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26 septembre 2025 5 26 /09 /septembre /2025 04:59

« Ceux qui me haïssent à ce point pensent m'humilier ; ce qu'ils ont humilié, aujourd'hui, c'est la France, c'est l'image de la France. Et si quelqu'un a trahi les Français, ce n'est pas moi. C'est cette injustice invraisemblable à laquelle vous venez d'assister. » (Nicolas Sarkozy, le 25 septembre 2025 à Paris).




 


L'annonce de la condamnation à cinq ans de prison ferme avec exécution provisoire sans attendre le jugement en appel qui a été faite contre Nicolas Sarkozy le 25 septembre 2025 vers 13 heures par la présidente du tribunal judiciaire de Paris a fait trembler les institutions françaises. Six ans exactement après la mort de son prédécesseur Jacques Chirac, premier ancien Président de la République à avoir été condamné par la justice.

Qu'on aime Sarkozy ou pas, le sujet n'est pas là, et ceux qui, aujourd'hui, par esprit partisan, se réjouissent de la condamnation de l'ancien Président de la République pourraient plus tard en être aussi des victimes. Il y a un véritable drame qui s'est joué ce jeudi, un drame humain bien sûr, un homme jeté en prison, ou plutôt, un septuagénaire qui va prendre rendez-vous le 13 octobre prochain pour discuter des conditions de son incarcération, mais aussi un drame politique et même un drame institutionnel.
 


Dans un pays qui n'a plus de gouvernement depuis seize jours, qui n'a pas de majorité à l'Assemblée, qui n'a pas encore de perspective de budget pour 2026, qui n'a plus la clef politique pour résoudre ses problèmes, mettre un ancien Président de la République est une actualité complètement invraisemblable.

On nous dit sans cesse qu'il ne faut pas discuter d'une décision de justice, que le respect de la démocratie, c'est aussi le respect de sa justice. Mais justement, que faut-il penser quand la justice ne se fait plus respectable ? Y croire toujours, au point d'être un optimiste forcené malgré les évidentes partialités des juges ? Ou considérer que tout est politique et qu'il va falloir batailler politique ? C'est le risque. Le risque de sombrer dans une sorte de trumpisme.

Les juges, trop gourmands de leurs pouvoirs, indéboulonnables, jamais sanctionnés (voir les suivis de carrière malgré l'affaire Grégory, ou l'affaire d'Outreau), ont à l'évidence repris leur revanche sur la classe politique. Dans les années 1970, 1980, et même 1990, les juges étaient directement manipulés et manipulables par les politiques, et l'impunité de la classe politique allait de paire avec son caractère sacré.

En voulant jeter un ancien Président de la République en prison, sans raison évidente, sans logique évidente sinon celle de l'acharnement, la justice a définitivement désacralisé une classe politique pourtant déjà largement désacralisée par le peuple lui-même. Nicolas Sarkozy représente la cible idéale : le représentant suprême de la classe politique (du moins survivant, on aurait pu aussi choisir Jacques Chirac), mais également le représentant d'un camp politique, la droite décomplexée, qui paraît être l'adversaire de classe d'une majorité des juges (voir le mur des c@ns d'un syndicat très fréquenté), et enfin, la personnalité même de Nicolas Sarkozy, très clivante, qui avait souvent dévalorisé la fonction de juge, et en est devenu leur faiseur de misère.

 


Comme le dit Nicolas Sarkozy, qui n'a toujours pas compris : « Pas de financement illégal de ma campagne, pas d'enrichissement personnel. Et la conclusion qu'en tire le tribunal, c'est que je dois passer cinq années en prison. Et alors même qu'on connaît mon adresse, qu'on peut me reconnaître dans la rue, que j'ai assumé toutes mes responsabilités, le tribunal prononce l'exécution provisoire pour me voir dormir en prison le plus tôt possible. Je demande aux Français, qu'ils aient voté ou non pour moi, qu'ils me soutiennent ou non, d'apprécier ce qui vient de se passer. La haine n'a donc décidément aucune limite. ».

