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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 05:06

« Un vieux dogme voudrait qu’il n’existe aucune chance d’amélioration chez les patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Mais ce dogme est faux, comme le confirme cette étude. La plasticité cérébrale, cette capacité de remodelage et d’adaptation de notre cerveau, est parfois étonnante. » (Steven Laureys, "Le Monde", le 25 septembre 2017).


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La connaissance du cerveau humain est encore un territoire assez peu exploré en raison des difficultés de compréhension et malgré les moyens d’investigation que la technologie moderne autorise. C’est un champ de recherche scientifique qui, nécessairement, va apporter beaucoup de découvertes dans les années à venir.

Ce sont les journaux "Le Monde" (article de Florence Rosier) et "Science et Avenir" (article d’Elena Sender) qui ont présenté les premiers en France (sauf erreur de ma part), le 25 septembre 2017, cette information scientifique qui a été publiée dans la revue scientifique "Current Biology" le 25 septembre 2017. Une équipe de chercheurs français a réussi à "réveiller" un patient qui était dans un état d’éveil non répondant.

On pourra lire avec intérêt la source de cette information (pour les informations scientifiques, je recommande toujours de lire la publication scientifique à l’origine des dépêches qui, parfois, n’apportent pas tous les éclaircissements souhaitables), qu’on peut télécharger ici (exprimée évidemment en langue anglaise, comme toutes les publications scientifiques qui veulent être lues et citées dans le monde).

Avant d’aller plus loin, reprenons l’expression "état végétatif" ("vegetative state") utilisée régulièrement pour ce genre d’information. Je refuse de l’utiliser moi-même pour deux raisons (et cette information renforce ce refus). Quel que soit l’état de santé d’un être humain (même mort), un humain reste un humain et ne sera jamais un légume ou un "végétal". De plus, honorer sa dignité, c’est le respecter et ne pas le réduire à de simples fonctions biologiques même si l’apparence nous laisse entrevoir cette seule réduction : l’information ci-après montre au contraire que rien n’est simple et que le cerveau et le corps humains sont beaucoup plus subtils que l’on pourrait imaginer.

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J’utiliserai ainsi le terme "état d’éveil non répondant" qui signifie que le patient est dans une capacité de communication relationnelle impossible. Cela n’a donc rien à voir avec un coma profond et encore moins avec une "mort cérébrale" qui signifie l’absence totale et définitive de toute activité cérébrale (état dans lequel le contrôle des fonctions biologiques n’est plus assuré). Les spécialistes séparent "l’état végétatif" ("l’état d’éveil non répondant") de "l’état de conscience minimale" ("état pauci-relationnel"), le premier état étant pour des liaisons cérébrales les plus sévères, mais la distinction est d’autant plus ténue qu’il est difficile de comprendre, malgré certains moyens de caractérisation, ce que ressent réellement le patient (émotion, douleur, compréhension des sons, des visions, etc.).

Les travaux présentés (très succinctement) dans la revue "Current Biolog" sont le résultat d’une collaboration de chercheurs lyonnais : l’Institut des Sciences Cognitives Marc-Jeannerod (IMR5229 du CNRS) à Bron, de l’Université Claude-Bernard (Lyon I) et de l’Hôpital neurologique Pierre-Wertheimer des Hospices Civils de Lyon.

Les quatre principaux chercheurs Martina Corazzol, Angela Sirigu, Guillaume Lio et Jacques Luauté, ainsi que leurs autres collègues des trois organismes de recherche cités, ont en effet souhaité appliquer à un patient dont la conscience était particulièrement altérée ce qu’on utilise parfois pour soigner, ou plutôt, pour accompagner certaines maladies neurodégénératives, et en particulier la maladie de Parkinson : appliquer sur le patient des influx électriques.

L’idée est assez logique puisque les nerfs retransmettent les informations entre le cerveau et les organes et muscles par l’émission d’un courant électrique. En simulant ce même courant électrique en cas de défaillance physiologique, on pourrait ainsi tenter de remplacer l’influx nerveux absent. Le corps humain est si compliqué que les conditions de cette simulation ne sont pas aisées à définir.

Pour cela, l’équipe a choisi un patient (dont la famille a accepté ce traitement particulier, tout comme le Comité consultatif national d’éthique) âgé de 35 ans qui fut victime des graves liaisons cérébrales à la suite d’un accident de la circulation et qui est dans un état d’éveil non répondant depuis quinze ans. Son état était considéré comme désespéré, quasiment sans chance de pouvoir évoluer et retrouver un meilleur état de conscience. Il vit chez lui et pas à l’hôpital.

C’était l’objectif : essayer avec une personne qui n’avait plus beaucoup de chance de voir son état progresser pour être sûr que les éventuels progrès observés puissent être correctement interprétés : « Ainsi, si des changements étaient observés après cette intervention, ils ne pourraient être attribués au hasard. » a expliqué Angela Sirigu (voir plus bas). Normalement, s’il n’y a pas de réponse aux stimuli extérieurs après un an d’un tel état, la capacité de "se réveiller" est (quasiment) nulle (le "quasiment" laisse toujours une porte de sortie, car les médecins ne savent pas tout, et cette étude le démontre).

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Les neurochirurgiens ont alors appliqué au nerf vague gauche de ce patient, un nerf qui va du cerveau à des organes vitaux dans le corps, un signal électrique pendant un mois (courant croissant d’environ un milliampère à 30 hertz pendant trente secondes toutes les cinq minutes). La conséquence, c’est que l’état de conscience du patient a progressé. Il est capable désormais de répondre à des consignes simples (tourner la tête à gauche, etc.). Ses yeux s’ouvrent plus grand lorsqu’on s’approche d’eux. Il est capable de pleurer lorsqu’il écoute sa musique préférée. Son activité cérébrale a progressé et ce progrès a été scientifiquement quantifié (par une méthode récente).

Interrogée par "Science et Avenir", Angela Sirigu (directrice de recherches à l’Institut Marc-Jeannerod) a expliqué : « Notre intervention consiste à activer le réseau thalamo-cortical, en jeu dans les mécanismes d’éveil, en stimulant le nerf vague. (…) Nos résultats montrent des changements au niveau cérébral. (…) [La conscience] augmente significativement après la stimulation, dans les zones importantes pour le mouvement, les sensations corporelles et la conscience. » (25 septembre 2017).

