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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 19:26

Document à télécharger : rapport de l'Académie des sciences sur le "changement climatique" (26 octobre 2010)

 

L'Académie des sciences a rédigé un rapport concernant les polémiques issues du débat entre scientifiques français sur le réchauffement climatique et la responsabilité humaine. Le rapport reprend le débat qui a eu lieu, à l'initiative de la Ministre de la Recherche Valérie Pécresse, le 20 septembre 2010. 

 

Ce rapport est téléchargeable à ce lien (fichier .pdf).

http://www.academie-sciences.fr/publications/rapports/pdf/climat_261010.pdf

 

Auteurs : Jean-Loup Puget, René Blanchet, Jean Salençon, Alain Carpentier, Jean-Yves Chapron.

 

La dernière annexe apporte une longue liste de documents qu'il est intéressant de consulter (et accessibles sur Internet).

 

SR

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 08:40

Document à télécharger : la publi dans "Nature" sur l'observation de la plus lointaine des galaxies.

 

Cette publi fait état de l'observation de la plus lointaine des galaxies, à savoir qui date de 600 millions d'années après le Big Bang ayant eu lieu il y a 13,7 milliards d'années. Cela correspond à un décalage vers le rouge de 8,55.

 

 

"Spectroscopic confirmation of a galaxy at redshift z = 8,6"

M. D. Lehner & al., Nature, vol 467, 940-942 (21 october 2010).

 

Commentaires de la revue "Nature".

 

(Cliquer sur les liens pour télécharger en .pdf)

 

SR

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 08:41

Le mathématicien Benoît Mandelbrot (inventeur des fractales) est mort le 14 octobre 2010 à 85 ans et demi.

 

Une photo de lui :

yartiMandelbrot01 

 

L'ensemble de Mandelbrot :

yartiMandelbrot03

 

L'ensemble de Mandelbrot, zoomé à l'infini :

http://0z.fr/drt86 

 

 

SR

 

 

 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 16:36

Les frères Bogdanoff n'ont réalisé aucune contribution scientifique selon un rapport du CNRS de novembre 2003.

 

Grishka et Igor Bogdanoff, présentateurs de télévision, avaient voulu accéder à la reconnaissance scientifique et pour cela, au cours des années 1990, ils ont voulu passer une thèse de doctorat, pour l'un en mathématiques et pour l'autre en physique théorique . Ces thèses ont finalement été laborieusement soutenues le 26 juin 1999 et le 8 juillet 2002 avec beaucoup de contestation de la part de la communauté scientifique.

 

L'hebdomadaire "Marianne" du 16 octobre 2010 s'est procuré un rapport datant de novembre 2003 demandé au CNRS par le directeur du département SPM (sciences physiques et mathématiques) du CNRS et par le président de l'Université de Bourgogne qui est accablant pour les frères Bogdanoff.

 

On peut se procurer les annexes de ce rapport à ces deux liens (téléchargeable en .pdf) :

 

http://www.marianne2.fr/attachment/62238/

http://www.marianne2.fr/attachment/62237/

 

Mon commentaire : jusqu'à maintenant, personne n'avait pris au sérieux les élucubrations pseudo-scientifiques des deux frères jumeaux. Le retour de la polémique leur fait surtout de la pub. Si leurs manoeuvres peuvent paraître déplacées, il reste que les frères Bogdanoff sont des animateurs de télévision qui ont su apporter leur passion dans des domaines souvent hermétiques pour le grand public. Le succès de leurs livres, qui n'apportent effectivement rien à la connaissance scientifique, reste cependant la preuve d'un intérêt visible pour une certaine forme de vulgarisation.

 

Sylvain Rakotoarison (16 octobre 2010)

 

 

 

 

 

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 08:02

Georges Charpak est mort le 29 septembre 2010. Il avait 86 ans. Il a été Prix Nobel de Physique en 1992, un an après Pierre-Gilles de Gennes.

 

SR (30 septembre 2010)

 

 

 

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 10:59

Cela n’a pas manqué : un article scientifique de haute voltige paru vendredi a provoqué un écho médiatique retentissant et mérité. Il concerne une étude génétique comparative entre l’Homme de Néandertal et quelques Homo sapiens que nous sommes. Il y aurait bien eu relations sexuelles ! Prudence cependant, aucun paparazzi n’était dans les parages.

 

 

yartiNeanderthal01Publié le vendredi 7 mai 2010 dans la revue scientifique anglophone de référence "Science" (à télécharger ici), un article de treize pages bouleverse un peu le sens commun que nous avions à propos de nos origines. "Nos", celles de l’Homo sapiens que nous sommes tous, êtres humains sur Terre de cette année 2010.
 
Il correspond à l’une des étapes du séquençage du génome de l’Homme de Néandertal, être qui est apparu sur Terre il y a environ 400 000 ans. Elle consistait à le comparer au génome de l’homme moderne pour y déceler d’éventuels points communs. 
 
Pour cela, ils ont analysé le génome de cinq hommes modernes, répartis dans le Monde : un de France (de type européen), un de Chine (d’ethnie Han), un de Papouasie-Nouvelle-Guinée et deux d’Afrique subsaharienne, Afrique du Sud (San) et Afrique de l’Ouest (Yoruba).
 
 
Une analyse techniquement exceptionnelle
 
Techniquement, l’affaire n’était pas évidente. L’étude a eu lieu à l’Institut Max Planck de Leipzig sous la direction du spécialistes des analyses d’ADN ancien, le Suédois Svante Pääbo aidé d’une équipe internationale d’une soixantaine de chercheurs (américains, allemands, espagnols, croates, irlandais, russes, britanniques).
 
Le génome néandertalien a été analysé à 60% (il est composé de 4 milliards de nucléotides) sur 500 grammes d’os prélevés auprès de trois Néandertaliennes découvertes dans la grotte de Vindija, en Croatie (où elles auraient vécu entre il y a 44 000 et 38 000 ans). Quelques autres tests ont été réalisés sur des échantillons issus de trois autres sites (El Sidron, en Espagne, vallée de Neander, en Allemagne, et Mezmaiskaya, dans le Caucase russe).
 
Les premiers résultats qui viennent d’être publiés ont de quoi révolutionner ce qui était jusque là un petit mystère.
 
 
Une part commune du patrimoine génétique
 
En effet, sur le génome de trois des cinq hommes modernes analysés, les scientifiques ont retrouvé entre 1 et 4% de patrimoine génétique commun au Néandertalien. Ce qui signifie qu’il y aurait bien eu croisement entre l’Homo sapiens et le Néandertalien.
 
yartiNeanderthal06Cette idée pourrait donner une explication au mystère jamais éclairci de la disparition des Néandertaliens alors que leur civilisation était aussi évoluée que celle de l’Homo sapiens. Les deux hominidés ont dû cohabiter pendant plusieurs dizaines de milliers d’années, environ entre il y a 80 000 ans (à partir du Moyen-Orient) et 30 000 ans (on remonte à il y a 30 000 ou 25 000 ans l’extinction des Néandertaliens).
 
Toutes les hypothèses avaient été imaginées mais n’ont jamais vraiment convaincu. Une exposition au Musée de l’Homme avait eu lieu en fin 2006 sur ce thème très intéressant au Trocadéro (avant qu’il ne soit transféré au Musée des Arts Premiers quai Branly, futur "Musée Chirac" sans doute).
 
En rendant crédible, par des analyses ADN, le croisement entre des Néandertaliens et des Homo sapiens, le mystère diminue. Le métissage aurait ainsi permis de favoriser l’un des deux groupes assez naturellement et assez progressivement sans qu’une cause singulière (épidémie, guerre, catastrophe naturelle) n’en fût à l’origine.
 
 
Les Africains exclus du métissage ?
 
La deuxième information essentielle de cet article, et qui va sans doute engendrer bien des polémiques idéologiques, c’est que le génome des deux Africains n’ont aucun point commun avec celui des Néandertaliens, au contraire de ses "homologues" eurasiens.
 
Cela signifierait que si croisement il y avait, il aurait commencé à avoir eu lieu au début de la migration de l’Homo sapiens de l’Afrique (Kenya) vers l’Eurasie (via le Moyen-Orient), c’est-à-dire entre il y a 80 000 et 60 000 ans (pour l’Asie de l’Est). Ou le contraire, selon Silvana Condemi, paléoanthropologue de l’Université de Marseille, qui parle plutôt d’une migration des Néandertaliens d’Europe vers le Moyen-Orient (qui seraient arrivés au Moyen-Orient après l’Homo sapiens).
 
L’archéologue français Pascal Depaepe rappelle que les Néandertaliens et les Homo sapiens « avaient la même technologie lithique, le moustérien, et rien ne permettait de les distinguer d’un point de vue culturels, alors que leurs différences anatomiques sont évidentes ».
 
La grande proximité des trois génomes analysés sur les trois hommes modernes eurasiens (allant de l’Europe de l’Ouest à l’Asie de l’Est) montrerait aussi l’absence de métissage entre Cro-Magnons et Néandertaliens qui ont cohabité en Europe pendant dix mille ans. D’autres pensent que la migration des paysans du Néolithique allant de l’Asie mineure à l’Europe de l’Ouest entre il y a 7 000 et 4 000 ans aurait pu "gommer" les différences génétiques entre les deux extrêmes de l’Eurasie, ce qui n’exclurait donc pas un métissage entre Cro-Magnons et Néandertaliens (d’un point de vue anatomique, l’observation des fossiles infirmerait l’hypothèse du métissage).
 
 
Ce qui nous distingue des Néandertaliens
 
 Dernier résultat passionnant, la comparaison génétique entre Néandertaliens et Homo sapiens donne aussi, a contrario, une idée de ce qui les distingue. Les grandes différences ont un rapport avec les capacités cognitives, le métabolisme énergétique, la morphologie du crâne, de la clavicule et de la cage thoracique, l’apparence de la peau et la cicatrisation. Ces gènes différents sont par exemple impliqués dans la schizophrénie, l’autisme et la trisomie 21.
 
 
Théories raciales
 
Revenons sur la différence de résultats entre Africains et non-Africains.
 
Cette conclusion, si elle était confirmée, ferait sans doute couler beaucoup d’encre. En effet, dire que les Africains n’ont pas d’aïeuls néandertaliens au contraire des autres peuples du Monde qui, eux, seraient le résultat d’un mélange génétique entre les Néandertaliens et les Homo sapiens, cela pourrait conforter les thèses raciales.
 
Je rappelle que le principe du racisme n’est pas seulement de dire qu’il y a une race humaine supérieure ou inférieure à une autre. Il est avant tout de proclamer qu’il existe plusieurs races humaines.
 
Or, en différenciant de façon génétique (et un peu rapidement, j’y reviens juste après) deux groupes humains, Africains et non-Africains, par leur origines généalogiques, l’un Homo sapiens "pur" et l’autre métissé de sang néandertalien, on peut renforcer les thèses des théories raciales.
 
Car si les Néandertaliens et les Homo sapiens ne constituent pas deux espèces différentes (il faut entre autres que les êtres issus d’une procréation commune ne soient pas stériles, ce qui serait le cas si l’on en juge par cette étude), ils pourraient bien constituer, pour le coup, deux races d’hominidés différentes.
 
Les plus "ouverts" pourraient même se réjouir que ce soient les Africains les plus "purs" mais quel que soit le sens du métissage, cette conclusion me paraît pour le moins étrange, imprudente et un peu rapide.
 
Effectivement, même si ce métissage avait effectivement eu lieu en Eurasie au début des migrations de l’Homo sapiens, il serait très étonnant qu’en 60 000 ans de distance, il n’y ait pas eu de métissage entre populations africaines et eurasiennes.
 
Il est vrai que les échanges mondialisés (culturels, commerciaux, guerriers) ont souvent exclu l’Afrique jusqu’au XVe siècle, mais notamment en Afrique du Nord (à l’époque antique) ou sur les côtes est de l’Afrique, il serait étonnant qu’aucun "croisement" n’eût pu redonner aux Africains un résidu génétique des Néandertaliens.
 
De plus, si on reprend la méthodologie de l’étude, elle paraît pour le moins contestable vu le très faible échantillonnage réalisé (pour des raisons budgétaires). Si découvrir des gènes communs au Néandertalien permet de conclure, ne pas en trouver ne peut pas amener à conclure que toute une population n’en a pas.
 
C’est cette erreur de logique qui, pourtant, semble avoir été faite dans cet article scientifique par ailleurs très instructif et rédigé prudemment. Car limiter à deux individus l’échantillonnage de l’Afrique, c’est un peu court, notamment pour délimiter géographiquement cette "Afrique non néandertalisée". Du sud du Sahara jusqu’à sa pointe sud ?
 
André Langaney, généticien de l’Université de Genève, le concède : « Avant de faire la distinction entre Africains et non-Africains dans leurs relations avec Neandertal, il s’agirait d’augmenter le nombre d’humains analysés. ». Et Laurent Excoffier, généticien de l’Université de Berne, d’ajouter : « Et y inclure des représentants de l’Afrique de l’Est. ». La différence entre Africains et non-Africains pourrait en effet avoir d’autres raisons que le métissage (ou pas) avec les Néandertaliens.
 
Todd Disotelle, anthropologue de l’Université de New York, le dit tout aussi clairement : « Mon hypothèse est que, si nous faisons des tests sur davantage d’Africains, nous trouverons certaines de ces anciennes origines en Afrique », notamment en Afrique du Nord.
 
 
Prudence dans les conclusions spéculatives
 
La prudence reste de mise lorsqu’il s’agit de conclure sur quelques cas (trois Néandertaliens et cinq hommes modernes). Christoph Zollikofer, anthropologue de l’Université de Zurich, est même plus sévère : « Les interprétations des scientifiques liées à la présence ou à l’absence de certains gènes sont très spéculatives, voire parfois erronées. Cela peut s’expliquer par le fait que ces chercheurs sont avant tout des généticiens, pas des anthropologues. Cela dit, il y a des chances qu’on en apprenne plus dans la décennie à venir. ».
 
Évelyne Heyer, spécialiste d’anthropologie génétique du Muséum d’histoire naturelle à Paris, insiste elle aussi sur la prudence à apporter à ces travaux qu’elle considère par ailleurs comme exceptionnels (« Si quelqu’un avait prétendu il y a dix ans pouvoir le faire, personne ne l’aurait cru. C’est un travail génial, magique, qu’ont réalisé Svante et son équipe. ») : « Même si cette première est formidable, il faut prendre les hypothèses émises par ces chercheurs avec prudence. Certains aspects techniques, comme la longueur des fragments d’ADN analysés, sont à mon avis un peu "légers". Donc, toutes les conclusions sur les différences ou ressemblances entre Néandertal et l’homme moderne n’ont pas toutes la même valeur. Il faudra que d’autres analyses du même type soient faites, peut-être par d’autres approches, pour vraiment y voir clair. ».
 
 
Motivation cachée ?
 
À moins qu’il n’y ait une explication un peu plus terre-à-terre qui ne fait pas partie des habitudes scientifiques françaises mais très utilisée en particulier dans le monde anglo-saxon : que cette conclusion un peu rapide ait été annoncée à la presse pour recevoir un écho médiatique très élevé au moment même où l’équipe (le Neandertal Genome Analysis Consortium) fait un appel de fonds pour poursuivre ses études.
 
Serait-ce une sorte de "leurre du scoop scientifique" qui, par la mousse médiatique provoquée par cette double information (croisement entre Homo sapiens et Néandertalien et Africains non croisés), porterait l’intérêt de poursuivre cette recherche ? En réalité, cet article dans "Science" est loin d’être un leurre, et pouvoir fournir des résultats sur l’ADN d’il y a 40 000 ans relève avant tout de l’exploit scientifique.
 
La critique aurait pu être également exprimée lors de la communication très médiatisée, le 17 février 2010, de Zahi Hawass, le très visible directeur des Antiquités égyptiennes, sur l’analyse ADN de plusieurs momies afin de retrouver celle d’Akhenaton et éventuellement, celle de Néfertiti. Les conclusions paraissaient un peu trop avancées par rapport au contenu concret de l’étude, mais avaient aussi pour but la recherche de fonds.
 
 
Résultats passionnants
 
Dans tous les cas, ces résultats sont passionnants.
 
J’avais appris à l’école en sixième que les êtres humains provenaient de l’Homme de Néandertal. J’ai compris vite après le baccalauréat que cette idée était remise en cause et que c’était beaucoup plus compliqué (chaque nouvelle découverte d’hominidé semble apporter un nouveau groupe, une nouvelle espèce disparue). Il y a deux ans encore, ces mêmes scientifiques avaient justement exclu tout croisement génétique entre les deux groupes. Maintenant, on revient sur ce qu’on avait imaginé il y a plusieurs décennies par simple supposition.
 
 
Entre le certain et l’hypothétique
 
La science bouge. Il faut donc rester prudent dans les conclusions.
 
Et ne surtout pas en profiter pour y mêler l’idéologie. La science est une discipline humble et désintéressée, capable de revenir sur ses premières impressions, et qui prouve factuellement tout ce qu’elle avance.
 
Pour Laura Zahn, rédactrice en chef associée de la revue "Science", cet article va alimenter la discussion entre anthropologues et généticiens pour longtemps.
 
Ce que l’auteur principal de l’article, Richard Green, biologiste à l’Université de Californie, confirme : « Le décodage du génome de l’Homme de Néandertal est une mine d’informations sur l’évolution humaine récente et sera exploitée durant les années à venir. ».
 
Le doute est toujours permis, et c’est pour cela que les conclusions doivent toujours rester prudentes dans leur formulation.
 
Au moins vis-à-vis du grand public, a priori peu au fait des méthodes scientifiques.
 
 
 
Sylvain Rakotoarison (8 mai 2010)
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
 yartiNeanderthal02
 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/le-pere-de-nos-peres-serait-74706

http://www.lepost.fr/article/2010/05/10/2067708_le-pere-de-nos-peres-serait-neandertalien.html

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-193

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 11:45

Document à télécharger : l'article de la revue "Science" sur les analyses du génome néandertalien

 

 

"A Draft Sequence of the Neandertal Genome"

Richard E. Green and al, "Science", vol 328, 7 may 2010.