C'est avec beaucoup d'émotion non feinte que Nicolas Sarkozy, connaisseur des tactiques de communication efficace, s'est victimisé. Pour lui, seule la haine contre lui peut expliquer ce complot, il ne dis pas ce mot mais tout le monde y pense, des juges contre sa personne, ce redoutable acharnement qui lui a pourri déjà douze ans et demi de sa vie. Car après tout, ce qui a mis en branle toute cette affaire, c'est un document diffusé par Mediapart et qui a été considéré comme un faux par la justice : « Le tribunal a été plus loin en déclarant solennellement que le document Mediapart qui était à l'origine de cette procédure, était, je cite, un faux. ». Rien ne tient.

Comme pour l'affaire Bismuth, les condamnations prononcées contre Nicolas Sarkozy proviennent d'une intentionnalité prêtée à lui, très sur-interprétable, et sans aucune preuve formelle, aucun fait avéré. Ce n'est pas l'intime conviction qui doit guider le juge, c'est l'idée que le doute doit toujours profiter au prévenu : il vaut mieux laisser un coupable en liberté que condamner un innocent. Certains, à l'extrême gauche, sourient de cet arroseur arrosé : combien de fois Nicolas Sarkozy clamait-il, dans son ancienne vie, pour la tolérance zéro, l'impunité zéro, les peines planchers, la sévérité accrue des juges toujours trop laxistes ?

Et Nicolas Sarkozy a clamé haut et fort son innocence, à deux reprises : « J'assumerai mes responsabilités. Je déferrerai aux convocations de la justice. Et s'ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison, mais la tête haute. Je suis innocent. Cette injustice est un scandale. Je ne m'excuserai pas de quelque chose que je n'ai pas fait. Naturellement, je ferai appel. Sans doute devrais-je comparaître les menottes aux mains devant la cour d'appel. (…) Je n'ai aucun esprit de revanche. Je n'ai aucune haine. Mais que chacun comprenne bien et l'entende : je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour prouver ma complète innocence. ».


Son story-telling est bien construit. À l'instar d'Alain Carignon prêt à faire pleurer dans les chaumières grenobloises à la fin des années 1990, dans sa cellule de prison, Nicolas Sarkozy est prêt à passer quelque temps en prison, en vraie prison, pour montrer son honneur, pour prendre le rôle d'un nouveau capitaine Dreyfus. À ce stade, il aura fait une trouvaille toute nouvelle, « dormir la tête haute ». Risque de torticolis.
 


L'ancien chef de l'État a pris les Français à témoins : « Plus de dix ans d'enquête, des millions d'euros dépensés pour trouver un financement libyen, dont le tribunal correctionnel vient de dire qu'il n'a pas pu, et pour cause, être trouvé dans ma campagne. (…) J'ai été renvoyé devant ce tribunal pour quatre délits. Sur trois, j'ai été relaxé. Pas de financement trouvé. Pas de corruption. Je suis donc condamné pour avoir prétendument laisser faire deux de mes collaborateurs qui auraient eu l'idée, l'idée !, d'un financement illégal de ma campagne. Depuis toutes ces années, j'ai assumé toutes mes responsabilités. Je n'ai naturellement refusé aucune audience. J'ai été mis en garde à vue. J'ai été interrogé, ausculté, examiné, de telle façon que la présidente du tribunal dit : il n'y a aucun enrichissement personnel à vous reprocher. ».

Le ton est dramatique, il est aussi très fluide. C'est un excellent communicant (l'écouter sur la vidéo). Enfin, troisième et dernière chose, il a replacé cette décision de justice dans une perspective plus grave, celle de la défiance des institutions : « Ce qui s'est passé aujourd'hui, dans cette salle du tribunal correctionnel de Paris, est d'une gravité extrême pour l'État de droit, pour la confiance qu'on peut avoir pour la justice. ».

Avec ce traitement injustifié sinon injuste, incompréhensible du point de vue de la logique, Nicolas Sarkozy a considéré à juste titre que c'est la France qui est humiliée. Oui, un ancien Président de la République détient encore une partie de la nation qui l'a élue à un moment de son histoire. Non, ce n'est pas un justiciable comme un autre. Certes, il est un citoyen comme un autre, qui doit respecter les lois comme les autres. On peut même penser qu'un responsable politique, censé construire la loi lorsqu'il est parlementaire, doit être plus honnête que les autres. Mais méfions-nous de l'exemplarité. Quand un jugement est dit exemplaire, il est généralement arbitraire : Nicolas Sarkozy n'a pas à payer personnellement l'impunité de la génération politique précédente.
 


