« La social-démocratie, la collaboration de classes, est la seule solution courageuse. Car comprendre, c’est plus difficile que de combattre ou de dominer. Le vrai courage, c’est d’être ensemble. (…) Seule une social-démocratie adaptée au continent européen permettra de faire progresser notre société. » (Olivier Stirn en 1981).
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"Une certaine idée du centre" est un ouvrage politique qu'il a sorti en 1985 (chez Albin Michel). L'ancien ministre Olivier Stirn est mort ce jeudi 28 août 2025 à l'âge de 89 ans et demi (il est né le 24 février 1936). C'était une grande figure de la Cinquième République et en même temps, une sorte d'OVNI de la vie politique associé à la valse des étiquettes.
Membre de cabinets ministériels sous De Gaulle (il a notamment été le chef de cabinet de Jacques Chirac lorsque ce dernier était Secrétaire d'État à l'Emploi), il a été élu député à 32 ans et a été nommé ministre sous Georges Pompidou, sous Valéry Giscard d'Estaing et sous François Mitterrand. Il a même failli revenir encore sous Jacques Chirac !
Parlementaire assidu et combatif à l'Assemblée Nationale, il s'est particulièrement préoccupé, au sein du gouvernement, aux DOM-TOM, procédant à la départementalisation de Saint-Pierre-et-Miquelon et à l'indépendance des Comores (sauf Mayotte) et de Djibouti, et au Tourisme. Il fut implanté en Normandie, maire de Vire, dans le Calvados, conseiller général, parlementaire, puis il a essayé de s'installer dans la Manche, à Cherbourg.
J'ai évoqué assez précisément la carrière politique d'Olivier Stirn il y a quelques années. Ce qui a marqué, comme écrit plus haut, c'était la valse des étiquettes. Ses convictions étaient pourtant réelles : un attachement constant à la construction européenne, le sentiment que la France pourra garder sa puissance seulement au sein d'une Europe organisée et solide, et aussi la revendication d'un centrisme politique fort, qui soit indépendant des camps politiques. Il se revendiquait social-démocrate, et très étrangement, il a fait partie à peu près de tous les partis de gouvernement sauf du CDS, le Centre des démocrates sociaux (parti fondé par Jean Lecanuet et qui fut présidé par la suite par François Bayrou).
La liste des étiquettes donne le vertige : d'abord député gaulliste, étiqueté UDR en 1968, puis RPR. Social-libéral en 1977, dans un microparti qu'il a créé, puis en 1978, il s'est retrouvé radical au sein de l'UDF dans la nouvelle Assemblée entre 1978 et 1984. Avant la victoire de François Mitterrand, il a cherché à rencontrer le futur Président de la République. Pourquoi ? Pour lui assurer, le cas échéant, une place d'ouverture au même titre que Michel Jobert, alors que les sondages prédisaient la réélection de VGE ?
Olivier Stirn a pris réellement son risque politique aux élections européennes de juin 1984. Le mode de scrutin et le contexte européen (panne d'idée et de projet) étaient favorables, selon lui, à une liste centriste qui dépassait le clivage gauche/droite dans un pays particulièrement divisé par ce clivage politique. Lui, issu de la droite, s'est allié avec François Doubin, le patron du MRG (radicaux de gauche) et Brice Lalonde, de Génération Écologie (candidat des écologistes en 1981). À eux trois, au sein d'une liste qu'ils ont baptisée ERE (Entente radicale et écologiste pour les États-Unis d'Europe), ils ont rafraîchi la campagne européenne par une communication résolument tournée vers l'Europe et pas vers la politique intérieure française, avec des candidats plutôt jeunes.
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Toutefois, la situation politique intérieure était loin d'être porteuse d'une telle liste. La France était profondément divisée avec la volonté de revanche, à cause du projet d'interdire l'enseignement privé, si bien que des millions de manifestants protestaient contre la réforme Savary. En outre, Jacques Chirac, président du RPR, et Jean Lecanuet, président de l'UDF, ont conclu un accord pour présenter une liste commune UDF-RPR menée par Simone Veil, ancienne Présidente du Parlement Européen, malgré les différences d'approches politiques sur l'Europe, afin de rendre plus efficace leur opposition politique au gouvernement socialo-communiste. Le succès de la liste Veil (43,0%), remportant 41 sièges sur les 81 réservés à la France, ainsi que les débuts électoraux du Front national (l'extrême droite a fait jeu égal avec le parti communiste français), ont effacé tout espace politique pour la liste menée par Olivier Stirn qui n'a obtenu que 3,3%.
