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24 décembre 2023 7 24 /12 /décembre /2023 04:23

« Méfions-nous des grands hommes ! »




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Se méfier des personnalités connues, c'était déjà à la mode en 1887. Émile Zola, Alexandre Dumas fils, Maupassant, Huysmans, Le Contes de Lisle, Victorien Sardou, Léon Bloy, Paul Verlaine, Charles Gounod, Charles Garnier, François Coppée, Sully Prudhomme et quelques autres "intellectuels" de l'époque, à l'instar de nombreux Parisiens, avaient protesté avec virulence contre la construction de la Tour Eiffel le 14 février 1887 dans "Le Temps" : cette tour serait laide pour Paris, dangereuse pour la sécurité des Parisiens, etc. Précisément : « II suffit d’ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’une noire et gigantesque cheminée d’usine, écrasant de sa masse barbare : Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l’Arc de triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s’allonger sur la ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, comme une tache d’encre, l’ombre odieuse de l’odieuse colonne de tôle boulonnée. ».

J'avoue qu'à bien y réfléchir, honnêtement, j'aurais peut-être, moi aussi, protesté contre cette construction en mécano, toute en ferraille, comme d'autres ont protesté bien plus tard contre les colonnes de Buren au Palais Royal. Malgré ce courant de forte protestation, l'ingénieur diplômé de l'École centrale et industriel Gustave Eiffel, qui est mort il y a 100 ans le 27 décembre 1923 à Paris à l'âge de 91 ans (né le 15 décembre 1833 à Dijon), a persévéré et il a eu raison de persévérer.

Lors du début des travaux, le 28 janvier 1887, Gustave Eiffel était déjà un ingénieur expérimenté et très connu. Non seulement il a su à la fois montrer ses compétences et les valoriser au sein d'une entreprise qu'il a créée et dirigée avec brio, mais il a su recruter des collaborateurs très compétents et très brillants, comme les ingénieurs Émile Nouguier (1840-1897), Théophile Seyrig (1843-1923) et Maurice Koechlin (1856-1946), ce dernier a été le concepteur de la structure en fer de la Statue de la Liberté en 1881 (érigée à New York en 1856) selon les plans d'Auguste Bartholdi (1834-1904).


Parmi les réalisations d'Eiffel, avant sa tour, il y a eu ce qui a lancé sa réputation professionnelle dès 1858 (il avait 26 ans), à savoir le pont ferroviaire de Bordeaux dont la traversée de la Gironde, très large, a été considéré comme un exploit technique et le fruit de plusieurs innovations techniques. Cela a permis à Gustave Eiffel de racheter en 1867 une entreprise de constructions métalliques à Levallois-Perret qui allait devenir ses ateliers pour tous ses chantiers nationaux et internationaux.

De nombreux bâtiments ou ouvrages publics ont été conçus et réalisés par Eiffel, en particulier des gares (Verdun, etc.), des hangars, des musées, l'Observatoire de Nice, de nombreux ponts et viaducs, des phares (en France et partout dans le monde, jusqu'à l'île Sainte-Marie à Madagascar), etc.

Pour les viaducs ferroviaires de Neuvial et de Rouzat, dans l'Allier, livrés en 1869 et classés monuments historiques en 1965, Eiffel a conçu certaines pièces dont le principe allait lui servir pour la Tour Eiffel. Ce fut le viaduc ferroviaire de Garabit, dans le Cantal, construit en 1884 sur une idée du jeune ingénieur Léon Boyer (1851-1886) et classé monument historique en 2017, qui a renforcé sa réputation internationale avec le record du plus haut viaduc du monde (122 mètres au-dessus de la rivière) avec une arche de 165 mètres (qui avait la plus grande portée au monde jusqu'en 1886).

L'idée d'ériger une tour urbaine de plus de 150 mètres a aiguisé l'ambition de nombreux architectes et ingénieurs dans les années 1870 et 1880. Parallèlement, la Troisième République naissante, après l'humiliation de la défaite de Sedan et de la perte de l'Alsace-Moselle, avait besoin d'une cérémonie fastueuse pour le premier centenaire de la Révolution française, en 1889. Jules Ferry a annoncé en 1878 une Exposition universelle à Paris en 1889. Émile Nougier et Maurice Koechlin ont alors proposé en juin 1884 de construire à cette occasion une tour métallique qu'ils ont dessinée, et dont l'esthétique fut améliorée par Stephen Sauvestre, l'architecte en chef des projets de l'entreprise.

Gustave Eiffel, convaincu par cette idée (après avoir été plutôt concentré sur le futur métro parisien), a racheté le brevet sur le sujet (déposé le 18 septembre 1884) et a fait beaucoup de lobbying pour convaincre les autorités publiques d'adopter une telle construction souvent jugée technologiquement ambitieuse voire irréalisable. Le projet a suscité de nombreuses polémiques, principalement par peur de l'inconnu. Des propos souvent inutilement alarmistes ont fusé dans les journaux, comme le risque que les visiteurs, en haut de la tour, fussent asphyxiés, ou l'idée que la tour risquerait de s'écrouler sur des milliers de touristes, ou encore qu'une fois bâtie, la tour s'enfoncerait dans le sol et provoquerait une catastrophe, etc.


Finalement, après un concours ouvert le 1er mai 1886 qu'il a remporté, Gustave Eiffel a signé le 8 janvier 1887, avec le préfet de la Seine Eugène Poubelle et le Ministre du Commerce et de l'Industrie Édouard Lockroy, une convention précisant les conditions de la construction et de l'exploitation de sa tour de 312 mètres de hauteur en plein centre de Paris : en particulier son financement (80% était assuré par la société Eiffel), sa localisation (au bord de la Seine, en face de pont d'Iéna et du Trocadéro), et une concession de vingt ans à Eiffel pour l'exploitation de la tour à partir de 1890, après laquelle la tour reviendrait à la ville de Paris.

Au fil des étages construits, la tour prenait un aspect de plus en plus impressionnant et ses détracteurs se transformaient en admirateurs. Du début du chantier, le 28 janvier 1887 à son inauguration le 31 mars 1889, seulement vingt-six mois ont suffi à Eiffel pour ériger la tour la plus haute du monde, avec de nombreux exploits techniques, une rapidité d'exécution avec 250 ouvriers et un très forte sécurité du chantier (seulement un accident mortel a été à déplorer). L'ouverture au public a eu lieu le 15 mai 1889, quelques jours après le début de l'Exposition universelle. En moins de six mois, ce fut le succès éclatant de Gustave Eiffel avec deux millions de visiteurs (à la clôture de l'Exposition universelle, le 6 novembre 1889 ; l'Exposition universelle elle-même avait accueilli plus de 28 millions de visiteurs). Au-delà de l'exploit technologique, c'était bien aussi l'intérêt touristique de pouvoir observer le centre de Paris vu de plusieurs centaines de mètres qui a suscité l'intérêt de nombreux visiteurs. Parmi ce qui impressionnait le plus, les ascenseurs hydrauliques.

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La Tour Eiffel était tellement à la mode, devenue un symbole de l'excellence technologique de la Troisième République, qu'elle a symbolisé tant la France que sa capitale, sans empiéter pour autant sur d'autres monuments (comme Notre-Dame de Paris ou les Invalides). Légion d'honneur, nom de baptême des nombreux lieux, Gustave Eiffel fut un symbole républicain très fort (comme le chimiste Marcellin Berthelot pour les sciences).

Cependant, la gloire de Gustave Eiffel a été de courte durée en raison de sa collaboration pour les écluses du canal de Panama. Le scandale financier lié au canal de Panama a éclaboussé Gustave Eiffel qui était pourtant hors de cause (il fut condamné puis acquitté et réhabilité par la justice française grâce à un brillant avocat et ancien ministre, Pierre Waldeck-Rousseau, futur Président du Conseil entre 1899 et 1902).


Gustave Eiffel, dès lors, s'est éloigné des affaires pour lancer des travaux scientifiques (principalement météorologiques). Pour lui, le principal objectif était de rendre utile sa tour afin de la pérenniser dans le temps (le risque était son démontage à la fin de la concession en 1910, déjà anticipé par des ferrailleurs qui proposaient de reprendre les matériaux), d'où un labo météo installé en 1898 au dernier étage de la Tour Eiffel, puis un premier émetteur d'ondes hertziennes en 1901. Si l'Exposition universelle de 1900 a été très décevante (peu de visiteurs dans sa tour en raison d'un rival de taille, le nouveau métro parisien, réalisé par Fulgence Bienvenüe), Eiffel a multiplié les sources d'intérêt à sa tour : « Elle ne sera pas simplement un objet de curiosité pour le public, soit pendant l'Exposition, soit après, mais elle rendra encore de signalés services à la science et à la Défense nationale. ».

Finalement, ce fut le développement de l'aviation qui donna à l'État un solide argument pour utiliser la Tour Eiffel à des fins militaires. Gustave Eiffel, qui a su anticiper cet aspect stratégique, a créé deux laboratoires d'aérodynamique, un à la Tour Eiffel en 1909 et l'autre à Auteuil en 1912. Ces laboratoires constitués de souffleries ont été les premières modélisations pour l'aéronautique et ont été utilisées, dans les années 1950, par l'industrie automobile avant leur utilisation pour calculer la résistance au vent d'ouvrages d'art. La guerre a conduit le génial ingénieur à travailler également sur les projectiles et les hélices. Il légua ses installations à l'État à la fin de la guerre en 1921. Le laboratoire aérodynamique Eiffel est désormais la propriété du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) et a été classé monument historique en 1996.

Gustave Eiffel s'est éteint chez lui, dans son domicile parisien, le 27 décembre 1923 et a été enterré le 31 décembre 1923 à Levallois-Perret après des obsèques à l'église Saint-Philippe-du-Roule : « La levée du corps a été faite par l'abbé Colombel, curé de la paroisse, qui a également donné l'absoute. Un brancard portait les couronnes adressées à "son cher président" par le conseil d'administration et le personnel de la tour. Un char funèbre spécial portait d'autres couronnes envoyées par l'École centrale et l'Association des anciens élèves de l'école. La Société de construction de Levallois-Perret, le poste radio-télégraphique de la Tour Eiffel, le laboratoire aéro-dynamique de la tour, l'Aéro-Club, la chambre syndicale des industries aéronautiques, son président d'honneur", la Société des ingénieurs civils de France, la municipalité de Levallois-Perret. » (selon "Le Temps" du 1er janvier 1924).

