Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 19:43

Jean Castex a reçu la mission, le 14 avril 2020, par le Premier Ministre, de faire un rapport sur le déconfinement. Le rapport a été finalisé le 6 mai 2020.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport Castex (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/rapport_jean_castex_-_preparation_de_la_sortie_du_confinement.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200511-covid-19.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200506-rapport-jean-castex.html

 

Partager cet article
Repost0
6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 03:00

« Ce n’est pas seulement un devoir d’humanité. C’est aussi l’intérêt bien compris des pays les plus favorisés. Car le monde ne s’arrête pas aux limites de leur prospérité. Il ne se borne pas aux certitudes de ceux que la fortune sert aujourd’hui. (…) En Afrique, dans les pays émergents, une immense majorité de la population, dans les campagnes ou dans les bidonvilles, attend encore, mais n’attendra pas indéfiniment, la concrétisation des promesses du progrès. Cette situation est lourde de menaces. Elle est moralement inacceptable. (…) Le développement constitue le premier défi et la première urgence de notre temps. C’est une question de morale. C’est, pour le système économique ouvert et la civilisation humaniste que nous avons en partage, la meilleure des garanties et le meilleur investissement pour l’avenir. (…) Vaincre la pauvreté par l’alliance du marché et de la solidarité. Telle doit être notre ambition partagée. » (Jacques Chirac, le 26 janvier 2005 au Forum de Davos).



_yartiChirac2020A01

Il y a vingt-cinq ans, le 7 mai 1995, le leader du parti gaulliste Jacques Chirac fut élu Président de la République par près de 15,8 millions de Français, soit 52,6% des suffrages exprimés avec une abstention de 20,3%. Il resta douze ans à l’Élysée, réélu le 5 mai 2020 par plus de 25,5 millions de Français, soit 82,2% des suffrages exprimés avec une abstention de 20,3%. Recordman du score le plus haut, à la limite d’un score de "république bananière" (ou d’un régime communiste), il fut battu par son ancien adversaire François Mitterrand pour la longévité à l’Élysée (mais pas pour la longévité cumulée à l’Élysée et à Matignon).

Alors que Jacques Chirac était parti dans la bataille présidentielle (dans un meeting à Lille le 4 novembre 1994, le jour de la Saint-Charles) avec des sondages particulièrement bas (Édouard Balladur et Jacques Delors étaient à l’époque les rois de la popularité), il a su gagner la confiance des Français sur le fameux thème (séguiniste) de la fracture sociale. C’était sa troisième tentative et il a fallu de la persévérance et de l’énergie pour croire encore en lui après deux échecs cuisants.

Après son départ de l’Élysée, il a été souvent taxé de "roi fainéant", par ceux de ses successeurs qui voulaient montrer qu’ils agissaient pour le pays (agir = réformer). Certes, Jacques Chirac a été loin d’être un Président "efficace", dans le sens où ses années au pouvoir n’ont pas toujours été très utiles au pays, et il est l’archétype de l’homo politicus de la Cinquième République, du début jusqu’à la fin de sa carrière, cumulant mandats et responsabilités, et se donnant tout entier à sa passion dévorante, l’ambition politique. Mais il y a une chose qu’on a pu apprendre de Jacques Chirac au fil de son existence, c’est son humanisme.

Très loin du l’image du "Chirac facho" associée à lui à la fin des années 1970 et début des années 1980, très commune finalement pour les jeunes loups prêts à tirer sans sommation et avec mauvaise foi par esprit partisan (Nicolas Sarkozy a eu la même image d'arrogance au même âge, tout aussi inappropriée et insultante pour les victimes du fascisme), Jacques Chirac était un authentique humaniste, c’est-à-dire une personne qui considère que l’être humain est le premier des trésors à protéger et promouvoir.

Oh, évidemment ! Tout le monde est humaniste de nos jours (et c’est heureux), certains sont même capables d’en faire une sorte d’étendard électoraliste (c’est moins heureux), mais ceux qui s’en revendiquent trop explicitement me font toujours peur : il y a ceux qui parlent et il y a ceux qui agissent ; ce sont rarement les mêmes.

D’ailleurs, la crise sanitaire actuelle est aussi une leçon de vérité pour beaucoup de monde, selon les déclarations des uns et des autres. Michel Houellebecq l’a évoqué lorsqu’il parle d’impudeur de trouver plus normal que des personnes âgées (âge limite à définir) meurent du covid-19 que des plus jeunes. Il n’y a rien de normal et d’acceptable quand on n’a pas tout fait pour empêcher, non pas la mort (personne n’a jamais prétendu à l’immortalité, ou alors quelques dérangés mentaux), mais la propagation de la pandémie. Les médecins ne sont pas des magiciens, n’ont pas de potion magique, et feront tout pour sauver toute personne qui a besoin de soins, quels que soient son âge, son statut, sa nationalité, son origine, etc. La seule limite est le refus d’un acharnement thérapeutique, dont, certes, les contours sont assez flous mais ne peuvent absolument pas se confondre avec l’euthanasie voire la volonté délibérée de refus de soins sous prétexte d’âge ou d’autre chose.

Jacques Chirac, lui, s’affichait rarement comme étant explicitement un "humaniste", surtout par pudeur personnelle. Le 14 juillet 2002, il a pourtant lancé de nombreux chantiers humanistes et consensuels, pour réduire les hécatombes : lutte contre le cancer, lutte contre l’insécurité routière, lutte contre le sida, et aussi, insertion dans la société des personnes en situation de handicap. C’est Jacques Chirac qui a révolutionné le regard que la société porte aux enfants en situation de handicap avec une loi en 2005 pour les scolariser comme les autres enfants. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Certes, la loi est imparfaite et surtout, son application est compliquée car il faut faire appel à des assistants de vie qui coûtent cher aux finances publiques, mais il y a eu changement de paradigme. Mais avant 2005, il n’y avait rien dans la législation.

Ce qui est révoltant et a révolté le Président de la cinquième puissance mondiale, c’était la situation sanitaire dans les pays surtout pauvres, où l’on meurt encore beaucoup de tuberculose, du paludisme, et du sida. Pour le sida, on n’en guérit toujours pas mais la trithérapie coûtait très cher, et pour les autres maladies, on était capable de les soigner, à condition d’y mettre le budget. C’est pour cela que pour lui, le développement est le premier défi de la diplomatie et sa position faisait qu’il pouvait faire quelque chose de constructif.

Lorsqu’il s’est rendu pour la première fois au Forum de Davos, le 26 janvier 2005, il n’y était pas allé avec beaucoup d’enthousiasme, peu favorable aux grand-messes du monde économique, mais il avait compris que c’était à cette tribune qu’il pouvait toucher le plus possible ses interlocuteurs, à savoir, les dirigeants des autres puissances économiques du monde. Quand il a parlé d’intérêts économiques bien compris, il ne fallait d’ailleurs pas y voir du cynisme mais de l’efficacité, au même titre que si la France décidait de ne pas financer le soin de personnes étrangères en situation irrégulière, cela coûterait très cher à la population française, car (encore une fois), non seulement les virus ne connaissent pas les frontières, mais ils ne connaissent pas non plus les nationalités.

L’efficacité, c’est de faire comprendre à ceux qui ont un pouvoir financier (dirigeants politiques et acteurs économiques) que la morale va dans le même sens que leurs intérêts économiques. On voit bien d’ailleurs que l’intérêt sanitaire va dans le sens de l’intérêt économique : si on ne casse pas l’épidémie du covid-19, les économies ne redémarreront jamais. Certes, le confinement a ébranlé les économies, mais l’absence de confinement aurait très largement aggravé la situation sanitaire au niveau mondial et aurait continué à paralyser les économies. C’est dans le même sens qu’on ne peut pas imaginer le succès d’une politique de transition écologique qui irait à l’encontre de l’intérêt économique. Si la vertu affronte l’argent, hélas, l’argent a de grandes chances de gagner la bataille, en revanche, les batailles se gagnent plus facilement si l’argent est l’allié de la vertu.

L’ONU a profité de l’an 2000 pour proposer des "Objectifs du Millénaire pour le développement" avec pour horizon 2015 (dépassé), en mettant la santé comme priorité à l’aide publique au développement, dans trois batailles contre les maladies : le sida, la tuberculose et le paludisme. Par exemple, en Afrique et en Asie, seulement 1,8 milliard de dollars ont été levés en 2010 pour le paludisme alors qu’il en faudrait 6 milliards (selon l’OMS). L’argent réglerait une partie du problème (pas tout, la recherche médicale aussi).

Jacques Chirac considérait qu’il était "assez facile" de venir à bout de grandes maladies comme la tuberculose et le paludisme, par exemple, avec des fonds finalement pas si élevés que cela à l’échelle mondiale. Mais comment trouver les fonds ? L’idée d’une taxation des vols aériens a rapidement fleuri. Notons que taxer et encore taxer est peu une position "libérale" et encore moins une position dite "de droite". Ce serait plutôt une position "collectiviste" (ou une facilité, faute de trouver d’autres moyens que la charité publique).

L’idée de cette taxe datait du rapport rédigé par Jean-Pierre Landau, inspecteur général des finances et conseiller financier à l’ambassade de France à Londres, publié le 1er septembre 2004 sur les nouvelles contributions financières internationales (lettre de mission du 21 octobre 2003, rapport remis le 14 mai 2004). Dans ce rapport, le groupe d’étude l’envisageait pour réduire la pollution aérienne : « la taxe directe des billets, qu permettrait de discriminer entre les passagers et, le cas échéant, les destinations, afin d’éviter de pénaliser le tourisme vers les pays en développement ». Et de l’évaluer : « Une taxe de 5% sur le prix des billets de première classe et de classe affaires dégagerait de l’ordre de 8 milliards de dollars US. ». À condition que tous les pays l’appliquent.

Dans le second tome de ses mémoires ("Le temps présidentiel", sorti en 2011 chez Nil), Jacques Chirac a explicité son idée : « Parmi les solutions de financement (…), je défends celle, moins ambitieuse que d’autres, mais sans doute plus commode à réaliser, d’un "faible prélèvement sur les trois milliards de billets d’avion vendus annuellement", à raison, dans l’immédiat, d’un dollar par billet. "Ce qui frappe, leur dis-je en conclusion, c’est la disproportion entre la modestie de l’effort nécessaire et les bénéfices qui en résulteraient pour tous". ».

Concrètement, le Président Chirac a fait adopter ce principe de taxe sur les vols aériens par la France, le Brésil (dirigé par Lula), le Royaume-Uni, la Norvège et le Chili, au cours d’une conférence ministérielle à Paris le 14 juillet 2005, puis il a écrit à cent quarante-cinq chefs d’État ou de gouvernement pour leur proposer d’instituer cette taxe qui était relativement facile à mettre en place. Finalement, très peu de pays ont répondu positivement à son appel, une trentaine, et encore moins ont réellement mis en place cette taxe (en 2013, huit autres pays ont rejoint les cinq premiers : Madagascar, la Corée du Sud, le Congo-Brazzaville, le Maroc, le Cameroun, le Mali, l’île Maurice et le Niger). Ajoutons que la solidarité européenne n’a pas joué dans cette "diplomatie sanitaire", ce qui est tout à fait regrettable (j’ai expliqué que "l’Europe de la Santé" n’existait pas et qu’il faudrait un jour la construire).

Sans attendre une entente internationale qui aurait peu de chance d’aboutir, Jacques Chirac a fait en sorte que la France appliquât cette mesure immédiatement, malgré la contestation de sa propre majorité UMP. Outre la réticence à augmenter taxes et impôts dans un pays déjà excessivement taxé et imposé, il y avait aussi cette crainte que si cette taxe était appliquée seulement en France, la compagnie aérienne Air France serait handicapée par rapport à ses concurrents. En effet, les seules taxes possibles portent sur les vols au départ du pays qui les met en place, et Air France est la compagnie qui a le plus de départs depuis la France (ce qui est normal), et donc, se voit désavantagé si les pays originaires de ses concurrents ne mettent pas également en place cette taxe.

Déposé le 23 novembre 2005, le projet de loi de finances rectificative pour 2005 a été adopté par les députés le 22 décembre 2005 après un débat houleux. L’article 22 de cette loi n°2005-1720 du 30 décembre 2005 a introduit la taxe de solidarité sur les billets d’avion : « Il est créé un fonds de solidarité pour le développement dont l’objet est de contribuer au financement des pays en développement et de tendre à réaliser les "objectifs du millénaire pour le développement", notamment dans le domaine de la santé. (…) Les montants (…) font l’objet d’une majoration au profit du fonds de solidarité pour le développement. Un décret fixe le montant de cette majoration, dans la limite respectivement de 1 euro et de 4 euros, ou, lorsque le passager peut bénéficier sans supplément de prix à bord de services auxquels l’ensemble des passagers ne pourrait accéder gratuitement, de 10 euros et de 40 euros. ».

Dans ses mémoires, Jacques Chirac l’a évoqué : « Dois-je encore m’étonner ? C’est dans les rangs de l’UMP que sont venues les critiques les plus assassines. Tel député prédisant que trois mille emplois allaient être supprimés du fait de cette taxe. Tel autre assurant qu’elle aurait des conséquences aussi désastreuses sur notre économie que les 35 heures. (…) J’ai apprécié, dans le même temps, le courage avec lequel Jean-François Copé, alors Ministre du Budget, a su défendre ce projet qui ne méritait pas d’être à ce point contesté par des éléments de notre propre majorité. ». Rappelons qu’à l’époque, l’UMP était présidée par …Nicolas Sarkozy.

La taxe, appelée "taxe Chirac", est appliquée en France depuis le 1er juillet 2006. Par la suite, elle a été relevée de 12,7% le 16 novembre 2016 lors d’une réunion du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement. Les craintes économiques sur l’impact financier n’étaient pas vraiment fondées. Au Salon du Bourget, en juillet 2007, après un an d’application de la taxe, le PDG d’Air France-KLM a lui-même reconnu : « Bien sûr, au départ, nous avons constaté une incidence négative sur le transports, mais rapidement, cela s’est estompé, le niveau de taxe fixé étant raisonnable. ». Le rapport Emmanuelli (voir plus loin) a lui aussi affirmé : « En dépit de la levée de boucliers suscitée à l’époque de son lancement, la taxe n’a eu aucun effet négatif sur le trafic ou les emplois du secteur aérien et la collecte n’a pas trop souffert de la crise financière. » (12 juillet 2011).

D’un point de vue diplomatique, l’action de Philippe Douste-Blazy (homme politique et cardiologue) a été déterminante. Alors Ministre des Solidarités, de la Santé et de la Famille du 31 mars 2004 au 31 mai 2005, il fut nommé Ministre des Affaires étrangères du 2 juin 2005 au 15 mai 2007, dans le gouvernement de Dominique de Villepin. Ce fut donc avec ces deux casquettes, chef de la diplomatie française et grand connaisseur de la santé publique (médecin et ancien ministre de la santé), qu’il a réussi à mobiliser les forces vives de la "communauté internationale" (au concept très flou).

Ces actions ont débouché sur la création du fonds international Unitaid, lancée le 2 juin 2006 à New York au cours d’une conférence des Nations Unies sur le sida. Le 3 mars 2007, Philippe Douste-Blazy fut élu pour en assurer la présidence sous les auspices de l’ONU (jusqu’au 23 juin 2016 ; l’ancien ministre a également été candidat à la direction générale de l’OMS en 2016). Élue le 29 mai 2019, l’ancienne Ministre de la Santé Marisol Touraine est l’actuelle présidente d’Unitaid depuis le 20 juin 2019. Elle a succédé à Celso Amorim, qui fut le Ministre brésilien des Affaires étrangères lorsque Unitaid fut lancée.

Dans une déclaration à Paris le 3 novembre 2006, Jacques Chirac a justifié la création d’Unitaid : « La France a concrétisé ses promesses. En créant le Fonds de solidarité thérapeutique international, nous avons démontré qu’il n’y avait pas de fatalité : oui, l’accès aux traitements antiviraux dans les pays du Sud était possible. Depuis, la France a activement soutenu la création du Fonds mondial, premier instrument multilatéral de financement de la prévention et du traitement du sida, de la tuberculose et du paludisme. (…) C’est pourquoi la France a mis en place au 1er juillet dernier une contribution de solidarité sur les billets d’avion : l’essentiel de son produit sera affecté à Unitaid, la facilité internationale d’achat de médicaments. L’idée de ce type de financement innovant est simple, elle est aussi juste : affecter une proportion infime des immenses richesses générées par l’accélération des échanges, pour qu’à la mondialisation de l’économie réponde la mondialisation de la solidarité. ». C’est de l’humanisme par les faits, pas par de belles paroles.

