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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 05:45

« Nous savons bien que, quels que soient les efforts du savoir, jamais nous ne saisirons ni l’origine ni le but du chaos sensible dans lequel nous vivons. Que l’on découpe pour en faire de fines tranches les cerveaux des babouins que nous sommes ou l’infime instant du Grand Début, "un chant se lève en nous qui n’a connu sa source et qui n’aura d’estuaire dans la mort… et la semence de Dieu s’en va rejoindre en mer les nappes mauves du plancton". » (Paris, le 22 juin 1989).


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Il est mort il y a vingt ans, le 25 juin 1997 à l’âge de 87 ans (il est né le 11 juin 1910). Il aurait pu être amiral comme Philippe De Gaulle ou François Darlan. Il aurait pu être un universitaire chevronné, professeur au Collège de France. Il aurait pu être député, voire ministre, voire… Il a été quand même membre de l’Académie française, élu le 24 novembre 1988 au fauteuil de Bougainville, Pasteur, Littré …et Orsenna (Maurice Druon le 15 juin 1989 : « Le 5 juin dernier, vous entriez à l’Académie du Royaume du Maroc pour y occuper le siège d’Edgar Faure. Aujourd’hui même, vous avez été installé à l’Académie française où vous succédez à Jean Delay. »). Il fut aussi récompensé par la Palme d’or du Festival de Cannes et un Oscar du meilleur film documentaire pour "Le monde du silence" (1956).

Une sorte de Jules Verne option pratiquant, comme Paul-Émile Victor, Haroun Tazieff, les époux Krafft, etc. Le commandant Jacques-Yves Cousteau était d’abord un militaire, un marin qui voulait être pilote dans l’aéronautique navale qu’un accident de la route a empêché d’aller jusqu’au bout, puis un océanographe et surtout, un passionné des profondeurs et son objectif était avant tout d’émerveiller le grand public pour les fonds marins. Il refusait toute prétention, n’était ni chercheur ni enseignant mais simple vulgarisateur, tout en étant un inventeur (il a déposé plusieurs brevets), un homme d’affaires (pour financer ses expéditions) et un administrateur (il fut le directeur du Musée océanographique de Monaco de 1957 à 1988 et aussi secrétaire général de la Commission internationale pour l’exploitation scientifique de la Méditerranée de 1962 à 1988, intégré dans de nombreuses institutions internationales).

La petite donnée supplémentaire, c’est qu’il a été l’un des Français les plus aimés de France (avec l’abbé Pierre), et même du monde, l’un des Français les plus connus dans le monde, bénéficiant même d’une couverture du fameux journal "Time".

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Cet article d’hommage à Cousteau n’en est pas un, je me retranche ici derrière quelques citations éloquentes prononcées principalement sous la Coupole par quelques académiciens fameux pour évoquer quelques traits de cet aventurier passionné par le Grand Bleu, sauf à la fin où j’évoque un film sur sa vie.

Pasteur, son prédécesseur à son fauteuil de l’Académie, Cousteau l’avait décrit lors du centenaire de la mort comme le représentant suprême du don de soi : « Pasteur, extrait de son environnement et de son époque, prend dans la perspective de l’avenir des places qu’il ne pouvait pas imaginer : comme symbole de notre révolte contre la nature ; comme exemple d’association des deux modes de pensée, l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse ; comme opposant à la notion de profit quand il s’agit de résultats scientifiques destinés à protéger la santé publique. ». Alors, Cousteau, rouge d’idée politique ? ou juste "bonnet rouge" ?

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Bertrand Poirot-Delpech, qui avait reçu Cousteau à l’Académie française, lui proposa même la transformation de la Coupole : « Il aurait fallu que notre Coupole (…) fût remplie d’eau de mer, jusqu’aux voûtes. Rêvons, voulez-vous ? La quille brune de votre chère Calypso s’apercevrait, là-haut, à l’envers. Les amis qui vous font face ouvriraient des yeux ronds de poissons à l’affût. Les chapeaux roses (…) feraient office de coraux, d’anémones. Balancés par le courant, nos costumes auraient perdu leurs variétés de vert pour ne former qu’un herbier bleuâtre où se fondraient nos plus rouges rubans, puisque les profondeurs marines, vous nous l’avez révélé, changent en bleu nuit toutes choses, jusqu’au sang. En guise de tambours, on aurait entendu des éclaboussements de plongeons. Et vous seriez apparu dans une gerbe de bulles cristallines, suivi des caméras qui vous perdent rarement de vue. Bouteilles sur le dos, votre illustre œil d’azur collé au masque, vous nous auriez dévisagés comme on vous l’a vu faire tant de fois dans vos films, flairant en nous, qui sait ? quelque mérou… Et vous auriez plané vers votre place, dans un élégant battement de palmes, oserai-je dire, académiques… Figurez-vous que cette vision surréaliste je ne l’ai pas inventée, mais rêvée, peu après votre élection, en traversant l’Atlantique à la voile. » (22 juin 1989).

Écrivain passionné par la mer, Bertrand Poirot-Delpech n’a pas eu beaucoup de mal pour décrire son héros du jour : « Il était une fois… la plage de Bandol, un beau jour de juin 1943. Un officier de marine de 33 ans, tout en nez et en os, crache dans son masque de plongée pour en chasser la buée, geste qui deviendra aussi rituel que le signe de croix du torero à l’entrée de l’arène. Il endosse les trente kilos de matériel livrés le matin même par un ami ingénieur à l’Air Liquide ; et, après quelques enjambées pataudes, dignes du premier marcheur sur la Lune, il disparaît sous l’eau pour de longues minutes, y retrouvant la liberté des danseurs, la grâce de l’oiseau. Le scaphandre Cousteau-Gagnan est né ! Et avec lui commence la conquête visuelle de la troisième dimension des mers. ». Il faut ajouter que Jacques-Yves Cousteau a eu l’occasion de rencontrer Neil Armstrong, justement ce premier marcheur sur la Lune, au Maroc.

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Ce même auteur a révélé l’origine de la vocation de Cousteau : « Avant vos records de nageur universitaire (cent mètres en une minute quatorze, ce qui n’était pas si mal pour l’époque !), tout aurait commencé par une punition en colonie de vacances, aux États-Unis, dans les années vingt. Pour avoir boudé les séances d’équitation, vous fûtes condamné par un moniteur à nettoyer un étang, et le spectacle des branches mortes sous l’eau glauque aurait décidé d’une fascination qui n’allait pas se démentir durant soixante-dix ans. ».

Le besoin couplé à l’inventivité d’un proche : « Fortuits, toujours, les effets de la guerre : l’équipement des automobiles au gaz de ville, qui donnera à Gagnan l’idée du détendeur pour scaphandre ; l’essor de techniques et de matériaux utiles à la plongée, bakélite, caoutchouc, nouvelles émulsions photographiques ; l’invasion allemande de la zone sud qui empêchera votre nomination à Lisbonne et vous conduira à faire de la plongée autour de Toulon occupé, la couverture de votre espionnage au profit de Londres. Hasard toujours qu’un mécène (…) vous fasse cadeau, en 1950, d’un transbordeur (…)… la Calypso. ».

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Comment parler de Cousteau sans parler de sa nymphe Calypso ? La rencontre avec la Calypso, le successeur de Cousteau à son fauteuil d’académicien, Érik Orsenna, l’a racontée le 17 juin 1999 : « Dans le port de La Valette [île de Malte], sous la citadelle des chevaliers de Saint-Jean, une sorte d’épave attend. Elle a connu des heures de gloire en draguant des mines. La paix revenue, elle somnole au soleil, seulement visitée par des colonies d’anatifes. Un officier français passe sur le quai : c’est un marin sans bâtiment. À peine a-t-il aperçu la coque délaissée qu’il la choisit. Pour toujours. Telles sont les rencontres entre un homme et son navire. Cela tiens au coup de foudre. Au premier regard, on a reconnu son inséparable. Sitôt remise à neuf (…), la Calypso prend le large. "Quel est le but de notre voyage ?" demande-t-elle, après quelques miles de silence. "Le fond de la mer", répond le commandant. ».

La Calypso appartenait initialement à la Royal Navy (entre le 21 mars 1942 et 1947) avant d’être reconvertie en ferry pour la liaison entre Malte et l’île de Gozo (associée, selon le poète grec Callimaque de Cyrène, à Ogygie, l’île mythique dont fut reine la nymphe Calypso, d’où le nom du navire adopté en 1947). Rachetée en 1950 par le milliardaire Thomas Loel Guinness, le mécène de Cousteau, la Calypso fut louée au franc symbolique chaque année pour les expéditions de l’océanographe du 24 novembre 1951 à son naufrage le 8 janvier 1996 à Singapour. La remise en état du bateau n’a commencé qu’en avril 2016 en Turquie, après bien des vicissitudes juridiques et financières.

Érik Orsenna résuma ainsi l’activité si expérimentée de Cousteau : « Filmer et plonger : depuis l’âge de 13 ans, Cousteau n’a jamais rien voulu d’autre. La consécration venue, pourquoi cesserait-il ? D’autant qu’une bête énorme a pris possession du monde, une insatiable dévoreuse d’images fraîches : la télévision. La bête a ses exigences. Les images dont elle fait ses repas doivent lui être servies pimentées par une histoire. Le seul plaisir de découvrir la fait bâiller. La bête veut du spectacle. Cousteau va lui en fournir. Pour la nourrir et se nourrir lui-même. Il va scénariser l’univers, créer des personnages, bâtir des sortes d’intrigues, offrir du vrai suspens. Le résultat dépasse les espérances. Le feuilleton de la nature l’emporte en audience sur la plupart des "Dallas" et autres "Dynasty". Les petits et les grands (…) de tous continents se rivent à la vitre dès que paraît la Calypso. De semaines en semaines, la planète se révèle à ses habitants. Le gros bocal si souvent imbécile (…) s’est changé en hublot. » (17 juin 1999).

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Cela a donné des centaines de films, certaines œuvres connues mondialement : « Comment assouvir l’appétit de l’ogre [appelé télévision] ? La Calypso change de rythme. La promenade émerveillée se transforme en course. Il faut produire, produire toujours plus. Quatre films par an, minimum, et jusqu’à sept en 1989. Plus de cent en trente années. Le résultat s’impose : de l’Amazonie au Cap Horn, du Nil à Tahiti, de l’hippopotame à la loutre de mer, le commandant nous a donné de notre Terre le plus riche des portraits. Mais cette exploration à marches ou plongées forcées ne va pas sans péril. Celui du sensationnel à tout prix, ou de l’emporte-pièce. Or il faut au mentir vrai des flâneries que la finance ne connaît pas. Le besoin d’argent engendre la hâte, qui n’est pas bonne pour l’œil. À feuilleter ce fabuleux album, on peut se prendre à regretter le regard de Louis Malle et l’ambition du cinéma, c’est-à-dire sa durée, le temps qu’il réclame et prend. La nature est lente, la vérité aussi. » (Érik Orsenna).

Cousteau était aussi un expert en communication : « Après avoir fait au commandant le cadeau empoisonné de la vitesse, la télévision lui offre la célébrité. Autre piège de l’époque, autre risque de quitter sa liberté pour s’emprisonner dans un personnage. Il aurait pu rester dans l’ombre, il choisit d’apparaître. (…) Vient [alors] la trouvaille qui hisse le commandant au sommet de l’art le plus moderne qui soit, l’essence même de notre temps, la communication. Quelques mailles de laine, pour saluer notre tradition d’agriculture et d’élevage. Une forme lâche et molle pour signifier, à l’inverse des képis dominateurs, la douceur du projet, sa fraternelle bienveillance envers l’humanité tout entière. Une couleur puissante qui se voit de loin et n’inquiète plus personne maintenant que le communisme est défait. Vous l’avez reconnu, le bonnet rouge est né ! À ce panache débonnaire et flamboyant, les humains de bonne volonté vont tous se rallier. D’autant qu’au bonnet s’est ajoutée une appellation, qui plus est libellée dans la langue dominante : Captain Planet ! » (Érik Orsenna).

