« Cette nuit au moment où j’écris ces lignes, je suis abasourdi de cette terrible nouvelle, si subite. J’ai été son adjoint durant 14 ans, son premier adjoint pendant 6 ans. Je l’ai combattu, soutenu, estimé, apprécié et même parfois détesté mais j’ai toujours ressenti chez Didier une force de caractère hors du commun, une vision rare de l’avenir de Biarritz, une passion pour sa ville et un sens absolu de l’intérêt général. J’ai beaucoup appris à ses côtés. Biarritz a perdu celui qui fut un de ses grands maires et moi un des marqueurs, un des repères de mes près de 40 ans d’engagement public et, au delà des péripéties de la vie politique, un ami. » (Max Brisson, le 22 août 2024 sur Facebook).
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C'était il y a un an. L'émotion est venue du sénateur LR Max Brisson, professeur agrégé d'histoire, élu de Biarritz, actuel conseiller général des Pyrénées-Atlantiques et assez proche de François Bayrou. Le mercredi 21 août 2024, est mort à Bayonne l'ancien sénateur-maire de Biarritz, Didier Borotra, quelques jours avant ses 87 ans (il est né le 30 août 1937), des suites d'un AVC. Personnalité centriste très influente des Pyrénées-Atlantiques, Didier Borotra est connu pour avoir redynamisé la ville de Biarritz dont il fut le maire pendant vingt-trois ans. La journaliste Raphaëlle Gourin, pour décrire ses obsèques le 26 août 2024 dans le quotidien "Sud Ouest", résumait ainsi : « Entre vie publique et personnelle, c’est à la fois le politique brillant et le patriarche attaché à son cocon familial qui a été dépeint touche par touche pendant près de deux heures. ».
Didier Borotra était le frère jumeau de Franck Borotra qui fut ministre, député et président du conseil général des Yvelines. À la différence de son frère RPR proche de Charles Pasqua, Didier Borotra était membre du CD (Centre démocrate) puis du CDS (Centre des démocrates sociaux), parti composante de l'UDF, puis du MoDem. Le champion de tennis dans les années 1920 et 1930 (et ministre de Pétain) Jean Borotra (1898-1994) était leur oncle. En outre, Didier Borotra était l'oncle de l'actrice Claire Borotra (fille de Franck) et le beau-frère de Pierre Letamendia (1943-1995), politologue de Bordeaux très engagé dans la démocratie-chrétienne (CDS).
Biarritz, Bayonne et toute leur agglomération (dont Arbonne, Anglet, Saint-Jean-de-Luz, etc.) sont désormais (depuis 2017) regroupés dans la communauté d'agglomération du Pays Basque qui compte 320 000 habitants dans 158 communes. Depuis longtemps, dans cette zone-là, très touristique mais aussi très identitaire en terme territorial, la politique a souvent fait ménage avec le sport.
Dans ce territoire, se sont implantées plusieurs personnalités politiques nationales, en particulier Alain Lamassoure, Michel Inchauspé, Bernard Marie (arbitre de rugby), sa fille Michèle Alliot-Marie, Henri Grenet, son fils Jean Grenet, Jean-René Etchegaray, Jean-Pierre Destrade, etc. À eux, il faut ajouter un voisin, béarnais, François Bayrou qui était député des Pyrénées-Atlantiques et aussi président du conseil général de ce département.
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Didier Borotra a d'abord été élu maire d'Arbonne de mars 1971 à mars 1977 (Arbonne était le "fief" familial des Borotra). Il a également été élu conseiller général des Pyrénées-Atlantiques de 1973 à 1976 puis de 1982 à 1994.
En juin 1968 et en mars 1973, Didier Borotra a échoué aux élections législatives face au député UDR sortant Bernard Marie. Pour ces deux élections, il est arrivé en troisième position mais a pu rester présent au second tour malgré la présence du candidat socialiste, notamment Jean-Pierre Destrade en mars 1973 qui allait encore échouer en mars 1978 mais battre Bernard Marie en juin 1981 avec la vague rose en prenant Nicole Péry comme suppléante (cette circonscription, redécoupée en 1986, fut ensuite celle de Michel Inchauspé RPR de 1988 à 2002 puis celle de son suppléant Jean Lassalle UDF de 2002 à 2022). Dans son dernier mandat, de 1978 à 1981, la suppléante de Bernard Marie était sa fille Michèle Alliot-Marie. Bernard Marie en a voulu à Didier Borotra de ne pas s'être désisté en sa faveur dans sa circonscription en 1968 et 1973, au risque de faire élire un candidat socialiste.
