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20 juillet 2021 2 20 /07 /juillet /2021 16:36

« En moi circule le sang d’une meilleure époque, à travers le siècle présent j’erre comme un somnambule. » (Paul Klee).



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C’est sûr que lorsqu’on est multimillionnaire, on peut tout se permettre, on peut tout acheter. Ceux de l’ancienne génération, c’étaient villas, yachts, œuvres d’art (défiscalisées), jet set, vignobles… Les plus téméraires investissaient dans des entreprises en manque de fonds propres, voire aidaient des jeunes créateurs. Mais quand tu as des milliards ? Eh bien, la mode des GAFAM, c’est de créer ses propres industries : centre de recherche contre le cancer, studios de cinéma, etc. et maintenant, pourquoi pas ? une agence spatiale privée. Le "maintenant" est un peu trop rapidement écrit par moi, puisque Blue Origin, la société spatiale créée par Jeff Bezos, le fondateur du site Amazon, devenu milliardaire, elle a été créée en septembre 2000. Cela ne date pas d’aujourd’hui.

Il a donc fallu près de vingt et un ans de développement et la collaboration de 2 000 salariés directs, sans compter tous les prestataires externes, pour acquérir une compétence qui était jusque-là réservée aux États : être capable d’envoyer des humains dans l’Espace. Même l’Europe ne l’a jamais fait, malgré sa grande expérience de l’Agence spatiale européenne (ESA) et de l’aventure du lanceur Ariane.

Quand on a de l’argent, on peut tout se permettre, même les rêves les plus fous. Les multinationales tentaculaires et planétaires sont aussi puissantes que des États, et d’ailleurs, il serait intéressant à concevoir que n’importe quel milliardaire pourrait se payer une armée personnelle pour prendre politiquement le pouvoir à un endroit du monde peu défendu militairement. Leurs motivations restent cependant plus économiques que politiques : se faire de l’argent !

C’est vrai que Jeff Bezos s’est fait doubler par Virgin Galactic, la société spatiale d’un autre milliardaire, Richard Branson, fondateur de Virgin, qui a fait un vol suborbital le 12 juillet 2021. Mais je pense que les deux essais n’ont pas grand-chose à voir sinon un choc des titans milliardaires qui veulent voir la Terre de loin. Et dans ce domaine, c’est quand même Elon Musk et sa société SpaceX qui a un temps d’avance puisqu’elle a été choisie par la NASA pour la suppléer.

L’actualité est plutôt déprimante en ce moment, et en France, ce mardi 20 juillet 2021, elle l’est particulièrement avec la confirmation de la brutale reprise épidémique, plus de 18 000 nouveaux cas en une seule journée, un taux de reproduction de l’ordre de 2, énorme… Alors, suivons ces milliardaires et rêvons avec eux. Le temps d’un article. Avant de rouvrir les yeux sur une réalité que j’évoquerai plus tard.

Ce qui s’est passé à 15 heures 12 (heure de Paris), ce mardi 20 juillet 2021, jour anniversaire du premier pas humain sur la Lune, n’était pas vraiment un exploit : à peine onze minutes seulement, une simple parabole. Je t’envoie en l’air, sorte d’ascenseur stratosphérique, je plafonne à 351 210 pieds (les ingénieurs américains ne sont toujours pas capables d’utiliser des unités en système international), cela doit faire exactement 107,049 kilomètres d’altitude (on dit qu’on est dans l’Espace à partir de 100 kilomètres, mais en pieds, d’autres disent que la limite est à 85 kilomètres). Donc, en gros, on envoie une forte poussée sur une capsule, on la pousse très haut puis elle retombe.

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En lui-même, cet essai n’a pas été plus un exploit que celui de Youri Gagarine le 12 avril 1961. Du reste, le lanceur utilisé est appelé "New Shepard", du nom du célèbre astronaute Alan Shepard, le premier Américain à être allé dans un vol habité le 5 mai 1961, trois semaines après Gagarine. Il a aussi commandé la mission Apollo 14 et a marché sur la Lune. Un sacré héros. Jeff Bezos sait baptiser ses fusées. La prochaine s’appelle déjà "New Glenn", en référence au collègue d’Alan Shepard, John Glenn, véritable premier Américain a être allé dans l’Espace, qui sera un plus gros lanceur. La mission du 20 juillet 2021 était nommée Blue Origin NS-16 (16e vol de New Shepard). Le décollage a eu lieu depuis Van Horn, dans l’extrême partie occidentale du Texas.

Mais je n’arrive pas vraiment à être un provocateur en disant que ce n’est qu’un saut de pomme de Newton (à trajectoire parabolique). Parce que la technologie est finalement assez novatrice, suffisamment pour être saluée.

Le lanceur et la capsule où se trouvaient les passagers se sont désolidarisés presque au sommet de la trajectoire. Aucun n’a été détruit (heureusement pour la capsule). Le lanceur a pu revenir à son point de départ (à quelques dizaines de centimètres, peut-être mètres ?) grâce à des jets de rétropropulsion. Cette technologie a aussi été utilisée pour l’atterrissage de la capsule, qui a été d’abord freinée par trois parachutes, puis par des jets de rétropropulsion pendant 2 secondes juste avant le contact au sol. Tout s’est passé avec douceur, une maîtrise parfaite des accélérations et des énergies. Avant ce vol, il y a déjà eu quinze vols de New Shepard, sans aucun passager, qui ont été de grands succès techniques (du 29 avril 2015 au 14 avril 2021).

De plus, cette mission était écolo-compatible, ce qui peut étonner, au contraire de la mission de Richard Branson. En effet, le lanceur et la capsule ne sont pas détruits et sont réutilisables pour d’autres missions (comme les navettes spatiales), ce qui est nouveau pour le lanceur, et l’énergie est de l’hydrogène qui ne pollue pas et ne produit que de la vapeur d’eau. Bien sûr, la question de la production d’hydrogène reste toujours en suspens, mais globalement, tout était recyclable dans cette mission (sauf peut-être les parachutes, puisque Jeff Bezos en a offert un morceau à l’un de ses coéquipiers).





C’est donc bien un exploit technologique. C’est aussi un exploit humain. Pouvoir envoyer des humains dans l’Espace, c’est aussi une folle entreprise privée : il n’y a qu’aux États-Unis que c’est possible. Pourtant, il n’y a pas qu’aux États-Unis qu’il y a des milliardaires. Elon Musk, Richard Branson et Jeff Bezos montrent un nouveau profil du capitalisme mondial : des explorateurs en plus de redoutables managers.

Je l’ai écrit, l’une des motivations de Jeff Bezos est son rêve d’aller dans l’Espace. Une autre est de faire de l’argent : son objectif commercial est de proposer aux touristes d’aller dans l’Espace. Cela n’apporte rien à la science et sans doute beaucoup au prestige de Jeff Bezos (et peut-être moins de bénéfices qu’imaginés ? car est-ce que le modèle économique est rentable ?), un peu à l’instar d’un vol du Concorde qui ne faisait qu’une boucle sans intérêt de Roissy à Beauvais (alors que le Concorde avait son intérêt lorsqu’on voulait faire en urgence le trajet Paris-New York).

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Jeff Bezos a voulu embarquer avec son jeune frère Mark (qui a été le commandant de cette mission) et il restait deux places (en fait, la capsule de 15 mètres cubes pourrait contenir six passagers). La troisième place a été mise aux enchères et remportée pour 28 millions de dollars, mais l’heureux bénéficiaire (anonyme) avait piscine le jour du décollage et a laissé sa place au jeune Néerlandais Oliver Daemen qui est désormais le plus jeune astronaute à être allé dans l’Espace dans l’histoire de l’exploration spatiale. En effet, étudiant en physique de l’Université d’Utrecht, il n’avait pas encore 18 ans au moment du vol (il est né le 20 août 2003). C’est son père qui a payé le très coûteux ticket du voyage.

La quatrième place fut pour l’aviatrice Wally Funk, qui, à 82 ans (elle est née le 1er février 1939), a battu le record de John Glenn de la personne la plus âgée dans l’Espace. Elle avait été sélectionnée comme astronaute dans le groupe Mercury 13 en février 1961 (elle n’avait que 22 ans) mais n’avait jamais eu l’occasion de voler alors qu’elle était meilleure que les hommes aux tests. Son vol à 82 ans n’était donc qu’un juste retour des choses, certes tardif, la reconnaissance de cette grande dame qui n’a jamais manqué de courage ni de détermination, et qui avait déjà fait 19 000 heures de vol aérien à son actif (elle avait payé pour aller dans le vaisseau de Virgin Galactic).





Bien que "touristes", installés devant de gros hublots pour bien voir la Terre petite (que Jeff Bezos a trouvée très fragile) et voir une partie obscure de l’Espace au-delà du ciel, ces quatre voyageurs d’un nouveau genre de la compagnie Blue Origin ont reçu un entraînement intensif et n’ont pas manqué de courage, c’est-à-dire de confiance envers les équipes techniques. Les passagers ont subi une accélération de 3 G à la montée et de 5 G à la descente. Aucun n’a vomi !

Actuellement, la Chine s’est beaucoup développée en matière de politique spatiale. Non seulement le pays de Xi Jinping a assuré de nombreux vols habités, mais il a construit sa propre station spatiale permanente. La Russie de Vladimir Poutine a aussi choisi d’investir massivement dans la défense spatiale en mettant au point des missiles capables de détruire des satellites, au point d’inquiéter sérieusement l’OTAN lors du sommet de Bruxelles du 14 juin 2021. L’Inde, Israël, et l’Europe sont aussi dans la compétition. Entre autres.

Finalement, les États-Unis manquent de projet potentiellement fédérateur comme le furent le programme Apollo et le programme des navettes spatiales. Ils ne sont même plus capables d’assurer un vol régulier vers la station spatiale internationale (ISS) et ont dû faire appel à SpaceX pour cela. Nul doute que l’initiative privée prendra pleinement sa place dans les futures ambitions spatiales des Américains qui auront probablement ce titre à la Tintin : "On a marché sur Mars"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’exploit de Blue Origin, la fabrique du tourisme spatial écolo-compatible.
John Glenn.
Michael Collins.
Atterrissage de la navette Atlantis le 21 juillet 2011.
SpaceX en 2020.
Thomas Pesquet.
60 ans après Vostok 1.
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Evry Schatzman.
Le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Le syndrome de Hiroshima.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
La relativité générale.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210720-blue-origin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/l-exploit-de-blue-origin-la-234526

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/20/39065691.html












 

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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 03:26

« Je ne sais pas ce que vous pourriez dire d’une journée au cours de laquelle vous avez vu quatre magnifiques couchers de soleil. » (John Glenn).



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L’astronaute John Glenn est né il y a 100 ans, le 18 juillet 1921 dans l’Ohio. Il a fait partie de cette génération de héros américains qui ont redoré le blason spatial des États-Unis après la double victoire de l’URSS de Spoutnik (le 4 octobre 1957) et de Youri Gagarine (le 12 avril 1961).

John Glenn fut le premier Américain à avoir fait un vol orbital autour de la Terre, lors de la mission Mercury-Atlas 6. John Glenn a décollé le 20 février 1962 au bord de la capsule Friendship 7 lancée par une fusée Atlas LV-3B, il fut ainsi mis sous orbite et après cinq heures de vol et après avoir effectué trois tours de la Terre, John Glenn a atterri dans l’Océan atlantique. Il fut également le troisième homme au monde à avoir fait un vol orbital dans l’Espace. Il a ouvert la voie de la conquête de l’Espace par la face américaine qui a abouti au programme Apollo puis aux navettes spatiales.

À l’âge de 20 ans, après l’attaque de Pearl Harbor, John Glenn s’est engagé dans les Marines pour être pilote de chasse. Il a continué son engagement militaire dans la guerre de Corée puis il est resté pilote d’essai (il a accumulé 9 000 heures de vol dont 3 000 dans un avion à réaction). Il fut sélectionné par la NASA le 9 avril 1959 pour faire partie des sept pilotes d’essai de la première promotion d’astronautes, dans le cadre du programme Mercury. De justesse pour la limite d’âge.

Cette sélection fut très rigoureuse puisqu’ils étaient 550 candidats sur la ligne de départ. Parmi les critères de sélection, une grande forme physique, un excellent esprit intellectuel, des grandes capacités de  travail tant en équipe que seul, et puis, une force psychologique exceptionnelle. Au-delà de l’âge (37 ans), John Glenn avait un autre handicap, il n’avait pas de diplôme universitaire car il avait abandonné ses études pour s’engager dans la guerre. Les sept sélectionnés furent considérés comme des héros à l’instar de Christophe Colomb avant même que voler dans l’Espace. John Glenn fut à la fois le doyen d’âge de ces sept héros et en même temps le dernier survivant pendant trois ans jusqu’à sa mort le 8 décembre 2016 dans l’Ohio, à l’âge de 95 ans.