Bertrand Poirot-Delpech avait aussi décrit le grand communicant : « Professionnel du spectacle, vous l’êtes enfin quand, interprète de votre propre rôle, vous vous pliez aux corvées du vedettariat, sans complaisance ni illusion. C’est que le dur métier de plaire, comme on dit au théâtre, exige une escalade indéfinie de moyens et de sensations. Plus rien ne nous étonne, depuis le temps que vous nous surprenez ! Dernièrement, vous avez filmé deux exclusivités qui feront l’ébahissement des grands et des petits, à la rentrée, et dont j’assure ici la bande-annonce : un éléphant nageant avec sa trompe en surface en guise de respirateur et un requin blanc avalant… la caméra qui le filmait. Comment couper encore le souffle, après cela ? Cette nécessité de récolter de l’image vendable, en plus des renseignements scientifiques, l’équipe de la Calypso s’y plie avec entrain. C’est un régal de voir autour de vous ces plongeurs soudés par leur commune passion du fond et par leurs spécialités complémentaires, biologie, médecine, archéologie, cadrage ou prise de son. Tous partagent votre sens du jeu avec l’imprévu. » (22 juin 1989).

Insistant sur l’indépendance financière de Cousteau, Bertrand Poirot-Delpech a constaté par ailleurs : « Cela mérite d’être répété bien haut : en ces temps d’assistance généralisée, malgré votre utilité et un renom qui auraient fait de vous un budgétivore très présentable, vous n’avez, Monsieur, jamais encaissé le moindre centime d’argent public ! Admirons cette hérésie : vous n’acceptez les contribuables que bénévoles ! Les trois cent cinquante mille cotisants des Fondations, dont trois quarts aux États-Unis, paient les deux tiers de vos dépenses ; et deux cent cinquante millions d’humains vous apportent indirectement le reste, en regardant chacun de vos films, vous évitant l’autre humiliation que ce serait, ayant échappé à la mendicité publique, de souiller la Calypso, comme on le voit pour tant d’engins sportifs, avec des réclames autocollantes de carburant ou de saucisses. » (22 juin 1989). Il faut noter que si Cousteau recherchait beaucoup d’argent, il ne se le mettait pas dans la poche (il s’en moquait pour lui), c’était principalement pour payer les salaires et le matériel de ses expéditions.

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Au-delà de cet aspect business, Cousteau a beaucoup œuvré pour la préservation des fonds marins et de l’environnement en général. Il avait notamment eu une action déterminante pour préserver la virginité l’Antarctique au début des années 1990, alors qu’une trentaine de pays s’étaient mis d’accord pour en exploiter le sous-sol.

La grande popularité de Jacques-Yves Cousteau n’a pas empêché des controverses à son égard. Il avait admis humblement s’être mal comporté au début de ses explorations en massacrant des requins (par exemple) mais avait vite compris que la détérioration de la faune et de la flore marines provenant de l’action humaine devait être stoppée rapidement et il a évolué vers un écologisme qui ne se voulait pas politisé (considérant que l’écologie ne devait pas être réservée à un seul parti mais devait être une exigence universelle au même titre que la justice, l’égalité, la liberté).

À la fin de sa vie, il avait évolué vers un certaine misanthropie, considérant qu’il y avait sur Terre une surpopulation humaine que la planète ne pouvait plus supporter (un thème qu’on retrouve chez d’autres personnalités célèbres à la fin de leur vie et qui ne se base que sur des impressions, car les seuils ont éclaté entre certaines déclarations : le seuil de 2 milliards d’êtres humains avait fait frémir certains intellectuels dans les années 1950, beaucoup plus que le seuil très récent des 7 milliards).

S’exprimant sur Pasteur, le 20 juin 1995, Cousteau avait notamment déclaré : « Cette explosion démographique est due au fait que notre nouvel ensemble de valeurs anti-naturelles : la générosité, la solidarité, la fierté d’avoir su vaincre par la médecine les maux traditionnels, a été appliqué avec enthousiasme longtemps avant que nous ayons développé leur contrepartie logique, le contrôle des naissances. Notre incapacité à synchroniser ces deux éléments montre que nous avons mis très longtemps à comprendre que notre nouvelle voie révolutionnaire, qui remplaçait les règles naturelles impitoyables par nos propres idéaux d’égalité, de fraternité, de justice, impliquait de nouveaux devoirs et de nouveaux périls. Nous ne nous sommes pas encore pleinement rendu compte que notre récent divorce d’avec la Nature était irréversible. Nos ancêtres ont brûlé les ponts, et le retour à la nature n’est pas possible. Cela impose à l’homme moderne une charge écrasante : il lui faut partir de zéro pour inventer un comportement qui soit à la fois biologiquement acceptable et à la hauteur de ses ambitions morales. ».

Cette misanthropie est mise en lumière par un film qui a cherché à mieux comprendre les relations père/fils de Cousteau qui était un époux et un père certainement critiquable. Ce film, envisagé depuis longtemps, a été réalisé par Jérôme Salle et est sorti le 12 octobre 2016. Jérôme Salle a expliqué ses motivations : « C’était incroyable car pour les gens de ma génération [il a 46 ans], le commandant Cousteau, c’était un peu Jésus-Christ, l’un des hommes les plus connus au monde. (…) En discutant autour de moi, j’ai réalisé qu’il était en train de tomber complètement dans l’oubli pour les moins de 20 ans, voire les moins de 30 ans. (…) [Cousteau] maîtrisait parfaitement sa communication en se filmant avec son équipage mais sans jamais rien révéler de son intimité. ». Le film a fait 1,2 million d’entrées en France.

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Celui qui fut choisi pour prendre le rôle de Jacques-Yves Cousteau fut Lambert Wilson, et lui aussi, comme Philippe Cousteau, a connu des relations orageuses avec son père célèbre. Pour ce film, il a dû essayer de comprendre la personnalité de Cousteau : « Il devient l’homo ecologicus qui part avec son bâton de pèlerin convaincre le maximum de gens de la nécessité de protéger la biodiversité. (…) Cousteau se souciait de l’avenir de l’humanité parce qu’il avait observé les dangers qui menaçaient la planète, mais il n’était jamais plus heureux qu’au cœur de la tempête. » ("Le Temps", le 13 octobre 2016).

Et je conclurai avec cette remarque de l’homme faillible, héros mais faillible, selon Lambert Wilson : « Cela a été une surprise de découvrir ses parts d’ombre. Quand on voit Cousteau, on n’imagine pas immédiatement qu’il ait pu être un séducteur invétéré. Ce qu’il était. Ensuite, je ne pensais pas qu’il avait tant lutté, toute sa vie, pour chercher de l’argent. Cette quête permanente m’a surpris. (…) J’avais beaucoup de tendresse et d’admiration pour Cousteau, parce que je pense au fond que c’est un homme bon, mais que simplement, comme tous les gens possédés par une quête, les artistes, les scientifiques, les politiques, il ne pouvait pas être au four et au moulin. Il devait satisfaire sa propre pulsion, qui était celle de la découverte. Ce n’était pas un homme mauvais ou un pervers, il avait des faiblesses très humaines. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques-Yves Cousteau.
L’abbé Pierre.
Jean-François Deniau et la mer.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170625-jacques-yves-cousteau.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/voyages/article/l-emerveillement-du-commandant-194389

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/23/35410335.html

 

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 01:06

« Dans toutes ces expériences, si on ne sait pas être blasé, la première réaction est toujours l’étonnement. Mais ensuite, il y a un deuxième sentiment que j’espère vous avoir fait partager : c’est l’émerveillement devant la subtilité de ces phénomènes, et devant la puissance de cette mécanique quantique qui permet non seulement de les décrire, mais aussi, après quatre-vingts ans de bons et loyaux services, de toujours en découvrir de nouveaux. » (Alain Aspect, à Paris le 17 juin 2002).


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C’est ce jeudi 15 juin 2017 que le physicien français Alain Aspect a 70 ans. Par les hasards de la chronologie, il est né exactement dix ans après Michèle Cotta et vingt ans après Hugo Pratt. Pour moi, Alain Aspect est un véritable héros national, qui a contribué mille térafois plus au prestige national de la France que les prétendus "patriotes" de pacotille qui profitent du système en ramassant la colère populaire et qui n’ont jamais rien apporté de constructif à la France, mandats électifs après mandats électifs.

Alain Aspect est ce qu’on pourrait appeler un chercheur qui a trouvé, un physicien qui a réussi une brillante carrière, puisqu’il a obtenu jusqu’à la récompense la plus honorable pour un scientifique en France, à savoir la Médaille d’or du CNRS qu’il a reçue le 9 novembre 2005 et d’autres hautes récompenses internationales, comme le Prix Wolf reçu à Tel-Aviv le 13 mai 2010 des mains de Shimon Pérès. Il fait partie régulièrement des "nobélisables", et la France est très bien classée dans ce domaine puisqu’elle obtient un Prix Nobel de Physique en moyenne tous les cinq ans ces dernières décennies.

Normalien, agrégé de physique en 1969 avec un DEA en optique en 1968 (à Paris-Orsay) et une thèse de 3e cycle soutenue en 1971 à Orsay (sur la spectroscopie par holographie), docteur d’État en 1983 (après avoir passé trois ans en coopération à Yaoundé, au Cameroun, entre 1971 et 1974), professeur à Normale Sup. Cachan, puis Polytechnique, il travailla ensuite dans l’équipe de recherche de Claude Cohen-Tannoudji (Prix Nobel 1997) sur le refroidissement laser des atomes, puis en 1992, il fut nommé directeur de recherches au CNRS à l’Institut d’Optique, à Palaiseau (jusqu’en 2012) et y a créé un groupe d’optique atomique quantique où il travailla sur la rugosité d’une surface à l’échelle du dixième de nanomètre, et sur les condensats de Bose-Einstein. Élu correspondant le 25 avril 1994, il fut élu membre de l’Académie des sciences le 5 novembre 2001 à la section Physique.

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Le 10 mai 2012 à Berne, Alain Aspect a été récompensé par la Médaille Albert-Einstein (autres récipiendaires notamment : Stephen Hawking en 1979, Friedrich Traugott Wahlen en 1982, Rudolf Ludwig Mössbauer en 1986, John Wheeler en 1988, Roger Penrose en 1990, Thibault Damour en 1996, Hubert Reeves en 2001, Kip Thorne en 2009, Roy Kerr en 2013, Charles Misner en 2015, etc.).

Le 15 novembre 2013 à Berne, Alain Aspect a aussi reçu le Prix Balzan qui récompense non seulement la science et la culture mais aussi les actions humanitaires (en ce sens, ce n’est pas un prix scientifique en tant que tel), et parmi les autres lauréats, on y trouve notamment Jean XXIII (1962), Mère Térésa (1978), Ernest Labrousse (1979), Jean Piaget (1979), Jorge Luis Borges (1980), Jean-Baptiste Duroselle (1982), Jean-Pierre Serre (1985), René Étiemble (1988), Emmanuel Lévinas (1989), l’Abbé Pierre (1991), György Ligeti (1991), Yves Bonnefoy (1995), Paul Ricœur (1999), Claude Lorius (2001), Jean-Pierre Changeux (2001), Marc Fumaroli (2001), Dominique Schnapper (2002), Xavier Le Pichon (2002), Serge Moscovici (2003), etc.

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La carrière d’Alain Aspect est "classique" (néanmoins prestigieuse), mais le sujet de ses travaux est peu "classique" puisqu’il concerne la physique quantique. Il a posé une pierre essentielle à la construction de celle-ci à la fin des années 1970 et au début des années 1980 avec ce qu’on appelle désormais "l’expérience d’Aspect".

Je vais tenter d’exposer rapidement, clairement et le plus simplifié possible de quoi il s’agit. Que les lecteurs puristes et rigoureux me pardonnent donc les raccourcis, les courts-circuits de la pensée, les simplifications honteuses car il s’agit d’une discipline intellectuellement subtile et surtout étonnante, aux équations peu abordables aux "profanes" mais dont l’interprétation concerne, à mon sens, tout citoyen correctement équipé de deux lobes cérébraux s’intéressant à l’épistémologie et plus généralement, à la philosophie.

