021F16770S0137.mp3

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210706-axel-kahn.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210517-interview-axel-kahn.html




 

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 03:52

« La santé peut paraître à la longue un peu fade.
Il faut, pour la sentir, avoir été malade. »
(Jean-François Collin d’Harleville (1788).



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La conférence de presse très attendue du Premier Ministre Jean Castex, tenue ce jeudi 18 mars 2021 à 19 heures, a présenté les nouvelles mesures sanitaires pour le pays. L’objectif a toujours été très clair : freiner la circulation du virus alors que l’épidémie est en train d’exploser de nouveau.

Jean Castex, comme Olivier Véran qui s’est exprimé après lui, ont eu du mal à donner un nom à ces mesures : confinement ou pas confinement ? Pour la première fois depuis un an, ces mesures très sévères n’ont pas été énoncées par le Président de la République Emmanuel Macron mais par le Premier Ministre clairement responsable au sein de l’exécutif de ce sujet depuis Noël.

Autre innovation, ces mesures sont prises à l’échelon territorial et pas sur toute la France. Sont concernés seize départements, la région Île-de-France, la région Hauts-de-France, les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime et l’Eure. Ils représentent environ 20 millions d’habitants et 40% du PIB. Les "élus locaux" ont été contactés et consultés avant l’annonce des mesures.

Ces mesures prennent effet ce vendredi 19 mars 2021 à minuit pour une durée minimale de quatre semaines (16 avril 2021). D’autres départements, le cas échéant, en fonction des différents paramètres, pourraient rejoindre ces seize départements.

C’est un confinement : les mesures sont applicables sept jours sur sept et pas seulement le week-end ; seuls restent ouverts les commerces dits "essentiels" (l’alimentaire, mais aussi les livres et la musique, au contraire de l’automne 2020) ; il faut une attestation pour aller se promener, sortir de chez soi, à moins de 10 kilomètres de chez soi ; les déplacements interrégionaux sont interdits.

Ce n’est pas un confinement : pas de limite de durée pour les promenades ; assouplissement des horaires du couvre-feu qui commence (sur tout le territoire) à 19 heures au lieu de 18 heurs (en raison de l’heure d’été) ; les écoles maternelles, primaires et les collèges restent ouverts, les lycées restent ouverts sous condition de jauge (à moitié) ; assouplissement du sports en plein air pour les enfants, tant en scolaire qu’en extrascolaire.

Même Olivier Véran, qui a fait une présentation très utile sur les différentes étapes et possibilités pour un personne en cas de contamination, n’a pas vraiment été capable de qualifier ces mesures sanitaires. Cela ressemble à une politique du en-même-temps. Par exemple, à quoi sert un horaire de couvre-feu dans un territoire en confinement ? Le confinement n’est-il pas un couvre-feu étendu à toute la journée ? On avait déjà eu cette bizarrerie en décembre dernier.

Jean Castex a évoqué l’origine des contaminations. L’une, à environ 30% (il me semble) des contaminations aux origines connues, est sur le lieu de travail, soit par relâchement (pas de masque, etc.), soit au moment de déjeuner ou de la pause-café. Il a redit son exhortation à faire quatre jours de télétravail sur cinq, selon les possibilités. Mais cette recommandation ne change pas depuis plusieurs mois, rien de nouveau, et impossible d’obliger au télétravail, cela dépend des activités et seul le chef d’entreprise est capable d’en discerner les possibilités. De toute façon, les inspecteurs du travail ne sont pas en nombre suffisant pour aller vérifier dans chaque entreprise que les recommandations du gouvernement sont appliquées.

Les éditorialistes s’en sont donnés à cœur joie sur cette ambivalence : on peut critiquer le principe de demi-mesures, l’absence de mesures "radicales" pour réellement freiner la circulation du virus, mais on peut critiquer aussi de nouvelles contraintes après un an de crise sanitaire qui provoquent une réelle lassitude des efforts, le mot lassitude a été prononcé par Jean Castex.

Les uns évoquent les "perdants" de ces mesures, à savoir les professions culturelles, les restaurateurs, etc., sans se rendre compte qu’il y a actuellement des centaines de personnes qui meurent chaque jour du covid-19 (autour de 300) et qu’il y a des risques, sauf effet de la vaccination (40% des personnes de plus de 75 ans ont déjà été vaccinées en première injection), que ce nombre monte proportionnellement au nombre de nouveaux cas.

Les autres, à mon sens "pires", expriment leur colère en disant qu’il aurait suffi de quelques centaines voire milliers de lits en réanimation supplémentaires pour éviter de reconfiner aujourd’hui la région capitale. En quelle langue faudrait-il leur dire ? Les lits de réanimation ne sauvent pas tout le monde, le tiers mourra du covid-19. Il faut bien sûr autant de lits de réanimation que nécessaires pour soigner et sauver les malades, mais plus il y a de malades en réanimation, plus il y a de décès. Et sans freiner la circulation du virus, le nombre d’admission en réanimation, suivant également l’exponentielle, ne correspondra jamais à une quelconque anticipation, aussi ambitieuse soit-elle, car il sera trop élevé.

Ces deux types d’éditorialistes, en fait, râlent surtout parce qu’ils sont dérangés dans leur petit confort même si le confinement-là impactera peu leur vie car ils auront une attestation professionnelle pour aller où bon ils voudront, mais ils continueront à protester contre la fermeture des restaurants (chic si possible), des opéras, des théâtres, etc.

Bref, dans une crise sanitaire, c’est peut-être malheureux pour la démocratie (le premier droit pour pratiquer la démocratie, avant la liberté, c’est de rester en vie, sinon tout le reste est inutile et sans objet), j’écris "peut-être" car en Europe, nous savons tous que les contraintes sont toujours provisoires et ceux qui prétendraient le contraire sont de mauvaise foi (mais après tout, la mauvaise foi n’a jamais été interdite et c’est d’ailleurs une caractéristique de la démocratie, au même titre que la liberté d’expression), mais le premier devoir d’un État, c’est de protéger les plus faibles, les plus vulnérables.

Le nombre de nouveaux cas quotidiens explose désormais, hélas. Certains, autour d’eux, peuvent le constater personnellement (dans son lieu de travail, dans la ville où ils habitent, dans des associations, etc.). Personnellement, depuis deux semaines, je l’ai constaté dans deux milieux très différents. Cela désorganise complètement l’économie : chaque nouveau cas détecté, non seulement, doit s’isoler pendant ix jours (au moins), mais il fait isoler ses éventuels cas contact (pendant la même période d’incubation). Ne rien faire pour freiner la circulation du virus, c’est, à moyen terme, paralyser l’économie.

Le 18 mars 2021, il y a eu 35 000 cas, la veille (généralement, les chiffres donnés le mercredi sont plus élevés dans la semaine que ceux du jeudi), c’était 38 500. On est parti d’environ 15 000 et l’on s’achemine à 40 000. Le taux d’incidence de la région Île-de-France est affolant : 404 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants le lundi 15 mars, 419 le mardi 16 mars, 425 le mercredi 17 mars, 446 le jeudi 18 mars 2021 (10% de plus en trois jours seulement). Le nombre d’admissions en réanimation suit vertigineusement la même pente. 4 246 au niveau national, 1 201 en Île-de-France (les deux nombres remontent).

Les mesures annoncées le 18 mars 2021 seront-elles efficaces ? Tout le monde l’espère, mais l’avis de nombreux médecins hospitaliers est déjà forgé : ce ne sera pas suffisant. Le confinement territorial ne se comprend que si les régions non confinées ne sont pas dans une situation alarmante, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Partout, le virus circule, et le dispositif adopté pourrait rajouter de nouveaux départements au fil des prochaines semaines.

Oui, le virus continue ses ravages, mais ce n’est pas spécifique à la France, en Pologne, en Italie, en République tchèque, etc., il semble y avoir une nouvelle vague et l’Allemagne, encore sous confinement long, lutte pour contenir cette nouvelle vague. Le gouvernement n’y est pour rien, je l’ai écrit et répété. Ce qu’il peut faire, c’est accompagner ces vagues de manière plus ou moins efficace. Il suffit de regarder ce qu’il en est dans deux pays durement touchés : depuis l’arrivée de Joe Biden (il y a deux mois) et la généralisation du port du masque, il y a eu une nette baisse du nombre de contaminations et, par voie de conséquence, du nombre de décès (l’effet de la vaccination massive est aussi à prendre en compte). Au contraire, lorsqu’on se moque de cette épidémie, cela donne un pays comme le Brésil, probablement le pire actuellement, avec plus de 2 000 décès par jour et qui va atteindre un total de 300 000 décès dans une semaine (les États-Unis, eux, viennent de dépasser 550 000 décès).

Seuls les bisounours peuvent dire, par "lassitude" : pouce, le virus, c’est fini, retourne d’où tu viens, je ne veux plus jouer ! Mais il ne négocie pas, il ne joue pas, il n’est même pas vivant, il est une sorte d’éruption de la nature, celle qui a permis l’Évolution, et les humains, grâce à leur génie, ont heureusement trouvé rapidement (en moins d’un an) la parade pour sortir de ce cauchemar : la vaccination.

C’est donc effectivement sur la capacité du gouvernement à assurer le plus rapidement possible la vaccination à tous les habitants que sera jugé, in fine, le Président Emmanuel Macron lorsque sera venu l’heure du bilan de cette crise sanitaire. L’objectif du gouvernement est d’autant plus ambitieux qu’il y a des "embûches" (retard d’approvisionnement, etc.) : 10 millions de personnes vaccinées au 15 avril 2021 (début de la vaccination des 50-75 ans), 20 millions au 15 mai 2021 et 30 millions au 30 juin 2021. On est actuellement à plus de 5,3 millions de personnes vaccinées en France (au 18 mars 2021). La vaccination massive de la population permettra la réouverture des lieux sociaux et un retour progressif à la vie normale mais si on ne retrouvera jamais la vie d’avant-covid (par exemple, définitivement finie, la bise à la collègue !).

L’histoire dira si le gouvernement a eu raison de suivre ses partenaires européens en suspendant provisoirement la vaccination avec le vaccin AstraZeneca. Jean Castex a en tout cas compris, avec un peu de lenteur, que la politique de l’exemple est le meilleur moyen de convaincre ses compatriotes d’aller se faire vacciner. Qui irait lui reprocher de se faire vacciner bien que moins de 75 ans, sans comorbidité ? S’il y a bien des personnes qui vivent dangereusement en période de crise sanitaire, ce sont bien les responsables politiques, surtout ceux au pouvoir, qui rencontrent chaque jour de très nombreuses personnes différentes (d’ailleurs, nombreux furent les ministres qui ont été contaminés depuis un an).

Olivier Véran a eu sa première dose d’AstraZeneca le 8 février 2021. Jean Castex va l’avoir ce vendredi 19 mars 2021 dans l’après-midi, le jour même de la reprise de cette vaccination. Pour ces prochains mois, ce devra être l’obsession majeure du gouvernement : vacciner, vacciner ! Vacciner matin, midi et soir, vacciner la nuit, le week-end. Cette course de vitesse est une course de la vie. À chacun d’y prendre sa part. D’y prendre sa dose.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alors, confinement ou pas confinement ?
Pr. Gilbert Deray.
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210318-covid-cv.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/alors-confinement-ou-pas-231726

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/18/38873606.html





 

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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 03:53

« On va soit confiner le pays une bonne fois pour toutes, comme on aurait dû le faire il y a déjà quelques mois, soit on ne contiendra pas l’épidémie à covid-19. » (Pr. Gilbert Deray, le 16 mars 2021 sur LCI).


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Mon titre est un pastiche de ce que l’ancien Président du Conseil Edgar Faure a sous-titré lorsqu’il a sorti en 1982 le premier tome de ses mémoires : "Avoir toujours raison …c’est un grand tort" (chez Plon). Hélas, lorsqu’il y a des vies humaines en jeu, c’est toujours triste de constater que ses craintes étaient fondées sur la réalité. En fait, sur le plateau de David Pujadas le soir du mardi 16 mars 2021 sur LCI, ce n’était pas de la tristesse mais une certaine forme de colère, une colère calme, courtoise, polie, mais une colère affirmée qui avait envahi le visage du professeur Gilbert Deray.

Gilbert Deray est un grand médecin, chef du service de néphrologie à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris. Ses compétences sont reconnues internationalement et il n’est pas du genre à semer la polémique dans les médias à cause d’un ego proche de l’embolie. Il a répondu aux questions désespérément naïves de David Pujadas qui s’accrochait dur comme fer à l’idée qu’on est encore sur un plateau, que le nombre de nouveaux cas ne bougeait pas, alors que lui-même, cinq minutes auparavant, venait de présenter une carte de France presque verte (sauf Hauts-de-France, Île-de-France et PACA) il y a sept jours (carte du taux d’incidence) et une autre carte de France, du jour de l’émission (le 16 mars 2021) complètement rouge, prouvant que loin d’être stable, au contraire, la situation est alarmante et empire !

Pourquoi ceux qui savent, ceux qui pratiquent, ceux qui ont l’expérience ne sont-ils donc pas écoutés ? David Pujadas s’est "complu" à demander : oui mais "vous" (les spécialistes), vous vous êtes trompés, vous nous aviez prévu une montée et elle n’a jamais eu lieu !

Mais c’est faux, cette affirmation ! La professeure Karine Lacombe, invitée chez Bourdin sur BFM-TV le 20 janvier 2021 (pas hier, il y a deux mois !) disait très clairement : « L’épidémie progresse (…). On s’attend à un mois de mars très dur. ». Le mois de mars 2021 sera dur parce que les premiers variants anglais sont arrivés en décembre 2021 en France. En Angleterre, on a détecté les premiers en septembre 2020 et cela s’est enflammé en décembre. Cela correspond donc à mars-avril en France. On a cru que l’absence de hausse en février signifiait une fin d’épidémie, c’était trompeur mais on pouvait le prévoir. Du moins, ceux qui observaient scrupuleusement, chaque jour, les chiffres.

Mais Gilbert Deray n’a pas répondu à David Pujadas avec cette argumentation. Il a simplement dit que ce n’était pas le fait qu’il y ait une hausse ultérieure ou pas qui posait un problème, mais déjà le niveau haut du plateau qui signifiait qu’on acceptait en conscience que chaque jour, 300 à 400 personnes perdent leur vie à cause du covid-19 en France. C’est comme si l’État les lâchait, lâchait ces personnes les plus vulnérables au profit de je ne sais quel intérêt économique ou politique qui tarde à venir de toute façon. C’est ce constat intolérable que le professeur Axel Kahn cherche aussi à exprimer depuis six semaines.

