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28 août 2025 4 28 /08 /août /2025 04:24

« La question, elle est simple. Ma conviction, c'est qu'il est impossible de poursuivre ou de porter la politique de redressement du pays s'il n'y a pas un minimum d'accord sur l'importance de ce choix. Parce qu'on ne peut pas passer en force, et d'ailleurs je ne veux pas passer en force. Le gouvernement, dans ce moment, il n'est pas contre les Français, ou pour contraindre les Français. Le gouvernement, il est le défenseur des Français. » (François Bayrou, le 27 août 2025 sur TF1).





 


La question de confiance. Le mot question rappelle le mot torture. D'où le courage. Le Premier Ministre François Bayrou va-t-il souffrir longtemps ? Représentant du Président de la République Emmanuel Macron sur la planète gouvernementale, il est devenu, très naturellement, la cible de toutes les oppositions, pressées de conquérir le pouvoir, quitte à provoquer un chaos politique, économique, social, diplomatique, écologique, etc. durable.

En brandissant l'article 49 alinéa 1 de la Constitution, à savoir, en engageant la responsabilité de son gouvernement sur une déclaration de politique générale qu'il prononcera le lundi 8 septembre 2025 devant les députés, initiative confirmée au cours du conseil des ministres du 27 août 2025, François Bayrou a appuyé sur un bouton rouge de la dissuasion. Il n'y a pas beaucoup d'outils institutionnels pour permettre de reprendre l'initiative, et cet article en est un. Les députés de l'opposition sont ainsi dos au mur : choisiront-ils leur intérêt partisan, électoral, ou l'intérêt général, le bien commun des Français ?


Sauf que le Premier Ministre a sans doute surévalué ses capacités à tempérer les oppositions, en particulier auprès du PS et du RN (FI et EELV sont irrémédiablement perdus dans la volonté d'un totalitarisme conflictuel radicalisé). Pour pouvoir négocier sur le budget 2026 qui demandera la réduction de 43,8 milliards d'euros de déficit, il voulait d'abord se mettre d'accord sur le constat et sur l'objectif, cet objectif de réduction du déficit, avant d'aborder la très délicate question du comment.
 


Or, toutes les réactions des parlementaires sont hostiles, jusque dans sa propre "majorité", où Horizons semble réticent à "voter la confiance" et LR encore plus malgré l'encouragement du président de LR et ministre Bruno Retailleau à ne pas bloquer la situation.

L'arithmétique parlementaire de la XVIIe législature est absolument impitoyable à tous les gouvernements, quel que soit leur bord. Si tout le socle commun votait en faveur du gouvernement, cela apporterait 208 voix. Les oppositions intransigeantes de gauche apporteront, sans aucun doute, au minimum 126 voix contre. Il faut rajouter le bloc RN et alliés qui fait 139 voix, le PS 66 voix et il faudra prendre en compte l'impositionnable groupe LIOT 23 voix et les 12 non-inscrits. Le total est 574 et pas 577 car trois députés ont été invalidés et seront remplacés aux élections législatives partielles des 21 et 28 septembre 2025.

Si le RN et ses alliés votaient contre le gouvernement, cela donneraient 265 voix contre. Face aux 208 voix pour, cela signifierait pour le gouvernement qu'il faudrait trouver 57 députés socialistes, sur les 66, qui voteraient pour le gouvernement ! Et je ne parle pas de LIOT ni des non-inscrits. En clair, c'est mission impossible pour François Bayrou qui peut juste attendre qu'un miracle se réalise (un cierge à Lourdes, c'est de saison, peut être donc plus efficace qu'un bon discours).

 


La différence avec une motion de censure, c'est qu'il n'est pas nécessaire d'avoir 289 voix contre pour renverser le gouvernement, il suffit d'avoir plus de voix contre que de voix pour. Or, pour un député de l'opposition qui accepte la bienveillance pour ses intérêts bien compris (ne pas précipiter une nouvelle dissolution, par exemple), ne pas voter une motion de censure est facile à défendre devant ses électeurs, ce n'est pas voter pour le gouvernement. Or, ici, pour éviter la chute du gouvernement, il lui faudrait voter pour le gouvernement, ce qui pourrait lui être reproché lors de son renouvellement (en gros, devenir un social-traître).