_yartiChirac2020A02

Dans une tribune publiée dans "La Croix" le 26 septembre 2006, Philippe Douste-Blazy a, de son côté, expliqué la démarche de la France ainsi : « Les diplomates ont dû (…) s’emparer de nouveaux sujets, du réchauffement climatique à la lutte contre les pandémies. (…) La France a entrepris une démarche pionnière en lançant l’idée d’une contribution internationale de solidarité sur les billets d’avion et en proposant la création d’Unitaid. (…) Ce financement innovant permettra, à un niveau d’une ampleur inégalée, de sécuriser et de renforcer l’approvisionnement durable des pays du Sud en médicaments. (…) La santé publique est aujourd’hui une question politique et diplomatique de premier ordre, inscrite dans les grands agendas internationaux. Au-delà de la question éthique, nous devons prendre conscience de l’enjeu que représentent ces questions au niveau de la politique étrangère. Au-delà de l’exigence de dignité, un pays qui n’a ni système de santé, ni politique de prévention, ni accès aux médicaments est un pays fragilisé, sujet à toutes les déstabilisations. ».

Parallèlement à cette mission, Philippe Douste-Blazy a été nommé Secrétaire Général adjoint de l’ONU chargé de ce projet du 19 février 2008 au 19 février 2017 (fonction bénévole), et à ce titre, il a tenté également de lancer le programme humanitaire MassiveGood le 4 mars 2010, mais sans succès (cela coûtait plus cher que cela n’a remporté), dont l’idée était de permettre des micro-dons par les voyageurs de vol aérien (quelques euros ou dollars), mais le coût du logiciel (qui a été par la suite utilisé dans d’autres programmes) a plombé financièrement le projet. Ce projet était pourtant important car beaucoup de pays ont refusé d’imposer une nouvelle taxe et ont seulement encouragé les dons (volontaires).

En 2007, Unitaid a pu collecter 300 millions de dollars et en 2008, 500 millions. Parmi les actions très importantes d’Unitaid, la réussite, le 8 mai 2007, des négociations, par l’intermédiaire de la fondation de l’ancien Président américain Bill Clinton, avec l’industrie pharmaceutique a permis de réduire les prix des médicaments de la trithérapie pour soigner les personnes atteintes du sida de 25 à 50% dans soixante-six pays pauvres. Dans le monde, 5 millions de personnes malades du sida n’avaient pas accès aux soins sur les 7 millions qui en auraient eu besoin.

Selon Unitaid, entre 2006 et 2013, Unitaid a reçu au total 2,2 milliards de dollars de contributions (dont 1,3 milliard de dollars provenant de la France, soit 60%) et a engagé 1,9 milliard de dollars pour des projets de lutte contre le paludisme, le sida et la tuberculose (14% sont consacrés aux frais de fonctionnement). Rien que dans l’achat de produits (médicaments, vaccins, etc.), entre 2007 et 2015, Unitaid a consacré 560 millions de dollars dans la lutte contre le paludisme, 530 millions de dollars contre le sida et 162 millions de dollars contre la tuberculose. Quatre-vingt-huit pays ont bénéficié de subvention d’Unitaid dans l’achat de médicaments, en particulier ceux correspondant aux besoins en matière de diagnostic et de thérapeutique du sida ou de la tuberculose multirésistante (entre 2006 et 2011, plus de 270 000 enfants malades du sida et 750 000 enfants atteints de la tuberculose ont été traités grâce à l’action d’Unitaid). Rien que sur les fonds français, selon le Quai d’Orsay, 5,6 millions de malades ont été soignés en 2009, dont 5,1milllions pour le paludisme, 250 000 pour la tuberculose et 240 000 pour le sida.

Plus récemment, lors de la Journée mondiale du paludisme le 24 avril 2020, le directeur exécutif d’Unitaid Philippe Duneton a rappelé que les objectifs d’Unitaid restaient inchangés malgré la pandémie du covid-19 : « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre les bénéfices de plus d’une décennie de travail dans la lutte contre le paludisme, et courir le risque d’une recrudescence d’une maladie qui tue plus de 400 000 personnes chaque année, dont beaucoup d’enfants. ». En 2018, il y avait 228 millions de cas de paludisme, et l’objectif ambitieux de l’OMS est d’éradiquer l’épidémie d’ici à 2030. Grâce à l’aide internationale, 600 000 personnes atteintes du paludisme sont sauvées chaque année. Unitaid fonctionne par de nombreux projets de développement. Son aide annuelle dans la lutte contre le paludisme est passée de 150 millions de dollars en 2015 à 350 millions de dollars en 2020.

Unitaid ne se préoccupe pas seulement du sida, du paludisme et de la tuberculose. En octobre 2018, Unitaid s’est engagée pour lutter contre l’hépatite C dont la situation mondiale est préoccupante : dans le monde, 71 millions de personnes souffrent d’une infection chronique au VHC (hépatite C) à comparer aux 37 millions de personnes qui vivent avec le VIH (sida). Mais seulement 4% des malades de l’hépatite C sont traités (à comparer aux 59% des porteurs du VIH traités). L’objectif d’Unitaid est d’éliminer l’hépatite C grâce à des nouveaux médicaments depuis 2015 (appelés des antiviraux à action directe).

Lors du dixième anniversaire d’Unitaid, le Ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a déclaré le 23 juin 2016 à Paris : « La naissance d’Unitaid est étroitement associée à celle des financements innovants et plus particulièrement à la taxe sur les billets d’avion. Cette taxe, adoptée à Paris en 2005, qui partait du principe qu’il était légitime de faire contribuer un secteur emblématique de la mondialisation à la solidarité internationale, apporte aujourd’hui plus de la moitié des financements d’Unitaid. (…) En agrégeant la demande mondiale, Unitaid a permis de diviser le prix des traitements contre le VIH par 10 et de multiplier le nombre de personnes bénéficiant de ces médicaments également par 10. En favorisant des diagnostics innovants, le plus tôt possible, elle fait aussi mieux : le taux de détection de la tuberculose pharmaco-résistante a doublé. Et innover, c’est également créer des solutions là où elles n’existent pas. Unitaid utilise sa position unique sur le marché mondial des médicaments pour inciter l’industrie à fournir des solutions à des besoins trop souvent négligés. (…) Le Président Jacques Chirac fait partie des pionniers qui ont suivi, on pourrait le dire, une intuition, celle du rôle majeur que devaient jouer les financements innovants dans le combat pour la santé mondiale. Je voudrais saluer l’œuvre qui a été la sienne car elle ne partait pas seulement de l’intuition dont je viens de parler mais elle partait aussi du cœur et du refus de cette inégalité majeure face aux exigences légitimes en matière de santé. ».

Revenons à la France. En 2012, la taxe Chirac (française) a levé 185 millions d’euros. 90% des produits de la taxe Chirac (taxe française) sont reversés à Unitaid : entre 2007 et 2010, la France a levé 546 millions d’euros, et elle a versé 496 millions d’euros à Unitaid, et 50 millions à un fonds créé par l’Agence française de développement (AFD). Selon un rapport parlementaire déposé à la Présidence de l’Assemblée Nationale le 12 juillet 2011 par l'ancien ministre Henri Emmanuelli (rapport n°3645), la France a contribué à Unitaid à hauteur de 70% pour la période 2006-2010 (60% pour la période 2006-2013, information hors rapport, indiquée plus haut), ce qui montre son isolement international. Ce n’est pas la taxation des vols aériens qui pose des problèmes aux autres pays, mais son affectation à l’aide sanitaire dans les pays pauvres, souvent, la priorité est donnée aux enjeux nationaux comme la réduction du déficit public en Allemagne.

Lors d’une réunion de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, le 15 février 2011, celui qui était à l’époque son président, Jérôme Cahuzac, a déploré l’absence de reconnaissance à la France pour sa contribution majeure aux fonds : « Apparemment, les fonds sont bien mobilisés, plus de 540 millions d’euros en moins de quatre ans, et arrivent à leurs destinataires ; en revanche, ces derniers ignorent le rôle déterminant joué par la France dans cette aide. ».

C’est d’ailleurs l’un des titres de chapitre du rapport Emmanuelli : "Une collecte efficace mais une communication insuffisante pour un financement innovant" en insistant sur « l’insuffisante information des voyageurs et du Parlement sur cette taxe ». Et de suggérer : « Malgré son montant très faible, l’absence de toute mention de la taxe sur le billet d’avion acheté, et de promotion de la taxe dans la communication des compagnies aériennes, est regrettable. Pour minime que soit le montant du prélèvement, l’acheteur-contribuable a le droit d’être informé (…). Par ailleurs, la communication des objectifs de la taxe doit être mieux reprise par les compagnies aériennes si la France, plaque tournante du tourisme international, souhaite promouvoir le dispositif d la taxe auprès d’autres pays. ».

Certains ont alors considéré (en voulant la remettre en cause) que l’aide multilatérale de la France n’était pas efficace en termes de visibilité, mais Philippe Douste-Blazy, alors président (français) d’Unitaid, a rejeté ce genre d’arguments : « Quand les médicaments sont donnés par des Américains, Unitaid est américaine, mais elle serait française si les Français étaient sur place. Plutôt que de la remettre en cause, il faudrait faire en sorte que la France ait les moyens d’utiliser l’argent. ». Là aussi, le rapport Emmanuelli a un titre de chapitre très à-propos : "Faute d’opérateur français, la visibilité de l’effort français dans les pays aidés est inexistante". Le rapport constate en effet : « L’aide apportée par la France, quatrième bailleur de fonds de l’aide mondiale à la lutte contre le sida, reste largement méconnue (…). Compte tenu de l’effort contributif national, il est regrettable que les ONG françaises ne soient pas assez puissantes ou structurées pour faire partie des opérateurs. ».

Certes, cette taxe de solidarité sur les billets d’avion n’a pas été généralisée dans tous les pays du monde, ce qui aurait apporté des fonds supplémentaires pour combattre la malaria, la tuberculose et dans une moindre mesure, le sida, dans le monde, qui sont de terribles fléaux sanitaires. Certes aussi, la pandémie du covid-19 et la paralysie du transport aérien mondial pendant cette crise sanitaire ont anéanti l’effet de cette taxe pendant plusieurs mois cette année, ce qui va avoir des conséquences dramatiques dans les programmes sanitaires d’Unitaid.

Mais justement, s’il avait fallu attendre l’accord de toutes les nations du monde, le fonds de solidarité n’aurait jamais existé. Jacques Chirac n’a pas attendu, il a pris ses responsabilités et a agi avec les seuls leviers qu’il maîtrisait, c’est-à-dire la fiscalité nationale. C’est en cela que Jacques Chirac n’était pas seulement un "humaniste croyant" ; il était avant tout un "humaniste pratiquant".


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le covid-19.
La malaria (le paludisme).
Le sida.
Unitaid et la taxe de solidarité sur les billets d’avion.
Chirac, l’humanisme sanitaire en pratique.
HiroChirac mon amour.
On a tous quelque chose de Chirac.
Le dernier bain de foule de Jacques Chirac, l’universaliste.
Chirac au Panthéon ?
À l’heure où Jacques Chirac entre dans l’Histoire…
Jacques Chirac a 86 ans : comment va-t-il ?
Présidence Chirac (1) : les huit dates heureuses.
Présidence Chirac (2) : les huit dates malheureuses.
Jacques Chirac contre toutes les formes d'extrême droite.
Jacques Chirac et la paix au Proche-Orient.
Sur les décombres de l'UMP, Jacques Chirac octogénaire.
Jacques Chirac fut-il un grand Président ?
Une fondation en guise de retraite.
L’héritier du gaulllisme.
…et du pompidolisme.
Jérôme Monod.
Un bébé Chirac.
Allocution télévisée de Jacques Chirac le 11 mars 2007 (texte intégral).
Discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995.

_yartiChirac2020A03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200507-chirac.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/chirac-l-humanisme-sanitaire-en-224057

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/03/38258000.html




 

Partager cet article
Repost0
30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 03:58

« La mise en danger des patients, s’il apparaissait qu’elle puisse être provoquée par des traitements non validés scientifiquement, pourrait justifier dans ces circonstances la saisine du directeur général de l’ARS pour demander une suspension immédiate de l’activité de ces médecins. » (communiqué de l’ordre des médecins du 23 avril 2020).


_yartiConvidAS02

Je reviens sur le professeur Didier Raoult et l’hydroxychloroquine, et plus généralement ce que j’ai appelé le populisme scientifique mais que je préciserais en populisme médical.

La pandémie de covid-19 qui sévit dans le monde depuis le mois de janvier 2020 est une catastrophe totale. Totale car elle a fait arrêter toutes les affaires du monde et qu’elle occupe les esprits de tous depuis plusieurs longues semaines. Et il y a de quoi. On ne connaît rien du coronavirus SARS-CoV-2, auteur du crime. On n’a aucun traitement efficace pour affronter la forme sévère, si bien que la survie est devenue une véritable loterie pour les malades qui subissent cette forme sévère (peut-être un petit espoir en direction du tocilizumab, mais attention aux faux espoirs, rien n’est encore confirmé). On vient même de découvrir une suspicion de forme grave chez les enfants généralement épargnés. On ne dispose d’aucun vaccin. On ne sait tellement rien que l’on commence même à douter de l’effet immunitaire de ceux qui ont été au contact avec le coronavirus, ce qui remet en cause l’une des capacités à arrêter la circulation du virus (l’immunité collective).

Pour corser le tout, il existe un grand nombre (à déterminer ultérieurement) de personnes porteuses du virus qui sont asymptomatiques, c’est-à-dire qui ne sont pas malades et qui ne savent pas qu’elles ont été contaminées mais qui, pourtant, peuvent contaminer les autres. Bref, rien que sur l’effet sanitaire, la situation est on ne peut plus anxiogène et le fait d’avoir peur est non seulement normal mais est nécessaire. La peur, sauf pour le hérisson qui reste paralysé, est la meilleure motivation pour agir. Et l’action nécessaire, c’est de tout faire pour ralentir sinon stopper la circulation du virus. La principale mesure pour cela a été de confiner les populations. C’est la méthode chinoise qui, semble-t-il (à confirmer car les statistiques sont assez étranges, j’y reviendrai dans un autre article), a été efficace. Le confinement a engendré aussi son lot de conséquences anxiogènes, la principale étant une crise économique et un bond du chômage.

Depuis plusieurs semaines, beaucoup de réflexions reposent donc sur les professionnels de santé, et plus particulièrement, les professionnels de la pandémie : épidémiologistes, infectiologues, virologues, pneumologues, médecins en service de réanimation, statisticiens, spécialistes de l’éthique médicale, etc.

Heureusement, la France a un certain nombre de lois qui protègent les citoyens, et sur le plan sanitaire, c’est une chance. Plus il y a de régulation, plus il y a évidemment de frein à la liberté. Les lois sont votées pour protéger les plus faibles face au plus fort (ou face à l’adversité, il n’y a pas forcément un "ennemi" désigné, surtout en période de crise sanitaire, l’ennemi est le coronavirus). Or, sur le plan médical, il y a deux sortes de faiblesse : la maladie (ou le handicap, ou la dépendance, bref, lorsque le corps, y compris l’esprit, flanche et a besoin de soins), mais aussi l’ignorance.

L’ignorance est un manque de savoir, l’incompétence est un mélange de manque d’utilisation du savoir et d’inexpérience. Pour être médecin, on ne doit pas faire sans raison une dizaine d’années d’études, initiées par une très forte sélection (le fameux numerus clausus). Certes, aujourd’hui, avec Internet, tout le monde peut avoir accès à la connaissance, mais elle y est souvent parcellaire et, de toute façon, elle n’est pas suffisante pour savoir l’appliquer, l’utiliser, les médecins sont aussi des praticiens et des professionnels. Praticiens signifie qu’ils acquièrent l’expérience. Professionnels signifie entre autres qu’ils sont une profession, qu’ils communiquent entre eux, se concertent, réseautent, veillent sur l’état de la science, éléments qu’on n’a pas seul chez soi devant un ordinateur bourré seulement de connaissances théoriques.

J’ajoute également en introduction qu’il peut y avoir deux sortes de médecins : les médecins "seulement" praticiens et les médecins "chercheurs". C’est peut-être une caricature mais c’est une réalité. Les médecins "seulement" praticiens utilisent leur savoir, leur expérience et l’expérience de leurs collègues, au bénéfice de leurs patients, tandis que les médecins "chercheurs" créent de la connaissance, en d’autres termes, trouvent la manière de mieux lutter contre une maladie ou s’en prémunir le cas échéant. Les médecins "seulement" praticiens ne peuvent qu’appliquer ce que les chercheurs ont permis de trouver. Ils ne peuvent eux-mêmes, seuls dans leur cabinet de consultation, mener des recherches, du moins, de manière isolée.

En particulier, il y a une loi qui oblige les traitements, avant d’être commercialisés, à "subir" une série de tests cliniques qui puissent prouver que, d’une part, ils sont effectivement efficaces ; d’autre part, qu’ils n’ont pas des conséquences secondaires pires que la maladie qu’ils veulent traiter (en particulier pour certaines catégories de patients). C’est la clef de la commercialisation. Cette nécessité est une véritable protection pour le patient profane : elle lui donne un cadre de protection face aux industries pharmaceutiques qui n’ont pas forcément besoin d’efficacité pour vendre leurs produits (exemple : le Mediator).