 

Fichier .pdf à télécharger (article anglophone) :

http://sciences.blogs.liberation.fr/files/green-article-100507.pdf
 

(disponible sur le site Science de Sylvestre Huet, de Libération)

 

 

Autre article de la même équipe :

 

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/sites/entrez?cmd=Retrieve&db=pubmed&list_uids=18692465

 

"A complete Neandertal mitochondrial genome sequence determined by high-throughput sequencing."
Green RE, Malaspinas AS, Krause J, Briggs AW, Johnson PL, Uhler C, Meyer M, Good JM, Maricic T, Stenzel U, Prüfer K, Siebauer M, Burbano HA, Ronan M, Rothberg JM, Egholm M, Rudan P, Brajković D, Kućan Z, Gusić I, Wikström M, Laakkonen L, Kelso J, Slatkin M, Pääbo S.


Cell. 2008 Aug 8;134(3):416-26.

 

SR

 

 

 

 

 

 

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 11:41

(dépêches)

 

Il y a bien eu croisement entre Néantertaliens et Homo sapiens selon les dernières analyses ADN

 


http://m.letemps.ch/Page/Uuid/fa570634-594d-11df-9452-34b1487217fa/Quelque_chose_en_nous_de_Neandertal
Paléoanthropologie vendredi7 mai 2010
Quelque chose en nous de Neandertal

 
Une équipe internationale de scientifiques est parvenue à reconstituer le code génétique de l’homme de Neandertal, aussi long que celui d’«Homo sapiens»! Cela simplement à l’aide de fragments d’ossements retrouvé dans une grotte de Croatie, et datant de 38 000 ans. Surprise: Neandertal aurait bien eu des relations avec «Homo sapiens», si bien que 1 à 4% de l’ADN de l’homme moderne serait le sien

Olivier Dessibourg
 

Front fuyant, bourrelets osseux sur les orbites oculaires, gros nez, absence de menton, corpulence trapue, poil éventuellement roux: telle est l’image que se font les paléo­anthropologues de
 l’homme de Neandertal
. L’un ou l’autre de ces traits vous rappelle quelqu’un? Peut-être pas si étonnant que cela: une équipe internationale vient de reconstruire le code génétique de cet hominidé! Et, surprise: entre 1 et 4% de son ADN pourrait avoir été transmis jusqu’aux hommes modernes! Ces travaux sont publiés aujourd’hui dans la revue Science.

Depuis sa découverte en 1856 dans la vallée de Neander, près de Düsseldorf,
Homo neanderthalensis
s’est bien dévoilé. Outre son aspect, les spécialistes s’accordent à dire qu’il était loin d’être idiot (il fabriquait des couteaux en pierre, utilisait le feu, chassait). De plus, il enterrait ses morts et «réalisait» des objets non utilitaires. «Ces comportements attestent qu’il avait une pensée symbolique», analyse
Marylène Patou-Mathis, archéozoologue au Muséum d’histoire naturelle de Paris
.

Néanmoins, le mystère n’est pas entièrement levé sur notre cousin (Homo neanderthalensis et Homo sapiens, donc l’homme moderne, auraient eu un ancêtre commun il y a environ 600 000 ans). A quoi est due sa disparition, il y 25 000 ans? A une épidémie ou à un abrupt changement (climatique?) dans son environnement? Ou à une lutte à mort avec H. sapiens? De plus, les deux espèces se sont-elles interfécondées? Les bribes de squelettes trouvées sur environ 80 sites fournissent des éléments de réponse. Mais les anthropologues se tournent vers une autre source d’informations: le patrimoine génétique légué par ces hominidés à travers les âges.

Au
Max Planck Institut de Leipzig,
 le généticien Svante Pääbo est un pionnier dans l’analyse d’ADN ancien. Il s’est penché sur trois pièces de squelettes retrouvés en Croatie, où l’hominidé a vécu il y 38 000 ans. Puis en a extrait 500 milligrammes d’os contenant des fragments d’ADN lovés dans le noyau des cellules osseuses. Grâce à deux techniques pointues, l’équipe a séquencé, bribe par bribe, 60% du génome d’H. neanderthalensis, formé de 3,2 milliards de «lettres biologiques» (ou bases, de quatre types: A, C, T et G).

L’affaire ne fut pas simple: «Quelque 97% de l’ADN des échantillons provenait des bactéries et micro-organismes qui ont colonisé le cadavre de l’hominidé après sa mort», dit Svante Pääbo. Qui plus est, en manipulant ses ossements, les scientifiques ont pu y déposer leur propre ADN. Mais là aussi, ils ont mis au point des méthodes permettant d’exclure toute contamination. Ne «restait» plus qu’à comparer, à l’aide d’outils informatiques, ce génome avec celui de cinq humains actuels provenant du sud et de l’ouest de l’Afrique, de Papouasie, de Chine et de France. «Tous ces travaux, menés scrupuleusement, sont fiables, commente Christoph Zollikofer, anthropologue à l’Université de Zurich. Car il est possible, en traquant des marqueurs biochimiques, de bien repérer un ADN ancien. C’est comme de distinguer un écrit du XVIIe siècle d’un texte contemporain…»

Les scientifiques ont donc découvert que, contrairement à l’hypothèse souvent admise, H. sapiens et néandertaliens avaient bel et bien eu des rapports sexuels, puisque «ceux d’entre nous qui vivent hors d’Afrique portent en eux un peu d’ADN néandertalien», résume Svante Pääbo. Pourquoi cette précision géographique? Il apparaît en effet que les trois humains modernes ne provenant pas d’Afrique sont, très légèrement, les plus proches génétiquement de Neandertal. Svante Pääbo a une explication: «Les néandertaliens se sont probablement métissés avec des ancêtres de l’homme moderne juste avant que ceux-ci ne se scindent en différents groupes pour essaimer en Europe et Asie.» Un épisode qui pourrait avoir eu lieu au Moyen-Orient, il y a 80 000 à 60 000 ans.

«Cette preuve du métissage est fascinante», s’enthousiasme Christoph Zollikofer. André Langaney, généticien à l’Université de Genève, y souscrit, mais ajoute un bémol, lié aux statistiques: «Avant de faire la distinction entre Africains et non-Africains dans leurs relations avec Neandertal, il s’agirait d’augmenter le nombre d’humains analysés.» «Et y inclure des représentants de l’Afrique de l’Est», berceau de l’humanité, reprend au vol Laurent Excoffier. Le généticien de l’évolution de l’Université de Berne relève que cette légère discrépance observée entre Africains et non-Africains peut être issue de la conservation, dans ces groupes, de gènes encore bien plus ancestraux, et non du métissage avec Neandertal. «L’équipe de Pääbo n’exclut d’ailleurs pas cette autre possibilité dans son article», dit-il.

L’autre intérêt de ces travaux est de «pouvoir identifier dans le génome de Neandertal des variations qui lui sont propres, et ne se retrouvent pas dans celui d’H. sapiens», et l’inverse, poursuit Ed Green, professeur d’ingénierie biomoléculaire à l’Université de Californie à Santa Cruz, et premier auteur de l’étude. Autrement dit, l’idée est de cibler les infimes détails génétiques qui permettent de définir ce qui nous rend, humains de 2010, si uniques.

Chez les cinq personnes analysées, les chercheurs ont trouvé 212 régions du génome qui n’apparaissent pas chez Neandertal. Des gènes qui affectent le développement cognitif, le métabolisme énergétique ou le développement du squelette. «La possibilité de chercher des traces d’une sélection positive [de l’hom­me d’aujourd’hui] est probablement l’aspect le plus fascinant du projet», juge Svante Pääbo.

A ce sujet, les experts sont circonspects. «Les interprétations des scientifiques liées à la présence ou à l’absence de certains gènes sont très spéculatives, voire parfois erronées, regrette Christoph Zollikofer. Cela peut s’expliquer par le fait que ces chercheurs sont avant tout des généticiens, pas des anthropologues. Cela dit, il y a des chances qu’on en apprenne plus dans la décennie à venir.» André Langaney va même plus loin: «Je ne crois pas à une sélection positive qui aurait fait se différencier Neandertal et sapiens, car les deux avaient jadis probablement le même potentiel évolutif. Je penche plutôt pour un événement historique (épidémie? glaciation?), qui a causé la fin des néandertaliens. Il ne faut pas oublier qu’ils étaient très peu nombreux, quelques milliers sur le continent.»

La reconstitution du génome de Neandertal ouvre enfin une porte fantasmagorique: celle de pouvoir cloner cet hominidé, en insérant son ADN reconstruit dans un ovule fécondé d’aujourd’hui. Pour l’heure, l’idée reste une utopie: on ne dispose pas encore d’une séquence complète dudit génome en bon état. «Et même: il faudrait insérer et rendre fonctionnel cet ADN refabriqué dans une cellule vivante. On tente maintenant de le faire avec une bactérie. Mais c’est extrêmement plus simple qu’avec une cellule humaine…» conclut André Langaney

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/05/ladn-de-n%C3%A9andertal-r%C3%A9v%C3%A8le-ses-liens-avec-sapiens.html
divers
   L'ADN de Néandertal révèle ses liens avec Sapiens
7 mai
2010
   Madame Sapiens a fait crac-crac avec monsieur Néandertal. Ou l’inverse. Et avec succès reproductif. Mais pas en Europe, lors de l’arrivée de Cro-Magnon, il y a 37 000 ans. C’est une vieille histoire (d’adultère ?) survenue au Proche Orient, il y a environ 80 000 ans. Elle n’a manifestement pas été très fréquente. Et depuis, nib de coucheries entre cousins.

Cette affaire des relations de parenté et de la possible rencontre des deux humanités les plus proches - Homo sapiens, l’homme moderne apparu il y a un peu plus de cent mille ans en Afrique, et Néandertal - est révélée ce matin dans la revue Science . Par un article exceptionnellement long, traduisant un labeur minutieux et de haute précision. Il constitue un véritable «tournant dans l’exploration des origines de l’humanité par les moyens de la génétique moléculaire», salue Pierre Darlu, un généticien qui a participé en 2006 à une étude de l’ADN des mitochondries, donc uniquement maternel, de néandertaliens.


  Qui sont les conteurs de cette histoire, auteurs de ce «travail énorme» insiste Pierre Darlu ? Une équipe internationale de haute volée, dirigée par Svante Pääbo, un biologiste suédois. Svante Pääbo, multidiplômé en lettres, égyptologie, histoire et biologie fut l’un des pionniers de l’exploration de l’ADN ancien. Dès 1985, il s’intéressait aux gènes des momies égyptiennes. En 1991, il titrait «le rêve devient-il réalité ?» à propos d’ADN de 16 millions d’années. Il dirige, depuis l’Institut Max Planck de Leipzig, une équipe de près de 60 chercheurs de nombreux pays (Allemagne, Etats-Unis, Espagne, Croatie, Irlande, Royaume-Uni, Russie), lancée à l’assaut du génome de Néandertal. Elle a séquencé  l’ADN issu d’os fossiles de néandertaliens découverts dans la grotte de Vindjia, en Croatie. Et réussi à réunir 60% du total de leurs génomes. Le voile est désormais levé sur l’identité génétique de Néandertal, et du coup sur ce qui nous différencie de lui et constitue notre propre identité génétique.

C’est un véritable exploit technique que l’équipe réunie par Svante Pääbo a réalisé. Leur matériel ? De minuscules particules d’os, détachées à la roulette de dentiste sur trois os (photo à droite) sélectionnés parmi 21 candidats. L’un daté de 38 000 ans et découvert en 1980. Un second plus vieux mais non daté et un troisième plus ancien daté de 44 000 ans. Des os peu contaminés par l’ADN des hommes actuels. Comme les trois néandertaliens étaient… des dames, l’astuce à consisté à mesurer leur contamination en ADN masculin, du chromosome Y : pas plus de 1,5%.

Comparer des génomes extrêmement proches l’un de l’autre exigeait de faire appel à des techniques et des tests statistiques très sophistiqués. Outre le séquençage des os fossiles de la grotte de Vindjia, l’équipe s’est donc appuyée sur quelques coups de  sondes génétiques sur d’autres fossiles de néandertaliens, recueillis dans trois sites : El Sidron (Espagne, -49 000 ans), la vallée de Neander (Allemagne, -40 000 ans) et Mezmaiskaya (Caucase, Russie, -60 000 à -70 000 ans). Sur le séquençage de cinq êtres humains actuels réalisé pour l’occasion. Et sur celui du célèbre Craig Venter, un généticien américain.

Les généticiens ont obtenu un résultat surprenant, qui éclaire d’un nouveau jour nos relations de parenté avec ce cousin disparu. Ils contredisent les études antérieures, menées sur l’ADN mitochondrial exclusivement maternel, qui n’avait trouvé aucune contribution néandertalienne à notre génome, menée tant par Catherine Hänni (Ecole Normale Supérieure de Lyon) en 2006 que par Pääbo. Semblant donner ainsi raison à ceux des préhistoriens convaincus qu’homo sapiens, après sa sortie d’Afrique par le Proche Orient, n’avait jamais fricoté avec les néandertaliens qui occupaient alors une large part de l’ancien monde, de l’Espagne à la Sibérie.

Une conviction fondée sur les différences anatomiques claires entre les deux humanités. Le squelette de   sapiens, long, élancé, avec un front haut et lisse se distingue nettement d’un Néandertal trapu, aux attaches musculaires fortes et surtout à son crâne bas, allongé, abritant d’ailleurs un cerveau de grande taille, et aux arcades sourcillières spectaculaires. De rares indices anatomiques de métissage avaient été avancés, comme par l’Américain Erik Trinkaus, à propos de fossiles de Mladec (République Tchèque ou de Lagar Velho au Portugal). Mais ils n’avaient pas emporté la conviction de la majeure partie des spécialistes.

Or, selon l’équipe de Svante Pääbo, il y a bien eu métissage. Il se lit encore dans le génome des humains actuels dès lors que l’on peut le comparer à celui de néandertal. Il est délicat à mettre en évidence, puisque la contribution néandertalienne à notre génome est très discrète, mais néanmoins incontestable.

Cela suppose un flux génétique entre les deux populations après la divergence néandertalienne de notre ancêtre commun - erectus - survenue il y a environ 400 000 ans. Et avant la disparition de Néandertal, dont les derniers représentants vivent en Europe de l’Ouest, il y a 30 000 ans. Où et quand ce flux génique faible mais indéniable - nos deux espèces n’étaient donc pas complètement séparées au plan reproductif, ce qui est pourtant la définition du mot espèce - s’est-il produit ?

 La réponse provient des cinq hommes actuels, choisis à dessein pour la comparaison. Un Français de type européen, un Chinois d’ethnie Han, un Papou de Nouvelle Guinée, un Yoruba (Afrique de l’Ouest) et un San (Afrique du sud). Or, au petit jeu des similitudes, ce sont les eurasiatiques - Français, Chinois et Papou - qui emportent la palme de la proximité avec Néandertal, pratiquement à égalité entre eux.

Comment expliquer ce fait ? Une seule solution, d’ailleurs suggérée par l’archéologie : les deux espèces cousines se sont «connues» au sens biblique… au Proche Orient, il y a environ 80 000. Et non après, par exemple en Europe il y a 35000 ans, ce qui se serait traduit par une part néandertalienne plus forte chez l’Européen que chez le Papou, puisque Sapiens est arrivé en Asie de l’est il y a 60 000 ans.

Ce serait donc lors de sa sortie d’Afrique, qu’Homo sapiens aurait rencontré sur sa route des populations néandertaliennes, avant de se répandre dans tout l’ancien monde. «C’est finalement la région où les traces de cohabitation sont les plus claires», estime Pascal Depaepe (2), archéologue spécialiste de Néandertal, directeur scientifique de l’Institut national de recherches archéologiques préventive. Les sites archéologiques du Proche-Orient montrent que les deux espèces ont partagé cet espace durant plus de 30 000 ans. A l’époque, d’ailleurs, «ils avaient la même technologie lithique, le moustérien, et rien ne permettait de le distinguer d’un point de vue culturel alors que leurs différences anatomiques sont évidentes», souligne Depaepe.

 Que la proximité génétique entre un Européen et un Papou avec un Néandertalien soit la même implique qu’il n’y ait pas eu d’échanges de gènes lors de l’arrivée de Cro-Magnon en Europe, où il a cohabité avec Néandertal durant près de 10 000 ans. Une surprise ? «Après tout, on n’a jamais vu de signe probant de métissage anatomique sur les fossiles trouvés en Europe», affirme Depaepe. Exit donc, les spéculations romanesques sur les viols de Cromagnones par des Néandertaliens.

Prudents, les généticiens évoquent une piste alternative. Un éventuel flux génique, faible, entre Cro-Magnons d’Europe et Néandertaliens pourrait être masqué par le flux de paysans du néolithique qui a submergé les populations locales en Europe de l’ouest dans sa progression depuis l’Asie mineure, il y a entre 7 000 et 4 000 ans.

Cette étude montre également que l’essentiel des différences génétiques entre les humains actuels et Néandertal se situent dans des gènes relatifs aux capacités cognitives, au métabolisme énergétique et à la morphologie du crâne. Les distinctions entre ces deux humanités semblent donc bien se situer de manière privilégiée au niveau… du mental. Il y a là de quoi alimenter la réflexion des anthropologues et préhistoriens sur Néandertal, sa culture, le mystère de sa disparition et les relations qu’il a pu avoir avec Cro-Magnon… comme sur les mécanismes d’évolution culturelle de ce dernier.

Cette étude, estime le préhistorien, va permettre de «dépasser les deux visions extrémistes de  Néandertal qui se sont succédées. Néandertal a été vu comme un être bestial, simiesque, en raison des reconstructions erronées de Marcelin Boule. Puis, ces dernières années, il a été réhabilité au point d’en faire un autre homme. Différent, certes, mais pas inférieur». Il fut d’ailleurs un grand chasseur de gros mammifères - rennes, rhinocéros, mammouths - ce qui suppose habileté, anticipation et organisation collective (3).

