« C'est de dire aux Françaises et au Français qu'on va y arriver ! (…) Il n'y a pas de chemin impossible. Il faut qu'on arrive à mettre fin, au fond, à ce double décalage : le décalage entre la situation politique et le décalage avec ce qu'attendent légitimement nos concitoyennes et nos concitoyens, pour leur vie quotidienne, pour la situation économique et sociale, leur sécurité, bref, ce pour quoi évidemment nous sommes missionnés. Et ce décalage entre la vie politique et la vie réelle devient préoccupant. (…) Alors, pour cela, il va falloir aussi changer, être sûrement plus créatif, parfois plus technique, plus sérieux dans la manière de travailler avec nos oppositions (…). Et je le dis aussi : il va falloir des ruptures. Et pas que sur la forme. Et pas que dans la méthode. Des ruptures aussi sur le fond. » (Sébastien Lecornu, le 10 septembre 2025 à Matignon).
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Surtout, ne parlez pas de victoire ! Le Premier Ministre Sébastien Lecornu a le triomphe modeste, d'autant plus qu'il n'a pas fini son parcours du combattant, celui du moine-soldat qu'il est. D'ailleurs, il n'était volontairement même pas dans l'hémicycle ce mardi 9 décembre 2025 peu avant 20 heures pour savourer sa (quand même) victoire, ou, du moins, la victoire de sa méthode. Le PLFSS 2026, projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, a été adopté par les députés en deuxième lecture sans utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. Il a ainsi supplanté ses deux prédécesseurs, Michel Barnier et François Bayrou.
Le vote a été obtenu avec 13 voix d'avance, avec une mobilisation massive de tous les groupes parlementaires. Autant dire que rien n'était certain ce soir jusqu'à la dernière minute. Les écologistes se sont abstenus après le rehaussement, dans la journée, du seuil de l'ONDAM, objectif national des dépenses d'assurance-maladie, augmenté de 3% par rapport à 2025, au lieu d'un seuil irréaliste et susceptible d'être considéré comme insincère.
Quelques minutes avant le vote solennel de l'ensemble du PLFSS, il y a eu le vote, sans signification politique, de la troisième partie du PLFSS, la partie dépenses, adoptée avec 227 voix pour, 86 contre et 189 abstentions, dont 102 provenant des députés RN.
Le plus significatif, politiquement, reste évidemment le vote de l'ensemble du PLFSS avec 247 voix pour, 234 voix contre et 93 abstentions. Il ne manquait à l'appel qu'un seul député des 575 députés actuellement en exercice (2 sièges sont vacants), il s'agissait d'un membre (ultramarin) du groupe communiste, une députée de Polynésie française. On voit ainsi que chaque groupe s'est massivement mobilisé, même si, pour plusieurs d'entre eux, les votes ont été dispersés.
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Dans les oppositions populistes, il n'y avait aucune incertitude sur leurs votes avec une discipline efficace : 123 députés RN sur 123 ont voté contre ; 16 députés ciottistes sur 16 ont voté contre et 71 députés FI sur 71 ont voté contre. Pour provoquer le chaos, ils étaient tous présents.
Dans l'opposition de gauche un peu plus responsable, la situation était particulièrement dispersée. Les communistes ont voté majoritairement contre le PLFSS, mais pas complètement : 10 députés PCF sur 17 ont voté contre (dont Elsa Faucillon, Jean-Paul Lecoq, Stéphane Peu, Emmanuel Tjibaou) ; 5 députés PCF se sont abstenus (dont Yannick Monnet) et 1 député PCF a voté pour (Emmanuel Maurel). Chez les écologistes, la situation étaient encore plus dispersée. Majoritairement, l'abstention était la consigne : 26 députés EELV sur 38 se sont abstenus (dont Pouria Amirshahi, Cyrielle Chatelain, Sandra Regol, Eva Sas) ; 9 députés EELV ont voté contre (dont Clémentine Autain, Alexis Corbière, Hendrik Davi, Benjamin Lucas, Sandrine Rousseau, François Ruffin, Danielle Simonnet) et 3 députés EELV ont voté pour (Delphine Batho, Dominique Voynet et Jérémie Iordanoff).
Enfin, à gauche, les socialistes ont été les véritables modérateurs de ce vote : 63 députés PS sur 69 ont voté pour (dont Laurent Baumel, Philippe Brun, Arthur Delaporte, Olivier Faure, Guillaume Garot, Emmanuel Grégoire, Jérôme Guedj, Stéphane Hablot, Céline Hervieu, François Hollande, Sacha Houlié, Gérard Leseul, Dominique Portier, Aurélien Rousseau, Hervé Saulignac, Boris Vallaud) et 6 députés PS se sont abstenus (dont Dieynaba Diop). Aucun n'a voté contre, afin de consolider le trophée que les socialistes avaient obtenu dès le début de la discussion budgétaire, la suspension de la réforme des retraites jusqu'au 1er janvier 2028.
Du côté de ceux qui participent actuellement au gouvernement, les choses n'étaient pas très claires.
