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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 03:29

Olivier Véran a-t-il raison de s’inquiéter ?



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La pandémie de covid-19 ne cesse de se développer dans le monde. Hélas, elle a déjà entraîné la mort de plus de 998 200 personnes à ce jour du samedi 26 septembre 2020 et le seuil très symbolique du million de décès sera franchi avant la fin de ce week-end. L’OMS a d’ailleurs déclaré que si de nouvelles mesures sanitaires n’étaient pas prises par les États, il était fort probable que le nombre de victimes monte jusqu’à 2 millions au moins.

On pourra toujours discuter des chiffres, mais a priori, ils sous-estiment forcément la réalité dans chaque pays. La plupart des pays ne comptabilisent que les décès à l’hôpital. La France est l’un des rares pays à aussi comptabiliser les décès dans les EHPAD et autres établissements médicalisés, qui correspondent pourtant à environ un tiers des décès. Et encore, aucune statistique n’a été donnée pour les personnes décédées du covid-19 à domicile, une étude l’avait évalué à près de 2 000 décès qui n’ont pas été pris en compte. Les courbes de mortalité sont aussi assez instructives pour prendre conscience de l’étendue des dégâts. En France, c’est très visible en mars et avril 2020.

Près de 33 millions de personnes ont été dépistées positives au coronavirus et plus de 7,5 millions cas sont encore actifs, pour la plupart des formes modérées voire asymptomatiques, mais plus de 64 000 personnes sont actuellement dans un état critique, en service de réanimation, dans le monde. Le rythme est d’environ 300 000 nouveaux cas positifs chaque jour et autour de 5 à 6 000 décès chaque jour. L’épidémie est loin d’être terminée parce qu’elle est depuis plusieurs semaines dans une sorte de palier qui n’en finit pas de faire des victimes.

En Europe, la situation est très contrastée. L’Allemagne a toujours réussi à limiter les dégâts humains, même si le pays compte quand même deux fois plus de décès qu’en Chine d’où est partie la pandémie. Même si, également, le nombre de personnes en réanimation est aujourd’hui en train de croître à nouveau. Ancienne "mauvaise élève" de l’Europe, l’Italie a réussi son déconfinement en limitant la propagation du virus par des mesures sanitaires très strictes (il suffit de prendre connaissance des amendes en cas d’infraction). Le Royaume-Uni aussi a pris récemment des mesures très strictes pour freiner au mieux la propagation du virus. En revanche, l’Espagne (qui a reconfiné une partie de la capitale) et la France, qui commence à sérieusement s’inquiéter, sont en pleine explosion des nouveaux cas positifs dépistés.

Faut-il s’inquiéter de la situation en France ?

Le départ du Premier Ministre Édouard Philippe qui avait pris en charge l’épidémie en France a eu un effet particulièrement préoccupant sur l’évolution sanitaire du pays : chargé de relancer le pays, le nouveau Premier Ministre Jean Castex (dont je reviendrai plus tard sur la prestation sur France 2) ainsi que le Président Emmanuel Macron ont placé toute leur énergie dans le redressement économique et social de la France. Et ce n’est pas un mal, car le pays en pleine récession avait besoin de cet électrochoc de 100 milliards d’euros.

Le problème, c’est que le déconfinement a été bien appliqué jusqu’à la fin du mois de juin, c’est-à-dire, jusqu’au début de l’été et surtout, des vacances estivales. Or, après trois mois de confinement et une sidération généralisée de la population, le besoin de détente non seulement était naturel mais il était aussi indispensable à un certain équilibre vital.

Si bien que pendant l’été, il y a eu un certain nombre d’incohérences : nouvellement élus ou réélus, de nombreux maires ont décidé d’obliger le port du masque même dans des espaces ouverts, cela pour différentes raisons que la plupart des médecins ont du mal à comprendre. D’autres incohérences ont aussi porté sur la réalisation massive de tests PCR pour dépister les cas positifs. En décidant que les tests seraient gratuits et possibles sans ordonnance, on a embouteillé tous les laboratoires d’analyse au point que les résultats arrivent comme la cavalerie, après la guerre, ici, après la période où la personne positive peut contaminer ses proches.

L’envolée du nombre de nouveaux cas quotidiens dépistés positifs à partir du début du mois d’août 2020 est assez impressionnante. Elle provient de l’augmentation massive du nombre de tests (on parle de 1,2 million de tests chaque semaine) mais pas seulement, car le taux positivité, lui aussi, augmente dangereusement, atteignant aujourd’hui environ 6% (6 personnes sont dépistées positives sur 100 personnes qui sont testées). Sur les trois derniers jours, près de 50 000 nouveaux cas positifs ont été détectés, ce qui fait de la France la championne d’Europe. Ce n’est pas un titre de gloire.

31 700 décès n’est pas non plus un titre de gloire. On ne peut pas reprocher au gouvernement ce triste chiffre et en même temps, refuser les mesures sanitaires qu’il veut mettre en place pour freiner la poursuite folle du virus.

Aujourd’hui, de nombreux services de réanimation dans les hôpitaux commencent à être sous tension. Les hôpitaux parisiens ont annulé 20% des opérations planifiées. Dans toute la France, près de 1 100 personnes occupent actuellement un lit en service de réanimation pour cause de covid-19, ce qui est une hausse significative depuis cinq semaines (le nombre a triplé en cinq semaines). Il faut compter environ trois semaines pour voir les effets d’une mesure sanitaire, entre les cas positifs détectés et les entrées en service de réanimation. Hélas, toute la population est désormais touchée, même les plus vulnérables. Et quand je dis vulnérable, ce n’est pas seulement les plus âgés. C’est aussi certaines maladies, ou même l’obésité, qui, jusqu’à l’année dernière, n’était en principe pas punie de peine de mort. Sauf si le virus mortel se propage.

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Et Olivier Véran dans tout cela ?

Moi, je lui tire mon chapeau pour le travail et la responsabilité qu’il assume. C’est vrai qu’aujourd’hui, il est un peu le monsieur tristus du gouvernement. Sa dernière conférence de presse le 23 septembre 2020 pour faire le point sur la situation sanitaire a marqué un tournant dans la politique du gouvernement. Il était temps. Il faut revenir aux fondamentaux. Toujours revenir aux fondamentaux : protéger les vies. Protéger efficacement les vies.

Olivier Véran est arrivé au gouvernement le 16 février 2020 comme Ministre des Solidarités et de la Santé pour remplacer Agnès Buzyn partie faire la campagne des municipales dans un pari incertain. Olivier Véran, qui a fêté son 40e anniversaire en plein confinement (le 22 avril 2020), connaît bien son ministère.

Médecin neurologue au CHU de Grenoble, également diplômé de l’IEP de Paris, Olivier Véran a été le suppléant socialiste de Geneviève Fioraso, députée de Grenoble et nommée au gouvernement de 2012 à 2015. Olivier Véran a retrouvé les bancs de l’Assemblée Nationale en juin 2017, cette fois-ci élu sur son nom propre dans la même circonscription (où avait été élu Alain Carignon) mais avec l’investiture de LREM. Il a été rapporteur général du budget de la sécurité sociale, ce qui en a fait l’un des meilleurs connaisseurs de la santé publique en France.

Son origine professionnelle peut expliquer pourquoi, dès le début de sa prise de fonction, la prise en charge du covid-19 a été faite principalement dans les hôpitaux en négligeant la force de frappe de la médecine de ville. Ce sera l’un des sujets de réflexion après la crise sanitaire, comment mieux prendre en compte les généralistes dans la politique de santé publique. Ils sont les premiers témoins de la maladie, celle avec la forme grave comme celle avec la forme modérée.

Durant tout l’été, Olivier Véran a alerté le gouvernement sur le risque d’une recrudescence de l’épidémie en France. Non seulement il n’a pas été écouté mais il a été dit que le Président Emmanuel Macron aurait exprimé son agacement sur la gestion des tests PCR. Une telle communication est particulièrement déplacée. S’il remet en cause publiquement l’action d’un de ses ministres, il faut aller jusqu’au bout et le démettre. Cela n’a pas de sens de discréditer publiquement et de le maintenir en place : quelle va être son autorité, aussi bien aidé ?

La reprise en main a eu lieu le 11 septembre 2020 avec une intervention de Jean Castex sur le front de la crise sanitaire. Olivier Véran est revenu sur le devant de la scène pour faire un point hebdomadaire de la situation sanitaire, le premier a eu lieu le 17 et le deuxième le 23 septembre 2020. À chaque nouveau point, un nouveau serrage de vis.

L’enjeu est géant puisque si les mesures de restriction n’étaient pas efficaces, il faudrait alors penser à un nouveau confinement, ce que personne ne veut parce que lui aussi a créé des dégâts sociaux et économiques. S’il y a bien une restriction des libertés, c’est dans l’éventualité d’un confinement, pas dans l’obligation du port du masque qui est une mesure assez peu contraignante par rapport au confinement.

Beaucoup de démagogues voient dans l’opposition aux mesures barrières, voire dans le refus de voir la réalité sanitaire gravissime, la possibilité d’une nouvelle notoriété et d’une nouvelle popularité auprès des personnes qui voudraient sortir de ce cauchemar de pandémie (ce que souhaite tout le monde). Le complotisme a pris également un nouvel essor, amplifié par les réseaux sociaux, accusant principalement les dirigeants politiques d’avoir "inventé" le virus pour contrôler la population (ce qui fait que chaque "opposant" dans son pays accuse les dirigeants de son pays, sans comprendre que la pandémie est un phénomène mondial qu’il faut bien combattre si on ne veut pas se retrouver avec des dizaines de millions de morts qu’on leur reprocherait le cas échéant).

Au-delà des maladresses et incohérences du gouvernement à trouver le juste équilibre entre le freinage de l’épidémie et le redémarrage économique (une mission impossible), il faut insister sur trois éléments.

Le premier élément, c’est que la liberté ne peut aller qu’avec la responsabilité. Liberté individuelle, responsabilité collective. Droits, devoirs. Jamais l’une sans l’autre. La responsabilité, c’est de ne pas mettre en danger de mort les autres, les proches, les moins proches, et cela par ses gestes. C’est exactement le même principe que la conduite sur une route : je ne suis pas seul sur la route, ma liberté est restreinte, on pourrait même me retirer complètement ma liberté de conduire si je n’avais plus de point sur mon permis (je serais alors un chauffard), tout cela pour ne pas mettre en danger la vie des autres usagers de la route.

D’où le deuxième élément : il ne s’agit pas d’avoir peur, la plupart des chauffards qui mettent en danger la vie d’autrui n’ont jamais eu peur ni de se tuer ni de tuer leurs proches embarqués dans la même galère. On n’agit pas par peur, les gestes barrières ne sont pas la conséquence de la peur. Si je porte un masque, ce n’est pas parce que j’ai peur d’attraper le covid-19, car mon masque ne me protège pas du virus. Si je mets un masque, c’est pour ne pas contaminer ceux qui m’entourent, car ce virus est bien étrange puisque beaucoup de personnes contaminées n’ont aucun signe clinique, aucun symptôme, ce qui fait que, sauf à me faire dépister tous les jours, je ne sais pas si, à un jour donné, je suis porteur du virus. Dans le doute, je fais donc attention, pas à moi, mais aux autres, à ceux que je croise, rencontre. Ce n’est pas la peur le moteur, c’est la solidarité et le respect de la vie des autres. Exactement comme lorsque je conduis sur la route.

Beaucoup de personnes se trompent, pensent que le masque serait une ceinture de sécurité alors que c’est une pédale de frein. Car il faut freiner la circulation du virus.

Le troisième élément, c’est que ne jurer que par la liberté individuelle est une erreur de bon sens et de lucidité. Elle a bon dos, la liberté, lorsqu’on se retrouve en soins intensifs, voire dans la morgue. Elle a bon dos lorsqu’on a des séquelles, lorsque les capacités respiratoires sont réduites. Elle a bon dos, la liberté, lorsqu’on perd des êtres chers à cause de l’irresponsabilité d’insouciants ou d’insoumis, ces pseudo-résistants qui pensent être résistants alors qu’ils ne font que faciliter la circulation du virus. Si l’on voulait reprendre l’analogie oiseuse de l’Occupation, ce seraient plutôt des collabos, ils facilitent l’expansion de l’ennemi, le virus.

C’est la même erreur de penser liberté quand on doit lutter contre le terrorisme. Les victimes du terrorisme sont heureuses de se savoir libres …dans un cimetière, ou à l’hôpital, parfois invalides à vie. La première des libertés, c’est de pouvoir vivre, la première des libertés, c’est que sa sécurité soit assurée, son intégrité physique et mentale, que sa personne soit protégée.

Pas de liberté sans responsabilité, mais aussi pas de liberté sans sécurité.

La communication du gouvernement doit être simple et rapide pour marquer les esprits. À cet égard, saluons les nouveaux clips qui mettent en scène une famille : un ado au lycée qui est avec ses amis, un adulte avec ses collègues de travail, aucun des deux ne font beaucoup attention aux gestes barrières. Les deux, de la même famille, vont voir leur grand-mère pour un anniversaire. Chaleur humaine et familiale. Sourire, rire, émotion, joie. Mais quelque temps plus tard, la grand-mère contaminée se retrouve en soins intensifs et lutte pour survivre. Le court-métrage est d’autant plus fin qu’on ne sait pas qui a transmis le virus puisqu’il y a deux possibilités (trois même), ce qui évite de mettre en accusation une catégorie particulière de la population (les étudiants, etc.).

Cela ne tient qu’à nous tous, les citoyens, d’empêcher la propagation d’une maladie qui a fait déjà suffisamment de morts pour qu’on la prenne au sérieux. Cela ne tient qu’à nous d’éviter d’arriver à de nouvelles extrémités étatiques, à un retour, d’une manière ou d’une autre, au confinement. À quoi cela rime de nier la réalité ? À souhaiter un nouveau confinement ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Olivier Véran.
Le cap de 1 million de décès franchi.
Conférence de presse du Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran le 23 septembre 2020 à Paris (vidéo).
Finie, l’épidémie de covid-19 : vraiment ??
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
Madagascar : la potion amère du docteur Andry Rajoelina contre le covid-19.
Covid-19 : où est l’Europe de la Santé ?
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…
Le coronavirus de Wuhan va-t-il contaminer tous les continents ?

_yartiVeranOlivierA01



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200926-coronavirus-covid.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/covid-19-le-cap-du-million-de-227368

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/26/38556402.html







 

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 19:32

(vidéo)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200918-coronavirus-covid-masque.html

 

 


SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200923-discours-veran.html


 

 

 

 

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 03:35

« Un élément suscite particulièrement notre inquiétude : pour la première fois depuis de longues semaines, nous constatons une augmentation sensible du nombre de personnes hospitalisées. Or les personnes qui arrivent en réanimation sont les mêmes qu’au mois de mars. Tout confirme que le virus n’a pas baissé en intensité, avec une proportion toujours aussi élevée de personnes âgées. Cela signifie qu’il n’y a pas de ligne Maginot : même si le virus circule principalement chez les jeunes, dont beaucoup ne présentent aucun symptôme, il finit inévitablement par toucher les plus vulnérables, pour lesquelles le virus présente un danger. » (Jean Castex, le 11 septembre 2020 à Matignon).



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Certains estiment que l’épidémie de covid-19 est terminée. Tout le monde le souhaite et les pouvoirs publics les premiers, mais il y a une sorte de déni qu’on retrouve aussi lors du deuil d’un être cher. On peut être là, juste devant le cercueil, dans la chambre funéraire, et se dire : non, il n’est pas mort (elle n’est pas morte), ce n’est pas possible. Pourtant, il y a les faits. Le complotisme peut se nourrir d’un éloignement des faits, éloignement géographie et éloignement temporel (par exemple : les hommes sur la Lune, c’est loin, il faut retrouver des "preuves", des témoins), mais pour le cas de la pandémie actuelle, elle est là, sous notre nez, comme le cadavre encore chaud de l’être cher. Le déni est une réponse psychologique classique, une étape mais normalement temporaire. Car le déni empêche toute prise de décision.

Or, le problème, c’est que depuis le début de l’été 2020, le virus circule à folle allure en France. Il ne s’agit pas de faire peur, il s’agit d’ANTICIPER, ce qu’on demande à tout gouvernement pour éviter les catastrophes à venir. Un politique avisé sait bien que les "opinions publiques" se retournent facilement au gré des événements. Même impopulaire, prendre des mesures courageuses sera reconnu par la suite, et ne pas les prendre sera au contraire fustigé ultérieurement. L’art de gouverner, ce n’est donc pas se réduire à répondre aux attentes sans cesse fluctuantes de "l’opinion publique", mais de servir l’intérêt général.

Le point sur l’épidémie de covid-19 en France de ce vendredi 18 septembre 2020 est à ce point de vue une note très pessimiste. Pour la première fois depuis mai, on retrouve presque un nombre de décès à trois chiffres : 154 morts du covid-19 (dont 32 dans les EHPAD et 76 un "rattrapage" dans les décès à l’hôpital), ce qui donne depuis le début de l’épidémie le nombre de 31 249 décès par covid-19. Sans compter ce "rattrapage", cela donne un nombre de décès quotidien de l’ordre de 50 à 80, ce qui est beaucoup qu’il y a un ou deux mois. Ce n’est hélas pas incohérent dans la mesure où la virulence du virus n’a pas varié, et à partir de la fin du mois d’août, le taux d’incidence chez les personnes vulnérables est monté (alors qu’auparavant, c’étaient surtout les plus jeunes qui étaient contaminés).

