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8 novembre 2025 6 08 /11 /novembre /2025 03:37

« Ah, si De Gaulle avait été là, il aurait… Qu’aurait-il fait ? Eh bien, en fait, personne n’en sait rien ! Il n’y a rien de pire que faire parler un mort. Ce qui le caractérisait avant tout, c’était le pragmatisme, face à une situation donnée, dans l’intérêt du peuple français. En dehors de toute idéologie et de tout dogmatisme, De Gaulle était un vrai pragmatique. L’indépendance de l’Algérie l’a démontré. (…) En aucune façon un homme né au XIXe siècle ne pourrait raisonnablement résoudre des problèmes du XXIe siècle, mais ceux qui sont aujourd’hui en charge de les résoudre pourront toujours s’inspirer de son pragmatisme, mais devront quand même innover, trouver des solutions originales, sortir des sentiers battus, exactement comme De Gaulle avait innové en son temps. » (22 novembre 2015).




 


Ce dimanche 9 novembre 2025, on commémore le 55e anniversaire de la mort du Général De Gaulle. Certains vont courir se recueillir devant la tombe à Colombey-les-Deux-Églises. Un immense homme d'État comme il s'en présente peu dans l'Histoire de France. Napoléon, Louis XIV, Jeanne d'Arc... Il y a quelques héros de la vie nationale, mais aussi quelques héros de l'histoire politique, comme Thiers, Jaurès, Clemenceau... Le gaullisme est probablement mort le même jour que le Général, le 9 novembre 1970.

Étranges circonstances de la mort de De Gaulle. Il faisait simplement une réussite, avant d'écouter le journal de 20 heures à la télévision. Rien d'héroïque. Presque dérisoire, étonnant pour un si grand héros qui se pressait pour finir de rédiger ses mémoires.

De Gaulle a toujours été pour moi un repère historique mais aussi politique. Une sorte d'horizon, d'exemple, de modèle. Pour autant, je ne me suis jamais senti "gaulliste", et encore moins proche des "partis gaullistes", en particulier l'UDR puis le RPR, et j'ai du mal à imaginer que l'UMP puis Les Républicains en est l'héritier. J'ai considéré De Gaulle comme un modèle de méthode, avec deux faits marquants, 1940, bien sûr, et l'esprit de Résistance, et 1958, avec la Cinquième République qu'il a bâtie, seul régime capable d'être à la fois monarchique (appel à l'homme providentiel) et démocratique (homme providentiel élu).

Pour autant, mes références politiques et philosophiques seraient plus à chercher dans la démocratie chrétienne et le catholicisme social, le MRP puis le CDS, qui n'a pas, à mon sens, vraiment d'héritier en terme de courant politique aujourd'hui (même si le MoDem de François Bayrou en est l'héritier formel). Beaucoup de résistants se sont retrouvés, à la Libération à la fois démocrates chrétiens et gaullistes, comme Maurice Schumann et surtout Edmond Michelet, et la plupart ont finalement préféré rejoindre les gaullistes.

Je me garderai bien d'imposer ma vision des choses, de juger qui est gaulliste et ce qu'est le gaullisme en 2025, malgré mon titre. J'ai déjà évoqué ce sujet deux fois, en novembre 2015 et en novembre 2020. Deux voire trois générations sont passées depuis la mort de De Gaulle. Autant dire qu'il n'y a plus de juge pour dire qui est gaulliste, qui n'est pas gaulliste, ou ce qu'est le gaullisme et ce qu'il n'est pas. Il appartient à l'histoire et ceux qui s'en réfèrent à notre époque sont plutôt, à mon sens, des escrocs intellectuels. Source d'inspiration, oui, mais identité politique, certainement pas.

C'est pour eux, ces gaullistes de la cinquante-cinquième heure, une sorte de religion. Ils brandissent De Gaulle mais ils sont les adversaires de toutes ses idées. Car pour le gaullisme, il y a beaucoup de contrefaçons de nos jours.

 


De Gaulle, c'est d'abord l'esprit de Résistance. Mais qu'est-ce que c'est ? C'est aimer son pays tellement que lorsqu'on croit qu'il n'y a plus d'espoir, comme en juin 1940, on reste tout de même persuadé que son pays sera suffisamment fort pour s'en sortir : tout le contraire des dénigreurs professionnels, des démagogues de tous poils, des populistes et des extrémistes. De Gaulle était d'abord un optimiste qui positivait. Qui aujourd'hui se réjouit de la croissance plus soutenue que prévu au troisième trimestre de 2025 (+0,5%) ? Qui aujourd'hui se réjouit de l'augmentation de la production industrielle en France en septembre 2025 (+0,8%), huit fois plus que prévu ? Qui aujourd'hui se réjouit de la pluie de Prix Nobel français depuis plusieurs années, dont deux cette année, Michel Devoret et Philippe Aghion ?

De Gaulle, c'est aussi les institutions de la Cinquième République. Dans le nouveau paradigme gaullien, la clef de voûte est le Président de la République. Or, aujourd'hui, ceux qui remettent en cause la légitimité du Président Emmanuel Macron, réélu pour cinq ans en 2022 avec près de 60% des voix, ne peuvent se prétendre gaullistes. Il dénature la seule institution qui vaille, celle qui a assuré la stabilité politique et la confiance économique depuis 1958. Si De Gaulle a voulu la consacrer par l'élection au suffrage universel direct, c'est justement pour lui donner l'onction populaire, l'équivalent du sacre pour le monarque. Respecter l'institution présidentielle est une obligation gaulliste évidente.