Ce cadre réglementaire s’appelle le code de la santé publique, et l’on y retrouve aussi (dans ce code) le code de déontologie médicale dont la dernière mise à jour date du 29 octobre 2019. Chaque médecin est tenu de respecter ce code de déontologie, sous peine de… ne plus avoir le droit d’exercer comme médecin. C’est la simple protection pour différencier médecins et charlatans, de plus en plus fréquents en période de crise. L’ordre des médecins est une sorte de police des médecins. On peut bien sûr critiquer l’institution, parce qu’elle est une sorte de justice hors de la justice, mais c’est encore le seul moyen qu’on a de dire qu’un médecin sort de la médecine (qui, à part d’autres médecins, pourrait-il juger cela ?). Ne plus avoir le droit d’exercer, c’est comme un chauffard dont on aurait retiré le permis de conduire : il a fait une faute grave qui lui interdit de conduire à nouveau, du moins temporairement, et cela pour la sécurité des autres usagers de la route.

Ainsi, les médecins n’ont pas le droit de prescrire des traitements qui n’ont pas été éprouvés, approuvés et agréés par une autorité de santé publique pour la commercialisation. Ce sont les articles R1121-1 et suivant du code de la santé publique.

Il y a aussi dans le cadre réglementaire une obligation d’avoir un sens des responsabilités : la communication au grand public doit être adaptée et prudente, surtout lorsqu’il y a discussions voire polémiques sur des sujets qui ont pour conséquence la santé des patients. Deux articles sont particulièrement intéressants dans le code de la santé publique.

Le premier est l’article R4127-13 : « Lorsque le médecin participe à une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public. Il doit se garder à cette occasion de toute attitude publicitaire, soit personnelle, soit en faveur des organismes où il exerce ou auxquels il prête son concours, soit en faveur d’une cause qui ne soit pas d’intérêt général. ».

Le second est l’article R4127-14 : « Les médecins ne doivent pas divulguer dans les milieux médicaux un procédé nouveau de diagnostic ou de traitement insuffisamment éprouvé sans accompagner leur communication des réserves qui s’imposent. Ils ne doivent pas faire une telle divulgation dans le public non médical. ».

En lisant ces lignes, on peut penser tout de suite à l’attitude du professeur Didier Raoult.

Insistons bien : Didier Raoult est un médecin chercheur, et à ce titre, il est une sommité médicale reconnue internationalement. Il est un "mandarin", avec ses défauts comme ses qualités. Ses luttes internes, ses manœuvres, ses querelles de chapelle. Parmi ses caractéristiques, il peut difficilement se considérer comme "la voix du peuple" face à une "élite parisienne", d’une part parce que ses "opposants" sont aussi provinciaux que lui (Bordeaux, Angers, Lyon, etc.) ; d‘autre part, parce qu’il fait lui-même partie de l’élite médicale française, reconnue mais aussi écoutée jusqu’à la magistrature suprême, puisque le Président de la République Emmanuel Macron a même fait le déplacement pour le rencontrer à Marseille le 9 avril 2020 (peu avant son importante allocution du 13 avril 2020 qui a annoncé la date du déconfinement). De plus, il est toujours membre du conseil scientifique sur le covid-19 bien qu’il refuse d’y siéger.

Par ailleurs, Didier Raoult a su faire venir des fonds de dizaines de millions d’euros pour ses activités, tant d’origine publique que privée (des industries pharmaceutiques notamment), ce qui, pour moi, est une grande qualité (les chercheurs qui cherchent des fonds savent de quoi je parle), mais c’est difficile de se considérer parallèlement comme une victime incomprise et rejetée du "système" dont il est l’un des éléments les plus brillants.

Sa personnalité d’électron libre est même plutôt attendrissante. Sous son faux air de Panoramix qui confectionne sa potion magique (la science hélas n’a rien à voir avec la magie), Didier Raoult, scientifique reconnu, a hélas adopté un comportement fort regrettable qui n’a plus grand-chose d’un comportement de scientifique rigoureux et rationnel. La croyance et la magie semblent avoir chassé l’entendement.

Or, Didier Raoult, surfant sur une vague populiste qu’il n’a pas initiée mais qui le porte, en rajoute systématiquement dans le sens victimaire. Au regard des deux articles du code de la santé publique que je viens de citer, à l’évidence, Didier Raoult n’en a pas tenu compte dans sa communication. Pas de prudence lorsqu’il a parlé de "grippette chinoise" (avec une légère condescendance pour les Chinois) en janvier 2020, pas de réserves lorsqu’il a dit avoir définitivement trouvé la solution à base d’hydroxychloroquine en mars 2020, et manque encore de prudence lorsqu’il affirme la saisonnalité (qui reste plus qu’hypothétique) du coronavirus en avril 2020.

C’est vrai que Didier Raoult est très apprécié pour une raison très simple : il essaie d’annoncer des bonnes nouvelles. D’abord, l’épidémie n’est pas grave. Ensuite, si ! elle est grave, mais on peut traiter la maladie. Enfin, elle va finir toute seule grâce à l’été. Le problème, c’est que tout cela n’est pas prouvé et même parfois infirmé, même si tout le monde (je dis bien tout le monde, y compris le gouvernement, et même les "méchants" de "big pharma" qui préféreraient le monde d’avant récession) aurait bien voulu qu’il ait raison. Pas étonnant que ceux qui ont le plus peur lui fassent le plus confiance, il rassure (ce qui est un autre rôle important des médecins). Le problème, c’est qu’il rassure dans un contexte qui n’a rien de rassurant. Or, sous-estimer les dangers fait augmenter la menace par la sous-estimation des risques et l’impréparation.

_yartiRaoultDidierB03

De plus, ses interventions publiques sont essentiellement "top-down", à partir de vidéos sur Youtube sans capacité de débattre et de démonter des arguments particulièrement foireux (j’y reviens ci-dessous). Pire, lui, grand chercheur, s’enorgueillit d’avoir 600 000 clics sur une vidéo, preuve d’une supposée véracité de ses propos (comme si le nombre était un critère de vérité !). Par ailleurs, les seules publications qu’il a rédigées sur ce sujet depuis deux mois ont été éditées par l’institut qu’il dirige lui-même, ce qui est loin des publications à comité de lecture où les travaux scientifiques sont jugés minutieusement par ses pairs.

Didier Raoult a même fait une sorte de publicité en disant qu’on mourait moins dans son institut que dans les autres hôpitaux. Ce que le code de la santé publique interdit de faire et surtout, ce qui met dans une situation très compliquée vis-à-vis de leurs patients les médecins qui travaillent dans d’autres structures que celle de Didier Raoult.

À cause de ces communications malvenues, il y a déjà eu des victimes. Par exemple, ce couple d’Américains assez âgés qui, craignant d’être contaminés, ont avalé un poison à base de chloroquine utilisé pour nettoyer leur aquarium. Oui, les communications irresponsables peuvent tuer des personnes. De manière involontaires évidemment mais cela met surtout en lumière cette responsabilité du médecin (du "sachant") lorsqu’il fait une communication publique : il doit rester très prudent. Tous ses propos peuvent être mal interprétés.

Mais il y a d’autres victimes, ceux pour qui un traitement à l’hydroxychloroquine hors covid-19 est indispensable et qui voient ce médicament soudain en forte tension d’approvisionnement. Et plus généralement, tous les malades du covid-19. Beaucoup de médecins chercheurs ont eu du mal, après le début de la polémique sur l’hydroxychloroquine, à obtenir l’accord des patients pour faire des tests cliniques sur des autres substances. Et pourtant, faire partie des tests cliniques (quelles que soient les conditions), c’est faire partie des patients VIP. En effet, jamais les patients ne sont aussi bien médicalement surveillés que ceux des tests cliniques et au moindre indicateur qui peut inquiéter, le test peut être interrompu le cas échéant puisque c’est évidemment la santé du patient qui restera toujours la priorité fondamentale.

Du reste, le conseil national de l’ordre des médecins a bien compris qu’il fallait rappeler quelques règles de déontologie à certains médecins. Dans son communiqué du 23 avril 2020, qui vise particulièrement Didier Raoult (mais pas seulement lui, aussi des médecins dont un en Moselle qui ont communiqué un peu imprudemment dans un quotidien régional), il a mis en garde : « Le conseil national de l’ordre des médecins rappelle fermement à l’ensemble des médecins qu’en cette période de vulnérabilité particulière et face à l’inquiétude de nos concitoyens, leur parole prend un sens encore plus important. Il serait inadmissible dans ce contexte de susciter de faux espoirs de guérison. Les Français, nos patients, vouent une confiance importante au corps médical, qui se doit d’en être à la hauteur pendant cette crise sanitaire sans précédent. ».

« Très vigilant sur ces dérives », l’ordre a aussi condamné l’utilisation de traitements sans autorisation : « Eu égard à la communication qui a été faite sur ces protocoles [qui s’inscrivent en dehors de la législation en vigueur], les conseils départementaux de l’ordre où les médecins concernés exercent ont été invités à recueillir les explications de leurs confrères sur leurs dits protocoles et à leur rappeler leurs obligations déontologiques inscrites dans le code de la santé publique. ».

Enfin, il s’est inquiété sur la réalité du consentement des patients : « En temps de crise sanitaire, la spécificité du recueil du consentement des patients soumis à un protocole de recherche clinique et les règles de la prescription hors AMM doivent également faire l’objet d’une application très stricte de la part des professionnels. ».

Didier Raoult a répondu à ce communiqué le 26 avril 2020 par un simple tweet : « Je ne suis évidemment pas concerné par les menaces de l’ordre des médecins. Je m’inscris dans le cadre du décret du 25 mars 2020. Les doses d’hydroxychloroquine prescrites à l’IHU sont des doses habituelles, administrées sous surveillance. L’azithromycine est le traitement de référence des infections respiratoires. ».

Habile dans son expression, il a raison à propos du protocole utilisé, mais pas à propos de la communication au grand public de "susciter de faux espoirs". Cependant, il n’est pas le seul, et la première communication des chercheurs de l’AP-HP sur l’essai du tocilizumab n’est probablement pas meilleure sur le plan déontologique.

Je ne doute pas de la sincérité de Didier Raoult et de sa volonté d’intérêt général, c’est-à-dire, de sa sincère volonté d’aider les malades du covid-19 à se soigner. Nous pourrions seulement dire que la forme peut être contestable, plus que le fond, mais malheureusement, lorsqu’il s’agit de méthodologie scientifique, c’est bien du fond qu’il s’agit. Je reste complètement stupéfait lorsqu’un scientifique confirmé adopte des comportements qui n’ont rien de scientifique, pire, qui adopte des comportements antiscientifiques.

Revenons ainsi à l’hydroxychloroquine, souvent (volontairement ?) confondue avec la chloroquine qui sont pourtant des molécules différentes avec des anciennetés différentes. Nous sommes déjà la fin du mois d’avril, et cela fait deux mois et demi que Didier Raoult a annoncé que son protocole à base d’hydroxychloroquine serait efficace sur ses patients. Il a expliqué qu’il n’a pas été très rigoureux dans la démonstration de cette efficacité à cause de l’urgence. Certes, mais maintenant, avec dix semaines, il avait largement le temps de faire des tests cliniques rigoureux.

Toutefois, il n’insiste plus trop sur l’hydroxychloroquine mais plutôt sur l’azithromycine associée à "son" protocole. Certains pays ont même abandonné cette piste, voyant qu’elle n’aboutissait pas. Sachons être clair : si un remède miracle marchait effectivement, on le saurait et on l’utiliserait ! Quel intérêt y aurait-il de continuer cette hécatombe dans les salles de réanimation ? (Je suppose que les témoignages futurs de médecins en réanimation après la crise sanitaire seront très difficiles à entendre).

J’ai même entendu à la télévision le 21 avril 2020 un médecin technocrate retraité qui aurait mieux fait de la boucler (je ne cite pas son nom par charité chrétienne) parler d’une opposition entre "rigueur dogmatique" et le pragmatisme empirique. Il n’y a rien de dogmatique à vouloir rester rigoureux, surtout quand la vie de patients sont en jeu (le contraire serait criminel, même). Sophisme stupide donc de vouloir opposer les deux, comme si la rigueur signifierait remplir des tas de paperasses qui freineraient le génie scientifique des chercheurs ! Le cadre réglementaire a une seule mission : protéger les patients, répétons-le ! Un scientifique qui crache sur la rigueur scientifique est-il scientifique ? C’est un vrai débat (intéressant) mais pas à initier en période d’urgence sanitaire où il faut sauver des malades.

Dois-je aussi rappeler la sortie du professeur Éric Chabrière, qui n’est pas médecin mais physicien (spécialisé dans la cristallographie des protéines), qui disait pour soutenir Didier Raoult que la médecine n’était pas une science mais un art ? Les patients apprécieront. Et le docteur Youri Yordanov, médecin urgentiste à l’hôpital Saint-Antoine, n’a toutefois pas pu s’empêcher de tweeter ainsi le 28 mars 2020 : « Effrayant Éric Chabrière sur LCI… il a l’air d’un allumé… le populisme ruine la science ! À quel moment un IHU ou un chercheur accepte ces méthodes à la c@n ? ». Autre tweet : « Oh p*tain, il vient de comparer Raoult à De Gaulle ou Napoléon. ». Troisième tweet : « Aucune haine, c’est juste incompréhensible d’entendre un Pr de l’IHU dire : "il n’y a aucune rationalité, c’est pas dans la norme, c’est pas dans la méthode mais je vous dis ça marche". ». Je le répète, l’empirisme en science est un vrai sujet de réflexion mais quand on risque de tuer avec des substances à déconseiller pour les problèmes cardiaques, il faut un peu de rigueur avant de s’aventurer à traiter un grand nombre de patients avec un protocole incertain.

Passons en revue les arguments.

Et d’abord, le protocole. Il faut qu’il soit appliqué au début de la contamination pour réduire la charge virale. Cela signifie qu’il faut l’appliquer sur des centaines de milliers voire des millions de personnes, celles qui sont contaminées. Par principe de précaution, puisqu’une faible proportion seulement développera une forme sévère. Beaucoup de malades du covid-19 guérissent sans traitement, c’est même la grande majorité des cas. Or, leur donner de l’hydroxychloroquine serait, avec le nombre, un vrai danger de santé publique en raison des effets sur le rythme cardiaque.

En clair, ce protocole n’est pas satisfaisant pour ceux qui ont des problèmes cardiaques (pour qui il faudrait trouver un autre protocole dans tous les cas), et pour les autres, il faudrait les surveiller avec des électrocardiogrammes avant et pendant le traitement, ce qui est un dispositif très lourd, nécessitant (pour la surveillance) une hospitalisation de tous les patients (ce qui est absolument impossible du point de vue matériel vu le nombre de personnes contaminées).

Mais au-delà de ce problème de toxicité cardiaque qui peut être surveillé (et donc, on peut réduire les risques de ce type), rien ne dit que cette molécule fasse "bon ménage" avec le coronavirus. Des substances connues et utilisées depuis longtemps (qui ont "fait leurs preuves") ne font pas du tout "bon ménage" avec le coronavirus, par exemple, l’aspirine ou les anti-inflammatoires. Ce n’est pas parce que la molécule est connue depuis longtemps et utilisée massivement qu’elle est inoffensive pour les malades du covid-19.

La seule solution pour prouver l’efficacité d’un médicament ou, au moins, déterminer avec justesse la balance avantages/risques, c’est de faire des tests cliniques dit de double aveugle. Deux populations aux caractéristiques identiques (évidemment), c’est-à-dire comparables (âge, pathologie, etc.), l’une traitée avec le protocole donné, l’autre en placebo mais ni les patients ni les médecins ne savent qui ont la molécule, qui ont le placebo. C’est le seul moyen pour déterminer l’efficacité. Un essai clinique piloté par le professeur Vincent Dubée, infectiologue au CHU d’Angers, a été mise en œuvre à partir du 1er avril 2020 dans une quarantaine d’hôpitaux (essai Hycovid).

Or, voici que l’équipe de Didier Raoult retourne la question d’éthique d’une manière particulièrement scandaleuse : mes patients ne sont pas des "rats" de laboratoire, donc, je refuse de leur donner du placebo alors qu’ils risquent de mourir. Sauf que c’est justement avec cette méthode sans double aveugle que les patients qui prennent des médicaments non testés sont devenus de vrais "rats" de laboratoire (comme d'ailleurs à l’époque de Pasteur). Comme je l’ai écrit plus haut, l’hydroxychloroquine peut avoir des effets toxiques et ce risque doit être évalué avant de traiter les patients de manière massive. Ceux qui critiquent qu’on n’utilisent pas l’hydroxychloroquine seront les premiers à parler d’irresponsabilité du gouvernement si cette substance avait pour conséquence, finalement, de détériorer au lieu d’améliorer la santé des patients (rappelons-nous l’affaire du Mediator).