C’est à cause de cette entrée au cœur de la philosophie moderne que même les "profanes" (finalement, je n’aime pas trop ce mot qui laisse croire que la science est une secte réservée à des "initiés", or personne n’est exclu d’étudier pendant une demi-dizaine d‘années les équations de la physique quantique) ont voulu la comprendre, à l’instar du grand penseur de la complexité qu’est Edgar Morin. Le risque évidemment est qu’elle tombe également entre des mains de charlatans, plus ou moins volontaires, plus ou moins assumés, qui, au mieux, n’ont rien compris et au pire, la manipulent pour vendre leur camelote (le mot "quantique" fait joli dans les brochures ésotériques).

La physique quantique s’est construite pas à pas, d’abord par fragments jusqu’à des essais de théories globalisantes. En très synthétique, on peut dire que deux branches ont révolutionné la physique qui se voulait déterministe de la fin du XIXe siècle et qui reposait sur la mécanique de Newton et l’électromagnétisme de Maxwell : la physique quantique qui, comme son nom l’indique ("quantum") décrit un environnement discontinu (en énergie) dans l’infiniment petit (celui des particules élémentaires qui sont à la fois onde et corpuscule) et la relativité qui repose sur une notion "osée" de l’espace-temps et de la gravitation dans l’infiniment grand.

Dans ces deux aventures scientifiques de la première moitié du XXe siiècle, Albert Einstein a été un acteur inégalable. C’est lui qui a proposé la révolution de la relativité (en reprenant des travaux antérieurs, dont ceux d’Henri Poincaré) et qui a contribué de deux manières déterminantes à la rapide construction de la théorie quantique : d’une part, en "découvrant" l’effet photo-électrique (qui lui a valu son Nobel) et d’autre part, en émettant pendant des décennies des critiques très constructives contre les idées de ses collègues "quanticiens".

Le principal front ouvert par Einstein fut paradoxalement philosophique et pas scientifique. Sans être croyant (il se disait athée), Einstein a lâché sa célèbre formule : « Dieu ne joue pas aux dés. ». Histoire de résumer que la tournure probabiliste de la théorie quantique ne le satisfaisait pas du tout.

En effet, en raison de l’indétermination de Heisenberg, la théorie quantique a "décrété" qu’on ne pourrait jamais mesurer précisément à la fois la position et la vitesse d’une particule. Le seul fait de vouloir la mesurer perturberait la réalité. Il s’en est donc suivi que les équations ne pouvaient fournir ces informations que de manière probabiliste. Que l’électron est probablement à cet endroit-ci, mais il pourrait très bien être à cet endroit-là. C’est la notion (compliquée) d’orbitale électronique. Cela révolutionne la pensée scientifique car cela casse tout déterminisme.

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Einstein a alors proposé le 25 mars 1935 (dans un article célèbre : "Can quantum-mechanical decription of physical reality be considered complete ?" publié le 15 mai 1935 dans "Physical Review") une expérience de la pensée, le paradoxe EPR. Il y a une incohérence avec les trois éléments suivants : la limite infranchissable de la vitesse de la lumière, l’absence de variable cachée locale (la non-localité), et l’indépendance entre deux particules éloignées. Avec ce paradoxe, il a introduit le concept de particules intriquées.

En travaillant avec d’autres physiciens (Boris Podolsky et Nathan Rosen), Einstein a donc émis une hypothèse, venue d’une intuition, et on sait que ses intuitions ont été parfois très fécondes : si les équations "actuelles" ("actuelles" se réfère à l’époque d’Einstein mais elles n’ont pas beaucoup "bougé" depuis plus de soixante ans) sont obligées d’utiliser des probabilités, c’est parce qu’il "nous" manque (le "nous" se rapporte à l’humanité) des paramètres que nous n’avons pas encore pris en compte. C’est la théorie des "variables locales cachées". Avec des variables supplémentaires, les équations redeviendraient déterministes et tout rentrerait "dans l’ordre". Comme s’il nous manquait un pan de la réalité physique que nous n’aurions pas encore pris en compte. En clair, comme si la théorie quantique "actuelle" était incomplète, que sa forme "actuelle" n’était que transitoire en attendant "mieux".

À cela, la grande majorité des physiciens du temps d’Einstein a répondu selon l’interprétation formulée par l’école de Copenhague. Pourquoi Copenhague ? Parce que ce fut dans cette ville qu’a travaillé probablement le plus grand savant de tous les temps, Niels Bohr. Bohr admettait bien sûr l’insatisfaction d’Einstein mais répliquait que la théorie telle que formulée avec des probabilités avait un intérêt : elle fonctionnait. C’est ainsi qu’on a inventé le laser, l’imagerie par résonance magnétique, les fibres optiques, les transistors, les circuits intégrés, les ordinateurs, etc. L’école de Copenhague est une école d’abord pragmatique. Sans illusion d’ailleurs, car les théories sont toujours un jour ou l’autre remises en cause, dans l’histoire, ou reformulées, affinées, précisées. Ce qui compte, finalement, c’est que le principe d’inséparabilité des particules : des particules intriquées le restent tout le temps, même éloignées, même lorsqu’elles ne sont plus en capacité de communiuer.

Werner Heisenberg a ainsi constaté : « Il est très important de se rendre compte que notre objet a forcément été en contact avec les autres parties du monde, à savoir les conditions expérimentales, l’appareil de mesure, etc., avant l’observation et, au minimum, pendant l’observation. Cela signifie que l’équation du mouvement pour la fonction de probabilité contient maintenant l’influence de l’interaction avec le dispositif de mesure. Cette influence introduit un nouvel élément d’indétermination (…). La transition du "possible" au "réel" lors de la [réduction du paquet d’onde] a lieu pendant l’acte d’observer. » (1971).

Je reformule le débat. D’un côté, il y a Einstein qui dit que si l’on ne connaît pas exactement l’état d’une particule, c’est parce que les moyens de mesures ne le peuvent pas, mais que cet état est déjà déterminé. De l’autre côté, il y a Bohr qui explique que tant qu’on n’a pas mesuré la réalité, cette réalité n’existe pas, l’état de la particule n’est pas déterminé et reste probabiliste.

Le problème avec ce débat intellectuel, c’est qu’il n’y avait pas matière à départager par l’expérience, seule procédure correcte dans la démarche scientifique : émettre une théorie et la valider ou l’invalider par l’expérience (ce n’est pas si évident que cela, nous a dit Karl Popper, mais cela permet au moins d’évacuer toutes les théories fumeuses).

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Il n’y avait pas matière à départager jusqu’à ce que le physicien théoricien irlandais John Stewart Bell, également mathématicien (comme d’autres physiciens, par exemple Paul Dirac), a proposé ses (fameuses) inégalités de Bell pour "s’opposer" à l’interprétation de Copenhague dans un article soumis le 4 novembre 1964 à "Physics" ("On the Einstein Podolsky Rosen paradox"). Il s’agit d’un théorème dans le domaine de la théorie des groupes que je me garderai d’exposer ici. Disons seulement que ces inégalités tracent une frontière mesurable entre un comportement classique et un comportement quantique de deux particules dans un état quantique "intriqué", c’est-à-dire "enchevêtré" ou encore "corrélé", ce qui a permis d’envisager de concevoir une expérience qui n’était pas qu’une expérience de la pensée (comme le chat de Schrödinger) mais une véritable expérience matérielle, réelle, palpable, mesurable.

Ce qui est intéressant, c’est que les physiciens qui ont voulu travailler sur ce sujet étaient d’abord motivés par la volonté de donner raison à Einstein. John Bell, par ailleurs, était fasciné par les jumeaux et la capacité qu’ils ont, même éloignés, de réagir pareillement.

Des premières expériences ont été réalisées en 1971 et 1976 par John F. Clauser et Ed Fry sur un schéma proposé par John F. Clauser, Michael Horne, Abner Shimony et Richard Holt le 4 août 1969 ("Proposed experiment to test local hidden-variable theories" publié le 13 octobre 1969 dans "Physical Review Letters"). John F. Clauser était alors un étudiant et en révisant ses cours avant ses examens, il avait découvert, fasciné, la publication de John S. Bell. Embauché pour préparer un doctorat, le thésard, voulant démontrer qu’Einstein avait raison car lui-même ne comprenait rien à la physique quantique, a donc réalisé les premières expériences qui, à son grand étonnement, ont plutôt validé l’interprétation de Copenhague.

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J’écris "plutôt" car ce n’était pas avec le schéma idéal de John S. Bell : « Ce dernier avait souligné l’importance d’une expérience dans laquelle on pourrait modifier au dernier moment la grandeur mesurée sur chacune des particules. On interdirait ainsi toute forme de communication directe entre elles, sauf à accepter une interaction plus rapide que la lumière, ce qui est interdit par le postulat de base de la relativité d’Einstein. » (Alain Aspect, le 15 novembre 2013).

Le 2 décembre 1975, Alain Aspect a proposé une méthode expérimentale sophistiquée pour savoir si les inégalités de Bell seraient violées ou pas ("Proposed experiment to test the nonseparability of quantum mechanics" publié le 15 octobre 1976 dans "Physical Review") : « Je proposai en 1975 un schéma expérimental permettant de modifier l’orientation d’un polariseur en quelques milliardièmes de second, afin de répondre à cette exigence. » (15 novembre 2013).

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Petite parenthèse sur les dates : un article de 1976 pour répondre à un article de 1935. Il y a exactement le même temps écoulé depuis, entre 1976 et 2017 qu’entre 1935 et 1976. Une quarantaine d’années, cela peut paraître très long, à l’échelle d’une carrière de scientifique, mais à l’échelle de l’histoire des sciences, c’est très court !

Si ces inégalités étaient validées, cela signifierait que la théorie quantique serait incomplète et qu’il faudrait imaginer de la compléter par des variables locales. Si au contraire, elles étaient violées, cela prouverait le principe de non-localité et confirmerait l’interprétation de Copenhague.

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Pour son doctorat d’État, encouragé par Olivier Costa de Beauregard et Christian Imbert, Alain Aspect a donc conçu et réalisé les premières expériences de non-séparabilité entre 1976 et 1985. Il fut aidé de deux ingénieurs, Gérard Roger et André Villing, et fut rejoint par deux étudiants, Philippe Grangier et Jean Dalibard.

Les premiers résultats ont été annoncés le 12 juillet 1982 dans "Physical Review Letters" par un article soumis le 30 décembre 1981 par Alain Aspect : "Experimental realization of Einstein-Podolsky-Rosen-Bohm Gedankenexperiment : a new violation of Bell’s inequalities".

Alain Aspect a raconté par la suite : « Le résultat fut sans appel : la violation indiscutable des inégalités de Bell montra qu’il est impossible d’interpréter le parallélisme des comportements des photons intriqués comme on le fait pour les jumeaux humains, dont les patrimoines génétiques identiques permettent d’expliquer les corrélations entre les caractères physiques comme la couleur des yeux, ou les profils médicaux. Les photons intriqués ne sont pas deux systèmes distincts portant deux copies identiques d’un ensemble de paramètres, dont la connaissance serait suffisante pour expliquer les corrélations. Une paire de photons intriqués doit en fait être considérée comme un système unique, inséparable, décrit par un état quantique global, impossible à factoriser en deux états relatifs à chacun des deux photons. Cette inséparabilité se manifeste même si les deux photons sont très éloignés l’un de l’autre, et même si (…) aucune interaction ne peut se propager entre eux à une vitesse inférieure ou égale à celle de la lumière. » (17 juin 2002).

L’éloignement fut de 10 mètres dans les premières expériences en 1982 mais d’autres expériences ont été refaites avec des fibres optiques avec des distances de plusieurs dizaines de kilomètres !

Étienne Klein a donné une analogie très amoureuse de cette si étrange non-séparabilité des particules intriquées : « Deux cœurs qui ont interagi dans le passé ne peuvent plus être considérés de la même manière que s’ils ne s’étaient jamais rencontrés. Marqués à jamais par leur rencontre, ils forment un tout inséparable. ».

