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4 janvier 2026 7 04 /01 /janvier /2026 14:49

« Nous ne mettons pas les moyens là où il faut. Pourquoi ? Parce que la parole politique ne dit pas aux Français et aux Européens quelle est l'urgence. Nous avons changé de monde. Nous sommes devant des menaces existentielles pour l'Europe. Je le dis bien, comme l'Ukraine est confronté à une menace existentielle, nous sommes confrontés aujourd'hui à une menace existentielle. Si nous voulons que l'Europe existe encore dans cinq ans ou dans dix ans, si nous voulons que la France ne soit pas balayée par les forces identitaires et populistes et que nous ayons encore la capacité à vivre libres dans notre pays, eh bien, nous devons retrouver le goût de l'action et le goût de la vérité de ce que nous sommes. Car nous sommes en train de nier notre propre identité historique. » (Dominique de Villepin, le 4 janvier 2026 sur BFMTV).





 


Que le verbe est grand ! L'ancien Premier Ministre Dominique de Villepin, candidat à l'élection présidentielle de 2027, s'est exprimé longuement sur l'actualité brûlante du monde ce dimanche 4 janvier 2026 à midi sur BFMTV. Autant le dire clairement, j'ai certes été impressionné par son fameux discours au Conseil de Sécurité de l'ONU contre l'invasion de l'Irak par les troupes américaines, mais je suis très opposé à certaines de ses positions, en particulier sur la situation en Israël, et, plus généralement, sur une tendance personnelle qui tend à devenir de plus en plus un porte-parole de Jean-Luc Mélenchon. Il était même l'invité de la Fête de l'Humanité à la rentrée 2024 !

Pour autant, avec son expérience internationale, sa vision du monde a le mérite de la cohérence globale et reste toujours intéressante à écouter et lire, d'où cet article qui évoque des sujets de fond passés en revue par les journalistes de BFMTV (on pourra réécouter l'intégralité de son interview à la fin de cet article).


1. La catastrophe à Crans-Montana

Le premier sujet concernait l'horrible incendie dans un bar de Crans-Montana pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. Selon les dernières macabres identifications, 40 personnes y ont péri, dont 9 Français, et 119 ont été très gravement blessés, dont 23 Français. L'émotion ne doit pas faire oublier, dès maintenant, le sens des responsabilités, et c'était le sens de la réaction de Dominique de Villepin qui n'hésitait pas à s'imaginer comme un parent de ces (généralement) jeunes victimes : « Qui peut imaginer perdre un enfant dans de telles conditions un 31 décembre ? ».

Que dit-il ? Cet événement, selon lui, non seulement appelle un besoin d'information, un besoin de justice, mais aussi un besoin de responsabilité : « Tous ceux qui accueillent du public, dans quelques circonstances que ce soient, un bar, une boîte de nuit, un restaurant, doivent aujourd'hui se préoccuper de cette exigence de sécurité. Ces drames arrivent, et quand ils arrivent, c'est trop tard pour réagir. Et donc, les accès de sécurité, les données sensibles, un plafond en plastique, un plafond en bois, tout ce qui peut contribuer à créer un tel drame, eh bien, c'est au-de-là des contrôles qui sont nécessaires, c'est la responsabilité bien sûr de ceux qui tiennent de tels locaux. Et j'espère que chacun ce matin a à cœur de faire le tour de ses installations, de faire le point pour que de tels événements ne se reproduisent pas. Cela n'arrive pas qu'aux autres. ».

Cet appel à la responsabilité est raisonnable mais original. Il interroge tous les gérants d'établissements recevant du public de France, d'Europe et plus généralement, du monde. L'incendie du Constellation n'est hélas pas le premier mais il faudrait tout faire pour qu'il soit le dernier.


2. L'intervention américaine au Venezuela

L'expertise de l'ancien Ministre des Affaires étrangères l'a évidemment amené à commenter avec passion le deuxième sujet, à savoir l'enlèvement de Nicolas Maduro à Caracas et son transfert à New York : « Nous avons un peu plus changé de monde, changé de seuil. Progressivement, nous nous habituons à un monde où toutes les règles sont effacées, où le droit n'existe plus, le droit international censé régir les relations entre États, cela n'existe plus. (…) Nous avons également, au-delà de l'éloignement, le sentiment que tout cela est passager, après Donald Trump, les choses reviendront à la normale. Non ! C'est un changement profond, qui se prépare depuis des années. C'est la marche vers des nouveaux empires, et l'Amérique d'aujourd'hui est prise par une forme d'hubris où tout est possible. Et c'est la marque d'un illimitisme ; Il n'y a plus de limite. Pas de limite à la puissance, pas de limite à l'appétit, à l'appétit prédateur, la quête de ressources derrière Nicolas Maduro et derrière l'argument du narcotrafic qu'on peut comprendre compte tenu du drame que cela représente. ».