Il y a eu un conseil de défense sanitaire ce mercredi 17 mars 2021 matin, et une annonce sur de nouvelles mesures sanitaires est prévue dans une conférence de presse de Jean Castex et Olivier Véran le lendemain, jeudi 18 mars 2021 à 18 heures, le temps, a déclaré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, de "consulter" les élus locaux. Valérie Pécresse, président du conseil régional d’Île-de-France, et Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, ont ainsi été contactés dans la journée par le Premier Ministre ou le Ministre de la Santé. Dans les tuyaux, un confinement plus ou moins dur de l’Île-de-France et des Hauts-de-France.

Mais c’est trop tard, a lâché Gilbert Deray avec un amer pessimisme : « Moi qui appelle à du confinement depuis des semaines et des semaines (en Île-de-France), eh bien, c’est trop tard, parce que comment vous allez confiner une région maintenant ? Dans ce que dit le conseil scientifique, quand on le lit bien, il ne dit pas seulement qu’il faut confiner des régions. Il dit aussi : faut qu’on soit efficace ! Et pour être efficace, il faut qu’autour, ce soit vert. Mais il n’y a plus de zones vertes. (…) Si nous confinons aujourd’hui l’Île-de-France, plus PACA, plus les Hauts-de-France, je ne vois pas bien à quoi ça va servir. ».

Auparavant, après avoir exprimé sa surprise et son amertume sur la suspension provisoire du vaccin AstraZeneca (je reviendrai peut-être sur le sujet plus tard), Gilbert Deray a rappelé que le plateau supposé n’était pas un plateau : « Nous sommes depuis des semaines dans la même situation, qui est une situation de plateau très élevé. Et d’ailleurs, je vais vous l’illustrer. Dimanche, notre Premier Ministre nous disait : en Île-de-France, ça va encore parce qu’on est à moins de 400. Lundi, on était à plus de 400. ».

404 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants en Île-de-France le 15 mars 2021, mais 419 le 16 mars 2021, et cela se poursuit. Rappelons que le critère pour passer en couleur "orange" dans un département est de ramener le taux d’incidence à moins de 50 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants. Actuellement, en Île-de-France, on est à environ dix fois plus que ce seuil, et l’on devrait s’estimer satisfait ? Notons qu’au niveau national, ce taux d’incidence était de 252,5 au 14 mars 2021 (cinq fois plus que le seuil fixé comme insupportable).

La semaine dernière, un autre éminent scientifique et praticien hospitalier, le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Tenon à Paris, invité d’Anne-Élisabeth Lemoine le 12 mars 2021 dans "C à vous" sur France 5, avait eu le même genre de réflexion : « On sait très bien, et ça a été donné dans le dernier avis du conseil scientifique, que plus on repousse le confinement, que ce soit national ou régional, plus il sera dur et plus il sera long. Les Français n’ont pas intégré cette donnée-là, en tout cas, elle n’a pas été intégrée parce qu’on ne leur a pas expliqué. ».

Gilles Pialoux enrageait d’ailleurs sur une expression souvent répétée par le gouvernement : « "Un jour de gagné", c’est une expression qu’en tant que soignant, je ne supporte pas parce que pour l’instant, on n’a pas démontré que c’étaient des jours de gagné. Un jour de gagné, c’est 25 000 cas et 300 morts, donc, on ne peut avoir ce discours. Je trouve que les mots ont leur importance. Ce ne sont pas des jours de gagné parce qu’on ne sait pas quel est, au bout, ce qu’on aura gagné. ». Quelques jours plus tard, c’est plus de 30 000 voire plus de 35 000 nouveaux cas par jour dont il faut tenir compte.

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Aujourd’hui, effectivement, la situation est encore plus grave. Une semaine déjà est passé avec cette phrase : « Toutes les douze minutes, un Francilien est admis en réanimation. » avait constaté le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran le 11 mars 2021 (une éternité déjà !). Mais ce mercredi 17 mars 2021 au soir, la situation est désormais plus claire que jamais, et ceux qui n’avaient pas compris vont se réveiller avec la gueule de bois : nous sommes bien, hélas, en début de courbe exponentielle. Il y a eu 38 501 nouveaux cas testés positifs au covid-19 en une seule journée. On a, hélas, une hausse brutale depuis quelques jours qui ne laisse rien augurer de bon.

Insistons sur le fait que le Président Emmanuel Macron n’y est pour rien, il ne fait que réagir à cette probable troisième vague, il ne l’a pas initiée, tout au plus pourrait-on lui reprocher (et je le fais) de ne pas l’avoir anticipée, de ne pas l’avoir anticipée sciemment. La France n’est pas seule dans cette nouvelle tempête et l’Italie, l’Allemagne, les pays d’Europe centrale et orientale sont également touchés par ce regain épidémique.

C’est difficile de dire que la campagne de vaccination aura des effets rapides, mais il semble désormais établi que ces effets sont néanmoins plus rapides que prévus. La lenteur de cette campagne ne permet cependant pas d’éviter des mesures nouvelles pour freiner la circulation du virus avant la fin du printemps 2021. L’aspect positif est que les vaccins existent, sont très efficaces et aussi rapidement très efficaces (dans les EHPAD, c’est quasiment le jour et la nuit). L’aspect négatif de la situation actuelle, c’est que le variant anglais semble atteindre, dans la forme grave de la maladie, un plus grand nombre des personnes plus jeunes que l’an dernier. Beaucoup de faits actuellement observés déboussolent les scientifiques car il faudra beaucoup de temps d’analyse pour comprendre vraiment ce qui se passe sous nos yeux.

Même le nombre d’admissions en réanimation est sujet à étonnement. En forte hausse depuis deux semaines, atteignant 4 239 le 16 mars 2021 (en Île-de-France 1 177, soit plus que le pic de la deuxième vague), ce nombre est redescendu de 20 personnes le 17 mars 2021 (de 16 en Île-de-France) malgré une hausse continue du nombre de cas depuis plus d’une semaine.

L’une des grandes difficultés du coronavirus SARS-CoV-2, c’est la cinétique de l’épidémie, la durée entre la contamination et les premiers symptômes, la durée entre la capacité à contaminer les autres et les premiers symptômes, la durée pendant laquelle le malade peut contaminer les autres, ainsi que la durée de séjour en service de réanimation qui s’allonge au fur et à mesure que l’âge moyen diminue. Ce rallongement de cette durée de séjour en réanimation renforce évidemment la tension hospitalière. Ces données signifient aussi qu’on ne pourra pas voir les conséquences d’éventuelles nouvelles mesures sanitaires avant deux à trois semaines. Dans tous les cas, et comme chaque jeudi, rendez-vous est pris ce jeudi soir à 18 heures.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mars 2021)
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Pour aller plus loin :
Pr. Gilbert Deray.
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?


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16 mars 2021 2 16 /03 /mars /2021 03:28

« Les voyageurs parlent d’une espèce d’hommes sauvages, qui soufflent au passant des aiguilles empoisonnées. C’est l’image de nos critiques. » (Diderot, 1758).



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Il y a exactement un an, le 16 mars 2020, dans une allocution télévisée, le Président Emmanuel Macron a annoncé le confinement strict de tout le pays. À cette occasion, plutôt maladroitement, il a parlé d’une guerre à mener. La pandémie de covid-19 avait démarré probablement dès novembre 2019, voire avant, mais ce fut à ces minutes que la plupart des Français ont réellement compris la gravité de l’événement mondial. Sidération, peur (oui, peur !), responsabilité, solidarité. On est entré dans une période compliquée et totalement nouvelle. Une période d’incertitudes, de connaissances éparses, de déstabilisation généralisée mais aussi de remise en cause multiples.

Cela faisait déjà près de deux mois que beaucoup de citoyens se croyant éclairés par de nouveaux outils d’information s’étaient improvisés virologues, épidémiologistes, infectiologues, etc. mais le confinement a apporté une note supplémentaire dans l’information et la désinformation ambiante : beaucoup plus de monde avait du temps pour rechercher de l’information ou de la désinformation.

Au fil des semaines et des mois, au fil des montées et des descentes épidémiques, la contestation politique s’est exprimée sous une forme complètement improductive de critiques contre le gouvernement. Ces critiques peuvent être sincères mais elle se trompent d’objectif : l’ennemi, c’est le virus et maintenant, ses variants. L’ennemi, ce n’est pas le gouvernement qui, comme ceux des autres pays, doit faire face avec plus ou moins de pertinence et d’anticipation. Dans les sondages, si les critiques ne sont pas exclues dans la gestion par le Président de la République actuel, il est clairement dit qu’aucune autre personnalité politique n’est créditée du potentiel de faire mieux.

Je ne parle évidemment pas des "fake news" et des propos ouvertement complotistes qui, par la nouveauté de la maladie, ses faces inconnues, ses zones obscures et les connaissances qu’on a pu petit à petit acquérir au fil du temps, ont pu s’engouffrer dans la brèche de la crédulité. Pour dire quoi ? Que ce serait une manipulation ? Mondiale ? Dans chaque pays du monde ? Que les 2,7 millions de personnes décédées n’auraient que fait un mauvais rêve et qu’il faudrait qu’elles quittent leur tombeau pour retrouver le cours de leur vie d’avant-covid-19 ? Que les 121 millions de personnes dépistées positives, plus toutes les autres, non dépistées, surtout pendant la première vague, n’auraient jamais rien eu qu’une petite grippe ? même ceux qui, après deux ou trois mois d’hospitalisation, gardent des séquelles durables ?

On peut évidemment faire des comparaisons. En France, comme on est défaitiste, on se croit toujours les pires, et pourtant, parmi les pays "les plus comparables", la France n’a vraiment pas à rougir. Car finalement, quel est le principal critère à prendre en compte ? Les dégâts humains, le nombre de décès (on pourra aussi reporter sur la population totale mais est-ce si pertinent ?).

Sur ces deux funestes indicateurs, la France est loin d’être dans le bilan honteux : 90 762 décès à ce jour, le 15 mars 2021 (soit 0,139% de la population nationale), à comparer avec les 548 000 décès des États-Unis (0,165%), les 125 600 décès du Royaume-Uni (0,184%), les 102 500 décès de l’Italie (0,170%), les 72 500 décès de l’Espagne (0,155%)… Seule, l’Allemagne affiche un nombre nettement plus bas, avec quand même plus de 74 100 décès (0,088%), mais le pays a eu "de la chance" d’avoir été peu touché lors de la première vague et la deuxième vague a été très dure pour l’Allemagne avec des pics de 1 200 voire 1 400 décès chaque jour, et cela malgré un système de santé qui était sans arrêt vanté de ce côté-ci du Rhin.

En fait, c’est vraiment stupide de dire que les gouvernements ne savent pas anticiper parce que le virus suit une logique complètement floue et aléatoire (comme la météo), sans compter qu’on ne connaissait même pas son existence ni ses caractéristiques avant janvier 2020. Il faut au contraire saluer l’extraordinaire puissance des scientifiques du monde entier à avoir su, d’une part, séquencer très rapidement le coronavirus, d’autre part, évaluer les différents modes de contamination et de protection, enfin, concevoir et mettre sur le marché en moins d’un an des vaccins avec une efficacité exceptionnelle (97% pour le vaccin Pfizer-Biontech).

Tout ce qui est nouveau fait peur, et c’est très normal. Une telle pandémie fait peur, angoisse, on ne peut même pas dire qu’on pourrait prendre l’avion et se réfugier discrètement en Amérique latine. Il faudrait aller au Pôle Nord, ou sur Mars pour pouvoir quitter ce cauchemar que j’espère provisoire.

Du gouvernement français qui a géré cette crise sanitaire, on n’a fait que reproches sur reproches.

Par exemple, les masques chirurgicaux. Tout le monde pouvait comprendre la pénurie de masques dans un contexte où 7 milliards d’être humains en avaient besoin au même moment (toutes les quatre heures) et dont la production était essentiellement basée dans une région de Chine qui avait arrêté toutes ses usines pendant plusieurs semaines. Que les masques fussent réservés au personnel soignant, alors que des médecins sont morts du covid-19, ne paraît pas inopportun. Aujourd’hui, il n’y a plus de pénurie, les masques coûtent même bien moins cher qu’en mai 2020 et tout le monde les utilise sans que cela soit un problème, même les plus récalcitrants ont fini, au fil des mois, par les porter et même, les porter "bien", en recouvrant le nez.

Autre exemple, les tests PCR. Oui, évidemment, il y avait aussi pénurie des différents composants du test, et donc, cela ne paraissait pas anormal que les personnes faiblement touchés par le covid-19 ne fussent pas dépistées et seulement "soupçonnés de covid-19", comme c’est, du reste, le cas pour la plupart des maladies infectieuses. Aujourd’hui, après une phase effectivement de mise en route (le déploiement des laboratoires d’analyses, etc.), la France peut s’enorgueillir d’être parmi les pays qui dépistent le plus massivement, et cela gratuitement contrairement au Royaume-Uni. Ainsi, au 15 mars 2021, près de 58 millions de tests ont été réalisés depuis le début de l’épidémie, à comparer, par exemple, à l’Allemagne (le fameux modèle qu’on sort sans arrêt tout en la haïssant) qui n’en a réalisé que 46 millions (avec pourtant 30% de population en plus).

On pourrait aussi prendre l’exemple de la vaccination, seule sortie rapide possible de cette satanée crise, et la France n’a pas à rougir de ses 5,14 millions de personnes vaccinées, en particulier les plus fragiles. Ce n’est évidemment pas assez rapide et la suspension d’AstraZeneca ne fait pas l’affaire de cette stratégie de vaccination (j’y reviens plus loin), mais tout le monde comprend que, comme pour les masques, l’industrie pharmaceutique ne peut pas produire 14 milliards de doses (deux fois la population mondiale) en un simple claquement de doigts et ceux qui voudraient avoir des doses pour les leurs seuls sans se préoccuper des autres savent que c’est stupide. Car il faudra limiter les foyers d’infection partout dans le monde (l’expansion de l’épidémie en janvier-mars 2020 a montré que ces foyers s’exportent rapidement dans un monde globalisé).

Parmi les autres critiques, il y a les revendicatifs ou les "y avait qu’à faire" qui sont totalement improductifs. Par exemple, les lits de réanimation. Le problème n’est pas le manque de lits de réanimation puisqu’il y a possibilité d’atteindre les 10 000 en cas de nécessité. Le problème est de ne pas les remplir, ces lits. Aujourd’hui, une personne malade du covid-19 qui entre en réanimation sur quatre n’en sort pas vivante (le taux a pu être d’un sur trois voire d’un sur deux pendant la première vague, les médecins ont fait des progrès à ce titre). C’est cela, la réalité. Ce n’est pas multiplier les lits qui va réduire la mortalité. Il faut avant tout réduire le nombre d’entrées en freinant au maximum la circulation du virus (c’est proportionnel). On a bien vu que l’Allemagne, dotée de nombreux lits de réanimation, a eu une forte mortalité au pire de sa deuxième vague.