Mais d’autres signes plaident en sa défaveur. Son caractère presque exclusivement carnivore, l’absence totale de technologie à base d’os - alors que Cro-Magnon en fait grand usage sous forme de sagaies et de harpons inconnus des néandertaliens - semble indiquer des capacités cognitives différentes. Inférieures ? Pascal Depaepe reste prudent, et souligne les contradictions de la plupart des hypothèses avancées pour expliquer sa disparition. Le climat ? Certes, cette époque est «troublée», mais Néandertal a vu pire. La concurrence avec Cro Magnon ? Il y voit une piste plus intéressante. Certes, les populations sont très petites, le gibier abondant, mais «un chasseur a besoin de grands espaces».

 Cette concurrence ne s’est manifestement pas jouée à armes égales. Le châtelperronien, nom de l’artisanat de la pierre en Europe qui surgit juste avant la disparition de Néandertal, a été interprété comme le signe d’une influence culturelle de Cro Magnon sur Néandertal, comme les quelques productions artistiques, dents ou coquillages percées de ce dernier. Mais, affirme Depaepe, la preuve que cette industrie soit le fait de Néandertal «reste ténue», puisqu’elle ne repose que sur un seul indice, à Saint Césaire (Charente maritime).

Surtout, Sapiens joue en division supérieure, côté cérébral et social. A partir d’il y a 40 000 ans, l’évolution des technologies lithiques accélère, l’expression artistique explose (photo :la grotte Chauvet), signe indubitable de «liens sociaux plus complexes», insiste Depaepe. Cela débouchera sur les révolutions néolithiques au Proche-Orient, en Asie, en Afrique et en Amérique. Les généticiens ont-il mis le doigt sur ce qui aurait empêché Néandertal de participer à l’aventure ? C’est bien possible.

(1) Green et al, Science du 7 mai 2010.

(2) Pascal Depaepe, La France du Paléolithique, La Découverte/Inrap, 2009.

(3) Néandertal, une autre humanité de Marylène Patou Mathis (Perrin), Quant d’autres hommes peuplaient la Terre de Jean-Jacques Hublin (Flammarion), Un néandertalien dans le métro de Claudine Cohen (Seuil).

L'article scientifique  est là.

Ici une note sur le scan du crâne de Cro-Magnon.

ici une note sur la découverte d'un site d'Homo erectus dans l'Hérault daté d'il y a 1,5 million d'années.

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/03/le-cerveau-de-cro-magnon-en-3-d.html#tp

divers
   Le cerveau de Cro Magnon en 3D 
11 mar
2010
Les paléoanthropologues disposent maintenant d'un modèle en trois dimensions du cerveau de Cro-Magnon. Pas d'un Cro-Magnon, mais du Cro-Magnon, le crâne découvert en 1868 dans l'abri du même nom, aux Eyzies de Tayzac (Dordogne).

Ce modèle est en dur, plus exactement en plastique. Fabriqué par laser à partir d'un modèle numérique en 3D du cerveau, lui même issu d'un scanner du crâne, conservé par le Musée de l'Homme.

C'est Antoine Balzeau (Museum national d'histoire naturelle) et Dominique Grimaud-Hervé (MNHN) au sein d'un laboratoire commun avec le Cnrs) qui ont conduit ce travail. Antoine Balzeau, joint au téléphone, en souligne l'intérêt. «Nous avons très peu d'endocrânes d'hommes de Cro-Magnon, c'est à dire les homo sapiens fossiles vivant il y a environ 30 000 ans et, paradoxalement, celui de Cro-magnon est l'un des mieux préservés. Nous avons donc pu retrouver de manière précise l'empreinte que le cerveau a laissé sur la boite cranienne. On distingue bien sa surface, les veines, les lobes, les zones cérébrales, l'organisation générale.»

 On dit souvent que nous sommes des Cro-Magnons. C'est vrai au sens où la similarité morphologique indique clairement que nous sommes une seule et même espèce. Une espèce apparue il y a 200 000 ans en Afrique, avec les premiers sapiens archaïques. Mais, entre Cro-Magnon et nous, il y a quelques petites différences. Son crâne est ainsi plus robuste, moins rond et avec des stutures osseuses plus marquées que celui des hommes actuels, «voire des Romains de l'antiquité», précise Balzeau. Il est aussi plus volumineux, puisque en moyenne les Cro-Magnon présentent un volume de 15% de plus que nous, et même 20% de plus pour Cro-Magnon qui était donc un bel et grand homme à grosse tête et gros cerveau.

C'est la première fois que l'on numérise ainsi le cerveau, du moins son empreinte sur le crâne, d'un Cro-Magnon, alors que cela a déjà été fait pour d'autres hommes fossiles plus anciens.
Le scan a été réalisé à l'hopital des quinze-vingt, il y a quatre ans, en très haute résolution. Mais pour guider la fabrication du modèle en plastique, il fallait fournir un guide numérique au laser. Ce dernier polymérise une poudre de plastique déposé dans une cuve, pour former l'objet. Une technologie baptisée prototypage, mise en oeuvre par la société Initial. C'est Antoine Balzeau qui a reconstruit virtuellement le cerveau en 3D à partir des données du scanner.

A première vue, le cerveau est similaire au notre, et il sera difficile d'en tirer quelque chose sur les capacités intellectuelles de Cro-Magnon. Mais les traces qu'il nous a laissé - habitat, outils, armes, grottes ornées, art - montrent que ses capacité intellectuelles étaient probablement aussi sophistiquées que les notres.
Cro-Magnon était un homme, assez âgé au point d'avoir été surnommé le «vieillard». Son crâne est presque complet. Une datation récente des parures en coquillages perforés qui accompagnaient les restes humains (il y avait aussi deux autres hommes, une femme et un enfant) montre qu'ils auraient environ 28 000 ans. Ils et font donc partie des plus anciens individus attribués à notre espèce, Homo sapiens, découverts sur le continent européen.

 


http://www.lexpress.fr/actualites/2/une-etude-genetique-revele-des-croisements-neandertal-humain_890481.html
Une étude génétique révèle des croisements Néandertal-humain
Par Reuters, publié le 07/05/2010 à 07:48

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Une étude génétique révèle des croisements entre l'homme de Néandertal et l'humain moderne, probablement au moment où les premiers homo-sapiens ont commencé à migrer hors d'Afrique.



Musée du Néandertal à Kaprina, en Croatie. Une étude génétique révèle des croisements entre l'homme de Néandertal et l'humain moderne, probablement au moment où les premiers homo-sapiens ont commencé à migrer hors d'Afrique. (Reuters/Nikola Solic)

Les peuples d'origine européenne, asiatique et australasienne ont tous des traces d'ADN de Néandertal, mais pas les Africains, expliquent les chercheurs dans un article paru dans l'édition de vendredi du journal Science.

L'étude pourrait aider à résoudre un vieux débat sur le fait de savoir si l'homme de Néandertal et l'humain moderne ont fait plus que simplement cohabiter en Europe et au Proche-Orient.

"Ceux d'entre nous qui vivent hors d'Afrique portent un peu d'ADN de Néandertal en eux", résume Svante Paabo, de l'institut Max Planck à Munich, qui a dirigé cette recherche.

"La proportion de matériel génétique hérité de Néandertal est d'environ 1 à 4%. C'est peu mais c'est une proportion bien réelle d'ascendance chez les non-Africains aujourd'hui", ajoute le Dr David Reich, de la Harvard Medical School de Boston, qui a participé à cette étude.

Rien ne permet d'identifier quels "traits" peuvent avoir été hérités de Néandertal. "Tout ce qu'on peut dire, c'est que ce ne sont que des parcelles aléatoires d'ADN", dit Svante Paabo.

Les chercheurs s'appuient sur le séquençage du génome d'os de Néandertal découverts en Croatie, en Russie, en Allemagne et en Espagne. Ils ont développé de nouvelles méthodes pour rassembler, séparer et séquencer l'ADN.

"Dans ces ossements vieux de 30.000 ou 40.000 ans, très peu d'ADN a été préservé", souligne Svante Paabo, qui précise que 97% voire plus de l'ADN extrait de ces ossements provenait de bactéries ou de moisissures.

Ils ont comparé ce séquençage à celui de cinq personnes originaires d'Europe, d'Asie, de Papouasie-Nouvelle Guinée et d'Afrique.

ESPÈCES DISTINCTES?

Le résultat dessine le portrait d'homo-sapiens vivant aux côtés d'hommes de Néandertal, éteints il y a quelque 30.000 ans, avec des relations parfois très intimes. "Il y a eu des métissages à un petit niveau. Je préfère laisser à d'autres le soin de se quereller pour savoir si l'on peut nous qualifier d'espèces distinctes ou non", poursuit Paabo. "D'un point de vue génétique, ils n'étaient pas très différents de nous."

Les croisements génétiques pourraient remonter à il y a environ 80.000 ans, quand les hommes modernes venant d'Afrique ont rencontré les populations de Néandertal établies les plus au sud, au Proche-Orient.

Les chercheurs ont identifié cinq gènes propres aux Néandertaliens, dont trois gènes liés à la peau. "Cela suggère que quelque chose dans la physiologie ou la morphologie de la peau a changé chez les humains", explique Svante Paabo.

Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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06/05/10 22:42 Réagir Nous avons tous un peu d'homme de Néandertal en nous, selon une nouvelle étude
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WASHINGTON (AP) — Un examen détaillé du génome de l'homme de Néandertal révèle qu'il y a un peu de lui en chacun de nous: de 1 à 4% des gênes des peuples d'Europe et d'Asie proviennent des Néandertaliens, selon une nouvelle étude.

"Ils continuent à vivre, un petit peu", a commenté Svante Paabo de l'Institut Max Planck pour l'anthropologie évolutive de Leipzig, en Allemagne. L'équipe qu'il a dirigée avec Richard Green de l'université de Californie et David Reich de la Faculté de médecine de Harvard a comparé le matériau génétique collecté sur les os de trois hommes de Néandertal avec celui de cinq hommes d'aujourd'hui.

Leurs conclusions, publiées vendredi dans la revue "Science", établissent une relation entre les hommes de Néandertal et les hommes modernes vivant hors d'Afrique, a précisé M. Paabo.

Elle suggère en effet que des croisements ont eu lieu au Moyen-Orient, où les hommes de Néandertal et les Homo Sapiens ont vécu de façon concomitante il y a des milliers d'années, a-t-il ajouté.

"Les gens s'intéressent à la question: 'par quelle route suis-je arrivé ici?' Et l'idée qu'il y a un vague écho du Néandertal" est intéressante, a estimé Richard Potts, directeur du Programme sur les origines de l'homme à l'Institut Smithsonien du musée national d'histoire naturelle.

"Je suis vraiment impressionné par la nuance qu'ils ont réussi à saisir", a déclaré Richard Potts, un des membres de l'équipe de chercheurs. "Les articles sont vraiment un bon antidote au tout ou rien que présentaient les conclusions d'études précédentes".

Les Homo Sapiens sont originaires du Moyen-Orient et se sont ensuite dispersés dans d'autres régions du monde. Une relation génétique avec l'homme de Néandertal a été établie pour les populations d'Europe, de Chine et de Papouasie-Nouvelle Guinée, mais pas pour les populations d'Afrique.

Todd Disotell, un anthropologue de l'université de New York a suggéré que des tests soient faits sur davantage d'Africains.

"Mon hypothèse est que, si nous faisons des tests sur davantage d'Africains, nous trouverons certaines de ces anciennes origines en Afrique", a estimé M. Disotell, précisant que l'équipe de recherche n'avait pas effectué de tests sur des Nord-Africains, alors qu'elle l'avait fait sur les populations de l'ouest et du sud de l'Afrique.

M. Paabo a reconnu que les conclusions de l'étude ne permettaient pas de dire que seules les populations habitant en dehors de l'Afrique avaient des gènes communs à l'homme de Néandertal. Il a ajouté qu'en faisant d'autres études des relations seraient peut-être établies avec certains Africains.

Cette étude pourrait nourrir les débats entre anthropologues et généticiens pendant des années, a estimé Laura Zahn, rédactrice en chef associée de la revue "Science".

L'homme de Néandertal, aujourd'hui disparu, est le parent le plus proche de l'homme actuel qui a vécu il y a plus de 30.000 à 400.000 ans. Il a coexisté avec l'homme actuel il y a 30.000 à 50.000 ans, en Europe et en Asie de l'Ouest.

L'homme de Néandertal disposait d'une riche culture matérielle qui lui permettait de chasser, de coudre et de maîtriser le feu. Il vivait dans des abris et enterrait ses morts. AP

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Sur le Net:

La revue "Science": http://www.sciencemag.org

hs/v0667





http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gmcdcAfNWgAVodWiiUpRywQkmYSw
Le séquençage du génome néandertalien révèle des croisements avec l'homme
De Jean-Louis SANTINI (AFP) – Il y a 17 heures

WASHINGTON — Le séquençage du génome du Néandertalien, annoncé jeudi par une équipe internationale de recherche, révèle des croisements avec l'humain moderne et lève le voile sur des traits génétiques uniques à l'homme dans l'évolution.

De un à quatre pour cent du génome de l'homme --2% de ses gènes-- proviennent des Néandertaliens, nos plus proches cousins, dont l'apparition remonte à environ 400.000 ans et qui se sont éteints il y a 30.000 ans, précisent ces chercheurs dont l'étude paraît dans la revue américaine Science du 7 mai.

"Nous pouvons désormais dire que selon toute vraisemblance il s'est produit un transfert de gènes entre les Néandertaliens et les humains", souligne Richard Green, professeur d'ingénierie bio-moléculaire à l'Université de Californie à Santa Cruz, principal auteur de ces travaux entamés quatre ans auparavant et dont une ébauche avait été rendue publique en 2008.

Selon ces chercheurs, ce transfert génétique a dû se produire il y a entre 50.000 et 80.000, probablement quand les premiers homo-sapiens ont quitté l'Afrique --berceau de l'humanité-- et rencontré les hommes de Néandertal au Proche-Orient, avant de se dispercer en Eurasie.

Le fait que les gènes néandertaliens apparaissent dans le génome d'individus d'origine européenne et asiatique mais pas chez les Africains conforte cette hypothèse.

En outre, aucun gène d'homo-sapiens n'a été trouvé dans le génome du Néandertalien séquencé à partir d'ADN extrait de trois ossements fossilisés provenant de la caverne de Vindiglia en Croatie, qui datent de 38.000 et 44.000 ans. Ces os appartenaient à trois femelles.

Ces chercheurs ont comparé le génome néandertalien avec celui de cinq humains modernes venant d'Afrique australe et occidentale ainsi que de France, de Chine et de Papouasie Nouvelle-Guinée.

Ils ont aussi fait la comparaison avec le génome du chimpanzé dont 98,8% des gènes sont identiques à ceux de l'homme. En comparaison, le Néandertalien était à 99,7% identique génétiquement à l'humain moderne et, lui aussi, à 98,8% au chimpanzé. L'ancêtre commun entre l'homme, le Néandertalien et le chimpanzé remonte à cinq ou six millions d'années.

L'homme de Néandertal et l'humain ont divergé dans l'arbre de l'évolution à une période remontant entre 270.000 et 440.000 ans, concluent ces chercheurs, soulignant que les deux espèces étaient très semblables.

Mais ce sont surtout les différences qui sont intéressantes.

"Le séquençage du génome du Néandertalien nous permet de commencer à définir tous ces traits dans le génome humain qui diffèrent des autres organismes vivants, y compris de celui du plus proche parent de l'homme dans l'évolution", observe Svante Pääbo, directeur du département de génétique de l'Institut Max Planck en Allemagne, qui dirige ce projet de séquençage.

Pour Richard Green, "le décodage du génome de l'homme de Néandertal est une mine d'informations sur l'évolution humaine récente et sera exploitée durant les années à venir".

Parmi les vingt endroits du génome de l'homme montrant les plus fortes indications de sélection positive dans l'évolution, ces chercheurs ont isolé trois gènes dont les mutations affectent le développement mental et cognitif. Ces mêmes gènes, lorsqu'ils présentent des mutations, sont aussi impliqués dans la schizophrénie, l'autisme et la trisomie 21.

D'autres de ces vingt régions du génome humain qui diffèrent de celui du Néandertalien contiennent un gène jouant un rôle dans le métabolisme énergétique et un autre affecte le développement de la boîte cranienne, de la clavicule et de la cage thoracique.

Ces chercheurs ont enfin établi la première édition d'un catalogue de traits génétiques propres à tous les humains mais pas au Néandertalien ni au singe.


http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-neandertal-est-en-nous-25165.php
07/05/2010 >> Voir toutes les actualités    
Actualité
Paléontologie humaine


Néandertal est en nous
On croyait avoir éliminé la possibilité d'un croisement de l'homme moderne avec son proche parent, l'homme de Néandertal. Et si l'on s'était trompé ?

Jean-Jacques Perrier
 
D'après les premières analyses de son génome, l'homme de Néandertal (Homo neanderthalensis) n'a pas contribué au patrimoine génétique de l'homme moderne (Homo sapiens). Il semble que cette conclusion doive être révisée, et c'est un peu une révolution dans le monde de la paléontologie humaine, bien que cela conforte d'anciennes hypothèses. Une équipe internationale coordonnée par Svante Pääbo, de l'Institut Max Planck de Leipzig, et Richard Green, de l'Université de Californie à Santa Cruz, suggère en effet que les premiers hommes modernes se sont croisés avec des Néandertaliens au Moyen-Orient, lors de leur migration depuis l'Afrique.

S. Pääbo et ses collègues ont comparé des séquences représentant 60 pour cent du génome de trois Néandertaliens (4 milliards de paires de bases), le génome du chimpanzé, et les génomes d'hommes européens, de Papouasie-Nouvelle Guinée, de Chine, du Japon, du Sud de l'Afrique et d'Afrique de l'Ouest.

Deux types de résultats de cette comparaison plaident en faveur d'un croisement entre des Néandertaliens et certains de nos ancêtres. Tout d'abord, si l'on considère de courtes portions d'un chromosome de différents individus, un Chinois et un Africain par exemple, un test statistique permet de déterminer si le même chromosome d'un Néandertalien ressemble plus à l'un ou à l'autre. Si les Néandertaliens sont restés un groupe indépendant, on ne devrait pas trouver plus de ressemblances entre leurs séquences et celles du génome d'un Chinois qu'entre leurs séquences et celles du génome d'un Africain. Or les sites chromosomiques étudiés correspondent plus fréquemment à ceux des Européens et des Asiatiques, et moins souvent à ceux des Africains. La différence de correspondance entre des portions du génome néandertalien et celles du génome chinois, d'une part, et entre le génome néandertalien et le génome d'Afrique de l'Ouest, d'autre part, est par exemple d'environ six pour cent.