Toutefois, comme tout démocrate, Dominique de Villepin s'est quand même réjoui de la chute de Maduro : « Il faut, d'abord et avant tout, dire à quel point personne ne regrettera Nicolas Maduro. (…) Nicolas Maduro est à la tête d'un régime qu'il a mis en faillite. Un pays richissime, un pays pétrolier, un pays qu'il a mis en ruine, un pays qui connaît depuis des années une catastrophe humanitaire absolument sans précédent pour cette région. (…) Avec huit millions d'exilés qui sont en Amérique latine, et en Europe et aux États-Unis. Et bien sûr, une complicité avec un certain nombre de trafics, et donc complicité mafieuse. ».

En revanche, il a voulu anticiper un monde où l'on ouvrait la boîte de Pandore : « Est-ce que cela justifie une opération comme celle-ci ? Clairement, non ! La souveraineté d'un État ne peut pas être mise en cause unilatéralement. Il y a un processus pour ça. Est-ce que les Nations Unies ont donné leur accord ? Est-ce qu'il y a le consentement de l'État ? Non. (…) Et est-ce que le narcotrafic est la vraie raison ? Ne l'oublions pas, Donald Trump a pris une mesure très importante il y a quelques jours. Il a gracié l'ancien Président du Honduras, accusé pour plusieurs dizaines d'années de prison de narcotrafic, le Président Hernandez. Donc, manifestement, il y a d'autres arguments. ».

Dominique de Villepin s'est plus généralement inquiété de l'évolution des relations internationales : « Il faut prendre la mesure de ce qui se passe. Mépris du droit international, atteinte à la souveraineté du Venezuela, convoitise, je parlais d'illimitisme, bien sûre, nous sommes dans un monde de rareté, et la quête, par les nouveaux empires, de ressources, de territoires constituent un objectif majeur. Le Venezuela, c'est la première réserve de pétrole au monde. Donald Trump vient de mettre la main sur la plus grosse station d'essence du monde. ».

Et de se poser la question de la légitimité de l'intervention américaine : « Il y a une argumentation qui s'appuie sur le narcotrafic pour des raisons de légalité, également sur une opération de police qui trouve son fondement dans la décision de l'État de New York en 2020 et qui peut justifier un mandat d'arrêt contre Maduro. Mais nous voyons bien que cela ne suffit pas à justifier l'opération américaine, d'autant que nous sommes au milieu d'un processus dont nous ne connaissons pas exactement aujourd'hui l'aboutissement. Les forces américaines sont intervenues pour exfiltrer le Président, sa famille, ses enfants. (…) Contrairement à ce qui s'est passé en Irak, il y a un changement de personne, pas encore un changement de régime. Les principaux protagonistes du régime sont en place, le Ministre de l'Intérieur, M. Diosdado Cabello, la Vice-Présidente Delcy Rodriguez, le Président du Parlement, le frère de Mme Rodriguez, tous ceux-ci sont en place. La vraie question, c'est : est-ce que c'est une opération qui se fait avec le maintien en place du régime, quitte à ce qu'une couverture soit donnée à ce régime pour prendre la main sur les ressources pétrolières américaines, ou est-ce que c'est une véritable opération de régime et de protectorat sous direction américaine ? ».

Pour l'avenir du Venezuela, l'idéal, pour Dominique de Villepin, serait ceci : « La première décision des États-Unis, c'est de reprendre le fil là où il a été interrompu sur le plan démocratique, et donc de faire en sorte que le Président élu, M. Urrutia, puisse prendre le pouvoir, que Mme Corina Machado, la Prix Nobel de la Paix, puisse jouer un rôle compte tenu de la force morale qu'elle représente, et que le peuple vénézuélien puisse être amené à choisir. ».