Il y avait les soutiens loyaux du chef du gouvernement. Le groupe EPR (Renaissance) a voté massivement pour (91 députés EPR sur 91, dont la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet). Le groupe MoDem également : 36 députés MoDem sur 36 ont voté pour.
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En revanche, ce n'était pas le cas du groupe Horizons qui s'est clairement positionné en dehors de la coalition macroniste : 25 députés HOR sur 34 se sont abstenus (dont Sylvain Berrios, Paul Christophe, Nathalie Colin-Oesterlé, Agnès Firmin Le Bodo, Lise Magnier, Laurent Marcangeli, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Frédéric Valletoux) et seulement 9 députés HOR ont voté pour (dont Thierry Benoît, Isabelle Rauch).
De même, le groupe LR s'est majoritairement abstenu (victoire de la consigne de Laurent Wauquiez sur la consigne de Bruno Retailleau, président de LR, qui voulait un vote contre) : 28 députés LR sur 49 se sont abstenus (dont Michel Barnier, Laurent Wauquiez, Xavier Breton, Pierre Cordier, Fabien Di Filippo, Justine Gruet, Michel Berbillon, Patrick Hetzel, Véronique Louwagie, Yannick Neuder, Jean-Louis Thiériot) ; 18 députés LR ont quand même fait preuve de responsabilité en votant pour (dont Thibault Bazin, Julien Dive, Philippe Gosselin, Philippe Juvin, Michèle Tabarot) et 3 députés LR ont voté contre (dont Alexandra Martin).
Parmi les OVNI de l'Assemblée, il y a le groupe LIOT : 20 députés LIOT sur 22 ont voté pour (dont Charles de Courson, Yannick Favennec, David Habib, Harold Huwart, Stéphane Lenormand, Paul Molac, Christophe Naegelen, Jean-Luc Warsmann, Estelle Youssouffa) et 2 députés LIOT se sont abstenus (Valérie Létard et Olivier Serva). Autres OVNIs, les députés non-inscrits qui se sont ainsi répartis : 6 ont voté pour (dont Raphaël Schellenberger, Stella Dupont, Sophie Errante), 2 contre et 1 s'est abstenu (Aurélien Pradié).
Ce qui en ressort peut sembler être une grande confusion. En fait, c'est assez normal : ce budget de la sécurité sociale, c'est celui d'aucun groupe, d'aucun parti politique. Tous les groupes peuvent considérer qu'il n'est pas bon, qu'il ne répond pas aux attentes du pays. Et pourtant, c'est le principe du compromis. L'agilité politique de Sébastien Lecornu (qui est ainsi un très grand homme d'État), c'est d'avoir su faire des concessions à gauche sans trop fâcher à droite. C'était un jeu d'équilibriste : personne n'est satisfait, mais la situation politique est telle que c'est le meilleur budget possible. Et, depuis 1958, jamais le Parlement n'a été aussi proactif dans la construction budgétaire.
Le vote doit se déterminer selon ces deux possibilités : ou ce PLFSS mi-figue mi-raisin, ou rien du tout, et le rien du tout est de toute façon plus coûteux pour la France car c'est le choix entre un déficit de 20 milliards d'euros ou un déficit de 30 milliards d'euros. Les socialistes ont réussi à arracher beaucoup de concessions au gouvernement (d'où les énervements à droite), et étaient probablement les plus motivés à ce que ce projet fût adopté (en particulier pour la suspension de la réforme des retraites). Certains socialistes admettent en off qu'ils ont obtenu des mesures qu'ils n'auraient jamais été capables d'adopter s'ils disposaient eux-mêmes d'une majorité absolue, car on les aurait taxés d'irresponsables.
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Lorsqu'on regarde dans le détail les différents votes (voir plus haut le scrutin n°4696), on peut en tirer quelques enseignements.
Le premier, c'est que ce PLFSS a été adopté principalement grâce aux 18 députés LR qui ont voté pour. Et il aurait pu être rejeté à cause des 25 députés proches de l'ancien Premier Ministre Édouard Philippe qui se sont abstenus, préférant prendre le risque d'un rejet du projet.
Le deuxième enseignement, c'est que les socialistes ont réussi leur pari. La stratégie de négociation pour avoir des concessions a été efficace. Mieux encore pour eux : avec l'abstention des écologistes, les socialistes ne sont pas les seuls "traîtres" aux yeux des insoumis et peuvent raisonnablement se présenter devant leurs électeurs avec des justifications convaincantes (notamment sur les retraites).
Le troisième enseignement est le corollaire du deuxième : la gauche s'est complètement éclatée dans ce vote, un éclatement qui n'est pas anecdotique mais profondément idéologique, on retrouve le clivage à gauche entre révolutionnaires (mettre le chaos partout) et réformistes (école du pragmatisme). Cela signifiera sans doute beaucoup de désunion à gauche aux municipales de mars 2026 dans les grandes villes. En revanche, cela ne signifiera rien lors d'éventuelles prochaines élections législatives où la tactique pour sauver les meubles l'emportera sur les rancœurs personnelles, comme ce fut le cas en 2022 et 2024.