Deuxième argument : en comparant des portions chromosomiques entre Africains et non-Africains, les chercheurs ont repéré que certaines de ces régions étaient plus variables chez les non-Africains. Ils suggèrent l'existence d'un flux génique entre Néandertaliens et non-Africains qui aurait augmenté la variabilité. Leur hypothèse est confirmée par le fait que, sur 12 régions du génome plus variables chez les non-Africains, 10 sont présentes dans le génome néandertalien.

Pour les chercheurs, l'explication la plus évidente de ces résultats est qu'une partie du génome néandertalien a été transmise au génome d'Homo sapiens hors d'Afrique, donc après que l'homme moderne est sorti du continent. En moyenne, moins de quatre pour cent du génome des Européens et Asiatiques actuels proviendraient de Néandertaliens, ce qui suggère que les croisements ont été limités. Par ailleurs, comme la ressemblance avec le génome néandertalien se retrouve pour des hommes eurasiatiques, l'hybridation des génomes a dû se produire avant que l'homme moderne se disperse en Europe et en Asie, donc probablement au Moyen-Orient.

« Cela n'est finalement pas très surprenant, remarque Silvana Condemi, paléoanthopologue à l'Université de la Méditerranée, à Marseille, car lorsqu'a eu lieu l'expansion des Néandertaliens vers le Moyen-Orient à partir d'Europe, leur berceau, ceux-ci ont rencontré des groupes d'Homo sapiens qui vivaient dans cette région, dont les plus connus sont les fossiles de Qafzeh et Skhul, en Israël. » Pourquoi n'est-ce pas plutot H. sapiens sortant d'Afrique qui a rencontré Néandertal établi au Moyen-Orient ? Parce que, d'après les fossiles, les Néandertaliens étaient préalablement établis en Europe et sont arrivés après l'homme moderne au Moyen-Orient.

Les chercheurs ont également trouvé la trace de variations, chez l'homme moderne comparé à l'homme de Néandertal, de la composition en acides aminés de 83 protéines — ce qui peut influer sur leur fonction — et d'une « sélection positive » de gènes, c'est-à-dire de leur fixation dans la lignée moderne. Ces gènes se sont différenciés chez l'homme moderne depuis sa divergence avec l'homme de Néandertal, entre 435 000 ans et 272 000 ans. Plusieurs gènes sont connus pour être associés au développement cognitif, au métabolisme énergétique, à la structure du crâne et de la cage thoracique, à l'apparence de la peau et à la cicatrisation. Ils existent chez les Néandertaliens mais sous une forme différente, ce qui pourrait (peut être) expliquer les différences morphologiques entre ces deux populations. La version complète du génome néandertalien devrait fournir un catalogue exhaustif de nos différences et éclairera peut-être ce qui a contribué à l'expansion de l'homme moderne et à la disparition concomitante de l'homme de Néandertal il y a 30 000 ans.

 im MacKenzie/UC Santa Cruz

De l'ADN néandertalien a été retrouvé dans le génome d'hommes modernes européens et asiatiques.

à voir aussi
 
Johannes Krause MPI-EVA

L'intérieur de la grotte de Vindija, en Croatie, où ont été trouvés en 1999 les trois squelettes utilisés pour séquencer le génome néandertalien.
Max-Planck-Institute EVA

Ces trois os (Vi33.16, Vi33.25, Vi33.26) de la grotte de Vindija ont fourni l'essentiel des séquences du génome néandertalien.
Pour en savoir plus
R.E. Green et al., A draft sequence of the Neandertal genome, Science, vol. 328, pp. 710-722, 2010.
 
A. Degioanni, V. Fabre et S. Condemi, Les messages cachés dans les gènes de Neandertal, Pour la Science n°386, décembre 2009.
L'auteur
Jean-Jacques Perrier est journaliste à Pour la Science.



http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/f/fiche-article-les-messages-caches-dans-les-genes-de-neandertal-23799.php

Pour la Science N°386 - decembre 2009>> Voir le sommaire de ce numéro     
synthese
Paléontologie humaine


Les messages cachés dans les gènes de Neandertal
L'étude des gènes des Néandertaliens a livré quatre informations : l'homme de Neandertal était distant génétiquement de nos ancêtres ; sa lignée est ancienne ; il n'a pas contribué à notre patrimoine génétique ; peu nombreux, ils ont occupé un vaste territoire.

Anna Degioanni, Virginie Fabre et Silvana Condemi
Le séquençage du génome de l'homme de Neandertal progresse. Son adn mitochondrial a déjà été entièrement séquencé (cet adn est contenu dans les mitochondries, des organites cellulaires produisant l'« énergie » des cellules et transmis par les femmes). Svante Pääbo et son équipe de l'Institut Max Planck de Leipzig espèrent terminer dans les mois qui viennent une première ébauche de séquençage complet de son adn nucléaire. Ces études génétiques ne vont pas tout révéler sur l'homme de Neandertal, mais elles ont déjà livré quatre informations importantes, que nous allons examiner.

La première de ces informations est l'importance de la distance génétique entre nous et l'homme de Neandertal. Les mitochondries contiennent un ruban d'adn comportant presque 16 000 bases. Le séquençage de ce ruban fut lent tant le matériel génétique néandertalien bien conservé est rare. Il a commencé en 1997 par 379 bases extraites du premier fossile néandertalien jamais découvert : Feldhofer 1. Puis une quinzaine de fragments d'adn mitochondrial ont été séquencés. Ce travail difficile a bénéficié de grands progrès méthodologiques. Avant le séquençage, il est nécessaire d'effectuer des amplifications ciblées de l'adn, par des pcr (la réplication des séquences géniques par réaction enzymatique). En 2004, David Serre, alors à l'Institut Max Planck de Leipzig, et ses collègues ont mis au point une procédure qui amplifie spécifiquement l'adn...

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L'auteur
Anna Degioanni, Virginie Fabre, généticiennes des populations et Silvana Condemi, paléoanthropologue, sont membres de l'unité d'Anthropologie bioculturelle du cnrs, de l'efs et de l'Université de la Méditerranée à Marseille.

Pour en savoir plus
V. Fabre, S. Condemi et A. Degioanni, Genetic evidence of geographical groups among Neanderthals, Plos One 4(4): e5151, 2009.

C. Lalueza-Fox et al., A melanocortin 1 receptor allele suggests varying pigmentation among Neanderthals, Science, vol. 318, pp. 1453-1455, 2007.

J. Krause et al., The Derived foxp2 Variant of modern humans was shared with Neandertals, Current Biology, vol. 17, pp. 1908-1912, 2007.

R. E. Green et al., Analysis of one million base pairs of Neanderthal DNA, Nature, vol. 444, pp. 330-336, 2006.


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http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/archeo-paleo/20100506.OBS3562/il-y-a-un-peu-de-neandertal-en-nous.html
07/05/10 09:42 1 réaction Il y a un peu de Neandertal en nous
1 à 4% du génome des hommes actuels proviendrait des néandertaliens, analysent les chercheurs qui ont séquencé l’ADN de cet ancien cousin disparu il y a 30.000 ans.
Reconstitution du buste de Pierrette, jeune néandertalienne retrouvé sur le site de Saint-Césaire , en Charente Maritime. (SIPA/Jean-Michel Nossant)
 
Défendue par certains anthropologues, l’idée que la rencontre entre Cro-Magnon et Neandertal ait été féconde n’avait jusqu’à présent pas trouvé de confirmation dans les études de paléo-génétique. La revue Science publie cette semaine un rebondissement de taille: le croisement aurait bien eu lieu, même s’il demeure marginal, selon l’équipe de Svante Pääbo, de l’Institut Max Planck de Leipzig. Nous aurions donc quelques gènes néandertaliens : 1 à 4% de l’ensemble de notre génome.


Sur le même sujet
DOSSIER: Neandertal décrypté
L'homme moderne, meilleur ennemi de Neandertal?
Des coquillages symboliques chez les Néandertaliens

Cette même équipe avait d’abord écarté l’hypothèse. La comparaison de l’ADN mitochondrial (contenu par les mitochondries dans la cellule) de Neandertal et d’Homo sapiens ne montrait aucune parenté. Après le premier décodage de l’ADN nucléaire (du noyau de la cellule) de Neandertal, les chercheurs n’avaient pas non plus repéré de similitude avec l’ADN de Sapiens.

Les Africains moins proches de Neandertal

Après quatre ans de travail, Svante Pääbo et ses collègues disposent désormais d’environ 60% de la séquence génétique d’Homo neandertalensis, soit plus de 4 milliards de nucléotides obtenus à partir de trois fragments d’os de trois Néandertaliens. Grâce à des techniques nouvelles mises au point pour récupérer, trier et analyser ce matériel, les chercheurs publient une première carte du génome néandertalien.

Pour la comparer, Pääbo et ses collègues ont aussi séquencé l’ADN de cinq humains actuels originaires d’Afrique, d’Afrique de l’ouest, de France, de Chine et de Papouasie Nouvelle-Guinée.

Le génome de Neandertal a plus de similitudes avec les hommes actuels vivants hors d’Afrique, constatent les chercheurs. Ils suggèrent donc que les croisements entre les premiers hommes modernes et les néandertaliens ont eu lieu il y a longtemps, après avoir quitté l’Afrique mais avant de se disperser en Europe et en Asie. C’est au Moyen-Orient, il y a 50.000 à 100.000 ans, que les deux branches humaines se seraient mélangées, avancent les chercheurs. Et non pas plus récemment en Europe, il y a environ 30.000 à 40.000 ans, comme le suggère l'anthropologue américain Erik Trinkaus.

Avantage évolutif

Au-delà de ces mystérieuses rencontres, ce qui intéresse Pääbo et ses collègues c’est l’identification des gènes qui ont permis à l’homme moderne de prospérer, tandis que Neandertal s’est éteint. Pour cela ils cherchent des régions du génome qui ont rapidement évolué chez l’homme moderne mais pas chez Neandertal. Ils en ont isolé 212, dont 20 qui ont subi une sélection très forte. Parmi ces gènes qui auraient conféré un avantage à l’homme moderne au cours de l’évolution, plusieurs concernent la cognition (apprentissage, relations aux autres…) et le métabolisme.


Pour en savoir plus sur le travail mené par l’équipe de Pääbo, lire Les experts font parler les fossiles et Le génome de l’homme de Vindija livre ses secrets (Sciences et Avenir, mars 2009).

Cécile Dumas
Sciencesetavenir.fr
06/05/10



http://www.lefigaro.fr/sciences-technologies/2010/05/06/01030-20100506ARTFIG00791-l-homme-de-neanderthal-devoile-son-genome.php

L'homme de Neandertal dévoile son génome

Mots clés : Neanderthal

Par Jean-Luc Nothias
07/05/2010 | Mise à jour : 08:25 Réagir

1 à 4 % du génome de l'homme moderne pourraient provenir des néanderthaliens. Crédits photo : AFP
L'humanité actuelle recèle quelques gènes de son cousin disparu.
 
Il est maintenant prouvé que nous avons en nous, les hommes dits modernes, quelque chose de l'homme de Neandertal. Une équipe internationale (56 personnes) a réussi à décrypter près de 60% du génome de ce «cousin» à partir de prélèvements d'os datant de quelque 40 000 ans trouvés, il y a une vingtaine d'années, dans une grotte de Croatie. Et il apparaît que de 1 à 4% de notre propre génome pourrait provenir des néandertaliens.

Neandertal est notre plus proche parent du point de vue évolutif. Apparu il y a 450 000 ans, il a peuplé l'Eurasie (Europe et ouest de l'Asie). Puis il a disparu, il y a 25 000 à 30 000 ans au moment où l'homme moderne, celui que l'on appellera Cro-Magnon, commençait son expansion à partir de l'Afrique. Quelques analyses d'un ADN dit mitochondrial avaient déjà été réalisées. Mais aujourd'hui, c'est sur de l'ADN dit nucléaire, issu du noyau des cellules, que les analyses ont été conduites. Comme pour l'établissement d'une empreinte génétique.

L'équipe dirigée par Svante Pääbo, de l'Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne) a donc montré que Homo neanderthalensis et Homo sapiens se sont croisés et côtoyés au Moyen-Orient avant que le plus ancien ne disparaisse.

Est-ce important? «Mais enfin bien sûr, s'enthousiasme Évelyne Heyer, professeur en anthropologie génétique au Muséum national d'histoire naturelle dans un laboratoire associé au CNRS. Il s'agit de savoir d'où nous venons, qui nous sommes vraiment!»

Les travaux, publiés aujourd'hui dans la revue américaine Science, montrent tout d'abord, pour la première fois, qu'il est possible d'analyser au moins en partie de l'ADN de noyau cellulaire, vieux de plusieurs dizaines de milliers d'années, avec d'infinies précautions et une technologie hors norme. «Si quelqu'un avait prétendu il y a dix ans pouvoir le faire, personne ne l'aurait cru, continue Évelyne Heyer. C'est un travail génial, magique, qu'ont réalisé Svante et son équipe. »

Ils ont ensuite pu comparer les séquences d'ADN néandertaliennes à celles de cinq humains actuels: un Africain du Sud, un Africain de l'Ouest, un Papou, un Chinois et… un Français. Les comparaisons montrent que le génome néandertalien est plus proche de celui des non-africains modernes.

Ils ont aussi exploré les possibilités pour remonter à l'ancêtre commun des deux lignées d'hominidés et confectionné un catalogue des caractéristiques génétiques présentes chez l'homme moderne, mais pas chez ceux de Neandertal ou chez les grands singes.

Ils ont également tenté de voir ce qui dans ces différents génomes pouvait expliquer la naissance d'Homo sapiens. Et ils ont trouvé que les régions de l'ADN qui présentaient le plus de variations, c'est-à-dire celles qui avaient permis la «meilleure» évolution, concernaient des gènes du développement cognitif et mental, du crâne ou de la cage thoracique­.


Prudence

«Même si cette première est formidable, tempère Évelyne Heyer, il faut prendre les hypothèses émises par ces chercheurs avec prudence. Certains aspects techniques, comme la longueur des fragments d'ADN analysés, sont à mon avis un peu “légers”. Donc, toutes les conclusions sur les différences ou ressemblance entre Neandertal et l'homme moderne n'ont pas toutes la même valeur . Il faudra que d'autres analyses du même type soient faites, peut-être par d'autres approches, pour vraiment y voir clair.»

Sera-t-il possible un jour de réaliser de telles analyses sur des hominidés encore plus anciens comme les australopithèques? « Sans doute pas, regrette Évelyne Heyer. Car à partir du moment où toutes les parties organiques sont fossilisées, l'analyse devient impossible.» Mais ces analyses génétiques de Neandertal devraient permettre de mieux le connaître, le décrire et le faire «parler».

LIRE AUSSI :

» Un nouveau type d'hominidé démasqué par son ADN

» INTERVIEW - Yves Coppens : «Le nouvel australopithèque découvert est un para-Homo»

» Quand Neandertal s'adonnait aux joies du maquillage


 

 

 

 

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 12:34

(dépêches)

 

Mort de l'astrophysicien académicien Evry Schatzman le 25 avril 2010 à 89 ans

 

http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid51389/deces-de-l-astrophysicien-evry-schatzman.html

Décès de l'astrophysicien Evry Schatzman
Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a appris avec tristesse le décès de l’astrophysicien Evry Schatzman, membre de l’Académie des Sciences.

Communiqué - Valérie Pécresse
28 avril 2010
Brillant  élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de physique et docteur ès sciences, Evry Schatzman est considéré comme un des plus éminents spécialistes de la structure des étoiles et comme le père de l’astrophysique théorique dans la France de l’après-guerre.

Pédagogue reconnu, fortement impliqué dans l’enseignement supérieur, tant en France qu’à l’étranger – il a notamment enseigné à la faculté des sciences de Paris, puis à l'université Paris 7-Denis-Diderot et à l'université libre de Bruxelles- le Professeur Evry Schatzman a formé une génération de chercheurs en astronomie.

Chercheur de talent au C.N.R.S., fondateur du laboratoire d’astrophysique de Meudon, il a publié de nombreux articles dans les journaux de physique et d'astrophysique les plus prestigieux, sources d’inspiration pour les astrophysiciens à travers le monde. Ses travaux, qui ont principalement concerné la structure interne des étoiles, ont été couronnés par de nombreux prix. Il a notamment été récompensé par le Prix Paul et Marie Stroobant de l'Académie Royale des Sciences de Belgique en 1971, le Prix Holweck de la Société Française de Physique en 1975 et la médaille d'or du CNRS en 1983.

La ministre salue également la mémoire et le courage d’un homme, marqué par la Seconde guerre mondiale qui a su s’impliquer en faveur des droits de l’homme et mener les combats contre toutes les formes de totalitarisme.

Mis à jour le 28 avril 2010

http://www.insu.cnrs.fr/co/ama09/evry-schatzman-rejoint-les-toiles
Evry Schatzman rejoint les étoiles
Actualité - Lundi, 26 Avril 2010

 Evry Schatzman est le père de l'astrophysique française. En introduisant les concepts de la physique moderne dans la démarche de l'astronomie, et en s'impliquant très fortement dans l'enseignement supérieur, tant au niveau de la maîtrise qu'au niveau du DEA, avec la création de deux DEA, il a formé une nouvelle génération de chercheurs en astronomie-astrophysique, replaçant ainsi l'astronomie française au meilleur niveau mondial.