Le (futur) colonel John Glenn aurait pu être considéré comme un héros de la guerre avant d’avoir été sélectionné comme astronaute, et il était déjà connu comme un des meilleurs pilotes d’essai après un vol supersonique le 16 juillet 1957 en battant le record de vol transcontinental (il a parcouru 3 935 kilomètres en 3 heures 23 minutes et 8 secondes). Il a évidemment été encore plus un héros après avoir effectué le premier vol orbital américain.

Il ne faut pas sous-estimer le courage et surtout les risques encourus. Parmi les sept têtes brûlées sélectionnées, une, Virgil Grissom, qui a fait un vol suborbital le 21 juillet 1961 et un essai habité du vaisseau Gemini le 23 mars 1965, a péri le 27 janvier 1967 avec deux autres coéquipiers dans un incendie lors d’un essai au sol en conditions réelles dans le cadre de la mission Apollo 1 (les trois hommes devaient voler au bord du module Apollo du 21 février 1967 au 7 mars 1967).

Force de caractère : ces sept premiers astronautes ont assisté le 18 mai 1959 à Cap Canaveral, au premier lancement d’une fusée Atlas, la même que celle qui les lancerait plus tard, mais la fusée a explosé en plein vol devant leurs yeux stupéfaits. Aucun n’a démissionné et l’un d’eux, Alan Shepard (qui fut par la suite commandant de la mission Apollo 14, il fut, le 5 février 1971, l’un des rares hommes à avoir marché sur la Lune), a juste lâché à John Glenn : « Eh bien, je suis content qu’on l’ai éliminée ! ».

Alan Shepard (1923-1998) a été l’astronaute de la première mission, celle du premier vol suborbital américain, le 5 mai 1961, soit trois semaines après Youri Gagarine, alors que ce vol avait été prévu initialement pour le 26 avril 1960, puis le 5 décembre 1960, etc. John Glenn a regretté de n’avoir été que le pilote de remplacement pour les deux premières missions de leur petit groupe, des vols suborbitaux, car il se jugeait le plus apte, mais en fait, pour lui, c’était plus valorisant de faire le premier vol orbital. Il était devenu d’ailleurs si populaire que, comme Gagarine du côté soviétique, il était peu question de prendre le risque d’un second vol.

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La carrière d’astronaute de John Glenn s’est terminée le 16 janvier 1964 à sa demande. En effet, il se savait probablement trop âgé pour être recruté dans les futures missions Apollo et il a donc donné sa démission (il fut officiellement à la retraite le 1er janvier 1965).

La raison de son retrait avait une autre motivation : dès décembre 1962, il fut poussé par Bob Kennedy, à l’époque l’équivalent de Ministre de la Justice, à s’engager dans la vie politique au sein du parti démocrate et à prendre le siège d’un sénateur démocrate dans l’Ohio, son État natal. Il fut donc candidat dès le 17 janvier 1964 aux élections primaires pour désigner le candidat démocrate aux sénatoriales. Malheureusement, un accident domestique l’a empêché de faire campagne et il retira sa candidature le 30 mars 1964.

Après avoir été recruté par une entreprise privée, John Glenn n’a pas lâché la politique pour autant et a soutenu activement Bob Kennedy lors des primaires démocrates de 1968. John Glenn était très proche de Bob Kennedy au point de l’avoir accompagné à l’hôpital lorsqu’on a tiré sur lui. Le couple Glenn s’est alors occupé des enfants de Bob Kennedy et John Glenn fut parmi ceux qui ont porté le cercueil du candidat assassiné.

Malgré le soutien de la famille Kennedy à John Glenn dans l’Ohio, ce dernier n’a pas pu avoir le soutien du parti démocrate de l’Ohio en 1970 pour un siège sénatorial. Le vieux sénateur démocrate sortant Stephen M. Young ne s’est pas représenté et John Glenn fut battu de justesse aux primaires (49% contre 51%), mais le candidat démocrate Howard Metzenbaum a été battu par le candidat républicain Robert Taft Jr (Howard Metzenbaum a fini par gagner ce siège en 1976, faute d’avoir conservé son siège de 1974).

Autre sénateur de l’Ohio, le républicain Walter Bart Saxbe fut nommé procureur général des États-Unis (l’équivalent de Ministre de la Justice) par le Président Richard Nixon après un épisode de l’affaire Watergate (démission du procureur général précédent, etc.). Par conséquent, son siège de sénateur fut vacant et c’était au gouverneur de l’État de nommer un remplaçant jusqu’aux prochaines élections. Ce gouverneur, démocrate, John Gilligan, dont l’ambition était de se présenter à l’élection présidentielle, a proposé à John Glenn de le nommer lieutenant-gouverneur, ce qui l’amènerait à lui succéder lorsque le gouverneur aurait des responsabilités fédérales. Néanmoins, John Glenn refusa cette combine car il voulait être sénateur.

Pour autant, Howard Metzenbaum fut nommé sénateur en janvier 1974 par le gouverneur, mais lors du renouvellement en novembre 1974, John Glenn a fait une campagne très efficace, si bien il a arraché l’investiture démocrate à 54% contre le sortant Howard Metzenbaum qui avait été particulièrement méprisant pour les militaires ayant risqué leur vie, comme John Glenn, courageux militaire qui est parvenu à gagner le siège face au candidat républicain, Ralph Perk, le maire de Cleveland.

Ce fut ainsi que John Glenn, le héros de l’Espace, fut élu sénateur de l’Ohio, en novembre 1974, et il fut réélu sénateur en novembre 1980, en novembre 1986, et en novembre 1992, jusqu’en novembre 1998 où il ne s’est pas représenté (il a annoncé son futur retrait le 20 février 1997 et est resté en fonction jusqu’en janvier 1999). Sa parole était importante car il était ultraconnu.

En été 1976, John Glenn comptait tellement au sein du parti démocrate qu’il faisait partie de la "short list" des candidat possibles à la Vice-Présidence de Jimmy Carter qui venait de remporter les primaires démocrates. Jimmy Carter nomma en fin de compte un homme politique très expérimenté, Walter Mondale, protégé d’Hubert Humphrey, et le ticket gagna l’élection générale contre Gerald Ford (en équipe avec Bob Dole).

En 1984, John Glenn était donc un homme politique déjà expérimenté lorsqu’il a retenté l’investiture présidentielle, mais cette fois-ci comme candidat à la Présidence. Son concurrent était justement l’ancien Vice-Président Walter Mondale (Carter et Mondale avaient été battus en 1980 par Ronald Reagan). Au départ, John Glenn militait pour la candidature de Ted Kennedy, le jeune frère de JFK, mais Ted Kennedy refusa toute idée de candidature (après ses échecs en 1972 et 1980).

L’ancien astronaute pensait que seul un candidat de forte notoriété pouvait battre le charismatique Ronald Reagan. John Glenn a alors annoncé sa candidature le 21 avril 1983. Il était le favori des démocrates dans les sondages. Au cours de sa campagne, un fait nouveau aurait pu l’aider, la sortie le 21 octobre 1983 du film "L’Étoffe des héros" de Philip Kaufman. Loin de l’aider, ce film, qui pourtant l’encensait et le couronnant en héros, l’a placé dans un rôle qui n’avait rien à voir avec Président des États-Unis. Rapidement, il a perdu les primaires dans les premiers États, et abandonna la course présidentielle le 16 mars 1984. Walter Mondale fut choisi et échoua face à Ronald Reagan en novembre 1984.

Comme on le voit, John Glenn, bien que populaire, est toujours resté à la marge du parti démocrate, c’était un homme peut-être trop franc et sincère, probablement aussi parce qu’il avait une position centriste, or le climat très conservateur des années Reagan incitait les démocrates à vouloir un leader de l’aile progressiste.

Malgré cela, l’ancien astronaute était un sénateur on ne peut plus traditionnel, travaillant beaucoup, très actif sur de nombreux sujets pendant ses vingt-quatre ans de mandat. Il prônait l’arrêt de la prolifération de l’arme nucléaire, souhaitait plus d’attentions écologiques, etc. Il s’intéressa particulièrement aux problèmes de la vieillesse, non seulement trouver des moyens de financement pour se soigner (son père a failli vendre la maison familiale pour soigner son cancer), mais aussi sur le plan scientifique : il estimait qu’il fallait faire des recherches sur la vieillesse dans l’Espace et évidemment, il se proposa à partir de 1995 de retourner une seconde fois dans l’Espace. C’était à l’époque de la Présidence de Bill Clinton.

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On ne sait pas très bien s’il y a eu des pressions du gouvernement pour cela (probablement), mais toujours est-il que John Glenn fut sélectionné pour faire partie de l’équipage de la navette Discovery dans le cadre de la mission STS-95. Ce dernier avait réussi tous les tests nécessaires pour confirmer cette sélection. Il avait un double rôle dans cette mission : observer son corps pour avoir une connaissance scientifique approfondie du vieillissement dans l’Espace et réaliser les photographies de la mission. L’équipage de six personnes a décollé le 29 octobre 1998 et atterri le 7 novembre 1998, le temps de tourner 134 fois autour de la Terre (au lieu des trois ou quatre fois en 1962). À ce titre, John Glenn, qui fut le premier Américain à être allé dans l’Espace, fut aussi l’homme le plus vieux ayant été dans l’Espace, à l’âge de 77 ans. Il était encore sénateur et se retirait de la vie politique quelques semaines plus tard.

Une polémique a eu lieu pour savoir si cela avait été utile ou pas que John Glenn fît partie de la mission spatiale. Par la suite, pour justifier son vol, il a toujours prôné une utilité scientifique à faire des tours d’orbite, au point de fustiger le premier vol spatial "touristique". En effet, l’homme d’affaire californien Dennis Tito a payé 20 millions de dollars à l’Agence Roscosmos (l’équivalent de la NASA pour la Russie) pour faire un vol spatial et même un arrimage à la Station spatiale internationale dans le cadre de la mission Soyouz TM-32. Avec six coéquipiers, le millionnaire a décollé le 28 avril 2001 et est revenu sur Terre le 5 mai 2001. Il y a peu de doute que John Glenn aurait également critiqué avec la même fougue l’initiative du milliardaire britannique Richard Branson (71 ans, il est né le même jour de l’année que John Glenn) à faire un vol suborbital "pour le plaisir" le 11 juillet 2021 dans son avion spatial VSS Unity de Virgin Galactic.

Cependant, les études sur le vieillissement dans l’Espace n’ont pas été poursuivies après John Glenn et sont apparues comme un prétexte pour permettre à John Glenn de reprendre du service. Par la suite, n’ayant jamais eu sa langue dans sa poche, John Glenn a vivement critiqué, le 19 avril 2012 près de Washington, l’arrêt des missions des navettes spatiales.

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John Glenn fut l’un des quatre astronautes les plus honorés des États-Unis, avec le fameux équipage d’Apollo 11, Neil Armstrong (1930-2012), Buzz Aldrin (toujours vivant) et Michael Collins (1930-2021). À sa mort le 8 décembre 2016, il y a bientôt cinq ans, John Glenn fut honoré par toute la classe politique, tant le Président sortant Barack Obama que le Président élu Donald Trump, ainsi que l’adversaire de celui-ci, Hillary Clinton. Barack Obama : « Avec le décès de John, notre Nation a perdu une icône et Michelle et moi avons perdu un ami. John a passé sa vie à briser les barrières. ». John Glenn représentait bien le symbole de l’Amérique qui gagne, prête à prendre des risques, prête aussi à prendre ses responsabilités, voire à diriger politiquement. Néanmoins, il n’est pas sûr que la popularité de l’exploration spatiale soit compatible avec la dureté du combat politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
John Glenn.
John Glenn est mort.
Michael Collins.
Atterrissage de la navette Atlantis le 21 juillet 2011.
SpaceX en 2020.
Thomas Pesquet.
60 ans après Vostok 1.
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Evry Schatzman.
Le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Le syndrome de Hiroshima.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
La relativité générale.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210718-john-glenn.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/l-etoffe-des-heros-john-glenn-des-234404

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29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 03:56

« Cette entreprise a été structurée pour trois hommes et je considère que mon tiers était aussi nécessaire que les deux autres. » (Michael Collins, 2001).



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L’astronaute américain Michael Collins est mort ce mercredi 28 avril 2021 en Floride à l’âge de 90 ans (il est né le 31 octobre 1930 à Rome). Michael Collins fut, avec Neil Armstrong et Buzz Aldrin, de l’équipe des trois astronautes qui est allée sur la Lune pour la première fois de l’humanité le 21 juillet 1969.

Ces trois noms sont entrés dans la légende de la grande aventure humaine de l’exploration spatiale au même titre que le nom du cosmonaute soviétique Youri Gagarine. Dès la fin de leur exploit, ils étaient inscrits dans les livres d’histoire et aussi dans les encyclopédies pour enfants. C’est donc avec beaucoup d’émotion que j’ai appris cette disparition, la même émotion que le jour de la disparition de Neil Armstrong, le 25 août 2012, que j’ai apprise grâce à une télévision d’Europe centrale, croate ou bosniaque, je ne me souviens plus, alors que j’étais en déplacement. De ce trio mythique, il reste donc Buzz Aldrin, pourtant le plus âgé (91 ans) qui a foulé le pied sur le sol lunaire, le deuxième homme, puisque le premier fut Neil Armstrong.