La conséquence est philosophiquement affolante : cela signifie que deux particules intriquées le sont "pour la vie", même si elles ne peuvent plus avoir d’interaction entre elles. Et la déduction logique, ce serait soit abandonner la notion de vitesse limite (celle de la lumière), en imaginant que des signaux auraient pu aller encore plus vite que la lumière pour échanger entre les deux particules, mais cette hypothèse irait à l’encontre de toute la science développée depuis un siècle, soit qu’il existerait dans la matière une préservation d’une information, de son passé historique…

On peut donc comprendre pourquoi une telle théorie, désormais validée par l’expérience, a fasciné de très nombreux scientifiques et même bien au-delà et a pu faire éclore certaines spéculations comme la rétro-causalité.

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Mais au-delà de ces réflexions purement intellectuelles ou philosophiques, des applications concrètes ont pu provenir de ces expériences d’Alain Aspect qui considère qu’il a touché du doigt la seconde révolution quantique : « Il semblait donc, comme on le dit parfois un peu trop vite, que ces expériences avaient clos la question en donnant raison à Bohr contre Einstein. Mais le domaine allait rebondir, suite à une remarque d’une fécondité extraordinaire : la violation des inégalités de Bell montre que l’intrication quantique, découverte par Einstein et Schödinger, est un concept tellement révolutionnaire que l’on peut penser à l’utiliser pour résoudre de façon inédite des problèmes hors de portée de nos ordinateurs classiques. Souvenons-nous que le concept de dualité onde-particule, au début du XXe siècle, avait été à la base de la première révolution quantique, en permettant une compréhension profonde de la structure de la matière, et en conduisant à l’invention du transistor, des circuits imprimés, du laser. ».

En particulier dans le domaine de la cryptographie quantique, on pourrait utiliser les propriétés loufoques de la matière pour assurer la confidentialité des informations : « Toute l’idée est que vous allez envoyer une information à votre partenaire, avec le moyen de vérifier que personne ne l’a scrutée en passant. Si quelqu’un l’a regardée, vous saurez qu’il ne faut pas l’utiliser. Mais dans ce cas, tout n’est pas perdu puisque vous n’envoyez pas l’information elle-même mais une clef. Donc, si la clef a été interceptée, vous ne l’utilisez pas et vous en renvoyez une autre jusqu’à ce qu’une clef arrive sans que personne n’ait pu en faire la copie. Chaque clef ne sert qu’une fois. Donc, le problème est ramené au fait de distribuer des clefs identiques. Mais là, au moment où vous le faites, vous vous assurez que personne ne l’a interceptée. Et si c’est bien le cas, vous pouvez annoncer, sur un canal parfaitement public, comme une radio : Ok, cette clef marche, on peut échanger l’information. C’est là toute l’idée de la cryptographie quantique. Ce n’est pas une technologie inviolable. Mais si elle est violée, vous le savez obligatoirement et vous pouvez y remédier. » (Alain Aspect, sur France Info le 10 mars 2010).

D’autres applications de l’intrication quantique sont possibles, en particulier la téléportation quantique de matière qui semblerait être un domaine en pleine expansion.

Pour comprendre ces expériences d’Alain Aspect sur des particules intriquées, je conseille au lecteur de regarder la troisième partie de la série "La Magie du Cosmos" proposée par le physicien Brian Greene et diffusée sur Arte en novembre 2012 (documentaire issu de son livre au même titre publié en 2004).







C’est pour sa contribution historique dans l’histoire de la physique quantique que j’ai qualifié Alain Aspect au début de cet article de héros national. En fait, il est même un héros mondial, car la science n’a évidemment aucune frontière nationale, et ce serait bien que ceux qui ont l’habitude de dénigrer la richesse de la France puisse de temps en temps se rappeler que la France est avant tout faite de trésors. Et l’expérience d’Aspect en est un très précieux.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Publications historiques pour comprendre l’expérience d’Alain Aspect (à télécharger).
Série documentaire de Brian Greene "La Magie du Cosmos" (2012).
Palais de la Découverte.
Roger Mari.
Olivier Costa de Beauregard.
Alain Aspect.
Stephen Hawking.
Trofim Lyssenko.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Evry Schatzman.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Cellules souches, découverte révolutionnaire et éthique.
Ernst Mach.
Darwin vaincu ?
Jean-Marie Pelt.
Karl Popper.
Sigmung Freud.
Emmanuel Levinas.
Hannah Arendt.
Paul Ricœur.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
François Jacob.
Maurice Allais.
Luc Montagnier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170615-alain-aspect.html

http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/alain-aspect-acteur-de-la-seconde-194139

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/15/35380808.html


 

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 00:59

Voici l'historique des publications les plus importantes pour comprendre l'expérience d'Alain Aspect de 1982. Cliquer sur le lien pour télécharger le fichier .pdf correspondant.


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170615-alain-aspect.html


Einstein & al. 1935 :
MAY 15, 1935 PH YSI CAL REVI EW VOLUM E 4 7
Can Quantum-Mechanical Description of Physical Reality Be Considered Complete' ?
A. EINSTEIN, B. PODOLSKY AND N. ROSEN, Institute for Advanced Study, Princeton, New Jersey
http://prola.aps.org/pdf/PR/v47/i10/p777_1


John S. Bell 1964 :
J. S. Bell, “On the Einstein-Einstein-Podolsky-Rosen-Paradox”, Physics 1,195-200 (1964).
https://cds.cern.ch/record/111654/files/vol1p195-200_001.pdf


John F. Clauser & al. 1969 :
J. F. Clauser, M. A. Horne, A. Shimony, and R. A. Holt, "Proposed experiments to test local
hidden-variable theories", Phys. Rev. Lett. 23, 880 (1969).
http://users.unimi.it/aqm/wp-content/uploads/CHSH.pdf


Alain Aspect 1975 :
A. Aspect, "PROPOSED EXPERIMENT TO TEST NONSEPARABILITY OF QUANTUM-MECHANICS," Physical Review D 14 (8), 1944-1951 (1976).
https://www.lcf.institutoptique.fr/content/download/7851/46188/file/1976%20PRD%20proposed%20exper%201944_1.pdf


John F. Clauser & al. 1978 :
J.F. Clauser and A. Shimony, “Bell’s theorem: Experimental tests and implications”: Rep. Prog. Phys. 41, 1881 (1978).
http://physics.oregonstate.edu/~ostroveo/COURSES/ph651/Supplements_Phys651/RPP1978_Bell.pdf


Alain Aspect & al. 1981 :
A. Aspect, P. Grangier, and G. Roger, "EXPERIMENTAL REALIZATION OF EINSTEIN-PODOLSKY-ROSEN-BOHM GEDANKENEXPERIMENT - A NEW VIOLATION OF BELL INEQUALITIES," Physical Review Letters 49 (2), 91-94 (1982).
https://www.lcf.institutoptique.fr/content/download/7858/46209/file/1982%20PRL%20Bell%202%20voies.pdf


Alain Aspect & al. 1982 :
A. Aspect, J. Dalibard, and G. Roger, "EXPERIMENTAL TEST OF BELL INEQUALITIES USING TIME-VARYING ANALYZERS," Physical Review Letters 49 (25), 1804-1807 (1982).
https://www.lcf.institutoptique.fr/content/download/7859/46212/file/1982%20PRL%20Bell%20ADR.pdf


Série documentaire de Brian Greene :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170615-magie-cosmos.html


SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170615-publis-experince-aspect.html
 

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 20:05

Vidéo : "La Magie du Cosmos" (documentaire de Brian Greene en 4 épisodes).


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170615-alain-aspect.html


Diffusé sur Arte en automne 2012.



















SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170615-magie-cosmos.html











 

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 02:39

« Toucher le corps, le cœur et le cerveau ! Le Futuroscope reste le seul parc en France qui offre une expérience de loisir équilibré entre les sensations, l’émotion et la découverte. La grande variété des spectacles, d’activités et d’attractions qu’il propose font sa richesse et son originalité. » (brochure du Futuroscope).


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Le grand parc du Futuroscope près de Potiers (à 10 kilomètres au nord de Poitiers) a ouvert ses portes au public pour la première fois il y a exactement trente ans, le 31 mai 1987. L’inauguration officielle s’est déroulée légèrement plus tard, le 26 juin 1987, en pleine cohabitation, par le Premier Ministre Jacques Chirac.

Au départ, c’était une idée farfelue de René Monory, ancien Ministre de l’Économie, qui présidait alors le conseil général de la Vienne. Son département se désertifiait, les activités économiques quittaient le territoire et, en bon centriste sensible à la décentralisation accordée par Gaston Defferre en 1982, il voulait redynamiser économiquement le territoire : « créer les conditions les plus favorables au développement d’un département rural en perte de vitesse ». Il fallait bien sûr admettre le diagnostic avant de proposer un projet aussi ambitieux.

Le conseil général de la Vienne a décidé de lancer ce projet le 24 octobre 1984, initialement appelé "observatoire du futur" et rebaptisé le 21 janvier 1984 "Futuroscope". L’idée était de présenter des équipements sur les techniques de communication et d’information. À l’époque (milieu des années 1980), le secteur des technologies de la communication était très à la mode. L’idée fut prolongée le 4 février 1985 avec d’autres pavillons pour devenir le Parc européen de l’image. À partir de 1986, le lieu a connu une grande notoriété, grâce à une étape du Tour de France (le 13 juillet 1986) et parce que, entre temps, René Monory a été nommé Ministre de l’Éducation nationale et a pu faire venir ses collègues de la Culture, François Léotard et Philippe de Villiers, qui connaissait déjà bien le principe des parcs d’attractions avec le spectacle du Puy-du-Fou, et de l’Industrie, Alain Madelin. Le Futuroscope est le lieu de nombreux événements sportifs, comme le Tour de France (plusieurs années étape et même deux fois départ du Tour de France les 1er juillet 1990 et 1er juillet 2000) et le marathon de Poitiers (le dernier s'est déroulé le dimanche 28 mai 2017).

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Ce lieu serait dédié à la fois au grand public sous forme de parc attractif et d’université sous forme de technopole. Un grand travail de veille sur l’existant dans le monde a été accompli en 1984 pour y présenter les meilleures technologies. Après un appel d’offre pour l’architecture, la première pierre fut posée le 11 décembre 1984 par René Monory : « Les civilisations agricole et industrielle d’hier [laissent] la place à une civilisation au substrat immatériel nommé information, avec la perspective d’une transformation profonde des professions, de la société, de l’individu lui-même. ». À l’époque, n’existaient pas encore les smartphones ni les individus aux pouces proéminents et au nez collé sur un petit écran magique même quand ils marchent dans la rue.

Le Futuroscope est une preuve formidable que l’activité et l’emploi ne se partagent pas mais se créent. Ce qui manque, à l’économie française, ce sont des bonnes idées, de la créativité, pas le partage de la pénurie, mais la création d’activités supplémentaires pour éviter la pénurie.

Au bout de trente ans, sur rien initialement, le Futuroscope emploie près de 2 000 emplois directement (dont les quatre cinquièmes saisonniers) et a engendré plus de 10 000 emplois indirects. René Monory n’était pas un intellectuel sortant d’une grande école, mais il a su faire progresser l’économie régionale à son niveau nettement mieux que beaucoup de diseurs de belles paroles surdiplômés.

Je n’y suis allé qu’une seule fois, et il y a déjà très longtemps, vers 1993 ou 1994. J’avais été séduit par les principes très intéressants du cinéma dynamique qui permettait d’être secoué, assis dans un siège, tout en regardant un film (avec de la vitesse). L’expérience était assez poignante car il y avait un léger décalage entre ce qu’on pouvait voir et ce qu’on pouvait ressentir. Le cinéma à 360° était moins spectaculaire car cela existait déjà dans d’autres lieux d’attractions. Les spectacles sur l’eau étaient très riches et créatifs, tant de jour que de nuit.

Mais pour que cela fût intéressant, il fallait que ces nouveaux équipements entraînassent toute une nouvelle création adaptée à ces moyens, pour renouveler les films etc. Au fil des années, de nouveaux pavillons ont vu le jour, de nouveaux spectacles ont été créés, etc., si bien que 62% des visiteurs de 2016 étaient déjà venus une première fois précédemment. 10% du chiffre d’affaires sont investis chaque année pour renouveler 20% des attractions. L’offre actuelle comporte 25 attractions centrées sur le partage intergénérationnel. Tous les trois ans, il est prévu une innovation majeure.