On comprend donc que ce que demande François Bayrou aux députés PS, car, il ne faut pas se leurrer, c'est le PS qui était visé dans ses approches de négociations budgétaires, est quasiment insurmontable. Cela aurait été possible, à savoir leur demander de seulement s'abstenir (acte plus facile face à leurs électeurs), mais seulement si le RN aussi s'abstenait. Or, le RN est pressé. Il voudrait une dissolution, l'arrivée d'une majorité RN, un gouvernement RN, une loi pour amnistier Marine Le Pen et ainsi lui permettre de se présenter à l'élection présidentielle de 2027. Cet état d'esprit du RN était pourtant prévisible, cela fait des semaines qu'ils ont prévu de voter la censure en automne 2025.

Dans sa chronique du 26 août 2025 sur France Inter, l'éditorialiste politique Patrick Cohen n'était pas capable de qualifier l'initiative du centriste béarnais : « Tant qu’à partir, autant le faire la tête haute et le verbe clair. Et plutôt qu’une censure, par une autocensure. Cela s’appelle le panache. Mais les quinze jours qui viennent diront s’il s’agit d’un sacrifice ou d’une démission. D’un acte de courage ou d’un geste de découragement. Comment savoir ? Par les chances de succès de la manœuvre, qui pour l’instant, ne sont pas loin de zéro. Le courage suppose une part de risque, mais aussi les moyens de le déjouer. Sinon c’est un suicide. ». Avec ce constat terrible pour le Premier Ministre : « L’annonce surprise du vote de confiance n’a pas créé d’électrochoc. Et elle n’a pas atteint sa cible : le parti socialiste. ».

 


Mais au fait, les députés, le 8 septembre 2025, devront-ils voter pour ou contre quoi ? C'est la question, mais on sait aussi que ceux à qui on pose une question peuvent répondre à une autre question. C'est le cas souvent dans les référendums. Ce sera sans doute le cas ici.

C'est la raison pour laquelle François Bayrou a souhaité poursuivre sa communication politique en s'imposant au journal télévisé de 20 heures sur TF1 ce mercredi 27 août 2025 (qu'on peut lire et voir ici). L'idée, c'est de convaincre les Français pour faire pression sur les députés. Un JT est un peu plus audible qu'une conférence de presse en plein milieu d'après-midi en période estivale.
 


Et auprès du journaliste maison Gilles Bouleau, il a tenu à insister. Il n'a pas demandé la confiance aux députés de l'opposition, il a juste demandé leur accord sur le constat d'une situation de surendettement public et sur l'objectif de réduction de 44 milliards d'euros du déficit public : « La précision, c'est que c'est une déclaration de politique générale dans laquelle, ou par laquelle, le gouvernement s'adresse à l'Assemblée Nationale en lui disant "voilà la situation et voilà notre volonté". Et c'est sur ce bilan de la situation, ce constat de la situation, que les députés doivent voter. Et est-ce que cette situation est réelle ? Est-ce que c'est grave ? Et est-ce que c'est urgent ? (…) Je répète que "confiance" n'est pas le bon mot. Le vote qui va être émis est un vote pour que les parlementaires disent si oui ou non ils partagent le constat. ».

Après cette étape parlementaire, il pourrait négocier sur la manière de réduire le déficit en insistant sur le fait que tout resterait négociable : « Sur tous les sujets, je suis prêt à discuter, sauf sur un. C'est l'effort qu'on doit faire pour que la France choisisse la trajectoire de sortir du surendettement. Cet effort est conséquent. Je répète, on produit 50 milliards de richesse chaque année nouvelle et chaque année nous augmentons le déficit de 150 milliards. Quelle famille, quelle entreprise, quel garage ou quelle association peut réussir à vivre en créant chaque année trois fois plus de déficit qu'il n'a de ressources ? ».

Et de marteler : « Je dis une chose simple : est-ce qu'on s'accorde sur la gravité et sur l'urgence ? Est-ce que c'est vrai ce que je dis ? J'ai plusieurs fois lancé le défi à mes opposants de venir défendre une position contraire. Pour l'instant, je n'en ai pas entendu. La situation du pays, elle s'aggrave chaque année de manière insupportable. ».

Le problème, c'est que les députés de l'opposition veulent répondre à une tout autre question, comme l'a signalé Patrick Cohen dans sa chronique du 27 août 2025 sur France Inter, avant le passage de François Bayrou sur TF1 : « En réalité, la question posée ne sera pas : la dette, c’est grave ou pas grave ? Ce sera : Bayrou, stop ou encore ? C’est la logique de la procédure choisie : l’engagement de responsabilité, ce qu’on appelle le vote de confiance. ».
 


Restant dans sa logique du 25 août 2025, François Bayrou ne veut pas débattre des moyens de réduire le déficit, il veut débattre d'abord sur la réalité du surendettement. Ce qui lui a fait faire deux boulettes importantes ce mercredi soir.

