« J’essaie d’acheter les actions d’entreprises si merveilleuses qu’un idiot pourrait les gérer. Parce que tôt ou tard, cela arrivera. » (Warren Buffett).
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L'investisseur américain Warren Buffett va atteindre ses 95 ans ce samedi 30 août 2025. Il est né dans le Nebraska (à Omaha, la plus grande ville de cet État), toujours actif, dirigeant la société Berkshire Hathaway depuis 1965 (CEO depuis 1970). L'argent, visiblement, fait durer. Il a d'ailleurs annoncé le 3 mai 2025 qu'il se retirerait à la fin de l'année, prévoyant déjà son successeur (son bras droit Charlie Munger depuis 1978 est mort il y a un peu moins de deux ans à un mois de ses 100 ans).
Je l'ai présenté comme "investisseur" mais il est plutôt connu comme un milliardaire, et pas n'importe lequel, à part une courte période juste avant la crise de 2008 où il était l'homme le plus riche du monde, il a été longtemps le deuxième homme le plus riche du monde, supplanté par Bill Gates (devenu son ami et pour la fondation duquel il a légué une partie de sa fortune, 37 milliards de dollars, en 2006). Maintenant, il est dépassé, ils sont dépassés par les princes des nouvelles technologies, comme Elon Musk, Jeff Bezos, etc.
Bill Gates et Warren Buffett sont des amis depuis 1991 (et jouent volontiers au bridge ensemble). Le patron de Microsoft disait de Warren Buffett le 5 février 1996 dans "Fortune" : « Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui ait une vision aussi limpide du monde des affaires. ». Et Warren Buffett disait de Bill Gates : « [Il] pourrait faire ce que je fais… mais je ne pourrais pas faire ce qu'il fait ! ».
La fortune de Warren Buffett est évaluée par le magazine "Forbes" à 129 milliards de dollars en novembre 2024, ce qui le place encore dans le top 10 des hommes les plus riches de la planète. L'époque est aux milliardaires qui gagnent, quitte à être cyniques. Il est loin le temps de l'esprit, de la poésie, etc. La réussite se chiffre plus aisément en dollars qu'en indulgences !
Le parcours de Warren Buffett est intéressant car même s'il est bien né (son père aussi était investisseur et a été élu député), il doit sa fortune énorme (ce n'est pas un millionnaire, si je paraphrasais François Bayrou qui a un peu de mal avec les milliards, il possède 129 000 millions de dollars !), il doit sa fortune énorme à lui-même, à son sens des affaires, et aussi à sa patience. Attention, l'estimation de la fortune des milliardaires est toujours sujette à caution. Elle est loin l'image d'une piscine remplie de billets et de pièces d'or comme chez Picsou : la fortune, c'est la capitalisation, à un instant t, de l'ensemble de leurs participations dans des (grosses) entreprises. Elle n'est donc pas directement "liquéfiable" et le montant tient surtout à du virtuel, qui peut varier comme les cours de la bourse (d'où des oscillations pour les estimations, ce qui a valu à Bernard Arnault en 2022 la première place, rare pour un Français).
La carrière d'une personnalité politique se résume souvent à une succession de mandats électoraux. Celle d'un milliardaire peut se résumer par la courbe fortune en fonction du temps. Dans un portrait publié par Antoine Ambert le 10 juin 2025 sur le site finance-heros.fr, une telle courbe a été proposée où l'on voit que Warren Buffett a obtenu son premier million de dollars à l'âge de 30 ans, ses 10 millions de dollars à 37 ans. À 52 ans, sa fortune valait 376 millions de dollars (ce qui est déjà largement convenable !). À 53 ans, presque le double, 620 millions de dollars. À 56 ans, le milliard a été dépassé avec 1,4 milliard de dollars. À 59 ans, 3,8 milliards de dollars. Mais ce sont les trente dernières années qui ont le plus "capitalisé" : 17 milliards de dollars à 66 ans, 36 milliards de dollars à 72 ans, 58,5 milliards de dollars à 83 ans. 87;5 milliards de dollars à 90 ans. Enfin 129 milliards de dollars à 94 ans.