Si son nom est resté à la postérité associé à sa célèbre tour, Gustave Eiffel, génial ingénieur, a eu moins de notoriété que son extrême ouvrage, principalement en raison de ses déboires injustifiés dans le scandale du canal de Panama qui a fait qu'on a débaptisé de nombreuses rues de son nom. Le film "Eiffel" de Martin Bourboulon (sorti le 13 octobre 2021) avec Romain Duris dans le rôle d'Eiffel, a été décevant en ce sens qu'il raconte une simple histoire d'amour fictive et a oublié la grande capacité d'Eiffel à mettre en synergie des grands génies techniques dans leur domaine, en particulier Émile Nouguier et Maurice Koechlin dont le rôle a été sous-estimé.

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Répondant à la protestation des artistes dans "Le Temps", dans le même numéro du 14 février 1887, Gustave Eiffel a exprimé ses attentes pour sa tour : « Tout d’abord, il y a parmi les signataires quelques noms qui m’étonnent. Ainsi, M. Charles Garnier fait partie de la commission même de la tour. Il ne s’y est rien fait qu’il ne l’ait approuvé, c’est donc contre lui-même qu’il proteste. J’avoue ne point comprendre. Ensuite, pourquoi cette protestation se produit-elle si tard ? Elle aurait eu sa raison d’être il y a un an, lorsqu’on discutait mon projet. On l’aurait admise aux débats comme une opinion dont on aurait eu à examiner la valeur. Aujourd’hui, elle est inutile, tous nos contrats sont passés. La tour coûtera entre cinq et six millions à construire. Je la construis pour l’État, l’État m’accorde une première subvention de quinze cent mille francs, plus le droit d’exploiter le monument pendant l’Exposition. Après l’Exposition, l’État la cédera à la Ville de Paris qui, comme seconde subvention, m’accorde à son tour le droit de l’exploiter pendant vingt ans. Ce délai écoulé, la tour appartiendra définitivement à la Ville, qui en fera ce qui lui plaira. Tout cela est signé et paraphé depuis plusieurs mois, il est donc aujourd’hui impossible d’y revenir. Il y a plus, les travaux sont commencés, les fondations sont posées, et le fer nécessaire à l’édification est déjà commandé. Il me semble qu’il eût été digne des noms illustres apposés au bas de la protestation de s’épargner une démarche qu’on sait ne plus pouvoir aboutir à rien. (…) Je vous dirai toute ma pensée et toutes mes espérances. Je crois, moi, que ma tour sera belle. Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous préoccupe pas dans nos constructions et qu’en même temps que nous faisons solide et durable nous ne nous efforçons pas de faire élégant ? Est-ce que les véritables conditions de la force ne sont pas toujours conformes aux conditions secrètes de l’harmonie ? Le premier principe de l’esthétique architecturale est que les lignes essentielles d’un monument soient déterminées par la parfaite appropriation à sa destination. De quelle condition ai-je eu, avant tout, à tenir compte dans ma tour ? De la résistance au vent. Eh bien, je prétends que les courbes des quatre arêtes du monument telles que le calcul me les a fournies, donneront une impression de beauté, car elles traduiront aux yeux la hardiesse de ma conception. ».


Et d'y trouver son utilité : « Reste la question d’utilité. Ici, puisque nous quittons le domaine artistique, il me sera bien permis d’opposer à l’opinion des artistes celle du public. Je ne crois point faire preuve de vanité en disant que jamais projet n’a été plus populaire ; j’ai tous les jours la preuve qu’il n’y a pas dans Paris de gens, si humbles qu’ils soient, qui ne le connaissent et ne s’y intéressent. À l’étranger même, quand il m’arrive de voyager, je suis étonné du retentissement qu’il a eu. Quant aux savants, seuls vrais juges de la question d’utilité, je puis dire qu’ils sont unanimes. Non seulement la tour leur promet d’intéressantes observations pour l’astronomie, la chimie végétale, la météorologie et la physique, non seulement elle permettra en temps de guerre de tenir Paris constamment relié au reste de la France, mais elle sera en même temps la preuve éclatante des progrès réalisés en ce siècle par l’art des ingénieurs. C’est seulement à notre époque, en ces dernières années, que l’on pouvait dresser des calculs assez sûrs et travailler le fer avec assez de précision pour songer à une aussi gigantesque entreprise. N'est-ce rien pour la gloire de Paris que ce résumé de la science contemporaine soit érigé dans ses murs ? ».

En 2016, près de 6 millions de personnes ont visité la Tour Eiffel, constituant le quatrième site culturel payant le plus visité en France et cumulant plus de 300 millions de visiteurs au total (depuis 1889).


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (23 décembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gustave Eiffel.
Prix Nobel de Chimie 2023 : la boîte quantique ...et encore la France !
Katalin Kariko et Drew Weissman Prix Nobel de Médecine 2023 : le vaccin à ARN messager récompensé !
Covid : la contre-offensive du variant Eris.
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Prix Nobel de Physique 2023 : les lasers ultrarapides, la physique attoseconde... et la France récompensée !
Des essais cliniques sauvages ?
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La Science, la Recherche et le Doute.
L'espoir nouveau de guérir du sida...
Louis Pasteur.
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Svante Pääbo.

Frank Drake.
Roland Omnès.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231227-eiffel.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/gustave-eiffel-sa-tour-sa-capitale-251865

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/12/21/40151364.html




 

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14 octobre 2023 6 14 /10 /octobre /2023 05:32

« Il faut vivre avec cette menace [du covid-19]. Mais n’oublions pas de vivre ! Par exemple : ne cessons pas d’être curieux. La curiosité : il faut l’attiser comme on le fait du feu. Et alors que de découvertes ! La curiosité ? Faites-en votre seconde nature ! Cultivez cette ambition ! La curiosité ? C’est vital ! » (Hubert Reeves, le 4 février 2021).




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Cet hymne à la curiosité pour faire oublier les mauvaises nouvelles ? Car sale jour que ce maudit vendredi 13 octobre 2023, à croire à la superstition du vendredi 13 : un professeur assassiné à Arras par un terroriste islamique de nationalité russe, l'annonce d'une quinzième victime française dans la boucherie innommable des terroristes du Hamas... et l'astrophysicien Hubert Reeves qui s'est envolé dans les étoiles depuis Paris, à l'âge de 91 ans (il est né le 13 juillet 1932 à Montréal).

Comme il l'expliquait dans l'une de ses dernières chroniques, le 4 février 2021, évoquant le covid-19 qui sévissait encore méchamment à travers le monde, il faut vivre avec, et l'une des merveilles de la nature, c'était la curiosité. En fait, ce qu'Hubert Reeves citait est plutôt une caractéristique de la personnalité, on est curieux ou on n'est pas curieux, et on a même appris aux enfants que la curiosité est un vilain défaut, alors qu'au contraire, c'est la source de toute création, la curiosité amène l'intuition, la soif d'apprendre, la soif de savoir et la soif de constituer un savoir. En clair, la curiosité est l'une des conditions clefs d'un scientifique. Si vous n'êtes pas curieux, évitez de naviguer dans les sciences.

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Hubert Reeves était un scientifique, tout ce qui pouvait être ordinaire, ardu même, mais il s'est peu à peu métamorphosé en un "savant", ce qui est très rare de nos jours, on les imaginerait plutôt au XVIe siècle, avec le look associé, celui du vieillard bienveillant, un peu chauve et très barbu, une barbe blanche typique du Père Noël. Mais il se distinguait de ce personnage festif par sa parole : on le reconnaissait à son accent québécois souriant.

Hubert Reeves a fait ses études en astrophysique nucléaire à Montréal, au Canada, à l'Université de Montréal (francophone) et à l'Université McGill (anglophone), puis à l'Université Cornell, à Ithaca dans l'État de New York, aux États-Unis, où il a croisé quelques célébrités de la physique mondiale (dont Richard Feynman) et où il a soutenu sa thèse de doctorat en 1960. Il a commencé une carrière d'enseignant-chercheur d'abord à Montréal puis aux États-Unis, puis en Europe, à Bruxelles en 1964 et enfin, il a été nommé directeur de recherches au CNRS à Orsay à partir de 1965, travaillant également pour le CEA de Saclay (après avoir travaillé pour la NASA). Il travaillait alors sur la production de lithium, béryllium et bore dans la nucléosynthèse des étoiles (à l'époque, c'était novateur, on connaissait l'hydrogène et l'hélium d'un côté, et le carbone, l'azote, l'oxygène de l'autre, et ces atomes intermédiaires dans le tableau périodique n'étaient pas encore très connus dans l'étude des étoiles).

Un peu par hasard, c'était en vacances, au début des années 1970, alors qu'on lui posait des questions sur son métier et sur la science en général, qu'il en est venu à devenir l'un des vulgarisateurs les plus connus de la physique, une science dure parfois difficile à comprendre au profane. L'idée d'expliquer la science aux non scientifiques nécessite bien entendu un don, le talent pédagogique et un sens du dialogue, car il faut savoir expliquer le fondamental et laisser de côté le formalisme mathématique (les équations, en d'autres termes).

Ses débuts publics n'ont pourtant pas été immédiats. Le manuscrit de son premier ouvrage "Patience dans l'azur" (le titre reprenant un poème de Paul Valéry) n'a pas réussi à trouver un éditeur. L'une de ses premières interviews a eu lieu aussi à l'époque : le 5 septembre 1972, Radio Canada l'a enregistré... mais la qualité du son était tellement déplorable que finalement, l'entretien n'a pas été diffusé.





