« Je sollicite aujourd’hui votre confiance pour représenter la droite et le centre avec dignité, constance et responsabilité. (…) Je souhaite exprimer une voix respectueuse et posée dans un hémicycle trop souvent divisé, où le dialogue doit redevenir une force, et où le respect des convictions de chacun est une condition essentielle à la vitalité démocratique. » (Michel Barnier, le 18 juillet 2025).
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Dans un courrier adressé au début de l'été aux adhérents LR de Paris, l'ancien Premier Ministre Michel Barnier avait annoncé sa candidature à l'élection législative partielle qui s'est déroulée les 21 et 28 septembre 2025 pour la . Il a été élu ce dimanche et retourne donc à l'Assemblée Nationale mercredi 1er octobre 2025, jour de la rentrée parlementaire (début d'une nouvelle session ordinaire), mais cette fois-ci, en simple député de Paris.
Sur fond de rivalités LR internes, et après le désistement de la Ministre de la Culture Rachida Dati, soutenue par Laurent Wauquiez, après la démission du gouvernement de François Bayrou, Michel Barnier, soutenu par Bruno Retailleau, avait un boulevard devant lui. Son élection dans la deuxième circonscription de Paris (une partie des cinquième, sixième et septième arrondissements, celle de François Fillon entre 2012 et 2017 et celle de Gilles Le Gendre de 2017 à 2024) n'est donc pas une surprise aujourd'hui, et même s'il a fait toute sa carrière politique avec une forte implantation locale en Savoie (député puis sénateur, président du conseil général), il n'est pas un "parachuté", car aucune personnalité politique nationale n'est un parachuté à Paris qui est le centre névralgique de la vie politique française.
Du reste, François Fillon avait effectué un tel rapprochement avec la capitale en 2012 pour quitter la Sarthe et les Pays de la Loire et ne se préoccuper que de son ambition présidentielle. Pour Michel Barnier, c'est un peu différent, car il ne cultive plus ni ambition présidentielle ni même ambition municipale à Paris en 2026 (il en était aussi question pour François Fillon en 2014). Soutenu par l'ensemble du socle commun (bloc central et LR), il retrouve donc son siège de député qu'il avait obtenu pour la première fois en mars 1978 dès l'âge de 27 ans. Il a maintenant 74 ans et demi.
L'apport de Michel Barnier aux débats parlementaires sera sans aucun doute enrichissant, fort de son expérience de Premier Ministre censuré dans cette Assemblée sans majorité. On se demande aujourd'hui si Sébastien Lecornu ne battra pas son record de brièveté à Matignon, tant la situation paraît bloquée. En tout cas, la durée de flottement gouvernemental, l'intervalle de temps entre la nomination du Premier Ministre et la nomination des autres ministres de son gouvernement, a déjà été largement battue, avec déjà plus de 21 jours pour Sébastien Lecornu et 16 jours pour Michel Barnier, ce qui était déjà un record. L'absence de ministres ne semblent d'ailleurs gêner ni les Français, ni les médias (pourtant friands de ce genre de mercato), ni même la classe politique !
Comme toujours avec les élections législatives partielles, il est toujours intéressant d'analyser la réponse des électeurs avec, comme toujours pour les partielles, une forte abstention par manque de médiatisation du scrutin. Au second tour du 28 septembre 2025, Michel Barnier a obtenu 62,6% des voix face à une dinosaure du parti socialiste, Frédérique Bredin, ancienne ministre de François Mitterrand il y a plus de trente-deux ans (ancienne députée normande et ancienne maire de Fécamp). C'est mieux que François Fillon le 17 juin 2012 (qui n'avait obtenu que 56,5% face au généticien Axel Kahn, le candidat socialiste), mais aussi que son prédécesseur direct, Jean Laussucq, très proche de Rachida Dati, qui avait aussi recueilli seulement 56,5% face à une autre candidate socialiste le 7 juillet 2024.
Certes, et il ne faut pas le négliger, alors qu'en été 2024, les premier et second tours bénéficiaient de, respectivement, 76,3% et 70,1% de participation, en septembre 2025, ces valeurs seraient plutôt pour l'abstention, avec respectivement 26,2% et 24,5% de participation, soit on est passé de trois quarts à un quart des inscrits qui se sont déplacés. Néanmoins, la faible médiatisation est la même pour toute les tendances confondues, ce qui signifie que ceux qui se mobilisent le plus (car c'est cela l'essentiel) sont ceux qui ont gagné.
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Regardons d'abord le premier tour du 21 septembre 2025. Michel Barnier a obtenu 45,2%, soit presque 15 points supplémentaires par rapport à Jean Laussucq le 30 juin 2024. Pas de quoi pavoiser car en 2024, il y avait eu la dissidence du député sortant Gilles Le Gendre qui avait fait 19,6%, si bien qu'il faudrait comparer le score de Michel Barnier avec le total de ces deux candidats issus du socle commun, à savoir 43,2%, ce qui fait que Michel Barnier n'a dépassé que de 2 points son prédécesseur.