Le seul argument valable pour ne pas réaliser ces tests cliniques rigoureux était l’urgence : mais au bout de dix semaines, l’argument ne tient plus. L’équipe de Didier Raoult aurait eu largement le temps de prouver l’efficacité de son protocole, s’il l’avait voulu. Mais peut-être ne l’a-t-il jamais voulu ? Je reste toujours très circonspect lorsqu’un scientifique découvre un truc exceptionnel …qui ne marche qu’avec lui. Je me rappelle la mémoire de l’eau… Le propre d’une découverte scientifique, sa fiabilité, c’est sa reproductibilité : une personne ayant la même compétence scientifique doit pouvoir reproduire l’effet prétendu.

Ensuite, des arguments vaguement complotistes surnagent à ces précédents arguments, mais ils sont plus foireux. Par exemple, le gouvernement refuserait le protocole de Didier Raoult (qui coûte peu cher, certes, mais comme cela doit être utilisé massivement, cela ferait toujours un bon chiffre d’affaire pour… devinez qui ?), pour favoriser "big pharma" (qui est-ce ?) et son (futur) vaccin. Le problème, c’est que cet argument arrive un peu trop tôt : il n’y a pas de vaccin, et sa perspective, au mieux, est pour dans dix-huit mois, peut-être cinq ans, peut-être même jamais (pour l’instant, aucun vaccin au SARS 1 de 2002, dix-huit ans plus tard).

L’existence d’un vaccin aurait résolu le problème sanitaire, et aurait évité le confinement (notez la contradiction, car ce sont les mêmes qui le contestent). Mais de toute façon, Aucune argumentation qui se base sur des décisions nationales n’a de sens puisque la crise sanitaire est mondiale et que lorsqu’un pays aura trouvé une solution efficace, les autres l’imiteront nécessairement.

Pour des raisons purement politiques, les déclarations imprudentes du professeur Didier Raoult ont été récupérées par les opposants de tous poils au gouvernement. Qu’ils en fassent une sorte de gourou faute d’avoir de meilleurs arguments politiques contre le pouvoir, pourquoi pas ? Mais qu’ils sachent quand même que Didier Raoult a fait partie de ces "experts" écoutés, trop écoutés, par ce pouvoir tant décrié qui avaient très largement sous-estimé la crise sanitaire en janvier 2020. Qu’ils ne s’étonnent donc pas qu’avec pareils conseillers, le gouvernement se soit retrouvé dans l’obligation du confinement pour sauvegarder des vies humaines

J’avais commencé avec la peur, une peur tout à fait normale, et il faudra vivre avec elle pendant le déconfinement et les mois à venir.

Je termine sur une déclaration de Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, pour son explication de vote sur le plan de déconfinement présenté par Édouard Philippe le 28 avril 2020 au Palais-Bourbon : « Au-delà des drames et des contraintes que les Français vivent depuis maintenant plusieurs semaines, un des aspects les plus terribles de l’épidémie qui s’est abattue sur le monde, c’est que chacune et chacun d’entre nous est amené, dans chaque geste de la vie quotidienne, à faire face à sa propre mort. Nous savons certes que nous quitterons un jour cette terre, mais quand toucher ce micro devient dangereux, comme l’obligation de son nettoyage systématique (…) nous le rappelle, c’est autre chose. À chaque moment, chaque Français sera pendant encore plusieurs mois obligé de se demander comment se protéger et protéger ses proches. (…) C’était, monsieur le Premier Ministre, toute la difficulté du discours que vous aviez à prononcer aujourd’hui : sortir de cet état de peur, pour ne pas dire de trouille, accepter notre condition d’être humain dans sa fragilité mais aussi, vous l’avez dit à propos du choix entre l’effondrement ou le déconfinement, accepter le risque. (…) Monsieur le Premier Ministre, la crise que vous avez à gérer est difficile. Les yeux dans les yeux, je vous dis que peu de gens ici aimeraient être à votre place et que je vous ai trouvé à la fois solide et sincère, y compris dans vos doutes et vos incertitudes. (…) Si je devais voter la confiance, ce serait sans doute plus à vous qu’à votre supérieur que j’ai trouvé moins solide et moins sincère. Vous avez géré la crise économique avec beaucoup de réalisme et la crise sanitaire avec un certain nombre d’incertitudes et parfois de difficultés. Le gouvernement et les acteurs locaux doivent maintenant faire en sorte que le déconfinement soit un succès. ».

NB. Dans une interview qui sera diffusée sur BFM-TV ce jeudi 30 avril 2020 à 21 heures et qui est publiée dans l'édition du 30 avril 2020 de "Paris Match", Didier Raoult a "récidivé" dans la dédramatisation (qui fait sa popularité facile) en rejetant la possibilité d'une seconde vague d'épidémie. Surfant sur la vague anti-vaccin, il a en outre déclaré : « Trouver un vaccin pour une maladie qui n'est pas immunisante... c'est même un défi idiot. Près de 30 milliards de dollars ont été dépensés pour celui contre le VIH, voyez le résultat ! (...) Il est déjà difficile de vacciner correctement contre la grippe, alors contre un nouveau virus... Honnêtement la chance qu'un vaccin pour une maladie émergente devienne un outil de santé publique est proche de zéro. ». Le biais, c'est que Didier Raoult fait dans l'affirmation ce qui n'est qu'interrogation. Cela ne signifie pas qu'il ait tort, mais sa parole est péremptoire et peu scientifique, elle est celle d'un gourou. Mais peut-être que son problème, ce n'est qu'une question de reconnaissance. Il semble très amer qu'on ne l'ait pas écouté lorsqu'il a fait une étude en 2003 sur les risques épidémiques : « En 2003, j'ai écrit un rapport sur les risques épidémiques, tiré de mes observations sur la réaction chinoise face à l'épidémie du SRAS. Ici, en vingt ans, ils n'ont rien appris. Résultat, personne ne sait tester le coronavirus. Cela, Emmanuel Macron le sait très bien. ». Le "ils" est particulièrement "populiste" : "moi" et "eux" (non défini).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Didier Raoult, médecin ou gourou ?
Hydroxychloroquine : attention au populisme scientifique !
Polémique avec le professeur Didier Raoult : gardons notre sang-froid !
Hydroxychloroquine vs covid-19 : Didier Raoult est-il un nouveau Pasteur ?
Le déconfinement selon Édouard Philippe.
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…

_yartiCovidN03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200426-didier-raoult.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/didier-raoult-medecin-ou-gourou-223800

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/04/25/38233663.html


 

Partager cet article
Repost0
24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 03:44

« Avec le recul d’un mois, notre étude montre que le confinement national, qui a débuté le 17 mars 2020, a eu un impact important sur l’évolution de l’épidémie de covid-19. Cette mesure sans précédent a considérablement réduit le nombre d’admissions à l’hôpital et en réanimation, et a évité un grand nombre de décès au niveau national. Sans ce confinement, l’épidémie de covid-19 aurait eu un impact critique sur la morbidité et la mortalité en France, faisant effondrer le système sanitaire en France pendant plusieurs semaines. Sans traitement ni vaccin efficaces, nos résultats renforcent la nécessité de contrôler la pandémie de covid-19 par des mesures au moins aussi efficaces qu’un confinement national. » (Conclusions de l’étude de l’EHESP publiée le 22 avril 2020).


_yartiCovidAY01

Jamais le monde n’a subi une crise sanitaire d’une telle ampleur avec la pandémie de coronavirus SARS-CoV-2. La moitié de l’humanité est confinée. Le covid-19 n’est pas une grippe, on ne le répétera jamais trop et on commence à en avoir hélas la triste et funeste démonstration. Au 23 avril 2020, plus de 190 000 personnes sont mortes de cette maladie dans le monde depuis le début de la pandémie, dont plus de 50 000 aux États-Unis, plus de 25 000 en Italie, plus de 22 000 en Espagne, près de 19 000 au Royaume-Uni. En France, 21 856 décès sont à déplorer, soit 516 de plus que la veille (311 de plus pour les seuls décès à l’hôpital).

Restons néanmoins très prudents sur la comparaison entre les pays car certains pays n’intègrent pas dans leurs communications les décès dans les structures de type EHPAD, et la France ne les a intégrés que plusieurs semaines après le début de l’épidémie, et n’intègre toujours pas les décès dus au covid-19 à domicile (d’ailleurs, la plupart des études internationales ne prennent en compte que les décès des personnes hospitalisées pour avoir une cohérence dans les comparaisons).

Le covid-19 n’est pas une grippe, et insistons sur les raisons, autrement que par des statistiques mortuaires : la durée moyenne d’occupation d’un lit en réanimation pour une grippe, c’est dix jours, pour le covid-19, c’est entre trois et quatre semaines (cela donne une idée des besoins supplémentaires). Le taux d’hospitalisations est bien supérieur à la grippe, à ce jour, i l y a 29 219 personnes hospitalisées pour le covid-19. 15% des personnes infectées au coronavirus SARS-CoV-2 sont hospitalisées (c’est énorme), et ceux qui, passés en réanimation, ont survécu (pour les deux tiers environ d’entre eux), il reste souvent des séquelles graves et parfois définitives : poumons abîmés (essoufflement), reins détruits (dialyse), etc. alors qu’auparavant, pour beaucoup d’entres elles, ces personnes étaient en bonne forme physique et sans problème important de santé malgré des faiblesses comme l’obésité, par exemple.

Au-delà de la très grande agressivité du coronavirus, sa grande contagiosité (plus élevée que les virus de la grippe) a rendu nécessaires des mesures de sauvegarde sanitaire qu’aucun gouvernement dans le monde n’avait jamais prises à l’exception de certains pays asiatiques (notamment la Chine) lors de certaines épidémies récentes (SARS 1 notamment, en 2003).

La décision du confinement en France n’a donc pas été prise par un apprenti dictateur qui, du reste, a été souvent contesté pour sa supposée proximité avec les puissances économiques. En prenant cette décision, Emmanuel Macron n’a fait que suivre ou précéder la plupart des autres pays du monde touchés de plein fouet par cette pandémie, et a créé une véritable dépression économique temporaire qui va peu dans le sens des intérêts des dites puissances économiques.

Pourtant, cette décision du confinement était indispensable pour réduire, freiner la circulation du coronavirus et après plus d’un mois de confinement, on peut maintenant avoir les résultats encourageants. Restons en France mais on pourrait sans doute avoir des réflexions similaires dans chaque pays qui a pris des mesures de confinement généralisé. Ceux qui font de ce confinement une affaire nationale n'ont visiblement rien compris à la situation actuelle. Le confinement en France a commencé le mardi 17 mars 2020 à midi.

La première chose à dire  est que malgré son caractère très contraignant (avec contrôles et sanctions), les Français, dans leur très grande majorité, ont suivi le confinement et les consignes, malgré certains qui, peut-être, protestent énergiquement, mais ont quand même respecté le confinement dans les faits, ce qui est l’essentiel (après tout, on dit bien que nous sommes un peuple de râleurs, si cela peut aider à tenir…).

C’est grâce à ce comportement très responsable qu’on peut ainsi observer les conséquences très positives de ce confinement. La première illustration est dans les statistiques quotidiennes. Rappelons que les décès ne sont les conséquences que d’une contamination qui a eu lieu environ un mois auparavant. Ce n’est donc que maintenant qu’on devrait voir diminuer la "courbe" des nouveaux décès quotidiens.

En revanche, on peut voir depuis un petit plus de deux semaines un effet notable et rassurant sur le nombre d’hospitalisations et le nombre d’entrées en service de réanimation. Ces deux semaines étaient également prévisibles (le mois ayant un peu plus de quatre semaines) puisqu’il faut compter environ deux semaines d’incubation pour que la personne infectée au coronavirus développe la maladie.

Les données du 23 avril 2020 sont très claires : 522 hospitalisations en moins par rapport à la veille, et surtout, car c’était l’essentiel pour maintenir opérationnel notre système de santé, 165 personnes en moins dans les services de réanimation (solde entre entrées et sorties). Avec 5 053 personnes en réanimation, on arrive à peu près à l’occupation maximale en temps normal, mais le 8 avril 2020, au plus fort de la "courbe", on était à 7 180 lits occupés en réanimation (les services hospitaliers ont pu préparer jusqu’à 10 500 places en réanimation pour contenir la "vague").

Si ces données sont encourageantes, cela ne signifie pas que le cauchemar est terminé, car toute nouvelle "vague" aujourd’hui serait un désastre sanitaire nouveau, tant qu’on ne réduit pas drastiquement le nombre de personnes placées en réanimation. En outre, comme hélas dans tous les autres pays sauf (bizarrement) la Chine, la descente de la "courbe" est bien plus lente que la montée. Il est donc hélas à prévoir encore de très nombreuses victimes du covid dans les prochaines semaines (plusieurs milliers).

D’autres signes montrent l’intérêt du confinement.

Une étude dévoilée par l’Institut Pasteur le 19 avril 2020 a montré que le confinement a été très efficace pour limiter la contagiosité du coronavirus, passant de 3,3 à 0,5 le nombre moyen de personnes contaminées par chaque personne infectée.

Une autre étude de l’Institut Pasteur publiée le 21 avril 2020 a estimé le taux de contamination de la population française au 11 mai 2020 (j’insiste bien, au 11 mai 2020, pas à ce jour) selon les régions. Ces estimations donnent une France très contrastée avec des régions très atteintes : l’Île-de-France (12,3%) et le Grand-Est (11,8%) ; d’autres moyennement atteintes : les Hauts-de-France (6,1%), la Bourgogne-Franche-Comté (5,7%), la Corse (5,4%), l’Auvergne-Rhône-Alpes (4,4%) ; et puis des régions très peu touchées : la Nouvelle Aquitaine (1,4%), la Bretagne (1,8%), les Pays de la Loire (1,9%), etc. Au niveau national, le taux serait de 5,7%.

Ces estimations sont cohérentes avec les données réelles (et non estimées) au 23 avril 2020 comme le montrent la carte des hospitalisations (11 950 en Île-de-France, 4 416 au Grand-Est, 2 760 en Auvergne-Rhône-Alpes, 2 435 dans les Hauts-de-France) ; la carte des patients en réanimation (2 006 en Île-de-France, 687 au Grand-Est, 483 en Auvergne-Rhône-Alpes, 421 dans les Hauts-de-France) ; ou encore la carte des décès à l’hôpital (5 330 en Île-de-France, 2646 au Grand-Est, 1 233 dans les Hauts-de-France, 1 167 en Auvergne-Rhône-Alpes).

Toutes ces données montrent que le confinement a réussi à freiner la circulation du coronavirus en France. Les régions peu touchées par l’épidémie ont réussi à être préservées de nouvelles contaminations, et c’est évidemment l’un des enjeux majeurs du déconfinement de préserver cette territorialité, éviter que les régions peu atteintes subissent la seconde "vague" qui, nécessairement, arrivera avec le déconfinement dont les conditions feront que cette vague sera de faible amplitude ou pas.

Je préfère surtout m’arrêter sur une autre étude épidémiologique qui a été publiée le 22 avril 2020. Elle est essentielle car elle donne toute la mesure des effets salutaires du confinement. On serait évidemment bien en peine de savoir quelles serait la situation sanitaire sans confinement au bout d’un mois en France, puisqu’il y a eu confinement, mais on peut tenter de l’estimer par des modélisations de haut niveau qui ont déjà montré leur pertinence dans le passé.

Les auteurs de cette étude, Jonathan Roux, Clément Massonnaud et Pascal Crépey, sont trois chercheurs de l’École des hautes études en santé publique (EHESP, une sorte d’ENA de la santé), qui est basée à l’Université de Rennes, spécialisés en pharmaco-épidémiologie, dont l’un travaille également pour le département de biostatistiques du CHU de Rouen. Dans leur publication "COVID-10 : One-month impact of the French lockdown on the epidemic burden", qui fait 32 pages, les auteurs ont cherché à déterminer quels auraient été les "dégâts" sanitaires si le confinement n’avait pas été appliqué en France.

Pour cela, ils n’ont pris en compte que les décès à l’hôpital et la période du 19 mars 2020 au 19 avril 2020. Cette période d’un mois (premier mois de confinement) permet de voir les effets du confinement sur les différentes courbes (hospitalisation, réanimation, décès). De même, ils n’ont pris en compte que les treize régions françaises métropolitaines, les régions d’outremer ayant pour chacune une spécificité territoriale très différente (par exemple, la Nouvelle-Calédonie n’est quasiment pas touchée par l’épidémie).