Mais, selon lui, on ne s'acheminerait pas vers cela : « Manifestement, nous sommes dans une opération qui, aujourd'hui, laisse présager une transition au long cours, le temps pour les États-Unis, et il l'affirme, (…) et bien sûr que ça me choque, établir un protectorat, et à partir de là, gérer bien sûr les ressources du Venezuela. Ne l'oublions pas, le Venezuela est frontalier du Guyana où viennent des découvertes également des ressources pétrolières tout à fait considérables. Donc, il y a un enjeu économique majeur. (….) C'est une intervention totalement illégale, qui porte atteinte à la souveraineté du Venezuela. C'est un protectorat qui est établi sur le Venezuela, et c'est en cela que nous devons (…) prendre la mesure de ce qui est en train de se passer. ».



3. Un basculement historique et la faiblesse de la réaction européenne

Ce changement de paradigme est d'une très grave portée : « C'est un basculement historique, et la réaction que nous devons avoir doit prendre en copte ce qui est susceptible de venir, ce qui est en train de venir. (…) Premier élément qui doit guider notre réaction : le message qui est apporté est interprété par certains comme un message très dur vis-à-vis de la Chine et vis-à-vis de la Russie. Je crois exactement l'inverse. Parce que c'est un message d'un empire qui se comporte de façon impériale et qui, en quelque sorte, dit aux autres empires : moi, dans ma zone d'influence, selon les principes de la doctrine Monroe, dans l'hémisphère occidental, je fais ce que je veux, je me sers, je prends les richesses là où elles sont. Et le message donc adressé à la Chine et à la Russie, dans votre propre hémisphère, libre à vous de vous servir. Voilà ce qu'aujourd'hui le Président Xi et le Président Poutine peuvent comprendre. C'est la logique des blocs et c'est la logique de l'influence. Et malheureusement, qu'est-ce qu'on constate ? C'est que s'il y a un endroit, un continent où ceci n'est pas compris, c'est l'Europe. ».

D'où, selon lui, la mauvaise réaction de l'Europe qui ne se rend pas compte du point de bascule : « La réaction des dirigeants européens, la réaction d'Emmanuel Macron montre deux choses. (…) Ce qui se joue va bien au-delà du Venezuela, a une dimension politique et symbolique extrêmement forte. Ce qui se joue, et c'est en cela que ça nous concerne, nous Français et Européens, c'est un changement complet de l'ordre international. Et le mépris du droit, l'illimitisme des empires va nous conduire à des situations où Emmanuel Macron, les Européens, tous les dirigeants seront devant une situation qui les concernera de beaucoup. ».


Dominique de Villepin a ainsi qualifié la réaction du Président français Emmanuel Macron, qui n'a pas condamné la perte de souveraineté du Venezuela, comme « aveugle, inconsciente des réalités, irresponsable en ce qui concerne l'avenir de notre pays et l'avenir de l'Europe ». Il a argumenté ce jugement très sévère ainsi : « Que fera-t-on demain quand Donald Trump fera le même raisonnement qu'il a fait pour adapter bien sûr aux circonstances, qu'il fait aujourd'hui pour le Venezuela, quand il le fera pour le Groenland ? Quelle réaction sera celle de M. Macron ? Quelle réaction sera celle des dirigeants européens ? Il faut comprendre que ce qui se joue, c'est un changement de monde. ».

Ceux qui vont perdre à ce bouleversements, ce seront les démocraties : « Les nouveaux empires ne travaillent pas seuls. Ils ont des complices, des complicités. Les nouveaux empires, ils agissent avec des forces oligarchiques qui leur servent de soutien. Forces oligarchiques numériques, on le voit en Europe très fortement, j'attends toujours la condamnation par les Européens de ce qui s'est passé, des mesures prises par les Américains concernant Thierry Breton et un certain nombre d'autres Européens... Donc, alliance avec des forces puissantes, oligarchiques, numériques, financières, technologiques, médiatiques. Ce sont ceux qui soutiennent aujourd'hui ces nouveaux empires. C'est vrai du côté russe, c'est vrai du côté chinois, c'est vrai du côté américain. Et deuxièmes type de forces qui soutiennent l'action des nouveaux empires, ce sont les forces identitaires, populistes, illibérales. Nous voyons donc qu'il ne s'agit pas d'une situation ponctuelle. Nous changeons de monde. Et quels sont ceux qui sont visés ? Ce sont les démocraties. Et au premier chef, les États-nations forts, des pays comme la France. Ces États-nations, eh bien, ils constituent une gêne pour ces empires. Ils sont embarrassants. Et donc, il faut balayer tout ce qui est susceptible de gêner ces empires. ».

