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24 juillet 2025 4 24 /07 /juillet /2025 04:02

« Les victimes parlent. Enfin, bravo ! Ministre des femmes en 1979, j’ai été agressée par un sénateur. Honte à moi de mon silence ! » (Monique Pelletier, le 10 mai 2016 à 09:23 sur Twitter).



 


La femme qui a culpabilisé il y a neuf ans parce qu'elle a rendu public un cas d'agression sexuelle seulement trente-six ans plus tard est en fait une femme très moderne malgré sa génération. Monique Pelletier fête ses 99 ans ce vendredi 25 juillet 2025. Elle est parmi les premières femmes à avoir mis la politique au féminin, et c'est beaucoup plus efficace pour les femmes que le militantisme féministe. Je lui avais déjà consacré un article il y a quelques années.

Avocate à 20 ans, elle a préféré devenir juge des affaires familiales où elle a pu se rendre compte des graves problèmes de la drogue. C'est sur ce sujet qu'elle a fait une timide entrée dans le monde politique : elle fut chargée par le Président Valéry Giscard d'Estaing d'une rapport sur la drogue en France. Comment a-t-elle reçu cette mission ? Par hasard : elle a perdu son sac à main en ville et c'est le Ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski qui l'a fait ramasser par son chauffeur. Il a vu qu'elle militait dans le même parti que lui et l'a fait venir Place Beauvau.

C'était en 1977 et c'était la première fois que les pouvoirs publics voulaient être lucides sur ce grave problème. Ce fut sa clef pour entrer au gouvernement quelques mois plus tard tandis que son rapport sur la toxicomanie est encore aujourd'hui une référence en la matière.


À l'origine CDP (centriste pompidolien), elle avait rejoint en 1974 les giscardiens aux Républicains indépendants (RI) puis au Parti républicain (PR) et à l'UDF. Monique Pelletier, installée dans la ville en 1964, a été élue conseillère municipale de Neuilly-sur-Seine sur la liste du maire Achille Peretti en 1971, puis adjointe au maire chargée des commerces et marchés de 1977 à 1983.

Elle a fait partie du petit groupe de femmes nommées ministres par VGE, en particulier Alice Saunier-Seïté, Françoise Giroud, et bien sûr, Simone Veil qu'elle retrouva au Conseil Constitutionnel car elle en a été nommée membre par Jacques Chirac de 2000 à 2004 pour remplacer Roland Dumas démissionnaire. Au fait, Simone Veil ? Voici ce que la collègue en pensait quarante ans plus tard : « Ce que j'ai préféré chez elle, c'est l'affection qu'elle savait témoigner à ceux qu'elle aimait. ».

Dans les gouvernements de Raymond Barre, Monique Pelletier a donc exercé comme Secrétaire d'État à la Justice auprès du Ministre de la Justice Alain Peyrefitte du 10 janvier 1978 au 11 septembre 1978, puis Ministre déléguée chargée de la Condition féminine du 12 septembre 1978 au 8 mars 1981 (cumulant la Famille à partir de février 1980). Elle a quitté le gouvernement le 8 mars 1981 pour s'engager pleinement dans la campagne présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing en tant qu'une de ses porte-parole (avec Jean-François Deniau et Jean-Philippe Lecat, entre autres).

 


Son action au gouvernement n'était pas sans conséquence : elle a ainsi fait adopter la loi n°79-1204 du 31 décembre 1979 qui devait reconduire définitivement la loi Veil sur l'IVG après cinq ans d'application, ainsi que la loi n°80-1041 du 23 décembre 1980 qui définit le viol comme un crime (qu'il n'était qu'un délit avant 1980 !). Monique Pelletier était en avance sur son temps alors qu'elle prônait le remboursement de l'IVG par la sécurité sociale afin de ne pas faire d'inégalités sociales (la gauche allait le faire) et souhaitait la parité hommes/femmes sur les listes de candidats (appliquée vingt ans plus tard).

Mais revenons justement à cette loi qui a reconduit la loi Veil : c'est avec cette loi que Monique Pelletier a eu cette mésaventure qu'elle n'a racontée que le 10 mai 2016 au "Journal du dimanche". Dans le cadre traditionnel, lorsqu'un débat risque d'être difficile, le ministre va s'entretenir avec le parlementaire qui va présider la séance de l'assemblée où sera débattu son projet de loi. C'est une visite de courtoisie. C'est ainsi qu'en décembre 1979, Monique Pelletier s'est rendue dans le bureau du sénateur qui allait présider cette séance quelques jours plus tard.


