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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 00:21

« La résolution d’une crise au niveau d’un pays appartient toujours à ce pays. Mais néanmoins, nous sommes ouverts à toutes les mains tendues. Ces crises sont d’ordre politique, mais il y a aussi des aspects économiques : la pauvreté en soi est déjà une crise, donc la contribution de la France au niveau économique sera, à mon avis, une contribution pour résoudre cette crise. » (Hery Rajaonarimampianina, le 29 juin 2017 sur RFI).


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Encore Président de la République, Hery Rajaonarimampianina a prononcé ces mots alors qu’il venait de rencontrer à l’Élysée, le 28 juin 2017, le nouveau Président de la République française Emmanuel Macron. Les crises, Madagascar en connaît ces dernières décennies, et même, des crises majeures provoquées souvent par des contestations sur les résultats des élections présidentielles.

Hery Rajaonarinamampianina expliquait également que le besoin en financement de Madagascar l’avait conduit à se tourner vers les capitaux asiatiques et particulièrement chinois : « Aujourd’hui, pour la reconstitution du pays, Madagascar a besoin de beaucoup plus de moyens, qui pourraient venir de partout. Nous travaillons avec les bailleurs de fonds internationaux depuis très longtemps par exemple, mais j’ai toujours préconisé qu’on puisse approfondir les relations avec les investisseurs privés. (…) L’intérêt de Madagascar pousse son Président à trouver les moyens qu’il faut, il n’y a pas d’exclusion, ni d’exclusivité. (…) Demandez à un des grands pays comme les États-Unis par exemple, qui sont les grands investisseurs chez eux. Ce sont les Asiatiques. Pourquoi des pays comme Madagascar ne pourraient pas avoir cette opportunité ? Les capitaux sont partout. Pourquoi ne pas ouvrir la porte à tout le monde ? ».

Les besoins pour Madagascar sont gigantesques car le pays fait partie des plus pauvres du monde, malgré la très grande richesse de la faune et de la flore, ainsi que les ressources en minerais (quartz, diamant, etc.).

D’après une note du Ministère malgache des Finances et du Budget publiée en mars 2016, 48% des 23,2 millions d’habitants que comptaient Madagascar en 2014 vivaient dans l’extrême pauvreté et 87,7% vivaient sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire à moins de 1,25 dollars par jour. La plupart des facteurs de développement sont au rouge : faim et malnutrition, manque d’eau courante, d’électricité, de routes et d’autres infrastructures économiques, mauvaise santé publique, hôpitaux, etc. Le taux de scolarisation s’est effondré ces dernières années, 600 000 enfants ne sont plus scolarisés.

La réapparition de la peste a provoqué 202 morts en 2017 sur les 2 384 cas recensés, principalement de peste pulmonaire, la plus rapidement mortelle, et a nécessité la fermeture de dizaines d’écoles et d’universités pour les désinfecter. Plusieurs dizaines de nouveaux cas ont encore été recensés depuis août 2018 (avec au moins deux morts). À cet égard, le rite très célèbre du "retournement des morts" ("famadihana" : exhumation des dépouilles et réinhumation) n’est pas vraiment approprié du point de vue de l’hygiène pour lutter efficacement contre la peste et éviter sa persistance dans le pays. Ni la déforestation qui incite les rongeurs à rejoindre les villes. Ni évidemment le manque d’infrastructures sanitaires. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a confié en janvier 2018 : « Madagascar peut faire disparaître à tout jamais les épidémies de peste grâce à des investissements stratégiques dans son système de santé. » (cité par l’AFP).

L’une des raisons majeures de cette pauvreté, alors que les ressources naturelles sont riches dans le pays, c’est l’incapacité du système politique malgache à stabiliser ses institutions, ce qui signifie qu’environ tous les dix ans, depuis une trentaine d’années, il y a une crise politique majeure qui réduit à néant les éventuels efforts économiques et politiques réalisés pendant la période précédente.

Ces prochains jours, Madagascar va vivre un nouveau cycle. Pour l’instant, rien ne peut dire si ce sera celui de la renaissance et de la prospérité ou celui, récurrent, de la crise politique et de la ruine économique. En effet, ce mercredi 7 novembre 2018 aura lieu le premier tour d’une nouvelle élection présidentielle et la campagne a montré que les inquiétudes et les angoisses étaient justifiées. Mon introduction montre à quels points les enjeux nationaux sont cruciaux, et pourtant, la classe politique se débat dans des querelles politiciennes à courte vue.