_yartiCovidAY02

Ils ont pris aussi d’autres hypothèses, les plus pertinentes possible (basées principalement sur les données réelles fournies par les hôpitaux), sur la propagation du coronavirus, sa période d’incubation (5,1 jours), la durée de la phase asymptomatique (10,7 jours), le taux de personnes asymptomatiques par classe d’âge, etc. Ils n’ont pas non plus pris en compte l’éventuelle possibilité (très aléatoire) d’une saisonnalité du virus : « The impact of seasonal variations in the transmission of SARS-CoV-2 is still unclear ; therefore, we chose to not include seasonal parameter in our model. » [Ne pas s’étonner que l’étude française soit écrite en anglais, l’anglais est la seule langue des scientifiques, et la science est mondiale, il faut une langue commune, et c’est d’autant plus crucial en ces temps d’épidémie où l’information doit circuler le plus rapidement possible].

Les auteurs ont fait leur étude région par région. Ils ont modélisé l’évolution de l’épidémie en se basant sur les premiers jours de la période qui n’ont pas été encore impactés par les effets du confinement. Et ils ont regardé ce qui serait advenu si cette courbe modélisée était restée pendant un mois. Ce sont évidemment des données théoriques, abstraites, mais la puissance de la modélisation est telle aujourd’hui que l’essentiel est dans les hypothèses, si elles sont cohérentes avec la réalité ou pas.

_yartiCovidAY04

Les conclusions de cette étude ont de quoi faire frémir et donnent un sens sanitaire majeur, une justification humaine majeure, au confinement. Elles montrent l’efficacité du confinement. En effet, sans confinement, l’étude a estimé à 73 909 le nombre de décès qu’il y aurait eu à l’hôpital entre le 19 mars et le 19 avril 2020, au lieu des 12 170 réellement constatés, soit 61 739 personnes sauvées par le confinement (une réduction de 83,5% du nombre de victimes). Je rappelle que cette étude épidémiologique ne tient pas compte des décès en EHPAD ni au domicile.

_yartiCovidAY07

Mais ce nombre de vies sauvées ne tient pas compte non plus de la capacité de notre système hospitalier à "absorber", à soigner tous les malades infectés au coronavirus. Car l’étude montre aussi le nombre d’hospitalisations et le nombre de personnes en réanimation qu’il y aurait eu si le confinement n’avait pas été appliqué.

_yartiCovidAY05

En effet, sans confinement, l’étude indique qu’il y aurait 587 730 hospitalisations supplémentaires et 140 320 admissions en réanimations supplémentaires. En clair, le confinement a permis de réduire de 87,8% le nombre d’hospitalisations et de 90,8% le nombre d’entrées en réanimation. Compte tenu de la durée moyenne en réanimation, cela signifie que pour pouvoir soigner tous les malades le nécessitant, il aurait fallu 104 550 lits en réanimation au 19 avril 2020, ce qui est vingt fois plus que la capacité initiale, et dix fois plus que la capacité augmentée. Le confinement aurait ainsi réduit de 93,1% nos besoins en nombre de places en réanimation.

_yartiCovidAY06

On peut donc imaginer qu’il y aurait beaucoup plus de décès en raison de l’impossibilité de prendre en charge tous les malades qui auraient nécessité une place en réanimation, ce qui pourrait faire plus de 90 000 décès supplémentaires, mais l’étude ne s’est pas penchée sur les conséquences d’une telle saturation du système hospitalier sur la vie des malades (ni non plus, je le répète, sur les conséquences dans les EHPAD et à domicile).

Enfin, l’étude a estimé que sans confinement, le taux de contamination de la population française aurait été de 22,9% au 19 avril 2020 (à comparer avec le taux estimé au 11 mai 2020 de 5,7%, évoqué plus haut), dont la moitié serait asymptomatique. C’est une donnée importante, car le seul intérêt du non confinement et de la circulation du coronavirus, au prix de dizaines de milliers de vies humaines, cela aurait été d’apporter à la population une immunité collective, mais pour cela, il faudrait un taux de contamination d’environ 60 voire 70%.

_yartiCovidAY03

Cette étude de l’EHESP est donc essentielle pour bien comprendre l’efficacité du confinement. D’une part, il permet au système hospitalier de ne pas être sursaturé (il était déjà à la limite de la saturation avec le confinement). D’autre part, il a sauvé des dizaines de milliers de vies humaines. Enfin, il a stoppé la circulation du coronavirus. Ce troisième point est important. L’étude discrédite l’idée selon laquelle il ne fallait confiner que les populations dites à risques (encore faut-il pouvoir les définir correctement), afin d’apporter une immunité collective par la contamination massive des populations dites non à risques (définir aussi). Sans confinement, il n’y aurait pas eu d’immunité collective et des dizaines de milliers de personnes supplémentaires seraient décédées.

C’est avec ces conclusions et d’autres qui ne manqueront pas de renforcer celles-ci qu’il faudra juger après la pandémie les politiques publiques mises en place par le gouvernement et le Président Emmanuel Macron qui n’ont pour seul objectif que se focaliser sur la protection de la vie de tous les Français. Ceux qui, par chance, n’ont été touchés ni de près ni de loin par cette épidémie doivent prendre conscience que nous sommes dans une pandémie particulièrement meurtrière et qu’elle est loin d’être terminée. Il faut bien un jour continuer à vivre, et le déconfinement est évidemment nécessaire, mais il faut garder à l’esprit que le cauchemar est loin d’être terminé…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Tous les tableaux, figures, schémas reproduits ici proviennent de la publication présentée ci-dessus : "COVID-19 : On-month impact of the French lockdown on the epidemic burden" de Jonathan Roux, Clément Massonnaud et Pascal Crépey (EHESP Rennes, CHU Rouen, 22 avril 2020).


Pour aller plus loin :
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?

_yartiCovidAY08



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200422-coronavirus-covid.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/covid-19-le-confinement-a-sauve-223625

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/04/23/38226822.html







 

Partager cet article
Repost0
22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 03:06

« À ce jour, il n’a pas été rapporté de contamination par l’eau. Cette maladie est à transmission interhumaine par la voie des gouttelettes (toux, éternuements, mains souillées). La source du virus n’est pas encore identifiée mais elle semble être d’origine animale. » (Site gouvernement.fr).



_yartiEauxUsees02

Une information particulièrement anxiogène a été traitée par tous les médias le lundi 20 avril 2020 : on a retrouvé des résidus du coronavirus SARS-CoV-2 dans de l’eau non potable de Paris. Elle provient d’une communication de la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui n’en finit pas de communiquer inefficacement sur le coronavirus SARS-CoV-2. On se rappelle son plan personnel de déconfinement à Paris où elle envisageait une sorte de certification sérologique pour savoir si on pouvait ou pas être contaminant et donc pouvoir ou pas sortir de chez soi (la piste sérologique risque aujourd’hui d’être remise en cause car ce virus est décidément une belle "vacherie", selon le mot du professeur Jean-François Delfraissy, le président du comité consultatif national d’éthique).

Je comprends très bien la motivation politique d’Anne Hidalgo à vouloir prendre le plus possible d’initiatives pour montrer qu’elle se soucie de la santé de ses administrés, et plus généralement tous les maires actuels, a fortiori lorsque leur réélection n’a pas encore été faite. Mais il faut bien dire ce que c’est : ce sont parfois des initiatives qui visent plus à créer une nouvelle psychose qu’à résoudre rationnellement les problèmes, nombreux, que pose cette crise d’urgence sanitaire inédite.

Heureusement que la science parvient à donner quelques éléments rassurants et surtout de bon sens en réponse aux inquiétudes légitimes des gens inquiets lorsqu’ils entendent que les eaux usées ou l’eau non potable contiendraient des restes de coronavirus : peut-on être infecté au contact de cette eau non potable ?

Deux médecins ont su rassurer le journaliste avide de sensationnel David Pujadas sur LCI, même si, quelques minutes plus tard, les mêmes questions alarmistes sur le même thème étaient posées à nouveau à d’autres invités.

_yartiEauxUsees01

Le premier commence à être connu dans les médias, il s’agit du professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon, qui a répondu avec un étrange optimisme : il trouvait au contraire que c’était une information intéressante et enrichissante. Positive. En effet, ce qui est su aujourd’hui, c’est qu’on peut retrouver du coronavirus dans les selles, c’est d’ailleurs parce que le virus s’attaque aussi au système digestif, pas seulement aux poumons. Or, ce que le chef de service expliquait, c’est que tout le monde fait des selles, aussi bien les personnes non contaminées que les personnes asymptomatiques et les malades du covid-19.

Si bien qu’une analyse statistique des eaux usées (taux volumique de résidu de coronavirus, par exemple) permettrait d’avoir une indication globale sur le taux de contamination de la population ainsi testée. Ce serait un élément intéressant à connaître avant le déconfinement (quant à lui, l’Institut Pasteur a estimé le 21 avril 2020, par modélisation, que le taux de personnes ayant connu le coronavirus serait de 5,7% dans la population française au 11 mai 2020, environ 12% dans les deux régions les plus touchées, l’Île-de-France et le Grand-Est). L’analyse des eaux usées (en France, il y a 380 000 kilomètres de réseaux de collecte des eaux usées) permettrait aussi, le cas échéant, d’anticiper une épidémie à venir.

Un autre médecin est allé dans le même sens. Le professeur Bruno Mégarbane, chef du service réanimation de l’hôpital Lariboisière. Il expliquait qu’il était de formation toxicologue et qu’il était habituel en toxicologie d’analyser les eaux usées pour connaître les nouvelles drogues chez les toxicomanes (on voit l’intérêt tant sanitaire que sociologique des eaux usées). Et il rappelait que le virus n’était pas capable de se dupliquer seul, il a besoin d’une cellule vivante, et dans l’eau, il est rapidement détruit.

D’une information a priori anxiogène (l’eau utilisée pour nettoyer les voies publiques peut-elle être contaminante ? sans compter la confusion avec l’eau du robinet), ces deux médecins ont non seulement rassuré (réponse : non) mais ont même indiqué que la détection de restes de coronavirus pourrait apporter une donnée supplémentaire sur le taux de contamination réel d’une population donnée. Quant à la décision de la ville de Paris d’utiliser de l’eau potable pour nettoyer les voies publiques, je laisse le lecteur en déduire son intérêt et son efficacité sanitaires, à moins qu’il faille n’y comprendre qu’une efficacité psychologique voire …électoraliste ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Coronavirus : bravo au gouvernement français pour sa réactivité économique et sociale !
Emmanuel Macron : plus humain et plus humble.
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Jean-Luc Mélenchon et le coronavirus.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Hydroxychloroquine : attention au populisme scientifique !
Les poissons du coronavirus.
Patrick Devedjian victime du covid-19.
Bernard Remy victime du covid-19.
Polémique avec le professeur Didier Raoult : gardons notre sang-froid !
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…
Attention : nouvelle attestation de déplacement dérogatoire à partir du 25 mars 2020 (à télécharger).
Hydroxychloroquine vs covid-19 : Didier Raoult est-il un nouveau Pasteur ?
Honneur aux nouveaux Poilus de la guerre du coronavirus.
Covid-19 : les resquilleurs du confinement.
Confinement 2.0.
Le coronavirus Covid-19 expliqué aux enfants (plaquette à télécharger).
Les institutions à l’épreuve du coronavirus Covid-19.
Coronavirus : soyons tous des Adrian Monk !
Mutation.
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Article 49 alinéa 3 : le coronavirus avant la réforme des retraites ?
Les frontières arrêteront-elles le coronavirus ?
Coronavirus : la croisière ne s’amuse plus.
Le docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte de l’épidémie de coronavirus.
Le coronavirus de Wuhan va-t-il contaminer tous les continents ?

_yartiCovidN03


 

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200420-coronavirus-eau.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/du-coronavirus-dans-les-eaux-usees-223523

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/04/21/38221443.html

 



 

Partager cet article
Repost0
7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 03:11

« Tout mon soutien à Boris Johnson, à sa famille et au peuple britannique dans ce moment difficile. Je lui souhaite de surmonter cette épreuve rapidement. » (Emmanuel Macron, Twitter, le 6 avril 2020).



_yartiBojo2020A01

Hélas, quand j’écris : Boris Johnson lutte contre le coronavirus, il faut le comprendre dans les deux sens. D’un part, en tant que chef d’un gouvernement, il lutte contre la pandémie dans son propre pays ; d’autre part, en tant qu’individu, il lutte personnellement, dans son corps, dans ses tripes, contre le coronavirus SARS-CoV-2.

Quand j’ai entendu que Boris Johnson, Premier Ministre britannique depuis le 24 juillet 2019, a été hospitalisé le soir du dimanche 5 avril 2020, pour des examens complémentaires, je me suis dit que ce n’était pas vraiment rassurant. Tandis que la reine Élisabeth II (94 ans dans quelques jours) a prononcé une allocution (très courte) à tous les Britanniques le même soir (la cinquième fois seulement de manière exceptionnelle en soixante-huit ans de règne !).

Certes, dans l’après-midi du 6 avril 2020, Boris Johnson s’était voulu rassurant en tweetant : « La nuit dernière, sur conseil de mon médecin, je suis allé à l’hôpital pour des examens de routine alors que j’ai encore des symptômes persistants du coronavirus. J’ai bon moral et reste en contact avec mon équipe, pour travailler ensemble à combattre le virus et maintenir tout le monde en sécurité. ». Mais une hospitalisation a ce stade n’est jamais très rassurante.

En effet, Boris Johnson a annoncé le 27 mars 2020 qu’il avait le covid-19 et dans le développement de cette saleté de maladie, il y a une phase critique, entre les huitième et dixième jours, où la maladie peut s’aggraver avec des complications respiratoires. Malheureusement, Boris Johnson en est à ce stade. Il a été placé en "soins intensifs" le soir du 6 avril 2020, ce qui, en traduction, pourrait être compris comme en "réanimation". Il ne serait pas entubé, juste placé sous un masque à oxygène. Il serait conscient (donc pas sous sédation), mais ne pourrait plus parler (à cause du masque).

Ce n’est pas la première personnalité à avoir le coronavirus et à se retrouver dans une situation grave pour sa propre santé, mais c’est le premier responsable politique de premier plan. D’un point de vue institutionnel, il a désigné Dominic Raab, le Ministre des Affaires étrangères, comme son suppléant le cas échéant dans la vie politique du pays.

Il faut le redire et répéter, marteler : le covid-19 n’est pas une grippe. Elle ne touche pas seulement, dans sa forme sévère, les personnes "à risques", c’est-à-dire fragiles (âgées, malades, en situation de handicap, etc.). Elle touche tout le monde, des bébés, des adolescents, des jeunes personnes sont morts du covid-19 un peu partout dans le monde. Pour l’instant, il est très difficile de déterminer la raison (peut-être génétique ?) de cette funeste loterie qui décide si la forme sévère se développe ou pas. C’est sûr que les personnes à risques ont moins de "chance" que les autres de s’en sortir indemnes.

Cette loterie, elle se distingue par certes (et heureusement) un très fort taux de guérison au bout de quelques jours ou semaines, mais aussi par un taux d’hospitalisations très important dans l’absolu (en nombre, car le virus est très contagieux), et un taux de décès non négligeable (qui n’a rien à voir avec celui de la grippe car le covid-19 demande des milliers de lits en réanimation occupés pendant une longue période).

Le Prince Charles, septuagénaire (71 ans), avait annoncé le 25 mars 2020 qu’il avait été contaminé aussi, mais il semblerait être désormais guéri. Boris Johnson n’a "que" 55 ans, ce qui n’est pas l’âge d’un vieillard. Il avait probablement surestimé ses capacités personnelles, mais rappelons qu’au début de la mise en place des gestes barrières, la dernière semaine de février 2020 en France, beaucoup que je croisais me disaient : "je ne crains pas d’être contaminé" (en oubliant pour l’occasion qu’ils pourraient eux-mêmes contaminer les autres). Ce "Même pas peur !" laisse entendre une sorte de force intérieure quasi-virile mais qui n’est que l’expression d’un égoïsme individuel peut-être inconscient mais qui ne prend pas en compte la gravité de la situation collective (même si je respectais les gestes barrières, cette sensation d’invincibilité était aussi passée dans mon esprit à l’époque, très brièvement car l’avancée de l’épidémie a rapidement montré les dégâts humains en Italie).

Boris Johnson a d’ailleurs fait partie de ces personnes-là, les "même pas peur !" (nombreuses au début), au point même de fanfaronner, encore le 3 mars 2020 lors d’une visite d’hôpital : « Je serre les mains. J’étais à l’hôpital l’autre soir où je crois qu’il y avait des patients atteints du coronavirus, et j’ai serré la main de tout le monde (…). Et je continue à serrer des mains. ». Le covid-19 n’est pas la grippe. Quand on côtoie une personne atteinte de grippe, on se dit qu’on peut passer entre les gouttes. Le coronavirus est beaucoup plus agressif et contagieux, et la proximité d’une personne atteinte de covid-19 laisse peu de place au hasard, il est quasiment sûr d’être contaminé soi-même à cette occasion. D’où l’importance des gestes barrières et de la distanciation sociale.

