« L’ennemi, c’est le virus, c’est cette maladie terrible, si contagieuse qu’elle est au sommet du classement européen en termes de gravité. Vous pouvez bien sûr manifester, mais on ne manifeste pas efficacement contre un virus. » (Annie Genevard, le 9 décembre 2025 dans l'hémicycle).
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La Ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire Annie Genevard est aujourd'hui sur le front de la contestation agricole. C'est un ministère toujours très difficile, peut-être plus que d'autres, car au-delà du sujet, il y a des humains, des agriculteurs souvent fatigués et épuisés par les normes et la réglementation.
Depuis cinq mois mois, une maladie infectieuse virale s'abat sur les bovins, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Les vaches qui en sont contaminées survivent peut-être (pour 90% d'entre elles), mais la réglementation interdit leur exportation.
Ce qui est rassurant, c'est que cette maladie ne touche pas les humains et reste entre vaches. Son vecteur de propagation est la mouche. Le foyer était en Savoie sur des vaches laitières. Elle peut coûter cher puisque 10% des vaches en meurent. C'est la raison pour laquelle l'Organisation mondiale de la santé impose une déclaration obligatoire. Le problème des éleveurs, c'est qu'en déclarant une vache infectée, ils peuvent voire la totalité de leur troupeau abattu.
C'est un peu comme si on considérait que pour éradiquer la méningite, si le cas d'un enfant se présentait, on abattrait tous les enfants de sa classe, voire tous les enfants de son école. Cela peut paraître ridicule, et un peu morbide, mais une analogie pas si déraisonnable. Les éleveurs ont mis beaucoup de temps à constituer leurs troupeaux, parfois plusieurs générations, et il est peut admissible que des dizaines voire centaines de vaches saines soient abattues par simple principe de précaution.
La ministre de l'agriculture n'innove pas dans ce domaine et reprend la réglementation française, européenne et internationale, ainsi que les recommandations stratégiques du parlement de l'élevage, un collectif de scientifiques, de professionnels, de représentants syndicaux : « J’ai une pensée pour tous ces éleveurs qui ont vu leur cheptel abattu. Je connais le drame intime que cela représente. » a assuré Annie Genevard devant la représentation nationale, consciente de la tragédie que vivent de nombreux agriculteurs.
Elle est d'ailleurs ouverte pour faire évoluer les conséquences de l'infection d'une vache. Les vaches infectées peuvent être soignées, et auparavant, elles peuvent être vaccinées. Certes, la vaccination ne supprime pas totalement le risque d'être infecté, mais elle supprime le risque de la propagation de la maladie. Et puis, il faut revoir les conditions de transports, notamment des carcasses infectées. Passer de Savoie en Occitanie n'est pas anodin, les vaches ne prennent pas le TGV.
Bien sûr que la dermatose nodulaire contagieuse est un sujet préoccupant et grave et qu'il n'est pas question de laisser l'infection se propager. Une mortalité de 10% est énorme, cela signifie, à terme, l'élimination de dizaines de milliers de vaches. Il faut donc absolument combattre l'infection.
C'est le moyen de la combattre qui, aujourd'hui, prête au débat. L'abattage total de tout le troupeau dont est issue une vache contaminée n'est pas satisfaisant.
D'une part, il coûte cher à tous les points de vue : économique pour les éleveurs qui perdent leur capacité de production ; aussi psychologique pour les éleveurs qui peuvent se décourager après un tel drame ; budgétaire pour l'État dont les finances vacillantes rendent les indemnisations de plus en plus aléatoires ; et même du point de vue éthique, c'est un peu nouveau, mais les animaux sont des êtres sensibles, et l'abattage massif de troupeau fait malheureusement penser à une bien sombre histoire récente.
Du reste, ce n'est pas nouveau l'idée de vouloir abattre des animaux sains pour des raisons sanitaires sous prétexte de principe de précaution. C'était le cas aussi pour deux éléphantes retraitées dont la copine serait morte de tuberculose au Parc de la Tête d'or à Lyon. Le préfet (devenu plus tard ministre) voulait euthanasier les deux éléphantes susceptibles d'avoir été infectées par la tuberculose. Après un combat de plusieurs mois, c'est Stéphanie de Monaco qui, finalement, a obtenu leur grâce (préfectorale) et les a amenées chez elle pour terminer leur vie paisiblement. Les analyses avaient d'ailleurs montré qu'elles étaient finalement saines et ne présentaient aucune menace sanitaire.
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Les éleveurs de vaches touchées par la DNC protestent contre cet abattage systématique et aveugle. Ils sont suivis un peu partout en France et en particulier dans le Sud-Ouest (mais aussi dans le Doubs, au Pas-de-Calais, etc.). Les agriculteurs ont des moyens de se faire entendre grâce à leurs tracteurs qui peuvent bloquer une autoroute. Mais en réaction, ils subissent une répression policière non négligeable.
Aujourd'hui, que peut-on recommander pour la DNC ? Bien sûr, en mesure préventive et systématique, la vaccination, et, lorsqu'une vache est infectée, l'isolement et les soins ou l'abattage mais uniquement des individus infectés. Cela coûtera beaucoup moins cher que l'abattage total du cheptel. Et surtout, cela maintiendra les éleveurs dans leur légalité : en effet, quel intérêt ont les éleveurs de déclarer leur vache malade s'ils savent que les gendarmes vont venir et superviser l'abattage total ? C'est comme cela que l'épidémie se propage, d'ailleurs, par des non-déclarations plus ou moins volontaires. En redonnant aux agriculteurs la confiance aux institutions, l'État protégera mieux les bovins des infections virales.
Ce qui se passe pour la dermatose nodulaire contagieuse chez les bovins est important, à savoir préférer la vaccination et l'isolement à l'abattage total, car cela peut faire évoluer la réglementation pour d'autres maladies.
L'infection la plus grave qui touche les agriculteurs, c'est la grippe aviaire, notamment pour les élevages de canards. Or, au contraire de la DNC, la grippe aviaire traverse les espèces et on déplore de nos jours déjà quelques dizaines de cas mortels chez les humains. Le risque est donc qu'une nouvelle pandémie de type covid se répète à partir d'une mutation du virus H5N1 de la grippe aviaire. Et sa mortalité, ce n'est pas 10%, mais 50% !
Autant dire que la signature imminente et en grandes pompes du traité du Mercosur n'est pas fait pour apaiser nos agriculteurs français qui savent très bien que les contrôles sur le respect des normes en Amérique latine ne seront pas aussi rigoureux qu'en Europe. Ils attendent donc une ministre qui les défendent et les protègent.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (14 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Changement de paradigme chez les bovins ?
Grippe aviaire : désastre sanitaire mondial en perspective ?
Quel bovin vous amène ?
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
Document à télécharger : Décision n°2025-891 DC du 7 août 2025 sur la loi Duplomb.
Loi Duplomb : les Sages interdisent la réintroduction des néonicotinoïdes dans l'agriculture.
Emmanuel Macron doit-il promulguer la loi Duplomb ?
Laurent Duplomb.
La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
Les 10 mesures de Gabriel Attal insuffisantes pour éteindre la crise agricole.
Émotion nationale pour Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
José Bové.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251213-dermatose-nodulaire-contagieuse.html
https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/changement-de-paradigme-chez-les-265264
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/15/article-sr-20251213-dermatose-nodulaire-contagieuse.html
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