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1 février 2026 7 01 /02 /février /2026 03:02

« Mon père savait gré à Giscard de l’avoir aidé à remettre les finances à flot en dix-huit mois après son retour au pouvoir. "En réalité, soulignait-il, ce n'était pas le bon M. Pinay qui travaillait le plus, mais son secrétaire d'État, Valéry Giscard d'Estaing. Pinay venait au conseil des ministres avec son chapeau, poussait des grognements quand je l’interrogeais, puis remettait son chapeau et s’en allait en poussant des grognements. Et Giscard d’Estaing faisait tout le boulot derrière lui. Je n’ai jamais eu de meilleur grand argentier que lui". » (Philippe De Gaulle, dans "De Gaulle mon père : entretiens avec Michel Tauriac", vol. II, éd. Plon, 2004).



 


Valéry Giscard d'Estaing est né il y a 100 ans, le 2 février 1926 (en Allemagne). Ce centenaire, peu de monde le fête vraiment à cette époque où il n'y a plus beaucoup de grands fauves politiques en état de marche. VGE (comme on l'appelait plus simplement) a pourtant marqué durablement la société française parce qu'il a fait des réformes sociétales, quasiment les premières, dès le début de son septennat, ce qui a permis la modernisation de la nation : la majorité à 18 ans, le divorce à l'amiable, et bien sûr, ce qu'on cite souvent, la légalisation de l'IVG (avortement).

Mais à l'instar de Jacques Chirac et de François Mitterrand, Valéry Giscard d'Estaing était d'abord, au-delà du réformateur de la démocratie française, un grand animal politique. Arrivé à la fin de l'adolescence dans une quasi-perfection : polytechnicien, énarque, inspecteur des finances... et même ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, ce qui lui a voulu la grande considération de De Gaulle malgré son autonomie politique. VGE était fait non seulement pour la politique, mais aussi pour le pouvoir. Conseiller du Ministre des Finances Edgar Faure dans le gouvernement de Pierre Mendès France à l'âge de 28 ans, député du Puy-de-Dôme à 29 ans, ministre à 32 ans (protégé de Michel Debré), chef de parti (président de la Fédération nationale des républicains indépendants) à 40 ans, il s'est fait élire Président de la République à 48 ans, puis, après son échec de 1981, est devenu ancien Président de la République à 55 ans. La retraite à 55 ans, c'était l'enfer giscardien.

L'ambitieux jeune homme a gravi rapidement toutes les marches du pouvoir jusqu'au sommet suprême. En tant que "républicain indépendant", il était le dépositaire d'un courant politique fort de l'histoire française, à savoir la droite industrielle, les indépendants et paysans, qui a eu plusieurs incarnations sous la Troisième République et la Quatrième République, à savoir André Tardieu, Joseph Laniel et surtout Antoine Pinay. Mais au-delà du courant politique, il était aussi l'allié exigeant des gaullistes : républicain de la Cinquième République, mais indépendant.
 


Son premier échec, une défaite électorale, il l'a connu au sommet du pouvoir, ce qui fut pour lui un échec magistral. Après 1981, sans jamais réussir à se retrouver au pouvoir (ni Matignon en 1986, ni l'Élysée en 1988, ni même un simple ministère comme le Quai d'Orsay), Valéry Giscard d'Estaing a repris un carrière politique classique de grand élu local avec, dès mars 1982, un mandat de conseiller général, puis député, député européen, président du conseil régional, il a aussi tenté sans succès d'être élu maire de Clermont-Ferrand... et il fut également président de l'UDF, un parti qui avait à l'époque un peu plus d'un tiers des députés.

Par la suite, beaucoup ont trouvé une analogie avec le destin de Nicolas Sarkozy voire de l'actuel Président Emmanuel Macron, pour sa jeunesse et son envie de réformer. Nicolas Sarkozy, élu Président de la République à 52 ans, avait le même volontarisme que VGE mais... la comparaison s'arrête là parce que VGE n'a eu aucune "mésaventure" judiciaire. Quant à Emmanuel Macron, il a détrôné VGE dans la course à la jeunesse (VGE était le plus jeune Président de la République à l'exception du futur Napoléon III), il avait aussi affiché un même volontarisme des réformes, mais VGE n'était pas un OVNI de la vie politique, il était déjà ancré localement et nationalement depuis une quinzaine d'années avant d'être élu à l'Élysée.
 