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La courbe n'est pas forcément uniforme. À 78 ans, en 2008, il a été l'homme le plus riche du monde avec environ 65 milliards de dollars, mais la crise de 2008 a réduit sa fortune de moitié (37 milliards de dollars en 2009). Mais celle-ci ensuite a retrouvé sa croissance (73,8 milliards de dollars en 2014). Cette remontée provient de l'achat systématique de nombreux titres dont le cours s'était effondré en 2008, et du non-achat de titres de start-up dans les nouvelles technologies à la fin des années 1990 dont certaines ont disparu dix ans plus tard.
Warren Buffett est un investisseur de l'ancienne école. Il n'est pas de ces spéculateurs qui vont investir sur le logiciel qui permet d'acheter et de vendre des actions en quelques picosecondes. Il est au contraire un promoteur du conservatisme dans sa version financière, une patience et une sagesse : lorsqu'il acquiert des titres, il ne compte pas les revendre avant plusieurs années, il se pose d'ailleurs toujours la question : les achèterais-je toujours si la bourse fermait pendant cinq ans ? Et même au-delà, il ne revend pas quand l'action monte énormément. Il est dans des investissements de longue durée (ce qui favorise l'économie réelle, l'industrie par exemple, avec son cycle d'innovation). J'imagine qu'il a dû garder son sang-froid pour ne pas foncer dans la vente de titres en fonction des oscillations du système.
En outre, se méfiant des révolutions technologiques qui peuvent retourner des marchés, Warren Buffett n'a jamais investi que dans des activités qu'il comprenait et dont il connaissait le type de management, les personnes, les produits, etc.
L'un des atouts de Warren Buffett, c'est le contrôle émotionnel. Cité dans un article de Brian O'Connell publié le 29 août 2025 sur le site Quartz, David I. Kass, professeur de finance à l'Université du Maryland, a décrit ainsi le milliardaire : « Buffett a dit que ce qui différencie les investisseurs prospères des autres est le tempérament pour ne pas paniquer et vendre lorsque les actions chutent rapidement, ni devenir euphorique et acheter lorsqu'elles montent brusquement. (…) Buffett a démontré le contrôle émotionnel nécessaire pour réussir. (…) Par exemple, pendant la crise financière de 2008, il est devenu effectivement le prêteur de dernier recours pour Goldman Sachs et General Electric, et plus tard en 2011, Bank of America. ».
Parmi les acquisitions ou les participations de Warren Buffett, on peut citer (sans être exhaustif) : Bank of America, "Washington Post", Duracell, IBM, Apple, Geico, Procter & Gamble, Coca Cola, Gillette, HP, Citigroup, General Motors, Paramount, Visa, Mastercard, American Express, Amazon, Johnson & Johnson, etc. Un porte-feuille de plus de 350 milliards de dollars en 2023.
Tous ses investissements se font à partir de son entreprise mère, Berkshire Hathaway, qui, à l'origine, était une entreprise de fabrication textile qu'il a acquise en 1965 et qui est devenue son outil d'investissement, qui peut faire appel à des investisseurs privés (ses actionnaires, ses clients). Warren Buffett refuse d'investir s'il ne sent pas le marché, si bien que sa société peut avoir beaucoup de liquidités qu'elle n'utilise pas immédiatement mais immédiatement mobilisables.
Ainsi, selon un article de Marc Tempelman, expert du financement bancaire, publié le 26 février 2024 sur son site Cashbee, à la fin de l'année 2023, Berkshire Hathaway disposait de 168 milliards de dollars de liquidités qu'il ne voulait pas réinvestir faute d'opportunité intéressante. Alors, une (petite) partie est allée à ses actionnaires, sous forme de rachat d'actions, et l'autre partie génère des intérêts sans risque, ici, de l'ordre de 115 millions de dollars par semaine. Cela lui permet de disposer de montants élevés très rapidement en cas d'opportunité.
