« Jérôme Guedj ne sera jamais Président de la République. Lui-même le sait, à moins d'avoir succombé à la démence pendant le dernier week-end. Nos hommes politiques sont ainsi : ayant renoncé depuis longtemps à faire l'histoire, voilà qu'ils ne parviennent même plus à faire l'événement. Ils se contentent, nolens volens, de donner dans l’événementiel. » (Valentin Gaure, le 6 février 2026 dans "Valeurs actuelles").
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Petit dialogue introductif, un jeudi soir...
– Dis, chéri, t'as entendu, il y a un nouveau candidat ?
– Un nouveau candidat ? Non. Qui ?
– Devine !
– Euh, dans un parti qui existe ?
– Oui, un grand parti.
– Un parti de droite ? de gauche ?
– Un grand parti de gauche.
– Euh, y en a-t-il encore un, de grand-parti-de-gauche ?
– Disons, un ancien grand...
– Non ? Le PS ?
– Oui, bravo !
(Suit une litanie de candidats potentiels : Olivier Faure, François Hollande, Ségolène Royal, Boris Vallaud, Bernard Cazeneuve, et à chaque proposition, un non franc et ferme m'est revenu entre les dents).
– Je sèche.
– Tu le connais ! Enfin, son nom. Tu n'es pas très loin.
– Je ne vois pas du tout...
Et c'est ainsi que j'ai appris que le député de l'Essonne Jérôme Guedj a annoncé de la manière la plus formelle sa candidature à l'élection présidentielle ce jeudi 5 février 2026. Ou du moins, c'est ce qu'on peut écouter en repassant attentivement la vidéo.
C'était l'interview majeure de France Inter, la plus fréquentée de la matinale (première de France), réalisée par le journaliste politique Benjamin Duhamel à 7 heures 45, celui-là même qui a remplacé Léa Salamé depuis qu'elle a repris le 20 heures de France 2.
Il y avait une sorte d'exploit inachevé avec Benjamin Duhamel. Ce journaliste s'évertue à obtenir à l'antenne les aveux de ses invités... euh, pas les aveux mais la déclaration de candidature de ses invités. Bien évidemment, il y a toute une scénographie, il faut se laisser désirer, et à la fin, on lâche le morceau. Mais jusqu'à maintenant, Benjamin Duhamel n'a jamais rien eu, pas de candidature, pas même d'un micro-candidat (du genre de François Asselineau).
Et puis est arrivé Jérôme Guedj. Il n'a même pas posé la question, il n'a même pas posé sa deuxième question, il a eu l'élan coupé, et voici que le député socialiste a balancé l'affaire d'un coup, sans y mettre les formes. Tout d'une traite. Je cite : « Je suis aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle pour porter la voix d'une gauche républicaine, la voix d'une gauche européenne, la voix d'une gauche universaliste, laïque, d'une gauche sociale, écologiste. Pourquoi est-ce que je le fais aujourd'hui à cet instant ? Parce que c'est la majorité du peuple de gauche qui partage cette orientation. C'est aussi, et c'est extrêmement important, ce qui nous permettra, pas uniquement de témoigner en 2027, parce que c'est une voix qui est respectée au-delà de la gauche. Et moi, je ne me résous pas à la victoire annoncée du Rassemblement national. Je souhaite qu'un candidat de gauche porteur de ces valeurs et de cette orientation, soit présent au second tour et puisse séduire au-delà des rangs de la gauche, parce que c'est une orientation respectée et attendue. ».
Je ne dis pas que cette candidature est vouée à l'échec, mais le résultat, c'est qu'elle est passée totalement inaperçue. Non seulement des gens mais aussi des milieux politiques ! Malgré son appartenance au parti socialiste. Aucune information par la suite, pas même une brève. Inexistante totalement ! La parole qui ne porte pas. Il est vrai que le moment n'a pas été bien choisi quand tant de sujets prégnants se télescopent dans l'actualité. Jérôme Guedj a 54 ans. À cet âge, Valéry Giscard d'Estaing allait devenu ancien Président de la République, et Emmanuel Macron pourrait envisager de rempiler une troisième fois (en 2032).
Malgré son appartenance à la gauche, j'apprécie plutôt Jérôme Guedj. C'était un jeune espoir du PS passé par l'ENA (même promo que Laurent Solly). Avec une petite particularité : c'était aussi le poulain de Jean-Luc Mélenchon, sénateur inamovible de l'Essonne pendant longtemps et numéro deux du département (le père de Jérôme Guedj a été adjoint à Massy dont le gourou insoumis fut aussi élu). Du reste, Jérôme Guedj a présidé le conseil général de l'Essonne de mars 2011 à mars 2015 quand le département était encore à gauche. Suppléant de François Lamy, ancien maire de Palaiseau et ministre (et proche de Martine Aubry qu'il a suivie à Lille), le nouveau candidat à l'élection présidentielle n'a gagné son vrai premier mandat parlementaire qu'en juin 2022 en battant l'actuelle ministre Amélie de Montchalin. Sa particularité en juillet 2024, c'est d'avoir été réélu sans l'étiquette de la nouvelle farce populaire et en présence d'un candidat FI.