Elle a parlé d'un baiser "complet" volé qui, heureusement pour elle, n'a pas eu de conséquence, ni politique ni personnelle. Le sénateur a été ensuite désolé d'une telle "indélicatesse" : « Le débat s’annonçait ardu. Toutes sortes de lieux communs circulaient, du genre "Maintenant que c’est permis, on va avorter pour pouvoir aller au ski". C'est un climat dont on a très peu parlé à l’époque, et qui était très difficile. (…) Je m'étais battue pour obtenir le fait de défendre ce texte, parce que j’estimais que c’était une femme qui devait le faire. (…) C’est la tradition quand on est ministre et qu’on a un débat un peu difficile. Nous parlons de la loi, il me dit que ça va être très dur, qu’il a déjà eu des quantités de sénateurs qui sont venus lui en parler. Je me lève pour prendre congé et je m’adosse à la cheminée pour lui dire encore deux mots sur la manière dont je pense entamer le débat. Là, il se jette sur moi et me fait, alors qu’il avait d’énormes lunettes, un baiser avec la langue. J’étais contre la cheminée, je ne pouvais pas bouger et c’était "un baiser complet" ! (…) Je lui dis, mais qu’est-ce qui vous arrive, vous êtes malade ? Je lui ai exprimé que c’était scandaleux, qu’on ne se jetait pas comme ça sur les gens. Il était tout rouge et avait la queue basse, je peux vous le dire. (…) À ce moment-là, je m’apprête à aborder une séance très difficile. J'ai eu un mal fou à obtenir le fait de défendre ce texte et j'ai tout le RPR contre moi. Je ne peux pas lâcher. (…) C'était une minute trente, dans une vie longue. Si j'avais parlé, on aurait remis la séance, car on aurait dit que dans l'état où j'étais, je n'étais pas en état de soutenir le débat. Et je connais quelqu’un qui se serait précipité pour prendre ma place ! ». La ministre bafouée s'est immédiatement lavé les dents.

Qui était donc ce sénateur qui portait de grosses lunettes (ce qui était courant à l'époque) mais surtout, qui présidait certaines séances au Sénat, ce qui signifie qu'il était vice-président du Sénat ? Il y en a certes plusieurs, mais il semblerait (sous réserve de vérifier le compte-rendu exact des séances en décembre 1979 au Sénat) que ce sénateur fût Maurice Schumann lui-même, élu vice-président du Sénat de 1977 à 1983. On imagine le scandale si la ministre avait rendu publique cette agression sexuelle car cela signifiait que les héros ne l'étaient pas tout le temps... Sur Youtube, un internaute s'est même permis d'en conclure : « Quand Maurice ChouChou roulait une pelle à Pelletier... » !

Dans ce témoignage, on comprend surtout les divergences entre UDF et RPR sur la vision de la société, ce qui a abouti à l'échec du centre droit en 1981. Monique Pelletier est alors retournée travailler dans le privé (comme avocate, notamment pour aider les femmes violentées), tout en soutenant en 1988 la candidature de Raymond Barre, le seul candidat qui connaissait les jeunes pour les avoir côtoyés en permanence, comme professeur d'économie politique (c'est ce que Monique Pelletier défendait le 8 mars 1988 dans le journal de FR3).

 


Revenons à son engagement politique. Monique Pelletier pouvait se dire centriste car elle trouvait ses amis du PR trop conservateurs (Alain Madelin, Charles Millon, etc.). Mais centriste n'est pas le bon mot selon elle qui s'est exprimé dans son livre "Le Soleil peut attendre" (sorti en 2011) : « Suis-je de droite ou de gauche ? Un peu des deux sans doute et, pourtant, je ne suis pas sûre, en définitive, d'être centriste : c'est un choix à mes yeux voué à l'opportunisme et à la faiblesse. (…) Pour ma part, si je suis pour une économie libérale et sociale, c'est-à-dire pour une économie de marché faisant toute sa place à une juste répartition des richesses, je suis une progressiste sincère dans le domaine des problèmes de société. Je n'aime pas les réactionnaires et les conservateurs : mieux vaut accompagner les évolutions que les refuser, car cela permet d'en maîtriser les effets pervers quand il y en a. (…) Suis-je à gauche ou à droite ? Aujourd'hui je n'en sais rien et cela n'a guère d'importance. Seuls comptent à mes yeux le comportement que l'on adopte, la sincérité, le courage, l'amour des autres et de la vie. ».