Tout est donc bon pour critiquer la gestion du gouvernement et les mêmes n’hésitaient pas à faire des critiques complètement incohérentes. Par exemple, critiquer la pénurie de masques d’un côté, et critiquer l’obligation du port du masque de l’autre côté. Critiquer l’absence de confinement d’un côté, et l’absence de liberté en cas de confinement de l’autre côté. Critiquer la pénurie de tests PCR d’un côté, et critiquer le dépistage massif de l’autre côté. Critiquer la précipitation de la vaccination (avec une technologie nouvelle) d’un côté, et critiquer les retards à la vaccination de l’autre côté, ou même, la pénurie des doses (ce qui, encore une fois, dans un contexte aussi tendu, ne peut que se comprendre à moins de croire au Père Noël). Ou même, critiquer le principe du vaccin (ou la peur qu’il engendre de se faire vacciner) d’un côté, et le retard à la vaccination de l’autre côté. La critique systématique est souvent définie dans l’incohérence la plus complète.

C’est un peu normal car les pouvoirs publics, qui font face à une crise inédite et durable, doivent s’occuper de mille paramètres et sont toujours sur la ligne de crête, donc, peuvent être critiqués des deux côtés, en faire trop ou pas assez.

La palme de l’incohérence dans les critiques serait peut-être à décerner au journaliste Guillaume Roquette (dont je n’ai rien de mal à dire par ailleurs) qui, le soir du 14 mars 2021, sur LCI, a formulé deux critiques totalement contradictoires en moins de cinq minutes (il s’est fait vite remettre en face de ses contradictions par l’ancien ministre socialiste Jean-Marie Le Guen, par ailleurs médecin) : d’un côté, il soutenait que même s’il n’y avait pas de raisons scientifiques, il fallait suspendre la vaccination avec AstraZeneca au nom du sacro-saint principe de précaution (sur ce point, le gouvernement lui a donné raison le lendemain), de l’autre côté, il critiquait le retard à la vaccination et prenait comme exemple la vaccination massive du Royaume-Uni qui, justement, avait refusé le principe de précaution en prenant de très nombreux risques pour sa population. On ne peut pas faire les deux critiques à la fois.

À côté de cela, de ces critiqueurs dont l’objet est de critiquer pour critiquer, mais bon, on est en démocratie, tout le monde a le droit de critiquer et j’ai moi-même mon lot de critiques à formuler, après tout, si tous les Français peuvent être entraîneurs de l’équipe de France de football, tous peuvent aussi gérer la crise sanitaire engendrée par cette pandémie !… à côté de ces critiques, il y a des gourous qui, parfois diplômés voire reconnus dans leur métier scientifique, bénéficiant au maximum du "système", ont dit franchement n’importe quoi, au début sans doute par erreur sincère, mais par la suite, par un ego démesuré qui refuse le principe même d’une erreur personnelle. Ceux-là, au bout de quatorze mois, on ne les entend plus, on ne les écoute plus car ils sont complètement hors-jeu dans la crédibilité qu’on peut attendre dans leurs professions.

Il y a aussi des incompréhensions, comme cette forte réticence du personnel soignant à se faire vacciner. Là aussi, la situation est grave : le covid-19 est devenue la première maladie nosocomiale. 45 000 contaminations ont eu lieu à l’hôpital, des centaines de personnes hospitalisées pour d’autres pathologies ont été contaminées et sont mortes du covid-19. Il paraît peu réaliste de rendre obligatoire la vaccination du personnel soignant : les chefs de service ne vont pas faire venir la police pour réprimer le refus de vaccination, mais l’esprit de responsabilité doit cependant l’emporter sur des appréhensions certes légitimes mais incompatibles avec la vocation des soignants qui est de protéger au maximum leurs patients.

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La situation de ce lundi 15 mars 2021 n’est malheureusement pas très encourageante pour le gouvernement et surtout, pour les Français. Le taux d’incidence de la région Île-de-France, 404,5 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants, est en train d’exploser, et, mécaniquement, le nombre de lits en réanimation, avec 1 166, a franchi en Île-de-France les 1 138 du pic de la deuxième vague en novembre (dans toute la France, 4 219 lits en réanimation sont occupés par des malades de covid-19, à ce rythme, on atteindre les 5 000 lits bien avant la fin du mois).

Faut-il être surpris ? Malheureusement non. Certains scientifiques sont plus crédibles que d’autres au bout de quatorze mois. Par exemple, la professeure Karine Lacombe avait déclaré sur BFM-TV le 20 janvier 2021 : « L’épidémie progresse (…). On s’attend à un mois de mars très dur. ». Pourquoi a-t-elle eu raison ? Parce que le variant anglais a mis trois mois avant d’exploser au Royaume-Uni. En France, cela correspond hélas au mois de mars. L’explosion est probablement de plus faible ampleur qu’en Angleterre car nous avons maintenu des mesures très restrictives (le couvre-feu à 18 heures) mais insuffisantes pour réduire le haut niveau de circulation du virus. De plus, le contexte épidémique européen est de nouveau mauvais après une éclaircie en février 2021 : l’Italie reconfine pour la majeure partie de son territoire à partir du 15 mars jusqu’au 6 avril prochain au moins (lendemain du week-end de Pâques). La plupart des grands pays sont encore en confinement depuis le nouvel an (Royaume-Uni, Allemagne) avec une grande efficacité sur la circulation du virus.

Autre inquiétude, le rajeunissement des patients admis en réanimation. Un des chefs de service en réanimation à Paris a expliqué le 13 mars 2021 que dans son service, 45% des patients avaient moins de 65 ans, mais ce taux n'est pas forcément représentatif. Au niveau national, les statistiques sont impressionnantes. On n’est (hélas) pas encore au pic d’occupation des lits en réanimation, et déjà, il y a maintenant 693 patients entre 50 et 59 ans à comparer aux 666 du pic de novembre 2020, 292 patients entre 40 et 49 ans (238 au pic de novembre), 104 patients entre 30 et 39 ans (95 au pic de novembre) et 36 patients entre 20 et 29 ans (30 au pic de novembre). Parallèlement, il y a beaucoup moins de patients très âgés (80 à 89 ans par exemple).

La cause de ce rajeunissement n’est pas encore établie clairement mais on peut citer trois causes possibles qui peuvent se cumuler : d’une part, l’efficacité de la vaccination d’une population âgée (il y a 65% d’efficacité dès la troisième semaine après l’injection de la première dose) ; d’autre part, les personnes âgées, parce que vulnérables, font très attention aux gestes barrières, voire s’autoconfinent, etc. ; enfin, la possibilité la pire, le variant anglais s’attaque aussi aux plus jeunes. Certains chefs de service ont déjà constaté une virulence plus forte du virus dans les formes sévères. Ainsi, parmi les patients admis en réanimation, 50% sont désormais sous intubation alors qu’en novembre, ils n’étaient qu’un tiers.

Ce rajeunissement a une conséquence : l’augmentation du nombre de lits occupés. En effet, la moyenne de séjour en réanimation pour des patients "jeunes" (moins de 50 ans) est de six semaines au lieu de quatre semaines (et ceux qui meurent meurent plus vite quand ils sont plus âgés).

Y aura-t-il reconfinement strict en Île-de-France pour réduire la tension hospitalière ? La plupart des médecins hospitaliers le demandent depuis le mois de janvier 2021, et disent même aujourd’hui que c’est "trop tard" dans la mesure où les nouvelles mesures ne feront d’effet que dans deux ou trois semaines.

Tout est une course de vitesse et la politique de non-confinement ne se comprendrait qu’avec une politique de vaccination massive, vaccination "matin midi et soir", comme l’a asséné Nicolas Sarkozy le 3 mars 2021 sur TF1. Mais il manque des doses et la suspension du vaccin AstraZeneca dont des millions de doses allaient être livrées ne facilite pas l’accélération de la vaccination (du reste, le Royaume-Uni a fait une vaccination massive tout en confinant très strictement).

L’effet rapide (et surprenant) de la vaccination des personnes vulnérables tant sur le nombre de lits de réanimation occupés que sur le nombre de décès doit cependant apporter un certain optimisme : malgré les variants, malgré les difficultés, on viendra à bout de cette épidémie parce qu’on a su développer des outils de prévention particulièrement efficaces. Pourvu qu’on les utilise massivement…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210315-covid-ct.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/covid-19-un-an-apres-toujours-le-231643

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/15/38866614.html






 

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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 03:52

« Je vais, là, devoir être très explicite : lorsqu’un pays, une société, une civilisation, en vient à légaliser l’euthanasie, il perd à mes yeux tout droit au respect. Il devient dès lors non seulement légitime, mais souhaitable, de le détruire ; afin qu’autre chose, un autre pays, une autre société, une autre civilisation, ait une chance d’advenir. » (Michel Houellebecq, "Le Figaro" du 5 avril 2021).



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L’euthanasie est un sujet qui revient sans cesse. C’est un sujet essentiel puisqu’il parle de la vie et de la mort, de sa vie, de celle des proches. Cette intimité immédiate peut remplacer la raison par l’émotion. Chacun en a une conscience qui est respectable, mais beaucoup s’aventure dans cette réflexion avec des idées biaisées. Ce jeudi 8 avril 2021 est examinée à l’Assemblée Nationale la proposition de loi émanant d’un député proche de la majorité qui souhaite instaurer l’euthanasie et le suicide assisté. Le 11 mars 2021, à peine un mois auparavant, les sénateurs avaient rejeté une autre proposition de loi, cette fois-ci d’une sénatrice socialiste, qui exigeait les mêmes mesures. Ce type d’initiative est régulièrement mis sur la table, et je propose ici de dire pourquoi sur le fond et sur le calendrier ces propositions me paraissent très inquiétantes. Mais plus inquiétante encore est l’hésitation du pouvoir exécutif sur le sujet.

La réalité que recouvre l’euthanasie est tellement dérangeante que pas un de ses promoteurs n’ose prononcer son nom. Ils préfèrent "mourir avec dignité", comme si être affaibli, être vulnérable, être en situation d’extrême dépendance (ce qui, finalement, est notre futur si tout se passe bien dans notre vie, sans maladie, sans agression et sans accident) était indigne d’être vécu. Comme si le clivage était "mourir avec dignité" ou "vivre avec indignité". Comme si le fait d’être un impotent, un inutile, un improductif nécessitait d’être immédiatement éliminé d’une société qui promeut en permanence la jeunesse, la force, la forme, le dynamisme, bref, le mode de vie Hollywood chewing-gum.

L’euthanasie, c’est commode quand on ne veut plus être solidaire. C’est commode quand on ne veut plus accompagner les fragiles sinon en les éliminant. C’est commode quand on ne veut plus financer leur occupation de lit, leurs soins, leur présence, leur existence. L’euthanasie, c’est écarter les mauvais éléments du bon grain de la société de surconsommation. Comment, dès lors, ne pas y associer l’eugénisme que sous-tend nécessairement le concept ?

Ce débat arrive à un moment assez peu opportun. D’une part, en pleine crise sanitaire, on essaie plutôt de sauver des vies que de faire mourir. La lutte de tous les instants, c’est de sortir de cette pandémie de la mort. Encourager l’abandon de l’autre, encourager le suicide assisté, c’est au mieux une maladresse de contexte. Imagine-t-on augmenter le nombre de lits en réanimation si l’on promeut l’euthanasie ? Faudra-t-il réanimer les candidats au suicide qui ont échoué dans leur tentative ? D’autre part, il existe une loi qui est encore trop peu connue et qui manque aussi d’accompagnement budgétaire. Ce qu’il faut, c’est ne pas souffrir et donner des moyens massifs pour créer des unités mobiles de soins palliatifs capables de visiter les domiciles, capables d’être présentes dans tous les services hospitaliers et pas seulement au "service des soins palliatifs".

La fin de vie est un sujet que j’ai très souvent abordé ici (voir en fin d’article). Je ne souhaite pas forcément reprendre tous les arguments qui me font opposer au principe de l’euthanasie. Chaque situation est unique et vouloir légiférer sur le sujet est plus qu’une erreur, c’est une horreur. La loi généralise alors que la mort est singulière. C’est ouvrir une brèche béante sur un interdit que reprend l’un des commandements chrétiens mais qui n’est qu’une injonction morale qu’on retrouve dans le code pénal, celui d’un pays comme le nôtre, laïque et sans rapport aucun avec la religion, sinon son origine.

C’est étrange d’ailleurs que certains promoteurs de l’euthanasie fustigent toute argumentation qui leur est opposée sous prétexte qu’elle pourrait être d’inspiration religieuse (chrétienne, mais également d’autres religions), alors qu’eux-mêmes évoquent "l’exigence morale" qui devrait rendre légal le fait de tuer des personnes fragiles et vulnérables. Alors, oui, plaçons-nous toujours sur le plan moral, et jamais sur le plan religieux. L’opposition à l’euthanasie n’est d’ailleurs pas réservée aux croyants, beaucoup de personnes athées ou agnostiques la combattent à juste titre, pour la même raison, morale. L’exigence morale, c’est de ne pas légaliser ce qui est un assassinat, un meurtre avec préméditation. Plus la frontière est floue, plus les abus viendront. Un médecin a prêté serment avant d’exercer. Le serment d’Hippocrate est assez clair : « Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion. ». Il n’y a rien de religieux à cela. Seulement le service aux malades, les soigner les mieux possibles. Ne pas les abandonner dans leur propre déchéance.

Certains pays ont montré, par leur législation, ou leur non-législation, des horreurs que je ne souhaite absolument pas en France. La Suisse, par exemple, n’a jamais légalisé le suicide assisté, simplemeent, des associations militantes (et vénales) ont pu profiter d’un vide juridique qui permettait d’aider (le mot est mal choisi) les personnes candidate au suicide. Ceux qui s’intéressent d’un peu près à ce qui se passe à travers ces associations sont horrifiés, on y fait mourir mal, parfois dans des parkings désaffectés, au point que le gouvernement suisse songe aujourd’hui à légiférer, c’est-à-dire à interdire cette pratique qui fait les choux gras de quelques individus dans un business européen (la France et l’Allemagne sont de grands pourvoyeurs de clients).

En Belgique, la législation et la pratique de l’euthanasie est inquiétante, on a "euthanasié" des personnes en dépression nerveuse qui, par définition, sont suicidaires (on aurait peut-être pu les soigner, leur dire que la vie vaut le coup d’être vécue au lieu d’aller dans leur sens), d’autres en situation de handicap mental, d’autres encore parce qu’elles étaient orphelines et sans capacité à vivre sans parents, d’autres carrément des enfants, etc. Bref, plus le temps avance, plus le prétendu "progressisme" se fait en sens inverse, vers plus de barbarie, plus de lâcheté, plus d’égoïsme.