_yartiBojo2020A02

Cette "inconscience" m’a fait penser, dans l’histoire de France, à Casimir Perier (1777-1832). Président du Conseil depuis le 13 mars 1831, lors de la Monarchie de Juillet (du roi Louis-Philippe), Casimir Perier était ainsi décrit par Rémusat : « En lui luttaient sans cesse une raison froide et une nature passionnée. C’est là ce qui faisait une partie de sa puissance. Sa pensée se présentait à son esprit comme une illumination ; elle s’emparait de lui avec tant de véhémence qu’elle l’emportait pour ainsi dire, et sa parole brève et pressée avait peine à le suivre. Cependant, son idée était si nette et son impression si vive qu’il était sur-le-champ compris. ». Le 1er avril 1832 (et ce n’était pas un poisson), au début de l’épidémie de choléra à Paris, Casimir Perier, comme chef du gouvernement, accompagna le duc d’Orléans visiter l’Hôtel-Dieu et ses malades. Il a hésité à entrer dans la salle où se trouvaient les malades, le duc d’Orléans lui a alors dit : « Monsieur, le vin est tiré, il faut le boire. ». Atteint de choléra, Casimir Perier est mort le 16 mai 1832 de cette maladie.

Le promoteur du Brexit n’avait d’ailleurs pas eu de "chance" avec le coronavirus puisque le premier cas de contamination au Royaume-Uni a été déclaré quelques heures avant le passage officiel du Brexit, le 31 janvier 2020 à minuit. C’est clair que l’appartenance ou pas du Royaume-Uni dans l’Union Européenne n’aurait pas influé sur la course effrénée du coronavirus qui, grâce aux transports humains, a su traverser les océans et envahir tous les continents avec sa suite mortuaire.

Il est sûr que certains chefs d’exécutif ont eu des prises de conscience plus ou moins rapides sur le coronavirus. Boris Johnson a sans doute tardé à comprendre que ce n’était pas une grippe et qu’il fallait protéger ses habitants. Au départ, il considérait qu’il fallait laisser l’immunisation de faire naturellement (quand une population a attrapé un virus à 60%-70%, le virus ne peut plus circuler), mais il a changé de "doctrine" lorsque des experts ont estimé que sans mesure de confinement, le risque de provoquer des centaines de milliers de morts était très grand (car le virus est très agressif). Les États-Unis de Donald Trump ont, eux aussi, tardé à prendre la mesure de la gravité de cette pandémie.

Au lundi 6 avril 2020, le Royaume-Uni est en pleine montée d’épidémie, avec près de 52 000 cas dépistés (soit +4 000 en un jour), et 5 375 décès (+439 en un jour). La tendance va probablement empirer dans le futur proche. Les États-Unis, l’Espagne, l’Italie et la France, mais aussi la Belgique et les Pays-Bas sont dans une situation alarmante. Dans la seule journée de lundi, plus de 5 000 personnes sont mortes du covid-19 dans le monde, soit au total près de 75 000 personnes.

L’inquiétude qui pèse sur la santé de Boris Johnson, qui, je l’espère, se remettra le plus vite possible de cette aggravation de sa maladie, devra faire prendre conscience à ceux, derniers retardataires maintenant, qui n’auraient pas encore compris la singularité et l’exceptionnelle gravité de ce coronavirus et qui ne comprennent pas qu’en ne restant pas confinés, ils facilitent la circulation du virus et en fait augmenter le nombre de ses malheureuses victimes. Restons chez nous. C’était d’ailleurs sur ce mot d’ordre que le dernier tweet de Boris Johnson finissait : #StayHomeSaveLives.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

_yartiBojo2020A03




http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200406-boris-johnson.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/boris-johnson-lutte-contre-le-223059

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/04/06/38175122.html






 

Partager cet article
Repost0
2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 03:20

« Compte tenu, si vous voulez, de la force de notre hypothèse, on a pensé que éthiquement (…), on ne pouvait pas continuer, si vous voulez, à garder un secret pour marcher selon les lois de la déontologie scientifique habituelle qui consiste à faire des expérimentations, reproductibilité sur un grand nombre de patients, puis publication. »



_yartiConvidAS01

Cette déclaration ci-dessus aurait pu être prononcée par le professeur Didier Raoult aujourd’hui pour justifier les essais d’hydroxychloroquine sur les patients atteints de covid-19. En fait, elle a près de trente-cinq ans, elle a été prononcée le 29 octobre 1985 au journal de 20 heures sur Antenne 2, après sa conférence de presse à l’hôpital Laennec, à Paris, par le professeur Jean-Marie Andrieu, cancérologue de grande réputation, pour expliquer pourquoi il a court-circuité toutes les procédures pour expérimenter l’effet de la ciclosporine sur des patients atteints du sida. La ciclosporine est un médicament (immunosuppresseur) utilisé dans les transplantations pour éviter les rejets de greffe. On était alors en pleine épidémie de sida et les lits des hôpitaux étaient majoritairement occupés par les malades du sida. Il y avait urgence.

On comprend bien que l’urgence nécessite d’aller vite, mais cela implique aussi d’être efficace et de ne pas faire n’importe quoi. Pour la ciclosporine, trois médecins (le professeur Philippe Even, chef du service pneumologie à Laennec, le professeur Alain Venet, immunologiste, et Jean-Marie Andrieu) ont ainsi bravé des interdits, refusé de saisir le comité d’éthique (qui devait donner son accord pour toute expérimentation sur un être humain), oublié de demander le consentement aux patients expérimentés… et tout cela avec l’accord de la Ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale de l’époque, Georgina Dufoix qui a évoqué dans un communiqué « une méthode de traitement originale » qui semblait « dessiner un espoir raisonnable » de guérir les malades du sida. Les trois médecins lui avaient parlé de résultats « spectaculaires ».

Pourtant, les trois premiers patients traités à la ciclosporine allaient rapidement décéder, l’un avant même la conférence de presse de la ministre et des trois médecins, les deux autres quelques jours plus tard. Jean-Marie Andrieu a admis en mai 1986 que son traitement était inefficace, après avoir suscité une forte attente de la part des personnes atteintes du sida et de leurs proches. On ne joue pas ainsi avec la vie des malades.

Beaucoup de médecins ont été choqués par cette déclaration fracassante d’une "solution miracle". Chef du service maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon, Gilles Pialoux a commenté le 10 septembre 2015 sur le sujet : « Il faut se replacer dans le contexte. En 1985, on vient de découvrir le virus du sida, mais les marqueurs sont encore très mal identifiés. Il n’existe aucune thérapie. À Pasteur, les deux tiers des 70 lits sont occupés par des patients atteints de VIH. On compte un mort tous les trois jours. Alors, cette communication, c’était franchement impudique. » (PourquoiDocteur.fr).

Membre de l’équipe qui a isolé le virus du sida au début des années 1980 et professeur d’immunologie à l’Université Pierre-et-Marie-Curie, David Klatzmann n’a toujours pas compris la raison de cette affaire : « Aujourd’hui encore, c’est une énigme. Il est commun que les chercheurs s’auto-convainquent de l’importance de leurs résultats. Mais tirer de telles conclusions d’après deux patients, c’était incroyablement disproportionné… (…) Je me souviens de tous ces patients qui venaient me voir pour me demander de quoi il s’agissait, où ils pourraient se procurer le traitement. (…) Je n’ai jamais envisagé qu’une simple hypothèse puisse se traduire rapidement par un test chez l’humain ! Il fallait d’abord générer suffisamment de données pour soutenir cette hypothèse. Si à chaque fois que j’avais une idée, j’allais chercher un patient de mon service pour la tester sur lui… » (PourquoiDocteur.fr).

_yartiConvidAS03

Fondateur de l’association AIDES, Daniel Defert a témoigné aussi : « Nous étions choqués, parce que nous avions le sentiment que ces médecins étaient prêts à tout pour la gloire. C’était une époque où les malades du sida se suicidaient parce qu’ils ne trouvaient pas de traitement et ne voyaient pas la mort arriver. ». Pour protester contre la caution du gouvernement à cet essai mené sans recul, avec très peu de patients et sans la rigueur scientifique, le médecin spécialiste sida Jacques Leibowitch a eu cette formule parlante : « La main de la politique dans la petite culotte de la science ».

À la suite de l’affaire de la ciclosporine, le sociologue Nicolas Dodier, directeur de recherches à l’INSERM, a distingué en avril 2005 deux "camps" qu’on semble retrouver avec l’hydroxychloroquine pour le covid-19 : « Se dessinent alors deux camps. Pour certains, proches de la tradition clinique (…), en situation d’urgence sanitaire, les cliniciens-expérimentateurs sont en quelque sorte les mieux placés pour juger, en leur âme et conscience, du moment opportun pour communiquer au public les premières expérimentations d’un produit. Pour d’autres, au contraire, cette manière de concevoir la médecine et la recherche peut occasionner de grandes dérives, particulièrement dans le contexte tendu propre au sida. Il faut en passer, même si cela s’avère difficile, par le placebo, le double aveugle, les grands nombres, le système de peer-review des revues scientifiques… » (revue "Sciences Humaines" hors-série n°48). Et le sociologue a noté que les réactions des malades étaient toujours particulièrement favorables à la publicité de ces expérimentations. Évidemment.

Faut-il aussi rappeler l’affaire du Mediator qui fut surmédiatsée il y a une dizaine d’années ? Le médicament a été prescrit comme coupe-faim alors que la molécule était très dangereuse. Le procès qui s’est ouvert le 23 septembre 2019 et son ordonnance de renvoi indique que la prise du Mediator a provoqué entre 3 100 et 4 200 hospitalisations pour insuffisance valvulaire, entre 1 700 et 2 350 chirurgies de remplacement valvulaire, et entre 1 520 et 2 100 décès. Le contexte est un peu différent car il s’agirait plutôt d’une suspicion de tromperie du laboratoire producteur de la molécule (le procès est en cours) plus que de déclarations publiques imprudentes de médecins en mal de publicité, mais la conséquence a été la même, la ruée populaire vers le Mediator.

Aujourd’hui, on se retrouve dans la même situation de ce que j’appellerais le "populisme scientifique". Il est évidemment difficile déjà de définir le "populisme" dans le sens plutôt politique et électoral, et donc, c’est encore plus difficile encore de le définir en matière scientifique, mais on peut essayer en disant que c’est l’utilisation du "peuple" contre les "élites". Le populisme en politique, surtout employé dans l’opposition, permet de brosser le peuple dans le sens du poil et de critiquer les dirigeants en disant : avec moi, ça ira mieux. Une certaine démagogie. Des arguments faciles. Des sophismes.

C’est déjà peu convenable d’un point de vue politique (mais forcément incontournable car on n’empêche jamais la facilité dans un système, c’est le premier principe de thermodynamique, l’énergie tend toujours vers son minimum), mais c’est quasiment irresponsable lorsqu’il est dans un domaine scientifique. Illogique et irresponsable. Illogique car s’il y a bien un domaine où les polémiques populistes n’ont aucune raison d’être, c’est bien dans les sciences dites dures, car le nombre de spécialistes dans un domaine donné est tel qu’il est facile de valider ou d’invalider des travaux scientifiques, c’est le principe des revues scientifiques à comité de lecture qui évalue d’abord la méthode scientifique proposée par le chercheur qui publie.

Certes, s’il s’agissait de recherches sur les trous noirs, sur la énième particule cachée de physique quantique, sur le graviton, sur le boson de Higgs, etc., ce ne serait pas très grave de ne pas adopter des méthodes scientifiques peu rigoureuses sauf sur le plan intellectuel. Mais lorsqu’il y a la vie de personnes en jeu, c’est irresponsable de faire de grandes déclarations publiques non étayées par des études sans reproche.

Or, c’est cela, le problème de l’hydroxychloroquine que propose l’équipe du professeur Didier Raoult dans son Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée Infection : des déclarations publiques tonitruantes, des études à la rigueur très discutable, des essais avec de très nombreux biais (statistiques, méthodologiques), et des publications hors comité de lecture, puisqu’elles sont éditées …par son propre institut (on n’est jamais mieux servi que par soi-même).

Attention, il faut bien comprendre que je ne remets en cause ni la réputation de Didier Raoult, qui est grande, ni le fait que son traitement pourrait être effectivement efficace pour traiter les malades du covid-19. Je regrette d’abord ses déclarations publiques qui n’ont pas lieu d’être, qui sont beaucoup trop prématurées. Celui qui, visiblement, avait eu une très faible anticipation de cette grave pandémie (il expliquait il y a deux mois qu’il n’y avait pas de quoi s’occuper d’un virus chinois lointain), n’aurait jamais dû évoquer l’hypothèse de son traitement en dehors du cercle scientifique, le seul capable d’évaluer la pertinence ou non de sa solution.

_yartiConvidAS02

On aurait pu comprendre que Didier Raoult s’adressât directement au "peuple" (par Youtube notamment) dans le cas où il aurait été un chercheur brimé, mis au placard, peu écouté des instances nationales. Mais la réalité, c’est le contraire : Didier Raoult est le représentant de l’élite scientifique française, brassant des centaines de millions d’euros d’argent public (il a su convaincre l’État d’investir), très écouté jusqu’au plus haut niveau de l’État puisqu’il est membre du conseil scientifique mis en place par le Président Emmanuel Macron avec lequel il aurait régulièrement des entretiens téléphoniques : on ne peut donc pas dire qu’il n’a pas les canaux pour être écouté.

Ses déclarations au grand public font des dégâts humains collatéraux. Le couple d’Américains qui s’empoisonne et se tue (pour l’un d’eux) par un produit nettoyant d’aquarium à base de chloroquine en est un exemple. Mais aussi de nombreux patients qui doivent prendre l’hydroxychloroquine comme traitement habituel pour d’autres pathologies risquent également d’être en manque de médicament par un effet de déstockage massif.

Quand des personnalités politiques s’en mêlent, c’est encore pire : le maire de Nice Christian Estrosi, la députée LR Valérie Boyer, entre autres, ont déclaré qu’ils en ont pris et qu’ils étaient guéris, mais il se trouve que la grande majorité des personnes atteintes du covid-19 peut guérir sans traitement, tandis que la parole des politiques porte même s’ils n’ont aucune compétence scientifique.

Le cas de l’ancien Ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, régulièrement interviewé sur LCI en ce moment, est un peu différent car il est médecin cardiologue et a donc quelques compétences sur le sujet (il a même repris du service pour aider à surmonter la vague du coronavirus). Là encore, je n’ai rien contre lui (que j’ai eu l’occasion de connaître par ailleurs), mais si l’on sait qu’il est membre du conseil d’administration de l’IHU Méditerranée Infection (comme l’affirme le site Les Crises), on peut comprendre pourquoi il soutient le professeur Didier Raoult malgré les biais de ses études (Philippe Douste-Blazy, au fil des jours, s’est cependant montré moins enthousiaste et plus prudent).

Même le professeur Pierre Hausfater, chef du service urgences à la Pitié-Salpêtrière, qui, atteint du covid-19, avait pris de l'hydroxychloroquine, a déclaré, maintenant sorti d'affaire, qu'il ne le referait pas s'il devait recommencer car il y a beaucoup trop de biais dans les études de Didier Raoult.

Car les études actuelles de Didier Raoult ne montrent en effet aucune différence statistique entre les guérisons sans rien (sinon du paracétamol) et avec son traitement (hydroxychloroquine et antibiotique). Tout le monde voudrait que ce soit prouvé pour permettre de guérir les malades du covid-19 et arrêter l’hécatombe qui continue en Europe et aux États-Unis (après l’Italie, l’Espagne et la France, le Royaume-Uni et les États-Unis empruntent la courte horriblement montante de la catastrophe humaine).

Le vrai argument reste : comme il n’y a aucun autre traitement, pourquoi ne pas tenter celui-ci, faute de mieux ? D’autant plus que l’hydroxychloroquine est connue depuis des lustres.

C’est à ce niveau-là que la responsabilité du gouvernement est engagée, et sachons que, quelle que soit la décision, elle sera critiquable, Roselyne Bachelot, aujourd’hui auréolée, à juste de titre, de sa clairvoyance, en sait quelque chose.

En effet, la molécule est connue depuis longtemps, mais les anti-inflammatoires (l’Ibuprofène notamment), l’aspirine aussi, sont connus depuis longtemps et pourtant, personne n’aurait pu affirmer que leur absorption renforcerait les risques de développer une forme sévère du covid-19. Sans compter que l’hydroxychloroquine peut avoir des effets pervers sur le rythme cardiaque, si bien qu’il est nécessaire que les patients qui en prennent soient surveillés sur le plan cardiaque (électrocardiogrammes réguliers), ce qui nécessite une hospitalisation (d’où la raison du gouvernement d’interdire la prescription du traitement en médecine de ville).