Pourtant, "l'affaire de sa vie", elle n'était pas politique ni professionnelle, mais personnelle. Elle a mis seize ans avant de la rendre publique dans le livre "La Ligne brisée" (sorti en 1995) : son mari, avec qui elle a eu sept enfants, trente-deux petits-enfants et vingt et un arrière-petits-enfants, a eu en 1978 un AVC, d'où coma, hémiplégie et très lourd handicap (il avait alors 58 ans). Elle a pu comprendre ce qu'était l'accompagnement des personnes dépendantes et reste encore présidente d'honneur du Conseil national du Handicap. Le 24 octobre 2017, le Président Emmanuel Macron (qu'elle ne connaissait pas) lui a remis les insignes de grand-croix de la Légion d'honneur pour cet itinéraire hors de l'ordinaire. Ce mari, Jean-Marc Pelletier, était aussi un homme moderne et un « soutien indéfectible » à ses combats : « [Il] était en avance sur son temps, se levait la nuit pour donner les biberons et m'a encouragée dans toutes mes initiatives professionnelles. (…) Entre nous, il y avait comme un pacte tacite. Nous étions dans un rapport d'égalité. Aujourd'hui, cela peut paraître banal. À l'époque, c'était révolutionnaire. ».

Le 5 octobre 2017, Monique Pelletier s'est un peu lâchée en sortant son dernier livre "Souvenirs irrespectueux d'une femme libre", des mémoires où elle parle de la reconduction de la loi Veil, de l'affaire Robert Boulin, etc. En quatrième de couverture, elle s'y livre ainsi : « Je suis une femme du XXe siècle qui a grandi avec son siècle. J'ai eu la chance de participer aux réformes qui ont transformé notre société. J'en ai aimé toutes les étapes. Tout cela paraît simple aujourd'hui, mais il y a quelques décennies, une vie telle que la mienne faisait figure d'exception. Aujourd'hui, j'ai envie de tirer les leçons de mon parcours. Pourquoi ? Parce que les causes qui j'ai défendues sont loin d'être gagnées. Ces combats méritent d'être connus, racontés et défendus. ».

 


Interrogée par le journal "Neuilly Journal" le 2 mars 2018, Monique Pelletier a rappelé le résultat de ses combats : « Nos actions ont facilité la vie des femmes même si elles n’étaient pas toujours spectaculaires. Nous avons obtenu que les veuves-divorcées puissent recevoir la réversion de la retraite de leur mari décédé au prorata des années de mariage, la Caisse d’allocations familiales se chargeant du recouvrement des pensions impayées. Nous avons créé le statut d’assistante maternelle, le statut de femmes de commerçants, artisans ou professions libérales ouvrant des droits à leur rémunération et à leur retraite. Je me suis aussi occupée des conditions de détention des femmes obtenant la possibilité pour une mère incarcérée de garder son enfant auprès d’elle jusqu’à ses 18 mois. Et puis j’ai mené deux grands débats : le premier portant sur la prorogation de la loi Veil de 1974, devenue définitive en 1979, le second sur le viol. En 1980 j’ai obtenu qu’il soit reconnu comme un crime, jusqu’alors ce n’était qu’un délit. ».

Dans "Le Monde" du 8 novembre 2018, Monique Pelletier, qui, après avoir aidé son mari pendant trente-six ans, souffre elle-même de handicaps moteurs, reprenait sa plume pour rendre prioritaire le chantier de la grande dépendance, en ayant une vision très précoce de ce qui allait devenir le scandale des EHPAD : « Tant de familles attendent que l'État cesse de laisser perdurer des situations trop souvent indignes. Les personnes âgées, victimes de maladies dégénératives, ne peuvent plus vivre seules. Elles sont devenues "dépendantes", c'est-à-dire privées d'autonomie. (…) On estime leur nombre à plus de 1 million en 2018, 1,6 million en 2030, soit 10% de leur classe d'âge, les plus de 85 ans. ». Elle a pointé du doigt la « facture demandée aux résidents et à leurs familles [qui] constitue un problème. En témoignent les énormes bénéfices de ces EHPAD privés, d'autant plus que tout y est rationné : le nombre des aides-soignantes est insuffisant. Chacune d'entre elles assure les soins de quatre résidents au moins et de dix, vingt, voire trente la nuit. Le temps des soins quotidiens consacrés à chaque résident ne dépasse pas dix minutes. Ils n'ont qu'une douche par semaine et quelques minutes de toilette les autres jours. Ajoutons que la somme allouée aux cuisiniers pour quatre repas par jour est rarement supérieure à 4 euros par résidents ! Ces carences graves expliquent les grèves inédites, en début d'année, de ces aides-soignantes qui ne peuvent dispenser les soins nécessaires et se sentent responsables de ces maltraitances. Ce régime accélère la mort des personnes dépendantes (en moyenne, deux ans après leur entrée), laquelle intervient souvent en service d'urgences hospitalières, faute de présence médicale dans l'établissement. Ces "maltraitances" ne sont pas acceptables. ».