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La montée en puissance du parc fut assez rapide : en 1987, 255 000 visiteurs étaient venus au Futuroscope tandis que le million de visiteurs (depuis l’ouverture) a été atteint au printemps 1991. En 2007, il y a eu 1,6 million de visiteurs annuels ; en 2016, il y a eu 1,9 million de visiteurs annuels et l’objectif de 2017 est d’atteindre les 2 millions de visiteurs annuels. Le 50 millionième visiteur est venu lors des vacances de la Toussaint 2016.

Le succès ne l’a pas toujours été, il y a eu des périodes de flottement (notamment entre 1998 et 2002) et avec l’aide de Jean-Pierre Raffarin, président du conseil régionale du Poitou-Charentes, devenu Premier Ministre, le parc a changé une nouvelle fois de structure de société d’économie mixte (à la fois privée et publique) pour devenir, en 2011 avec cette répartition du capital : 45% appartiennent à la Compagnie des Alpes (gérant des stations de ski et d’autres parcs comme Astérix, Walibi, etc. accueillant en tout 22,5 millions de visiteurs par an), 38% au conseil départemental de la Vienne et 17% à la Caisse des dépôts et entreprises.

Les résultats sont là : depuis trois ans, le CA est en hausse, avec 101 millions d’euros en 2016 (85,2 millions d’euros en 2014), se rangeant en deuxième position pour un parc d’attractions en France derrière Disneyland Paris à Marne-la-Vallée.

67% des visiteurs sont venus en famille en 2016 contre 59% en 2010. L’accent est mis pour séduire les nouveaux visiteurs (primovisiteurs) et ceux qui y sont venus il y a plus de six ans (les archéovisiteurs, ce que je suis, donc !). 20% sont venus en groupes (dont scolaires) et 10% des visiteurs de 2016 sont étrangers, en particulier d’Espagne et de Grande-Bretagne (ce qui me paraît très faible). Il existe une gare TGV donnant un accès direct au parc et un accès des bagages vers les hôtels.

Dans les emplois du Futuroscope en 2016, on compte 180 métiers différents et 56% occupés par des femmes. Au-delà du parc d’attractions, la technopole regroupe sur le même site 7 000 salariés, 2 000 étudiants, 500 enseignants-chercheurs (physique des matériaux, aérodynamique, combustion, biomécanique, etc.) et 250 entreprises, et le "resort" Futuroscope propose 13 hôtels, soit 2 400 chambres pour les 42% des visiteurs y séjournant au moins une nuit.

L’intégration du Poitou-Charentes ans la Nouvelle Aquitaine en 2016 favorise aussi le Futuroscope qui se trouve être le plus grand parc de la région française la plus vaste, comportant 6 millions d’habitants avec une métropole de taille européenne (Bordeaux), deuxième région touristiques de France avec les Landes, La Rochelle, l’île de Ré, Oléron, Biarritz, les Pyrénées, Lascaux, etc.

Trente ans plus tard, le pari fou de René Monory peut être considéré comme gagné. C’est une grande réussite, pas seulement touristique mais aussi technologique et économique. Au-delà du divertissement, la pédagogie, l’innovation et la recherche sont au rendez-vous pour le plus grand plaisir des visiteurs. Mais cette réussite ne durera que si le renouvellement et de nouveaux investissements sont sans cesse au programme du futur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Futuroscope de Poitiers.
Dossier de presse 2017 (à télécharger).
Jean-Pierre Raffarin.
René Monory.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170531-futuroscope-poitiers.html

http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/futuroscope-30-ans-et-50-millions-193630

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/31/35332511.html


 

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 00:44

Le Futuroscipe de Poitiers a publié un document regroupant les principales informations le concernant en 2017.

Cliquer sur le lien pour télécharger le dossier (fichier .pdf) :
http://www.futuroscope.news/Handlers/HTFile.ashx?MZD=HzekyK5KiQFIb9ixjb6bBA%3d%3d

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170531-futuroscope-poitiers.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170529-dossier-presse-futuroscope-2017.html


 

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 00:02

« L’humanisme n’a pas encore pris une pleine conscience du fait que notre vision du monde est radicalement transformée, qu’aucun problème fondamental, ni physique (cela va sans dire), ni biologique, ni psychologique, ni probablement philosophique, ne peut plus être aujourd’hui posé dans les mêmes perspectives qu’avant 1900. » (1996).


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La science a ceci de révolutionnaire qu’elle est à la fois indiscutable (elle est le résultat de démonstrations, d’expériences, de raisonnements logiques, d’équations) et en même temps, spéculative : elle permet soit de rêver, soit d’imaginer des idées les plus folles. Folie ? Peut-être mais parfois, dans l’histoire des sciences, la réalité a largement dépassé la fiction. Le 5 février 2007, il y a dix ans, à Poitiers, le physicien et philosophe Olivier Costa de Beauregard est mort à 95 ans. Il était de ces scientifiques qui ont osé, au risque de leur crédibilité, dépasser la frontière du réel en proposant une vision du monde qui, pour les uns, serait farfelue, pour les autres, une tentative inachevée de compréhension de la nature.

Il faut absolument séparer le scientifique du spéculatif, et il me semble qu’Olivier Costa de Beauregard a réussi à le faire, même si ce n’était pas facile. Après tout, la Relativité d’Einstein était du spéculatif jusqu’au moment où elle fut confirmée par l’observation. La longue existence d’Olivier Costa de Beauregard a été ancrée en plein XXe siècle, le siècle de la révolution relativiste et de la révolution quantique. Le caractère discontinu de la nature, faite de "quanta", pour l’infiniment petit, et une reconsidération de l’Espace-temps, où le temps n’est pas plus invariant que l’Espace mais où la vitesse des photons, en revanche, l’est, pour l’infiniment grand, ont été les deux révolutions intellectuelles de ce siècle pourtant dominé par bien d’autres (graves) événements.

Comme beaucoup de scientifiques, Olivier Costa de Beauregard, "d’origine relativiste", fut rapidement motivé pour chercher des ponts entre la Relativité et la physique quantique, entre le macroscopique et le microscopique. Sa particularité a été qu’au-delà de la physique théorique, il fut également un philosophe des sciences (premiers articles d’épistémologie en 1944) et a même fait de la théologie en raison de sa foi catholique (premiers articles de théologie en 1946). Ses réflexions furent donc en physique les relations entre relativité et quanta et en philosophie, les relations entre science et religion. Il s’aventura aussi dans le domaine incertain de la parapsychologie (premiers articles en 1973) qui l’ont mis un peu à l’écart de la "communauté scientifique".

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Né le 6 novembre 1911 à Paris, dans une famille aisée, Olivier Costa de Beauregard a été reçu à l’École Polytechnique en 1931 mais préféra ne pas y aller pour prendre deux années de "bon temps" en sport et lecture. Il repris ensuite ses études de physique à l’université et fut recruté en 1938 comme ingénieur de recherche dans l’aéronautique (il proposa une méthode pour mesurer précisément les traînées).

Mobilisé en 1939, il quitta l’industrie en novembre 1940 et entra au CNRS pour y commencer une thèse dirigée par l’un des géants de la physique quantique, Louis de Broglie (1892-1987), Prix Nobel de Physique en 1929, à l’Institut Henri-Poincaré. Son jeune frère Robert (1913-2002) fut un résistant héroïque dans le Vercors et est devenu général. Olivier Costa de Beauregard fit une carrière de quarante ans au CNRS et fut nommé directeur de recherches au CNRS en 1971.

Le 29 juin 1943 à Paris, Olivier Costa de Beauregard a soutenu sa thèse de doctorat ès sciences mathématiques : "Contribution à l’étude de la théorie de l’électron de Dirac" : « Le mécanisme par lequel la théorie de Dirac parvient à concilier, sinon à harmoniser, les deux formalismes [relativité et quanta] est vraiment paradoxal, et paraît bien cacher une énigme. ».

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Il publia, en 1949, "La Théorie de la relativité restreinte" préfacée par Louis de Broglie ; puis en 1957, "Théorie synthétique de la relativité restreinte et des quanta" ; en 1963, "Le second principe de la science du temps, entropie, information, irréversibilité" (prix Lecomte du Nouÿ) ; en 1964, "Précis de relativité restreinte" ; en 1967, "Précis de mécanique quantique relativiste" ; en 1980, "La Physique moderne et les pouvoirs de l’esprit" ; en 1988, "Le Temps déployé, passé, futur, ailleurs" ; en 1995, "Le Corps subtil du réel éclaté".

Dès 1947, Olivier Costa de Beauregard a proposé devant Louis de Broglie son hypothèse de la "rétrocausalité" pour interpréter le paradoxe Einstein, Podolsky et Rosen (exprimé au congrès Solvay de 1927 puis en 1935). Louis de Broglie, qui s’écarta de son étudiant à cause de cette interprétation, accepta néanmoins de la présenter à ses collègues de l’Académie des sciences en 1953 dans une communication officielle : "Une réponse à l’argument dirigé par Einstein, Podolsky et Rosen contre l’interprétation bohrienne des phénomènes quantiques".

Pour expliquer très rapidement : le paradoxe EPR (Einstein, Podolsky, Rosen) s’opposait à l’interprétation dite de Copenhague (ville originaire de Niels Bohr) de la physique quantique. Cette interprétation (majoritaire chez les physiciens) considère qu’il n’existe pas un état donné d’un système quantique avant la mesure. Au contraire, Einstein, Podolsky et Rosen considéraient que l’état existe en dehors de la mesure, mais qu’on ne connaît pas parce qu’il existe des "variables cachées" (parce que la théorie quantique est incomplète dans sa description de la nature). En clair, c’était la base probabiliste qui était contestée.

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Entre 1951 et 1953, Olivier Costa de Beauregard travailla pour le prestigieux Institute for Advanced Studies à l’Université de Princeton, aux États-Unis (New Jersey). Il y rencontra Albert Einstein (1879-1955) qui lui parla de relativité et de physique quantique, Robert Oppenheimer (1904-1967), et aussi le philosophe catholique Jacques Maritain (1882-1973) avec qui il garda contact jusqu’à la mort de ce dernier.

En 1963, vingt ans après sa thèse scientifique, il a soutenu (pour se faire plaisir) sa thèse de doctorat ès lettres, dirigée par René Poirier, à la Sorbonne : "La notion du temps, équivalence avec l’espace" (qui fut ensuite publiée).

Les années 1970 furent particulièrement denses pour Olivier Costa de Beauregard. D’une part, une série d’expériences à l’Institut d’Optique d’Orsay ont permis de ne pas infirmer (sinon confirmer) les hypothèses qu’il avait émises sur la notion du temps, et d’autre part, il a développé aussi ses réflexions sur les effets paranormaux en tentant une approche scientifique.

En 1970, la thèse de doctorat de Christian Imbert (1937-1998) sur l’effet inertiel de spin du photon a présenté une expérience qui a confirmé le décalage transversal prédit par les calculs d’Olivier Costa de Beauregard (et de Charles Goillot).

Un peu plus tard, avec Bernard d’Espagnat notamment, et reprenant les travaux de John Stewart Bell (ses célèbres inégalités), Olivier Costa de Beauregard conçut une expérience pour tenter de départager les différentes interprétations de la physique quantique (réponse au paradoxe EPR). Il s’agissait de mesurer les polarisations de deux photons corrélés. Ce fut Alain Aspect, jeune agrégé proposé par Christian Imbert, qui réalisa cette expérience entre 1979 et 1982 pour son doctorat d’État. Les résultats furent étonnants, et renforcèrent la théorie "littéralement folle" d’Olivier Costa de Beauregard. En effet, les inégalités de Bell étaient violées, ce qui signifiait que l’hypothèse des variables cachées n’était pas correcte. Depuis trente-cinq ans, bien d’autres expériences d’intrication quantique du même type ont été menées et sont arrivées à la même conclusion.

