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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 03:04

« Vous l'avez compris, l'avenir de la Nouvelle-Calédonie se joue aussi dans ce que nous ouvrons aujourd'hui et les travaux des prochains jours, mais ne repart pas de zéro. (…) Il nous faut parvenir à un accord pour sortir de l'incertitude déjà trop longue. » (Emmanuel Macron, le 16 janvier 2026 à Paris).





 


Après l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 (texte intégral de l'accord à lire ici), où en est-on sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie ? La première chose qu'il fallait faire d'un point de vue juridique, c'était de gagner du temps.

Normalement, il aurait dû y avoir de nouvelles élections des membres du Congrès (l'équivalent du Parlement de Nouvelle-Calédonie) et des assemblées de province organisées avant le 30 novembre 2025. L'Accord de Bougival a donné sept mois supplémentaires pour permettre d'aboutir à un accord sur les institutions de ce territoire.


Ainsi, malgré sa division, le Parlement a adopté la loi organique n°2025-1055 du 6 novembre 2025 visant à reporter le renouvellement général des membres du Congrès et des assemblées de province de la Nouvelle-Calédonie afin de permettre la poursuite de la discussion en vue d'un accord consensuel sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Elle a été promulguée par Emmanuel Macron et cosignée par Sébastien Lecornu (Premier Ministre), Laurent Nunez (Ministre de l'Intérieur) et Naïma Moutchou (Ministre des Outre-mer).

Son article premier reporte ainsi les échéances électorales « au plus tard le 28 juin 2026 ». En toute logique, cela a pour conséquence son article 2 : « Les fonctions des membres des organes du congrès en cours à la date de promulgation de la présente loi organique sont prorogées jusqu'au jour de la première réunion du Congrès nouvellement élu en application de la présente loi organique. ».

 


Une fois ce report juridiquement acquis, le gouvernement a pu mettre en place les conditions du dialogue pour l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Ainsi, le Président de la République Emmanuel Macron a convoqué et présidé une telle réunion ce vendredi 16 janvier 2026 à l'Élysée, en présence de la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet et du Président du Sénat Gérard Larcher. Le Premier Ministre Sébastien Lecornu était absent, mais en revanche, la Ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a participé à la réunion au nom du gouvernement. Les participants ont été invités à cette réunion le 15 décembre 2025.

Le chef de l'État (obligé de porter des lunettes de soleil « liées à un problème bénin ») a fait un court discours introductif à cette réunion (qu'on peut lire ici).

Il a d'abord remercié les participants et rendu hommage à leur courage : « Je suis heureux de vous retrouver et je vous remercie de votre présence, parce que je sais que c'est un long voyage pour beaucoup autour de la table et que vous avez accepté de vous éloigner de vos familles alors que ce sont les grandes vacances d'été en Nouvelle-Calédonie. Je vous remercie de ce temps pris et je veux aussi saluer le courage qui est le vôtre, parce que vous prenez des risques en venant aujourd'hui et l'avenir appartient aux courageux. Je regrette pour ma part qu'un des partenaires n'ait pas souhaité répondre à notre invitation, mais je respecte les voix de chacun et je souhaite qu'on puisse trouver pour l'avenir un chemin qui donne une place à tous. (…) La responsabilité de celles et ceux qui sont autour de cette table est grande et, pour moi, l'objectif, c'est qu'on trouve un chemin pour avancer. ».


Après avoir rapidement résumé la situation politique et institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie, Emmanuel Macron a évoqué les actions menées depuis la signature de l'Accord de Bougival en rendant un hommage appuyé à Manuel Valls : « De retour sur le territoire, conformément à l'engagement pris de présenter et défendre le texte en l'état de l'accord sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, les différentes délégations ont mené les consultations prévues par les instances et les choses ont pu ainsi avancer. Les ministres des Outre-mer se sont déplacés en Nouvelle-Calédonie. Manuel Valls, fin août, et je veux dire ici l'importance aussi de son engagement dans les travaux de Bougival, et Naïma Moutchou, en novembre. Une mission dite des facilitateurs, et je les en remercie tout particulièrement, s'est rendue ensuite sur place, du 1er au 4 décembre, composée de trois experts du dossier calédonien, dont Rémi Bastille, qui est présent parmi nous aujourd'hui, et la mission a reçu toutes les formations politiques qui ont rappelé leurs positions respectives. ».

Un référendum a même été envisagé pour ratifier l'Accord de Bougival, mais le projet de loi qui l'aurait permis a été suspendue en raison de la forte abstention lorsque le Congrès de Nouvelle-Calédonie a été amené à se prononcer sur le sujet.


Et de définir l'objectif de cette discussion : « Aujourd'hui, c'est un point d'étape visant à ouvrir de nouvelles perspectives politiques et une volonté de clarifier ce qui doit l'être, mais l'objectif n'est pas de repartir de zéro ou de réouvrir ce qui avait pu être clarifié. Bougival, si je puis dire, est notre domaine de vol. Comme vous pouvez le constater, le dialogue ne s'est jamais arrêté et avec l'ensemble des parties prenantes. Et je vous en remercie, pour vous qui êtes là, et je pense que les attentes sont fortes et que nous continuons d'écrire l'histoire par ces travaux et ce qui avance. ».