Né le 16 septembre 1920.
1939 Élève de l'École normale supérieure
1945 Agrégé de physique
1946 Docteur ès sciences
1945-1954 Chargé de recherche, puis maître de recherche au CNRS
1954-1976 Professeur à la faculté des sciences de Paris, puis à l'université Paris 7-Denis-Diderot à partir de 1970
1964-1972 Fondateur du laboratoire d'astrophysique de Meudon
1976-1989 Directeur de recherche au CNRS, à l'Observatoire de Nice, puis à l'Observatoire de Paris à partir de 1988
Autres fonctions
1949-1967 Professeur à l'université libre de Bruxelles
1984-1988 Chercheur à l'université de Californie (Berkeley)
Enseignement
Fonde l'enseignement d'Astrophysique théorique en 1959
Il créé et dirige deux DEA : « physique des milieux ionisés » et « astrophysique »
Il créé l'Ecole de Goutelas en 1976 et participe à la création de l'école d'Aussois en 1989
Œuvre scientifique
Évry Schatzman est astrophysicien. Ses principaux travaux ont porté sur :

l'astrophysique théorique, principalement la structure interne des étoiles
le triage gravitationnel dans les naines blanches. Chauffage de la couronne solaire par ondes de choc. Théorie des novae
le mécanisme d'accélération des rayons cosmiques
le freinage magnéto-hydrodynamique de la rotation des étoiles
le rôle de la diffusion turbulente dans l'évolution stellaire - Application au problème de l'abondance du lithium. Incidence sur la production des neutrinos solaires.
la cosmologie : matière et anti-matière en cosmologie
Fonctions et distinctions
Membre correspondant de l'Académie royale des sciences de Liège
Membre de l'Academia Europaea
Docteur Honoris causa de l'université de Barcelone
Prix Peccot
Prix Paul et Marie Stroobant de l'Académie royale des sciences de Belgique (1971)
Prix Robin de la Société française de physique (1971)
Prix Janssen de la Société astronomique de France (1973)
Prix Holweck de la Société française de physique (1975)
Médaille de l'Association pour le développement international de l'Observatoire de Nice
Médaille d'or du CNRS (1983)
Chevalier de la Légion d'honneur
Officier de l'Ordre national du mérite
Commandeur des palmes académiques
Commandeur de l'instruction publique
Prix Manley Bendall de l'Académie nationale des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux
Principaux ouvrages
Astrophysique générale, E. SCHATZMAN et J.-C. PECKER , Ed. Masson (1957)
Science et Société, E. SCHATZMAN , Ed. Robert Laffont (1971)
Les enfants d'Uranie, E. SCHATZMAN , Ed. Le Seuil (1986)
La science menacée
L'outil théorique
Gestion de la Recherche
Commissions scientifiques multiples: CNRS, Ministère de l'Enseignement supérieur, CNES...
Création du Laboratoire d'Astrophysique de Meudon (1964-1972)
Sociétés savantes: SFSA, SFP, Académie
Travail éditorial: Astronomy and Astrophysics, BAG, Masson.......
Syndicalisme: Syndicat de l'Enseignement supérieur, Union Mondiale des Travailleurs scientifiques
Science et Société
1ere période: 1940-1959

La Science va permettre de résoudre les pbs sociaux
Membre du PC de 1946 à 1959
2éme periode: la déception,

Rejet de l'URSS mais pas de Marx et Engels 1959-1970
3ème période: 1970-

Remise en question totale du dogme : la théorie sociale et économique n'a pas la même nature que la théorie physique.
Acceptation du rôle de l'affectif, non contrôlé par la raison.
Le rationaliste
Membre de l'Union rationaliste depuis 1949, Président pendant plus de 30 ans (70-01)
Les principaux combats pour :  la laïcité, l'esprit critique
Les principaux combats contre l'obscurantisme : astrologie, les OVNI et la vie dans l'Univers, la parapsychologie

Nombreux articles dans les Cahiers Rationalistes et Raison Présente

L'humaniste

Combat contre le totalitarisme

Défense des droits de l'Homme

Défense de la démocratie

Place des femmes dans la société et en particulier en science

Nécessité d'une culture scientifique

pour vaincre l'obscurantisme
pour ne pas confondre science fondamentale et technique
pour rechercher la vérité, la vraie raison...
Des commentaires d'Evry Schatzman sur deux points concernant enseignement et recherche :
 « on fait de l'astrophysique pour comprendre ce qui se passe. »

« quand vous faites une thèse, ne vous contentez pas de donner des résultats, il faut expliquer d'où ça vient, quand vous dites qu'une étoile qui ne tourne pas est sphérique, vous êtes déjà en train de faire de la théorie. On ne vous demande pas de faire des maths, ce n'est pas le problème, le problème c'est d'aborder une représentation des processus physiques qui se déroulent dans vos objets ».

« une certaine culture - même en dehors du champ où l'on travaille - est essentielle à la découverte. »

« pour l'étudiant devenu chercheur, c'est d'aller dans les séminaires, non pas dans ceux de sa spécialité, mais dans ceux de la spécialité d'à côté. Dans sa propre spécialité, on ne fait que se conforter dans ses propres certitudes. En revanche, en écoutant quelqu'un d'une spécialité différente, on apprend du nouveau. »

Contact(s):
Philippe Chauvin, Responsable de communication Astronomie - astrophysique, INSU-CNRS
philippe.chauvin@cnrs-dir.fr, 01 44 96 43 36

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/astronomie/d/deces-devry-schatzman-lastrophysique-francaise-en-deuil_23543/
Le 27 avril 2010 à 17h22

Décès d'Evry Schatzman : l'astrophysique française en deuil
Retrouvez toute l'actu de Futura-Sciences sur :    et n'importe quel mobile à l'adresse http://m.futura-sciences.com/
Par Laurent Sacco, Futura-Sciences  Grand spécialistes des étoiles, l’académicien Evry Schatzman vient de décéder le 25 avril 2010. Considéré comme le père de l’astrophysique théorique dans la France de l’après-guerre, il avait formé une génération d’astrophysiciens et écrit plusieurs ouvrages dont un célèbre traité d’astrophysique générale avec un autre académicien, Jean-Claude Pecker.
Evry Schatzman est né le 16 septembre 1920. Brillamment sorti de l’ENS, il a commencé sa carrière scientifique dans la tourmente de la Seconde guerre mondiale alors qu’il dut se cacher en raison de ses origines juives. Cela ne l’empêcha pas de se faire connaître pas des travaux sur les naines blanches qui l’orientèrent vers la théorie de la structure stellaire et, plus tard, les problèmes de la magnétohydrodynamique de l’atmosphère solaire. Il s’attaqua d’ailleurs à l’énigme du chauffage de la couronne solaire.

Une vidéo de présentation de SDO. Crédit : Nasa
On lui reconnaît un rôle majeur dans le développement de l’astrophysique théorique en France. Pendant longtemps, la communauté des chercheurs français, stérilisée par l’héritage du positivisme d’Auguste Comte, était restée fermée et ignorante des développements de la physique moderne. Il était alors difficile d’entendre parler de physique quantique ou de relativité avant de démarrer une thèse. L’astronomie ne faisait pas exception et se réduisait presque à de la mécanique céleste développée par des mathématiciens pour des mathématiciens et à la pure accumulation de données d’astrométrie ou de spectroscopie.
Tout comme les cours de mécanique quantique d’Albert Messiah, ceux d’Evry Schatzman allaient permettre à la jeune génération de chercheurs de l’après-guerre en France de combler le retard du pays. Soulignant l’importance de la démarche du physicien, il ne cessa de rappeler que : « on fait de l'astrophysique pour comprendre ce qui se passe ».

Les images prises récemment par SDO. Elles permetront d'affiner et de tester nos théories sur la structure des étoiles. Crédit : Nasa
Marqué par la Seconde guerre mondiale, où son père avait trouvé la mort en déportation, il s’impliqua beaucoup pour la défense des droits de l’homme et les combats contre les totalitarismes. Membre de l’Union rationaliste, il fut un pourfendeur de l’astrologie, de l’ufologie et de la parapsychologie mais fut étonnement hostile à la philosophie de Karl Popper. Il défendit la place des femmes dans la société et en science et on lui doit d’ailleurs un remarquable ouvrage sur les étoiles avec Françoise Praderie.
Il n’aura malheureusement pas l’opportunité de suivre la moisson de résultats et d'images superbes du Soleil qu’est en train de fournir le satellite Solar Dynamics Observatory (SDO).

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Evry Schatzman expliquant un point d'astrophysique. Crédit : CNRS

http://www.academie-sciences.fr/membres/S/Schatzman_Evry.htm

In memoriam

 
  
   
Evry Schatzman

(16 septembre 1920 - 25 avril 2010)
 
 

Evry Schatzman, né le 16 septembre 1920, Directeur de recherche émérite au CNRS, est décédé le 25 avril 2010. Il avait été élu Membre de l'Académie des sciences le 24 juin 1985 (section de sciences de l'univers).


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Formation et carrière 1939 Élève de l'École normale supérieure
 
1945 Agrégé de physique
1946 Docteur ès sciences
 
1945-1954 Chargé de recherche, puis maître de recherche au CNRS

 
1954-1976 Professeur à la faculté des sciences de Paris, puis à l’université Paris 7-Denis-Diderot à partir de 1970
 
19?? Fondateur du laboratoire d’astrophysique de Meudon
1976-1989 Directeur de recherche au CNRS, à l’Observatoire de Nice, puis à l’Observatoire de Meudon à partir de 1988
 
 

Autres fonctions
 
1949-1967 Professeur à l'université libre de Bruxelles
1984-1988 Chercheur à l’université de Californie (Berkeley)

 


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Œuvre scientifique
Evry Schatzman était astrophysicien. Ses principaux travaux ont porté sur :
- l'astrophysique théorique, principalement la structure interne des étoiles
- le triage gravitationnel dans les naines blanches. Chauffage de la couronne solaire par ondes de choc. Théorie des novae
- le mécanisme d'accélération des rayons cosmiques
- le freinage magnéto-hydrodynamique de la rotation des étoiles
- le rôle de la diffusion turbulente dans l'évolution stellaire - Application au problème de l'abondance du lithium. Incidence sur la production des neutrinos solaires.
- la cosmologie : matière et anti-matière en cosmologie


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Distinctions et Prix
Membre correspondant de l'Académie royale des sciences de Liège
Membre de l’Academia Europaea
Docteur Honoris causa de l'université de Barcelone

Prix Peccot
Prix Manley Bendall de l'Académie nationale des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux
Prix Paul et Marie Stroobant de l'Académie royale des sciences de Belgique (1971)
Prix Robin de la Société française de physique (1971)
Prix Janssen de la Société astronomique de France (1973)
Prix Holweck de la Société française de physique (1975)

Médaille de l'Association pour le développement international de l'Observatoire de Nice
Médaille d'or du CNRS (1983)
Chevalier de la Légion d'honneur
Officier de l'Ordre national du mérite
Commandeur des palmes académiques
Commandeur de l'instruction publique


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Principaux ouvrages
E. SCHATZMAN et J.-C. PECKER
Astrophysique générale
Ed. Masson (1957)

E. SCHATZMAN
Science et Société
Ed. Robert Laffont (1971)

E. SCHATZMAN
Les enfants d'Uranie
Ed. Le Seuil (1986)

E. SCHATZMAN
La science menacée
Ed. Odile Jacob (1989)

E. SCHATZMAN
L'expansion de l'Univers
Ed. Hachette (1989)

E. SCHATZMAN et F. PRADERIE
Les étoiles
Interéditions/Editions du CNRS (1990)

Le 26 avril 2010
 
 
http://jfpicard.free.fr/Schatzman.html
Entretien avec Evry Schatzman
(J.-F. Picard, le 24 février 1987)



Ac. Sc.
 

Normalien de la promotion 1939, comment débute votre carrière d'astrophysicien ?

Dans une triste période. Pendant l'occupation, j'étais à Lyon dans le laboratoire de Max Morand. Nous étions trois, il y avait là Eugène Cotton, Cavassilas un immigré grec assigné à résidence qui avait des tas de problèmes pour se rendre à l'Observatoire de Haute-Provence et moi qui étais en évacuation de l'ENS. Avec le patron, Max Morand, on se voyait à toute heure du jour, on entrait, on bavardait. Il y avait un type de relation qui n'existent plus aujourd'hui. Quand Eugène Cotton m'avait vu arriver à Lyon au début de 1942, il m'avait tout de suite fait des avances en me passant une des éditions clandestines de la revue 'Action'. Dans un premier temps, je n'ai pas répondu. Là-dessus, mon père a été déporté (septembre 1942) et je suis allé voir Cotton pour lui dire que je voulais faire quelque chose. C'est alors que je suis entré dans ce qui était plus ou moins apparenté à un groupe d'étudiants communistes. J'ai donc adhéré au Parti à l'instigation d'Eugène Cotton à Lyon et j'ai milité dans une semi-clandestinité avant de plonger, à partir de juillet 1943, dans une complète clandestinité avec la bénédiction du directeur de l'Observatoire de Haute-Provence.

Le père d'Eugène, Aimé Cotton, n'était pas communiste ?

Pas du tout, mais il était à gauche, de même qu'Eugénie Cotton sa femme. Elle a beaucoup milité au Mouvement de la Paix, mais elle n'était pas membre du Parti. Eugène était le militant de la famille. C'est par lui que j'ai connu ma première littérature communiste, que j'ai lu 'L'origine de la famille' et que j'ai eu en main, sans avoir alors le temps de le lire, 'Matérialisme et empiriocriticisme' qui d'ailleurs me dépassaient beaucoup à cette époque. Puis, il a fallu tenter d'échapper au S.T.O. Pour me constituer un dossier en béton, j'ai pu utiliser plusieurs sources comme une organisation juive de résistance qui m'a fourni un extrait d'acte de naissance en blanc. Je garde de tout cela le souvenir d'une très grande solidarité entre Français.

Le milieu scientifique était-il d'esprit résistant ?

Bon, je dirais qu'il n'était pas collaborateur. Mais un autre facteur a joué également. Lyon était loin de Paris où il y avait eu des nominations à la Sorbonne de gens ouvertement collaborateurs. J'ai parfois logé une nuit ou deux chez Max Morand à des époques où des bruits de rafle circulaient. Mon entrée à l'Observatoire de Haute-Provence (OHP) s'est faite de la façon suivante, Dufay qui était directeur de l'OHP donnait des cours d'astrophysique à Lyon. Je suis allé le trouver à la sortie de son cours. Je me suis présenté : normalien en fin d'études, j'ai raconté ma petite histoire sur mon père et je lui ai demandé - on m'avait quand même dit que la réponse pouvait être favorable, je n'étais pas allé le trouver de but en blanc - s'il accepterait de me laisser vivre sous une fausse identité à l'OHP. La réponse fut immédiatement favorable.

Frais émoulu de l'ENS, vous ne connaissiez pas l'astrophysique. Est-ce à ce moment-là que vous avez été attiré par cette discipline ?

Effectivement. J'étais alors branché sur la physique en général. La raison pour laquelle j'ai fait cette démarche était que Cavassilas, lui-aussi chez Morand, allait régulièrement faire des observations du ciel nocturne à Saint-Michel. Et je parlais avec lui du problème de ma cachette contre le S.T.O. C'est lui qui m'a dit que l'OHP était un endroit très retiré où l'on ne voyait personne. Ce que j'ai su après la guerre, c'est que Dufay a écrit à Georges Bruhat, directeur adjoint de l'ENS, pour recevoir un avis qui fut le suivant : « Il faut absolument que Schatzman puisse continuer de faire de la physique ». À partir de là, mon orientation s'est trouvée scellée. Mais il a fallu un peu de temps pour que je me mette à l'astrophysique. Sur ce plan, le directeur adjoint de l'époque, Charles Fehrenbach, m'a poussé. Il m'a fait intervenir dans un petit séminaire interne à l'Observatoire de Haute-Provence et c'est comme cela que je suis resté dans cette spécialité.

Qu'y avait-il alors l'Observatoire de Haute-Provence ?

Un télescope de un mètre vingt, qui était celui de Foucauld à Marseille et un autre de quatre-vingt centimètres -qui était encore à Forcalquier- qui avait été le télescope d'étude de site.Ce dernier avait été utilisé par monsieur de Kérolir qui avait fait de belles photos. Les gens de Forcalquier était très fiers de leur monsieur de Kérolir et de ses belles photos de galaxie. Le transfert du télescope à l'OHP était décidé, mais Kérolir s'y refusait et le CNRS n'avait pas les moyens d'effectuer l'opération. Il n'y avait donc qu'un télescope à Saint-Michel, celui de un mètre vingt avec un astronome qui était Fehrenbach. Je lui avais proposé mon aide en échange de l'hébergement. Pratiquement toutes les fois où Fehrenbach observait, il me mobilisait pour l'assister dans son travail. Cela consistait d'abord à mettre le télescope en situation, à orienter son axe polaire, etc. Fehrenbach disposait d'un spectographe minuscule et nous ne pouvions faire qu'un travail d'observation réduit. Quand je n'assistais pas Fehrenbach, j'essayais de lire de l'astrophysique, j'apprenais. C'est ainsi que j'ai commencé ma thèse. Le temps qui restait se passait à se procurer des produits alimentaires. Durant mon premier été, en 1943, nous avons eu la visite de Daniel Chalonge avec sa famille, ainsi que celle de Daniel Barbier qui est devenu, beaucoup plus que quiconque, mon introducteur dans la discipline. Dufay a dû venir un peu plus tard, en septembre et il a dû revenir à Pâques 1944. En 1944, il n'y avait plus personne. Juste un astronome de Marseille, Beloretzki qui est venu se réfugier à l'Observatoire de Haute-Provence parce que Marseille était devenue dangereuse. Vers février, sont arrivés et restés plusieurs mois Jean et Alice Daudin. Jean Daudin avait étudié les rayons cosmiques avec Pierre Auger à l'ENS et on lui doit un certain nombre de choses importantes dans ce domaine. Il est venu avec Alice Daudin qui voulait faire de l'astrophysique et leur plus jeune fille.

Ces chercheurs étaient les fondateurs de l'astrophysique en France...

J'ai connu les fondateurs : Chalonge, Barbier et Mineur. Chalonge et Mineur ont été assez tôt nommés astronomes à l'Observatoire de Paris. Ils ont dû être nommés astronomes adjoints vers 1925. Henri Mineur avait un caractère très marqué, il s'était fait beaucoup d'ennemis et il n'a jamais réussi à passer astronome titulaire.