Elle a indiqué que le patient traité était passé de "l’état d’éveil non répondant" à "l’état de conscience minimale" : « Les changements, même chez les patients cliniques sévères, sont possibles lorsque la bonne intervention est appropriée et puissante. ». Et elle a apporté un nouveau champ d’espoir pour les patients qui souffrent de ce même manque de conscience : « Je crois que ce traitement peut être important pour les patients en conscience minimale, en leur donnant plus de chances de communiquer avec le monde extérieur. ». Avant de conclure : « En somme, nous montrons qu’en stimulant le nerf vague, il est possible d’améliorer la présence du patient dans le monde. ».

La diffusion d’une information médicale aussi importante doit toujours se faire de façon très prudente, car contrairement à d’autres sujets scientifiques (comme l’astrophysique), il y a des vies humaines, des familles, des proches qui sont directement "impactés" psychologiquement en apprenant ce genre de nouvelle. Et la prudence impose de ne jamais donner de faux espoirs.

Pour l’instant, cette étude n’a porté que sur un seul patient, et comme chaque situation est souvent unique, spécifique, il est nécessaire, pour que ce soit considéré comme fiable scientifiquement, que ce soit reproductible, et donc, que sur un nombre statistiquement significatif, cet effet extraordinaire de "réveil" puisse être observé. Ce sera d’ailleurs l’objet des travaux très prometteurs de cette équipe de recherche pour les prochaines années.

Interrogé par "Le Monde" le 25 septembre 2017, Lionel Naccache, de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière de la Pitié-Salpétrière à Paris, qui n’a pas participé aux travaux cités, s’est montré enthousiaste : « Cette avancée très importante ouvre une nouvelle piste thérapeutique pour des patients à l’état de conscience altéré. ».

Autre réaction, interrogé par "Science et Avenir", un neurologue du CHU de Liège, un des spécialistes mondiaux du domaine, qui n’a pas non plus participé aux travaux, Steven Laureys a commenté l’information le 25 septembre 2017 de cette manière : « Il ne faut pas donner de faux espoirs aux familles, mais pas de faux désespoirs non plus. Dans ce genre de cas, la base est une rééducation à mettre rapidement en place dans le meilleur centre possible. » et évoquant les décisions de poursuivre ou pas le dispositif pour maintenir en vie ces patients en état d’éveil non répondant (qui pourraient être, pour beaucoup, des candidats au don d’organes), il a ajouté : « On donne toujours une chance au patient. ».

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Au-delà de cette découverte scientifique pleine de promesses, il y a évidemment la réflexion à tenir sur le plan éthique. L’étude démontre que l’étanchéité entre les différents états de conscience est assez faible et qu’il peut y avoir des évolutions et des progrès même après quinze années sans espoir. Tout n’est pas (encore) permis mais la recherche dans ce domaine ne fait que commencer.

Avec ces résultats scientifiques, il est impossible de ne pas penser à Vincent Lambert et à la situation très difficile qu’il vit actuellement à Reims sans aucune rééducation ni aucun exercice de kinésithérapie. Ses parents réclament depuis plusieurs années qu’il soit transféré dans un centre spécialisé qui prenne en compte sa conscience minimale (il y a en France entre 1 500 et 2 000 personnes qui vivent dans un tel état de conscience minimale). Au lieu de cela, d’autres membres de la famille (son épouse, un neveu, etc.) poursuivent une sorte d’acharnement judiciaire pour parvenir à mettre fin légalement à la vie du jeune homme, au moment même où la médecine commence à se montrer optimiste sur des chances d’amélioration…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


(Les cinq illustrations sont des tableaux du peintre Magritte).

Pour aller plus loin :
Publication scientifique à télécharger : "Restoring consciousness with vagus nerve stumulation" ("Current Biology, vol. 27 n°18, pp. R994-R996, le 25 septembre 2017).
"Après 15 ans en état végétatif, il retrouve des signes de conscience après stumulation" : article d’Elena Sender dans "Science et Avenir" le 25 septembre 2017.
"Stimulé, un patient dans un état végétatif récupère une conscience minimale" : article de Florence Rosier dans "Le Monde" le 25 septembre 2017.
Le réveil de conscience devient possible !
On n’emporte rien dans la tombe.
Le congé de proche aidant.
Un génie très atypique.
Les nouvelles directives anticipées depuis le 6 août 2016.
Un fauteuil pour Vincent !
Pour se rappeler l'histoire de Vincent.
Dépendances.
Sans autonomie.
La dignité et le handicap.
Alain Minc et le coût des soins des "très vieux".
Euthanasie ou sédation ?
François Hollande et la fin de vie.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Texte intégral de la loi n°2016-87 du 2 février 2016.
La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
La leçon du procès Bonnemaison.
Les sondages sur la fin de vie.
Les expériences de l’étranger.
Indépendance professionnelle et morale.
Fausse solution.
Autre fausse solution.
La loi du 22 avril 2005.
Chaque vie humaine compte.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170925-reveil-conscience-2017bp.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/le-reveil-de-la-conscience-devient-197173

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/09/27/35714954.html



 

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 06:21

« La lutte mondiale contre le paludisme est l’un des grands succès de la santé publique ces quinze dernières années. » (Dr. Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, le 17 septembre 2015).


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Ce jeudi 17 septembre 2015, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS, WHO en anglais), l’instance de l’ONU sur la santé publique mondiale, a publié un nouveau rapport sur la lutte contre le paludisme, intitulé "Achieving the Malaria Millenium Development Goal Target" (qu’on peut télécharger ici), signé par Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS, et Anthony Lake, le directeur exécutif de l’Unicef.

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En l’an 2000, l’OMS s’était défini un certain nombre de priorités, et en particulier lutter efficacement contre le paludisme, la tuberculose et le sida. Le paludisme est l’une des maladies qui tuent le plus dans le monde et elle est pourtant techniquement facile à prévenir ou à soigner, mais pour cela, il faut des fonds d’aide. Un vaccin semble même en bonne voie.


Qu’est-ce que le paludisme ?

