« Laisser croire que la justice pourrait s'opposer au peuple souverain est inexact. La justice ne fait qu'appliquer la loi. » (Le procureur général le 3 février 2026 dans le procès en appel de Marine Le Pen et d'autres responsables de l'ex-FN).
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Le procès de Marine Le Pen en appel dans l'affaire des faux assistants parlementaires du FN, qui a débuté le 13 janvier 2026 et qui va se terminer ce jeudi 12 février 2026, n'aura pas changé énormément la situation politique de l'ancienne candidate du RN à l'élection présidentielle et son avenir prochain pour 2027.
La responsable du RN a pris le même système de défense, c'est-à-dire clamer son innocence, tout en réduisant les ardeurs de ses militants sur l'expression de leur considération sur la justice et les juges. La journée la plus marquante fut le mardi 3 février 2026 où le procureur général a fait un réquisitoire sans complaisance contre le "système Le Pen", Le Pen qu'on devrait mettre au pluriel car il a commencé avec Jean-Marie Le Pen et a poursuivi avec sa fille. Non seulement il s'agirait de détournement de fonds publics, mais cela n'aurait pas été seulement pour financer une activité de militantisme politique (le fonctionnement du parti), il y aurait eu aussi ce qu'on pourrait appeler de l'enrichissement personnel en ce sens que la nounou de Marine ou le garde du corps de Papy Le Pen auraient été rémunérés sur les fonds du Parlement Européen et donc une partie de la contribution française au budget européen (dont Marine Le Pen aurait donc pleinement profité alors qu'elle voudrait la réduire).
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Le procureur général a fustigé la réaction des partisans de Marine Le Pen lors du procès en première instance, mettant en cause la justice, son indépendance et son impartialité par une sorte de complotisme de bas étage : « Il a été usé de la stratégie de délégitimisation de la justice. ».
Concrètement, le point de vue du parquet n'a pas changé, l'analyse détaillée de toute l'affaire n'a pas entraîné de conclusions très différentes sur les infractions constatées par Marine Le Pen en tant que chef de parti. Je n'évoque que l'ancienne présidente du FN mais le procès concerne aussi de nombreux autres responsables de l'ex-FN, ce qui a justifié la période assez longue des deux procès (en première instance et en appel).
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Si le procureur général s'est prononcé pour des peines légèrement moins sévères à la sanction décidée par le tribunal judiciaire de Paris en première instance, leurs conséquences politiques et électorales restent à peu près les mêmes pour celle qui se destinait à devenir, pour la quatrième fois, la candidate du RN à l'élection présidentielle.
En effet, moins sévères ou plus clémentes, les peines requises pour Marine Le Pen : le procureur général a annoncé qu'il renonçait à l'exécution provisoire de le peine d'inéligibilité, donnant ainsi le crédit à de nombreux juristes sur le trouble que cela a provoqué lors du jugement en première instance. Néanmoins, le réquisitoire reste sévère : quatre ans de prison dont un ferme, et cinq ans d'inéligibilité sans exécution provisoire.
Rappelons que le 31 mars 2025 (on peut lire le délibéré dans son intégralité ici), Marine Le Pen avait été condamnée en première instance à quatre ans de prison dont deux ferme, à une amende de 100 000 euros, et à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire (c'est-à-dire que la période d'inéligibilité a commencé dès le 31 mars 2025 malgré le pourvoir en appel, et donc court jusqu'au 31 mars 2030), ce qui avait provoqué beaucoup de propos parfois menaçants contre certains juges qui ont dû être mis sous protection judiciaires et qui ont été soutenus par leur ministre de tutelle, Gérald Darmanin : « Les menaces proférées contre les magistrats du tribunal judiciaire de Paris sont inacceptables dans une démocratie et préoccupantes pour l’indépendance de l’autorité judiciaire. ». Le 3 avril 2025, cinq auteurs de ces menaces ont été identifiés et seraient jugés, selon la procureure générale près de la cour d'appel de Paris.