Pourtant, Hubert Reeves, qui venait d'avoir 40 ans, disait déjà des choses intéressantes. Par exemple, il disait que l'astrophysique, « ça remet en question des tas de choses, ça a un impact philosophique et poétique très important ». Ce fut d'ailleurs un peu vers là où il est allé : la philosophie dans son combat militant pour l'écologie, la sauvegarde de l'environnement et de la planète, et la poésie où il n'a jamais cessé de décliner les étoiles et la beauté. Et cette tendance à la poésie, c'était l'émerveillement : « Je crois que les découvertes de l'astrophysique et de la physique et de la biochimie et tout ça, ont mis au contraire en valeur la position de l'homme dans l'Univers, pas qu'on la comprenne mieux qu'avant, mais certainement qu'on soit plus émerveillé que jamais de la complexité de l'homme en tant que tel. ».

Et à l'époque, il s'inquiétait déjà de l'avenir de la planète, ce qui était très fort de sa part : « Je suis tout à fait d'accord avec ceux qui protestent contre ce qu'on en a fait, en fait, le fait qu'on a utilisé la science pour rendre la planète de plus en plus invivable, si elle arrive à survivre, si elle n'arrive pas à se démolir elle-même par un cataclysme nucléaire. Et à ce point de vue, je suis tout à fait d'accord avec les analyses des gauchistes et des anarchistes qui disent : au train où vont les choses, si on continue comme on va, bientôt, la Terre ne sera plus habitable. (…) Je ne suis pas très optimiste. Je ne suis pas tout à fait certain que l'humanité prendra conscience à temps des problèmes qu'elle s'est créés elle-même pour arriver à les dépasser. Il me paraît que maintenant, l'ennemi numéro un du genre humain, c'est l'homme lui-même, qui, par manque de prévoyance, par manque de soins ou de planification, est en train de se détruire. ». C'est terrible d'imaginer qu'Hubert Reeves envisageait déjà une planification écologique pour sauver la planète dès il y a cinquante ans ! Mais il doutait de pouvoir convaincre toute l'humanité de la nécessité de celle-ci.

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Finalement, amélioré par le physicien Jean-Marc Lévy-Leblond, "Patience dans l'azur" fut un énorme succès éditorial en 1981. Le livre s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires, son auteur était l'invité d'une émission très courue, "Apostrophes" animée par Bernard Pivot (qui boostait les ventes des libraires), et l'homme public était né, le grand public a découvert un savant sympathique, et il a parcouru la France et le monde, a tenu de nombreuses conférences, participé à des spectacles, a été l'invité de nombreuses émissions à la télévision et à la radio, a rédigé des chroniques pour la presse écrite, et cela pendant une quarantaine d'années. Il a sorti de nombreux ouvrages de vulgarisation par la suite (environ trente-cinq livres, soit quasiment un par an !).

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La surmédiatisation de l'astrophysicien m'avait, au début, rendu réticent à lire "Patience dans l'azur", si bien que j'ai mis plusieurs années avant d'ouvrir le livre, et sur recommandation d'un ami, et effectivement, loin du simplisme déjà très en vogue dans les émissions de vulgarisation, ce livre m'avait paru très solide, qui ne se moquait pas de ses lecteurs, qui faisait appel à leur intelligence, qui pouvait être un livre à la fois de référence mais aussi de poésie, car pour Hubert Reeves, l'essentiel, c'était que connaître le monde, c'était prendre conscience de sa beauté et de la chance que nous avons de pouvoir l'admirer. Visionnaire, humaniste, sage, intelligent.

J'ai eu plusieurs fois l'occasion de le croiser, en conférences ou dans des événements livresques, et ce qui me frappait, malgré sa célébrité cathodique, c'était qu'il était resté humble, surtout passionné et pour lui, la télévision n'était qu'un moyen d'amplifier l'écho des connaissances. Il était émerveillé par la nature et voulait simplement faire partager son émerveillement... et ses alertes sur la planète.

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Car depuis une vingtaine d'années, Hubert Reeves avait résolument adopté le combat des militants écologistes, pour sauver la planète, et il militait donc inlassablement (parfois aux côtés d'autres scientifiques, comme le regretté Jean-Marie Pelt). Il pensait ainsi que la grave crise du covid-19 aurait dû être l'occasion d'un changement radical de notre mode de vie, il l'écrivait dans "Le Point" le 25 mai 2020 : « L’épidémie du coronavirus, covid-19, nous apparaît maintenant comme un chamboulement de grande dimension, propice à d’importantes et favorables innovations. (…) À cause de l’impact majeur de cette pandémie, ce temps présent est particulièrement propice à une évolution majeure de notre façon de coexister avec la nature pour garder notre planète habitable et agréable. Même si une urgence sociale prédomine et doit être prise en compte, puissions-nous ne pas rater cette occasion ! ». Il avait vite compris l'opposition des revendications entre les fins de mois (le social, court terme) et la fin du monde (l'environnement, long terme) qui risque de structurer toute la vie politique dès maintenant et pour les prochaines décennies.

Dans la vidéo de 1972, le sage Hubert évoquait Dieu :« Je ne sais pas si Dieu existe ou non, mais s'il existe, je ne sais pas qui il est, et j'aimerais bien savoir qui il est. » avant de faire remarquer que la religion aurait eu surtout un rôle historique négatif sur l'homme (il était catholique pratiquant quand il était jeune) au point de dire : « À ce point de vue, moi, je suis assez fâché, quoi, j'aime autant qu'il n'y en ait pas et que tout ça soit une invention des êtres humains et qu'on puisse penser sans avoir à tenir compte de l'aspect surnaturel. ». Désormais, il sait, là-haut...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel d'Hubert Reeves.
5 podcasts de Radio France : entretiens avec Hubert Reeves (juin 2019).
Hubert Reeves.

Prix Nobel de Physique 2023 : les lasers ultrarapides, la physique attoseconde... et la France récompensée !
Des essais cliniques sauvages ?
John Wheeler.
La Science, la Recherche et le Doute.
L'espoir nouveau de guérir du sida...
Louis Pasteur.
Howard Carter.
Alain Aspect.
Svante Pääbo.

Frank Drake.
Roland Omnès.
Marie Curie.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231013-hubert-reeves.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/poussieres-sur-l-autre-reeves-250947

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/10/13/40073168.html









 

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3 octobre 2023 2 03 /10 /octobre /2023 13:03

« L'Académie royale suédoise des Sciences a décidé de décerner le Prix Nobel de Physique 2023 à Pierre Agostini, Ferenc Krausz et Anne L'Huillier pour les méthodes expérimentales qui génèrent des impulsions de lumière en attosecondes pour l'étude de la dynamique des électrons dans la matière. » (communiqué du Comité Nobel de Physique du 3 octobre 2023).




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Faut-il donc parler de nationalité quand on parle de science ? Dans l'absolu, non (voir plus loin), mais aux Français, ça ne nous fait pas de mal, nous qui nous dénigrons matin midi et soir, de savoir que la France a des génies de la science et qu'ils sont reconnus !

En 2022, le physicien français Alain Aspect avait été récompensé, avec deux collègues (Jean Clauser et Anton Zeilinger), pour leurs (très anciens) travaux sur l'intrication quantique (il a peut-être fallu le temps à l'Académie royale de comprendre... non, je plaisante). Généralement, la "France" était abonnée en physique à un Nobel par quinquennat depuis une vingtaine d'années. Le rythme s'accélère donc avec deux autres Français primés, Pierre Agostini et Anne L'Huillier. La France n'est pas sans arrêt à la ramasse, déclassée, sans repères, elle contribue aussi au progrès scientifique mondial et on lui reconnaît ce mérite. Anne L'Huillier est du reste seulement la cinquième femme à avoir obtenu cette prestigieuse récompense, Marie Curie la première en 1903.

Bon, trêve de cocorico parce que, comme je le répète, la science n'a pas de nationalité, et si on veut être un peu négatif sur la France, ce sont deux Français récompensés par le Nobel qui, aujourd'hui, sont encore en activité mais qui ne travaillent pas en France mais à l'étranger, aux États-Unis pour l'un et en Suède pour l'autre, et il y aurait donc beaucoup à dire sur la fuite des cerveaux (c'est l'objet des investissements massifs dans la recherche octroyés ces dernières années).


Pierre Agostini (82 ans) est docteur de l'Université d'Aix-en-Provence et physicien au CEA de Saclay jusqu'en 2002. Depuis 2005, il est professeur de physique à l'Université d'État de l'Ohio aux États-Unis. Je suppose que c'était la seule voie qui lui restait pour continuer encore à faire des recherches, vu qu'après 68 ans (puis 70 ans sous Nicolas Sarkozy), les chercheurs français sont interdits de continuer à travailler.

Ferenc Krausz (61 ans) est un chercheur austro-hongrois qui a fait ses études à Budapest puis a soutenu sa thèse de doctorat à Vienne, en Autriche. Il est le directeur de l'Institut Max-Planck d'optique quantique en Allemagne depuis 2003 et professeur à l'Université Louis-et-Maximilien de Munich. Il a reçu le Prix Wolf de Physique en 2022 (voir ci-après).

Anne L'Huillier (65 ans), née à Paris, normalienne, agrégée de mathématiques, est professeure de physique atomique à l'Université de Lund en Suède. Docteure d'État en physique de l'Université Pierre-et-Marie-Curie à Paris, physicienne au CEA de Saclay, elle a été élue membre de l'Académie royale suédoise des Sciences en 2004 et a déjà reçu plusieurs récompenses remarquables, dont le prestigieux Prix Wolf de Physique en 2022 avec le Canadien Paul Corkum et Ferenc Krausz, « pour leur contributions pionnières à la science des lasers ultrarapides et à la physique attoseconde », généralement le prix antichambre du Nobel.

Comme c'est de tradition, l'Académie royale suédoise ne récompense pas des chercheurs mais des découvertes, ce qui généralement signifie un Nobel partagé, car peu de découvertes s'obtiennent sans collaboration. Celle récompensée ce 3 octobre 2023 est intéressante car elle permet de meilleurs moyens d'observation.

