« Ce qu'il faut abandonner, c'est l'approche tyrannique par laquelle on essaie de résoudre un problème social et médical. Nous, nous soutenons l'idée du volontarisme, de la responsabilité individuelle, de la famille, des amis, des églises pour résoudre les problèmes, au lieu de dire qu'un gouvernement monolithique va prendre soin de vous et faire de vous quelqu'un de meilleur. (…) Le gouvernement ne peut pas faire de vous quelqu'un de meilleur, il ne peut faire en sorte que vous preniez de bonnes habitudes. » (Ron Paul, le 4 juillet 1988).
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L'homme politique américain Ron Paul fête son 90e anniversaire ce mercredi 20 août 2025. C'est l'occasion de retracer le fil politique de Ron Paul dont le blog était parmi les plus actifs et les plus lus dans les années 2010.
Ron Paul, qui est à l'origine médecin (gynécologue), est un OVNI de la vie politique américaine. Il y en a beaucoup, d'OVNI politiques, pas de gynécos ! (et Donald Trump en fut même un), car un système bipartisan engendre nécessairement des électrons libres qui ne souhaitent pas se polariser selon l'un des deux camps, républicains et démocrates.
Très populaire sur Internet, la trajectoire électorale de Ron Paul montre que cette popularité n'est pas suffisante pour lever des foules, lever un peuple derrière soi, lever des électeurs. En ce sens, on pourrait le comparer à François Asselineau en France, mais ce serait très péjoratif pour Ron Paul qui mériterait une meilleure réputation quand même !
Ron Paul a tenté deux fois de se présenter à la Présidence des États-Unis, une fois en 2008 et une autre fois en 2012, mais à chaque fois, il s'est enlisé aux primaires républicaines malgré une belle popularité et d'abord, une belle notoriété. En fait, pour être exact, il a tenté trois fois, la première, c'était pour les élections présidentielles de 1988 où il représentait le parti libertarien (au lieu du parti républicain), un micro-parti qui n'a jamais pu percer.
Électoralement, Ron Paul a fait donc partie du camp républicain, ou était électron libre. Ainsi, il a été élu représentant des États-Unis, c'est-à-dire l'équivalent de député en France, dans une circonscription du Texas, d'avril 1976 à janvier 1977 (élu pour une fin de mandat), puis, après échec électoral en novembre 1976, réélection en novembre 1978, du janvier 1979 à janvier 1985 (il ne s'est pas représenté), puis réélu en novembre 1996 après avoir battu le représentant sortant républicain aux primaires républicaines, jusqu'à janvier 2013 (le mandat de représentant est de deux ans, soit renouvelé tous les deux ans). Tous ces mandats parlementaires ont été exercés par lui avec l'étiquette de républicain.
Mais est-il vraiment républicain ? C'est la vraie question, et son originalité politique, à savoir, son programme politique original, est une tradition aux États-Unis (au même titre que l'originalité d'un Donald Trump a déjà existé dans l'histoire des États-Unis).
En fait, son étiquette républicaine était surtout électorale, et donc opportuniste, en raison de l'organisation des primaires et des élections, mais lorsqu'il n'était pas en situation de mandat, il était libertarien. En quelques sortes, c'est la logique libérale poussée au maximum.
Ainsi, il y a des logiques, et plutôt acceptées par les Américains, qui est que l'individu puisse garder la plus grande liberté possible. Cela signifie que l'État soit le plus faible possible, ou plutôt, qu'il soit fort mais dans le moins de domaines possible et surtout pas pour la vie privée.
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Ron Paul a ainsi promu la vieille tradition isolationniste des États-Unis dans les relations internationales : le moins d'interventions possible signifie que son pays ne doit plus être le "gendarme du monde" comme c'est le cas depuis les deux guerres mondiales. C'est du reste la doctrine de Donald Trump, mais elle est en opposition totale avec les politiques extérieures des Présidents américains de la seconde moitié du XXe siècle et du XXIe siècle. Face à la Russie (soviétique avant, ou plus), Donald Trump se retrouve dans le contraire total de Ronald Reagan dont la fermeté a sans doute facilité la chute de l'URSS. Ron Paul s'est ainsi opposé à George W. Bush qui a fait la guerre en Irak.