Et dans tous les cas, l’hydroxychloroquine n’est pas une solution miracle, puisque, même efficace sur le coronavirus, elle ne permettrait pas à des patients atteints de covid-19 et ayant des problèmes cardiaques d’être traités. Il est donc nécessaire de poursuivre le maximum de tests de nombreux médicaments candidats.

On parle d’urgence, et c’est vrai, des milliers de personnes meurent chaque jour du covid-19, c’est une catastrophe terrible, insupportable à imaginer, mais dans le même temps, à quoi rimerait de prescrire un médicament qui n’aurait pas eu la confirmation de son efficacité et qui pourrait même être dangereux pour les patients ? Rappelons-nous le Médiator. Tout le monde se précipitait, médecins et patients, et finalement, on a reproché aux autorités de santé de ne pas avoir eu le recul nécessaire pour l’interdire à temps.

S’il s’avérait que la prise d’hydroxychloroquine provoque des centaines voire des milliers de décès pour des raisons cardiaques, de patients qui auraient peut-être pu guérir du covid-19 sans traitement (comme pour la majorité des cas), ceux qui aujourd’hui font l’éloge du professeur Didier Raoult seraient les premiers à fustiger le gouvernement pour avoir laissé sur le marché un médicament qui n’aurait pas été assez testé au préalable.

Alors, que des patients aient une opinion ou une autre (j’y crois, je n’y crois pas), importent peu. La science n’est pas affaire de peuple, c’est une affaire de scientifiques. Ou l’on prouve que le traitement est efficace, avec la rigueur méthodologique et sans biais, et alors, fonçons, produisons massivement ce médicament, ou l’on ne prouve rien (ce qui est encore le cas aujourd’hui), et ceux qui prendront ce traitement le feront à leurs risques et périls. Et ceux qui paieront, ce ne sont pas ceux qui crient au loup avec les loups, mais les malades.

On ne joue pas avec la vie des malades du covid-19. Alors laissons faire les essais cliniques proposés non seulement par la France mais par toute l’Europe. Vouloir aller trop vite, au-delà de donner des faux espoirs, c’est aussi mettre en danger la vie des malades. Que certains médecins ne comprennent pas cela me rend très perplexe…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Articles de "Sciences Humaines" et de PourquoiDocteur.fr.

Hydroxychloroquine : attention au populisme scientifique !
Les publications sur le coronavirus du professeur Didier Raoult (à télécharger).
Les poissons du coronavirus.
Patrick Devedjian victime du covid-19.
Bernard Remy victime du covid-19.
Polémique avec le professeur Didier Raoult : gardons notre sang-froid !
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…
Attention : nouvelle attestation de déplacement dérogatoire à partir du 25 mars 2020 (à télécharger).
Hydroxychloroquine vs covid-19 : Didier Raoult est-il un nouveau Pasteur ?
Vaincre le paludisme, une priorité pour sauver l’Afrique.
Honneur aux nouveaux Poilus de la guerre du coronavirus.
Covid-19 : les resquilleurs du confinement.
Confinement 2.0.
Attestation de déplacement dérogatoire obligatoire à chaque déplacement en France (à télécharger).
Le coronavirus Covid-19 expliqué aux enfants (plaquette à télécharger).
Tout savoir sur le Covid-19 et les mesures de confinement en France (mis à jour).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 16 mars 2020 à la télévision (texte intégral).
Toutes les mesures de restriction pour réduire la propagation du coronavirus en France (14 mars 2020).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 12 mars 2020 au Palais de l’Élysée (texte intégral).
Les institutions à l’épreuve du coronavirus Covid-19.
Coronavirus : soyons tous des Adrian Monk !
Mutation.
Publication "On the origin and continuing evolution of SARS-CoV-2" par Xiaolu Tang and cie, National Science Review, le 3 mars 2020 (à télécharger).
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Article 49 alinéa 3 : le coronavirus avant la réforme des retraites ?
Les frontières arrêteront-elles le coronavirus ?
Coronavirus : la croisière ne s’amuse plus.
Le docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte de l’épidémie de coronavirus.
Le coronavirus de Wuhan va-t-il contaminer tous les continents ?
L’apocalypse par l’invasion de paléovirus géants ?
Le virus de la grippe A(H1N1) beaucoup plus mortel que prévu.
"Estimated global mortality associated with the first 12 months of 2009 pandemic influenza A H1N1 virus circulation : a modelling study" ("The Lancet", 26 juin 2012).
Publication d’origine sur le Mollivirus sivericum du 08 septembre 2015 (à télécharger).
L’arbre de la vie.
Découverte du virus du sida.
Vaccin contre le sida ?
La grippe A.
Un nouveau pape de la médecine.

_yartiCovidN03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200402-populisme-scientifique.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/hydroxychloroquine-attention-au-222877

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/04/01/38156131.html





 

Partager cet article
Repost0
28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 03:29

« À Marseille, on meurt moins ! » (Éric Chabrière, LCI le 27 mars 2020).


_yartiRaoultDidierB01

Le dialogue de sourds entre le professeur Éric Chabrière, en direct de Marseille, et le très courtois professeur Roland Tubiana, sur le plateau de LCI ce vendredi 27 mars 2020 dans la soirée, était assez "symptomatique" de la supposée polémique concernant le professeur Didier Raoult, le patron d’Éric Chabrière. Les deux intervenants sont des infectiologues, l’un de Marseille et l’autre de Paris (à la Pitié-Salpêtrière, il me semble).

J’ai déjà évoqué Éric Chabrière et Didier Raoult dans un autre article. Ce qui est étonnant, c’est que le discours d’Éric Chabrière n’a rien d’un discours scientifique. Il est à la fois paranoïaque, car il projette sur ses interlocuteurs des oppositions imaginaires qui n’ont jamais été formulées, et dangereux car ce n’est pas sur un plateau de télévision qu’il faut discuter de la pertinence ou pas d’un traitement pour une maladie si grave, le covid-19, qui a déjà tué plus de 27 000 personnes, dont près de 2 000 en France avec des pentes vertigineuses (plus de 900 morts par jour en Italie, 750 morts en Espagne, 300 morts en France, aux États-Unis, etc.). L’attente est évidemment énorme, l’inquiétude à son comble. Il avait l’air d’un chien enragé qui interrompait systématiquement ses interlocuteurs et répétait en boucle toujours le même discours : « À Marseille, on meurt moins ! ».

Éric Chabrière aurait publié les données brut du traitement de 701 patients atteints de coronavirus SARS-CoV-2 dans son établissement marseillais par l’hydroxychloroquine. Il a pu dire qu’un seul patient était décédé mais il a refusé de dire combien était actuellement en détresse respiratoire et en réanimation (soi-disant incapable de se rappeler cette donnée pourtant cruciale pour montrer que le traitement est efficace).

Certains ne comprennent pas la réticence du gouvernement mais aussi du conseil de l’ordre des médecins, de nombreux médecins français mais aussi étrangers, de l’OMS, etc. alors qu’il n’existe aucun traitement de substitution pour traiter le covid-19. Autrement dit, même si son efficacité n’était pas prouvée, donner ce traitement serait mieux que rien. C’est le principe du "traitement compassionnel" (que les premiers malades du sida ont connu également).

Et l’argument massue, c’est que cette molécule, utilisée contre la malaria, est connue depuis des décennies et a déjà été utilisée par des millions de personnes dans le monde. Oui, mais pas forcément pour combattre le covid-19. Or le covid-19, cette saleté !, est une maladie très étrange et difficile à cerner. Rien ne peut aujourd’hui expliquer comment une adolescente de 16 ans a pu mourir de cela, alors qu’elle était en bonne santé, sportive et sans problème respiratoire.

L’aspirine, les anti-inflammatoires (comme l’ibuprofène) aussi sont des médicaments qui ont été pris par des millions de personnes, ce sont des substances qu’on connaît bien, et pourtant, leur utilisation a manifestement dégradé l’état de santé de patients atteints du coronavirus SARS-CoV-2, sans qu’aucune explication soit vraiment donnée aujourd’hui.

Vouloir traiter en aveugle, sans tests cliniques validant son efficacité, et sur des dizaines de milliers de patients contaminés, l’hydroxychloroquine serait donc prendre autant un risque que faire le pari de gagner sur la maladie. La responsabilité du médecin, c’est avant tout de protéger le mieux possible la vie de ses patients. Sans faire de pari fou (comme Pasteur l’a fait).

J’ai plutôt l’impression que l’équipe de Didier Raoult cherche plutôt à faire la polémique et à se victimiser. Insistons que la crise sanitaire actuelle, ces deux ou trois semaines à venir, sans précédent dans notre histoire récente, est une période exceptionnelle où tout doit être mis en œuvre pour sauver le maximum de malades. Toute polémique est contreproductive, empêche de se concentrer sur l’unique sujet de préoccupation des soignants : sauver des vies humaines. D'où les applaudissements de 20 heures.

Il faut dire que les médias n’aident pas au calme, puisqu’ils sont capables de sortir des sondages de "popularité" (?) sans intérêt plaçant Didier Raoult en deuxième position (43%) devant le professeur Jérôme Salomon, le directeur général de la santé (35%), mais juste derrière …Roselyne Bachelot, la Ministre de la Santé à l’époque de la grippe A (44%). Comme si c’était aux électeurs de choisir par référendum le "bon" traitement contre cette saleté de covid-19 !…

_yartiRaoultDidierB03

Sur la personnalité et la carrière professionnelle du professeur Didier Raoult, je conseille vivement la lecture de l’enquête détaillée d’Olivier Berruyer publiée le 26 mars 2020 sur son site Les Crises (326 commentaires à ce jour).

Bataille d’ego ? Peut-être que ce n’est pas suffisant pour polémiquer en début de pic d’épidémie, au moment où on peut le moins perdre son temps à pérorer inutilement. Mais ce sont les "une" du site "Riposte laïque", classé généralement à l’extrême droite, qui m’ont interpellé. Toutes plus réductrices et simplificatrices les unes que les autres.

Le 23 mars 2020 : « Ma priorité des potes à Macron : interdire le traitement du Pr Raoult ».
Le 24 mars 2020 : « Laissez le génial Pr Raoult sauver les malades, et taisez-vous, les minables ! ».
Le 25 mars 2020 : « L’appel du professeur Raoult, c’est le 18 juin du Général De Gaulle : Résistons ! ».
Le 26 mars 2020 : « Macron travaille à la mort des Gaulois : cinq preuves accablantes ! ».
Le 27 mars 2020 : « New York : 500 patients traités à la chloroquine, tous guéris ! ».

C’est en fait l’avocat catholique Erwan Le Morhedec qui tente une explication. Bien que n’ayant aucune compétence en infection et virus, il s’est senti obligé d’écrire une réflexion le 25 mars 2020 sur ce sujet dans son blog "Koztoujours, tu m’intéresses" : "La chloroquine, un raout plus politique que sanitaire".

Koztoujours s’interroge alors sur cette réaction quasi-unanime contre la méthode très peu scientifique de Didier Raoult (Éric Chabrière a même eu l’audace de dire que la médecine était plus un art qu’une science !) : « Si cette molécule, simple d’utilisation, pas chère, est miraculeuse, qu’est-ce qui pousse des personnes si différentes, des médecins chinois, italiens, français, à préférer laisser mourir leurs patients plutôt que de se résoudre à l’employer ? Faut-il donc qu’ils soient, tous et partout, et quels que soient les régimes politique concernés et leurs intérêts stratégiques nationaux, stupides, incompétents ou véreux ? Quelle est la probabilité que cela arrive, et qu’un homme seul ait raison contre le reste du monde ? ».

L’avocat cite les trois raisons qui feraient que Didier Raoult pourrait avoir raison. La première serait le parisianisme (rivalité entre Paris et la province), sauf que dans cette histoire, d’éminents scientifiques de Bordeaux, Angers, Lyon, etc. et même des étrangers, Américains, Chinois, Italiens, sont également opposés à cette méthode peu scientifique. La deuxième serait un conflit d’intérêts des laboratoires pharmaceutiques. Là encore, cela ne tient pas puisque Sanofi a proposé de fabriquer gratuitement 300 000 traitements de chloroquine (18 mars 2020). D’autres labos proposent des prestations équivalentes. Enfin, la troisième raison serait le peuple contre les élites. Mais Didier Raoult, dans ce cas, fait plutôt partie des élites, il n’est pas isolé, il a eu beaucoup d’influence sur les gouvernements depuis vingt ans, tous les responsables politiques de la région sont derrière lui, il a obtenu des financements publics qui se comptent en centaines de millions d’euros, et il a même été désigné au conseil scientifique du Président Emmanuel Macron pour la crise du covid-19.

Au-delà du sujet scientifique, Koz y a vu un sujet très politique : « C’est surtout un sujet politique au sens plein de ce terme : on voit bien quelles sont les oppositions à l’œuvre, comment se scindent les positions, au-delà même de l’opposition politique partisane. Or le schéma est assez limpide, et manifestement populiste. On  joue les oppositions entre le peuple et les élites, entre Paris et les régions, entre les intérêts financiers et ceux du peuple. On veut croire que certains, à défaut de disposer d’un traitement qu’ils se réserveraient rien que pour eux, préfèrent laisser mourir leurs concitoyens plutôt que de leur apporter un traitement miraculeux, puisqu’efficace et bon marché. ». Et d’ajouter : « On aimerait que certains se lassent de toujours tirer les mêmes grosses ficelles, mais il faut croire que c’est un invariant national. ».

Puis, le blogueur juriste a eu l’idée de googliser "Lévy", du nom du mari de l’ancienne Ministre de la Santé Agnès Buzyn, lui-même ancien patron de l’INSERM, avec "chloroquine"… et là, tout s’est éclairé pour lui : les premiers résultats donnèrent les auteurs d’une telle association, situés à l’extrême droite. Didier Raoult n’y peut rien, évidemment, mais il est devenu l’étendard d’un certain nombre de faux patriotes qui cherchent avant tout à diviser la nation française : « Le schéma est commun, un schéma de division, d’opposition des uns face aux autres dans une période qui nécessiterait pourtant de la retenue, du sang-froid et une certaine unité nationale face à une menace commune. En fin de compte, on constate comme certains, qui se proclament à grands cris patriotes et nationaux, fonctionneront en réalité toujours sur la division du corps national. ».

Et de terminer de façon très pertinente ainsi : « Il ne faut pas non plus se leurrer sur le fait que cet épisode, effrayant, met en œuvre des réactions ataviques, ancestrales, dont les historiens, notamment médiévistes, auraient certainement beaucoup d’exemples à donner. Elles sont pourtant délétères, qu’il s’agisse de la panique et de la peur, de la précipitation sur les premières lueurs de traitement ou encore de la recherche de boucs émissaires, parmi lesquels "le Juif" a toujours figuré en bonne place. Si possible, apprenons de l’Histoire. ».

Il conclut : « C’est bien pour cela que nous devons impérativement refuser de donner prise à cette rhétorique, refuser de fracturer le pays, de perdre notre énergie dans des débats parasites, d’instiller le poison du soupçon et de la défiance dans une période qui nécessite une action coordonnée. Bref, c’est bien pour cela que nous devons garder notre sang-froid. ».

Garder son sang-froid, c’est sans doute la première consigne des personnels soignants qui voient arriver la vague de patients bientôt les submerger. C’est vers eux que tous les efforts doivent être tournés, afin de remplir au mieux une mission de dingue : tous les soigner…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Polémique avec le professeur Didier Raoult : gardons notre sang-froid !
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…
Attention : nouvelle attestation de déplacement dérogatoire à partir du 25 mars 2020 (à télécharger).
Hydroxychloroquine vs covid-19 : Didier Raoult est-il un nouveau Pasteur ?
Vaincre le paludisme, une priorité pour sauver l’Afrique.
Honneur aux nouveaux Poilus de la guerre du coronavirus.
Covid-19 : les resquilleurs du confinement.
Confinement 2.0.
Attestation de déplacement dérogatoire obligatoire à chaque déplacement en France (à télécharger).
Le coronavirus Covid-19 expliqué aux enfants (plaquette à télécharger).
Tout savoir sur le Covid-19 et les mesures de confinement en France (mis à jour).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 16 mars 2020 à la télévision (texte intégral).
Toutes les mesures de restriction pour réduire la propagation du coronavirus en France (14 mars 2020).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 12 mars 2020 au Palais de l’Élysée (texte intégral).
Les institutions à l’épreuve du coronavirus Covid-19.
Coronavirus : soyons tous des Adrian Monk !
Mutation.
Publication "On the origin and continuing evolution of SARS-CoV-2" par Xiaolu Tang and cie, National Science Review, le 3 mars 2020 (à télécharger).
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Article 49 alinéa 3 : le coronavirus avant la réforme des retraites ?
Les frontières arrêteront-elles le coronavirus ?
Coronavirus : la croisière ne s’amuse plus.
Le docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte de l’épidémie de coronavirus.
Le coronavirus de Wuhan va-t-il contaminer tous les continents ?
L’apocalypse par l’invasion de paléovirus géants ?
Le virus de la grippe A(H1N1) beaucoup plus mortel que prévu.
"Estimated global mortality associated with the first 12 months of 2009 pandemic influenza A H1N1 virus circulation : a modelling study" ("The Lancet", 26 juin 2012).
Publication d’origine sur le Mollivirus sivericum du 08 septembre 2015 (à télécharger).
L’arbre de la vie.
Découverte du virus du sida.
Vaccin contre le sida ?
La grippe A.
Un nouveau pape de la médecine.