Les trois lauréats ont réussi à créer des impulsions lumineuses extrêmement courtes dont l'objectif est de mesurer des processus rapides, permettant de mieux explorer le comportement des électrons dans les atomes (mouvements, changements de niveau d'énergie, etc.). Les changements des électrons sont de l'ordre de l'attoseconde, et ce sont des impulsions du même ordre que les chercheurs ont atteintes. En quelques sortes, les trois chercheurs ont réalisé des lasers qui permettent de filmer les électrons en action.

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L'attoseconde, c'est un milliardième d'une nanoseconde, c'est-à-dire un milliardième d'un milliardième de seconde. Pour avoir une comparaison, l'Académie royale suédoise des Sciences a donné cette équivalence : « Une attoseconde est si courte qu’il y en a autant en une seconde qu’il y a eu de secondes depuis la naissance de l’Univers. ».

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Ce sont des travaux très intéressants car ils ouvrent la porte à un monde qu'on a peu exploré expérimentalement. On pourra avoir des cohérences (ou pas) avec les théories quantiques et on pourra peut-être découvrir expérimentalement des phénomènes jusqu'ici inimaginables, qui pourraient donner lieu à de nouvelles théories soit qu'elles complètent les théories actuelles, soit même qu'elles les révolutionnent.

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La présidente du Comité Nobel de Physique Eva Olsson était très enthousiaste : « Nous pouvons désormais ouvrir la porte du monde des électrons. La physique attoseconde nous donne l'occasion de comprendre les mécanismes régis par les électrons. La prochaine étape consistera à les utiliser. ». Des applications sont déjà envisagées dans des domaines très différents allant de l'électronique à la médecine, en particulier en matière de diagnostic médical par l'identification de la structure des molécules. Bravo aux trois lauréats, et bravo à la France qui en a formé et fait travailler deux (bravo au CEA de Saclay par la même occasion !).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 octobre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Prix Nobel de Physique 2023 : les lasers ultrarapides, la physique attoseconde... et la France récompensée !
Des essais cliniques sauvages ?
John Wheeler.
La Science, la Recherche et le Doute.
L'espoir nouveau de guérir du sida...
Louis Pasteur.
Howard Carter.
Alain Aspect.
Svante Pääbo.

Frank Drake.
Roland Omnès.
Marie Curie.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231003-physique-attoseconde.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/prix-nobel-de-physique-2023-les-250736

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/10/03/40061794.html








 

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23 juin 2023 5 23 /06 /juin /2023 05:27

« Nous avons trouvés cinq éléments de débris, qui nous ont permis de dire qu'ils appartiennent au Titan. » (John W. Mauger, le 22 juin 2023).




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C'est en début de soirée, vers 21 heures, ce jeudi 22 juin 2023, que le communiqué terrible mais prévisible du contre-amiral John W. Mauger, commandant de district des gardes-côtes américains chargées, parmi d'autres, de retrouver le submersible d'OceanGate, le Titan, a annoncé la triste nouvelle. Cinq débris ont été retrouvés sur le sol, au fond de l'océan, à 500 mètres de l'épave du Titanic, des débris provenant assurément du Titan, ce qui signifierait que le submersible aurait implosé.

On aura probablement des précisions plus tard, mais le scénario d'une implosion peu avant la fin de la descente à 3 800 mètres de fond semble la plus probable, donc, dès la fin du signal, le dimanche 18 juin 2023. Cela signifierait que les cinq passagers, d'une part, n'auraient pas pu voir l'épave du Titanic, et d'autre part, n'auraient pas eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait, loin de ce qu'on pouvait craindre initialement, à savoir qu'ils allaient mourir par manque d'oxygène au bout de quatre jours.

La cause de l'implosion est encore très difficile à déterminer, le hublot qui n'aurait pas résisté aux fortes pressions ? la structure de fibre de carbone qui n'aurait pas tenue aux fortes pressions ? l'étanchéité de la "porte d'entrée" ? etc. Le titane est un matériau très dur mais léger, la fibre de carbone aussi est un matériau très léger. En revanche, peut-être manquait-il un matériau ductile, plus mou pour permettre certaines contraintes au sein du matériau ? Mais ces considérations techniques importent peu à cette heure : c'est d'abord une tragédie humaine qui a fait cinq victimes avec la douleur et l'émotion qu'impose la mort à leurs proches.

On peut citer le cofondateur d'OceanGate, un baroudeur, Stockton Rush (61 ans), un Américain qui n'avait peur de rien, dont la femme était une descendante, l'arrière-arrière-petite-fille d'un couple de personnes très aisées, Isidor et Ida Straus, qui ont perdu la vie lors du naufrage du Titanic. Dans le film de James Cameron, ce couple a été romancé par l'homme qui refusait d'aller dans un canot de sauvetage tant qu'il y aurait des enfants sur le pont ; alors sa femme, qui était déjà monté sur le canot, en est descendue et a rejoint son mari, et les deux sont morts ainsi. On a retrouvé très rapidement le corps d'Isidor, mais pas celui d'Ida. On peut comprendre que la passion de Stockton Rush était ancrée jusque dans la chair. Son épouse était d'ailleurs déjà descendue plusieurs fois voir l'épave du Titanic et est la responsable de communication de l'entreprise. Stockston Rush était le pilote de la mission, avec une double formation d'ingénieur de l'aérospatial à la Princeton University (1984) et un MBA à l'University of California, à Berkeley (1989).

On peut citer aussi l'ancien capitaine de frégate Paul-Henri Nargeolet, né à Chamonix il y a 77 ans, plongeur sous-marin à l'IFREMER (Institut français de recherches pour l'exploitation de la mer) et directeur des programmes de recherches sous-marines sur l'épave du Titanic dont il est l'un des plus grands spécialistes. Sa mort affecte toute la profession car il était une référence (on l'appelait monsieur Titanic). Il a fait beaucoup de recherches d'épaves de navire ou d'avion en mer. Avant son expédition dans le Titan, il considérait l'engin peu sûr, sans certification, notamment pour le hublot beaucoup plus grand que ce qui se fait (diamètre de 60 centimètres adapté seulement jusqu'à 1 300 mètres de profondeur), mais il ne pouvait pas ne pas y aller, car il était fasciné par le Titanic. D'ailleurs, si on a souvent évoqué la mémoire des passagers très riches du Titanic, lui, il voulait aussi s'attarder sur les passagers de la troisième classe, et c'était la raison pour laquelle il revenait souvent autour de l'épave, pour collecter quelques éléments de ces vies dont la mémoire s'est évaporée.

Les trois autres passagers étaient les "clients" à 250 000 dollars par personne, le britannique Hamish Harding, qui allait avoir 59 ans samedi, patron d'Action Aviation et lui aussi baroudeur, il a été touriste spatial sur le Blue Origin le 4 juin 2022, mais avant, du 9 au 11 juillet 2019, à la tête d'une équipe de plus de 100 collaborateurs, il a obtenu le record de rapidité du tour du monde en passant par les pôles Nord et Sud au bord d'un jet d'affaire Golfstream G650ER (en 46 heures et 40 minutes). Il a aussi visité en 2016 le pôle Sud avec Buzz Aldrin, l'un des trois astronautes de la mission Apollo 11 (et le seul survivant, il a actuellement 93 ans). Les deux autres sont l'homme d'affaire britannique et pakistanais Shahzada Dawood (48 ans) et son fils Suleman (19 ans), un étudiant de l'University of Strathclyde, à Glasgow en Écosse.

James Cameron, le réalisateur du célèbre film "Titanic" qui est sorti le 19 décembre 1997 (avec Kate Winslet et Leonardo DiCaprio), a déclaré le 22 juin 2023, une fois la triste nouvelle annoncée, qu'il y avait une comparaison à faire entre le capitaine du Titanic Edward John Smith qui n'avait pas voulu réduire la vitesse malgré les avertissements de présence d'icebergs, et Stockton Rush qui pilotait le Titan et qui considérait qu'il fallait prendre des risques pour accélérer l'innovation.

Il faut par exemple noter que le Titan était commandée par une manette de jeu vidéo assez classique... et il n'y avait à bord même pas une manette de rechange. Bertrand Sciboz, fondateur de la société CERES spécialisée en recherches marines, expliquait ce jeudi soir que même si on lui donnait 250 000 dollars, il ne serait pas allé dans le Titan, tant sa sécurité était incertaine à son avis.

Le tarif de 250 000 euros aurait été loin de compenser le coût réel de cette expédition, si elle avait réussi. Avec son échec, le coût est bien plus important (de l'ordre de 100 millions de dollars pour l'arrivée des secours qui n'ont malheureusement pas pu empêcher la perte des vies humaines).

Néanmoins, il y a un marché et OceanGate se voulait visionnaire sur ce marché, celui de petits submersibles, souples, faciles à manœuvrer et à amener sur les lieux de plongée. Un marché aussi juteux que celui des jets d'affaires pour permettre à des personnes riches de faire du tourisme sous-marin. On pense bien sûr à Tintin et surtout au professeur Tournesol qui avait conçu et réalisé un petit submersible en forme de requin pour visiter les fonds marins et trouver le fameux trésor de Rackham le Rouge. Mais Hergé, qui avait aussi songé à la fusée pour aller sur la Lune (à l'instar de Jules Verne), n'imaginait pas faire descendre l'appareil aussi profondément que le Titan, car c'est bien de cela qu'il s'agit, l'arrêt du contact a eu lieu peu avant la fin de la descente, et donc, le submersible a dû dépasser une pression seuil qui a dû pulvériser la coque en titane et en fibre de carbone ou un élément de celle-ci.

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Plus généralement, le tourisme, qu'il soit spatial ou sous-marin, aussi fou soit-il, a aussi un objectif louable : celui d'investir dans l'innovation là où les États, déjà surendettés, ne peuvent plus aller (on le voit clairement pour l'exploration spatiale aux États-Unis et même la pour recherche de nouveaux vaccins en France, lors de la crise du covid-19). Et au-delà de l'investissement sur le projet lui-même, les répercussion technologiques sont impossibles à imaginer précisément (par exemple, aller sur la Lune a permis de développer de nouveaux matériaux et et surtout, de nouveaux isolants thermiques). Même les opérations, d'abord de sauvetage (initialement) puis d'investigations sur l'implosion de Titan (on a envoyé des robots inspectés le sol marin pour retrouver d'autres débris) auront probablement leur utilité scientifique comme à chaque enquête à la suite d'une catastrophe (en particulier celles de Tchnernobyl, et Fukushima, etc. qui ont permis de renforcer les mesures de sécurité nucléaire).