Michael Collins, lui, a été un équipier indispensable, mais il n’a pas eu la possibilité de fouler le pied sur la Lune. En ce sens, avoir fait tant de millions de kilomètres (à environ 350 000 kilomètres de la Terre) et laisser son voyage inachevé pouvait avoir un arrière-goût de frustration. Il fallait être très fort psychologiquement. Après la mission Apollo 11, Michael Collins a expliqué d’ailleurs qu’il s’était senti terriblement seul pendant que ses deux compagnons l’avaient quitté dans le petit vaisseau Eagle pour "atterrir" (alunir) sur la Lune.

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De toute façon, le pilote d’Apollo (le module principal s’appelait aussi Columbia) n’avait pas eu le même entraînement que les deux autres, car sa mission était très différente. La répartition des rôles avait été annoncée le 20 novembre 1967 : le commandement de la mission revenait à Neil Armstrong, le pilotage du module lunaire Eagle était attribué à Buzz Aldrin et le pilotage du module principal (module de commande et de service) Columbia était affecté à Jim Lovell. Buzz Aldrin était un remplaçant dans la mission Apollo 9. Finalement, le 9 janvier 1969, Michael Collins a remplacé Jim Lovell qui méritait de commander lui-même une mission (ce fut Apollo 13) et qui fut le remplaçant de Neil Armstrong pour Apollo 11. Des trois coéquipiers, chacun a déjà volé une fois dans l’Espace.

Pendant son entraînement, Michael Collins utilisait beaucoup le simulateur du module de commande principal pour se familiariser avec la technique mais aussi avec les réflexes. Car sa mission était encore plus grave que celle des deux autres : la vie de ses deux coéquipiers reposait sur sa propre action, avec le point le plus délicat : récupérer le module lunaire avec les deux passagers vivants. Pour cela, il a imaginé dix-sept scénarios pour ramener le module lunaire selon toutes les situations imaginables (dans un document de plus d’une centaine de pages).

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Les trois astronautes ont décollé le 16 juillet 1969 et se sont placés sur l’orbite lunaire le 19 juillet 1969. L’équipage a alors identifié exactement l’endroit où il atterrirait (alunirait) avec le module Eagle (près d’un cratère appelé par la suite Collins). Le module Eagle a quitté le module Columbia le 20 juillet 1969 pour descendre vers le sol lunaire. À ce moment, Michael Collins fut seul à bord du module principal, avec une très lourde responsabilité puisque toute la réussite de la mission reposait sur ses épaules. Il craignait de devoir laisser Armstrong et Aldrin sur la Lune et de revenir seul sur Terre. Un sentiment de solitude renforcé quand, dans sa course orbitale, il se retrouvait à survoler la face cachée de la Lune, il n’était plus en contact radio avec la Terre (pendant un peu plus de trois quarts d’heure à chaque tour de Lune).

Cinquante ans plus tard, le 10 avril 2019, Michael Collins admettait à la BBC : « J’aurais préféré marcher sur la Lune, mais cela me semblait une distinction triviale à l’époque. J’étais très heureux de mes responsabilités sur le vol. ». Le 21 juillet 1969, après deux heures trente de balade lunaire, Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont décollé de la Lune et ont rejoint le module de Michael Collins.

Ensuite, tout l’équipage est reparti vers la Terre et leur module a plongé (amerri) dans l’océan Pacifique le 24 juillet 1969. Les trois astronautes ont été récupérés et placés en quarantaine pendant trois semaines pour éviter d’éventuelle contamination pathogène. Comme Gagarine une dizaine d’années avant eux, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins ont été célébrés partout dans le monde, devenus des héros planétaires, reçus notamment par la reine du Royaume-Uni Élisabeth II et par le pape Paul VI.

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Comme je l’ai indiqué plus haut, tous les participants à Apollo 11 avaient déjà fait une expédition spatiale précédemment. Michael Collins a fait partie de l’équipage de la mission Gemini 10 avec John W. Young (1930-2018), qui était un vol habité dans l’Espace faisant partie des étapes de validation pour le programme Apollo. Ils ont décollé le 18 juillet 1966 et ont amerri le 21 juillet 1966 après avoir parcouru près de 2 millions de kilomètres.

Deux objectifs notamment avaient été fixés : d’une part, faire des sorties extravéhiculaires dans l’Espace et faire des manœuvres pour permettre de réaliser un "rendez-vous spatial", appelé ainsi pour désigner la rencontre entre deux vaisseaux (comme ce fut le cas pour ramener Eagle dans Columbia le 21 juillet 1969). Pour cela, les Américains avaient lancé également une Agena, étage d’un lanceur servant à envoyer des satellites, pour effectuer un exercice d’amarrage, puis un autre amarrage avec une Agena lancée pour une mission précédente qui n’avait pas réussi et qui n’avait plus d’énergie. À l’occasion de cette mission, Michael Collins est sorti deux fois dans l’Espace pour réaliser quelques opérations techniques.

Pour Michael Collins, Apollo 11 fut sa dernière mission dans l’Espace. Il avait de quoi être satisfait d’avoir réalisé un doux rêve de l’humanité. Pour comparaison, Gagarine n’avait participé qu’à une seule mission, il était prévu éventuellement une seconde mission mais un accident mortel est venu l’en empêcher prématurément.

Le Président Richard Nixon s’était beaucoup impliqué dans cette mission Apollo 11 qui était stratégique d’un point de vue géopolitique, les États-Unis reprenaient leur leadership technologique face à l’URSS. Il est venu saluer les trois astronautes à leur arrivée le 24 juillet 1969 alors placés en quarantaine dans un caisson de confinement mobile. Nixon insista pour nommer Michael Collins à un poste de sous-ministre, Secrétaire d’État adjoint aux affaires publiques (qui dépend du Ministère des Affaires étrangères), poste qu’il a occupé du 7 janvier 1970 au 11 avril 1971 dans une période très troublée aux États-Unis par la guerre du Vietnam (notamment). Il n’y resta pas longtemps, remplacé par une personnalité plus politique, un ambassadeur.

Michael Collins, Buzz Aldrin et Neil Armstrong ont été officiellement honorés par les États-Unis par la remise de la médaille d’or du Congrès le 7 août 2009, qui est l’une des récompenses les plus grandes du pays. Ils l’ont reçue en même temps qu’un quatrième astronaute célèbre, John Glenn (1921-2016).

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La mort de Michael Collins a eu lieu quelques jours après le décollage du spationaute français Thomas Pesquet et de trois autres astronautes, deux Américains Robert Kimbrough et Megan MacArthur et un Japonais Akihiko Hoshide. Ils ont décollé au bord du Crew Dragon de SpaceX le 23 avril 2021 à 11 heures 49 (heure de Paris) et ils se sont amarrés à la station spatiale internationale (ISS) le 24 avril 2021 à 11 heures 10 (heure de Paris). Pour Thomas Pesquet qui prendra le commandement de l’ISS dans quelques semaines et qui reviendra sur Terre en octobre 2021, c’est la seconde mission spatiale. Il serait partant également pour participer à la mission que la NASA souhaite préparer pour renvoyer des humains sur le sol lunaire en 2024 (c’est demain !), étape avant d’envoyer des humains sur Mars. Le rêve continue…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michael Collins.
John Glenn.
Atterrissage de la navette Atlantis le 21 juillet 2011.
SpaceX en 2020.
Thomas Pesquet.
60 ans après Vostok 1.
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Evry Schatzman.
Le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Le syndrome de Hiroshima.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
La relativité générale.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210428-michael-collins.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/apollo-11-michael-collins-heros-un-232701

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/28/38944965.html







 

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20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 03:57

« Je conseille aux jeunes d’essayer beaucoup de choses différentes (…). Il faut tout tenter et, surtout, oser. Le plus grand mécanisme d’obstacle à la réussite est l’autocensure. » (Thomas Pesquet, "Le Monde" le 7 janvier 2019).




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S’il y a bien des héros des temps modernes à promouvoir dans notre société postmoderne, ce sont bien les astronautes, cosmonautes, spationautes. Ils ont pour cadre la planète et pas la nationa, au point même de rompre les manichéismes simplificateurs de la guerre froide (le premier de ces nouveaux héros fut le Soviétique Gagarine adulé en "Occident").

Pour le spationaute français Thomas Pesquet, cet héroïsme prend la marque d’une jeunesse qui semblerait figée dans une sorte d’intemporalité (alors qu’il a quand même maintenant 43 ans) et d’un talent médiatique incontestable. Un humble superhéros. Ce lundi 19 avril 2021, il a tenu une conférence de presse depuis Cap Canaveral, base de lancement aux États-Unis, pour dire au revoir aux Terriens. Il va en effet décoller le jeudi 22 avril 2021 à 12 heures 11 (heure de Paris) pour rejoindre la station spatiale internationale (l’ISS), où il va séjourner pendant six mois avant de revenir. Bien évidemment, comme ses trois compagnons d’équipage (deux Américains et un Japonais), il s’est fait vacciner contre le covid-19.

Les relations qu’il développe avec le grand public sont plus celles d’un champion sportif que d’un grand scientifique, les gens qui lui posaient des questions le tutoyaient naturellement, un tutoiement d’idole et de star.

Certes, il a de gros bras, il est un grand sportif (il le faut pour remplir ses missions), il a même rêvé, enfant, de devenir un nouveau Micheal Jordan, et quand il était jeune, il n’a cessé de faire du sport : judo (ceinture noire), basket, natation, plongée, rugby, parachutisme, alpinisme, voile, etc. : « Les sports collectifs, par exemple, apprennent à la fois la compétition et l’esprit d’équipe. Que fait-on si on est le plus nul de l’équipe ? Ou si, au contraire, on est le meilleur et on trouve que tous les autres ne sont pas assez bons ? Tous ces questionnements, un jeune va y être confronté dans sa vie active. Le sport individuel, lui, apprend le dépassement et la persévérance. ».

Mais Thomas Pesquet n’est pas qu’un grand sportif, il a développé de nombreuses autres qualités et compétences. Il aime aussi la musique (il joue du saxophone), il parle six langues (français, anglais, allemand, russe, mandarin et espagnol ; le russe et l’anglais sont les deux langues officielles de l’ISS), et il a suivi des études scientifiques longues. Il a été formé comme ingénieur en aéronautique à Toulouse (Sup’Aéro), puis a travaillé chez Thalès, puis au CNES (Centre national d’études spatiales), est devenu pilote de ligne, instructeur chez Air France, enfin, il a été sélectionné pour être un spationaute de l’Agence spatiale européenne (ESA) en mai 2009 : 6 candidats retenus pour 8 413 candidats ! Thomas Pesquet est le dixième spationaute français, après notamment Jean-Loup Chrétien, Patrick Baudry, Claudie Haigneré et Jean-François Clervoy.

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La sélection pour devenir spationaute, c’est plus strict que pour devenir énarque, polytechnicien ou normalien ! Thomas Pesquet est l’exemple typique de la réussite sociale par l’éducation, de la fameuse méritocratie républicaine. Petit-fils d’agriculteurs, fils d’enseignants, il n’a jamais eu aucun lien (ni sa famille) avec l’aéronautique et n’a pris la première fois l’avion qu’à l’âge de 20 ans : « Bien travailler à l’école, c’est une clef. Ce n’est pas la seule, bien sûr, mais c’est un vrai tremplin, un accélérateur social, j’en suis l’exemple premier. Je ne suis pas là pour faire la publicité de l’Éducation nationale, mais j’ai eu toutes ces ouvertures grâce au système éducatif. On ne travaille pas pour faire plaisir à ses professeurs ou à ses parents. On travaille pour se donner des chances. ».

Pour Thomas Pesquet, les qualités personnelles l’emportent sur le savoir académique pour être sélectionné par l’ESA : « On n’a pas besoin de cow-boy ou de héros pour la conquête spatiale, mais de gens qui savent travailler en équipe. Pour rester six mois dans la station spatiale internationale à gérer la promiscuité, les nombreuses tâches à réaliser et l’éloignement de chez soi, il faut être un joueur d’équipe. Il faut savoir s’entendre, communiquer, être aussi patient et calme. Ces qualités priment dans mon domaine, mais elles sont importantes dans tous les métiers. Ce n’est pas essentiel d’être le plus intelligent tout le temps. (…) L’équilibre mental est (…) clef, tout comme la capacité à s’adapter. Il s’agit de pouvoir rester soi-même en toutes circonstances. ».