Parmi les très nombreux candidats (trente-six !), se trouvent les quatre anciens Président de la République parmi les cinq depuis 1975. Et encore ! Le cinquième n’est pas candidat parce qu’il est mort l’année dernière, Albert Zafy. Dans ce jeu où les individus font office de politique (chaque personnalité a son parti), il est rarement question de l’intérêt national mais plus sûrement de revanche, d’égocentrisme, de népotisme, de corruption, etc.

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Retraçons très succinctement la vie politique des dernières années. Marc Ravalomanana, maire de Tananarive et patron d’un grand groupe agroalimentaire, a gagné l’élection présidentielle de 2001-2002 face au Président sortant Didier Ratsiraka, élu démocratiquement en 1997 mais qui n’était autre que le dictateur archéocommuniste (surnommé l’Amiral rouge) arrivé au pouvoir par un putsch en 1975 et renvoyé du pouvoir par une série de manifestations géantes en 1991-1993.

Marc Ravalomanana a commencé à appliquer la politique d’un véritable chef d’entreprise pour développer économiquement le pays après une année (2002) particulièrement chaotique sur le plan politique et économique. Un critère qui ne trompe pas, l’état des routes dans ce pays très étendu. Beaucoup de routes ont été refaites entre 2002 et 2008.

Néanmoins, chaque Président, aussi démocrate qu’il pourrait se revendiquer et aussi démocratiquement élu qu’il pourrait être, pêche souvent dans une sorte de dérive autoritaire récurrente à Madagascar. Albert Zafy, le premier Président librement élu, a ainsi été destitué en 1996 parce qu’il ne voulait pas se conformer aux volontés des parlementaires.

Autre maire de Tananarive et également chef d’entreprise, Andry Rajoelina a plongé le pays dans un chaos institutionnel terrifiant pendant près de cinq années. Prenant le pouvoir après un putsch en mars 2009, il a assumé la tête de ce qu’on a appelé la "Transition" en retardant le plus longtemps possible l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. Une nouvelle Constitution a été approuvée par référendum en 2010, particulièrement contraignante pour garantir un processus électoral correct.

Les anciens Présidents (ou leur épouse) furent interdits de concourir à la précédente élection présidentielle du 25 octobre 2013, par la décision de la Cour électorale le 17 août 2013, si bien que la bataille électorale s’est tenue par "délégation". Didier Ratsiraka était "représenté" par son neveu Roland Ratsiraka, (ancien) maire de Tamatave, candidat aussi le 20 août 2018, et Andry Rajoelina par le candidat qui, finalement, a été élu au second tour le 20 décembre 2013 avec 53,5% : Hery Rajaonarimampianina, face à un candidat soutenu par Marc Ravalomanana, à savoir Jean-Louis Robinson.

En 2018, la situation est différente. Tous ces protagonistes ont pu juridiquement se présenter, si bien que 2018 est la véritable bataille politique pour régler le …putsch de mars 2009 ! Il est donc probable que l’enjeu perçu par les électeurs tourne autour de la rivalité entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina.

Hery Rajaonarimampianina est, lui aussi, un ancien Président car il a dû démissionner de la Présidence de la République, deux mois avant le scrutin pour y participer, à savoir le 7 septembre 2018 (le Président du Sénat Rivo Rakotovao assure actuellement l’intérim).

Hery Rajaonarimampianina, lui aussi, fut contesté dans sa gouvernance. Proclamé élu le 17 janvier 2014 et investi le 25 janvier 2014, il a mis trois mois à nommer un nouveau Premier Ministre, immédiatement confronté à son ancien soutien Andry Rajoelina. Le docteur Roger Kolo, nommé Premier Ministre le 16 avril 2014 (succédant à Jean Omer Beriziky), fut amené à démissionner le 16 janvier 2015. Le pays s’est alors engouffré dans une nouvelle crise politique. Des députés de l’opposition sont parvenus à se coaliser et à devenir majoritaires avec 80 sièges sur 151 et ont cherché à imposer un nouveau Premier Ministre au Président qui résista vaillamment (c’était déjà le problème d’Albert Zafy, vingt ans auparavant). Finalement, le Président a imposé le général Jean Ravelonarivo comme Premier Ministre nommé le 17 janvier 2015, confirmé par la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) le 12 février 2015, mais cela a provoqué une réaction vive des députés.