Rappelons rapidement ce qu’est le paludisme, appelé aussi dans les pays anglo-saxons malaria (c’est la même chose). Il s’agit d’une maladie infectieuse causée par un parasite, le Plasmodium falciparum, un protozoaire qui est transmis à l’homme par la glande salivaire de près de cinquante des plus de cinq cents espèces connues d'anophèle femelle, un moustique qui est très fréquent dans les zones tropicales et dans les marais. Il existe aussi trois autres espèces de Plasmodium dans des zones géographiques différentes, le Plasmodium vivax, le Plasmodium ovale et le Plasmodium malariae, qui sont un peu moins dangereux.

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Ce parasite, une fois dans le corps humain, est véhiculé par le sang et se loge dans le foie, où il se reproduit mais n’y est pas encore actif. Lorsqu’il sort du foie, il rejoint la circulation sanguine et fait éclater les globules rouges.

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C’est lorsque ces globules rouges sont détruits que la fièvre survient, qui peut être très élevée (41°C), celle-ci peut donc survenir plusieurs jours voire semaines après l’inoculation du protozoaire et se répéter régulièrement tant qu’il reste présent dans l’organisme. Certaines complications peuvent survenir lorsque les tissus cérébraux sont atteins et entraîner un coma. Sans soins, la maladie est mortelle, principalement pour les plus faibles, en particulier les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes.


Comment éviter le paludisme ?

Il existe trois types de protection pour les hommes. D’une part, se protéger des piqûres de moustique dans les zones à risque (essentiellement tropicales, voir la carte qui peut évoluer, notamment à cause du changement climatique), en utilisant des moustiquaires, en recouvrant les parties dénudées du corps, en aspergeant la peau, les vêtements et les moustiquaires de produits sprays qui font répulsion, et aussi en employant des "armes chimiques" (comme le DDT), souvent abandonnées en raison de leurs nuisances écologiques. D’autre part, prévenir la maladie avec certains médicaments, si la chloroquine est de moins en moins efficace à cause de souches résistantes, d’autres molécules comme la méfloquine sont efficaces pour servir de boucliers préventifs.

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Hélas, c’est un bouclier qui coûte cher. Il faut compter environ 150 euros pour un mois. C’est donc possible pour les voyageurs soucieux de leur santé, pour des courts séjours dans une zone à risque, mais c’est beaucoup moins facile de l’avoir pour les habitants permanents (cela coûte près de 2 000 euros par an !). C’est donc évidemment une maladie de pays pauvres à double titre : parce que les pays pauvres n’ont pas les moyens de protéger l’ensemble de leur population par l’ingestion d’un médicament préventif en permanence, et parce qu’ils sont généralement situés en zone tropicale. C’est l’un des fléaux les plus mortels du continent africain.

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Enfin, la voie vaccinale semble très prometteuse. Le 8 août 2013, des chercheurs américains avaient par exemple annoncé d’excellents résultats lors de l’essai clinique en phase 1 d’un vaccin contre le paludisme, qui a donné 100% de protection chez 6 des 9 adultes ayant reçu une forte dose (40 personnes de 20 à 44 ans avaient participé à cet essai clinique). Les tests doivent être étendus à plus de personnes d’origine géographique diverse et vérifier la permanence de leur protection dans la durée. Ces recherches ont été menées par le laboratoire Sanaria et financées notamment par l’Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAD) et le Naval Medical Center. Un autre vaccin, moins protecteur et en phase clinique plus avancée (phase 3), avait été développé par l’organisation non gouvernementale Path, le laboratoire britannique GlaxoSmithKline et la Fondation Bill Gates, dont les résultats ont été publiés en 2012.

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Lorsque la maladie est déclarée, il est urgent de se faire traiter le plus rapidement possible, avec de la quinine (pour lutter contre la fièvre) et des antibiotiques ou antipaludiques.


Des statistiques encourageantes

En quinze ans, le taux de mortalité du paludisme dans le monde a chuté de 60%. Cela signifie 6,2 millions de vies épargnées, surtout des enfants, c’est énorme ! Mais ce n’est pas suffisant pour autant. L’objectif du Millénaire pour le développement (Millennium Development Goal) a donc été atteint, qui consistait à avoir « maîtrisé le paludisme et commencé à inversé la tendance » d’ici 2015. C’est une "inversion de courbe" qui, elle, n’est pas imaginaire ni virtuelle. En quinze ans, le nombre de nouveaux cas de paludisme a baissé de 37%.

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En effet, un nombre croissant de pays sont sur le point d’éliminer le paludisme. Treize n’ont recensé aucun cas en 2014, six autres pays ont recensé moins de 10 cas. Les baisses les plus rapides sont dans le Caucase et en Asie centrale (aucun cas), et aussi en Asie orientale.

La guerre n’est cependant pas terminée. En 2015, les estimations font état encore de 214 millions de nouveaux cas et 438 000 personnes tuées par la maladie, pour plus des deux tiers, des enfants de moins de 5 ans. Mais les progrès sont éloquents. En 2010, 655 000 personnes sont mortes du paludisme, et en 2000, il y en a eu 985 000, c’est-à-dire 2 personnes par minute. Il faut se rappeler que près de la moitié de la population mondiale, à savoir 3,2 milliards de personnes, vit dans des zones à risque.

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Quinze pays d’Afrique subsaharienne représentent les quatre cinquièmes des cas de mortalité dus à cette maladie (80% des cas de paludisme, 79% des décès, au niveau mondial). Ces pays sont entre autres le Nigeria, l’Inde, l’ex-Zaïre et le Mali, Les principales victimes sont des enfants qui sont dans des zone très isolées et très pauvres.

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Anthony Lake, de l’Unicef, est donc sans ambiguïté : « Nous savons comment traiter et prévenir le paludisme. C’est donc une obligation. ». Celle d’atteindre ces enfants et de les traiter et soigner.


Les progrès sont proportionnels aux financements

En quinze ans, les financements multilatéraux dans le monde pour lutter contre le paludisme ont été multipliés par vingt (en 2014, l’ensemble de ces fonds a atteint environ 2,7 milliards de dollars). Les budgets nationaux des pays concernés ont eux aussi progressé. Certains États africains ont fait de la lutte contre le paludisme leur priorité de santé publique. Des pays comme Madagascar, le Burkina Faso (victime d’un coup d’État ce 16 septembre 2015), le Niger, la Guinée-Bissau et la Tanzanie ont notamment fait beaucoup d’effort.

