« Une enquête Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs pour "La Tribune Dimanche" révèle que l’audiovisuel public bénéficie d’une image globalement positive auprès des Français, toutes sensibilités politiques confondues. Apprécié pour son accessibilité, sa capacité à promouvoir la création originale et la diversité des publics, il suscite néanmoins des débats sur son coût, son indépendance éditoriale et ses missions futures. Si une réforme est jugée souhaitable par près d’un Français sur deux, celle-ci devrait rester ciblée. La perspective d’une privatisation, quant à elle, suscite peu d’adhésion. » (Ipsos, le 6 décembre 2025).
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On le sait depuis quelques années, il y a un plan d'envergure des médias Bolloré pour fustiger l'audiovisuel public, c'est-à-dire France Télévisions et Radio France (principalement). Une offensive sans complaisance. Ce n'est pas étonnant, c'est un combat idéologique et la propagation de l'idéologie se fait par les canaux de la communication grand public. Quelques milliardaires sont propriétaires de presse, chaînes de télévision et stations de radio, c'est rarement rentable économiquement, mais là n'est pas le problème quand l'objectif est messianique voire politique. Du reste, ce n'est pas nouveau pour la presse.
Des députés se prêtent aisément à ce petit jeu douteux de dénigrement systématique avec la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public. Après tout, c'est le rôle des parlementaires de contrôler l'argent public. Il y a juste la manière d'enquêter : on confond investigation avec inquisition.
C'est curieux qu'une chaîne comme CNews, qui, par excellence, est une chaîne d'opinion (en gros, on y répète matin midi et soir que le Président, il est méchant, il est mauvais) reproche à leurs concurrents d'avoir des opinions. Ce qui est d'ailleurs contestable puisque le principe rappelé par la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte, c'est justement la neutralité de l'audiovisuel public. France Inter l'a d'ailleurs expérimenté : en évinçant de supposés humoristes provocateurs qui exprimaient des opinions choquantes, la célèbre station de radio a été critiquée pour une prétendue censure.
D'ailleurs, il faut être conscient qu'aucun organe d'information ne saurait exprimer l'opinion de tous les Français, tant ceux-ci sont diversifiés (De Gaulle se posait la question d'un gouvernement pour un pays qui a autant de sortes de fromages).
Dans cette guerre de l'information et de désinformation, beaucoup de bêtises sont dites... Par exemple, parler encore de la redevance de l'audiovisuel public qui coûterait cher aux Français. Typiquement une réflexion qui sent bon la naphtaline de personnes qui ne connaissent pas la France. En effet, depuis plusieurs années, il n'y a plus de redevance, qui était payée en même temps que la taxe d'habitation, elle-même supprimée, du moins pour les résidences principales. Le résultat, c'est que l'audiovisuel public est financé par le budget de l'État, rediscuté chaque année, sans fonds fiscaux propres et réservés.
Autre exemple de désinformation : l'audience de l'audiovisuel public s'écroule. En fait, il y a un mouvement de fond depuis une dizaine d'années, c'est le changement des habitudes des Français : on écoute moins la radio, on regarde moins la télévision. Public ou privé. Pour la radio, c'est très clair : toutes les stations de radio ont chuté, en particulier une championne, RTL. Mais ces dernières années, malgré la baisse des auditeurs de l'ensemble des radios, la radio France Inter avait gagné de nouveaux auditeurs. Jusqu'à cette année où la radio publique n'a plus contenu le mouvement de fond. En revanche, Radio France est le champion des fournisseurs de podcasts. Les gens n'écoutent plus aux horaires de la radio, ils écoutent à l'heure qui leur convient. Radio France est d'autant plus fort dans les podcasts que beaucoup d'entre eux ne bénéficient même pas d'une diffusion radiophonique. Cette révolution de fond a été initiée il y a une dizaine d'années et il fallait beaucoup d'anticipation à ses dirigeants pour imaginer le changement des habitudes du public. Ce changement de paradigme, la radio publique l'a fait, pas la radio privée prisonnière de leur rente de situation de plus en plus affaiblie.
Si la télévision publique a du mal à se différencier de la télévision privée (le modèle économique reste basé sur la publicité, et les producteurs ne sont pas maison), la radio publique est très différente des radios privées, en particulier par sa très grande qualité sonore (c'est un métier, et pas seulement technique, également d'organisation). Et jamais une radio privée ne fera vivre deux orchestres philharmoniques à grande réputation internationale, une radio culturelle très ciblée (France Culture) ou un radio musicale (France Musique). C'est d'ailleurs très rares que des artistes musiciens puissent bénéficier d'un CDI, ce qui est le cas avec Radio France (après une sélection très rude). Si de tels orchestres sont gérés par des radios publiques partout dans le monde, ce n'est pas un hasard, c'est parce que l'art ne répond pas immédiatement à des modèles économiques classiques, c'est-à-dire marchands.
Après, l'audiovisuel public n'est pas exempt de critiques. On peut reprocher la partialité d'une émission comme "Commission d'enquête" qui fait parfois les vide-ordures, ou encore s'interroger sur une collusion entre certains journalistes et certains partis politiques. À propos de la polémique récente sur une vidéo volée d'un petit-déjeuner entre deux journalistes et deux responsables politiques du PS, rappelons que Thomas Legrand était rencontré en tant que journaliste de "Libération" (dont on connaît tous la proximité politique) et pas en tant que représentant de France Inter (il n'y faisait qu'une chronique hebdomadaire d'histoire). De même que Patrick Cohen n'est qu'un chroniqueur parmi de nombreux autres, comme Dominique Seux, etc. et n'a jamais eu la prétention de représenter la rédaction de la première chaîne de radio de France.
