« Le Président de la République peut, après consultation du Premier Ministre et des Présidents des Assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée Nationale. Les élections générales ont lieu vingt jours au moins et quarante jours au plus après la dissolution. » (Article 12 de la Constitution de la Cinquième République).
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Le début de l'année 2026 est assez critique pour le gouvernement mais aussi pour l'Assemblée Nationale et la France : l'engagement du gouvernement de doter le pays d'un budget pour le mois de janvier 2026 s'avère très délicat à tenir. En cause, les groupes parlementaires qui ne sont d'accord sur rien, dont les partis préparent les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 (élections cruciales pour le PS et LR, notamment dans l'optique des prochaines élections sénatoriales) et aussi se positionnent dans la perspective de la future campagne présidentielle de 2027.
Ce n'est donc pas étonnant que des rumeurs de nouvelle dissolution soient diffusées ce vendredi 9 janvier 2026 aux médias en général, chaînes info en particulier. Ainsi, la rédaction de BFMTV (pour n'en prendre qu'une) a communiqué « selon des sources au sein de l'Exécutif » ces quelques informations : « Sébastien Lecornu a demandé à Laurent Nunez de préparer l'organisation d'éventuelles élections législatives en même temps que les municipales, les 15 et 22 mars prochains. Emmanuel Macron dissoudra l'Assemblée Nationale en cas de censure. ».
Ce ne sont pas les motions de censure qui seraient en cause. Le groupe RN devrait déposer une motion de censure sur le Mercosur ce lundi 12 janvier 2026 et le groupe FI devrait faire de même le lendemain. Pour le coup, une censure pour raison d'opposition au projet de traité d'accord commercial entre l'Union Européenne et le Mercosur (pays d'Amérique latine) serait assez peu compréhensible puisque tout le monde est d'accord pour s'y opposer malgré sa signature officielle prévue le 17 janvier 2026.
En effet, tout le monde est contre, toute la classe politique française est contre, ou, plutôt, aucun parti n'ose dire qu'il y est favorable pour ne pas déplaire aux agriculteurs particulièrement lésés dans ce projet de traité (au profit de l'industrie française du luxe, par exemple). Le Président Emmanuel Macron a même annoncé et officialisé le rejet par le France du traité il y a quelques jours, et ceux qui critiquent aujourd'hui son isolement diplomatique au sein de l'Europe sont mal inspirés puisqu'il défend justement les intérêts des agriculteurs français.
Non, ce qui est en cause, c'est l'adoption du budget 2026. Ou plutôt, la perspective de sa non-adoption. Celui-ci est effectivement en grande difficulté. La discussion budgétaire a repris à l'Assemblée ce jeudi 8 janvier 2026. Et le vendredi 9 janvier 2026, les membres de la commission des finances de l'Assemblée ont largement rejeté le projet de loi de finances (PLF), sur le volet Recettes.
En raison de l'échec de la commission mixte paritaire (accord entre sénateurs et députés) en décembre, les parlementaires ont voté à la sauvette une loi spéciale le 23 décembre 2025 pour assurer la continuité de l'État (et de ses engagements financiers, dont le traitement des fonctionnaires), et une nouvelle lecture doit se faire à l'Assemblée en partant du projet voté au Sénat, qui n'est acceptable pour personne en raison notamment d'un déficit laissé à 5,3 voire 5,4% du PIB pour 2026 alors que le gouvernement s'était engagé à le réduire en dessous de 5,0%.
Sur Twitter, le Premier Ministre Sébastien Lecornu a mis en garde les députés sur les conséquences d'une non-adoption d'un budget, notamment sur l'aide aux agriculteurs, et aussi sur la loi de programmation militaire qui fait augmenter le budget de la défense. Le chef du gouvernement s'en est pris aux « postures cyniques partisanes [qui] retardent les discussions budgétaires ». L'examen des motions de censure se prend sur le temps de discussions budgétaires.