Cette expérience d’Alain Aspect, essentielle dans l’histoire de la physique quantique, mériterait elle-même un article complet que je proposerai peut-être plus tard. Elle voulait dire qu’une observation future pouvait avoir une conséquence sur un état passé. Ou alors, que la vitesse de la lumière était violée. Ou encore…

Restons seulement sur la théorie très audacieuse de la rétrocausalité proposée par Olivier Costa de Beauregard. Elle se concevait par une symétrie passé-futur intrinsèque, plus exactement par une "invariance des formules de l’ordre de succession des phénomènes".

Olivier Costa de Beauregard a pensé à la rétrocausalité en raison de la symétrie des équations : « Le formalisme relativiste est (…) celui d’une géométrie quadri-dimensionnelle, avec le temps comme quatrième coordonnée. La philosophie impliquée est donc que "rien de ce qui arrive ne peut être autre que ce qu’il aura été". La fécondité explicative de cette approche s’est montrée prodigieuse et n’a jamais été démentie. D’autre part, le formalisme quantique est fondamentalement un calcul des probabilités (…). La question, ou plutôt l’énigme, est alors celle-ci : comment ce mariage de l’eau et du feu est-il possible ? De l’eau du "tout est écrit" relativiste avec le feu du jeu probabiliste de l’information. » (conférence du 21 octobre 1979).

En janvier 1981, Olivier Costa de Beauregard a expliqué de cette manière : « La symétrie passé-futur de ce formalisme, avec son corollaire d’une symétrie intrinsèque entre l’information-connaissance (à la réception du message, enregistrement de la mesure) et l’information-organisation (à l’émission du message, définition de la préparation) a conduit Wigner et, indépendamment, l’auteur de ces lignes (…) à concevoir que l’action de la matière sur la psyché (acquisition de connaissances) doit correspondre à une action directe de la psyché sur la matière, d’ailleurs implicitement postulée dans tous les traités de mécanique quantique (…). » (Revue "Communio" n°VI.1).

En 1984, Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod, dans leur excellent livre de vulgarisation "Le Cantique des quantiques, le monde existe-t-il ?" (éd. La Découverte), ont expliqué cette idée folle d’Olivier Costa de Beauregard ainsi : « Ce que nous appelons un quanton (un photon par exemple) est formé par la combinaison d’une onde "retardée", qui parcourt le temps dans le sens habituel, et d’une onde "avancée", qui remonte le cours du temps. Dans l’expérience d’Aspect, les deux photons sont émis par la source sous forme d’ondes retardées à un temps que nous prendrons pour origine, soit donc au temps t = 0. Le photon 1 atteint l’appareil de mesure 1 au temps t1, sa polarisation est alors fixée ; l’appareil 1 émet alors une onde avancée qui remonte le cours du temps pour retrouver au temps 0 le photon 2 à la source ; elle peut à ce moment communiquer au photo 2 la polarisation que celui-ci doit avoir pour que les lois quantiques soient vérifiées. (…) Costa de Beauregard adopte le point de vue de Wigner en ce qui concerne la "réduction du paquet d’ondes". Il pense que la polarisation du photon n’est fixée que si un observateur voit le résultat de la mesure : comme les ondes avancées remontent le cours du temps, cela permet à l’observateur d’agir effectivement au temps t1 (ou t2 pour le photon 2), et donc finalement, au temps 0. ».

Et les deux auteurs d’évoquer le principal handicap de cette théorie : « Costa de Beauregard est un fervent partisan de la parapsychologie, (…) du coup les autres physiciens qui seraient tentés par son interprétation ont peur de passer pour des illuminés. Pourtant, l’interprétation en question n’a peut-être aucun rapport avec la parapsychologie, et (…) est défendue aux États-Unis par d’authentiques matérialistes. ».

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Olivier Costa de Beauregard a aussi développé une théorie de l’information directement issue de la physique quantique : « La mécanique quantique est une forme de théorie de l’information adaptée au monde physique, c’est un télégraphe (…) spatio-temporel qui fonctionne avec les ondes de De Broglie. (…) La mécanique quantique ne décrit pas les choses comme elles sont, (…) elle décrit ce que nous savons sur les choses, ce que nous faisons sur les choses. ».

Pendant sa longue retraite (un quart de siècle), Olivier Costa de Beauregard n’a jamais faibli intellectuellement tout en se focalisant plus précisément sur les considérations philosophiques et sur les phénomènes paranormaux qu’il tentait d’expliquer par sa théorie du temps et par d’autres idées, hors du champ académique. Il s’est aussi beaucoup investi dans les réflexions théologiques.

Ainsi, le 1er octobre 1979, Olivier Costa de Beauregard participa au Colloque de Cordoue (organisé par la radio France Culture) qui fut contesté à cause du mélange des genres, entre science et psychologie. Olivier Costa de Beauregard y a présenté un exposé sur le cosmos et la conscience et fit partie, avec David Bohm (1917-1992) et Brian David Josephson (Prix Nobel de Physique en 1973) notamment, des physiciens qui pensaient que la physique pouvait expliquer des phénomènes de parapsychologie.

Par ailleurs, le 21 octobre 1979, il a tenu une conférence à Notre-Dame de Paris en exposant sa démarche scientifique et son cheminement spirituel, récusant deux conformismes supposés antagonistes,  Descartes et saint Thomas d’Aquin. Il a dit en particulier : « S’il y a une vérité qu’un laborieux cheminement de presque cent ans, de 1818 à 1905, suivi d’un dénouement surprenant par son élégante simplicité, la relativité d’Einstein, a rendue aveuglante, c’est qu’il y a des évidences qui ne sont pas du tout a priori, mais bel et bien a posteriori. Au niveau des principes, elles sont les analogues du si fréquent "mais comment n’y avais-je pas pensé plus tôt" de la vie de tous les jours. ». Il a collaboré à quelques organismes ou revues catholiques et fut même reçu par le pape Jean-Paul II en 1986 à Castel Gandolfo.

En étant extrêmement loin d’avoir fait le tour de la pensée très riche d’Olivier Costa de Beauregard, tant scientifique que philosophiques, je propose pour terminer deux vidéos, l’une est une discussion de 1998 avec Georges Lochak, physicien spécialiste des monopoles magnétiques, qui avait travaillé avec Louis de Broglie, qui, malgré l’enregistrement sonore très mauvais, donne une idée de la difficulté de sortir du conformisme intellectuel ambiant (Georges Lochak n’est pas du tout d’accord avec la rétrocausalité), l’autre est une conférence prononcée en octobre 1977 à l’occasion du colloque "Science de la Nature et Philosophie" organisée à l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI).











Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 février 2017)
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Pour aller plus loin :
Olivier Costa de Beauregard.
Alain Aspect.
Stephen Hawking.
Trofim Lyssenko.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Evry Schatzman.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Cellules souches, découverte révolutionnaire et éthique.
Ernst Mach.
Darwin vaincu ?
Jean-Marie Pelt.
Karl Popper.
Emmanuel Levinas.
Hannah Arendt.
Paul Ricœur.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
François Jacob.
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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 04:28

« Nous allons devoir nous adapter, repenser, nous reconcentrer et modifier nos hypothèses fondamentales sur notre manière de définir la richesse, la possession. Comme les enfants, nous allons devoir apprendre à partager. Si nous échouons, alors les forces qui ont contribué au Brexit, la progression de l’isolationnisme, pas seulement au Royaume-Uni mais partout dans le monde, qui naît du manque de partage, d’une définition biaisée de la richesse et de l’incapacité de la partager plus équitablement, à la fois à l’intérieur des pays mais aussi entre eux, se renforceront. Si cela arrivait, je ne serais pas optimiste pour le futur de notre espèce. » ("The Guardian", le 29 juillet 2016).


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Lorsqu’il a appris qu’il était gravement malade, il était alors étudiant. Les médecins ne lui avaient "donné" que quelques années, tout au plus deux ans, comme espérance de vie. Il s’est même demandé si c’était utile de poursuivre ses études. C’est donc un exploit que ce dimanche 8 janvier 2017, le physicien britannique Stephen Hawking fête son 75e anniversaire.

C’est même un double exploit.

Celui, d’abord, d’avoir duré si longtemps avec une compagne si sournoise, la maladie de Charcot. Et celui, ensuite, d’être un incontestable génie de la physique théorique et d’avoir fait une très brillante carrière scientifique qui l’a amené à la prestigieuse chaire de professeur de mathématiques de l’Université de Cambridge de 1980 à 2009 (parmi ses éminents prédécesseurs, Isaac Newton, de 1669 à 1702, et Paul Dirac, de 1932 à 1969).

Par ailleurs, il est un auteur à succès avec son best-seller de vulgarisation très connu, "Une Brève Histoire du temps" ["A Brief History of Time"], publié en 1988 et préfacé par le médiatique astrophysicien Carl Sagan (mort il y a vingt ans le 20 décembre 1996). L’ouvrage a été vendu à plus de dix millions d’exemplaires depuis sa parution, traduit en trente-cinq langues et en tête des meilleures ventes du "Sunday Times" pendant presque cinq ans. Sa suite fut publiée en 2001 avec "L’Univers dans une coquille de noix" ["The Universe in a Nutsgell" reprenant un jeu de mot avec une phrase de Shakespeare : « Je pourrais être enfermé dans une coquille de noix et me sentir comme le roi d’un espace infini » ("Hamlet")].

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Grand infirme, Stephen Hawking l’est depuis des décennies. Il est atteint d’une véritable "saleté" qui s’appelle exactement "sclérose latérale amyotrophique". Sa maladie neurodégénérative est évolutive et effrayante : les neurones moteurs du cortex cérébral et de la moelle épinière sont progressivement détruits. Cela a pour conséquence terrible une paralysie qui s’étend sur tous les muscles : incapacité de parler, de se servir de ses mains, de se tenir debout, et même (ce qui fait que la maladie à terme est forcément mortelle sans assistance artificielle), de respirer.

Pour avoir connu de très près une personne très chère atteinte de symptômes très proches (progressive incapacité de parler, d’écrire, de marcher, etc.), je peux témoigner avec une émotion qui ne disparaîtra jamais que c’est à la fois très impressionnant, terrifiant, mais en même temps, très étonnant car le mental, l’esprit, la mémoire n’en sont pas affectés (et donc, la lucidité et la conscience de la maladie non plus). C’est comme si l’esprit était enfermé dans une prison, pouvait encore penser, raisonner, se souvenir, entendre, voir, sentir, aussi goûter (le goût était d’ailleurs l’un des sens les plus cruciaux, le dernier plaisir) et il faut que l’entourage proche soit extrêmement dévoué, ouvert et attentionné pour comprendre le début de cette maladie (comprendre d’abord que c’est une maladie, ensuite qu’il faut définir des moyens particuliers pour communiquer, sans cesse modifiés à cause de l’évolution de la maladie).

Stephen Hawking, dans son malheur, a eu une triple chance : chance d’être exceptionnellement intelligent (son jury de thèse a vite compris à qui il avait affaire, lors de sa soutenance de doctorat), ce qui a entraîné beaucoup d’aide et de compassion au niveau académique ; chance d’avoir eu une (première) épouse extrêmement compréhensive (Jane Wilde), prête à se dévouer pour combattre avec lui la maladie ; et chance de s’être enrichi grâce à son best-seller (cité plus haut), ce qui lui a donné les moyens de financer des équipements innovants lui permettant de continuer à exprimer sa pensée parfaitement limpide.

En 1985, une pneumonie l’a définitivement empêché de parler à cause d’une trachéotomie. Heureusement, un geek de Californie a conçu un appareil relié à un ordinateur lui permettant, avec la main, de taper du texte et de le faire lire par un synthétiseur vocal. Plus tard, en 2001, alors que l’utilisation de sa main n’était plus possible à cause de l’avancée de la dégénérescence, ce fut sa joue qui joua le rôle d’émissaire extérieur pour exprimer sa pensée, grâce à un ingénieux système de capteur laser relié à un ordinateur (cela donne un flux moyen de cinq mots par minute).