Et l'article, qui a pour but le conseil à l'investissement, de poursuivre : « Cela peut ressembler à enfoncer une porte ouverte. Mais ce principe est plus subtil qu’il ne semble. Nous sommes nombreux à avoir investi dans des projets que nous savions à très hauts risques, dans l’espoir de gains substantiels. Que ce soit dans la prise de participations dans des start-up, ou l’investissement en crypto-devises, c’est l’attrait d’une possible multiplication de la mise initiale qui motive la décision d’y aller. Buffett évite de faire ce type de placement, hautement spéculatif. Il souligne qu’il suffit qu’un ou deux placements de ce type aillent au tapis pour que la performance financière d’un portefeuille d’investissement soit sévèrement affectée dans son ensemble. Il reconnaît que son approche prudente lui fait passer à côté de nombreuses opportunités. Mais si cela lui permet d’éviter les mines, et de bien dormir la nuit, cela lui convient. ».
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Warren Buffet suit aussi cette formule shakespearienne : « Be greedy when others are fearful, be fearful when other are greedy » [Soyez cupide quand les autres ont peur, mais faites attention quand les autres sont cupides]. Effectivement, lorsque les cours de la bourse se sont effondrés en 2022, lui a joué à la hausse, il a racheté pour 50 milliards de dollars d'actions à leur plus bas cours, ce qui lui a permis d'acquérir des participations d'entreprises solides à bas coûts. Mais attention, cela fonctionne à condition de ne pas les revendre à la moindre hausse des cours. Marc Tempelman a résumé ainsi la démarche du milliardaire : « Lorsqu’il identifie une belle entreprise qu’il peut acheter à un prix honnête, il souhaite la détenir à jamais. L’achat d’entreprises pour ensuite en stimuler le développement au cours du temps est son cœur de métier. La gestion de son portefeuille d’actions est une activité gigantesque, mais annexe ! ».
Parmi les conseils du milliardaire, il y a les fameux intérêts composés qu'on peut connaître dès l'adolescence avec un Livret A : son conseil est de remiser les intérêts obtenus avec un capital dans le capital, si bien que l'année suivante, cela produit des intérêts sur les intérêts de l'année précédente, et ainsi de suite. Par exemple, pour un placement de 10 ans à 5% par an, une somme investie de 1 000 euros se transformera à 1 500 euros sans réinjecter les intérêts au fil des années, et 1 629 euros avec les intérêts composés (soit près de 26% de plus sur 10 ans).
Un aparté : j'ai recherché sur Google une calculatrice rapide pour calculer les intérêts composés (ce n'est pas compliqué) et, sur le premier site venu, l'un des liens publicitaires propose, alléchant : « Construisez votre empire dès aujourd'hui. ». Eh oui ! Beaucoup veulent devenir des Warren Buffett bis. On voit qu'avec l'argent, c'est comme le vote, beaucoup peuvent croire au père Noël !
Considéré comme un modèle de self-made man, le milliardaire, qui a acquis sa fortune par sa seule perspicacité, est donc devenu très populaire auprès des investisseurs novices qui souhaiteraient l'imiter (pour construire leur empire dès aujourd'hui !). Il délivre ainsi régulièrement des conseils aux apprentis de la bourse et se montre souvent modeste, éloigné des paillettes et du bling-bling (il ne se donne "que" 100 000 dollars de revenus par an). Il a des enfants, mais ils n'hériteront pas de la totalité de sa fortune. Son intention, c'est de léguer 99% (ou 85%, selon les sources) de sa fortune à des œuvres de bienfaisance. Cela leur laissera encore une somme très confortable.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (30 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Warren Buffett.
Elon Musk.
Yvon Gattaz.
Comment créer les emplois de demain ?
Vite et bien !
François-Xavier Ortoli.
Gilberte Beaux.
Carlos Tavares.
Carlos Ghosn.
Bernard Madoff.
Jacques Séguéla.
Gustave Eiffel.
Francis Mer.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250830-warren-buffett.html
https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/warren-buffett-acheter-et-262064
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/29/article-sr-20250830-warren-buffett.html
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