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23 septembre 2025 2 23 /09 /septembre /2025 04:39

« Une vie vaut une vie. Et notre devoir à tous est de protéger les uns et les autres, devoir indivisible, comme l’est notre humanité commune. (…) Le temps est venu. C’est pourquoi, fidèle à l’engagement historique de mon pays au Proche-Orient, pour la paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien, je déclare que la France reconnaît aujourd’hui l’État de Palestine. Cette reconnaissance est une manière d’affirmer que le peuple palestinien n’est pas un peuple en trop. (…) La reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien n’enlève rien aux droits du peuple israélien, que la France a soutenus dès le premier jour et au respect desquels elle n’est pas moins attachée. Précisément car nous sommes convaincus que cette reconnaissance est la solution qui seule permettra la paix pour Israël. Jamais la France n’a manqué à Israël quand sa sécurité était en jeu, y compris face aux frappes iraniennes. » (Emmanuel Macron, le 22 septembre 2025 à la tribune des Nations-Unies à New York).





 


Incontestablement, c'est bien un moment de l'histoire du monde qui s'est déroulé ce lundi 22 septembre 2025 dans la soirée (vers 21 heures, heure de Paris) à la tribune des Nations-Unies à New York. Un moment d'émotion et un moment d'ovation pour la plupart des pays du monde, rappelant à quel point la France compte au niveau international. Comme promis il y a quelques mois, par la voix de son Président de la République Emmanuel Macron (dont on peut lire le discours dans son intégralité ici), la France a reconnu l'État de Palestine, en marge de la 80e session annuelle de l'Assemblée générale de l'ONU.

À cette occasion, Emmanuel Macron a coprésidé, avec le prince héritier et Premier Ministre d'Arabie Saoudite, Mohammed Bin Salman, la Conférence pour la mise en œuvre de la solution à deux États et le règlement pacifique de la question palestinienne. La France suit la reconnaissance faite la veille, le 21 septembre 2025, du Canada, de l'Australie, du Portugal et du Royaume-Uni (et en 2024, celle de l'Espagne, de l'Irlande, de la Norvège, de la Slovénie). Elle a été suivie aussi par la Belgique, le Luxembourg, Andorre, Malte, Monaco, Saint-Marin.


Pour le chef de l'État, cette reconnaissance, il ne s'agit pas de donner un quitus au mouvement terroriste du Hamas. Au contraire, selon lui : « Cette reconnaissance de l’État de Palestine est une défaite pour le Hamas comme pour tous ceux qui attisent la haine antisémite, nourrissent des obsessions antisionistes et veulent la destruction de l’État d’Israël. ».

D'ailleurs, la première phrase du discours d'Emmanuel Macron était tournée vers les victimes israéliennes du Hamas : « Le temps est venu de libérer les 48 otages détenus par le Hamas. ». Mais dans la deuxième phrase, reprenant le concept du "en même temps" à la sauce internationale, qu'on peut discuter évidemment, Emmanuel Macron a poursuivi : « Le temps est venu d’arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et les populations en fuite. ».

 


Le Président français a considéré qu'il fallait maintenant forcer la main d'Israël pour mettre en place les conditions d'une paix durable. Réclamant un cessez-le-feu immédiat à Gaza, il a insisté : « Rien, rien ne justifie plus la poursuite de la guerre à Gaza. Rien. Tout commande au contraire d’y mettre un terme définitif maintenant, à défaut de l’avoir fait plus tôt. Pour sauver des vies. Les vies des otages israéliens encore détenus dans des conditions atroces. Les vies des centaines de milliers de civils palestiniens accablés par la faim, la souffrance, la peur de mourir, le deuil de leurs proches. Sauver toutes les vies. Car depuis désormais près de deux ans, c’est bien la négation de l’humanité de l’autre et le sacrifice de la vie humaine qui prévalent. Oui, depuis le 7 octobre, c’est bien la vie de l’autre qui est niée. ».

Et c'est d'abord le pogrom du 7 octobre 2023 qui était en priorité à l'esprit du chef de l'État : « C’est l’évidence même qui s’est imposée à nous le 7 octobre 2023, lorsque le peuple israélien a subi la pire attaque terroriste de son histoire. 1224 hommes, femmes et enfants tués. 4834 hommes, femmes et enfants blessés. 251 hommes, femmes et enfants enlevés. La barbarie du Hamas et de ceux qui ont collaboré à ce massacre a stupéfait Israël et le monde. Le 7 octobre est une blessure encore vive pour l’âme israélienne comme pour la conscience universelle. Nous la condamnons sans aucune nuance car rien, jamais, nulle part, ne peut justifier de recourir au terrorisme. Nous pensons en ce jour, aux victimes et à leurs familles. Nous disons notre compassion aux Israéliens et exigeons avant toute autre chose que tous les otages encore détenus à Gaza soient libérés sans aucune condition. Nous, Français, avons rendu un hommage national à nos 51 compatriotes assassinés ce jour-là, et à toutes les victimes du 7 octobre 2023. Nous ne les oublierons pas. Jamais. Comme jamais nous ne cesserons le combat existentiel contre l’antisémitisme. ».