Alors, que faire ? « La meilleure défense, elle est double. Elle est d'abord de comprendre que tout est lié. Nous sommes dans un monde où tout est lié, le national et l'international. La première défense, c'est la défense de ce que nous sommes, de nos valeurs, des principes du droit contre la force. Face à cela, il y a une première leçon à tirer. C'est que le droit, c'est très sympathique, mais ça ne suffit pas. (…) Il faut la puissance. C'est la première leçon que nous devons tirer, nous, aujourd'hui, ce matin, et les Européens, c'est que nous devons nous doter des attributs de la puissances. Ça commence aujourd'hui par un grand pacte européen de souveraineté. Parce que ce qui est visé par les États-Unis, comme par la Russie, voire par la Chine, c'est la souveraineté européenne et la souveraineté française. Cette souveraineté, elle est menacée, je l'ai dit, sur le plan du numérique, sur le plan technologique, sur le plan financier, et évidemment sur le plan de la défense. Donc, ce que nous pouvons faire, c'est rappeler l'importance de la règle de droit, se doter des moyens de la puissance, et la première chose que devraient faire les Européens, c'est d'abord marquer clairement ce qui est inacceptable pour nous dans la décision américaine, se doter des leviers, et ça, c'est une urgence absolue... ».


L'ancien Premier Ministre était très sévère avec Emmanuel Macron : « C'est l'inverse de ce qu'il a fait et ça fait des mois que les Européens tergiversent. Les Européens sont dans l'illusion (…). Nommer les choses sur le plan international, c'est une première barrière. Nommer, s'organiser, se doter des moyens, et c'est pour cela, je dis un grand pacte de souveraineté qui implique que nous réagissions quand nous sommes agressés sur le plan du numérique, quand nous sommes agressés par les stable coins, quand nous voyons la prédation américaine sur le plan de la planète... ».
 


Dominique de Villepin n'avait pas besoin de journalistes pour parler, il faisait sa conférence et les journalistes devaient lui couper la parole s'ils voulaient poser quelques questions. Mais le verbe villepinien suffit-il à la situation internationale actuelle ? Quelle est sa crédibilité quand il estime que la réaction des Européens face à une éventuelle invasion américaine du Groenland serait de papoter : « réagir, s'organiser, structurer une réponse à l'échelle internationale » ? La réponse était un peu faible de l'expert : « Si l'Europe, avec le bloc des puissances du Sud global, tous les États qui souhaiteraient voir se développer un certain multilatéralisme, qui souhaiteraient éviter que ces logiques de puissance et ces logiques impériales ne se multiplient, sont susceptibles d'être les alliés de l'Europe. ».

Et de fustiger la soumission du Président de la République : « Le problème, c'est que nous nous trompons de combat. Aujourd'hui, nous sommes saisis par la peur, et donc, nous nous soumettons en pensant que cela va passer. (…) Emmanuel Macron se soumet. Quelle est la logique à laquelle nous sommes confrontés ? (…) Cette logique de soumission et de vassalisation, elle nous conduit peu à peu, et c'est là où nous retrouvons un clivage qui était déjà celui de 2003 quand les États-Unis ont décidé d'intervenir en Irak, et quelle était l'objectif en 2003 ? En 2003, l'objectif, c'était d'éviter une bataille structurée par les États-Unis avec les pays européens contre l'Irak, contre un autre monde, et qui engageait les États-Unis dans une véritable bataille de civilisation. Aujourd'hui, ce qui est derrière la démarche américaine, c'est une logique de combat d'un monde contre un autre, c'est-à-dire des États-Unis contre la Chine. Et la question, c'est de savoir si l'Europe sera une variable d'ajustement dans ce combat, si l'Europe sera le champ de bataille ou si l'Europe sera capable d'être la puissance qui jouera son rôle d'équilibre et empêchera cet affrontement. Nous devons prendre conscience que nous avons un rôle actif à jouer pour empêcher ce monde. ».