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Depuis 2000, environ un milliard de moustiquaires aspergées d’insecticide ont été distribuées en Afrique. Le résultat, c’est que maintenant, 68% des enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne peuvent en bénéficier et dormir protégés (ils n’étaient que 2% en 2000).

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Un nouveau plan pour la période 2015-2030 a été mis en place pour se focaliser sur la population des quinze pays les plus touchés par le paludisme, nécessitant de nouveaux fonds d’aide. Pour atteindre les objectifs de l’OMS, il faudrait un financement de 6,4 milliards de dollars en 2020 et jusqu’à 8,7 milliards de dollars en 2030.

Le but est très ambitieux puisqu’il s’agit d’éradiquer cette maladie de la planète, ce qui est, je le répète, techniquement possible. Comme on le voit, les progrès sont simplement proportionnels aux fonds investis dans cette cause mondiale.

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Voilà une action extraordinairement positive des Nations Unies en faveur de la préservation de la vie humaine. 6,2 millions de sauvés et sûrement bien plus dans un avenir proche. Lorsque la raison l’emporte sur l’indifférence, il peut y avoir …des grands miracles !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport de l’OMS sur le paludisme 2000-2015 (à télécharger).
Les progrès dans la lutte contre le paludisme.
Vaincre le paludisme, une priorité pour sauver l’Afrique.
Les virus géants vont-ils nous envahir ?
L’arbre de la vie.
Découverte du virus du sida.
Vaccin contre le sida ?
La grippe A.
Un nouveau pape de la médecine.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150919-malaria-paludisme.html

http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/les-grands-progres-dans-la-lutte-172000

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/09/19/32645388.html

 

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 22:25

Le rapport de bilan sur l'action contre le paludisme (ou malaria) depuis l'an 2000 a été publié le jeudi 17 septembre 2015 par l'Organisation mondiale de la Santé. Il est intitulé : "Achieving the Malaria Millennium Development Goal Target".

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/184521/1/9789241509442_eng.pdf

Sur le paludisme, lire ceci :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150919-malaria-paludisme.html


SR



 

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 00:37

Le célèbre cancérologue Léon Schwartzenberg est né il y a exactement 90 ans, le 2 décembre 1923 à Paris. Léon Schwartzenberg a fait des études de médecine spécialisées en hématologie puis cancérologie, avoir s'être vu interdit d'étudier sous Vichy et s'être engagé dans la Résistance. Il devint connu du grand public en rompant le silence sur le cancer par la publication du livre coécrit avec le journaliste Pierre Viansson-Ponté (1920-1979) : "Changer la mort" (1977) où ils encourageaient les médecins à dire toujours la vérité aux malades. Il se préoccupa aussi du sida au début des années 1980 et fut le médecin de Thierry Le Luron (1952-1986).

Michel Rocard le nomma dans son second gouvernement Ministre délégué à la Santé où il battit le record de brièveté ministérielle de Jean-Jacques Servan-Schreiber de 1974 (du 29 juin 1988 au 7 juillet 1988) en raison de ses positions en faveur de la légalisation du cannabis et en faveur du dépistage systématique du sida chez les femmes enceintes. Il fut élu député européen de 1989 à 1994 et s'est présenté à Nice sur les listes Tapie pour les élections régionales de mars 1992. Il s'investit aussi auprès des sans-papiers et des sans-logis au même titre qu'Albert Jacquard.

Il est mort à 79 ans le 14 octobre 2003 à Villejuif des suites d'un cancer du foie.

SR

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 00:03

Le célèbre cancérologue Léon Schwartzenberg est mort il y a exactement dix ans, le 14 octobre 2003. Né le 2 décembre 1923 à Paris, Léon Schwartzenberg a fait des études de médecine spécialisées en hématologie puis cancérologie, avoir s'être vu interdit d'étudier sous Vichy et s'être engagé dans la Résistance. Il devint connu du grand public en rompant le silence sur le cancer par la publication du livre coécrit avec le journaliste Pierre Viansson-Ponté (1920-1979) : "Changer la mort" (1977) où ils encourageaient les médecins à dire toujours la vérité aux malades. Il se préoccupa aussi du sida au début des années 1980 et fut le médecin de Thierry Le Luron (1952-1986).

Michel Rocard le nomma dans son second gouvernement Ministre délégué à la Santé où il battit le record de brièveté ministérielle de Jean-Jacques Servan-Schreiber de 1974 (du 29 juin 1988 au 7 juillet 1988) en raison de ses positions en faveur de la légalisation du cannabis et en faveur du dépistage systématique du sida chez les femmes enceintes. Il fut élu député européen de 1989 à 1994 et s'est présenté à Nice sur les listes Tapie pour les élections régionales de mars 1992. Il s'investit aussi auprès des sans-papiers et des sans-logis au même titre qu'Albert Jacquard.

Il est mort à 79 ans le 14 octobre 2003 à Villejuif des suites d'un cancer du foie.

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 07:33

Samedi 20 avril 2013 débutera la semaine mondiale de la vaccination organisée par l’ONU. Une manière de sensibiliser la population mondiale sur sa responsabilité individuelle face à la propagation des maladies.


yartiVaccin201301Ce n’est pas rien : chaque année dans le monde, deux à trois millions de décès sont évités grâce à la vaccination : polio, rubéole, tétanos, coqueluche, diphtérie, rougeole, pneumonie, diarrhée à rotavirus sont ainsi éliminés grâce au principe du vaccin.

C’est un résultat remarquable mais c’est encore insuffisant. Pire, depuis l’épisode de la grippe A (dont le principe de précaution était justifié) en 2009, certaines rumeurs et désinformations vont bon train, notamment sur le Web, pour dévaloriser le vaccin, soit en prétendant leur inefficacité, soit en désinformant à outrance sur ses effets secondaires (ce qui a donné la belle vie à certains humoristes). Cette intoxication a même envahi certain personnel médical.

Et cela s’est très rapidement traduit sur les statistiques mondiales : on assiste en effet à une résurgence de certaines maladies largement évitables, comme la rubéole, la rougeole et la diphtérie, dans tous les pays, qu’ils soient développés ou en voie de développement (il y a ainsi des épidémies de rougeole au Pakistan mais aussi en Europe occidentale).