Ce sont toujours les bien portants qui réclament l’euthanasie, mais la plupart des médecins peuvent constater, à quelques exceptions, que très rares sont ceux qui, réellement, sont en situation de fin de vie et veulent être euthanasiés. Souvent, ce sont des personnes qui sont peu accompagnées qui veulent en finir. Ils ne reçoivent plus l’image d’humanité d’eux-mêmes. Parler de dignité, c’est les rendre indignes, leur enlever leur humanité.

Les sondages sont régulièrement émis et donnent une très mauvaise photographie de "l’opinion publique". On tronque l’enjeu avec un sophisme insupportable. On pose la question : voulez-vous souffrir atrocement ou qu’on vous achève ? Normal que 95% répondent vouloir être achevés (parmi lesquels des croyants, etc.). On se demande même pourquoi il y aurait encore 5% qui seraient prêts à souffrir. La bonne question n’est pas celle-là mais celle-ci : comment supprimer la souffrance ?

C’est en gros l’argumentation d’un auteur que j’adore particulièrement, Michel Houellebecq, et lui qui s’invite rarement dans les débats politiques, semble vouloir s’engager personnellement pour pourfendre les zélateurs de l’euthanasie. Il l’a fait dans une excellente tribune publiée par "Le Figaro" le 5 avril 2021. Elle reprend quelques éléments d’une autre tribune publiée dans "Le Monde" le 12 juillet 2019, à la mort voulue de Vincent Lambert, voulue par d’autres que lui.

Je ne suis pas toujours en accord avec toutes ses idées (par exemple, il veut la dépénalisation de la consommation de drogues) mais il semble avoir les mêmes valeurs que moi. Très étrangement, d’ailleurs, ce n’est pas signalé et pourtant, c’est remarquable : en combattant l’euthanasie, il rejoint probablement les positions de l’islam, tout comme celles du christianisme. Mais plus généralement, désabusé, le romancier se désespère de voir les religions avoir une influence quelconque sur ce débat alors que justement, les lobbyistes de l’euthanasie croient que la religion serait encore très influente (ce qui est un anachronisme, je crois que Michel Houellebecq a raison, la religion n’a plus beaucoup d’influence, même quand elle sait se mobiliser contre le mariage pour tous, et agiter cet étendard tend à déplacer le débat en disant : bouuh, ce sont les intégristes qui sont contre l’euthanasie, mesure supposée progressiste, moderniste et tout ça).

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Le raisonnement de Michel Houellebecq est très clair et très simple dans sa logique. Premièrement : « Personne n’a envie de mourir. On préfère en général une vie amoindrie à pas de vie du tout ; parce qu’il reste de petites joies. ». Deuxièmement : « Personne n’a envie de souffrir. J’entends, de souffrir physiquement. (…) La souffrance physique n’est rien d’autre qu’un enfer pur, dénué d’intérêt comme de sens, dont on ne peut tirer aucun enseignement. (…) À peu près tout le monde, placé devant une alternative entre une souffrance insoutenable et la mort, choisit la mort. ». Les personnes diminuées savent ce qu’est une "petite joie". Le plaisir encore de savourer un fruit, de ressentir la chaleur du soleil, l’odeur d’une fleur…

Ces deux premières propositions sont communes à tous les "protagonistes" de ce débat. Elles sont consensuelles. Mais les partisans de l’euthanasie oublient la troisième proposition que Michel Houellebecq qualifie de la plus importante : « On peut éliminer la souffrance physique. ». Et de rappeler la découverte de la morphine en 1804 (il évoque aussi l’hypnose). C’est tout l’objet de relancer un nouveau plan pour les soins palliatifs : soigner et pas tuer les patients en fin de vie, pour tuer la souffrance au lieu de la personne. Là est l’humanisme.

Dans ses deux tribunes sur le sujet, Michel Houellebecq revient aussi sur la "dignité" sans arrêt mise en avant par les partisans de l’euthanasie.

Le 12 juillet 2019 : « J’ai consulté Le Petit Larousse (édition 2017). Il définit, assez simplement, la dignité comme le "respect que mérite quelqu’un". (…) La dignité (le respect qu’on vous doit), si elle peut être altérée par divers actes moralement répréhensibles, ne peut en aucun cas l’être par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé. Ou alors c’est qu’il y a eu, effectivement, une "évolution des mentalités". Je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’en réjouir. ».

Le 5 avril 2021 : « Je vais finir de perdre mes cheveux et mes dents, mes poumons vont commencer à partir en lambeaux. Je vais devenir plus ou moins impotent, plus ou moins impuissant, peut-être incontinent, peut-être aveugle. Au bout d’un certain temps, un certain stade de dégradation physique une fois atteint, je finirai forcément par me dire (encore heureux si on ne me le fait pas remarquer) que je n’ai plus aucune dignité. Bon, et alors ? Si c’est ça, la dignité, on peut très bien vivre sans ; on s’en passe. Par contre, on a tous plus ou moins besoin de se sentir nécessaires ou aimés ; à défaut estimés, voire admirés, dans mon cas c’est possible. Ça aussi, c’est vrai, on peut le perdre ; mais là, on n’y peut pas grand-chose ; les autres jouent à cet égard un rôle tout à fait déterminant. ». Le regard de l’autre renvoie sa propre humanité.

Je voudrais revenir au débat sénatorial du 11 mars 2021. Je regrette d’avoir une position commune avec le RN mais c’est le cas sur ce sujet. L’unique sénateur RN, élu de Marseille, Stéphane Ravier a exprimé précisément ce qui me paraît sensé et pertinent : « Alors que nous avons mis à l’arrêt l’économie pour protéger nos anciens et nos plus fragiles ces derniers mois, vous balayez ces sacrifices pour offrir aux Français une perspective macabre dans un projet nauséabond et matérialiste, ce projet que l’on nomme par antinomie "progressiste", pour éliminer ceux qui ne sont plus jugés utiles. Le professeur Jean Bernard disait qu’il faut "ajouter de la vie aux jours lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie". C’est cela, la médecine humaniste. La souffrance peut faire peur, la liberté sans frein peut séduire ; mais jamais la mort précipitée ne doit être une solution. Une fin de vie confortable, voilà ce qui fait honneur à la société, à la conscience individuelle. Ne cédons pas à l’inconscience collective ! ».

L’orateur suivant était (le même jour) le sénateur LR René-Paul Savary, qui est aussi un médecin généraliste et qui a commencé son intervention en étonnant ses contradicteurs : « Je me souviens de Jeanne, me répétant à chaque visite, qu’elle voulait en finir, qu’elle souffrait le martyre. Je lui ai dit que j’étais prêt à répondre à sa volonté. J’ai alors vu dans son expression la crainte de ne plus vivre. Au fond d’elle-même, elle n’était pas prête. La volonté d’un jour n’est pas forcément celle de toujours. (…) [Cette proposition de loi] est plus sociétale que médicale (…). Les patients désireux de mourir le veulent-ils vraiment ? Leur volonté ne peut-elle être orientée ? Décrire la mort par euthanasie comme "naturelle", n’est-ce pas le signe d’une science à la dérive ? (…) Selon un collectif de médecins gériatres, dans les pays où l’aide active à mourir est autorisée, les patients peuvent ressentir une pression de la société ou de leur famille pour demander une mort anticipée. ».

Cette pression sera incontournable avec l’aspect économique des choses. Sur le plan personnel et familial, combien de familles voudraient-elles être "soulagées" par la mort de leur ascendant, avec un héritage en plus ? mais ce n’est pas cela qui m’inquiète le plus, c’est plutôt sur le plan national et politique, combien de gouvernements résisteront-ils avant d’imposer dans les faits l’euthanasie pour des raisons budgétaires ? Car évidemment, les six derniers mois d’une existence sont les plus coûteux pour la sécurité sociale. Il suffirait de les supprimer purement et simplement.

De plus, si on euthanasie les malades au lieu de les soigner, ce n’est pas ainsi qu’on fera des progrès dans la recherche médicale. Sauver des vies, c’est l’une des motivations clefs des scientifiques pour imaginer de nouveaux traitements et de nouveaux vaccins, on l’a bien vu avec la pandémie du covid-19. À quoi servirait-il de soigner des malades prêts à s’avouer vaincus et à mourir terrassés par leur maladie en y étant "aidés" ?

Vouloir en finir n’est pourtant parfois qu’un simple mouvement d’humeur. Ce changement de pied (vouloir en finir, vouloir continuer à vivre) est un comportement ordinaire des malades en grande vulnérabilité. L’idée d’un fardeau que parfois, il est difficile mais pas impossible de supporter. Michel Houellebecq en parle dans sa tribune du 12 juillet 2019 : « Moi aussi, dans certaines circonstances (heureusement peu nombreuses) de ma vie, j’ai été prêt à tout, à supplier qu’on m’achève, qu’on me pique, tout plutôt que de continuer à supporter ça. Et puis on m’a fait une piqûre (de morphine), et mon point de vue a changé radicalement, du tout au tout. En quelques minutes, presque en quelques secondes. ». Mais dans sa tribune du 5 avril 2021, il explique qu’une demande d’euthanasie cache parfois une autre demande, plus importante : « Et je me vois très bien demander à mourir juste dans l’espoir qu’on me réponde : "Mais non mais non, reste avec nous" ; ce serait tout à fait dans mon style. Et en plus j’avoue cela sans la moindre honte. ». Nous sommes peut-être entrés dans une société du seul premier degré.

La réalité, c’est qu’il existe déjà une loi depuis le 22 avril 2005, qui a été complétée le 2 février 2016 et qui demande encore à être connue : la loi Claeys-Leonetti. Pourquoi vouloir changer la loi alors qu’il existe déjà une loi pour la fin de vie qui a fait quasiment le consensus ? On ne peut pas légiférer sur la mort sans avoir un consensus, c’est un sujet trop sensible, trop profond, trop grave pour qu’il crée un clivage entre les pour et les contre. Or, cette loi interdit l’acharnement thérapeutique, elle est basée avant tout sur la suppression de toute souffrance et sur la volonté des patients qui peut s’exprimer dans les directives anticipées (même si, là encore, on peut avoir une vision différente lorsqu’on est bien portant et lorsqu’on est malade). Il faut déjà appliquer la loi avant d’en faire une nouvelle. Elle répond à presque toutes les situations de grande détresse.

Ce qui est un scandale, ce n’est pas que l’euthanasie ne soit pas possible. D’ailleurs, elle l’est dans le secret des chambres d’hôpital, et si on critique ces euthanasies clandestines, ce n’est pas pour un meilleur accompagnement des personnes en fin de vie, c’est avant tout pour une meilleure protection juridique. Or, justement, le sujet est tellement singulier qu’en ne légiférant pas, ceux qui les pratiquent (avec leurs raisons et leur conscience, que je ne me permettrais en aucun cas de juger) doivent prendre leurs propres responsabilités, et à ma connaissance, aucun médecin n’a été inquiété ni surtout condamné par la justice pour une telle pratique, même considéré, au yeux du droit, illégale. En revanche, le médecin ou l’infirmière voleur d’héritage qui tue en série de nombreux patients vulnérables aura plus de mal à être condamné par la justice avec une loi sur l’euthanasie puisque l’horrible précédent de Vincent Lambert montre bien qu’on peut supposer la volonté d’un patient incapable de l’exprimer dans le sens qu’on veut. L’exemple de l’affaire Bonnemaison est très instructif à cet égard.

Ce qui est un scandale, c’est qu’on souffre encore, c’est-à-dire, que les soins palliatifs ne soient pas encore assez développés. C’était le sens de la réponse du gouvernement le 11 mars 2021 au Sénat. Le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a en effet annoncé un nouveau plan de développement des soins palliatifs, ce qui est la vraie réponse aux fins de vie scandaleuses qu’on peut encore décrire dans la France d’aujourd’hui : « À compter du mois d’avril [2021] sera lancé le cinquième plan national pour les soins palliatifs et l’accompagnement de la fin de vie. Il sera piloté par les docteurs Olivier Mermet et Bruno Richard. Ce plan sera triennal. Nous y inscrirons l’amélioration de la formation initiale et continue des soignants. Avec Frédéric Vidal, nous travaillons à intégrer la fin de vie dans les formations de santé. Nous développerons la prise en charge en ville, avec la mise à disposition du midazolam fin 2021. Il y a aussi un enjeu de moyens : le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) augmentera la dotation socle des soins palliatifs. Le Ségur de la santé a prévu 7 millions d’euros pour l’appui sanitaire dans les EHPAD, comprenant des astreintes de soins palliatifs. ».

Le ministre a auparavant insisté sur l’application d’abord de la législation actuelle : « Aide-soignant en EHPAD, puis médecin neurologue, j’ai assisté de près à l’imminence de la mort. Ces instants sont toujours des épreuves de vérité et de doute, parfois de sérénité. Il y a cinq ans, le législateur a voté la loi Claeys-Leonetti, issue d’un large consensus (…). Elle a notamment affirmé le droit du malade à demander l’arrêt des traitements (…). L’enjeu n’est pas tant de faire évoluer cette loi que de la faire connaître, aussi bien des professionnels que de nos concitoyens. Seuls 18% des Français de plus de 50 ans ont rédigé des directives anticipées. (…) Sur ce sujet intime, je ne crois pas que certaines législations soient plus "en avance" que d’autres. ».

Olivier Véran, qui n’a pas peur d’aller sur le terrain des complotistes, a alors évoqué le Rivotril dont le but n’était pas d’euthanasier les personnes atteintes du covid-19 en EHPAD mais de réduire leur éventuelle souffrance dans le traitement de la maladie. D’ailleurs, croire que le gouvernement voudrait se débarrasser des résidents dans les EHPAD est une impression contredite par la stratégie gouvernementale de la vaccination qui a permis quasiment la fin de la mortalité covid-19 en EHPAD alors qu’elle correspondait à un tiers environ de la mortalité générale en France avant janvier 2021. En effet, il a dit : « Si les soignants ne sont pas sensibilisés, ils ne peuvent appliquer correctement la loi. Durant la crise sanitaire, lorsque j’ai autorisé l’administration à domicile de produits antidouleur comme le Rivotril, je me suis parfois heurté à des réactions très négatives. ».

Appliquons la loi, misons massivement sur les soins palliatifs, cela demande un effort budgetaire mais c’est un investissement nécessaire, c’est le rôle de l’État protecteur, protecteur des vies humaines et protecteur du meilleur confort en fin de vie. On imagine beaucoup trop facilement ce qu’un État pourrait y gagner avec une généralisation massive de la pratique de l’euthanasie, la culpabilisation des personnes vulnérables qui oseraient vouloir rester en vie alors que la décence nouvelle imposerait de s’effacer pour libérer la place aux plus jeunes et surtout aux plus productifs, pour économiser de l’argent qui pourrait être dépensé à des choses plus futiles que soigner des apprentis mourants. Dès lors qu’on commence avec cette logique de la mort, avec cette culture de la mort, il n’y aura plus de limite, et les fictions comme le "Soleil vert" deviendront hélas une triste réalité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2021)
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Les trois illustrations proviennent de tableaux de Paula Modersohn-Becker.