Nicolas Sarkozy a été un jeune homme ambitieux dès le milieu des années 1970, il a été élu maire de Neuilly dès 1983 et dès lors, il a eu l'occasion de jongler avec l'argent public, les budgets de collectivités locales, nationales, etc. Or, à cette époque, il y avait de nombreuses malversations, souvent impunies, mais dans les années 1990, les juges ont commencé à sanctionner (heureusement d'ailleurs). De sa génération, beaucoup sont tombés sur le champ de déshonneur des abus biens sociaux sinon de la corruption : Alain Carignon, Michel Noir, Patrick Balkany, etc. Et lui, rien. Pas parce qu'il a réussi à cacher quoi que ce soit. Parce que son ambition était formellement associée à une intégrité de futur candidat : pas question de risquer de tomber dans l'ascension rude de l'ambition présidentielle. Alors, une question simple : entre 2005 et 2007, alors que Jacques Chirac était déjà diminué par son AVC, que Nicolas Sarkozy avait repris (en 2004) la présidence de l'UMP et restait à la tête d'un puissant Ministère de l'Intérieur, pourquoi aurait-il pris le risque de fricoter avec un dictateur terroriste et sanguinaire alors que sa candidature et même son élection étaient quasiment prévisibles ?

Alors que, comme les autres grands ténors de la vie politique, Nicolas Sarkozy a consacré sa vie, personnelle, affective, familiale, professionnelle à la politique, au service des Français, dont cinq années au plus haut niveau de l'État, faudrait-il que pour remerciement, l'État le jette en prison pendant cinq autres années de sa vie ?


Déjà, Marine Le Pen et toute l'extrême droite sont venues au chevet du célèbre prévenu pour exprimer leur indignation plus de l'exécution provisoire que des cinq ans ferme, car cette exécution provisoire, censée faire prendre conscience aux prévenus de la gravité de leurs actes, risque probablement d'empêcher la leader du RN d'être candidate à la prochaine élection présidentielle.

Pour l'heure, à ma connaissance, ni Emmanuel Macron, l'actuel Président de la République, garant des institutions et président du Conseil supérieur de la magistrature, ni Gérald Darmanin, l'ambitieux garde des sceaux, Ministre d'État, Ministre de la Justice, et par ailleurs proche ami de l'ancien Président de la République, n'ont réagi publiquement. Pour ce dernier, difficile d'exprimer une affection pour Nicolas Sarkozy sans déjuger les juges. Bruno Retailleau, Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur, a réagi comme président de LR en exprimant tout son soutien à Nicolas Sarkozy mais sans évoquer la justice ni les juges ni la chose jugée. Exercice de style périlleux.

 


Ce qui est clair, c'est que l'incarcération de Nicolas Sarkozy renforcera l'esprit antiparlementaire, anti-système, anti-classe politique déjà très nourri au sein du peuple influencé par des réseaux sociaux déstructurants. Et cet esprit ne balayera pas seulement la classe politique (tout bord confondu) mais aussi l'institution judiciaire elle-même, qu'on pourrait croire plus attentionnée pour placer en prison un ancien Président de la République qu'un terroriste ou un violeur multirécidiviste.
 


Cette décision de justice va nourrir un nouveau trumpisme à la française en plein essor depuis quelques années, il sera aussi populiste, aussi démagogique, aussi stupide qu'aux États-Unis, et il fera les mêmes ravages, il ne faut pas croire que la France sera épargnée. Les juges en seront les premières victimes. Ce sera malheureux pour la démocratie mais prévisible : la classe politique sécrétera, d'une manière ou d'une autre, des anticorps lorsque la justice n'est pas assez équilibrée. Car en définitive, c'est le peuple qui décidera, et c'est pour cela que Nicolas Sarkozy l'a pris à témoin. La situation est grave, car un État de droit passe par le respect de sa justice et son consentement à l'impôt.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Nicolas Sarkozy bientôt en prison : choc septique pour nos institutions !
Financement libyen : Nicolas Sarkozy condamné à 5 ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé avec exécution provisoire.
La Légion d'honneur perdue de Nicolas Sarkozy.
Un nouveau bijou pour Nicolas Sarkozy ?
Le doyen Nicolas Sarkozy.
L'honneur perdu de Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy réagit à la dissolution dans le JDD (15 juin 2024).
Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 10 juillet 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).

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La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250926-sarkozy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nicolas-sarkozy-bientot-en-prison-263472

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/25/article-sr-20250926-sarkozy.html



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