Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
7 janvier 2026 3 07 /01 /janvier /2026 03:38

« La France est comme ma seconde patrie… J'avais 10 ans quand mon père, physicien du nucléaire pour l'UNESCO, a été muté à Paris. Nous y avons vécu un an. Mes parents m'envoyaient acheter des baguettes et des croissants pour le petit-déjeuner. Mon père me photographiait en train de donner à manger aux pigeons dans un parc. J'adorais me balader au Louvre, j'étais fascinée par la Victoire de Samothrace, cette déesse ailée sans tête. Nous avions acheté une reproduction, elle est toujours sur ma cheminée. » (Joan Baez, le 26 mai 2018 dans le "Journal du dimanche").




 


La chanteuse américaine Joan Baez fête son 85e anniversaire ce vendredi 9 janvier 2026. Connue dès 1959-1960 pour ses premières chansons folk, elle est une amoureuse de la France, et n'était parfois pas très fière de son pays, notamment lorsque les États-Unis sont dirigés par des Présidents comme Donald Trump (mais pas seulement). Elle est ce qu'on appelle une artiste engagée, s'est engagée notamment dans la Marche des droits civiques menée le 28 août 1963 par Martin Luther King dont elle était l'amie, contre la guerre du Vietnam, contre les injustices, les discriminations, etc. (comme de nombreux artistes qui lui sont contemporains).

Ma première "rencontre" (pas physique) avec Joan Baez, c'était quand j'étais gosse en colonie de vacances où nous chantions sa fameuse chanson "Here's to You" issue de son album "Ballad of Sacco and Vanzetti" (mais j'ai un doute dans mes souvenirs, car je n'étais pas, à l'époque, anglophone ; peut-être y avait-il une version française ?).

L'œuvre fait partie de la bande originale du film franco-italien "Sacco et Vanzetti" de Giuliano Montaldo (sorti le 16 mars 1971), retraçant un scandale aux États-Unis dont la justice a condamné et exécuté deux anarchistes immigrés italiens dans des conditions très controversées (ni leur culpabilité ni leur innocence n'ont été reconnues à ce jour).

Cette chanson très émouvante a été écrite et interprétée par Joan Baez et composée par le célèbre musicien Ennio Morricone qui a dû faire le chemin dans sa Citroën pour rencontrer Joan Baez à Saint-Tropez, il l'a trouvée au bord de sa piscine. La chanteuse a ensuite fait le voyage à Rome pour l'enregistrer en studio le 15 août 1970 (bien que jour férié en Italie comme en France).

Les paroles reprennent les propos de Bartolomeo Vanzetti à son juge : « Si cette chose n'était pas arrivée, j'aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J'aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n'aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d'un bon cordonnier et d'un pauvre vendeur de poissons, c'est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. » (cité par Wikipédia).

Amoureuse de la France et aussi amoureuse de sa capitale, Paris. Ainsi, Joan Baez a donné un récital place de la Concorde le 15 juillet 1983, et aussi sur le parvis de Notre-Dame de Paris le 25 décembre 1980 (« avec en final "Blowin' in the Wind" repris par les orgues et les cloches de la cathédrale »), ce qui l'a amenée à déclarer sur France Culture sa foi : « Notre-Dame est un symbole de beauté et aussi le symbole d'un homme qui donne sa vie au service des autres. ». Elle avait rêvé pendant quatre ans de chanter dans ce lieu magique. Elle a expliqué d'ailleurs qu'elle ne voulait pas chanter seulement des chansons de protestation mais aussi des chansons de beauté et d'amour, en particulier des chants de Noël.


Elle aimait autant chanter en Europe qu'aux États-Unis, et s'arrêtait plus particulièrement en France. J'ai mis à l'imparfait, alors qu'elle est toujours vivante, mais de juin 2018 à février 2019 (à Paris, Arles, Strasbourg), elle a fait sa dernière tournée internationale, une tournée d'adieu (à 77 ans) sans exclure quelques concerts ponctuels, parce que sa voix évolue trop mal avec l'âge. À l'époque, elle enviait Charles Aznavour qui faisait encore des concerts à l'âge de 94 ans : « Je n'ai plus l'âge pour les longues tournées internationales. À 30 ans, j'avais demandé à mon coach vocal : "À quel moment je saurai que je dois arrêter ?". Il m'avait répondu : "Votre voix vous le dira". Je n'arrive plus à monter aussi haut dans les aigus, je suis passée de soprano à ténor. J'ai dû me réinventer. », a-t-elle affirmé à Éric Mandel le 26 mai 2018 dans une interview très intéressante dans le "Journal du dimanche".
 


