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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 03:53

« On va soit confiner le pays une bonne fois pour toutes, comme on aurait dû le faire il y a déjà quelques mois, soit on ne contiendra pas l’épidémie à covid-19. » (Pr. Gilbert Deray, le 16 mars 2021 sur LCI).


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Mon titre est un pastiche de ce que l’ancien Président du Conseil Edgar Faure a sous-titré lorsqu’il a sorti en 1982 le premier tome de ses mémoires : "Avoir toujours raison …c’est un grand tort" (chez Plon). Hélas, lorsqu’il y a des vies humaines en jeu, c’est toujours triste de constater que ses craintes étaient fondées sur la réalité. En fait, sur le plateau de David Pujadas le soir du mardi 16 mars 2021 sur LCI, ce n’était pas de la tristesse mais une certaine forme de colère, une colère calme, courtoise, polie, mais une colère affirmée qui avait envahi le visage du professeur Gilbert Deray.

Gilbert Deray est un grand médecin, chef du service de néphrologie à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris. Ses compétences sont reconnues internationalement et il n’est pas du genre à semer la polémique dans les médias à cause d’un ego proche de l’embolie. Il a répondu aux questions désespérément naïves de David Pujadas qui s’accrochait dur comme fer à l’idée qu’on est encore sur un plateau, que le nombre de nouveaux cas ne bougeait pas, alors que lui-même, cinq minutes auparavant, venait de présenter une carte de France presque verte (sauf Hauts-de-France, Île-de-France et PACA) il y a sept jours (carte du taux d’incidence) et une autre carte de France, du jour de l’émission (le 16 mars 2021) complètement rouge, prouvant que loin d’être stable, au contraire, la situation est alarmante et empire !

Pourquoi ceux qui savent, ceux qui pratiquent, ceux qui ont l’expérience ne sont-ils donc pas écoutés ? David Pujadas s’est "complu" à demander : oui mais "vous" (les spécialistes), vous vous êtes trompés, vous nous aviez prévu une montée et elle n’a jamais eu lieu !

Mais c’est faux, cette affirmation ! La professeure Karine Lacombe, invitée chez Bourdin sur BFM-TV le 20 janvier 2021 (pas hier, il y a deux mois !) disait très clairement : « L’épidémie progresse (…). On s’attend à un mois de mars très dur. ». Le mois de mars 2021 sera dur parce que les premiers variants anglais sont arrivés en décembre 2021 en France. En Angleterre, on a détecté les premiers en septembre 2020 et cela s’est enflammé en décembre. Cela correspond donc à mars-avril en France. On a cru que l’absence de hausse en février signifiait une fin d’épidémie, c’était trompeur mais on pouvait le prévoir. Du moins, ceux qui observaient scrupuleusement, chaque jour, les chiffres.

Mais Gilbert Deray n’a pas répondu à David Pujadas avec cette argumentation. Il a simplement dit que ce n’était pas le fait qu’il y ait une hausse ultérieure ou pas qui posait un problème, mais déjà le niveau haut du plateau qui signifiait qu’on acceptait en conscience que chaque jour, 300 à 400 personnes perdent leur vie à cause du covid-19 en France. C’est comme si l’État les lâchait, lâchait ces personnes les plus vulnérables au profit de je ne sais quel intérêt économique ou politique qui tarde à venir de toute façon. C’est ce constat intolérable que le professeur Axel Kahn cherche aussi à exprimer depuis six semaines.

Il y a eu un conseil de défense sanitaire ce mercredi 17 mars 2021 matin, et une annonce sur de nouvelles mesures sanitaires est prévue dans une conférence de presse de Jean Castex et Olivier Véran le lendemain, jeudi 18 mars 2021 à 18 heures, le temps, a déclaré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, de "consulter" les élus locaux. Valérie Pécresse, président du conseil régional d’Île-de-France, et Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, ont ainsi été contactés dans la journée par le Premier Ministre ou le Ministre de la Santé. Dans les tuyaux, un confinement plus ou moins dur de l’Île-de-France et des Hauts-de-France.

Mais c’est trop tard, a lâché Gilbert Deray avec un amer pessimisme : « Moi qui appelle à du confinement depuis des semaines et des semaines (en Île-de-France), eh bien, c’est trop tard, parce que comment vous allez confiner une région maintenant ? Dans ce que dit le conseil scientifique, quand on le lit bien, il ne dit pas seulement qu’il faut confiner des régions. Il dit aussi : faut qu’on soit efficace ! Et pour être efficace, il faut qu’autour, ce soit vert. Mais il n’y a plus de zones vertes. (…) Si nous confinons aujourd’hui l’Île-de-France, plus PACA, plus les Hauts-de-France, je ne vois pas bien à quoi ça va servir. ».

Auparavant, après avoir exprimé sa surprise et son amertume sur la suspension provisoire du vaccin AstraZeneca (je reviendrai peut-être sur le sujet plus tard), Gilbert Deray a rappelé que le plateau supposé n’était pas un plateau : « Nous sommes depuis des semaines dans la même situation, qui est une situation de plateau très élevé. Et d’ailleurs, je vais vous l’illustrer. Dimanche, notre Premier Ministre nous disait : en Île-de-France, ça va encore parce qu’on est à moins de 400. Lundi, on était à plus de 400. ».