Et si Frédérique Bredin a aussi fait quasiment jeu égal avec la candidate socialiste de 2024, 31,7% (soit une perte de presque 2 points), c'est le score du RN qui s'est effondré de 4 points avec 7,3% pour Thierry Mariani. Pourtant, ce dernier, soutenu par Marine Le Pen et Jordan Bardella, était un ancien élu UMP qui a trahi son camp en 2019, qui plus est a été sous-ministre de Nicolas Sarkozy entre 2010 et 2012, mais les électeurs LR n'ont pas du tout été séduits par cet opportuniste (il est passé au RN pour obtenir un siège de député européen en 2019) et a laissé place à une expression du parti d'Éric Zemmour qui a atteint 5,9%, soit un gain de presque 5 points (ce qui signifie que l'ensemble RN+Reconquête fait, lui aussi, jeu égal avec 2024).
Ces résultats du premier tour montrent ainsi que malgré la très forte abstention, il y a une relative stabilité de l'électorat, ce qui veut dire que l'abstention a touché tous les partis politiques. Le meilleur score de Michel Barnier au second tour a donc une signification notable, probablement en raison de sa notoriété (même si celle de sa concurrente socialiste n'était pas, elle non plus, négligeable).
Il reste encore deux élections législatives partielles pour compléter les rangs du Palais-Bourbon. Une aura lieu les 5 et 12 octobre 2025 dans la première circonscription du Tarn-et-Garonne, et avant elle, une autre dans la cinquième circonscription des Français de l'étranger (Espagne, Portugal), dont le premier tour a eu lieu ce dimanche 28 septembre 2025 (le second tour pour le 5 octobre 2025), avec énormément de candidats, à droite, à gauche et au centre, ce qui donne aussi une indication, mais très faible car non seulement la participation a été très faible (17,0% au lieu de 37,8% en 2024 !), ce qui est le cas généralement dans les circonscriptions de Français de l'étranger, mais plus encore à ce scrutin, mais aussi la sociologie d'une circonscription géante à l'étranger qui ne correspond pas du tout à celle générale des Français au niveau national.
Ainsi, à ce premier tour du 28 septembre 2025, la candidate Renaissance est arrivée première comme le député EPR sortant, mais avec seulement 26,4%, soit une perte de plus de 7 points, compensée sans doute en partie, mais pas complètement, par le gain de plus de 5 points qu'a fait le candidat LR, 9,9% par rapport au candidat LR-UDI de 2024. À l'extrême droite, la même candidate RN a perdu plus de 5 points par rapport avec l'an dernier avec seulement 14,0%, compensés sans doute par le gain de plus de 3 points du candidat de Reconquête (5,2%).
Plus intéressante est la dispersion des voix de gauche dans cette circonscription. La candidate insoumise a obtenu la deuxième place avec 15,8% (qualifiée donc pour le second tour), mais par rapport à son collègue candidat insoumis de 2024, cela a représenté une perte de plus de 10 points. C'est assez normal en raison de la grande désunion de la gauche, puisqu'il y avait aussi un candidat du PS, qui a obtenu 9,4%, suivi de très près (moins de 300 voix) par le candidat Place publique (PP, autrement dit, émanation de Raphaël Glucksmann), avec 8,0%. Or, le total FI+PS+PP donne 33,2%, soit plus que la candidate Renaissance, et beaucoup plus que le seul candidat insoumis en 2024 (26,2%). Cette analyse démontre trois choses : un, la gauche peut prendre un avantage arithmétique sur le bloc central ; mais, deux, seulement si elle est unie ; enfin, trois, Place publique fait quasiment jeu égal avec les socialistes, ce qui devraient inquiéter ces socialistes-là incapables de prendre leur autonomie vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon.
La dernière remarque sur cette circonscription de l'étranger, c'est que la candidate Renaissance a perdu des voix, et si la plupart de ces voix sont passées au candidat LR, il y en a aussi une partie, l'aile gauche du macronisme, qui est passée au candidat de Place publique, comme cela avait d'ailleurs été le cas aux élections européennes du 9 juin 2024.
Je le répète, en raison de la fort abstention, il ne faut pas surinterpréter les résultats électoraux de ces élections partielles, mais cependant, ils peuvent donner quelques signaux faibles des tendances actuelles à un moment où l'on parle de plus en plus d'une nouvelle dissolution et de nouvelles élections législatives générales. Pour l'heure, c'est Michel Barnier qui reprend du service comme député LR, se plaçant désormais dans le rôle confortable d'un observateur politique qui va compter les points.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (30 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Le retour de Michel Barnier.
La censure de Michel Barnier.
Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
La Bataille de Paris.
L'échec du mélenchonisme municipal.
L'échec des insoumis à Grenoble.
Nicolas Sarkozy.
Sébastien Lecornu.
Alain Peyrefitte.
Le diplomate académicien du gaullisme triomphant.
De Gaulle et les communistes.
Laurent Duplomb.
Charles Pasqua.
De Gaulle et la Chine.
La sagesse inattendue du faucon.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250928-barnier.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-retour-de-michel-barnier-263513
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/29/article-sr-20250928-barnier.html
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