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Ce 18 septembre 2020 a été aussi le record du nombre de nouvelles personnes dépistées positives au covid-19 en un jour, 13 215 nouveaux cas. Nous avions franchi le seuil des 10 000 quotidiens il y a une semaine, et l’accélération se poursuit de manière inquiétante. Au plus fort de la première vague, une étude a estimé que ce nombre a dû atteindre 50 000 voire 100 000 par jour (mais à l’époque, nous n’avions pas les moyens de faire des tests de dépistage aussi nombreux).

Tous les cas positifs ne sont heureusement pas des malades, puisque, pour une grande majorité d’entre eux, ce sont des asymptomatiques. Mais cette hausse ne s’explique pas seulement par une augmentation du nombre de tests réalisés (1,2 million cette semaine), car le taux de positivité, lui aussi, augmente (autour de 5% ; c’est le rapport entre le nombre de cas positifs sur le nombre total de personnes dépistées en PCR).

Inquiétant aussi le nombre de personnes développant la forme sévère. En une seule journée, il y a eu 850 hospitalisations supplémentaires, et surtout, 100 entrées en service de réanimation, ce qui porte le nombre de lits en réanimation occupés par un malade du covid-19 à 827. C’est bien inférieur au pic du début avril (7 800) mais il faut rappeler que le 14 août 2020, le nombre total de personnes malades du covid-19 en réanimation était seulement de 367. En clair, dans les hôpitaux, en juin et début juillet, il n’y avait pratiquement plus d’entrées en service de réanimation, ou quelques personnes par semaine, maintenant, ce sont des dizaines par semaine. Et la durée du séjour en réanimation est très longue, plusieurs semaines.

La circulation du virus accélère et touche principalement les grandes métropoles. Une impression qui mériterait d’être confirmée, c’est que l’éviction d’Édouard Philippe de Matignon a eu une incidence sur la prise en compte de la crise sanitaire. Cette impression, c’est que Jean Castex semble plus préoccupé par la relance économique (et il n’a pas forcément tort, pas de santé publique si l’économie est vacillante) que par la crise sanitaire. Peut-être est-ce d’ailleurs un changement de paradigme provenant de l’Élysée ? L’idée qu’il faut préserver à tout prix la survie économique.

Or, le problème, c’est que si la situation sanitaire devenait critique (ce qui n’est pas heureusement encore le cas), il faudrait bien revenir à une forme de confinement, ce qui serait mortel pour l’économie. Israël a décidé d’un reconfinement général de trois semaines à partir du 18 septembre 2020, pour éviter des surpercontaminations durant cette période de fête (et pour éviter la stigmatisation de deux communautés bien particulières dans lesquelles le nombre de contaminations a explosé en raison de leur mode de vie).

Il y a eu une reprise en main du gouvernement le 11 septembre 2020 avec une déclaration solennelle du Premier Ministre Jean Castex n’apportant pas grand-chose de nouveau sinon l’expression de la gravité de la situation. La vraie innovation, c’est que les décisions pour ralentir la circulation du virus sont prises au niveau départemental par le préfet, en concertation avec les élus locaux, ce qui signifie en quelque sorte que, dans les "territoires", le Ministère de l’Intérieur a pris la main sur le Ministère de la Santé (ARS). Il serait même envisagé de nommé des "sous-préfets covid". Le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran revient aussi sur le devant de la scène, après un été discret, pour présenter un point hebdomadaire à la presse, le premier a eu lieu le 17 septembre 2020.

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Chaque week-end, des grandes agglomérations vont être soumises à des mesures sanitaires plus strictes. Le week-end dernier, ce fut pour Marseille, Bordeaux et la Guadeloupe. Ce week-end, pour Nice, Lyon, Toulouse. D’autres villes ont été envisagées comme Paris, Lille, Dijon, etc. Bref, la cellule de crise du ministère travaille aussi sur des plans de reconfinement local, pour l’instant pas encore décidés (dans la région parisienne notamment). Le préfet de la région Île-de-France a recommandé ce 18 septembre 2020 de ne pas faire de réception de plus de dix personnes chez soi. Recommandé et pas obligé, car si c’était une contrainte, il faudrait alors mettre un policier à chaque domicile ou encourager les voisins à épier et à dénoncer, ce qui n’est pas, dans mes valeurs, un sens très élevé du civisme et du respect des autres.

Paradoxalement, le comportement des Français est plutôt respectueux des gestes barrières, la plupart portent leur masque lorsque c’est obligatoire, or, depuis la fin du mois d’août, il est souvent obligatoire même dans les rues, dehors. Le vrai problème concerne les réunions familiales, souvent sans masque, ou les soirées d’étudiants ou de jeunes, également sans masque.

Deux exemples, un en France, un à l’étranger. Des élèves infirmiers ont passé le concours et arrivent à l’année de stage à l’hôpital. Première réunion en amphi sans problème, distanciation physique et masque, mais le soir, fête étudiante sans masque, 13% ont été détectés positifs et les stages évidemment annulés pour ne pas exposer l’hôpital. L’autre exemple est plus grave, dans le Maine, aux États-Unis, un mariage a tourné au massacre. Des dizaines de contaminations, 7 décès et plusieurs foyers de contamination mettant en ébullition un État américain. Plus que dans d’autres circonstances, la responsabilité individuelle est essentielle en termes de solidarité.

Masque et rencontres sociales, ce n’est pas une question de peur, c’est une question de solidarité avec les personnes vulnérables. Les contraintes (porter un masque, reporter de quelques mois les fêtes familiales, etc.) sont rien par rapport à la perspective d’un nouveau confinement ou à celle d’une seconde vague aussi meurtrière. Les inconforts et les supposées pertes de liberté sont peu de choses comparées au traumatisme de plusieurs semaines voire mois à l’hôpital, avec des séquelles aux poumons, ou pire, sans sortie…

La pandémie de covid-19 est loin d’être finie, tant en France que dans le reste du monde. Au Royaume-Uni et en Espagne, on envisage des reconfinements ciblés. Le coronavirus continue à ravager la population mondiale. Au 18 septembre 2020, il y a eu plus de 955 000 décès du covid-19, soit plus de 5 000 en un jour, dans quelques jours, le million sera atteint et dépassé. La courbe des décès est depuis plusieurs mois en (affreux) plateau. Plus de 30,6 millions de personnes ont été dépistées positives au covid-19 dans le monde, ce qui fait un rythme quotidien de 300 000 contaminations.

Quelles sont les différences entre la situation actuelle et celle de février à mai derniers ?

Ce qui est mieux : c’est la manière de prendre en charge les patients atteints de la forme sévère du covid-19. Avec une meilleure capacité à oxygéner, certains patients n’ont plus à aller en réanimation maintenant, et dans tous les cas, on réussit souvent à éviter l’intubation. En réanimation, on a sensiblement réduit la mortalité par un traitement d’anticoagulants et de corticoïdes. Ce qui est mieux aussi, c’est les protections et les munitions : stock de masques, capacité de faire des tests massivement, même si, sur les tests, il y a encore des problèmes pour organiser les priorités et accélérer les procédés.

Ce qui est pire qu’au printemps, c’est que le système de santé est moins solide : le personnel soignant est démotivé, épuisé et risque d’être moins efficace en cas de nouvelles tensions. Il ne partira plus la fleur au fusil, parfois au péril de sa vie. De plus, si seconde vague il y a, elle aura une amplitude beaucoup plus basse qu’au printemps, mais il faudra compter aussi sur les autres maladies, car il n’est plus question de ne pas soigner les autres maladies (cancer, maladie cardiaque, etc.) ; une étude a estimé qu’au Royaume-Uni, il faudrait compter sur une surmortalité de 50 000 décès supplémentaires due à des maladies dont on a repoussé les traitements ou retardé trop longtemps le dépistage. Autre élément négatif : alors qu’au printemps, la vague était très localisée (Paris, quart Nord-Est), maintenant, elle est sur tout le territoire en métropole (notamment les grandes agglomérations), ce qui signifie qu’il n’y aura plus de région sans tension qui pourrait aider des régions sous tension. Enfin, en cas de nécessité de reconfinement, son acceptabilité sera probablement bien plus faible qu’au printemps, ce qui poser inévitablement des problèmes pour éventuellement le faire appliquer.

Depuis le début de la crise sanitaire, le gouvernement est toujours sur une ligne de crête qu’a rappelée Jean Castex le 11 septembre 2020 : « Face à cette épidémie, notre stratégie ne varie pas : lutter contre le virus en évitant de devoir mettre entre parenthèses notre vie sociale, culturelle, économique, l’éducation de nos enfants et notre capacité à vivre normalement. Oui, le virus est là pour quelques mois encore, et nous devons réussir à vivre avec lui sans nous laisser entraîner à nouveau dans une logique de confinement généralisé. La solution la plus simple et la moins contraignante, on la connaît : c’est appliquer scrupuleusement les gestes barrières. Cela dépend fondamentalement de nous. ».

Jean Castex a même eu l’occasion d’illustrer ses propos quelques temps plus tard puisqu’il s’est retrouvé le 12 septembre 2020 pendant plusieurs heures dans la même voiture que le directeur du Tour de France, et que ce dernier fut dépisté positif en début de semaine. Jean Castex, a priori, n’a pas été contaminé par lui grâce au port du masque et aux différents autres gestes barrière (qui se révèlent donc efficaces dans cet exemple précis).

Dans le Gers le 18 septembre 2020, le Président Emmanuel Macron a déclaré qu’il ne s’agissait ni d’infantiliser ni de culpabiliser. Certes. Mais dans ce cas, il faut savoir se responsabiliser soi-même. Jamais le moment n’a été aussi crucial pour la responsabilité individuelle et la solidarité nationale. À nous de choisir !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Finie, l’épidémie de covid-19 : vraiment ??
Conférence de presse du Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran le 17 septembre 2020 à Paris (vidéo).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 11 septembre 2020 à Matignon sur la crise sanitaire (texte intégral).
Ne nous masquons pas la réalité !
Les vrais émotifs du coronavirus.
À propos de l’obligation du port du masque.
Covid-19 : seconde vague ? La prudence s’impose …par le masque.
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
La Charte de déontologie des métiers de la recherche (à télécharger).
Hydroxychloroquine : l’affaire est entendue…
Madagascar : la potion amère du docteur Andry Rajoelina contre le covid-19.
Rapport de Jean Castex sur le plan de déconfinement le 6 mai 2020 (à télécharger).
Protection rapprochée.
Discours de Claude Malhuret le 4 mai 2020 au Sénat (texte intégral).
Covid-19 : les trois inepties du docteur Claude Malhuret.
11 mai 2020 : Stop au covid-19 ! (et traçage ?).
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le jeudi 7 mai 2020 à Matignon sur le déconfinement (texte intégral).
Professeur mégalo (vidéo).
Covid-19 : où est l’Europe de la Santé ?
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Unitaid.
Déconfinement : les départements verts et les départements rouges, la confusion des médias…
Didier Raoult, médecin ou gourou ?
Le déconfinement selon Édouard Philippe.
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200918-coronavirus-covid-masque.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/finie-l-epidemie-de-covid-19-227206

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 19:52

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200918-coronavirus-covid-masque.html

 

 

 


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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 01:11

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200903-castex.html



Discours du Premier Ministre Jean Castex le 11 septembre 2020 à Paris, sur la situation de la pandémie

11 septembre 2020 - Discours
Déclaration de M. Jean Castex, Premier ministre


Un Conseil de Défense consacré à la crise sanitaire s’est tenu ce jour autour du Président de la République. Comme nous le faisons à intervalle régulier, nous avons analysé l’évolution de la situation épidémiologique. Celle-ci fait apparaître une dégradation manifeste de la situation : le virus circule de plus en plus en France. Le taux d’incidence est monté à 72 cas pour 100 000 personnes, contre 57 il y a une semaine. Le pourcentage des cas positifs augmente.

Un élément suscite particulièrement notre inquiétude : pour la première fois depuis de longues semaines, nous constatons une augmentation sensible du nombre de personnes hospitalisées.

Or les personnes qui arrivent en réanimation sont les mêmes qu’au mois de mars. Tout confirme que le virus n’a pas baissé en intensité, avec une proportion toujours aussi élevée de personnes âgées. Cela signifie qu’il n’y a pas de ligne Maginot : même si le virus circule principalement chez les jeunes, dont beaucoup ne présentent aucun symptôme, il finit inévitablement par toucher les plus vulnérables, pour lesquelles le virus présente un danger.

Face à cette épidémie, notre stratégie ne varie pas : lutter contre le virus en évitant de devoir mettre entre parenthèse notre vie sociale, culturelle, économique, l’éducation de nos enfants et notre capacité à vivre normalement. Oui, le virus est là pour quelques mois encore, et nous devons réussir à vivre avec lui sans nous laisser entrainer à nouveau dans une logique de confinement généralisé.

La solution la plus simple et la moins contraignante, on la connaît : c’est appliquer scrupuleusement les gestes-barrière. Cela dépend fondamentalement de nous.

Je l’ai déjà dit, la période estivale a été marquée par une forme de relâchement que l’on peut probablement expliquer après les longues semaines de confinement du printemps dernier.

La rentrée est là. Nous devons impérativement respecter les règles de distanciation physique, nous laver régulièrement les mains, porter le masque, ce que l’immense majorité de nos concitoyens fait, en application des dispositions que nous avons prises, et je les en remercie.

L’autre pilier de notre stratégie, c’est dépister massivement et casser ainsi les chaines de contamination.

Nous réalisons aujourd’hui plus d’1 million de tests par semaine. C’est considérable. La France est ainsi devenu le 3ème pays qui teste le plus en Europe.

Cette très forte augmentation du nombre de tests est une excellente nouvelle. Elle a cependant entraîné des temps d’attente trop importants, nous avons parfaitement conscience, notamment dans certaines villes.

Attendre, ce n’est pas grave s’il n’y a pas d’urgence. Mais cela est problématique lorsque vous êtes prioritaire. Quand êtes-vous prioritaire ? Vous êtes prioritaire si vous présentez les symptômes de la COVID-19, si vous avez été en contact rapproché avec une personne positive et enfin si vous êtes un personnel soignant ou assimilé travaillant à l’hôpital, dans un EPHAD ou à domicile.

Pour ces personnes prioritaires, nous allons renforcer les circuits dédiés de dépistage. Ainsi, les laboratoires leur réserveront certains créneaux horaires et nous veillerons là où il y a des besoins, et notamment dans les grandes villes, à installer des tentes de dépistages qui leur seront également dédiées.

Pour les personnes testées positives et celles avec lesquelles elles ont été en contact, le Conseil de Défense a pris deux décisions pour améliorer la surveillance épidémiologique :

- première décision, 2000 recrutements supplémentaires seront effectués au sein de l’Assurance Maladie et dans les Agences Régionales de Santé pour réaliser ce qu’on appelle le traçage ;
- deuxième décision, sur proposition du conseil scientifique, la durée d’isolement sera ramenée à 7 jours, c’est-à-dire la durée pendant laquelle il y a un véritable risque de contagion. Il est primordial que chacun respecte strictement cette durée d’isolement qui donnera lieu à des contrôles.

Par ailleurs, le Conseil de Défense a porté à 42 le nombre de départements classés rouge, c’est-à-dire à circulation active du virus.

Ce classement n’emporte pas de conséquences automatiques mais il permet aux préfets, en lien avec les autorités sanitaires et les élus locaux, de déclencher des mesures supplémentaires de réduction des risques, notamment sur le port du masque, les rassemblements sur l’espace public, les grands événements ou les horaires d’ouvertures de certains commerces.

Comme je l’ai toujours dit, ces mesures ne doivent pas se décider depuis Paris, dans l’idée de s’appliquer partout, au même moment et de la même manière. Nous conserverons cette méthode qui devra nous permettre d’agir sans attendre que les choses se dégradent.

Dans deux métropoles – Marseille et Bordeaux – ainsi qu’en Guadeloupe, nous constatons une évolution préoccupante des contaminations, notamment chez les plus âgés, ainsi qu’un taux déjà élevé d’hospitalisation. Compte tenu des prévisions que nous pouvons faire à 3 semaines sur l’occupation des lits de réanimation, j’ai demandé aux préfets concernés de me proposer d’ici lundi, et après avoir mené les concertations locales nécessaires, un ensemble de nouvelles mesures complémentaires.

Nous continuerons à prendre les mesures adaptées et graduées en fonction de l’évolution de la situation sanitaire et de son anticipation. Ainsi que je l’ai annoncé, le ministre des Solidarités et de la Santé reprendra ses points d’information réguliers. J’en appelle aujourd’hui solennellement au sens des responsabilités de chacune et chacun d’entre vous. Nous ne parviendrons à enrayer cette reprise de l’épidémie qu’en étant tous vigilants et solidaires. Je demande en particulier aux personnes âgées d’observer la plus grande prudence au quotidien. Faites attention, soyez très prudents. Pour quelques mois encore, nous devons faire preuve d’une responsabilité de tous les instants, d’un civisme exigent.