Car le mentor et grand gourou insoumis est devenu la bête à abattre : Jérôme Guedj s'est aperçu que les insoumis sortaient des clous de la République, refusaient la laïcité voire laissaient prospérer l'antisémitisme. Son objectif pour 2027, c'est d'éviter un second tour entre un candidat RN et un candidat FI, une sorte de cauchemar absolu, et ma foi, cet objectif me paraît de salubrité publique.
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Ainsi, son discours était clair : il faut un candidat socialiste capable d'atteindre le second tour et surtout, capable de rassembler au-delà de la gauche, en attirant aussi l'électorat de centre droit. C'est bien beau, mais Jérôme Guedj s'est lui-même emmêlé les pinceaux : certes, il veut s'adresser au-delà de la gauche, a fait un laïus où il rejetait la politique du bouc émissaire, que ce soit l'immigré ou le riche : « Moi, je revendique, en politique, le courage de la nuance, c'est-à-dire l'idée selon laquelle on ne cherche pas des boucs émissaires matin midi et soir. Vous savez, dans la vie politique, certains pensent que tout problème vient des immigrés et d'autres pensent que tout problème vient des riches. Vous savez quoi ? (…) On a besoin d'immigrés (…) et on a besoin de riches qui contribuent à la justice fiscale. (…) Ne pas céder au campisme ambiant qui rabougrit la gauche. ».
Mais dans la même phrase, il a évoqué un mythique "peuple de gauche" qui n'existe que dans les délires des militants de gauche. Il n'existe qu'un seul peuple, le peuple de France, et le peuple de gauche n'existe pas car sinon, la gauche serait toujours au pouvoir, ou jamais. Or, beaucoup d'électeurs votent parfois à gauche et les mêmes ne votent plus à gauche par la suite. Ou réciproquement. Parler de peuple de gauche, c'est séparer l'électorat, c'est du communautarisme politique. Alors qu'il est temps d'unifier.
Cela dit, je peux me retrouver parfois dans un discours qui fait appel à la République, une république sociale, une république laïque et une république européenne. Je sais que Jérôme Guedj n'a aucune chance de rassembler son camp parce qu'il s'est transformé en vilain petit canard. Sa déclaration de candidature n'a même pas fait psschiiit, elle n'a émis aucun signal. Il n'a même pas eu ce quart d'heure de notoriété (pas même de gloire) qui aurait vanté son ego.
Cette initiative, qui voudrait empêcher la préemption de la représentation de la gauche par Jean-Luc Mélenchon, ne peut qu'apporter de la pagaille à la pagaille ambiante, puisqu'elle rajoute une candidatures supplémentaire à celles déjà vaguement déclarées à gauche : Raphaël Glucksmann, François Hollande, Bernard Cazeneuve, Fabien Roussel, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin, Olivier Faure... et bien sûr Jean-Luc Mélenchon.
Jérôme Guedj avait pourtant préparé quelques belles expressions, comme : « Mon choix, c'est de porter les convictions qui m'animent depuis toujours avec courage ! », ou encore : « On crève de l'ambiguïté ! » pour fustiger les insoumis pas très au clairs avec les valeurs républicaines : « Il n'est pas possible de s'abîmer avec ceux qui s'éloignent des choses qui sont absolument essentielles pour apaiser le débat. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la République sociale. On peut être authentiquement de gauche, radicalement de gauche, transformer la société, mais être intransigeant sur les questions républicaines. ». Pour conclure ainsi : « Sur la base de cette ligne programmatique, nous serons amenés à discuter ensemble et devant les Français pour pouvoir illustrer cette culture du courage, de la nuance, du compromis. ».
Bref, bienvenue à Jérôme Guedj, entré dans le club très ordinaire des candidats à quelque chose !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (06 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Comment ? Jérôme Guedj candidat ?
Caroline Lang.
Jack Lang.
Entre culture et imposture.
François Mitterrand.
Jean-Yves Le Drian.
Pierre Bérégovoy.
Un Pinay de gauche.
Hommage de François Mitterrand à Pierre Bérégovoy le 4 mai 1993 à Nevers (texte intégral).
Nicole Questiaux.
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260205-jerome-guedj.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/comment-jerome-guedj-candidat-266600
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/05/article-sr-20260205-jerome-guedj.html
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