En effet, le 26 mai 2015, en vertu de l’article 131 de la Constitution, les députés ont voté carrément la destitution de Hery Rajaonarimampianina, par 121 voix pour et 4 voix contre, soit largement plus que la majorité nécessaire des deux tiers (101), mais cette destitution fut rejetée par la HCC le 13 juin 2015.

Une nouvelle demande de destitution a été faite par l’opposition le 26 avril 2018 auprès de la Cour suprême pour protester contre la volonté, selon l’opposition, d’empêcher cette opposition de se présenter à l’élection présidentielle (dont la date n’était pas encore fixée). Finalement, la Cour suprême a décidé de lancer un ultimatum au Président le 25 mai 2018, exigeant de lui la nomination d’un gouvernement d’union nationale qui organiserait l’élection présidentielle et sa démission en cas de candidature deux mois avant le scrutin.

Le Premier Ministre d’alors, Olivier Mahafaly Solonandrasana, qui avait remplacé Jean Ravelonarivo le 10 avril 2016, a démissionné le 6 juin 2018 pour laisser place à un gouvernement d’union nationale dirigé par Christian Ntsay qui a annoncé le 29 juin 2018 la date de l’élection présidentielle fixée au 7 novembre 2018 pour le premier tour et au 19 décembre 2018 pour le second tour éventuel.

Parmi les trente-six candidats retenus le 22 août 2018 par la HCC (quarante-six avaient voulu se présenter, on peut lire la liste complète ici), outre les quatre anciens Présidents, Didier Ratsiraka (qui vient d’avoir 82 ans ce 4 novembre 2018), candidat le 21 août 2018, Marc Ravalomanana (68 ans), candidat le 18 août 2018, Andry Rajoelina (44 ans), candidat le 1er août 2018, et Hery Rajaonarimampianina (qui a 60 ans ce 6 novembre 2018), candidat le 17 août 2018, deux anciens Premiers Ministres se présentent, Jean Omer Beriziky (68 ans), candidat le 15 août 2018, et Jean Ravelonarivo (59 ans), candidat le 3 août 2018, ainsi qu’un ancien ministre de Marc Ravalomanana, Benjamin Radavidson, qui avait été limogé du gouvernement le 2 mai 2008 et qui s’était déjà présenté à l’élection présidentielle du 25 octobre 2013 (il avait obtenu 2,2% des voix).

Comme je l’ai écrit plus haut, la probabilité et en même temps le risque sont que cette élection se polarise autour de la rivalité entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina qui pourraient donc être les deux candidats du second tour, à moins que les électeurs cherchent à promouvoir des candidats moins marqués par l’histoire récente, ou encore, moins marqués par la vie politique, comme le chanteur de musique folk Dama, de son vrai nom Zafimahaleo Rasolofondraosolo (64 ans), candidat le 10 août 2018, qui fut quand même élu député en 1992…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La liste officielle des 36 candidats à l’élection présidentielle malgache du 7 novembre 2018 (publiée le 22 août 2018).
L’élection présidentielle malgache du 7 novembre 2018.
Albert Zafy.
Le massacre de 1947.
Le pire n’est jamais sûr (28 janvier 2014).
Le gouvernement de Roger Kolo (18 avril 2014).
Discours d'investiture de Hery Rajaonarimampianina du 25 janvier 2014 (texte intégral).
Vidéo du discours d'investiture de Hery Rajaonarimampianina.
L'angoisse de la page blanche.
Résultats de la CENIT (3 janvier 2014).
Nuages noirs sur le processus électoral.
Le second tour de la présidentielle.
Duel Robinson vs Rajaonarimampianina.
Les résultats officiels du 1er tour de la présidentielle malgache (à télécharger).
Victoire du processus électoral malgache.
Jour J de la démocratie malgache : présentation des candidats.
L’élection présidentielle du 24 juillet 2013 aura-t-elle lieu ?
La feuille de route adoptée.
Un putsch en bonne et due forme.
Le prix du sang.
Et si cela s’était passé en France ?
La nouvelle Constitution malgache.
Le gouvernement malgache pour appliquer la feuille de route.
Liste de mai 2013 des candidats à l’élection présidentielle.

_yartiMada2018A03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181104-didier-ratsiraka.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/11/05/36842717.html


 

 

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