Demain dépend de vous, de nous.

Je vous remercie.

Jean Castex, le 11 septembre 2020 à Matignon, Paris.


Source : gouvernement.fr
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200911-discours-castex.html

 

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 03:27

« Le masque est si charmant que j’ai peur du visage. » (Alfred de Musset, 1839).


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Ce qui est remarquable, c’est que les réactions par rapport au port obligatoire du masque sont au moins stables dans le temps, l’espace, le contexte. Depuis ce vendredi 28 août 2020 à 8 heures du matin, le port du masque devient obligatoire même à l’extérieur, dans la ville de Paris et en petite couronne, et dans quelques autres agglomérations (comme Marseille, Strasbourg, Toulouse, Nice, Bordeaux, etc.).

On pourra toujours dire que c’est inutile et c’est probablement inutile d’un point de vue sanitaire, le coronavirus se transmettrait plutôt dans les espaces clos non aéré, et donc, obliger les gens à porter le masque dehors, avec quelques absurdités (pour les motards, on a exclu dans l’obligation les cyclistes et les joggers, et dans les textes, les fumeurs et les mangeurs de sandwich pourraient être verbalisés…) pourrait paraître une mesure de santé publique inutile. Le très calme professeur Éric Caumes, loin de se laisser démonter par un Jean-Jacques Bourdin, sur BFM-TV, le 28 août 2020, qui enrageait contre cette nouvelle obligation, après lui avoir dit que cette obligation était inutile, lui a concédé qu’il pensait que c’était stupide mais a insisté pour dire qu’il ne l’avait pas dit !

Mais il y a un monde entre la science et la gouvernance. Après le déconfinement, les Français se sont extrêmement bien comportés, ils ont respecté les gestes barrières, ont porté le masque là où il le fallait (même quand ce n’était pas encore obligatoire, dans les commerces, ce n’est obligatoire que depuis le 20 juillet 2020), et les courbes des contaminations en mai et juin 2020 ont été excellentes, le confinement avait atteint son objectif, enrayer l’épidémie (du moins en France, car malheureusement, elle est mondiale).

Et puis, avec la fête de la musique, avec le début des vacances estivales, il y a eu du relâchement. La courbe des contaminations a commencé à remonter dangereusement depuis la première quinzaine de juillet, jusqu’à nous retrouver, à la fin de ce mois d’août 2020, à une moyenne de plus de 5 000 contaminations par jour. Il y a même eu 7 000 en une journée la semaine qui vient de passer. Bien sûr, on peut dire que l’augmentation massive du nombre de tests de dépistage y est pour quelque chose (on a atteint un record cette semaine avec 900 000 tests par semaine), mais cela n’explique pas la hausse quasi-exponentielle des contaminations, ce que prouve également le taux de positivité qui, lui, aurait dû baisser à mesure qu’on augmentait le nombre de tests, et au contraire, celui-ci monte, il serait de l’ordre de 3,3% (nombre de personnes contaminées sur nombre de personnes dépistées).

Soyons clairs, comme le disent la plupart des médecins, la situation n’est pas catastrophique et on est loin de la situation du mois de mars 2020, mais elle reste cependant préoccupante car ce qui compte, évidemment, c’est le nombre de nouvelles hospitalisations et le nombre de décès. Or, depuis une quinzaine de jours, le nombre d’admissions en réanimation repart légèrement à la hausse, tandis que le nombre de décès reste stable (de l’ordre de 10 à 20 par jour avec quelques variations plus administratives que statistiques). Il faut compter deux à trois semaines pour avoir une réaction entre nombre de contaminations et admissions en réanimation, et encore un peu plus pour les décès, en sachant d’ailleurs que, heureusement, on sait mieux soigner les formes sévères (le taux de létalité chez les "malades sévères" a diminué par rapport à mars-avril).

On explique que la faible conséquence d’une augmentation des cas depuis le début de l’été sur le nombre de décès provient de la sociologie des personnes infectées, à savoir des personnes plus jeunes (les plus fragiles se protègent et font plus attention), ce qui peut se comprendre. Certains évoquent une mutation du coronavirus mais l’histoire n’est pas très claire, elle n’est pas claire déjà dans les comparaisons du taux de létalité entre les différents pays du monde, et les deux hypothèses (âge moyen des personnes touchées, mutation du virus) sont encore juste imaginées, peu prouvées et les deux peuvent intervenir en même temps. Néanmoins, l’augmentation du nombre d’admissions en réanimation devrait nous alerter : cette tendance est nouvelle. En une semaine, au début mars, les services de réanimation étaient passés de un ou deux cas à la saturation complète. Le caractère exponentiel fait que la remontée peut être très rapide et quand on le saura, ce sera trop tard.

Personne n’est madame Soleil mais tout le monde admet qu’un gouvernement doit se préparer au pire (ce qu’avait fait Roselyne Bachelot en son temps). Sinon, on le lui reprochera, c’est ce qu’on a reproché aux pouvoirs publics à la fin de l’hiver quand le covid-19 est apparu soudainement : ne pas nous être préparé au pire. Et le pire, c’est d’imaginer que la rentrée 2020 ne peut que faire empirer la situation sanitaire : les "jeunes", plus insouciants que les autres (ce qui est normal et gage de vitalité !), vont "partager" avec les moins jeunes, à leur lieu de travail, à leur lieu d’études, dans leur famille, et le risque est qu’au milieu du mois de septembre, des personnes beaucoup plus fragiles soient à leur tour contaminées et là, les sinistres courbes des décès remonteront inexorablement. Sans compter que l’arrivée de la (vraie) grippe, du rhume et d’autres virus saisonniers va particulièrement accroître les difficultés pour les médecins et encombrer les services d’urgences (faut-il rappeler que cette année, la vaccination contre la grippe aurait un double intérêt ?).

Cela, c’est l’hypothèse la pire. Car il y a une autre hypothèse, comme celle que le virus finalement, comme en mai, va perdre en virulence et que le plus dur est passé. Cette hypothèse n’est pas nulle, mais aucun fait n’indique qu’elle est la bonne. Les pouvoirs publics ne peuvent donc pas se permettre de rester sur un hypothétique optimisme malgré leur volonté de faire redémarrer l’économie.

Mais si c’est l’hypothèse du pire qui l’emporte, qu’adviendra-t-il ? Une nouvelle catastrophe sanitaire ? C’est clair qu’un reconfinement généralisé ferait encore plus de dégâts qu’en mars. Parce que celles des entreprises qui ont survécu difficilement au premier seraient achevées au second. Oui, le confinement est une atteinte aux libertés publiques. Non, l’obligation du port du masque n’est pas une atteinte aux libertés publiques, justement, c’est même la mesure qui éviterait un nouveau confinement, c’est donc la mesure de sauvegarde pour préserver nos libertés publiques. Il y a d’ailleurs une extraordinaire contradiction à critiquer le gouvernement de ne pas avoir su disposer des milliards de masques nécessaires en mars et, aujourd’hui qu’on les dispose, de refuser de s’en servir. À moins qu’il faille surtout critiquer pour critiquer. La vie des personnes vaut pourtant beaucoup plus qu’une posture politicienne.

Le problème avec la fin du confinement, et ses bons résultats sur le front sanitaire de la fin du printemps, c’est que beaucoup ont cru que le virus était parti ou que l’épidémie était derrière nous, ce qui était une erreur. Le virus circule toujours, malheureusement. Même la couleur verte des départements (il aurait fallu une autre couleur), cela ne signifie pas que le virus ne circule pas, mais qu’il circule peu (et petit à petit, tous les départements se mettent au rouge, ils sont déjà vingt et un). Depuis le milieu de l’été, la réglementation a donc durci. Il y a la nécessité d’une prise de conscience que rien n’est fini et que le pire peut encore être devant nous, hélas. Ce mardi 1er septembre 2020, jour de la rentrée scolaire, le port du masque est également obligatoire dans les entreprises, sauf dans un bureau individuel.

Les médecins confirment tous que le port du masque dans les milieux clos est très efficace. En fait, aucun foyer de contamination ne s’est créé au sein de collectivité portant le masque à l’intérieur, y compris dans des endroits à risques (comme les hôpitaux), si ces masques sont effectivement bien portés (il y aurait eu quelques relâchements même au sein de certaines hôpitaux), avec une exception, un call center (un centre d’appels) dont les employés portaient pourtant le masque, mais apparemment mal aéré et la contamination a eu lieu lors de la pause déjeuner avec (évidemment) retrait des masques et l’air chargé a contaminé les employés car pas il n’a pas été évacué assez rapidement.

A contrario, aucun foyer de contamination n’a eu lieu à l’extérieur, même sans masque : ni lors de la fête de la musique, ni sur les plages, ni au Puy-du-Fou (il me semble cependant que les 9 000 spectateurs étaient masqués)… Alors l’idée, très récente, d’obliger le port du masque à l’extérieur, dans les grandes agglomérations peut paraître stupide. En tout cas inutile sur le plan strictement sanitaire. Sur le plan politique, on peut comprendre pourquoi les maires et les préfets prennent ces mesures, histoire de montrer qu’ils agissent pour combattre l’épidémie et qu’on ne leur critique pas, plus tard, d’avoir été trop laxistes. Qui le leur reprochera vu ce qu’on voit pleuvoir comme critiques dès maintenant ?

Sur le grand public, il peut aussi y avoir un effet, la confirmation que non, l’épidémie n’est pas terminée et qu’il faut continuer à faire attention. Je ne sais pas si, sur ce plan purement psychologique, cela peut avoir un effet, mais je ne vois pas d’autre raison à ce genre de décision.

Et il y aurait aussi un autre moyen de renforcer cette attention : l’exemplarité. Or, ce qu’on voit sur les plateaux de télévision, ce sont des personnes très respectables qui dissertent …sans masque. Je comprends très bien que le plateau est très spacieux, un système d’aération très performant nettoie l’atmosphère, et que parler dans un masque n’est pas très évident, mais l’idée que cela donne aux téléspectateurs, c’est d’une nécessité très théorique du port du masque.

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Inutile de dire que l’exemplarité a son efficacité. Quand le Premier Ministre d’alors, Édouard Philippe, s’est exprimé dans l’hémicycle du Palais-Bourbon avec un masque le 23 juin 2020 pour répondre à une question, il a eu son petit effet. D’une part, on entendait aussi bien que s’il ne portait pas de masque, et il montrait que l’un des principaux personnages de l’État se soumettait aussi aux règles de déconfinement dans les entreprises (à partir du 22 juin). Tous ses ministres ont fait de même dans la semaine qui a suivi. Et ceux qui ont pu voir les réunions des commissions à l’Assemblée Nationale, auditions, discussions de textes, etc., tous les orateurs portaient le masque.

Cette exemplarité n’a pas semblé pourtant perdurer avec le nouveau gouvernement. Si effectivement, en juillet, les députés et les membres du gouvernement étaient présents dans l’hémicycle avec un masque, les orateurs ôtaient leur masque avant de s’exprimer (parfois, en le manipulant mal).

Dans les médias, l’exemplarité est mitigée. Avec le masque obligatoire dans la rue, les "envoyés spéciaux" sont obligés de faire leur reportage avec un masque (mais pas toujours). Dans le "Festival des festivals", diffusé en direct sur France 2 et France Inter, le soir du 27 août 2020, au parc de Saint-Cloud, l’animateur vedette Nagui se montrait ostensiblement sans masque et quand il allait voir le public, tous les participants étaient masqués sauf lui, qui se tenait pourtant très proche d’eux, il y avait un côté incompréhensible et assez méprisant (le masque, c’est bon pour le peuple, pas pour moi).

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En fait, c’est assez ordinaire de retrouver des réticences, si ce n’est des "résistances" dans le port du masque pour raison sanitaire. Le masque, ce n’est pas agréable à porter, ce n’est pas agréable à voir (un visage caché, l’absence de sourire, etc.). Pourtant, dans beaucoup de pays asiatiques, les gens ont pris l’habitude de porter le masque, soit à cause d’un risque d’épidémie, soit à cause de la pollution. Pourquoi ne serions-nous pas capables d’adopter les bonnes pratiques, temporairement ?

Ce qui est invariant, c’est qu’en France, on s’en prenne au gouvernement, au Président Emmanuel Macron, mais dans chaque autre pays (hors Asie), les citoyens s’en prennent aux dirigeants de leur propre pays. Il y a un côté surréaliste de ne pas vouloir comprendre que le problème n’a rien de national, n’a rien de politique, mais qu’il est sanitaire.

Mais dans d’autres contextes très différents, ce n’est pas nouveau non plus. J’ai eu l’occasion, dans une vie antérieure, de superviser quelques "fondeurs", c’est-à-dire, de personnes qui produisaient des échantillons de verre, avec une composition que je leur donnais à l’avance. Comme certains des composants étaient hautement toxiques (pas seulement cancérogènes, mais aussi mutagènes), je leur imposais de porter le masque (pas chirurgical, un spécialement pour cette utilisation) pour qu’ils soient protégés. Il se trouvait que certains travaillaient de nuit et je n’étais pas en situation de vérifier systématiquement qu’ils portaient effectivement le masque. L’un d’eux, assez ancien, me disait qu’il n’avait pas peur et qu’il avait déjà connu des situations plus dangereuses. J’avais établi un protocole sanitaire pour surveiller tout risque d’intoxication.

C’est le côté foi en son invincibilité qui peut induire en erreur : en avoir vu d’autres. Mais le virus, il s’en moque, il circule. Dans un microtrottoir (sur la nouvelle mesure à Paris), le 28 août 2020, une personne déjà d’un certain âge (donc plutôt à risques) expliquait qu’il n’avait pas besoin de masque, qu’il avait fait la guerre d’Algérie et qu’il n’avait peur de rien. Ben si, parfois, il vaut mieux avoir peur : la peur de se retrouver au service de réanimation, par exemple, surtout quand on est une personne "à risques".

Du reste, encore un qui n’a rien compris à ce qu’on explique depuis six mois : le masque ne sert pas à se protéger mais à protéger les autres, c’est pour cela qu’il faut que tout le monde le porte. Ce n’est pas une question de liberté individuelle mais une question de solidarité collective : la liberté individuelle d’une personne admise en réanimation est beaucoup plus limitée que celle d’une personne portant simplement un masque et pouvant vivre normalement.

L’entreprise est directement responsable de la santé de ses employés, mais si un employé refuse de se protéger et, surtout, de protéger les autres, faut-il le licencier ? appeler la police ? Le problème va se poser pour toutes les entreprises à partir du 1er septembre : s’il y en a qui refusent de porter le masque, surtout s’il est dans le management intermédiaire, que faudra-t-il faire ? Le licencier pour faute ? Et comment gérer les autres employés dont la peur pourrait alors augmenter et qui pourraient exercer leur droit de retrait ?

Droit de retrait (citation du site du gouvernement) : « Il n’incombe pas à l’employeur de garantir l’absence de toute exposition des salariés à des risques mais de les éviter le plus possible et s’ils ne peuvent être évités, de les évaluer régulièrement en fonction notamment des recommandations du gouvernement, afin de prendre ensuite toutes les mesures utiles pour protéger les travailleurs exposés. » (publié le 17 avril 2020).

On peut se rassurer sur les comportements d’aujourd’hui en France, qui sont les mêmes que dans d’autres pays (aux États-Unis, en Allemagne, par exemple)… et aussi, les mêmes qu’à d’autres époques, et en particulier, celle, terrible, de la fameuse "grippe espagnole" (très mal nommée) qui a commencé à sévir aux États-Unis en septembre 1918. Très rapidement l’épidémie a pris de l’ampleur avant de s’exporter en Europe et dans le monde, et beaucoup de villes ont réagi en imposant des mesures sanitaires.

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Ainsi, la ville de Seattle interdisait l’accès aux tramways de passagers qui ne portaient pas de masque, et cela a duré plus d’une année ainsi. Cette ville a eu beaucoup moins de décès que la moyenne. Au contraire, la ville de San Francisco a vu fleurir une association contre le port du masque (Anti-Mask League of San Francisco) créée le 25 janvier 1919 qui, au moyen de nombreuses pressions (réunions, journaux, pétitions) a conduit la ville à lever l’obligation du port du masque le 1er février 1919, en pleine seconde vague, ce qui a renforcé l’hécatombe.

Tous les gouvernements de tous les pays du monde sont toujours dans un équilibre instable, entre l’impératif sanitaire qui est hautement humaniste (j’insiste sur le mot), à savoir protéger la santé et la vie de leurs concitoyens, et l’impératif économique et social qui est de préserver les emplois et limiter la précarité des plus fragiles. Mais aussi un équilibre fragile dans les "opinions publiques" entre ceux qui ont peur du virus et trouvent que leur gouvernement n’en fait pas assez pour les protéger et ceux qui ont peur de perdre leur liberté et trouvent que leur gouvernement en fait trop.