Geeta Rao Gypta, la directrice exécutive adjointe de l’UNICEF, peut ainsi témoigner : « Dans certaines parties du monde, une forme de complaisance de la vaccination a conduit à des lacunes au niveau de la couverture vaccinale. Or quand les lacunes s’installent, les flambées épidémiques font suite. ».

Ce n’est pas anodin. La désinformation a découragé de nombreux parents à faire vacciner leurs enfants en bas âge. Le but de la semaine mondiale de la vaccination est de casser les faux mythes qui courent sur la vaccination. Le slogan utilisé dans cent quatre-vingt pays est simple et universel : « Protégez votre monde, faites-vous vacciner ! ».

En effet, rappelons une fois encore le principe du vaccin : il ne fonctionne pour enrayer une épidémie que s’il est administré par environ 40% d’une population. En deçà, il sera effectivement inefficace globalement car la couverture vaccinale ne sera plus assurée… C’est un domaine où une décision individuelle peut avoir des conséquences désastreuses sur la collectivité.

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(Dessin provenant de ce site Internet).

En d’autres termes, ceux qui, individuellement, refusent pour des raisons dogmatiques de se faire vacciner seront involontairement la cause de décès d’autres personnes, plus faibles qu’eux, qui n’auront pas pu, pour diverses raisons, se faire vacciner et qui auront été contaminées par ces maladies.

Car au-delà d’un aspect purement psychologique que l’OMS (Office mondial de la santé) souhaite prendre en compte, il y a un aspect logistique tout aussi crucial pour notamment les vingt-deux millions d’enfants des pays en voie de développement.

Il y a encore de nombreux problèmes de stockage (à certaines températures) et d’approvisionnement des vaccins, même si Flavia Bustreo, sous-directrice de l’OMS, s’est réjoui de grands progrès depuis quelques années : « Nous avons constaté des avancées majeures dans les domaines de la mise au point et de la fourniture de vaccins. ».

Cette semaine mondiale sera donc considérée à cette cause sanitaire qui concerne toute le monde. Ce sera l’occasion de rappeler qu’il faut que les gouvernements puissent améliorer l’acheminement des "bons" vaccins auprès de leurs populations et que les parents acceptent de faire vacciner leurs enfants.

L’enjeu ne tient qu’à une seule finalité, la diminution du nombre des décès par maladies évitables. Ni à un supposé complot des industries pharmaceutiques (heureusement qu’elles sont là pour concevoir, produire et fournir en vaccins), ni à un supposé complot d’un Empire venu d’on-ne-sait-où et qui voudrait contrôler la population (d’une manière encore inconnue et pour un objectif à la connaissance inaccessible).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 avril 2013)
http://www.rakotoarison.eu

(Source : OMS).


Pour aller plus loin :
La grippe A, plus mortelle que prévue (2 juillet 2012).
Pourquoi il faut se faire vacciner (14 décembre 2009).
Protégez vos enfants !
Les effets pervers du vaccin (18 décembre 2009).
Le virus du sida au centre du Nobel 2008 (7 octobre 2008).
Un espoir pour le sida ? (31 octobre 2007) 

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http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/semaine-mondiale-de-la-vaccination-134520

 

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 07:53

On marche sur la tête ! Mais qu’est-ce qui est vraiment le plus dingue : l’ultralibéralisme qui confond à terme bœuf et cheval ou la réglementation nationale qui interdit la délivrance des médicaments en-dehors de l’avis éclairé des pharmaciens dûment reconnus ?


yartiPubLeclerc08Depuis plusieurs jours, un spot publicitaire est diffusé à la télévision. Il s’agit des hypermarchés Leclerc qui cherchent à promouvoir un rayon particulier de leurs magasins, la parapharmacie, mais ils aimeraient aussi avoir un rayon pharmacie sans être taxés d’exercice illégal de la médecine.

C’est une publicité "militante". C’est-à-dire à la fois politique et idéologique, même si elle est bien sûr à finalité commerciale. D’habitude, Leclerc a habitué le consommateur à des combats plutôt sympathiques : ceux du prix bas passant par la concurrence. Et donc, par la déréglementation.

Malheureusement, la concurrence n’engendre pas forcément des prix bas, et les prix bas n’engendrent pas forcément la qualité et même la sécurité des consommateurs. Le scandale des lasagnes de bœuf fabriquées avec de la viande chevaline roumaine est le dernier exemple de cette drôle d’économie mondialisée.


La cible : les médicaments délivrés sans ordonnance

Ici, le spot se veut du bon sens et est surtout destiné aux "petits malades", ceux qui ont besoin d’une aspirine de temps en temps par exemple. Il nous montre une ménagère de moins de 50 ans qui explique à son mari (curieusement occupé avec des outils de bricolage, la publicité serait un peu machiste que cela ne m’étonnerait pas) qu’elle n’a pas pu acheter de tube d’aspirine à son hypermarché Leclerc (pourtant, il y a généralement une pharmacie dans la galerie marchande, ouverte aux mêmes horaires que l’hypermarché).

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Et on la voit alors en flash-back discutant au rayon parapharmacie avec un homme sérieux, très scolaire, portant des lunettes et une blouse blanche (notez bien, un homme et pas une femme) qui se dit être "docteur en pharmacie". On peut même le croire car il présente à la bonne dame son diplôme qu’il a obtenu après six années d’études supérieures. En fait, on le croit sur parole puisque le diplôme n’est pas du tout lisible (cela pourrait être le diplôme du pêcheur du plus gros poisson de la tombola de Villard-de-Lans qu’on n’y verrait que du feu).

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Bon sens trompeur et grosse démagogie

Tout est misé sur l’étonnement et le supposé bon sens : Leclerc embaucherait (à vérifier) des "docteurs en pharmacie" mais ceux-ci n’auraient pas le droit de vendre des médicaments. Je doute qu’il y ait réellement ce type de recrutement (quel pharmacien diplômé accepterait-il un tel emploi ?) mais l’objectif est évidemment de marquer les esprits.

Bon sens avec un brin de grosse démagogie, surtout quand on connaît l'impopularité des grands groupes de big pharma, comme avec cette question frappante : « Êtes-vous assez riche pour avoir mal à la tête ? ».