Le quatrième enseignement, c'est que les députés Horizons ont quitté le navire macroniste avec pertes et fracas. La stratégie incendiaire d'Édouard Philippe, son objectif de ne plus dépendre du Président Emmanuel Macron aux yeux des électeurs, est un mauvais calcul : dès le premier tour d'une éventuelle élection présidentielle, il devra rassembler l'ensemble des électeurs macronistes s'il veut être qualifié pour le second tour. Ce n'est assurément pas le chemin qu'il prend.
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Le cinquième enseignement, c'est que dans la bataille interne au sein de LR, Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l'Assemblée, a repris la main sur Bruno Retailleau, président de LR. Sa consigne d'abstention a été suivie (au lieu d'un vote contre prôné par l'ancien Ministre de l'Intérieur), et Laurent Wauquiez, par sa modération (nouvelle), pourrait attirer vers lui un électorat modéré dégoûté par ses anciennes outrances démagogiques.
Le sixième enseignement, c'est que les partis populistes et extrémistes n'ont aucun sens de l'intérêt général. Que ce soient le RN et ses alliés ou les insoumis, ils veulent la chute du gouvernement, le chaos politique, et ils ont les moyens de faire appliquer une totale discipline interne (pas une voix qui ne fût pas contre le gouvernement). En d'autres termes, ils préfèrent leurs petits intérêts de boutiquiers partisans à l'intérêt des Français qui passent par une réduction du déficit pour éviter des taux d'intérêt exorbitants.
Enfin, le septième enseignement, c'est que la méthode Lecornu fonctionne pas mal, mieux que celle de Michel Barnier (il n'y avait pas de méthode Barnier) et mieux que celle de François Bayrou. Dans quelques jours, Sébastien Lecornu va dépasser la longévité (très courte) de Michel Barnier à Matignon (lui-même, en s'abstenant sur ce vote de mardi, n'a pas fait preuve d'un grand sens des responsabilités), et s'il réussit la course d'obstacles budgétaire jusqu'au bout, il aura gagné l'année 2026, car les députés se garderont de précipiter une dissolution en pleine campagne municipale (printemps 2026), et ensuite, nous serons en pleine campagne présidentielle (à partir de l'été 2026).
Le processus du PLFSS n'est pas encore terminé. Il y aura encore un vote au Sénat, probablement négatif, puis un retour à l'Assemblée avec le même texte et probablement le même résultat (prévu probablement vers le 15 décembre 2025).
Enfin, la procédure sur le projet de loi de finances pour 2026 (PLF 2026) devra être achevée avant Noël et sans article 49 alinéa 3 de la Constitution, on peut se demander comment il pourra être adopté avec l'abstention des socialistes. Sébastien Lecornu a pour atouts sa non-mise en avant et sa parfaite connaissance des procédures parlementaires. Ce sont peut-être les anti-héros qui réussissent le mieux, de nos jours.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (09 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Adoption du PLFSS 2026 : une victoire de la méthode Lecornu !
PLFSS 2026 : un certain masochisme ?
La situation électorale à dix-huit mois de la prochaine élection présidentielle.
Sondage Elabe des intentions de vote à la présidentielle publié le 1er novembre 2025 pour BFMTV et "La Tribune Dimanche" (à télécharger).
Laure Miller.
Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Roland Lescure.
Budget 2026 : les grandes manœuvres commencent !
Débat parlementaire du vendredi 24 octobre 2025 à l'Assemblée Nationale.
Au travail, les députés !
Première mission de Sébastien Lecornu remplie : le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez !
Déclaration de politique générale du Premier Ministre Sébastien Lecornu le 14 octobre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
L'humilité de Sébastien Lecornu II sera-t-elle efficace ?
Composition du Gouvernement Sébastien Lecornu II nommé le 12 octobre 2025.
Sébastien Lecornu II, homme de devoir et gouvernement libre.
Le moine-soldat Sébastien Lecornu.
Un gouvernement de 14 heures...
Le gouvernement Lecornu sera-t-il éphémère ?
Composition du Gouvernement Sébastien Lecornu I nommé le 5 octobre 2025.
Le retour de Michel Barnier.
Nicolas Sarkozy bientôt en prison : choc septique pour nos institutions !
Les 25 ans du quinquennat.
La France reconnaît l'État de Palestine aux Nations-Unies.
Fitch : ne pas surinterpréter la rétrogradation de la note de la France.
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Du Tohu-bohu à Sébastien Lecornu.
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Matignon : qui succédera à François Bayrou ?
François Bayrou et la victoire du tohu-bohu.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 8 septembre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
Journée critique pour Bayrou... et la France !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 7 septembre 2025 pour Brut (vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 5 septembre 2025 sur RTL (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 4 septembre 2025 dans le journal de 20 heures sur France 2 (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 dans "Paris Match" (texte intégral).
Démission, destitution... Emmanuel Macron peut-il écourter son second mandat présidentiel ?
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
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Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251209-plfss.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/adoption-du-plfss-2026-une-265143
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/09/article-sr-20251209-plfss.html
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