Au-delà de l’inconfort de certains (pour le port du masque), il y en a d’autres qui dévoilent des valeurs qui n’ont plus rien d’humanistes : par exemple, que 30 000 morts ne vaudraient pas la peine de faire un confinement et mettre à zéro toute l’économie d’un pays. D’une part, les 30 000 personnes décédées et leurs proches les remercient de cette grande marque d’attention de leur part. D’autre part, ce n’est pas 30 000 morts, c’est bien plus, les 30 000 morts, c’était avec le confinement, et sans confinement, ce serait bien plus (certains chercheurs l’ont évalué, et il suffit aussi de voir les pays qui ont refusé un confinement rapide). Enfin, les pays asiatiques, ceux qui ont le mieux réussi à faire obstacle au virus, ils ont appliqué le confinement d’une manière encore plus strict qu’en France.

Je laisse le mot de la fin au docteur Philippe Klein, interrogé par LCI le soir du 28 août 2020. Il est directeur d’une clinique internationale à Wuhan, en Chine, et il se trouve que la ville a réussi à éteindre l’incendie viral puisqu’il n’y a plus eu de nouvelles contaminations depuis plusieurs semaines.

Le médecin, qui a vécu toute l’histoire depuis le début puisque Wuhan fut le premier foyer de contamination, a expliqué qu’heureusement que le taux de létalité était de l’ordre de 0,5%, car malgré les retours d’épidémie, les dégâts humains, certes graves et importants, resteront quand même limités (même si évitables avec les gestes barrières dont port du masque). Mais si jamais on était confronté à un virus d’une virulence si forte que le taux de létalité soit de l’ordre de 10% à 30% (comme la "grippe espagnole"), alors, seule la Chine aurait réussi son examen de passage pour maîtriser l’épidémie. Les autres pays, peut-être trop démocratiques ? (ma question est évidemment provocatrice), seraient alors dans une situation aussi terrible qu’en fin guerre. C’est-à-dire, humainement ravagée.

Heureusement, une large majorité des Français a conscience de la gravité de la situation. À ceux qui ne l’ont pas, je leur souhaite de ne jamais être confrontés un jour, ni personnellement ni par l’intermédiaire d’un proche, à une forme grave de la maladie qui n’est pas, je le répète, et de loin, une "grippette"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ne nous masquons pas la réalité !
Les vrais émotifs du coronavirus.
À propos de l’obligation du port du masque.
Covid-19 : seconde vague ? La prudence s’impose …par le masque.
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
La Charte de déontologie des métiers de la recherche (à télécharger).
Hydroxychloroquine : l’affaire est entendue…
Madagascar : la potion amère du docteur Andry Rajoelina contre le covid-19.
Rapport de Jean Castex sur le plan de déconfinement le 6 mai 2020 (à télécharger).
Protection rapprochée.
Discours de Claude Malhuret le 4 mai 2020 au Sénat (texte intégral).
Covid-19 : les trois inepties du docteur Claude Malhuret.
11 mai 2020 : Stop au covid-19 ! (et traçage ?).
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le jeudi 7 mai 2020 à Matignon sur le déconfinement (texte intégral).
Professeur mégalo (vidéo).
Covid-19 : où est l’Europe de la Santé ?
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Unitaid.
Déconfinement : les départements verts et les départements rouges, la confusion des médias…
Didier Raoult, médecin ou gourou ?
Le déconfinement selon Édouard Philippe.
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200828-coronavirus-covid-masque.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/ne-nous-masquons-pas-la-realite-226746

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/08/29/38504548.html





 

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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 03:30

« Le port du masque constitue, avec le respect des gestes dits barrières, une mesure de prévention et de protection efficace. J’ai donc proposé de rendre son port obligatoire dans tous les lieux publics clos, en particulier les commerces. Cela nécessite un décret. Pour ce qui est des locaux professionnels, cela suppose une évolution des protocoles sanitaires. Nous envisagions une entrée en vigueur au 1er août, car nous agissons dans une logique préventive, non sous l’empire de l’urgence. Mais j’ai compris que cette échéance pouvait paraître tardive et suscitait des interrogations. Le décret entrera donc en vigueur la semaine prochaine. » (Jean Castex, le 16 juillet 2020 au Sénat).



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Tout le monde (ou presque) connaît l’histoire de Sissa, ou une variante. Un roi, en Inde, qui s’ennuyait à en mourir, a voulu qu’on lui inventât un jeu pour le divertir. Sissa lui proposa alors un jeu d’échecs. Retrouvant goût à la vie par ce jeu, le roi, pour le récompenser, a annoncé à Sissa qu’il lui donnerait ce qu’il voudrait. Après quelques secondes de réflexion, Sissa, aussi sage que bon mathématicien, lui demanda alors seulement des grains de riz, ceux qui se trouveraient sur l’échiquier, avec la méthode suivante : un sur la première case, deux à la deuxième case, quatre à la troisième, huit, et ainsi de suite, chaque fois doublé. Le roi fut surpris par la grande modestie de Sissa et accepta… sans se rendre compte qu’il ne pourrait jamais honorer son engagement. En effet, avec la méthode préconisée, il fallait lui donner plus de 18 milliards de milliards de grains de riz, soit près de 300 milliards de tonnes de blé (2 000 fois la production annuelle mondiale !).

Pourquoi cette petite histoire ? Parce que l’exponentielle est une méchante fonction mathématique qui combat le bon sens et l’intuition. Dès qu’on met à une puissance positive un nombre supérieur à un, on obtient rapidement un nombre gigantesque. Or, une épidémie suit toujours une loi exponentielle : la puissance, c’est le nombre de relations entre les personnes ou plus simplement, le temps, et le nombre à mettre sous la puissance, c’est le fameux R0, ce nombre qui permet de voir si une épidémie progresse ou au contraire, s’épuise. Lorsque le R0 est supérieur à 1, cela signifie qu’au cours du temps, le nombre de personnes contaminées augmente, et ce nombre augmente toujours de façon exponentielle. C’est pour cela qu’en février 2020, on ne pouvait pas imaginer les dizaines de milliers de morts des mois suivants. Les Chinois, par exemple, ont bien appris de cette méchante loi exponentielle appliquée aux épidémies, pour quelques centaines de cas dépistés, ils ont par exemple reconfiné la ville de Pékin. C’est plus facile d’arrêter une épidémie ou un rebond à son départ, qu’après, car après, c’est trop tard.

Or, la France de la mi-juillet 2020 s’est réveillée ainsi, avec de nombreuses régions où le R0 a franchi le seuil de 1, un seuil d’alerte. Les régions touchées sont surtout celles des villégiatures estivales, ce qui n’est pas étonnant. C’est seulement l’augmentation mécanique du nombre de relations interpersonnelles qui a fait ainsi rebondir l’épidémie en France comme dans d’autres pays européens. La situation est encore sous contrôle dans les hôpitaux, mais ne rien faire équivaut à répéter le macabre scénario de la mi-mars 2020. Il fallait donc agir, ou plutôt, réagir.

Depuis le lundi 20 juillet 2020, le port du masque est devenu obligatoire dans les lieux clos recevant du public. Coïncidence, je me suis rendu ce jour-là à Argenteuil, la quatrième commune la plus peuplée de la région parisienne, connue notamment (pas seulement, heureusement !) pour quelques incivilités dans la circulation automobile (où certains panneaux demeurent des indications inconnues pour certains)… et à ma grande surprise, j’ai vu une très grande majorité de piétons porter le masque, même dans la rue, entre deux boutiques, et même, porter "bien" le masque, c‘est-à-dire recouvrant à la fois le nez et la bouche, même des enfants très jeunes le portaient. Cette observation peut évidemment se faire dans la plupart des villes de France.

Ce n’est pas une surprise : en France, la recommandation ne vaut rien et l’obligation est très efficace. C’est dommage mais comme cela que cela fonctionne. Il fallait cette obligation parce que les commerçants, qui avaient le droit, depuis le début du déconfinement le 11 mai 2020, d’interdire l’entrée de leurs clients non masqués, n’étaient pas des policiers et pouvaient se retrouver avec des difficultés récurrentes et ce dilemme : le chiffre d’affaires ou la sécurité sanitaire ?

En rendant obligatoire le port du masque, le gouvernement a fait de l’État le régulateur neutre des comportements, et les commerçants ne sont plus, ainsi, les rabat-joie ou les "flics" de service. Cela résout le problème d’autorité des commerçants (au même titre qu’après quinze ans de polémiques, la loi contre le port du voile à l’école, en 2005, a retiré du pied une épine aux directeurs des établissements scolaires qui devaient négocier avec les élèves chaque qu’un cas se présentait : la loi étant la même pour tous, il n’y avait plus à discuter et le problème a été réglé).

La différence entre recommandation et obligation est ténue : elle se limite au fait que si l’on ne suit pas la recommandation, on peut se faire verbaliser par la maréchaussée, à savoir, une amende de 135 euros. Comme à l’époque du confinement, insistons sur le fait que les amendes en France sont "faibles" par rapport à la plupart des pays étrangers, nos voisins, par exemple, en Italie du Sud, l’amende pour non port du masque est de 1 000 euros. Le bâton est souvent très efficace. C’est la différence entre le management participatif (le boss cherche à convaincre) et le management directif (c’est comme ça et c’est tout !).

Répétons aussi l’utilité du masque jetable ou lavable : il ne sert pas à se protéger, car il n’empêche pas la contamination au coronavirus du porteur de masque (seuls, les FFP2 peuvent protéger leur porteur), il sert surtout à éviter (à 98%, plus ou moins, selon la qualité du masque) de contaminer les autres, et cela parce qu’on peut être porteur asymptomatique et donc, ne pas savoir qu’on peut contaminer les autres (sans masque). Donc, on comprend très bien que porter le masque n’a de sens que si tout le monde porte le masque, pour protéger les autres. Un seul n’a pas de masque et l’épidémie peut continuer à se propager.

D’où l’importance d’une obligation et pas seulement d’une volonté individuelle qui, ici, entraîne des conséquences collectives parfois dramatiques. Chez les individualistes, il est difficile de penser que l’intérêt d’un groupe nécessite des contraintes à la liberté individuelle. C’est valable aussi pour le code de la route, on ne roule jamais seul et rouler au-delà de la vitesse maximale autorisée, par exemple, n’est pas seulement la pratique d’une liberté individuelle, cela impacte sur les autres, tant individuellement (les morts et les blessés sur la route qui n’ont eu aucune responsabilité dans l’accident) que collectivement (coût de la sécurité sociale, des assurances, des équipements routiers, des réparations automobiles, etc.).

Avant de rappeler pourquoi cette mesure et pourquoi si tardivement, évoquons rapidement deux sujets.

Le premier est une forme de pirouette dans un pays dont la propension aux passions est assez élevée. Pour empêcher une certaine "islamisation des rues françaises" ou, si l’on prend le phénomène par un autre bout, pour "protéger les femmes dans leur intégrité vestimentaire", les parlementaires ont légiféré il y a dix ans pour interdire le port de la burqa dans les espaces publics. Évidemment, la motivation officielle n’a pas pu être formulée de manière si crue, si bien qu’il a fallu trouver des termes législatifs pour ne pas stigmatiser une religion.

En effet, la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 "interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public" a su trouver les termes neutres pour empêcher le port de la burqa : la dissimulation du visage. Et il faut vraiment ne pas avoir l’esprit perspicace pour ne pas penser aujourd’hui au port obligatoire du masque.

Heureusement, le législateur est sage et astucieux, et a pensé à (quasiment) tous les cas de figure. La loi n’interdisait déjà pas le port du casque de moto ou mobylette qui dissimule aussi le visage, ni non plus le port de masque de carnaval quand il s’agit d’une fête de même nom (j’imagine qu’à Halloween aussi, on a le droit de se déguiser en grosse citrouille !).

En effet, si l’article 1er est très court et très clair : « Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. », il est suivi d’autres articles pour en limiter la portée. Mais déjà dans la formulation même (très judicieuse) de cette phrase, il y a beaucoup de finesse : "une tenue destinée à dissimuler le visage" n’est pas "une tenue dissimulant le visage", et le masque chirurgical peut donc déjà être autorisé puisqu’il ne vise pas à dissimuler le visage mais à protéger les autres de la pandémie de covid-19.

Dès le second alinéa de l’article 2 de la loi du 11 octobre 2010 (dans le premier aliéna, on définit ce qu’est un "espace public"), le cas d’une pandémie est imaginé : « L’interdiction prévu à l’article 1er ne s’applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels, ou si elle s’inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles. ». On sent que le législateur a tenu à imaginer tous les cas, le masque à souder en pleine rue, le masque des escrimeurs dans une compétition publique, le carnaval, etc.

Du reste, aujourd’hui, c’est moins coûteux de porter la burqa qui est interdite que de ne pas porter un masque là où c’est obligatoire, vu que l’amende prévue est seulement celle d’une contravention de deuxième classe (au lieu de quatrième classe). Mais il faut donc bien insister sur le fait qu’il n’y a aucune incohérence, ni incompatibilité ni opposition entre la mesure du port du masque obligatoire et cette loi de 2010 contre la dissimulation du visage dans l’espace public.

Le second point que je veux évoquer sera probablement ce que les commissions d’enquête parlementaires sur la gestion de la crise du covid-19 ont pris comme principale question : pourquoi la "doctrine" sur les masques a-t-elle été si changeante, si confuse, si contradictoire dans leur apparence ? En effet, au début de la crise sanitaire, les autorités publiques expliquaient que le grand public n’avait pas à porter le masque, et même, que c’était presque de l’incivisme car il fallait les réserver aux personnels soignants, aux malades et  tous ceux qui devaient travailler dans un contexte à risque (livreurs, etc.).

D’un côté, les autorités encore aujourd’hui se retranchent derrière les consignes de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), martèlent qu’à l’époque, on disait que cela ne servait à rien (malgré l’expérience des pays asiatiques avec le SARS). De l’autre côté, beaucoup de personnes, j’ai été tenté d’en faire partie, imaginaient que le gouvernement avait adapté la "doctrine" au champ du possible, et à cause de la pénurie de masques, le gouvernement aurait donc dit que ce n’était pas nécessaire.

C’est Claude Weill, éditorialiste de "Nice-Matin" qui m’a convaincu qu’il fallait voir le problème à l’envers. Il pense que c’est parce que c’est au contraire la doxa française qui voulait que le masque était inutile pour le grand public qui a entraîné cette pénurie de masques, parce que l’État n’a pris en compte que les personnels soignants et les malades et pas toute la population dans ses stockages, commandes, etc. On laissera les commissions d’enquête parlementaires conclure à ce sujet qui est aussi délicat qu’épineux, mais cette hypothèse paraît la plus vraisemblable.

L’un des signes de cette doxa française, c’est que pendant plusieurs semaines, elle n’a pas été défendue seulement par le gouvernement, mais aussi, indépendamment, par de nombreux médecins chefs de service qui sont rarement des personnes qui cèdent facilement aux influences de l’État (au même titre que les mandarins d’autres corps de métier, journalistes, enseignants, etc.), l’indépendance intellectuelle de cette profession n’est pas discutable. Et si elle a été ainsi défendue par eux, c’est parce qu’ils n’ont jamais appris que cela. En d’autres termes, en mars, le gouvernement ne leur a pas dit : "dites que cela ne sert à rien car sinon, il n’y en aurait pas assez" (avec le nombre de médecins, on l’aurait su), mais c’est plutôt eux qui auraient dit au gouvernement cette doxa car ils l’avaient toujours appris comme cela.

Pour autant, je ne vois pas une contradiction entre l’absence d’obligation de port du masque en période de confinement (en pleine épidémie) et cette obligation en période de déconfinement : au contraire, le risque de circulation du virus est bien plus élevé en période de déconfinement que de confinement, le masque se justifie donc beaucoup plus car les occasions de contamination sont nettement plus nombreuses.

Venons-en maintenant au sujet du port du masque. Pourquoi si tardivement ? C’est probablement l’erreur du gouvernement. Cette erreur est probablement excusable car le gouvernement, et l’opposition, quelle qu’elle soit, aurait été au pouvoir que cela aurait été la même chose, est toujours sur une ligne de crête entre les priorités sanitaires (sauvegarder la vie de toute la population) et les priorités économiques et sociales (sauvegarder l’activité économique, et donc, l’emploi de toute la population active). Il aurait sûrement fallu mettre l’obligation en même temps que la dernière phase du déconfinement le 22 juin 2020. Le gouvernement a préféré réagir à agir, c’était peut-être mieux pour l’acceptabilité de la mesure : ne réagir que si nécessaire. Après tout, la date même du déconfinement, le 11 mai 2020, a paru (m’a paru) beaucoup trop tôt mais Emmanuel Macron a eu raison de prendre ce risque, il fallait bien un jour commencer à déconfiner et le plus tôt était le mieux dès lors que les services de réanimation dans les hôpitaux n’étaient plus saturés.

Or, il y a de nombreux signes qui montrent que la pandémie est loin d’être terminée.