 


Emmanuel Macron a renoncé aux conditions préalables qu'il avait posées avant l'été pour reconnaître l'État de Palestine, à savoir notamment la libération des otages israéliens. Il a imaginé au contraire de presser le pas diplomatique pour avoir une incidence sur les interventions militaires. Il espère ainsi débloquer une situation politiquement bloquée en Israël.

Pour le leader européen, la paix ne peut venir que d'une reconnaissance mutuelle : « Une solution existe pour briser le cycle de la guerre et de la destruction. C’est la reconnaissance de l’autre, de sa légitimité, de son humanité et de sa dignité. Que les uns et les autres rouvrent les yeux et voient des visages humains là où la guerre a placé le masque de l’ennemi ou les traits d’une cible. C’est la reconnaissance qu’Israéliens et Palestiniens vivent dans une solitude jumelle, solitude des Israéliens après le cauchemar historique du 7 octobre 2023, solitude des Palestiniens à bout de force dans cette guerre sans fin. ».
 


Mahmoud Abbas, le vieillissant Président de l'Autorité palestinienne (90 ans), qui n'avait pu se rendre sur place parce que Donald Trump lui a refusé le visa diplomatique, a applaudi Emmanuel Macron de loin malgré l'idée qu'il faudra se remettre en cause, comme ce dernier l'a affirmé : « [Mahmoud Abbas] a affirmé son soutien au désarmement du Hamas et s’est engagé à l’exclure de la gouvernance à venir de Gaza comme de l’ensemble du territoire palestinien. Il a affirmé son engagement à lutter contre les discours de haine et a promis une rénovation en profondeur de la gouvernance palestinienne. La France sera attentive à la pleine mise en œuvre de chacun des engagements pris auprès d’elle. Cette Autorité palestinienne renouvelée est une condition nécessaire à la réussite de l’indispensable négociation qu’il faudra reprendre pour parvenir à un accord sur chacune des questions relatives au statut final. C’est dans ce cadre, aussi, que je pourrai décider d’établir une ambassade auprès de l’État de Palestine, dès lors que tous les otages détenus à Gaza auront été libérés et qu’un cessez-le-feu aura été établi. ».

Adressé à nos amis israéliens, Emmanuel Macron a rappelé l'un de ses hommes d'État, Yitzhak Rabin, avec émotion : « Je sais leurs réticences et leurs craintes. J’entends avec beaucoup de respect le peuple israélien, sa tristesse et sa fatigue, et je veux croire que les autorités israéliennes l’entendront également et sauront s’engager à leur tour. Je sais que le peuple israélien et ses dirigeants peuvent en avoir la force. Je me souviens du jeune homme que j’étais, apprenant l’assassinat terrible d’Yitzhak Rabin, il y a près de trente ans, tué pour avoir voulu la paix. Au moment où la mort allait le ravir, le guerrier héroïque de l’État d’Israël venait de prononcer ces mots : "J’ai fait la guerre aussi longtemps qu’il n’y avait aucune chance de faire la paix". Cette chance existe là aujourd’hui. 142 États proposent cette paix, main tendue prête à être serrée. Alors, oui, le temps est venu d’arrêter la guerre à Gaza, les massacres, la mort, tout de suite. L’urgence nous le commande. Le temps est venu pour Israël de vivre en paix et en sécurité. ».

J'ai déjà exprimé mes réticences sur cette reconnaissance de la France de l'État palestinien. Mais il faut aussi croire au volontarisme car rien n'aurait été construit sans celui-ci. Dans l'histoire du monde, il existe des petits moments d'opportunité pour construire une paix durable. Ils sont rares mais intenses. Celui-ci, celui du 22 septembre 2025, en fait partie. À Israël de savoir saisir cette occasion. Et aux Palestiniens d'en être dignes.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La France reconnaît l'État de Palestine aux Nations-Unies.
Discours du Président Emmanuel Macron le 22 septembre 2025 à New York (texte intégral et vidéo).
L'État palestinien peut-il être viable ?
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Georges Ibrahim Abdallah.
Make Iran Great Again ?
Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
Mahmoud Abbas.
7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
Les Accords d'Oslo.

 


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250922-macron-palestine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-france-reconnait-l-etat-de-263385

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/22/article-sr-20250922-macron-palestine.html


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