Thomas Pesquet a suivi six années de formation, notamment à la Cité des étoiles, à Moscou, en Russie, où il a appris à piloter le vaisseau Soyouz, au centre spatial de la NASA à Houston, au Texas, ainsi qu’au centre spatial de Cologne, en Allemagne, où il a appris les instrumentations scientifiques et les bases de la médecine théorique et pratique. Sa première mission spatiale fut au bord du Soyouz MS-03 lancé au centre de Baïkonour, au Kazakhstan, le 17 novembre 2016. Il a rejoint la station spatiale internationale (l’ISS) le 19 novembre 2016 et y a séjourné pendant 196 jours. Sa première sortie hors de la station a eu lieu le 13 janvier 2017, une seconde le 24 mars 2017, avant de quitter l’ISS pour atterrir au Kazakhstan le 2 juin 2017.

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À son retour sur Terre, Thomas Pesquet, colonel de l’armée de l’air et de l’espace, a piloté l’Airbus A310 à Toulouse pour faire des vols paraboliques en 2018. Depuis son retour, il jouit d’une très grande popularité, considéré comme l’un des Français préférés par ses compatriotes (classé en quatrième place). Il a participé à beaucoup de projets culturels, des participations à des films, émissions de télévision, livres, bandes dessinées, musique, projets gastronomiques avec des grands chefs, événements sportifs. La raison ? Pendant son premier séjour à l’ISS, il a su garder contact avec la Terre sur des médias grand public (chroniques régulières à la télévision et à la radio), et, surtout, a partagé sa vie sur Internet, ainsi que ses dizaines de milliers de photographies personnelles qu’il a prises depuis l’ISS, en voulant montrer simplement la beauté de notre planète. C’est rare, un humain qui s’émerveille.

Un véritable phénomène de société ! Guillaumette Faure, dans "Le Monde" du 1er décembre 2017, pourrait même décrire une Pesquet-mania : « Sachez qu’il y a en France des gens qui se retrouvent par petits groupes pour dire du bien de Thomas Pesquet. Ils se donnent rendez-vous à Paris pour se redire à quel point il est modeste, gentil. "Et beau aussi", ce qui ne gâte rien. ».

Son vol du 22 avril 2021 est donc sa deuxième mission spatiale, annoncée le 22 janvier 2019 par la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal. La première était lancée grâce à la Russie, la deuxième grâce aux États-Unis, depuis Cap Canaveral, en Floride, dans un vaisseau privé Crew Dragon de SpaceX. Le spationaute a affirmé le 19 avril 2021 que piloter ce vaisseau, c’est comme conduire une voiture très moderne, guidée par GPS. En outre, au cours de la seconde moitié de son nouveau séjour à l’ISS, il sera le commandant de la station, à ce titre, le premier Français et le quatrième Européen à l’être.

Bonne chance à Thomas Pesquet pour son prochain voyage, et bravo à la France et l’Europe pour avoir su former un tel champion de l’Espace !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


(La plupart des citations proviennent de l’entretien accordé à Laure Belot et publié dans "Le Monde" le 7 janvier 2019).


Pour aller plus loin :
SpaceX en 2020.
Thomas Pesquet.
60 ans après Vostok 1.
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Evry Schatzman.
Le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Le syndrome de Hiroshima.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
La relativité générale.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210419-thomas-pesquet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/thomas-pesquet-bon-courage-au-232457

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/19/38930024.html




 

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22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 03:19

« Il s’agit d’un effort absolument majeur, qui témoigne avant tout de la volonté du gouvernement et du Président de la République, de faire de la France un des acteurs majeurs de ces technologies au niveau européen et international. » (Communiqué de l’Élysée, le 21 janvier 2021).


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Le Président Emmanuel Macron a visité l’Université Paris-Saclay ce jeudi 21 janvier 2021. Ce n’était pas son premier déplacement dans l’une des universités phares de la France, qui a compté déjà de nombreux Nobel de sciences dures et où sont regroupés de nombreux laboratoires de recherche contribuant à l’excellence scientifique française, pôle exceptionnel du Grand Paris en pleine ébullition avec la perspective de la ligne de métro 18 prévue pour 2026 (dans cinq ans seulement).

Emmanuel Macron a notamment rencontré des étudiants pour leur annoncer quelques mesures importantes visant à rendre aux étudiantes la crise sanitaire plus facile à vivre, tant socialement que psychologiquement (le repas au restaurant universitaire à 1 euro pour tous les étudiants, 20% de présentiel dans les établissements universitaires, création de chèque-psy pour ne pas avancer les frais de consultation d’un psychologue).

Dans sa volonté de ne pas faire seulement de la "gestion de crise covid-19" mais aussi des impulsions pour préparer l’avenir national, Emmanuel Macron a fait le déplacement également pour lancer ce qu’il a appelé la stratégie quantique de la France.

De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’investir massivement dans l’un des domaines scientifiques majeurs du XXIe siècle, à savoir l’informatique quantique. Je vais tenter en quelques trop courts mots d’expliquer très grossièrement l’enjeu.

Depuis l’apparition des ordinateurs (depuis la fin de la guerre et plus particulièrement à partir du début des années 1980 avec le développement des ordinateurs individuels, l’informatique se faisait avec le basique "bit" qui est un composant binaire : soit en position 0, soit en position 1. Toute la programmation et les calculs ne sont qu’une suite logique de bits.

En cinquante ans, les ordinateurs ont bénéficié d’énormes progrès, notamment de la science des matériaux, dans l’électronique, dans l’énergétique, etc. Toute personne âgée de plus 50 ans qui a pu toucher des ordinateurs dans les années 1980 ont pu voir le chemin parcouru : la taille des composants et des ordinateurs, leur rapidité, la capacité des mémoires (vive ou de stockage), tout s’est miniaturisé et s’est "purifié". Plus le matériau du composant est "pur", plus il augmente ses performances physico-chimiques. Plus les circuits imprimés sont fins, plus les équipements associés sont petits, ou à taille constante, plus ils sont puissants.

Beaucoup de technologies ont été développées notamment pour graver plus finement (laser, etc.). Mais on peut comprendre aisément qu’il va y avoir une limite matérielle irréductible : la taille des atomes  (on prévoyait qu’on atteindrait cette dimension en 2020, ce qui est un peu en avance sur la réalité). Actuellement, on en est à des couches d’une dizaine d’atomes. Il va donc être compliqué de renforcer la puissance des ordinateurs sans technologie disruptive, en restant dans l’informatique qu’on pourrait qualifier de classique.

Deux voies sont possibles pour lever ce verrou matériel, il y en a peut-être d’autres d’ailleurs. Le premier que je n’indique que par simple intérêt, c’est l’ordinateur biologique : l’utilisation de synapses ou même d’ADN pourrait contourner les limites de la matière en permettant de faire des opérations logiques complexes sur un "matériel biologique" plus compact que les simples matériaux utilisés jusqu’alors.

L’autre voie, très importante depuis une quarantaine d’années (proposée notamment par le célèbre Prix Nobel Richard Feynmann  en 1982), et renforcée depuis une vingtaine d’années, c’est l’ordinateur quantique.

Qu’est-ce que l’informatique quantique ? Eh bien, au lieu d’être constitué de "bits" qui ne peuvent dire que 0 ou 1, l’ordinateur quantique est constitué de "qubits", autrement dit, de "bits quantiques" qui auraient bien plus de possibilités qu’être 0 ou 1, il y aurait en fait une grande possibilité d’états probabilistes. En théorie, le qubit pourrait même transporter une infinité d’informations (une infinité de combinaisons), ce qui pourrait rendre un ordinateur doté de qubits des centaines de milliards de fois plus puissant que les ordinateurs actuels.

Un ordinateur quantique calcule de manière parallèle et pas séquentielle. Sur l’article sur le sujet, Wikipédia cite Thierry Breton. À l’époque, il était le patron d’Atos (une entreprise qui a beaucoup investi avec Bull et le CEA dans l’informatique quantique) et aussi le président de l’ANRT (Association nationale de la recherche et de la technologie). Il évoquait ce sujet passionnant sur France Culture le 27 juin 2017 en prenant un exemple pour servir son analogie. On cherche dans une salle de mille personnes celles qui mesurent plus de 1,80 mètre et qui savent parler anglais. L’ordinateur classique va interroger chaque personne succeessivement et leur poser les deux questions, mettre un oui ou un non aux deux colonnes (taille, anglais) et ensuite, il va sélectionner ceux qui ont deux oui. L’ordinateur quantique, lui, va juste interroger la salle en demandant que ceux qui mesurent plus de 1,80 mètre et qui parlent anglais lèvent la main. On a immédiatement l’information souhaitée. C’est un peu cela, l’informatique quantique, un traitement généralisé en parallèle, d’autres algorithmes plus futés pour réduire leur durée, mais aussi une base matérielle à effet quantique.

Bien entendu, c’est l’idée théorique, il y a énormément de technologies déployées pour réaliser un ordinateur quantique. On peut utiliser de nombreux effets, dont l’intrication quantique. Pour être en zone d’effet quantique, il faut se débarrasser la plupart du temps des agitations atomiques dues à la température et donc être proche du zéro absolu (0 Kelvin, soit –273,15°C). Cela nécessite donc un environnement industriel lourd (un liquéfacteur pour fournir en hélium liquide).

Gagner en puissance de calculs, c’est-à-dire en gros, faire en quelques secondes ce que nos ordinateurs actuels ne pourraient faire qu’en plusieurs milliards d’années, c’est nous ouvrir de très nombreuses portes sur le progrès : meilleure modélisation de la météo, reconnaissance vocale, fonctionnement de l’univers, modélisation moléculaire plus complexe que la simple molécule de dihydrogène, et même, puisqu’on est en pleine pandémie, découverte de nouveaux médicaments.

Mais il y a aussi des inconvénients, car cette puissance de calculs peut aussi servir le "mal" et pas seulement le "bien" : les protections sur les transactions bancaires, sur les processus nucléaires, etc. pourraient être facilement détruites avec ces ordinateurs quantiques. Parallèlement au développement de cette nouvelle génération d’ordinateurs, il faut donc développer ce qu’on appelle la cryptographie quantique.

La France compte des laboratoires d’excellence dans ce domaine, en particulier à Paris-Saclay et à Grenoble. Le physicien français Serge Haroche a même reçu le Prix Nobel de Physique en 2012 sur ce sujet (avec son collègue américain David Wineland).

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Emmanuel Macron, peut-être par sa génération, mais pas par sa formation, est sans doute le Président de la République qui a le mieux compris les enjeux des hautes technologies. On l’a vu pour le développement des vaccins : ce n’est plus des grands groupes, comme dans les années 1960 et 1970, qui arrivent le mieux et le plus rapidement à sortir une technologie nouvelle, ce sont d’abord des petites structures, des start-up, qui ensuite s’associent à des groupes industriels pour leur phase de production.

À Paris-Saclay, le Président de la République a d’abord rappelé les mesures pour doper la recherche scientifique depuis 2017 : la loi de programmation pour la recherche (c’est sans précédent, et j’espère que cette loi sera renouvelée par les majorités suivantes), le programme d’investissements d’avenir, le plan France Relance, et enfin, le plan sur l’intelligence artificielle lancé à la suite du rapport remis le 29 mars 2018 par le député et mathématicien Cédric Villani.

Le plan quantique a pour objectif de mettre à la disposition des chercheurs, des start-up et des industriels, de nouveaux moyens dont la formation, de développer l’informatique quantique et d’investir massivement dans les technologies associées : communications, capteurs et cryptographie.

D’un point de vue financier, Emmanuel Macron a posé 1,8 milliard d’euros sur cinq ans, dont 1,050 milliard d’euros provenant pour moitié de l’État (programme d’investissements d’avenir) et pour moitié d’établissements affiliés (CEA, CNRS, INRIA), 200 millions d’euros de crédits européens et 550 millions d’euros du secteur privé (c’est un classique du genre qu’un représentant de l’État annonce un financement avec une partie qui ne vient pas du secteur public, donc, qu’il n’a pas).

Si on reste en dépenses publiques, cela signifie que la France va passer en rythme annuel de 60 millions d’euros à 200 millions d’euros, soit plus du triple, ce qui n’est pas négligeable, même si cela ne correspond qu’à une grosse moitié des dépenses publiques américaines (400 millions de dollars). Ces dotations placeront la France en troisième position d’investisseur public sur le quantique derrière les États-Unis et la Chine. Pour avoir une petite idée de l’évolution dans le temps, en 2005, seulement 75 millions d’euros avaient été consacrés en dépenses publiques aux États-Unis pour le quantique, 25 millions d’euros au Japon, 12 millions d’euros au Canada, 8 millions d’euros en Europe et 6 millions d’euros en Australie.

Cette enveloppe budgétaire permettra de financer notamment une centaine de bourses de thèse, une cinquantaine de bourses post-doctorales, et le recrutement d’une dizaine d’excellents chercheurs étrangers en séjour pendant une année dans un laboratoire français.