Le premier signe est extérieur à la France, jamais elle n’a été aussi vive que maintenant. Ce mercredi 29 juillet 2020, il y a eu près de 300 000 cas nouveaux de personnes contaminées dans le monde (en tout, plus de 17 millions de cas), et plus de 7 000 décès dus au covid-19, 7 000 en un seul jour ! faisant monter le nombre de décès ce même jour à 670 000. Le million s’approche et sera forcément atteint, surtout que ces statistiques nationales sous-estiment généralement les dégâts humains (par exemple, en Espagne, certains "experts" tablent plus sur 45 000 décès que sur 28 000).

Aux États-Unis, la situation est tellement désastreuse que le Président Donald Trump a enfin mis son masque et le montre pour donner l’exemple. Il était temps ! Ce 29 juillet 2020, les États-Unis ont franchi le seuil des 150 000 décès, 154 000 exactement, dépassant désormais la France si l’on rapporte ce nombre au nombre d’habitants (465 décès par million d’habitants). En une seule journée, les États-Unis ont enregistré 67 000 nouveaux cas de contamination et environ 1 500 décès. Le Brésil est à peu près dans la même situation, près de 1 600 décès pour la seule journée du 29 juillet 2020 et 71 000 nouveaux cas de contamination, dépassant les 90 000 décès. L’Inde aussi est en situation très tendue, avec plus de 35 000 décès, près de 800 de plus en une journée et plus de 52 000 cas en une journée.

En France comme dans beaucoup de pays européens, probablement en raison des transhumances estivales, de nombreux foyers (plusieurs centaines) de contamination ont été détectés, parfois plusieurs centaines de cas, parfois plus encore. Le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a d’ailleurs recommandé les Français, le 29 juillet 2020, de porter le masque aussi à l’extérieur si on doit traverser des zones avec beaucoup de monde, recommandation qui se transforme déjà en obligation pour le mois d’août dans le centre-ville de nombreuses villes de vacances (comme Saint-Malo). De son côté, le Premier Ministre Jean Castex a été sans doute maladroit lorsqu’il a voulu signer une convention et qu’on lui a dit de mettre un masque, il a répondu : pas de problème, je suis "pro-masque", ce qui ne signifie pas grand-chose (comme si le masque était une affaire d’idéologie), tout en le mettant …mal (en touchant avec ses mains l’ensemble du masque).

Comment expliquer autrement que par une opposition systématique ceux qui, aujourd’hui, râlent contre l’obligation du port du masque dans les lieux clos et qui, il y a quatre mois, râlaient pour la raison contraire, parce qu’on ne mettait pas assez de masques ? Tous les arguments sont bons pour s’opposer. Certes, il y a eu des carences (un désert industriel par exemple), des hésitations et des contradictions (plus le faits des "experts" médicaux que des politiques), mais il faut vraiment se rappeler que le virus était inconnu en décembre 2019 et que la réactivité a été finalement assez élevée en France si l’on compare avec des puissances comme le Royaume-Uni et les États-Unis.

Le pire est qu’aucun pays n’est épargné par cette pandémie, et ceux qui fanfaronnaient en se comparant aux premiers touchés (la France par rapport à l’Italie, les États-Unis par rapport à l’Europe, la Russie par rapport à l’Europe et aux États-Unis, etc.) se rendent compte aujourd’hui qu’ils doivent faire face, eux aussi, à cette crise sanitaire, et souvent dans des conditions moins bonnes. Même Madagascar, dont le Président se vantait de n’avoir aucun décès dû au covid-19 il y a deux mois et demi (et prônant une tisane miracle aussi efficace que l’hydroxychloroquine), vient de dépasser 10 000 personnes contaminées (10 748 cas au 30 juillet 2020) et a franchi le cap des 100 décès (105 au 30 juillet 2020), une augmentation répondant à l’insupportable loi exponentielle.

Mais revenons aux masques et terminons par deux réflexions rapides.

La première sur la gratuité du masque. Olivier Véran a annoncé que, dans les deux semaines, des masques gratuits seront distribués à 8 millions de foyers considérés comme les plus précaires. C’est mieux que rien mais on peut se poser la question du délai (pendant deux semaines, plus, puisque l’obligation a commencé le 20 juillet, ces familles ne devaient-elles donc pas se masquer ?), plus généralement du retard de réflexion sur la gratuité, pourquoi ne pas y avoir pensé en même temps que l’obligation (dont on a dû accélérer la préparation) ?

Et surtout, pourquoi pas la gratuité pour tout le monde, remboursé par la Sécurité sociale au même titre que les tests de dépistage (là aussi, cette gratuité a eu beaucoup de retard), puisqu’il s’agit de mesure de santé publique ? Pour les masques, j’ai lu dans un média que le coût, pour l’État, de la gratuité des masques pour tous serait de 300 millions d’euros. Je ne sais pas si cette estimation est pertinente ou pas, mais si elle l’est, voire si c’est le double, ce n’est rien par rapport aux 420 milliards d’euros que l’État va consacrer à l’accompagnement social et économique de la récession. La gratuité pour tous, si elle peut poser un problème d’équité (les plus riches n’ont pas besoin de cette aide, mais on pourrait aussi le dire pour le remboursement du paracétamol, des vaccins, etc.), ne pose pas de problème financier à l’État qui, chaque jour, jongle avec les milliards d’euros. À moins que ce ne soit qu’un simple problème de logistique : comment distribuer les masques gratuits ?…

Pour avoir une petite réponse, rappelons ce qu’avait déclaré Olivier Véran le 21 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale : « L’État a très tôt fait distribuer gratuitement cinq millions de masques par semaine via les centres communaux d’action sociale et les communes et il va reprendre cette distribution de masques gratuits pour le public précaire, notamment pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire. Par ailleurs, les deux millions de Français présentant une fragilité peuvent obtenir le remboursement des masques chirurgicaux achetés sur prescription en pharmacie. Les masques, nous les avons en quantité, et nous invitons les Français à les porter massivement. ». Il faut noter qu’en proposant des masques gratuits aux personnes fragiles, le ministre laisse donc entendre que les masques chirurgicaux les protégeraient, ce qui est faux, ils protègent leur entourage, ce serait donc plutôt à ceux qui côtoient les personnes fragiles que la gratuité devrait s’appliquer.

La dernière réflexion que je propose ici est cette idée que les jeunes ne se sentent pas concernés par la crise du covid-19 car généralement, ils ne développent pas de forme sévère, d’où leur imprudence, leur insouciance, leur "indiscipline". Bon, la première chose à ne pas faire, c’est d’avoir avec eux un discours moralisateur : "ce n’est pas bien de s’embrasser entre copains et copines dans une fête nombreuse la nuit". C’est un discours typiquement "adulte" qui ne peut avoir que l’effet inverse et renforcer le sentiment que décidément, les "vieux", ce n’est pas le même monde que les "jeunes".

Alors, certes, on peut tenter l’approche pédagogique : même si les jeunes ne risquent rien, en se contaminant (il semblerait qu’aux États-Unis, il y a même chez certains jeunes des "soirées covid" pour tenter de choper le coronavirus !), ils ne risquent peut-être pas grand-chose pour eux (même si régulièrement, on apprend que des adolescents et même des enfants en meurent, c’est quand même ultrarare), mais ils font circuler le virus qui peut atteindre ainsi leurs parents et grands-parents qui, eux, peuvent en mourir. Ce n’est pas l’égoïsme mais plutôt l’égocentrisme, ce n’est pas le manque de solidarité mais plutôt le manque d’imagination qui conduit les jeunes à l’insouciance, avec ce qu’il ne faut cesser de répéter : le masque ne protège pas son porteur mais ceux qui sont autour de lui.

Que vaut l’approche pédagogique face à trois bières voire plus ? J’exagère, et pourtant, il y aurait un argument beaucoup plus porteur, à mon avis : plus les comportements sont insouciants, plus le risque d’un nouveau confinement comme au printemps est élevé. Or, qui sont les principales victimes du confinement ? Pas les retraités, mais les jeunes, justement. Le coronavirus, c’est une partie perdant perdant : les plus âgés parce qu’ils risquent d’y perdre la vie, les plus jeunes, parce qu’ils risquent le chômage et la précarité. Cela signifie qu’il y a pas de fossé entre les générations dans cet enjeu, tout le monde est dans la même galère et c’est pour cette raison que les comportements covid (gestes barrières, masque, hygiène des mains, etc.) doivent être appréhendés comme un nouvel aspect de la solidarité nationale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
À propos de l’obligation du port du masque.
Covid-19 : seconde vague ? La prudence s’impose …par le masque.
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
La Charte de déontologie des métiers de la recherche (à télécharger).
Hydroxychloroquine : l’affaire est entendue…
Madagascar : la potion amère du docteur Andry Rajoelina contre le covid-19.
Rapport de Jean Castex sur le plan de déconfinement le 6 mai 2020 (à télécharger).
Protection rapprochée.
Discours de Claude Malhuret le 4 mai 2020 au Sénat (texte intégral).
Covid-19 : les trois inepties du docteur Claude Malhuret.
11 mai 2020 : Stop au covid-19 ! (et traçage ?).
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le jeudi 7 mai 2020 à Matignon sur le déconfinement (texte intégral).
Professeur mégalo (vidéo).
Covid-19 : où est l’Europe de la Santé ?
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Unitaid.
Déconfinement : les départements verts et les départements rouges, la confusion des médias…
Didier Raoult, médecin ou gourou ?
Le déconfinement selon Édouard Philippe.
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200730-coronavirus-covid.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/a-propos-de-l-obligation-du-port-226094

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/28/38453041.html



 

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17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 03:49

« La meilleure façon de nous préparer à une reprise possible de l’épidémie est de renforcer nos actions de prévention ; cela passe nécessairement par le développement du port du masque et par une intensification de notre politique de dépistage. Nous devons par-dessus tout éviter un retour à des formes strictes et larges de confinement, dont nous connaissons désormais le coût humain et économique. » (Jean Castex, le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale).



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Il y a un côté inaudible dans la pandémie de covid-19 qui nous "submerge" actuellement. Une sorte de sidération, de refus de voir la vérité en face. Peut-être comme le refus d’accepter l'indicible, l’existence de la Shoah juste après la guerre.

Bien sûr que la pandémie est loin d’être terminée dans le monde. Ceux qui ne le comprendraient pas sont soit aveugles, soit sourds, soit les deux à la fois. Les chiffres sont hélas parlants. À ce jour, le jeudi 16 juillet 2020, en tout, il y a eu 592 000 décès dus au covid-19, valeur issue de statistiques probablement très sous-estimées dans bien des pays (quel gouvernement stupide irait se vanter d’avoir autant de décès ?). Ce nombre en lui-même ne signifie rien, car il n’est qu’une photographie à un instant t. Chaque jour, le rythme est d’environ 6 000 décès quotidiens dans le monde (5 760 le 15 juillet 2020, 5 564 le 16 juillet 2020). Il y a six mois, en mi-janvier 2020, aurait-on imaginé pareil désastre humain ? Je rappelle à toute fin utile que ces personnes décédées, elles le sont en plus de la mortalité "ordinaire". Plus d’un demi-million et l’on est loin d’être au maximum de la pandémie.

Pour le nombre de personnes qui ont été dépistées positives au coronavirus, la situation, toujours sous-estimée (il suffit de ne pas être testé pour ne pas être détecté), est de près de 14 millions, soit environ 2 pour 1 000 personnes dans la population mondiale ! Là encore, les bataillons s’élargissent puisque, rien que pour le 15 juillet 2020, il y en a eu 234 383 cas de plus, le 16 juillet 2020, 238 943 cas de plus… Parmi ces 14 millions de cas, plus de 5 millions sont encore actifs, c’est-à-dire  que 5 millions de personnes sont actuellement détectées comme étant malades du covid-19.

Déjà vingt-deux pays ont plus de décès que la Chine : l’Afrique du Sud (qui vient de "dépasser" la Chine ce 16 juillet 2020), l’Équateur, le Pakistan, la Turquie, la Suède*, la Colombie, les Pays-Bas*, le Chili, le Canada*, l’Allemagne*, la Belgique*, la Russie, le Pérou, l’Iran, l’Inde, l’Espagne*, la France*, l’Italie*, le Mexique, le Royaume-Uni, le Brésil et les États-Unis (l’astérisque signifie que l’épidémie s’est stabilisée). Et l’Égypte, l’Indonésie et l’Irak pourraient sérieusement concurrencer la Chine dans cette course macabre du nombre de décès dus au covid-19.

La situation en France a paru se stabiliser en mai 2020. "L’éruption" (ou "l’irruption") épidémique en France fut particulièrement terrible en mars et avril 2020. Heureusement, le confinement, mesure d’urgence nécessaire (on voit ce que cela a donné dans les pays qui ont refusé le confinement, comme la Suède), a permis de limiter les dégâts humains déjà gigantesques (plus de 30 000 décès, sans compter les décès à domicile).

Contrairement à ce qu’on a imaginé, la plupart des Français, malgré le côté "râleur", ont accepté les règles du confinement, dès lors qu’ils ont compris les enjeux sanitaires. Depuis le 11 mai 2020 et le début du déconfinement, il y a un peu de relâchement et c’est vrai que la période estivale a renforcé ce relâchement. Il est difficile de faire de l’entre-deux : ou c’est grave ou l’épidémie est passée. Ou vigilance extrême ou relâchement complet. Dans la tête de beaucoup de personnes, l’épidémie est passée.

C’est vrai qu’au bout de trois à quatre semaines, après le 11 mai, on a pu voir qu’il n’y avait pas de rebond. C’était étonnant mais réel. Pourtant, la situation semble avoir changé. Y a-t-il une seconde vague ? Et qu’est-ce qu’une seconde vague, d’ailleurs ?

Il faut à mon avis distinguer la seconde vague "saisonnière", celle qui pourrait revenir l’automne prochain, et la situation dans des pays comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, dans l’hémisphère sud, pourrait donner une indication intéressante, c’est en tout cas ce que proposait le professeur Didier Raoult, et en Australie, on reconfine dans la région de Melbourne.

Mais c’est encore loin, l’automne, avec le coronavirus. Ici, lorsqu’on parle de "seconde vague", ce serait plutôt un "rebond" post-confinement dès cet été. Or, apparemment, beaucoup d’urgentistes observent des signaux alarmants, pour l’instant des signaux faibles mais néanmoins notables. Certains vont jusqu’à dire que nous serions dans la même situation qu’en février 2020, quand tout couvait avant l’explosion le mois suivant. Alors qu’il n’y avait plus d’arrivée à l’hôpital en juin, il y a, maintenant, de nouveau quelques hospitalisations chaque jour.

La grande différence entre février et juillet, en France, c’est qu’on est prêt, à savoir, on peut faire des tests et on a des masques. Le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a même confirmé aux députés, lors dans la séance spéciale des questions au gouvernement du 16 juillet 2020, que la France avait commandé 4 milliards de masques et qu’elle était en capacité de faire 1 million de tests par semaine. Actuellement, seulement 200 000 sont réalisés. Alors, qu’attend-on pour les faire ? Simplement les volontaires. Rien n’oblige de se faire tester. Quand on n’a pas de symptômes et qu’on n’est pas dans un foyer, peut-être qu’on n’y trouve pas d’intérêt à se faire tester ?

Depuis le début du déconfinement, on a les moyens de faire des tests. Et donc, l’augmentation actuelle du nombre de personnes contaminées ne provient pas de cette meilleure capacité de tester : en mai et en juin, on avait la même capacité de tester. De plus, on observe le taux de positivité, c’est-à-dire le nombre de personnes dépistées positives sur le nombre de personnes dépistées au total, or malgré l’augmentation du nombre de tests, on observe une stabilité du taux de positivité, cela signifie qu’en absolu, le nombre de cas augmente. Il y a donc, depuis une dizaine de jours, une évolution qui peut être inquiétante. On trouve ainsi des nouveaux foyers à Marseille, en Mayenne, en Bretagne, en Nouvelle Aquitaine, aussi à Paris.

Au signe inquiétant, on détecte de nouveau le coronavirus dans les eaux usées de Paris, un signe là aussi avant-coureur qui trompe peu.

Le relâchement est aussi dû à des signes réglementaires : à partir du 22 juin 2020, on est entré dans une nouvelle phase du déconfinement, les trajets ne sont plus limités en kilomètres. De plus, on a quitté l’état d’urgence sanitaire le 11 juillet 2020. Les vacances renforcent les déplacements et les rencontres. Ce n’est donc pas étonnant de voir ces foyers sur le littoral, dans des lieux de villégiatures.

Certes, le docteur Cédric Arvieux, infectiologue au CHU de Rennes, a pondéré cette alerte à "Ouest France" le 16 juillet 2020 : « Il n’est pas étonnant qu’on ait une majoration des cas de covid dans des régions qui accueillent des estivants (…), non pas parce que les touristes y apporteraient le virus mais parce que les vacances sont propices au regroupement de personnes dans ces régions. Et dans la mesure où l’on fait du dépistage assez massif, il est assez logique que l’on se retrouve avec une augmentation des nombres de cas dans certaines zones. Mais globalement, la circulation du virus reste faible. (…) Les gens ont été assez secoués par le confinement et ont été prudents au début. Mais voyant les bons chiffres, il y a sûrement eu un recul des gestes barrières. (…) On doit être vigilants, mais la situation ne nous inquiète pas encore. (…) Nous sommes plusieurs infectiologues à estimer qu’il fallait être réactifs et ne pas attendre le 1er août pour rendre le port du masque obligatoire, même s’il est dommage de devoir en passer par là. Accompagné des mesures de distanciation physique, cela a un véritable impact sur la circulation du virus. Il faut donc garder ces bonnes pratiques. » (propos recueillis par Virginie Enée).