Je comprends très bien l'intérêt politique du RN et de ses alliés (ciottistes et zemmouriens) d'en vouloir à l'audiovisuel public, de vouloir l'éliminer, car ils ne supportent pas le pluralisme. Il faut comprendre que cette volonté s'étend désormais vers des parlementaires de LR, ce qui est fort inquiétant.
Pour autant, ce qui m'interroge le plus, c'est que l'audiovisuel public n'est plus défendu, sinon de manière caricaturale par des partisans gauchistes. France Télévisions et Radio France, entre autres, sont des biens nationaux qu'il s'agit de préserver précieusement. On pourra toujours dire que tout coûte trop cher. Que sont 4 milliards d'euros face aux 3 400 milliards d'euros de dettes ? Certainement pas la solution pour régler le problème du déficit, car il faut trouver 120 milliards d'euros par an, et les mêmes remettent en cause la réforme des retraite, ce qui coûtera bientôt à la France plusieurs dizaines de milliards d'euros par an. Les chiffres, on peut toujours jongler avec, ce n'est pas un argument vraiment convaincant.
L'État a des missions et la question est de savoir si ces missions sont correctement remplies ou pas, pas de les financer. Cette dépense a-t-elle une efficacité ou pas ? Personne de la classe politique défend fermement l'audiovisuel public, mais heureusement, le peuple est là ! Et ce n'est pas un hasard si un sondage réalisé par Ipsos bva – CESI École d'ingénieurs et publié le 6 décembre 2025 par "La Tribune Dimanche" vient rassurer ceux qui restent attachés à l'audiovisuel public (on peut le lire dans son intégralité ici). Car, en réaction aux cris politiques agressifs et haineux, ce sondage rassure en effet sur l'attachement des Français à leur audiovisuel public.
Une première question vise à donner l'image de l'audiovisuel public, et, ô surprise !, cette image est globalement bonne pour 69% des sondés. Autre surprise : même auprès de 59% des sympathisants du RN, elle est positive ! On ne s'étonnera pas, toutefois, que le seul groupe qui a une image négative (pour 60%), c'est ceux qui ne la regardent ou écoutent jamais ou rarement.
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Quant à l'attachement des chaînes ou stations publiques, visiblement, il est réel pour la télévision (France 2, France 3, Arte qui ne fait pas partie de France Télévisions), et plus incertain pour les stations de radio (France Info, France Inter, réseau France Bleu rebaptisé Ici).
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Une question a aussi testé les personnalités qui incarneraient le mieux l'audiovisuel public selon les sondés. On comprend mieux pourquoi la polémique sur Thomas Legrand n'a eu qu'un simple retentissement dans le microcosme politico-médiatique : Thomas Legrand n'est même pas cité et Patrick Cohen seulement par 7% des sondés.
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J'évoquais les missions de l'audiovisuel public, et selon les sondés, elles sont remplies : l'audiovisuel public s'adresse à tout le monde et pas à une catégorie de la population en particulier (pour 71%) ; il permet des œuvres de création nouvelles et originales (pour 69%) ; il mise sur des programmes et des émissions de qualité (pour 59%) et il informe de manière fiable et indépendante (pour 52%). Alors, évidemment, en France, on veut toujours le beurre et l'argent du beurre, donc pas étonnant que 49% des sondés trouvent que l'audiovisuel public leur coûte trop cher (alors que la vraie question, c'est si l'argent est bien dépensé ou pas, ce qui semble le cas si l'on en juge par la perception qu'en ont les sondés).
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Intuitivement, les sondés donnent pour missions principales de l'audiovisuel public une information nationale et internationale de référence et la promotion de la culture française, au fond, comme les missions de l'ORTF au temps du gaullisme triomphant.
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Enfin, l'idée que les sondés ont d'une éventuelle privatisation devrait faire réfléchir les futurs candidats aux prochaines élections : même si ce n'est pas très net, une majorité craint que la privation dégrade plus que n'améliore l'accomplissement d'un certains nombres de missions.
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Et c'est normal. Privatiser l'audiovisuel public, ce serait vendre des bijoux de famille. Leur valeur est historique. Un bien commun. Au profit d'une concurrence qui ne supporte pas la pluralité des expressions, ni la contradiction. L'État protecteur est bien là, protéger les citoyens de la toute-puissance de l'argent des milliardaires. Même si cette défense de l'audiovisuel public n'est pas encore très organisée, la privatisation de la télévision et de la radio publiques toucherait une zone très sensible du patrimoine des Français, aussi sensible que lorsqu'on a voulu toucher à l'enseignement libre. L'affrontement idéologique n'est pas encore achevé.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (06 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Vous avez dit audiovisuel public ?
Sondage Ipsos bva – CESI École d'Ingénieurs sur l'audiovisuel public publié le 6 décembre 2025 pour BFMTV et "La Tribune Dimanche" (à télécharger).
Thomas Legrand : les complotistes de la Bollosphère auraient-ils raison ?
La réforme de l'audiovisuel public rejetée par les députés (en première lecture).
L'extinction de C8 : la loi ou la liberté d'expression ?
Ci-gît la redevance à la papa.
La BBC fête son centenaire.
Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251206-audiovisuel-public.html
https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/vous-avez-dit-audiovisuel-public-265119
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/07/article-sr-20251206-audiovisuel-public.html
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