Venons-en à ce qui m'apparaît comme une fausse polémique mais d'une réelle sincérité, déjà naissante avant la connaissance de la triste tragédie : pourquoi mettre autant de moyens pour cinq passagers seulement qui ont voulu faire les ploucs dans les fonds marins et rester indifférents quand des centaines de réfugiés meurent noyés à la suite du naufrage d'un bateau qui a tenté la traversée de la Méditerranée ?

La réponse est pourtant connue : tous les moyens sont mis en œuvre pour sauver des vies humaines, quelles qu'elles soient. C'est la règle des marins d'aller sauver ceux qui sont en difficulté. S'il y a moins de moyens pour les réfugiés, c'est parce que très vite après le naufrage, il n'y a plus d'espoir de retrouver une personne vivante, au contraire des passagers du Titan pour lesquelles on devait faire l'impossible pour les repêcher (probablement que moins de moyens auraient mis en œuvre si on avait su dès le départ qu'il n'y avait plus aucun espoir de les sauver).

Des sauvetages en mer, c'est une activité en elle-même, et la spécialité de quelques entreprises, et partout, dans toutes les mers, dans tous les océans. Paul-Henri Nargeolet était l'exemple justement d'homme qui a consacré sa vie à retrouver des épaves de bateau ou d'avion. Et à récupérer des objets voire des corps.

La vrai différence, ce n'est pas les moyens de sauvetage mis en œuvre, mais l'écho médiatique des sauvetages. Celui du Titan rassemblait au moins trois éléments : il s'agit de la vie des personnes riches (pour certains passagers) et malgré tous les slogans anti-riches (du moins en France), la richesse fascine ; le Titanic fascine également, et pas seulement depuis le film de Cameron ; enfin, je l'ai évoqué plus haut, l'idée que cinq personnes puissent se retrouver piégées dans une sorte de grosse marmite sans avoir plus d'air (ni d'eau ni de nourriture) pendant plus de quatre jours avait de quoi angoisser tout le monde, par le simple phénomène d'identification : on se met à leur place et on veut savoir si on peut les sauver (hélas, ici, la réponse est non).

J'ai déjà, ici, évoqué, encore hélas récemment, le naufrage de centaines de réfugiés dans la Méditerranée, qui était déjà un cimetière il y a dix ans, et qui continue à l'être, sans arrêt même si c'est avec moins de victimes. C'est scandaleux, révoltant, la conscience humaine est heurtée à chaque naufrage, et heureusement, on cherche à agir pour éviter que cela recommence, avec plus ou moins de succès sur du long terme. Oui, les victimes sont des centaines, souvent perdues dans l'anonymat, au contraire des cinq passagers dont on peut mettre des noms, des visages, des existences.

C'est le cas aussi des attentats terroristes, on a pu évoquer personnellement chacune des victimes des attentats de janvier 2015, mais pas celles, trop nombreuses, des attentats du 13 novembre 2015 à Paris ou du 14 juillet 2016 à Nice. On pourra dire de même sur l'anonymat des centaines de milliers de victimes de la guerre en Ukraine (dans les deux camps), et pourtant, on ne peut pas dire qu'on passe sous silence médiatique cette tentative d'absorption de tout un pays ratée.

Ce triste dénouement, qui était, je le regrette et répète, prévisible, me fait penser aussi à une autre catastrophe. J'avais hier évoqué le naufrage du Koursk qui, après des explosions, a eu 24 rescapés dont la vie a finalement été sacrifiée par Vladimir Poutine en les laissant tomber au nom de la raison d'État. J'avais aussi évoqué l'explosion de la navette Challenger, un petit détail qui n'a pas collé et il est fort probable que pour le Titan, ce soit aussi un petit détail qui a provoqué l'implosion.

Avec cette annonce du jeudi soir, je ferais aussi une troisième comparaison avec le massacre de Katyn qui a coûté la vie à environ 22 000 militaires et civils polonais en avril et mai 1940 près de Smolensk sur ordre de Staline et Beria. Après la fin de l'URSS, la Russie a reconnu les faits. Le 7 avril 2010, Vladimir Poutine, Premier Ministre de la Russie, et Donald Tusk, Premier Ministre de la Pologne, se sont rencontrés à Katyn pour commémorer le soixante-dixième anniversaire du massacre (Poutine a alors déclaré, très sagement : « Un crime ne peut être justifié d'aucune manière. Nous sommes tenus de préserver la mémoire du passé. Nous n'avons pas le pouvoir de changer le passé, mais nous pouvons rétablir la vérité et la justice historiques. »).

Trois jours plus tard, le 10 avril 2010, devait rejoindre les deux Premiers Ministres une grande délégation d'officiels polonais, en particulier le Président de la République de Pologne, Lech Kaczynski, le dernier Président du gouvernement polonais en exil Ryszard Kaczorowki, et 94 autres passagers et membres d'équipage (dont des parlementaires, des généraux, un évêque, des représentants des familles des officiers morts au massacre de 1940, etc.) qui ont tous été tués car leur avion s'est écrasé à l'arrivée à l'aéroport de Smolensk.

On peut ainsi évoquer, dans les deux cas, une double tragédie, l'une se surajoutant bien plus tard à la première et en raison de la première : le naufrage du Titanic pour l'un, le massacre de Katyn pour l'autre ; l'implosion du Titan venu observer l'épave du Titanic cent onze ans plus tard pour l'un, la catastrophe aérienne de Smolensk d'une délégation venant acter la reconnaissance du massacre par la Russie pour l'autre.

Dans une tribune publiée par "Les Échos" le 22 juin 2023 (avant de connaître l'horrible dénouement), Jacques Attali a évoqué effectivement les bateaux de réfugiés (« Qui a cherché à entendre des cognements dans la carcasse de ce misérable bateau de pêche, où on savait qu’avaient été enfermés des centaines de femmes et d’enfants ? ») et en a profité pour sensibiliser les médias sur le naufrage climatique actuel de la planète : « Nous n’avons pas encore coulé. Ni comme le Titanic, ni comme le Titan, ni comme ce bateau de pêche anonyme. Nous ne sommes pourtant pas loin de la catastrophe. C’est une affaire de deux décennies, c’est-à-dire rien. Nous avons encore le temps de faire ce que je nomme "le Grand Virage". Nous ne sommes absolument pas en train de le faire. On se contente de rassurer les vivants d’aujourd’hui avec quelques mesures de façades qui n’empêcheront pas le monde de devenir, à très court très terme, un enfer invivable. Il faut l’assumer. ».

Auparavant, pour commenter la disparition du Titan, il a écrit : « Tous les travers de notre époque s’y trouvent rassemblés : la fascination pour le spectacle de la mort, le goût illimité des plus riches pour la consommation la plus luxueuse et pour les sensations fortes, la panne d’une machine à qui on a trop demandé, la passion des médias pour la vie des riches, la folie dispendieuse des puissants faisant tout pour sauver leurs proches, l’usage de tout, même du pire, pour créer des sources de spectacle et de profit. Comme un nouveau Titanic refaisant les mêmes erreurs mortelles que le précèdent. Et dont certains se préparent déjà, d’ailleurs, sans doute à faire des films. (…) N’oublions pas d’ailleurs que le nom du Titanic fut justement choisi en référence orgueilleuse aux Titans, nom générique des fils de Gaia et d’Ouranos, dont Chronos qui fut combattu par le seul de ses fils qu’il n’avait pas dévorés ; Zeus qui finit par vaincre son père et le noyer (…). ».


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (23 juin 2023)
http://www.rakotoarison.eu


(Les trois illustrations ont été dessinées par Hergé et proviennent de l'album des aventures de Tintin "Le Trésor de Rackham le Rouge", éd. Casterman).


Pour aller plus loin :
Le Titan d'OceanGate : chronique d'une tragédie annoncée.
Après le Titanic, le Titan d'OceanGate ?
Éric Tabarly.
Jean-François Deniau.
La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
La Méditerranée, rouge de honte (2015).
Méditerranée orientale : la France au secours de la Grèce face à la Turquie.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230622-titan-oceangate.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/le-titan-d-oceangate-chronique-d-248974

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/06/22/39949130.html





 

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22 juin 2023 4 22 /06 /juin /2023 05:46

« Je vois mal comment on pourra ramener les passagers du submersible parmi nous. » (Jean-Philippe Marre, le 22 juin 2023).




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Non, il n'y a pas de malédiction autour du Titanic. L'épave du paquebot Titanic, qu'on avait un peu trop théoriquement et trop orgueilleusement appelé l'Insubmersible et qui a coulé le 15 avril 1912 au large de Terre-Neuve dans l'Atlantique nord, repose à 3 821 mètres de fond et a été découverte le 1er septembre 1985 par Robert Duane Ballard dans le cadre d'une mission franco-américaine et depuis cette date, des dizaines d'expéditions scientifiques sont venues compléter notre connaissance de l'épave, jusqu'à maintenant sans accident malgré la grande profondeur et les nombreux dangers que suscite l'épave (des tôles peuvent à tout moment se détacher, etc.). S'il y avait malédiction, on l'aurait su... mais parler de malédiction, c'est déjà parler de superstition, cela fait vendre (comme pour l'Égypte antique), mais ce n'est pas de la science !

Cependant, la disparition du submersible d'OceanGate, le Titan, sans nouvelle depuis le 18 juin 2023 (une heure quarante-cinq après le début de sa descente), a de quoi fortement inquiéter. On évoque submersible plutôt que sous-marin en ce sens que l'appareil n'est pas autonome et a besoin d'un navire à ses côtés. À l'intérieur très exigu, cinq hommes dont la vie aujourd'hui est en grave danger.