Au-delà de son cri d'alarme (bien avant le scandale d'Orpea en 2022), Monique Pelletier parlait philosophie : « Le coût que présentent les personnes âgées dépendantes serait insoluble. Ce discours m'indigne, parce que la situation, issue de la démographie, est depuis longtemps prévisible. (…) Cette façon de traiter les personnes âgées comme une charge, un poids mort pour les générations futures, est insupportable. Disons-le haut et claire : les "vieux" sont les mal aimés de notre époque. Ils dérangent. À tel point qu'ils se sentent parfois coupables de vivre trop longtemps. Le taux de suicide chez les plus de 85 ans est deux fois plus élevé que chez les 25-44 ans. Les générations montantes ne pourront assumer seules la charge accrue qui se profile. Ce nouveau partage entre les générations est inéluctable. C'est une obligation salutaire, car elle nous contraint à envisager autrement la fin du parcours avec la participation de toutes les parties prenantes, y compris les personnes âgées. ».

Et de finir par sa situation personnelle : « Je souffre de handicaps moteurs que je maîtrise le moins mal possible. Très entourée par mes enfants, j'ai la chance de vivre une vieillesse heureuse et libre. Ce que je constate trop souvent autour de moi, c'est l'isolement et la désespérance de trop de personnes âgées. Cette injustice est indigne. ».

Ce combat pour la dignité des personnes très âgées, Monique Pelletier l'avait déjà porté lors de l'élection présidentielle de 2017 par une tribune publiée le 16 avril 2017 par le "Journal du dimanche" et intitulée "Les vieux, indignez-vous !". Investir, participer à la vie de la cité, circuler à Paris, communiquer sans ordinateur, etc., tout devient difficile pour les vieux : « Il est inadmissible que l'avancée en âge, étape naturelle de la vie, altère les droits, les devoirs, et, pire, la dignité de la personne. Le placement en EHPAD en est la plus criante illustration. (…) Qui aimerait finir sa vie dans un mouroir, où la maltraitance liée au manque de personnel est un risque réel ? Tous les jours, des "vieux" y souffrent alors que le maintien au domicile est moins onéreux que l'hébergement collectif. ». Et de préconiser quelques mesures simples : « amélioration de l'accès aux droits (allocation personnalisée d'autonomie) ; création d'un deuxième jour férié travaillé en plus du lundi de Pentecôte ; invention d'une profession de "généralistes" de l'aide à domicile, gratuite pour les plus démunis ; incitation à proposer de vraies assurances privées dépendance. (…) Mais l'essentiel est de modifier nos comportements à l'égard des "vieux". Et d'envisager les dernières années de vie avec les personnes âgées elles-mêmes. ».

Dans un reportage publié dans "Paris-Match" le 12 décembre 2017, la journaliste Virginie Le Guay décrivait Monique Pelletier ainsi : « Dans son appartement situé au dixième étage de cette résidence pour personnes âgées dans laquelle elle habite depuis trois ans, le temps ne semblait pas avoir eu prise sur elle. Alerte, vive, drôle, percutante, habillée d'un pantalon slim et d'une veste Roseanna (…), [elle] détonne malgré ses rides qu'elle ne cache pas. (…) Aucune tristesse pourtant chez cette passionnée qui envisage "paisiblement la mort". "Chaque année de plus est une année de moins". ». Aujourd'hui, une année de moins que le siècle, tout simplement. Bon anniversaire, Monique ! Tous mes vœux vous accompagnent.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Humaniste et féministe sans l'appellation.
Monique Pelletier.
Jean-Claude Gaudin.
Claude Malhuret.
Valéry Giscard d’Estaing.
Philippe de Villiers.
Jean-Pierre Soisson.
François Léotard.
Michel Poniatowski.
Jean-Pierre Raffarin.
Jean-Pierre Fourcade.
Jean de Broglie.
Christian Bonnet.
Gilles de Robien.
La France est-elle un pays libéral ?
Benjamin Constant.
Alain Madelin.
Les douze rénovateurs de 1989.
Michel d’Ornano.
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.











https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250725-monique-pelletier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/monique-pelletier-une-femme-en-261627

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/23/article-sr-20250725-monique-pelletier.html


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