La concertation reste la ligne de conduite : « L'État souhaite continuer à avancer sur la stabilisation des institutions de la Nouvelle-Calédonie dans un dialogue respectueux de chacun, sans passage en force, mais sans paralysie non plus. La stabilisation des institutions permettra de donner des perspectives à la population, d'avancer aussi sur la reconstruction de la Nouvelle-Calédonie, et stabilité et renaissance économique et sociale vont de pair. (…) Je crois que vous avez ici conscience de la nécessité d'aller vite sur ce sujet, mais ce sujet ne peut aller vite que si on sait aller vite sur la question institutionnelle et la stabilisation. Il s'agit d'écouter et surtout d'entendre la parole de chacun, d'entendre les attentes de chacun sur les évolutions institutionnelles, et la parole de chacun sera entendue, écoutée et respectée. ».

L'idée est donc de compléter et préciser l'Accord de Bougival : « L'accord du 12 juillet est bien sûr un document de référence. Il a d'ailleurs fait naître un immense espoir en Nouvelle-Calédonie. C'est indéniable et c'est un document audacieux qui contient de nombreux éléments positifs. Il mérite certainement des éclaircissements, des clarifications, des explications, des interprétations de telle ou telle de ces dispositions. Et c'est, je crois, le cœur des travaux qui doit être conduit sous l'autorité de la ministre dès après la réunion de ce jour, et c'est pourquoi je souhaite vous entendre sur le contenu de cet accord. ».

Certes, ces réunions sont longues, mais le processus est intéressant, il est original, inédit et surtout, il se fait de manière apaisée, ce qui est essentiel après les émeutes de mai 2024. Tout le monde est-il de bonne volonté ? Tout le monde jouera-t-il le jeu de l'apaisement et du dialogue ? C'est le défi des prochaines semaines. Pour l'heure, le gouvernement, le Parlement et plus généralement la classe politique française se retrouvent dans ce point de bonne volonté pour faire de la Nouvelle-Calédonie un territoire autonome avec son identité, mais restant pleinement dans la République française.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie : où en est-on en ce début de l'année 2026 ?
Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 16 janvier 2026 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 12 juillet 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).

Texte intégral de l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 (à télécharger).
Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie : historique et original !
Émeutes en Nouvelle-Calédonie : l'enjeu, c'est la démocratie !
La messe est dite : la Nouvelle-Calédonie dit non à l’indépendance.
Nouvelle-Calédonie : jamais deux sans trois !
Bernard Pons.
Nouvelle-Calédonie : le vent du boulet ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 octobre 2020 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie.
Nouvelle-Calédonie : bis repetita ?
Jean-Marie Tjibaou fut-il un martyr de la cause kanake ?
Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
Jacques Lafleur.
Dick Ukeiwé.
Edgard Pisani.
 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260116-nouvelle-caledonie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nouvelle-caledonie-ou-en-est-on-en-266058

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/17/article-sr-20260116-nouvelle-caledonie.html


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commentaires

A
Le fait qu'il y ait tant de référendums (ou même de tirage au sort) ne garantie en rien la démocratie (Napoléon était le roi des plébiscites, c'est même pour cela qu'ils plaisent tant à l'extrême droite, Jean-Marie L P le premier). Il suffit de fausser le cadre du scrutin (pour le tirage au sort il suffit de contrôler l'accès à l'entre-soi qui y participe, la rumeur se charge du reste).<br /> <br /> Ce serait une occasion à réflexion et à article.<br /> <br /> Plus d'éléments sur les Accords de Bpugival, votre récension ("historiue et roiginal") est très bien. Une question se pose mais comme d'habitude vous y avez certainement répondu : Emmanuel Macron ne ruine-t-il pas la République une et indivisible avec son "état dans l'état". Un parallèle avec le Groënland est possible sauf que ce dernier est voué à devenir indépendant et que les deux sont soumis à la malédiction des pays à fortes ressources naturelles (cf. Nauru, Haïti, toujours des îles). Une chose est sûre c'est qu'il y a eu en France une concurrence entre trois corps d'état (état dans l'état au passage), le corps des inspecteurs des finanes a fait exploser le corps diplomatique et le corps préfectoral (pour des question de recasage ou rétropantouflage des membres des cabinets, cursus honorum, qui peuvent à présent intégrer ces administrations sur nommination). Vous nous feriez un article sur cela ?<br /> <br /> Démultiplication des états pour entraver la raison d'état (il n'y a plus de délit de Haute Trahison pour le Président de la République Française depuis le 23 février 2007 mais je crois qu'Emmanuel Macron lors de la réunion du Parlement à Versailles en a profité pour modifier autre chose en lien avec ceci).<br /> <br /> Pleins de questions et réponses que j'espère suciter chez vous.
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S
Bonne année Anthony et merci de votre fidèle lecture.<br /> Rythme un peu moins soutenu au moins pendant quelques semaines...<br /> Le monde est de plus en plus complexe, et c'est un besoin de complexité et de nuances, comme justement ce cadre d'autonomie sans indépendance, le seul qui peut éviter des guerres civiles, et donc ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie pourrait devenir exemplaire (ou pas). Face à cette complexité croissante (et difficile à appréhender), les populistes, au contraire, surfent sur le simplisme, et ça marche parfois (cf USA, etc.). On a besoin d'esprit neuf, nouveau, novateur, pour penser le monde d'aujourd'hui et de demain très complexe (aidé par l'IA qui doit rester plus positive que négative). En somme, on a besoin de vrais nouveaux philosophes...
A
Au fait, Bonne et nouvelle année, Sylvain, à défaut de Calédonie. J'espère que vous retrouverez votre rythme de croisière, surtout que l'actualité est immense en ce moment.
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