Généralement, les expéditions sont scientifiques mais OceanGate a développé du tourisme de plongée. Un peu comme les fusées de tourisme, l'entreprise propose à des personnes plutôt riches (jugez-en : 250 000 dollars le billet d'entrée, mais certains ne sont pas milliardaires, des passionnés capables de vendre leur résidence pour cette exceptionnelle aventure) de visiter l'épave du Titanic qui a toujours fasciné les personnes (avant même le film de James Cameron qui en a popularisé une histoire d'amour).

À bord, il y a deux hommes d'affaires et le fils de l'un d'eux, le patron d'OceanGate Stockton Rush et un Français, l'un des experts de ce genre d'expédition, Paul-Henri Nargeolet (77 ans), spécialiste de l'épave du Titanic.

Le naufrage du Titanic a tué environ 1 500 personnes pour 700 rescapés. Faire du tourisme sur cette base est particulièrement de mauvais goût (il était même question de venir se marier près de l'épave, pour 1 million de dollars !), mais plus généralement, comme dans les vols spatiaux, permettre à des millionnaires de faire du tourisme est un sujet qui nécessite discussion (ce n'est pas nouveau, certains faisaient des tours dans le Concorde sans but de déplacement pour quelques milliers de dollars). Mais ce n'est pas le sujet du jour qui est de sauver des vies, de pouvoir détecter le submersible et le ramener à la surface avant qu'il ne soit trop tard. Il faut être hélas pessimiste à cette heure.

L'appareil construit en 2017 et qui pèse un peu plus de 10,4 tonnes est composé d'une capsule en titane et fibre de carbone. Il mesure 6,7 mètres, est équipé de quatre propulseurs électriques qui lui permettent de se mouvoir à une vitesse de 5,6 kilomètres par heure et peut descendre à la vitesse de 55 mètres par minute jusqu'à 4 000 mètres de profondeur. Une plongée est prévue pour durer environ huit heures, deux heures pour descendre, quatre heures d'observation et deux heures pour remonter.

Dans l'appareil, l'autonomie d'oxygène est de 96 heures pour cinq passagers, si bien qu'à partir de ce jeudi 22 juin 2023 à 13 heures 08, heure de Paris, il n'y aura plus d'oxygène. De plus, le patron d'OceanGate était tellement sûr de son appareil qu'il n'avait emporté qu'une ou deux bouteilles d'eau et peut-être de quoi grignoter un repas (il est déconseillé de trop manger pour des raisons de commodités). Paul-Henri Nargeolet n'était pas très rassuré par ce submersible mais trop passionné voire fasciné par l'épave du Titanic, il n'a pas su résister à la tentation de participer à cette mission.

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Un autre sujet qui sera probablement débattu ultérieurement (car pour l'instant, il y a l'urgence à sauver les passagers), c'est sur la sécurité du submersible. Un expert aurait été licencié d'OceanGate pour avoir justement notifié des failles de sécurité. Certains auraient annoncé que le submersible ne pouvait pas plonger au-delà de 1 300 mètres de profondeur, en raison de la présence du hublot de 60 centimètres de diamètre, ce qui est énorme (généralement, les hublots font à peine 20 centimètres de diamètre pour permettre à l'appareil d'atteindre des grandes profondeurs).

Autre point étonnant, le processus de sécurité aurait dû faire qu'en cas de problème (par exemple une panne d'énergie), le submersible se mette automatiquement en route vers la surface de l'eau, ce qui ne semble pas le cas. Mais la polémique se concentrera probablement sur un point crucial : l'impossibilité de communiquer entre le submersible et le monde extérieur, si bien qu'il est impossible de connaître sa position alors qu'une balise GPS aurait probablement suffi à le localiser (mais peut-elle vraiment fonctionner à 4 000 mères de profondeur ?).

Enfin, on se posera aussi la question des normes et de la réglementation, n'importe quel appareil peut-il plonger dans des eaux internationales sans agrément d'aucun organisme de contrôle ? Le patron d'OceanGate avait justifié que l'absence de réglementation permettait l'innovation et le progrès technique, ce qui n'est pas faux et est également un sujet de débat ultérieur. Jean-Philippe Marre, membre de l'Association française du Titanic, expliquait sur BFMTV ce 22 juin 2023 dans la matinée : « Sa conception n'est pas optimale et n'a été certifiée par aucune autorité. ».

La disparition du Titan d'OceanGate me fait hélas penser à deux catastrophes, très différentes par ailleurs mais qui ont provoqué le même type d'émotion internationale.

La première est le naufrage du K-141 Koursk, le sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière russe, le 12 août 2000 en mer de Barents, qui a coûté la vie à 118 militaires russes (24 hommes avaient survécu aux deux explosions mais n'ont pas pu être secourus). Le 21 août 2000, le sous-marin a été localisé et "ausculté" et il a fallu une année pour remonter les corps de 115 victimes.

La seconde était l'explosion de la navette spatiale américaine Challenger le 28 janvier 1986, lancée à la vitesse de 3 200 kilomètres par heure, 73 secondes après le décollage, à cause d'un joint défectueux près d'un réservoir d'hydrogène. Construite le 3 novembre 1980, cette navette, la deuxième navette américaine, avait déjà effectué neuf missions. Cette mission fatale devait être la mission banalisée, celle qui ne devait plus être considérée comme un exploit technique et humain. En effet, parmi les sept victimes s'est trouvée la première personne "amatrice" ("citoyenne de l'espace") à aller dans l'espace, sélectionnée parmi 11 500 postulants, Christa MacAuliffe (38 ans), professeur de sciences sociales dans un lycée.

Plus que les heures, les minutes sont maintenant comptées, hélas. Même si le Titan était localisé, il faudrait encore prendre le temps de le remonter en surface pour sauver les passagers avant l'irrémédiable, ce qui ne semble plus, à cette heure, hélas, dans le champs des possibles.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (22 juin 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Après le Titanic, le Titan d'OceanGate ?
Éric Tabarly.
Jean-François Deniau.
La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
La Méditerranée, rouge de honte (2015).
Méditerranée orientale : la France au secours de la Grèce face à la Turquie.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230621-titan-oceangate.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/apres-le-titanic-le-titan-d-248959

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/06/22/39948323.html









 

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20 février 2023 1 20 /02 /février /2023 20:22

Le 20 février 2023 a été publiée dans "Nature Medicine" l'annonce d'une étude qui fait état de la guérison d'une troisième patient attentint de leucémie et infecté au virus VIH. On peut lire cette publication sur Internet.

Jensen, BE.O., Knops, E., Cords, L. et al. "In-depth virological and immunological characterization of HIV-1 cure after CCR5Δ32/Δ32 allogeneic hematopoietic stem cell transplantation". Nat Med (2023)
    Received : 05 August 2022
    Accepted : 09 January 2023
    Published : 20 February 2023
    DOI : https://doi.org/10.1038/s41591-023-02213-x

Cliquer sur le lien pour télécharger la publi (fichier .pdf) :
https://www.nature.com/articles/s41591-023-02213-x.pdf

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230220-sida.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20230220-publi-aids-hiv.html


 

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5 octobre 2022 3 05 /10 /octobre /2022 05:53

« En révélant les différences génétiques qui distinguent tous les humains vivants des hominidés disparus, ses découvertes ont donné la base à l’exploration de ce qui fait de nous, humains, des êtres aussi uniques. » (Comité Nobel, 3 octobre 2022).



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Le biologiste suédois Svante Pääbo a reçu le Prix Nobel de Médecine ce lundi 3 octobre 2022. Nobélisable depuis une vingtaine d'années, ce scientifique n'y croyait plus et lorsque Thomas Perlmann, le secrétaire du Comité Nobel, l'a appelé à Leipzig (où il travaille), il était formidablement heureux : « Il était sans voix, très heureux, il m'a demandé s'il pouvait le dire à sa femme, j'ai dit d'accord. ».

Évidemment, d'un point de vue personnel, recevoir le Nobel est une consécration pour un chercheur, surtout lorsqu'il est attribué seul et à l'âge de 67 ans. Après des dizaines de grandes récompenses, honneurs, gratifications internationales, Svante Pääbo était déjà un généticien reconnu et réputé depuis des décennies, faisant souvent d'ailleurs les unes de journaux avec ses découvertes et considéré même comme l'une des cent personnes les plus influentes du monde en 2007 par le magazine "Time".

Mais il faut aussi se réjouir du point de vue de la science, car il a ouvert une voie extrêmement fructueuse pour la science. Il s'est en effet spécialisé dans l'extraction et le décodage des ADN provenant d'êtres anciens, préhistoriques. En d'autres termes, il est capable de décrypter le code génétique de vivants anciens qui n'existent plus, ou presque plus puisque certains gènes pourraient quand même perdurer avec les vivants d'aujourd'hui.

On appelle ce domaine la paléogénétique et ses travaux relèvent d'un grand exploit, car les difficultés techniques sont nombreuses pour éviter les dégradations par le temps et les pollutions de l'ADN recueilli par des éléments actuels (contaminations par des bactéries ou d'ADN humains).

J'ai eu déjà l'occasion de présenter deux de ses résultats intéressants, en 2007 sur la rousseur des néandertaliens et en 2010 sur le contact entre les néanderdaliens avec les homo sapiens que nous sommes tous.

Svante Pääbo travaille à Leipzig, en Allemagne, dans le prestigieux Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste, où il a créé en 1997 le département génétique (le paléoanthropologue français Jean-Jacques Hublin est responsable, quant à lui, du département évolution).

Entre autres résultats, les analyses ont montré que les néandertaliens et les homo sapiens ont bifurqué dans leur évolution il y a environ 500 000 ans (ancêtre commun). Si l'homme de Néandertal a disparu il y a 25 à 30 000 ans, on a pu démontrer que l'homo sapiens avait reçu en héritage des néandertaliens environ 2% des gènes, tous les homo sapiens (en 2010, on pensait que les populations habitant en Afrique subsaharienne n'avaient pas un tel héritage mais le trop faible échantillonnage était trompeur).