_yartiCovidN03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200327-didier-raoult.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/polemique-avec-le-professeur-222729

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/03/27/38141521.html



 

Partager cet article
Repost0
27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 03:41

« Que des gens soient morts de coronavirus en Chine, vous savez, je ne me sens pas tellement concerné. (…) Il se passe un truc où il y a trois Chinois qui meurent et ça fait une alerte mondiale, l’OMS s’en mêle, ça passe à la radio, à la télévision. (…) Il n’y a plus aucune lucidité. À chaque fois qu’il y a une maladie dans le monde, on se demande si en France, on va avoir la même chose. Cela devient complètement délirant. » (Didier Raoult, Youtube le 21 janvier 2020).



_yartiCovidN01

Sacrée prophétie du professeur marseillais Didier Raoult qui n’avait pas compris la gravité mondiale de la pandémie actuelle. Quand on sait qu’il a fait partie des conseilleurs scientifiques du Président Emmanuel Macron pour construire la réponse de la France à cette catastrophe sanitaire, on a de quoi frémir ! Et il ne faudra pas accuser Emmanuel Macron d’avoir tant attendu avant de réagir massivement alors que ce genre de conseiller l’accusait déjà d’en faire trop.

Il faut dire que même le journal "La Marseillaise", qui avait titré son entretien avec le scientifique au look de Jésus-Christ le 26 février 2020 : « Didier Raoult : "Le coronavirus n’est pas plus dangereux qu’une grippe de saison" », a dû se résoudre à le modifier le 18 mars 2020, après les premiers jours de confinement : « Didier Raoult : "Pour lutter contre le coronavirus, il faut être efficace sur le diagnostic" »

Eh oui, de plus en plus de personnes se rendent bien compte aujourd’hui que le covid-19 issu du coronavirus SARS-CoV-2 n’est pas une "simple grippe", mais que c’est une vraie saleté (pour ne dire pas plus). Hélas ! Cette prise de conscience a pu être fulgurante pour certains, mais d’autres sont encore dans cette absence de prise de conscience. Que faudrait-il ? Des millions de morts ? 225 000 PV ont été dressés en France pour non respect du confinement.

Ce jeudi 26 mars 2020, la France en arrive à la pente abrupte, celle que connaissent depuis quelques jours l’Italie et l’Espagne. 365 décès en une seule journée, et l’on sait, hélas, que cela va encore augmenter. Les spécialistes prévoient que le pic de l’épidémie en France sera dans une ou deux semaines (pour Pâques ?). L’Italie en est à 8 215 décès (+712 en une seule journée), bientôt le triple de la Chine, et l’Espagne a déjà "dépassé" la Chine avec 4 145 décès (+498 en une seule journée). Les États-Unis (qui ont maintenant la même pente que l’Iran et risquent d’être les tristes champions du monde), le Royaume-Uni, la Suisse et la Belgique suivent aussi, et l’Allemagne dont on disait qu’elle réussissait à contenir n’est pas en position si enviable que cela. Dans le monde, près de 24 000 décès déjà, mais ce n’est que le début de la pandémie, il faut absolument bien comprendre cela. Et ce nombre est largement sous-estimé : rien qu’en France, le décompte officiel ne prend en compte que les décès à l’hôpital, si bien qu’aucune des personnes qui résidaient en EHPAD mortes du coronavirus et qui n’ont pas eu le temps d’être hospitalisées n’a été prise en compte dans cette macabre addition.

En tout dans le monde, 525 000 cas de coronavirus ont été dépistés, mais la réalité est évidemment bien plus grave. Rien qu’en France, les médecins généralistes ont remonté 41 000 cas diagnostiqués non testés observés durant la semaine 12, à rajouter aux 30 000 officiellement testés. D’autres pays n’ont aucune crédibilité dans leurs statistiques, comme la Russie qui ne déclare que 840 cas pour les près de 150 millions d’habitants, c’est d’autant moins crédible que le Président russe Vladimir Poutine a quand même dû interrompre sa réforme constitutionnelle (j’y reviendrai plus tard) et des médecins russes l’ont alerté, le risque est catastrophique si aucune mesure n’est prise en Russie. C’est sûr, on peut cacher des statistiques, ce fut le cas de l’Iran en février 2020 (pour ne pas perturber les élections du 21 février 2020), mais si cela devient catastrophique, nécessairement, les statistiques désastreuses arriveront. Trop tard pour protéger la population.

Parmi ces décès dus au covid-19 en France, une disparition symbolique qui pourrait aider à une prise de conscience d’encore inconscients : une jeune fille adolescente de 16 ans en Île-de-France. Hélas, le coronavirus ne tue pas seulement des personnes fragiles, âgées, diminuées. Non, le syndrome de détresse respiratoire peut toucher aussi des personnes valides, en bonne santé, sportives, jeunes, qui mangent correctement, ne boivent pas d’alcool, ne fument pas, ne se droguent pas…

Le covid-19 n’est pas une grippe. Pour plusieurs raisons.

Les effets. Certes, des chanceux (dont il faudra peut-être déterminer les points communs) semblent avoir le coronavirus et rester asymptomatiques. C’est une chance mais rien n’explique ce fait. Si c’est positif à titre personnel, ce l’est beaucoup moins à titre collectif puisque la propagation du coronavirus peut être imputé à ceux qui, ne se croyant pas atteints, n’ont pas pris les précautions que devaient prendre ceux qui avaient de la fièvre et de la toux, et ont pu contribuer à sa propagation.

Si l’on peut croire que la forme légère ou moyenne ressemble à des symptômes de grippe, c’est à mon sens erroné. La toux est très différente, sèche. Le nez peut se boucher mais se déboucher aussi vite puis se reboucher. La fièvre peut être légère, en continu, ou très élevée, discontinue, deux jours de grosses fatigues, d’épuisement, puis quasiment guéri le lendemain, puis de nouveau l’état empire. Les diarrhées, etc. peuvent survenir. Une fois, souvent, en continu, ou en discontinu. La perte de goût peut survenir, ou pas, dès le début, ou en cours de route. Bref, tout cela est une terre inconnue, une sorte de nouveau territoire inconnu que les "contaminés", devenus cobayes, découvrent, explorent en même temps que les médecins, les infectiologues, les virologues, les épidémiologistes… Certains ont parlé de "montagnes russes" pour qualifier la maladie, ce n’est pas pour rien.

La contagiosité. L’un des effets les plus destructeurs de ce coronavirus, c’est sa capacité de propagation très rapide. À l’évidence, plus rapide que la "simple grippe". Il faudra mieux comprendre cet aspect mais la manière dont le virus s’est propagé en Europe a montré qu’on pouvait être vite débordé. L’exemple de la France, qui avait réussi à confiner les premiers foyers, mais elle a été complètement dépassée après la supercontamination de Mulhouse.

Alors, oui, certains peuvent rester à ne réfléchir que sur les statistiques, balançant les milliers de morts comme on balançait les morts de Staline contre les morts de Hitler. Mais même ainsi, le covid-19 est bien plus grave qu’une "simple grippe". Si l’on parle froidement du nombre de morts par épidémie, il faudra évidemment attendre la fin de la pandémie (on n’y est pas du tout), et les perspectives sont cauchemardesques.

Ceux qui parlent de 10 000 décès par an pour la grippe en France doivent comprendre que l’Italie y est déjà presque et n’est pas encore à son pic épidémique. Et il y a deux létalités à prendre en compte.

La létalité théorique, qui serait ce que j’appellerais le nombre de décès total sur le nombre total de personnes réellement infectées. Elle est difficile à établir mais elle peut s’envisager dans une situation où toutes les personnes sauvables sont sauvées, c’est-à-dire si toutes les ressources étaient données pour soigner et sauver les personnes en détresse respiratoire.

Or, à partir du moment où il y a une saturation des places en réanimation, la létalité réelle est beaucoup plus élevée. C’est là la catastrophe sanitaire qui est exceptionnelle et qui montre la singularité par rapport à la grippe. La létalité théorique de la grippe est déjà beaucoup plus faible que celle du covid-19, mais en plus, elle ne provoque pas une occupation massive des lits d’hôpitaux. Car environ 15% des personnes malades doivent être hospitalisées.

Si la létalité théorique est par exemple 2%, elle est doublée ou triplée s’il n’y a plus de capacité d’accueil pour soigner (lits, matériels dont respirateur artificiel, et évidemment, personnel soignant). C’est du reste une grande preuve de solidarité européenne de voir que certains pays aux hôpitaux non saturés accueillent des malades de pays voisins. Ainsi, l’Allemagne a accueilli plus de malades français que l’hôpital militaire de campagne installé le 22 mars 2020 à Mulhouse.

_yartiCovidN02

Au 26 mars 2020, il y a en France 13 904 personnes hospitalisées pour cause de coronavirus, dont 3 375 en situation critique. C’est environ 2 à 3 000 de plus chaque jour, alors que l’occupation d’un lit est d’environ une vingtaine de jours. Depuis le 9 mars 2020, il n’y a eu que 4 948 personnes guéries. Il faut bien rappeler aussi ces nombres : sur les 22 511 personnes testées positives et encore malades, 13 904 sont à l’hôpital, soit un taux autour de 60%. Ne sont pas prises en compte les personnes qui ont été diagnostiquées mais pas testées, par les médecins de ville. C’est pour cela qu’on évalue à 15% le taux réel d’hospitalisation. Ce taux est énorme et n’a rien à voir avec une "simple grippe".

À cela, il faut ajouter que la plupart des pays ont pris plus ou moins rapidement des mesures de confinement, notamment la plupart des pays européens, certains États des États-Unis (dont New York !), même l’Inde… jusqu’à Madagascar qui n’a dépisté pourtant qu’une vingtaine de cas (23 au 26 mars 2020) mais qui comprend bien que si l’épidémie se développe dans le pays, ce sera un carnage en raison de ses capacités de soins défaillantes. Sans ces mesures de confinement qui immobilisent plus de deux milliards de personnes dans le monde, les dégâts humains seraient bien plus importants, rien à voir avec une grippe dont on laisse circuler les virus allègrement.

Certains pays ont adopté cependant une attitude différente, le cas le plus flagrant est le Brésil qui risque d’être, lui aussi, un autre exemple de désastre sanitaire (actuellement, chaque jour : +10% en nombre de cas détectés, et +30% en nombre de décès). Mais confinement ou pas confinement, des bombes potentielles, il y en a beaucoup d’autres dans le monde, comme la Turquie, les Pays-Bas, l’Indonésie, l’Inde et l’Afrique du Sud.

Dans un entretien à "La Provence" (propos recueillis par Alexandra Ducamp) publié le 21 mars 2020, Didier Raoult en restait encore froidement à un décompte macabre : « Mais là, on en est à moins de 500. On va voir si on arrive à en tuer 10 000, mais ça m’étonnerait. ». Phrase doublement choquante, par l’émotion car elle ne prend pas en compte le respect dû à la famille et aux proches de chaque victime qui meurt du coronavirus, et aussi par la raison, car cinq jours plus tard, le bilan macabre avait déjà eu le temps de …quadrupler ! Cela ne l’a pas empêché d’ajouter au détour d’une réponse : « Je suis le seul à avoir une pensée classique sur les maladies infectieuses alors que tout le monde perd ses nerfs. ». On ne peut pas dire que c’est un langage scientifique.

Je ne sais pas si tout le monde perd des nerfs, mais je sais au moins que dans le monde, 24 000 personnes déjà seraient encore vivantes si cette saleté de coronavirus n’avait pas fait les ravages tant dans certains corps que dans certains esprits. Alors, si vous pensez à vous, à vos proches, aux soignants, restez chez vous, protégez-vous et respectez les consignes de confinement, elles sauveront des vies, peut-être la vôtre ou celle de proches.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…
Attention : nouvelle attestation de déplacement dérogatoire à partir du 25 mars 2020 (à télécharger).
Hydroxychloroquine vs covid-19 : Didier Raoult est-il un nouveau Pasteur ?
Vaincre le paludisme, une priorité pour sauver l’Afrique.
Honneur aux nouveaux Poilus de la guerre du coronavirus.
Covid-19 : les resquilleurs du confinement.
Confinement 2.0.
Attestation de déplacement dérogatoire obligatoire à chaque déplacement en France (à télécharger).
Le coronavirus Covid-19 expliqué aux enfants (plaquette à télécharger).
Tout savoir sur le Covid-19 et les mesures de confinement en France (mis à jour).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 16 mars 2020 à la télévision (texte intégral).
Toutes les mesures de restriction pour réduire la propagation du coronavirus en France (14 mars 2020).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 12 mars 2020 au Palais de l’Élysée (texte intégral).
Les institutions à l’épreuve du coronavirus Covid-19.
Coronavirus : soyons tous des Adrian Monk !
Mutation.
Publication "On the origin and continuing evolution of SARS-CoV-2" par Xiaolu Tang and cie, National Science Review, le 3 mars 2020 (à télécharger).
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Article 49 alinéa 3 : le coronavirus avant la réforme des retraites ?
Les frontières arrêteront-elles le coronavirus ?
Coronavirus : la croisière ne s’amuse plus.
Le docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte de l’épidémie de coronavirus.
Le coronavirus de Wuhan va-t-il contaminer tous les continents ?
L’apocalypse par l’invasion de paléovirus géants ?
Le virus de la grippe A(H1N1) beaucoup plus mortel que prévu.
"Estimated global mortality associated with the first 12 months of 2009 pandemic influenza A H1N1 virus circulation : a modelling study" ("The Lancet", 26 juin 2012).
Publication d’origine sur le Mollivirus sivericum du 08 septembre 2015 (à télécharger).
L’arbre de la vie.
Découverte du virus du sida.
Vaccin contre le sida ?
La grippe A.
Un nouveau pape de la médecine.

_yartiCovidN03


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200326-coronavirus-covid-19.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/le-covid-19-n-est-pas-une-simple-222698

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/03/26/38135107.html





 

Partager cet article
Repost0
25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 06:47

CONFINEMENT ATTENTION : il faut une nouvelle attestation de déplacement dérogatoire à partir du 25 mars 2020.


INFORMATION CORONAVIRUS

Désormais, une nouvelle version d'attestation de déplacement dérogatoire est disponible, qu'on peut télécharger ci-après.

Elle limite au maximum les déplacements et les contacts entre chaque personne.

En application de l’état d’urgence sanitaire, les déplacements sont interdits sauf dans les cas suivants et uniquement à condition d'être munis d'une attestation pour :
1.-Déplacements entre le domicile et le lieu d’exercice de l’activité professionnelle, lorsqu’ils sont indispensables à l’exercice d’activités ne pouvant être organisées sous forme de télétravail ou déplacements professionnels ne pouvant être différés.
2.-Déplacements pour effectuer des achats de fournitures nécessaires à l’activité professionnelle et des achats de première nécessité dans des établissements dont les activités demeurent autorisées.
3.-Consultations et soins ne pouvant être assurés à distance et ne pouvant être différés ; soin des patients atteints d'une affection de longue durée.
4.-Déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables ou la garde d’enfants.
5.-Déplacements brefs, dans la limite d'une heure quotidienne et dans un rayon maximal d'un kilomètre autour du domicile, liés soit à l'activité physique individuelle des personnes, à l'exclusion de toute pratique sportive collective et de toute proximité avec d'autres personnes, soit à la promenade avec les seules personnes regroupées dans un même domicile, soit aux besoins des animaux de compagnie.
6.-Convocation judiciaire ou administrative.
7.-Participation à des missions d’intérêt général sur demande de l’autorité administrative

Il est impératif de respecter les consignes de sécurité surtout les heures de sorties, car toutes infractions entraîneraient une amende de 135€ d'amende pour la première fois, 1500€ en cas de récidive et jusqu'à 3750€ et 6 mois de prison pour ceux qui enfreignent plus de 4 fois les règles.

Sauvons des vies, restons chez nous !

Cliquer sur les liens correspondants pour télécharger les nouvelles attestations (fichier .pdf).

Nouvelle attestation de déplacement dérogatoire (à chaque sortie) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2020/03/attestation-deplacement-fr-20200324.pdf

Nouveau justificatif de déplacement professionnel à remplir par l'employeur :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2020/03/justificatif-deplacement-professionnel-fr.pdf

N'hésitez pas à vous rendre souvent sur le site du gouvernement pour toute nouvelle consigne :
https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200324-didier-raoult-pasteur.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200324-attestation-deplacement.html



 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).