Lorsqu'il est mort le 2 décembre 2020, Valéry Giscard d'Estaing a été honoré comme il se devait. Il est parti discrètement, sans funérailles nationales, mais, alors que ce n'était pas évident de son vivant, on lui reconnaît désormais beaucoup d'avancées politiques et sociales, les réformes sociétales citées plus haut, mais aussi les avancées européennes provenant d'une véritable ingénierie politique, pour ne pas dire génie politique, comme la création du Conseil Européen (sommet des chefs d'État et de gouvernement des États européens, qui fut la seule instance réellement décisionnaire de l'Europe depuis cinquante ans), ou encore l'élection au suffrage universel direct des députés européens.
 


On peut même voir, par exemple, à Évry-Courcouronnes un grand boulevard baptisé de son nom comme l'un des Pères de l'Europe, exactement "Artisan de la construction européenne" (pour la petite histoire, le boulevard s'appelait à l'origine boulevard de l'Europe et est perpendiculaire au …boulevard des Champs-Élysées !). De même, au niveau du Musée d'Orsay à Paris, le quai a pris son nom (la pancarte a été brandie par son fils, Louis Giscard d'Estaing).
 


Valéry Giscard d'Estaing avait de quoi être fier de sa trajectoire qui l'a amené jusqu'à l'Académie française (où il s'ennuyait copieusement) même s'il pouvait regretter de ne pas avoir été Premier Ministre (ni sénateur), car les autres mandats, il les a tous connus ! Mais probablement qu'il a été le plus fier d'avoir été un très long grand argentier de la France. Il a été en effet Ministre de l'Économie et des Finances du 18 janvier 1962 au 8 janvier 1966 et du 20 juin 1969 au 27 mai 1974 (Pierre Bérégovoy et Bruno Le Maire furent également de "longs argentiers"). Il a d'ailleurs été très affecté lorsque De Gaulle ne l'a pas reconduit après sa réélection, ce qui l'a conduit à promouvoir la politique du "oui mais" (oui, je soutiens De Gaulle, mais à ma façon) avec la création de son propre parti politique, et qui se termina par un non au référendum du 27 avril 1969 (en fait, lui-même n'a pas voté non mais blanc). Et le Président Georges Pompidou a eu l'intelligence politique de le reprendre (à l'époque) rue de Rivoli pour s'en faire un allié fiable. En ce sens, Nicolas Sarkozy vis-à-vis de Jacques Chirac a reproduit les relations de VGE vis-à-vis de De Gaulle.

Au-delà d'une politique économique volontariste en faveur des entreprises et d'une réputation d'un redressement financier (avec le nouveau franc et un emprunt), Valéry Giscard d'Estaing était ravi de la comparaison avec deux illustres prédécesseurs, Raymond Poincaré et Antoine Pinay. Pour Poincaré, cette admiration avait un but politique (après l'Élysée, il était toujours possible d'occuper Matignon). Pour Pinay, c'est un peu différent car il en était le contemporain (Antoine Pinay est mort le 13 décembre 1994 quelques jours avant ses 103 ans) et même le collaborateur (il était secrétaire d'État auprès d'un ministre appelé Antoine Pinay).

Mais restons avec Antoine Pinay. Ce dernier faisait partie des rares hommes politiques de la Quatrième République rescapés : nommé Ministre de l'Économie et des Finances le 1er juin 1958 par De Gaulle, il a donné sa démission au Général le 13 janvier 1960 en raison de son désaccord avec la politique algérienne. Mais au-delà de la position politique, les deux hommes ne se sont jamais appréciés : De Gaulle avait d'ailleurs missionné Jacques Rueff, ancien conseiller de Raymond Poincaré, pour faire le plan de redressement économique appelé improprement plan Pinay-Rueff (avec notamment le nouveau franc).
 