En mars 1977, le sénateur-maire RI de Biarritz, Guy Petit, après trente et un ans de mandats, ne se représentait plus et a proposé à Didier Borotra, jeune maire de la commune limitrophe, de mener la campagne pour sa succession. Ce dernier a repris sur sa liste beaucoup des élus de Guy Petit. Contre lui, le député de la ville Bernard Marie a présenté une liste RPR et a largement gagné les élections. Pendant une trentaine d'années, Bernard Marie et Didier Borotra furent donc en complète rivalité, tant municipale que parlementaire, et se sont détestés.
Didier Borotra a donc été conseiller municipal d'opposition à Biarritz en 1977, puis a rejoint la majorité gaulliste en devenant le premier adjoint de Bernard Marie, maire RPR de Biarritz de mars 1977 à mars 1991. Didier Borotra est également devenu entre 1986 et 1991 le premier vice-président du conseil régional d'Aquitaine présidé par Jacques Chaban-Delmas, député-maire de Bordeaux (et Président de l'Assemblée Nationale). Il y était chargé des infrastructures, du tourisme, des relations avec la Communauté européenne et des relations avec les régions espagnoles.
En 1991, la majorité municipale UDF-RPR a éclaté sur la question du casino de Biarritz, ce qui a provoqué des élections municipales partielles. Bernard Marie, tête de liste RPR, a alors été battu en mars 1991 par son ancien premier adjoint Didier Borotra, à la tête d'une liste UDF ouverte au PS et aux nationalistes basques. Cette conquête a été un retournement en faveur du centriste dans leur rivalité. Didier Borotra a été réélu en juin 1995, mars 2001 et mars 2008.
Il a donc été maire de Biarritz de mars 1991 à mars 2014 (vingt-trois ans), et a retrouvé une majorité UDF-RPR (Max Brisson UMP a été son premier adjoint lors de son dernier mandat). Près d'un quart de siècle aux commandes de Biarritz. Le journal "Sud Ouest" l'a décrit comme celui qui « a dessiné le visage moderne de la cité balnéaire cossue ».
Indépendant politiquement, ce qui a sans doute inspiré François Bayrou un peu plus tard, Didier Borotra, devenu MoDem (après l'UDF), a eu du mal à organiser sa succession : à 76 ans, il ne s'est pas représenté en mars 2014, et sa majorité municipale s'est divisée, le MoDem Michel Veunac, qu'il soutenait officiellement en 2014 (mais pas en 2020), a battu l'UMP Max Brisson. En 2020, c'est la candidate LR Maider Arosteguy a qui a gagné (contre le maire sortant Michel Veunac).
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Interviewé par Stéphane Micoud le 20 septembre 2024 pour "La Semaine du Pays Basque", un mystérieux Monsieur X, qui connaît bien la vie politique à Biarritz, affirmait ainsi, sur ce que l'ancien sénateur-maire avait fait pour la ville de Biarritz : « Didier Borotra avait le sens de la prospective dès le départ. Il n’a rien raté ! Même la Cité de l’Océan qui a été un dossier plus délicat à mener fonctionne correctement aujourd’hui depuis qu’elle été regroupée avec le Musée de la Mer. Son redressement a d’ailleurs été l’une des réussites du mandat de Michel Veunac. Les infrastructures sont là désormais. À l’avenir, ce qui n’a pas pu être construit à Biarritz aura probablement des difficultés à l’être. Il y a de moins en moins d’argent aujourd’hui et les plans d’urbanisme permettent plus difficilement de construire de tels grands bâtiments. On ne pourrait plus aujourd’hui construire ce qu’on a construit à quelques centaines de mètres de la plage. Le bilan de Didier Borotra à la tête de Biarritz est totalement positif et incontestable dans ce domaine. Ce qui est intéressant c’est de se dire qu’il avait probablement une vision "supplémentaire" pour la suite et que l’on ne connaît pas vraiment. Cette vision n’a pas été portée par Michel Veunac, qui s’est pourtant longtemps présenté comme son dauphin. Didier Borotra l’a d’ailleurs, sinon combattu, du moins désavoué, et a par là même soutenu Nathalie Motsch en 2020. Il est ainsi allé dans des meetings contre son ancien poulain lorsque celui-ci était maire sortant. Mais c’est un peu comme Jean-René Etchegaray avec Jean Grenet [à Bayonne], Michel Veunac ne consultait pas Didier Borotra à tout propos une fois élu maire, et Borotra en était quelque peu mari… Sans jeu de mots ! (…) Didier Borotra a marqué une époque et l’époque s’est terminée avec lui. Mais Dieu merci, il a donné beaucoup d’avance à cette ville, ce qui fait que les maires suivants peuvent, dans un contexte aujourd’hui difficile, encore beaucoup surfer sur ce qui s’est fait. Ce que n’a peut-être pas su créer Borotra en revanche, et que n’a pas réussi à créer