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28 novembre 2025 5 28 /11 /novembre /2025 03:38

« Je lui en veux beaucoup d’avoir pris cette décision que je trouve funeste et absurde. » (Édouard Philippe, le 21 septembre 2025 dans la chaîne Youtube Legend, évoquant le Président de la République et sa décision de dissoudre).




 


L'ancien Premier Ministre Édouard Philippe fête ses 55 ans ce vendredi 28 novembre 2025. On ne peut pas dire que c'est très vieux, mais il faut quand même rappeler qu'à cet âge-là, Valéry Giscard d'Estaing était déjà ancien Président de la République à l'époque du septennat, et Nicolas Sarkozy Président de la République en exercice depuis trois ans. En revanche, à 55 ans, Georges Pompidou n'était pas encore Président de la République, et il allait le devenir deux ans plus tard. Édouard Philippe, quant à lui, aura 57 ans... en 2027.

Comment ne pas évoquer la prochaine élection présidentielle prévue au printemps 2027 quand on évoque Édouard Philippe. Depuis qu'il a quitté Matignon en juillet 2020, Édouard Philippe est en effet le chouchou des sondages, ou plutôt, était le chouchou des sondages, en particulier des intentions de vote (si l'élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, pour voteriez-vous ?).

Je mets la phrase au passé parce que la situation pour Édouard Philippe n'est pas aussi enviable que précédemment dans les sondages. À l'origine, il était le meilleur compétiteur de la droite et du centre, au premier tour, le seul certain de se qualifier au second tour face au candidat du RN qui, lui, serait déjà certain d'être présent au second tour. Et dans les hypothèses de second tour, Édouard Philippe réussissait à gagner face au RN, ou à être à égalité. Or, le sondage réalisé par Odoxa avec Mascadet publié le 25 novembre 2025 pour Public-Sénat et la presse quotidienne régionale, la possibilité d'un échec au second tour devient probable : Jordan Bardella recueillerait le double des intentions de vote pour Édouard Philippe au premier tour (38% vs 17%) et gagnerait face à lui au second tour (53% vs 47%).

Le maire du Havre n'est pas né de la dernière pluie et savait bien qu'être le favori dans les sondages n'est pas forcément un gage de réussite ultérieure, Édouard Balladur en 1995, Ségolène Royal en 2007, Dominique Strauss-Kahn en 2012, Alain Juppé puis François Fillon en 2017 le savent trop bien ! Cela reste valable tant pour Édouard Philippe que pour Jordan Bardella.

Néanmoins, la dégringolade depuis six mois est réelle pour Édouard Philippe dans la sacro-sainte "opinion publique". Son niveau de premier tour serait très bas et il serait talonné par Raphaël Glucksmann et j'ajouterais aussi par Jean-Luc Mélenchon et même par Bruno Retailleau.

Lorsqu'il était Premier Ministre, j'ai beaucoup apprécié Édouard Philippe, et en particulier, son exigence de rigueur et sa communication très maîtrisée, au contraire de celle du Président de la République prompte à enflammer les foules et à créer du buzz stérile. Comme lui, je n'ai pas compris son éviction de Matignon en juillet 2020, mais elle était prévisible. Durer plus de trois ans à Matignon est finalement très rare depuis le début de la Cinquième République, puisqu'ils ne sont que dix (sur vingt-neuf) à avoir atteint cette durée : les deux tiers de nos Premiers Ministres ont eu des mandats de moins de trois ans.

 


J'ai compris, bien sûr, l'intérêt pour lui de s'organiser au sein d'un parti politique, en l'occurrence Horizons qui rassemble de nombreux élus locaux (souvent ex-LR) et qui a réussi à former un groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale (et aussi au Sénat). Cette base arrière est indispensable pour assumer des ambitions présidentielles (ce que n'a pas fait Gérald Darmanin).

En revanche, je n'ai pas compris pourquoi Édouard Philippe, depuis quelques mois, s'en prend systématiquement au Président de la République Emmanuel Macron, et est même le premier à réclamer sa démission, ce qui me paraît contraire à l'esprit de nos institutions dont le respect passe d'abord par le fait que la légitimité d'un mandat doit être inattaquée.