Il était alcoolique dit-on...

C'est venu plus tard. Qu'il ait aimé la boisson jeune, il n'y a aucun doute, mais alcoolique au sens pathologique du terme, je crois que c'est survenu en liaison avec des histoires politiques. Henri Mineur était très proche du Parti Communiste et dans la période d'avant 1939, il avait servi d'intermédiaire à un certain nombre d'opérations en Europe, en liaison avec des partis communistes clandestins. Henri Mineur était quelqu'un qui tenait salon, chose qui a disparu, et il me racontait qu'une fois par semaine, il voyait venir chez lui Maurice Thorez, Georges Cogniot, sans compter les universitaires de gauche comme Jean Perrin, etc. Durant l'Occupation, il a été arrêté. Il faut croire que déjà l'alcoolisme le guettait puisqu'il l'a été dans un bar (l'anecdote m'a été racontée par Chalonge) On lui demande ses papiers et il sort une carte d'identité. Puis, mû par je ne sais quelle illumination, il dit au policier : « Si tu veux j'en ai une autre » et il en sort une autre à son vrai nom ! Il a été arrêté, il est passé par la Santé, mais chose troublante, il a été libéré assez vite. A la Libération, des résistants de son réseau l'ont accusé de les avoir dénoncés. Mineur qui s'était précipité en Normandie au moment du débarquement, avait adhéré tout de suite au Parti Communiste qui renaissait de ses cendres. Il s'est trouvé exclu à la suite de cette révélation qui a dû être faite à l'automne 1944 et a fait de la prison. Il a toujours nié avoir donné ses camarades, mais je me souviens d'un Mineur « pas à jeun » justement, vers 1949-1950, gémissant sur ses souvenirs d'amitié avec le milieu communiste et sur le fait que plus personne -dans ce milieu- ne voulait le voir ou le rencontrer. C'était vis à vis de moi une espèce de demande de faire quelque chose pour que cela change. Dans l'esprit de l'époque, je n'ai bien sûr rien fait du tout, je n'ai même pas essayé. Je ne me rendais pas du tout compte du genre de relations que cela représentait. J'étais très impressionné par le fait qu'on mettait en cause son honnêteté dans cette affaire. Avait-il réellement trahi ? Comme on le sait maintenant, les Allemands faisaient parler les gens en leur mentant...

Était ce un bon scientifique   ?

Sans aucun doute, il a fait un certain nombre de choses excellentes. Il s'est beaucoup occupé de dynamique stellaire et dans ce domaine, on lui doit -je ne dirais pas des résultats de tout premier plan - mais de très bons travaux. Et même dans sa période de déclin, il a encore produit des choses intéressantes. S'il avait été plus physicien ou s'il avait plus parlé avec des physiciens, il aurait pu faire une découverte qui a marqué les années 1950-52. Il analysait des données sur les étoiles variables, il en concluait d'abord que, du point de vue des propriétés, les étoiles variables constituaient deux classes différentes. Mais il n'avait pas eu suffisamment confiance dans ses propres données et il a fait la moyenne. En fait, il avait trouvé ce résultat avec deux ou trois ans d'anticipation sur ce qui s'est fait ensuite au Mont Wilson. Dans ses périodes de lucidité, c'était un bon scientifique.

Le groupe Barbier, Chalonge, Mineur était lié au groupe Perrin, c'est d'autant plus curieux que le milieu des astronomes est, dit-on, assez fermé.

Oui, mais ils étaient l'exception, surtout pour des raisons politiques. Chalonge et Mineur étaient de gauche, caractéristique exceptionnelle dans le milieu astronome qui était alors plutôt conservateur. Et qui l'est resté, politiquement et scientifiquement, jusqu'aux années soixante.
Esclangon, directeur de l'Observatoire de Paris jusqu'à son remplacement par Danjon en 1945, était opposé au choix de Saint-Michel pour créer l'Observatoire de Haute-Provence. Durant l'été 1943, Chalonge me racontait qu'Esclangon avait publié dans Paris-Soir un article expliquant que le choix aurait été bien meilleur près de Sisteron et Chalonge ricanait car Esclangon possédait un terrain à cet endroit. l'Observatoire de Haute-Provence, associé à l'Institut d'Astrophysique du boulevard Arago, constituait le Service d'Astrophysique et réalisait en somme essentiellement les ambitions du groupe Chalonge, Mineur, Barbier.

Vous parliez de conservatisme scientifique...

Lorsque Chalonge a voulu s'occuper de spectroscopie stellaire, il a dû aller chercher abri au laboratoire de Fabry pour faire de la spectroscopie. Pour les milieux traditionnels, la seule vraie astronomie était de position, avec un peu de mécanique céleste. Qu'il ait fallu constituer l'organisation de l'astrophysique en dehors du cadre des observatoires, me parait assez clair! À l'époque où j'ai commencé à connaître le milieu, c'est-à-dire essentiellement après mon retour des États-Unis en 1949 - j'avais passé un an à Princeton - l'astronomie française consacrait son activité à l'astrométrie, c'est à dire à l'utilisation d'un instrument méridien, pour mesurer des positions d'étoiles.

Le CNRS reprend le service de la carte du ciel avec celui des mouvements propres stellaires de Couderc...

Paul Couderc dirigeait effectivement ce service. Mais on ne faisait plus de photographies, on se contentait d'utiliser la collection de clichés pour comparer ceux qui avaient été pris à des dates différentes. Le programme 'carte du ciel' qui avait été international n'était plus suivi à l'époque que par Paris.

Le directeur de l'Observatoire de Paris, Jean Delhaye, raconte que dans un congrès, très peu de temps après la guerre, un Allemand avait dit que de toute façon les services de la carte du ciel en France ne marchaient pas parce que les astronomes français étaient incapables de positionner les étoiles avec précision...

Je sais que lorsque j'ai commencé à préparer notre ouvrage d'astrophysique générale avec Pecker en 1955, l'ensemble des données d'observation du méridien de Toulouse étaient inutilisables parce qu'on ne disposait pas, je crois, des données nécessaires aux corrections de réfraction atmosphérique. J'ai commencé à rencontrer l'astronomie française à l'occasion des réunions du Comité national d'astronomie, c'est à dire l'astronomie des observatoires. Et bien, si j'avais été dans le cadre « astronome », j'aurais eu envie de fuir. Ce conservatisme est lié à un problème institutionnel très profond qui doit dater de la classification des sciences d'Auguste Comte. Il existait dans les universités - où il y avait un observatoire - un certificat d'astronomie approfondie. Et ce certificat, jusqu'à ce que j'y enseigne à partir de 1949, était partout consacré à la mécanique céleste et à l'astrométrie. Il était ouvert aux mathématiciens parce qu'il ouvrait la porte à l'agrégation en étant un équivalent au D.E.S. de mathématiques. Le principal recrutement de l'astronomie française se faisait avec des gens qui étaient essentiellement de formation mathématique. Il n'y avait pas de physiciens. Par conséquent, il n'y avait pas en France d'état d'esprit susceptible de les rapprocher de l'astrophysique. De plus, l'astrophysique à sa naissance - à Harvard ou autre lieu à la fin du XIXème siècle - était une discipline manquant de rigueur, parce que les données n'étaient pas très bonnes et parce que la physique qu'il y avait derrière n'était pas non plus très sûre. Pour des gens qui s'intéressaient à la haute précision dans la mesure des mouvements des planètes, l'imprécision ou le flou de l'astrophysique avait un côté dépréciatif. À l'extrême, l'astrophysique ne pouvait être considérée comme une science.

Mais nos astronomes n'ignoraient pas ce qui se passait à l'étranger....

Bien sûr que si ! On ne se rend plus compte à quel point le milieu scientifique français pouvait être chauvin. Prenons un autre exemple : où enseignait-on la physique théorique en France avant guerre ? C'était chez Louis de Broglie, seule chaire de physique théorique en France peu avant son prix Nobel. Mais la physique de licence qu'on enseignait à l'Université ne contenait ni relativité ni mécanique quantique. La première introduction, je ne dirais pas de la mécanique quantique, mais de la constante de Planck, date de la réforme de la licence de physique en 1957 ! Joliot-Curie au Collège de France était marginalisé, car il faisait de la physique moderne. La physique moderne ne s'enseignait pas à l'époque. Je suis allé suivre les cours de Jean Perrin, ceux de Kastler pour un Certificat de physique approfondie, j'ai suivi en annexe un cours de calcul et probabilité, un cours de Francis Perrin sur la statistique quantique, mais tous ces cours étaient complètement en dehors des exigences prévues pour l'entrée dans l'enseignement. Autrement dit, vous aviez des bénévoles qui s'intéressaient à ces choses-là, mais ceux-ci étaient bien sûr une minorité.

Avec Perrin, Langevin, Cotton, il y avait cependant une physique moderne qui commençait à surgir en France.

Oui, avec des gens remarquables comme Langevin qui diffusait les théories d'Einstein. D'ailleurs, Einstein parlait de la relativité restreinte en la désignant sous le nom de la théorie Einstein-Langevin (Langevin avait fait des travaux de relativité restreinte indépendants de ceux d'Einstein) mais numériquement ce groupe de physiciens était très restreint. Le traité qui régnait quand j'ai commencé mes études -en dehors du cours de Bruhat qui contenait de la mécanique quantique en optique- était le traité de physique de Bouasse (en 45 volumes), dans lequel il n'y avait ni mécanique quantique ni relativité !  Pour vous donner encore une anecdote : en 1946, j'allais voir régulièrement Danjon qui me racontait qu'il était très ennuyé parce qu'un certain Monsieur Prunier, qui avait publié sous les auspices d'Esclangon la première partie d'un long article contre la relativité restreinte dans le Bulletin astronomique, lui apportait la seconde. Danjon me disait :
« Je ne sais pas comment faire pour me débarrasser de cet article ». Je le revois peu de temps après et il me dit : « ça y est, j'ai réglé la question. Il a déjà publié cette deuxième partie dans les Archives des sciences naturelles à Genève, donc je peux lui dire que nous ne publions que des articles originaux ». Cela évitait d'avoir des explications sur le contenu. J'ai beaucoup fréquenté, dans la période 1945-1947, Edmond Bauer qui enseignait la physique à Paris et que j'ai eu comme professeur en leçons d'agrégation. C'est quelqu'un que j'avais trouvé extraordinairement sympathique et avec lequel j'aimais beaucoup parler. C'est lui qui m'a dit, à l'occasion, que lorsqu'ils étaient tous les deux à Strasbourg, il avait converti Danjon à la physique moderne. Danjon avait parfaitement conscience de ses limites au point de vue des connaissances, mais il savait très bien où aller et voyait parfaitement l'état de l'astronomie française. On lui doit beaucoup en matière de radioastronomie. Quand la radioastronomie, qui avait été installée par Rocard, a cherché à faire scission, Danjon a tout de suite accepté une opération conjointe École Normale-Observatoire et cela a donné Nançay. Ensuite, il a accueilli les radioastronomes à Meudon et cela a été le début du bouleversement de cet observatoire.

Quel est le rôle d'Yves Rocard en matière de radioastronomie ?

Rocard était quelqu'un qui cherchait tous azimuts, tout ce qu'on pouvait faire de neuf. Il a aussi bien lancé la physique du solide à l'ENS que la radioastronomie.

Comment l'affaire est-elle passée à Meudon ?

Le laboratoire de Normale - j'ai oublié le point de départ de cette opération (l'ENS) - a cherché un point de chute en dehors de l'Ecole qui ne voulait pas prendre en charge toute l'affaire. Voyez Jean-François Denisse qui a été le responsable de cette opération. Nançay a été décidé en 1952, je crois. Mais, l'astronomie optique n'a pas senti au départ l'intérêt de la radioastronomie. Je mettrais ça en parallèle avec ce dont nous parlions tout à l'heure, les problèmes de l'astronomie fondamentale vis à vis de l'astrophysique. On avait à faire à un milieu très spécialisé qui ignorait tout des mécanismes physiques qui pouvaient être mis en évidence par la radioastronomie.

Le CNRS est donc resté en dehors de cet essor ?

Sur ce sujet, je n'ai que des souvenirs personnels, car je n'étais pas dans les institutions. Je me suis présenté plusieurs fois aux élections aux commissions du CNRS et je n'ai jamais été élu sauf en 1967. Je n'étais pas un « vrai » astronome, les gens comme moi qui ne connaissant pas les constellations, n'étaient pas considérés comme de vrais astronomes. Secundo, j'étais théoricien et la théorie n'était pas bien vu. Enfin tertio, j'étais trop marqué politiquement. J'ai longtemps cru que ma couleur politique avait joué un rôle là dedans alors que ce n'est pas vrai. Les deux autres facteurs ont occupé une place beaucoup plus importante. Je vous livre le souvenir de ce que j'ai perçu comme une insulte, comme une blessure. J'ai longuement négocié une opération qui s'est achevée par la construction de ce laboratoire à Meudon qui s'appelle le L.A.M. L'affaire était d'autant plus difficile à mener que je n'étais pas conseillé. De son lancement en 1964 jusqu'à l'ouverture des laboratoires en septembre 1971, cela a pris beaucoup de temps. Les problèmes venaient de l'Enseignement Supérieur, pas du CNRS. En 1970, l'année précédant notre déménagement, je me souviens d'avoir discuté avec André Lallemand, directeur de l'Institut d'Astrophysique, à propos de notre futur déplacement à Meudon. Qui irait, qui n'irait pas, sur quelles bases, etc. ? J'entends encore Lallemand me disant dans le couloir du deuxième étage de l'Institut d'Astrophysique:
« Vous les théoriciens, vous ne vous occupez pas de ce qui est important !
- Je ne sais pas, mais en ce qui me concerne je me suis occupé de ceci, de cela...
- Vous ce n'est pas pareil, mais les autres ! »
Cette dernière expression avait dans sa bouche une consonance abominable. Cela me rappelait l'occupation, les antisémites qu'on laissait déblatérer pour leur dire enfin qu'on était juif. Ils disaient la même chose : « Vous ce n'est pas pareil, mais les autres ! ». Que quelqu'un comme Lallemand ait pu me dire cela ! Cette histoire date d'il y a 17 ans et je l'ai toujours à travers de la gorge. Mais j'en reviens aux astronomes et à la physique. Quelqu'un comme Lacroute, directeur de l'Observatoire de Strasbourg, qui s'est consacré à cette opération très importante qu'est le catalogue informatisé stellaire et galactique, m'entretenait à l'automne 1944 des premiers résultats de Hans Bethe sur les réactions nucléaires dans les étoiles. Lui, il savait que ça existait. Il y avait quelques exemplaires comme lui -justement !- différents des autres. Mais le fait que le milieu astronomique dans son ensemble ait perçu cette activité de théoricien comme inquiétante a eu des conséquences fondamentales. Pour ce milieu, la vraie astronomie était une astronomie d'observation.

Et pourtant Lallemand est devenu patron de l'Institut d'Astrophysique...

Lallemand était un instrumentaliste. Il a mis au point un instrument, mais je ne suis même pas sûr qu'il l'ait inventé lui-même. Instrument qui est d'ailleurs actuellement contesté pour des raisons fondamentales de fonctionnement. C'est un appareil d'un emploi difficile, dont la fiabilité est incertaine et qui coûte très cher. À ma connaissance, aucune observation astronomique faite par Lallemand avec son instrument, ne constitue une découverte. Pourquoi a-t-on nommé Lallemand ? Je le sais très bien puisque j'étais moi-même candidat à la succession de Danjon à l'Institut d'Astrophysique. Le directoire du CNRS qui devait nommer le nouveau directeur a nommé Lallemand à ma place.

Pour des raisons équivalentes à celles de votre non nomination au Comité national ?

À ma connaissance, elles sont différentes. Il faudra que je pose la question personnellement à Coulomb, ce que je n'ai jamais osé faire. Il était directeur du CNRS à l'époque. La phrase de lui qui m'est revenue est : « Plutôt un colonel que Schatzman ! ».

Jean Coulomb n'est tout de même pas quelqu'un de borné...

Non, au contraire, c'est un homme est très ouvert. Je l'apprécie beaucoup et je le considère comme quelqu'un qui a énormément de jugement. Je pense qu'il a dit cela comme une flèche dans la discussion, dans un contexte que j'ignore. À la direction de l'Institut d'Astrophysique, on redoutait probablement que je sois un peu autoritaire. On connaissait mes points de vue bien que je n'ai fait aucun rapport ; mais à l'époque, cela se faisait de façon beaucoup plus informelle, presque familiale. Il y avait en effet à l'Institut d'Astrophysique un certain nombre de gens dont je souhaitais qu'ils s'en aillent. Par exemple, un garçon qui s'appelait Peyturaux et qui travaillait sur le soleil. Peyturaux était quelqu'un dont on aurait pu faire un bon ingénieur - il aimait beaucoup se servir des machines outils - mais qui n'a rien fait de majeur sur le plan scientifique. Il y avait aussi Pierre Guérin, quelqu'un que je considère aujourd'hui comme il y a trente ans, comme une nullité scientifique. Et ce n'est pas parce qu'il croit aux OVNI que je le dis cela. Mais j'ai été le rapporteur pour sa thèse d'État, alors que j'étais dans une situation où je ne pouvais pas m'opposer au fait qu'on la lui accorde. Mais son travail était à la portée d'un bon taupin ! Il y avait aussi Laffineur, un protégé de Barbier, qui était un homme charmant, un ingénieur radio d'origine, que Barbier a voulu pousser vers la radioastronomie, en conflit d'ailleurs avec ce qui se faisait à l'ENS. Laffineur n'avait manifestement pas sa place en tant que chercheur dans l'institution. En fait, il avait le grade d'ingénieur mais on le laissait faire un travail de recherche. Et il y en avait d'autres dont les noms m'échappent.

Vous estimiez que l'Institut d'Astrophysique s'était complètement sclérosé ?

Non, on y trouvait aussi Chalonge et les trois personnes qui travaillaient avec lui : Lucienne Divan, Anne Marie Fringant et Jacques Berger. Pecker travaillait avec moi. Mais aussi bien l'un que l'autre, nous nous sentions enkystés dans l'Institut d'Astrophysique.