En allant sur le site Internet spécialement destiné à ce sujet, Leclerc en profite pour rappeler que ses produits de parapharmacie sont moins chers que chez ses concurrents : « Nos docteurs en pharmacie sont formels : un produit de parapharmacie vendu plus cher n’est pas plus efficace, il est juste plus cher. Comparez le prix de 123 produits relevés dans 359 magasins. » en faisant habilement la confusion entre parapharmacie et pharmacie (les médicaments sans ordonnance sont de la pharmacie).

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On peut d’ailleurs voir ici une illustration rarissime de la publicité comparative qui est pourtant autorisée en France depuis la loi du 18 janvier 1992.


Assignation rejetée à Colmar

La publicité avait fait l’objet d’une assignation par des groupements de plus de quatre mille pharmaciens dès novembre 2012 pour son caractère "trompeur" mais le tribunal de grande instance de Colmar a rejetée la demande le jeudi 14 février 2013 (il y aura un jugement en appel).

L’objectif des pharmaciens étaient de retirer cette « campagne trompeuse pour le consommateur et dangereuse en terme de santé publique », notamment parce que « Leclerc fait comme s’il vendait déjà des médicaments dans ses supermarchés ».

Cependant, la chambre commerciale du tribunal a estimé que cette publicité des centres Leclerc relevait simplement de « la liberté d’expression, dans le cadre d’une publicité d’opinion reconnue par un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme ».


"On marche sur la tête"

La fin du spot à la télévision est, elle aussi, martelée en vert sur l’écran : « Nos docteurs en pharmacie n’ont toujours pas le droit de vendre des médicaments sans ordonnance. Oui, on marche sur la tête. » !

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La dernière phrase laisse donc supposer que cette situation est complètement loufoque. Et surtout trompeuse puisqu’elle laisserait entendre qu’on (entendez l’État) ne ferait pas confiance aux docteurs en pharmacie recrutés par Leclerc mais seulement aux pharmaciens traditionnels. En plus pour des médicaments pas très importants.

D’une part, rappelons tout de suite qu’il existe de très nombreux médicaments capables d’être achetés sans ordonnance mais nécessitant cependant des conseils des pharmaciens, comme, par exemple (j’en ai heureusement bénéficié), des anti-inflammatoires. Ces médicaments, même délivrés sans ordonnance, ne sont donc pas tous aussi anodins qu’une simple aspirine. D’ailleurs, aucun principe actif n’est anodin.

D’autre part, au lieu de jouer sur une plaisante victimisation (l’État est contre les centres Leclerc, voire, l’État est contre les prix bas), la publicité aurait dû rappeler que la vente des médicaments est strictement réglementée.


La réglementation actuelle

La vente de médicaments ne peut se faire que dans des pharmacies et le nombre de pharmacies est très réglementé en fonction du nombre d’habitants. Sans cette réglementation qui renforce l’aménagement du territoire, certains villages ne pourraient plus bénéficier de certaines pharmacies et dans les villes, la concurrence serai tellement rude qu’il ne resterait plus que des grosses pharmacies qui auraient rapidement un monopole.

Actuellement, il existe 23 000 pharmacies en France et 55 000 pharmaciens. Remarquez également que la publicité parle sans cesse de "docteurs en pharmacie" et pas de "pharmaciens" (on peut faire un doctorat de pharmacie et continuer dans la recherche sans devenir pour autant pharmacien).

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La loi n°2001-1168 du 11 décembre 2001 autorise que les pharmaciens ne soient pas pleinement propriétaires de leur pharmacie, tant qu’ils aient au moins 51% des parts et que les 49% restantes soient détenus par d’autres pharmaciens diplômés. Il est ainsi interdit que des personnes ou organismes extérieurs (fonds de pension, fonds d’investissement etc.) soient associés au capital des pharmacies françaises : la santé prime sur la finance.

Ces deux spécifications (restriction du nombre et propriété des pharmacies), qui remettent en cause le principe de libre entreprise en Union Européenne, ont été largement validées par l’arrêt du 19 avril 2009 de la Cour de Justice de l’Union Européenne : « Cette restriction peut néanmoins être justifiée par l’objectif visant à assurer un approvisionnement en médicaments de la population sûr et de qualité. ». Du reste, dans son arrêt du 22 avril 2009, la même cour expliquait : « La politique de santé définie par un État membre et les dépenses publiques dans ce domaine ne poursuivent aucun but lucratif ou commercial. ».


De quel marché s’agit-il ?

Dans le combat que livre Leclerc, les dépenses publiques ne sont pas concernées puisqu’il s’agit des médicaments délivrés sans ordonnance, donc, forcément, sans remboursement par la Sécurité Sociale.

Avec un million et demi d’euros de chiffre d’affaires moyen par pharmacie, les médicaments sans ordonnance représentent 6% de la marge brut, ce qui reste faible et donc, la demande d’élargir l’offre aux distributeurs généralistes ne devrait pas être trop pénalisante financièrement pour les pharmacies traditionnelles.

Cette revendication commerciale a même été formulée très officiellement par le rapport de la Commission pour la libération de la croissance française présidée par Jacques Attali du 23 janvier 2008, dans sa décision 212 : « Limiter le monopole pharmaceutique aux seuls médicaments prescrits sur ordonnance, sur le modèle italien, sans autoriser la publicité pour les produits non soumis à prescription ».

Cette proposition est d’ailleurs complétée de manière très "ultralibérale" par la fin du monopole des pharmacies par les seuls pharmaciens : « Permettre à des tiers d’investir sans restriction dans le capital des officines aux côtés de pharmaciens, à la seule condition qu’un pharmacien tienne toujours la pharmacie » (le rapport Attali est téléchargeable ici).


La santé passe avant !

Mais dans cette affaire, l’argent n’est pas l’essentiel. La santé est justement plus précieuse que l’argent. Et ce serait très grave de vouloir réduire l’apport des pharmaciens dans le marché des médicaments sans ordonnance.

D’ailleurs, il y a quelques comparaisons qui peuvent faire mal. Certes, le prix de ces médicaments pourraient baisser de 5 à 15% selon une étude de l’OCDE portant sur le Danemark, mais parallèlement, les plus faibles pourraient en être gravement victimes.