Pour aller plus loin :
Tribune de Michel Houellebecq dans "Le Figaro" du 5 avril 2021.
Tribune de Michel Houellebecq dans "Le Monde" du 12 juillet 2019.
Euthanasie : soigner ou achever ?
Soins palliatifs.
Le congé de proche aidant.
Stephen Hawking et la dépendance.
Le plus dur est passé.
Le réveil de conscience est possible !
On n’emporte rien dans la tombe.
Les nouvelles directives anticipées depuis le 6 août 2016.
La dignité et le handicap.
Alain Minc et le coût des soins des "très vieux".
Euthanasie ou sédation ?
François Hollande et la fin de vie.
Texte intégral de la loi n°2016-87 du 2 février 2016.
La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
La leçon du procès Bonnemaison.
Les sondages sur la fin de vie.
Les expériences de l’étranger.
Fausse solution.
Autre fausse solution.
La loi du 22 avril 2005.
Chaque vie humaine compte.
Vincent Lambert.
Au cœur de la civilisation humaine.
Pr. Claude Huriet.
Pr. Jacques Testart.
Bioéthique 2021 (9).

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12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 03:22

« La mobilisation du système de santé est totale, partout en France, particulièrement en Île-de-France. Elle le sera encore plus dans les prochaines semaines car la pression hospitalière va continuer de monter. Considérant que la dynamique épidémique dans la région ne baisse pas encore, soyons clairs : à ce stade, nous ne savons pas quand ni où se situe le pic épidémique. Cette situation inquiétante, nous y faisons face (…) en armant au maximum notre système de soin (…). Et si l’épidémie se poursuit à ce niveau et à ce rythme, et si la pression sanitaire devient malgré tout trop forte, alors nous prendrons toutes les mesures qui s’imposent pour freiner la circulation du virus et sauver des vies. » (Olivier Véran, conférence de presse du 11 mars 2021).




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Il y a une grande incompréhension dans la situation sanitaire française. Au contraire de mars 2020 et octobre 2020, le Président Emmanuel Macron a refusé de prendre des mesures efficaces en janvier 2021 pour réduire le nombre de nouveaux cas détectés de covid-19. Ce nombre, répétons-le, détermine le nombre d’hospitalisations et d’occupations covid-19 des lits en réanimation et aussi, toujours avec un décalage dans le temps, le nombre de décès.

La conférence de presse du Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran qu’il a tenue ce jeudi 11 mars 2021 à 18 heures, est à cet égard un exercice extraordinaire de communication. En gros, la situation est alarmante sinon inquiétante, mais …on ne fait rien !

Tout vient en fait de ce 15 décembre 2020, date décidée par l’Élysée pour arrêter le deuxième confinement. Il y avait deux objectifs avant de pouvoir déconfiner : passer en dessous de la barre des 3 000 lits de réanimation occupés par des patients du covid-19, et en dessous de la barre des 5 000 nouveaux cas détectés chaque jour. Si la première condition a été remplie, ce n’était pas le cas de la seconde : on était alors à environ 15 000 nouveaux cas quotidiens.

Malgré cet objectif non rempli, on pouvait comprendre le desserrage de l’étau social, d’autant plus que les fêtes de Noël furent beaucoup moins graves de conséquence que prévu (mais on ne l’a su qu’après coup), et cela grâce à la grande prudence de la plupart des Français. Mais à partir de début janvier 2021, il aurait été nécessaire de prendre des mesures pour faire descendre ce plateau particulièrement élevé, et cela dans un contexte où toute l’Europe, en particulier le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les pays d’Europe centrale et orientale, durement touchés, ont reconfiné et où les variants (anglais, sud-africain et brésilien) changent la donne en ce sens qu’ils rendent la maladie à la fois (hélas) plus contagieuse et plus virulente. Effectivement, la moyenne d’âge descend dans les services de réanimation, et il y a beaucoup plus de formes sévères de la maladie par nombre de malades.

C’est vrai que depuis le 15 décembre 2020, la situation n’est pas totalement "déconfinée", puisqu’il y a toujours eu des mesures de couvre-feu, renforcées en janvier. C’est sans doute grâce à elles que la souche originelle du covid-19 a été maîtrisée mais pas les variants. Ou alors, c’est grâce à ce couvre-feu qu’on a évité une expansion exponentielle. Cependant, la situation n’a jamais été satisfaisante depuis trois mois.

Petit à petit, au fil des mois, le plateau est passé d’entre 15 000 et 20 000, à entre 20 000 et 25 000, et maintenant, on est plutôt entre 25 000 et 30 000 nouveaux cas détectés chaque jour. Lorsqu’on a reconfiné à la fin du mois d’octobre 2020, on en était à 40 000 nouveaux cas détectés.

Certes, il faut pondérer cette information sur le nombre de cas par un renforcement de la politique des tests avec l’arrivée des tests salivaires dans les écoles à partir du 22 février 2021 (environ 200 000 à 300 000 tests par semaine en plus), mais le nombre reste à un niveau particulièrement élevé, largement en tête en Europe, et même dans le monde où seuls les États-Unis et le Brésil font pire. Néanmoins, les dernières communications montrent une nouvelle flambée en Allemagne et en Italie.

Un mot sur les tests. On a beaucoup critiqué la France avec ses tests. Aujourd’hui, plus de 56 millions de tests ont été réalisés depuis un an, soit environ 85 pour 100 habitants. L’Allemagne, considérée comme "modèle" jusqu’en septembre dernier, en a réalisé seulement 46 millions, soit environ 55 pour 100 habitants. En tout, la France a détecté près de 4 millions de cas en un an, chiffre largement sous-estimé puisqu’on ne testait que les patients hospitalisés durant la première vague. Une étude sérologique aurait indiqué que 17% de la population aurait eu le covid-19 (30% en région parisienne).

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Parallèlement, si le nombre des hospitalisations semble se stabiliser autour de 25 000, le nombre de lits de réanimation occupés par des malades du covid-19 ne cesse de monter depuis plusieurs semaines, et en deux mois et demi, on est passé de 2 500 à 4 000, soit 80% du total ordinaire. Cela signifie qu’il y a eu beaucoup de déprogrammation d’opérations hors covid-19 afin de désengorger l’hôpital. Ce niveau en réanimation n’est pas très éloigné du pic de novembre 2020 (en revanche, en avril 2020, le pic était monté jusqu’à plus de 7 000).

Insistons à cet égard sur un sujet très important : on parle souvent de manque de lits disponibles en réanimation. Il faut être clair : aucun système de santé ne peut absorber sans tension une telle pandémie aussi durable. D’une part, la maladie est très longue (le temps d’occupation par malade est supérieur à d’autres pathologies, il faut compter deux à trois semaines), et d’autre part, la crise du covid-19 n’a pas cessé depuis maintenant exactement un an. Si un système de santé pouvait absorber un tel choc, cela signifierait qu’il était largement surdimensionné en situation ordinaire, et cela aurait été reproché aux gouvernements qui l’auraient surdimensionné, déjà qu’on a reproché à Roselyne Bachelot d’en avoir fait trop pour l’épidémie de grippe A en 2009 (elle a eu pourtant raison).

Mais surtout, la capacité des services en réanimation n’est pas le sujet. Certes, c’est le sujet des médecins hospitaliers et l’on peut y voir là une opportunité de rappeler qu’il ne fallait pas faire autant d’économies budgétaires. Le sujet, c’est la santé et la protection des Français. Or, on aurait tous les lits en réanimation qu’on voudrait pour le covid-19, la situation ne serait pas pour autant confortable car hélas, la maladie tue, et (environ) un tiers des patients en réanimation décèderont de la maladie.

Le nombre de décès quotidien a baissé depuis quelques semaines, passant d’environ 500 à environ 300. Cela reste trop, beaucoup trop, inacceptable, intolérable rappellent des médecins comme le professeur Axel Kahn. Si on regarde le nombre de morts depuis le 15 décembre 2020, on constate un nombre très élevé. Au 15 décembre 2020 (fin du deuxième confinement), le nombre de décès était en effet de 59 072. Au 29 janvier 2021, lors du choix présidentiel de ne rien faire, il était de 75 620. Au 11 mars 2021, il est de 89 830. Depuis le début du déconfinement, il y a eu 30 758 décès, soit plus que lors de la première vague (environ 28 000 décès). Depuis la décision de ne pas confiner, il y a eu déjà 14 210 décès. À ce rythme, la France aura atteint son 100 000e décès covid-19 dans un mois. Seuil que vient d’atteindre l’Italie et qu’a atteint depuis plusieurs semaines le Royaume-Uni.

De même, c’est peu pertinent d’évoquer la campagne de vaccination pour limiter les dégâts. Il faut environ 60% de personnes vaccinées dans une population pour y voir un effet positif sur la dynamique épidémique. En clair, il est peu probable que la campagne de vaccination puisse avoir un effet notable avant la fin du printemps prochain. À une exception importante près, car on commence à en voir les effets dès maintenant, c’est sur le nombre de décès en EHPAD, qui a considérablement baissé depuis un mois.

Le rythme de plusieurs centaines de décès reste énorme. Et il ne tient pas compte des décès futurs de personnes ayant des pathologies non-covid-19 (comme le cancer) qui n’auront pas été détectées suffisamment ou dont on aurait retardé d’éventuelles opérations. Dans un tel contexte, il est donc absolument nécessaire, avant tout, de réduire le nombre de contaminations. Heureusement, le taux de reproduction effectif, qui était encore supérieur à 1 la semaine dernière, est en train de redescendre (mais depuis trois mois, il ne cesse de faire du yoyo)..

Alors, quand Olivier Véran parle de prendre « toutes les mesures qui s’imposent pour freiner la circulation du virus et sauver des vies », on peut s’étonner de ne pas l’entendre prononcer le mot interdit : reconfinement. On a dit que le Président Emmanuel Macron a pris un risque en ne reconfinant pas. Erreur : ce n’est pas le Président de la République mais bien l’ensemble des Français qui prend ce risque, en particulier les milliers de Français dont on sait, hélas, qu’ils feront partie des futures victimes de cette véritable saloperie qu’est le covid-19. Il est peut-être temps de se réveiller et de rappeler les fondamentaux : la vie humaine vaut plus que l’argent. C’était en tout cas ce qu’avait dit Emmanuel Macron lui-même dans son allocution télévisée du 28 octobre 2020 : « Pour nous, rien n’est plus important que la vie humaine. ».

Alors, faute de mieux, laissons Olivier Véran rappeler quelques consignes élémentaires : « À ce stade, on peut donc dire que les variants sont plus contagieux mais aussi plus dangereux, et qu’ils représentent plus des deux tiers des contaminations en France. Face à ce constat, il est primordial de ne pas baisser notre garde, de prendre soin les uns des autres, de ne pas nous mettre dans des situations à risque de contamination. Il est indispensable de se faire tester au moindre doute, de s’isoler sans délai en cas de symptômes (…). Il faut respecter les règles en vigueur partout où elles existent, elles sont là pour vous protéger. » (11 mars 2021).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mars 2021)
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Pour aller plus loin :
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?
Publication scientifique à télécharger : Carrat, F., Figoni, J., Henny, J. et al. Evidence of early circulation of SARS-CoV-2 in France: findings from the population-based “CONSTANCES” cohort. Eur J Epidemiol (2021).
Origine du coronavirus SARS-CoV-2 : détecté et en circulation en France depuis le 5 novembre 2019 ?
Covid-19 : inquiétudes médicales sur le pari d’Emmanuel Macron.
Axel Kahn.
Procrastination ?
Conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex le 29 janvier 2021 à l’Élysée (texte intégral).
Faut-il confiner seulement les personnes âgées ?
Katalin Kariko.
Li Wenliang.
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
Agnès Buzyn.
Pandémie de covid-19 : plus de 2 millions de décès et une poignée de néo-négationnistes.
Covid-19 : faut-il rapidement un troisième confinement ?
7 questions sur les vaccins contre le covid-19.
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Les messes à l’épreuve du covid-19.
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Covid-19 : faut-il rendre contraignant l’isolement des personnes contaminées ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 24 novembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Covid-19 : vaccins et informations parcellaires.
La lune de Jupiter.
Faudra-t-il rendre obligatoire le futur vaccin contre le covid-19 ?

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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 03:17

« Des drames, il y en a tout autour de vous, chaque mort est le drame de quelqu’un. » (Valérie Perrin, "Changer l’eau des fleurs", 28 février 2018).



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Trois semaines après la décision (du 29 janvier 2021), la France vit sous le régime de non-confinement, même si un couvre-feu très strict, dès 18 heures, est appliqué. Refusant d’écouter la plupart des médecins hospitaliers qui vivaient la réalité de la pandémie au quotidien, le Président Emmanuel Macron a abandonné (à ce jour) l’idée d’un troisième reconfinement, faisant le "pari" qu’on pourrait maîtriser l’épidémie sans cette mesure extrême. Le mot "pari" est peu respectueux du contexte de crise sanitaire : on ne parie pas sur la santé des personnes. La question est donc plutôt : a-t-il eu raison ? 

Le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a laissé entendre, dans sa conférence de presse du 18 février 2021, qu’il n’était de toute façon pas question de reconfiner avant la fin des vacances scolaires (week-end des 6 et 7 mars 2021), mais il n’était pas non plus question d’assouplir les mesures sanitaires actuelles. Pourtant, la pression est forte de rouvrir de nombreux commerces, restaurants, bars, salles de sport, de culture, cinémas, théâtres, remontées mécaniques, etc. C’est cela la France, on presse pour tout fermer ou pour tout ouvrir, il y a souvent de la démesure au lieu de la mesure.

Le constat actuel est qu’il n’y a pas de pic épidémique comme on en avait connu en mars 2020 et en octobre 2020. Pourtant, ce pic avait été annoncé il y a plusieurs semaines. Il faut évidemment s’en réjouir : les bonnes nouvelles sont trop rares pour ne pas se féliciter des erreurs de ceux qui sont trop prudents. Le contraire serait plus grave. Pourtant, je ne suis pas du tout d’accord avec l’idée que, ouf, on a évité la catastrophe et que tout va bien même si les médecins hospitaliers font un peu moins les prévisionnistes de la catastrophe future. On n’a pas évité la catastrophe, on est dans la catastrophe. On est en plein dedans !