La source explique que le lancement de préparatifs en vue d'élections législatives anticipées « n'est pas une menace » mais contribue tout de même à renforcer la pression sur les députés et surtout sur certains partis qui ne souhaitent absolument pas de dissolution avant l'élection présidentielle.
Rappelons que les sondages actuels donneraient une large avance au RN qui pourrait obtenir une majorité relative sinon une majorité absolue à l'Assemblée, en tout cas, un groupe nettement plus important qu'en été 2024, voire dominant. Le PS et LR pourraient être laminés dans ce nouveau scrutin, d'autant plus qu'ils se retrouveraient, chacun dans son camp, à gauche et au centre droit, isolés sur fond de divisions.
En revanche, les partis populistes qui réclament de nouvelles élections tout de suite applaudissement cette information. Dans la soirée du vendredi dans une interview à Villeurbanne, le grand gourou des insoumis, Jean-Luc Mélenchon, avec son style irrespectueux envers les institutions, a clamé : « Vas-y chiche bonhomme ! Nous n'avons pas peur des élections ! (…) Si le Premier Ministre croit qu'il nous menace, il se trompe ! Pour nous, le vote populaire, ce n'est pas une menace. ». Quant au RN, il prône depuis son échec de 2024 une nouvelle dissolution afin d'installer son président Jordan Bardella (dit Coquille vide) à Matignon. Toutefois, Marine Le Pen aurait intérêt à connaître le jugement de son procès en appel qui débute ce mardi 13 janvier 2026 (j'y reviendrai) avant de précipiter une dissolution.
Venant conforter la dramatisation exprimée par le gouvernement, les députés de la commission des finances ont fait la même chose le lendemain, samedi 10 janvier 2026, en rejetant massivement le volet Dépenses du PLF. Les groupes RN, FI, EELV et LR ont voté contre, les groupes PS, MoDem et EPR se sont abstenus et les groupes Horizons, LIOT, PCF et les ciottistes n'étaient pas présents en commission.
Ces rejets en commission ne préjugent pas du vote dans l'hémicycle, mais montre cependant qu'aucun groupe n'est prêt à trouver un accord global. La discussion budgétaire devrait se faire en séances publiques jusqu'au 23 janvier 2026 en principe.
Cette mise sous pression de dissolution sera-t-elle efficace ? Ce n'est pas sûr et en plus, ce n'est pas forcément exact. Les rumeurs sont des rumeurs. Elles disent également que sur la dissolution, le Président de la République et le Premier Ministre seraient dans la même longueur d'onde.
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Il faut rappeler quelques éléments institutionnels. Comme le proclame l'article 12 de la Constitution (voir en tête d'article), il y a un agenda très strict pour la date d'éventuelles élections anticipées : entre vingt et quarante jours, ce qui signifie que pour qu'elles aient lieu exactement au même moment que les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, la dissolution devrait être prononcée entre le 4 et 24 février 2026, soit bien après la date du 23 janvier 2026 de fin de discussion budgétaire. Si la dissolution était prononcé en janvier, il y aurait des élections législatives au mois de février 2026, soit quelques semaines avant les élections municipales, ce qui les "polluerait" fondamentalement et apporterait de la confusion politique supplémentaire (qui ne profite jamais aux partis dits responsables).
Ce serait comme pour la démission éventuelle du Président de la République : toute élection nationale anticipée entraîne une très courte durée de la campagne électorale, et donc, empêche qu'un véritable débat public s'instaure chez les Français. C'était le cas en juin et juillet 2024 avec une campagne ultra-courte qui n'a pas permis de préciser les enjeux politiques d'une politique nationale et internationale. Seules des postures à l'emporte-pièce ont prévalu, ainsi qu'une cuisine électorale à gauche.
Le pire, c'est qu'on explique que le Premier Ministre a demandé au Ministre de l'Intérieur d'agir dans l'éventualité d'une dissolution. Or, la dissolution est l'une des rares prérogatives du Président de la République sans contre-seing du Premier Ministre. Cela veut dire que si elle est prévue un jour, tant qu'elle n'est pas formellement décidée, elle peut être abandonner le lendemain, et réciproquement. Au nom de la liberté constitutionnelle du Président de la République.