C'était donc une institution moins dynamique que vous l'auriez souhaité ?

Je vais vous en donner un exemple. Quand j'étais aux Etats-Unis, je participais chaque semaine à un séminaire qui se tenait à l'Observatoire de Princeton. En rentrant, je suis allé trouver Mineur pour lui proposer d'organiser un séminaire en France. Mineur adorait ce genre de choses et il m'a dit oui, en m'en confiant l'organisation. J'ai donc mis sur pieds un séminaire à l l'Institut d'Astrophysique, dont je me suis occupé durant une quinzaine d'années. Je n'y ai jamais vu venir ni Chalonge, ni Berger. Je n'y ai vu qu'occasionnellement Lucienne Divan, je ne me souviens pas d'y avoir vu Anne Marie Fringand qui s'est réveillée beaucoup plus tard. Barbier venait de temps à autre, Mineur les jours où il était debout, mais les autres c'est à dire Guérin, Peyturaux, etc... n'y mettaient jamais les pieds. Ce séminaire n'attirait que les nouveaux et en particulier quelqu'un qui travaillait chez Chalonge, Claude Van Veer et son mari, Franz. Les seuls où il y avait du monde étaient celui de Chalonge où il y avait quatre ou cinq personnes et celui de Barbier.

Ainsi que le votre ?

Où il y avait du monde, des jeunes. Les conditions matérielles dans lesquelles j'étais installé au deuxième étage de l'Institut d'Astrophysique étaient difficiles. À la fin de mon séjour en 1971, les gens étaient entassés les uns sur les autres. Les conditions de travail étaient devenues franchement mauvaises. La demande d'agrandissement était véhiculée via un directeur (Lallemand) qui ne la soutenait pas. Sur le plan strictement professionnel, j'ai un certain nombre d'amertumes. Certes, j'étais un peu marginal et marginalisant par rapport à une certaine communauté. Danjon m'avait recruté pour enseigner l'astrophysique dans le certificat d'astronomie approfondie, puis quand je suis entré dans le cadre universitaire comme maître de conférences, il ne m'a jamais marchandé son soutien. En revanche, il n'a jamais voulu me voir dans les instances de fonctionnement de l'astronomie.

Pourquoi ?

Je connais certaines causes. D'autres m'échappent. Il est certain que dans ce milieu, je passais pour quelqu'un de sévère, d'exigeant qui ne faisait pas de cadeaux. Beaucoup de gens devaient se sentir mis en péril s'ils avaient à m'affronter. Ce n'est jamais une bonne carte de visite. Pour la petite histoire, la personne à laquelle je dois mon audience auprès de Danjon, est un astronome américain d'origine russe, Otto Struve. Il m'a recommandé, probablement à l'occasion d'une conversation avec Danjon. Struve est un astrophysicien américain de très grande renommée, un observateur très astucieux, qui n'était pas intéressé par les données d'observation en elles-mêmes, mais par les significations qu'elles avaient du point de vue de la physique. Ce en quoi il surclassait tous les spectroscopistes français, sauf Barbier. Encore que ce dernier s'intéressait aux données d'observation, mais pas à la physique des milieux qui produisaient ces données. L'immense recueil de données du groupe Chalonge n'était jamais accompagné d'une réflexion sur sa signification. Le seul qui ait travaillé avec Chalonge et ait fait de l'interprétation, a été Kourganoff qui a interprété l'assombrissement centre-bord solaire, avec la mise en évidence de l'ion négatif d'hydrogène.

Nous en revenons à votre carrière 

Sur le plan personnel d'autres éléments ont joué en ma faveur. À une époque où son fonctionnement était beaucoup moins formel, j'étais soutenu par Chalonge dans la section CNRS. Lorsque j'ai reçu l'invitation à aller à Princeton, j'étais chargé de recherche. Je faisais partie de ces gens qui ont eu la chance d'entrer au CNRS directement dans ce grade. Je ne suis d'ailleurs pas entré dans la section d'astronomie mais dans celle de physique et c'est Francis Perrin qui m'a fait passer. Au moment de partir à l'étranger, comme la famille qui restait en France recevait le salaire du grade en dessous -j'avais une femme qui ne travaillait pas et deux enfants- j'ai demandé si on ne pouvait pas me faire passer maître, ce qui m'a été accordé.

Y a-t-il eu d'autres raisons de votre affectation à Meudon ?

À l'Institut d'Astrophysique, la croissance du nombre de collaborateur vers 1957-58 ne pouvait, selon moi, que se poursuivre alors qu'il n'y avait plus de place. J'avais beaucoup discuté avec Danjon de la possibilité de construire. Il y avait plusieurs solutions envisageables, mais Danjon ne tenait pas à agrandir l'Institut pour des raisons, je dirais, d'ordre personnel. Il ne pardonnait pas au CNRS d'avoir eu la possibilité de construire l'Institut sur un bout de terrain appartenant à l'Observatoire, sans que celui-ci ait été consulté. Danjon m'a laissé espérer assez longtemps une opération qui finalement a eu lieu plus tard et qui a été la construction du bâtiment, avenue Denfert. Mais à l'époque, je pensais que c'était désespéré et j'ai donc commencé à parler de Meudon.

Vous y aviez des contacts ?

J'avais des contacts scientifiques en particulier avec Jean-François Denisse. En 1956, a eu lieu à Stockholm un grand colloque d'astrophysique. On était cinq Français. J'étais alors béotien en la matière. Denisse était dans le groupe de Français et j'étais très impressionné par tous les problèmes abordés. Je me suis dit qu'il fallait investir ce secteur en France, si nous ne voulions nous retrouver à la traîne. J'en ai alors parlé à Denisse qui était d'accord avec moi. À l'époque, il travaillait avec Jean-Loup Delcroix. À la suite de ce colloque de Stockholm, on décide de créer un enseignement sur les plasmas. C'est comme cela que j'ai entamé des relations plus étroites avec Denisse. On s'est partagé la tâche Denisse, Delcroix, moi et Théo Kahane avec lequel on a travaillé pendant deux ans. La première année a été un enseignement libre. Je me souviens d'être allé trouver Joseph Péres, mon doyen, pour lui demander l'autorisation. Il était réticent, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Je lui ai dit -sans malice- qu'il était question que le CEA dans son nouvel Institut d'Études Nucléaires, (l'INSTEN) crée un tel enseignement. J'ai vu mon Péres virer de bord en un clin d'oeil et m'accorder immédiatement cette autorisation. Je n'avais pas imaginé que la concurrence puisse être un argument, mais le résultat est que cet enseignement a été mis en place l'année suivante. En 1957, on a créé un DEA qui existe encore. Je m'en suis occupé avec Delcroix pendant une dizaine d'années puis comme j'avais deux DEA à faire marcher, astrophysique et physique des milieux ionisés, j'ai lâché le second. Voilà l'origine de mes relations avec Denisse. Je connaissais donc bien le groupe de Meudon. Pecker était à Meudon, on se voyait beaucoup.

Grâce à cet enseignement, on vous reconnaît la paternité d'une génération d'astrophysiciens...

D'aucuns disent que j'ai été la locomotive en France dans le domaine de l'astrophysique théorique ; si c'est vrai, c'est surtout par personnes interposées. Je veux dire par là qu'il y a ce j'ai fait personnellement et ce qu'ont fait ceux que j'avais formé. Autrement dit, c'est parce que des gens ont pris le relais que cela s'est opéré. J'ai beaucoup plaidé pour certaines directions de recherche qui se sont révélées fécondes. Si Jean Audouze fait aujourd'hui de l'astrophysique nucléaire, c'est parce qu'il a commencé une thèse d'astrophysique nucléaire avec moi en 1965. Il y a un certain nombre de choses qui ont marché, mais il y a aussi un certain nombre de choses dont je n'ai pas vu l'importance à l'époque où elles démarraient. C'est le cas de la radioastronomie pour commencer. Je n'ai pas compris tout de suite son importance, car il s'agissait d'une physique que je ne connaissais pas. Quand Pecker et moi avions rédigé notre livre en 1955, il a bien fallu traiter de radioastronomie et je me suis occupé de la partie « théorie des émissions radio ; pour ce faire, j'ai du plonger dans ce sujet dont j'ai compris à la fois l'intérêt et l'importance. C'était un problème de culture. Je vais vous l'expliquer à partir d'un exemple précis, relatif justement à la radioastronomie. Je me souviens, en 1950, être allé passer trois jours à Leyde où Oort m'a dit qu'ils avaient un problème d'interprétation des rayonnements émis par la nébuleuse du Crabe. À cette époque, je ne connaissais en matière de rayonnement que le domaine optique et j'ai cherché si, au moyen d'un certain nombre de processus optiques, on pouvait expliquer certaines particularités de la nébuleuse du Crabe. J'ai dû travailler un mois ou deux sur ce problème. Je n'ai rien trouvé et j'ai abandonné. Or à la même époque, Schlovsky en URSS, un théoricien qui était justement en contact avec des radioastronomes, a pensé à un mécanisme qui était l'émission de rayonnements par un électron qui tourne dans un champ magnétique. Cela s'appelle le rayonnement synchrotron. Schlovsky a montré que le rayonnement de la nébuleuse du Crabe donnait une information sur le champ magnétique du milieu ambiant. Mon ignorance totale de ce mécanisme de la physique faisait que je n'y avais pas pensé. J'ai trouvé la signification de ce genre de relation culture-découverte tellement significative, que dans un colloque organisé par Gérard Simon à Lille, j'ai donné cet exemple pour montrer comment une certaine culture - même en dehors du champ où l'on travaille - est essentielle à la découverte. C'est une affaire qui m'a servi de leçon par la suite.

Belle ambition, mais est-elle compatible avec une activité scientifique qui réclame toujours plus de spécialisation ?

Il existe des moyens. Le premier se situe au niveau des études : on ne peut couvrir tous les domaines, c'est vrai, mais il faut laisser suffisamment d'ouvertures vers un certain nombre de domaines pilotes. La deuxième possibilité, essentielle pour l'étudiant devenu chercheur, est d'aller dans les séminaires, non pas dans ceux de sa spécialité, mais dans ceux de la spécialité d'à côté. Dans sa propre spécialité, on ne fait que se conforter dans ses propres certitudes. En revanche, en écoutant quelqu'un d'une spécialité différente, on apprend du nouveau. Voilà l'un des grands défauts du milieu astronomique français -je ne sais pas s'il faut dire celui de l'ensemble du milieu scientifique- de ne pas être assidu aux séminaires.

Vous disiez tout à l'heure que vous aviez ramené cette pratique de communication des États-Unis.

Oui. J'avais fait un séminaire à Columbia en 1966 et j'étais très surpris -sur un sujet assez ponctuel- de voir que tout le département d'astrophysique était là. Je me suis rendu compte qu'ils étaient là pas seulement parce que ça les intéressait, mais parce que cela faisait un peu partie des exigences du département. Les graduate students en train de faire une thèse devaient écouter le séminaire. Pensez qu'à Meudon, où il y a 250 scientifiques, il y a un séminaire hebdomadaire tous les lundis à 11 heures et la moyenne de l'auditoire est de 30 personnes ! Quand il y a beaucoup de monde -ce qui se passe quand vous avez quelqu'un de très connu, une star du show biz- on atteint 100 personnes.Quand on a créé le LAM, j'étais toujours dans l'Enseignement Supérieur. Ce laboratoire a été financé sur un budget recherche-enseignement supérieur. L'une des raisons de son retard est la suivante : il y avait un budget faculté des Sciences pour créer le nouvel établissement du Quai Saint-Bernard. Je demandais un bâtiment pour un enseignement de 3ème cycle d'astrophysique. Le contrôleur financier a fait remarquer que ça aurait dû être inclus dans le projet Zamansky. Mais comme le ministère voulait conserver le projet, il a fallu le changer de ligne budgétaire et cela a pris un bout de temps.

Vous étiez un enseignant sévère parait-il...

Voyez la manière dont je terrorisais les gens - j'en ai eu une indication un jour par la façon dont on me sollicitait d'être dans les jurys de thèses -, j'ai appris par personne interposée que si les gens me demandaient d'être dans leur jury, c'était pour être sûr que je ne dirai pas ultérieurement que leur travail était nul ! Je disais : « quand vous faites une thèse, ne vous contentez pas de donner des résultats, il faut expliquer d'où ça vient, quand vous dites qu'une étoile qui ne tourne pas est sphérique, vous êtes déjà en train de faire de la théorie. On ne vous demande pas de faire des maths, ce n'est pas le problème, le problème c'est d'aborder une représentation des processus physiques qui se déroulent dans vos objets ». Je dois dire qu'il y a eu des cas où j'ai eu beaucoup de peine à faire entendre que le but de l'astrophysique n'était pas simplement de ramasser des données mais de comprendre. S'il y a une chose que j'ai peut-être obtenue, en tant que sillage de formation, c'est de faire reconnaître l'idée qu'on fait de l'astrophysique pour comprendre ce qui se passe.

Quelle fut la réaction de Danjon à votre départ à Meudon ?

C'est lui qui me disait : « Il y a de la place à Meudon, venez donc ! ». Rétrospectivement, je me suis rendu compte qu'au moment où je cherchais de la surface, j'aurais dû me tourner du vers Orsay. Il y avait de la place et je connaissais les physiciens. Mais j'avais une raison complètement idiote pour ne pas le faire, c'est qu'il y avait déjà là un professeur d'astrophysique, Kourganoff. Je ne pouvais pas doubler Kourganoff.

Finalement, le CNRS avait vu trop petit quand il a créé l'Institut d'Astrophysique à Paris en 1937 ?

Oui, mais il y avait aussi des éléments qu'on ne voyait pas clairement. Quand il a été question de la nouvelle faculté des Sciences quai Saint-Bernard, j'aurais pu avoir des mètres carrés, peut-être pas énormément mais quand même. Mais à l'époque, quitter l'Institut d'Astrophysique et sa bibliothèque, paraissait une opération scientifiquement coûteuse. Il y avait la crainte de ne pas pouvoir reconstituer aisément ailleurs un pareil potentiel de travail.

Le regroupement des sciences de la terre avec l'astronomie - comme il existe au CNRS sous l'impulsion de Jean Coulomb - sagit-il d'un dispositif spécifiquement français ?

Je ne connais pas assez bien l'organisation de la science aux États-Unis, en Angleterre ou en Allemagne pour répondre, mais pour autant que je sache, dans la façon dont fonctionne la NSF, s'il y a une jonction, elle se fait entre astronomie et espace, et pas avec la terre. Au CNRS, Coulomb devait présenter ce que les astronomes lui avaient préparé. Dans la mesure où il n'y avait pas de conflit au niveau des dépenses, il n'avait pas à plaider particulièrement le projet. Actuellement, ce serait vraisemblablement beaucoup plus difficile. D'ailleurs, c'est ce qui se passe à l'INSU où il faut plaider les projets les uns contre les autres, ce qui demande beaucoup plus de temps.

La question porte évidemment sur le pourquoi d'un INAG avec un 'G' ?

On comprend cette réunion dans la mesure où les couches extérieures de l'atmosphère sont un milieu qui est peut-être plus astrophysique que géophysique. L'INAG avait une fonction très précise, il a été créé à l'époque où l'on commençait à envisager de très gros équipements. Denisse ne voyait ni le CNRS, ni les observatoires, suffisamment organisés pour accueillir les bureaux d'études nécessaires à la réalisation de ces grosses opérations, d'autant qu'elles pouvaient mettre en jeu des coopérations internationales. La première forme de coopération internationale est d'ailleurs antérieure à l'INAG. C'est l'ESO ( European Southern Observatory ) dont le siège est actuellement à Munich. Il a été créé car les Européens avaient besoin d'une station dans l'hémisphère sud. Les principaux initiateurs en étaient Danjon, Bertil Lindblad pour la Suède, Ian Oort en Hollande et Otto Heckmann en Allemagne. Il y en a un cinquième dont le nom m'échappe actuellement. Ils étaient cinq pour mettre en place l'Observatoire européens. L'ESO a commencé à fonctionner pour de bon, au Chili, en 1971.

Quelle est la place des astronomes français sur la scène scientifique internationale ?

La formation de base des astronomes français, jusqu'à la création de la maîtrise de physique en 1967, était insuffisante. Ils étaient peut-être sur le plan personnel des gens compétitifs, mais par défaut de formation de base, ils avaient un handicap. Ils avaient reçu une formation de bric et de broc, d'autodidactes, sauf exception bien sûr.

Y avait-il un pays leader ?

S'il n'y avait pas eu l'interruption hitlérienne, l'Allemagne était un exemple. Mais les nazis ont tout démoli à quelques exceptions près, le petit groupe d'Unsöld à Kiel d'une part et d'autre part le groupe autour d'une personnalité très riche qu'était Biermann à Munich au Max Planck. Ce dernier nous a expliqué un jour comment il était resté complètement à l'écart des effets politiques du nazisme. Les nazis visaient l'Université -qui était un symbole- mais ils ont oublié le Max Planck qui a même pu continuer à faire des travaux sur la relativité. L'Angleterre a aussi constitué un corps d'astronomes, mais actuellement, ce pays connaît des heures difficiles. Si vous regardez la revue européenne Astronomie Astrophysique , il y a des fluctuations dans le nom

bre de publications par pays d'origine, mais la France et l'Allemagne sont à peu près au même niveau. A l'heure actuelle, sur le plan international, on est écrasé par les publications américaines. Ce qui est du d'abord au nombre des Américains, mais aussi au fait qu'il y a beaucoup de Français, d'Allemands ou d'Anglais qui publient de préférence dans l 'Astrophysical Journal. Il y a d'ailleurs une inflation extraordinaire des publications scientifiques. L'Astrophysical Journal a du passer de quelques 2000 pages par an à 7 ou 8000 pages aujourd'hui et dans un format plus grand ! L'ensemble des publications en astrophysique atteint à l'heure actuelle -en prenant seulement les grandes revues, mais il y en a beaucoup de petites- les 30000 pages annuelles. Ce qui, pour revenir à des questions françaises, pose un problème de bibliothèque.