Michel Veunac, c’est le "vivre ensemble", le fait d’habiter cette ville qui est belle et bien équipée. Mais c’est aujourd’hui ce qu’est en train de réussir Maider Arosteguy. Quand on interroge les uns et les autres à Biarritz, même ceux qui n’ont pas voté pour elle, ils vous disent qu’elle est une maire qui a su recréer ce type de lien. C’est ce qui a fortement manqué dans les derniers mandats de Borotra et malheureusement que n’a pas su mettre en place Michel Veunac au cours de son mandat. (…) [Didier Borotra] avait une très grande culture politique, mais on ne lui connaissait pas une vraie passion personnelle pour les arts ou la littérature. En revanche, il a pensé qu’en plus d’une grande politique urbanistique pour une ville et pour une station balnéaire de premier plan, il fallait aussi se hisser au plus haut niveau culturel. Il a eu la chance d’avoir une personne à ses côtés : son ami d’enfance, Pierre Lefay, c’est d’ailleurs en revenant de l’hommage qui lui était rendu que Didier Borotra s’est senti mal et qu’il a été hospitalisé avant de décéder. Il a su orienter ses choix artistiques pour la ville de Biarritz. Didier Borotra a constitué un patrimoine de sculptures important et on ne peut pas dire qu’il a jeté l’argent par les fenêtres ! Il a su investir sur de grands artistes. Il a donc placé l’argent des Biarrots en quelque sorte. (…) C’est un grand maire. Il restera vraiment dans l’histoire de Biarritz. Il restera là où ne resteront pas Guy Petit ou Bernard Marie. Ça devait être sa préoccupation parce que, toujours avec cette dent très aiguisée, il a dit : "Michèle Alliot-Marie a fait une grande carrière politique mais il ne restera rien d’elle". Et vous voyez, je pense que pour Borotra, il restera très longtemps beaucoup de choses signées de lui à Biarritz, non seulement dans le bâti, mais aussi dans l’âme de la ville, qui n’était franchement pas jojo quand il est devenu maire en 1991. ».
Quant à sa succession : « Il a soutenu Michel Veunac face à Max Brisson sur le bout des lèvres, tout en disant à Max Brisson qu’il était le plus brillant des deux… Il a fait la politique de la terre brûlée, d’autant plus qu’il a annoncé vers le milieu de son dernier mandat qu’il ne se représenterait pas, ce qui a favorisé tous les coups bas dans l’équipe. Je suis persuadé qu’il y a plus de satisfaction chez ces hommes quand ils quittent le pouvoir, de voir un successeur qui ne réussit pas, plutôt qu’un dauphin qui soit à la hauteur. ».
Et à propos de sa retraite : « Il y a eu du temps passé devant les tribunaux avec au final une condamnation notamment pour ce qu’on a appelé l’affaire des procès verbaux de la ville de Biarritz. C’est une affaire un peu tirée par les cheveux, mais où il n’avait pas respecté la loi. Il s’est donc fait attraper. Tout cela a eu comme conséquence qu’il n’a pas reçu le titre de maire honoraire, qu’il aurait mérité plus que d’autres, ni la Légion d’honneur à laquelle il ne pouvait plus prétendre, contrairement à un Jean Grenet. (…) Il en était meurtri. C’est le revers de la médaille mais c’est comme ça… ».
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Par ailleurs, au-delà de son mandat de maire de Biarritz, Didier Borotra a été élu et réélu sénateur des Pyrénées-Atlantiques de septembre 1992 à septembre 2011 et s'est inscrit dans le groupe de l'Union centriste, membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Didier Borotra était ce qu'on appelait encore récemment un seigneur électoral, en pouvant cumuler des mandats locaux et nationaux, qui plus est sur une longue durée.
Et l'implacable Monsieur X était aussi capable de dire des vacheries sur le bilan de ces dix-neuf années de mandat sénatorial : « On n’en retient rien ! Il y avait eu un reportage télévisé où l’équipe le suivait dans les couloirs du Sénat. Et on le voyait qui n’arrivait pas à retrouver son propre bureau au palais du Luxembourg ! Le Sénat lui a servi avant tout à la promotion de Biarritz. Il a été une agence biarrote au restaurant du Sénat ! Il n’a pas travaillé en tant que sénateur. Il aurait travaillé, il aurait probablement été un très bon sénateur de haut niveau, comme l’est Max Brisson. ».
En fait, son vrai nom était plutôt Didier Biarritz !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (16 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Didier Borotra.
François Bayrou.
Jean-François Kahn.
Laurence Vichnievsky.
Monique Pelletier.
Olivier Falorni.
Claude Malhuret.
Henri Grouès.
Anne-Marie Comparini.
Marielle de Sarnez.
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