Pourtant, cette menace (qui en est une, les dénégations confirment toujours l'objectif) a pour but de renforcer la vigilance des députés PS et LR : le vote du budget devra se faire d'une manière ou d'une autre. L'hypothèse d'un vote simple, comme pour le PLFSS le 16 décembre 2025, paraît exclue. En revanche, il pourrait être adopté soit par l'emploi de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution (que les socialistes avaient rejeté en se piégeant eux-mêmes), soit par des ordonnances (sans précédent dans l'histoire de la Cinquième République), ce qui serait beaucoup moins respectueux des parlementaires.
Et la dissolution, est-elle possible ? Évidemment, car personne n'est dans la tête d'Emmanuel Macron et tout le monde, le 9 juin 2024, avant 21 heures, aurait dit que la dissolution serait impossible. Mais elle constituerait une nouvelle étape dans la crise politique.
Car en 2017, il y avait une majorité absolue pour le bloc macroniste, c'était simple et classique. En 2022, il n'y avait plus qu'une majorité relative pour le bloc macroniste, mais cela s'était déjà passé deux fois, en 1958 et en 1988 ; l'ensemble RN + gauche ne pouvait pas censurer le gouvernement, il fallait aussi le soutien de LR qui se retrouvait dans une position pivot (bloc macroniste +LR avait la majorité absolue), mais cette caractéristique n'a jamais été utilisée vraiment ni par les macronistes ni par LR.
En 2024, nouvelle descente dans l'ingouvernabilité : aucun bloc n'est majoritaire, mais le socle commun, c'est-à-dire le bloc macroniste + LR, a le plus grand nombre de députés (n'en déplaise à la gauche) et gouverne. Le point nouveau, c'est que l'ensemble RN + gauche peut censurer le gouvernement car a la majorité absolue (d'où la censure du gouvernement de Michel Barnier le 4 décembre 2024). En revanche, l'ensemble RN + FI n'est pas capable, sans les socialistes, de faire tomber un gouvernement. D'éventuelles élections anticipées en 2026 devraient renforcer le RN et permettre, s'il n'y a pas de majorité absolue RN, au RN et à FI seuls, de pouvoir, seuls, faire adopter une motion de censure. Le socialistes seraient alors mis hors-jeu politiquement.
Absence de campagne de fond, ingouvernabilité renforcée, et le troisième argument contre une dissolution en 2026, c'est de lier le prochain Président de la République qui sera élu au printemps 2027 si ces élections anticipées ont lieu après le début cet été. La seule réponse institutionnelle raisonnable aux résultats des élections législatives de l'été 2024 issues d'une imprudente et incompréhensible dissolution, c'est bien que la "confrérie" des gens raisonnables se mettent d'accord sur un compromis budgétaire temporaire (pour 2026 mais aussi 2027). C'est leur bonne volonté qui sera jugée en 2027. Car rappelons que dans tous les cas, bien que râleurs de temps en temps, une majorité des électeurs français a toujours préféré l'ordre au désordre (exemple en juin 1968). Qu'on se le rappelle !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (10 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Rumeurs persistantes de dissolution...
Qu'a fait Michel Barnier ?
Vœux 2026 d'Emmanuel Macron.
Adoption définitive du PLFSS 2026 : la réforme des retraites est suspendue !
Adoption du PLFSS 2026 : une victoire de la méthode Lecornu !
PLFSS 2026 : un certain masochisme ?
La situation électorale à dix-huit mois de la prochaine élection présidentielle.
Sondage Elabe des intentions de vote à la présidentielle publié le 1er novembre 2025 pour BFMTV et "La Tribune Dimanche" (à télécharger).
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Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Roland Lescure.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260109-rumeurs-dissolution.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/rumeurs-persistantes-de-265899
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/10/article-sr-20260109-rumeurs-dissolution.html
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