C'est dans cette philosophie que Ron Paul a logiquement revendiqué le retrait des États-Unis de toutes les instances internationales, que ce soient des organisations de défense comme l'OTAN, économiques comme l'OMC ou encore politique, comme l'ONU. Selon lui, la liberté du citoyen américain ne devrait pas être limitée par des organisations qui n'émaneraient pas de lui.
Le retrait de l'OMC n'est pas, pour autant, comme ce serait le cas, éventuellement, pour Donald Trump, le résultat d'une volonté protectionniste. Au contraire, Ron Paul est contre toute intervention qui polluerait le libéralisme économique, la production, les échanges de biens et services. C'est pourquoi il est contre toute barrière douanière. Comme il était contre le Patriot Act après les attentats du 11 septembre 2001.
Taxes et impôts sont donc les ennemis de Ron Paul favorable à la suppression de l'impôt sur le revenu (rappelons qu'en France, le seul candidat à l'élection présidentielle qui a proposé la suppression de l'impôt sur le revenu était Jean-Marie Le Pen à la fin des années 1980). Cette idée est cohérente avec le désengagement de l'État fédéral dans de nombreux domaines, comme l'éducation (suppression du Ministère de l'Éducation, idée reprise par Elon Musk), et même de la CIA ! Les domaines d'intervention de l'État qui ne sont pas cités dans la Constitution des États-Unis doivent être supprimés, pour le candidat libertarien.
C'est le cas aussi pour tout ce qui est "sociétal" : Ron Paul considère que l'État fédéral ne devrait pas légiférer sur ces sujets (avortement, mariage pour tous, etc.) et devrait laisser les États le faire de façon décentralisée. Ce qui est étonnant, c'est que lui-même est contre l'avortement alors que les libertariens sont en général très libéraux également sur le plan sociétal. Il est aussi, comme une large majorité des Américains, favorable à la peine de mort mais il ne souhaite pas que l'État fédéral la prononce, il préfère laisser cette sentence aux États.
Très étrangement, Ron Paul est contre l'immigration et contre le droit du sol, alors que c'est pourtant une liberté individuelle de pouvoir aller et venir où bon il semble. Cette incohérence est d'ailleurs l'une des failles pour les libertariens en général qui sont très favorables à l'immigration. En ce sens, Ron Paul rejoint Donald Trump.
Comme on le voit, durant ses trois campagnes présidentielles et ses campagnes législatives, Ron Paul a développé des idées politiques assez originales bien que très ancrées dans la tradition américaine (l'individualisme avec un grand L, celui de la liberté). En cela, il est donc très différent de Donald Trump et de son protectionnisme qui ne raisonne que pour l'intérêt des grands groupes américains et pas forcément des citoyens eux-mêmes (malgré le vote populaire en 2024).
Ron Paul a réussi, par des moyens de communication virale, à avoir un écho beaucoup plus important que sa réelle représentativité électorale. Marginal, et aussi l'un des candidats les plus âgés dans des primaires présidentielles, Ron Paul a su, par son originalité, éveiller la curiosité des Américains et même au-delà. Pendant la crise sanitaire du covid-19, Ron Paul était même parmi ceux qui critiquaient toute mesure contraignante pour éviter la propagation de la pandémie. En ce sens, il était dans une logique libertarienne classique (pas d'intervention de l'État), et tant pis si les plus fragiles mouraient du coronavirus.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (16 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
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Sommet en Alaska : le guignol et le cynique.
Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250820-ron-paul.html
https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/ron-paul-etait-il-trumpiste-avant-261909
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/17/article-sr-20250820-ron-paul.html
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