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19 novembre 2025 3 19 /11 /novembre /2025 13:01

« Né dans la Vienne de l’entre-deux guerres, les meetings auxquels il assistait enfant sur les épaules de son père le marquèrent à jamais, lui insufflant cette farouche volonté de servir qui ne le quitta plus. Pour André Chandernagor, descendant d’un esclave d’origine indienne affranchi à la fin de l’Ancien Régime, la République était cette promesse de liberté et de progrès, dont il se fit l’inlassable défenseur. » (Communiqué de l'Élysée, le 19 novembre 2025).




 


L'ancien ministre socialiste André Chandernagor est mort à Aubusson ce mardi 18 novembre 2025 à l'âge de... 104 ans ! (il est né le 19 septembre 1921). Il était le dernier survivant des députés de la première législature de la Cinquième République, une sorte de vieux dinosaure de notre histoire politique, très proche de Guy Mollet mais aussi embarqué dans l'aventure socialo-communisante de François Mitterrand malgré son anticommunisme militant.

Il n'était pas le seul centenaire (ou quasi-centenaire) parmi les compagnons de route de François Mitterrand avant sa victoire de 1981. On peut citer Roland Dumas (un an plus jeune, parti l'an dernier, son successeur à son ministère), mais aussi Jacques Delors (sans atteindre le siècle), etc. André Chandernagor a accepté le principe d'une union de la gauche simplement parce qu'il souhaitait la victoire de la gauche, mais il considérait les communistes comme ses adversaires. D'ailleurs, son premier mandat de député de la Creuse, il l'a dû à sa victoire sur le candidat communiste. Un socialisme du centre qui, bien plus tard, allait être séduit par Emmanuel Macron, qu'il a soutenu et dont il a activement soutenu, malgré ses 95 ans, l'un de ses candidats aux élections législatives de 2017, Jean-Baptiste Moreau (député de la Creuse de 2017 à 2022).

J'ai déjà évoqué sa (longue) carrière dans un précédent article. Le chef de l'État a eu raison de rappeler son origine familiale d'esclave indien au XVIIIe siècle. C'est d'ailleurs la raison de son patronyme quand son aïeul a été recueilli à La Réunion, son protecteur lui a choisi le nom du comptoir français des Indes (près de Calcutta).

André Chandernagor est l'un des exemples (nombreux dans l'histoire politique française) de la méritocratie républicaine. Brillant étudiant, il a poursuivi jusqu'à devenir major à l'ENA (même promotion que Valéry Giscard d'Estaing, cinq ans plus jeune), intégré à sa sortie en décembre 1951 au Conseil d'État où il a commencé une belle carrière (maître de requêtes en 1957, spécialiste du droit public). En 1956-1957, André Chandernagor a été membre du cabinet de Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO et Président du Conseil. Mais il avait déjà approché les politiques bien avant avec son engagement socialiste. Il avait en effet intégré en 1946 le cabinet de Marius Moutet, Ministre socialiste de la France d'outre-mer.

Parallèlement à sa carrière administrative, il a démarré sa carrière politique dans la France profonde. Son implantation locale dans la Creuse (lui, originaire de la Vienne) provenait de la région d'origine de son épouse Éliane (morte en 2004). Il s'est fait élire maire de Mortroux, commune d'environ 500 habitants à l'époque, de 1953 à 1983 (il avait 31 ans à son premier mandat).


Petit à petit, André Chandernagor est devenu un "grand élu" local, grand en longévité et grand en cumul des mandats, à l'époque possible. Après un premier échec aux élections cantonales de 1955, il s'est fait élire conseiller général de 1961 à 1983, bombardé président du conseil général de la Creuse de 1973 à 1983, et président du conseil régional du Limousin de 1974 à 1981 (on le voit, trois mandats exécutifs et un mandat parlementaire entre 1974 et 1981 !). Cette boulimie des mandats électifs allait devenir une vocation familiale ; ainsi son fils Thierry Chandernagor a repris la relève : maire de Mortroux de mars 1989 à mars 2008, conseiller général de 1985 à 1998 et même président du conseil général de la Creuse, comme papa, de 1992 à 1994.

Évidemment, c'est son mandat parlementaire qui a compté le plus pour André Chandernagor, puisqu'il s'est fait élire et réélire de manière continue député de la Creuse (la circonscription d'Aubusson) de 1958 à 1981 (pour les sept premières législatures de la Cinquième République). Acceptant à reculons la stratégie d'union de la gauche de François Mitterrand, malgré son envie de créer un autre parti socialiste proche du centre (comme Max Lejeune), le député de la Creuse a été nommé Ministre délégué auprès de Claude Cheysson chargé des Affaires européennes du 21 mai 1981 au 7 décembre 1983 sur le quota du Premier Ministre Pierre Mauroy (il était proche de Pierre Mauroy après le Congrès d'Épinay en 1971).
 