Dès lors, Antoine Pinay est devenu une statue du commandeur de la droite antigaulliste, et ce courant politique a réussi à faire adopter une motion de censure en 1962. La perspective de sa candidature de l'élection présidentielle de 1965, représentant le courant de centre droit, atlantiste, pro-européen et libéral, lui a donné une importance grandissante (en 1965, il avait 74 ans). Il a finalement renoncé à cette candidature pour des raisons obscures (on a retrouvé une raison apparemment pas très crédible, une rumeur sur les "ballets roses" qui l'auraient empêché de se présenter, mais la vraie raison semble que la DST aurait eu des preuves qu'il était un agent américain). Cette renonciation a fait éclater les partisans d'Antoine Pinay en soutiens à Jean Lecanuet, à De Gaulle (VGE) et même à Jean-Louis Tixier-Vignancour (Jean-Marie Le Pen).

En 1969, la situation était très différente. De Gaulle était hors-jeu et la vie politique revenait à la normale. Valéry Giscard d'Estaing était plutôt ennuyé car il comptait se présenter à l'élection présidentielle après De Gaulle dont le second septennat devait se terminer en décembre 1972. En avril 1969, alors qu'il avait 43 ans, VGE se trouvait trop jeune, avait besoin encore de quelques années (des centristes comme le Président du Sénat Alain Poher, Président de la République par intérim, l'ont pourtant encouragé à se présenter). Il a donc poussé son ancien mentor à la candidature présidentielle. Antoine Pinay, relativement populaire (très apprécié des petits épargnants), avait alors 77 ans.

Le calcul de VGE était double : d'une part, faire des républicains indépendants une force majeure de la vie politique en étant présents à l'échéance cruciale des institutions, et d'autre part, maintenir la place à l'Élysée au chaud en l'attendant lui-même. Il comptait qu'avec son grand âge, Antoine Pinay ne ferait pas un septennat complet.

Finalement, après un flottement de deux jours, Valéry Giscard d'Estaing a apporté le 30 avril 1969 son soutien à Georges Pompidou, l'héritier gaulliste naturel. Il a eu raison. Pendant cinq ans, il retrouva le Ministère de l'Économie et des Finances et, ensuite, il lui succéda à l'Élysée (avec l'aide du poulain de Georges Pompidou, Jacques Chirac). Il a prôné une manière de faire la politique apaisée et consensuelle sans beaucoup de succès. Quant à Antoine Pinay, il fut le premier Médiateur de la République, du 30 janvier 1973 au 18 mai 1974, fonction qui s'est transformée, le 22 juin 2011, en Défenseur des droits (par la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Quand VGE poussait Pinay.
Valéry Giscard d'Estaing manque beaucoup à la vie politique française.
Valéry Giscard d'Estaing, à la postérité intacte...
Giscard à Carole Bouquet : est-ce que je peux visiter la maison ?
Anne-Aymone Giscard d'Estaing.
François Léotard, l'enfant terrible de Giscard.
Valéry Giscard d’Estaing et son problème, le peuple !
Michel Poniatowski, le bras droit sacrifié de Giscard.
Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
Hommage européen à Valéry Giscard d’Estaing le 2 décembre 2021 au Parlement Européen à Strasbourg (texte intégral et vidéos).
VGE en mai (1968).
Michel Debré aurait-il pu succéder à VGE ?
Le fantôme du Louvre.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron d’hommage à VGE le 3 décembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le Destin de Giscard.
Giscard l’enchanteur.
Valéry Giscard d’Estaing et les diamants de Bokassa.
Valéry Giscard d’Estaing et sa pratique des institutions républicaines.
VGE, splendeur de l’excellence française.
Propositions de VGE pour l’Europe.
Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (1).
Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (2).
Loi n°73-7 du 3 janvier 1973.
La Cinquième République.
Bouleverser les institutions ?


 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260202-vge.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/quand-vge-poussait-pinay-265265

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/30/article-sr-20260202-vge.html

 




 



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