Dans cette interview où elle rappelait qu'elle a repris (en français) beaucoup de chansons françaises (Boris Vian, Georges Brassens, Renaud, Yves Duteil, Maxime Le Forestier, etc.), elle a raconté ses relations avec François Mitterrand et son épouse : « Il parlait français comme un grand intellectuel, j'avais du mal à le comprendre. Moi, je parlais surtout de non-violence, sans doute avec beaucoup de naïveté. Je me souviens d'une visite à l'Élysée, à l'époque où il traversait une période politique difficile. J'étais dans la salle d'attente remplie de visiteurs et il m'a fait passer devant tout le monde. Dans son bureau, nous avons un peu discuté et j'ai chanté a cappella "Swing Low Sweet Chariot", un vieux spiritual. Il a semblé touché. J'ai aussi été proche de sa femme, Danielle. Elle est venue dans ma maison près de San Francisco en 1984. On a préparé des hamburgers, et à la fin du repas elle ne voulait plus partir. Elle devait rejoindre le Président pour une visite chez Apple. Elle a annulé pour rester au bord de la piscine ! ».

C'est le neveu, Frédéric Mitterrand, alors Ministre de la Culture, qui lui a remis les insignes de chevalière de la Légion d'honneur le 11 octobre 2011 à Paris : « Ce soir-là, au Grand Rex, j'étais avec mon ami Régis Debray, qui m'a dit : "Quelle connerie ! Moi, je l'ai toujours refusée…". Je n'ai aucune passion pour les médailles, mais celle-ci est vraiment très belle. Je l'ai surtout acceptée par respect et politesse pour la France. ».

Frédéric Mitterrand s'était exprimé « en ex-fan des sixties » et avait salué « l'icône et l'artiste » ainsi que le « symbole de la femme libre (…) infatigable militante, pacifiste exemplaire, donnant la priorité à la justice et au progrès, à la lutte contre toutes les discriminations ». Le ministre l'avait remerciée d'être restée « une idole dans le cœur de tous pour ne s'être jamais cantonnée au rôle de baby doll » et avait ajouté : « Joan Baez demeure l'indétrônable reine du folk, du protest song, celle que l'on surnommait la Vierge Marie des pauvres gens, la Joan of Arc. ».


Et que pensait-elle du Président Emmanuel Macron en mai 2018 ? Un avis contrasté sur Donald Trump : « Sur ce que je vois, Emmanuel Macron a deux facettes. Il a pu nous exaspérer par sa gentillesse surjouée envers Trump lors de sa visite. Mais il m'a agréablement surprise par ses déclarations plus franches sur la politique désastreuse de notre Président. ». Et ce n'était pas en 2026 !

Joan Baez ne sera jamais à la retraite, elle a encore trop à faire, comme elle l'a précisé : « Je pourrais continuer à chanter, peindre, méditer davantage, finir mes Mémoires, explorer la communication avec les animaux, un sujet qui me passionne. Je vais travailler sur un documentaire sur moi. J'ouvre mes archives. Le temps est venu d'évoquer mes zones d'ombre, car il y a aussi beaucoup de noirceur dans ma vie. Je me sens désormais prête pour le faire en toute liberté. ». Ce documentaire est intitulé "Joan Baez : À voix haute", réalisé par Miri Navasky, Karen O'Connor et Maeve O'Boyle, est sorti le 6 octobre 2023 aux États-Unis après une première mondiale le 17 février 2023 au 73e Festival international du film de Berlin et a reçu un grand succès. Bon anniversaire !


Qu'importe qu'elle ne fasse plus de concert ! Ses enregistrements rappellent la jeune femme rebelle adepte du pacifisme et de la non-violence. Voici quelques morceaux choisis (la date correspond parfois à la version de Joan Baez, parfois à celle de la première sortie, donc pas forcément celle reprise par Joan Baez).



1. "Here's You" de "The Ballad of Sacco and Vanzetti" (1971)















2. "House Of The Rising Sun" (1960)






3. "500 Miles" (1962)






4. "Blowin' In The Wind" (1963)






5. "The Green Green Grass Of Home" (1965)






6. "Suzanne" (1966)






7. "Forever Young" (1974)






8. "Swing Low Sweet Chariot" (1976)






9. "Le Déserteur" (1954)






10. Concert à Notre-Dame de Paris le 25 décembre 1980






11. Concert à la Concorde à Paris le 15 juillet 1983






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Joan Baez.
Brigitte Bardot.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Hugues Aufray.
Sheila.
Nicole Croisille.
Mike Brant.
Olena Kohut.
Joséphine Baker.
Gérard Depardieu.
Florence Arthaud.
Herbert Léonard.
Jeanne Calment.
Pierre Bachelet.
Gérard Lenorman.
Pierre Dac.
Marianne Faithfull.
Marcel Zanini.
Patricia Kaas.
Kim Wilde.


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260109-joan-baez.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/joan-baez-la-francophile-264984

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/08/article-sr-20260109-joan-baez.html


.

Partager cet article
Repost0

commentaires


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).