J'ai compris que le président d'Horizons souhaitait s'éloigner de plus en plus d'Emmanuel Macron au fur et à mesure que la popularité présidentielle s'effondre, mais ce n'est pas faire preuve de loyauté et de courage, alors qu'il avait justement prouvé ces deux valeurs lorsqu'il était Premier Ministre et en particulier, lors de la crise sanitaire du covid-19. C'est donc assez décevant.

Et surtout, je n'ai pas compris pourquoi il attaquait, car il s'agit bien d'attaques, aussi fortement le Président de la République alors que les électeurs d'Emmanuel Macron et de Renaissance resteraient, à l'heure actuelle, le cœur de son électorat naturel. En diabolisant ainsi Emmanuel Macron, il incite les électeurs macronistes à ne pas faire campagne pour lui, voire à ne pas voter pour lui.


Je citerai par la suite l'une de ses plus importantes interventions télévisées récentes, celle du jeudi 16 octobre 2025 sur France 2 (l'émission "L'Événement").





Et reprenons d'abord cette demande de démission qui paraît totalement surréaliste : « Je ne suis pas du tout pour qu’il démissionne demain matin, ce serait désastreux. (…) [Emmanuel Macron] devrait peut-être, en prenant exemple sur des prédécesseurs et notamment le Général De Gaulle, essayer d’organiser un départ qui nous évite pendant dix-huit mois de continuer à vivre dans cette situation de blocage, d’instabilité, d’indétermination. ». Rappelons d'abord plusieurs éléments avant de passer en revue l'argumentation d'Édouard Philippe.

D'une part, Emmanuel Macron a été réélu pour cinq ans en 2022 et donc, son mandat court jusqu'en 2027. C'est constitutionnel. Même De Gaulle (contrairement à ce qu'on dit) était pour achever ses mandats présidentiels (malgré son âge). Le 22 janvier 1969, il insistait ainsi : « Dans l'accomplissement de la tâche nationale qui m'incombe, j'ai été le 19 décembre 1965 réélu Président de la République pour sept ans par le peuple français. J'ai le devoir et l'intention de remplir ce mandat jusqu'à son terme. ». Exactement ce qu'a dit Emmanuel Macron le 29 août 2025.

D'autre part, vouloir la démission du Président de la République, c'est comme dissoudre : c'est refuser un débat électoral long et pourtant nécessaire pour toucher tout le peuple, c'est encore court-circuiter une campagne électorale par une période électorale trop courte (quatre à six semaines) et empêcher le véritable débat de fond. Au contraire, les dix-huit mois qui viennent vont permettre de s'établir une campagne longue et approfondie avec des débats de fond sur tous les enjeux nationaux.


Remarquons aussi qu'on ne peut pas planifier une démission à moyen terme (par exemple, comme l'a proposé Édouard Philippe, après le vote du budget, vote du reste hypothétique, ou encore, comme l'a souhaité Jean-François Copé, après les élections municipales de mars 2026 : ou le Président démissionne, et il faut immédiatement le remplacer et élire son successeur, ou le Président ne démissionne pas et aucune campagne ne peut commencer avant la fin de son mandat (élection à date régulière) ou la réalité de sa démission. La démission du Président comme la dissolution de l'Assemblée, c'est confisquer le débat sur notre avenir.

Enfin, d'un point de vue politique et électorale, vouloir la démission du Président, c'est aujourd'hui aussi masochiste que la dissolution après le désastre électoral des élections européennes de 2024 : c'est apporter sur un plateau d'argent la victoire au RN. Cette victoire n'est pas irrésistible ni inéluctable (la preuve par les élections législatives de 2024), mais elle est fort probable si l'on en croit les différents sondages.

Écoutons les déclarations d'Édouard Philippe le 16 octobre 2025. Il s'est justifié ainsi : « Je n’ai pas pris cette position parce que je pensais que je serais populaire ou parce que j’espérais convaincre le Président. Le Président, il a envie d’aller au terme de son mandat, et je peux le comprendre. Je l’ai dit parce que c’est la seule décision digne qui permet d’éviter dix-huit mois d’indétermination et de crise, qui se terminera mal, je le crains. ».