La répartition du 1,8 milliard d’euros selon les secteurs est le suivant : 350 millions d’euros pour les simulateurs quantiques, 430 millions d’euros pour les prototypes d’ordinateur quantique, 150 millions d’euros pour la cryptographie post-quantique, 250 millions d’euros pour les capteurs quantiques, 320 millions d’euros pour les communications quantiques. Le reste est consacré aux technologies à développer pour construire des machines quantiques comme 300 millions d’euros pour la cryogénie. Le quantique, c’est en effet, avant tout, l’étude de l’ultra-froid et de l’infiniment petit. Hypermétropes frileux s’abstenir !

Ce qui a été bien compris par le gouvernement, au-delà du besoin en investissements sonnants et trébuchants, c’est l’important d’une synergie complète entre les grands laboratoires universitaires ou issus de grands organismes publics, des industries, les start-up et les grandes entreprises, sans oublier, essentielles, les relations internationales qui oscillent toujours entre coopération et concurrence.

C’est donc très heureux qu’avec ce plan quantique, la France, fort de son potentiel très fort de recherche, se donne les moyens de se placer parmi les grands leaders mondiaux d’un des domaines essentiels à horizon 2030 voire 2050. On aura peut-être oublié qui a pris cette décision, mais on n’oubliera pas qu’elle a été prise…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
1,8 milliard d’euros pour le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Bill Gates.
Benoît Mandelbrot.
Le syndrome de Hiroshima.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Pierre Teilhard de Chardin.
Jacques Testart.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Peter Higgs.
Léonard de Vinci.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
Max Planck.
Georg Cantor.
Jean d’Alembert.
David Bohm.
Marie Curie.
Jacques Friedel.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
Olivier Costa de Beauregard.
Alain Aspect.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210121-strategie-quantique.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/paris-saclay-la-strategie-230377

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/01/21/38772765.html







 

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 03:36

« La peur est notre émotion la plus profonde et la plus forte, et celle qui se prête d’elle-même à la création d’illusions défiant la nature. » (Howard Lovecraft, 1937).


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Nous avons eu la catastrophe nucléaire de Tchernobyl le 26 avril 1986. Nous avons eu les deux Tours infernales avec les attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001. Nous avons eu le tsunami géant dans l’Océan Indien le 26 décembre 2004. Nous avons eu la catastrophe nucléaire de Fukushima le 11 mars 2011. Nous avons la pandémie de covid-19 qui mobilise l’attention de l’ensemble des pays et des peuples du monde depuis janvier 2020. Aurons-nous ce lundi 2 novembre 2020 une nouvelle catastrophe planétaire, le choc d’un astéroïde contre notre bonne vieille Terre ?

Le 31 octobre 2020, pleine lune pour Halloween dont les enfants sont privés de défilé pour cause de reconfinement. Le 1er novembre 2020, c’est la Toussaint. Pour les chrétiens, ce n’est pas la fête des morts mais la fête des vivants, la fête de tous les saints. Le gouvernement a exceptionnellement accepté qu’il y ait des messes à cette occasion. Le 2 novembre 2020, c’est la journée des défunts. Enfin, le lendemain, c’est l’élection présidentielle aux États-Unis.

Cette journée des défunts est particulière cette année. D’abord, à cause de la forte mortalité du covid-19. Le monde est éprouvé, avec près de 1,2 million de décès depuis le début de la pandémie, et hélas, tout laisse entendre que ce qu’on appelle la "seconde vague" sera bien plus meurtrière que la première vague du printemps dernier parce que les mois qui viennent vont être froid dans l’hémisphère nord. La France hélas, a été particulièrement touchée par le coronavirus SARS-Cov-2 (plus de 36 000 décès) au point de devoir subir un deuxième confinement après l’explosion vertigineuse du nombre de malades nécessitant une assistance respiratoire depuis quelques semaines.

Depuis le début de l’été 2020, la pandémie ne suffit plus à cauchemarder : le Web bruisse en inquiétudes diverses et variées sur ce lundi 2 novembre 2020. Non, pas à cause de la rentrée scolaire (une vraie rentrée scolaire malgré le confinement) mais à cause d’un astéroïde détecté il y a deux ans et qui s’approche vertigineusement de notre planète Terre.

Effectivement, et c’est très "fréquent", des astéroïdes peuvent s’approcher de la Terre dans leur trajectoire spatiale, dans leur "petit" tour galactique. L’hypothèse bien documentée d’une chute d’un astre extraterrestre sur la Terre pour expliquer la disparition des dinosaures il y a 65 millions d’années peut expliquer cette nouvelle peur du XXIsiècle.

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A contrario, c’est normal aussi d’avoir quelques réticences à croire aux premières rumeurs venues de l’Internet quand on évoque la fin du monde. Les Philippulus (du nom du prédicateur de malheur de "L’Étoile mystérieuse", dans les Aventures de Tintin de Hergé) sont nombreux et je me souviens de la crainte stupide du 21 décembre 2012 sous prétexte que les Mayas n’auraient pas continué leur calendrier. Comme si, ici et maintenant, nous allions subir le même sort de fin du monde le 31 décembre de chaque année sous prétexte que nos calendriers s’arrêtent le 31 décembre, raisonnement identique en poussant jusqu’au 30 juin suivant pour les calendriers scolaires (je n’ai pas dit solaires).

D’ailleurs, pour les amateurs de coïncidences, parmi les connaissances de la civilisation maya, il y a un site archéologique au Guatemala qui a été découvert en 1996 et qui a été appelé, cela ne peut pas s’inventer, "Corona" (à ceux, crédules, qui pensent que le covid-19 était connu dès 2004 simplement parce qu’il y a des publications scientifiques et des brevets qui parlent de coronavirus, mais ce n’était pas le même, on pourrait affirmer que c’était même connu bien avant !).

Revenons plus sérieusement à notre astéroïde du 2 novembre 2020. Découvert le 3 novembre 2018 lors de son dernier passage (premier passage observé), il s’appelle 2018 VP1 et son diamètre ne mesure qu’environ 2 mètres. Cela a suffi à de nombreuses personnes pour exprimer leur peur, jusqu’à construire des bunkers (on imagine que si cela avait fait disparaître une espèce aussi costaude que les dinosaures, le moindre bunker aurait été détruit dès le début de l’impact), ou à s’inscrire à des stages de survivalisme (mais là, on serait plutôt dans le recrutement pour sectes).

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Selon Jonti Horner, professeur d’astrophysique à l’Université du Queensland du Sud en Australie, l’astéroïde a été observé vingt et une fois en treize jours, ce qui a permis de placer treize points sur une trajectoire que les chercheurs ont donc pu modéliser avec une certaine précision.

Pour rassurer tous les Terriens, la NASA a publié un tweet le 23 août 2020 qui n’a fait que confirmer, pour certains internautes, le risque d’une collision : « Asteroid 2018 VP1 is very small, approx. 6.5 feet, and poses no threat to Earth! It currently has a 0.41% chance of entering our planet’s atmosphere, but if it did, it would disintegrate due to its extremely small size. ». Selon ces explications de NASA Asteroid Watch (le service de surveillance des géocroiseurs de la NASA), il n’y a donc (je traduis) que 0,41% chance que l’astéroïde atteigne l’atmosphère terrestre, et quand bien même l’atteindrait-elle que ce ne serait pas très grave puisque l’astre serait désintégré avant même d’atterrir au sol terrestre.

On se souvient d’ailleurs de la chute d’une météorite le 15 février 2013 dans le ciel de la ville russe de Tcheliabinsk, dans l’Oural ; l’astre avait un diamètre d’environ 19 mètres (beaucoup plus gros que 2018 VP1) et n’avait été détecté par aucun radar, ce qui a produit une énorme explosion à quelques dizaines de kilomètres au-dessus du sol et provoqué de gros dégâts et surtout, a blessé plus de 1 000 personnes. L’explosion a libéré une énergie équivalente à trente fois celle de la bombe nucléaire qui a détruit à Hiroshima.

Pour ce lundi 2 novembre 2020, il sera impossible de prédire à quel endroit exact du Globe le 2018 VP1 va "frôler" la Terre, ni à quelle heure, mais les calculs (qui peuvent se tromper) ont montré que l’astéroïde passerait a priori à 3,7 millions de kilomètres de la Terre, soit (très grossièrement) environ 10 fois la distance entre la Terre et la Lune. Dans les calculs, la distance minimale potentielle du passage de 2018 VP1 serait de 1 300 kilomètres de la surface terrestre, et dans ce pire scénario, l’astre resterait trop petit pour provoquer des dégâts.

Trois raisons donc de ne pas s’inquiéter : 1° l’astéroïde va passer trop loin de la Terre pour avoir un effet ; 2° dans le cas où il s’écraserait quand même contre la Terre, il serait détruit avant même d’arriver au sol ; 3° et même dans le cas où il ne serait pas détruit, il y aurait encore peu de chance qu’il tombe sur une zone habitée, puisque au moins 71% de la surface de la Terre est recouverte d’océans (sans compter les montagnes, les forêts et les déserts).

Du reste, des passages d’astéroïde à proximité de la Terre ne sont pas nouveaux dans l’histoire spatiale et en raison de la finesse des instruments d’observation et également des programmes d’observation et de surveillance, on les repère désormais plus nombreux ces dernières années, même si on ne les repère pas tous. Ainsi, selon le programme de surveillance des géocroiseurs de la NASA, on peut détecter plus de 90% des astres de diamètre supérieur à 1 kilomètre, mais seulement 25% lorsque le diamètre est compris entre 140 mètres et 1 kilomètre.

Ainsi, le 13 novembre 2019, l’astéroïde 2002 NT7 d’un diamètre de près de 2 kilomètres est passé à 61 millions de kilomètres de la Terre, soit quasiment la distance entre la Terre et Mars en été 2018 (distance certes exceptionnelle). Notons cependant que la collision d’un astéroïde d’une telle taille avec la Terre serait une véritable catastrophe, capable de détruire un continent et de provoquer un changement climatique global. (Qu’avez-vous fait le 13 novembre 2019 ?).

Le passage d’un astre le plus proche de la Terre a eu lieu le 16 août 2020 à 6 heures 08 (heure de Paris) avec l’astéroïde 2020 QG qui est passé à moins de 3 000 kilomètres de la Terre (2 950 exactement) au-dessus de l’Océan Indien et pas très loin de l’Antarctique. Tony Dunn a tweeté le lendemain, 17 août 2020 : « Newly-discovered asteroid ZTF0DxQ passed less than 1/4 Earth diameter yesterday, making it the closest-known flyby that didn’t hit our planet. ». (Qu’avez-vous fait le 16 août 2020 ?). D’un diamètre compris entre 2 et 6 mètres et d’une vitesse de 12,3 kilomètres par seconde (soit plus de 44 000 kilomètres par heure), cet astéroïde ne présentait pourtant aucun danger pour la vie humaine car en cas de collision, il se serait désintégré en pénétrant dans l’atmosphère terrestre.

Donc, don’t worry !!
(et bonne Toussaint).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 octobre 2020)
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Pour aller plus loin :
Apocalypse à la Toussaint ?
Bill Gates.
Benoît Mandelbrot.
Le syndrome de Hiroshima.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Pierre Teilhard de Chardin.
Jacques Testart.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Peter Higgs.
Léonard de Vinci.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
Max Planck.
Georg Cantor.
Jean d’Alembert.
David Bohm.
Marie Curie.
Jacques Friedel.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
Olivier Costa de Beauregard.
Alain Aspect.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201102-asteroide-terre.html

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 03:05

« Dans un monde toujours plus complexe, les scientifiques ont besoin de deux outils : des images aussi bien que des nombres, de la vision géométrique aussi bien que de la vision analytique. » (Benoît Mandelbrot et Richard L. Hudson, "Une approche fractale des marchés", éd. Odile Jacob, 2005).



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Le grand mathématicien Benoît Mandelbrot est mort il y a dix ans, le 14 octobre 2010, à Cambridge dans le Massachusetts (États-Unis), terrassé par la maladie à presque 86 ans (né le 20 novembre 1924 à Varsovie). Couvert de distinctions et de récompenses internationales prestigieuses, il est l’un des scientifiques français les plus importants dans la seconde moitié du Vingtième siècle, mais il est allé faire ses recherches …principalement aux États-Unis, pays plus facile pour aller le plus loin possible dans la science, comme, du reste, la nouvelle Prix Nobel de Chimie française (2020).

Le 24 septembre 2010 sur Arte, était diffusé un documentaire fort intéressant sur la géométrie intitulé "Fractales, à la recherche de la dimension perdue" (réalisé par Bill Jersey et Michael Schwarz). Et dans ce film, on y parlait d’un des objets mathématiques les plus intéressants récemment inventés : les fractales. Parmi les plus jolies figures, il y avait l’ensemble de Mandelbrot, qui a pour particularité de se reproduire toujours avec la même figure quand on la zoome en permanence (c'est l'effet d'autosimilarité). Un peu à l’instar de l’ADN qui reproduit l’un et le tout dans chaque organe.