L'ancien Premier Ministre a condamné le pragmatisme inefficace d'Emmanuel Macron : « Emmanuel Macron a préféré... il a fait un choix. Il a préféré ne pas surréagir, puisqu'il a craint à un moment donné d'irriter Donald Trump. Il a préféré ne pas surréagir par rapport à la décision américaine d'intervenir à Caracas, parce qu'il a le sentiment de devoir mener un combat qui pour lui est plus important, ce qui est le combat de l'Ukraine. Et donc, il a choisi en quelque sorte sa cible. Ce qu'il ne comprend pas, ce qui lui échappe, c'est que l'ensemble de ces sujets sont aujourd'hui liés. Ne pas réagir à ce qui se passe au Venezuela, c'est s'affaiblir dans la négociation sur l'Ukraine. Comme ne pas réagir à ce qui se passait au Proche-Orient, c'était s'affaiblir dans le combat pour l'Ukraine. ».


4. L'exception française


Les belles paroles pour relancer l'élan romantique voire l'arrogance politique de la France, donneuse de leçons : « La règle qu'il faut éviter à tout prix, c'est ce qui nous a affaiblis en Ukraine, par rapport à ce qui se passait à Gaza, c'est la loi du deux poids, deux mesures. Nous ne sommes pas crédibles quand nous ne sommes plus sur nos principes. Et c'est en cela que nous, Français, on a une responsabilité historique dans ce qui se déroule aujourd'hui. On a un rôle unique qui est celui d'incarner un combat qui vient de loin, depuis la Révolution française, qui est un combat de principes, de valeurs, de respect de l'autre, de valeurs universelles, d'humanisme. Cette responsabilité-là est la seule qui puisse nous permettre d'éviter ce combat de civilisation qui se prépare. ».

Et de marteler le jugement sévère contre le chef de l'État : « [Emmanuel Macron] privilégie ce qu'il croit être sa capacité à agir sur l'Ukraine avec les Européens, et donc, au nom de l'action nécessaire sur l'Ukraine, il considère comme secondaire ce qui se passe à Caracas parce qu'il n'attache pas d'importance aux principes. Vous savez, il y a, dans le fond, deux types de responsables. (…) Dans la vie politique française, il y a ceux qui se vantent d'être pragmatiques et de vouloir privilégier l'efficacité. Dans les deux cas, ils se trompent. (…) Ce n'est pas être pragmatique de ne rien dire à un empereur décrété qui agit au Venezuela. Ce n'est pas être pragmatique, c'est ne pas voir la nature de son comportement et de sa politique, qui, une fois de plus, est marqué par l'illimitisme. Les ressources pétrolières au Venezuela, les ressources en terres rares du Groenland, ou les ressources en Afrique ou ailleurs en Amérique latine, tout cela, c'est un même ensemble dans le monde (…). Premièrement donc, pragmatisme, ce n'est pas être pragmatique, c'est être, au contraire, hypocrite et ne pas voir l'ampleur de la menace qui nous saisit. Deuxièmement, sur l'efficacité, nous ne serons pas plus efficaces sur l'Ukraine en fermant les yeux sur le Venezuela. Au contraire, nous serons encore moins crédibles. (…) Mais regardons Emmanuel Macron, regardons ce qui s'est passé à travers l'Ukraine et à travers le deal qui a été signé par Mme von der Leyen à Bruxelles. L'absence de réaction à l'attitude américaine, dans les deux cas, a conduit les Européens à un comportement d'une très grande servilité, à l'image des bourgeois de Calais. Ils sont venus comme des élèves dans une classe autour du bureau ovale devant Donald Trump. Ils ont accepté l'augmentation des tarifs douaniers sans réagir. Ils ne réagissent pas sur le numérique. Ils croient être courageux en se concentrant sur certains sujets. La vérité, c'est que, de seuil en seuil, les États-Unis deviennent irrattrapables. Et la soumission européenne devient encore plus grande. Donc, on ne sera pas plus efficace sur l'Ukraine en ne revoyant pas ce qui se passe au Venezuela. ».

 


Malgré ces attaques très acides contre Emmanuel Macron, Dominique de Villepin a pourtant le même discours quand il explique qu'il faut que la France et l'Europe se dotent des outils de la puissance. Emmanuel Macron prône la souveraineté européenne depuis 2017, et au début, il était bien seul, et martèle sa volonté de doter la France et l'Europe de moyens de défense puissants et indépendants des États-Unis (durant ses deux quinquennats, il a doublé le budget de la défense de la France, ce n'est pas rien).