Pour mieux comprendre la position politique d'André Chandernagor en 1981, peut-être faut-il un peu mieux préciser la période entre 1969 et 1971, très mouvementée pour les socialistes après l'échec de la candidature de Gaston Defferre à l'élection présidentielle de 1969 (qu'on pourrait comparer à celui de Valérie Pécresse en 2022). En juillet 1969, Guy Mollet a cédé la direction de la SFIO à Alain Savary au Congrès d'Issy-les-Moulineaux, la SFIO devenant le PS (et pas en 1971 !). À l'origine, Pierre Mauroy était le dauphin de Guy Mollet, mais finalement, ce dernier lui a préféré Alain Savary.

Quant à André Chandernagor, proche de Guy Mollet, il a été séduit par la Nouvelle Société du nouveau Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas, mais est toujours resté député de l'opposition (il a quand même sympathisé avec le Centre démocrate de Jean Lecanuet et Pierre Abelin en novembre1970, eux aussi dans l'opposition). Difficile de faire plus hétéroclite. Quand François Mitterrand a annoncé publiquement son ralliement au PS (en novembre 1970), il a mis dans la confidence certains dirigeants socialistes qu'il considérait comme essentiels dans sa tentative d'OPA du PS : Jean-Pierre Chevènement, Pierre Mauroy, Jean Poperen et André Chandernagor. En assurant ainsi sa base arrière, le futur Président plaçait Alain Savary dans l'obligation d'accepter (l'argument principal, qui allait rester essentiel pour tous les partis dans la suite des événements, c'était que François Mitterrand était le seul présidentiable du PS à pouvoir se présenter avec une chance de l'emporter).

En décembre 1983, André Chandernagor a quitté tous ses mandats politiques quand François Mitterrand l'a nommé Premier Président de la Cour des Comptes qu'il a dirigée du 7 décembre 1983 au 19 septembre 1990, date à laquelle il a pris sa retraite. C'était d'ailleurs étrange puisque son corps d'origine était le Conseil d'État et pas la Cour des Comptes, institution de contrôle qu'il a ouverte « tant sur l’international, grâce à une coopération renforcée avec les organismes de contrôle européens et étrangers, que sur la France entière, par la mise en œuvre des chambres régionales des comptes ».


Si on voulait résumer l'action d'André Chandernagor dans sa carrière politique, toutes responsabilités confondues, on pourrait dire qu'il a été intéressé par deux sujets principaux, la construction européenne et les institutions. Et, dans les positions qui étaient les siennes, il a apporté au pays des contributions majeures.

Sur la construction européenne, il a pu influencer le cours des événements à deux moments particuliers. D'abord, en conseillant le chef du gouvernement Guy Mollet au moment des discussions sur le Traité de Rome. En suite, en tant que ministre délégué, il a fait « reconnaître par la France le droit au recours individuel devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme et [a bataillé] en faveur du passeport européen » (comme l'explique le communiqué de l'Élysée).
 


Sur les institutions, André Changernagor, qui était favorable à De Gaulle et à la Cinquième République, a participé lui-même à sa rédaction en été 1958 comme représentant de Guy Mollet, alors Ministre d'État de De Gaulle, dans le comité d'experts. Il a en particulier fait aboutir trois idées importantes : l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, la motion de censure et la différenciation du domaine de la loi et du domaine du règlement. En revanche, il a regretté la réforme de 1962, celle de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, car l'exécutif irait prendre trop d'importance sur le législatif. Ainsi, il a proposé que les parlementaires puissent renforcer leur pouvoir de contrôle sur le gouvernement, à l'instar des parlementaires britanniques et américains.

Le rêve politique d'André Chandernagor, c'était de créer une formation politique qui rassemblerait tous les partisans de la construction européenne et de la décentralisation. Il l'avait exprimé clairement le 22 novembre 1970 aux journées parlementaires du Centre démocrate réunissant auprès des démocrates sociaux des membres du PS, des membres du parti radical et des gaullistes de gauche : « La force que nous voulons bâtir ne peut être qu’un rassemblement allant des socialistes au Centre démocrate inclus. ». En un sens, Emmanuel Macron a été celui qui l'a le plus fait rêver.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Max Lejeune.
Robert Badinter.
René Viviani.
Guy Mollet.
Jules Moch.
Pierre Laval.
Martine Aubry.
Gisèle Halimi.
Georges Lemoine.
Jacques Delors.
8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
Congrès du PS : Saloperies antisémites.
Jérôme Guedj.
Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
Congrès du PS : le choc de complexité !
Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
Histoire du PS.
Manuel Valls.
Hubert Védrine.
Julien Dray.
Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
Lionel Jospin.
Claude Allègre.
François Mitterrand.
Mazarine Pingeot.
Richard Ferrand.
Didier Guillaume.

Pierre Joxe.
Didier Migaud.
Pierre Moscovici.

La bataille de l'école libre en 1984.
Bernard Kouchner.
Hubert Curien.
Alain Bombard.
Danielle Mitterrand.
Olivier Faure.
Lucie Castets.

Bernard Cazeneuve
Gabriel Attal.
Élisabeth Borne.
Agnès Pannier-Runacher.
Sacha Houlié.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.

 

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251118-andre-chandernagor.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/andre-chandernagor-ou-la-gauche-264608

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/19/article-sr-20251118-andre-chandernagor.html


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