Du reste, la démission de De Gaulle n'était pas un choix populaire mais un choix personnel. Lorsqu'il a mis sa démission dans la balance en avril 1969, il savait bien qu'il perdrait et dans sa décision, il y avait une part d'orgueil (très grand) et une autre part d'abandon (il était fatigué et avait besoin de temps pour rédiger ses mémoires). En mars 1967, il était au contraire déterminé, en cas d'échec aux élections législatives, à rester à l'Élysée, et il était encore plus déterminé, le 31 mai 1968, à se maintenir malgré les nombreuses demandes de démission. Même le 22 janvier 1969, De Gaulle a répété sa volonté de s'accrocher à l'Élysée : « Dans l'accomplissement de la tâche nationale qui m'incombe, j'ai été le 19 décembre 1965 réélu Président de la République pour sept ans par le peuple français. J'ai le devoir et l'intention de remplir ce mandat jusqu'à son terme. ». Emmanuel Macron ne dit pas autre chose (version quinquennat). Respecter le Président de la République, c'est d'abord respecter la légitimité de son mandat jusqu'à son terme.

Par ailleurs, sauvegarder les institutions gaulliennes, c'est vouloir absolument maintenir le scrutin majoritaire à deux tours pour les élections législatives. C'est un point essentiel, et peu de démagogues aujourd'hui le respectent malgré leur référence à De Gaulle. Ainsi, le 8 juillet 1965, De Gaulle confiait : « Debré a raison de dire que le scrutin majoritaire est le meilleur moyen d'assurer la stabilité des institutions. (…) Ce qu'on pourrait faire, c'est imposer des conditions sévères pour le changement de mode de scrutin, de manière à ne pas permettre à une majorité de manipuler les élections, au dernier moment, en changeant le système pour adopter celui qui lui serait le plus favorable. ».

 


On pourra toujours répliquer que le scrutin majoritaire ne permet pas forcément de dégager une majorité à l'Assemblée et ce serait mentir que de ne pas accepter cette observation : l'Assemblée issue des élections de l'été 2024 est éclatée en trois blocs. Ce ne sont ni les institutions, ni le mode de scrutin qui sont en cause, mais simplement les électeurs qui sont profondément divisés en trois blocs politiques incompatibles.

Ce qu'on peut affirmer en revanche, c'est qu'instaurer la proportionnelle, ce serait figer l'ingouvernabilité de l'Assemblée pour un temps long. Ce serait une catastrophe institutionnelle. La preuve a été faite, depuis juin 2022, que notre classe politique est incapable de s'entendre pour faire des concessions et aboutir à un compromis. Dès lors, le système de coalitions, très fréquent dans les démocraties parlementaires en Europe, n'est pas le bon système pour la France qui a besoin d'un chef, d'une majorité, et d'une ligne politique claire.

Au fil des lignes, le lecteur a pu s'apercevoir que je suis tombé moi-même dans le piège que je dénonçais au début, à savoir qu'il est vain de dire ce qu'est le gaullisme ou ce qu'il n'est pas, vain et prétentieux, car qui suis-je à juger d'une philosophie politique ? En fait, De Gaulle appartient à tout le monde, aux Français, et surtout, à l'Histoire. J'ai donné une vision, très parcellaire, de l'idée que je me fais du gaullisme. Et dans tous les cas, ouvrons les yeux, et méfions-nous des contrefaçons ! Les démagogues récupèrent tout ce qui a fonctionné dans le passé. La figure tutélaire de De Gaulle en fait partie.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
De Gaulle et le gaullisme en 2025.
De Gaulle, la Cour suprême et le peuple !
Les 25 ans du quinquennat.
Mandat présidentiel : démission, destitution ?
De Gaulle et les institutions républicaines.
De Gaulle et la Chine.
De Gaulle et les communistes.
Philippe De Gaulle.
Hommage du Président Emmanuel Macron à Philippe De Gaulle le 20 mars 2024 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
De Gaulle à l'ombre du Général.
L'impossible Compagnon de la Libération.
Entre père et mer.
L'autre De Gaulle.
La mort du père.
Le théorème de la locomotive.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
De Gaulle chef de parti.
La création du RPF.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Daniel Cordier.
Le songe de l’histoire.
De Gaulle et son discours de Bayeux.
Napoléon, De Gaulle et Macron.
Pourquoi De Gaulle a-t-il ménagé François Mitterrand ?
Deux ou trois choses encore sur De Gaulle.
La France, 50 ans après De Gaulle : 5 idées fausses.
Quand Albin Chalandon se faisait rabrouer par De Gaulle.
L’année De Gaulle : le général Macron à Montcornet.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
La Libération de Paris.
Discours du Général De Gaulle le 25 août 1944 à l’Hôtel de Ville de Paris (texte intégral).
Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
De Gaulle, kamikaze référendaire au nom de la démocratie.
Les élections législatives de mars 1967.
Le retour au pouvoir en mai 1958.
De Gaulle : soixante ans de Constitution gaullienne.
L’amiral François Flohic.
Jean Moulin.
Le maréchal Philippe Leclerc.
De Gaulle et le Québec libre.
L’ambition en politique.
De Gaulle réélu.
Halte à la récupération de De Gaulle !
De Gaulle face à l’Histoire.
L’appel du 18 juin.
De Gaulle Président.
Les valeurs du gaullisme.
L’héritage du gaullisme.
Le Comité Rueff.
Vive la Cinquième République !

 


 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251109-de-gaulle.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/de-gaulle-et-le-gaullisme-en-2025-264325

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/07/article-sr-20251109-de-gaulle.html


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