Pourtant, l'indétermination, elle provient de l'éclatement de l'électorat en trois blocs de taille équivalente et donc, à une absence de majorité à l'Assemblée. La dissolution n'est pas la cause de l'ingouvernabilité, mais son catalyseur, sa mise en évidence. C'est le peuple qui a élu les députés, pas le Président de la République ! Le maire du Havre a dénié l'idée que le Président de la République était la force de stabilité : « Ça n’est pas simplement une crise politique à l’Assemblée Nationale à laquelle nous assistons. C’est une crise très profonde sur l’autorité de l’État, sur la légitimité des institutions. (…) J’entends le Président de la République dire qu’il est le garant de la stabilité. Mais, objectivement, qui a créé cette situation de très grande instabilité et pourquoi ? Il se trouve que c’est lui. ». Et de déplorer « une Assemblée ingouvernable », « des politiques publiques qui n’avancent plus, des réformes nécessaires qui ne sont pas faites ». En d'autres termes : « La fragilité des institutions, c’est le maintien de la situation actuelle. ».

Toutefois, en voulant écourter le mandat présidentiel, Édouard Philippe s'est situé dans la droite ligne de Jean-Luc Mélenchon et du principe particulièrement catastrophique du mandat révocable. C'est ce principe-là qui plongerait définitivement le pays dans l'immobilisme et l'indétermination.

Édouard Philippe a démenti toute querelle personnelle avec Emmanuel Macron mais a prétendu qu'il ne lui devait rien : « Il est venu me chercher, je ne me suis pas roulé par terre pour qu’il me nomme. ». Et en 2020 : « Je ne me suis pas roulé par terre pour rester. ». C'est vrai que les observateurs politiques le connaissaient bien avant le développement du macronisme, d'ailleurs, il était antimacroniste en 2016, mais il n'aurait sans doute jamais obtenu Matignon avec Alain Juppé ou François Fillon à l'Élysée. Sa nomination de Premier Ministre l'a placé à l'avant-scène de la vie politique et sans elle, il n'aurait jamais pu prétendre à devenir un candidat sérieux à l'élection présidentielle.

Ce qu'il est aujourd'hui, il le doit par ses qualités propres, les moyens qu'il a mis en œuvre à partir de 2020 pour prendre son indépendance tout en respectant une certaine loyauté que je ne vois plus vraiment aujourd'hui, mais se hisser parmi les numéros uns, c'est bien Matignon qui lui a permis cela.

Heureusement, sur le plan parlementaire, cette loyauté s'exprime encore bien réellement. Opposé fermement à la suspension de la réforme des retraites, les parlementaires proches d'Édouard Philippe ont voté et voteront contre un tel budget... mais les députés Horizons ne voteront jamais une motion de censure déposée par le RN ou les insoumis car ils n'ont aucune envie de gouverner avec ces groupes extrémistes.

À la fin de cet article, je propose la totalité de l'interview plutôt intimiste d'Édouard Philippe par la chaîne Youtube Legend, diffusée le 21 septembre 2025, qui peut donner quelques éléments sur la vie actuelle et passée de l'ancien Premier Ministre. Édouard Philippe a confié ainsi que Sébastien Lecornu, qu'il connaît bien, se fait appeler... Cornichon !

Et, enfin, pour finir, connectons cet anniversaire avec un autre, celui du tube "Fade to Grey" du groupe britannique new age Visage, qui est sorti il y a quarante-cinq ans, le 28 novembre 1980 (Édouard fêtait ses 10 ans). Rare pour une œuvre anglophone, les paroles sont chantées à la fois en anglais et en français, avec ces mots récurrents que je me garderais bien d'interpréter à l'aune de la situation politique française du moment : Devenir gris...



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Édouard Philippe sera-t-il le 9e Président de la Ve République ?
Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
Édouard Philippe massivement candidat à la succession d'Emmanuel Macron !
Édouard Philippe prêt à décoller.
De nouveaux Horizons.












https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251128-edouard-philippe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-philippe-sera-t-il-le-9e-264784

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/27/article-sr-20251128-edouard-philippe.html

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