Cette figure a été obtenue pour la première fois le 1er mars 1980 dans un laboratoire d’IBM à New York. La figure est d’autant plus connue qu’elle a été adoptée par beaucoup de monde, des chanteurs, des publicitaires, etc.

La figure :

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Un point de zoom de cette figure :

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Des zooms de zooms :

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(Ces trois figures proviennent de Wikipédia).


L’animation sur Wikipédia résume assez bien ce concept homothétique : cliquer ici.

L’équation de la figure est assez simple et représente l’ensemble des nombres complexes c tels que la suite de nombres complexes définie ainsi :

z(0) = 0
z(n+1) = z(n)2 + c, c étant un nombre complexe constant.

Le 2 après z(n) correspond au carré, je le précise dans le cas où sa mise en forme comme exposant n’aurait pas été prise en compte.

…tels que cette suite, donc, présente un module borné, c’est-à-dire tels que si l’on fait tendre n vers l’infini, le module de la suite z(n) ne s’enflamme pas vers l’infini.

On peut aussi définir d’autres ensembles en considérant non pas au carré mais à la puissance p le terme z(n) ou encore en considérant c non pas comme un nombre complexe mais un nombre plus large (de dimension quatre, par exemple, un quaternion).

Ces ensembles de Mandelbrot sont le développement particulier d’autres fractales inventées en 1918 par le mathématicien français Gaston Julia (1893-1978) appelées ensembles de Julia.

L’ensemble de Julia est l’ensemble des complexes z(0) (qui peuvent être non nuls) pour lesquels le module de la suite z(n) est borné. L’ensemble de Mandelbrot donne tous les paramètres c de la famille des ensembles de Julia qui sont connexes (c’est-à-dire, qui sont des figures "d’un seul morceau").

On peut voir la relation entre les deux familles d’ensembles (Mandelbrot et Julia) en téléchargeant cette publication de Lei Tan : "Similarity between the Mandelbrot set and Julia sets" (1990).

À quoi cela sert-il ? Cela sert surtout à mettre une représentation mathématique sur les fluctuations. Et là, il y a beaucoup d’applications, de la forme des poumons aux prévisions financières en passant par l’hydrologie, le contour du littoral et même la structure des récits. Certains les ont utilisées aussi la communication sans fil, la miniaturisation des antennes de télécommunications, la cartographie, la lutte contre le cancer, la lutte contre le réchauffement climatique, etc. L’informaticien Loren Carpenter s’en est aussi inspiré pour la première séquence de cinéma en images de synthèse (dans "Star Trek II" sorti aux États-Unis le 4 juin 1982).

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L’inventeur de ces ensembles, c’est justement ce mathématicien Benoît Mandelbrot. D’origine polonaise et basé à la fois aux États-Unis et en France, il a été l’un de grands mathématiciens de notre époque malgré la faible reconnaissance qu’il a eue. Neveu d’un professeur au Collège de France, il fut polytechnicien (après une préparation dans le prestigieux lycée du Parc à Lyon), et quitta la France pour les États-Unis afin d’avoir plus de liberté de réflexion. Il fut professeur à Yale et au CNAM, alternant des périodes américaines et françaises.

Son idée créatrice, c’était de se focaliser sur les fluctuations aléatoires des phénomènes, rarement prises en compte par les scientifiques. René Thom (qui a développé la théorie du chaos) travailla également sur ce sujet (ainsi que le physicien quantique Léon Brillouin qui s’est intéressé à la théorie de l’information et a fait, à la suite d’une livre en 1964, une grande publicité à Mandelbrot qui devint célèbre aux États-Unis ; Brillouin, lui aussi, fut d’ailleurs un Français peu reconnu qui préféra émigrer aux États-Unis).

C’est Benoît Mandelbrot qui a inventé le mot même de fractale en 1974 pour désigner une figure géométrique qui se répète par homothétie interne (du latin "fractus" qui signifie "irrégulier", "brisé").

Dans une interview au journal "Le Monde" du 18 octobre 2009, de passage à Paris pour l’excellent film documentaire "Fractales, à la recherche de la dimension cachée" (cité plus haut), Benoît Mandelbrot insistait lourdement sur l’absence de démarche scientifique des milieux financiers (il avait déjà alerté dès 1964 et encore en 2005 avec son livre "Une approche fractale des marchés", éd. Odile Jacob, cité plus haut aussi).

Pour lui, tout est parti d’une théorie mathématique trop simpliste et vieille de 1900 : « Cette théorie ne prend pas en compte les changements de prix instantanés qui sont pourtant la règle en économie. Elle met des informations sous le tapis. Ce qui fausse les moyennes. Cette théorie affirme donc qu’elle ne fait prendre que des risques infimes, ce qui est faux. Il était inévitable que des choses très graves se produisent. Les catastrophes financières sont souvent dues à des phénomènes très visibles, mais que les experts n’ont pas voulu voir. Sous le tapis, on met l’explosif ! ».

Avec les nombreux nouveaux produits financiers, très sophistiqués, les financiers n’ont pas su prendre la mesure exacte du risque à long terme qu’il faisait prendre à leur banque ou à leurs clients. Pendant de nombreuses années, Benoît Mandelbrot demandait aux patrons des banques qu’il rencontrait régulièrement de recruter des chercheurs pour faire des mathématiques fondamentales. Non seulement il n’a pas été écouté mais les docteurs qu’il avait formés le reniaient également pour réussir leur carrière dans la finance !

Benoît Mandelbrot était en train de rédiger son autobiographie, pour raconter une existence finalement pas si éloignée de celle d’un Georges Charpak, quand la grande faucheuse est venue lui couper l’herbe sous les pieds… à grands coups de fractales.















Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Publication : Tan, Lei. "Similarity between the Mandelbrot set and Julia sets". Comm. Math. Phys. 134 (1990), no 3, 587-617.
Benoît Mandelbrot.
Le syndrome de Hiroshima.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Pierre Teilhard de Chardin.
Jacques Testart.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Peter Higgs.
Léonard de Vinci.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
Max Planck.
Georg Cantor.
Jean d’Alembert.
David Bohm.
Marie Curie.
Jacques Friedel.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
Olivier Costa de Beauregard.
Alain Aspect.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201014-benoit-mandelbrot.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/les-fractales-explosives-de-benoit-227779

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/12/38586972.html


 

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 01:14

(vidéo)

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200903-castex.html



Discours du Président de la République Emmanuel Macron le 14 septembre 2020 à l'Élysée pour la French Touch





Emmanuel Macron, le 14 septembre 2020 à l'Éysée, Paris.

Source : elysee.fr
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200914-discours-macron.html




 

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 03:00

« La force d’où le Soleil tire sa puissance a été lâchée contre ceux qui ont déclenché la guerre en Asie. (…) Si [les dirigeants japonais] n’acceptent pas maintenant nos conditions, ils doivent s’attendre à un déluge de destructions comme il n’en a jamais été vu de semblable sur cette Terre. Après cette attaque aérienne suivront des forces marines et terrestres en nombre et en puissance telles qu’ils n’en ont jamais vues et avec les aptitudes au combat dont ils sont déjà bien conscients. » (Harry Truman, le 6 août 1945 à Washington).


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Il y a 75 ans, le 6 août 1945 à 8 heures 16 (heure locale), la première bombe nucléaire, larguée par un bombardier américain, a éclaté au centre de la ville japonaise de Hiroshima (350 000 habitants), à environ 600 mètres d’altitude. 75 000 personnes furent tuées sur le coup, au total, près de 170 000 auraient péri. La bombe, appelée "Little Boy", a dissipé l’énergie de l’équivalent de 15 000 tonnes de TNT, soit environ 63 milliards de joules. Une seconde bombe nucléaire, appelée "Fat Man", a été larguée à Nagasaki (200 000 habitants) le 9 août 1945 vers 11 heures et elle a explosé à 500 mètres d’altitude, provoquant la mort de 80 000 personnes et la formation d’une colonne de fumée de 18 kilomètres de hauteur. La bombe de Nagasaki avait une puissance de 20 000 tonnes de TNT et a ciblé des infrastructures militaro-industrielles.

L’explosion des deux bombes nucléaires, les deux seules employées de l’histoire du monde hors essais nucléaires, fut le résultat du rejet de l’ultimatum du 26 juillet 1945 prévu par la Conférence de Potsdam qui a réuni, du 17 juillet au 2 août 1945, les trois chefs d’État vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, Staline (URSS), Harry Truman (USA) et Winston Churchill, remplacé ensuite par Clement Attlee (UK). Staline profita de la désorganisation du Japon pour envahir la Mandchourie le 9 août 1945.

Incontestablement, l’explosion des deux bombes nucléaires par l’armée américaine sur les nombreux habitants de deux grandes villes japonaises fut l’une des deux innovations les plus cruelles de la Seconde Guerre mondiale, au point de bouleverser complètement tant la pensée militaire et internationale que la philosophie sur le mal chez les humains. L’autre sinistre innovation, ce fut la Shoah où 6 millions de Juifs furent déportés et massacrés d’une manière quasi-industrielle. À ma connaissance, aucun complotiste n’a encore nié l’explosion de ces deux bombes nucléaires.

Le débat ne me paraît pas clos sur la nécessité de faire exploser ces deux bombes, et en particulier la seconde, à Nagasaki. Les États-Unis, en s’en prenant aux populations civiles, savaient qu’ils commettaient un crime contre des centaines de milliers de personnes innocentes. Ces bombardements ont été réalisés dans un contexte très difficile où le Japon refusait de capituler (il ne le fit que le 2 septembre 1945), et l’armée américaine a pilonné de nombreuses villes japonaises, faisant selon certains un million de victimes. Ce contexte peut-il relativiser l’horreur des explosions nucléaires ? Sûrement pas, car elles ont montré une efficacité économique et technique particulièrement redoutable.

Qu’y avait-il dans la tête du Président Harry Truman lorsqu’il a ordonné le largage de ces deux bombes ? Une chose qui semble à peu près établie est que la motivation première ne semblait pas grand-chose à voir avec la capitulation japonaise, mais plutôt avec une démonstration de force pour marquer les esprits, et ils ont été marqués, sur la puissance redoutable de l’arme nucléaire et l’avantage militaire décisif des États-Unis qui l’avaient développée.

Pendant plus d’une quarantaine d’années, le monde a donc vécu dans cette guerre froide synonyme d’équilibre de la terreur, avec le risque du déclenchement d’une guerre thermonucléaire massive. Au fur et à mesure des développements technologiques, cinq grandes nations ont acquis la bombe nucléaire : les États-Unis, l’URSS (maintenant la Russie), la France, le Royaume-Uni et la Chine. À eux doivent être ajoutés Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, qui se sont invités à la table nucléaire, tandis que l’Afrique du Sud y a renoncé et que l’Iran officiellement aussi.

Comme tous mes contemporains, je suis né dans ce monde terrible de la dissuasion nucléaire où le moindre faux-pas diplomatique pourrait faire plonger la planète dans un effroyable chaudron nucléaire. Deux dates furent particulièrement tendues, que je ne détaillerais pas : la crise des missiles soviétiques à Cuba en 1962 (John Kennedy et Nikita Khrouchtchev), et la crise des missiles américains en Allemagne fédérale en 1983 (Ronald Reagan et Youri Andropov). Le Président américain avait alors obtenu le soutien précieux de la France avec cette formule devenue célèbre de François Mitterrand le 12 octobre 1983 à Bruxelles, lors d’un dîner officiel avec le roi des Belges : « Je suis, moi aussi, contre les euromissiles. Seulement, je constate des choses tout à fait simples. Dans le débat actuel, le pacifisme, et tout ce qu’il recouvre, il est à l’Ouest et les euromissiles, ils sont à l’Est. Et je pense qu’il s’agit là d’un rapport inégal. ».

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Enfant, comme tous les autres enfants, j’ai donc vécu sous cette psychose de la dissuasion nucléaire et du risque d’une destruction totale de la planète Terre. Avec tout le stock de bombes, avec leurs ogives nucléaires, il y aurait de faire exploser plusieurs fois la Terre. En 2018, il y aurait eu apparemment dans le monde un stock total de 14 000 têtes nucléaires (diversifiées), selon la Federation of American Scientists. Depuis la fin de la guerre froide, les stocks se réduisent (ne serait-ce parce que cela coûte très cher de maintenir opérationnelles toutes les têtes), plusieurs traités internationaux ont organisé le démantèlement de nombreuses armes nucléaires. Au plus fort de la guerre froide, dans les années 1980, il devait y avoir autour de 70 000 têtes nucléaires.








Cette psychose qui semble aujourd’hui s’éloigner peu à peu, malgré l’Iran, malgré la Corée du Nord, malgré l’Inde et le Pakistan (l’angoisse serait plutôt pour des attentats nucléaires, même si depuis la chute de l’URSS, aucune ogive nucléaire n’a encore servi à des fins terroristes), m’a paru, au fil de ma maturité et de mes connaissances, de plus en plus absurde.