Par ailleurs, Svante Pääbo a pu identifier en mars 2010 une probable nouvelle espèce ou sous-espèce d'hominidé, l'homme de Denisova, dont des restes (une phalange fossilisée) ont été retrouvés en 2008 dans une grotte en Sibérie, datant d'environ 41 000 ans, uniquement par le séquençage du génome (généralement, cette identification se fait par la morphologie des os). En tout cas, cet hominidé est différent génétiquement des néandertaliens et des homo sapiens et a pourtant vécu assez récemment. Les dénisoviens ont eu un ancêtre commun avec les néandertaliens, et se sont aussi hybridés avec les ancêtres de certaines populations humaines actuelles (les Mélanésiens, les Aborigènes d'Australie, aussi les Tibétains qui possèdent en commun un gène permettant de s'adapter à la vie en altitude).

Chaque découverte d'os fossile d'origine plus ou moins humaine complique les connaissances sur l'origine de l'homo sapiens. En y rajoutant toute l'efficacité de la paléogénétique, on renforce encore plus la complexité du sujet. C'est donc un secteur amené à se développer pour mieux comprendre l'évolution des espèces, en particulier celles proches de l'homme moderne.


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On pourrait penser que l'attribution de ce Prix Nobel de Médecine est étonnante pour de telles découvertes, mais il ne faut pas oublier que même dans les recherches sur le passé, il peut y avoir des retours intéressant la vie quotidienne d'aujourd'hui. Ainsi, le scientifique a pu montrer que les personnes atteintes du covid-19 et portant un segment d'ADN de l'homme de Néandertal, en Europe et en Asie du Sud, hérité d'un croisement avec le génome humain il y a environ 60 000 ans, risquaient plus de développer des formes sévères de la maladie. Toute une science attend sur les épidémies et sur les capacités de résister ou pas aux infections en fonction d'un matériel génétique provenant aussi d'autres espèces d'hominidés.

Et pour l'anecdote, en 2014, Svante Pääbo avait annoncé publiquement qu'il était le fruit d'une relation extraconjugale avec sa mère Karin Pääbo, une chimiste estonnienne, et son père biologique, qui était le biochimiste suédois Sune Bergström (1916-2004) qui, lui-même, avait obtenu le Prix Nobel de Médecine en 1982 pour ses travaux sur la prostaglandine, quatre ans avant la soutenance de la thèse de doctorat de Svante Pääbo. Existerait-il donc un gène du Nobel ?


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (03 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le père de nos pères... serait néandertalien.
La rousseur du Néandertalien.
Notre arbre généalogique.
Yves Coppens.
Svante Pääbo.
Frank Drake.
Marie Curie.

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https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/svante-paabo-pionnier-de-la-244168

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4 octobre 2022 2 04 /10 /octobre /2022 12:26

Alain Aspect a soutenu sa thèse de doctorat ès sciences physiques le 1er février 1983 à la suite de sa fameuse expérience qui a démontré la violation des inégalités de Bell dans le phénomène de l'intrication quantique. On peut la lire sur Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger la thèse (fichier .pdf de 14 Mo) :
https://pastel.archives-ouvertes.fr/tel-00011844/document

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221004-alain-aspect.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20221004-these-aspect.html


 

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22 septembre 2022 4 22 /09 /septembre /2022 05:39

« Nous espérons un jour, ayant résolu les problèmes auxquels nous faisons face, rejoindre une communauté de civilisations galactiques. Ce disque représente notre espoir, notre détermination et notre bonne volonté dans un univers vaste et impressionnant. » (Message dans le disque envoyé par les deux sondes Voyager I et II).



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L’astrophysicien américain Frank Donald Drake est mort le 2 septembre 2022 en Californie à l’âge de 92 ans (il est né le 28 mai 1930 à Chicago). Ce chercheur de haute stature, qui a été étudiant et enseignant dans les meilleures universités américaines (Cornell et Harvard), spécialisé en radioastronomie, a voulu réaliser une sorte de stéthoscope spatial pour une finalité et une passion communes à beaucoup de ses contemporains : découvrir la vie extraterrestre.

Mais, à la différence des artistes, écrivains, cinéastes, dessinateurs, Frank Drake a voulu mettre la science au service de cette recherche. Au-delà de la science, il avait avant tout une conviction, qu’on peut appeler une croyance puisqu’il n’y a aucune preuve (encore aujourd’hui, hélas), c’est qu’il existe une vie extraterrestre dans l’Univers (cette croyance est partagée par beaucoup de monde, quelle que soit leur religion ou non religion, et peut s’appuyer sur l’axiome inverse : comment serait-il possible que la Terre soit la seule planète à y connaître la vie ?).

Son premier projet d’écoute dans l’Espace a pris le nom d’une princesse, celle du monde du Magicien d’Oz, le projet Ozma qui s’est déroulé entre avril 1960 et juillet 1960 à l’Observatoire de Green Bank, sans de réels résultats. L’idée était de capter un signal intelligent d’origine extraterrestre, en pointant un radiotélescope de 26 mètres de diamètres (construit en 1958) vers des étoiles qui pourraient contenir des exoplanètes (planètes n’appartenant pas au système solaire mais à d’autres étoiles : à l’époque, on n’avait encore pas eu d’observation concrète d’exoplanètes).

L’astronome s’est basé sur les travaux de deux chercheurs de l’Université de Cornell, Giuseppe Cocconi et Philip Morrison, qui ont publié le 19 septembre 1959 un article majeur dans la célèbre revue "Nature" (vol. 184, n°4690, pp. 844-846) intitulé "Searching for Interstellar Communication" dans lequel les deux auteurs se mettaient dans la peau d’extraterrestres intelligents qui, forcément, chercheraient à communiquer avec d’autres civilisations dans l’Univers, en estimant la fréquence de ces signaux.

Frank Drake a choisi de pointer vers les étoiles Tau Ceti et Epsilon Eridani, parmi les étoiles les plus proches du Soleil (respectivement à 12 et à 11 années-lumière du Soleil), et de même type que le Soleil. En outre, il a aussi choisi de regarder dans les micro-ondes, 1 420 MHz, ce qu’émet l’atome d’hydrogène, comme le proposaient Giuseppe Cocconi et Philip Morrison (par exemple, aucune onde aux fréquences qui sont absorbées par l’atmosphère terrestre, car les radiotélescopes ne les détecteraient pas… et les auteurs pensaient que les extraterrestres seraient assez intelligents pour savoir que ça absorberait).

Cette première tentative a conduit Frank Drake à proposer en 1961 une équation (assez loufoque, il le faut dire) qui détermine une estimation du nombre possible de civilisations extraterrestres dans notre galaxie (la Voie lactée) capables et envieuses d’entrer en relation avec "nous" (nous les humains), mais ce nombre dépend d’autres nombres à l’estimation tout aussi difficile à donner. Cette équation a été reprise sans arrêt et dans les estimations, mêmes les pires, on trouve ce nombre très supérieur à 1, ce qui signifie qu’il y a des raisons de penser que des extraterrestres intelligents capables de communiquer avec nous, et le souhaitant, existent très probablement dans la Voie lactée. Or, la critique qu’on peut en faire, c’est que pour l’instant, la valeur observée de ce nombre, c’est 1, uniquement nous.

Mais qu’importe cette loufoquerie de physicien, car l’aspect psychologique n’est pas à prendre à la légère : la recherche d’extraterrestre est aussi une recherche psychologique, sociologique, et pas seulement des maths et de la physique. Or, ce premier projet et cette équation ont apporté dans les années 1960 un optimisme très important dans la communauté des astronomes pour dire qu’il y a forcément des civilisations intelligentes extraterrestres. Cela a encouragé les initiatives de détection de signaux d’origine extraterrestre.

D’autres projets sont menés par Frank Drake qui ont tous l’objectif de détecter un signal intelligent dans l’Univers (ce sont des projets SETI : search for extra-terrestrial intelligence). Beaucoup d’observatoires sont mis à contribution, en particulier le radiotélescope d’Arecibo à Porto Rico, mais aussi l’observatoire de Parkes en Australie et l’observatoire de Nançay en France, etc.

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Un autre grand astronome s’est aussi investi aux côtés de Frank Drake dans cette quête d’une intelligence extraterrestre, Carl Sagan, très connu aussi pour sa série de documentaires sur l’astrophysique, une série passionnante, certes un peu datée (il y a eu beaucoup de progrès, tant dans l’instrumentation que dans les découvertes, des exoplanètes par exemple à partir des années 2000), mais qui permet au profane de comprendre les fondamentaux.

Car Sagan a aidé Frank Drake à concevoir la plaque placée dans les deux sondes Pioneer 10 et 11 lancées le 3 mars 1972 et le 6 avril 1973. Ils ont aussi "rédigé" ensemble le message d’Arecibo, sous la forme d’un signal radio de 1 679 bits (sans les couleurs de la figure) envoyé le 16 novembre 1974 vers l’Amas d’Hercule à 25 100 années-lumière du Soleil. Enfin, Carl Sagan a pris la tête du commission pour définir le contenu d’un disque placé dans les deux sondes Voyager I et II lancées le 5 septembre 1977 et le 20 août 1977.

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Dans tous ces messages adressés aux éventuels extraterrestres intelligents, il y a un côté très aléatoire et aussi très naïf. La chance pour qu’ils soient lus et surtout compris (en plus, ils sont déjà très complexes pour des humains communs !), est très faible, mais la naïveté, c’est en même temps d’être lucide, d’être conscient que cela peut voyager des millions d’années dans l’Espace et être détecté seulement après la mort de notre humanité.

La naïveté réside aussi dans l’américanocentrisme des scientifiques américains ainsi que celui du Président Jimmy Carter qui a enregistré ce message aux croisés de voyager le 16 juin 1977 : « Nous sommes une communauté de 240 millions d’êtres humains parmi plus de 4 milliards qui habitent la planète Terre. Nous, les êtres humains, nous sommes encore divisés en États-nations, mais ces États vont rapidement devenir une seule civilisation globale. Nous lançons ce message dans le cosmos. Il est probable qu’il survive un milliard d’années dans notre futur, quand notre civilisation aura été profondément modifiée et la surface de la Terre grandement transformée. ». La naïveté enfin de parler de "civilisations galactiques" et d’imagier de se croire dans un monde à la "Star War", mais un monde gentil.