Du reste, Dominique de Villepin a taclé l'ensemble de la classe politique en dénonçant son « côté misérabiliste » et en rappelant la puissance de la France : « Nous sommes un pays riche. Nous sommes un pays qui est doté. Nous sommes un pays qui a d'énormes possibilités. ». C'est exactement ce que dit Emmanuel Macron depuis huit ans.



5. Le soutien à l'Ukraine

À force d'insister sur Emmanuel Macron, on comprend que Dominique de Villepin n'est pas macroniste : « Je vous ai dit ce que je pense de la réaction d'Emmanuel Macron. Je ne la crois pas adaptée. Je crois que le calcul qu'il fait de se soumettre à la décision américaine au Venezuela en espérant pouvoir faire un meilleur deal sur l'Ukraine est une erreur. Vous savez, dans une table de jeu, dans l'esprit de quelqu'un comme Donald Trump, quand on fait un deal, on évalue la capacité du partenaire à réagir... ».

Sur l'Ukraine envahie par les armées de Poutine, Dominique de Villepin a considéré que, d'une part, Volodymyr Zelensky a fait beaucoup de concessions, d'autre part, Vladimir Poutine n'a pas du tout bougé sa position, enfin, Donald Trump s'en moquait des victimes ukrainiennes : « Donald Trump se moque complètement de ce qui se passe en Ukraine. Il se moque de l'Ukraine comme il se moque de Gaza. (…) Je ne suis pas sûr que Donald Trump ait encore compris la nécessité à un moment donné d'expliquer à Vladimir Poutine que l'Ukraine a fait tous les gestes de bonne volonté pour marquer sa volonté de paix, puisque, rappelons-le, Volodymyr Zelensky a accepté le gel dans la région du Donbass et avoir une zone démilitarisée entre les deux lignes de front. Je crois qu'il y a là une série de gestes, des garanties, et c'est pour cela que nous serions sur le papier très près d'un accord de cessez-le-feu. Encore faut-il convaincre Vladimir Poutine, et de ce point de vue-là, tout reste à faire. (…) Encore faut-il que Donald Trump veuille convaincre Vladimir Poutine. Parce qu'aujourd'hui, nous voyons bien, l'Ukraine a fait les gestes. Un accord sur le papier est possible. Mais Vladimir Poutine n'a pas cnagé d'un iota sa position. Donald Trump espère que la relation avec la Russie lui permettra, dans le même esprit que ce qu'il fait au Venezuela ou ce qu'il aimerait faire au Groenland, lui permettra des débouchés illimités de gestion de richesse, de gestion de ressources avec la Russie. L'objectif de Donald Trump, à travers l'Ukraine, ce n'est pas l'Ukraine, c'est véritablement la Russie. ».

Bref, la guerre, c'est la faute à... : « Les bases d'un cessez-le-feu sont possibles. Une fois de plus, le seul obstacle, c'est que jusqu'à maintenant, nous n'avons pas vu le moindre élément témoignant de la volonté de Vladimir Poutine de négocier. ».



6. Les manifestations en Iran

Autre point chaud, l'Iran : « Nous sommes là encore devant un régime qu'il n'est pas possible de soutenir politiquement, puisque c'est un régime théocratique qui a fait connaître à son peuple des souffrances immenses. Et nous voyons bien aujourd'hui qu'il y a plusieurs dimensions dans la colère qui s'exprime. Bien sûr une dimension qui s'est exprimée à partir de la mobilisation des commerçants, du bazar, des étudiants, mais qui dépasse et de loin la simple dimension économique, même s'il faut savoir, les femmes bien sûr, il faut savoir qu'il y a un stress hydrique, une grande sécheresse qui frappe l'Iran et qui est en partie responsable de cette mobilisation. Mais il y a un rejet très profond du régime. ».