En fait, je pense qu’il y a un côté hyperprétentieux de l’être humain (son côté prométhéen) de croire qu’il peut dévaster lui-même une planète comme la Terre. Planète d’une masse d’environ 6 x10(puissance 24) kg (c’est ainsi que je noterai les puissances de 10 pour être sûr d’être compris avec toutes les typographies), d’un rayon d’environ 6 400 km. C’est un objet gigantesque, on a beau être 7,8 milliards d’êtres, on a beau être intelligents, technologues, scientifiques, industriels, finalement, à l’échelle planétaire, on ne vaut pas grand-chose, et la crise du covid-19 nous le rappelle d’ailleurs amèrement, un petit bout d’ARN de rien du tout (mais particulièrement mortel) est capable de faire arrêter de tourner le monde humain pendant de nombreux mois.

Alors, j’ai essayé de faire un petit calcul (qui vaut ce qui vaut) pour savoir si nous, humains évolués (évolués dans le sens prométhéen du terme), nous sommes vraiment capables de faire exploser la Terre par nos propres bêtises. Il faut donc faire deux calculs. Celui des forces dont nous disposons, et celui des forces dont nous devons avoir besoin. J’écris force mais il faut bien sûr penser énergie.

Le premier calcul est le plus simple. Bien sûr, l’arme nucléaire paraît la meilleure méthode. Alors, pour tenter de majorer les forces dont nous disposons, prenons le stock maximal dont nous avons disposé dans l’histoire du monde, à savoir 70 000 têtes nucléaires (en vérité, il n’y a plus que le cinquième). L’idée est de majorer. Comme ces têtes étaient diverses et variées, voyons grand et considérons que chaque tête correspond à la puissance de la bombe nucléaire la plus puissante que l’homme a pu développer, c’est-à-dire la Tsar Bomba (dite "Gros Ivan"), développée par l’URSS et qui a explosé le 30 octobre 1961 à 11 heures 32 (heure locale) en Nouvelle-Zemble, dissipant l’équivalent de 57 millions de tonnes de TNT, provoquant un champignon de fumée de 64 km de hauteur et de 40 km de diamètre, visible à plus de 1 000 km !

Une telle bombe a dissipé l’énergie d’environ 2,4 x10(puissance 14) joules. Si l’on admet qu’on aurait pu en disposer de 70 000 (ce qui est très loin d’avoir été le cas, en moyenne, une bombe H fait plutôt "seulement" l’équivalent d’une mégatonne de TNT, presque deux ordres de grandeur de moins), cela aurait apporté un potentiel d’énergie de 1,7 x10(puissance 19) joules.

Le second calcul est plus compliqué, à savoir quelle serait l’énergie minimale (ici, il faut la minorer) pour pouvoir faire exploser la planète Terre ? Il faut en fait prendre en compte l’énergie gravitationnelle (énergie potentielle de gravitation) et éventuellement, l’énergie des morceaux de Terre qui s’en éloigneraient avec une certaine vitesse, suffisante pour dépasser l’attraction gravitationnelle de la Terre. La vitesse de libération est à peu près égale à 10 000 km/s (un peu plus en fait, mais je minore l’énergie). Il faut faire une intégrale puisque la masse varie (diminue) à mesure que la planète explose (que le rayon diminue).

Bon, pour ce calcul, j’ai fait un calcul qui s’approchait bien mais ici, je ne vais pas me mouiller et je vais reprendre plus simplement l’estimation d’un spécialiste : dans un article sur Futura-Science publié le 5 mars 2020, l’astrophysicien Roland Lehoucq, qui travaille au CEA de Saclay, a proposé : « Pour détruire une planète, il faut dépenser une énergie suffisante pour compenser l’énergie gravitationnelle qui lie sa matière. Pour une planète semblable à la Terre, l’énergie nécessaire est tout à fait considérable. Elle correspond à celle que rayonne la totalité du Soleil durant six jours. Et cette valeur gigantesque n’est qu’un minimum car, dans cette hypothèse, les débris de la planète se répandront dans l’Espace à une vitesse proche d’une dizaine de kilomètres par seconde. ».

Dans son site créé le 14 mars 2001 chez Free, Jacques Ardissone, professeur agrégé de sciences physiques, s’est amusé à faire le calcul de la durée de vie du Soleil, dont l’activité est la fusion d’hydrogène en hélium. Dans ses calculs, il a donc utilisé la puissance du Soleil qu’on peut évaluer à 4 x10(puissance 26) watts, soit le Soleil rayonne une énergie de 4 x10(puissance 26) joules à chaque seconde (par seconde). En reprenant les deux informations, cela donne, pour six jours de rayonnement solaire, l’énergie minimale nécessaire à faire exploser la Terre, soit 2,1 x10(puissance 32) joules. En fait, la valeur plutôt admise serait de 2,4 x10(puissance 32) joules (7 jours de rayonnement solaire), ce qui reste le même ordre de grandeur.





On peut donc comparer les deux résultats approximatifs : l’énergie largement majorée dont nous aurions disposé il y a une quarantaine d’années soit 1,7 x10(puissance 19) joules, mais il faudrait en fait réduire d’un ou de deux ordres de grandeur (au moins, car j’ai beaucoup majoré) et l’énergie minorée pour faire exploser la Terre, soit 2,1 x10(puissance 32) joules.

Il y a entre les deux valeurs un rapport de 10 millions de milliards, il faudrait à mon sens dire plutôt 100 ou 1 000 millions de milliards en ordre de grandeur. Donc, même dans le "meilleur" cas d’énergie, l’être humain n’aurait pas été en mesure de faire exploser sa planète Terre. Toutes les idées selon lesquelles nous pourrions le faire sont donc nécessairement fausses : nous sommes beaucoup trop peu outillés pour cela, et c’est tant mieux.

Si l’on veut aussi faire quelques comparaisons, on peut aussi dire que le tremblement de terre dans l’océan Indien du 26 décembre 2004 a dégagé une énergie de 2 x10(puissance 18) joules. Ou encore que pour faire exploser la Terre, il faudrait la même énergie que 3,3 millions de milliards de milliards de bombes de Hiroshima !

Une fois constaté cela, attention, je n’ai pas écrit plus : je n’ai pas écrit que l’être humain ne serait pas capable de détruire sa propre espèce, sa propre humanité. Il est à peu près clair que si les 70 000 têtes nucléaires dont nous disposions dans les années 1980 ou seulement les 14 000 têtes nucléaires dont nous disposons aujourd’hui explosaient chacune à un endroit différent et peuplé, il ne resterait plus beaucoup d’êtres humains, voire d’êtres vivants à la surface de la Terre. Mais la Terre résisterait, et d’autres formes de vie s’y développeraient, peut-être même des humains qui auraient survécu aux multichocs nucléaires.

Le calcul pourrait avoir l’air un peu sinistre mais finalement, il reste optimiste : quoi qu’on en dise, quelle que soit l’évolution de notre technologie, de nos progrès scientifiques, la Terre, la Nature, sera toujours plus forte que l’homme. Cela rend humble, mais cela réduit aussi les conséquences de notre éventuelle irresponsabilité.





NB. Angoissons-nous quand même un peu : si on veut vraiment s’inquiéter, on peut par exemple réfléchir sur les réserves en uranium 238 sur Terre qui contiendraient une énergie potentielle d’environ 3 x10(puissance 31) joules, ce qui se rapproche ainsi de l’ordre de grandeur nécessaire à la destruction de la Terre…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le syndrome de Hiroshima.
Hitler.
Auschwitz-Birkenau.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
La Seconde Guerre mondiale.
La Première Guerre mondiale.
La Libération de Paris.
La République de Weimar.
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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 03:41

« L’imagination est plus importante que le savoir. Le savoir est limité alors que l’imagination englobe le monde entier, stimule le progrès, suscite l’évolution. » (Albert Einstein, 26 octobre 1929).


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Le très célèbre physicien Albert Einstein est mort il y a soixante-cinq ans, le 18 avril 1955. Tout le monde connaît Einstein et c’en est même étonnant alors que les concepts qu’il a développés sont particulièrement compliqués pour des "profanes" des disciplines concernées. Sa personnalité attachante, son look même, son esprit philosophe ont certainement favorisé cette popularité hors norme qui a incité les fondateurs de l’État d’Israël à vouloir le placer à sa tête (il a refusé : rendons à César… et puis : « Pour châtier mon mépris de l’autorité, le destin a fait de moi une autorité. »).

Rappelons rapidement le tableau de chasse d’Albert Einstein : la théorie de la relativité restreinte (en 1905) et la théorie de la relativité générale (en 1915) qui en ont fait un physicien de la gravitation à l’égal d’un Newton. Il n’était peut-être pas le meilleur en calculs mathématiques, mais il était absolument génial en intuition et en imagination : relier les mathématiques à des considérations physiques fut d’autant plus exceptionnel que l’observation a confirmé, a validé sa théorie : « En fait, c’est à Bruxelles que tout a commencé pour lui. Au congrès Solvay, en 1911, tous les plus grands physiciens du monde ont découvert que ce petit employé minable était un génie absolu… ». J’ai utilisé l’adverbe "absolument" avant de trouver cette citation du livre évoqué plus bas, qui inclut aussi "absolu".

Je rappelle à cette occasion que dans la méthode scientifique, il y a deux directions possibles : une observation bizarre, et l’on cherche une explication théorique (méthode empirique qui nécessite une bonne acuité d’observateur et donc, une intuition pour savoir quoi observer) ; une réflexion purement théorique, faite de déductions intellectuelles, de calculs mathématiques et de conclusions physiques, et on la valide par l’observation. Cette dernière méthode est beaucoup plus difficile car il faut une bonne intuition pour qu’une spéculation intellectuelle soit en accord avec la réalité physique et observable (si elle n’est pas observable, on ne peut rien dire, ni valider in invalider, c’était le drame du boson de Higgs pendant longtemps, mais heureusement, notre technologie de plus en plus performante et fine permet des observations parfois inimaginables au moment où certaines théories avaient été proposées).

Einstein fait partie de ces théoriciens que l’observation a couronnés. Pourtant, il n’a pas reçu le Prix Nobel en 1921 pour sa relativité (qui n’était pas une découverte "concrète" pour la vie de tous les jours, comme le souhaitait Alfred Nobel, ce qui a empêché Stephen Hawking d’être lauréat), pourtant, l’équivalence masse énergie allait avoir des conséquences très concrètes et c’est même grâce à cela que j’ai un domicile chauffé en hiver et que je peux utiliser l’Internet à cet instant. Il a été récompensé pour sa contribution majeure au développement de la physique quantique, et c’était, là aussi, mérité car ce qui a été primé, c’était l’effet photo-électrique, que la lumière pouvait être transformée en électricité et réciproquement. Une application basique, ce sont les portes de magasins qui s’ouvrent au passage du client, ou alors les différents systèmes de protection dans un musée, par exemple.

Cette contribution majeure a été suivie de discussions et de réticences majeures sur le développement de la physique quantique. En opposition avec ce qu’on a appelé l’école de Copenhague pour désigner Niels Bohr, Einstein n’a jamais cru à la théorie probabiliste, au fait que, selon la formule très célèbre, Dieu jouait aux dés. Il pensait qu’il manquait quelques maillons de compréhension, il voulait en rester à l’esprit déterministe qui avait dominé le XIXe siècle de la science triomphante, celle de la thermodynamique et celle de l’électromagnétisme (Maxwell).

Einstein "croyait" à la théorie des variables cachées (paradoxe EPR), des variables qu’on n’aurait pas su prendre en compte localement et avec lesquelles tout reviendrait sur son lit déterministe, sans probabilité, sans hasard, sans indétermination d’Heisenberg, sans réduction du paquet d’onde. L’histoire, sans complaisance, lui a donné tort grâce aux expériences d’intrication quantique menées par Alain Aspect (notamment), qui ont conclu à l’invalidation de l’hypothèse des variables cachées (voir plus loin). Cela ne signifie pas qu’il n’a pas été un contributeur majeur, car sans lui, pas d’expérience d’Alain Aspect par exemple. Ses doutes, ses réticences, ont permis paradoxalement de conforter et de perfectionner la théorie quantique, de s’appesantir sur les points qui dérangeaient, qui n’allaient pas, qui devaient être précisés.

Ici, je quitterais volontiers la science pour aller vers l’humain (bien que les deux ne soient pas incompatibles, lire l’encyclique "Caritas in veritate", par exemple !). Car Einstein a permis l’énergie nucléaire, a permis l’intrication quantique, a permis la commutation lumière/électricité, mais il a aussi eu un effet sur moi très surprenant : il m’a fait découvrir un romancier français, un auteur dont je ne connaissais que le nom mais dont je n’avais encore ouvert aucun ouvrage.