D'une part, ce sera vite oublié mais cela peut laisser des traces de rancœur, en expliquant très maladroitement qu'il n'a pas encore consulté les chefs de parti (ce qu'il va faire à partir du 1er septembre 2025), François Bayrou a donné une mauvaise raison : « Ils étaient en vacances. (…) Écoutez, on ne va pas passer son temps à dire qu'est-ce que vous faisiez au mois d'août, parce qu'au mois d'août, ils étaient tous en vacances. Et que j'ai, d'une manière ou d'une autre, échangé directement ou par intermédiaire avec les uns ou les autres. Mais il y a une chose très simple. Si vraiment cette question de discuter ensemble est ouverte, je les reçois à partir de lundi. ». Marine Le Pen était furieuse de cette explication, d'autant plus qu'elle lui avait adressé une lettre le 25 juillet 2025 sur un plan B pour le budget et elle n'aurait même pas reçu un accusé de réception.
 


D'autre part, le chef du gouvernement n'a rien dit de plus sur les moyens de réduire le déficit, c'est-à-dire sur le plan budgétaire présenté le 15 juillet 2025. En particulier sur la très impopulaire suppression de deux jours fériés, il n'a fait aucune concession, aucune marche arrière même s'il a rappelé beaucoup trop vaguement qu'il était « prêt à discuter ». Pour permettre au PS de bouger ses lignes, ce dernier a besoin d'une raison pour garder la face, c'est-à-dire d'une concession du gouvernement. Or, François Bayrou voudrait réserver ces concessions après le vote du 8 septembre 2025. Cela risque d'être trop tard, un peu comme Michel Barnier a reculé bien trop tardivement sur la désindexation des pensions de retraites en décembre 2024.

François Bayrou est resté dans sa logique : « J'ai dit une chose simple. Nous n'avons pas ouvert de négociations parce qu'il y a une question à poser avant les négociations. C'est est-ce qu'on est d'accord sur la gravité et sur l'urgence des choses. Et si on est d'accord sur la gravité et sur l'urgence des choses, alors on ouvre des négociations, on a un mois après, avant la présentation du budget. On a tout à fait le temps de regarder les choses, et j'ai dit que j'étais prêt à examiner, mesure par mesure, comme on dit, décision par décision, la totalité de ce que nous avons annoncé. ».


Dans sa conclusion, François Bayrou a voulu faire prendre conscience de la gravité de la situation en se mettant en grand risque de se saborder lui-même, comme preuve d'intérêt national : « Et la seule chose qui m'intéresse, c'est que ceux qui nous écoutent prennent conscience de cette affaire. On ne peut rien faire sans les Français. On ne peut rien faire sans eux et on ne peut rien faire contre eux. C'est la raison pour laquelle, alors que tous les Français pensent que les hommes politiques, ce qu’ils veulent c’est durer, c'est rester à leur place, c'est profiter des privilèges… C'est la raison pour laquelle j'ai pris ce risque en disant c'est suffisamment grave pour que je vous dise, le gouvernement engage sa responsabilité. S'il est suivi, on ouvrira toutes les négociations nécessaires. S'il n'est pas suivi, il tombera. Mais nous aurons dit aux Français, sans la moindre ambiguïté, que c'est la vie de la nation qui est en jeu. (…) Je ne crois pas aux ruses. Je pense que le moment où on vit, le moment où le gouvernement dit "nous mettons en jeu l'existence même du gouvernement parce que les choses sont trop graves". (…) La responsabilité du gouvernement est de (…) montrer qu'on (…) ne défend pas d'intérêt particulier. Nous défendons l'intérêt général. (…) Je crois, moi, que la lucidité, c'est la première vertu d'une nation et la volonté de s'en sortir. ».
 


Le lendemain, ce jeudi 28 août 2025, le chef du gouvernement sera l'invité de l'université d'été du Medef. Il aurait alors une occasion en or de montrer sa crédibilité dans les négociations sociales en convainquant le Medef de finaliser l'accord sur les retraites. Car qui peut croire sérieusement qu'un prochain Premier Ministre serait plus capable que François Bayrou de trouver un accord sur le budget dans cette Assemblée archi-éclatée ? Son expérience, son habileté politique, sa modération, sa propension à chercher du consensus plaident encore pour lui.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
L'engagement total d'Emmanuel Macron.
La femme du Président.
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.




 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250827-bayrou.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-question-de-francois-bayrou-262853

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/27/article-sr-20250827-bayrou.html


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