Rappelons que la France a confiné (une deuxième fois) bien plus tôt que ses voisins, à la fin du mois d’octobre 2020 jusqu’au milieu du mois de décembre 2020. Ce choix, clairement assumé par Emmanuel Macron, avait l’objectif de protéger la vie des personnes vulnérables. Le pic épidémique a été stoppé et la vague a reflué assez tôt, plus tôt même que prévu (on prévoyait au pire moment 9 000 lits occupés en réanimation, ce ne fut "que" 5 000, en avril 2020, c’était plus de 7 000).

Malheureusement, la vague a reflué, malgré tout, trop lentement. Juste avant Noël, au lieu des 5 000 nouveaux cas détectés, seuil pour arrêter de confiner, on en était encore à 15 000. Pour des raisons pas seulement politiques mais aussi psychologiques, le gouvernement n’a pas voulu prolonger le confinement pour les fêtes de Noël et du Nouvel An, tout en maintenant des mesures sanitaires très strictes qui ont été suivies, si bien qu le pic des fêtes qui aurait dû avoir lieu n’a pas été observé : le comportement des Français a été prudent et c’est pour cela qu’il n’y a pas eu un redémarrage de l’épidémie. L’autre raison d’avoir accepté la fin du confinement le 15 décembre 2020, c’est qu le nombre des lits en réanimation occupés par un malade du covid-19 était redescendu en dessous du seuil voulu, 3 000.

Depuis le début de l’année 2021 (soit sept semaines), nous vivons sur un plateau, un peu comme cette incommode guerre de position juste avant la Blitzkrieg. Ce plateau est-il satisfaisant ? Oui, si l’on considère qu’il n’a pas galopé à la hausse, mais il n’est pas non plus descendu. Je parle bien sûr, pas du plateau (Olivier Véran avait inventé le concept de plateau montant), mais du nombre des nouveaux cas détectés. Ce nombre a un peu évolué, en légère hausse jusqu’au début du mois de février 2021, puis en légère baisse jusqu’à ces derniers jours où il semble remonter légèrement. Ces fluctuations sont difficilement interprétables et pourraient être comprises comme un bruit de fond peu significatif.

Ce plateau est toujours entre 20 000 et 25 000 nouveaux cas quotidiens. C’est énorme, puisque je rappelle que l’objectif du déconfinement en décembre avait été fixé à 5 000, ce qui est déjà beaucoup si on veut vraiment tracer les chaînes de contamination et isoler réellement les patients contaminés. À 20 000 par jour, c’est en pratique impossible.

Alors, aujourd’hui, où va-t-on ?

La situation de la France n’est pas glorieuse. Alors qu’en janvier 2021, on pouvait dire que la France avait anticipé cette nouvelle vague européenne (qui est venue surtout de l’Est européen), et avait réussi à maintenir une certaine étanchéité, faisant figure de bonne élève, aujourd’hui, elle paraît être le cancre de la classe européenne, et même mondiale.

En effet, cela fait plusieurs jours que la France est dans la situation la plus délicate en Europe. Grâce à leurs mesures de confinement sévère (l’Allemagne l’a prolongé jusqu’au 4 mars 2021), le nombre de nouveaux cas quotidiens, comme prévu, est descendu drastiquement. Entre parenthèses, voici une excellente démonstration de l’effet bénéfique d’un confinement sur l’épidémie pour ceux qui n’auraient pas encore été convaincus. En France, on ne descend pas. Dans tous les pays qui ont confiné après Noël, on descend beaucoup.

Par exemple, ce vendredi 19 février 2021 (attention, c’est une photographie et c’est toutefois plus représentatif de prendre une moyenne glissante sur les sept derniers jours), la France a eu 24 116 nouveaux cas, tandis que le pays le pire de cette vague, le Royaume-Uni, n’a eu plus que 12 027 (cela avait atteint les 80 000 quotidien au pire du pic), l’Allemagne, qui était aussi en mauvaise posture depuis décembre, n’a plus que 9 041 nouveaux cas, l’Italie 15 479 nouveaux cas, l’Espagne 11 435 nouveaux cas, etc.

Non seulement la France est devenue, par son statu quo, la mauvaise élève de l’Europe, mais quasiment du monde. Depuis plusieurs jours, la France, en absolu (c’est ainsi qu’il faut compter, pas rapporté à la population car cela ne signifierait rien selon la grandeur du territoire), est classée en troisième position parmi les pays où la situation épidémique est la pire, derrière les États-Unis avec 78 640 et le Brésil qui a eu 51 050 nouveaux cas, mais devant l’Inde avec 14 199, la Russie avec 13 433, et même le Mexique, lui aussi durement touché, qui n’a eu que 9 099 nouveaux cas.

Même si le seuil de 2,5 millions de décès (dans le monde) dus au covid-19 va être franchi dans quelques jours, l’OMS a communiqué plutôt positivement sur le sujet en affirmant que l’épidémie régressait globalement dans le monde, ce qui est effectivement une bonne nouvelle, dont ne profite malheureusement pas la France.

La situation des décès en Europe est un peu différente en raison du retard entre contamination et décès (de quatre à six semaines environ). La France est à un niveau inférieur à ces autres pays européens mais seulement en raison de ce retard. Déjà, le nombre de lits en réanimation est éloquent : l’Allemagne en a désormais moins tandis que la France stagne autour de 3 300, le niveau de la première quinzaine de décembre.

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La docteure Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique, expliquait ce 19 février 2021 que cette situation était loin d’être satisfaisante et qu’un reconfinement court pourrait avoir son utilité pour faire descendre ce plateau haut. En effet, actuellement, malgré le couvre-feu très strict, le nombre de nouveaux cas ne descend pas de manière significative. On ne peut pas accepter un nombre de décès entre 400 et 500 chaque jour depuis plus de deux mois (409 le 19 février 2021). Si on attend encore deux mois avec la même situation, la France aura dépassé largement les 100 000 décès depuis le début de la pandémie. En ce sens, comme le répétait le professeur Axel Kahn, la situation est intolérable (Axel Kahn propose un reconfinement de plusieurs semaines pour arrêter le massacre actuel).

Hélène Rossinot a également rappelé que le covid-19 ne s’en prenait pas seulement aux personnes âgées, mais aussi à des personnes jeunes sans comorbidité, qui peuvent avoir des séquelles, d’autres vivre un covid-19 long, de plusieurs mois, parfois six mois. La maladie n’est pas anodine et est éprouvante.

C’était aussi l’occasion, pour Hélène Rossinot, de commenter à nouveau ce nouveau communiqué du conseil scientifique qui proposait un autoconfinement des personnes à risques. Encore une fois, a-t-elle répété avec raison, les personnes à risques le savent très bien et se sont déjà autoconfinées depuis un an ! La situation ne changera donc pas et la recommandation ne sert à rien : ceux qui ne la suivent pas aujourd’hui ne la suivront pas plus demain.

Et les personnes vulnérables, elles ne sont pas seulement les personnes âgées, elles sont aussi les personnes en surpoids, les personnes avec diabète, les personnes avec hypertension, etc. en bref, cela en fait beaucoup, autour de 20 à 25 millions de personnes en France. De plus, les personnes vulnérables doivent pouvoir vivre et ont donc besoin de contact avec des personnes qui viendraient leur apporter des courses, les soigner, les laver, etc. Ce n’est ni réaliste ni éthique de ne vouloir confiner que les personnes âgées. J’avais déjà évoqué cet isolement des personnes vulnérables qui semble être un dada du professeur Jean-François Delfraissy qu’il remet sans cesse en avant.

Une idée récurrente qui oublie que justement, là où les personnes vulnérables furent les mieux confinées, ce fut une véritable hécatombe, à savoir dans les EHPAD, tout simplement parce que la vie impose des interactions avec des personnes aidantes non confinées, de l’extérieur, qui ont apporté le virus.

Je profite aussi de cette remarque pour aller contre le sens conventionnel des médias, contre ce qu’on entend à longueur de journée dans les médias. On dit en effet souvent que les jeunes sont la génération sacrifiée, et qu’elle est sacrifiée à cause des personnes âgées. C’est vrai que c’est difficile d’être jeune en 2021, qu’être étudiant, ou lycéen, ne plus pouvoir voir ses amis ou même se faire des amis, c’est difficile. Mais il ne faut pas dire non plus n’importe quoi !

Aujourd’hui, c’est exactement le contraire qui se passe : ce sont les personnes vulnérables, les personnes âgées qui sont sacrifiées, qui meurent du covid-19 à raison d’un demi millier par jour, un décès toutes les trois minutes !, parce qu’on n’a pas voulu reconfiner quelques semaines et qu’on a voulu sauvegarder la vie des moins vulnérables. Elle est là, la réalité du moment.

Le scénario catastrophe est toujours dans le champ des possibles, à coup de variants qui éclateraient exponentiellement, mais on se demande pourquoi cette explosion n’a pas déjà eu lieu. Si, chaque jour qui passe, ce scénario s’éloigne un peu plus, le scénario le plus rose paraît fort improbable. à savoir une baisse spontanée et rapide du nombre de nouveaux cas sans rien faire. Cette hypothèse, sans mesure adéquate, est peu probable avant le retour des jours chauds, c’est-à-dire la fin du printemps. Combien faut-il encore de dizaine de milliers de morts pour sortir de ce statu quo qui oublie toute l’horreur quotidienne de la pandémie ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 février 2021)
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Pour aller plus loin :
Les jeunes, génération sacrifiée ?
Publication scientifique à télécharger : Carrat, F., Figoni, J., Henny, J. et al. Evidence of early circulation of SARS-CoV-2 in France: findings from the population-based “CONSTANCES” cohort. Eur J Epidemiol (2021).
Origine du coronavirus SARS-CoV-2 : détecté et en circulation en France depuis le 5 novembre 2019 ?
Covid-19 : inquiétudes médicales sur le pari d’Emmanuel Macron.
Axel Kahn.
Procrastination ?
Conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex le 29 janvier 2021 à l’Élysée (texte intégral).
Faut-il confiner seulement les personnes âgées ?
Katalin Kariko.
Li Wenliang.
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
Agnès Buzyn.
Pandémie de covid-19 : plus de 2 millions de décès et une poignée de néo-négationnistes.
Covid-19 : faut-il rapidement un troisième confinement ?
7 questions sur les vaccins contre le covid-19.
Remdesivir : la polémique qu’on n’a pas eue en France…
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Nouvelles attestations de déplacements à partir du 28 novembre 2020 (à télécharger).
Il regarde le soleil dans tes yeux !
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Covid-19 : faut-il rendre contraignant l’isolement des personnes contaminées ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 24 novembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Covid-19 : vaccins et informations parcellaires.
La lune de Jupiter.
Faudra-t-il rendre obligatoire le futur vaccin contre le covid-19 ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210219-covid-cq-jeunes.html

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12 février 2021 5 12 /02 /février /2021 03:05

« Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière. » (Jean Giono, 1968).


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C’est une très étrange découverte que l’INSERM, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, a annoncée ce mercredi 10 février 2021 en milieu de journée. Elle pourrait nous faire mieux comprendre l'origine du coronavirus SARS-CoV-2, ou plutôt, mieux ne pas comprendre son origine. Ce grand centre de recherche médicale a réalisé des travaux qui laisseraient entendre que le  coronavirus SARS-CoV-2 aurait circulé en France dès le mois de novembre 2019. Ces travaux ont été publiés le 6 février 2021 dans la revue scientifique "European Journal of Epidemiology" avec ce titre : "Evidence of early circulation of SARS-CoV-2 in France: findings from the population-based 'CONSTANCES' cohort" (qu'on peut télécharger et lire ici) où l'on peut lire toutes les explications sur les conditions d'analyses et d'où provienent les deux graphiques et le tableau ci-dessous.

Cette information très importante a de quoi étonner puisqu’on avait semblé comprendre que ce virus qui a provoqué la pandémie de covid-19 qui bouleverse le monde et nos vies depuis plus d’un an était originaire du marché aux animaux de Wuhan, en Chine, au mois de décembre 2019.

Mais avant de réfléchir sur l’origine, revenons à la méthode de l’INSERM.

L’INSERM est l’un des plus grands instituts de recherche français, qui coordonne la recherche en santé en vue d’améliorer la santé humaine. Il est constitué de près de 300 unités de recherche et d’une trentaine de centres d’investigation clinique. Force de frappe de près de 15 000 personnes créée en 1964, l’INSERM possède 1 900 familles de brevets actives en 2019, premier déposant européen dans le secteur pharmaceutique, troisième déposant européen en biotechnologies et septième déposant français toutes organisations et tous secteurs confondus. Si je présente de façon très élogieuse l’INSERM, c’est pour dire que l’institut a une très belle réputation mondiale (on se bouscule pour pouvoir y travailler) et que plus cette réputation est grande, plus l’information qu’elle diffuse a un enjeu élevé et est donc rigoureuse.

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Parmi les programmes de recherche sanitaire sous la responsabilité de l’INSERM, il y a ce projet de surveillance sérologique depuis près d’une dizaine d’années : depuis 2012, un groupe de 215 000 personnes adultes âgées de 18 à 69 ans en 2012, représentatif de la population française, est en effet suivi avec des prélèvements sanguins réguliers. Ces échantillons de sérum sont collectés et stockés dans une biobanque centralisée. C’est un programme général qui vise, au-delà de suivre la santé de ces personnes volontaires appartenant à la "cohorte Constances" (c’est le nom du groupe représentatif), à surveiller l’apparition ou l’évolution d’éléments qui pourraient impacter sur la santé publique. En gros, l’INSERM dispose d’images rétrospectives du sang de ces personnes depuis dix ans.

On a donc eu l’idée d’analyser le sang stocké d’un certain nombre de personnes de cette cohorte pour y détecter la présence éventuelle d’anticorps développés par la présence du nouveau coronavirus SARS-CoV-2. Ce programme de l’INSERM est un grand travail en équipe, en collaboration avec l’IRD (Institut de recherche pour le développement), Sorbonne Université et l’Université de Versaillles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

Rejetons tout complotisme : en novembre 2019, on ne connaissait évidemment pas l’existence du coronavirus SARS-CoV-2 et l’on ne l’a donc pas cherché à l’époque. C’est parce qu’on a stocké les échantillons sanguins qu’on peut y revenir et faire des analyses a posteriori, et cela de manière systématique grâce à des premiers tests rapides qui, s’ils sont positifs, sont ensuite validés (ou invalidés) par des tests plus poussés aux résultats plus sûrs. Un peu comme dans l’observation des étoiles vieilles de plusieurs milliards d’années, ces échantillons de serum vieux de quelques mois ou années peuvent encore parler dans des investigations ultérieures.