Grâce à ces équipements très sophistiqués et très coûteux, en digne successeur d’Isaac Newton (un héros du regretté Gotlib) et de Paul Dirac, Stephen Hawking a pu donner ses cours à l’Université de Cambridge pendant près de trente ans, jusqu’en 2009. Après sa séparation de sa première femme Jane (docteur en langues romanes), en 1990, Stephen Howking s’est remarié en 1995 avec celle qui commençait à prendre soin de lui quotidiennement, son infirmière, Elaine (ancienne épouse du concepteur de son premier équipement vocal), dont il s’est séparé en 2006.

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Deux fictions ont (plus ou moins bien) raconté l’histoire personnelle de Stephen Hawking : le téléfilm britannique "Hawking" réalisé par Philip Martin et diffusé en France, sur Arte, le 10 décembre 2004, et le film britannique "Une merveilleuse histoire du temps" ["The Theory of Everything"] réalisé par James Marsh et sorti le 1er janvier 2015 au Royaume-Uni et le 21 janvier 2015 en France. On peut certes regretter que ce (dernier) film ne traite pas des travaux scientifiques mais seulement de sa vie sentimentale (et médicale).

Car l’essentiel de la vie de Stephen Hawking est scientifique. Ses travaux concernent principalement des modèles théoriques en cosmologie. Ils sont probablement trop théoriques pour qu’il puisse espérer un jour être récompensé par le Prix Nobel de Physique qui est censé n’honorer que des scientifiques qui ont apporté une amélioration concrète à la vie quotidienne des gens, même s’il a beaucoup fait avancer l’astrophysique et notamment la compréhension sur les tous noirs.

C’est d’ailleurs en assistant à une conférence sur les trous noirs du mathématicien Roger Penrose, qui est devenu par la suite son ami, que Stephen Hawking a eu l’idée du sujet de sa thèse sur le temps et qu’il s’est investi dans l’étude théorique des trous noirs. C’est lui qui imagina dès 1963 le rayonnement appelé "Hawking radiation" (rayonnement de Hawking) : en principe, un trou noir est tellement dense qu’il n’émet plus rien (d’où son nom), mais Stephen Hawking a démontré que des effets quantiques laissaient cependant échapper un rayonnement particulier, un signal de très faible amplitude. Il poursuivit ses travaux en thermodynamique des trous noirs, mêlant relativité générale et physique quantique.

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Comme tous les humains, Stephen Hawking n’est pas exempt de failles très humaines. Confronté peut-être à la pression d’éditeurs (son nom fait vendre), il a publié ces dernières années des livres de spéculation intellectuelle qui n’ont rien de rigoureux et surtout, rien de scientifique et qui pourraient même induire les lecteurs à une mauvaise interprétation.

Ce manque de rigueur éditoriale, il n’est pas le seul physicien à y avoir sombré puisque le physicien français Étienne Klein, pourtant vulgarisateur talentueux et passionné, a dû lui-même reconnaître (après avoir été épinglé par la presse) qu’il avait plagié des passages entiers de son récent livre sur Albert Einstein et qu’on ne l’y reprendrait plus car il allait se recentrer sur son cœur de métier, la recherche scientifique…

L’existence de Stephen Hawking, sans être représentative, montre qu’une forte dépendance et un handicap grave n’empêchent nullement de rendre sa vie précieuse et riche tant intellectuellement que humainement. Il est donc un exemple incroyable d’optimisme et d’espoir pour tous ceux qui sont confrontés, comme personnes atteintes ou comme proches aidants, par ce qui restera toujours comme un véritable cauchemar.

Happy birthday, Stephen !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 janvier 2017)
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Pour aller plus loin :
Stephen Hawking.
Dépendances.
Le congé de proche aidant.
Trofim Lyssenko.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Evry Schatzman.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Cellules souches, découverte révolutionnaire et éthique.
Ernst Mach.
Darwin vaincu ?
Jean-Marie Pelt.
Karl Popper.
Emmanuel Levinas.
Hannah Arendt.
Paul Ricœur.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
François Jacob.
Maurice Allais.
Luc Montagnier.

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 06:57

« Que les cieux me soient tendus de noir !
Que le jour fasse place à la nuit !
Comètes, qui amenez le changement des temps et des empires,
Secouez dans le firmament vos tresses cristallines… »
(William Shakespeare)


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Quand, le 12 novembre 2014 à 16 heures 30 (heure de Paris), le robot Philae s’est posé à la surface de la comète Tchouri, un membre du Congrès américain (un parlementaire donc) a pris son téléphone et a appelé la Nasa pour la féliciter de cet exploit. La personne au bout du téléphone a dû lui avouer la vérité : la Nasa n’y était pour rien, la sonde Rosetta qui a envoyé le robot est européenne et c’est l’Agence spatiale européenne (l’ESA) qui a mené ce projet extraordinaire. 500 scientifiques de haut niveau sont impliqués, dont 150 Français (dont l’astrophysicien Francis Rocard, fils de l’ancien Premier Ministre et petit-fils du physicien Yves Rocard).


Une Europe qui gagne

Voilà une coopération européenne qui a fonctionné excellemment ! Elle démontre la nécessité de s’unir pour rassembler toutes les forces et toutes les compétences européennes autour d’un même objectif. Dit comme cela, cela a l’air banal mais apparemment, il faut le répéter sans cesse face aux populismes qui sont en train de griser l’Europe.

J’ai écrit "Tchouri" parce que c’est ainsi que j’appellerai la comète "67/Tchourioumov-Guérassimenko", du nom des deux astronomes ukrainiens qui ont découvert l’astre le 22 octobre 1969. En apprenant l’exploit, ils ont dû ressentir un sacré frisson !

C’est vrai que Tchouri fait moins rêver que la Lune ou même Mars ou Vénus, mais il y a aussi les distances depuis la Terre qui sont incomparables. La mission Rosetta est un petit mélange de Jules Vernes, de Tintin et du Petit Prince.

Antoine de Saint-Exupéry n’aurait en effet pas refusé de rêver de ce petit bout de matière formé de deux lobes de quelques kilomètres de diamètre et de seulement 10 milliards de tonnes. Hergé aurait aussi, de son côté, titré l’une des aventures de son héros à houppette : "On a marché sur Tchouri !".

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Parce que c’est un peu ce genre d’exploit dont l’Europe est capable : envoyer un robot à presque un milliard de kilomètres (le 20 janvier 2014, Rosetta était à 807 millions de kilomètres de la Terre), le faire "atterrir" (le mot est mal choisi), le faire toucher le sol d’un astre excessivement lointain (je rappelle pour comparer que la Lune est à environ 385 000 kilomètres seulement de la Terre), le faire communiquer avec la Terre pour retransmettre des photographies, des analyses chimiques, etc.

Quand j’écris que c’est un exploit, c’est que la probabilité de réussite de la mission était extrêmement faible, voire quasiment nulle. Il y avait de nombreuses possibilités pour que tout "dégénérât" : le moindre incident, le moindre retard faisait rater les rendez-vous avec les astres. Un pari totalement fou. Imaginez le scientifique qui a déjà passé vingt ans de sa vie, week-ends et soirées compris, à calculer, à imaginer, à concevoir cette mission et un simple battement d’aile mettrait tout ce travail à plat !

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Et malgré tout, on l’a fait. Le Terrien, parfois avide de guerres, est capable du mieux, passionné par la soif des découvertes, de l’Univers qui s’offre à ses yeux, de la beauté de la Nature quand il sait la regarder, quand il pense à la regarder.


Deux véhicules exceptionnels

Certes, ce robot Philae était une petite cerise sur un gâteau bien plus important pour la recherche scientifique : la sonde Rosetta, qui s’était placée sous pseudo-orbite autour de Tchouri le 2 août 2014 (à 100 kilomètres d’altitude), après un voyage d’une dizaine d’années, avait une meilleure capacité d’observer ce qu’est une comète, comment elle réagit lorsqu’elle passe au "voisinage" du Soleil.

Philae avait rendu l’âme depuis longtemps, faute d’énergie (les plaques photovoltaïques n’ayant pas tourné du bon côté). Après quelques jours de fonctionnement, du 12 au 15 novembre 2014 (le robot n’avait que 60 heures d’autonomie), il reprit sa communication avec Rosetta entre le 14 juin 2015 et le 9 juillet 2015, ce qui lui a permis d’envoyer encore quelques données. Le robot, devenu silencieux, fut retrouvé couché près d’une falaise, coincé dans une faille, par Rosetta le 2 septembre 2016.

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Quant à la sonde Rosetta, elle a atteint tous ses objectifs et a achevé sa mission après deux ans de bons et loyaux services. Les chercheurs ont alors terminé l’opération en beauté : en l’envoyant rejoindre Philae, s’écraser contre le sol de la comète, pour prendre les dernières informations possibles, au plus près de la matière. Un chute de 19 kilomètres de hauteur à la vitesse de 3,2 kilomètres par heure (durant 14 heures et demi) pendant laquelle Rosetta a pu encore prendre de nombreuses photos du sol et faire des analyses chimiques.


Une sacrée carrière de sonde spatiale !

C’est donc ce vendredi 30 septembre 2016 à 12 heures 20 que Rosetta a totalement terminé sa mission. Il faudra aux astrophysiciens une bonne décennie, voire deux, pour exploiter toutes les données accumulées pendant ces deux années, et comprendre la formation et l’évolution des comètes, l’origine aussi de leur matière, peut-être aussi l’origine de notre Système solaire, la composition chimique de la nébuleuse originelle.

La sonde Rosetta (avec son robot Philae) a décollé de la Terre le 2 mars 2004 à 8 heures 17, lancée par une fusée Ariane 5. Elle a fait plusieurs "boucles" dans l’Espace, pour augmenter son accélération en utilisant la gravité une fois à proximité de Mars (25 février 2007), puis trois fois à proximité de la Terre (4 mars 2005, 13 novembre 2007 et 14 novembre 2009) et ensuite, en fonçant vers le lieu de rencontre avec Tchouri après avoir passé la barrière d’astéroïdes, et avoir survolé Steins (5 septembre 2008) et Lutèce (10 juillet 2010). Ces assistances gravitationnelles ont permis d’augmenter la vitesse de la sonde de 30 à 39 kilomètres par seconde.

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Après une période de "repos" de deux ans et demi (entre le 8 juin 2011 et le 20 janvier 2014, pour préserver son autonomie énergétique alors qu’elle était dans la partie de trajectoire la plus éloignée du Soleil), puis après une phase d’approche de trois mois, elle est arrivée sur l’orbite de Tchouri le 10 septembre 2014, à 29 mètres de la surface de l’astre. Le 14 février 2015, Rosetta est passée à 6 kilomètres d’altitude de la comète pendant quelques heures.

Lorsqu’elle a envoyé son module Philae, le 12 novembre 2014, elle avait déjà parcouru 6,6 milliards de kilomètres ! L’exploit monumental, c’est d’avoir déposé le robot avec une erreur de précision de …10 mètres, à plus de 500 millions de kilomètres ! Calculez la marge d’erreur : 1 pour 50 milliards, soit 2 milliardièmes de %, qui fait mieux ? Le professeur Klim Tchourioumov, qui a maintenant 79 ans, et qui a découvert la comète sur des clichés de sa collègue Svetlana Guérassimenko, était présent, très ému, au Centre européen d’opérations spatiales à Darmstadt, regardant en direct l’arrivée de Philae sur le sol de "sa" comète.


Un projet technologique de trente ans

À l’origine, l’idée, en 1985, était de faire une collaboration entre la Nasa et l’ESA avec un objectif très ambitieux : recueillir des échantillons minéraux d’une comète et les rapporter sur Terre. Le projet fut considéré comme trop coûteux, et les Américains y ont renoncé. L’Europe, en revanche, a poursuivi le projet en réduisant l’objectif à juste observer (photographier, analyser, etc.) une comète de très près, sans avoir la possibilité de rapporter des échantillons. Le projet a réellement démarré en 1993.

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On comprend que l’objectif est nettement moins ambitieux : Rosetta et Philae n’avaient pas de billet de retour pour revenir sur Terre. Il aurait d’ailleurs été extrêmement difficile d’imaginer comment trouver l’énergie pour revenir vers la Terre alors que pour aller vers Tchouri (qui poursuit sans cesse sa très large course autour du Soleil), on avait astucieusement utilisé quelques avantages de proximités planétaires.