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Le calendrier pour Marine Le Pen n'est pas très bon : le procès en appel se termine le 12 février 2026, et le jugement sera rendu vers le mois de juin 2026. Dans le cas d'un pourvoi en cassation, la décision de la Cour de Cassation serait rendue en janvier 2027, à quelques semaines du dépôt officiel des candidatures à l'élection présidentielle de 2027. Rappelons que ce calendrier n'est que le résultat de l'action personnelle de Marine Le Pen et de ses avocats : en exigeant de nombreux reports et recours (une quarantaine), tous ceux dont elle avait droit, elle a fait traîner pendant des années et des années, et s'est finalement gardée cette affaire judiciaire au pire moment pour elle dans sa carrière politique : quand les sondages la donneraient favorite !
Pour que Marine Le Pen puisse se présenter, il faudrait ce qu'elle appelle un miracle, à savoir soit qu'elle soit innocentée complètement (elle peut toujours rêver), soit qu'elle ne soit condamnée qu'à deux ans d'inéligibilité ou moins. En effet, dans ce second cas, sa période d'inéligibilité se terminerait le 31 mars 2027 et elle pourrait alors remercier les juges en première instance d'avoir fait l'exécution provisoire ! Mais cela signifierait qu'elle devrait déposer sa candidature en période d'encore inéligibilité, les juristes se pencheraient sans doute sur ce problème : l'inéligibilité interdit-elle de se présenter ou seulement d'être candidat le jour de l'élection ?
Cela, c'est sur le plan du droit, car le second cas serait politiquement difficile à vivre : cela aurait confirmé qu'il y a bien eu détournement de fonds publics, ce qui n'inspirerait pas vraiment confiance pour confier les rênes du pays à une délinquante. Le pire serait qu'elle devrait reconnaître ses infractions, sinon elle devrait pourvoir en cassation, ce qui retarderait le jugement à janvier 2027, ce qui serait politiquement impossible à gérer.
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Et encore ! Même si la peine d'inéligibilité était de deux ans ou moins, il faudrait aussi que sa peine de prison ne l'empêche pas de faire campagne. En effet, en cas de peine de prison ferme prononcée en appel (comme ce fut le cas en première instance), Marine Le Pen soit ferait un pourvoi en cassation (et alors, son incertitude judiciaire courrait jusqu'en janvier 2027, ce qui serait peu admissible pour le calendrier de campagne), soit elle devrait effectuer immédiatement la peine de prison, un an (requis par le procureur général en appel) ou deux ans (condamnation en première instance), ou une autre période (seule une période de six mois serait favorable à une candidature). Cela signifierait le placement à domicile avec bracelet électronique et obligation de demander l'autorisation de quitter le domicile (elle pourrait toujours demander à Nicolas Sarkozy son témoignage). Pour faire campagne, visiter les villes, écouter les Français, il y aurait plus facile.
Bref, contrairement à son état d'esprit le 31 mars 2025, Marine Le Pen a déjà fait le deuil de sa candidature et a déclaré clairement, à propos de sa candidature à l'élection présidentielle : « Si les réquisitions sont suivies, je serais empêchée. ». Il faut expliquer ce comportement plutôt apaisé par les sondages à la suite du jugement du 31 mars 2025 : les sondés n'étaient pas scandalisés par la peine, notamment d'inéligibilité, y compris des électeurs du RN !
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On pourrait ainsi voir s'esquisser un boulevard pour Jordan Bardella... à moins que Sarah Knafo... (et je rappelle : la campagne présidentielle n'est pas commencée et je doute qu'une majorité absolue de Français donne les clefs à l'extrême droite, on l'a vu le 7 juillet 2024 à quel point les sondages se sont trompés !).
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (08 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Sarah Knafo.
Le naufrage de Marine Le Pen.
Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
Procès Marine Le Pen : début du deuxième round...
Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Jordan Bardella a-t-il l'étoffe d'un Premier Ministre ?
Pierre Meurin.
La condamnation de Marine LE Pen.
Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260203-marine-le-pen.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-naufrage-de-marine-le-pen-266631
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/07/article-sr-20260203-marine-le-pen.html
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