« La cohésion nationale est à notre époque très fragile pour différentes raisons. Le rôle du politique est de pondérer, temporiser, modérer, pas de renforcer les haines et les divisions. (…) Et dans tous les cas, dans toutes les circonstances, pensez avant tout [aux] victime[s] et à [leurs] proches ! » (28 avril 2025).
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Il y a dix ans, le vendredi 13 novembre 2015, dans la soirée, une série d'attentats à Paris a endeuillé la France entière. Au total, on a compté 133 morts (130 morts et 3 victimes survivantes du Bataclan qui se sont suicidées, l'une en novembre 2017, une autre en novembre 2021 et la troisième en mai 2024) et 413 blessés dont 99 qui ont été placées en urgence absolue. Une journée particulièrement sanguinaire, parmi les attentats ayant fait le plus de victimes, en France et en Europe. En tout, six attaques dans la soirée, perpétrées par dix terroristes et une vingtaine de complices.
Lorsque j'ai entendu les premières annonces en début de soirée, une personne chère qui travaillait à Paris devait me rejoindre. Inutile de dire que je lui ai dit d'attendre avant de sortir prendre sa voiture. Et les sorties prévues à Paris le week-end qui arrivait étaient annulées. Une véritable peur, une psychose des attentats terroristes islamiques.
Les cibles n'étaient pas anodines. Après la rédaction de "Charlie Hebdo" en début d'année (le 7 janvier 2015), c'était le mode de vie à la française qui était atteint : le prélassement un soir de fin de semaine, plutôt doux pour la saison, ce qui justifiait de prendre un pot entre amis à une terrasse de bistrot ou de brasserie, une salle de spectacle avec des artistes supposés diaboliques (un concert du groupe américain de hard rock Eagles of Death Metal), enfin, un match de football (amical, entre la France et l'Allemagne) au Stade de France, à Saint-Denis, et parmi les spectateurs, le Président de la République François Hollande lui-même, qui s'est fait exfiltrer sans que les présents ne prennent connaissance de la réalité des attentats, pour foncer à l'Élysée et réunir immédiatement une cellule de crise. On allait parler des attentats du Bataclan en incluant évidemment les terrasses de café et le Stade de France, comme on parle des attentats de "Charlie Hebdo" qui ont fait d'autres victimes dans la course folle des terroristes, une policière et des présents à l'Hyper Casher de la Porte de Vincennes.
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Sans doute le plus émouvant parce que le plus meurtrier (90 morts !), la fusillade à l'intérieur de la salle du Bataclan, puis la prise d'otages, avec des exécutions préférentielles, ont particulièrement touché les Français, et évidemment les centaines de spectateurs rescapés qui ont été ainsi marqués à vie (au point que trois se sont suicidés en dix ans). La prise d'otages a fait intervenir la BRI (brigade de recherche et d'intervention de Paris), la BI (brigade d'intervention de Paris) et le RAID, qui ont sécurisé les lieux après un combat très difficile de trois heures et demi.
L'âge moyen des victimes du 15 novembre 2015 était de 35 ans, depuis une lycéenne de 17 ans au Bataclan jusqu'à un chef d'entreprise de 68 ans également au Bataclan. Elles étaient principalement françaises (110 sur 133). Sept terroristes ont été tués ou se sont suicidés pendant la soirée du 15 novembre 2015, et en tout, la cour d'assises spéciale a reconnu coupables les vingt prévenus le 29 juin 2022 après plus de dix mois d'audiences, coupables de quasiment tous les chefs d'accusation. Sept terroristes y ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité dont six à la perpétuité incompressible (dont Salah Abdeslam, les cinq autres étaient absents et présumés tués en Syrie).
Bataclan Mon Amour... Comme il n'est pas possible de rappeler la mémoire de toutes les victimes du 15 novembre 2015, rappelons seulement la mémoire d'un couple, des jeunes gens joyeux à l'idée d'assister à un concert au Bataclan, joyeux à l'idée de passer une soirée sympathique. Parce que leur photo est tellement en opposition avec ce qu'ils ont réellement vécu ce soir-là, ils ont ému de nombreuses personnes. Elle s'appelait Marie Lausch et était originaire de Saint-Julien-lès-Metz ; il s'appelait Mathias Dymarski et était originaire d'Ancy-sur-Moselle. Victimes innocentes, toujours innocentes, de la folie terroriste.
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Au-delà des "petits attentats" parfois meurtriers qui se sont multipliés en France depuis 2015 (après aussi ceux de mars 2012), un troisième gros attentat, celui au camion-bélier à Nice le 14 juillet 2016, a fini pour faire comprendre que la France (et plus généralement le monde) vivait désormais dans une nouvelle époque, celle du terrorisme islamique et surtout, de ses attentats suicides. Dès lors, la répression contre ce genre de terroristes qui ne craignent pas pour leur vie est dérisoire : seule la prévention, c'est-à-dire le renseignement, la surveillance des réseaux terroristes (notamment avec la loi n°2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement), permet d'empêcher de nouveaux attentats et en dix ans, ce sont des centaines de tentatives d'attentat qui ont été déjouées par les forces de l'ordre sur le territoire français.
Dix ans ont passé et le risque reste toujours très élevé. Très récemment, on a appris ce samedi 8 novembre 2025 que le 10 octobre 2025 ont été arrêtées trois jeunes femmes, âgées respectivement de 18, 19 et 21 ans, pour association de malfaiteurs terroristes, accusées de préparer des attentats de type terrasse de café et salle de spectacle à Lyon, Villeurbanne et Vierzon.
Du reste, un attentat à la voiture-bélier a fait cinq victimes, heureusement dont le pronostic vital n'est plus engagé, le 5 novembre 2025 à l'île d'Oléron, même si cet attentat ne serait pas d'origine terroriste islamique (l'auteur, alcoolique et consommateur de cannabis, converti à l'islam, a tout de même crié Allah Akbar !). De même, le 28 octobre 2025 à Londres, un attentat au couteau a fait un mort et deux blessés (le 2 octobre 2025, dans une synagogue de Manchester, un attentat à la voiture-bélier puis au couteau a fait deux morts et quatre blessés). Rappelons aussi Samuel Paty et Dominique Bernard assassinés dans le cadre d'un établissement scolaire, l'instruction républicaine étant évidemment l'ennemie de ces terroristes sectaires.
Ce serait donc une grande erreur de croire que cette période d'attentats est derrière nous. Malheureusement, cette possibilité d'un attentat terroriste islamique restera toujours aussi forte tant que Daech n'est pas totalement éliminé de Syrie et d'Irak. Ce terrorisme nous conduit à nous transformer en une société de surveillance... avec le consentement d'une grande majorité du peuple.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Bataclan, ten years after.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
Syrie : peut-on encore massacrer en paix ?
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
L’esprit républicain.
Fête nationale : cinq ans plus tard…
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251112-attentat-bataclan.html
https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/bataclan-ten-years-after-264313
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/08/article-sr-20251112-attentat-bataclan.html
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