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9 juillet 2025 3 09 /07 /juillet /2025 04:36

« Prions pour les malades abandonnés et qu’on laisse mourir. Une société est humaine si elle protège la vie, de son début jusqu’à sa fin naturelle, sans choisir qui est digne ou non de vivre. Que les médecins servent la vie, qu’ils ne la suppriment pas. » (10 juillet 2019).



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Ces quelques mots ont été prononcés par le pape François il y a six ans et évoquaient la situation terrible de Vincent Lambert. Ce dernier est mort le 11 juillet 2019 par ce qu'on pourrait appeler de l'euthanasie passive.

D'une personne pleine et entière, malgré sa grave situation de handicap, Vincent Lambert est devenue une "affaire", une affaire judiciaire mais aussi une affaire médiatique. À cause d'un accident, il était dans un état pauci-relationnel, c'est-à-dire qu'il ne savait pas s'exprimer, et on ne savait pas s'il pouvait entendre, ressentir, voir, etc. Certains, dont la considération portée à l'humain pourrait prêter à interrogation, parlaient d'un "légume", comme si le végétal devait toujours passer à la casserole.


Comme deux mille autres personnes, Vincent Lambert était simplement une personne humaine, avec toute sa dignité, qui reste inconditionnelle, intrinsèque à lui-même, était simplement une personne à situation de grand handicap. Il était capable de respirer tout seul, il n'avait aucun besoin d'appareil de réanimation, de respiration. En revanche, n'ayant pas été rééduqué pour déglutir (parce qu'on lui a interdit les services d'un kinésithérapeute), il avait besoin d'aide pour se nourrir et s'hydrater, ou plus facilement, d'une sonde gastrique.

Avant son accident, il n'avait rédigé aucune directrice anticipée, malgré sa profession qui lui permettait pourtant de connaître le milieu des soignants à l'hôpital et de plus anticiper sur ce cas imprévu et improbable qu'il a connu, celui de l'incapacité à s'exprimer. Concrètement, on ne sait pas ce qu'il aurait voulu dans cet état, rester en vie dans l'espoir d'être plus réveillé, de voir son état progresser, voire d'imaginer la médecine progresser pour mieux l'aider, ou en finir avec cette vie que certains s'autorisaient à dire inutile, affreuse ? Sa mère pensait la première option, et sa femme la seconde. Qui avait raison ? Personne évidemment.


La mort de Vincent Lambert a été programmée, elle a été le résultat de nombreuses procédures judiciaires qui ont finalement abouti à l'application de la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016, à savoir, la sédation profonde et continue jusqu'au décès. Elle a duré quelques jours. Pour certains, c'étaient des jours de trop, ils auraient préféré une injection létale, pensant que ce serait moins d'hypocrisie. Parler d'hypocrisie dans une telle situation, quelle arnaque intellectuelle ! Refuser de tuer les patients, ce qui est le cadre normal de la loi (il est interdit de tuer) et de celui de plusieurs religions (tu ne tueras point), n'a rien d'hypocrite. Ouvrir la porte, ouvrir la boîte de Pandore du permis de tuer aura des conséquences très fâcheuses pour la société. Tuer le malade ne peut pas être une solution pour tuer la maladie, sinon déclarer forfait.

L'un des deux auteurs de la loi Claeys-Leonetti mais également l'auteur de la précédente loi, la loi Leonetti du 22 avril 2005, l'actuel maire LR d'Antibes Jean Leonetti, ancien ministre et ancien député, a résumé la terrible conclusion de cette "affaire" le jour-même, le 11 juillet 2019 dans "Le Monde", rédigé avant et publié après la mort de Vincent : « Sa vie et sa mort, qui auraient dû rester dans le domaine de l’intime, dans le doute de la complexité et le respect de la souffrance et du deuil, se sont abîmés dans la lumière aveuglante des médias, la simplification émotionnelle, la violence des mots et l’affrontement devant la justice d’une famille déchirée. Le cas de Vincent Lambert est moins un problème médical qu’un problème familial dans lequel se mêlent le sublime de la tragédie grecque et le sordide de l’image et des formules impudiques. ».

Jean Leonetti, qui ne souhaitait pas légaliser l'euthanasie active, estimait au contraire que Vincent Lambert pouvait partir avec ses lois. Paradoxe pour soutenir l'efficacité de son dispositif législatif qui évitait justement d'en arriver à l'euthanasie active.


La réalité, c'est que Vincent Lambert était dans une situation de grave handicap, certes, enviable par personne, mais n'était pas en fin de vie, il n'était pas en stade terminal d'une maladie, et en plus, il n'avait pas émis de volonté (claire) de quitter ce monde qui l'a tristement amputé de sa vivacité.