L'ancien ministre de droite Olivier Stirn a franchi le Rubicond pour les élections législatives de mars 1986 puisqu'il a quitté son étiquette UDF pour rejoindre celle du PS, alors même que le PS allait perdre ces élections. Néanmoins, réélu député PS en 1988, il a effectué un come-back au gouvernement de Michel Rocard dans le cadre de l'ouverture aux centristes (Michel Rocard ,n'ayant qu'une majorité relative à l'Assemblée, a beaucoup joué sur la bienveillance du groupe centriste appelé UDC, Union du centre). Pendant deux ans, il était donc ministre de l'ouverture et si cela a mal fini pour lui en 1990, c'était à cause d'une maladresse plutôt comique lors d'un colloque : il avait payé des figurants pour y assister et montrer une certaine participation. Après un nouveau passage à l'UDF puis au microscopique Mouvement des réformateurs créé par Jean-Pierre Soisson, Jacques Pelletier et Michel Durafour pour rassembler les ministres d'ouverture de centre droit, Olivier Stirn a adhéré à l'UMP en 2002, tout en tentant (depuis 1993), sans succès, un retour à l'Assemblée.
Cela ne l'a pas empêché en 1995 de soutenir la candidature de Jacques Chirac à l'élection présidentielle, puis de Nicolas Sarkozy en 2007. Pourquoi n'a-t-il pas soutenu François Bayrou en 2007 alors qu'il proposait justement un centre fort, déterminé, de conviction et, surtout, indépendant des deux grands partis de gouvernement qu'étaient le PS et le RPR puis l'UMP ? En tout cas, il a eu l'occasion de saluer la volonté politique de consolider l'Europe énoncée par Emmanuel Macron.
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En ces temps politiques très difficiles à cause d'une Assemblée éclatée en trois blocs qui sont incapables de s'entendre, l'enseignement d'Olivier Stirn qui avait théorisé la clef du vivre ensemble politique pourrait être utile. En 1981, il le disait très explicitement en soutenant une social-démocratie à la française qui n'a jamais pu percer : « La social-démocratie, la collaboration de classes, est la seule solution courageuse. Car comprendre, c’est plus difficile que de combattre ou de dominer. Le vrai courage, c’est d’être ensemble. (…) Seule une social-démocratie adaptée au continent européen permettra de faire progresser notre société. ». Cette phrase, le vrai courage, c'est d'être ensemble, illustre excellemment bien le courage politique actuel du Premier Ministre François Bayrou.
À la même occasion (en 1981), Olivier Stirn préconisait une candidature centriste à l'élection présidentielle, mais il n'a jamais soutenu celui qui s'y positionnait comme tel (Raymond Barre en 1988, François Bayrou à partir de 2002) : « Ni l’argent ni le pouvoir ne m’intéressent vraiment. Je ne désire qu’une chose : faire triompher les idées auxquelles je crois. Mon ambition est de susciter un grand mouvement centriste n’est pas un objectif personnel, vous savez. Bien sûr, il faudra un homme pour symboliser ce mouvement d’idées. Notamment aux présidentielles. ». Finalement, ce mouvement, cet homme, c'était Emmanuel Macron. RIP.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (29 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Olivier Stirn.
Vœux 2021 d’Olivier Stirn (vidéo à télécharger).
Les girouettes ne font pas le printemps.
Lionel Stoléru.
Jacques Pelletier.
Édouard Bonnefous.
Bernard Tapie.
Michel Durafour.
François Doubin.
Georges Clemenceau.
Édouard Daladier.
Félix Gaillard.
Georges Mandel.
André Rossinot.
Les Radicaux en marche vers l’Europe.
Laurent Hénart en 2019.
Le Manifeste européen du Mouvement radical adopté le 6 février 2019 (à télécharger).
L’unité des radicaux.
La famille centriste.
La défense de la laïcité.
Laurent Hénart en 2014.
Jean-Louis Borloo.
Programme de Sylvia Pinel.
Jean-Michel Baylet.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Françoise Giroud.
Robert Fabre.
Jean Moulin.
Maurice Faure.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Pierre Mendès France.
Jean Zay.
Jules Jeanneney.
René Cassin.
Joseph Caillaux.
Jean-François Hory.
Évelyne Baylet.
Yves Jégo.
Rama Yade.
Christiane Taubira.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250828-olivier-stirn.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-stirn-une-certaine-idee-du-262900
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/29/article-sr-20250828-olivier-stirn.html
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