404 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants en Île-de-France le 15 mars 2021, mais 419 le 16 mars 2021, et cela se poursuit. Rappelons que le critère pour passer en couleur "orange" dans un département est de ramener le taux d’incidence à moins de 50 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants. Actuellement, en Île-de-France, on est à environ dix fois plus que ce seuil, et l’on devrait s’estimer satisfait ? Notons qu’au niveau national, ce taux d’incidence était de 252,5 au 14 mars 2021 (cinq fois plus que le seuil fixé comme insupportable).

La semaine dernière, un autre éminent scientifique et praticien hospitalier, le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Tenon à Paris, invité d’Anne-Élisabeth Lemoine le 12 mars 2021 dans "C à vous" sur France 5, avait eu le même genre de réflexion : « On sait très bien, et ça a été donné dans le dernier avis du conseil scientifique, que plus on repousse le confinement, que ce soit national ou régional, plus il sera dur et plus il sera long. Les Français n’ont pas intégré cette donnée-là, en tout cas, elle n’a pas été intégrée parce qu’on ne leur a pas expliqué. ».

Gilles Pialoux enrageait d’ailleurs sur une expression souvent répétée par le gouvernement : « "Un jour de gagné", c’est une expression qu’en tant que soignant, je ne supporte pas parce que pour l’instant, on n’a pas démontré que c’étaient des jours de gagné. Un jour de gagné, c’est 25 000 cas et 300 morts, donc, on ne peut avoir ce discours. Je trouve que les mots ont leur importance. Ce ne sont pas des jours de gagné parce qu’on ne sait pas quel est, au bout, ce qu’on aura gagné. ». Quelques jours plus tard, c’est plus de 30 000 voire plus de 35 000 nouveaux cas par jour dont il faut tenir compte.

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Aujourd’hui, effectivement, la situation est encore plus grave. Une semaine déjà est passé avec cette phrase : « Toutes les douze minutes, un Francilien est admis en réanimation. » avait constaté le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran le 11 mars 2021 (une éternité déjà !). Mais ce mercredi 17 mars 2021 au soir, la situation est désormais plus claire que jamais, et ceux qui n’avaient pas compris vont se réveiller avec la gueule de bois : nous sommes bien, hélas, en début de courbe exponentielle. Il y a eu 38 501 nouveaux cas testés positifs au covid-19 en une seule journée. On a, hélas, une hausse brutale depuis quelques jours qui ne laisse rien augurer de bon.

Insistons sur le fait que le Président Emmanuel Macron n’y est pour rien, il ne fait que réagir à cette probable troisième vague, il ne l’a pas initiée, tout au plus pourrait-on lui reprocher (et je le fais) de ne pas l’avoir anticipée, de ne pas l’avoir anticipée sciemment. La France n’est pas seule dans cette nouvelle tempête et l’Italie, l’Allemagne, les pays d’Europe centrale et orientale sont également touchés par ce regain épidémique.

C’est difficile de dire que la campagne de vaccination aura des effets rapides, mais il semble désormais établi que ces effets sont néanmoins plus rapides que prévus. La lenteur de cette campagne ne permet cependant pas d’éviter des mesures nouvelles pour freiner la circulation du virus avant la fin du printemps 2021. L’aspect positif est que les vaccins existent, sont très efficaces et aussi rapidement très efficaces (dans les EHPAD, c’est quasiment le jour et la nuit). L’aspect négatif de la situation actuelle, c’est que le variant anglais semble atteindre, dans la forme grave de la maladie, un plus grand nombre des personnes plus jeunes que l’an dernier. Beaucoup de faits actuellement observés déboussolent les scientifiques car il faudra beaucoup de temps d’analyse pour comprendre vraiment ce qui se passe sous nos yeux.

Même le nombre d’admissions en réanimation est sujet à étonnement. En forte hausse depuis deux semaines, atteignant 4 239 le 16 mars 2021 (en Île-de-France 1 177, soit plus que le pic de la deuxième vague), ce nombre est redescendu de 20 personnes le 17 mars 2021 (de 16 en Île-de-France) malgré une hausse continue du nombre de cas depuis plus d’une semaine.

L’une des grandes difficultés du coronavirus SARS-CoV-2, c’est la cinétique de l’épidémie, la durée entre la contamination et les premiers symptômes, la durée entre la capacité à contaminer les autres et les premiers symptômes, la durée pendant laquelle le malade peut contaminer les autres, ainsi que la durée de séjour en service de réanimation qui s’allonge au fur et à mesure que l’âge moyen diminue. Ce rallongement de cette durée de séjour en réanimation renforce évidemment la tension hospitalière. Ces données signifient aussi qu’on ne pourra pas voir les conséquences d’éventuelles nouvelles mesures sanitaires avant deux à trois semaines. Dans tous les cas, et comme chaque jeudi, rendez-vous est pris ce jeudi soir à 18 heures.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pr. Gilbert Deray.
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210316-gilbert-deray.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/avoir-raison-trop-tot-est-toujours-231708

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/17/38871655.html




 

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