Ce qui paraît certain, c’est que le coronavirus continue à circuler. Probablement qu’aujourd’hui, les personnes dits à risques, en particulier les personnes âgées et les personnes fragiles sont plus sensibilisées qu’en février sur les risques pris et sont beaucoup plus prudentes dans leurs déplacements et rencontres (j’écris "probablement" car je connais personnellement des exemples contraires d’imprudence ou d’insouciance).

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Il faut insister lourdement sur le fait que le covid-19 n’est pas une "grippette". Si la forme sévère se développe, c’est parti pour une hospitalisation longue, peut-être deux mois, parfois en réanimation voire avec intubation, laissant des séquelles à la fois organiques et psychologiques si on s’en sort. Même la forme modérée, sans hospitalisation, peut être très difficile à vivre, parfois elle dure deux, trois ,voire quatre mois, des séquelles ont été observées dans le cerveau et dans certains organes (poumons, reins, cœur) avec des symptômes qui perdurent malgré l’absence de charge virale (essoufflement, grande fatigue, perte de goût et d’odorat, etc.).

On ne connaît pas encore grand-chose de cette saleté de maladie, mais dans tous les cas, elle n’est pas bénigne. La remontée des témoignages est en train de se faire, Internet en regorge, les antennes médicales commencent à rassembler les connaissances éparses (lorsqu’il n’y a pas hospitalisation, il y a rarement un suivi par la médecine de ville, surtout après une supposée guérison).

Dans tous les cas, porter un masque dans un espace clos est un million de fois moins contraignant en liberté individuelle que d’être amené, dans quelques semaines, par l’irresponsabilité de quelques-uns, à prendre à nouveau une mesure de confinement, généralisé ou localisé. Tant qu’il n’existe ni traitement curatif efficace, ni vaccin qui a fait ses preuves, le masque, les gestes barrières sont l’unique source de salut pour se préserver d’une telle pandémie. Et cela durera probablement encore de nombreux mois sinon années…

Pour terminer, voici les déclarations exactes concernant l’obligation du port du masque dans les lieux publics clos. La déclaration assez évasive et floue du Président Emmanuel Macron a renforcé la défiance de certains députés de l’opposition, parce qu’elle allait contre le bon sens : soit la mesure est efficace et il faut la faire appliquer immédiatement, soit elle ne sert à rien et alors, pourquoi la proposer ? Cette incohérence a été d’autant plus remarquée que lui-même avait annoncé le confinement le lundi 16 mars 2020 à 20 heures pour une application …le lendemain à 12 heures, soit seulement 18 heures de délai, pas même une journée entière, une mesure beaucoup plus compliquée, juridiquement, qu’un simple décret d’obligation du masque, même si ce dernier doit quand même définir exactement ce que sont les "lieux publics clos". En deux jours, Jean Castex a montré son degré d’écoute et a accéléré la rédaction du décret pour une application nettement plus rapide.

Emmanuel Macron, Président de la République, le 14 juillet 2020 à la télévision : « Il faut continuer d’appliquer ces gestes barrières. Là-dessus, on voit des faiblesses. Donc, j’ai demandé  ce qu’on passe une étape au gouvernement et je souhaite que dans les prochaines semaines, on rende obligatoire le masque dans tous les lieux publics clos. (…) Cela veut dire que les choses s’organisent. On ne va pas le faire du jour au lendemain mais je recommande à tous nos concitoyens qui nous écoutent de porter le masque au maximum quand ils sont dehors et a fortiori quand ils sont dans un lieu clos. Et nous allons observer la situation, mais nous mettre en situation de pouvoir, par exemple à partir du 1er août, le rendre totalement obligatoire. ».

Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée Nationale, le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale : « Hier, le Président de la République, et vous, aujourd’hui, monsieur le Premier Ministre, vous dites l’inverse et c’est tant mieux. Mais il a fallu attendre plus de trois mois pour prendre une telle décision. Et encore, elle ne s’appliquerait qu’au 1er août. Pourquoi attendre encore quinze jours, alors que la Belgique l’a imposée en quarante-huit heures et que nous avons confiné les Français en vingt-quatre heures ? Nous vous demandons de rendre cette mesure effective dès lundi, afin que le port du masque obligatoire soit généralisé dans les lieux publics clos. ».

Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale : « La crise sanitaire demeure, et on n’entend pas assez la communication du gouvernement ; celle-ci devrait être plus ferme pour que nos concitoyens deviennent raisonnables et adoptent vraiment les mesures de précaution. On ne comprend pas l’annonce selon laquelle le port du masque sera obligatoire dans quinze jours, alors qu’il a suffi de quarante-huit heures pour confiner les Français ! ».

Jean-Luc Mélenchon, président du groupe FI à l’Assemblée Nationale, le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale : « Personne ne croit non plus que vous conduirez la politique de la nation, monsieur Castex ! Comme nous, vous serez déjà bien heureux de parvenir à la suivre ! Car souvent Jupiter varie, et bien fol qui s’y fie. Ordres et contre-ordres sont devenus la règle. Le masque, par exemple, hier inutile pendant la crise sanitaire, sera désormais obligatoire, mais pas tout de suite, seulement dans un mois ! Le covid-19 est prié de rester confiné. ».

Jean Castex, Premier Ministre, le 16 juillet 2020 au Sénat : « Enfin, le port du masque constitue, avec le respect des gestes dits barrières, une mesure de prévention et de protection efficace. J’ai donc proposé de rendre son port obligatoire dans tous les lieux publics clos, en particulier les commerces. Cela nécessite un décret. Pour ce qui est des locaux professionnels, cela suppose une évolution des protocoles sanitaires. Nous envisagions une entrée en vigueur au 1er août, car nous agissons dans une logique préventive, non sous l’emprise de l’urgence. Mais j’ai compris que cette échéance pouvait paraître tardive et suscitait des interrogations. Le décret entrera donc en vigueur la semaine prochaine. ».

Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé, le 16 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale : « Je partage votre agacement face aux images de la rave-party dans la Nièvre et, de manière plus générale, face à toutes les situations dans lesquelles des centaines, voire des milliers de personnes sont regroupées sans aucune protection ni distanciation sociale, et mettent en péril toute la stratégie française de lutte contre le coronavirus. (…) S’agissant de la systématisation du port du masque dans les lieux clos, et demain de son obligation, un décret est en cours de finalisation. D’ici à lundi ou mardi, le port du masque sera généralisé. La vigilance ainsi que l’esprit de responsabilité et de citoyenneté des Français peut s’exercer sans qu’il soit besoin de prendre un décret. J’invite l’ensemble des Français à porter sans délai un masque dans tous les lieux clos, quels qu’ils soient, d’autant plus s’ils sont nombreux à y être regroupés, sans attendre la parution du décret et l’inscription dans le marbre de l’obligation. Mais je rappelle aussi que le port du masque ne suffit pas s’il n’est pas accompagné d’une protection contre la transmission par les mains. Il faut conserver de la distanciation sociale, se laver les mains, utiliser du gel hydroalcoolique, changer régulièrement de masque et le porter correctement. Il s’agit d’un travail de vigilance de tous les instants, absolument nécessaire, surtout à l’heure où certains indicateurs tendent à montrer que non seulement l’épidémie n’est pas terminée, mais que ça et là, des signes de résurgence du virus apparaissent, je pense à la Mayenne et à certains hôpitaux parisiens. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Covid-19 : seconde vague ? La prudence s’impose …par le masque.
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
La Charte de déontologie des métiers de la recherche (à télécharger).
Hydroxychloroquine : l’affaire est entendue…
Madagascar : la potion amère du docteur Andry Rajoelina contre le covid-19.
Rapport de Jean Castex sur le plan de déconfinement le 6 mai 2020 (à télécharger).
Protection rapprochée.
Discours de Claude Malhuret le 4 mai 2020 au Sénat (texte intégral).
Covid-19 : les trois inepties du docteur Claude Malhuret.
11 mai 2020 : Stop au covid-19 ! (et traçage ?).
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le jeudi 7 mai 2020 à Matignon sur le déconfinement (texte intégral).
Professeur mégalo (vidéo).
Covid-19 : où est l’Europe de la Santé ?
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Unitaid.
Déconfinement : les départements verts et les départements rouges, la confusion des médias…
Didier Raoult, médecin ou gourou ?
Le déconfinement selon Édouard Philippe.
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200716-coronavirus-covid.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/covid-19-seconde-vague-la-prudence-225797

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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 03:19

« Avant de se jeter dans le péril, il faut le prévoir et le craindre : mais quand on y est, il ne reste plus qu’à le mépriser. » (Fénelon, 1699).


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Ce mardi 30 juin 2020 en fin d’après-midi, l’ancienne Ministre de la Santé Agnès Buzyn a été auditionnée par la mission parlementaire d’information créée le 17 mars 2020 sur l’impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l’épidémie de coronavirus-covid-19. Cette très longue audition est intervenue après une autre audition très médiatisée, celle du professeur Didier Raoult le mercredi 24 juin 2020 dans l’après-midi. Je souhaiterais évoquer une autre audition, qui m’a paru intéressante bien que moins médiatisée : celle de la professeure Karine Lacombe le matin du jeudi 25 juin 2020.

Karine Lacombe fait partie de ces médecins chercheurs qui ont vu leur notoriété bondir auprès du grand public à l’occasion de la crise sanitaire. Elle est presque l’exact contraire de Didier Raoult : elle répond sans polémiquer, avec des termes précis, donne des arguments sur ce qu’elle avance et ose même s’aventurer sur des terrains qui pourraient lui être hostiles (comme sur les relations qu’elle peut avoir avec des entreprises privées, tous les liens sont d’ailleurs déclarés au centime de note de frais près, puisque c’est la loi depuis plusieurs années, tout est consultable sur Internet).

À 50 ans, Karine Kacombe est arrivée à un moment de sa carrière plutôt privilégié : on peut même imaginer qu’elle puisse susciter un peu de jalousie auprès de confrères qui auraient eu moins de succès. Bonne pédagogue (comme beaucoup dans la recherche médicale, elle est professeure des universités, médecin et chercheuse), elle a été appelée dans les médias à utiliser son talent de transmetteur de savoirs pour expliquer et faire comprendre cette nouvelle maladie qu’est le covid-19 et son évolution. Elle a fait ses études de médecine à Grenoble, a ensuite travaillé à l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-6), et depuis 2019, elle est cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Infectiologue réputée, elle est spécialisée dans la recherche sur le VIH et sur les hépatites, en particulier hépatite C pour laquelle elle a beaucoup communiqué dans les colloques internationaux.

Elle aussi porte la blouse blanche, elle non plus ne semble pas atteinte par le besoin des paillettes, elle aussi, elle soigne des patients et les connaît. Je m’arrêterai là car l’idée ici n’est pas de faire une comparaison avec un autre mandarin, l’impression qu’elle m’a donnée lorsqu’elle s’est exprimée aux députés de la commission, c’était une femme ultracompétente, très respectueuse de l’institution parlementaire. Et en l’écoutant, je me disais qu’il y avait encore du chemin à parcourir pour que la formule de Françoise Giroud sur l’égalité entre les hommes et les femmes soit applicable. En effet, elle disait en substance qu’il y aurait cette égalité le jour où l’on nommerait à un poste à grande responsabilité une femme incompétente. Indiscutablement, ce n’est pas le cas de Karine Lacombe !

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Karine Lacombe a en particulier évoqué ses propres essais cliniques (qui, je le rappelle, sont systématiquement réalisés avec l’accord des patients et sous le contrôle du comité d’éthique), des essais en collaboration avec l’Inserm et l’Établissement français du sang : son axe de recherche reprend une méthode traditionnelle qui peut fonctionner (mais pas toujours), la transfusion du plasma sanguin de malades guéris. En effet, ces anciens malades ont développé des anticorps contre le coronavirus qui peuvent ainsi aider les nouveaux malades à lutter contre le coronavirus. Elle a expliqué que les premiers résultats étaient encourageants mais qu’il n’y avait presque plus de patients à tester. Elle envisageait de créer une structure à Mayotte ou en Guyane où l’épidémie fait encore rage. Elle a également expliqué qu’ont été stockées 5 000 unités de tel plasma sanguin, et que l’autorité de santé a décidé d’arrêter le stockage pour le moment (ces unités ont une date de péremption, je ne me rappelle plus la durée de conservation, de l’ordre de six mois ou un an).

Par ailleurs, si Karine Lacombe a donné quelques résultats d’autres essais cliniques qui n’ont pas été encore publiés, c’était en précisant que les informations qu’elle donnait avaient déjà été présentées publiquement d’une manière ou d’une autre. Tout dans son expression respirait la rigueur, de fond comme de forme (ce qui est rassurant pour un médecin). Cela dit, je n’évoquerai pas les traitements testés, puisque, à l’heure actuelle, aucun de ces traitements (que ce soit l’hydroxychloroquine ou le remdesivir ou d’autres) n’a vu son efficacité prouvé pour traiter le covid-19.

J’évoquerai dans sa prestation un élément triple très intéressant : parce qu’elle est une femme qui cherche à améliorer l’avenir, elle a formulé trois dysfonctionnements dans la gestion de la crise, et donc, trois propositions pour rendre plus efficace le système de santé.

Auparavant, j’évoque aussi deux points de son audition qui m’ont paru intéressants à relever.

Le premier point, crucial, c’est la situation dans les EHPAD ou dans les services de réanimation des hôpitaux. C’est un témoignage important qui a son poids vu sa compétence. Elle a affirmé qu’en tant que cheffe de service à l’hôpital, elle n’a reçu aucune consigne, écrite ou orale, pour refuser l’entrée en réanimation de personnes atteintes du covid-19 en raison de son âge ou de ses pathologies. C’est important car il y a eu beaucoup de désinformation sur le sujet. Que ce soit en EHPAD ou à l’hôpital dans d’autres services, tous ceux qui ont eu besoin d’être hospitalisés en service de réanimation l’ont été. C’était la raison pour laquelle, d’ailleurs, au sommet de la crise, on a fait des transferts de centaines de patients d’un hôpital d’Île-de-France ou du Grand Est vers d’autres régions ou même d’autres pays qui ont accepté de les accueillir. En gros, il y a eu au sommet du pic 7 500 personnes en réanimation, en période normale, la France avait une capacité maximale de 5 000 lits en réanimation et toutes les équipes soignantes ont agi pendant des semaines pour avoir 10 000 lits disponibles. Le système de santé a donc tenu même s’il est améliorable. C’était Agnès Buzyn, juste avant sa démission, le 14 février 2020, qui a mis le système de santé sous tension (avec annulation des opérations programmées non urgentes, etc.).

En revanche, il y a une réelle réflexion lorsqu’un patient très âgé doit aller en réanimation. La réanimation est une douleur pour le corps et l’esprit, cela nécessite beaucoup d’énergie et la personne est complètement isolée, sous sédation (donc n’a plus de conscience), la famille éloignée. Lorsque, pour les personnes très âgées, les chances de s’en sortir sont proches de zéro, alors, comme dans la période d’avant-covid-19 (ce n’est pas une nouveauté, c’est l’application de la loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie), il y a une décision collégiale avec consultation de la famille et il est décidé généralement de faire entrer la personne en soins palliatifs au lieu de la réanimation. Sa fin de vie sera alors beaucoup plus douce. On peut toujours trouver contestable une telle décision, c’est pour cela qu’elle est collégiale et que la famille prend part aussi à la décision, mais ce n’est pas spécifique au traitement du covid-19 et dans tous les cas, cela est complètement indépendant du nombre de lits disponibles en réanimation (c’était très différent en Lombardie où beaucoup d’hôpitaux, pris de court, ne disposaient pas assez de lits en réanimation). C’est important de bien comprendre qu’il n’y a jamais eu d’euthanasie dans les EHPAD, mais des soins palliatifs. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu du manque de personnel et d’équipements, pour réduire le taux de contamination beaucoup trop élevé dans certains établissements.

Le second point, plus anecdotique mais à noter : parce qu’elle a été souvent interviewée dans les médias et qu’elle prônait des opinions proches du gouvernement, Karine Lacombe a été considérée souvent comme représentante du gouvernement. Lors de son audition, elle a tout de suite déclaré que ce n’était pas le cas, qu’elle était une chercheuse indépendante, et pour preuve, elle a expliqué qu’elle n’avait alors aucun contact avec le gouvernement, sauf un contact téléphonique de trois minutes avec le Ministre de la Santé Olivier Véran qu’elle avait régulièrement comme cheffe de service pour donner le pouls de l’épidémie dans son service, lorsque le vendredi 27 mars 2020, on l’a appelée de Matignon pour faire un exposé le lendemain sur l’état de l’épidémie. Elle n’a évidemment pas refusé (qui refuserait une telle demande, hors provocateur rebelle ?) et on l’a vue ainsi participer à la longue conférence de presse du Premier Ministre Édouard Philippe dans la soirée du samedi 28 mars 2020, aux côtés d’Olivier Véran et du professeur Jérôme Salomon (le directeur général de la santé).