Je veux parler ici de Didier van Cauwelaert. En 2017, cet écrivain reconnu a sorti un petit roman très amusant "J’ai perdu Albert". Lu comme cela, je n’aurais pas apporté attention, mais comme je l’ai vu dans une librairie, la couverture ne laissait aucun doute sur le patronyme de ce fameux "Albert" : il s’agissait bien d’Einstein. Adopté dans mon petit panier qui commençait à s’alourdir dangereusement (dangereusement pour la carte bancaire qui, elle, allait s’alléger par la même occasion, dans un effet d’osmose ou, plus basiquement, de vases communicants). L’auteur en a même réalisé un film que je n’ai pas vu (sorti le 12 septembre 2018), avec Julie Ferrier et Stéphane Plaza, et qui n’a pas été un grand succès au cinéma.

Didier van Cauwelaert semble assez intéressé par l’idée de pouvoir communiquer avec les morts. Dans ce petit livre dont je vais tenter de ne pas dévoiler l’intrigue, il imagine qu’Einstein guide une jeune femme pseudo-voyante professionnelle dans ses visions : « La gamine se laisse glisser contre le flanc de la baignoire et noie ses larmes dans "La Théorie de la relativité restreinte", les doigts crispés sur le livre où sourit Einstein devant un tableau d’équations. ».

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Pourquoi Einstein et pas un autre homme ou femme célèbre ? Petit à petit, on découvre la vie du physicien, son manque de reconnaissance final (il est mort trop tôt, et il voudrait publier de nouveaux travaux scientifiques : « Le chaînon manquant, la fusion entre la gravitation et la mécanique quantique ! Dans la théorie des supercordes, ce qui manquait, c’est l’application aux perturbations de l’espace-temps ! »), et un regret qui l’encourage à rester encore lié avec les affaires terrestres, avec de nobles objectifs : « Réussir l’éducation et le bonheur d’un enfant. Arrêter toutes les guerres. Aider les êtres humains à s’aimer davantage, à maîtriser leur avenir… Et sauver les abeilles. ».

Ces objectifs de sa mort sont rappelés à la fin du livre : « Ce cahier des charges impossible que je me suis fixé durant mon incinération : désarmer les nations, sauver la planète, redonner aux hommes les clés de leur destin qu’ils se sont laissé voler par les religions, les idéologies, l’inculture et la peur… ».

Le roman n’est pas scientifique mais légèrement à tendance épistémologique quand même. Il évoque par exemple le déclencheur de la vocation d’Einstein : « En fin de compte, je dois tout ce que je fus à trois chocs d’enfance. Un : l’aiguille de la boussole que m’offrit mon père à quatre ans, preuve d’une action à distance dont le principe me conduira un jour à la théorie de la gravitation. Deux : la vibration des cordes sous l’archet de ma jolie professeur de violon, révélation de la nature ondulatoire et sexuée de la matière. Trois : Max Talmud, exclu de l’université en tant que Juif. Le reste, c’est de la littérature pour biographe. ». J’insiste sur le fait que le livre est simplement un roman et n’a aucune ambition de véracité historique. L’ami d’Einstein s’appelait Max Talmey (1867-1941) et Albert fut aussi très marqué à 12 ans par le cadeau de son oncle, un manuel de géométrie euclidienne qui lui a donné la passion des démonstrations claires et limpides.

Si l’histoire ne livre pas beaucoup de secret scientifique, il raconte néanmoins quelques éléments humains de la vie d’Einstein, et en particulier, sa vie affective relativement chaotique. Il n’a pas eu des relations idéales avec ses enfants (l’un, interné pour schizophrénie, n’a plus reçu de visite de son père à partir de 1933, d’abord à cause de l’exil, mais son père n’est pas retourné le voir après la guerre ; il est mort en 1965, dix ans après son père), ses deux mariages ne reflétaient pas non plus des réussites conjugales. Je reste toujours réticent à évoquer la vie privée de personnages publics car chacun vit comme il le veut et surtout, comme il le peut et toute personne, aussi extraordinaire soit-elle, est un humain avec ses failles.

Ainsi, Didier van Cauwelaert s’amuse à raconter quelques scènes de vie d’Einstein.

Comme celle-ci : « La cabine d’un paquebot. Une femme de chambre des années 30 est en train de défaire le lit, dans les reflets du soleil couchant que les miroirs diffusent sur les panneaux d’acajou. (…) Entre les deux hublots, un passager en tweed joue du violon dans un nuage de tabac, entouré de calculs et de partitions. Einstein à l’aube de la vieillesse, chevelure et moustache blanches. Il interrompt la mélodie pour noter un début d’équation. (…) Il hésite, repose sa pipe et son crayon, reprend son archet. La femme de chambre le dévore des yeux à la dérobée tout en lui préparant son lit pour la nuit. Il tourne la tête vers elle, l’observe avec la même discrétion, puis soudain un rhumatisme articulaire lui fait lâcher son instrument pour enserrer son poignet gauche. Le violon entraîne dans sa chute le voilier miniature qui lui sert de presse-papiers. ».

La suite, toujours en 1933 à bord du transatlantique vers les États-Unis : « Le physicien hirsute, pipe au bec et pieds nus dans ses mocassins, est en train de réparer le mât de son voilier miniature, retendant la ficelle des haubans. C’est le jouet que lui avait offert son père à quatre ans et demi, en même temps que la boussole qui allait décider de sa vocation. (…) On tape à la porte. Il grogne dans sa pipe pour dire d’entrer. La femme de chambre (…) entrebâille le battant, fléchit le genou droit dans une esquisse de révérence. "Did you call me, Sir ?". Derrière son nuage de fumée, Einstein lui répond dans son français haché par l’accent yiddish (…). Il lui déclare que, toute la traversée, il a rêvé de lui faire l’amour, mais qu’il n’a plus le cœur à tromper sa femme. D’ailleurs, elle occupe la cabine voisine. (…) Il pose sa pipe, prend le petit voilier dans sa main droite et se lève pour lui faire face. Tout en avançant lentement vers elle, il lui murmure que les nazis l’ont chassé de son pays, qu’il a dû abandonner ses enfants, qu’il est un père minable, un amoureux dispersé, un savant qui ne sait plus où il va. "Fous serez mon dernier rayon de bonheur, Juliette. En soufenir de ce qui aurait pi se passer…". Et il glisse avec sensualité le petit voilier dans la poche ventrale de son tablier blanc. Rougissant, très gênée, elle bredouille dans sa langue maternelle qu’elle regrette, mais que le bagagiste arrive tout de suite. Et elle plonge la main dans sa poche en dentelle pour lui rendre son cadeau. Il la plaque soudain contre lui, écrasant le voilier. Il l’embrasse fougueusement dans le cou. Elle se laisse faire, décontenancée. Tout à coup il fige, recule le torse en la dévisageant et articule lentement, illuminé (…). Comme s’il entrevoyait dans son excitation la solution de l’équation sur laquelle il butait. Elle lui demande pardon. Sur un ton d’évidence éblouie, il achève : "(…) Oh, merdzi ! Merdzi !". Il la serre contre lui avec enthousiasme, mais elle est tirée aussitôt en arrière par le bagagiste qui vient d’entrer. S’interposant pour la défendre, il empoigne le bras de l’agresseur qui lui flanque un coup de boule. ».

Autre souvenir, plus ancien, mais cette fois-ci à la première personne du singulier : « L’écriteau raconte en termes chatoyants les mois d’exil paisibles que j’ai savourés dans ma chère Belgique, protégé des tueurs nazis par l’amitié de la reine Élisabeth, merveilleuse violoniste avec qui j’avais tant de plaisir à jouer Mozart. Passons. On ne refait pas l’histoire quand les historiens s’en contentent. Mon passé appartient aux vivants ; je préfère de loin hanter leur présent pour leur chercher un avenir. Un futur différent de celui que tendent à façonner leurs peurs, leur bêtise agressive, leurs visions à court terme. ».

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Et très vite, le récit, toujours à la première personne du singulier, revient sur les rancœurs ressenties pendant la période nazie : « Ce n’est pas tout rose de renouer avec soi. Il y a la physique, bien sûr, ma passion dévorante, les lois que je viole et que je féconde, mais il y a aussi, hélas, la biographie. Tout ce qu’on m’a fait. Toutes les ignominies (…). ». Et d’évoquer les lois antisémites des nazis, l’interdiction faite aux Juifs de « l’exercice d’un métier afin de leur dénier, par voie de conséquence, le droit de vivre en tant que bouches inutiles. Et les camps de concentration (…) au souvenir des millions de personnes qui ont fini en fumée tandis que les gouvernants du monde se bouchaient le nez… Mais c’est une souffrance tellement partagée, transcendée par tant de victimes qu’elle a cessé de me gâcher la mort. Ce qui me revient de plein fouet, ce qui me retourne l’âme au fil des pages (…), ce sont les blessures que j’étais seul à subir. les trahisons de mes pairs. ».

Et il y a toute une liste de rancœurs du physicien, mais la plus importante, la plus cruciale, est sans doute au congrès Solvay, en 1927 : « Ces petits blancs-becs surdoués, tous unis en bloc derrière mon ami Niels Bohr, qui me rendent hommage en présentant leur mécanique quantique. Une physique nouvelle qui dépasse celle que j’ai inventée, disent-ils, mais qui en est "l’aboutissement logique". Le plus subtil affront qu’on ait pu me faire : honorer ma mémoire en concluant à ma place, sur des bases inédites, les travaux que j’avais initiés. Comme si j’étais déjà mort. J’ai quarante-sept ans, je sais que j’ai raison, je sais que ma théorie unitaire des champs rend leurs thèses incomplètes, je pressens la non-séparabilité des particules, leurs interactions perpétuelles alors même qu’elles ne sont plus en contact, mais il faudra attendre la technologie des années 80 pour qu’Alain Aspect le démontre expérimentalement à l’Institut d’optique d’Orsay, et que leurs successeurs quantiques aient le culot d’en déduire que cette confirmation me donne tort. ».

Nous sommes ainsi au cœur de la tragédie einsteinienne : « Pour l’heure, mes jeunes fossoyeurs soutiennent qu’aucune loi ne pourra jamais prédire le comportement d’une particule. Ils condamnent le scientifique à l’ignorance, le soumettent à l’inexplicable, ils érigent l’aléatoire en règle universelle. Je leur réponds que Dieu ne joue pas aux dés avec le monde. Ils ricanent, ne retiennent que le mot Dieu et non mes objections rationnelles à leur notion "d’incalculable". Je répète que, de la plus lointaine étoile à la moindre cellule de notre corps, il n’y a pas de hasard dans l’univers, que tout, absolument tout peut être mis en équation. Ils rappellent mon glorieux passé pour souligner combien j’ai perdu la boule, et me tournent en ridicule à coups d’éloges funèbres. ».

Autre polémique scientifique : « Ce sont mes pairs, la "communauté scientifique" comme ils se baptisent, qui m’obligent à me renier, dans mon propre intérêt, à déclarer que ma dernière théorie, la constante cosmologique justifiant l’énergie du vide, est la plus grande connerie de ma vie, sinon ils me coupent les vivres, me privent de conférences et de publications, pour m’éviter de mon vivant d’entacher ma mémoire avec des élucubrations, alors que j’avais raison ! Une fois de plus ! Seul, envers et contre tous ! Comme lorsque j’avais démontré dans l’indifférence générale l’existence des ondes gravitationnelles, ces déformations de l’espace-temps qui seront détectées cent ans plus tard, et présentées alors comme la découverte du siècle… ».

Mine de rien, Didier van Cauwelaert dévoile petit à petit l’Einstein tragique et l’Albert intime. La tragédie dans une théorie plus qu’incomplète qui n’est aujourd’hui plus à la mode car dépassée par la rude efficacité de la théorie quantique de l’école de Copenhague, et l’intimité d’un homme qui fut médiocre père, médiocre mari, parce que tout simplement, comme la plupart des génies, ils sont invivables, insupportables, obsédés par leur art, focalisés par leur passion, avec ce petit clin d’œil d’imaginer l’illumination d’une équation, sa découverte, cette lumière quand le filament éclaire l’ampoule placée au-dessus d’un personnage de bande dessinée… bref, ce fameux "eureka" si attendu des chercheurs, ici placé par le romancier au moment fatidique, unique, singulier …de l’orgasme. Un orgasme qui n’est pas, ici, quantique mais bel et bien humain ! Einstein vu de l’intérieur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"J’ai perdu Albert" de Didier van Cauwelaert.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Pierre Teilhard de Chardin.
Jacques Testart.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Peter Higgs.
Léonard de Vinci.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
La disparition de Stephen Hawking.
Un génie très atypique.
Les 60 ans de la NASA.
Document à télécharger : la publication de Max Planck du 7 janvier 1901, "On the Law of the Energy Distribution in the Normal Spectum", qui fit naître la physique quantique.
Max Planck.
Georg Cantor.
Jean d’Alembert.
David Bohm.
Marie Curie.
Jacques Friedel.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
Olivier Costa de Beauregard.
Alain Aspect.

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