Dominique de Villepin a rejeté le principe d'une intervention militaire extérieure : « Face à cela, quelle est la bonne attitude ? Est-ce que c'est, là encore, l'ingérence, une intervention israélo-américaine ? Je ne le crois pas. Je crois que les Iraniens doivent agir par eux-mêmes et je crois que toute intervention, toute immixtion, toute ingérence serait contre-productive. Il y a un très fort nationalisme persan, il y a une très forte identité persane. Et je crois que autant nous devons apporter notre soutien au peuple iranien, autant toute idée d'immixtion serait contre-productive et irait à l'encontre de ce que nous souhaitons, c'est la libération du peuple iranien. (…) Tirons les leçons de l'histoire. L'histoire se répète. Nous avons fait déjà fait ce rêve d'une intervention qui réglerait les problèmes, d'un régime qui serait changé par la force. Et que s'est-il passé en Afghanistan ? Et que s'est-il passé en Irak ? Que s'est-il passé en Libye ? Que s'est-il passé au Sahel ? Exactement l'inverse de ce que nous souhaitions. Le chaos, la misère, et un peu plus de drame sur le plan humain pour ces populations. Donc, nous ne pouvons pas aujourd'hui faire abstraction de l'expérience de ce qui s'est passé historiquement à chaque fois. Nous devons donc prendre cette mesure et agir avec les yeux ouverts avec un esprit de responsabilité pour éviter une nouvelle fois que le pire se produise. ».


7. Et l'élection présidentielle de 2027...


Il la prépare mais n'a pas (encore) annoncé sa candidature : « L'enjeu de 2027 sera un enjeu majeur, un enjeu historique comme on en a rarement eu, parce que c'est toute la question de la démocratie qui sera mise en avant. C'est la question du maintien de la France comme démocratie, c'est la question de la défense de la souveraineté française et de la souveraineté européenne, menacées par ces nouveaux empires, menacées par des forces, je le redis, qui sont à la fois oligarchiques et identitaires, qui servent de point d'appui dans ce combat et qui ont donc des relais sur le plan politique dans un pays comme le nôtre. Et cette défense de la démocratie, c'est un combat terrible parce qu'il faut être capable, dans le même temps, de répondre aux problèmes des Français, de répondre aux aspirations des Français. Or, l'un des drames de notre pays depuis des années (…), je constate l'effondrement de l'État. Or, tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés suppose un État fort, suppose une capacité à remettre en marche des politiques publiques concernant l'hôpital, concernant l'école, concernant l'écologie, alors que l'on voit une régression dans le domaine écologique. ».

Sa candidature ? « Je le dirai le moment venu. Nous ne sommes pas dans ce combat-là. (…) Ce n'est pas le moment d'en parler. Mais manifestement, c'est un combat qui suppose une capacité, aujourd'hui, à remettre en marche notre État et à mettre en avant de l'expérience. ».

Et de critiquer la concurrence, par exemple Jordan Bardella : « Vous savez, je ne sais pas si vous prenez l'avion de temps en temps. Est-ce que vous monteriez dans un avion, vous avec vos enfants, qui serait piloté pour un vol de cinq ans, sans escale, par quelqu'un qui a zéro heure de vol à son compteur ? ».

Quant à la comparaison avec Jacques Chirac faite par Nicolas Sarkozy, elle serait absurde : « Je reste perplexe car, en effet, j'ai connu le RPR, l'UMP de la grande époque, et j'ai bien connu Jacques Chirac, j'ai occupé le bureau voisin pendant sept ans, et j'ai travaillé avec lui pendant vingt-cinq ans. Jacques Chirac a mené un combat toute sa vie, sans faiblir, contre l'extrême droite, contre l'intolérance, contre la xénophobie, contre l'antisémitisme. Et il serait comparé à quelqu'un qui a pour idole,ou a eu pour idole, Jean-Marie Le Pen, condamné pour injures raciales à plusieurs reprises, condamné pour antisémitisme ? Vous voyez, un des drames de l'époque, c'est la confusion, la confusion des esprits. Comment voulez-vous, quand vous commettez de telles confusions, regarder le monde avec lucidité, regarder le monde avec la capacité d'agir ? Aujourd'hui, regarder le monde lucidement, c'est le préalable indispensable si on veut offrir aux Français un nouvel horizon. ».

Puis, une nouvelle théorie politique (dont DDV est friand) : « Les Français, s'ils sont malheureux, c'est parce qu'il y a un dérèglement du temps. Nous avons le sentiment aujourd'hui de ne plus avoir d'avenir. Nous avons le sentiment que tout devient flou, de douter. Cet avenir, nous ne le voyons pas pour nous et nous ne le voyons pas pour nos enfants. Et de la même façon, le passé devient un passé fiévreux. Nous n'arrivons pas à digérer la décolonisation. Nous restons dans des combats très anciens. ».