Prenons justement le cas de l’aspirine. Délivré en France uniquement en pharmacie, le paracétamol n’a provoqué en une année que six morts par surdosage tandis qu’en Grande-Bretagne, alors que le paracétamol est en libre accès (ce que demande cette publicité Leclerc), il y a eu deux à trois cents morts par surdosage.

Probablement que cette course aux prix bas va engendrer des cycles industriels complètement loufoques, au moins aussi loufoques que celui des lasagnes de bœuf qui sont fabriquées au Luxembourg par de la viande fournie à Castelnaudary achetée par deux traders, un à Chypre et un aux Pays-Bas, à un éleveur roumain.


Parmi les prérogatives des pouvoirs publics, la protection de la santé

La conclusion du spot serait donc plutôt à retourner : si l’on considérait l’aspirine ou d’autres médicaments encore plus actifs (comme des anti-inflammatoires) comme un bien de consommation comme un autre, on marcherait sur la tête !

Gardons au moins dans certains domaines (comme la santé, le nucléaire etc.) la souveraineté des pouvoirs publics qui, au contraire des puissances économiques, n’aspirent pas à l’enrichissement financier.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 février 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport Attali du 23 janvier 2008.
Rapport de la Cour des Comptes du 2 juillet 2012.

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http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/l-aspirine-meme-destin-que-les-131039

 

 

 

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 07:53

Une équipe de scientifiques a démontré que la grippe A avait eu des conséquences près de quatre fois plus graves que la grippe saisonnière. Retour sur une épidémie.


yartiGrippeA201201Le virus de la grippe A(H1N1) refait surface dans l’actualité avec une publication le 26 juin 2012 dans "The Lancet Infectious Deseases", une revue scientifique très renommée spécialisée en médecine. On pourra télécharger l’article intégral de neuf pages à ce lien.

C’est une étude qui donne finalement raison à la décision raisonnable de Roselyne Bachelot, alors Ministre de la Santé, de suivre les préconisations de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) en prévenant la grippe A par la vaccination de toute la population en automne 2009 et hiver 2010. J’avais déjà évoqué le rôle majeur et absolument indispensable de la vaccination comme base de la santé publique et exemple de l’exercice de la responsabilité politique.

Toute décision politique dans ce domaine était de toute façon vouée à être contestée, soit parce qu’elle aurait négligé l’importance de l’épidémie et on aurait alors critiqué l’incompétence des pouvoirs publics à la juguler, soit au contraire, pour avoir surestimé les effets en proposant une solution surdimensionnée et coûteuse qui aurait été peut-être inutile.

Avant la parution de cette étude, Roselyne Bachelot, qui se répand actuellement dans tous les médias pour vendre son livre de confidences sur la campagne présidentielle, avait confirmé que si c’était à refaire, elle aurait refait la même chose concernant la grippe A(H1N1) et elle a raison de le dire : quand on est aux responsabilités, responsable de la santé des soixante-cinq millions de Français, il vaut toujours mieux en faire trop que pas assez (Laurent Fabius en sait quelque chose, injustement impliqué dans l’affaire du sang contaminé à la fin des années 1980).

Car cette grippe A n’était pas une grippe anodine. Au contraire de la grippe saisonnière, elle ne touchait pas seulement les personnes fragiles. Au contraire, parce qu’elles avaient été au contact avec un cousin du virus H1N1 dans leur jeunesse, les personnes âgées de plus de 65 ans en 2009 risquaient bien moins d’être touchées que les plus jeunes (moins de 65 ans).

Par ailleurs, la vaccination contre la grippe A a permis de tester en grandeur réelle les dispositifs de veille sanitaire qui avaient été mis en place quelques années auparavant pour la grippe aviaire et son éventuelle répercussion sur la population. Les éventuels paramètres pour la grippe A (disponibilité des centres de vaccination, interdiction aux médecins généralistes de vacciner etc.) ont ainsi pu être évalués pour une amélioration du dispositif.

Jusqu’à cette étude internationale, les données officielles de l’OMS indiquaient qu’il y a eu dans le monde 18 449 décès causés par le virus H1N1 entre avril 2009 et août 2010. Cependant, ces statistiques ne se basaient que par des analyses confirmées en laboratoire qui ont été remontées au niveau international. Or, il y a eu beaucoup de décès, notamment dans les pays pauvres, qui n’ont jamais été suivis de prélèvements pour confirmer l’origine du décès et même en cas de prélèvements, la présence du virus pouvait ne plus être décelable pour certaines raisons techniques.

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Une large équipe internationale de scientifiques, menée par Fatimah S. Dawood, des Centers for Disease Control and Prevention, Influenza Division, à Atlanta (USA), a donc cherché à estimer le nombre exact de décès par la grippe A en cherchant à modéliser les statistiques disponibles dans le monde, ce qui était assez ambitieux car toutes les données ne sont pas répertoriées globalement et parfois, pas avec les mêmes normes.

Ce travail gigantesque aura une importance très élevée pour la prévention mondiale des épidémies. De plus, il a été réalisé de manière totalement indépendante d’intérêts privés.

La méthode adoptée a été la suivante : les chercheurs ont distingué trois sortes de pays, des pays à hauts revenus, des pays pauvres et des pays entre les deux, et ils ont cherché à estimer le taux de contamination du virus (symptomatic attack rate), puis le taux de mortalité pour les personnes contaminées (symptomatic case fatality ratio) à partir des analyses de laboratoires. Ils ont également classé la population en trois groupes : moins de 18 ans, entre 18 et 64 ans et plus de 64 ans. Ils ont renoncé à créer un groupe pour les moins de 5 ans (enfants en bas âge) en raison de l’absence trop grande de données. Enfin, ils ont corrélé avec l’espérance de vie dans chaque pays.

Le modèle a été dressé à partir des données statistiques de douze pays référents qui ont un système de surveillance épidémiologique fiable : Bangladesh, Danemark, Allemagne, Inde, Kenya, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Nicaragua, Pérou, Grande-Bretagne, États-Unis et Vietnam (à l’origine, il y avait un treizième pays, le Cambodge, mais les données ont été collectées seulement pendant cinq mois au lieu des douze mois du protocole).