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C'était ce qu'a voulu exprimer le romancier Michel Houellebecq particulièrement écœuré par cette polémique médiatisée dans le même journal, "Le Monde" du 11 juillet 2019 (toujours rédigé avant et publié après la mort de Vincent) : « Vincent Lambert (…) aurait dû savoir (…) que l’hôpital public avait autre chose à fo*tre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de "légumes"). L’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert, ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d’ailleurs : une sonde pour l’eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se faire à domicile, c’est ce qui se pratique le plus souvent, et c’est ce que demandaient, à cor et à cris, ses parents). Mais non, en l’occurrence, le CHU de Reims n’a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien. ».

En évoquant l'aspect financier, Michel Houellebecq a bien sûr appuyé là où cela risquait de faire mal. J'évoquerai ultérieurement cet aspect très important (dans un prochain article). Il évoquait aussi l'organisation des hôpitaux, et cela avant la crise du covid-19.

Pour beaucoup de promoteurs d'une loi permettant l'euthanasie, le "cas" de Vincent Lambert était une raison pour "avancer" plus dans la mise à mort légale des patients. Eh bien, ce sera pour eux une déception de savoir que la proposition de loi Falorni, adoptée en première lecture le 27 mai 2025 par l'Assemblée Nationale, n'aurait pas pu venir en "aide" (si on peut appeler cela une aide, mais l'intitulé-même de la proposition est "aide à mourir") si elle avait été applicable à l'époque.

Mais en fait, comme l'a rappelé Jean Leonetti, aucune loi n'aurait réglé le sort de Vincent Lambert pour la bonne raison que la famille était profondément divisée sur la marche à suivre. La justice, mais aussi la loi ne servent que lorsqu'il y a un désaccord, une confrontation entre deux options. Certes, l'État peut statuer seul, peut juger, condamner même quand tout le monde est d'accord (après tout, le meurtre d'une personne pourrait recueillir l'unanimité, ce serait effrayant mais pas impossible), mais en général, la justice est là pour départager, et la loi donne la clef du partage.


Ici, lorsqu'on est dans l'intime, dans le secret des consciences, lorsque chaque "cas" est un cas particulier et qu'il n'existe aucun cas général, la loi serait d'une piètre utilité. Car la proposition Falorni insiste bien qu'il s'agit d'un acte volontaire, d'une volonté exprimée avec l'esprit éclairé. Donc, Vincent Lambert qui aurait été incapable d'exprimer son envie (ou pas) d'en finir de manière autonome, sans pression venue de nulle part, n'aurait pu "bénéficier" de cette proposition de loi si elle avait été applicable à l'époque.

Plus généralement, lorsque deux proches revendiquent des options diamétralement opposées, aucune loi ne serait en mesure de les départager et la faute qu'il a été commise à l'époque, c'est qu'au bénéfice du doute, la décision la moins irréversible aurait dû être adoptée, faute de mieux. C'est-à-dire le maintien en vie qui, j'insiste, dans le cas de Vincent Lambert, ne constituait pas un acharnement thérapeutique puisqu'il n'avait pas besoin d'appareillage pour vivre (seulement une aide pour boire et se nourrir par difficulté de déglutition, comme des dizaines de milliers de personnes dans notre pays).

Nous pourrons hélas nous donner rendez-vous un peu plus tard : c'est justement parce que la future loi probablement adoptée définitivement dans quelques mois ne s'appliquera pas à un nouveau "cas" encore très médiatisé et très émouvant qu'on voudra déjà la compléter pour englober des "cas" qui en étaient exclus. Et ainsi de suite. La boîte de Pandore aura été ouverte et il suffira simplement d'ouvrir un peu plus le couvercle.

Aujourd'hui, Vincent Lambert est oublié et c'est peut-être mieux ainsi pour lui et sa famille. Il repose en paix mais n'aura pas été "délivré" ; au contraire, mort, il est encore plus "enfermé" que vivant. Je salue toutefois sa mémoire et le fait qu'il a été la preuve vivante que, même dans son état aussi diminué, que personne ne souhaite vivre, il a été au cœur de l'un des débats publics les plus importants et les plus passionnants du premier quart de ce siècle.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Vincent Lambert, meurtre d’État, euthanasie, soutien aux plus fragiles…
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Euthanasie 2025 (4) : adoption de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Euthanasie 2025 (3) : l'examen de la proposition Falorni à l'Assemblée.
Euthanasie 2025 (2) : l'inquiétude des religions.
Euthanasie 2025 (1) : quelle société humaine voulons-nous ?

 


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250711-vincent-lambert.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/euthanasie-2025-5-vincent-lambert-261030

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/09/article-sr-20250711-vincent-lambert.html



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