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Venons-en au sujet principal : au fil des questions et réponses de son audition, Karine Lacombe a relevé trois sources d’amélioration dans le système de santé (et de recherche médicale). Elles ne sont pas nouvelles ni forcément très originale, mais elles ont eu le mérite d’être formulées intelligemment et de manière très constructive, et cela dans une instance officielle et même suprême : là où l’on fait la loi.


1e source d’amélioration : mieux impliquer les médecins de ville

Agnès Buzyn a affirmé que dès le 14 janvier 2020, les médecins de ville et les établissements médico-sociaux étaient informés et alarmés au même titre que les services hospitaliers de l’état d’avancement de la pandémie (à une époque où il y avait encore très peu de cas en Chine). Néanmoins, dans le protocole ultérieur pour dépister les cas dans les foyers de contamination (la "technique coréenne"), la réalisation des tests virologiques devait se faire dans des laboratoires de type P3 (très peu nombreux) pour éviter au maximum la contamination. De même, chaque personne dépistée positive était isolée et traitée à l’hôpital, et la consigne a été qu’en cas de suspicion de covid-19 (état grippal, fièvre, etc.), il ne fallait pas se rendre chez les médecins généralistes ni aux services d’urgence des hôpitaux (pour éviter les contaminations), mais appeler le 15 pour avoir un accueil spécifique covid. C’était possible jusqu’au milieu de février quand le virus ne circulait pas, mais après la réunion de Mulhouse, le nombre de cas s’est multiplié et il était impossible que les hôpitaux prissent en charge tous les malades sans forme sévère.

Ce n’était donc qu’à partir du début du mois de mars que les médecins généralistes ont commencé à ausculter des malades du covid-19, et cette implication a permis d’ailleurs de se rendre compte d’autres symptômes cliniques qui n’étaient pas encore évoqués, comme la perte de goût et d’odorat, ou des diarrhées (le coronavirus ne s’en prend pas qu’au système respiratoire), etc. Or ces symptômes sont souvent ceux de malades qui n’ont pas développé la forme sévère, et les hôpitaux ne connaissent que les cas graves.

La crise sanitaire a d’ailleurs fait apparaître un fossé entre la médecine hospitalière et la médecine de ville. Les essais cliniques sont difficilement réalisables en ville pour une raison simple : c’est beaucoup plus dur de suivre un patient en ville qu’à l’hôpital où il est installé dans une chambre d’hôpital avec un suivi quotidien, tandis que le patient de ville peut ne plus donner signe de vie, ou du moins, de nouvelles, après la première consultation (c’est toujours le cas pour des maladies bénignes comme la grippe). Peut-être faudrait-il imaginer un système facile et rapide, une application sur Internet, pour que le patient continue à donner des nouvelles (bonnes ou mauvaises) à son médecin de ville pour avoir une idée, par exemple, de l’évolution de son état et de l’efficacité et de la rapidité d’un traitement ? (Cette idée est de moi et pas de Karine Lacombe qui n’a fait que souligner des faiblesses à corriger).


2e source d’amélioration : la recherche médicale en Europe

En tant que scientifique avec des programmes de recherche internationaux, Karine Lacombe a été confrontée, pendant cette crise, à une véritable difficulté lorsqu’il fallait mettre en place un programme d’essais cliniques européen. En effet, selon elle, il manque une structure (une agence) européenne chargée de coordonner les programmes de recherche européens en faisant la liaison entre les différents pays impliqués. Si la santé ne fait pas partie des prérogatives actuelles de l’Europe, la recherche scientifique, en revanche, si. Le risque, c’est de rajouter une couche bureaucratique. Il faut donc une structure souple, légère, et surtout, efficace.


3e source d’amélioration : produire localement les médicaments

C’est sans doute la difficulté qui a été tout de suite détectée avec la crise, le fait que toutes les productions des équipements, médicaments se fassent en Chine, si bien que lorsque la Chine est confinée, les usines ne tournent pas et il n’y a plus de fournitures. Il est donc essentiel d’assurer une souveraineté sinon nationale au moins européenne sur la production de produits stratégiques, comme les masques, les médicaments, etc. On peut d’ailleurs voir que les pays qui ont gardé encore une force industrielle ont pu rapidement se doter de tests PCR, masques, etc. (Chine, Russie, Allemagne, États-Unis, etc.).

L’audition d’Agnès Buzyn a confirmé d’ailleurs ce problème majeur qui aurait cependant pu être anticipé : ses premières commandes datent du 28 janvier 2020 et du 4 février 2020, mais ce qu’elle n’imaginait pas, c’est que la production était arrêtée ou dans l’impossibilité d’être transportée par avion (il faut un mois en cargo !). Et comme l’a expliqué Agnès Buzyn, il n’y a pas que les masques et les tests comme produits stratégiques, mais des dizaines d’autres (comme l’iode en cas de catastrophe nucléaire) dont il faudra créer des filières européennes rapidement.

C’est autour de cet objectif, retrouver une souveraineté industrielle, que le Président Emmanuel Macron devrait axer la dernière année et demie de son mandat, c’est crucial et compatible avec le besoin de créer des emplois.

Sur la forme, Karine Lacombe n’est jamais sortie de son rôle, elle est une praticienne et une scientifique, elle n’est pas une politique et n’a aucun conseil à donner aux politiques. À chacun son rôle. En revanche, la praticienne a pu exprimer ses difficultés et poser finalement quelques jalons pour améliorer le système de santé dont le salut ne peut pas se réduire à la seule augmentation de ses crédits. Sa réorganisation est elle aussi une nécessité vitale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juin 2020)
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Pour aller plus loin :
Karine Lacombe.
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Rapport de Jean Castex sur le plan de déconfinement le 6 mai 2020 (à télécharger).
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Discours de Claude Malhuret le 4 mai 2020 au Sénat (texte intégral).
Covid-19 : les trois inepties du docteur Claude Malhuret.
11 mai 2020 : Stop au covid-19 ! (et traçage ?).
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le jeudi 7 mai 2020 à Matignon sur le déconfinement (texte intégral).
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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 01:09

« Ce n’est pas seulement un devoir d’humanité. C’est aussi l’intérêt bien compris des pays les plus favorisés. Car le monde ne s’arrête pas aux limites de leur prospérité. Il ne se borne pas aux certitudes de ceux que la fortune sert aujourd’hui. (…) En Afrique, dans les pays émergents, une immense majorité de la population, dans les campagnes ou dans les bidonvilles, attend encore, mais n’attendra pas indéfiniment, la concrétisation des promesses du progrès. Cette situation est lourde de menaces. Elle est moralement inacceptable. (…) Le développement constitue le premier défi et la première urgence de notre temps. C’est une question de morale. C’est, pour le système économique ouvert et la civilisation humaniste que nous avons en partage, la meilleure des garanties et le meilleur investissement pour l’avenir. (…) Vaincre la pauvreté par l’alliance du marché et de la solidarité. Telle doit être notre ambition partagée. » (Jacques Chirac, le 26 janvier 2005 au Forum de Davos).



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Il y a vingt-cinq ans, le 7 mai 1995, le leader du parti gaulliste Jacques Chirac fut élu Président de la République par près de 15,8 millions de Français, soit 52,6% des suffrages exprimés avec une abstention de 20,3%. Il resta douze ans à l’Élysée, réélu le 5 mai 2020 par plus de 25,5 millions de Français, soit 82,2% des suffrages exprimés avec une abstention de 20,3%. Recordman du score le plus haut, à la limite d’un score de "république bananière" (ou d’un régime communiste), il fut battu par son ancien adversaire François Mitterrand pour la longévité à l’Élysée (mais pas pour la longévité cumulée à l’Élysée et à Matignon).

Alors que Jacques Chirac était parti dans la bataille présidentielle (dans un meeting à Lille le 4 novembre 1994, le jour de la Saint-Charles) avec des sondages particulièrement bas (Édouard Balladur et Jacques Delors étaient à l’époque les rois de la popularité), il a su gagner la confiance des Français sur le fameux thème (séguiniste) de la fracture sociale. C’était sa troisième tentative et il a fallu de la persévérance et de l’énergie pour croire encore en lui après deux échecs cuisants.

Après son départ de l’Élysée, il a été souvent taxé de "roi fainéant", par ceux de ses successeurs qui voulaient montrer qu’ils agissaient pour le pays (agir = réformer). Certes, Jacques Chirac a été loin d’être un Président "efficace", dans le sens où ses années au pouvoir n’ont pas toujours été très utiles au pays, et il est l’archétype de l’homo politicus de la Cinquième République, du début jusqu’à la fin de sa carrière, cumulant mandats et responsabilités, et se donnant tout entier à sa passion dévorante, l’ambition politique. Mais il y a une chose qu’on a pu apprendre de Jacques Chirac au fil de son existence, c’est son humanisme.

Très loin du l’image du "Chirac facho" associée à lui à la fin des années 1970 et début des années 1980, très commune finalement pour les jeunes loups prêts à tirer sans sommation et avec mauvaise foi par esprit partisan (Nicolas Sarkozy a eu la même image d'arrogance au même âge, tout aussi inappropriée et insultante pour les victimes du fascisme), Jacques Chirac était un authentique humaniste, c’est-à-dire une personne qui considère que l’être humain est le premier des trésors à protéger et promouvoir.

Oh, évidemment ! Tout le monde est humaniste de nos jours (et c’est heureux), certains sont même capables d’en faire une sorte d’étendard électoraliste (c’est moins heureux), mais ceux qui s’en revendiquent trop explicitement me font toujours peur : il y a ceux qui parlent et il y a ceux qui agissent ; ce sont rarement les mêmes.

D’ailleurs, la crise sanitaire actuelle est aussi une leçon de vérité pour beaucoup de monde, selon les déclarations des uns et des autres. Michel Houellebecq l’a évoqué lorsqu’il parle d’impudeur de trouver plus normal que des personnes âgées (âge limite à définir) meurent du covid-19 que des plus jeunes. Il n’y a rien de normal et d’acceptable quand on n’a pas tout fait pour empêcher, non pas la mort (personne n’a jamais prétendu à l’immortalité, ou alors quelques dérangés mentaux), mais la propagation de la pandémie. Les médecins ne sont pas des magiciens, n’ont pas de potion magique, et feront tout pour sauver toute personne qui a besoin de soins, quels que soient son âge, son statut, sa nationalité, son origine, etc. La seule limite est le refus d’un acharnement thérapeutique, dont, certes, les contours sont assez flous mais ne peuvent absolument pas se confondre avec l’euthanasie voire la volonté délibérée de refus de soins sous prétexte d’âge ou d’autre chose.

Jacques Chirac, lui, s’affichait rarement comme étant explicitement un "humaniste", surtout par pudeur personnelle. Le 14 juillet 2002, il a pourtant lancé de nombreux chantiers humanistes et consensuels, pour réduire les hécatombes : lutte contre le cancer, lutte contre l’insécurité routière, lutte contre le sida, et aussi, insertion dans la société des personnes en situation de handicap. C’est Jacques Chirac qui a révolutionné le regard que la société porte aux enfants en situation de handicap avec une loi en 2005 pour les scolariser comme les autres enfants. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Certes, la loi est imparfaite et surtout, son application est compliquée car il faut faire appel à des assistants de vie qui coûtent cher aux finances publiques, mais il y a eu changement de paradigme. Mais avant 2005, il n’y avait rien dans la législation.

Ce qui est révoltant et a révolté le Président de la cinquième puissance mondiale, c’était la situation sanitaire dans les pays surtout pauvres, où l’on meurt encore beaucoup de tuberculose, du paludisme, et du sida. Pour le sida, on n’en guérit toujours pas mais la trithérapie coûtait très cher, et pour les autres maladies, on était capable de les soigner, à condition d’y mettre le budget. C’est pour cela que pour lui, le développement est le premier défi de la diplomatie et sa position faisait qu’il pouvait faire quelque chose de constructif.

Lorsqu’il s’est rendu pour la première fois au Forum de Davos, le 26 janvier 2005, il n’y était pas allé avec beaucoup d’enthousiasme, peu favorable aux grand-messes du monde économique, mais il avait compris que c’était à cette tribune qu’il pouvait toucher le plus possible ses interlocuteurs, à savoir, les dirigeants des autres puissances économiques du monde. Quand il a parlé d’intérêts économiques bien compris, il ne fallait d’ailleurs pas y voir du cynisme mais de l’efficacité, au même titre que si la France décidait de ne pas financer le soin de personnes étrangères en situation irrégulière, cela coûterait très cher à la population française, car (encore une fois), non seulement les virus ne connaissent pas les frontières, mais ils ne connaissent pas non plus les nationalités.

L’efficacité, c’est de faire comprendre à ceux qui ont un pouvoir financier (dirigeants politiques et acteurs économiques) que la morale va dans le même sens que leurs intérêts économiques. On voit bien d’ailleurs que l’intérêt sanitaire va dans le sens de l’intérêt économique : si on ne casse pas l’épidémie du covid-19, les économies ne redémarreront jamais. Certes, le confinement a ébranlé les économies, mais l’absence de confinement aurait très largement aggravé la situation sanitaire au niveau mondial et aurait continué à paralyser les économies. C’est dans le même sens qu’on ne peut pas imaginer le succès d’une politique de transition écologique qui irait à l’encontre de l’intérêt économique. Si la vertu affronte l’argent, hélas, l’argent a de grandes chances de gagner la bataille, en revanche, les batailles se gagnent plus facilement si l’argent est l’allié de la vertu.

L’ONU a profité de l’an 2000 pour proposer des "Objectifs du Millénaire pour le développement" avec pour horizon 2015 (dépassé), en mettant la santé comme priorité à l’aide publique au développement, dans trois batailles contre les maladies : le sida, la tuberculose et le paludisme. Par exemple, en Afrique et en Asie, seulement 1,8 milliard de dollars ont été levés en 2010 pour le paludisme alors qu’il en faudrait 6 milliards (selon l’OMS). L’argent réglerait une partie du problème (pas tout, la recherche médicale aussi).

Jacques Chirac considérait qu’il était "assez facile" de venir à bout de grandes maladies comme la tuberculose et le paludisme, par exemple, avec des fonds finalement pas si élevés que cela à l’échelle mondiale. Mais comment trouver les fonds ? L’idée d’une taxation des vols aériens a rapidement fleuri. Notons que taxer et encore taxer est peu une position "libérale" et encore moins une position dite "de droite". Ce serait plutôt une position "collectiviste" (ou une facilité, faute de trouver d’autres moyens que la charité publique).

L’idée de cette taxe datait du rapport rédigé par Jean-Pierre Landau, inspecteur général des finances et conseiller financier à l’ambassade de France à Londres, publié le 1er septembre 2004 sur les nouvelles contributions financières internationales (lettre de mission du 21 octobre 2003, rapport remis le 14 mai 2004). Dans ce rapport, le groupe d’étude l’envisageait pour réduire la pollution aérienne : « la taxe directe des billets, qu permettrait de discriminer entre les passagers et, le cas échéant, les destinations, afin d’éviter de pénaliser le tourisme vers les pays en développement ». Et de l’évaluer : « Une taxe de 5% sur le prix des billets de première classe et de classe affaires dégagerait de l’ordre de 8 milliards de dollars US. ». À condition que tous les pays l’appliquent.

Dans le second tome de ses mémoires ("Le temps présidentiel", sorti en 2011 chez Nil), Jacques Chirac a explicité son idée : « Parmi les solutions de financement (…), je défends celle, moins ambitieuse que d’autres, mais sans doute plus commode à réaliser, d’un "faible prélèvement sur les trois milliards de billets d’avion vendus annuellement", à raison, dans l’immédiat, d’un dollar par billet. "Ce qui frappe, leur dis-je en conclusion, c’est la disproportion entre la modestie de l’effort nécessaire et les bénéfices qui en résulteraient pour tous". ».

Concrètement, le Président Chirac a fait adopter ce principe de taxe sur les vols aériens par la France, le Brésil (dirigé par Lula), le Royaume-Uni, la Norvège et le Chili, au cours d’une conférence ministérielle à Paris le 14 juillet 2005, puis il a écrit à cent quarante-cinq chefs d’État ou de gouvernement pour leur proposer d’instituer cette taxe qui était relativement facile à mettre en place. Finalement, très peu de pays ont répondu positivement à son appel, une trentaine, et encore moins ont réellement mis en place cette taxe (en 2013, huit autres pays ont rejoint les cinq premiers : Madagascar, la Corée du Sud, le Congo-Brazzaville, le Maroc, le Cameroun, le Mali, l’île Maurice et le Niger). Ajoutons que la solidarité européenne n’a pas joué dans cette "diplomatie sanitaire", ce qui est tout à fait regrettable (j’ai expliqué que "l’Europe de la Santé" n’existait pas et qu’il faudrait un jour la construire).