La conclusion de l’étude a apporté une estimation qui est de l’ordre de 15 fois plus grand que les données officielles basées uniquement sur des analyses de prélèvement en cas de décès : « We estimated that 151 700-575 400 respiratory and cardiovascular deaths associated with 2009 pandemic influenza A H1N1 occurred during the first year of virus circulation in every country in the world. ».

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Autrement dit, le nombre de décès causés par la grippe A pendant la première année de la circulation du virus est compris entre 151 700 et 575 400, soit une valeur médiane de 284 500, répartis ainsi : 201 200 décès (fenêtre de 195 700 à 395 600) provenant d’une insuffisance respiratoire due à la grippe A et 83 300 décès (fenêtre de 46 000 à 179 900) provenant d’une insuffisance cardiovasculaire due à la grippe A, ce qui correspond à quinze fois plus de morts que ceux répertoriés après analyses en laboratoire.

Ce modèle de calcul a pu être comparé avec certaines études spécifiques indépendantes qui ont été réalisées pour connaître l’estimation du nombre de victimes dans certains pays (en particulier : Mexique, Bangladesh, États-Unis, Japon).

Au niveau mondial, 59% des décès estimés par la grippe A seraient survenus en Afrique et en Asie du Sud-Est, avec un très fort taux de mortalité en Afrique, ce qui encouragerait à renforcer les dispositifs sanitaires dans ces régions du monde (ce qui n’est pas très nouveau).

Globalement, le nombre de victimes de la grippe A serait donc analogue à celui de la grippe saisonnière (et bien moindre que la grippe espagnole de 1918). Cependant, il y a une très grande différence qui a justifié toute l’attention portée par les pouvoirs publics à ce virus. En effet, la grippe A a touché essentiellement une population bien plus jeune que pour la grippe saisonnière. 80% des décès correspondraient à des personnes de moins de 65 ans.

Un paramètre intéressant pour démontrer la gravité de la grippe A bien plus élevée que celle de la grippe saisonnière, c’est d’estimer le nombre d’années de vie perdues (YLL : number of years of life lost) en raison de la grippe A qui se calcule en tenant compte de l’espérance de vie dans chaque pays.

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Et le résultat est sans appel puisque, mondialement, il y aurait eu environ 3,5 fois plus d’années de vie perdues à cause de la grippe A par rapport à la grippe saisonnière : près de dix millions d’années de vie perdues au lieu de moins de trois millions pour la grippe saisonnière.

Les mesures prises pour contenir au maximum l’épidémie du virus de la grippe A(H1N1) ont été déterminantes dans les conséquences de l’épidémie sur les vies humaines. Dans les pays qui n’ont pas eu le dispositif approprié (en particulier en Afrique), les pertes en vies humaines par la grippe A ont été lourdes.

Critiquer des mesures de précaution extrême, refuser le principe essentiel de la vaccination, croire à de simples blagues de potaches, et pourquoi pas, puisque c'es à la mode, dénoncer les groupes pharmaceutiques qui profitent évidemment (puisque c'est leur objet) de la vente de médicaments (pourquoi donc ne dénonce-t-on pas tout autant les groupes alimentaires qui vendent de la nourriture, ou les groupes pétroliers qui vendent de l’essence, ou encore toute autre industrie qui fournit des produits indispensables à la vie quotidienne et au bien être ?), c’est avoir une bien déplorable idée de la valeur d’une vie humaine…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (2 juillet 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Se vacciner pour la grippe A.
Comment des blagues deviennent paroles d’Évangile pour la grippe A ?
"Estimated global mortality associated with the first 12 months of 2009 pandemic influenza A H1N1 virus circulation : a modelling stydy ("The Lancet", 26 juin 2012).


(Les deux tableaux et la figure sont tirés de l’article scientifique dont il est question).
(Cliquer sur les images pour les agrandir).

 

yartiGrippeA201205



http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/le-virus-de-la-grippe-a-h1n1-119361

 

 

 

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 23:51

Né le 21 avril 1961 à Neuilly-su-Seine, Davide Servan-Schreiber fut le fils aîné de Jean-Jacques Servan-Schreiber (JJSS). Après des études de médecine et de psychiatrie, il fonda et dirigea le laboratoire de Neuroscience cognitive clinique de 1988 à 1997 à Pittsburgh où il devint enseignant chercheur et a soutenu une thèse sur les mécanismes neurobiologiques de la pensée et des émotions dirigée par le Prix Nobel Herbert Simon.

De retour en France dans les années 2000, atteint d'un cancer, il collabora avec la revue "Psychologies Magazine" et publia en 2004 "Guérir" et en 2007 "Anticancer", des livres best-sellers très polémiques sur les médecines douces qui furent contestés par de nombreux chercheurs à propos des traitements contre la dépression et contre le cancer.

Il est mort du cancer le 24 juillet 2011 à Fécamp.

SR

 

 

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 07:38

Invitée de LCP ce 16 juin 2011, la Ministre de la Santé Roselyne Bachelot a affirmé que les arbitrages sur la réforme de la dépendance seraient décidés avant le 14 juillet 2011 afin de préparer la loi de financement de la sécurité sociale pour fin 2011. Elle a expliqué qu'il fallait financer entre 1 (en 2012) et 3 milliards d'euros (dans une dizaine d'années).

Aujourd'hui, trois financements sont envisagés :

1. Harmonisation de la CSG (des pensions 6,6% sur les salaires 7,5%), soit : 1,7 milliard d'euros.
En revanche, aucune augmentation généralisée de la CSG ne sera à prévoir, selon François Fillon dans son discours du 14 juin 2011 à Marseille.
2. Seconde journée de solidarité après le lundi de Pentecôte depuis 2004, soit : 2,4 milliards d'euros.
3. Taxation sur les successions (1%), soit : 1,5 milliard d'euros.

Selon Roselyne Bachelot, le gouvernement s'appuyera sur trois principes :

1. Rester dans le cadre de la solidarité nationale (pas d'assurance privée).
2. Ne pas plomber les entreprises dans une conjoncture économique encore difficile.
3. Ne pas faire payer la dépendance d'aujourd'hui aux générations futures.

Le site officiel sur cette réforme :
http://www.dependance.gouv.fr/



SR

 

 

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