Les 9 144 échantillons du sérum des personnes de la cohorte vivant dans les douze régions métropolitaines, qui ont été collectés du 4 novembre 2019 au 16 mars 2020, ont ainsi été analysés. Chez 353 participants (3,9%), le programme a identifié un test positif aux anticorps anti-SARS-CoV-2 (ces tests Elisa sont rapides et sont destinés à faire une présélection).

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La proportion de participants positifs est passée de 1,9% en novembre 2019 et 1,3% en décembre 2019 à 5,0% en janvier 2020, 5,2% en février 2020 et 6,7% dans la première moitié du mois de mars 2020. Bien que communiqué, ces pourcentages par rapport au temps ne sont peut-être pas très représentatifs, ni s’ils valident réellement la présence du coronavirus dans le cas où le second test invalide le premier résultat. En revanche, le second test est nettement plus significatif quand les deux sont positifs.

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On a détecté des anticorps neutralisants dans 44 échantillons, par des tests de micro-neutralisation interne. Parmi eux, 13 ont été prélevés entre le 5 novembre 2019 et le 30 janvier 2020. Une enquête a donc été réalisée auprès de 11 des 13 participants concernés. Selon le communiqué de l’INSERM : « L’enquêteur formé a recueilli des informations standardisées sur les détails cliniques (chez le participant et ses proches), les antécédents d’exposition possible (notamment les antécédents de voyage en Asie), et tout événement remarquable chez les contacts étroits (par exemple, une pneumonie inexpliquée). ».

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Les résultats de cette enquête sont les suivants : 6 n’ont signalé aucun symptôme de la maladie (mais auraient pu être au contact de personnes ayant eu des symptômes), tandis que 5 autres ont évoqué des signes de maladies respiratoires. L'un des auteurs des travaux, Fabrice Carrat, directeur de l’Institut Pierre-Louis d’épidémologie, a expliqué : « Dans plus de la moitié des cas, on a affaire à des gens qui ont voyagé ou qui ont été en contact avec des personnes ayant été malades. ».

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Le communiqué de l’INSERM conclut ainsi : « Ce rapport suggère que la circulation du virus et l’infection par le SARS-CoV-2 pourraient avoir eu lieu dès novembre 2019 en France. Il confirme également l’intérêt du suivi de grandes cohortes en population générale pour répondre à des questions de recherche telles que celles survenant lors d’une crise sanitaire d’une telle ampleur. ».

Cette conclusion a de quoi étonner puisque le premier cas de covid-19 en France a concerné un patient hospitalisé en décembre 2019 en Seine-Sainte-Denis. Il est vrai que certains faits troublants faisaient déjà état de ce virus avant décembre 2019, comme ces pneumonies bizarres du côté de Colmar. Des résultats italiens avaient aussi suggéré que les premiers cas en Italie remonteraient à octobre 2019.

Des analyses plus poussées vont être effectuées sur la base de ces travaux, en reprenant des échantillons de la même cohorte collectés entre août et novembre 2019 et remonter jusqu’à ce qu’on ne détecte plus ces anticorps neutralisants.

Pour avoir une vision plus globale, il serait intéressant que d’autres pays fassent ce même genre d’investigations rétrospectives lorsque c’est possible. On aurait ainsi une vision plus précise de l’historique sinon de l’origine de ce très mystérieux coronavirus qui, décidément, continue encore à surprendre les meilleurs épidémiologistes et les meilleurs virologues.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Publication scientifique à télécharger : Carrat, F., Figoni, J., Henny, J. et al. Evidence of early circulation of SARS-CoV-2 in France: findings from the population-based “CONSTANCES” cohort. Eur J Epidemiol (2021).
Origine du coronavirus SARS-CoV-2 : détecté et en circulation en France depuis le 5 novembre 2019 ?
Covid-19 : inquiétudes médicales sur le pari d’Emmanuel Macron.
Axel Kahn.
Procrastination ?
Conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex le 29 janvier 2021 à l’Élysée (texte intégral).
Faut-il confiner seulement les personnes âgées ?
Katalin Kariko.
Li Wenliang.
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
Agnès Buzyn.
Pandémie de covid-19 : plus de 2 millions de décès et une poignée de néo-négationnistes.
Covid-19 : faut-il rapidement un troisième confinement ?
7 questions sur les vaccins contre le covid-19.
Remdesivir : la polémique qu’on n’a pas eue en France…
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Nouvelles attestations de déplacements à partir du 28 novembre 2020 (à télécharger).
Il regarde le soleil dans tes yeux !
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Covid-19 : faut-il rendre contraignant l’isolement des personnes contaminées ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 24 novembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Covid-19 : vaccins et informations parcellaires.
La lune de Jupiter.
Faudra-t-il rendre obligatoire le futur vaccin contre le covid-19 ?

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 03:43

« À l’heure actuelle, ce pic relativement stable est très élevé avec des dégâts considérables (…). La situation n’est pas bonne ; encore deux mois comme cela et la France sera à 100 000 morts. » (Axel Kahn, le 6 février 2021).



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Nouveau cri d’alarme du professeur Axel Kahn ce samedi 6 février 2021 : « La situation est stable, certes, mais stable dans l’intolérable. ». Presque tout est dit avec ces quelques mots. Depuis la décision du gouvernement le 29 janvier 2021 de ne pas faire un troisième confinement, les médecins hospitaliers, en particulier en région parisienne, sont en pleine inquiétude.

Rappelons qu’être le gouvernement en cette époque difficile n’est pas un bonheur : prendre des décisions, ou ne pas en prendre, ce qui revient au même, c’est avoir une action directe sur la santé des Français, et donc, sur leur propre vie parfois. La voie de la responsabilité et de la solidarité n’est pas facile à définir, c’est une ligne de crête, dynamique, et les considérations sanitaires s’entrechoquent avec les considérations économiques, sociales, psychologiques… C’est l’histoire d’une fonction à mille variables qu’il est impossible de dériver, d’optimiser.

Quoi que décide le gouvernement, de toute façon, il sera critiqué. La crise sanitaire majeure que nous vivons depuis janvier 2020 le montre assez bien. Sur ce troisième confinement, c’est assez simple : la moitié des Français serait contre, l’autre moitié pour. Le gouvernement, quel que soit son choix, sera donc critiquable et contesté. C’est avec cette idée (inhérente à tout gouvernement) qu’il peut donc choisir la voie de la responsabilité indépendamment d’autres préoccupations, puisque la voie démagogique restera toujours une voie sans issue dans cette optique. Mais cela ne dit rien sur quelle voie prendre.

On comprend bien que chaque jour de confinement coûte très cher à la France, à son économie, à sa population. Après avoir évoqué les professions dévastées en décembre (restaurants, bars, salles de culture et de sport, remontées mécaniques, etc.), on a beaucoup évoqué le problème des jeunes et des étudiants en janvier, en parlant de leur précarité sociale, mais aussi de leur grand malaise psychologique. Ceux des étudiants qui ont passé leur baccalauréat en juin 2020 (ou plutôt, qui n’ont pas vraiment passé leur bac), peut-être aussi la génération qui vient avec le bac 2021, sont particulièrement touchés par la crise sanitaire.

Mais enfin, parle-t-on aussi des morts ? Parce que chaque jour, il y a autour de 500 décès dus au covid-19 qui s’ajoutent à ceux des jours précédents. Chaque jour de maintien de la situation actuelle coûte très cher aux Français. Ceux-là, on ne les reverra plus, sinon sous terre. C’est ce cri d’alarme qu’a poussé le professeur Axel Kahn.

Tout le monde connaît bien ce généticien très médiatique, très grand connaisseur de l’éthique médicale et scientifique, qui n’hésite pas à venir souvent exposer les enjeux médicaux au grand public, depuis le 28 juin 2019, il est d’ailleurs le président de la Ligue nationale contre le cancer, et il voit bien que les malades du cancer vont, eux aussi, mourir plus, à cause de la crise sanitaire. Il a évalué à environ 10 000 décès supplémentaires dans les prochaines années de personnes atteintes d’un cancer dont le diagnostic ou les traitements ont été retardés de quelques mois à cause du covid-19. Les effets collatéraux de la pandémie sont sans limites et l’on mettra beaucoup de temps à tous les identifier et les analyser.

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Personne ne peut contester la compétence du professeur Axel Kahn et la pertinence de ses analyses. Comme les mémoires sont courtes et que beaucoup de choses et leurs contraires ont été dits, il y a un relativisme ambiant qui discréditent aujourd’hui les médecins, à tort car tous ne se sont pas trompés. Je rappelle donc ce que disait Axel Kahn sur France Culture le 10 avril 2020, en plein premier confinement : « Les pistes les plus prometteuses, c’est d’abord la prévention par la vaccination. Je n’ai aucun doute que l’on va parvenir à développer un vaccin (…). Il y a déjà plusieurs dizaines de candidats en train d’être testés. Je fais le pari que d’ici l’hiver prochain, au début de l’année 2021, il y aura un vaccin. Cela évitera qu’il y ait une récurrence annuelle de ces épidémies, comme la grippe espagnole. ». Il a vu juste puisque les premiers vaccins ont été injectés dès le mois de décembre 2020. Sa parole vaut donc peut-être un peu plus que d’autres collègues médecins qui se sont sans arrêt trompés…

Le Président Emmanuel Macron a décidé de ne pas confiner une troisième fois la France, parce qu’il considère que politiquement, ce ne serait pas tenable. C’est son opinion. Plus de 90% des sondés disent pourtant que, d’accord ou pas d’accord, ils seraient prêts à respecter un tel troisième confinement si jamais il était décidé. La décision d’Emmanuel Macron tient donc sur un pari, très risqué, celui d’un maintien hors d’un nouveau pic épidémique en conservant un couvre-feu très strict (à partir de 18 heures, heure valable même en cas de bouchons), et en réduisant la fréquentation de grands centres commerciaux (environ 400 centres commerciaux sont concernés).

Le "pari" est un mot qui paraît bien adapté à ces circonstances puisque ni le Président de la République, ni les médecins, ni vous, ni moi, ni personne ne sommes Madame Soleil et par conséquent, ne connaissons l’avenir. Mais parier sur quoi ? Sur la santé et la vie des Français ? Cela peut faire froid dans le dos.

Je ne critique pas forcément : j’étais très inquiet lors du premier déconfinement qu’il fût fixé si tôt, le 11 mai 2020, alors que j’estimais qu’il aurait mieux valu attendre la fin du mois, trois semaines plus tard. Et pourtant, ce "pari" (un autre pari) a été gagné, et Emmanuel Macron a eu raison de déconfiner si tôt et surtout, de porter attention sur le retour des écoliers avant les vacances estivales (cela me fait sourire qu’aujourd’hui, on critique ce déconfinement : au contraire, il a été optimisé pour réduire au maximum la durée du premier confinement à une époque où on en connaissait beaucoup moins qu’aujourd’hui sur le virus).

Et si le pari actuel, c’est que l’épidémie ne s’enflamme pas, il est actuellement étrangement tenu. Je dis étrangement car tous nos voisins sont en grande difficulté et sans doute que la France bénéficie de son deuxième confinement qui a été bien plus tôt que ceux de nos voisins. L’étrangeté, c’est-à-dire ce qui est surprenant, et réjouissons-nous en puisque c’est une surprise positive, c’est qu’il n’y a pas eu de pic épidémique à la suite des fêtes de fin d’année (Noël et Nouvel an), ce qui est le résultat de la sagesse et de la responsabilité d’une très grande partie des Français, ce que nous pourrions conclure par : bravo nous ! Et toujours bravo nous pour cette guerre de position (qui n’est jamais aisée) depuis le début du mois de janvier 2021 : il n’y a pas de reprise épidémique flagrante.

Maintenant, je voudrais apporter un certain nombre d’éléments dans la réflexion.

Par exemple, la responsabilité des Français, du peuple en général : des actes irresponsables peuvent créer de nouveaux foyers et faire redémarrer une épidémie. Toutefois, à l’inverse, des pics épidémiques peuvent ne pas être du fait du seul comportement des Français mais de la cinétique propre au virus. Clairement, le pic épidémique appelé deuxième vague en France, qui a commencé à la fin du mois de septembre et début du mois d’octobre 2020 ne pouvait pas provenir d’un comportement irresponsable des Français : cette irresponsabilité, qu’on appellera plus gentiment négligence, on a pu la tester, l’apprécier pendant tout l’été et au retour des vacances avec une légère remontée des nouveaux cas détectés, mais le pic du mois d’octobre n’a pas correspondu à un changement du comportement des gens qui travaillaient et ne faisaient pas la fête.

Un nouveau pic peut donc toujours se déclencher sans que le comportement des gens ne soit en cause : il y a deux raisons, la cinétique propre du virus respiratoire, surtout en hiver, propice à ce type de pic, mais aussi, les variants, et en particulier le variant anglais, qui semble être plus contagieux et en France, en trois semaines, on est passé d’environ 1% à 10% des nouveaux cas, et cela ne fait qu’augmenter (en région parisienne, il est déjà à 30%).

C’est ce que dit Axel Kahn : « Un pic épidémique pourrait être provoqué par l’augmentation du pourcentage du variant. ». Selon le professeur Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur, le variant anglais risque d’être bientôt majoritaire en France : « Avec cette trajectoire, on atteindra 30-35% à la mi-février et il sera majoritaire vers le 1er mars. ».

Autre élément de réflexion, un rapport de l’économiste Nicolas Bouzou précise que les causes de la dégradation économique ne sont pas le confinement à proprement parler, mais surtout la contamination des personnes qui travaillent, en particulier parce que leur absence pour maladie désorganise complètement les entreprises et administrations par le grand nombre. Le nombre d’absences pour covid-19 (contaminés ou cas contacts) est d’ailleurs un élément clef de connaissance concrète de la situation épidémique, connu des DRH.

Plus généralement, les conséquences économiques des deux premiers confinements ont surpris positivement. Dans un article de "L’Opinion" du 4 février 2021, la journaliste Jade Grandin de l’Eprevier a analysé les conséquences économiques d’un éventuel  troisième confinement : « Cela veut-il (…) dire qu’un troisième confinement ne serait pas si grave pour l’économie ? Techniquement, l’impact ne pourrait pas être pire qu’au deuxième. Le télétravail est rentré dans les mœurs. Depuis l’automne, la corrélation entre le temps passé chez soi et les pertes d’activités est moins étroite, alors qu’elle était presque parfaite auparavant. ». Et de citer Nicolas Bouzou : « Je pense que l’impact négatif du stop-and-go est psychologique plus qu’économique. Des restaurateurs, directeurs de théâtre ou de salles de sport me disent : "Avec les aides, économiquement, on peut tenir. Mais psychologiquement, on ne tient plus". On est en train de perdre des gens, comme le montrent les hausses de consommation d’antidépresseurs et d’anxiolytiques. ».