Evoquons le problème de la vulgarisation en cosmologie qui semble passionner le public. Que faut-il penser de quelqu'un comme Hubert Reeves par exemple ?

Il casse les pieds à un tas de gens ! Il me crispe un peu, pour des raisons philosophiques. Ce que je ne supporte pas chez lui, c'est une sorte d'indulgence pour cette espèce d'idéologie hindouiste floue. Il y a derrière tout cela une espèce de tendresse plus ou moins déguisée pour le paranormal... Ces choses m'agacent. Le mélange des genres n'est pas supportable.

Sur un autre plan, que pensez vous d'Yves Rocard et de la radiesthésie ?

Rocard s'est occupé exclusivement du signal du sourcier sur lequel il dit avoir fait des expériences probantes, ce qui est peut-être discutable, mais il n'a jamais mélangé les genres. Il n'a jamais fait d'affirmation au nom d'une idéologie.

Vos articles dans  la revue 'La Pensée' à la fin des années 1940 dénotent des positions hyper-rationalistes, une série notamment sur « empiriocriticisme et matérialisme ».... Ou d'autres à propos du principe d'incertitude d'Heisenberg où vous prenez la plume avec Haldane, pour casser la baraque....

Je ne suis pas sûr que je serai d'accord aujourd'hui avec ce que j'ai écrit il y a 35 ans. Il y a des passages que je ne désavoue pas, mais certains autres me font rougir jusqu'à la racine des cheveux ! J'ai participé à ce colloque qui a été organisé par François George, « Staline à Paris » et j'ai relu à cette occasion ce que j'avais écrit autrefois. Il y a des trucs dont je ne comprends même pas comment j'ai pu les écrire ! Quand je me remets en situation, j'aboutis à des contradictions complètes entre ce dont je me souviens de mon activité et ce que j'exprime comme idéologie. Quand j'écrivais un article - disons à intention idéologico-politique - je fermais les écoutilles!

Mais alors que Cogniot pouvait se couper de l'idéologie lorsqu'il s'intéressait aux poètes latins, vous, l'astrophysicien, vous étiez dans un domaine qui amène naturellement à poser le problème de la cosmogénèse. La coupure science-idéologie était donc beaucoup plus floue...

Vous savez, quand il s'agissait de juger la valeur relative des recherches soviétiques et américaines, cela ne me troublait guère. J'étais très lié avec les Américains et je me servais beaucoup plus de ce qu'ils faisaient que de ce que faisaient les Soviétiques.

Comment est venue votre collaboration à 'La Pensée' ?

À la fin des années quarante, j'avais été sollicité par René Maublanc pour un article sur la cosmologie de la création continue. Il est écrit dans un style très léniniste, très cassant, très amalgamisant. Peut être que je n'ai pas écrit ce que j'aurais dû sur la radioastronomie. J'ai aussi écrit sur la physique nucléaire, sur les plasmas, sur la structure interne des étoiles en général, sur la matière interstellaire, je me suis même un peu frotté au problème du soleil, mais cela représentait une trop grande dispersion encyclopédique. Cependant, je dois préciser que je n'ai pas touché au problème des galaxies.

Mais cet engagement vous a conduit à réfléchir sur la politique de la recherche et à faire du syndicalisme...

C'est vrai que l'histoire syndicale est aussi importante. À ce sujet, il faudrait que vous rencontriez Robert Sauterey, professeur de chimie à Jussieu. Il a été au CNRS lui-même en tant que chercheur et il s'est beaucoup occupé des réflexions qu'on a faites sur le statut de 1959. À l'époque, il y avait au Comité national des sections qui fonctionnaient en assumant toutes les responsabilités, c'est à dire l'évaluation scientifique, l'évaluation administrative et éventuellement le conseil de discipline. J'aurais souhaité - il y avait déjà un statut des fonctionnaires - que la fonction des commissions ne soit que d'évaluation scientifique et que tous les autres problèmes, respect des règles administratives ou respect des règles techniques, soient réglés par des commissions distinctes, de façon à éviter la confusion des pouvoirs. J'étais adepte de Montesquieu, mais cette proposition n'a jamais été retenue. Cela n'a même jamais pris à l'intérieur du syndicat. C'était une subtilité qui apparemment lui échappait. Un second point me paraissait important, qui nous éloignait d'ailleurs de la logique administrative. L'administration avait tendance à préciser les règles de fonctionnement alors que je pensais que, dans l'évaluation scientifique, les commissions devaient être libres de leurs propres règles. Je ne voyais pas comment dans une procédure d'évaluation scientifique on pouvait donner d'autres règles que celles que la commission se donnerait elle-même ; étant donné qu'il s'agit de domaine où, comme on disait à l'époque, l'étalon déposé au bureau des poids et mesures n'existait pas. C'était bien sûr parfaitement contraire au genre de préoccupation d'une administration qui voulait voir les choses écrites noir sur blanc.

Par rapport à ces nouveaux métiers de chercheurs quelle était la philosophie du syndicat ?

Il faut que je vous raconte l'histoire du syndicat des chercheurs. J'ai commencé à y prendre part à l'automne 1949, quand je suis devenu secrétaire de la section parisienne. C'était le moment où Barrabé - qui était secrétaire national - a demandé à se retirer. Je lui ai succédé au secrétariat général en 1953. Je suis devenu « Enseignement Supérieur » en 1954 et j'étais donc très sensible à l'argumentation des collègues C'est l'époque où l'on voyait se développer, entre l'enseignement supérieur et les chercheurs CNRS, des frictions considérables au sein du syndicat. Le point de vue était le suivant, je simplifie grossièrement : les chercheurs voulaient que les chercheurs cherchent et que les enseignants enseignent ; de leur côté, les enseignant ne remettaient pas en cause la constitution d'un corps de chercheurs. Lorsqu'en 1954, Mendès France a lancé l'idée de la constitution d'un organisme qui réunirait tous les organismes de recherche en France, aussi bien l'ORSTOM, que l'INH, que le CNRS, que la recherche agronomique, les chercheurs étaient favorable. Mais dans le syndicat, on craignait que cela n'entraîne une rupture entre enseignement supérieur et recherche. Il a donc pris partie contre ce projet.

N'y avait-il pas aussi des raisons plus politiques à cette hostilité ?

Je ne nierais pas qu'il y ait eu des préoccupations de politique politicienne. Mais je pense que les objections qui ont été faites là-dessus étaient sincères, d'autant plus que si nous avions une forte présence communiste au syndicat, il y avait des socialistes ou des apparentés socialistes dont nous ne voulions absolument pas nous couper car ils étaient très représentatifs d'une tendance -je dirais de gauche- dans l'Université. Barrabé lui-même en est un exemple. En fait, la crainte de la rupture entre l'enseignement supérieur et la recherche a été perçue comme une véritable préoccupation du syndicat. La relation chercheurs-enseignants n'a fait ensuite que s'envenimer au cours des années, les débats des réunions syndicales, quand il s'agissait des conseils syndicaux ou des congrès, étaient le lieu de vives altercation. Quand est arrivé 1956, j'ai beaucoup insisté pour la scission. Elle était accomplie au moment du congrès de la FEN à l'automne 1957. On me demandait si cette scission entre enseignement supérieur et recherche scientifique était politique, ce qui aurait pu paraître la cause la plus évidente. Et bien ce n'était pas une raison d'ordre politique.

Le PCF intervenait-il dans ces débats ?

Le Parti a joué un rôle important et je dois dire que si un jour je retrouve mes notes, j'aimerais écrire quelque chose sur le rôle des fractions. Je veux dire que nous avions des réunions des communistes du syndicat où l'on décidait ensemble de la politique qui allait être suivie et de l'attitude à adopter dans les séances plénières. L'usage en était établi dans le syndicat quand je suis arrivé en 1949. Je me suis trouvé tout de suite convoqué à des réunions de fractions. Un certain nombre se sont tenues chez Ernest Kahane lui-même et quand on avait un problème un peu plus compliqué, on demandait à un responsable des intellectuels de venir. Pendant longtemps, ce fut Laurent Casanova. Il venait discuter de la signification politique d'un problème syndical et de l'orientation à prendre. Quant à Georges Cogniot, il intervenait plutôt pour des opérations menées au niveau des intellectuels en général. J'ai le souvenir de réunions avec l'un et avec l'autre et même quelquefois les deux, mais j'ai plus le souvenir de réunions syndicales avec Casanova qu'avec Cogniot. Reste que le Parti était un monolithe. Quand on compare la petite oeuvre littéraire de Cogniot que sont ses commentaires de Lucrèce, très fins, très astucieux, avec ce qu'il pouvait être dans l'activité formelle du Parti, ce n'est pas le même homme. Quand on mettait en cause quelque chose qui se rapportait à l'appareil et aux structures et à la vie générale du Parti, Cogniot était un mur. Casanova lui, la dernière fois que je l'ai entendu, c'était à l'automne 1956, passé le vent du rapport Krouchtchev. Moi-même, je revenais d'un voyage en URSS qui m'avait profondément perturbé. On a eu un débat extrêmement flou, à la fin duquel Laurent Casanova a fait une improvisation superbe, mais qui, dans mon souvenir, était aussi creuse que ce qui avait précédé. Je me souviens de Jean-Pierre Kahane qui lui avait été conquis et qui disait : « C'est un magicien ! », une réaction surprenante...

Vous commenciez à avoir des doutes...

Mes doutes ont commencé bien avant, ils datent très exactement du procès Slansky en 1952. 

 


http://www.union-rationaliste.org/index.php/20100427351/Informations/Deces-d-Evry-Schatzman.html
Décès d'Evry Schatzman     
Écrit par Le bureau de l'Union rationaliste    
27-04-2010 
Nous apprenons la nouvelle du décès, le dimanche 25 avril, d’Evry Schatzman qui a présidé l’UR de 1970 à 2001 et en était resté le président d’honneur. Il était un astrophysicien de grande renommée.  Son éloge sera fait dans la presse et dans un éditorial de notre présidente. Une cérémonie est prévue à l’Observatoire de Paris. Elle aura probablement lieu le mardi 4 mai à 17 heures (surveiller la presse pour confirmation). La famille a souhaité la présence de l’Union rationaliste. 

http://www.union-rationaliste.org/index.php/Editoriaux/Editorial-avril-2010.html
Evry Schatzman (1920-2010)     
Écrit par le bureau de l’Union Rationaliste    
30-04-2010 
Nous venons d’apprendre avec tristesse la disparition d’Evry Schatzman, président d’honneur de notre association.

Evry Schatzman, décédé dimanche 25 avril, était une figure majeure de l’astronomie mondiale de l’après-guerre. Vice-président de l’Union rationaliste dès 1961, il n’était pas un savant perdu dans ses abstractions, mais un savant préoccupé par l’évolution du monde, portant une réflexion philosophique orientée vers l’action. Celle-ci a trouvé pleinement à s’employer au cours des trente années (1970-2000) de sa longue présidence de l’Union rationaliste.

Lors de sa création en 1930, l’Union rationaliste s’était donné pour tâche essentielle de faire connaître au grand public les grandes découvertes de la science contemporaine, les problèmes posés par ces découvertes, l’esprit et les méthodes du travail scientifique. Evry Schatzman a communiqué un nouvel élan à l’association. De nos jours, le contexte n’est plus celui des années d’après-guerre. Les interrogations sur la science se sont multipliées, et avec elles les interrogations sur la culture scientifique et sur l’enseignement des sciences. En parcourant quelques-uns des éditoriaux qu’il écrivit régulièrement pour les Cahiers Rationalistes, on ne peut qu’être frappé par le cœur et la ténacité avec laquelle il a mené, au fil des années, ce combat pour la raison et pour la science. On retrouve les réflexions liées à ce combat dans deux livres : Sciences et société, publié en 1971, et surtout La science menacée, paru en 1989. Il y dénonce, d’une part, les menaces extérieures venant de ceux qui considèrent le réalisme scientifique comme « destructeur du monde de la sensibilité et de l’émotion… », mais aussi de ceux qui confondent les découvertes et les applications. Parmi les menaces internes, il combat, d’autre part, le scientisme qui voudrait que le progrès scientifique entraîne ipso facto le progrès social, et en opposition un mouvement de pensée de plus en plus présent qui refuse les conclusions du savoir scientifique.

Evry Schatzman s’est souvent exprimé sur le malaise entre le public et la science. Il l’attribuait en grande partie à la forme de l’enseignement qui accentue le divorce entre la culture scientifique et ce que l’on appelle généralement la culture tout court. « Il faut distinguer entre enseigner ce qu’est la science et enseigner de la science ». « La formation rationaliste est une formation du jugement, une éducation de l’esprit. Elle est le contraire même de l’éducation dogmatique ». L’enjeu est d’importance : « La rencontre de la raison et de la démocratie, c’est la voie de l’élargissement de la démocratie et de l’épanouissement de la raison. »

Ces réflexions gardent toute leur actualité. L’Union rationaliste peut s’en inspirer pour donner un nouvel élan à son action.

Pour le bureau de l’Union rationaliste,
la présidente Hélène Langevin-Joliot

L’Union Rationaliste participera à l’hommage à Evry Schatzman prévu le mardi 4 mai à l’Observatoire de Paris 




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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 19:15

(dépêche)

 

Découverte de l'élément chimique 117 de la classification périodique

 

 

http://physics.aps.org/pdf/10.1103/PhysRevLett.104.142502.pdf

 

https://publicaffairs.llnl.gov/news/news_releases/2010/NR-10-04-02.html
News Release                               Printer-Friendly

  Contact: Anne M. Stark
  Phone: (925) 422-9799
  E-mail: stark8@llnl.gov    FOR IMMEDIATE RELEASE
April 6, 2010
NR-10-04-02

International team discovers element 117


Illustration of the newly created element 117.
Animation by Kwei-Yu Chu/LLNL
Click for animated video 
An international team of scientists from Russia and the United States, including two Department of Energy national laboratories and two universities, has discovered the newest superheavy element, element 117.

The team included scientists from the Joint Institute of Nuclear Research (Dubna, Russia), the Research Institute for Advanced Reactors (Dimitrovgrad), Lawrence Livermore National Laboratory, Oak Ridge National Laboratory, Vanderbilt University, and the University of Nevada, Las Vegas.

“The discovery of element 117 is the culmination of a decade-long journey to expand the periodic table and write the next chapter in heavy element research,” said Academician Yuri Oganessian, scientific leader of the Flerov Laboratory of Nuclear Reactions at JINR and spokesperson for the collaboration.

The team established the existence of element 117 from decay patterns observed following the bombardment of a radioactive berkelium target with calcium ions at the JINR U400 cyclotron in Dubna. The experiment depended on the availability of special detection facilities and dedicated accelerator time at Dubna, unique isotope production and separation facilities at Oak Ridge, and distinctive nuclear data analysis capabilities at Livermore.

“This is a significant breakthrough for science,” LLNL director George Miller said. “The discovery of a new element provides new insight into the makeup of the universe and is a testimony to the strength of science and technology at the partner institutions.”

“This collaboration and the discovery of element 117 demonstrates the fundamental importance of scientists from different nations and institutions working together to address complex scientific challenges,” ORNL Director Thom Mason added.

The two-year experimental campaign began at the High Flux Isotope Reactor in Oak Ridge with a 250-day irradiation to produce 22 mg of berkelium. This was followed by 90 days of processing at Oak Ridge to separate and purify the berkelium, target preparation at Dimitrovgrad, 150 days of bombardment at one of the world’s most powerful heavy ion accelerators at Dubna, data analysis at Livermore and Dubna, and assessment and review of the results by the team.  The entire process was driven by the 320-day half-life of the berkelium target material.


Illustration of the newly created element 117.
Animation by Kwei-Yu Chu/LLNL
Click for animated video 
The experiment produced six atoms of element 117. For each atom, the team observed the alpha decay from element 117 to 115 to 113 and so on until the nucleus fissioned, splitting into two lighter elements. In total, 11 new “neutron-rich” isotopes were produced, bringing researchers closer to the presumed “island of stability” of superheavy elements.

The island of stability is a term in nuclear physics that refers to the possible existence of a region beyond the current periodic table where new superheavy elements with special numbers of neutrons and protons would exhibit increased stability. Such an island would extend the periodic table to even heavier elements and support longer isotopic lifetimes to enable chemistry experiments.

Element 117 was the only missing element in row seven of the periodic table. On course to the island of stability, researchers initially skipped element 117 due to the difficulty in obtaining the berkelium target material. The observed decay patterns in the new isotopes from this experiment, as close as researchers have ever approached the island of stability, continue a general trend of increasing stability for superheavy elements with increasing numbers of neutrons in the nucleus. This provides strong evidence for the existence of the island of stability.

“It fills in the gap and gets us incrementally closer than element 116 — on the edge of the island of stability,” said Ken Moody, one of the LLNL collaborators and a long term veteran of superheavy element research. “The experiments are getting harder, but then I thought we were done 20 years ago.”

This discovery brings the total to six new elements discovered by the Dubna-Livermore team (113, 114, 115, 116, 117, and 118, the heaviest element to date).  This is the second new element discovery for Oak Ridge (61 and 117). In addition, Oak Ridge isotopes have contributed to the discovery of a total of seven new elements.

Since 1940, 26 new elements beyond uranium have been added to the periodic table.

“These new elements expand our understanding of the universe and provide important tests of nuclear theories,” said Vanderbilt University Professor of physics Joe Hamilton. “The existence of the island of stability, a pure theoretical notion in the 1960s, offers the possibility of further expansion of the periodic table with accompanying scientific breakthroughs in the physics and chemistry of the heaviest elements.”

Lawrence Livermore National Laboratory is managed by Lawrence Livermore National Security, LLC for the U.S. Department of Energy's National Nuclear Security Administration. Oak Ridge National Laboratory is managed by UT-Battelle, LLC for the U.S. Department of Energy.

Founded in 1952, Lawrence Livermore National Laboratory is a national security laboratory, with a mission to ensure national security and apply science and technology to the important issues of our time. Lawrence Livermore National Laboratory is managed by Lawrence Livermore National Security, LLC for the U.S. Department of Energy’s National Nuclear Security Administration.

http://erinn.fr/images/Documents/classification%20periodique.JPG

 

 

 

 

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