Dominique de Villepin, qui aura 73 ans à l'échéance présidentielle, voudrait tout miser sur son expérience (mais il n'a jamais eu de mandat électif) : « Et surtout, [les Français] ne sont pas dans l'élection présidentielle. Ils ne se sont pas posé la question : est-ce que vous monteriez dans un A380, avec à sa tête, un pilote qui aurait zéro heure de vol au compteur ? Zéro heure de vol au compteur. Ça ne veut pas dire, et je refuse ceux qui font un procès en compétence à Jordan Bardella ou à tout autre candidat. La question, elle n'est pas seulement de la compétence, elle est surtout d'expérience. ».

Et d'en remettre encore une couche dans le Macron bashing (sport national depuis 2017) : « Alors, me dira-t-on que les Français, à juste titre, peuvent penser qu'Emmanuel Macron avait de l'expérience, François Hollande avait de l'expérience. Et pourtant, les résultats n'ont pas été au rendez-vous. Eh bien, c'est là où il faut être capable de différencier les responsables politiques. Il y a des responsables politiques qui n'apprennent pas. Et malheureusement, la marque de fabrique d'Emmanuel Macron, tout au long des presque dix ans, c'est qu'il n'a jamais été capable de tirer des leçons de ses erreurs.
 ».

Ensuite, une page de publicité (Villepin, c'est comme du bon vin) : « Avec le temps, on se bonifie. Et moi, j'ai essayé de le faire. J'ai essayé de le faire parce que, d'abord, dix-huit ans d'éloignement de ce qui fait votre vocation. Servir, servir la France, servir les Français, ça vous rend humble. Ça vous rend humble. Ce qui ne veut pas dire qu'on devienne modeste pour la France et pour les Français. Parce que je fais partie de ceux qui pensent que la France a un destin, que les Français ont un rôle à jouer dans le monde. Et aujourd'hui, nous le voyons bien, il n'y a plus de frontière entre le national et l'international. C'est une seule et même chose. Le combat que nous menons en France pour redresser la France, il est indispensable pour pouvoir peser dans le monde. Retrouver un destin, retrouver une histoire, c'est tout simplement la garantie que nous allons pouvoir rester nous-mêmes dans un pays libre, dans un pays qui fera respecter le droit pour tous, dans un pays qui sera fidèle à ses valeurs, des valeurs universelles et humanistes. C'est ça, la France, c'est la France à laquelle j'aspire. ».

Un dernier coup de bec à Emmanuel Macron (pour la route) mâtiné d'un peu d'autosatisfaction : « L'expérience peut s 'acquérir rapidement, à condition de ne pas se tromper de combat. Si l'expérience, c'est se regarder dans un miroir, dans un exercice de communication avec des effets de manche et de style, alors oui, on n'apprend pas. Mais si l'expérience, c'est se coltiner avec le terrain, avec les dures réalités, les rugueuses réalités, alors, oui, on apprend. Et c'est pour cela que, hier, j'ai servi Jacques Chirac, qui m'a appelé au gouvernement, pour diriger le gouvernement de notre pays. ».

Et la conclusion qui signifie, en quelque sorte, qu'il n'y a que maître De Villepin qui peut jouer dans la cour des grands : « Le Président ou la Présidente qui, en 2027, prendra l'immense responsabilité de la France devra être capable de jouer dans la cour des grands. Et jouer dans la cour des grands, ça veut dire être capable de défendre non seulement les intérêts de la France, mais de défendre la vision de la France, les idéaux de la France, dans un monde en profond bouleversement, profondément marqué par des douleurs immenses. Et la France doit être capable d'apporter les réponses. ».

Beaucoup de téléspectateurs ont dû se perdre durant cette heure d'interview. Cependant, je demeure impressionné par la grande capacité de Dominique de Villepin à donner du sens au chaos. En ce sens, il reste indispensable.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dominique de Villepin fustige la soumission d'Emmanuel Macron et de l'Europe.
Dominique de Villepin toujours pro-palestinien ?
Dominique de Villepin votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
Quai d’Orsay.
Cassandre ?
Mais où est donc Dominique de Villepin ?
Assurancetourix ?
République solidaire et le revenu universel.
Les moulins de l’UMP.
Le gaullisme politique.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260104-dominique-de-villepin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/dominique-de-villepin-fustige-la-265755

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