Le pari d’Emmanuel Macron, c’est qu’il n’y ait pas un nouveau pic, mais le pari est doublement risqué : d’une part, parce que la situation actuelle est, comme le rappelle Axel Kahn, intolérable (trop de morts, trop de malades, trop de séquelles) ; d’autre part, parce qu’un pic ne partirait pas d’un "faible bruit", de zéro, comme en mars 2020, mais d’un niveau déjà très élevé, d’environ 20 000 à 25 000 nouveaux cas quotidiens. Une flambée maintenant signifierait probablement un pic qui irait beaucoup plus haut qu’en mars et avril derniers.

Certains considèrent qu’il faudrait "territorialiser" les mesures sanitaires (j’y reviendrai), car si la Bretagne est beaucoup moins touchée encore, la région parisienne est dans une situation de pire en pire au fil des jours, ce qui expliquent l’alarme des médecins hospitaliers parisiens. Le maire de Metz, François Grosdidier, a même réclamé le confinement pour sa ville ou son département.

Les plus timides parmi les médecins hospitaliers ne veulent pas parler de confinement qui est une mesure politique et pas sanitaire mais contestent la possibilité de partir en vacances dans toutes les régions de France. Ainsi, Axel Kahn a déclaré : « Les départs en vacances sont un moyen d’homogénéiser tout, y compris le variant anglais. ». Avec la confirmation, le 4 février 2021, du non confinement par Jean Castex, l’infectiologue Benjamin Davido a exprimé son inquiétude : « C’est une stratégie qui a le mérite d’être innovante et qui évite un énième confinement pour le moment (…). [Mais] la stratégie de ne pas limiter les déplacements [entre les régions pendant les vacances de février] me semble un pari très risqué parce qu’on sait que les deux vagues qu’on a connues font suite successivement à des périodes de vacances scolaires sur un large temps ; en février 2020, et cet été, avec la deuxième vague. ».

Le professeur Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à La Pitié-Salpêtrière, auteur de plus de 600 publications scientifiques (c’est un argument d’autorité utilisé aussi par d’autres !), l’a d’ailleurs dit clairement le 5 février 2021 : « La seule façon de casser l’épidémie, c’est de confiner totalement. ». En réaction à la conférence du presse de Jean Castex du 29 janvier 2021, il avait dit : « C’est reculer pour moins bien sauter. ». La situation actuelle avec couvre-feu et mise sous cloche de toutes les activités culturelles, de restauration, etc. n’est pas économiquement satisfaisante et coûte cher, mais quand s’arrêtera-t-elle sans perspective ? Selon lui, il serait économiquement plus bénéfique de faire un confinement strict pendant trois semaines et de faire baisser ce plateau beaucoup trop élevé en réduisant le taux d’incidence de 210 (actuellement) à 50 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants que de laisser flotter l’épidémie comme maintenant. Ce serait économiquement plus judicieux selon lui.

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Un autre grand expert aussi s’est prononcé clairement pour un nouveau confinement. L’épidémiologiste Arnaud Fontanet a déclaré au "Journal du dimanche" du 7 février 2021 : « Sans confinement, les chances de contrôler l’épidémie sont minces. ».

Plus alarmant encore, le docteur Bruno Riou, directeur médical de crise de l’AP-HP, s’est aidé de Churchill en s'adressant aux 100 000 soignants parisiens : « En tant que directeur médical de crise de l’Assistance Publique, ma mission est avant tout de mobiliser au maximum toutes les forces de l’AP-HP mais je crois aussi n’avoir à proposer qu’un discours churchillien sur le sang et les larmes. ».

Avec la situation actuelle, c’est environ 10 000 à 15 000 décès supplémentaires par mois qu’il faudra hélas comptabiliser sans changement notable. C’est inacceptable ! À ce dimanche 7 février 2021, il y a déjà 78 965 décès, 27 694 personnes hospitalisées pour covid-19, 3 272 patients en réanimation et 19 715 nouveaux cas détectés. Cette situation est plus ou moins stable depuis deux mois. Elle coûte beaucoup en vies humaines.

La vaccination est heureusement un bout du tunnel, mais pas à court terme. Au 6 février 2021, 1 866 091 Français ont été déjà vaccinés, dont 243 550 avec une deuxième dose. C’est très loin des 60% de la population totale, mais le rythme n’a rien de calamiteux non plus.

À Emmanuel Macron de prendre la décision la plus sage, c’est-à-dire, celle qui sera la plus économe en vies humaines.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Covid-19 : inquiétudes médicales sur le pari d’Emmanuel Macron.
Axel Kahn.
Procrastination ?
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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 03:01

« La progression des variants dits anglais et sud-africains fait peser un fort risque d’accélération de l’épidémie. La question d’un confinement se pose légitimement compte tenu de ces données, mais nous en connaissons l’impact très lourd pour les Français sur tous les plans. Ce soir, nous considérons, au regard des chiffres des derniers jours, que nous pouvons encore nous donner une chance de l’éviter. » (Jean Castex, le 29 janvier 2021).


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La communication du pouvoir exécutif s’est accélérée en fin de semaine : annonce surprise de la tenue d’un Conseil de défense à l’Élysée à 18 heures ce vendredi 29 janvier 2021 (après celui du 27 janvier 2021), puis, deux heures et demie plus tard, conférence de presse très brève du Premier Ministre Jean Castex au Palais de l’Élysée (texte ici) pour dire que finalement, la France ne va pas confiner pas. Pour le moment.

Passons rapidement sur la forme. C’est assez exceptionnel que le Premier Ministre s’exprimât au Palais de l’Élysée. D’habitude, il s’exprime chez lui, à Matignon. Néanmoins, ce n’est pas la première fois. Déjà le 23 octobre 2020, c’était le cas. Cela laisse cependant entendre que Jean Castex s’est rendu aux arguments de l’Élysée.

En effet, depuis plusieurs semaines, on parle de deux camps au sein de l’Exécutif. Il y aurait ceux qui sont partisans de resserrer les mesures sanitaires pour éviter une hausse très forte des contaminations, ce serait le cas notamment du Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran et du Premier Ministre Jean Castex. Et puis, il y aurait ceux qui ne voudraient à aucun prix d’un troisième confinement, en particulier le Président de la République Emmanuel Macron, le Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire et le Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer.

Juste avant Noël 2020, Emmanuel Macron avait laissé entendre à des journalistes qu’il n’était pas question d’hypothéquer l’année 2021 sur le covid-19 et qu’il voulait aussi continuer à faire des réformes, notamment sur le séparatisme et sur l’écologie. Avec un nouveau confinement, qu’il a qualifié de "médiéval" lors des vœux aux journalistes il y a quelques semaines, ce serait la nature même de son quinquennat qui serait remise en cause. Il aurait donc voulu avoir toutes les informations, notamment sur le variant anglais et sur les effets du couvre-feu à 18 heures avant de prendre sa décision.

Dans une conférence de presse le 28 janvier 2021, Olivier Véran avait déjà annoncé que l’effet du couvre-feu était positif mais pas suffisant et donc, que le statu quo ne pouvait perdurer. Il y a eu une sorte de pression médiatique sur le pouvoir, il était d’abord question d’une intervention télévisée d’Emmanuel Macron le mercredi de cette semaine, puis de la semaine prochaine, puis le lundi soir, puis le dimanche soir… Il était absolument nécessaire de communiquer avant le début du week-end pour éviter toute amplification de rumeurs, ruminations et autres râleries…

Malgré la décision de ne pas confiner immédiatement, il fallait bien prendre quelques mesures supplémentaires. Par exemple, fermer les frontières. Mais l’impact sur l’épidémie sera très faible : le virus est déjà dans nos frontières et c’est sa circulation qu’il faut stopper. La seule mesure qui pourrait avoir un (très léger) impact serait la fermeture des centres commerciaux non alimentaires de plus de 20 000 mètres carrés. Mais est-ce suffisant pour faire redescendre les courbes ? Déjà, l’organisation professionnelle des centres commerciaux a protesté : pourquoi eux ? Chaque mesure est arbitraire et ceux qui sont touchés trouvent injuste ce genre de mesure de fermeture (restaurants, remontées mécaniques, théâtres, cinémas, etc.).

La décision, provisoire, insistons sur cet aspect, est donc plus que décevante. Tous les médecins hospitaliers le disent depuis le début du mois de janvier 2021 : la situation est mauvaise, c’est un "faux plateau" (Olivier Véran la veille avait parlé d’un "plateau montant" ce qui est un oxymore : c’est soit stable soit en hausse, pas les deux à la fois). Au 29 janvier 2021, il y a 3 130 personnes malades en réanimation, soit 271 nouvelles entrées, 27 308 personnes hospitalisées, soit 1 820 nouvelles entrées, cela monte rapidement. Le nombre de décès aussi, il y a environ 500 décès par jour (820 le 29 janvier 2021, mais en prenant en compte les décès dans les EHPAD qui ne sont comptabilisés que deux fois par semaine). En tout, il y a eu 75 620 décès dus au covid-19 en France depuis le début de la pandémie.

Certes, il y a eu une bonne nouvelle : on s’attendait à un pic épidémique après les fêtes de fin d’année et cela n’a pas été le cas grâce à la grande prudence des Français. La montée est réelle mais lente et pas (encore) exponentielle. Le problème, c’est qu’en cas de pic épidémique, on partira de très haut et pas de zéro comme en mars 2020.

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C’est sûr que la décision est douloureuse à prendre, mais un troisième confinement est inéluctable. Plus il commence tôt dans la montée, plus il sera court. Plus on attend, plus il sera long. C’est assez inexplicable qu’on n’ait donc pas pris la bonne décision dès maintenant. De quoi a-t-on peur ? De "l’opinion publique" ? Les sondages disent en gros que la moitié des Français serait d’accord avec un troisième confinement (l’autre moitié pas d’accord), donc, dans tous les cas, la décision sera critiquée, contestée. En revanche, les sondages disent qu’environ 95% des Français seraient prêts à accepter ce troisième confinement, c’est-à-dire le respecteraient, même s’ils ne l’approuvaient pas.

Plus on attend, moins on en aura "fini", du moins pour cette troisième vague. Sans compter que les variants sont "dangereux", pas seulement les variants anglais et sud-africains, mais d’autres, peut-être un "variant français" (on parle aussi du variant brésilien qui fait de gros dégâts dans certaines zones urbaines du Brésil, et plus récemment du variant californien) : plus le virus circule, plus il mute, il y a donc une véritable course de vitesse. Plus on attend le confinement, plus l’économie et le moral des Français en pâtiront car on restera dans une sorte de situation entre-deux, mi-confiné (le soir, pour les sorties culturelles, amicales) et mi-libre. Faire tout à moitié n’est pas une solution efficace.

Temporiser ? Reculer pour mieux sauter ? Attendre le début des vacances de février pour commencer le troisième confinement sans fermer les écoles mais en prolongeant les vacances ? La suite est hélas connue. Dans quelques jours, le gouvernement sera obligé de réviser sa stratégie et devra prendre des mesures plus fortes.

Insistons aussi sur le fait qu’on aura beau investir dans le système de santé, dans le personnel soignant, dans les services de réanimation, cela ne changerait rien au problème. Cela donnerait moins de tension aux soignants mais sur le plan éthique, cela ne changera rien car un tiers des patients en réanimation n’en sort pas vivant. À ce rythme-là, dans cent jours (mi-mai 2021), sans nouveau pic épidémique, il y aurait 50 000 décès de plus, soit un total de 125 000… Ce qu’il faut, ce n’est pas augmenter les capacités en réanimation. Ce qu’il faut de toute urgence, c’est réduire au maximum le nombre des entrées.

Certains pensent aussi que le gouvernement cherche à temporiser pour avoir le temps de vacciner le plus de personnes possible. C’est un contresens. Il n’y a absolument aucune relation entre la situation sanitaire d’aujourd’hui et la campagne actuelle de vaccination. L’objectif de cette campagne de vaccination, ce serait plutôt d’empêcher un reconfinement en septembre ou octobre 2021, certainement pas en février ou mars 2021. Pour qu’il y ait un impact sur la situation épidémique, il faut qu’il y ait au moins 80% des personnes vulnérables vaccinées (pour éviter la saturation dans les hôpitaux et réduire la mortalité) et pour freiner la circulation du virus, il faudrait vacciner 80% de la population totale, on en est loin !

Cependant, l’objectif du gouvernement présenté lors du débat parlementaire du 16 décembre 2020 a été largement dépassé : à la fin du mois de janvier 2021, avoir vacciné 1 million de personnes. Au 29 janvier 2021, 1 447 155 personnes ont reçu une première dose et au moins 24 201 une seconde dose. J’applaudis d’ailleurs la décision du gouvernement de continuer à suivre scrupuleusement le protocole avec deux doses, afin de préserver la sécurité de la protection vaccinale malgré les grandes tentations de vouloir faire du nombre (surtout avec les problèmes actuels d’approvisionnement), au risque de ne protéger personne.

Chaque jour, il y a entre 20 000 et 25 000 nouveaux cas de contamination détectés. La proportion du variant anglais est passée de 1,4% à 9% en deux semaines, c’est très rapide. Le taux de reproduction effectif était de 1,1 le 23 janvier 2021 (dernier calcul disponible). Tant qu’il n’est pas inférieur à 1, l’épidémie ne peut qu’empirer. Des quelques nouvelles mesures proposées, aucune ne semble permettre de réduire ce taux de reproduction effectif.

La déclaration de Jean Castex a peut-être permis de réduire la pression qui pesait sur Emmanuel Macron, mais seulement momentanément ; un nouveau rendez-vous est déjà pris avant à la fin de la semaine prochaine. Et il faudra alors prendre la décision qui s’impose. Le courage, c’est d’anticiper, jamais de fuir en avant. Je le rappelle, il est question ici de plusieurs dizaines de milliers de vies humaines. Là est la solidarité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Procrastination ?
Conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex le 29 janvier 2021 à l’Élysée, sur les nouvelles mesures sanitaires contre le covid-19 (texte intégral).
Faut-il confiner seulement les personnes âgées ?
Katalin Kariko.
Li Wenliang.
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
Agnès Buzyn.
Pandémie de covid-19 : plus de 2 millions de décès et une poignée de néo-négationnistes.
Covid-19 : faut-il rapidement un troisième confinement ?
7 questions sur les vaccins contre le covid-19.
Remdesivir : la polémique qu’on n’a pas eue en France…
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Nouvelles attestations de déplacements à partir du 28 novembre 2020 (à télécharger).
Il regarde le soleil dans tes yeux !
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Covid-19 : faut-il rendre contraignant l’isolement des personnes contaminées ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 24 novembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Covid-19 : vaccins et informations parcellaires.
La lune de Jupiter.
Faudra-t-il rendre obligatoire le futur vaccin contre le covid-19 ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210129-castex.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/procrastination-230596

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/01/29/38787104.html







 

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