Pour l’instant, aucune initiative des scientifiques pour écouter le monde extérieur n’a été couronnée de succès. Au contraire, pour des raisons budgétaires, on a délibérément coupé le micro des sondes Voyager parties pour l’instant très loin.

Communiquer entre les vivants, c’est l’enjeu permanent. Ne serait-ce qu’entre humains. Aujourd’hui, avec la globalisation des échanges, pas une langue n’échappe à une traduction en une autre langue (humaine). La communication avec les bébés, la communication avec des personnes malades ou en situation de handicap qui ne peuvent plus s’exprimer selon les canaux habituels, la communication, bien sûr, avec les animaux, où la patience fait faire des exploits passionnants de communication, toutes ces communications ont un même et seul enjeu, celui de transmettre à un autre être connaissance ou émotion.

Alors, communiquer avec les extraterrestres, trouver leur adresse, trouver les bons, ceux qui peuvent nous comprendre, qui peuvent nous repérer, mais qui ne sont pas fous haineux à vouloir nous détruite, des qui sont en rapport avec nous dans l’unité de temps et l’unité de lieu (chaque année-lumière n’hésite une année fois deux pour communiquer), c’était l’intuition ultime de Frank Drake, et peut-être que maintenant qu’il a passé le cap, il sait s’il a eu raison. Ou il ne sait toujours pas.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2022)
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Pour aller plus loin :
Frank Drake.
Neil Armstrong.
Albert Einstein.
Roger Penrose.
La mort de l’horloge parlante.
Yves Coppens.
Cédric Villani.
Pierre-Gilles de Gennes.
Pierre Teilhard de Chardin.
Luc Montagnier.
La Science, la Recherche et le Doute.
François Jacob.
Jacques Testart.
Robert Edwards.
Katalin Kariko.
Klim Tchourioumov.
L’exploit de Blue Origin, la fabrique du tourisme spatial écolo-compatible.
John Glenn.
Michael Collins.
Atterrissage de la navette Atlantis le 21 juillet 2011.
SpaceX en 2020.
Thomas Pesquet.
60 ans après Vostok 1.
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Evry Schatzman.
Le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Le syndrome de Hiroshima.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
La relativité générale.
La PMA pour toutes les femmes désormais autorisée en France.
Bill Gates.
Benoît Mandelbrot.
Roland Omnès.
Marie Curie.

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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 05:20

« Neil figure parmi les plus grands héros américains, non seulement de son époque, mais de tous les temps. » (Barack Obama, le 25 août 2012).



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J’irais plus loin que le Président Barack Obama, trop américanocentré : pour moi, Neil Armstrong est le héros le plus grand de tous les temps, tout pays confondu. Il est mort il y a exactement dix ans, le 25 août 2012 à Cincinnati, dans l’Ohio, à l’hôpital, à la suite d’une opération du cœur faite le 7 août 2012 (en 2014, 6 millions de dollars ont été versés à la famille par l’hôpital pour arrêter les poursuites pour une éventuelle faute médicale). Il avait 82 ans, né le 5 août 1930. Les funérailles ont eu lieu le 31 août 2012 dans la banlieue de Cincinnati, et ses cendres ont été dispersées dans l’océan Atlantique le 14 septembre 2012 (il aurait certainement voulu sur le sol lunaire, mais il n’y avait pas de navette disponible).

Oui, l’astronaute américain Neil Armstrong est le premier homme qui a marché sur le Lune. Cela aurait pu être un autre, mais ce fut lui. Il a concrétisé des rêves de générations de gosses, des rêves de Jules Verne, de Tintin… Il a incarné aussi une certain vision prométhéenne du monde : l’homme serait capable de tout, de tout faire. On sait bien sûr que c’est une prétention vaine, et ces derniers temps, la revanche de la nature est assez féroce, que ce soit la pandémie avec un virus nouveau, ou des bouleversements climatiques en chaîne (en particulier, des poussées caniculaires nombreuses alors que jusque-là, elles étaient encore assez rares), etc.

Mais c’est surtout la réussite d’une politique ultravolontariste, celle de John Kennedy qui, mécontent de l’avance soviétique dans le domaine spatial (Youri Gagarine, premier homme dans l’Espace le 12 avril 1961), a voulu supplanter le rival politique en mettant tous les moyens technologiques et scientifiques pour atteindre un objectif carrément fou à l’époque, aller sur la Lune en moins de dix ans ! Au-delà de la simple rivalité scientifique, c’était aussi pour compenser l’humiliation après l’échec du débarquement de la baie des Cochons (17 au 19 avril 1961) qu’il fallait remettre les États-Unis sur la voie de l’exploit prestigieux.

Ainsi, parmi les héros, parmi les explorateurs, parmi les sportifs courageux, Neil Armstrong était hors catégorie et son "culte" a immédiatement pris son essor dès son retour de la mission Apollo 11 (tous les bouquins de science pour enfants en parlaient dans les années 1970). Son nom est mythique, aussi par sa célèbre phrase (que j’ai eu l’émotion d’entendre en direct mais j’avoue qu’à l’époque, je ne connaissais pas un mot en anglais !) : « That’s one small step for [a] man, one giant leap for mankind. » [C’est un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’humanité]. Sur la bande sonore, on n’entend pas l’article "a", il a donc prononcé "small step for man", généralisant en disant : un petit pas pour l’homme en général alors qu’il aurait voulu dire avec l’article indéfini "small step for a man", un petit pas pour un homme (en l’occurrence, lui).

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Étrangement, le premier homme sur la Lune a été très peu photographié durant sa mission. En effet, ce sont surtout des photos faites par lui qui ont été faites, et donc, représentant son compagnon de route Buzz Aldrin (l’homme au scaphandre avec le reflet, c’est ce dernier, ce n’est pas Neil Armstrong). Soyons juste : Neil Armstrong n’était pas le seul héros de cette mission, ils étaient trois dans l’équipe, Neil Armstrong, Buzz Aldrin (le seul survivant) et Michael Collins (mort l’année dernière) qui, lui, n’a pas posé son pied sur la Lune car il devait rester dans le module lunaire (quelle frustration !). Les trois ont été courageux, risquaient leur vie, et ont été honorés dès leur retour de mission par la planète entière (y compris par les Soviétiques, au même titre que Gagarine a été honoré par les Américains). C’étaient aussi tous les trois que Barack Obama a reçus à son bureau ovale à Washington, pour fêter le 40e anniversaire de l’exploit.

Petite précision : la date du premier pas est le 21 juillet 1969 si l’on se référencie au temps universel (UTC) mais c’était encore le 20 juillet 1969 à l’heure américaine, si bien que les deux dates sont données, selon la logique nationale (il est difficile de parler de fuseaux horaires terrestres sur la Lune !).

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Pourquoi Neil Armstrong a-t-il été choisi pour être le commandant de l’équipage d’Apollo 11 ? Il était un pilote d’avion et un astronaute expérimenté. Il avait participé à la mission Gemini 8 comme commandant de bord du 16 au 17 mars 1966, consistant à faire des premières opérations d’amarrage. Mais la mission avait été écourtée à cause d’un propulseur d’altitude défectueux. Ce fut Neil Armstrong qui a pris lui-même la décision de repartir sur Terre sans terminer la mission, pour ne pas risquer la vie des deux membres d’équipage. Ce qui l’a beaucoup déçu, mais à cette occasion, il a fait preuve d’un grand sang-froid et surtout, il a sauvé l’équipage (lui et David Scott).

Ce n’était pas la première fois qu’il faisait preuve de sang-froid en situation d’urgence absolue : déjà le 22 mars 1956, copilote d’un Boeing B-25, il avait réussi, avec le pilote (Stan Butchart), la prouesse de se poser sains et saufs après la désintégration de deux moteurs et le largage d’une fusée.

Neil Armstrong fut ensuite nommé commandant de bord de remplacement (les équipages sont toujours doublonnés) pour la mission Gemini 11 en septembre 1966 (à laquelle il ne participa pas). Neil Armstrong fut ensuite nommé commandant dans l’équipage de remplacement de la mission Apollo 8 en décembre 1968 (Buzz Aldrin a fait partie aussi de cette équipage de remplacement).

Ce fut probablement la mission Gemini 8 qui a qualifié Neil Armstrong pour commander la mission la plus importante d’Apollo. Depuis Gemini, on l’appelait "Mister Cool", « réputé pour son humour décalé mais surtout son sang-froid, son calme, sa capacité à prendre la bonne décision ». De pilote d’essai à astronaute, il avait déjà eu une très rigoureuse sélection et faisait partie de l’élite de pilotes susceptibles de piloter un avion spatial.

Après sa mission Apollo 11, Neil Armstrong a fait une tournée mondiale en automne 1969, puis s’est rendu en mai 1970 en URSS pour y faire une présentation scientifique à Leningrad, puis rencontrer le Premier Ministre soviétique Alexis Kossyguine à Moscou. Il a pu aussi découvrir le supersonique Tupolev Tu-144 mis en service en décembre 1975 (son premier vol a eu lieu en décembre 1968) ainsi que le centre d’entraînement des cosmonautes à la Cité des étoiles, à 25 kilomètres de Moscou.

Neil Armstrong a quitté la NASA en été 1971 et jusqu’en 1979, il a enseigné comme professeur d’ingénierie spatiale à l’Université de Cincinnati alors qu’il n’était diplômé que d’une maîtrise à peine achevée lorsqu’il a été recruté comme pilote d’essai en 1955. Ensuite, il a représenté certaines entreprises américaines pour les aider à promouvoir leurs produits, en particulier le constructeur automobile Chrysler en 1979. Il a également fait partie de deux commissions d’enquêtes sur des catastrophes spatiales, l’une sur Apollo 13 en 1970 et l’autre sur Challenger en 1986 (Ronald Reagan l’a nommé vice-président de la commission Rogers, dont étaient membres notamment le Prix Nobel de Physique Richard Feynman, Joe Sutter, le père du Boeing 747, et Chuck Yeager, premier pilote d’essai à avoir franchi le mur du son, le 14 octobre 1947).


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