Le nom de Rosetta est connu, il provient de la fameuse pierre de rosette avec des inscriptions en hiéroglyphes que Champollion a su traduire. Et la sonde est une réelle pierre de rosette pour d’éventuels extraterrestres car un disque en nickel (très robuste face à la corrosion) a été introduit dans la sonde sur lequel ont été gravés des textes écrits dans un millier de langues. Ce disque va demeurer à la surface de Tchouri pendant des siècles…

Le nom de Philae est plus subtil puisqu’il fait référence à une île égyptienne qui fut engloutie par le Nil le 10 juillet 1970, au moment de la mise en route du barrage d’Assouan (là où François Mitterrand passait ses vacances de fin d'année aux frais du Président Hosni Moubarak) et les temples antiques et obélisque qui s’y trouvaient ont été déplacés dans l’île d’Aguilkia, en abandonnant des fouilles archéologiques définitivement détruites (comme à Allianoi).

C’est justement Aguilkia qui a été choisi comme nom topologique du lieu d’arrivée de Philae sur Tchouri (nom choisi par l’ESA sur proposition d’un Français après un concours qui a recueilli plus de huit mille propositions venant de 135 pays). Pour l’anecdote, le Président de la République française François Hollande a appelé fin décembre 2014 son labrador …Philae, en hommage au robot de la mission Rosetta.


Défis technologiques

La technologie utilisée pour la mission Rosetta est très "ancienne" puisque tous les équipements étaient installés et prêts à décoller dès le 16 février 2004 à Kourou, donc conçus il y a une vingtaine d’années au moins. Vingt ans, pour l’électronique embarquée, pour la robotique, pour l’informatique, etc., c’est considérable (il suffit de regarder l’âge des ordinateurs et des smartphones qu’on utilise aujourd’hui). En particulier, les mémoires sont nettement plus petites et plus denses qu’il y a douze ans. Cette obsolescence technologique fut l’une des raisons d’avoir arrêté "proprement" (et définitivement) le fonctionnement de Rosetta ce 30 septembre 2016.

Parmi les défis à relever pour cette mission, il fallait une sonde totalement autonome, car il était impossible de manœuvrer en direct, depuis la Terre, l’appareil, en raison des centaines de millions de kilomètres de distance (il faudrait plusieurs dizaines de minutes pour communiquer une consigne, ce qui serait trop tardif en cas d’obstacle à franchir pour Philae, par exemple). Il a fallu plus de 28 minutes pour que l’information de l’arrivée de Philae sur le sol de Tchouri fût communiquée aux Terriens.

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Un autre défi technologique, c’était que la nature du sol tchourien était totalement inconnue jusqu’alors, et en plus, les aspérités géographiques y sont nombreuses. Un "atterrissage" était donc très incertain, pour garder une certaine stabilité au robot qu’on allait y faire poser. La rotation de la comète empêchait aussi une communication permanente entre Rosetta et Philae. Et, comme la comète approchait le Soleil (point le plus près le 13 août 2015), des protections solaires ont été nécessaires (isolation thermique et magnétique).


Retombées scientifiques

Les retombées scientifiques de cette mission seront nombreuses. On n’a jamais observé aussi précisément le passage d’une comète à la proximité du Soleil. Il est donc intéressant de voir les phénomènes physiques et chimiques en se dérouler en direct (sublimation des glaces, etc.).

Les comètes sont considérées comme des congélateurs des matériaux originels de la nébuleuse qui a servi à former le Système solaire il y a 4,5 milliards d’années. En effet, l’énergie du Soleil a modifié considérablement la matière qui a "servi" à former les planètes et plus généralement les astres du Système solaire. Les comètes sont un peu différentes : comme elles se sont éloignées rapidement du centre d’énergie, leur matière s’est refroidie très vite (on pourrait parler d’une trempe dans l’Espace) et l’on peut ainsi observer, avec une comète, la matière première du Système solaire.

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Dans un article publié le 10 décembre 2014, on a pu apporter la preuve que l’eau de la Terre ne provient pas de cette comète. Les océans terrestres sont apparu bien après la formation de la Terre et probablement par un apport extérieur. Cela ne veut pas dire que l’eau de toutes les comètes soit comme l’eau de Tchouri (sur 11 comètes dont on a analysé l’eau, une seule a une eau similaire aux océans terrestres, et les autres sont très variées, très hétérogènes, ce qui incite à penser que les comètes ont eu des formations très différentes).

Pour arriver à ce résultat, le critère a été assez "simple" à mesurer puisque c’est le rapport entre deutérium et hydrogène qui donne l’information. Ce fut le spectromètre de masse joliment baptisé "Rosina" qui a mesuré ce taux. Un atome de deutérium, c’est un atome d’hydrogène avec un neutron supplémentaire. Dans les océans terrestres, ce rapport (en gros, rapport entre l’eau lourde et l’eau normale, en nombre d’atomes) est de 1,5 pour 10 000 tandis que sur Tchouri, il est autour de 5,3  pour 10 000, soit plus de trois fois plus élevé. Les traces isotopiques (les isotopes, ce sont des atomes ayant le même nombre de protons mais pas le même nombre de neutrons) sont souvent utilisées en science et le plus connu des services rendus reste la datation au carbone 14.

Dans un autre article publié le 14 avril 2015, il a été annoncé que le noyau de la comète n’avait pas de champ magnétique propre. Le 29 juillet 2015 ont été publiées les données concernant l’interaction entre la comète et le vent solaire. A été communiquée la présence sur la comète d’argon le 25 septembre 2015 et d’oxygène le 28 octobre 2015.

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La composition du gaz s’échappant de la comète pendant son réchauffement près du Soleil (queue de la comète) reste assez surprenante. D’un débit d’environ 5 litres par seconde en été 2014, c’est essentiellement de l’eau gazeuse, avec 4% de gaz carbonique (la mesure sur une autre comète avait donné 20% en novembre 2010), et des traces de méthane, d’ammoniac, de méthanol, etc. Les particules solides également éjectées dans le gaz ont des diamètres variant de quelques dizaines de micromètres au centimètre. Ces particules sont très diverses : des hydrocarbures, des silicates, des sulfures de fer, etc.

Par ailleurs, la comète contient aussi de la glycine, un acide animé, et du phosphore, tous les deux se trouvant dans la composition de l’ADN, ainsi que d’autres composés organiques. La présence sur la comète de ces composés nécessaires à l’apparition de la vie sur Terre peut être interprétée de différentes manières mais ne permet pas de répondre à la question déjà ancienne et passionnante : la vie terrestre provient-elle d’une comète ?

La mission Rosetta s’est achevée ce 30 septembre 2016, mais comme je l’ai écrit plus haut, le travail est loin d’être fini puisqu’il y a une multitude de données collectées depuis près de deux ans qu’il faut analyser, interpréter, interconnecter, et cela va prendre dix ou vingt ans avec peut-être, à la clef, des découvertes majeures.


Un budget dérisoire pour une avancée historique

On le voit, la conception a eu lieu en 1985, nous sommes en 2016 et le travail d’exploitation pourrait se prolonger jusqu’en 2025, peut-être 2035. En clair, il y a de quoi faire toute sa carrière scientifique sur ce sujet. Ce sont des longs projets, trente à cinquante ans, mais ce n’est rien au regard de l’humanité (Toumaï date de 7 millions d’années !).

Prenons aussi l’élément financier. Cette mission a coûté au total 1,3 milliard d’euros (dont 250 millions d’euros payés par la France). Pour mon porte-monnaie, c’est vrai, c’est très lourd, mais à l’échelle d’un État comme la France, ce n’est rien. Le déficit public est chaque année dans les 60 à 70 milliards d’euro avec une dette publique globale de 2 100 milliards d’euros ! C’est le quart du prix de la ligne TGV entre Tours et Bordeaux qui devrait être inaugurée l’année prochaine. Le coût est européen, donc réparti sur beaucoup de pays, ce qui réduit encore plus l’effort financier (à titre de comparaison, le plan Juncker a mobilisé 315 milliards d’euros en 2015-2016 !).

De plus, le coût d’une telle mission scientifique n’est jamais à fonds perdus. On évalue généralement à un rapport de 4 le retour sur investissement global : les retombées industrielles sont nombreuses et sont initiatrices d’activités économiques. La mission Apollo l’a largement démontré avec notamment la technologie d’isolation thermique utilisée dans d’autres secteurs industriels.


Crash final

Lorsque la comète s’éloignera du Soleil, la température sera tellement basse que l’électronique de la sonde Rosetta serait de toute façon détruite si elle était restée en orbite autour de la comète. Si elle a tenu le coup au début de la mise en orbite (en automne 2014), c’est grâce à des résistances chauffantes, mais la sonde n’aurait plus assez d’énergie pour les faire fonctionner une fois s’éloignant du Soleil.

Donc, il y a deux idées : d’une part, arrêter proprement un équipement spatial, arrêter ses émissions sur des fréquences qui pourront être réutilisées pour d’autres missions et éviter la pollution spatiale (dans ce cas, le risque est minime, au contraire de l’orbite terrestre) ; d’autre part, le plus intéressant, c’est que les quatorze heures de descente vers le sol de Tchouri ont permis de recueillir des informations nombreuses (analyses spectro, photos, etc.) totalement nouvelles grâce à la proximité du sol. C’était donc un choix délibéré, renforcé par l’obsolescence déjà actuelle des équipements électroniques de la sonde (qui datent d’une vingtaine d’années).


Théorie du complot

Douter de la réalité de cette mission, cela fait assez sourire puisque les missions spatiales comme les projets scientifiques à grande échelle (par exemple, le LHC), sont visibles, seconde après seconde, par toute personne se connectant sur Internet. Une telle transparence est d’ailleurs très contraignante pour les scientifiques, puisque c’est comme si vous aviez une caméra branchée sur Internet derrière vous en permanence pendant vos heures de travail. Le moindre incident est donc immédiatement connu et nécessite une communication adéquate.

Il est d’ailleurs assez paradoxal de voir remettre en doute à la fois la réalité de la mission et le fait que cette mission était quasi-impossible à remplir. La probabilité de succès était très faible car chaque étape pouvait faire échouer l’ensemble de la mission (au même titre que la présence d’un écrou a fait crasher le Concorde). D’ailleurs, malgré l’exploit, il y a eu des difficultés avec le robot Philae dont les panneaux solaires ont été mal orientés. Le scénario n’était pas écrit...


Oasis de paix et de passion

Cette mission Rosetta, c’est donc aussi la preuve que le monde ne tourne pas toujours à l’envers comme semblent l’indiquer les médias dans leur course permanente au sensationnel : il existe quelques oasis de paix et de passion, et celles-ci sont souvent construites par les scientifiques, car ils agissent à la fois avec la raison et l’intuition, sans dogme et sans préjugés.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Evry Schatzman.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Cellules souches, découverte révolutionnaire et éthique.
Ernst Mach.
Darwin vaincu ?
Jean-Marie Pelt.
Karl Popper.
Emmanuel Levinas.
Hannah Arendt.
Paul Ricœur.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
François Jacob.
Maurice Allais.
Luc Montagnier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160930-rosetta-tchouri.html

http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/rosetta-mission-remplie-185170

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/10/03/34394143.html



 

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 18:50

L'astrophysicien André Brahic vient de s'éteindre. Je propose ici trois textes à télécharger qui reprennent des conférences ou des ouvrages d'André Brahic.

Cliquer sur chacun des liens pour télécharger les fichiers .pdf.

http://download2.cerimes.fr/canalu/documents/utls/070700.pdf

http://acces.ens-lyon.fr/clea/archives/cahiers-clairaut/CLEA_CahiersClairaut_064_01.pdf

http://www.decitre.fr/media/pdf/feuilletage/9/7/8/2/3/1/1/0/9782311009675.pdf

http://ntrs.nasa.gov/archive/nasa/casi.ntrs.nasa.gov/19850018237.pdf

Pour aller plus loin sur André Brahic :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160515-andre-brahic.html

SR



 

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