Sans attendre une entente internationale qui aurait peu de chance d’aboutir, Jacques Chirac a fait en sorte que la France appliquât cette mesure immédiatement, malgré la contestation de sa propre majorité UMP. Outre la réticence à augmenter taxes et impôts dans un pays déjà excessivement taxé et imposé, il y avait aussi cette crainte que si cette taxe était appliquée seulement en France, la compagnie aérienne Air France serait handicapée par rapport à ses concurrents. En effet, les seules taxes possibles portent sur les vols au départ du pays qui les met en place, et Air France est la compagnie qui a le plus de départs depuis la France (ce qui est normal), et donc, se voit désavantagé si les pays originaires de ses concurrents ne mettent pas également en place cette taxe.

Déposé le 23 novembre 2005, le projet de loi de finances rectificative pour 2005 a été adopté par les députés le 22 décembre 2005 après un débat houleux. L’article 22 de cette loi n°2005-1720 du 30 décembre 2005 a introduit la taxe de solidarité sur les billets d’avion : « Il est créé un fonds de solidarité pour le développement dont l’objet est de contribuer au financement des pays en développement et de tendre à réaliser les "objectifs du millénaire pour le développement", notamment dans le domaine de la santé. (…) Les montants (…) font l’objet d’une majoration au profit du fonds de solidarité pour le développement. Un décret fixe le montant de cette majoration, dans la limite respectivement de 1 euro et de 4 euros, ou, lorsque le passager peut bénéficier sans supplément de prix à bord de services auxquels l’ensemble des passagers ne pourrait accéder gratuitement, de 10 euros et de 40 euros. ».

Dans ses mémoires, Jacques Chirac l’a évoqué : « Dois-je encore m’étonner ? C’est dans les rangs de l’UMP que sont venues les critiques les plus assassines. Tel député prédisant que trois mille emplois allaient être supprimés du fait de cette taxe. Tel autre assurant qu’elle aurait des conséquences aussi désastreuses sur notre économie que les 35 heures. (…) J’ai apprécié, dans le même temps, le courage avec lequel Jean-François Copé, alors Ministre du Budget, a su défendre ce projet qui ne méritait pas d’être à ce point contesté par des éléments de notre propre majorité. ». Rappelons qu’à l’époque, l’UMP était présidée par …Nicolas Sarkozy.

La taxe, appelée "taxe Chirac", est appliquée en France depuis le 1er juillet 2006. Par la suite, elle a été relevée de 12,7% le 16 novembre 2016 lors d’une réunion du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement. Les craintes économiques sur l’impact financier n’étaient pas vraiment fondées. Au Salon du Bourget, en juillet 2007, après un an d’application de la taxe, le PDG d’Air France-KLM a lui-même reconnu : « Bien sûr, au départ, nous avons constaté une incidence négative sur le transports, mais rapidement, cela s’est estompé, le niveau de taxe fixé étant raisonnable. ». Le rapport Emmanuelli (voir plus loin) a lui aussi affirmé : « En dépit de la levée de boucliers suscitée à l’époque de son lancement, la taxe n’a eu aucun effet négatif sur le trafic ou les emplois du secteur aérien et la collecte n’a pas trop souffert de la crise financière. » (12 juillet 2011).

D’un point de vue diplomatique, l’action de Philippe Douste-Blazy (homme politique et cardiologue) a été déterminante. Alors Ministre des Solidarités, de la Santé et de la Famille du 31 mars 2004 au 31 mai 2005, il fut nommé Ministre des Affaires étrangères du 2 juin 2005 au 15 mai 2007, dans le gouvernement de Dominique de Villepin. Ce fut donc avec ces deux casquettes, chef de la diplomatie française et grand connaisseur de la santé publique (médecin et ancien ministre de la santé), qu’il a réussi à mobiliser les forces vives de la "communauté internationale" (au concept très flou).

Ces actions ont débouché sur la création du fonds international Unitaid, lancée le 2 juin 2006 à New York au cours d’une conférence des Nations Unies sur le sida. Le 3 mars 2007, Philippe Douste-Blazy fut élu pour en assurer la présidence sous les auspices de l’ONU (jusqu’au 23 juin 2016 ; l’ancien ministre a également été candidat à la direction générale de l’OMS en 2016). Élue le 29 mai 2019, l’ancienne Ministre de la Santé Marisol Touraine est l’actuelle présidente d’Unitaid depuis le 20 juin 2019. Elle a succédé à Celso Amorim, qui fut le Ministre brésilien des Affaires étrangères lorsque Unitaid fut lancée.

Dans une déclaration à Paris le 3 novembre 2006, Jacques Chirac a justifié la création d’Unitaid : « La France a concrétisé ses promesses. En créant le Fonds de solidarité thérapeutique international, nous avons démontré qu’il n’y avait pas de fatalité : oui, l’accès aux traitements antiviraux dans les pays du Sud était possible. Depuis, la France a activement soutenu la création du Fonds mondial, premier instrument multilatéral de financement de la prévention et du traitement du sida, de la tuberculose et du paludisme. (…) C’est pourquoi la France a mis en place au 1er juillet dernier une contribution de solidarité sur les billets d’avion : l’essentiel de son produit sera affecté à Unitaid, la facilité internationale d’achat de médicaments. L’idée de ce type de financement innovant est simple, elle est aussi juste : affecter une proportion infime des immenses richesses générées par l’accélération des échanges, pour qu’à la mondialisation de l’économie réponde la mondialisation de la solidarité. ». C’est de l’humanisme par les faits, pas par de belles paroles.

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Dans une tribune publiée dans "La Croix" le 26 septembre 2006, Philippe Douste-Blazy a, de son côté, expliqué la démarche de la France ainsi : « Les diplomates ont dû (…) s’emparer de nouveaux sujets, du réchauffement climatique à la lutte contre les pandémies. (…) La France a entrepris une démarche pionnière en lançant l’idée d’une contribution internationale de solidarité sur les billets d’avion et en proposant la création d’Unitaid. (…) Ce financement innovant permettra, à un niveau d’une ampleur inégalée, de sécuriser et de renforcer l’approvisionnement durable des pays du Sud en médicaments. (…) La santé publique est aujourd’hui une question politique et diplomatique de premier ordre, inscrite dans les grands agendas internationaux. Au-delà de la question éthique, nous devons prendre conscience de l’enjeu que représentent ces questions au niveau de la politique étrangère. Au-delà de l’exigence de dignité, un pays qui n’a ni système de santé, ni politique de prévention, ni accès aux médicaments est un pays fragilisé, sujet à toutes les déstabilisations. ».

Parallèlement à cette mission, Philippe Douste-Blazy a été nommé Secrétaire Général adjoint de l’ONU chargé de ce projet du 19 février 2008 au 19 février 2017 (fonction bénévole), et à ce titre, il a tenté également de lancer le programme humanitaire MassiveGood le 4 mars 2010, mais sans succès (cela coûtait plus cher que cela n’a remporté), dont l’idée était de permettre des micro-dons par les voyageurs de vol aérien (quelques euros ou dollars), mais le coût du logiciel (qui a été par la suite utilisé dans d’autres programmes) a plombé financièrement le projet. Ce projet était pourtant important car beaucoup de pays ont refusé d’imposer une nouvelle taxe et ont seulement encouragé les dons (volontaires).

En 2007, Unitaid a pu collecter 300 millions de dollars et en 2008, 500 millions. Parmi les actions très importantes d’Unitaid, la réussite, le 8 mai 2007, des négociations, par l’intermédiaire de la fondation de l’ancien Président américain Bill Clinton, avec l’industrie pharmaceutique a permis de réduire les prix des médicaments de la trithérapie pour soigner les personnes atteintes du sida de 25 à 50% dans soixante-six pays pauvres. Dans le monde, 5 millions de personnes malades du sida n’avaient pas accès aux soins sur les 7 millions qui en auraient eu besoin.

Selon Unitaid, entre 2006 et 2013, Unitaid a reçu au total 2,2 milliards de dollars de contributions (dont 1,3 milliard de dollars provenant de la France, soit 60%) et a engagé 1,9 milliard de dollars pour des projets de lutte contre le paludisme, le sida et la tuberculose (14% sont consacrés aux frais de fonctionnement). Rien que dans l’achat de produits (médicaments, vaccins, etc.), entre 2007 et 2015, Unitaid a consacré 560 millions de dollars dans la lutte contre le paludisme, 530 millions de dollars contre le sida et 162 millions de dollars contre la tuberculose. Quatre-vingt-huit pays ont bénéficié de subvention d’Unitaid dans l’achat de médicaments, en particulier ceux correspondant aux besoins en matière de diagnostic et de thérapeutique du sida ou de la tuberculose multirésistante (entre 2006 et 2011, plus de 270 000 enfants malades du sida et 750 000 enfants atteints de la tuberculose ont été traités grâce à l’action d’Unitaid). Rien que sur les fonds français, selon le Quai d’Orsay, 5,6 millions de malades ont été soignés en 2009, dont 5,1milllions pour le paludisme, 250 000 pour la tuberculose et 240 000 pour le sida.

Plus récemment, lors de la Journée mondiale du paludisme le 24 avril 2020, le directeur exécutif d’Unitaid Philippe Duneton a rappelé que les objectifs d’Unitaid restaient inchangés malgré la pandémie du covid-19 : « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre les bénéfices de plus d’une décennie de travail dans la lutte contre le paludisme, et courir le risque d’une recrudescence d’une maladie qui tue plus de 400 000 personnes chaque année, dont beaucoup d’enfants. ». En 2018, il y avait 228 millions de cas de paludisme, et l’objectif ambitieux de l’OMS est d’éradiquer l’épidémie d’ici à 2030. Grâce à l’aide internationale, 600 000 personnes atteintes du paludisme sont sauvées chaque année. Unitaid fonctionne par de nombreux projets de développement. Son aide annuelle dans la lutte contre le paludisme est passée de 150 millions de dollars en 2015 à 350 millions de dollars en 2020.

Unitaid ne se préoccupe pas seulement du sida, du paludisme et de la tuberculose. En octobre 2018, Unitaid s’est engagée pour lutter contre l’hépatite C dont la situation mondiale est préoccupante : dans le monde, 71 millions de personnes souffrent d’une infection chronique au VHC (hépatite C) à comparer aux 37 millions de personnes qui vivent avec le VIH (sida). Mais seulement 4% des malades de l’hépatite C sont traités (à comparer aux 59% des porteurs du VIH traités). L’objectif d’Unitaid est d’éliminer l’hépatite C grâce à des nouveaux médicaments depuis 2015 (appelés des antiviraux à action directe).

Lors du dixième anniversaire d’Unitaid, le Ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a déclaré le 23 juin 2016 à Paris : « La naissance d’Unitaid est étroitement associée à celle des financements innovants et plus particulièrement à la taxe sur les billets d’avion. Cette taxe, adoptée à Paris en 2005, qui partait du principe qu’il était légitime de faire contribuer un secteur emblématique de la mondialisation à la solidarité internationale, apporte aujourd’hui plus de la moitié des financements d’Unitaid. (…) En agrégeant la demande mondiale, Unitaid a permis de diviser le prix des traitements contre le VIH par 10 et de multiplier le nombre de personnes bénéficiant de ces médicaments également par 10. En favorisant des diagnostics innovants, le plus tôt possible, elle fait aussi mieux : le taux de détection de la tuberculose pharmaco-résistante a doublé. Et innover, c’est également créer des solutions là où elles n’existent pas. Unitaid utilise sa position unique sur le marché mondial des médicaments pour inciter l’industrie à fournir des solutions à des besoins trop souvent négligés. (…) Le Président Jacques Chirac fait partie des pionniers qui ont suivi, on pourrait le dire, une intuition, celle du rôle majeur que devaient jouer les financements innovants dans le combat pour la santé mondiale. Je voudrais saluer l’œuvre qui a été la sienne car elle ne partait pas seulement de l’intuition dont je viens de parler mais elle partait aussi du cœur et du refus de cette inégalité majeure face aux exigences légitimes en matière de santé. ».

Revenons à la France. En 2012, la taxe Chirac (française) a levé 185 millions d’euros. 90% des produits de la taxe Chirac (taxe française) sont reversés à Unitaid : entre 2007 et 2010, la France a levé 546 millions d’euros, et elle a versé 496 millions d’euros à Unitaid, et 50 millions à un fonds créé par l’Agence française de développement (AFD). Selon un rapport parlementaire déposé à la Présidence de l’Assemblée Nationale le 12 juillet 2011 par l'ancien ministre Henri Emmanuelli (rapport n°3645), la France a contribué à Unitaid à hauteur de 70% pour la période 2006-2010 (60% pour la période 2006-2013, information hors rapport, indiquée plus haut), ce qui montre son isolement international. Ce n’est pas la taxation des vols aériens qui pose des problèmes aux autres pays, mais son affectation à l’aide sanitaire dans les pays pauvres, souvent, la priorité est donnée aux enjeux nationaux comme la réduction du déficit public en Allemagne.

Lors d’une réunion de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, le 15 février 2011, celui qui était à l’époque son président, Jérôme Cahuzac, a déploré l’absence de reconnaissance à la France pour sa contribution majeure aux fonds : « Apparemment, les fonds sont bien mobilisés, plus de 540 millions d’euros en moins de quatre ans, et arrivent à leurs destinataires ; en revanche, ces derniers ignorent le rôle déterminant joué par la France dans cette aide. ».

C’est d’ailleurs l’un des titres de chapitre du rapport Emmanuelli : "Une collecte efficace mais une communication insuffisante pour un financement innovant" en insistant sur « l’insuffisante information des voyageurs et du Parlement sur cette taxe ». Et de suggérer : « Malgré son montant très faible, l’absence de toute mention de la taxe sur le billet d’avion acheté, et de promotion de la taxe dans la communication des compagnies aériennes, est regrettable. Pour minime que soit le montant du prélèvement, l’acheteur-contribuable a le droit d’être informé (…). Par ailleurs, la communication des objectifs de la taxe doit être mieux reprise par les compagnies aériennes si la France, plaque tournante du tourisme international, souhaite promouvoir le dispositif d la taxe auprès d’autres pays. ».

Certains ont alors considéré (en voulant la remettre en cause) que l’aide multilatérale de la France n’était pas efficace en termes de visibilité, mais Philippe Douste-Blazy, alors président (français) d’Unitaid, a rejeté ce genre d’arguments : « Quand les médicaments sont donnés par des Américains, Unitaid est américaine, mais elle serait française si les Français étaient sur place. Plutôt que de la remettre en cause, il faudrait faire en sorte que la France ait les moyens d’utiliser l’argent. ». Là aussi, le rapport Emmanuelli a un titre de chapitre très à-propos : "Faute d’opérateur français, la visibilité de l’effort français dans les pays aidés est inexistante". Le rapport constate en effet : « L’aide apportée par la France, quatrième bailleur de fonds de l’aide mondiale à la lutte contre le sida, reste largement méconnue (…). Compte tenu de l’effort contributif national, il est regrettable que les ONG françaises ne soient pas assez puissantes ou structurées pour faire partie des opérateurs. ».

Certes, cette taxe de solidarité sur les billets d’avion n’a pas été généralisée dans tous les pays du monde, ce qui aurait apporté des fonds supplémentaires pour combattre la malaria, la tuberculose et dans une moindre mesure, le sida, dans le monde, qui sont de terribles fléaux sanitaires. Certes aussi, la pandémie du covid-19 et la paralysie du transport aérien mondial pendant cette crise sanitaire ont anéanti l’effet de cette taxe pendant plusieurs mois cette année, ce qui va avoir des conséquences dramatiques dans les programmes sanitaires d’Unitaid.

Mais justement, s’il avait fallu attendre l’accord de toutes les nations du monde, le fonds de solidarité n’aurait jamais existé. Jacques Chirac n’a pas attendu, il a pris ses responsabilités et a agi avec les seuls leviers qu’il maîtrisait, c’est-à-dire la fiscalité nationale. C’est en cela que Jacques Chirac n’était pas seulement un "humaniste croyant" ; il était avant tout un "humaniste pratiquant".


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le covid-19.
La malaria (le paludisme).
Le sida.
Unitaid et la taxe de solidarité sur les billets d’avion.
Chirac, l’humanisme sanitaire en pratique.
HiroChirac mon amour.
On a tous quelque chose de Chirac.
Le dernier bain de foule de Jacques Chirac, l’universaliste.
Chirac au Panthéon ?
À l’heure où Jacques Chirac entre dans l’Histoire…
Jacques Chirac a 86 ans : comment va-t-il ?
Présidence Chirac (1) : les huit dates heureuses.
Présidence Chirac (2) : les huit dates malheureuses.
Jacques Chirac contre toutes les formes d'extrême droite.
Jacques Chirac et la paix au Proche-Orient.
Sur les décombres de l'UMP, Jacques Chirac octogénaire.
Jacques Chirac fut-il un grand Président ?
Une fondation en guise de retraite.
L’héritier du gaulllisme.
…et du pompidolisme.
Jérôme Monod.
Un bébé Chirac.
Allocution télévisée de Jacques Chirac le 11 mars 2007 (texte intégral).
Discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995.

_yartiChirac2020A01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20060602-unitaid.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/06/38266375.html


 

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